Les huiles essentielles à monoterpénols

Comme cela peut être le cas des monoterpènes ou des sesquiterpènes, on trouve les monoterpénols dans bien des huiles essentielles, parfois en masse ou de façon plus anecdotique. Nous n’élaborerons pas de répertoire exhaustif à propos des monoterpénols, nous nous contenterons de citer les plus courants, leurs propriétés thérapeutiques, ainsi que les huiles essentielles à monoterpénols majeures.

Premier constat : quand on compare un monoterpénol à un phénol, on dirait que le premier est le petit frère de l’autre. Et, en effet, les monoterpénols sont la meilleure alternative aux phénols. Cette classe moléculaire concentre de grandes qualités thérapeutiques sans occasionner les inconvénients de la classe phénolique. On pourrait presque dire que les monoterpénols sont moins puissants mais plus doux que les phénols, mais ces deux types de familles moléculaires ne s’utilisent pas de la même façon. Les monoterpénols sont plus yin que yang, ils sont peu agressifs, pas dermocaustiques ni hépatotoxiques, ce qui fait qu’ils sont tout à fait adaptés à un traitement au long cours, alors que c’est difficilement réalisable avec les phénols, beaucoup plus yang, qui tapent sur tout ce qui bouge. Avec eux, c’est la blitzkrieg, en somme ^^

Pour reconnaître les monoterpénols, c’est très simple, il suffit de vérifier dans chaque mot si le suffixe -ol s’y trouve, comme dans géraniol, linalol, etc. Cependant, attention aux faux amis que sont l’eugénol, le thymol, le carvacrol… Bien qu’ils se terminent également par -ol, ce ne sont pas des monoterpénols, mais des phénols. Listons, parmi les monoterpénols, les plus courants et les huiles essentielles qui en contiennent :

  • Linalol : petit grain bigarade, lavande fine, lavande aspic, bois de rose, bois de Hô, hysope couchée, thym vulgaire à linalol
  • Géraniol : palmarosa, thym vulgaire à géraniol
  • Thujanol : marjolaine à coquilles, thym vulgaire à thujanol
  • Bornéol : thym à feuilles de sarriette
  • Menthol : menthe poivrée, menthe des champs
  • Citronnellol : géranium, rose de Damas
  • Alpha-terpinéol : ravintsara, eucalyptus radié
  • Terpinène-1-ol-4 : arbre à thé

Référentiel_électrique_phénols_monoterpénols

Passons maintenant en revue les principales propriétés thérapeutiques du groupe des monoterpénols. En observant le référentiel électrique ci-dessus, nous constatons que phénols et monoterpénols ont encore bien des points communs : ce sont des molécules polaires et positivantes. Partant de là, nous pouvons émettre l’hypothèse que leurs propriétés sont identiques. Et, bingo ! c’est bien le cas. On note cependant une puissance moindre de la part des monoterpénols. Si les phénols sont placés dans le groupe 1 des anti-infectieux, les monoterpénols ne sont classés « que » dans le deuxième groupe. Les monoterpénols ne sont pas des anti-infectieux spécifiques pour autant, ils présentent un très large spectre d’action sur virus, champignons, parasites et bactéries, et ce tout en respectant la flore intestinale, ce ne sont donc pas des antibiotiques aveugles, bêtes et méchants. Ils sont aussi immunomodulants, c’est là un de leurs aspects yin : ce sont des correcteurs de terrains qui, doublé de l’aspect yang (anti-infectieux) fait merveille sur bien des infections. C’est une chose très intéressante, en relation avec la propriété anti-oxydante de la plupart des huiles essentielles. Leur pH plus ou moins acide corrige les terrains alcalins qu’apprécient follement bactéries et virus. Les monoterpénols sont comme cela, non seulement ils tirent le tapis sous les pieds de ces hôtes indésirables mais, de plus, leurs administrent une paire de gifles. Ensuite, on peut dire des monoterpénols qu’ils agissent sur notre psychisme, qu’ils calment et tonifient également : ce sont des rééquilibrants nerveux (là, vous devriez penser intensément à la lavande, au petit grain bigarade, au bois de rose, etc. ^^). Les huiles essentielles qui en contiennent sont spécialement destinées aux tempéraments nerveux, puisque les monoterpénols apportent équilibre et sérénité, et peuvent avantageusement s’accompagner de techniques de gestion du stress (méditation, relaxation…).
Bien évidemment, chacune des molécules appartenant au groupe des monoterpénols diffère dans les activités communes que nous venons de lister. Par exemple, le géraniol est le plus anti-infectieux d’entre eux, le menthol le plus anesthésiant, le linalol le plus antinociceptif, le bornéol le plus immunomodulant, etc. Et, chose qu’il ne faut certainement pas omettre de préciser, chacune de ces molécules possède une corde à son arc que les autres n’ont pas. Par exemple, le linalol est un astringent, le thujanol un régénérateur hépatocytaire, le citronnellol un insectifuge.

Bon, ce portrait me semble idyllique.

Oui, parce qu’on n’observe pas de dermocausticité ni d’hépatotoxicité avec les monoterpénols, contrairement aux phénols. Moi qui applique les huiles essentielles pure sur la peau (la mienne) la plupart du temps, j’ai depuis longtemps remarqué le caractère non agressif des huiles essentielles à monoterpénols. Donc, dans le cas où on a affaire à une huile essentielle fortement dotée de monoterpénols, dans beaucoup de cas, on peut l’ingérer et l’appliquer pure sur la peau. C’est même vrai chez la femme enceinte, dans une moindre mesure chez le jeune enfant, où ce type d’huile devra être dilué, bien entendu.

Non, parce que certains monoterpénols peuvent poser quelques soucis. Par exemple, le menthol, présent dans menthe poivrée et menthe des champs entre autres, peut perturber les personnes sujettes à des troubles du rythme cardiaque. Par ailleurs, géraniol, linalol, citronnellol et alpha-terpinéol sont (légèrement) hypotensifs par vasodilatation. Les personnes en hypotension éviteront donc ces molécules, et les huiles essentielles qui en contiennent, surtout massivement. Pour finir, je ne vous cache pas que certains monoterpénols sont potentiellement allergisants. C’est le cas du citronnellol, du géraniol et du linalol, parmi les plus connues. Je le sais bien, j’y ai été sujet avec de l’huile essentielle de géranium qui contient ces trois mêmes molécules, mais jamais avec l’huile essentielle de rose de Damas qui les recèle également. Allez savoir… ;-)

Petit addenda. Nous trouvons aussi des monoterpénols dans les huiles essentielles suivantes : basilic tropical à linalol, cajeput, ciste ladanifère, épinette noire, eucalyptus citronné, hélichryse d’Italie, laurier noble, lavandins, lentisque pistachier, litsée, saro, myrte commun, citronnelle de Ceylan, citronnelle de Java, lemongrass…

Voilà, voilà, merci de m’avoir lu et à bientôt pour un tout nouvel article qui portera sur une des huiles essentielles abordées ici ! :-)

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Un livre qui peut vous intéresser !

La marjolaine à coquilles

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Nous traiterons avec circonspection l’origine de la terre natale de la marjolaine, puisque certains la disent asiatique, d’autres africaine. Qu’importe, elle aura su apporter ses charmes au pourtour méditerranéen depuis l’Antiquité. Chez les Égyptiens, elle est cultivée depuis 3 000 ans, ce qui est toujours le cas à l’heure actuelle. En effet, on trouve sur le marché européen des huiles essentielles de marjolaine à coquilles cultivée en Égypte, bon, de piètre qualité il faut bien le dire, et vendues par de grosses enseignes dont je tais ici le nom afin de ne pas leur faire davantage de publicité qu’elles n’en ont déjà. Bref. A l’époque des anciens Égyptiens, la marjolaine était qualifiée de plante d’Osiris, mais il est difficile de savoir si c’était une plante identique à ce que nous appelons marjolaine à coquilles (ou marjolaine des jardins : deux noms différents pour une même plante). Avait-elle un rapport avec le dictame de Crète ou bien le sampsouchon (ou amarakos) grec ? Comme trop souvent, pas de textes précis, encore moins d’illustrations.

On parle aussi de marjolaine au temps de Mithridate, de Dioscoride et de Pline, autant pour ses vertus médicinales que pour la qualité de son parfum. Les Grecs et les Latins confectionnaient des couronnes de marjolaine destinées aux jeunes époux, ce que la symbolique crétoise de cette plante – l’honneur – accrédite, puisque cette plante est censée éloigner les séducteurs de tout poil. On le sait depuis, la marjolaine n’est pas arme d’Aphrodite, même si cette dernière l’aurait utilisée pour guérir Énée.
Lors de l’Antiquité, la marjolaine, sous forme de poudre, de décoction ou de potion vineuse, est déjà considérée comme diurétique, emménagogue et sternutatoire. La médecine, certes, mais aussi la cuisine, comme l’atteste sa présence au sein du De re coquinaria d’Apicius au IV ème siècle ap. J.C. D’ailleurs, au Moyen-Âge, on trouve très souvent le nom de la marjolaine dans le Mesnagier de Paris, un traité culinaire du XIV ème siècle. Mais, avant cela, on rencontre la marjolaine sous la plume d’Albert le Grand qui, selon toute apparence, connaissait bien cette plante. En effet, il indique des propriétés médicinales reconnues (apéritive, résolutive, fortifiante). Elle est aussi conviée pour des emplois parallèles (aromatiser les vins, conserver la charcuterie).
Bien qu’on ait dit que la marjolaine aura été un des nombreux souvenirs des Croisades, sa culture en Europe occidentale n’est pas attestée avant le XVI ème siècle. Matthiole et Pauli parlent d’elle, Lémery sera peut-être le dernier, au XVII ème siècle, à faire état de son cas, puis elle tombera lentement dans l’oubli jusqu’à être quasiment inemployée au XIX ème siècle.

La marjolaine est une plante annuelle, voire bisannuelle, sous nos latitudes, mais reste vivace sous un climat plus chaud. Par exemple, en Tunisie, elle est utilisée comme culture intercalaire dans les rangs d’oliviers et atteint facilement plus d’un mètre, alors qu’en France elle dépasse rarement la moitié. Elle est dite semi-rustique. Bien qu’elle supporte des températures pouvant descendre jusqu’à – 7° C, elle craint le froid et l’humidité comme le thym et la sauge, alors que la sécheresse ne lui fait pas peur. Bien que typiquement méditerranéenne, elle est cultivée en Allemagne et en Pologne, on la trouve aussi plus au nord, en Angleterre et dans le sud de la Scandinavie, mais elle n’y fleurit que peu, signe d’une inadéquation entre le caractère de cette plante et un climat inadapté. En cela, elle ressemble assez au basilic. Elle sera à son avantage sur des terres plus chaudes et plus sèches (Turquie, Chypre, Arabie, Égypte, Inde…). Là, on la rencontre vivace, aux racines ligneuses et menues, aux tiges dressées, rameuses et anguleuses, portant de petites feuilles opposées et ovales à l’odeur aromatique soutenue. Quant à ses fleurs, elles sont généralement blanches mais peuvent parfois légèrement rosir. Avant d’éclore, elles se trouvent enfermées dans les fameuses coquilles (cf. photo), puis disposées en denses épis terminaux, comme c’est de coutume chez de nombreuses autres représentantes de la famille des Lamiacées.

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La marjolaine à coquilles en aromathérapie

Description et composition

C’est une huile essentielle admirablement équilibrée puisqu’elle contient autant de monoterpènes que de monoterpénols : 45 % de chaque. Nous verrons plus loin en quoi cela fait de la marjolaine à coquilles une huile essentielle intéressante. Contrairement aux origans, thyms et autres sarriettes dont elle doit être rigoureusement distinguée, la marjolaine ne contient pas de phénols, ce qui autorise un usage moins précautionneux. Les feuilles et les sommités fleuries sont récoltées puis distillées en deux heures environ. Le faible rendement (0,3 à 0,4 %) explique un prix parfois élevé, en particulier si l’huile essentielle est de qualité biologique. L’huile essentielle de marjolaine à coquilles, de couleur jaune ambré, présente une odeur herbeuse, douce mais légèrement épicée, chaude sans excès.

Propriétés thérapeutiques

  • Anti-infectieuse : antibactérienne, antifongique, antivirale correcte, antiseptique atmosphérique
  • Neurotonique, stimulante et rééquilibrante générale, calmante puissante du système nerveux autonome, sédative, décontractante, anxiolytique, antidépressive (ses vertus à la fois tonique et calmante s’expliquent par l’équilibre moléculaire propre à cette huile essentielle)
  • Apéritive, régulatrice de l’appétit, digestive, carminative
  • Antispasmodique
  • Anti-inflammatoire, antalgique
  • Expectorante
  • Régulatrice cardiaque, hypotensive, vasodilatatrice artérielle, tonique circulatoire
  • Anti-oxydante
  • Diurétique
  • Cicatrisante
  • Anaphrodisiaque (à doses élevées)
  • Stupéfiante (à doses élevées)

Usages thérapeutiques

  • Troubles cardiovasculaires et circulatoires : hypertension, tachycardie, arythmie, extrasystole, angor, palpitations, acrosyndrome
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : spasmes, dyspepsie, gastrite, gastralgie, entérocolite, colite, inappétence, mauvaise digestion d’origine nerveuse, ulcère gastrique, acidose, flatulences, diarrhée
  • Trouble de la sphère respiratoire : rhume, sinusite, rhino-pharyngite, toux grasse spasmodique, bronchite, otite, coqueluche, dyspnée, hoquet, oppression respiratoire, sécheresse nasale, anosmie réversible, asthme nerveux
  • Troubles génitaux : obsession sexuelle, érotomanie, éréthisme génital
  • Contractures musculaires, crampes, spasmophilie, tics faciaux, torticolis, rhumatisme, arthrite, névralgie, sciatique, épilepsie
  • Affections virales : grippe, herpès labial
  • Hyperthyroïdie
  • Stress, anxiété, angoisse, nervosité, agitation, irritabilité, agressivité, panique, psychose, phobie, états dépressifs, chagrin, neurasthénie, troubles du sommeil, insomnie d’origine nerveuse, troubles du comportement alimentaire (anorexie, boulimie)
  • Plaies, piqûres d’insecte

Modes d’emploi

  • Diffusion atmosphérique, inhalation, olfaction
  • Usage interne
  • Usage externe

Contre-indications et usages alternatifs

  • Attention de ne pas confondre cette huile essentielle avec celles d’origans, confusion qui tient au fait qu’on appelle parfois la marjolaine à coquilles du nom de grand origan. Quoi qu’il en soit, en aromathérapie, le nom scientifique de la plante permet de dissiper les malentendus.
  • Si cette huile essentielle ne présente pas de toxicité aux doses thérapeutiques et physiologiques, il est bon d’observer une relative prudence en cas d’application cutanée : les peaux fragiles pourraient y être sensibles. En cas de doute, il sera préférable de procéder au test du pli du coude.
  • Bien que la marjolaine entre dans la composition d’un mélange d’aromates mieux connu sous le nom d’herbes de Provence, il serait dommage de ne l’utiliser que sous cette forme, ses feuilles possédant un goût plus doux mais plus épicé que celles de l’origan. Elle se marie bien avec les légumes méridionaux que sont la tomate, le poivron, la courgette et l’aubergine. Elle relève à merveille une sauce tomate ainsi que les viandes blanches trop fades. Elle fait merveille avec les poissons et les fruits de mer, mais aussi avec certains fruits (pêche, nectarine, mangue…). Si vous souhaitez employer la marjolaine en cuisine, et cela que ce soit sous forme d’huile essentielle ou de plante sèche ou fraîche, veillez à ne l’ajouter qu’en fin de cuisson afin que la chaleur n’altère pas les arômes (si vous sentez la marjolaine dans votre cuisine, c’est qu’elle n’est plus dans votre plat ^^). Cela dit, cette précaution s’applique à l’ensemble des huiles essentielles employées en cuisine (géranium bourbon, citron, genévrier, etc.) ainsi qu’aux plantes sèches ou fraîches.
  • On utilise l’huile essentielle de marjolaine en cosmétique, parfumerie et liquoristerie.

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Parfums sacrés, c’est par là =>

L’aloe vera

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Malgré le consensus actuel qui redore le blason de l’aloe vera, il faut savoir que l’usage médicinal de cette plante est très ancien, 6 000 ans au bas mot. La plus vieille trace écrite le concernant nous fait remonter au temps des Sumériens. Sur une tablette d’argile, on évoque déjà ses propriétés laxatives. On la rencontre aussi chez les Assyriens et les Égyptiens, à travers de vieux documents listant les plantes employées dans les pharmacopées d’alors. Le papyrus d’Ebers est l’un de ceux-là. Des témoignages sous forme hiéroglyphique mettent en avant les propriétés anti-âge de l’aloe vera. Très présent sur le pourtour méditerranéen durant l’Antiquité, on découvre l’aloès au sein d’une recette tinctoriale sur le papyrus de Leyde (Thèbes, III ème siècle ap. J.C.), soit le plus ancien document « alchimique » connu. On le disait aussi apte à guérir les blessures et à les cicatriser rapidement et on en aura même fait un préventif contre les poisons.

L’aloès, espèce végétale africaine, s’est largement déployé à d’autres zones géographiques du globe sous l’impulsion des commerçants arabes. C’est pour cette raison qu’elle est devenue une plante ornementale dans le sud de la France. Elle s’étendra ensuite à l’Asie (Inde, Sumatra, Malaisie, Chine), puis au nouveau monde (Mexique, USA), où elle y est connue sous le nom de « lis du désert ».

Principaux constituants

Très franchement, aborder l’aloe vera juste après le lin n’a rien du hasard. Entre ces deux plantes, il y a une filiation évidente qui réside dans le fait qu’on trouve chez l’une et l’autre les mêmes composants (à l’exception de certains) : du mucilage (polysaccharides), des vitamines (B, C, E), de nombreux éléments minéraux, des acides aminés (dont la lysine et l’histidine du lin mais également tout un tas d’autres), des enzymes, de l’acide malique, de l’acide salicylique (la fameuse molécule anti-inflammatoire que nous avons déjà abordée avec la reine-des-prés, le saule blanc et la gaulthérie couchée), etc.

Historiquement, on a utilisé non pas le gel d’aloe vera mais son suc, une substance jaunâtre et très amère qui sourd des feuilles lorsqu’on les coupe, puis qui devient noire à dessiccation. Plusieurs méthodes ont été employées pour récupérer ce suc. Le mieux étant encore de le faire sécher et de le pulvériser. D’ailleurs, le mot aloe provient de l’arabe alloeh qui veut dire « substance amère et brillante ». Le gel d’aloe ne partage pas cette amertume (enfin, pas celui que j’ai eu l’occasion de goûter), et aujourd’hui, la plupart des gels d’aloe vera disponibles dans le commerce contiennent une toute petite fraction d’aloïne, le principal responsable de l’amertume (ce qui, dans un sens, est dommage : en rendant le produit gustativement ingérable, il perd un certain nombre de ses propriétés, en particulier celles portant sur le foie ; enfin, à la guerre comme à la guerre, hein !)

Propriétés thérapeutiques

Nous évoquerons surtout celles du gel d’aloe vera, le suc desséché et pulvérisé requière une vigilance particulière. Disons quelques mots à son sujet. Il est tonique, emménagogue, stomachique et vermifuge, mais c’est avant tout un purgatif puissant susceptible de provoquer quelques désordres dans l’organisme (il prédispose aux hémorragies, aussi, hémorroïdaires, s’abstenir ; bien pis, il est capable de provoquer des hémorroïdes chez quelqu’un qui en est dépourvu. Chez la femme, des congestions utérines sont possibles). Et tout cela, c’est si on l’utilise à dose normale. Si on en abuse (8 grammes), on atteint le seuil létal, mais bien avant ça, le potentiel toxique de la chose se fait déjà sentir : faiblesse générale, ralentissement du rythme cardiaque, hypothermie, etc. La liste des contre-indications suivantes, relativement longue, doit dissuader quiconque de l’utiliser en médication :

  • Pas en cas de problèmes hémorragiques (métrorragie, hémorragies diverses ; les règles sont aussi concernées)
  • Pas en cas d’affections utérines
  • Pas en cas de grossesse
  • Pas en cas de problèmes urinaires et rénaux (prostatites, cystites)
  • Pas en cas de troubles intestinaux (dysenterie, colite)

Nous parlons bien évidemment du suc, non pas du gel. Le gel d’aloe vera, lui, porte son action sur un ensemble d’affections dont on sera surpris d’apprendre qu’elles sont, en très grande partie, des maux que la prise de suc est susceptible d’occasionner. Nous sommes ici dans un principe homéopathique : le gel soigne ce que le suc provoque à grande dose. On peut donc dire du suc qu’il est le revers « diabolique » de l’aloe, le gel l’avers « angélique ». Le gel est aussi limpide et immaculé que le suc est terreux et noirâtre à l’état sec, aussi crémeux que l’autre est abrasif (tannins oblige). Comment imaginer qu’une plante dotée de piquants comme les siens puisse abriter autant de douceur à travers son gel ? C’est un des nombreux exemples de l’ambivalence de la Nature. Déjà, les Grecs antiques avaient noté à propos de l’aloe vera une relation de sympathie avec le sang. Ne cherchons pas ce qui est rouge en elle (les fleurs ? ), cela serait improductif. La relation que cette plante entretient avec le sang, s’il s’agit du suc, n’est qu’antipathie. Le gel, en revanche, lui… Bref. Avant de parvenir jusque là, posons les principales propriétés thérapeutiques du gel d’aloe vera :

  • Anti-infectieux : antibactérien, antifongique (tout en respectant la flore intestinale)
  • Plus qu’immunostimulant, on préférera le terme immunomodulant
  • Assure l’équilibre acido-basique, maintient le pH intestinal
  • Digestif, laxatif, promoteur d’absorption (les polysaccharides contenus dans le mucilage de l’aloe vera multiplient la capacité qu’a l’organisme d’absorber les nutriments essentiels à travers la muqueuse intestinale)
  • Détoxifiant hépatique, urinaire et intestinal (élimination des déchets métaboliques)
  • Cicatrisant de la peau et des muqueuses
  • Antioxydant
  • Hydratant

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Usages thérapeutiques

  • Troubles gastro-intestinaux : constipation, diarrhée, flatulences, ballonnement, ulcère gastrique, acidité gastrique
  • Troubles cutanés : irritation, démangeaison, rougeur, coup de soleil, brûlure, acné, eczéma, psoriasis, piqûre d’insecte, plaie, coupure
  • Hémorroïdes
  • Vergetures

Modes d’emploi

  • Application cutanée (gel)
  • Ingestion (gel et jus)

Précautions & remarques

  • On trouve de plus en plus de produits cosmétiques (masques de beauté, baumes à lèvres, crèmes, pommades…) mettant en avant les bienfaits de l’aloe vera parce qu’ils en contiennent plus ou moins. Cependant, attention à la qualité qui n’est pas forcément au rendez-vous. Sur ce marché, comme sur tant d’autres, les arnaques sont toujours possibles
  • Pour conserver le gela d’aloe, certains fabricants y incorporent de la vitamine C et de la vitamine E. Cela permet de rendre le produit stable. Sans cela, il s’oxyderait rapidement et serait, à terme, inutilisable. Un flacon de gel d’aloe vera, après ouverture, se conserve 4 à 5 semaines dans un lieu frais, à l’abri de la chaleur et de la lumière.
  • Enfin, sachez que le gel d’aloe vera constitue une excellente base de dilution pour certaines huiles essentielles.
  • On trouve de l’aloès dans deux illustres compositions magistrales, le baume du commandeur et l’élixir de Garus. Le premier est un vulnéraire aseptisant constitué de myrrhe, d’encens, de racine d’angélique, de millepertuis, de benjoins et d’aloès. Quant au second, il contient du safran, de la cannelle, du clou de girofle, de la muscade, de la myrrhe baignés dans de l’alcool d’aloès. Titrant 80°, cet élixir, élaboré en 1680 par Joseph Garus, aura été, selon certains, un moyen détourné de consommer de l’alcool. Nicolas Lémery, contemporain de Garus, ira même jusqu’à dire qu’on a fait de « cet élixir plus d’usage pour flatter la sensualité des personnes en santé que pour la guérison des malades ». Quoi qu’il en soit, certains pharmaciens encore bien vivants n’hésitent pas à écrire qu’ils ne connaissent aucun autre apéritif capable de lui tenir tête… :-) Reste à savoir dans quel sens ils entendent le mot apéritif ! :D

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Un peu de lecture ?

Le lin

Lin à feuilles étroites (Linum usitatissimum subsp. angustifolium), Pale Flax

(Linum usitatissimum)

Si on dit que l’utilisation de certaines plantes telles l’achillée et l’aigremoine remonte à des temps préhistoriques, nous pouvons sans mal ajouter le lin à cette liste. Les hommes du Paléolithique le connaissaient déjà et l’on sait qu’ils s’en servaient il y a au moins 35 000 (cf. le grotte de Dzudzuana en Géorgie). On le retrouve ensuite au Néolithique, puis il se propage à toutes les civilisations antiques : en Mésopotamie, ainsi qu’en Égypte (des fresques nous montrent la culture du lin, activité assez souvent représentée à côté de scènes de semailles et de moissons). Alors, c’était moins les graines que les fibres du lin qui intéressaient l’homme. Cordages, filets, voiles, vêtements sont autant d’objets qui attestent du savoir-faire des Égyptiens de l’Antiquité. Le lin était non seulement une plante « utile », mais il était aussi convié dans certains rites religieux. Notamment dans le culte d’Isis : les prêtres étaient vêtus de lin.

Les premières traces d’un emploi médicinal du lin semblent remonter au moins aux hippocratiques (V ème siècle av. J.C.). Il concernait alors tant l’usage interne que l’usage externe, pour des affections qui sont toujours d’actualité (douleurs abdominales, diarrhée, catarrhe pulmonaire). Un siècle plus tard, Théophraste mettra en avant les propriétés adoucissantes des graines pour soigner les toux sèches (lin provient du latin linire qui signifie adoucir). Broyées en farine et liées à de l’eau, on en constituait déjà des cataplasmes. Dioscoride, bien plus tard, précisera encore davantage le champ thérapeutique du lin : vulnéraire, anti-inflammatoire local, béchique, laxatif et expectorant.

Au Moyen-Âge, plusieurs choses mettent en évidence l’importance qu’on accorde au lin :

  • Son inscription au Capitulaire de Villis (fin IX ème siècle) ;
  • La tapisserie de Bayeux (XI ème siècle) constituée de laine et de lin ;
  • L’école de Salerne (XIII ème siècle) ajoute de nouvelles propriétés médicinales (apéritif, diurétique) ;
  • La surface cultivée du lin est supérieure à celle d’une autre plante textile, le chanvre. Sa culture se développe dans les Flandres, en Bretagne, en Anjou. Filé, tissé, teint, il offre de magnifiques textiles végétaux que la rudesse du chanvre ne peut égaler.

Mais il est vrai qu’il s’agit davantage d’utilisations textiles que médicinales. Il faudra attendre le XVI ème siècle avant de voir l’huile de lin supplanter le traditionnel emploi de la graine, ce qui donnera un coup de fouet aux pratiques médicinales liées au lin (cf. Matthiole, Jean Bauhin). L’huile de lin médicinale perdra peu à peu de son charisme et finira même par être interdite en France au début du XX ème siècle en raison d’une possible toxicité du produit. Elle aura eu bien plus d’importance d’un point de vue industriel, et ce depuis autant de temps qu’elle aura été utilisée en médecine. Naturellement siccative, l’huile de lin le devient davantage si on la chauffe. C’est-à-dire qu’elle permet d’assécher plus rapidement la matière à laquelle on la mêle. Elle joue aussi le rôle d’épaississant. Depuis le XV ème siècle, elle entre dans la composition de la peinture… à l’huile ! ;), mais également dans celle des encres d’imprimerie et des vernis. Au-delà des textiles et de l’art, l’industrie du lin aura fourni des cordages, de la ficelle, du papier, de la toile (pour peindre mais aussi de la toile cirée), des étoffes imperméables, de la moleskine, de la glu, des savons, des bougies, etc., et jusqu’à notre actuel linoleum (prosaïquement appelé lino, son nom signifie tout bêtement huile de lin ! ^^) Ici, il est bien évident que nous avons affaire à deux types d’huiles de lin : la première est obtenue par pression à froid (alimentation, thérapeutique) et la seconde par pression à chaud (usages industriels et artistiques). Ces huiles sont issues d’une variété de lin à graines alors que le lin employé comme textile, cordage, papier, etc. provient d’un lin à fibres. Si le Canada, la Chine et les États-Unis fournissent un peu plus de la moitié de la production mondiale de graines de lin, c’est à la France que revient l’honneur de produire 75 % du lin textile. L’aire de culture du lin en France se situe particulièrement au nord (Nord/Pas-de-Calais, Normandie, Picardie, Île-de-France).

Petite vidéo sur la culture biologique du lin en Seine-et-Marne

Le lin est une plante annuelle des régions tempérées qui porte de fines tiges dressées dont la hauteur peut atteindre plus d’un mètre. Elle porte de longues feuilles vert grisâtre, linéaires et lancéolées, et de belles corolles bleu azur à cinq division entre juin et juillet. La fructification donne une capsule ovale formée de cinq compartiments contenant chacun deux graines brunes en forme de larme. Le lin apprécie les sols frais, bien drainés d’Europe et d’Asie, au soleil de préférence.

Lin à feuilles étroites (Linum usitatissimum subsp. angustifolium), Pale Flax (2)

Le lin en phytothérapie

Principaux constituants

On extrait de la graine une huile riche en acides gras non saturés : acide linolénique (ou oméga 3) majoritairement et acide linoléique (ou oméga 6). On y trouve aussi du mucilage (6 à 15 %), divers et nombreux sels minéraux et vitamines, de la résine, de la pectine, enfin une très faible proportion d’acide cyanhydrique (ou acide prussique) facilement inhibée par la chaleur. Cette huile est fragile, elle rancit facilement. Compte tenu qu’elle est difficile à obtenir sans extracteur, il est préférable de l’acheter en petite quantité en boutique bio. Dans ce cas, vous la trouverez en contenant opaque de moins de 25 cl, jamais plus. Après avoir été longuement interdite à la vente pour usage alimentaire et médicinal, elle n’est disponible à la vente au détail que depuis un peu plus de 4 ans. A partir de la graine, on peut aussi obtenir une farine. Mais elle est tout aussi fragile que l’huile et peut très facilement s’altérer, en particulier en raison de moisissures que rend possibles une humidité atmosphérique excessive.

Propriétés thérapeutiques

  • Adoucissant, émollient
  • Anti-inflammatoire
  • Apéritif
  • Diurétique
  • Antioxydant
  • Laxatif
  • Maturatif, résolutif, vulnéraire, détersif

Usages thérapeutiques

  • Troubles des voies urinaires : cystite, dysurie, blennorragie
  • Troubles bucco-pharyngés : gingivite, stomatite, pharyngite, maux de dents, enrouement, toux
  • Troubles gastro-intestinaux : gastrite, entérite, péritonite, dysenterie, constipation, diarrhée, paresse intestinale, trouble du transit et du péristaltisme intestinal
  • Troubles broncho-pulmonaires : irritation bronchique, bronchite légère, pneumonie, pleurésie
  • Troubles cutanés : ulcère, furoncle, eczéma, dartre, abcès, contusion, enflure, panaris, brûlure, prurit, plaie
  • Possible action sur les maladies cardiovasculaires, en préventif (cf. présence d’oméga 3 et 6)
  • Abaissement du taux de cholestérol sanguin (cf. crème Budwig du Docteur Kousmine)
  • Possible action sur les cancers de l’endomètre et du sein en raison de la forte proportion d’oméga 3

Comme nous le voyons, beaucoup de mots dans cette liste se terminent par -ite. Ce suffixe désigne généralement qu’on a affaire à une inflammation. Nous allons donc expliquer comment les vertus anti-inflammatoires du lin fonctionnent. Pour le comprendre, il faut se tourner vers le mucilage contenu dans la graine de lin. Cette substance est assez courante dans le monde végétal, on la trouve dans la violette, le coquelicot, la mauve, la guimauve, le bouillon blanc, le plantain, la bourrache, le tussilage, etc. Le mucilage présente la particularité de former une matière ressemblant à un gel plus ou moins épais et visqueux au contact de l’eau. Lorsque les graines de lin broyées sont mêlées à de l’eau chaude, sous l’action du mucilage ainsi libéré, le volume de graines utilisé devient deux à trois fois supérieur. On obtient donc ce gel constitué d’eau, d’huile et de mucilage, entre autres. Par voie interne comme externe, ce gel abaisse la sensibilité aux saveurs et à la température, mais aussi à la douleur. Ce type de préparation permet, par exemple, de laver les plaies et de favoriser l’augmentation du bol alimentaire. Non seulement le transit et le péristaltisme intestinal sont rétablis, mais l’huile contenue dans les graines lubrifie les parois des intestins. Ce gel aseptise le canal digestif et le purifie en drainant un ensemble de déchets hors du corps, dont la toxicité maligne peut provoquer différents troubles qui sont autant de signes d’une auto-intoxication (perte d’appétit, somnolence après repas, insomnie, fièvres intermittentes, etc.).

Modes d’emploi

Ils sont variés, nous venons d’en évoquer un ci-dessus.

  • Une consommation régulière dans l’alimentation.
  • Graines broyées en infusion, macération à chaud, décoction. Il est important de ne pas utiliser l’eau chaude du robinet, mais de l’eau bouillie dans une bouilloire, et de préférence ne contenant pas de calcaire. Les éléments tels que le calcium et le magnésium s’opposent à l’hydratation du mucilage. Les eaux dures devront donc être bannies, une eau faiblement minéralisée fera parfaitement l’affaire. Infusion, macération et décoction se destinent autant à un usage interne qu’externe.
  • Cataplasme : réalisé avec un mélange de farine de lin et d’eau (sous les mêmes conditions que le point qui précède), il s’applique chaud sur la peau mais devra en être isolé par un morceau de tulle ou de flanelle. On connaît aussi le fameux cataplasme sinapisé composé d’ 1/5 de farine de lin et de 4/5 de farine de moutarde : brûlant mais efficace.
  • Liniment : en mêlant de l’huile et de la farine de lin, on obtient une pâte applicable sur la peau.

© Books of Dante – 2014

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