De l’importance du rêve chez les Sioux Lakotas

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Il y a quelques temps de cela, je couchais ici-même les lignes de l’introduction de mon ouvrage intitulé Animaux-totems & Roue-médecine. Aujourd’hui, c’est avec plaisir que je partage avec vous un autre extrait de ce livre. Il y est question de l’un des moyens qui nous permet d’entrer en contact avec nos animaux-totems : le rêve.

A travers la méditation, nous avons pu évoquer ce que nombre de peuples amérindiens qualifient de « quête visionnaire ». Comme le souligne le Dictionnaire des symboles, le jeune préalable est nécessaire pour favoriser les visions, puisque la faim place d’emblée celui qui recherche les visions dans « un état de semi-conscience hallucinatoire » (1). Cette pratique du jeune est aussi rapportée par Michael Harner dans son ouvrage Chamane (2), ainsi que par Piers Vitebsky (3). S’abstenir de se nourrir pendant un temps plus ou moins long avant de procéder à une quête de vision peut tout à fait être mis en œuvre avant une séance de méditation proprement dite. Mais cela est également vrai pour la vision onirique ainsi que pour le voyage chamanique, mais nous aborderons ce dernier point plus longuement par la suite. De façon quasi unanime, le rêve est la voie royale par laquelle les esprits accèdent aux êtres humains.

Comme l’indique Black Elk, les rêves sont d’une importance capitale pour les Amérindiens : « dans les temps anciens, notre peuple n’avait pas d’instruction. Il ne pouvait pas apprendre à partir de livres ni de professeur. Toute sa sagesse et son savoir lui ont été donnés de ses rêves. Il a scruté ses rêves. Il y a puisé sa force. Il a pris conscience de leur puissance » (4). C’est pour cette raison, entre autres, que certaines « sociétés » particulières virent le jour comme, par exemple, la « religion des rêveurs » fondée par Smohalla, un Nez-Percés, qui disait que ses « jeunes gens ne travailleront jamais, [car] les hommes qui travaillent ne peuvent rêver ; et la sagesse nous vient des rêves » (5). Tatanka Yotanka, un grand chef sioux plus connu sous le nom de Sitting Bull, était réputé pour être également un grand « rêveur ».
Bien sûr, à l’heure actuelle où, au sein de notre monde occidental, la transmission est bien plus souvent écrite qu’orale, cette dimension propre aux Lakotas rapportée par Black Elk perd quelque peu de son sens. Cependant, quand il affirme que le rêve permet d’accéder à la connaissance, il ne parle pas des rêves dits classiques, tels que ceux qui ne sont que l’expression d’un désir diurne refoulé comme c’est le cas pour chacun d’entre-nous au moins une fois dans une vie. Il parle de certaines catégories de rêves que certains auteurs actuels qualifient de rêves lucides et de rêves lucides dirigés (6). Voici quelles définitions en donne Marie-France Bel :

Le rêve lucide : « le dormeur vit cette activité avec une conscience, comme dans l’éveil, tout en sachant qu’il est endormi et que les événements qu’il vit sont dans un autre espace. La conscience onirique et la conscience d’éveil sont similaires. Le dormeur se souvient de son activité onirique comme il se souvient d’une activité au cours de l’éveil ».
Le rêve lucide dirigé : « le dormeur est capable d’orienter ses rêves avec une activité consciente et volontaire comme pendant l’éveil alors qu’il est endormi. La conscience et la volonté sont similaires à celles de l’éveil ».

C’est peut-être de ces deux types de rêves dont parle Frances Densmores dans son Teton Sioux Music lorsqu’elle explique que « les Sioux recherchaient les rêves, et [qu’]il était admis que le rêve correspondait au caractère de l’homme […]. Si le rêve était en rapport avec les pierres sacrées ou avec des herbes ou des animaux se rapportant au traitement de la maladie, obligation était faite à l’homme de tenir compte de l’aide surnaturelle qui lui avait été accordée dans le rêve » (7). Ainsi donc, le rêve prend-il une valeur de haute importance pour les Sioux ainsi que pour de nombreuses autres tribus amérindiennes car à travers le songe onirique il est possible d’entrer plus étroitement en contact avec des dimensions spirituelles que le seul état de veille ne permet pas d’entre-voir ou bien à grand peine.

Tout animal vu en rêve n’est pas nécessairement un animal totem, il peut être la représentation symbolique d’une émotion particulière par exemple. Certains signes particuliers permettent de savoir à quoi l’on a affaire : une discussion qui s’engage avec l’animal lequel se met alors à parler, une récurrence de rêves mettant tous en scène le même animal (ou partie de cet animal, comme des plumes, par exemple), la « texture » même du rêve dont on se souvient généralement au réveil, des gestes particuliers qui peuvent accompagner le dormeur en plein sommeil (il faut alors compter sur un témoin oculaire extérieur, chose peu aisée lorsque tout le monde dort dans la maisonnée), etc. L’ensemble de ces indices peuvent aider à l’identification d’un animal comme totem ou pas, tout en prenant bien en compte que les éléments récoltés peuvent aisément compléter les résultats obtenus grâce à la méditation, par quête des signes ou par le biais d’autres méthodes que nous exposerons au lecteur un peu plus loin.

Comme me l’a un jour indiqué un de mes guides, « plus tu rêveras d’un animal et plus il deviendra puissant ». A travers cette assertion personnelle, il faut comprendre le fait que la place que l’on alloue à tel ou tel animal dans les rêves renforce sa capacité à occuper la place à nouveau. Et cela ne va pas sans son corollaire : plus puissant il deviendra, plus tu rêveras de lui. Accordons une importance à quelque chose et il se manifeste. En revanche, l’inverse n’est pas également vrai : n’accorder aucune importance à quelque chose peut avoir pour effet qu’il se manifeste par saccade de signes qui sont autant de panneaux de signalisation qu’il est alors bon de ne pas négliger.


  1. Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 620-621
  2. Jeremy Narby & Francis Huxley, Anthologie du chamanisme, p. 178.
  3. Piers Vitebsky, Les Chamanes, p. 42-43 : « Le rêve ou la quête visionnaire jouent le rôle de la transe et du voyage, particulièrement dans la région des plaines. Les jeunes gens, et parfois les jeunes filles, se retirent dans le désert et jeûnent quelques jours pour recevoir des esprits une vision ».
  4. Black Elk, Les rites secrets des indiens sioux, p. 85-86.
  5. Teri McLuhan, Pieds nus sur la terre sacrée, p. 70.
  6. Marie-France Bel, Corps subtils, science et médecine, p. 150.
  7. Teri McLuhan, Pieds nus sur la terre sacrée, p. 198.

Article connexe : Animaux-totems et Roue-médecine – Introduction

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Les rites secrets des Indiens sioux (Black Elk)

Les rites secrets_PBP-Les rites secrets

Une œuvre majeure qui décrit très bien la spiritualité des Indiens des Grandes Plaines. Un texte sans lequel je n’aurais pas été en mesure d’écrire mon troisième bouquin.
Black Elk, Hehaka Sapa de son nom lakota, livre à Joseph Epes Brown, un fervent admirateur et défenseur de la culture des Amérindiens, des paroles, qu’en temps normal, il aurait été bon de conserver secrètes. Les deux hommes se seront côtoyés un an durant. De ces échanges, il résulte cela :

«  Ce livre contient de multiples données que les Indiens, jusqu’en ces derniers temps, s’étaient gardés de divulguer parce qu’ils estimaient, et avec raison, que ces choses sont trop sacrées pour être communiquées à n’importe qui ; de nos jours, les quelques vieux sages qui vivent encore parmi eux disent qu’à l’approche de la fin d’un cycle, quand les hommes sont partout devenu inaptes à comprendre et surtout à réaliser les vérités qui leur ont été révélées à l’origine, avec, comme conséquence, le désordre et le chaos dans tous les domaines, il est alors permis et même souhaitable de porter cette connaissance au grand jour ; car la vérité se défend par sa propre nature contre sa profanation, et il est possible qu’elle atteigne ainsi ceux qui sont qualifiés pour la pénétrer profondément et capables, grâce à elle, de consolider le pont qui doit être construit pour sortir de cet âge sombre ».

Et comme nous ne sommes plus dans cet « âge sombre », je me permets de placer ici le PDF intégral des paroles du chaman sioux qu’est Black Elk.

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