Les viornes (Viburnum sp.)

Qui jardine un peu connaît peut-être une viorne qu’on appelle laurier-tin ou une autre encore qui porte le nom de « boule de neige » (Viburnum opulus var. roseum). Avec la mancienne, « ce sont des arbustes à feuilles simples, à fleurs petites, blanches ou rosées, toutes en limbe et sans parties tubuleuses, groupées en de fausses ombelles » (1). Voilà, si on le souhaite, un rapide résumé de ce que sont les viornes d’un point de vue botanique. Mais il est bien entendu possible d’en dire davantage, en particulier au sujet des deux principales viornes : l’obier (V. opulus) et la mancienne (V. lantana). Arbustes de petite taille (2 à 4 m), tous deux portent des feuilles caduques dont l’aspect est fort différent d’une espèce à l’autre. Chez l’obier, les feuilles bien vertes sur leurs deux faces, sont incisées et dentées, lobées généralement par trois ou cinq. Les feuilles de la mancienne sont, elles, entières, plus ou moins ovales et surtout recouvertes d’une sorte de peluche sur les deux faces, ce qui leur confère un toucher quelque peu rugueux. Cette pilosité, on la remarque aussi sur les rameaux de la mancienne, aussi poilus que ceux de l’obier sont lisses, nus et brillants. Leur seul point commun réside dans leur flexibilité. L’on observe aussi beaucoup de similitudes au sujet des fleurs de ces deux espèces : pratiquement sans parfum, elles s’organisent en ce que l’on peut croire être des ombelles, mais qui n’en sont pas en réalité. Celles de l’obier sont de deux types : les périphériques, grandes, blanches, à cinq pétales, encerclent d’autres fleurs plus petites, en corymbes : la seule autre différence majeure, c’est que ces dernières fleurs centrales sont bisexuées, alors que les extérieures sont stériles. Cette répartition n’existe pas chez la mancienne : d’avril à mai, ce sont bien de vraies fleurs qui s’épanouissent. Ces fleurs forment des baies rouge vif à rouge corail du côté de l’obier ; plus ou moins ovales, elles sont luisantes et ne contiennent qu’une seule graine. Celles de la mancienne, ovales et aplaties, de moins d’un centimètre de longueur, sont simultanément vertes, rouges et noires, du fait de la floraison progressive de la plante.
Ces deux viornes, sont présentes autant en Europe que dans la partie la plus occidentale de l’Asie, de la plaine à la moyenne montagne. En France, elles sont plus communes au Nord et beaucoup plus rares dans le Sud et le Sud-Est. Il faut dire qu’elles recherchent l’humidité et que le climat méditerranéen ne leur plaît guère. Ainsi, les bois et forêts de feuillus humides sont-ils les meilleurs endroits pour espérer rencontrer ces arbustes qui, souvent, se cantonnent à leurs lisières ou bien à des ensembles végétaux moins dominants comme bosquets, haies et broussailles, et jusqu’à aller trouver la quiétude au sein des jardins.

Il semblerait qu’une viorne ait été identifiée sous le nom de Felbaum dans l’œuvre d’Hildegarde de Bingen (cf. Le livre des arbres, chapitre 39). Le peu qu’elle en dit ne permet pas d’en dresser un fidèle portrait. En revanche, elle pointe quelque chose qui colle aux viornes depuis des temps immémoriaux en Europe : « A celui qui mange de son fruit, celui-ci fait du mal, et il porte atteinte à sa santé en augmentant en lui les humeurs et le froid à cause de l’inutilité qui est en lui » (2). L’abbesse a-t-elle raison ? Ce que l’on peut constater, en effet, c’est que les baies de la viorne obier sont dédaignées, même par les plus grands froids, par les oiseaux. Cela a été érigé comme un évident indice de leur nocivité. Mais tel qui mange de la grive n’est pas obligé de se farcir du merle. Et si je suis grive, et que je tiens à mon picorage habituel dans lequel la baie de la viorne n’entre pas, pourquoi donc la mettrai-je à mon menu ? Hum ?… A considérer la littérature que j’ai pu compulser à ce sujet, il est conseillé ceci : « L’homme ne doit pas non plus les consommer bien que les spécialistes n’arrivent pas à s’accorder pour savoir combien elles sont toxiques et dans quelle mesure on peut détruire les substances toxiques qu’elles contiennent en les chauffant » (3). Or, dans la même page, un peu plus loin, on trouve ce court paragraphe : « les fruits non arrivés à maturité provoquent des inflammations digestives ; cuits, ils se mangent en compote ou confiture » (4). Ce qui est le cas de nombreux autres fruits dont la comestibilité ne peut s’affranchir d’une coction salutaire. Bref, on progresse. Chez Fournier, cette toxicité de l’obier est lisible alors qu’elle est inexistante pour la mancienne au contraire : « les fruits sont comestibles lorsqu’ils sont devenus noirs par un commencement de fermentation, ils ont alors une saveur douceâtre » (5). Aux États-Unis, l’on trouve une autre viorne : Viburnum edule, autrement dit, la viorne comestible. Pourquoi souligner cette singularité si ce n’est pour exclure toute autre viorne du territoire alimentaire ? Outre cette viorne, en Amérique du Nord, un certain nombre de viornes se destinent, entre autres, à l’obtention de sauces, de sirops, de gelées, de jus, de vins et de confitures, et l’on peut se demander, à juste titre, selon quel prédicat abscons il n’en serait pas de même en Europe. Il est, certes, remarquable, que les fruits de viorne (obier, lantane) sont susceptibles d’avoir des effets purgatifs ou vomitifs : « pour autant, une action vomitive n’est pas une toxicité grave », souligne Bernard Bertrand qui poursuit : « Sans doute, sommes-nous, en Europe, dans un contexte trop confortable pour apprécier des fruits qui résistent à des températures sibériennes » (6). Déjà que certains font des yeux de merlan frit devant une nèfle, alors ne demandons pas l’impossible !… Et c’est bien cela qui unit le fruit du néflier à celui de l’obier : cette nécessité d’en passer par l’épreuve du froid avant de se rendre comestible par nous. Si le coing peut se cuire sans avoir à blettir, il n’en va pas de même du fruit de la viorne obier. Parce que lorsqu’ils sont encore crus, ils demeurent âpres comme la prunelle, mais deviennent beaucoup plus supportables au palais une fois que le froid, qui a mordu dedans, les a ratatinés. Pour certains fruits, ce que l’on croit être la maturité ne l’est peut-être pas…

Les viornes en phytothérapie

A force d’usages phytothérapeutiques, l’on a pu mettre en évidence la communauté thérapeutique qui unissait une viorne américaine – Viburnum prunifolium – et une viorne européenne, Viburnum opulus, surnommée obier. A ces deux viornes, l’on peut ajouter la mancienne ou viorne laineuse (Viburnum lantana) qui trouve parfois quelques emplois. En revanche, nous abandonnerons le laurier-tin (Viburnum tinus) au strict domaine des plantes ornementales.
La matière médicale principale offerte par les deux premières de ces viornes se trouve dans l’écorce de leurs rameaux et de leurs racines, en l’image d’une résine amère appelée viburnine. On y décèle aussi des tanins, de la pectine, des acides (malique, pectique, formique, acétique, oléique, valérianique, linoléique, caprylique, etc.), de la gomme et de la cire. En plus de cela, la viorne américaine et l’obier contiennent une coumarine du nom de scopolétine (ou scopolétol). En revanche, tandis que l’analyse de la viorne américaine fait état de salicine, celle de l’obier mentionne l’existence d’arbutine, hétéroside phénolique. L’une et l’autre recèlent un peu d’essence aromatique.
Du côté des baies, l’on en sait beaucoup moins pour des raisons que nous avons abordées un peu plus haut. Tout au plus pouvons-nous dire que celles de l’obier contiennent du tanin, des sucres, un pigment, ainsi que de l’acide valérianique, de même que celles de la mancienne. Cet acide valérianique, on le croise aussi dans les fleurs de la mancienne, en compagnie de sucre (saccharose) et d’une enzyme, l’émulsine, composition qui concerne exactement les fleurs de l’obier. L’on comprend que l’on ait regroupé tous ces arbustes sous le nom générique de Viburnum.

Propriétés thérapeutiques

  • Viorne américaine et viorne obier :
    – Sédatives nerveuses, antispasmodiques, sédatives et décontractantes musculaires
    – Toniques du système nerveux
    – Astringentes
  • Propres à la viorne américaine :
    – Sédative utérine, antidysménorrhéique
    – Rubéfiante
    – Diurétique
  • Propres à la viorne obier :
    – Hypotensive (?)
    – Purgative (feuilles, fruits)
    – Vomitive (feuilles, fruits)
  • Mancienne :
    – Astringente (feuilles, fruits)

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gynécologique : règles douloureuses, règles trop abondantes, aménorrhée, dysménorrhée, douleurs menstruelles par contractions utérines, prolapsus utérin, hémorragie utérine, accouchement prématuré, « accidents nerveux de la grossesse, menaces d’avortement » (7), spasmes utérins consécutifs à l’accouchement, hémorragie de la ménopause

Note : c’est à bon droit qu’on a pu dire de l’obier qu’il était un spécifique gynécologique. « Cette drogue n’exerce pas une action directe sur l’utérus ; elle n’agit, semble-t-il, qu’indirectement comme antispasmodique, à la façon de la valériane » (8).

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : diarrhée, constipation, colique, irritation du côlon, dysenterie (viorne, obier, mancienne)
  • Troubles de la sphère respiratoire : asthme, gêne respiratoire, affections laryngées, angine
  • Troubles locomoteurs : crampes et spasmes musculaires, mal de dos
  • Affections bucco-dentaires : gingivite, déchaussement (mancienne)
  • Affections cutanées : ulcère, érysipèle

Modes d’emploi

  • Décoction d’écorce.
  • Teinture-mère d’écorce.
  • Extrait fluide d’écorce.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : que ce soit pour la viorne américaine comme pour l’obier, on recueille l’écorce des rameaux au printemps généralement (du mois de février aux premiers jours d’été) et celle des racines à l’automne.
  • La viorne est déconseillée en cas d’allergie aux dérivés salicyliques (aspirine, etc.).
  • A bien considérer le mot viburnum dont viorne est issu, ainsi que l’adjectif lantana attribué à la mancienne, l’on peut appréhender un usage des viornes en général, de la mancienne en particulier. Dans ces mots, il est question de lier, tresser, plier, courber, référence assez explicite à l’usage qu’on faisait des écorces de la mancienne pour imiter celui de l’osier.
    _______________
    1. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 968.
    2. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 179.
    3. Ute Künkele & Till R. Lohmeyer, Plantes médicinales, p. 113.
    4. Ibidem.
    5. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 970.
    6. Bernard Bertrand, L’herbier toxique, p. 184.
    7. Jean Valnet, Phytothérapie, p. 504.
    8. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 969.

© Books of Dante – 2018

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La carotte (Daucus carota)

Synonymes : racine jaune, nid d’oiseau, pastenade, pastonade, pastinade (1).

La carotte est agaçante. Non en vertu d’une raison cachée inexplicable. Mais parce que d’elle, l’on parle mal au moins depuis deux millénaires. Cherchez dans ces pages le chou, la pomme de terre, l’ail et l’oignon, vous les trouverez pour vous en faire une bonne soupe. Mais, jusqu’à ce jour, point de carotte. Et ça n’est pas parce qu’elle est d’une banalité écœurante, certes non, sauf lorsqu’elle baigne dans le beurre et le sucre, comme l’a décrété la mode vichyssoise. Comment d’un légume censément aussi connu que la carotte, on a pu commettre bévue sur bévue, comment, finalement, sans aveu d’impuissance pour autant, en est-on venu à n’en pas savoir autant que l’on voudrait à son propos ? Ah ! Mais bien sûr qu’on peut écrire à son sujet, on peut gloser, déblatérer, vitupérer, s’égosiller même, et tant d’autres verbes en -er ou en -ir, pourquoi pas, puisque tout cela peut mener à la colère. Cela n’est pas la première fois que je place l’objet « carotte » sur le métier. Mais, jusqu’à présent, j’ai toujours échoué à en faire quelque chose de valable. Je ne m’explique pas cette réticence ; résistance, même, serait plus juste. Je me suis fâché avec la carotte. Pas à cause d’elle. A cause du fatras que l’on découvre nécessairement dès qu’on ouvre deux ou trois livres, non que tout soit à jeter, loin de là, mais on sent comme quelque chose de peu limpide, de bancal aussi, qui m’a toujours apparu comme très désagréable. Il en faut bien peu pour bâtir une infortune. Et celle-ci débute dès l’Antiquité.

Ouvrons tout d’abord la foire aux questions. La carotte est-elle originaire d’Europe ? Certains le prétendent, d’autres ne se risquent pas à y répondre, signant l’origine inconnue de cette apiacée. La carotte serait-elle française ? Pourquoi une telle question ? Parce qu’il semblerait que ce soit la carotte que Pline désignait sous le nom latin de pastinaca gallica (= « pastenade de Gaule »). C’est une question qui nous expose à nous perdre dans de très compliqués méandres. Nous n’en ferons donc rien, à moins que l’objectif avéré soit de s’arracher les cheveux. A ceux-ci, j’y tiens. Donc, non, battons courageusement en retraite et passons à la question suivante : la carotte cultivée actuelle est-elle la descendante de la carotte sauvage que nous connaissons encore ? Selon ce que la taxinomie nous enseigne, cela pourrait être le cas, puisque la carotte sauvage s’appelle Daucus carota, et à la cultivée on a ajouté sp. sativa, autrement dit : « sous-espèce cultivée ». Si la cultivée est une sp., autrement dit une sous-espèce, elle est donc fille de sa mère, la carotte sauvage, alias D. carota tout court. Non ? C’est difficile de répondre par l’affirmative à cette question, d’autant que dans l’œuvre de Dioscoride – Materia medica, Livre III, chapitre 50 – on lit la chose suivante : « La domestique est meilleure à manger que la sauvage et est utile aux mêmes choses bien qu’elle ne soit pas aussi valeureuse ». Ces deux points soulevés par Dioscoride sont toujours valables aujourd’hui : la domestication accroît la qualité nutritive des plantes tout en abaissant leurs vertus thérapeutiques. Mais la carotte domestique de Dioscoride est-elle la même que la nôtre ? Certes non. Mais dans ce cas, qui est-elle ? L’ancêtre de notre carotte cultivée, avant que les améliorations maraîchères lui aient fait atteindre le niveau qu’elle occupe aujourd’hui ? On n’en sait rien, et dans le doute, on évacuera cette pénible interrogation. Ne vous ai-je pas dit que la carotte est agaçante ? En revanche, ce que l’on sait via témoignages, c’est que chez les Grecs et les Romains, la carotte, même domestique, est assez proche de la sauvage, et s’éloigne donc, en saveur et en alibilité, de ces carottes que l’on voit réunies – jaunes, rouges, violettes – par poignées, et avec toutes leurs fanes, sur les marchés. Puis, des centaines d’années ont, peut-être, creusé la différence entre carotte sauvage et carotte cultivée, de même que le chien ne rappelle que très fugacement le loup. Fournier, au sujet de la première, écrivit ceci : « Sa racine grêle, dure et presque ligneuse, blanchâtre, de saveur âcre et d’odeur forte, peu agréable, ne rappelle que de très loin le légume charnu, tendre, doux et sucré de nos jardins » (2). Faut-il dire que la seconde est née dans des culottes de soie, alors que la première se râpe les fesses dans du crin ? Comment voulez-vous qu’elle soit aimable ? Son existence de sauvagesse la place en dehors de toute alacrité.
Par ailleurs, du temps de l’Antiquité gréco-romaine, on s’emmêlait quelque peu les pinceaux de la langue. Sans doute peu soucieux d’exactitude morphologique qui fait le cauchemar du premier botaniste en herbe venu encore à l’heure actuelle, respire – nom de Zeus – respire, eh bien, il appert que la carotte sauvage devait tant ressembler au panais, sauvage également, qu’on appela de façon indifférenciée, l’un et l’autre padtinaca, terme aujourd’hui réservé au seul panais. Ce qui ne veut pas dire qu’on appelait cette même carotte par le grec karôton et le latin carota dans le même temps, non ; ceux-ci appartiennent à une terminologie usitée plus tardivement que les daukos et daucus dont le sens pourrait occasionner une nouvelle question propre à la FAQ. Daukos « désigne différentes ombellifères dont la racine ou les semences passaient pour avoir une saveur piquante et brûlante, généralement difficile à déterminer en l’absence de descriptions précises » (3). Parce qu’il n’y a pas que la Daucus carota, certes non ! Durant l’Antiquité, on fait aussi référence, en grec, à la daukus kretikos, autrement dit l’athamante de Crète (Athamanta cretensis), autre apiacée, râblée mais bien jolie. Cette proximité nominale avec la carotte, je l’ai retrouvée dans l’œuvre de Cazin pourtant distante de 2000 ans grosso modo. Voici ce qu’il écrit : « on substitue parfois la semence de carotte à celle de daucus de Crète (Athamanta cretensis), quoiqu’elle soit fort différente » (4). En faire passer l’une pour l’autre, habitude courante durant l’Antiquité, raison pour laquelle, 2000 ans plus tard on pédale encore dans la choucroute, ou la semoule, au choix. C’est pourquoi, lorsqu’on voit ici ou là que les semences de « daucus » entraient dans la composition de recettes plus ou moins élaborées, on peut se poser la question de l’identité de ce « daucus », et surtout ne pas tomber dans le piège qui consiste à croire qu’il s’agit là du seul daucus qu’on connaisse, c’est-à-dire la carotte, quelle qu’elle soit. Parce que des daucus, il n’y en a pas qu’un seul, j’en connais moi-même sept ou huit, et il en existe bien davantage. Qui nous dit qu’il s’agit d’untel et non de tel autre ? Hum ?… Jetons un œil, de nouveau, à la Materia medica. Au sujet de la « pastenade », pastinaca chez les Latins, staphylinos chez les Grecs, nous trouvons une fort belle description de l’apiacée aux fleurs blanches et dont la centrale est pourpre… Cela ne peut être que la carotte ! Que la carotte ? Comme s’il n’en existait qu’une seule ! Il y a, par exemple, une autre carotte, la carotte dorée (Daucus aureus) qui possède cette étonnante fleur de couleur violine, bordeaux, enfin plus ou moins rougeâtre. Pourquoi, aussi, rapporter le monde à ce que l’on connaît de lui ? Le monde est beaucoup plus vaste que l’image qu’on s’en fait bien souvent. Que l’homme prenne bien en compte cet état de fait qui n’est pas autre chose qu’une réalité, et il gagnera en humilité. Aussi, soyons circonspects. Interrogeons-nous toujours avant de bêtement conclure et décréter : à qui appartient cette racine grosse comme le doigt, parfumée, bonne à manger une fois cuite, et dont les semences étaient données comme un des nombreux remèdes de la matrice ? Peut-être à ce staphylinos, nom qu’attribuèrent tant Pline que Dioscoride aux carottes sauvages et domestiques de leur temps. Dioscoride en dit ceci : c’est une plante dont les semences sont diurétiques (difficulté à uriner, hydropisie), cicatrisantes des ulcères, alexitères. Pline, reprenant Dioscoride, souligne une fois encore cette dernière propriété préventive : « ceux qui en portent sur eux et ne sont pas mordus par les serpents et ceux qui viennent d’en manger ne souffrent pas de la morsure ». Comment pourrait-il souffrir celui qu’on ne mord pas ? Oublions cela. Concentrons-nous davantage sur cette réputation déjà fort ancienne associée à la carotte et rapportée par Dioscoride : outre qu’elle soit véritablement emménagogue (elle provoque l’apparition des règles, par exemple), « cet aliment est sans aucun doute un aphrodisiaque. Ainsi certains ont-ils soutenu qu’il favorisait les conceptions ». Aphrodisiaque, la carotte ? Les siècles suivants n’ont pourtant pas manqué de faire la remarque du contraire, comme Vladimir Nabokov qui écrit en 1959 dans Lolita que la carotte fraîchement déterrée n’est en rien pourvue de sex-appeal, ce que contredit Jean-Baptiste Porta qui, dans la Magie naturelle, recommande la carotte pour vaillamment combattre dans le camp de Vénus, réputation qui s’est perpétuée à travers un rite nuptial, la soupe aux mariés dans laquelle « carotte et oignons prennent des formes phalliques pour bien marquer ce rituel de passage » (5). Oignon à la forme phallique, je demande à voir… Quant à la carotte de Porta – XVI ème siècle – elle devait avoir peu de rapport avec celle qu’on employait lors de ces soupes nuptiales, corsées, épicées et poivrées, auxquelles on assistait encore au début du siècle dernier, autre manière de tenir la chandelle, sans tomber dans le graveleux. Or, sachons avant de bêtement nous gausser, que, jusqu’à la Renaissance – époque de Porta, donc –, la carotte reste et demeure coriace comme légume. Afin de l’avaler de manière à ce qu’elle soit plus digeste, il était nécessaire de lui ôter son cœur, cylindre central et filandreux. Pas étonnant, dans ces circonstances, que la carotte ait fini par bander mollement, jusqu’à être moquée par bien des auteurs, parce que racine déplaisante et mal dégrossie. S’en emparer permettait de la réduire au silence : la « ferveur » populaire n’aura pas été tendre avec la carotte : « on sait bien que manger des carottes crues donne des poux et manger trop de carottes rend les fesses dures » (6).
Pourquoi ? Pourquoi donc dénierait-on à la carotte le sex-appeal que Nabokov lui refuse ? La carotte, c’est ce truc des buralistes, cette enseigne formée d’un double cône rouge, turgescente et parfois luminescente. Cet emblème ne reprend ni plus ni moins que la forme de la « carotte de feuilles de tabac » dont la forme phallique est évidente. Si la carotte est chaude, ça n’est pas parce que ses semences font partie, avec persil, ache et khella, du club des quatre semences chaudes mineures, mais surtout parce qu’on l’associe aux bars-tabac, aux tripots, etc., de ces lieux faunesques où la perdition n’est jamais bien loin, aspect souligné très justement par la couleur – lanterne rouge – de cette enseigne. Pour peu qu’on soit dans une maison close, il y a plus qu’un pas. Bref. Tabac ou cabat, la carotte, il faut choisir. Cabat, ou plutôt cabaret, il faut croire que – rouge – la carotte n’a jamais perdu – rouge – de cette vertu scintillante – rouge – qui fait qu’elle mêle ses fanes au mauvais monde interlope quand il n’est pas nyctalope. Rouge – LED rouge de la carotte : rouge – rouge – rouge !… Agaçant, non ? Paradoxal, peut-être ? Comment se fait-il qu’au XVI ème siècle (et même après), celle qu’on disait emménagogue, galactogène, diurétique, anti-ictérique et alexitère soit, tout à la fois aliment de carême ? Le carême, vous voyez ? Non ? Cette curieuse manie qu’a une religion dont je vais taire le nom de se priver de certains aliments pour les remplacer par d’autres qui, dit-on, y ressemblent ? Ainsi, la carotte, par sa jupe rouge, rappelait-elle la couleur de la viande. Mais bon, il n’y a que le pire abruti qui est incapable de comprendre qu’un bout de viande ressemble plus à un tas de merde qu’à une carotte, même outrancièrement fardée d’orange ou même d’incarnat ! Aussi, dire que la carotte fait les fesses roses n’a plus grand air du vague dicton qu’on dispute entre la poire et le fromage, les frimas et ce grand soleil ardent avec lequel, il faut bien le dire – pourquoi le taire ? – la carotte a une accointance certaine : si cette dernière permet à certaines d’obtenir le hâle qu’elles jalousent, c’est bien que la carotte n’a pas grand rapport avec cette racine anémiée – parce que blafarde – qu’est le panais. Platine de Crémone, qui était plus maître-queue qu’herboriste, martelait tout de même la réputation aphrodisiaque de la carotte : sa racine, écrit-il, est surtout « excitative à la luxure parce qu’elle est caléfactive, ventosive et humectative », ce qui, pour nous, ne veut rien dire du tout. Mais je me promets de vous en donner, tantôt, une « traduction ». Tout cuisinier qu’il ait pu être, Platine n’oublie pas de nous délivrer quelques recettes qui trouvèrent, à son époque, grand presse auprès de ses contemporains. Les carottes, après avoir été roulées dans la farine, étaient ensuite frites. Apprêtées d’épices, on les cuisait sous la cendre. Enfin, on pouvait aussi les cuire avec de la laitue, plante dont la vertu anaphrodisiaque n’est plus à faire. Je pense plutôt que la propriété aphrodisiaque de la carotte relève d’un vieux mythe, de plusieurs erreurs et d’un ou deux mensonges. Autant dire qu’il y a de la malversation là-dessous, laquelle devient plus nettement manifeste lorsque, la carotte, on l’a dans le cul, signalant non pas l’une des nombreuses positions du kama-sutra, mais le fait bien établi qu’on s’est fait carotter, voler, niquer, baiser. Poussant au désespoir, on dit qu’elles sont bien cuites sinon foutues. Quand les carottes sont tirées du feu, il n’y en a plus, juste assez pour « vivre de carottes », c’est-à-dire de peccadilles, chichement, en se faisant du mouron. Comment donc la carotte pourrait-elle bien être le signal de l’absence malheureuse du plus élémentaire bien-être, mais aussi l’expression de sa perte la plus inexorable ? Les carottes, c’est peut-être, pour reprendre la saillie d’une humoriste que j’apprécie beaucoup, tout ce qu’on vous laisse pour ne pas avoir envie de le perdre.
Bref. Ne nous égarons pas en vains débats, rappelons-nous la parole d’une abbesse qui poussait à Bingen : la carotte ne vaut rien. Quelle subtile manière de nous ramener à un point d’équilibre. Mais je n’en crois rien. Comment le puis-je ? Oui, comment le puis-je, sachant qu’il a été bien établi depuis le départ que cet article serait placé selon une lecture prismatique se résumant, si cela était possible, à, non pas démêler le vrai du faux, mais, au moins, à édicter les pouvoirs et contre-pouvoirs de la carotte. Tirons la chasse sur la question aphrodisiaque/pas aphrodisiaque de la carotte au risque de nous entre-tuer. La carotte ne rend-elle pas aimable ? Si tel est le cas, j’ai une liste de personnes longue comme le bras à qui il faudrait impérativement en faire livrer quelques bons quintaux. Au patron de la société « bip », par exemple. Vous avez vu la tête qu’il fait constamment ? Outrepassons ce cuistre. Plongeons-nous plutôt au beau milieu du XIX ème siècle. Et ouvrons le Traité pratique et raisonné du docteur Cazin qui n’accorde pratiquement que peu de place à la carotte sauvage. Aussi, tout ce qui va suivre maintenant concerne-t-il essentiellement et intégralement la racine de la carotte cultivée. Ce que j’ai retenu de la monographie de Cazin, en particulier, tient en les propriétés « anticancéreuses » attribuées à la carotte. Cazin rapporte de nombreux cas où l’usage externe de la carotte par des praticiens des XVIII ème et XIX ème siècles s’est soldé par un franc succès. C’est le cas sur des cancers ulcérés des seins. Il rapporte aussi le propos d’un autre médecin, le docteur Desbois, qui fit intervenir la carotte dans le cas d’un chancre génital de nature cancéreuse : « L’amputation de la verge était résolue, dit-il ; on voulut avant essayer quelques moyens anticancéreux. On appliqua donc sur le chancre la pulpe de carotte, et en même temps on donna à l’intérieur l’extrait de ciguë à certaines doses, et les sucs antiscorbutiques. Au bout de six semaines, le malade éprouva un grand soulagement, et en trois mois il fut tout à fait guéri » (7). Deux apiacées, que d’aucuns opposent – carotte vs ciguë – selon un précepte erroné et dangereux, plante utile vs plante nuisible, réussissent, ensemble, à chasser une affection vénérienne, trace d’une trop grande luxure… Ce qui ne veut pas dire que la carotte, comme certains l’ont soutenu, n’est pas aphrodisiaque, mais se livrer à une telle débauche, jusqu’à en perdre l’instrument principal (la biroute en déroute), ça n’est pas de l’amour, n’est-ce pas ?…
Mais… ces affections cancéreuses (tumeurs, carcinomes…) le sont-elles vraiment ? Certains praticiens, il y a deux siècles, se posèrent la question, avançant qu’il fallait faire le distinguo entre affections cancéreuses et affections dartreuses, scrofuleuses, etc. ayant toutes l’apparence d’un cancer. Roques, plus mesuré, assurera que la carotte, si elle soulage en effet la douleur et les irritations des cancers cutanés, ne les guérit point pour autant.

La carotte sauvage est une apiacée bisannuelle à racine ligneuse, pivotante, blanchâtre et à forte odeur. Elle porte des tiges pubescentes dont la taille varie du simple au triple (de 30 à 100 cm), parce que, comme l’explique Marie-Hélène le Roux, « c’est une espèce pionnière à large amplitude écologique » (8), ce qui explique ce polymorphisme : par exemple, en haute altitude, la carotte sauvage devient plus rustique et moins élevée, alors qu’ailleurs, sur le littoral de la mer Méditerranée, elle exsude une gomme-résine qui lui vaut le surnom de bdellium de Sicile. Sur ces tiges, l’on voit des feuilles aux étroites folioles, pennées deux ou trois fois, dont un parfum de carotte s’échappe lorsqu’on les froisse. Les fleurs sont disposées en ombelles comptant de très nombreux rayons serrés et circonscrits à un involucre formé de longues bractées. Au fur et à mesure que s’avance la maturité de ces inflorescences, les rayons, comme voilés, se courbent vers l’intérieur, tout en aménageant un creux au centre de l’ombelle, ce qui fait mériter à la carotte sauvage le surnom de nid d’oiseau. Les fleurs, très petites, n’excèdent jamais 2 mm de diamètre et sont généralement blanches, mais l’adaptabilité de la carotte sauvage s’exprime à travers des coloris différents. C’est ainsi qu’il arrive à ces fleurs d’être jaunâtres ou rose pâle. Mais, quel que soit leur couleur, il n’en reste pas moins que demeure toujours au centre une fleur unique dont la teinte oscille du rouge pourpre vineux au violet foncé. Ainsi, de mai à octobre, les autres fleurs se prosternent devant cette fleur, puis les rayons viennent l’encager, enfermant cette fleur dans la fleur, dans une révérence à la grâce subtile. Cette autoprotection, on peut aussi la lire dans la forme des petites semences ovales et toutes hérissées d’aiguillons, pointes crochues qui font comme des petits hérissons. Ces croches ont sans doute une fonction – zoochorie ? – mais compte tenu du fait que la carotte sauvage a un fort caractère, on peut penser que de ces aiguillons elle n’en a pas besoin, tant elle s’adapte, de toute façon, à bien des supports. Très commune, la carotte peuple l’Europe autant qu’une bonne partie de l’Asie jusqu’à l’Inde. Elle colonise les plaines ainsi que les montagnes, bien que rarement au-delà de 1000 m d’altitude, 1500 au grand maximum. On peut la croiser en maints endroits : pelouses et prairies sèches, bordures de chemins et de champs cultivés, talus, friches, lisières de forêts, balmes, garrigues, maquis, etc., essentiellement sur sols calcaires cependant.

La carotte en phyto-aromathérapie

Par où commencer ?… Afin de rendre mon propos moins indigeste, nous sectoriserons les informations au sujet de la carotte en l’abordant sous au moins trois formes différentes : la carotte racine cultivée en tant que tel, les huiles essentielles issues, d’une part des semences de la carotte cultivée, d’autre part des parties aériennes fleuries de la carotte sauvage. Si éventuellement il reste un peu de place, nous dirons quelques mots au sujet des usages phytothérapeutiques des semences et des fanes.
Riche en eau (87 %), la carotte est sans doute aucun la racine du potager qui est également la plus riche de substances minérales (1 % : potassium, sodium, calcium, phosphore, magnésium, soufre, cuivre, arsenic, brome, manganèse, fer) et vitaminiques (B1, B2, B9, C, D, E, F, PP), sans omettre ce qui fait l’identité de la carotte, le carotène ou provitamine A, « substance capable, à doses infimes, d’accumuler dans le foie d’abondantes réserves de vitamine A, de renforcer les réactions de défense de l’organisme contre les agents infectieux et d’augmenter le nombre des hématies et leur richesse en hémoglobine » (9). Cette extrême prodigalité renforce la faiblesse qu’apporte la carotte en terme d’hydrates de carbone (environ 10 %), parmi lesquels nous trouvons divers sucres (saccharose, dextrose, lévulose), de substances azotées (1 %) et très peu de lipides (0,2 %). Dans cette racine, on a aussi mis en évidence la présence d’acides (pectique, malique), d’albumine, de glutamine, d’asparagine et de daucarine, principe vasodilatateur coronarien. Avant de passer aux huiles essentielles, mentionnons l’existence, dans la carotte cultivée, d’une fraction aromatique, essence incolore à forte saveur et à parfum évoquant celui de la cannelle.
Sur le marché de l’aromathérapie, nous trouvons principalement deux huiles essentielles : celle issue des semences de la carotte cultivée et celle que l’on distille à partir des parties aériennes fleuries de la carotte sauvage. Le peu de distinction qui est fait dans la littérature ne rend que plus difficile la bonne identification de telle ou telle, en particulier d’un point de vue moléculaire. Connaissant l’une et l’autre, je puis en parler avec davantage d’assurance. L’huile essentielle des semences de carotte cultivée est assez épaisse, liquoreuse pourrait-on dire, bien que limpide, de couleur rouge orangé à jaune brunâtre, possédant un parfum chaud et épicé sans excès, dans lequel il serait bien difficile de ne pas distinguer l’odeur caractéristique de la carotte que nous connaissons tous. Loin de cette couleur d’ambre, de ce parfum que d’aucuns disent boisé, voire musqué, l’on a, du côté de l’huile essentielle des parties aériennes fleuries de la carotte sauvage, un aspect incolore, liquide, extrêmement mobile, dans lequel on décèle aussi une odeur de carotte, bien qu’elle s’exprime fort différemment : il ne faut pas être grand clerc pour oser mettre cela sur une distinction très nette d’un point de vue de la composition biochimique. Et c’est là que ça se gâte, n’ayant pas pu mettre la main sur des bulletins d’analyse CPG sérieux. Nous ne nous risquerons donc pas à proférer des âneries. Tout au plus pouvons-nous mentionner que l’huile essentielle de semences de carotte cultivée présente une spécificité biochimique à sesquiterpénols (daucol, carotol), monoterpènes (α et β-pinène, sabinène) et sesquiterpènes (β-caryophyllène, β-sélinène, β-farnesène, β-bisabolène, etc.), tandis que la seconde huile essentielle s’oriente davantage vers les esters (acétate de géranyle) et les monoterpènes (pinènes, myrcène, etc.).
Concernant la carotte cultivée, indiquons que ses semences, outre leur essence aromatique, disposent de tanin, d’un principe amer et de flavonoïdes, alors que les fanes, c’est-à-dire les feuilles, riches en éléments minéraux elles aussi (fer, etc.), contiennent du falcarinol (ou carotatoxine), pesticide naturel, ainsi que des porphyrines.

Propriétés thérapeutiques

  • Carotte cultivée (racine) :
    – Anti-anémique, antirachitique, facteur de croissance, immunostimulante, antiradicalaire
    – Antidiarrhéique, laxative, antiputride et cicatrisante gastro-intestinale, vermifuge
    – Diurétique, dépurative
    – Hypoglycémiante, hypocholestérolémiante
    – Adoucissante, émolliente, cicatrisante, résolutive
    – Expectorante
    – Accroît l’acuité visuelle nocturne
    – Favorise la sortie des dents chez les bébés
  • Huile essentielle semences :
    – Dépurative, détoxicante, drainante et stimulante hépatorénale, stimulante biliaire, régénératrice hépatorénale et pancréatique
    – Stimulante veineuse et lymphatique, équilibrante de la tension artérielle (hyper et hypotensive), anticoagulante légère
    – Apéritive, digestive, carminative, vermifuge
    – Emménagogue, galactogène
    – Anti-infectieuse : antibactérienne, antifongique
    – Tonique générale, neurotonique, anti-anémique
    – Cicatrisante, régénératrice et draineuse cutanée, revitalisante de l’épiderme, s’oppose à la formation des rides et ridules
  • Huile essentielle parties aériennes fleuries :
    – Décongestionnante veineuse et lymphatique
    – Anti-inflammatoire, antiprurigineuse
    – Drainante du foie et des reins
    – Diurétique, antiseptique urinaire
    – Adoucissante et calmante cutanée
  • Semence de la carotte sauvage (en phytothérapie) :
    – Diurétique
    – Apéritive, stomachique, carminative
    – Emménagogue, galactogène
    – Stimulante générale

Usages thérapeutiques

  • Carotte cultivée (racine) :
    – Anémie, déminéralisation, avitaminose, convalescence, enfant maladif et affaibli, rachitisme, femme enceinte, épuisement, asthénie
    – Troubles de la sphère gastro-intestinale : troubles chroniques de la digestion, constipation, diarrhée, diarrhée du nourrisson, infection intestinale, entérocolite, hémorragie gastro-intestinale, inflammation intestinale, irritation des voies digestives, ulcération de l’estomac et du duodénum, vers intestinaux (ténia, oxyures)
    – Troubles de la sphère vésico-rénale : insuffisance rénale, cystite, inflammation urinaire, colibacillose, élimination de l’acide urique, prévention des lithiases, goutte, rhumatisme, arthrite, anurie
    – Troubles de la sphère hépatobiliaire : insuffisance hépatobiliaire, irritation hépatique, ictère, jaunisse
    – Affections cutanées : plaie (récente, atone, enflammée), ulcère (scorbutique, scrofuleux, putride), dartre, eczéma, impétigo, furoncle, brûlure (premier et deuxième degré), dermatose, engelure, gerçure, crevasse du mamelon durant l’allaitement, abcès du sein, acné, peau sèche ou dévitalisée
    – Troubles de la sphère cardiovasculaire et circulatoire : hypotension, hypertension, artériosclérose, couperose
    – Insuffisance lactée
  • Huile essentielle semences :
    – Troubles de la sphère hépatobiliaire : insuffisance et congestion hépatique, hépatite virale, cirrhose du foie, insuffisance biliaire, insuffisance pancréatique
    – Excès de cholestérol
    – Troubles de la sphère vésico-rénale : insuffisance rénale, néphrite chronique, colique néphrétique, cystite
    – Troubles de la sphère gastro-intestinale : diarrhée infectieuse, flatulences
    – Troubles de la sphère cardiovasculaire et circulatoire : hypertension, hypotension, insuffisance veineuse et lymphatique, artériosclérose, phlébite, varice, couperose
    – Affections cutanées : acné, dermatophytose, ulcère, furoncle, dartre, eczéma sec, abcès, crevasse, brûlure, coup de soleil, cicatrise, peau sèche, fatiguée ou dévitalisée, rides, taches brunes
    – Asthénie nerveuse, psychique et intellectuelle, surmenage
  • Huile essentielle parties aériennes fleuries :
    – Troubles de la sphère hépatique : insuffisance hépatique
    – Troubles de la sphère rénale : insuffisance rénale
    – Troubles de la sphère circulatoire : varice, couperose, œdème des membres inférieurs, jambes lourdes
    – Affections cutanées : acné, eczéma, psoriasis, furoncle, prurit, démangeaison, dermatose inflammatoire
  • Semence de la carotte sauvage (en phytothérapie) :
    – Troubles de la sphère gastro-intestinale : digestion difficile, flatulences
    – Troubles de la sphère vésico-rénale : dysurie, rétention urinaire, colique néphrétique, hydropisie
  • Fanes des carottes cultivées :
    – Aphte, abcès buccal

Modes d’emploi

  • Huiles essentielles : voie orale, voie cutanée, inhalation, olfaction. Quant à la diffusion atmosphérique, c’est vraiment affaire personnelle. L’huile essentielle de semences de carotte cultivée apparaissant un peu « lourde » à certains aromathérapeutes, ceux-ci en déconseillent l’usage par voie aérienne. Et j’ai envie de dire : qu’est-ce que ça peut bien (leur) faire, sérieusement ?
  • Décoction de racine (sauvage, cultivée).
  • Suc frais de carotte cultivée.
  • Jus frais de carotte cultivée (obtenu grâce à un extracteur si possible).
  • Infusion de semences (sauvage, cultivée).
  • Infusion d’ombelles fleuries (sauvage).
  • Soupe de carottes.
  • Cataplasme de pulpe de carotte cultivée cuite ou râpée crue.
  • Macérât huileux de carotte cultivée crue.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Depuis que l’exode rural a drainé des millions de personnes des campagnes jusqu’aux villes, la catégorie des paysans autosuffisants n’a cessé de se réduire comme peau de chagrin. Celui qui, auparavant, arrachait lui-même ses carottes, doit aujourd’hui s’en remettre à quelqu’un qui le fait à sa place. Le nombre d’agriculteurs ayant fondu comme neige au soleil, la taille des exploitations a explosé, la mécanisation à outrance s’est intensifiée pour compenser la perte de tout ces bras devenus smicards dans les usines. On n’est, dit-on, jamais mieux servi que par soi-même, et il faut bien du courage sinon de l’abnégation pour abandonner à autre que soi le soin des aliments qu’on met à sa disposition. Ceux qui ravitaillèrent en masse les grandes villes en fruits et en légumes ne pensaient sans doute pas à mal au début de ce phénomène. Peut-être que l’agriculteur 2.0 qui fait de la carotte son gagne-pain et qu’il cultive à perte de vue ne pense toujours pas à mal, malgré les adjonctions massives qu’on fait subir aux terres cultivables et, partant, à ce qui y pousse. Si l’on considère la plante comme un extracteur de ce que le sol lui apporte et qu’il contient, on comprend, hélas, qu’engrais chimiques, herbicides, pesticides, toutes ces choses en -cides qui vont contre la vie, se retrouvent dans une fraction problématique dans les fruits et les légumes cultivés de cette façon. Dans le cas de la carotte, la plupart de ces saletés se cantonnent en surface, c’est-à-dire au niveau de ce que l’on appelle la « peau ». Qu’importe puisqu’on les épluche, les carottes. Celles-là, oui, et dans un sens, c’est assez heureux, car on ôte à ces légumes non biologiques une pellicule intoxiquée et l’on mange le reste. Où est le problème ? En réalité, il y en a plusieurs : c’est justement dans cette peau de la carotte que l’on trouve la plus grosse partie des substances minérales et vitaminiques. En épluchant, on flanque à la poubelle une vingtaine d’éléments indispensables. C’est ballot, n’est-ce pas ? Secundo, le porte-monnaie en pâtit forcément. Petit calcul :
    – 1 kg de carottes non biologiques : 0,99 €
    – 1 kg de carottes biologiques : 2,25 €
    Comme il est inutile d’éplucher les secondes (les brosser suffit largement), je n’en perds donc pas un gramme. En revanche, l’épluchage des premières élimine environ 15 % de matière qui atterrit avec les déchets. Pour disposer d’un kilogramme effectif de ces carottes épluchées, il faut m’en procurer davantage, soit 1,2 kg, ce qui fait passer ma facture à 1,20 € environ. On est, bien entendu, encore loin des 2,25 €/kg des carottes biologiques, mais avec la carotte biologique, je m’épargne une « corvée » d’épluchage, je bénéficie de toutes les qualités organoleptiques du légume concerné, je n’ai donc pas affaire à des soucis de carence qui m’exposeraient à aller me procurer des compléments alimentaires dont le prix me fera, sans doute, regretter de ne pas acheter de carottes biologiques, sans compter la médiocre efficacité de ces produits dont on sait depuis longtemps qu’ils s’absorbent plus difficilement en l’état que lorsqu’ils sont naturellement présents dans les aliments. Enfin, dernière astuce toute bête : au même poids, la force vitale est bien plus importante chez la carotte biologique, ce qui fait qu’il m’en faut en manger moins que la carotte non biologique pour atteindre un équilibre presque équivalent. En définitive, mieux vaut pas de carotte du tout plutôt que de consommer des carottes non biologiques qui sont des aliments extrêmement médiocres qu’il faut écarter. Je ne suis, bien évidemment, pas le premier à le souligner, rappelons les paroles du docteur Valnet : « Il est évident, dans le cas de ce légume comme beaucoup d’autres, que les erreurs de beaucoup d’agriculteurs actuels, par l’abus de certains engrais et surtout de pesticides, entraînent la livraison d’aliments qui deviennent des poisons. Aussi certains membres de l’Académie de Médecine se sont-ils élevés contre ces pratiques et leurs mises en garde ont été relatées par la grande Presse en 1971. On ne saurait trop conseiller aux consommateurs de se fournir dans les maisons de diététique de qualité et surtout chez le petit paysan ou le tout petit jardinier, généralement sur les marchés. Ces hommes de bien sont finalement nos derniers protecteurs » (10). Il découle donc de ces deux manières d’opérer des dissemblances criantes entre un légume biologique et son homologue qui ne l’est pas. Ces quelques chiffres permettent de s’en assurer :

  • Maintenant que cette évidence a été établie, apportons quelques précisions pour bénéficier au mieux de la carotte comme légume : tout d’abord, sachons que les principes actifs, vitamines notamment, sont plus efficaces si la carotte est consommée crue, et dans cet état, le mieux est encore de la râper le plus finement possible, ce qui facilite d’autant l’absorption des principes actifs. De même que l’on met du vinaigre sur la mâche, on ajoute du jus de citron, autre acide, sur les carottes râpées, non seulement pour une simple question gustative, mais parce que l’acidité du vinaigre et du citron protège cette vitamine C, fort fragile. Et là, heureusement, l’on peut lier l’utile à l’agréable : j’en profite pour transmettre ici même une recette que l’on a récemment partagée avec moi : on râpe des carottes bio avec une râpe à main (oublions ces robots, voulez-vous, nous ne sommes pas à la cantine scolaire qui, à mon avis, a fait beaucoup pour la détestation de la carotte auprès des écoliers). On sale, on poivre à juste mesure. Et on ajoute du jus de citron, mais aussi du jus d’orange et de l’eau de fleur d’oranger. Essayez, c’est suave !
    Hormis la traditionnelle carotte râpée, il est possible, en utilisant un extracteur, de tirer profit de la carotte : un jus frais de carottes, surtout obtenu par le biais d’un tel appareillage, est sans doute ce qui se fait de mieux et de plus efficace qu’un mixer. En effet, avec l’extracteur, les cellules des légumes sont plus largement exprimées qu’avec un blender ou tout autre machine plus ou moins équivalente. Ce légume qu’est la carotte s’apparie bien, dans le cas d’un jus frais, avec la pomme, l’orange, l’ananas. Seule ou accompagnée, la carotte en jus mérite qu’on lui additionne quelques gouttes d’huile végétale – colza, germe de blé – parce qu’elle favorise l’absorption de la provitamine A. Enfin, si vous souhaitez conserver du jus de carotte au réfrigérateur, il est de bon conseil de lui ajouter quelques gouttes de jus de citron afin d’en éviter l’oxydation (ou bien de la vitamine E, de l’extrait de pépins de pamplemousse, etc.).
    Si vous préférez plutôt la carotte en plat chaud, outre les écœurantes carottes Vichy et la purée Marie-Louise, il reste encore un bon potage à la carotte, laquelle a l’avantage de se bien marier à deux autres légumes à soupe, la pomme de terre et le poireau. Avec la tomate, l’union est salutaire, davantage encore avec le céleri branche, etc. (11). Dans le registre des autres usages alimentaires moins connus (et qui méritent de l’être), signalons la carotte déshydratée (à l’aide d’un déshydratateur). Une fois bien sèches, on peut les pulvériser et s’en servir ultérieurement dans une soupe par exemple. Ou, si l’on préfère, il est possible de torréfier les carottes puis de les pulvériser de même : autrefois, on en ajoutait au café et/ou à la chicorée, puis, de cette mixture, l’on faisait du café. J’ai encore vu passer une recette de « sucre » de carotte que l’on obtient en faisant cuire à feu long et doux du suc de carotte qui prend l’aspect d’un miel dont, à mon avis, le parfum doit être magnifique. Ailleurs, j’ai lu encore que les semences de la carotte participaient de la production brassicole en certaines régions. Il n’est pas impossible, non plus, d’en user, de ces semences, de même que celles de cumin, de carvi, de fenouil ou d’anis. En cuisine, comme en liquoristerie du reste.
  • Dans quelques ouvrages, on lit que l’huile essentielle de carotte (laquelle ?) est de bonne tolérance générale, y compris cutanée. C’est heureux pour une (des) huile(s) essentielle(s) dont on exploite les exceptionnelles qualités cutanées. La littérature aromathérapeutique française a encore beaucoup de travail devant elle afin de se rendre davantage intelligible et surtout moins rébarbative (et que les éditeurs concernés s’y mettent aussi, car sinon on n’en sortira pas).
    _______________
    1. Ces trois derniers termes ont, durant longtemps, désigné carotte et panais. On y retrouve la racine du Pastinaca sativa, c’est-à-dire le panais.
    2. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 218.
    3. Guy Ducourthial, Flore magique et astrologique de l’Antiquité, p. 583.
    4. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 236.
    5. Christophe Auray, Remèdes traditionnels de paysans, p. 32.
    6. Jean-Luc Hennig, Dictionnaire littéraire et érotique des fruits et légumes, p. 110.
    7. Docteur Desbois, Matière médicale, Tome 2, p. 256.
    8. Marie-Hélène le Roux, Herbier de la Drôme provençale, p. 246.
    9. Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 89.
    10. Jean Valnet, Se soigner avec les légumes, les fruits et les céréales, pp. 210-211.
    11. « En la combinant avec des légumes plus nutritifs (pommes de terre, légumineuses, céréales), on en obtient une meilleure utilisation, tout en conservant la propriété qu’elle possède de rendre les selles plus abondantes, de faciliter leur évacuation et d’exercer ainsi, indirectement, une action favorable sur les fonctions hépatiques, propriété qui la recommande particulièrement dans les cas de constipation consécutives à une alimentation trop carnée » (Henri Leclerc, Les légumes de France, pp. 158-159).

© Books of Dante – 2018

Les roseaux : le roseau à balais (Arundo phragmites) et la canne de Provence (Arundo donax)

Synonymes :

  • Roseau à balais : phragmite commun, jonc à balais, balais de silence, grand jonc, rouche, petit roseau, roseau des marais, cannette, panache, panouille…
  • Canne de Provence : roseau de Provence, roseau de Fréjus, roseau à quenouille, quenouille, cannevelle, canne royale, grand roseau, roseau des jardins…

Qualifier le roseau de « bambou d’Europe » n’est pas immérité, si l’on considère les multiples fonctions qui furent et sont encore les siennes, compagnon de l’homme en bien des circonstances, bien plus nombreuses en réalité que ne furent celles du calame, instrument de l’écriture, et du papyrus, support de cette même écriture.
Effectivement, de ces herbes géantes que sont les roseaux, l’on peut tirer bien des avantages, tant et si bien que cela rendrait jaloux bien des arbres pourtant plus hauts et plus forts que l’humble roseau. Mais à chacun ses fonctions, celles des uns n’annulant en rien celles des autres. Cet attrait de l’homme pour le roseau n’a rien de surprenant ni d’anodin si l’on considère un pan de l’existence de l’homme sur cette terre, en particulier la vie qu’il mena dans les cités lacustres, où la proximité de l’eau, pourvoyeuse de vie, ne pouvait que mettre face à face l’homme et le roseau, car l’on rend le poisson du lac plus accessible lorsque l’homme, du roseau, a compris qu’il pouvait s’en faire une canne à pêche, roseau incarnant à merveille cette relation, cette union même, entre le monde aquatique et celui, plus terrestre, où il érige ses longues frondes. Aux abords de cette inépuisable matrice, qu’elle soit mare, étang, lac ou marais, poussent joncs, papyrus, lotus et autres nénuphars, sans oublier, bien sûr, ces « roseaux », au sens générique du terme. Parce que oui, que ce soit au Japon comme en Égypte antique, l’origine du monde est là, dans les eaux primordiales, puisque ces lieux, mare ou marécage, sont porteurs des germinations invisibles : « les plantes aquatiques étaient donc la matrice ou le berceau des dieux initiaux, grâce à qui tout devenait possible. Les divinités issues de ces créateurs pouvaient prendre possession des planètes, des océans, et de toute la création. La terre surgie des eaux pouvait se couvrir de végétation, les animaux et les hommes apparaître » (1). C’est, semblerait-il, toujours entre les roseaux que l’on revient à la vie, à l’image d’Ulysse dans l’Odyssée, ou bien qu’on en entrevoit une toute différente, comme la petite sirène d’Andersen en fit l’expérience, « risquant un regard entre les verts roseaux »…
Cette attraction de l’homme pour la frange de terre qui borde un lieu où l’eau est maîtresse ne s’est pas démentie, puisque, aujourd’hui encore, près de 40 % de la population mondiale vit sur les littoraux du monde entier. C’est donc bien que le monde aquatique, bien que dangereux à plusieurs égards, a été le fournisseur de ce dont l’homme avait besoin pour prospérer et ne pas finir ratatiné sur les limons du Nil ou d’ailleurs, près de ces lieux pétris d’une vie grouillante et qui aurait pu être inaccessible si le roseau n’avait pas été de la partie. Mais la vie est pourtant bien lisible dans ses intentions quand elle place un roseau/canne à pêche près d’une rivière. Le roseau, de cette vie, en est la voix, sinon le témoin, et, comme l’écrivit Joseph Roques il y a deux siècles, « il ne faut point le dédaigner, puisque ses chaumes servent à couvrir le toit sous lequel repose la vertu indigente » (2). Oui, parce qu’avant d’être couverture, le roseau est abris, toiture légère, cahute. Son pouvoir protecteur n’est plus à prouver, il s’illustre aussi dans son rôle de palissade et de barrière (haies vives ou sèches) ; il écarte tant les regards que la poussière (balais, paillassons) et les ennemis (corps de flèche). Une fois que tous ces dangers sont éloignés, le roseau permet à l’homme, en excellent instrument qu’il est, de lui faciliter la vie : il est fourrage et litière pour le bétail, tuteur et échalas pour favoriser la pousse des plantes grimpantes du jardin, claies pour y déposer les fruits à sécher, panier pour rapporter du jardin les légumes, faisselle pour égoutter le fromage, natte sur laquelle déposer les « fruits » de la Nature que l’homme emporte au sein de sa demeure. Le roseau est partout ou presque, et il est aussi quenouille afin de seconder son ami le fuseau, sans laquelle le fil de la vie ne pourrait pas se défiler, et c’est en cela, par cette quenouille précisément, que le roseau résulte sur une union du féminin et du masculin, objet autant matriciel que phallique. Et c’est un tour de force assez magistral que d’avoir conçu un objet intégrant tant le masculin que le féminin, quand on sait que le roseau est issu de ces éléments exclusivement passifs et femelles que sont l’eau et la terre. Serait-ce donc l’homme, en fabriquant des flèches mâles, des perches à pêcher, etc. qui aurait tordu, selon son bon plaisir, le rôle essentiel et primordial du roseau ? Que ce soit ou non le cas, force est de reconnaître que le roseau a su excellemment bien s’y soumettre. Et quand il s’agit de roseau, il est bien vrai que la soumission semble être de rigueur, si l’on en juge par certains épisodes de la mythologie grecque, jamais avare de transformations et autres métamorphoses. En voici un exemple frappant. La nymphe Syrinx, pourchassée (comme c’est de coutume trop souvent) par le dieu Pan, parvint auprès du dieu-fleuve Ladon, son père. Les dieux la prirent en pitié, de même qu’ils ont pris en pitié Daphné et Myrrha ; c’est toujours celles qui sont poursuivies des assiduités de tel ou tel que l’on « prend en pitié ». Incroyable !… Bref, pouf !, transformation : Syrinx n’est plus, Syrinx n’est plus que roseau. « Il ne resta plus à Pan, mortifié et déçu, qu’à confectionner avec sa tige la première flûte du monde, grâce à laquelle il put exhaler ses plaintes » (3). Bichette, va… Mythologiquement, le roseau est un bâton, plus précisément une verge. Pas étonnant qu’on l’ait placé entre les mains de cet obsédé sexuel notoire qu’était le dieu Pan, luxurieux et insatiable, de ces êtres comme il y en a tant encore dans nos sociétés qui, sans ombrage et sans ambages, agressent les jeunes femmes dans les lieux publics. Bref. Ainsi, après un peu de bricolage, le dieu Pan, qui écouta le vent gémir dans les roseaux, parvint à réunir ensemble plusieurs morceaux de roseau qui, par leur inégale longueur, formèrent la flûte de… Pan (ces assemblages, comptant 7 à 21 tuyaux, sont encore attestés en Grèce et en Roumanie). En tout état de cause, « la flûte en roseau désigne […] le goût pour la musique et l’idéal d’harmonie, de beauté et d’amour vénusien » (4)… même s’il peut être bien difficilement acceptable de mettre une tentative de viol sur le compte de l’amour vénusien, à moins qu’il ne s’agisse de l’aspect, bien davantage sombre, d’Aphrodite qui est à l’œuvre, parce que, rappelons-le, Pan c’est avant tout la ruse bestiale, c’est aussi l’enchanteur, le charmeur, celui qui, moins que charmant, jette des charmes (5).

Avant même que la flûte ne devienne l’écho de la musique céleste, elle reste avant tout son imparfait médium. Mais tout ne fut pas perdu à l’occasion de la métamorphose de Syrinx : en effet, il faut comprendre que cet apparent sacrifice permet (ou est censé permettre) d’accéder à quelque chose de plus élevé : les satyres, tenant compagnie à Pan, communiquèrent, par le biais de ce roseau qui chante et qui écrit, la connaissance nécessaire aux hommes : « c’est ainsi que ces derniers apprirent des satyres la musique, d’abord imitation du chant des oiseaux, du souffle du vent, du bruissement des sources » (6). C’est le mot imitation qui doit ici nous alerter. Il faut comprendre ce qui peut exister de faux dans l’acte d’imiter, de copier (jamais à l’identique), car la mythologie nous explique que la flûte de Pan est aussi l’instrument du mensonge, du vice et de la ruse : « Pan enseigna à Daphnis à jouer de l’instrument afin qu’il séduise la nymphe Chloé » (7). Et parce qu’il peut y avoir mensonge, il peut y avoir dupe. C’est ce que laisse suggérer la légende du roi Midas : « ce roseau serait […] un des symboles de la banalisation qui résulte de la sottise de désirs excessifs. Dans ce contexte légendaire, le roseau figure le penchant de l’âme pervertie qui se plie à tous les vents, se courbe à tous les courants d’opinion » (8). Cette mauvaise réputation faite au roseau semble se distinguer dans les écrits d’anciens auteurs de l’Antiquité tant grecque que romaine. Dans sa Bibliothèque historique, Diodore de Sicile parle de « l’Arabie heureuse » qui pourvoie le monde connu d’alors en joncs et en roseaux, et n’en dit pas davantage, semblerait-il, que Théophraste qui fait, plus ou moins, référence aux mêmes végétaux, précisant néanmoins que le roseau dont il est question est odorant, tandis que Pline évoque une macération huileuse de « jonc odorant très semblable à l’huile de rose » (il ne peut en aucun cas s’agir du roseau à balais et de la canne de Provence, parfaitement inodores ; peut-être d’une plante du style du palmarosa ?…) En tous les cas, ces végétaux apportaient suffisamment de fragrance pour mériter leur présence au sein de parfums plus ou moins élaborés. Cependant, ce sont des matières parfumées bon marché si l’on en croit ce passage de Plaute au sujet de « ces pauvres filles toutes poisseuses d’huile de jonc, qui ne fréquentent que la racaille des esclaves, sales à faire peur, qui te sentent le bouge et le renfermé » (autrement dit, des prostituées de bas étage). C’est une manière de faire une partition bien nette entre ces indigentes et les « parfumés », ce que ne manque pas de souligner cruellement le poète romain Martial dans l’une de ses Épigrammes intitulées « Contre Bassa » : « L’odeur que répandent les joncs d’un marais desséché ; celle des âcres vapeurs que dégagent les sources sulfureuses ou des exhalaisons d’un vivier d’eau de mer corrompue ; l’odeur d’un vieux bouc qui couvre une chèvre… […] J’aimerais mieux sentir tout cela, Bassa, que ce que tu sens ». Il ne peut bien évidemment pas s’agir du roseau, celui-ci ayant plus d’accointance avec le sens de l’ouïe qu’avec celui de l’odorat, et de même que le nénuphar, il représente le soleil au beau milieu des eaux puantes du marécage. Je ne sais pas s’il est permis d’autoriser un parallèle entre roseau et nénuphar, mais « la littérature japonaise fait souvent de cette fleur, si pure au milieu des eaux sales, une image de la moralité, qui peut demeurer pure et intacte au milieu de la société et de ses vilenies » (9). Oui, la relation du roseau avec l’ouïe est manifeste. Basile, dans un de ses contes, emploie l’image suivante : « les oreilles bouchées par de la bouillie de roseau ». Qu’est-ce à dire, exactement ? Cela équivaut-il à être « sourd comme un pot » ou à avoir « les esgourdes ensablées » ? Un élément de réponse, peut-être, à l’aide de Fournier : « Actuellement [il parle en 1947], encore rien ne peut remplacer la canne de Provence pour fabriquer les anches de clarinettes, saxophones, hautbois, cors anglais de nos plus brillants orchestres aussi bien que des cornemuses » (10). Si le roseau s’apparente à la perfection du son, de la bouillie de roseau ne peut être qu’une cacophonie, un vacarme bruyant et discordant, duquel il doit être impossible de démêler le vrai du faux, le sacré du profane, le divin du vulgaire. Dans L’âne d’or d’Apulée, il est présenté fort différemment, ce « roseau verdoyant, d’où sort une musique mélodieuse, [qui] fait entendre, dans le doux murmure de la brise légère, cette prophétie inspirée par le ciel » (11). Pour mieux comprendre ce passage, sachez que le roseau vient en aide à Psyché, alors que celle-ci est tourmentée par Aphrodite qui lui a imposé comme épreuve de se procurer un flacon de toison d’or. « C’est ainsi que ce roseau, tout simple et pitoyable, enseignait à la malheureuse Psyché la façon de se sauver » (12). Un sauveur, ce roseau, qui ne manque pas d’air, lui qui, entre terre et eau, borde ces lieux qu’on ne côtoie pas sans appréhension, et dans lesquels on ne s’aventure pas sans une solide raison qui n’en est pas, justement, l’absence complète. Quoique… Que vinrent faire aux abords des tourbières du nord de l’Europe ces peuples, tant Celtes que Germains qui, durant des millénaires, s’approchant de ces centres spirituels y immergèrent les cadavres d’hommes, de femmes et même d’enfants ? C’est après avoir été plongés dans l’abîme des profondeurs que, des centaines ou des milliers d’années plus tard, on a exhumé, à Grauballe et à Tollund (Jutland, Danemark), des hommes momifiés en excellent état de conservation, et on a pu dire, entre autres, qu’il s’agissait là des « victimes d’un culte sacrificiel dédié aux dieux de la fertilité/fécondité » (13). Ce qui est séduisant mais, bien évidemment, pas totalement satisfaisant. Si l’on conçoit l’acidité comme matière ignée, il est évident que la tourbière en est bien pourvue, elle qui, de plus, est majoritairement formée d’un mélange d’eau et de terre. Mais quid de l’air ? La tourbière étant un milieu anaérobie, cela explique le parfait état de conservation des hommes des tourbières du nord de l’Europe. Immergés dans la tourbe, c’est certain qu’ils devaient avoir plus que de la bouillie de roseau dans les oreilles. Le son étant plus favorablement porté par l’air, dans un tel milieu qui en est dépourvu, les cadavres – quelle que soit leur fonction – ne devaient plus être en mesure d’entendre, et donc d’écouter la musique des sphères célestes… Ce qui pourrait donner une explication à un des noms vernaculaires du roseau : balais de silence… Était-ce alors une manière de les retrancher du milieu des leurs ? … C’est d’autant plus troublant qu’on a découvert en 1891 un objet circulaire de près de 70 cm de diamètre, formé de plaques d’argent, dans les tourbières de ce même Jutland. Connu sous le nom de « chaudron de Gundestrup », cet objet pourrait dormir dans un quelconque musée sans éveiller le moins du monde la curiosité. Mais sur un des panneaux métalliques intérieurs, il y a la figure d’une divinité celte portant des bois de cervidé, et qu’on dit être Cernunnos. Si tel est le cas, c’est heureux, puisque cette divinité s’apparente assez à Pan, au-delà même de cette proximité avec ces eaux que bordent les roseaux… Mais plus qu’à Cernunnos, le roseau est avant tout lié à Freyr, que l’on présente généralement comme un dieu de la fertilité, fonction accentuée par son emblème animalier, le sanglier. Comme il porte aussi le nom d’Yngvi, il est associé au roseau, puisque dans ce nom, Yngvi, l’on voit deux lettres – ng – que l’on retrouve dans Ngetal, le nom attribué à l’ogham qu’on a confectionné dans un fragment de roseau. Qu’est-ce donc qu’il réquisitionne, cet ogham ? La protection, nous l’avons bien soulignée. La purification aussi, au sens propre comme au sens figuré : l’on n’a pas fait du roseau que des balais, on utilise certaines variétés dans les stations de phyto-épuration. Et pour cela, il doit pouvoir conserver son équilibre entre le masculin et le féminin, le yin et le yang, Mars et Vénus, etc. Il lui faut juste ce qu’il faut d’eau, sans excès pour ne pas s’y noyer, juste ce qu’il faut de terre, assez pour ne pas s’y dessécher, et du vent pour chanter, se griser de brise. C’est à ce prix que peut s’entretenir l’énergie vitale, sexuelle, instinctuelle, qui permet fertilité, richesse, abondance, vitalité et croissance.
L’ogham Ngetal est en relation avec les activités bucoliques et champêtres, les plaisirs sensuels au sens large… « En tirage, les énergies de Ngetal sont très terrestres, sensuelles et joyeuses, explique Julie Conton, ce qui n’exclut en rien, poursuit-elle, une puissante aspiration spirituelle guidée par une forte volonté » (14). Parce qu’on en a fait des flèches et des sceptres, le roseau signifie aussi la droiture, « le cap à suivre selon de justes valeurs » (15), et donc une certaine idée de la justice qui implique modération, tempérance, tolérance, conciliation, diplomatie, etc. Il est donc question d’une adaptation aux modifications brusques d’environnement, de se rendre plus souple face à ces mêmes événements, ce qui permet d’échapper à une cristallisation des énergies, leur calcification. Par exemple, manquer de souplesse expose à l’arthrite et aux algies rhumatismales. Or le roseau est un remède antirhumatismal. C’est cela, entre autres, que l’ogham cherche à communiquer. Il est bien évident que la non observance de quelques règles indispensables, parce qu’il existe un plus ou moins grand degré de crispation ou de sclérose, induit davantage de rigidité dans la tête et dans le corps, ainsi qu’un manque de vitalité et de joie de vivre (y compris d’un point de vue sexuel), enfin une difficulté à faire de sa vie un but, un objectif, à éprouver de la peine à prendre la direction qui convient quand cela est nécessaire.

Le grec ancien nous apprend que le mot poa signifie herbe. A l’évocation de ce nom générique, qui englobe un grand nombre de végétaux dont on ignore le nom, l’on pense davantage à une colonie de pâturin des prés ou de chiendent, qu’à ce géant qu’est le roseau de Provence ou même le plus humble roseau à balais. Pourtant, pas de doute, ces plantes appartiennent bien à la famille des Poacées ou, mieux connue, à celle des Graminées. Les roseaux sont exemplaires dans le sens où, parmi la flore européenne, ils figurent les plus grands spécimens, d’où le surnom de bambou d’Europe qu’on leur voir parfois porter.
Hôtes des bords d’eau tranquilles, roseau à balais et canne de Provence sont des plantes vivaces à tiges noueuses et ligneuses dont la section à la base est fonction de leur hauteur : 1 à 2 m pour le roseau à balais, jusqu’à 8 m pour la canne de Provence. Si ces tiges ne sont généralement pas plus grosses que le doigt chez le roseau à balais, elles tiennent largement dans la main en ce qui concerne les plus gros spécimens de canne de Provence.
Ces deux espèces se ressemblent encore par leurs feuilles qu’elles ont longues, étroites, très aiguës, d’un vert plus ou moins grisâtre et rudes au toucher. Quant aux inflorescences, elles s’épanouissent l’été, formant des panicules plus ou moins denses comptant de très nombreuses petites fleurs jaunâtres, verdâtres ou brunâtres.
Vivant en colonies, plus exactement en roselières, nos deux roseaux se localisent essentiellement à la plaine, sur des lieux humides bien sûr, en bordures d’étangs, de mares, de marais, de marécages et de rivières. Originaire d’Orient, implantée dans le Midi de la France durant l’Antiquité, la canne de Provence y est aujourd’hui entièrement naturalisée, mais s’y cantonne exclusivement, tandis que le roseau à balais, plante cosmopolite, est présent dans la France entière, s’accommodant tant des eaux douces que salées.

Les roseaux en phytothérapie

Conviés dans bien d’autres domaines, l’on ne peut pas dire que les roseaux aient largement été pris en considération par la phytothérapie, d’autant qu’ils sont, depuis quelques années, complètement éclipsés par une autre poacée, le bambou et sa silice. Pourtant, question silice, les roseaux s’y connaissent quand même un peu, le roseau à balais pouvant en contenir jusqu’à 70 %. Ils partagent aussi un autre point commun avec un autre « roseau » qu’on appelle canne à sucre : du saccharose, qu’on trouve en moindre quantité cependant (3 à 5 %), ce qui confère néanmoins aux parties aériennes du roseau à balais et de la canne de Provence un goût sucré évident.
A cela, ajoutons de la résine, un principe amer, de l’acide malique, ainsi qu’une essence aromatique.

Propriétés thérapeutiques

  • Diurétiques, éliminateurs de l’acide urique, sudorifiques, dépuratifs
  • Expectorante (canne de Provence)
  • Carminative (canne de Provence)
  • Antilaiteuse (canne de Provence)

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère vésico-rénale : cystite, oligurie, goutte, rhumatismes goutteux, rhumatismes chroniques
  • Engorgement, hydropisie
  • Fièvre éruptive
  • Plaies, ulcères
  • Tarir la lactation : au III ème siècle après J.-C., Serenus Sammonicus indiquait déjà un roseau, sans qu’on sache lequel, à destination des « affections des seins ». Mais, selon des auteurs plus récents, cette réputation antilaiteuse de la canne de Provence est usurpée…

Modes d’emploi

  • Décoction de rhizome.
  • Extrait fluide.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • La récolte ne pose pas de problème particulier. Se déroulant généralement fin septembre, elle permet d’obtenir des rhizomes traçants desquels s’éparpillent tout un tas de petites radicelles. Une fois qu’on a supprimé ces dernières, qu’on a lavé et brossé les rhizomes, on peut leur faire subir une dessiccation : « on doit la couper [nda : la racine] par tranches et la faire bien sécher : en cet état, elle est d’un blanc sale, cassante, et se conserve aisément en la privant du contact de l’air humide » (16). Après séchage, le rhizome des roseaux prend une couleur jaune paille et se strie de rides profondes placées longitudinalement, mais demeure, qu’il soit frais ou sec, parfaitement inodore.
    _______________
    1. Michèle Bilimoff, Les plantes, les hommes et les dieux, p. 19.
    2. Joseph Roques, Plantes usuelles, Tome IV, p. 259.
    3. Jacques Brosse, La magie des plantes, p. 281.
    4. Julie Conton, L’ogham celtique, p. 206.
    5. Le roseau est aussi l’apanage de figures mythologiques à forte valeur sexuelle : Sylvain et Priape, pour n’en citer que quelques-uns, furent figurés couronnés de feuilles de roseau.
    6. Jacques Brosse, La magie des plantes, p. 281.
    7. David Fontana, Le nouveau langage secret des symboles, p. 155.
    8. Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 824.
    9. Ibidem, p. 582.
    10. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 840.
    11. Apulée, L’âne d’or, p. 185.
    12. Ibidem, p. 186.
    13. Wikipédia : cf. homme de Tollund, homme de Grauballe.
    14. Julie Conton, L’ogham celtique, p. 209.
    15. Ibidem.
    16. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 835.

© Books of Dante – 2018

Le fusain (Euonymus europaeus)

Synonymes : bonnet de prêtre, bonnet de cardinal, bonnet carré, bois carré, bois de fer, bois puant, bois punais, garais, cherme, chermine, bourse de prêtre, couillon de prêtre, brioche, brioché, cochonnet, bois à lardoires, etc.

Il est possible, je pense, de poursuivre cette liste des noms vernaculaires du fusain dont certains empruntent au domaine des jeux enfantins (cochonnet, brioche, brioché), d’autres à une caractéristique proprement botanique (bois puant, bois punais), enfin d’autres encore à des raisons domestiques (bois à lardoires). Certains interrogent forcément : comment comprendre qu’on passe du couvre-chef du prêtre à ce qui se passe sous son froc ? Cela demeurera le mystère de la soutane face auquel nous ne lèverons pas le voile, merci bien !… Ceci dit, nous ne sommes pas mieux lotis avec le nom latin du fusain, cet euonymus provenant du grec euônymon : « Le nom grec Euônymon […], arbre glorieux ou de bon augure s’appliquait déjà au fusain ; d’après les commentateurs de Dioscoride, il aurait été attribué ironiquement à cet arbrisseau en raison de ses effets délétères » (1). Euonymus, qu’on associe aussi au laurier-rose, ce afin de bien marquer le caractère violemment toxique de ces deux végétaux. D’ailleurs, chez Théophraste, c’est ainsi – euônymos – que l’on croise non pas le fusain mais ce laurier qui n’en est pas un, au contraire de Pline qui, dit-on, applique au fusain le nom d’evonymus non sans avoir copié sur Théophraste… Qu’importe. Retenons, au moins, un mot important : augure. Nous en aurons besoin dans la suite de cet article.

Le Moyen-Âge, pas plus que l’Antiquité, ne semble avoir connu le fusain. Hildegarde de Bingen a-t-elle écrit au sujet du fusain lorsqu’elle aborde cet arbre qu’elle appelle Spinelbaum (aujourd’hui, en allemand, spindelstrauch désigne le fusain) et pour lequel elle donne quelques prescriptions thérapeutiques ? « Celui qui est accablé par la goutte ou les fièvres réduira des baies [de laurier] en poudre et y ajoutera de la poudre du fruit qui pousse sur le fusain » (2). Elle conseille aussi ce spinelbaum contre l’hydropisie et les vers intestinaux, les douleurs de la rate et celles de l’estomac. Mais, curieusement, rien de ce que l’on prétendait guérir à l’aide du fusain dans les siècles qui suivirent… où « les auteurs sont loin d’être d’accord sur les effets [malfaisants] de ce végétal » (3). Le temps qu’on démêle le vrai du faux au sujet de la toxicité du fusain, un certain nombre d’années s’était écoulé. Par exemple, Matthiole, reprend, à la suite de Théophraste (soit près de 1800 ans plus tard !), la question de la toxicité virulente du fusain sur des animaux comme les chèvres (rappelons, au passage, que l’on ne sait pas vraiment si l’euônymos de Théophraste était bien un fusain ou plutôt un laurier-rose, tout aussi toxique que le fusain, du reste). D’autres auteurs furent du même avis, alors que quelques-uns (citons, entre autres, Linné et Charles de l’Escluse qui, chacun, ne sont pas pourtant la moitié d’un imbécile) restèrent persuadés de l’innocuité du feuillage du fusain brouté par les animaux. Pourtant, depuis le temps de Dodoens, au moins, il est avéré que les fruits du fusain sont émétiques et purgatifs, et donc non exactement dénués d’effets. Ah, mais c’est qu’il s’agit des baies et non des feuilles, excusez-moi du peu, ça fait toute la différence. N’est-ce pas ? Non, pas vraiment. Il se trouve que les fruits du fusain sont donnés comme la partie végétale de ce petit arbuste comme étant la plus toxique, à l’identique avec la digitale pourpre, ce qui ne place pas le fusain dans la cour des enfants sages, mais bien plutôt de ce qui, bouillonnant d’énergie, fait partie du groupe des plus batailleurs. Une énergie qu’il fallait bien juguler si on voulait se concilier les bonnes grâces du fusain. L’usage populaire des fruits du fusain dans les campagnes comme purgatif était, tout de même, accompagné d’émollients comme la tisane de mauve ou de graines de lin. C’est donc bien qu’on avait parfaitement conscience de la propriété irritante de ces fruits sur le tube digestif (de la bouche à l’anus), et parfois sans évacuation. Cette toxicité prenait, lorsque des doses trop fortes avaient été administrées, la forme de coliques, de diarrhées, de vomissements. Syncope et convulsions pouvaient aussi frapper l’infortuné, quand il n’était pas tout bonnement question d’une superpurgation accompagnée, non pas d’une simple irritation, mais d’une violente inflammation du même tube digestif.

Bien que le fusain ne produise pas un important volume de bois, il a été utilisé dans la fabrication de petits objets usuels : cure-dents et lardoires, bobines et aiguilles à tricoter, vis et chevilles de cordonnier, petites cuillères et tuyaux de pipe (passons sur le manque de jugement évident de certaines de ces pratiques eu égard à la toxicité du fusain). « La poudre du bois, soulevée pendant le travail du tour, suffit, dit-on, à provoquer des vomissements chez les ouvriers tourneurs » (4). On n’en attend pas moins de la part de cet arbuste dont le bois n’a pas la réputation de sentir la rose.
Durant tout ce temps où l’on pinailla au sujet de la toxicité du fusain, l’on mit en évidence la présence de principes âcres dans toutes les parties de cette plante, et plus précisément que la biochimie du fusain n’est pas égale tout au long de l’année et que sa virulence est plus marquée au printemps que durant les autres saisons. Selon la partie de la plante considérée, le mode de préparation et d’absorption, elle peut se montrer plus ou moins active, et donc toxique pour l’organisme. Cela établissait enfin ce qui avait été empiriquement constaté des siècles auparavant, pendant lesquels on n’a tout de même pas chômé concernant les propriétés thérapeutiques, bien qu’elles aient été noyées dans la masse de ces prises de bec. C’est, synthétiquement, que nous nous pencherons dessus un peu plus loin. Ce qui est regrettable, c’est la part bien plus importante accordée à ces diatribes (toxique ? pas toxique ? etc. On peut filer jusqu’à la Saint-glinglin comme ça…). Or, le fusain s’est avéré particulièrement actif sur certaines pathologies de la sphère cardiovasculaire, ce qui le rapproche davantage de la digitale. Au temps de Fournier et même avant, on n’aborde pas encore le rôle cardiotonique du fusain (qu’on ignorait de toute manière). On attendra tant et si bien que, de toute façon, la réputation toxique du fusain l’avait déjà emporté depuis longtemps. Trop occupé qu’on était de savoir si le fruit du fusain ressemblait à un bonnet de cardinal ou à des couilles d’ecclésiastique, l’on n’a pas remarqué que, vu sous un certain angle, ce fruit ressemble à un petit cœur stylisé, qui plus est en adopte la couleur… Un détail. Last but not least.

Augure. Cela n’augure rien de bon, dit-on, comme si l’augure était forcément mauvais. Mais, de même qu’il existe de sinistres présages, il en est de bons. Comme les surprises, diraient certains (beaucoup même), bien que dans le sens premier, elles n’aient rien de très agréable, et qu’il serait convenable de désigner par le terme de pléonasme toute mauvaise surprise. Bref. Ne nous égarons pas et gardons bien en tête ce pense-bête qu’est le mot augure. A ce dernier, adjoignons-lui celui-ci : fuseau. Si fusée est de sa famille, fuser ne l’est pas. L’étymologie nous explique que fusain et fuseau seraient apparentés, parce que non seulement on taillait des cure-dents dans du bois de fusain, mais aussi de ces beaucoup plus gros qu’on appelle fuseaux et dont se servirent des générations et des générations de fileuses. Malgré son caractère étranger à la famille du fuseau et du cure-dent (par sa forme, un petit fuseau), gardons non loin de nous le verbe fuser qui nous sera bien utile le temps venu. Ajoutons, en guise d’élément de compréhension que fusain dérive du bas latin fusellus et du latin fusus, qui renvoient, tous les deux, à notre bien nommé fuseau qu’on n’a pas toujours sculpté dans du bois de fusain tant s’en faut, mais qui a conservé le souvenir de cette essence particulière dans son nom. Le fuseau, antérieur au rouet qui le remplace, nous ramène en des temps fort anciens, plus difficiles à appréhender sur l’échelle des temps peut-être aussi… En effet, le fuseau, outil multimillénaire, nous transporte dans l’Antiquité grecque, où la mythologie en fit l’attribut d’une des trois Moires (= les Parques romaines), en l’occurrence Clotho (Lachésis mesure, Atropos coupe). De ces trois figures que sont les Moires, filles de la nécessité irréductible, l’on a dit qu’elles étaient un symbole de mort, ce qui est bien inexact si l’on prend correctement en compte la place symbolique du fuseau qui « est un bâton qui tourne, auquel la fileuse imprime un mouvement uniforme correspondant à la rotation cosmique, et en effet il engendre une nouvelle destinée » (5). Ce premier mouvement, celui de Clotho armée de son fuseau, n’a rien de sinistre : c’est le fil de la vie qu’elle défile, ce qui advient à la suite ne lui appartient pas. Mais avoir taillé des fuseaux dans le bois d’un arbuste toxique doit, bien évidemment, nous interroger. Symbole dual malgré lui, le fuseau rappelle assez bien le keraunos du dieu Zeus, autrement dit le foudre duquel fusent et jaillissent des éclairs qui, selon les perspectives, offrent deux possibilités : illuminer ou carboniser, blanchir ou noircir. Qu’à cela ne tienne, le fusain s’y connaît en charbon : « Le bois de fusain, mis dans un petit canon de fer bien bouché et exposé au feu, donne un charbon tendre qui sert aux dessinateurs de crayon noir pour les esquisses. On fait aussi avec ce même bois du charbon pour la poudre à canon » (6). En quelques lignes, le docteur Cazin synthétise parfaitement ce que sont les statuts symboliques du fusain : un bois qui subit l’épreuve du feu et de très hautes températures pour former des bâtonnets noirs, brûlés et carbonisés, permettant l’esquisse, c’est-à-dire l’ébauche à grands traits vifs et rapides, parfois marquée par un soudain sentiment d’urgence : l’essentiel est là, il pourra grandir par après. Ou pas. Combien d’esquisses sont sacrifiées avant d’atteindre au chef d’œuvre ? C’est pourquoi l’on voit dans le fusain autant la vie que la mort. Après ce caractère nocivement toxique que nous avons bien été obligé de concéder au fusain, parler de ce qu’il peut représenter de vivace pourrait surprendre. Mais rappelons-nous qu’à une chose donnée il n’est jamais qu’une seule lecture possible. C’est comme cette foudre, selon comment on la considère, elle apporte la mort, certes, interprétée comme une volonté divine de destruction. Mais l’on sait aussi qu’avec la foudre peut surgir le tonnerre ainsi que l’orage, porteur, peut-être, de pluies fécondes et salvatrices. La vie dépend nécessairement de la foudre, pas la vie factice de la créature de Frankenstein qu’animent davantage de mauvais penchants que l’éclat censément révélateur. Et ce qui révèle illumine, et vice-versa.
La foudre, nous l’avons dit, est l’apanage du dieu Zeus, romanisé en Jupiter, lequel dernier porte parfois l’épiclèse Taranuco, qui est une annexion d’une divinité celte connue sous le nom de Taranis dont le rapport à l’orage et au tonnerre est très clairement établie (taran en gallois et en breton, toirneach en irlandais, tarann en vieil irlandais, donar en germano-scandinave, tonare en latin, etc.). Taranis est, avec Sucellos, de ces dieux armés qui frappent (ne dit-on pas que la foudre frappe ?), de même que Zeus/Jupiter, d’où l’association entre Jupiter et Taranis, comme nous l’avons vu à travers ce Jovi Taranuco. C’est pourquoi on leur voit assez souvent porter maillet, marteau ou massue. Entre le marteau et l’enclume… c’est être dans une position bien délicate, voire dangereuse. Mais c’est précisément là que jaillissent les étincelles rappelant, miniatures qu’elles sont, les éclairs émanant des sphères célestes, traits zigzaguant jusqu’à frapper la terre. Il doit bien falloir être d’essence divine pour résister à un coup de marteau, et à ceux, humains, qui entraperçoivent ses éclairs, les nerfs bien accrochés. Et en cela, les Celtes furent bien inspirés de tailler dans du bois de fusain l’ogham qui porte justement le nom du tonnerre : Tharan (on l’appelle également Oir). Compte tenu de toute l’eau que nous avons précédemment apportée à notre moulin, nous pouvons affirmer que l’ogham Tharan implique plusieurs axes significatifs :

  • Des événements marqués par leur soudaineté, laquelle peut parfois être violente ; il peut s’agir d’une remise en question, d’une perturbation nécessaire, d’un impérieux changement d’itinéraire dans le cours d’une existence. Tout cela interroge le destin.
  • Mais ces faits inattendus peuvent aussi faire référence à des accidents, des difficultés, des catastrophes, un désastre, c’est-à-dire toute la violence du feu divin qui s’abat sur les êtres et les choses de ce monde-ci. Cette colère, cette agressivité active et martiale, doivent nous alerter : il faut, de façon imminente, s’attendre à devoir combattre ou subir le résultat d’un choc sans précédent contre lequel on ne peut rien, contre lequel il serait bien vain de résister.
  • De cet apparent chaos peuvent néanmoins surgir, de même que l’éclair, l’illumination, la compréhension soudaine, l’ouverture spirituelle, l’intuition affinée, la prise de conscience, un choc dans l’existence, toutes choses qui placent l’individu face à une nouvelle perspective plus conforme à la nécessité d’un changement radical.
    Voilà, peu ou prou, ce que cet ogham taillé dans du bois de fusain a à nous dire lors d’un tirage. On l’associe aisément aux planètes Mars et Uranus et, du côté du tarot de Marseille aux arcanes que sont la roue de fortune, le pendu et la maison-dieu.

L’ogham Tharan tout à fait à droite.

Le fusain, que nous connaissons tous, a bien mérité son adjectif d’europaeus, puisque c’est une espèce propre à l’Europe, même si à quelques occasions il déborde un peu sur l’occident de l’Asie, chose qui lui arrive quand il pousse en plaine, alors que lorsqu’il s’aventure entre 500 et 1500 m d’altitude, on note sa présence dans les seules zones montagneuses européennes.
D’allure malingre et chétive, le fusain, malgré ses six mètres de hauteur parfois, ne peut avoir la prétention d’être un arbre, il est ce que, en botanique, on appelle un arbuste (à bien différencier de l’arbrisseau qui, lui, ne possède pas de tronc).
Selon qu’il prospère à la montagne ou en plaine, le fusain ne se conforme pas de la même manière en ce qui concerne ses rameaux : de section presque quadrangulaire et d’aspect lisse à basse altitude, ils s’arrondissent et arborent une teinte grisâtre en zone montueuse. Dans les deux cas, les feuilles ovales à lancéolées, à pointe courte, restent pétiolées, alternes et finement dentées, abritant au milieu du printemps des inflorescences pédonculées aux fleurs blanchâtres ou verdâtres, portant 4 à 5 pétales, 4 à 5 sépales, 4 à 5 étamines, et dont le désagréable parfum n’est pas, loin de là, l’orgueil du fusain, contrairement à ce qui se déroule une fois l’automne venu où « le fusain se signale à l’attention par la riche parure de ses fruits écarlates qui frappent le regard à grand distance » (7). Lorsqu’on les observe de plus près, ces fruits forment des capsules de 3 à 5 angles, charnues, d’un beau rose, abritant des graines ovoïdes de couleur beige serties dans une pulpe orangée, palette colorée qui tranche résolument avec la floraison mièvre du fusain, spectacle d’autant plus marqué et haut en couleurs si l’on a affaire à la variété « red cascade » (cf. photo ci-dessous).
Commun, le fusain se plaît surtout dans les bois clairs, en lisières de forêts, dans les haies buissonneuses, aux abords des cours d’eau parfois et des pâturages, sur les rocailles, etc., en particulier sur sols profonds et calcaires.

Le fusain en phytothérapie

Afin d’étoffer notre propos, nous inviterons un autre fusain, originaire de la côte est de l’Amérique du Nord, le fusain noir (Euonymus atropurpureus) dont les Amérindiens se servirent en cas d’affections gynécologiques, de plaies, etc. Ce fusain, ainsi que celui qui est dit européen, ne se distinguent qu’à peine sur la question des composants biochimiques qui en constituent l’efficacité thérapeutique.
Toutes les parties de ces fusains se signalent par une odeur nauséeuse. Comme la phytothérapie s’est intéressée aux fruits et semences du fusain, nous pouvons en dire quelques mots : bien appétissants au premier regard, ces fruits contiennent quelques substances aptes à restaurer sinon entretenir la santé comme des sucres (dextrose), de l’albumine, un peu de cire et de résine, une huile végétale (28 à 44 % dans les semences), etc. Mais, malheureusement, cette dernière n’a rien d’alimentaire puisqu’elle provoque nausée, diarrhée et hypertension. Dans les semences, un principe amer côtoie une essence aromatique spéciale rendant effectivement ces graines impropres à la consommation, de même que l’enveloppe charnue qui les protège, puisqu’on y décèle la présence de ce principe âcre qu’est l’évonymine. Ces fruits n’ont donc rien de l’aimable friandise inoffensive. Moins attractive, l’écorce des fusains, que ce soit celle des rameaux ou des racines, affiche elle aussi de cette évonymine, mais également des substances plus anodines (lipides, tanin, sucre, etc.).

Propriétés thérapeutiques

  • Laxatif, purgatif, vomitif, tonique des muscles intestinaux, vermifuge
  • Diurétique, dépuratif (?)
  • Cholagogue
  • Détersif
  • Insecticide
  • Sialagogue

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : constipation, constipation chronique, constipation chronique des insuffisants biliaires, parasitose intestinale (ténia)
  • Troubles de la sphère hépatobiliaire : affections de la vésicule biliaire, affections hépatiques, insuffisance et engorgement hépatique
  • Affections cutanées : eczéma, impétigo, ulcère (sordide, atonique, scorbutique, gangreneux), parasitose cutanée (poux, gale)

Modes d’emploi

  • Infusion des feuilles ou des fruits.
  • Décoction des fruits.
  • Teinture-mère homéopathique élaborée à partir de l’écorce de la racine.
  • Pommade (semences pulvérisées mêlées à de l’axonge).
  • Extrait hydro-alcoolique (= évonymine officinale).

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : l’écorce des rameaux se cueille à l’automne.
  • Toxicité : nous l’avons assez soulignée. Il va sans dire que l’emploi du fusain doit se dérouler sous strict contrôle médical et qu’il est proscrit chez la femme enceinte et celle qui allaite.
  • Le fusain, par ses couleurs automnales chatoyantes trahit l’existence de pigments dans ses tissus : certains d’entre eux furent utilisés pour teindre en rouge carminé les cuirs dit « maroquins ».
    _______________
    1. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 427.
    2. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 169.
    3. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 427.
    4. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 429.
    5. Jacques Brosse, Mythologie des arbres, p. 292.
    6. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 427.
    7. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 427.

© Books of Dante – 2018

L’essence de cédrat (Citrus medica)

Le cédrat est sans doute aucun le plus ancien agrume connu en Europe. Les textes de l’Antiquité grecque relatent l’existence d’un mèlon citrion faisant très probablement référence au citron. L’on croise aussi le mèlon mêdicon, un terme correspondant au cédrat ou pomme de Médie, la Médie étant le territoire des Mèdes situé entre le bassin du fleuve Tigre et la mer Caspienne (soit à l’emplacement de l’actuelle frontière entre l’Iran et l’Irak). L’on pense que cette zone proche-orientale n’aurait été qu’un lieu de transition et non d’origine, le cédrat provenant, très plausiblement, des contreforts himalayens, donc beaucoup plus à l’ouest, comme la plupart des agrumes en réalité, avant de stabuler suffisamment longtemps à partir du VI ème siècle avant J.-C. en Médie pour porter le nom de mèlon mêdicon (façon dont les Grecs appelaient ce fruit, non les Mèdes eux-mêmes). En tous les cas, il est décrit par Théophraste (-377 à -281 avant J.-C.) dans son Histoire des plantes. L’introduction du cédrat est donc contemporaine de ce philosophe ou quelque peu antérieure. Il est plus tardif à parvenir dans le monde romain : si Pline en parle au premier siècle de notre ère dans l’Histoire naturelle, c’est tout juste parce qu’il vient de parvenir en Italie (Calabre, Sicile, Sardaigne, Ligurie) et en Corse. Ce qu’en dit Pline (c’est un fruit antispasmodique et insectifuge) prouve qu’il n’est pas d’introduction toute récente.

Je vous ferai grâce de l’hypothèse (à mon sens farfelue) qui place un cédrat dans le jardin des Hespérides ainsi que dans la main d’Eve dans celui d’Éden (j’ai largement objecté à ce sujet pour qu’il ne soit pas nécessaire d’y revenir). En revanche, on lui voit jouer un grand rôle dans la religion des juifs qui connurent (vraisemblablement au II siècle avant J.-C.) une variété de cédrat particulière qui fut nommée ethrog (c’est le cédrat de Jéricho, fréquemment cultivé à Corfou par exemple). L’on peut dire, sans douter, que c’est l’un des fruits sacrés du judaïsme où « il est utilisé comme offrande à la place du cône de cèdre traditionnel » (1). Sacré au point que certains ont émis une opinion personnelle au sujet du hadar dont on parle dans le Lévitique (XXIII, 40) : il s’agirait du cédrat. En attendant, et afin de poursuivre, appuyons-nous sur des faits tangibles : l’importance du cédrat lors de Souccot (= fête des cabanes, des tentes ou des tabernacles). Quoi d’étonnant alors que, nous l’avons dit, le cédratier est, pour les juifs, un arbre sacré dont le fruit est porté à la main en entrant dans le temple. Mais pour cela, il doit présenter une excroissance (le pittom) à son extrémité : par la présence de cette protubérance sur le fruit, celui-ci est préféré, d’autant que sa charge symbolique s’en trouve grandie, un tel cédrat étant source de fécondité. Souccot, fête des récoltes et des vendanges, de la joie qui marque ce moment également, enjoint à chacun des fidèles de tenir un cédrat dans la main gauche, de le presser au niveau du cœur durant la bénédiction, tandis que de la main droite l’on tient un bouquet (le loulav) « composé d’un rameau de palmier, de myrte et de saule [nda : ou d’olivier]. Ces trois rameaux sont attachés par un lien de coton brun, non traité. Chacune des qualités de ces végétaux sont complémentaires des autres afin de symboliser non seulement la diversité des produits de la terre, mais encore la richesse et l’harmonie qui peuvent précisément naître de la diversité » (2).

Le rôle rituel sacré du cédrat n’est pourtant pas né en Palestine. La racine indo-européenne ak (ayant formé le latin acrumen, « âcre, acerbe, aigre, piquant »… ce que le cédrat, à bon droit, peut se targuer d’être) nous rappelle qu’en ces lointaines terres d’où il provient, il était déjà instrument liturgique et symbolique. Dans l’iconographie indienne, le cédrat apparaît comme un attribut spécifique de Sada-Shiva, afin d’en souligner la puissance créatrice, de même que cet étrange cédrat, celui qu’en Chine on appelle foshou ou « main de Bouddha », figurant le geste de la main de Bouddha (Bhumisparsha mudra). Remarquons qu’en chinois, les sons qui composent le mot foshou signifient longévité (« fo ») et bonheur (« shou ») : c’est ce que souligne la rotondité du cédrat qui, perclus de nombreuses graines, s’apparente à la fertilité du ventre maternel. Enfin, en Chine toujours, le cédrat forme, avec la grenade et la pêche, la triade des trois abondances (ou des trois bénédictions) que sont prospérité, longévité et abondance des descendants.

Chez les Grecs et les Romains, le cédrat ne semble pas avoir été usité dans les mêmes termes. Il est cependant employé par les médecins et par celui à qui l’on voue un culte pour cela, Asclépios, qui, dit-on, dictait lui-même ses prescriptions : « Ainsi, par exemple, un malade du nom d’Apellos, qui souffrait de terribles indigestions, rapporte que le dieu lui prescrivit de manger du pain, du fromage, du céleri et de la laitue, de se baigner sans l’aide d’un serviteur, de prendre de l’exercice au gymnase, de boire du jus de cédrat et de se promener (3). On peut croire que « de se baigner sans l’aide d’un serviteur » est une bien étrange ordonnance. Cependant, l’on trouve ailleurs, comme par exemple dans l’œuvre de Gargilius (Les remèdes tirés des légumes et des fruits, III ème siècle après J.-C.), de bien précieuses informations sur le rôle que jouait le cédrat parmi la matière médicale durant l’Antiquité romaine : « Il n’y a pas une seule et même vertu dans toutes les parties du cédrat. En effet il est évident qu’il y a dans les pépins un pouvoir acide et, à cause de cela, un pouvoir styptique ; par suite, le cédrat, donné à manger à des femmes enceintes souffrant de dégoût de la nourriture, délivre l’estomac de la nausée. Broyé et donné avec du vin, il guérit la rate et s’oppose aux affections du foie ; broyé avec de l’eau, on en répand sur les blessures humides. Il s’ensuit que cette eau procure une protection exceptionnelle contre les engelures aux pieds. On a accordé une matière plus aigre au zeste, qui atteste, par son odeur, combien il est fort. Pris modérément ou plongé assez longtemps dans une boisson chaude, le cédrat assure une bonne digestion. Son jus, mélangé à des médicaments préparés pour purger le ventre, prévient un dérangement ». Ainsi parle Gargilius. C’est bien écrit, limpide dirais-je même, et c’est plaisant. On aimerait trouver, aujourd’hui encore, d’aussi belles lignes au sujet du cédrat dans un livre de phytothérapie. Et profitons-en, parce que du cédrat, point n’en sera fait mention pendant des siècles et des siècles, le citron s’étant immiscé pour finir par occuper toute la place, ne laissant au cédrat que la portion congrue.

Il est prétendu qu’au Moyen-Âge des « opérations magiques » faisaient intervenir le cédrat. Bien que je n’en ai découvert aucune trace, c’est bien possible, et je reste persuadé que le cédrat est d’essence magique. C’est, du moins, tel que je le considère dans un conte de Giambattista Basile intitulé Les trois cédrats (Le tre cetra) : dans le royaume de Tourlongue, un roi se désespère de ce que son fils n’ait cure des intentions placées en lui, à savoir perpétuer une lignée de sang royal. Par ce refus tout net, le fils du roi s’oppose à la volonté paternelle de lui voir prendre femme… « Ce fils indigne, avec un entêtement de vieille mule, une opiniâtreté de tête de bois, une dureté de cuir de chameau de Tartarie, avait figé son corps, bouché ses oreilles, soudé son cœur, et tout le monde battait le rappel en vain car il ne répondait pas » (4). Pourtant, un jour, touché par une sorte de grâce, d’éblouissement même pourrait-on dire, rappelant l’attitude de Perceval qui contemple la fraîcheur rouge du sang d’une oie sur une neige immaculée, le prince se met martel en tête. C’est avec un engagement enragé semblable à celui du Julien du conte de Flaubert que le fils du roi va se jeter à la recherche de la femme qui soit pareille à la vision qu’il a eue d’elle. Mais le prince reste tout autant imperméable aux suppliques de son père qui, face à cette si soudaine marotte, s’effraie des dangers qu’une telle entreprise ne manquera pas de lui faire courir. Ainsi, celui-ci part-il à la découverte du vaste monde, espérant en rapporter l’objet de ses désirs. C’est très, très loin de chez lui que sa quête l’amène à rencontrer successivement trois très vieilles et très laides femmes. Sous les bénédictions des deux premières, encouragé mais un tantinet effrayé cependant, malgré sa peur, il parvient dans l’antre tout aussi terrible de la troisième qui, après avoir attentivement écouté son histoire, lui remet un couteau et trois cédrats, tout en lui enjoignant la marche à suivre : découper un cédrat à l’aide du couteau en fera sortir, conforme en tout point au vœu du prince, la femme qui emplit ses pensées. Cette dernière lui demandera à boire. Aussitôt, le prince devra lui offrir un peu d’eau. Ainsi sont stipulées les recommandations de la vieille. Le prince s’exécute. Peu dégourdi, il ne parvient pas à pourvoir à ce besoin élémentaire une fois, puis une deuxième… A chaque fois, se mouvant avec la lenteur et la grâce d’un rocher, il échoue, à chaque fois la dame-fée du cédrat s’évanouit comme zéphyr de plume… Mais, au bout de la dernière tentative, il est victorieux dans cette délicate entreprise : « Le prince se demandait ce qui lui arrivait en contemplant ce bel accouchement de cédrat, cette belle graine de femme qui avait germé dans un fruit et disait : ‘Comment une chose si blanche a-t-elle pu sortir d’une écorce aussi jaune ? Comment une pâte aussi douce peut-elle être le produit de l’acidité d’un cédrat, comment cette belle plante peut-elle jaillir d’une si petite graine ?’ » (5).
A la dernière interrogation du prince, tout au plus pouvons-nous lui répondre qu’il n’existe pas plus petite plante que la graine qui la génère. A propos de la deuxième interrogation, si Basile avait été Corse et non Napolitain, il n’aurait pu placer telle exclamation dans la bouche du prince, puisque la pulpe du cédrat corse, loin d’être acide, est tout à fait douce. Enfin, au sujet de cette première interrogation – « Comment une chose aussi blanche a-t-elle pu sortir d’une écorce aussi jaune ? » –, il faut, peut-être, lorgner du côté de l’alchimie pour en comprendre quelque peu la teneur. L’on entend plus fréquemment parler d’œuvres au noir (nigredo), au rouge (rubedo) et au blanc (albedo), mais beaucoup moins de l’œuvre au jaune, le flavedo (du latin flavus, « jaune »). Le flavedo, dans un citron ou un cédrat, c’est aussi la couche la plus extérieure du mésocarpe, alors que l’albedo est celle qui est le plus à l’intérieur de ce même mésocarpe. Or, dans l’œuvre alchimique, les quatre étapes sont ainsi fixées : noir > blanc > jaune > rouge. En découpant le zeste jaune du cédrat, le prince découvre un albedo blanchâtre, mais c’est comme s’il effectuait les étapes à rebours. C’est d’autant plus marquant que, dans la suite du conte, on peut distinguer un « nigredo », marqué par les maîtres mots de « mort et dissolution » : en effet, la jeune femme issue du cédrat, qui se trouve en danger de mort, finit par périr non sans avoir été métamorphosée en colombe, avant de renaître de ses cendres, sinon de ses plumes. Quant au rubedo, peut-être se dissimule-t-il dans le sang frais qui anime celui du prince au presque tout début de l’histoire…

Par ailleurs, en dehors de toute considération alchimique, le cédrat serait-il marqué du sceau de Vénus ? (La déesse ne figure-t-elle pas aussi à travers cette colombe ?) C’est ce que le conte de Basile semble suggérer. S’il apparaît moins érotique que génésique, le cédrat, dans ce conte, se rapproche du myrte, plante éminemment vénusienne et bien établie comme tel, qu’utilise Basile dans un autre conte afin d’en faire émerger la plus belle fille que toute mère, en la mettant au monde, chérirait comme les précieuses prunelles de ses yeux.

Si le cédrat a un message à délivrer, ce peut être celui-ci : ne pas, comme le prince, conserver trop longtemps son cœur « soudé » sur  un « amour muet qui ne mène jamais à rien », pour emprunter à Andersen. Tout au contraire, je pense que le cédrat, sous sa forme éthérée, cherche à nous apprendre « qu’il faut hardiment exprimer sa pensée », en particulier dans le domaine amoureux (6).

D’apparence frêle, de modeste stature (4 à 5 m au grand maximum), le cédratier possède un feuillage peu dense qui laisse apercevoir des rameaux assez souvent réclinés, portant d’épaisses épines acérées, ainsi qu’un coloris tirant sur le pourpre lorsqu’ils sont encore jeunes. Les feuilles du cédratier sont aisément reconnaissables : de forme plus ou moins ovale, et possédant un bref pétiole, elles sont, en revanche, ni articulées ni ailées comme celles du citronnier. Quant aux fleurs, groupées par paquets à l’extrémité des rameaux, lorsqu’elles sont encore à l’état de boutons, elles sont lavées de pourpre, couleur qu’elles abandonnent la plupart du temps lorsque les pétales se déploient. Mais il arrive que ces fleurs, même épanouies, demeurent intégralement purpurines. Quant au cédrat, monstrueux citron, il peut atteindre une longueur de 25 cm pour un poids de 4 kg. Malgré ce gigantisme, il est peu abondant en pulpe ainsi qu’en jus, son « écorce » très épaisse, rugueuse et grumeleuse, occupant la plus grande part de son volume.

L’essence de cédrat en aromathérapie

Pour être précis, indiquons que le cédrat qui fait l’objet d’un emploi dans cette pratique qu’est l’aromathérapie est Citrus medica var. medica (il existe d’autres variétés de cédrats qui se distinguent nettement de celui dont il est ici question). L’essence de cédrat est loin d’être aussi connue que celle de son homologue également tout jaune qu’est le citron. Il faut dire que le cédratier est un arbre sensible aussi bien aux trop grands froids comme aux excessives chaleurs, ce qui minimise, du moins en Europe, son aire de culture qui se réserve à la Grèce (Crète, Péloponnèse), à l’Italie méridionale ainsi qu’à la Corse. Le citron, lui, hormis offrir l’essence contenue dans ses poches schizolygènes, se prête à l’extraction d’un jus abondant, et des emplois très étendus dans le domaine gastro-alimentaire. Ce qui n’est pas le cas du cédrat dont la pulpe est avare en jus, non comestible à l’état cru, seule sa « peau » (le péricarpe) s’utilise en cuisine (zeste) ou plus largement dans l’industrie du fruit confit, mais cela reste, à côté du citron, très limité, anecdotique pourrions-nous dire. De plus, d’autres raisons désobligeantes expliquent cette désaffection du cédrat au large profit du citron : « Les difficultés d’extraction mécanique de l’huile essentielle dues au relief tourmenté de l’écorce du fruit. Le rendement en huile essentielle plutôt faible [nda : 0,3 à 0,5 %], lié à la grande taille des fruits. En effet, la teneur en huile essentielle est fonction de la surface du fruit et le rapport surface/poids diminue avec le poids. [Enfin], il ne se prête pas à des exploitations industrielles » (7).
Quoi qu’il en soit, l’on trouve sur le marché, bien que rarement, de l’essence de cédrat obtenue par expression mécanique, puis centrifugation. De couleur jaune pâle (comme celle de citron), cette essence peut également verdir. Son parfum, qui se rapproche de celui du citron, est beaucoup moins abrupt, plus fin, plus chaleureux, différence nettement marquée que l’on doit au fait que l’essence de cédrat se distingue de celle de citron d’un point de vue moléculaire. Alors qu’en général l’essence de citron se compose facilement de 95 % de monoterpènes (dont 75 % de limonène, mais aussi α-pinène, α-bergamotène, γ-terpinène, etc.), dans l’essence de cédrat, ces molécules sont moins massivement nombreuses (isolimonène + limonène = 60 %). Notons au passage que les essences de cédrat en provenance du Brésil sont beaucoup plus riches en limonène, en contenant 90 % et parfois davantage.
La distinction s’observe au niveau des aldéhydes, et précisément les mêmes qui caractérisent l’huile essentielle de petit grain combava, c’est-à-dire les citrals (= néral et géranial), présents à hauteur de 20 à 25 % dans l’essence de cédrat. Grosso modo, on peut établir l’équation suivante : essence de citron + huile essentielle de petit grain combava = essence de cédrat. A une communauté olfactive et biochimique, il faut ajouter un dernier petit zeste : la présence de furocoumarines dans l’essence de cédrat, rutacée oblige !

Propriétés thérapeutiques

Elles sont très proches de celles des deux produits qu’offrent le citron et le combava, à savoir :

  • Apéritive, digestive, stomachique, antinauséeuse, antivomitive, régulatrice de l’appétit
  • Anti-infectieuse : antibactérienne à large spectre d’action, antifongique, antiseptique atmosphérique
  • Sédative du système nerveux central, hypnotique légère, antispasmodique
  • Expectorante, décongestionnante pulmonaire
  • Insectifuge

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : inappétence, digestion lente et/ou difficile, dyspepsie, flatulences, vomissement, nausée, mal des transports
  • Troubles de la sphère respiratoire + ORL : congestion nasale, congestion pulmonaire, bronchite, angine, maux de gorge
  • Troubles locomoteurs : arthrite, rhumatismes
  • Troubles du système nerveux : insomnie, difficulté d’endormissement, stress, nervosité, anxiété, déprime, asthénie intellectuelle et nerveuse
  • Repousser les insectes (mouches, moustiques)

Note : cette essence aromatique possède probablement des vertus intéressantes sur des affections circulatoires, hépatobiliaires et bucco-dentaires, qui exigent cependant d’être confirmées par l’expérience.

Modes d’emploi

  • Diffusion atmosphérique.
  • Olfaction, inhalation.
  • Voie orale.
  • Voie cutanée diluée.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Phototoxicité : les furocoumarines présentes dans l’essence de cédrat obligent aux mêmes précautions qu’avec toutes les autres essences : pas d’exposition au soleil immédiate après ingestion et/ou application cutanée.
  • Alimentation : une variété du cédrat (Citrus medica var. limonum) est utilisée pour son écorce parfumée en cuisine. Elle aromatise agréablement le thé à la menthe comme c’est le cas au Maroc : on frotte le sucre à l’aide d’une écorce de cédrat fraîche. Il peut être confit (l’écorce seule ou le cédrat dans son entier), être utilisé pour fabriquer une pâte de cédrat, des confitures, des eaux-de-vie, des liqueurs (cf. la cédratine corse), etc.
  • Autres variétés : Citrus medica var. ethrog, Citrus medica var. sarcodactylis. Nous avons évoqué l’une et l’autre plus haut : la première, c’est le cédrat de la religion hébraïque, la seconde n’est autre que cette curieuse main de Bouddha.
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    1. Michel Faucon, Traité d’aromathérapie scientifique et médicale, p. 460.
    2. Claudine Brelet, Médecines du monde, p. 234.
    3. Guy Ducourthial, Flore magique et astrologique de l’Antiquité, p. 68.
    4. Giambattista Basile, Le conte des contes, pp. 109-110.
    5. Ibidem, p. 114.
    6. Hans Christian Andersen, Contes – Sous le saule, p. 193 et p. 208.
    7. Extrait issu de cet article internet : Le cédrat méditerranéen et le cédrat de Corse.

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