La bourse-à-pasteur (Capsella bursa pastoris)

bourse-à-pasteur_fleurs

Il existe une sorte d’unanimité autour du nom de cette plante, qui peut effectivement surprendre au premier abord. Son nom latin est l’exacte transcription de son appellation française, anglaise (sheperd’s purse) et allemande (hirtentäschel).
Capsella provient du latin capsulla qui signifie « petite boîte », « mallette », « cassette », des termes qui font directement référence à la forme que prend le fruit après floraison, c’est-à-dire celle d’un havresac de berger. Pour faire simple, Capsella bursa pastoris se traduit par « petite boîte en forme de bourse à pasteur [entendre : pâtre, berger] ». Mais bon, nous ne sommes pas plus avancés pour autant. D’après ce que j’ai découvert, il s’avère même que cette plante, fort simple au demeurant, a fait véritablement partie de la pharmacopée vétérinaire des bergers dont, autrefois, les troupeaux paissaient dans les campagnes. Nous y reviendrons :)

Si les Anciens ont relativement bien décris les différents plantains que nous avons récemment abordés, la capselle semble être passée à la trappe. Hippocrate et Dioscoride la qualifient de « tonique utérin », mais il est difficile de savoir quelle plante se dissimule sous le nom de « thlaspi », tel que l’appellent Pline et Galien (1). Si l’on sait qu’il s’agit d’une plante de la famille des Crucifères (aujourd’hui on dit Brassicacées), on se perd en conjectures concernant sa réelle identité. Ce thlaspi pourrait être une moutarde – blanche ou noire –, une cochléaire, une passerage ou bien notre capselle.

Les premières sources concernant la bourse-à-pasteur se situent au Moyen-Âge tout d’abord. Mais alors, elle est souvent confondue avec la renouée des oiseaux, sous le nom de sanguinaria, un terme bien évidemment en relation avec les propriétés de la capselle. Au XIII ème siècle, Bernard de Gordon pose les premières bases : « la bursa pastoris, que certains arrachent comme une mauvaise herbe, est le remède souverain des hémorragies ». Mais c’est surtout au XVI ème siècle qu’on trouve abondance d’informations au sujet des pouvoirs thérapeutiques de la capselle. Matthiole est clair, il ne découvre rien à propos de cette plante chez les auteurs grecs et romains. Selon le médecin toscan, l’astringence de la plante est bénéfique lorsqu’on l’emploie en emplâtre sur des inflammations, en décoction en cas de crachement de sang, de métrorragie et d’autres hémorragies. De plus, son suc, localement appliqué, cicatrise les plaies récentes. Le domaine d’action de la bourse-à-pasteur est évident : les écoulements de sang d’origine accidentelle ou dysfonctionnelle. Tragus (alias Jérôme Bock), Rembert Dodoens et Charles de l’Écluse ne diront pas autre chose. Paracelse notera le pouvoir coagulant de la bourse-à-pasteur, pouvant intervenir dans des cas de saignements tels que ceux occasionnés par la dysenterie et l’hématurie, ainsi que tout autre flux anormal.
Au XVIII ème siècle, Lieutaud confirme son emploi dans l’hématurie (ce que, dans les campagnes, on appelle « pissement de sang » ; aujourd’hui encore, dans la phytothérapie vétérinaire des campagnes, on utilise la bourse-à-pasteur chez les animaux atteints d’hématurie).

La bourse-à-pasteur aurait pu tomber dans l’oubli si une catastrophe d’ordre mondial, la « Grande Guerre » de 1914-1918, ne l’avait tiré des sombres corridors de l’Histoire. En temps de crise, on se rappelle l’importance des ersatz. Plus de café ? Des glands de chêne torréfiés font l’affaire. Plus de tabac ? L’aubépine s’en charge. C’est exactement ce qui s’est produit pour la bourse-à-pasteur. Face à la pénurie de seigle ergoté et d’hydrastis dans les officines, on s’employa « à rechercher les astringents et les hémostatiques indigènes utilisés dans la médecine populaire » (2). Et en cela, il est même possible que l’empirisme ait eu son mot à dire. En effet, sur les champs de bataille, bien des soldats étaient d’origine rurale (c’est le cas de 56 % de la population française en 1911). Il est plus que probable que certains d’entre eux, qu’on les nomme guérisseurs, barreurs de feu et autres dénoueurs, aient fait montre de leurs talents durant la Première Guerre Mondiale. L’attrait pour la capselle est si vif qu’à partir de 1917, on voit paraître pendant près de vingt ans de nombreuses publications à son sujet. En tant qu’astringent/hémostatique, il aura été remarqué que la bourse-à-pasteur présente une action égale voire supérieure à celles du seigle ergoté et de l’hydrastis, sans en présenter les inconvénients. On connaît la toxicité du premier et la brutalité du second. Cette pénurie aura contribué à la redécouverte et à la valorisation de la flore indigène, ce qui, somme toute, présentait un avantage pratique : la capselle est disponible partout, « elle ne manque plus qu’à la Polynésie », plaisante Fournier dans les années 1940. On a dit de la capselle qu’elle était une plante compagnon de l’homme, toujours à son voisinage. Je dirais même plus : c’est une plante compagnon du soldat, de même que les plantains et l’achillée millefeuille.

« Face à l’utilité de la capselle dans tous les problèmes hémorragiques, ne pourrait-on pas s’imaginer que nos bons pâtres du passé portaient toujours quelque touffe de cette plante dans leur poche pour parer aux accidents divers qui guettaient leurs brebis ? », s’interroge Erika Laïs (3). Ce à quoi Leclerc lui répond : « Une observation très typique est celle […] d’une femme souffrant d’une métrorragie abondante qu’un berger guérit en lui faisant prendre le remède qu’il appliquait à ses brebis, c’est-à-dire le suc extrait d’une brassée de bourse-à-pasteur » (4).
Ayant eu, il y a longtemps, le privilège de partir « garder les chèvres » avec mon arrière grand-mère et ma grand-mère, il m’est arrivé de les voir ramasser de cette herbe, de la fourrer dans leur havresac avec l’air de se dire : « On ne sait jamais. » Pas si mal, pour des « empiriques »…

On a qualifié la bourse-à-pasteur de « mauvaise herbe » et de « plante adventice ». Au mieux s’agit-il d’erreur, au pire d’insulte. Plante rustique très fréquente dans les régions tempérées (de la plaine jusqu’à la haute altitude – 3000 m), l’humble capselle sait se satisfaire de peu : sols secs et sableux, décombres, bordures de chemins, etc. Mais elle ne néglige pas non plus l’abord des cultures où elle atteint sa taille la plus haute, environ 50 cm. Annuelle (ou bisannuelle si l’hiver est clément avec elle), elle présente une rosette radicale de feuilles dentées ou entières, une tige très souvent ramifiée portant des feuilles embrassantes à oreillette. Selon la vigueur du climat, sa floraison se déroule de février à novembre, ou bien toute l’année. De petites fleurs blanches, massées en grappe, donnent par la suite des fruits en forme de cœur aux contours anguleux renfermant chacun une douzaine de petites graines jaunes. De leur véritable nom botanique – silicules –, ce sont eux que l’on qualifie de mallette, cassette, petite boîte, ce qui a valu à notre plante le doux nom champêtre de bourse-à-pasteur.

bourse-à-pasteur_graines

La bourse-à-pasteur en phytothérapie

De la capselle, on utilise l’ensemble des parties aériennes, que l’on récolte en tout début de floraison, entre les mois de mai et d’août.
On trouve dans cette plante différents acides (acétique, malique, citrique), des flavonoïdes, du tannin, du potassium, de la choline, de l’acétylcholine, de la tyramine, enfin un alcaloïde répondant au nom de bursine.

Propriétés thérapeutiques

  • Astringente, vulnéraire, cicatrisante, hémostatique (en langage profane, on dit d’elle qu’elle « stoppe et referme »)
  • Tonique utérin, régulatrice du flux menstruel
  • Antiseptique urinaire
  • Fébrifuge léger

Usages thérapeutiques

  • Hémorragies d’étiologies diverses : règles importantes, fréquentes, trop longues, métrorragie de la puberté et de la ménopause, métrite hémorragique, hémoptysie, crachement et vomissement de sang, hémorroïdes, hématurie, hémophilie (après choc ou contusion), ecchymose, saignement après accouchement, plaie, coupure, blessure, épistaxis
  • Troubles circulatoires : hémorroïdes, varices, jambes lourdes
  • Troubles gastro-intestinaux : dysenterie, diarrhée
  • Troubles de la sphère urinaire : hématurie, cystite, lithiase (?)

Modes d’emploi

  • Plante fraîche ou sèche : infusion, décoction, décoction vineuse, macération
  • Teinture-mère
  • Suc de la plante fraîche en application locale, plante fraîche écrasée en emplâtre

Contre-indications et autres usages

  • Certains auteurs mentionnent que la plante perd de ses pouvoirs après dessiccation, d’autres n’y font pas allusion. Mais comme la bourse-à-pasteur est disponible dans la nature presque toute l’année, il est permis de partir en cueillette plusieurs fois l’an si besoin est. Cependant, sachez que la bourse-à-pasteur est souvent infectée par un parasite, la rouille blanche des crucifères (Albugo candida). Si vous rencontrez de la bourse-à-pasteur atteinte de cette maladie, mieux vaut s’abstenir d’en récolter.
  • Infusion et teinture-mère de bourse-à-pasteur s’utiliseront six à huit jours avant le début du cycle si l’on souhaite bénéficier de ses effets contre les règles importantes et/ou douloureuses.
  • Comme beaucoup d’autres plantes de la famille des Brassicacées, la bursa pastoris est comestible. Préférez ses jeunes feuilles pour les déguster crues en salade. Plus âgées, elles deviennent ligneuses et amères. Quant aux petites graines contenues dans les bourses, une fois séchées et écrasées, elles rappellent un peu la moutarde.

  1. S’il existe bien un Thlaspi arvense (tabouret des champs) très proche de la capselle, il ne peut correspondre, n’étant que faiblement doué de propriétés médicinales, hormis celles qui ont été étudiées à son sujet.
  2. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 180
  3. Erika Laïs, Le livre des simples, p. 52
  4. Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 127

© Books of Dante – 2015

bourse-à-pasteur_tige

La bourrache, plante du courage et de la joie

Bourrache_officinale_3

La borrago, telle qu’on la nomme en latin, aura fait « suer » plus d’un auteur, du moins en ce qui concerne ses origines étymologiques. Cette plante, qui aura donné son nom à la famille des Borraginacées (myosotis, consoude, pulmonaire, vipérine, buglosse, héliotrope…) – toutes plantes aux fleurs tournées la tête en bas, hormis l’héliotrope qui les dirige vers le soleil comme l’indique son nom… Mais je m’égare. Je vous l’ai dit, la bourrache va nous faire « suer » ! ^^
Je voudrais dire : « Bref ! », mais il est impossible de l’être avec cette plante. Plusieurs explications étymologiques ont été avancées. Les auteurs qui pensaient qu’elle était originaire du Levant, c’est-à-dire du Proche-Orient (Jordanie, Israël, Syrie), ont tout naturellement indiqué qu’elle aurait été ramenée par les Croisés. Si son origine est syrienne, on peut retrouver sa racine arabe, abu rash, abou rach, voire même abou er-rach, un ensemble de termes dont Fournier indique qu’ils ne sont que de plaisants jeux de mots. Au Moyen-Âge, on l’appelle burra, du bas latin qui voudrait dire « étoffe grossière à longs poils ». Dès lors, on a pensé qu’il y avait nécessairement un rapport avec la burra médiévale et la bure, ce tissu de laine, effectivement grossier. Si, définitivement, l’on ne sait pas si burra est la bourrache, la bure aura, par la suite, donné lieu au terme « bureau ».
Si notre borrago est de bure, c’est qu’on rapproche l’aspect rêche et bourru de la plante avec le tissu monacal. Cependant, notre abou rash nous explique bien des choses. Littéralement, cela veut dire : « Père de la sueur ». Quand on sait les propriétés sudorifiques et diaphorétiques de la bourrache, je pense, contrairement à Fournier, qu’il ne peut s’agir d’un aimable jeu de mots. Surtout parce que ce même Fournier qualifie la bourrache de sudorifique, c’est-à-dire propre à provoquer la sueur.

Si, comme on le dit, la bourrache était originaire du Proche-Orient, les Grecs de l’Antiquité en auraient eu vent, un jour ou l’autre. Là encore, nous nageons en eaux troubles. D’une part il est dit que la bourrache était inconnue des Anciens, d’autre part on certifie qu’en Grèce antique on employait ses fleurs pour parfumer vins et salades. L’on dit même que la bourrache portait chez les Grecs le nom d’euphrosinon (1), en relation avec ses qualités euphorisantes, un truc repris par Pline, assurant que la bourrache « rendait l’homme joyeux et heureux ».
Parce que la bourrache est très abondante en Espagne et en Afrique du nord, l’on a vu là sa porte d’entrée sur l’Europe. L’on sait que lors de l’occupation de l’Espagne par les Arabes, la culture de la bourrache se développe au Moyen-Âge. A partir de là, elle se serait naturalisée, parce que cultivée ou subspontanée, à une grande partie de l’Europe (au XIII ème siècle, on note sa présence au Danemark). Nous sommes au Moyen-Âge. Ici, ça n’est qu’un légume, là une plante médicinale. Au XI ème siècle, Macer Floridus affirme, bien que je n’en ai trouvé aucune trace dans son De viribus herbarum, que la décoction de bourrache répandue dans une salle à manger égaie les convives. A peu près à la même période, la célèbre école de médecine de Salerne, peu avare en aphorismes, nous raconte ceci à propos de la bourrache :

« Cardiaco auffert borrago gaudia confert.
Dicit Borrago : gaudia semper ago. »

« Le jus de la bourrache excite aussi à la joie.
Pour les maux d’estomac, les palpitations,
Maux de cœur, altération,
Fort utilement on l’emploie. »

Ce à quoi Leclerc répondit bien des siècles plus tard que l’école de Salerne n’avait commis là qu’un « indigent calembour ». Sauf que, à l’époque de Leclerc, soit au début du XX ème siècle, on se soucie davantage de la plante entière que de sa graine, mieux de l’huile qu’elle contient. Un peu plus loin dans cet article, on se rendra compte à quel point le docteur Leclerc – qui était très loin d’être un imbécile – a pris un peu à la légère les sages paroles de l’école de Salerne. Pourtant, des manuscrits médiévaux, comme le Livre des simples médecines, relatent l’action de la bourrache sur la sphère cardiovasculaire, Albert le Grand la dit « génératrice de bon sang ». Malgré tout cela, par ailleurs, on continue à considérer la bourrache comme une plante potagère, c’est-à-dire propre à n’entrer que dans les potages (vous me direz, cela n’est déjà pas si mal), comme le confirmera plus tard Olivier de Serres. Qu’à cela ne tienne, le grand Matthiole qui, semble-t-il, la connaissait très bien, en rajoute une couche, n’en déplaise à Leclerc : « Toute la plante, et particulièrement les fleurs en décoction dans de l’eau ou du vin, se montre efficace dans les défaillances et les faiblesses du cœur, dans les états mélancoliques, dans les délires des fébricitants [ndr : synonyme ancien de fiévreux], l’usage interne et externe de l’eau distillée des fleurs calme les inflammations oculaires. » Qui dit « Anciens », ne dit pas forcément « désuet ». Bien des clés anciennes sont parvenues jusqu’à nous en jouant à saute-mouton avec les siècles. Mais quoi ! Hildegarde s’est bien fourvoyée sur le millepertuis, alors pourquoi pas Leclerc avec la bourrache ?
Puisque nous parlons des Anciens, exposons encore les dires de quelques-uns qui vont venir étayer le profil thérapeutique de la bourrache. Dans le Grand Albert, on relate une recette de sirop à base de suc de bourrache, de racine de gentiane et de miel : « Ce secret a été donné par un pauvre paysan de Calabre à celui qui fut nommé par Charles V pour général de cette belle armée navale qu’il envoya en Barbarie. Le bonhomme était âgé de 132 ans à ce qu’il assura à ce général » (qui pourrait bien être Jean de Vienne…). A la fin du XVI ème siècle, Jean Bauhin préconise la bourrache dans les fièvres et pour purifier le sang. Contrairement à Olivier de Serres, Gabriel Alonso de Herrera, qui était lui aussi agronome, aura repéré quelques caractéristiques propres à la bourrache. Quand il dit que lorsqu’on « en boit la graine dans le vin, elle réjouit beaucoup le cœur », il fait écho à certaines choses que nous avons relatées plus haut. C’est, ni plus ni moins, ce que relaiera Jean-Baptiste Porta, « ayant pu constater que cette plante […] était censée éloigner la tristesse » (2).

Avoir du cœur à l’ouvrage, c’est sans doute là le message de la bourrache. Tout d’abord, son aspect hispide, par sa rude apparence et ses innombrables piquants, en ont fait la plante du courage, de l’audace et de la protection. Un dicton anglais dit que « borage brings courage » alors qu’un proverbe déclare que « a garden without borage is like a heart without courage ». Paul Ferris nous raconte qu’à « chaque fois qu’un paysan devait affronter les éléments déchaînés ou simplement la colère de sa femme, il accrochait un petit bouquet de fleurs bleues à sa boutonnière » (3), d’une manière, certes moins héroïque, que la fleur de bourrache qui servit de modèle comme trophée remis au vainqueur des tournois à cheval au Moyen-Âge !
Au jardin, bien qu’elle « endure la négligence du jardinier », comme nous le rapporte Olivier de Serres, quand elle s’implante dans un lieu, elle ne le quitte plus. Elle prend tant et si bien position, qu’elle confère protection aux autres espèces du potager.

La bourrache est une plante annuelle, parfois bisannuelle, d’apparence trapue et robuste. Elle mesure généralement entre 20 et 70 cm, mais les sujets les mieux exposés peuvent atteindre un mètre. Elle possède d’épaisses feuilles arrondies et couvertes de poils. Ces poils, que l’on retrouve également sur la tige, peuvent être parfois piquants. Enfin, les fleurs, comptant cinq pétales d’un bleu céleste (plus rarement bleu violacé, roses ou blancs) et cinq étamines, s’organisent en cymes lâches et ployées.
Très mellifère par les airs, la bourrache fait le régal des butineuses entre mai et septembre. Par voie de terre, la bourrache, myrmécophile comme la violette, assure la propagation de ses graines par les fourmis qui sont très friandes de leur huile.
Bien qu’assez fréquente, la bourrache ne s’aventure jamais très loin du voisinage de l’homme. On la trouve au bord des chemins, dans les décombres, les terrains vagues, les talus, les jardins abandonnés et très souvent à proximité des cultures. Hormis ce caractère compagnon de l’homme, la bourrache requière des sols bien drainés et ensoleillés (elle craint l’excès d’humidité) dont l’altitude n’excédera pas 1800 m.
Autrefois, elle était cultivée en grand en Île-de-France et en Picardie. Aujourd’hui, elle est endémique du pourtour méditerranéen, de l’Europe et de l’Amérique du nord.

Bourrache_officinale_2

La bourrache en thérapie

Si les Anciens se sont attachés aux différentes parties de la plante (les fleurs, les feuilles, les tiges ; plus rarement les racines), les graines et l’huile qu’elles contiennent ont été durablement négligées. Nous accorderons autant d’intérêt aux premières qu’aux dernières, en distinguant bien ce que la bourrache apporte en phytothérapie d’une part, en aromathérapie d’une autre.

La plante entière fleurie est un patchwork de substances très diverses et de riches propriétés médicinales. On y trouve du tanin, des résines, un peu d’huile essentielle, de la vitamine C (20 mg aux 100 g de feuilles fraîches), mais la bourrache n’est clairement pas le meilleur moyen d’absorber la vitamine C (4), une saponine, une grande proportion de mucilages (30 %), du nitrate de potassium (autrement dit, du salpêtre, caractéristique propre aux plantes de la famille des Borraginacées), de l’allantoïne, enfin, des alcaloïdes pyrrolizidiniques.

Les petites graines noires que la bourrache produit par centaines, contiennent beaucoup d’huile (60 %), mais l’expression mécanique à froid ne permet pas d’en extraire plus de 30 à 40 %. Dans cette huile végétale, on trouve environ 15 % d’acides gras saturés et près de 80 % d’acides gras insaturés, parmi lesquels, fait rarissime, entre 20 et 30 % d’acide gamma-linolénique (un oméga 6), 18 % d’oméga 9, de nombreuses vitamines (A, E, D, K), etc.

Attardons-nous un peu sur cet acide gamma-linoléique (AGL) que d’aucuns n’hésitent pas à qualifier de molécule de jouvence. Un organisme jeune fabrique en quantité satisfaisante de l’acide linoléique, qu’une mutation enzymatique via l’enzyme deltat6-désaturase, transforme en acide gamma-linoléique. Ainsi, jusqu’à l’âge d’environ 30 ans, l’on n’a guère besoin de se soucier de tout cela. Or, lorsque nous avançons en âge, il est de plus en plus difficile pour cette enzyme de jouer efficacement son rôle, car sa production par l’organisme chute drastiquement (ce qui est une baisse normale, en comparaison d’une sous-production de delta6-désaturase causée accidentellement : stress important, traumatisme, maladie…). La solution consiste en un apport extérieur passé un certain âge. On considère qu’une demi à une cuillère à café d’huile végétale de bourrache couvre les besoins quotidiens en acide gamma-linoléique. Dans un premier temps, on a découvert cet AGL dans l’huile végétale d’onagre (Œnothera biennis) qui en contient 8 à 10 %, soit deux à trois fois moins que celle de bourrache. Ainsi, une prise quotidienne permet de se passer de l’absence de delta6-désaturase.
Arrivé là, je n’ai toujours pas indiqué pourquoi il était important d’assurer cet apport extérieur. L’AGL facilite le renouvellement des cellules, tout en leur assurant une meilleure élasticité. On comprend donc qu’une carence en AGL aura nécessairement une incidence, à plus ou moins long terme, sur l’épiderme.

L’huile végétale de bourrache, de saveur douce et agréable, est liquide et assez peu grasse au toucher. De couleur jaune pâle à jaune d’or, elle se conserve difficilement au-delà de deux mois. Il est donc nécessaire de l’acheter en petite quantité (c’est souvent le cas, vu son prix), de la protéger de l’oxydation, de la chaleur et de la lumière, ses principaux ennemis.

Sur ce, après cet intermède nécessaire, passons maintenant aux propriétés et usages thérapeutiques de la bourrache.

En phytothérapie

Propriétés

  • Émolliente, adoucissante, rafraîchissante, diurétique (élimination des chlorures), dépurative, sudorifique, calmante, diaphorétique, antitussive

En gros, l’on peut dire de la bourrache qu’elle est utile lorsqu’il s’agit de stimuler les fonctions bronchiques, rénales et cutanées.

Usages

  • Troubles de la sphère respiratoire : rhume, toux, bronchite, pneumonie, refroidissement, autres irritations et inflammations des voies respiratoires
  • Troubles de la sphère urinaire et rénale : rétention d’urine, congestion rénale, néphrite, néphrite aiguë, colique néphrétique, oligurie, accès de goutte
  • Congestion hépatique
  • Élimination des toxines après fièvres éruptives (varicelle, scarlatine, rougeole)
  • Troubles de la sphère intestinale : constipation, entérocolite
  • Troubles cutanés : éruptions cutanées, dartre, scrofule, herpès, abcès, brûlure, tumeur enflammée

Modes d’emploi

Le mode d’emploi à privilégier reste encore la teinture-mère de bourrache, conçue à base de plante fraîche. L’infusion et la décoction, évidemment possibles, sont quasiment inactives lorsque la plante est sèche. De plus, que la bourrache soit sèche ou fraîche, demeure le problème des poils, ce qui fait qu’infusion et décoction doivent être filtrées. Mais si d’aventure vous souhaitez utiliser de la bourrache fraîche, il faut aussi compter sur le fait qu’en cet état elle n’est pas disponible durant toute l’année, ce qui en limite forcément l’usage.

En aromathérapie

Huile végétale de la beauté et de l’équilibre hormonal, la bourrache est bourrée de vertus !

Propriétés

  • Régénérante, hydratante (elle protège les cellules du derme de la déshydratation intracellulaire), calmante
  • Régulatrice du système cardiovasculaire (protectrice veineuse et cardiaque), antithrombotique, hypotensive, régulatrice des taux de cholestérol et de triglycérides sanguins, réductrice du risque d’agrégation plaquettaire
  • Protectrice hépatique
  • Harmonisante du système hormonal
  • Harmonisante du système nerveux
  • Immunostimulante

Usages

  • Troubles cutanés : peau sèche à très sèche, ridée, mature, grasse, ultrasensible aux phénomènes inflammatoires et allergiques, atopique ; rougeurs, acné, eczéma, psoriasis, vergetures
  • Cheveux et ongles cassants, fragiles, ternes
  • Troubles hormonaux prémenstruels : seins douloureux, ballonnements, constipation, irritabilité, anxiété
  • Troubles de la ménopause : signes dépressifs, maux de tête, vertiges, fatigue
  • Troubles locomoteurs : rhumatismes, arthrite, polyarthrite rhumatoïde
  • Troubles hépatiques : régénération des cellules du foie (en cas de cirrhose)
  • Athérosclérose
  • Diabète
  • Stress, mélancolie, nervosité

Modes d’emploi

L’huile végétale de bourrache est disponible dans le commerce dans au moins deux conditionnements : en flacon pompe et en gélules souples.

  • En cure : durant trois semaines, renouvelable trois à quatre fois l’an.
  • En assaisonnement quotidien (mais jamais en cuisson, ni sur préparation chaude).
  • En massage : cette huile passe très bien la barrière cutanée ; il est possible de la mélanger avec de l’huile végétale de sésame ou de la cire liquide de jojoba qui jouent alors le rôle de stabilisateur (cela minimise l’oxydation de l’huile végétale de bourrache).
  • Troubles prémenstruels : durant la première partie du cycle (du premier au quatorzième jour).

Contre-indications et autres usages

  • Les alcaloïdes pyrrolizidiniques contenus dans la plante, bien qu’en faible quantité, peuvent présenter une toxicité relative. On veillera donc à faire de la bourrache une consommation mesurée et raisonnable, que ce soit en phytothérapie comme en cuisine, dont voici quelques exemples d’utilisation.
  • Les feuilles sont comestibles en soupe, potage, légume d’accompagnement parfois. Elles évoquent légèrement le goût du concombre et du cornichon. Elles se cuisinent souvent à la façon des épinards. Les feuilles plus jeunes peuvent être mangées crues à condition de les hacher finement. En compagnie de cresson et de pissenlit, en salade, par exemple. Ou alors avec de l’aneth et de l’oignon. Quant aux fleurs, on peut leur trouver une petite saveur d’huître. Elles décorent agréablement une salade de leur beau bleu azur. Mais elles sont également comestibles : salades composées, cristallisées comme les fleurs de violette, etc. Elles entrent, avec les feuilles, dans la composition de vinaigres et de vins auxquels elles donnent une saveur rafraîchissante.
  • Élixir floral : il permet un ajustement entre le manque de courage et son excès. Très utile en cas de tristesse et de mélancolie, quand on a le cœur gros.

  1. S’il existe, dans la mythologie grecque, une figure du nom d’Euphrosyne, je n’ai trouvé aucune plante s’y rapportant. Euphrosyne est l’une des trois Charites, fille de Zeus et d’Eurynomé. Elle représente la joie poussée à son sommet, l’acclamation, la bonne chère, le courage, la confiance, l’allégresse, la jubilation, l’hilarité, le plaisir, la gaieté et la joie de vivre. Par ailleurs, au Mexique, il existe des plantes répondant au nom d’euphrosyne mais elles n’ont strictement aucun rapport avec la bourrache.
  2. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, p. 47
  3. Paul Ferris, Le guide des fleurs de Bach, p. 152
  4. En effet, la vitamine C étant très fragile, une fois la bourrache récoltée, il faut la consommer à l’état frais immédiatement.

© Books of Dante – 2015 / Crédit photos : © Pescalune Photography

Vous ne connaissez pas encore la boutique du blog ? Découvrez-la ! :)

Bourrache_officinale_1