La bourse-à-pasteur (Capsella bursa pastoris)

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Il existe une sorte d’unanimité autour du nom de cette plante, qui peut effectivement surprendre au premier abord. Son nom latin est l’exacte transcription de son appellation française, anglaise (sheperd’s purse) et allemande (hirtentäschel).
Capsella provient du latin capsulla qui signifie « petite boîte », « mallette », « cassette », des termes qui font directement référence à la forme que prend le fruit après floraison, c’est-à-dire celle d’un havresac de berger. Pour faire simple, Capsella bursa pastoris se traduit par « petite boîte en forme de bourse à pasteur [entendre : pâtre, berger] ». Mais bon, nous ne sommes pas plus avancés pour autant. D’après ce que j’ai découvert, il s’avère même que cette plante, fort simple au demeurant, a fait véritablement partie de la pharmacopée vétérinaire des bergers dont, autrefois, les troupeaux paissaient dans les campagnes. Nous y reviendrons :)

Si les Anciens ont relativement bien décris les différents plantains que nous avons récemment abordés, la capselle semble être passée à la trappe. Hippocrate et Dioscoride la qualifient de « tonique utérin », mais il est difficile de savoir quelle plante se dissimule sous le nom de « thlaspi », tel que l’appellent Pline et Galien (1). Si l’on sait qu’il s’agit d’une plante de la famille des Crucifères (aujourd’hui on dit Brassicacées), on se perd en conjectures concernant sa réelle identité. Ce thlaspi pourrait être une moutarde – blanche ou noire –, une cochléaire, une passerage ou bien notre capselle.

Les premières sources concernant la bourse-à-pasteur se situent au Moyen-Âge tout d’abord. Mais alors, elle est souvent confondue avec la renouée des oiseaux, sous le nom de sanguinaria, un terme bien évidemment en relation avec les propriétés de la capselle. Au XIII ème siècle, Bernard de Gordon pose les premières bases : « la bursa pastoris, que certains arrachent comme une mauvaise herbe, est le remède souverain des hémorragies ». Mais c’est surtout au XVI ème siècle qu’on trouve abondance d’informations au sujet des pouvoirs thérapeutiques de la capselle. Matthiole est clair, il ne découvre rien à propos de cette plante chez les auteurs grecs et romains. Selon le médecin toscan, l’astringence de la plante est bénéfique lorsqu’on l’emploie en emplâtre sur des inflammations, en décoction en cas de crachement de sang, de métrorragie et d’autres hémorragies. De plus, son suc, localement appliqué, cicatrise les plaies récentes. Le domaine d’action de la bourse-à-pasteur est évident : les écoulements de sang d’origine accidentelle ou dysfonctionnelle. Tragus (alias Jérôme Bock), Rembert Dodoens et Charles de l’Écluse ne diront pas autre chose. Paracelse notera le pouvoir coagulant de la bourse-à-pasteur, pouvant intervenir dans des cas de saignements tels que ceux occasionnés par la dysenterie et l’hématurie, ainsi que tout autre flux anormal.
Au XVIII ème siècle, Lieutaud confirme son emploi dans l’hématurie (ce que, dans les campagnes, on appelle « pissement de sang » ; aujourd’hui encore, dans la phytothérapie vétérinaire des campagnes, on utilise la bourse-à-pasteur chez les animaux atteints d’hématurie).

La bourse-à-pasteur aurait pu tomber dans l’oubli si une catastrophe d’ordre mondial, la « Grande Guerre » de 1914-1918, ne l’avait tiré des sombres corridors de l’Histoire. En temps de crise, on se rappelle l’importance des ersatz. Plus de café ? Des glands de chêne torréfiés font l’affaire. Plus de tabac ? L’aubépine s’en charge. C’est exactement ce qui s’est produit pour la bourse-à-pasteur. Face à la pénurie de seigle ergoté et d’hydrastis dans les officines, on s’employa « à rechercher les astringents et les hémostatiques indigènes utilisés dans la médecine populaire » (2). Et en cela, il est même possible que l’empirisme ait eu son mot à dire. En effet, sur les champs de bataille, bien des soldats étaient d’origine rurale (c’est le cas de 56 % de la population française en 1911). Il est plus que probable que certains d’entre eux, qu’on les nomme guérisseurs, barreurs de feu et autres dénoueurs, aient fait montre de leurs talents durant la Première Guerre Mondiale. L’attrait pour la capselle est si vif qu’à partir de 1917, on voit paraître pendant près de vingt ans de nombreuses publications à son sujet. En tant qu’astringent/hémostatique, il aura été remarqué que la bourse-à-pasteur présente une action égale voire supérieure à celles du seigle ergoté et de l’hydrastis, sans en présenter les inconvénients. On connaît la toxicité du premier et la brutalité du second. Cette pénurie aura contribué à la redécouverte et à la valorisation de la flore indigène, ce qui, somme toute, présentait un avantage pratique : la capselle est disponible partout, « elle ne manque plus qu’à la Polynésie », plaisante Fournier dans les années 1940. On a dit de la capselle qu’elle était une plante compagnon de l’homme, toujours à son voisinage. Je dirais même plus : c’est une plante compagnon du soldat, de même que les plantains et l’achillée millefeuille.

« Face à l’utilité de la capselle dans tous les problèmes hémorragiques, ne pourrait-on pas s’imaginer que nos bons pâtres du passé portaient toujours quelque touffe de cette plante dans leur poche pour parer aux accidents divers qui guettaient leurs brebis ? », s’interroge Erika Laïs (3). Ce à quoi Leclerc lui répond : « Une observation très typique est celle […] d’une femme souffrant d’une métrorragie abondante qu’un berger guérit en lui faisant prendre le remède qu’il appliquait à ses brebis, c’est-à-dire le suc extrait d’une brassée de bourse-à-pasteur » (4).
Ayant eu, il y a longtemps, le privilège de partir « garder les chèvres » avec mon arrière grand-mère et ma grand-mère, il m’est arrivé de les voir ramasser de cette herbe, de la fourrer dans leur havresac avec l’air de se dire : « On ne sait jamais. » Pas si mal, pour des « empiriques »…

On a qualifié la bourse-à-pasteur de « mauvaise herbe » et de « plante adventice ». Au mieux s’agit-il d’erreur, au pire d’insulte. Plante rustique très fréquente dans les régions tempérées (de la plaine jusqu’à la haute altitude – 3000 m), l’humble capselle sait se satisfaire de peu : sols secs et sableux, décombres, bordures de chemins, etc. Mais elle ne néglige pas non plus l’abord des cultures où elle atteint sa taille la plus haute, environ 50 cm. Annuelle (ou bisannuelle si l’hiver est clément avec elle), elle présente une rosette radicale de feuilles dentées ou entières, une tige très souvent ramifiée portant des feuilles embrassantes à oreillette. Selon la vigueur du climat, sa floraison se déroule de février à novembre, ou bien toute l’année. De petites fleurs blanches, massées en grappe, donnent par la suite des fruits en forme de cœur aux contours anguleux renfermant chacun une douzaine de petites graines jaunes. De leur véritable nom botanique – silicules –, ce sont eux que l’on qualifie de mallette, cassette, petite boîte, ce qui a valu à notre plante le doux nom champêtre de bourse-à-pasteur.

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La bourse-à-pasteur en phytothérapie

De la capselle, on utilise l’ensemble des parties aériennes, que l’on récolte en tout début de floraison, entre les mois de mai et d’août.
On trouve dans cette plante différents acides (acétique, malique, citrique), des flavonoïdes, du tannin, du potassium, de la choline, de l’acétylcholine, de la tyramine, enfin un alcaloïde répondant au nom de bursine.

Propriétés thérapeutiques

  • Astringente, vulnéraire, cicatrisante, hémostatique (en langage profane, on dit d’elle qu’elle « stoppe et referme »)
  • Tonique utérin, régulatrice du flux menstruel
  • Antiseptique urinaire
  • Fébrifuge léger

Usages thérapeutiques

  • Hémorragies d’étiologies diverses : règles importantes, fréquentes, trop longues, métrorragie de la puberté et de la ménopause, métrite hémorragique, hémoptysie, crachement et vomissement de sang, hémorroïdes, hématurie, hémophilie (après choc ou contusion), ecchymose, saignement après accouchement, plaie, coupure, blessure, épistaxis
  • Troubles circulatoires : hémorroïdes, varices, jambes lourdes
  • Troubles gastro-intestinaux : dysenterie, diarrhée
  • Troubles de la sphère urinaire : hématurie, cystite, lithiase (?)

Modes d’emploi

  • Plante fraîche ou sèche : infusion, décoction, décoction vineuse, macération
  • Teinture-mère
  • Suc de la plante fraîche en application locale, plante fraîche écrasée en emplâtre

Contre-indications et autres usages

  • Certains auteurs mentionnent que la plante perd de ses pouvoirs après dessiccation, d’autres n’y font pas allusion. Mais comme la bourse-à-pasteur est disponible dans la nature presque toute l’année, il est permis de partir en cueillette plusieurs fois l’an si besoin est. Cependant, sachez que la bourse-à-pasteur est souvent infectée par un parasite, la rouille blanche des crucifères (Albugo candida). Si vous rencontrez de la bourse-à-pasteur atteinte de cette maladie, mieux vaut s’abstenir d’en récolter.
  • Infusion et teinture-mère de bourse-à-pasteur s’utiliseront six à huit jours avant le début du cycle si l’on souhaite bénéficier de ses effets contre les règles importantes et/ou douloureuses.
  • Comme beaucoup d’autres plantes de la famille des Brassicacées, la bursa pastoris est comestible. Préférez ses jeunes feuilles pour les déguster crues en salade. Plus âgées, elles deviennent ligneuses et amères. Quant aux petites graines contenues dans les bourses, une fois séchées et écrasées, elles rappellent un peu la moutarde.

  1. S’il existe bien un Thlaspi arvense (tabouret des champs) très proche de la capselle, il ne peut correspondre, n’étant que faiblement doué de propriétés médicinales, hormis celles qui ont été étudiées à son sujet.
  2. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 180
  3. Erika Laïs, Le livre des simples, p. 52
  4. Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 127

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Les plantains en phytothérapie

Plantain lancéolé (Plantago lanceolata)

Plantain lancéolé (Plantago lanceolata)

Le plantain, ou devrais-je dire, les plantains ont reçu tant de noms vernaculaires depuis l’Antiquité gréco-romaine qu’il est parfois difficile de savoir de quelle plante l’on parle. Fort heureusement, en ce qui concerne ces plantes herbacées, les Anciens ont su faire preuve de précision. Chez les Grecs, le(s) plantain(s) répond(ent) aux noms d’arneion, de probateion, de polumeuron, d’heptapleuron, de kunoglôsson, d’arnoglôsson (lequel dernier peut être petit – mikron – ou grand – meizon), mais l’ensemble de ces termes n’a rien à envier avec les noms beaucoup plus récents qu’on utilise aujourd’hui pour désigner ces plantes : pied-d’-homme (1), oeil-de-chien, langue-de-brebis (ou d’agneau), oreille-de-lièvre, etc.
Quoi qu’il en soit, le plantain demeure une plante très connue et très utilisée durant l’Antiquité. Dioscoride et Pline faisaient déjà la distinction entre le grand plantain (Plantago major) et le plantain lancéolé (Plantago lanceolata). Chacun d’eux indique les différentes parties de ces plantains à employer, les préparations à réaliser et les modes d’emploi. Les feuilles, desséchantes et astringentes (donc cicatrisantes), étaient largement employées pour tout ce qui touche aux affections cutanées (abcès, ulcère, plaie, plaie suppurante, brûlure, excoriation, fistule, tumeur, anthrax, feu sacré, lichen…), mais aussi pour tout problème hémorragiques (blessure, crachement de sang, hémorroïdes, saignement des gencives, écoulement de la matrice). En règle générale, on accordait aux plantains une action efficace contre les douleurs (maux de dents, d’oreilles, d’estomac, douleurs utérines, douleur de la goutte). A l’intérieur, on les réservait pour des affections pulmonaires (crise d’asthme, phtisie) et intestinales (dysenterie, indigestion). Comme la mauve, par ses vertus vulnéraires et adoucissantes, le plantain est un anti-inflammatoire indirect, et s’employait donc dans beaucoup de cas où il y avait inflammation interne comme externe.
On a reconnu au plantain des vertus antivenimeuses. Beaucoup de plantes, et cela de l’Antiquité jusqu’au Moyen-Âge, auront été créditées de ce pouvoir, parfois à tort, mais pas en ce qui concerne le plantain, à tel point qu’une vieille légende raconte ceci : « Avant de livrer bataille aux vipères, les belettes auraient soin de se rouler sur des touffes de plantain de façon à s’assurer une immunisation complète, prélude d’une victoire infaillible. » (2). Selon le symbolisme chrétien, la belette représente la guérison. Il pourrait s’agir là de l’évocation d’une force solaire – ici la belette – terrassant un esprit chthonien représenté par le serpent. Quoi qu’il en soit, Pline préconisait le grand plantain, qui avait sa préférence, en cas de piqûres de scorpion et de morsures d’animaux, car il « a une force merveilleuse pour dessécher et resserrer, et produit l’effet d’un cauter. »
Galien reprendra peu ou prou les indications de Pline et de Dioscoride, indiquant que le plantain possède des propriétés rafraîchissantes et desséchantes pouvant être mises à profit pour cicatriser les plaies, soigner les abcès, les tumeurs et les ulcères, calmer les maux de dents, arrêter les hémorragies, lutter contre la dysenterie, etc.
On a aussi attribué au plantain, outre des propriétés médicinales, des propriétés magico-astrologiques. En effet, l’arnoglôsson – notre langue-de-mouton – était considéré comme une plante d’Arès, le dieu grec qu’on a assimilé à Mars qui, en tant que planète, gouverne le signe du… Bélier (ça ne s’invente pas) et celui du Scorpion. Un extrait d’un vieux traité astrologique rapporté par Guy Ducourthial explique les raisons pour lesquelles le plantain est plante d’Arès : « Sa racine guérit les tumeurs malignes sur les parties sexuelles, car Arès a son domicile dans le signe du Scorpion, qui a reçu en partage cette partie du corps. La graine de la plante, en enduit, guérit les parties sexuelles gangrenées et difficiles à cicatriser dans cette partie du corps. La plante, portée en amulette, convient parfaitement pour le mal de tête, car Arès a son domicile dans le signe du Bélier, lequel est à la tête de l’univers. Le suc, pris en boisson et en lavement, rétablit ceux qui souffrent de dysenterie, ceux qui crachent le sang et il est efficace pour les hémorragies, car Arès domine le sang » (3).
Notre astrologue anonyme indique donc d’assez bonnes raisons pour attribuer le plantain à la planète Mars. Cette mélothésie ne doit pas occulter le fait qu’on recherchait aussi des astuces symboliques liées au pouvoir des chiffres : ainsi, « trois racines sèches de plantain, bues dans trois cyathes (4) de vin et autant d’eau guérissent la fièvre tierce et quatre racines la fièvre quarte » , nous explique Dioscoride. Parfois, des désaccords se faisaient jour. Si Théophraste conseille de cueillir le plantain « avant que le soleil ne le frappe », Dioscoride indique, sans donner davantage d’explications, que le plantain se ramasse après le coucher du soleil, qui plus est en lune descendante et de la main gauche.

Au Moyen-Âge, la réputation du plantain n’a pas été oubliée et n’a pas échappé aux médecins médiévaux. Comme à son habitude, Macer Floridus reste relativement fidèle aux antiques prescriptions concernant le plantain. C’est pourquoi l’on retrouve dans son discours bien des paroles déjà évoquées. Rappelant Pline, il réaffirme la puissance du grand plantain face au plantain lancéolé, mais, dans l’ensemble, il indique pour chacun de ces deux plantains des propriétés et usages similaires : étancher le sang, sécher les plaies suppurantes, dissoudre les tumeurs les plus dures, déterger les ulcères, cicatriser les blessures récentes. Selon Macer, une longue liste d’affections relève du plantain : mangé cuit comme légume pour les flux de ventre, en compagnie de lentilles pour apaiser les douleurs intestinales et la dysenterie, et expulser hors du corps les parasites intestinaux. De plus, brûlure, érysipèle, morsure de chien, ulcération buccale, maux dentaires, douleurs d’oreilles, hémoptysie, fièvre quarte et phtisie entrent dans la ligne de mire de l’arsenal thérapeutique du plantain. On retrouve, en filigrane, le côté très martien, sinon guerrier du plantain, une plante qui fut alors, à l’instar de l’achillée millefeuille, très utilisée par les soldats sur les champs de bataille vues ses qualités hémostatiques. Ce que Macer note de neuf dans son De viribus herbarum réside en trois points : les vertus gynécologiques du plantain aiderait à l’expulsion du placenta. Ensuite, « broyée dans du vinaigre, et appliquée sous la plante des pieds, elle [la plante, ici, le plantain lancéolé] calme la douleur qu’y produit souvent une longue marche » (5). Appliquer une plante qui tire son nom de la plante des pieds sous cette même plante semble relever de la théorie des signatures, n’empêche que, pour en avoir fait l’expérience, ça marche ! Les effets rafraîchissants du vinaigre accompagnés de ceux anti-inflammatoires du plantain y sont bien pour quelque chose. Enfin, notre ami Macer indique le plantain contre les inflammations oculaires, peut être en utilisant une eau de plantain. De cela, nous reparlerons plus loin. En attendant, voyons voir ce que la pharmacopée hildegardienne nous réserve à propos du plantain. Tout d’abord, nous pouvons mentionner qu’Hildegarde distingue deux plantains, celui qu’elle appelle Psillium et l’autre Plantago. Le premier n’est autre que le psulleion des Anciens, c’est-à-dire une plante dont le nom latin actuel est Plantago afra. Le Psillium d’Hildegarde, de nature froide, vient à bout de fortes fièvres et de brûlures d’estomac, la froideur de ce plantain corrigeant ces deux inflammations. Elle l’indique aussi, avec muscade, galanga et glaïeul en cas de… comment dire ? Aujourd’hui, nous dirions « asthénie intellectuelle ». Pour sûr, avec un tel mélange, d’asthénie, il ne devait plus y en avoir ! « Par son équilibre tempéré, il réjouit l’esprit de l’homme quand celui-ci est oppressé ; tant par son froid que pas sa tiédeur, il ramène le cerveau à la santé et lui donne de la vigueur » (6). Quant au Plantago d’Hildegarde, de nature chaude (Arès en filigrane ?) et sèche, il est utilisé contre la goutte, les élancements, les points de côté, les piqûres d’insectes. C’est ce même plantain qu’Hildegarde conseille d’employer avec la mauve pour favoriser la consolidation d’une fracture. Pour cela, Hildegarde propose la recette de « l’onguent d’Hilaire », élaboré à base de persil, de plantain, de basilic et de sysémère mêlés à du saindoux et à de l’huile de laurier. Hildegarde, qui ne devait pas être coutumière de la bombance, pense à notre foie : « Si on a pris diverses nourritures de façon immodérée et que le foie est blessé et endurci, [il faut] couper en petits morceaux de cette herbe [que l’on nomme tussilage] avec deux fois autant de racines de plantain » (7). L’abbesse prend également soin de notre esprit (ou âme ?) lorsqu’elle dit ceci : « Si un homme ou une femme a bu un philtre d’amour maléfique, qu’il prenne du suc de plantain, avec ou sans eau, puis qu’il prenne une autre boisson forte [laquelle ? Elle ne ne dit malheureusement pas], et cela le soulagera : il sera purgé de l’intérieur, et son état sera amélioré » (8).
Contrairement à Hildegarde, Trotula (9), femme médecin et dirigeante de la célèbre école de Salerne, pendant méridional de l’abbesse de Bingen, dans son Traité des maladies des femmes, conforte les vertus emménagogues du plantain en cas de métrorragie et de déplacement de l’utérus.
L’école de Salerne consacrera le plantain à travers un de ses aphorismes dont elle a le secret : « Au crachement de sang, le plantain consacré, par sa vertu styptique [c’est-à-dire puissamment astringente], apaise le feu sacré. »

En toute fin de Moyen-Âge, on parle d’une « eau vulnéraire » ou « eau d’arquebusade ». Elle n’est, ni plus ni moins, qu’une eau de plantain aux vertus rafraîchissantes, dépuratives, adoucissantes et astringentes. A l’époque, cette eau jouissait du même prestige que celle de bleuet pour les ophtalmies et autres inflammations oculaires. Elle intervenait alors en lavement sur les ulcères et autres maladies cutanées, en application locale sur hémorragie bénigne, enfin, par voie interne, sur diarrhée et phtisie (ce que l’on appelle aujourd’hui tuberculose). Bien plus tard, au XIX ème siècle, Roques semble beaucoup apprécier cette eau de plantain pour les affections oculaires.
Le Petit Albert, qu’il est raisonnable de dater du XVII ème siècle, relate le cas d’un soldat polonais ayant guéri l’un de ses camarades blessé par arme blanche avec de l’eau de rose et de l’eau de plantain, un usage qui se perpétuera bien après, puisque lors de la Première Guerre Mondiale, on aura abondamment employé le plantain, ainsi que la bourse-à-pasteur, pour leurs vertus hémostatiques.

D’un point de vue botanique, exposons maintenant les caractéristiques morphologiques des différents plantains parmi les plus connus :

1/ le grand plantain (P. major)
2/ le plantain lancéolé (P. lanceolata)
3/ le plantain pied-de-corbeau (P. coronopus)

Les deux premiers sont vivaces et très abondants, alors que le troisième est généralement une plante bisannuelle localisée. Chacune de ces trois espèces est formée d’une rosette basale de feuilles dont les formes diffèrent selon la plante : en forme de raquette pour le major, en fer de lance pour le lanceolata (d’où son nom), enfin très découpée pour le coronopus.
Bien que qualifié de major, le grand plantain est d’une stature modeste une fois fleuri (10 à 40 cm de hauteur) par rapport au plantain lancéolé, plus effilé et plus grand (jusqu’à 60 cm dans le meilleur des cas). Beaucoup plus petit, le plantain pied-de-corbeau ne dépasse que rarement les 25 cm. Chacun d’eux porte des hampes florales terminées par un épillet de fleurs plus ou moins long, plus ou moins dense. Très petites et peu colorées, les fleurs de nos trois plantains n’attirent pas l’attention, le plus démonstratif étant très certainement le plantain lancéolé.
P. lanceolata et P. coronopus sont de floraison printanière, alors que le major est plutôt estival. En revanche, P. lanceolata et P. major peuvent devenir montagnards, alors que le P. coronopus, de basse altitude, préfère davantage les régions côtières.

Grand plantain (Plantago major)

Grand plantain (Plantago major)

Les plantains en thérapie

Propriétés médicinales

  • Émollient, adoucissant, calmant cutané
  • Expectorant, béchique, antitussif, fluidifiant des sécrétions bronchiques
  • Vulnéraire, astringent, résolutif, cicatrisant
  • Hémostatique, augmente la coagulabilité sanguine
  • Stimulant, tonique
  • Antibactérien léger
  • Anti-inflammatoire
  • Anti-ophtalmique
  • Dépuratif
  • Diurétique
  • Antidiarrhéique (à faibles doses)
  • Laxatif (à hautes doses)

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère respiratoire et ORL : bronchite, bronchite chronique, trachéite, pharyngite, laryngite, asthme, toux, inflammation nasale, adjuvant dans le traitement de la tuberculose
  • Troubles bucco-dentaires : stomatite, gingivite, douleur dentaire
  • Troubles oculaires : inflammation des paupières, conjonctivite, blépharite
  • Hémorragies : hémorroïdes, hémoptysie, crachement de sang, métrorragie
  • Troubles de la sphère urinaire et rénale : néphrite, hématurie
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : diarrhée, dysenterie, constipation, pyrosis
  • Troubles cutanés : acné, acné rosacé, ulcère, ulcère variqueux, plaie, coupure, panaris, dartre, abcès, furoncle, piqûre d’insecte (abeille, guêpe, frelon, moustique) et d’ortie, morsure de vipère
  • Fatigue, asthénie, anémie, retard du développement infantile (le docteur Valnet donne le plantain comparable à l’huile de foie de morue dans ce cas)
  • Jaunisse
  • Métrite, pertes blanches
  • Dépuration de l’organisme en acide urique, en urée et en chlorures

Modes d’emploi

  • Feuilles et racines : pour l’usage externe prioritairement (infusion, décoction, décoction concentrée, cataplasme, emplâtre, lotion, collyre, bain d’yeux, compresse…)
  • Graines : en usage interne

Contre-indications et autres usages

  • On ne connaît ni toxicité ni contre-indication grave à l’usage de nos différents plantains.
  • Comestible, le plantain lancéolé devra être cueilli au printemps pour ses jeunes feuilles qu’il est possible de manger crues, en compagnie d’ail des ours, d’achillée millefeuille, d’ache, de pissenlit, de mauve, de cochléaire, d’ortie, etc. Privilégiez pour chacune de ces plantes les jeunes pousses plus tendres. En mélange, cela peut constituer une bonne salade dépurative de printemps. On peut faire de même avec le plantain pied-de-corbeau ; quant au grand plantain, ses feuilles épaisses et ligneuses ne sont pas toujours très agréables et se prêtent difficilement à une consommation à l’état cru. Plus âgées, les feuilles du plantain lancéolé peuvent se cuire comme légume vert.
  • En synergie avec des feuilles d’eucalyptus, le plantain gagne en pouvoir anti-inflammatoire de nature desséchante. Pour un effet anti-inflammatoire adoucissant, on mêlera au plantain des plantes dites pectorales telles que la mauve, la violette ou le bouillon-blanc.
  • Depuis quelques années, on rencontre un autre plantain, l’ispaghul (P. ovata) provenant d’Inde et qu’on confond avec un plantain européen, le psyllium (P. afra). Très souvent, on désigne par psyllium l’ispaghul, ce qui n’est pas sans poser quelques problèmes d’identification. Pour mieux les distinguer, le plantain d’Inde porte le nom de psyllium blond, alors que le psyllium européen est dit rouge en raison de la couleur de ses graines. Si ce dernier porte le nom de psyllium, c’est grâce à la ressemblance de ses graines avec des puces. Tout naturellement, il porte les noms vernaculaires d’herbe-aux-puces, pulicaire, plantain pucier, etc. Les graines de ces deux plantains sont riches en mucilage, cette substance qui gonfle au contact de l’eau en prenant une texture assez visqueuse. Leur principale vertu est d’être laxatives en cas de constipation rebelle. Elles enrayent aussi les diarrhées en protégeant les muqueuses intestinales. Enfin, l’ispaghul est de plus en plus détourné de son usage premier puisqu’il sert de coupe-faim dans le cadre de régimes amincissants.

  1. Plantago, du latin planta, la plante des pieds, et ago, suffixe exprimant la ressemblance ; cela fait directement référence au Plantago major.
  2. Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 276
  3. Guy Ducourthial, Flore magique et astrologique de l’Antiquité, p. 335
  4. Cyathe : il s’agit d’un petit gobelet servant de mesure pour le vin et l’eau et représentant un douzième de septier (ou chopine), c’est-à-dire à peine 4 cl.
  5. Macer Floridus, De viribus herbarum, p. 87
  6. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 34
  7. Ibid., p. 34
  8. Ibid., p. 64
  9. Trotula, ayant vécu peu de temps avant Hildegarde, a laissé quelques écrits qui ne sont malheureusement pas disponibles en français à l’heure actuelle.

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Plantain pied-de-corbeau (Plantago coronopus)

Plantain pied-de-corbeau (Plantago coronopus)

La mauve, douceur des bords de chemin

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Sur les origines de la mauve, deux thèses majeures s’opposent dans la littérature. Si certains affirment qu’elle tire son nom de la couleur de ses fleurs, il est également dit que son nom latin, malva, proviendrait d’un mot grec désignant la plante, malakaï, de malakos qui veut dire « mou ». A première vue, on serait tenté d’accorder davantage de crédit à la première proposition. Mais nous verrons que ces deux suggestions, loin de se contredire, se complètent, à la condition d’expliquer en quoi la mauve est quelque chose de mou.
Durant l’Antiquité gréco-romaine, bien des personnalités évoquent la mauve, sans pour autant être tous médecins. Cela exprime le fait que cette plante débordait alors largement du strict cadre médicinal. C’est sans doute Hésiode, au VIII ème siècle avant J.-C. qui nous livre les premières informations concernant la mauve. Ce poète grec raillait « les sots qui ne savent pas quelle richesse se trouve dans la mauve et l’asphodèle », deux espèces végétales considérées comme plantes alimentaires des origines (1). Également abordées par Homère, ces plantes surent conserver une dimension mythique. Deux siècles plus tard, on rencontre la mauve comme plante symbolique chère à Pythagore. « Les Pythagoriciens en faisaient une plante symbolique et quasi sacrée, en raison, paraît-il, de l’orientation de ses fleurs vers le soleil » (2). Globalement, Grecs et Romains observèrent l’aptitude de la mauve à l’héliotropisme. Bien plus, les adeptes de Pythagore disaient cette plante « propre à modérer les passions et à procurer la liberté de l’esprit » (3), à élever l’âme, à s’affranchir des contingences terrestres, quand bien même les pythagoriciens constatèrent que la mauve apportait aussi la paix et la liberté du ventre ! Ce en quoi Hippocrate se fera le relais, puisque ce médecin recommandait cette plante en cas de digestions difficiles. Dès lors, nombreux seront les auteurs à s’attacher aux propriétés thérapeutiques de cette plante qui non seulement était un médicament mais aussi un légume que l’on cultivait en Grèce et en Italie. Appréciée des Romains en raison du fait qu’elle leur permettait de tempérer leurs orgies, il était d’usage de se purger copieusement à l’aide d’un ragoût de mauve et de bettes. C’est, du moins, à cela que se livrait Cicéron. Le poète Martial conseilla « un mélange de laitue et de mauve à l’un de ses contemporains, dont le visage attristé traduisait une irréductible constipation » (4). Il en usait lui-même, tout comme Cicéron, pour assurer les lendemains de bombance. Quant à Horace, autre poète latin, il prétendait se nourrir uniquement d’olives, de chicorée et de mauve.
Au III ème siècle avant J.-C., Diphilos de Siphnos considère la mauve comme « lubrifiant de la trachée-artère et dissipatrice des âcretés superficielles ». En plus d’être bonne pour le ventre, elle agit aussi sur les poumons, ainsi que sur la sphère rénale et urinaire. Nous verrons plus loin dans quelle mesure les paroles de Diphilos, un auteur qu’on connaît peu, sont pleines de justesse. Dioscoride, qui la nommait malachê, mélangeait de la mauve à de l’huile, afin de soulager les piqûres d’abeille et de guêpe. Bien plus, des feuilles de mauve pilées dans du vin et additionnées de graines de lin finement broyées formaient un cataplasme pour les tumeurs cutanées et les inflammations dans les parties voisines. C’est à cette occasion que l’on peut revenir enfin sur le caractère « mou » de la mauve. Malakôs, le mot grec qui signifie mou, provient du verbe malassô signifiant ramollir. Aujourd’hui, on ne parle pas de plante ramollissante, mais de plante émolliente, c’est-à-dire d’une plante ayant pour propriétés d’amollir et de détendre les tissus. Ces propriétés, que possède la mauve, proviennent de la présence de mucilage, une substance qui, au contact de l’eau, gonfle et prend un aspect visqueux. Ce qui est intéressant dans la recette relatée plus haut, c’est que les graines de lin contiennent aussi du mucilage. On a donc affaire à une recette qui recherche l’amollissement des tissus tumoraux, ce qui procure, indirectement, un effet anti-inflammatoire.
Pline vante la décoction de mauve dans du lait pour guérir la toux, mais avance qu’elle aurait le pouvoir de nuire à la chasteté ! Plus exactement, il affirme que la graine de mauve serait dotée d’une grande puissance aphrodisiaque. Qu’elle agisse sur les affections de la matrice ou des seins par sa racine qu’il fallait prendre soin de lier dans de la laine noire, ne dit pas nécessairement que la mauve est aphrodisiaque, bien que, il est vrai, il lui arrivait d’entrer dans la composition d’onguents d’amour. Pline, reprenant Xénocrate, ira même jusqu’à affirmer « que les mauves naissent tellement pour l’amour qu’un saupoudrage avec la graine pour le traitement des maladies des femmes accroît infiniment leurs désirs ». S’il est difficile de confirmer que la mauve est aphrodisiaque, il n’en reste pas moins vrai que « plusieurs plantes passaient pour agir sur les accouchements, comme les feuilles de mauve qui, placées sous les parturientes, facilitaient les accouchements » (5).

Au Moyen-Âge, on retrouve la mauve en bonne place au sein du Capitulaire de Villis, cette fameuse ordonnance carolingienne qui édicte un certain nombre de règles à observer en matière d’espèces végétales. La mauve y est présentée autant comme médicament que légume.
Fidèle aux paroles de l’Antiquité, Macer Floridus s’inspire largement de Dioscoride et de Sextus Niger, un médecin romain du Ier siècle avant J.-C. Macer met en garde contre l’emploi des feuilles crues, mauvaises pour l’estomac. Cependant, cuites, elles sont très efficaces contre les affections internes, telles que celles de la vessie. Mais, surtout, Macer indique une kyrielle d’indications externes : la mauve intervient sur les douleurs dentaires, comme cicatrisante sur les blessures et les brûlures, comme remède pour réparer les fractures. Il conseille aussi l’usage de la mauve pour des problèmes propres à son époque, le XI ème siècle. Des feuilles de mauve pilées et mélangées à du sel s’appliquaient sur les égilops, de petits ulcères cailleux se formant à l’angle interne des paupières. Une décoction de mauve dans de l’urine venait à bout de la teigne. Enfin, une décoction de mauve, dans l’huile cette fois, intervenait en cas de feu sacré (ou mal des ardents, feu de saint Antoine), une maladie enclavée aux X ème et XI ème siècles surtout, mais qui ressurgira beaucoup plus tard au cours de l’histoire. Aujourd’hui, elle porte le nom d’ergotisme. Cette affection est provoquée par l’ergot de seigle, une moisissure contenant plusieurs alcaloïdes toxiques. Une fois le seigle récolté, la moisissure se retrouve dans la farine. On ingérait, par l’alimentation, un dangereux poison. Longtemps resté indétectable dans ses causes, le feu sacré provoque une compression des petits vaisseaux sanguins, ce qui entraîne une perturbation de la circulation et, par voie de fait, une gangrène terminale, accompagnée de démangeaisons, de sensation de brûlure et de nécrose. Il va de soi que la mauve ne guérit pas l’ergotisme, pour lequel il n’existe aucun antidote. Cependant, les propriétés émollientes, anti-inflammatoires et rafraîchissantes de la mauve permettaient-elles sans doute de soulager quelque peu les malades.
Au Moyen-Âge, il existe toujours cette controverse sur les prétendus pouvoirs de la mauve sur la sphère génitale féminine. Si elle est toujours employée dans les affections de la matrice, Macer indique que la racine de mauve broyée et mêlée à de la graisse d’oie constitue un redoutable pessaire abortif, tandis qu’Albert le Grand voit dans la mauve le plus sûr moyen de savoir si une jeune fille est encore vierge.
Hildegarde distingue deux mauves dans son Physica : elle appelle Babela la première et Ybischa la seconde, qui semble désigner non pas la mauve mais la guimauve, comme les anciens noms de cette plante en attestent : ybesche, ybischea, ywesche, etc.
La grande mauve d’Hildegarde, Babela donc, n’est pas recommandée à l’état cru, car selon l’abbesse, elle contiendrait des « humeurs épaisses ». Elle fait donc écho aux paroles de Macer Floridus et lui préfère la mauve cuite. De cette manière elle facilite la digestion. Si elle la dit modérément bonne pour le malade, elle serait à éviter chez le bien-portant car elle contiendrait « une sorte de poison ». Dans son exposé, Hildegarde privilégie davantage les usages externes : de la mauve et de la sauge broyées ensemble et mélangées à de l’huile d’olive en cataplasme pour les maux de tête et les fièvres ; la feuille de mauve additionnée de racines de plantain appliquée sur les fractures afin d’aider leur consolidation ; enfin, recueillir la rosée se trouvant sur des feuilles de mauve, au matin, lorsque le ciel est clair, pur et doux, avait le don d’éclaircir la vue.

Donnons maintenant la parole à l’école de Salerne, en Campanie italienne :

« La mauve, émollient fourni par la Nature,
Des intestins aide la fonction.
Moyennant sa décoction,
D’un pauvre constipé, la délivrance est sûre.
De ses racines la raclure
Au ventre rend la liberté,
Sert au beau sexe, et lui procure
Le retour de ses fleurs, d’où dépend sa santé. »

Émolliente, la mauve porte son action sur la sphère digestive par le biais de ses propriétés laxatives. Les deux derniers vers s’appliquent aux femmes pour lesquelles la mauve joue le rôle de tonique utérin et d’emménagogue, les « fleurs » désignant ici les règles.
Dans d’autres manuscrits médiévaux, comme les réceptuaires par exemple, on trouve d’autres indications concernant la mauve : somnolence, rétention d’urine, maladies rénales, œdème pulmonaire, hémorragies, anthrax, etc.

Au tout début de la Renaissance, Matthiole nous dit que bien que la mauve ne soit plus consommée comme légume en Italie, elle y est devenue une panacée médicinale. Voici ce qu’il écrit au sujet de cette plante : « La racine sèche macérée un jour dans l’eau, puis enveloppée tout humide de papier et cuite sous la cendre chaude, puis de nouveau desséchée, constitue un excellent dentifrice, qui détruit même le tartre dentaire. La décoction des feuilles et des racines en gargarisme calme les maux de gorge […] Les feuilles écrasées avec celles du saule fournissent un excellent emplâtre sur les blessures et toutes les inflammations […] Comme laxatif, on consomme les jeunes pousses pelées et cuites assaisonnées à l’huile et au vinaigre » (6).

Il est bien évident que la quasi totalité des pouvoirs de la mauve n’aura pas échappée à la médecine populaire des campagnes ni à celle des empiriques. L’infusion de mauve soignait les brûlures alors que sa décoction permettait d’apaiser les irritations cutanées et de laver les plaies et les ulcères. Bien connue pour ses vertus digestives, elle soignait diarrhée et constipation, aussi bien chez les êtres humaines que chez les jeunes animaux (veaux, porcelets, poulains). Indigestion, ballonnements, flatulences, tout cela était du ressort de la mauve. Les troubles respiratoires ne sont pas oubliés : cela n’est pas un hasard si la mauve fait partie de la « tisane des sept fleurs », infusion pectorale, en compagnie du bouillon-blanc, de la violette, du coquelicot, de la guimauve, du tussilage et du pied-de-chat. Adoucissante et émolliente, cette tisane était réservée pour la toux, les irritations bronchiques, etc.
Enfin, tout comme cela fut le cas lors de l’Antiquité et du Moyen-Âge, on retrouve la mauve dans les affections génitales, mais spécifiques aux animaux : de la décoction en lavement pour les infections après délivrance à la fumigation de mauve contre les mammites, il était courant de présenter, après la mise-bas des animaux, de la nourriture et des boissons réservées spécialement à leur intention. Ainsi, en Alsace, par exemple, une soupe de mauve et de graines de lin était-elle offerte aux génitrices (étonnant comme les pratiques traversent les siècles !)

Dans la nature, il est difficile de ne pas reconnaître la mauve, plante bisannuelle qui peut devenir pérenne. Selon si elle présente un port semi-rampant ou ascendant, elle mesure entre 40 et 120 cm de hauteur. Ses feuilles arrondies, lobées par cinq et crénelées, ressemblent assez à celles de la vigne. La floraison – ayant lieu de juin à août, mais pouvant s’étendre selon les régions jusqu’au mois de novembre – orne la plante de très grandes fleurs mauves à rose vif, aux cinq pétales profondément échancrés et finement veinés de violet, très recherchées par les abeilles. Chaque fleur donne naissance à un fruit semi-globuleux formé de capselles (que l’on rencontre aussi chez la guimauve, la rose trémière, etc.) qui se séparent à maturité. Cette plante affectionne tout particulièrement les sols secs et azotés, jusqu’à 1500 m d’altitude : lisières de forêts, décombres, bordures de chemins, haies, etc.

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La mauve en thérapie

Si dans le commerce de l’herboristerie on trouve plus souvent les fleurs de mauve à la vente, les usages des apothicaireries d’antan privilégiaient tant les fleurs que les feuilles de la mauve officinale. La mauve entretient avec la bourrache plus d’un rapport : tannin, saponine, vitamine C, sels minéraux sont là leurs points communs, auxquels il est bon d’y adjoindre les nombreux mucilages que la mauve contient à l’instar de la bourrache.
Enfin, vitamines B1 et B2, provitamine A, flavonoïdes et anthocyanosides (déjà abordés lors de l’étude de la myrtille) complètent le cortège des éléments actifs propres à la mauve.

Propriétés thérapeutiques

  • Émolliente, adoucissante, calmante, anti-inflammatoire, mucolytique, antitussive, pectorale, expectorante, antispasmodique, diurétique, laxative

En gros, on peut dire de la mauve qu’elle porte son action sur un ensemble de troubles inflammatoires externes comme internes qui affectent principalement les muqueuses (stomacales, intestinales, pulmonaires, buccales…). On peut dire qu’elle joue le rôle de « lubrifiant ».
Les anthocyanosides qu’on trouve plus particulièrement dans les fleurs sont anti-oxydants, protecteurs des membranes cellulaires et anti-agrégeants plaquettaires.

Usages thérapeutiques

  • Trouble du système digestif : irritations et inflammations des voies digestives ; gastro-entérite, entérocolite, constipation chronique, atonique, spasmodique (chez l’enfant et la personne âgée), colique
  • Troubles de la sphère pulmonaire et ORL : inflammation des voies respiratoires, bronchite, bronchite aiguë, toux, toux sèche, pharyngite, maux de gorge, enrouement, asthme, rhume, angine, amygdalite, crachement de sang
  • Inflammations et irritations des voies rénales et urinaires, goutte
  • Troubles cutanés : furoncle, abcès, tumeur et ulcère enflammés, plaie infectée et douloureuse, eczéma, piqûre d’insecte
  • Troubles bucco-dentaires : stomatite, glossite, aphte, gingivite
  • Troubles oculaires : inflammation des paupières, conjonctivite
  • Troubles circulatoires : couperose, hémorroïdes
  • Adjuvant dans les maladies infectieuses telles que rougeole, grippe, variole, scarlatine
  • Vaginite

Modes d’emploi

L’infusion de fleurs ainsi que sa décoction, sans compter la décoction concentrée de feuilles s’utilisent en lavement, lotion et collyre. Bain de bouche, gargarisme et cataplasme sont également possibles avec la mauve, sans oublier la classique teinture-mère.

Remarques

  • Récolte : les feuilles se ramassent avant floraison et les fleurs au mois de juin, voire début juillet.
  • Cuisine : depuis très longtemps utilisée (des graines découvertes dans certaines stations préhistoriques remontant à la dernière période glaciaire semblent en attester), la mauve propose feuilles et fleurs en cuisine. Toutes jeunes, les pousses se consomment crues en salade ou bien cuites en soupe avec d’autres plantes sauvages (plantain, chénopode, amarante, ortie…). Les fleurs et boutons floraux trouvent une place de choix sur une salade, un taboulé, etc. en compagnie, pourquoi pas, de quelques pétales de souci tout aussi comestibles.
  • Élixir floral : si on ne trouve pas la mauve parmi les 38 fleurs du docteur Bach, d’autres ont imité sa méthode pour concevoir un élixir à base de fleurs de mauve. Inspirons-nous de ce qu’en dit Guy Fuinel pour mieux comprendre les messages de cet élixir : « La mauve ne tolère pas la colère, elle calme les nerveux, les excités tous azimuts. Elle est tempérance aussi bien pour le corps que pour l’esprit (7). Plante au caractère féminin très marqué, « la mauve propose détente et ressourcement à la femme. Elle lui conseille l’amour sans élans excessifs, sans émotions destructrices » (8). Enfin, l’on peut dire de cet élixir qu’il est aussi destiné aux personnes pour lesquelles le fait de vieillir est vécu comme une véritable crainte qui, si elle n’est pas endiguée, accélère d’autant le vieillissement en suscitant d’importantes tensions internes.

  1.  « Selon Plutarque, on présentait au sanctuaire d’Apollon, à Délos, la mauve et l’asphodèle, comme souvenirs et comme spécimens de la nourriture primitive, parmi d’autres produits simples et naturels », Guy Ducourthial, Flore magique et astrologique de l’Antiquité, p. 318
  2. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 614
  3. Ibid.
  4. Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 15
  5. Guy Ducourthial, Flore magique et astrologique de l’Antiquité, p. 213
  6. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 614
  7. Guy Fuinel, L’amour et les plantes, p. 29
  8. Ibid.

© Books of Dante – 2015

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La bourrache, plante du courage et de la joie

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La borrago, telle qu’on la nomme en latin, aura fait « suer » plus d’un auteur, du moins en ce qui concerne ses origines étymologiques. Cette plante, qui aura donné son nom à la famille des Borraginacées (myosotis, consoude, pulmonaire, vipérine, buglosse, héliotrope…) – toutes plantes aux fleurs tournées la tête en bas, hormis l’héliotrope qui les dirige vers le soleil comme l’indique son nom… Mais je m’égare. Je vous l’ai dit, la bourrache va nous faire « suer » ! ^^
Je voudrais dire : « Bref ! », mais il est impossible de l’être avec cette plante. Plusieurs explications étymologiques ont été avancées. Les auteurs qui pensaient qu’elle était originaire du Levant, c’est-à-dire du Proche-Orient (Jordanie, Israël, Syrie), ont tout naturellement indiqué qu’elle aurait été ramenée par les Croisés. Si son origine est syrienne, on peut retrouver sa racine arabe, abu rash, abou rach, voire même abou er-rach, un ensemble de termes dont Fournier indique qu’ils ne sont que de plaisants jeux de mots. Au Moyen-Âge, on l’appelle burra, du bas latin qui voudrait dire « étoffe grossière à longs poils ». Dès lors, on a pensé qu’il y avait nécessairement un rapport avec la burra médiévale et la bure, ce tissu de laine, effectivement grossier. Si, définitivement, l’on ne sait pas si burra est la bourrache, la bure aura, par la suite, donné lieu au terme « bureau ».
Si notre borrago est de bure, c’est qu’on rapproche l’aspect rêche et bourru de la plante avec le tissu monacal. Cependant, notre abou rash nous explique bien des choses. Littéralement, cela veut dire : « Père de la sueur ». Quand on sait les propriétés sudorifiques et diaphorétiques de la bourrache, je pense, contrairement à Fournier, qu’il ne peut s’agir d’un aimable jeu de mots. Surtout parce que ce même Fournier qualifie la bourrache de sudorifique, c’est-à-dire propre à provoquer la sueur.

Si, comme on le dit, la bourrache était originaire du Proche-Orient, les Grecs de l’Antiquité en auraient eu vent, un jour ou l’autre. Là encore, nous nageons en eaux troubles. D’une part il est dit que la bourrache était inconnue des Anciens, d’autre part on certifie qu’en Grèce antique on employait ses fleurs pour parfumer vins et salades. L’on dit même que la bourrache portait chez les Grecs le nom d’euphrosinon (1), en relation avec ses qualités euphorisantes, un truc repris par Pline, assurant que la bourrache « rendait l’homme joyeux et heureux ».
Parce que la bourrache est très abondante en Espagne et en Afrique du nord, l’on a vu là sa porte d’entrée sur l’Europe. L’on sait que lors de l’occupation de l’Espagne par les Arabes, la culture de la bourrache se développe au Moyen-Âge. A partir de là, elle se serait naturalisée, parce que cultivée ou subspontanée, à une grande partie de l’Europe (au XIII ème siècle, on note sa présence au Danemark). Nous sommes au Moyen-Âge. Ici, ça n’est qu’un légume, là une plante médicinale. Au XI ème siècle, Macer Floridus affirme, bien que je n’en ai trouvé aucune trace dans son De viribus herbarum, que la décoction de bourrache répandue dans une salle à manger égaie les convives. A peu près à la même période, la célèbre école de médecine de Salerne, peu avare en aphorismes, nous raconte ceci à propos de la bourrache :

« Cardiaco auffert borrago gaudia confert.
Dicit Borrago : gaudia semper ago. »

« Le jus de la bourrache excite aussi à la joie.
Pour les maux d’estomac, les palpitations,
Maux de cœur, altération,
Fort utilement on l’emploie. »

Ce à quoi Leclerc répondit bien des siècles plus tard que l’école de Salerne n’avait commis là qu’un « indigent calembour ». Sauf que, à l’époque de Leclerc, soit au début du XX ème siècle, on se soucie davantage de la plante entière que de sa graine, mieux de l’huile qu’elle contient. Un peu plus loin dans cet article, on se rendra compte à quel point le docteur Leclerc – qui était très loin d’être un imbécile – a pris un peu à la légère les sages paroles de l’école de Salerne. Pourtant, des manuscrits médiévaux, comme le Livre des simples médecines, relatent l’action de la bourrache sur la sphère cardiovasculaire, Albert le Grand la dit « génératrice de bon sang ». Malgré tout cela, par ailleurs, on continue à considérer la bourrache comme une plante potagère, c’est-à-dire propre à n’entrer que dans les potages (vous me direz, cela n’est déjà pas si mal), comme le confirmera plus tard Olivier de Serres. Qu’à cela ne tienne, le grand Matthiole qui, semble-t-il, la connaissait très bien, en rajoute une couche, n’en déplaise à Leclerc : « Toute la plante, et particulièrement les fleurs en décoction dans de l’eau ou du vin, se montre efficace dans les défaillances et les faiblesses du cœur, dans les états mélancoliques, dans les délires des fébricitants [ndr : synonyme ancien de fiévreux], l’usage interne et externe de l’eau distillée des fleurs calme les inflammations oculaires. » Qui dit « Anciens », ne dit pas forcément « désuet ». Bien des clés anciennes sont parvenues jusqu’à nous en jouant à saute-mouton avec les siècles. Mais quoi ! Hildegarde s’est bien fourvoyée sur le millepertuis, alors pourquoi pas Leclerc avec la bourrache ?
Puisque nous parlons des Anciens, exposons encore les dires de quelques-uns qui vont venir étayer le profil thérapeutique de la bourrache. Dans le Grand Albert, on relate une recette de sirop à base de suc de bourrache, de racine de gentiane et de miel : « Ce secret a été donné par un pauvre paysan de Calabre à celui qui fut nommé par Charles V pour général de cette belle armée navale qu’il envoya en Barbarie. Le bonhomme était âgé de 132 ans à ce qu’il assura à ce général » (qui pourrait bien être Jean de Vienne…). A la fin du XVI ème siècle, Jean Bauhin préconise la bourrache dans les fièvres et pour purifier le sang. Contrairement à Olivier de Serres, Gabriel Alonso de Herrera, qui était lui aussi agronome, aura repéré quelques caractéristiques propres à la bourrache. Quand il dit que lorsqu’on « en boit la graine dans le vin, elle réjouit beaucoup le cœur », il fait écho à certaines choses que nous avons relatées plus haut. C’est, ni plus ni moins, ce que relaiera Jean-Baptiste Porta, « ayant pu constater que cette plante […] était censée éloigner la tristesse » (2).

Avoir du cœur à l’ouvrage, c’est sans doute là le message de la bourrache. Tout d’abord, son aspect hispide, par sa rude apparence et ses innombrables piquants, en ont fait la plante du courage, de l’audace et de la protection. Un dicton anglais dit que « borage brings courage » alors qu’un proverbe déclare que « a garden without borage is like a heart without courage ». Paul Ferris nous raconte qu’à « chaque fois qu’un paysan devait affronter les éléments déchaînés ou simplement la colère de sa femme, il accrochait un petit bouquet de fleurs bleues à sa boutonnière » (3), d’une manière, certes moins héroïque, que la fleur de bourrache qui servit de modèle comme trophée remis au vainqueur des tournois à cheval au Moyen-Âge !
Au jardin, bien qu’elle « endure la négligence du jardinier », comme nous le rapporte Olivier de Serres, quand elle s’implante dans un lieu, elle ne le quitte plus. Elle prend tant et si bien position, qu’elle confère protection aux autres espèces du potager.

La bourrache est une plante annuelle, parfois bisannuelle, d’apparence trapue et robuste. Elle mesure généralement entre 20 et 70 cm, mais les sujets les mieux exposés peuvent atteindre un mètre. Elle possède d’épaisses feuilles arrondies et couvertes de poils. Ces poils, que l’on retrouve également sur la tige, peuvent être parfois piquants. Enfin, les fleurs, comptant cinq pétales d’un bleu céleste (plus rarement bleu violacé, roses ou blancs) et cinq étamines, s’organisent en cymes lâches et ployées.
Très mellifère par les airs, la bourrache fait le régal des butineuses entre mai et septembre. Par voie de terre, la bourrache, myrmécophile comme la violette, assure la propagation de ses graines par les fourmis qui sont très friandes de leur huile.
Bien qu’assez fréquente, la bourrache ne s’aventure jamais très loin du voisinage de l’homme. On la trouve au bord des chemins, dans les décombres, les terrains vagues, les talus, les jardins abandonnés et très souvent à proximité des cultures. Hormis ce caractère compagnon de l’homme, la bourrache requière des sols bien drainés et ensoleillés (elle craint l’excès d’humidité) dont l’altitude n’excédera pas 1800 m.
Autrefois, elle était cultivée en grand en Île-de-France et en Picardie. Aujourd’hui, elle est endémique du pourtour méditerranéen, de l’Europe et de l’Amérique du nord.

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La bourrache en thérapie

Si les Anciens se sont attachés aux différentes parties de la plante (les fleurs, les feuilles, les tiges ; plus rarement les racines), les graines et l’huile qu’elles contiennent ont été durablement négligées. Nous accorderons autant d’intérêt aux premières qu’aux dernières, en distinguant bien ce que la bourrache apporte en phytothérapie d’une part, en aromathérapie d’une autre.

La plante entière fleurie est un patchwork de substances très diverses et de riches propriétés médicinales. On y trouve du tanin, des résines, un peu d’huile essentielle, de la vitamine C (20 mg aux 100 g de feuilles fraîches), mais la bourrache n’est clairement pas le meilleur moyen d’absorber la vitamine C (4), une saponine, une grande proportion de mucilages (30 %), du nitrate de potassium (autrement dit, du salpêtre, caractéristique propre aux plantes de la famille des Borraginacées), de l’allantoïne, enfin, des alcaloïdes pyrrolizidiniques.

Les petites graines noires que la bourrache produit par centaines, contiennent beaucoup d’huile (60 %), mais l’expression mécanique à froid ne permet pas d’en extraire plus de 30 à 40 %. Dans cette huile végétale, on trouve environ 15 % d’acides gras saturés et près de 80 % d’acides gras insaturés, parmi lesquels, fait rarissime, entre 20 et 30 % d’acide gamma-linolénique (un oméga 6), 18 % d’oméga 9, de nombreuses vitamines (A, E, D, K), etc.

Attardons-nous un peu sur cet acide gamma-linoléique (AGL) que d’aucuns n’hésitent pas à qualifier de molécule de jouvence. Un organisme jeune fabrique en quantité satisfaisante de l’acide linoléique, qu’une mutation enzymatique via l’enzyme deltat6-désaturase, transforme en acide gamma-linoléique. Ainsi, jusqu’à l’âge d’environ 30 ans, l’on n’a guère besoin de se soucier de tout cela. Or, lorsque nous avançons en âge, il est de plus en plus difficile pour cette enzyme de jouer efficacement son rôle, car sa production par l’organisme chute drastiquement (ce qui est une baisse normale, en comparaison d’une sous-production de delta6-désaturase causée accidentellement : stress important, traumatisme, maladie…). La solution consiste en un apport extérieur passé un certain âge. On considère qu’une demi à une cuillère à café d’huile végétale de bourrache couvre les besoins quotidiens en acide gamma-linoléique. Dans un premier temps, on a découvert cet AGL dans l’huile végétale d’onagre (Œnothera biennis) qui en contient 8 à 10 %, soit deux à trois fois moins que celle de bourrache. Ainsi, une prise quotidienne permet de se passer de l’absence de delta6-désaturase.
Arrivé là, je n’ai toujours pas indiqué pourquoi il était important d’assurer cet apport extérieur. L’AGL facilite le renouvellement des cellules, tout en leur assurant une meilleure élasticité. On comprend donc qu’une carence en AGL aura nécessairement une incidence, à plus ou moins long terme, sur l’épiderme.

L’huile végétale de bourrache, de saveur douce et agréable, est liquide et assez peu grasse au toucher. De couleur jaune pâle à jaune d’or, elle se conserve difficilement au-delà de deux mois. Il est donc nécessaire de l’acheter en petite quantité (c’est souvent le cas, vu son prix), de la protéger de l’oxydation, de la chaleur et de la lumière, ses principaux ennemis.

Sur ce, après cet intermède nécessaire, passons maintenant aux propriétés et usages thérapeutiques de la bourrache.

En phytothérapie

Propriétés

  • Émolliente, adoucissante, rafraîchissante, diurétique (élimination des chlorures), dépurative, sudorifique, calmante, diaphorétique, antitussive

En gros, l’on peut dire de la bourrache qu’elle est utile lorsqu’il s’agit de stimuler les fonctions bronchiques, rénales et cutanées.

Usages

  • Troubles de la sphère respiratoire : rhume, toux, bronchite, pneumonie, refroidissement, autres irritations et inflammations des voies respiratoires
  • Troubles de la sphère urinaire et rénale : rétention d’urine, congestion rénale, néphrite, néphrite aiguë, colique néphrétique, oligurie, accès de goutte
  • Congestion hépatique
  • Élimination des toxines après fièvres éruptives (varicelle, scarlatine, rougeole)
  • Troubles de la sphère intestinale : constipation, entérocolite
  • Troubles cutanés : éruptions cutanées, dartre, scrofule, herpès, abcès, brûlure, tumeur enflammée

Modes d’emploi

Le mode d’emploi à privilégier reste encore la teinture-mère de bourrache, conçue à base de plante fraîche. L’infusion et la décoction, évidemment possibles, sont quasiment inactives lorsque la plante est sèche. De plus, que la bourrache soit sèche ou fraîche, demeure le problème des poils, ce qui fait qu’infusion et décoction doivent être filtrées. Mais si d’aventure vous souhaitez utiliser de la bourrache fraîche, il faut aussi compter sur le fait qu’en cet état elle n’est pas disponible durant toute l’année, ce qui en limite forcément l’usage.

En aromathérapie

Huile végétale de la beauté et de l’équilibre hormonal, la bourrache est bourrée de vertus !

Propriétés

  • Régénérante, hydratante (elle protège les cellules du derme de la déshydratation intracellulaire), calmante
  • Régulatrice du système cardiovasculaire (protectrice veineuse et cardiaque), antithrombotique, hypotensive, régulatrice des taux de cholestérol et de triglycérides sanguins, réductrice du risque d’agrégation plaquettaire
  • Protectrice hépatique
  • Harmonisante du système hormonal
  • Harmonisante du système nerveux
  • Immunostimulante

Usages

  • Troubles cutanés : peau sèche à très sèche, ridée, mature, grasse, ultrasensible aux phénomènes inflammatoires et allergiques, atopique ; rougeurs, acné, eczéma, psoriasis, vergetures
  • Cheveux et ongles cassants, fragiles, ternes
  • Troubles hormonaux prémenstruels : seins douloureux, ballonnements, constipation, irritabilité, anxiété
  • Troubles de la ménopause : signes dépressifs, maux de tête, vertiges, fatigue
  • Troubles locomoteurs : rhumatismes, arthrite, polyarthrite rhumatoïde
  • Troubles hépatiques : régénération des cellules du foie (en cas de cirrhose)
  • Athérosclérose
  • Diabète
  • Stress, mélancolie, nervosité

Modes d’emploi

L’huile végétale de bourrache est disponible dans le commerce dans au moins deux conditionnements : en flacon pompe et en gélules souples.

  • En cure : durant trois semaines, renouvelable trois à quatre fois l’an.
  • En assaisonnement quotidien (mais jamais en cuisson, ni sur préparation chaude).
  • En massage : cette huile passe très bien la barrière cutanée ; il est possible de la mélanger avec de l’huile végétale de sésame ou de la cire liquide de jojoba qui jouent alors le rôle de stabilisateur (cela minimise l’oxydation de l’huile végétale de bourrache).
  • Troubles prémenstruels : durant la première partie du cycle (du premier au quatorzième jour).

Contre-indications et autres usages

  • Les alcaloïdes pyrrolizidiniques contenus dans la plante, bien qu’en faible quantité, peuvent présenter une toxicité relative. On veillera donc à faire de la bourrache une consommation mesurée et raisonnable, que ce soit en phytothérapie comme en cuisine, dont voici quelques exemples d’utilisation.
  • Les feuilles sont comestibles en soupe, potage, légume d’accompagnement parfois. Elles évoquent légèrement le goût du concombre et du cornichon. Elles se cuisinent souvent à la façon des épinards. Les feuilles plus jeunes peuvent être mangées crues à condition de les hacher finement. En compagnie de cresson et de pissenlit, en salade, par exemple. Ou alors avec de l’aneth et de l’oignon. Quant aux fleurs, on peut leur trouver une petite saveur d’huître. Elles décorent agréablement une salade de leur beau bleu azur. Mais elles sont également comestibles : salades composées, cristallisées comme les fleurs de violette, etc. Elles entrent, avec les feuilles, dans la composition de vinaigres et de vins auxquels elles donnent une saveur rafraîchissante.
  • Élixir floral : il permet un ajustement entre le manque de courage et son excès. Très utile en cas de tristesse et de mélancolie, quand on a le cœur gros.

  1. S’il existe, dans la mythologie grecque, une figure du nom d’Euphrosyne, je n’ai trouvé aucune plante s’y rapportant. Euphrosyne est l’une des trois Charites, fille de Zeus et d’Eurynomé. Elle représente la joie poussée à son sommet, l’acclamation, la bonne chère, le courage, la confiance, l’allégresse, la jubilation, l’hilarité, le plaisir, la gaieté et la joie de vivre. Par ailleurs, au Mexique, il existe des plantes répondant au nom d’euphrosyne mais elles n’ont strictement aucun rapport avec la bourrache.
  2. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, p. 47
  3. Paul Ferris, Le guide des fleurs de Bach, p. 152
  4. En effet, la vitamine C étant très fragile, une fois la bourrache récoltée, il faut la consommer à l’état frais immédiatement.

© Books of Dante – 2015 / Crédit photos : © Pescalune Photography

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