L’hellébore noir ou rose de Noël

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Tout d’abord, permettons-nous de dire que le mot « hellébore » (ou ellébore) doit être considéré avec circonspection, car il a été associé à bien des plantes qui ne sont pas du tout des hellébores (par exemple, le vératre blanc, que l’on appelait il n’y a pas si longtemps encore hellébore blanc). Par ailleurs, les hellébores sont nombreux. En plus du noir, il existe l’hellébore fétide, l’hellébore vert, etc.
Dans ce qui va suivre, il ne nous a pas toujours été évident d’identifier avec certitude de quel hellébore l’on parlait dans les différentes sources que nous avons consultées pour élaborer cet article qui, de toute façon, ne vise pas l’exacte précision, l’hellébore cultivant suffisamment le mystère pour ne pas se laisser décrire avec toute l’aisance que l’on souhaiterait apporter. Aussi, à chaque fois que nous emploierons le mot « hellébore », il est permis de ne pas exactement imaginer qu’il s’agit en premier chef de celui qui donne un titre à cet article.

Avant de devenir la rose de Noël qui déploie ses fleurs de nacre chez tous les fleuristes à la veille des fêtes de fin d’année, l’hellébore a parcouru un long chemin dont le but n’avait strictement rien de purement ornemental. Nous verrons qu’il a occupé bien des statuts fort éloignés de celui qu’on lui alloue désormais. Cela est d’autant plus vrai que la célèbre rose de Noël n’existe pas dans la nature, elle n’est qu’un cultivar destiné aux jardins, dont il lui arrive, bien que très rarement, de s’échapper.

On relève les premières traces d’un emploi de l’hellébore chez les Grecs, environ cinq siècles avant J.-C. Il s’agit probablement de l’H. orientalis, dont Hippocrate aura vanté les effets méritoires, le considérant comme le remède par excellence de la folie. Du reste, cette particularité est inscrite dans son nom même. En effet, hellébore proviendrait d’un très ancien terme d’origine sémitique : helibar (ou helebar) signifiant tout simplement « remède contre la folie ». Ceci n’est point une anecdote ayant laissé lettre morte, car, selon Oribase, les lieux de récolte de cet hellébore étaient situés sur le Mont Oeta et à Anticyre (actuelle Paralia Distomou, dans le golfe de Corinthe), une ville qui a été surnommée avec raison « la ville des fous ». On s’y livrait à la pratique de l’helléborisme, c’est-à-dire la cure par l’hellébore, de laquelle résultaient moult guérisons miraculeuses de cette affection que l’on appelle folie (mais attention : les mots d’aujourd’hui ne désignent pas forcément les choses d’hier). Ces pratiques n’étaient pas circonscrites à Anticyre, elles furent appliquées en différents lieux pendant des siècles.
Tenu en si haute estime, l’hellébore exigeait un pieu respect lors de la récolte de sa racine noire. Si Dioscoride indique que ceux qui souhaitent déterrer l’hellébore noir doivent se tenir devant lui en adressant une prière à Apollon et à Asclépios, Théophraste conseille de se tourner vers l’est quand on le recueille. Pour ces auteurs, ainsi que pour Pline également, il est recommandé « de regarder si aucun aigle ne vole au moment où l’on s’approche de la plante pour la cueillir, car, s’il en vole un, c’est un présage qui annonce la mort proche du cueilleur » (1), car, en ce temps, l’aigle « pouvait être jugé bon ou mauvais présage selon qu’il volait à la droite ou à la gauche de celui qui l’observait » (2). Cela découle d’une loi de sympathie, l’hellébore passant, tour à tour, pour bienfaiteur ou mortel. Observer le vol de l’aetos, c’était se garantir de la toxicité de l’hellébore qui, si l’on en croit ce rituel, était déjà bien connue, et pas que de la seule Antiquité gréco-romaine, puisque les Celtes, pour lesquels il était plante médicinale et magique, connaissaient le pouvoir de ses toxines dont ils enduisaient la pointe de leurs flèches…

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A propos du Moyen-Âge, il est presque à se demander si, davantage encore que l’Antiquité, il n’a pas fait de l’hellébore une panacée universelle. Au XI ème siècle, Macer Floridus le cite dans une liste de maux fort divers tels que, bien entendu, la folie, mais aussi les douleurs goutteuses, articulaires et dentaires, l’hydropisie, etc. Selon lui, cette plante évacuait la bile et favorisait l’écoulement menstruel. L’hellébore pouvait, pour ce faire, être cuit avec des lentilles ou dans du bouillon, tel qu’on le ferait d’un simple et inoffensif navet. Cela devait être quelque chose, concernant la question de l’administration des doses et de leur degré de dangerosité ! A l’extérieur, Macer Floridus le dit maturatif et résolutif des abcès et apte à effacer les « taches » cutanées, sans doute des dartres. Il ajoute aussi que l’hellébore est un bon remède contre la surdité, chose qui sera reprise au XVII ème siècle par le médecin italien Piperno qui « recommande l’hellébore avec accompagnement d’exorcismes, comme l’un des remèdes contre la surdité causée par quelque sorcellerie » (3). Hildegarde aborde l’hellébore en deux endroits de son Physica. Mais, dans l’un et l’autre, il ne porte pas le même nom. Le premier, Nyesewurtz, chaud et sec, légèrement humide, semble être une plante complètement différente du second, Cristiana, qu’elle dit chaud et froid (?). Cependant, elle accorde aux deux plantes un pouvoir contre les douleurs de la goutte, mais suggère l’emploi de la Cristiana face aux brûlures d’estomac, ce qui est un non-sens total (s’il s’agit bien là de l’hellébore noir. Nous comprendrons plus loin pourquoi). Peut-être pouvons-nous dire, pour le moment, que le Grand Albert propose un « parfum pour le mardi, sous les auspices de Mars », dans lequel on trouve, entre autres, l’hellébore. Mars, drastique, rubéfiant, vif, rêche et violent… et… brûlures d’estomac ?…

Il va sans dire que l’hellébore noir est absent de toute liste de plantes médicinales usuelles. « Il est impensable aujourd’hui d’en conseiller l’usage. Cela d’autant plus que nous avons perdu pour longtemps tout savoir qui permettaient aux anciens d’atténuer les effets vénéneux des plantes, pour n’en prendre que la quintessence ! » (4). Ce n’est pas exactement le cas de toutes les plantes dites toxiques, car certaines sont encore employées par la pharmacopée moderne. Mais il reste vrai qu’en ce qui concerne le cas de l’hellébore noir, cela fait bien longtemps qu’il n’agite plus la sagacité des médecins. C’est sa racine dont on a toujours fait grand cas. Récoltée à l’automne, elle était soit employée fraîche, soit immédiatement séchée. On élaborait alors infusion, décoction, poudre, macération vineuse, teinture alcoolique, extrait, etc., soit l’ensemble des grandes préparations classiques. Il se vouait, comme beaucoup d’autres plantes, à des usages tant externes qu’internes, selon des propriétés que l’on peut ainsi résumer : purgatif, drastique, rubéfiant, anesthésique, cardiotonique, congestionnant de l’utérus et des organes pelviens, etc. Pour l’ensemble de ces raisons, l’emploi thérapeutique de l’hellébore noir par les anciens et les modernes concernait une foule d’affections : troubles mentaux, chorée, épilepsie, hypocondrie, apoplexie, léthargie, paralysie, hydropisie, rhumatisme, goutte, hémorroïdes, fièvres intermittentes, aménorrhée par congestion passive de l’utérus, maux de tête, parasites intestinaux, dartre, lèpre, éléphantiasis, etc.
En réalité, que ce soit par usage interne ou externe, on s’est rendu compte à quel point l’hellébore noir posait problème. Simplement lécher un morceau de racine fraîche détermine une action stupéfiante sur la langue. Appliquer une fleur fraîche sur une plaie ouverte peut engager un processus d’intoxication, ainsi que des vomissements. Et il ne s’agit là que de faibles doses. Qu’imaginer en cas de doses plus puissantes ? Une superpurgation, des vomissements, de la dysenterie, une inflammation du tube digestif, des selles sanglantes, de la déshydratation, une sensation de froid extrême, la mort. Le docteur Leclerc disait, dans la première moitié du XX ème siècle, que l’hellébore noir était trop mal connu pour qu’on puisse l’utiliser sans risque en thérapeutique. Aujourd’hui, l’on en sait un peu plus : les principes actifs de l’hellébore, des glucosides cardiotoniques, présentent l’inconvénient d’un effet cumulatif dans le temps. Ils sont, de plus, très lentement éliminés par l’organisme. C’est pourquoi, même à d’infimes doses, l’hellébore noir est susceptible de poser problème un jour ou l’autre. Actuellement (et à ma connaissance), seule l’homéopathie en fait encore usage.

L’hellébore noir appartient à la vaste famille des Renonculacées, comptant majoritairement des plantes « vénéneuses » : aconits, renoncules, anémones, ancolies, etc. L’hellébore noir est une plante vivace à la vie très longue, rustique, opposant une grande résistance aux froids hivernaux. Sa racine est formée d’un souche noirâtre de laquelle partent des radicelles grêles. C’est de cette racine que s’érigent, d’une part, des feuilles persistantes longuement pétiolées. Épaisses et coriaces, elles sont le plus souvent vert foncé, voir rougeâtres. D’autre part, les fleurs émergent directement de la racine, portées par un long pédoncule. Inclinées vers le sol, d’une diamètre d’environ 4 cm, elles portent de très nombreuses étamines enserrées parce que l’on croit être les pétales, mais qui sont en réalité les sépales d’un blanc rosé. L’hellébore noir fleurit de décembre à avril, et l’on aura d’autant plus la chance d’en admirer les fleurs remarquables qu’on évitera de le cultiver en pot.


  1. Guy Ducourthial, Flore magique et astrologique de l’Antiquité, p. 156
  2. Ibidem, p. 157
  3. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, p. 170
  4. Bernard Bertrand, L’herbier toxique, p. 100

© Books of Dante – 2016

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Article inédit en lecture libre !

Bonsoir :)

Afin de vous faire patienter un peu d’ici aux prochains articles (l’un évoquera une plante dont on parle peu, l’autre nous mènera en Inde ^^), je vous suggère la lecture d’un article que j’ai rédigé pour le webzine Lune Bleue à propos d’un sujet connexe à mon dernier livre, Herbes & feux de la Saint-Jean, une survivance du paganisme ?. Vous ne le trouverez que là-bas, profitez-en, il est en lecture libre et gratuite ICI ! :)

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Herbes & feux de Saint-Jean : introduction

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C’est une petite exclusivité que je vous propose là : ni plus ni moins que l’introduction de mon prochain livre, Herbes & Feux de Saint-Jean, accompagnée de l’illustration qui viendra embellir sa couverture Bonne lecture ! :)

A travers les âges, l’Homme s’est voué à plusieurs cultes. La Pierre et la Source en sont deux avatars. En ces temps anciens durant lesquels l’Homme devait faire face à différents maux (la maladie, la guerre, la famine, de mauvaises récoltes…), l’esprit humain s’est tourné vers des pratiques mêlant autant diverses formes de magies qu’un appel aux divinités. Certaines mesures médicinales plus empiriques que raisonnées furent également conviées. Toutes avaient pour but un mieux-être ainsi que la résolution de problèmes divers et variés.
Malgré la progression constante du christianisme, les rites païens surent rester vivaces. Au dogme ecclésiastique s’opposa l’héritage de pratiques multi-millénaires. Il est bien entendu que l’Église chrétienne aura cherché, par tous les moyens, à extraire les mauvaises herbes païennes de son pré carré et à séparer le bon grain de l’ivraie. Las. Une résistance plus ou moins passive s’instaura. Plutôt que d’user son prosélytisme jusqu’à la culotte, l’Église eut une idée géniale. Au lieu de vindicte et d’anathème, elle devint peu à peu relativement tolérante face à ces rites forcément idolâtres. En amadouant et en les absorbant, comme une amibe gloutonne le ferait d’un microbe, la chrétienté détourna ces rites de leurs destinations originelles. C’est alors qu’on assista à la christianisation des anciens lieux de culte. Bien des églises et des chapelles ont été érigées sur leur emplacement. On évangélisera même les menhirs dont certains sont encore surmontés d’une croix aujourd’hui. On aura conservé les mêmes lieux tout en modifiant quelque peu le décor. D’antiques divinités on aura fait des saints. Le cas de Brigitte est éloquent à cet égard.

Bien que phagocytées par la chrétienté, les anciennes croyances moururent-elles ? Pas vraiment. Malgré le travail mené en profondeur par l’Église, celle-ci ne put jamais aller au bout de sa quête. C’est pourquoi, çà et là, au cours de l’Histoire, on assista à diverses réminiscences d’anciens cultes païens L’Église n’aura donc jamais réussi à faire tabula rasa. Et c’est pour cette raison, entre autres, qu’aujourd’hui encore on célèbre la fête dédiée au solstice d’été, autrement dit les feux de la Saint-Jean, le jour de la fête de la musique. Le paganisme, malgré son grand âge, n’en reste pas moins plein de verdeur et de vivacité. il est à l’image du pissenlit : plus on cherche à l’arracher, plus il repousse. Mais aussi à celle de la renouée des oiseaux qui adore qu’on lui marche dessus sans paraître s’en offenser le moins du monde, au contraire, elle s’en trouve même ragaillardie. Le chiendent, autre figure emblématique, exprime aussi cet état de fait ; il enfonce si profondément ses racines dans le sol que le soc de la charrue ne parvient à les en extirper.

Aujourd’hui, les curés ne pourchassent plus les païens à travers champs et forêts. Cette relative liberté de culte aura-t-elle profité à ces derniers ? Très certainement. La résistance proviendrait-elle de l’oppression ? A n’en pas douter, oui. Un culte qui ne serait plus diabolisé serait-il voué à disparaître ? Pas sûr.
Les temps changent. Et c’est dans leurs prérogatives. Les temps changent les hommes mais il est aussi vrai que l’homme peut changer le temps durant lequel il déroule son existence. Des feux brûlent encore lors de la Saint-Jean. Revêtent-ils pour autant le même esprit que les feux d’antan ? Très certainement pas. Du reste, est-ce bien important de le savoir, sachant qu’une tradition quelle qu’elle soit est destinée à périr si on cherche à la reproduire à l’identique indéfiniment. Des évolutions et des mutations ont eu lieu. Elles ont remodelé peu à peu un antique phénomène qui consiste à élever un énorme brasier au solstice d’été, unique jour de l’année où le Soleil est à son apogée dans nos contrées. Chaque année, au jour où l’astre solaire est roi, de grands feux sont ainsi érigés, éclairant le ciel nocturne le plus court de notre calendrier. Des herbes y sont traditionnellement jetées. Nous chercherons à savoir pourquoi tout en exposant chacune de celles que l’on appelle les herbes de la Saint-Jean, pourvoyeuses des espoirs et des souhaits des hommes.

© Books of Dante – 2015

Animaux-totems & Roue-médecine : les avis des lecteurs :-)

Quelques récentes chroniques portant sur mon tout dernier ouvrage ;-)

Audrey

Je vous en avais déjà parlé (pour ceux qui suivent le compte facebook, twitter ou google plus), parce que je l’ai reçu dans les premières (que voulez-vous, c’est ça de connaître l’auteur aussi. ;-)) et hop, dédicacé en plus.

Avant même d’ouvrir ce livre, plusieurs choses me viennent à l’esprit: [Lire la suite].

Gab

Ce que j’ai aimé lire et relire cet ouvrage de Gilles Gras ! Simple et accessible, il permet une approche du totémisme et du chamanisme pour tous. Que l’on soit initié ou non, les mots nous touchent et permettent de comprendre les interactions entre nos animaux totem, l’univers et nous même. [Lire la suite].

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Animaux-totems et Roue-médecine – Introduction

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Pourquoi un tel livre ? Il m’a été conseillé de l’écrire même s’il est vrai que tout le monde ne sera pas forcément d’accord avec son contenu et que d’autres encore, loin d’être en désaccord, n’entendent pas que son contenu soit révélé aux yeux et aux oreilles du monde qui aura bien l’obligeance de poser un regard sur ces lignes.

Dois-je prendre partie pour un Black Elk qui évoque, chez l’Amérindien, « l’absence d’une écriture qui […] fixerait et tuerait le flux sacré de l’esprit » mais dont les mots se retrouvent aujourd’hui encore dans deux ouvrages majeurs (1) ?
Dois-je adopter la réserve d’un Archie Fire Lame Deer lorsqu’il affirme que « cette humble créature qui marche droit sur ses deux jambes ne doit pas tout savoir » (2) ?
Si j’ai pris la décision d’écrire et de révéler ce que je sais, je me place donc en porte-à-faux avec les deux grands Lakotas sus-cités. Loin de moi l’idée de m’arroger un quelconque pouvoir, je cherche avant tout, à travers cette initiative, le partage des maigres savoirs que mes propres expériences m’ont permis d’acquérir.
Black Elk s’insurgea contre l’idée de pétrification et de cristallisation, à l’image d’une pensée gravée dans le marbre. Je le comprends. Mais, ai-je envie de dire, il me faut vivre avec mon temps et utiliser les moyens mis à ma disposition pour propager l’idée différemment. Le support de papier n’enlèvera jamais à la parole transmise de bouche à oreille son pouvoir car cette quête, qui représente aujourd’hui le fruit de ce travail bien loin d’être achevé, ne s’est pas faite dans les livres, ou si peu.
A travers l’Histoire, certains épisodes tragiques ont fait à tout jamais périr des pans entiers de culture. Certes, l’on dit souvent que les écrits restent mais que les paroles s’envolent. Mais que reste-t-il dès lors qu’on brûle les écrits ? Que reste-t-il de l’esprit qui les a couché sur un support capable de recevoir l’écriture ? Bien peu de choses en réalité. Il en va de même pour la parole qui est l’apanage de peuples que certains épisodes sanglants ont laissé exsangues. Pour ceux-là, nul besoin était de brûler leurs livres, ils n’en avaient pas. Il s’agissait de les faire disparaître et avec eux leur savoir. Edward S. Curtis, l’auteur du monumental The North American Indian, relayé par Teri McLuhan, « réalisa que chaque vieil Indien emportait avec lui dans la tombe un peu des rites et des coutumes sacrés de son peuple » (3). Devant l’urgence d’une situation qui allait voir péricliter l’ensemble de ces savoirs, devant l’émergence et la manifestation encore plus forte de la crise de l’homme moderne (4), un Black Elk allait mettre à jour certaines des paroles et des rituels sacrés des Sioux, avec l’espoir qu’elles seraient, sinon comprises, entendues. L’un des paragraphes de la quatrième de couverture du second ouvrage de Black Elk est éloquent à ce titre : « Les rites secrets des Indiens sioux contient l’essence de l’héritage et de la tradition que les Indiens, jusqu’à il y a peu, s’étaient gardés de divulguer […]. Ils estimaient que ces choses étaient trop sacrées pour être communiquées à n’importe qui. Mais aujourd’hui, à l’approche de la fin d’un cycle, ils ont décidé qu’il était permis et même souhaitable de les révéler au grand jour… ».
Comme l’a dit Tatanga Mani, un Indien Stoney, « les peuples civilisés dépendent beaucoup trop de la page imprimée » (5). Mais, dès lors qu’un savoir est menacé parce qu’il ne peut plus être transmis oralement de génération en génération, il est bon, je pense, d’utiliser le livre pour le consigner, même si, comme Tatanga Mani, j’ai bien conscience que si nous prenons tous les livres et que nous les étendons « sous le soleil en laissant, pendant quelque temps, la pluie, la neige et les insectes accomplir leur œuvre, il n’en restera rien » (6).

Aujourd’hui, débarrassé de mes doutes et de mes craintes, j’ose exposer une thématique qui m’est chère. Elle est constituée de deux concepts qui s’articulent l’un l’autre, la notion d’animal-totem et celle de roue-médecine. A priori, on peut se demander ce qu’elles peuvent bien faire ensemble, à ce jour je n’ai découvert aucun livre qui exposerait, conjointement, ces deux concepts. Nous découvrirons au fil de l’ouvrage ce qu’est un animal-totem et les moyens dont nous disposons pour prendre conscience de sa présence et employer à bon escient sa médecine. Puis, nous aborderons le concept virtuel de roue-médecine qui permet d’organiser l’ensemble des totems que chacun d’entre-nous possède dans un tout cohérent. C’est un concept difficile à appréhender, aussi vais-je m’employer à être le plus clair et le plus méticuleux possible afin d’être largement compris même s’il est vrai qu’un échange verbal à propos de ce sujet permet d’en affiner davantage la compréhension globale.


  1. Élan Noir parle, Les rites secrets des indiens sioux.
  2. Archie Fire Lame Deer, Le cercle sacré, mémoire d’un homme-médecine sioux, p. 408 : « Nous sommes déjà trop intelligents ; ce n’est pas l’intelligence qui nous manque, mais la sagesse. Je n’ai rien à ajouter. J’ai parlé ».
  3. Teri McLuhan, Pieds nus sur la terre sacrée, p. 11.
  4. Teri McLuhan citant Joseph Epes Brown, Pieds nus sur la terre sacrée, p. 12-13 : « Le renouveau d’intérêt que suscitent les Indiens d’Amérique du Nord est dû aux préoccupations qui habitent l’homme moderne. Il se pose des questions sur lui-même et regarde les Indiens d’un œil nouveau. Il cherche à les connaître, à savoir qui ils étaient, quel idéal les animait, quels liens les réunissaient à la Nature et à leur environnement. Si cette quête est sincère, les Indiens peuvent nous apprendre beaucoup sur eux et sur nous-mêmes, par leur exemple et l’héritage qu’ils nous laissent ».
  5. Teri McLuhan, Pieds nus sur la terre sacrée, p. 120.
  6. Ibid. p. 120.

    © Books of Dante – 2013

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Le moustique tigre, un opportuniste paresseux

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Il s’agit d’un insecte qui provient d’Asie du sud-est et qui, comme son nom l’indique, est relativement agressif, tant par sa volonté farouche d’envahir la France (et partant, l’Europe), qu’à travers ses douloureuses piqûres.

Le moustique tigre, rayé de blanc et de noir, d’où son nom, était encore inconnu en France métropolitaine il y a seulement 10 ans. Espèce invasive à l’instar de la renouée du Japon, le moustique tigre vrombit sur la Côté d’Azur depuis 2004. Année après année, il monte d’un cran. Il s’est lancé à l’assaut du territoire, à tel point qu’il est devenu persona non grata dans un certain nombre de départements du sud de la France. Tant et si bien que dès les premiers jours du mois de mai et jusqu’à la fin de l’été, une veille sanitaire est mise en place. Pourquoi ? Parce qu’Aedes albopictus est le principal pourvoyeur d’une maladie qui a défrayé la chronique il y a quelques années : la « maladie de l’homme penché », médiatiquement plus connue sous le nom de chikungunya. A l’heure actuelle, des pays comme l’Italie et la Croatie, par exemple, sont durablement touchés par la présence du moustique tigre. Le climat métropolitain va-t-il également lui être favorable ? Bonne question. De l’eau (stagnante, de préférence) et une température comprise entre 25 et 30° C, et le moustique tigre prolifère. On comprendra que les fortes pluies et les chaleurs non moins fortes de ces dernières semaines peuvent représenter des conditions idéales à sa propagation. Un autre facteur de dispersion se trouve être l’homme lui-même. En effet, ce moustique suit l’homme à la trace en voyageant avec lui.

 

Ici, en Seine-et-Marne, le plus grand département d’Île-de-France, à l’est de Paris, nous semblons relativement épargnés. Même si ce département et ceux qui lui sont limitrophes ne sont pas (encore ?) concernés par la pandémie, il n’en reste pas moins que le moustique tigre y est présent. Dans quelle proportion ? Je ne saurais dire. Mais le fait est qu’il est bel et bien là, pour avoir découvert un téméraire spécimen sur mon bras gauche pas plus tard qu’hier.

 

 

COMMENT ENDIGUER SA PROPAGATION ?

 

Avec un tel insecte, mieux vaut jouer la carte de la prudence et de la prévention. Or, il se trouve que le moustique tigre est un insecte anthropique, c’est-à-dire qu’il apprécie plus particulièrement le voisinage de l’être humain, lequel, sans le savoir, laisse à sa disposition des conditions favorables à son bon développement, le climat estivale se chargeant de parachever le tout. Tout objet pouvant contenir de l’eau, le creux d’un vieux pneu abandonné au fond du jardin, une coupelle d’eau sous un pot de fleurs, etc., tout lui est bon. Il faudra donc veiller à la présence de toutes ces menues choses, anodines en apparence, susceptibles de faire le bonheur de notre moustique.

Par ailleurs, évitez autant que faire se pourra les sous-bois humides aux heures les plus chaudes de la journée. Sortez relativement couvert, chose pas toujours très agréable par temps chaud, badigeonnez vous d’huiles essentielles (préalablement diluées) aux propriétés insectifuges telle que la célèbre citronnelle (Cymbopogon nardus), et/ou ses acolytes que sont le géranium odorant (Pelargonium graveolens), le lemongrass (Cymbopogon flexuosus), le palmarosa (Cymbopogon martinii), bien que leur rémanence soit bien inférieure à celle du niaouli (Melaleuca quinquenervia) qui, elle, peut assurer une protection d’environ huit heures.

 

 

QUE FAIRE EN CAS DE PIQÛRES ?

 

Malgré un ensemble de précautions, la piqûre est toujours possible. Même si vous n’avez pas clairement identifié votre agresseur, ne tardez pas d’avoir un « placard » de dix centimètres de diamètre sur la peau, quand bien même l’on est tous différemment sensibles à la piqûre d’un même insecte, sensibilité qui varie aussi en fonction de l’endroit du corps où la piqûre se situe.

Certains symptômes comme de fortes fièvres et des douleurs articulaires peuvent mettre de vingt-quatre à quarante-huit heures avant d’apparaître, et ceci dans le cas où le moustique tigre piqueur serait porteur du virus du chikungunya. Ceci étant dit, même en l’absence de virus, une piqûre de moustique tigre peut occasionner une boursouflure rouge de la peau plus ou moins étendue, une sensation de chaleur cutanée, un œdème (ce qui est normal, le corps réquisitionne de l’eau afin de lutter contre l’inflammation).

 

 

QUELS PRODUITS UTILISER ?

 

  • De la glace placée dans un sachet appliqué et maintenu sur la piqûre.

  • Des compresses d’eau froide additionnée des huiles essentielles suivantes :

    • Menthe poivrée (Mentha x piperita) : antinociceptive, analgésique, antalgique.

    • Lavande aspic (Lavandula spica) : antitoxique, anti-inflammatoire.

    • Niaouli (Melaleuca quinquenervia) : analgésique, anti-inflammatoire.

  • De la crème à base de teinture d’arnica.

  • De l’huile végétale de millepertuis (huile rouge).

  • Des cataplasmes d’argile verte.

 

N. B. : en zone tropicale, le moustique tigre est susceptible de propager plus d’une trentaine de virus dont certains d’entre-eux provoquent des maladies comme la dengue et l’encéphalite de Saint Louis.

 

© Books of Dante – 2013