Le mélilot officinal (Melilotus officinalis)

Mélilot_officinal

Une précaution avant de commencer : avec le mélilot, on va un peu s’arracher les cheveux, surtout en ce qui concerne son histoire ancienne. Tout d’abord, indiquer que le mélilot présenté ici a un grand frère ne sera pas du luxe. Il existe aussi un mélilot blanc, ainsi qu’un bleu et une dizaine d’autres encore. Reconnaître notre mélilot officinal à fleurs jaunes dans les textes antiques n’est pas simple, ne serait-ce que par le fait qu’une plante donnée prévaut à telle ou telle époque pour des propriétés qui n’intéressent pas autant à une époque antérieure ou postérieure. Mais, par chance, il existe, d’une période de l’histoire à une autre, un lien certes ténu, mais assez consistant et solide pour jouer le fil d’Ariane. Aujourd’hui, on reconnaît toujours au mélilot un rôle majeur dans les affections oculaires. Cherchons donc, dans les textes antiques, une plante qui présente la propriété de calmer les inflammations et irritations des yeux. Dans un vieux traité astrologique rédigé en grec, on trouve une plante des yeux et des douleurs oculaires, le triphullion (ce qui, en gros, signifie « trois feuilles » ; voilà qui tombe parfaitement bien, sachant que la feuille du mélilot est exactement composée de trois folioles. Mais c’est aussi le cas du trèfle, du fenugrec, de la trigonelle… Voilà qui n’arrange pas nos affaires). Cet opuscule astrologique nous indique que ce triphullion est attribué au signe du Taureau. Il est vrai que l’on surnomme parfois le mélilot par le vernaculaire de « trèfle de cheval », mais, en général, la plupart des grands ruminants évitent de brouter le mélilot. On reviendra sur cette histoire de Taureau, soyez-en certain ! Dioscoride pointe, tout comme Pline, une plante comme étant un médicament oculaire. Alors ? Le médecin grec l’appelle lôtos (que certains nomment aussi triphullion, nous indique-t-il). Sauf que, chez ces Anciens, on rencontre effectivement une plante nommée lôtos et une autre mêlilôtos, qui seraient, pense-t-on, deux espèces différentes de mélilot, le mêlilôtos n’étant pas autre chose qu’un lôtos à miel ; il est vrai que notre mélilot officinal est grandement apprécié des abeilles qui en tirent un nectar de haute qualité.
Ce que l’on peut d’ores et déjà retenir, c’est qu’entre les Hippocratiques et Galien, soit durant une période de plus de six siècles, les Anciens abordent tous un mêlilôtos, sans qu’on sache exactement si c’est bien du mélilot officinal dont il s’agit, ou bien d’une trigonelle ou d’une coronille. Matthiole avance l’hypothèse selon laquelle l’agrios lôtos de Dioscoride serait bien notre mélilot, alors que, plus tard, Paul-Victor Fournier suggère que, ce mélilot n’existant pas dans les régions d’Europe méridionale, il conviendrait plutôt de voir dans cette plante, ainsi que dans le melilotus de Pline, le mélilot italien, une variété du sud de l’Europe et dont Fournier pense que cette dernière espèce serait celle que côtoyèrent les Anciens, c’est-à-dire le grand mélilot (Melilotus altissiumus).
Quand on passe en revue les quelques informations fournies par les Anciens au sujet de ce mêlilôtos/triphullion, on s’aperçoit qu’elles ne cadrent pas vraiment avec les propriétés actuellement reconnues au mélilot officinal. Pline l’indique bonne contre les lithiases urinaires, le Corpus hippocratum contre la fièvre, le gonflement des plaies (ulcération ?), pour l’expectoration difficile ; il calmerait aussi, dit-on, les « fureurs de l’ivresse ». Mais il n’en reste pas moins que l’on découvre dans les écrits des Anciens des indices qui tendent à faire pencher la balance du côté du mélilot. Par exemple, Galien, dont on dit qu’il aurait été le précurseur de l’usage du mélilot, le donnait comme antispasmodique, anesthésique dans les vertiges et les vomissements, tandis que, bien avant lui, le Corpus hippocratum désigne le lôtos contre toutes les « maladies des femmes » (dont menstruations, purification de la matrice…). Or il est vrai qu’aujourd’hui le mélilot s’adresse aux femmes, particulièrement lors de la ménopause. Mais c’est bien maigre pour faire de cette plante (sans compter qu’elles peuvent être plusieurs) le mélilot dont aucun de nos auteurs anciens ne soulignent le caractère anti-ophtalmique, contrairement à notre astrologue anonyme qui associe le « mélilot » au signe du Taureau, chose d’autant plus étonnante que ce signe astrologique, selon les mélothésies planétaires, ne règne pas sur les yeux. La planète qui gouverne ce signe, c’est Vénus. Voyons ce qu’en pense Guy Ducourthial, qui a bien étudié la question : « Il est plus vraisemblable que les astrologues aient choisi le triphullion parce que les vertus qu’ils lui reconnaissaient leur paraissaient en rapport à la fois avec les caractères qu’ils attribuaient au signe du Taureau et avec ceux qu’ils prêtaient à la planète Vénus qui y avait son domicile. Ayant transféré sur celle-ci certains des attributs mythologiques de la déesse Aphrodite, ils avaient la conviction qu’elle exerçait son influence sur la beauté, la féminité et surtout les relations amoureuses, d’autant que la plupart des mélothésies lui avaient attribuer la domination sur les parties sexuelles » (1). Mais, de là à dire que ce « triphullion » serait le mélilot, il y a plus que de la coupe aux lèvres, car ce qu’on connaît aujourd’hui du mélilot ne peut accréditer la thèse selon laquelle il serait plante de Vénus et posséderait, de fait, toutes les attributions qui incombent à cette planète.

Durant la longue période médiévale, la présence du mélilot fait défaut. Il n’existe qu’une seule mention faite de lui dans le Grand Albert (une recette de cataplasme contre le charbon). Hildegarde, ainsi que Macer Floridus et l’école de Salerne, restent muets à son sujet. Pas un mot.
Au tout début de la Renaissance, l’apothicaire tourangeau Thibault Lespleigney (1496-1550) souligne les vertus anti-ophtalmiques du mélilot : « De mélilot prenons la fleur pour ôter des yeux la chaleur et les pleurs. »
Par la suite, et durant pratiquement deux siècles, les avis au sujet de ce mélilot sont très contradictoires. D’une part, il est considéré comme une plante aux effets bénéfiques, d’autre part comme un végétal suspect. Enfin, certains se rangent à la sage décision du « je ne sais pas ».

Le mélilot officinal est une plante bisannuelle, c’est-à-dire qu’elle possède un cycle vital de deux ans : la première année, elle forme ses tiges et ses feuilles et n’acquière la capacité de produire fleurs, fruits et graines qu’au bout de la seconde.
Très souvent ramifié, le mélilot mesure généralement entre 0,30 et 1,30 m de hauteur. Ses feuilles trifoliées lui ont valu les noms de trèfle de cheval et de trèfle des mouches. Les fleurs, présentées en épis terminaux, de couleur jaune d’or, n’excèdent pas 5 mm de longueur, et s’épanouissent entre les mois de mai et de septembre.
Très courant, le mélilot se développe surtout sur sols calcaires et pauvres, tels que les bordures de champs, le long des chemins, les talus, les décombres, les terrains vagues… Il peut grimper jusqu’à 1500 m d’altitude et se rencontre dans presque toute la France, une bonne partie de l’Europe, ainsi que sous le climat doux de l’Asie tempérée

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Le mélilot en phytothérapie

Cette plante est très intéressante pour le phytothérapeute, en particulier si l’on considère ses sommités fleuries. Ce qui caractérise le mélilot, outre le fait qu’il contient tanin, saponine et flavonoïdes, c’est sa teneur en coumarine (1 %), fameuse molécule photosensibilisante, que l’on rencontre également dans la mélitte, l’aspérule odorante, la cannelle de Ceylan, la flouve (foin d’odeur) et dans la… fève tonka. Cette plante résiste bien à la dessiccation et l’on est surpris de constater qu’elle dégage une très agréable odeur vanillée une fois sèche.

Propriétés thérapeutiques

  • Antispasmodique
  • Émollient, adoucissant, résolutif, cicatrisant
  • Tonique veineux, anticoagulant
  • Diurétique, antiseptique urinaire
  • Anti-inflammatoire
  • Digestif, laxatif léger
  • Anti-ophtalmique
  • Anesthésique, sédatif, somnifère

Usages thérapeutiques

  • Troubles veineux et circulatoires : diminution des risques de varice, de phlébite, de paraphlébite, de thrombose, d’embolie et d’hémorroïdes, insuffisance veineuse chronique, fragilité capillaire, jambes lourdes, hypertension artérielle
  • Troubles gastro-intestinaux : indigestion, digestion difficile, dysenterie, entérite, dyspepsie, inflammations gastro-intestinales, spasmes digestifs
  • Troubles de la sphère respiratoire : catarrhe bronchique chronique, toux quinteuse
  • Douleurs rhumatismales et névralgiques (algies, rhumatismes, névrite)
  • Affections cutanées : inflammation, plaie, plaie ulcérée, plaie indolente, plaie purulente, ecchymose, pétéchie, furoncle, érysipèle
  • Troubles du sommeil : insomnie chez l’enfant, le malade et la personne âgée
  • Troubles de la ménopause : maux de tête, vertiges, bouffées de chaleur, douleur utérine, baisse de la libido
  • Troubles oculaires : ophtalmie inflammatoire, inflammation des paupières, conjonctivite, blépharite, yeux gonflés et irrités
  • Nervosité, angoisse, mélancolie

Modes d’emploi

  • Infusion
  • Décoction pour lotion et compresse
  • Cataplasme et pommade
  • Gélule de poudre cryobroyée

Contre-indications et remarques

  • Comme le souligne Paul-Victor Fournier, à hautes doses, le mélilot présente tous les inconvénients des plantes à coumarine : sensation de malaise, vertiges, maux de tête, vomissement, baisse de la température corporelle, ralentissement des fonctions cardiaques…
  • Autrefois, tout comme on le fait encore avec la lavande, on plaçait des bouquets et des sachets de mélilot dans les armoires afin d’en écarter les insectes indésirables. Il est aussi possible d’utiliser le mélilot comme aromate dans boissons, sorbets, sauces, crèmes…

  1. Guy Ducourthial, Flore magique et astrologique de l’Antiquité, p. 393

© Books of Dante – 2016

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La pervenche de Madagascar (Catharanthus roseus)

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C’est au milieu du XVII ème siècle que le chef de colonie à Madagascar, Étienne de Flacourt, rencontre la pervenche malgache. Plante exotique et ornementale prisée, on verra arriver au jardin du roi à Paris des graines de la plante à la fin du même siècle. Par la suite, elle gagnera rapidement les collections botaniques des principaux jardins européens. Aujourd’hui, cette plante, parfois surnommée « rose amère », a conquis bon nombre de zones tropicales ainsi que le bassin de la Mer méditerranée.

Dès la fin de la Seconde Guerre Mondiale, on cherche à vérifier sa réputation de « coupe-faim » (elle était employée dans ce sens par les marins) et d’antidiabétique. Au Canada, en 1949, le Professeur Noble rejette cette dernière propriété. En revanche, ses expérimentations montrent que les injections de pervenche de Madagascar font brutalement chuter le nombre de globules blancs sanguins. Fort de ce résultat inattendu, il teste la pervenche de Madagascar sur des malades atteints de leucémie, une maladie caractérisée par une prolifération massive et anarchiques de globules blancs dans le sang. Le professeur Noble obtient d’encourageants résultats alors que, dans le même temps, le Professeur américain Svoboda parvient aux mêmes conclusions. C’est ainsi que les équipes américaine et canadienne collaborent. De ces recherches communes naissent deux médicaments obtenus à partir de deux molécules, des alcaloïdes, parmi les 150 que la pervenche de Madagascar contient. La vincristine donne l’Oncovin et la vinblastine le Velbé. Le premier de ces médicaments se destine aux leucémies aiguës, tandis que le second se réserve au traitement de la maladie de Hodgkin, c’est-à-dire le cancer des ganglions, autrefois presque toujours fatal. Malgré tous ces excellents résultats, un problème de taille demeure : la synthèse des deux molécules est très complexe ; il faut alors de contenter de cultiver la plante et d’en extraire ces deux alcaloïdes. Le souci suivant réside dans les rendements très très faibles, puisqu’une tonne de plante sèche ne permet guère d’obtenir que 6 à 10 g de vinblastine et de 0,3 à 1 g de vincristine ! Aujourd’hui encore, la production est assurée par le biais de la culture de cette pervenche à grande échelle à Madagascar (1000 tonnes de plante sèche par an environ).

En France, le Professeur Potier accorde un grand intérêt à la pervenche de Madagascar. S’il sait qu’il est très compliqué de synthétiser vincristine et vinblastine, il parvient tout de même à créer une molécule qui n’existe pas à l’état naturel dans la plante. Elle donne naissance au premier médicament antitumoral fabriqué en France, la Navelbine, qui acquière son autorisation de mise sur le marché en 1989. Ce médicament est surtout utilisé contre le cancer du poumon et parfois dans ceux du sein et de la vessie.

Tous ces médicaments, administrés par injection intraveineuse ou par perfusion, ne doivent pas faire oublier qu’ils proviennent d’alcaloïdes puissants non dénués de toxicité. Ils peuvent ainsi occasionner des troubles intestinaux et/ou neurologiques, des difficultés respiratoires, ainsi qu’une alopécie médicamenteuse.

© Books of Dante – 2016

La petite pervenche bleue (Vinca minor)

Pervenche

La petite pervenche bleue a vécu un peu à la manière de la grande digitale pourpre, c’est-à-dire que, de façon presque incognito, elle a traversé les siècles. Pourtant, elle est loin d’être rare et n’est pas dénuée de charme.
Est-elle celle que Dioscoride appelle klêmatis, dont Galien, qui reprend Dioscoride, nous indique qu’elle est bonne contre diarrhée et dysenterie, maux de dents et morsures de serpents ?
Il paraît que des auteurs médiévaux la nomment (pour ma part, je n’en ai rencontré aucun), sans jamais lui attribuer une quelconque propriété.
Si l’on souhaite en savoir davantage sur les usages médicinaux de la petite pervenche, il faut se tourner, une fois de plus, du côté de la médecine populaire, de la médecine des campagnes. Depuis plusieurs siècles, la petite pervenche est employée, ici ou là, pour une flopée d’affections, que la médecine académique reconnaîtra fort tardivement : catarrhe chronique, phtisie, entérite, diarrhée, dysenterie, vertiges, céphalées, hématurie, crachement de sang, leucorrhée, fièvre intermittente… Cette liste n’est pas exclusive et l’on peut la superposer avec bonheur avec ce que j’indiquerai plus loin (cf. Usages thérapeutiques), tout en montrant que les Anciens, qu’ils soient rats des villes ou rats des champs, n’étaient point dénués de discernement ni de bon sens. Ici, on se frictionnait avec des feuilles de pervenche en cas de démangeaisons et d’irritations cutanées, là on appliquait des feuilles mâchées à l’intérieur des narines en cas de saignement de nez, etc.
Loin des usages populaires, un certain nombre de thérapeutes aura accordé à la pervenche quelque intérêt. Tandis qu’Agricola fait de la petite pervenche un spécifique des angines, Matthiole la pose comme adjuvant aux différents vulnéraires disponibles à son époque, chose fort utile en cas de métrorragie et d’épistaxis par exemple. Jérôme Fabrice d’Aquapendente ainsi qu’Adriaan van den Spiegel avancent les propriétés galactogènes de la pervenche. A la fin du XVII ème siècle, on croise la pervenche dans une lettre qu’adresse Madame de Sévigné à sa fille : la plume de la marquise vante les qualités pectorales de la petite pervenche. Par la suite, il n’y a plus guère d’informations à se mettre sous la dent. Il faut véritablement attendre le XX ème siècle pour que la petite pervenche livre davantage de secrets. En 1922, le docteur Petit note l’action favorable de la pervenche sur des cas de tuberculose accompagnée de crachements de sang. Mais, grâce aux travaux d’Oréchov et de Quévauvillier, on parvient à isoler la vincamine en 1956, une molécule dont la structure sera entièrement connue quatre ans plus tard. Nous reparlerons de cette substance un peu plus loin dans cet article.

Si le nom allemand de la petite pervenche (immergrün) s’attache à son caractère semper virens, le nom anglais de cette plante (periwinkle) décrit ses fleurs comme des bigorneaux. Dans les deux cas, il s’agit de particularités botaniques. En France, la pervenche a été dotée de multiples noms vernaculaires en raison de « ses fleurs qui s’ouvrent comme de mystérieux yeux bleus, conférant à la pervenche un caractère énigmatique qui a sut inquiéter l’imagination populaire et l’a conduite jadis à attribuer à la plante des effets surprenants et des rôles particuliers dans les uns et coutumes de divers pays » (1). En effet, la petite pervenche a eu une très grande importance au sein du folklore européen, mais également à travers des pratiques sorcières. C’est en raison de cela qu’elle porte les noms de « petit sorcier », « violette des sorcières », etc. Les feuilles de pervenche avaient valeur oraculaire. Après les avoir jetées dans un feu, on restait attentif au bruit plus ou moins prononcé qu’elles faisaient en brûlant, chaque son dessinant tel ou tel destin. De même, certains sorciers disaient détenir la capacité de voir les âmes des trépassés dans la fumée produite par une fumigation de feuilles de pervenche. C’est là une de ses caractéristiques : elle est liée au monde des morts (on la surnomme parfois « violette des morts »). C’est ainsi qu’on en plaçait des couronnes sur les tombes, tandis qu’ailleurs on s’interdisait de cueillir une pervenche poussant près de la tombe d’un mort, car c’était, à coup sûr, une garantie d’être hanté par son fantôme. C’est une herbe profondément enracinée dans le monde chthonien et que l’on n’appelle pas « violette des serpents » sans raison. Ensuite, en tant que philtre, la pervenche est très largement liée à l’amour. C’est ainsi qu’elle intervient dans les mariages, lors desquels on jette des fleurs de pervenche sur le passage des mariés, sur la protection du foyer et du bonheur conjugal (c’est une « herbe de fidélité »), sur la protection des femmes et des enfants. Comme bien d’autres plantes, la pervenche indique son destin à la jeune fille. En Allemagne, les jeunes filles allaient par trois à la rivière et y apportaient trois couronnes : l’une était tressée de pervenche, la deuxième de paille, la dernière d’épines. Elles jetaient les couronnes dans l’eau et chacune d’elles devait, les yeux fermés, en repêcher une seule. La couronne de pervenche assure un bonheur conjugal, celle de paille une vie dissolue, enfin, celle d’épines mène au couvent. Une plante d’amour et de sorcellerie. D’ailleurs, « les sorciers déclarent leur amour en offrant à celles qu’ils aiment sept pervenches » (2). Plus généralement, la pervenche symbolise le lien. Pour cela, jetons un œil aux nombreux stolons qu’elle déploie et qui peuvent lui permettre d’envahir de considérables surfaces. Regardons aussi au niveau de l’étymologie. Si Pline l’appelle pervinca, Linné la rabote en vinca, un mot que beaucoup rattachent à la victoire. Il proviendrait, dit-on, du verbe latin vincere qui veut dire vaincre, et qu’on aurait accordé à la pervenche en raison de sa capacité à « vaincre » l’hiver, elle espèce toujours verte. Mais notre vinca trouverait aussi son origine auprès d’un autre verbe latin à l’orthographe très proche : vincire qui signifie lier, attacher, unir…

Plante semper virens à la souche radicante, la petite pervenche développe des rameaux rampants, desquels dépassent de petites tiges ascendantes ponctuées d’une unique fleur bleue (« bleu pervenche ») à cinq pétales irréguliers s’épanouissant généralement entre mars et juin. On rencontre parfois des pervenches aux couleurs différentes : rose, blanc, pourpre, lie-de-vin, cuivré… Assez fréquente dans toute la France, sauf en région méditerranéenne où elle est rare, on trouve la pervenche en plaine comme en moyenne montagne, dans les bois de feuillus, les sous-bois, les haies, les talus…
Indéniablement, la pervenche est une ornementale du plus bel effet !

Pervenche_fleur

La petite pervenche bleue en phytothérapie

Contrairement aux apparences, ce ne sont pas les fleurs que l’on convie à un usage phytothérapeutique, mais les feuilles. On trouve, dans ces feuilles, des substances communes à bien d’autres végétaux : des sels minéraux (calcium, sodium, magnésium, manganèse, potassium…), des acides (formique, acétique, butyrique, succinique…), de la vitamine C (60 à 70 mg aux cent grammes), de la pectine, etc. Ce qui rend la petite pervenche si particulière, c’est, d’une part, un glucoside amer, le vincoside, mais surtout un alcaloïde du nom de vincamine.

Propriétés thérapeutiques

  • Hypotensive, vasodilatatrice, vasorégulatrice, améliore l’oxygénation du cerveau (cet organe, bien que ne représentant que 2 % de la masse corporelle, est très gourmand en oxygène : il ponctionne environ 10 % de tous l’oxygène inhalé), ainsi que la circulation coronarienne et la micro-circulation périphérique (yeux, oreilles, cerveau)
  • Diurétique, dépurative
  • Vulnéraire, hémostatique, astringente, cicatrisante
  • Antiscorbutique (cf. sa bonne teneur en vitamine C, bien qu’il y ait des végétaux plus agréables à absorber pour ce faire : en effet, les feuilles de pervenche sont amères)
  • Tonique amère, apéritive

Nous pouvons d’ores et déjà remarquer que si la pervenche s’oppose aux épanchements sanguins extérieurs, elle améliore la circulation du sang à l’intérieur du corps.

Usages thérapeutiques

  • Hypertension artérielle* (surtout au niveau céphalique), insuffisance cérébrale et signes associés* (vertiges, bourdonnement d’oreilles, troubles de la mémoire, difficulté de concentration, baisse des facultés intellectuelles chez les personnes âgées), insuffisance coronarienne*, accident vasculaire rétinien*, vertige de Ménière*
  • Hémoptysie et crachement de sang, saignement de nez, plaie, coupure, ecchymose, ulcère cutané
  • Angine, maux de gorge, amygdalite, gingivite, aphte
  • Entérite, diarrhée
  • Paludisme (adjuvant)
  • Leucorrhée
  • Engorgement laiteux

Les affections marquées d’un * concernent un traitement spécifique à la vincamine, administrée en comprimés, en injection intramusculaire ou perfusion.

Modes d’emploi

  • Usage interne : décoction, extrait fluide, macération vineuse
  • Usage externe : décoction pour gargarisme, lotion, compresse

Contre-indications

  • La petite pervenche occasionne parfois des dommages hépatiques et rénaux.
  • A ne pas utiliser durant la grossesse.
  • Un traitement à la vincamine est contre-indiqué en cas de tumeur cérébrale.

  1. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 745
  2. Pierre Canavaggio, Dictionnaire des superstitions et des croyances populaires, p. 195

© Books of Dante – 2016

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La digitale pourpre (Digitalis purpurea)

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Malgré sa haute taille et sa prestance qui ne laisse pas indifférent, la digitale pourpre reste totalement ignorée des radars de l’Antiquité. En ce sens, elle est absente de tous les grands traités médicaux de l’époque. C’est effectivement l’une des rares espèces indigènes d’Europe qui n’est entrée que relativement tardivement dans la pharmacopée occidentale.
On a pensé découvrir sa trace au sein du papyrus Ebers (– 1500 ans avant J.-C.), mais il s’avère qu’elle n’a pas été remarquée des populations d’Asie mineuse, ni des Romains, ni des Grecs et encore moins des médecins arabes du Moyen-Âge. Il faut dire que le bassin méditerranéen ne correspond pas à l’aire de répartition naturelle de la digitale pourpre, plus septentrionale, mais accueille en revanche d’autres digitales à fleurs principalement jaunes.
En revanche, en Égypte comme à Rome, on employait bien les vertus médicinales d’une plante, la scille rouge, aujourd’hui abandonnée, dont les effets sont très semblables à ceux de la grande digitale pourpre. Dioscoride en parle dans ses écrits. Il l’indique comme diurétique et stimulante de la pompe cardiaque. Et s’il s’agissait de la digitale, Matthiole, grand lecteur et critique de Dioscoride, n’aurait pas manqué d’y faire allusion. Même Pline l’ignore. Et s’il en avait consigné quelques mots, la Renaissance aurait forcément relayé ces informations, sachant qu’en toute fin de Moyen-Âge/début de la Renaissance, les praticiens de santé sont encore très attachés aux textes antiques (cette importance est telle que l’un des premiers livres imprimés sera l’Histoire naturelle de Pline en 1469). Sans aucune donnée à se mettre sous la dent, il est normal que les premiers thérapeutes s’étant penchés sur cette plante, aient, plus ou moins, pédalé dans la semoule. La plus ancienne mention d’un usage médical de la digitale remonte au V ème siècle, en Irlande.
Durant le Moyen-Âge, on la rencontre parfois dans des « panacées » qui fleurent bon la charlatanerie, mais quelques indices médicaux sérieux nous montrent qu’on connaissait son statut de plante toxique et qu’on l’employait contre l’hydropisie, une des indications de la digitale. L’hydropisie, comme l’explique Jean-Marie Pelt, est « une stase veineuse consécutive à une défaillance du système cardiovasculaire se manifestant par un fort œdème des membres inférieurs » (1).
En 1542, Léonard Fuchs fait de la digitale pourpre une description détaillée dans son De historia stirpium commantarii, mais il ignore totalement les propriétés de la plante et les apparente à celles de la grande gentiane jaune (Gentiana lutea), en la disant, entre autres, vulnéraire. On retiendra de ce médecin allemand qu’il est celui qui lui a attribué le nom de digitalis.
Il faut attendre la fin du XVIII ème siècle pour que, enfin, la digitale soit étudiée sérieusement. Un botaniste du nom de William Withering – qu’on qualifiera de « Linné anglais » – rencontra une guérisseuse gitane qui possédait et utilisait un remède contre des problèmes cardiaques. Il découvrit que cette médication contenait de la digitale. C’est ainsi qu’entre 1776 et 1779, il testera les différentes parties de la plante sur des dizaines de malades, afin d’évaluer les doses et les effets de la digitale sur le cœur, tout en se confrontant à l’effet cumulatif de cette plante sur l’organisme et dans le temps, à l’instar des cétones monoterpéniques. En 1785, soit dix ans après le début de ses travaux, Withering rédiga un mémoire dans lequel il confirma les propriétés cardiotoniques de celle qu’il surnommera « opium du cœur », ainsi que ses vertus diurétiques jouant un rôle majeur sur l’hydropisie. La découverte « officielle » de Withering donne toute sa valeur à l’empirisme, ces savoirs campagnards ancestraux, assez souvent rejetés en dehors de l’urbanité de la science médicale académique. Cependant, « il fallut néanmoins attendre plus d’un siècle pour comprendre le fonctionnement des ingrédients actifs de la plante, et fabriquer les médicaments utilisés aujourd’hui » (2). Entre-temps, en 1801, Beddoes avancera l’action de la digitale sur le cœur et les artères, en 1842, Debreyne confirmera les vertus cardiotoniques de la digitale, alors qu’en 1856, Beau la qualifiera de « quinquina du cœur ». Ce n’est qu’en 1868 que le chimiste Nativelle isolera la digitaline.

Le caractère toxique de la digitale ne doit pas faire de doute. On le connaît depuis fort longtemps. Cependant, parmi les deux ou trois cents noms vernaculaires qu’elle porte ici ou là en France, bien peu font référence à cette particularité, et encore moins concernent une propriété médicinale qui aurait été localement usitée. Tout au contraire, la grande majorité de ces surnoms renvoie surtout au côté « ludique » de la digitale. En effet, autrefois les enfants s’amusaient à faire « claquer » ses fleurs sur le dos de la main ou à habiller leurs doigts de ses cloches, figurant alors de petits elfes des forêts. C’est peut-être de ce dernier usage que Fuchs accordera à la plante le nom de digitalis qui, en latin, désigne le dé à coudre. On l’appellera aussi gant de bergère pour des raisons similaires, ainsi que fingerhut en allemand, autrement dit « chapeau de doigt », que l’on confond parfois avec fuchshut, un mot dans lequel on retrouve le nom de celui qui lui en a donné un : Léonard Fuchs. Or, fuchs, en allemand, signifie « renard ». L’anglais lui attribue, quant à lui, le nom de foxglow, « gant de renard ». Étonnant glissement du nom du botaniste allemand à celui de l’animal auquel, semble-t-il, la digitale est liée. Selon une légende scandinave, les fleurs de digitale auraient été offertes au renard pour étouffer le bruit de ses pas quand il attaquait les poulaillers. Ainsi le renard chaussait-ils ses « pieds » de fleurs de digitale figurant des gants. Mais, en tant que symbole incarnant les forces mauvaises, l’association du renard à la digitale était-elle, peut-être, un moyen d’en souligner la dangerosité, ainsi que le caractère funeste. La digitale entretient aussi une relation avec le loup, d’où son nom d’herbe-aux-loups, bien qu’ils soit plus communément associé à l’aconit tue-loup (Aconitum vulparia). Il est dit que les loups absorberaient de la digitale afin de se prémunir contre les appâts empoisonnées qu’on abandonnait à leur intention, comme c’était particulièrement le cas au Moyen-Âge. Or ces appâts étaient fréquemment empoisonnés à l’aconit. Bien évidemment, il ne s’agit là que d’une légende.
Malgré tous les noms sympathiques que sa « ludicité » lui a octroyés, la digitale n’a pas, traditionnellement, bonne réputation. Par exemple, en Bretagne, on disait que sa seule proximité parvenait à faire tourner le lait. Dans la Vienne, on affirmait qu’une femme ne devait pas la toucher sous peine d’être victime d’hémorragie. Mais elle pouvait aussi être bénéfique : la planter dans le jardin assure protection à toute la famille. De même, au Pays de Galles, les femmes en faisaient une décoction dont elles frottaient le sol de leur maison – en insistant particulièrement sur les interstices des dallages s’il y en avait – cela pour se protéger des maléfices à la veille de la nuit de Walpurgis et de celle de Samhain. Ses propriétés protectrices s’illustrent également à travers la façon dont on l’a associée à la vierge Marie. C’est ainsi qu’elle porte les noms de gant de Notre-Dame, gantelée de Notre-Dame, doigt de la Vierge, surnommée ainsi parce que, selon la légende, Marie l’aurait utilisée pour soigner une blessure qu’elle se serait faite au pouce. Était-ce là aussi un bon moyen d’en neutraliser la toxicité, comme le pensent certains ?
Quoi qu’on en dise, la digitale reste toxique vis-à-vis des organismes animaux et humains, tandis qu’elle entretient des relations de sympathie avec d’autres végétaux (arbres fruitiers, tomate, pomme de terre…), dont elle stimule la croissance. Il apparaît même qu’une « décoction de ses feuilles, mêlée à l’eau d’un vase, permet de ranimer le bouquet de fleurs qui s’y trouve » (3).

Grande plante bisannuelle non ramifiée et couverte de poils blanchâtres, la digitale présente un feuillage simple et alterné. Cependant, ses feuilles inférieures se présentent sous forme de rosette basale, vert pâle, veloutées en-dessous et très douces au toucher.
Ses fleurs s’organisent sous forme de longs épis qui s’épanouissent de juin en septembre. Elles forment des cloches pendantes, très longues (près de 5 cm), de couleur pourpre à blanche, mouchetées à l’intérieur. Elle produit ensuite ses fruits, des capsules ovales.
Abondante sur sols granitiques, on la trouve de ce fait plus particulièrement dans le Massif Central et les Vosges, dans des habitats tels que clairières, coupes, talus, fossés, bois clairs, landes, bord des routes, jusqu’à 1000 m d’altitude parfois. Elle est absente du sud-est de la France.

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La digitale pourpre en thérapie

Extrêmement puissante, cette plante fait partie, tout comme celles au maniement délicat, des plantes héroïques. Son utilisation doit s’entourer de minutieuses précautions et relève essentiellement d’une stricte autorité médicale (aucune chance de trouver de la digitale en vente libre en France). Il n’est pas question d’en faire un usage personnelle sans courir le risque d’une potentielle et mortelle intoxication. La digitale est sujette à une modification de sa composition biochimique dans le temps et l’espace, selon l’altitude, l’ensoleillement, la nature du sol, etc. Rien que de très normal, on observe ce phénomène chez une foule d’autres plantes pas nécessairement toxiques. Mais, dans le cas de la digitale, il est bon de redoubler de prudence car il est impossible lors d’une cueillette suivie d’une dessiccation des feuilles, de savoir dans quelle mesure cette récolte contient plus ou moins de composants toxiques. Or la médication à la digitale se joue au dixième de gramme près. Inutile, je pense, de préciser qu’il n’est pas bon de s’amuser à l’apprenti-sorcier avec elle, des personnes compétentes dans le domaine qui nous occupe, ayant mis des siècles avant de comprendre comment cette plante fonctionne…

Quand on évoque la digitale, on peut penser à la digitaline, l’une des molécules qui la composent. Mais cela serait oublier que la feuille, unique partie végétale que l’on utilise, contient d’autres éléments formant synergie et agissant comme tel. La digitale contient plusieurs glycosides cardiotoniques que l’on rencontre aussi chez le muguet, le laurier-rose, la scille rouge…, d’autres substances non toxiques, du tannin, un flavonoïde à l’action diurétique et augmentant la résistance des capillaires, enfin des traces d’essence aromatique.

Propriétés thérapeutiques

« C’est le traitement de la faiblesse du myocarde qui est le pivot de toute la cardiothérapie digitalique » (4).

  • Tonique cardiaque (ou cardiotonique) : la digitale ralentit, régularise et renforce les contractions cardiaques
  • Vasoconstrictrice sur le rythme vasculaire périphérique
  • Diurétique
  • Digestive

Usages thérapeutiques

  • Insuffisance cardiaque chronique et ses problèmes associés : asystolie, arythmie, tachycardie, oligurie, œdème des membres inférieurs, ascite, anasarque…

Modes d’emploi

  • Poudre de feuilles
  • Infusion
  • Décoction
  • Macération
  • Alcoolature
  • Sirop
  • Intrait

Précautions, contre-indications et remarques

  • En raison de sa haute toxicité, il va de soi que la digitale ne peut se prêter à une auto-médication. Vous ne la rencontrerez dans aucun guide visant à soigner les bobos quotidiens. L’intoxication à la digitale peut prendre deux formes différentes : par dose massive (dix grammes de feuilles tuent un homme) et par dose modérée mais dont l’absorption est prolongée dans le temps (intolérance, digitalisme). Dans les deux cas, les symptômes d’intoxication sont peu ou prou les mêmes : nausée, vomissement, diarrhée (parfois sanglante), hoquet, vertige, céphalée, absence d’urine, malaise général, anxiété, refroidissement du corps, ralentissement du pouls (parfois à moins de trente pulsations par minute). Ensuite, le pouls accélère de nouveau, la cyanose s’installe, les troubles visuels (éblouissement, hallucinations) se manifestent. Enfin, l’arrêt cardiaque clôture cette liste de symptômes. Comment est-il possible de s’intoxiquer à la digitale même à doses raisonnables ? Pour au moins deux raisons : l’index thérapeutique de la plante est faible, c’est-à-dire qu’à partir du moment où la dose thérapeutique entre en action, cette dose est déjà toxique. Ensuite, l’action thérapeutique de la digitale est lente à se mettre en place, son élimination par l’organisme l’est tout autant, aussi la digitale a-t-elle tendance à s’accumuler dans l’organisme et a y former des réserves potentiellement toxiques.
  • Par simple contact avec la plante fraîche, celle-ci peut déjà irriter la peau ! Il convient de manipuler la plante avec des gants ou de se laver soigneusement les mains par la suite.
  • La digitale est contre-indiquée en cas de troubles fonctionnels cardiaques des nerveux (anévrisme, embolie récente, hémorragie cérébrale, urémie, aortite, typhoïde, maladie de Basedow…) et incompatible avec d’autres substances parmi lesquelles les tannins, le quinquina, la réglisse, l’iodure de potassium, certains médicaments allopathiques…
  • En France, on peut rencontrer deux autres digitales qui n’occupent pas le même biotope que la digitale pourpre : la digitale jaune (Digitalis lutea) et la digitale ambiguë (Digitalis grandiflora). Contrairement à la pourpre, ces deux digitales possèdent des fleurs jaunes et affectionnent les sols secs, calcaires et rocailleux, tandis que la digitale pourpre atteint son plein épanouissement sur des sols siliceux et acides.
  • Depuis les années 1920, on s’intéresse aussi à une autre digitale qui pousse en Europe centrale et dans les Balkans, la digitale laineuse (Digitalis lanata), dont l’étude a montré qu’elle était moins préjudiciable pour la sphère gastrique mais plus toxique que la digitale pourpre.

  1. Jean-Marie Pelt, Les vertus des plantes, pp. 105-106
  2. Joel Levy, Histoire du poison, p. 198
  3. Jacques Brosse, La magie des plantes, pp. 214-215
  4. Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 330

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La digitale prend place au sein des Grandes Heures d'Anne de Bretagne sous le nom latin de Simbaleria (Daymoiselles en vieux français)

La digitale prend place au sein des Grandes Heures d’Anne de Bretagne sous le nom latin de Simbaleria (Daymoiselles en vieux français)

Le buis (Buxus sempervirens)

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Le buis est un arbuste compagnon de l’homme depuis des milliers d’années. Déjà aux temps néolithiques ils entretenaient des relations de bon voisinage qui n’ont jamais été démenties par la suite. De taille modeste (six à sept mètres) et à l’âge parfois considérable (six siècles), le buis est mentionné par bien des auteurs grecs et latins. Attribué à Cybèle et à Hadès, le buis porte en lui une symbolique double. Funéraire, tout d’abord. Le buis, comme végétation perpétuelle, est un symbole de la vie qui se fraie un chemin à travers l’hiver et le monde souterrain, il représente « la puissance végétative de la Nature. » Son feuillage semper virens est là pour nous rappeler cette évidence. C’est ainsi qu’il est, à l’instar du lierre et du houx un symbole d’immortalité et était révéré comme tel par les Gaulois et les Celtes, parce que, en effet, l’immortalité se double assez souvent des notions d’espoir et de persévérance. Parce qu’il a été classé parmi les arbustes infernaux, on lui a associé un symbole de stérilité. Ce qui explique pourquoi on ne présentait pas de buis aux autels dédiés à Vénus, en particulier par des hommes qui craignaient ainsi de perdre leurs facultés viriles. Cependant, certains auteurs, voyant là affaire de superstition, pensent qu’il a pu être voué à la déesse Aphrodite afin de s’inscrire dans le cycle de vie (amour, fécondité, mort) : « Les arbres dont le feuillage reste verdoyant pendant l’hiver ont dû d’abord être consacrés à Aphrodite, car la couleur verte lui a toujours été attribuée spécialement » (1).

L’on dit que le buis proviendrait de Perse ou du nord de ce que l’on appelait autrefois l’Asie mineure, et qui aujourd’hui forme l’actuelle Turquie. Selon Angelo de Gubernatis, la patrie du buis, c’est la Paphlagonie, région turque bordant la Mer noire. Un proverbe grec – « Tu as porté des chouettes à Athènes, des vases à Corinthe, des marbres à Paros… » – est parfois complété par « Tu as porté du buis à Kytore ». Ce proverbe est « passé dans notre langue, pour exprimer l’abondance des biens et l’inutilité des tâches trop faciles » (2). L’on ne se permettait donc pas d’apporter du buis à Kytore, puisque le proverbe cherche à signifier qu’il y était très courant. Kytore, aujourd’hui Cytoros, a donné naissance à la ville d’Amasra qui se situe justement sur la côte de la Paphlagonie.
Par la suite, le buis s’est déployé à la Grèce, à l’Empire romain, même au-delà. Par exemple, en France (Picardie, Normandie, Bretagne) et en Angleterre, on note la présence de buxaies qui ont probablement servi de lieu de culte bien avant la naissance du christianisme.

Le buis, pyxus en grec, buxum en latin, conserve, grâce à ces deux mots, bien des caractéristiques qui lui sont propres. Ces termes expriment le côté dru du feuillage du buis, la densité de son bois très dur et bien souvent plus lourd que l’eau, ainsi que des objets qui en sont façonnés. A l’origine, les boîtes que l’on nomme pyxides étaient conçues dans du bois de buis (le nom anglais du buis est boxwood, autrement dit « bois à boîte »). Mais de son bois, l’on n’a pas fabriqué que des boîtes. Depuis longtemps employé pour la qualité de son bois dur et homogène, le buis est travaillé afin d’en tirer divers objets : des flûtes, des peignes, des toupies… On l’a aussi utilisé comme support d’écriture. Du bois de buis, l’on fit des tablettes que l’on enduisait ensuite de cire. On gravait les caractères une fois la cire sèche. Comme le genêt, on peut confectionner des balais et des balayettes « maison » avec un bouquet de rameaux de buis, comme le faisait ma grand-mère maternelle.

Dans nos contrées, le buis se rencontre lors de la semaine de Pâques. Le dimanche qui précède cette fête chrétienne est surtout connu comme étant le « dimanche des Rameaux ». A cette occasion, des rameaux de buis sont bénis en souvenir des palmes commémoratives que la foule agitait en criant « Hosanna ! » (louage, bénédiction en hébreu) lors de l’entrée du Christ à Jérusalem. Une fois la messe des Rameaux terminée, chacun s’empresse de rentrer chez soi afin de procéder au changement de rameaux. Ceux de l’année nouvelle sont déposés auprès des crucifix et des images pieuses, dans les étables, les granges, les ruches, les champs. C’est donc un véritable talisman, que l’on suspend au-dessus des portes et que l’on installe aux quatre coins de la maison. Ainsi, il apporte aide, protection et félicité, et écarte maléfices, mauvais sort, foudre et maladies. Quant aux anciens rameaux, ils sont communément brûlés. Selon les différentes régions d’Europe, en lieu et place du buis, on utilise d’autres végétaux : l’olivier, le laurier, le houx, le romarin, le saule, etc.
Très certainement en souvenir d’Hadès, il est d’usage de planter des rameaux de buis sur les tombes le jour des Rameaux afin d’en assurer la protection. Quant à Cybèle, bien des rites plus récents renvoient à ses attributions. Puisqu’il est question de fertilité et de fécondité, le buis béni aux Rameaux est un porte-bonheur féminin, ainsi que « celui qui a servi à bénir une nouvelle mariée pendant la cérémonie nuptiale » (3). On est bien loin de l’image de stérilité qu’on a voulu attribuer à cet arbuste. En réalité, bien des rituels des Rameaux se confondent avec ceux, plus anciens, propres au paganisme qui fête l’équinoxe de printemps à une date proche (cette année, Rameaux et équinoxe vernal tombent le même jour : le 20 mars).
Que ce soit en Languedoc, en Limousin, en Alsace ou en Charentes, les rameaux sont ornés de fruits, de fleurs, de rubans, de sucreries, de gâteaux aux formes variées (bonhomme, anneau, corne…). Par exemple, les cornuelles sont des gâteaux cornus censés chasser le diable. Les gâteaux troués sont aussi de rigueur : les conelles, des sortes de brioches creusées en leur centre, dont on dit que cela facilite leur accrochage aux rameaux de buis. En fait, ce type de gâteaux « représentait le sexe féminin pour célébrer le renouveau de la nature, le retour de la lumière et du printemps, en un mot celui de la fécondité » (4). Parfois, on confectionnait des petites pains de forme phallique, justement nommés les « pines » (ça ne s’invente pas ! ^^), « qu’il suffisait d’introduire dans la conelle pour en augmenter le pouvoir fécond, aussi bien pour les hommes que pour les cultures » (5). Cybèle en filigrane, en somme. Que l’on retrouve encore dans cette coutume alsacienne : les enfants plantent leur bouquet de houx ou de buis décorés de fleurs et de rubans dans le jardin afin d’encourager la fertilité de la terre. Ainsi qu’en Suède, où, pour « accélérer » le printemps, l’on utilise des rameaux de saule ornés de plumes, en relation avec la grue, symbole de renouveau et de fécondité. Mais tout cela n’est pas nouveau, comme nous le rappelle l’historien grec Plutarque : « Les enfants athéniens allaient au temple d’Apollon déposer leurs bouquets de verdure garnis de fruits, de pains et de gâteaux ronds » (6), afin de célébrer le retour de la végétation.

Aussi emblématique que le houx, le buis aura cependant rencontré un écho beaucoup plus favorable auprès des thérapeutes. Bien qu’il ait été décrit durant l’Antiquité gréco-romaine, je n’ai rencontré, jusqu’à présent, aucune trace le concernant au sujet de ses usages médicinaux. C’est Hildegarde de Bingen qui semble en faire état la première. Le Buxo d’Hildegarde, chaud et sec, est image de générosité. « La sève de cet arbre est saine et forte, et c’est pourquoi son bois est sain et solide », nous explique l’abbesse (7). Hildegarde avait déjà perçu les vertus dépuratives du buis. En assainissant le sang, il pouvait alors lutter contre la variole. De son suc, mêlé à de l’huile de baies de laurier, on venait à bout des douleurs goutteuses. Mais Hildegarde nous offre bien d’autres modes d’emploi, alliant sa sagacité à son inventivité. C’est ainsi qu’elle conseille de tailler une coupe dans du bois de buis et de l’emplir de vin. Celui-ci, par contact, acquière les vertus de ce bois (dans les campagnes, autrefois, les paysans ne faisaient pas autrement. Par exemple, ils creusaient une petite excavation dans du bois de lierre puis y versaient du vin ; bien sûr, il est plus pratique de placer la plante dans le vin que l’inverse). Hildegarde va encore plus loin quand elle dit que « celui qui s’en fait un bâton et le tient souvent à la main et même l’approche souvent de ses narines pour en saisir l’odeur, ou en touche ses yeux, aura la chair, la tête et les yeux beaucoup plus sains (8).
Par la suite, la thérapeutique à base de buis connaît un essor inégalé dès la Renaissance. Très franchement, à cette époque, cela se bouscule au portillon, tous le monde y va de son buis ! Pour l’un des plus grands médecins flamands de la Renaissance, Mathius Lobel (ou Lobelius), le buis possède des propriétés antidiarrhéiques et fébrifuges. Amatus Lusitanus et Martin Ruland le considèrent comme un succédané du gaïac. Il sera repéré par Lazare Rivière comme un excellent dépuratif sanguin (cf. Hildegarde), par Brassavole, Garidel, etc.
Au XVIII ème siècle, Linné rapporte qu’en Allemagne le buis jouit d’une grande réputation comme fébrifuge. Puis, à une époque où la quinine extraite du quinquina, originaire d’Amérique du sud, n’était pas constamment disponible en Europe, on avait recours au buis, à tel point que ce dernier faillit bien supplanter la quinine dans le courant du XIX ème siècle. Durant ce siècle, Cazin, qui pose le buis comme sudorifique et dépuratif, emploie cette plante dans des cas de rhumatismes chroniques, de goutte, de diarrhée et de maladies cutanées.
Pendant la Première Guerre Mondiale, Artault de Vevey met en évidence l’efficacité du buis contre les fièvres intermittentes réfractaires à la quinine. Il note aussi ses actions cholagogues et laxatives. Enfin, dans les années 1960, l’Américain Kupchan, qui travaille sur l’un des alcaloïdes du buis – la buxénine G – avance l’effet inhibiteur de cette molécule sur des cellules cancéreuses humaines.

Les rameaux du buis portent de petites feuilles coriaces et oblongues à la forte nervure centrale. Au printemps, paraissent des inflorescences jaune-vert au suave parfum de caramel : des fleurs mâles latérales et une fleur femelle terminale. Plus tard, le pistil à trois styles formera une baie emplie de graines noires, en forme de marmite : ventrue et dotée de trois « pieds ».
Le buis pousse très lentement sur les sols calcaires d’Europe (centre et sud), d’Asie (ouest) et d’Afrique (nord).
C’est une espèce ornementale taillée au même titre que l’if dans parcs et jardins. A ce propos, ne sont-ce point des buis que taille Johnny Depp dans le film Edward Scissorhand ?

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Le buis en phytothérapie

Les principaux ingrédients que peut fournir le buis dans une pratique phytothérapeutique, ce sont ses feuilles et son écorce. Le buis contient deux alcaloïdes majeurs, la buxine et la buxénine G, une résine, la parabuxine, une substance cristalline, la buxéine, des tannins, quelques traces d’essence aromatique…

Propriétés thérapeutiques

  • Dépuratif, purgatif, laxatif
  • Fébrifuge, sudorifique
  • Anti-inflammatoire, antirhumatismal
  • Désinfectant cutané, détersif, cicatrisant
  • Cholagogue
  • Activateur de la repousse capillaire, tonique du cuir chevelu

Note : le bois de buis est narcotique et sédatif.

Usages thérapeutiques

  • Troubles hépato-biliaires : insuffisance hépato-biliaire, infection des voies biliaires
  • Affections fébriles : grippe, fièvre rebelle, fièvre intermittente, paludisme (en cas d’intolérance à la quinine)
  • Douleurs rhumatismales, goutteuses, névralgiques
  • Plaie atone, infectée, gangreneuse, ulcère, brûlure
  • Calvitie, alopécie, pellicules
  • Catarrhe pulmonaire
  • Hémoptysie

Modes d’emploi

  • Infusion de feuilles : 60 grammes par litre d’eau
  • Décoction d’écorce : 30 grammes par litre d’eau
  • Alcoolature
  • Vin de buis : 60 grammes de feuilles dans un litre de vin blanc pendant huit à dix jours
  • Lotion capillaire : 40 grammes de feuilles fraîches soigneusement hachées et placées dans un demi-litre d’eau de Cologne
  • Lotion tinctoriale à base de cendres de bois de buis, de rameaux, de feuilles. Selon Matthiole, cela permet d’obtenir une teinture capillaire de couleur auburn
  • Teinture homéopathique (en interne, c’est le moins risqué)

Contre-indications et précautions d’emploi

  • Feuilles et écorce se récoltent entre les mois de mars et d’octobre.
  • Infusion et décoction de buis sont toutes deux des boissons très désagréables à avaler. Il faut alors songer à les aromatiser avec du thym, du romarin, etc. et, surtout, à bien les édulcorer. Les personnes à l’estomac fragile éviteront ces deux modes d’emploi.
  • Une intoxication au buis se traduit par les principaux désagréments que voici : nausées, vomissements, diarrhée, prostration, convulsions, troubles respiratoires. Dans le pire des cas, la mort survient par asphyxie.
  • Le buis est déconseillé chez l’enfant, la femme enceinte, la femme qui allaite, ainsi que chez les hypotendus. Il est déconseillé d’en faire un usage au long cours, emplois prolongés et doses trop élevées pouvant occasionner des dommages rénaux (néphrites…).
    _______________
    1. Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, pp. 151-152
    2. Edmond Pottier, La chouette d’Athénée, p. 533
    3. Pierre Canavaggio, Dictionnaire des superstitions et des croyances populaires, p. 40
    4. Michel Lis, Les miscellanées illustrées des plantes et des fleurs, p. 34
    5. Ibid.
    6. Nadine Cretin, Fête des fous, Saint-Jean et belles de mai, p. 44
    7. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 172
    8. Ibid. p. 173

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Buis_fleurs

L’anémone pulsatille (Anemone pulsatilla)

Anémone pulsatille

Synonymes : coquelourde, fleur de Pâques, passe-velours, fleur de vent, herbe au vent…

Penchée sur sa tige comme une cloche qui se balance au vent, l’anémone pulsatille doit son nom au latin pulsare , « agiter », « secouer », « mettre en branle » et au grec anemos, « vent ».
Il semble donc que les mots pulsatille et pulsatile (relatif aux pulsations) aient le même sens. Ce qui est loin d’être une idée ridicule compte tenu du fait que l’anémone pulsatille est un remarquable antispasmodique. Elle limite donc les spasmes. Peut-être faut-il voir là sa signature…
Pour mieux comprendre l’association de l’anémone pulsatille avec le vent, il faut se pencher sur la mythologie grecque. « Cette fleur était aux temps antiques une jolie nymphe radieuse [Chloris], courtisée par les dieux Borée, le vent du nord, et Zéphyr, le vent d’ouest. La nymphe appartenait à la cour de la déesse Flora, l’épouse de Zéphyr, qui ne supportait pas l’attirance de son mari pour la jeune fille. Alors Flora changea sa rivale en fleur qui désormais dût subir les assauts violents du vent du nord toujours amoureux » (1). Cette fleur fragile, « on ne peut en jouir longtemps, car, mal fixée et trop légère, elle tombe, détachée par celui qui lui donne son nom, le vent » (2). Cela dénote un caractère fluctuant, transitoire et éphémère, inféodé au caprice du vent.
Dans l’épisode mythique d’Aphrodite et d’Adonis, l’anémone prend une connotation plus tragique. Adonis trouve la mort lors d’une partie de chasse, éventré par un sanglier. Aphrodite, son amante, s’arrache vêtements et cheveux comme c’est de coutume dans la poésie antique dès lors qu’on souhaite suggérer une profonde douleur. Elle verse alors autant de larmes qu’Adonis a perdu de sang. Et du jeune éphèbe naît l’anémone purpurine, une fleur qui exprime la fugacité du printemps de l’homme, c’est-à-dire sa jeunesse. Elle est, plus largement, la fleur des dieux qui meurent et ressuscitent (dans le christianisme, elle est assez souvent reliée au symbolisme de la crucifixion) ; « l’anémone montre aussi la richesse et la prodigalité de la vie en même temps que sa précarité » (3).

Inexistante en Grèce, l’anémone pulsatille ne peut être l’anemônê qu’utilisèrent Hippocrate et Dioscoride comme plante emménagogue. Elle semble avoir été remarquée des Celtes. Les sources antiques sont très maigres, le Moyen-Âge ne fera pas mieux puisqu’il l’ignore royalement. Elle apparaît néanmoins clairement enluminée dans les Grandes heures d’Anne de Bretagne (1503-1508) sous le curieux nom latin d’Alius quinque digiti me et, en vieux français, sous celui de Chesnarde.
L’entrée majeure de la pulsatille dans la thérapeutique n’aura véritablement lieu qu’au XVIII ème siècle, quand bien même le sagace Matthiole aura abordé quelques-unes de ses propriétés deux siècles auparavant. On la rencontre dans les travaux du botaniste Georg Andreas Helwing (1719), puis dans les écrits du médecin autrichien Anton von Stoerck (1771) où on lui voit jouer un rôle médical (affections dartreuses, paralysie, syphilis…). Au début du XIX ème siècle, le père de l’homéopathie, Samuel Hahnemann, fait de la pulsatille un spécifique du coryza. Hufeland l’utilise contre l’amaurose en 1824 et Ramon contre la coqueluche quinteuse quatre ans plus tard. Enfin, au tout début du XX ème siècle, la pulsatille est employée comme sédatif dans diverses affections nerveuses.

C’est une plante vivace de 10 à 40 cm de haut, à feuilles divisées en segments étroits et longuement pétiolées. Les fleurs apparaissent en premier : de grosses clochettes (5-9 cm) dont la couleur va du mauve au bleu en passant par le violet rougeâtre. Six pétales pointus forment un sombre écrin à ses nombreuses étamines jaune d’or. Et, particularité de cette plante, l’extérieur de la corolle est recouvert de poils mous et soyeux. De toute manière, tout est laineux, soyeux, velu, ce que vous voudrez… chez elle, et les feuilles n’échappent pas à cette règle. Elles se développent au moment où les cloches sont déjà largement ouvertes, presque flétries. Elles portent de longs poils blanchâtres et soyeux qui s’épaississent avec le temps. Les fruits, quant à eux, sont regroupés en une tête chevelue formés d’akènes velus et oblongs, terminés par une longue arête plumeuse et persistante que le vent aidera à sa dispersion.
Plante assez commune, l’anémone pulsatille croît dans les pâturages, pelouses sèches et coteaux de presque toute l’Europe (hormis la région méditerranéenne) qu’elle ponctue, au printemps, du violet sombre de ses fleurs.
Elle a sa référence pour les sols calcaires et volcaniques pauvres, les terrains assez secs ou très bien drainés, en plein soleil, jusqu’à 1000 m d’altitude.

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L’anémone pulsatille en phytothérapie

Les parties les plus actives de cette plante sont celles qui se situent au-dessus du sol, celles qui sont donc exposées au vent. Le camphre d’anémone ou anémomine a été extrait des feuilles dès 1771. Cette substance, ainsi que les acides phénoliques et les hétérosides que la plante recèle, donnent toute sa valeur à l’anémone pulsatille.

Propriétés thérapeutiques

  • Antispasmodique puissante, sédative génitale et cardiaque (elle influence et diminue l’irritabilité et la suractivité du système nerveux ganglionnaire, diminue de façon progressive l’intensité des battements cardiaques sans modifier la pression sanguine)
  • Expectorante
  • Diurétique
  • Diaphorétique
  • Rubéfiante, vésicante
  • Antibactérienne

Note : la poudre de feuilles sèches est sternutatoire

Usages thérapeutiques

  • Spasmes génitaux (ovarite, orchite), spasmes gastro-intestinaux, spasmes respiratoires (coqueluche, asthme, toux quinteuse), éréthisme cardiovasculaire
  • Coryza
  • Douleurs menstruelles, névralgiques et céphaliques, migraine
  • Anxiété, stress, angoisse
  • Dartres, taches de rousseur

Modes d’emploi

Il est possible d’employer les feuilles fraîches en infusion ainsi qu’en cataplasme. Cependant, la meilleure option concerne quand même l’alcoolature. On obtient cette dernière en plaçant dans de l’alcool (90 à 95°), autant de plante que d’alcool, et l’on fait macérer le tout pendant huit à dix jours. Secouer de temps à autre, puis, à l’issue, passer en pressant les plantes, puis filtrer. Pour un usage interne, compter 20 à 40 gouttes par jour.

Contre-indications et précautions

Comme toutes les plantes de la famille des Renonculacées, du commun « bouton d’or » (renoncule âcre) au fatal aconit napel, il est nécessaire de ne pas procéder à la légère avec l’anémone pulsatille, même si elle n’arrive pas à la cheville de l’aconit en terme de toxicité. A l’état frais, la pulsatille est donc toxique, un aspect que l’on ne rencontre plus une fois que la plante est sèche. Celle-ci devient alors inoffensive mais inactive. Âcre et corrosive, la pulsatille fraîche peut provoquer, en externe, des érythèmes, une vésication, une ulcération, parfois même un début de gangrène. Une intoxication en interne se traduit par une brûlure de la bouche et de la gorge, des stomatites, une abondante salivation, une inflammation du tube digestif, des vomissements, de la diarrhée, une inflammation rénale, une miction douloureuse, des vertiges, des convulsions, enfin, des troubles respiratoires.


  1. Josy Marty-Dufaut, Jardin médiéval et biodiversité, p. 46
  2. Ovide, Métamorphoses, Livre 10, p. 383
  3. Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 43

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La rue, herbe de grâce

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Synonymes : rue fétide, rue puante, rue des jardins, rue domestique, rue officinale, herbe à la roue, herbe de grâce

Les origines étymologiques de la rue semblent constituer un insondable mystère. Les tentatives d’explication vont bon train. Exposons quelles sont les principales. Cette plante aux nombreux synonymes vernaculaires se fait aussi appeler péganion en référence à la manière dont les Anciens (Théophraste, Dioscoride, Galien) la désignaient : pêganon. Plutarque en donne la raison : « on prétend que la rue a reçu son nom d’après la propriété qui la caractérise : elle coagule (pêgnusi) le sperme et le sèche par sa chaleur ». Mais, en grec, on la nomme aussi rutê, latinisé en ruta, une graphie que l’on rencontre presque intégralement dans le Capitulaire de Villis (Rutam), chez Hildegarde (Rutha), et tel quel chez Macer Floridus. C’est ce nom latin de Ruta qui aura été retenu par Linné en 1753. On la surnomme parfois « herbe à la roue », sans doute par mauvaise interprétation et confusion entre rota et ruta, un mot que le docteur Henri Leclerc explique par le verbe grec signifiant « couler », possiblement en relation avec ses vertus emménagogues.

Difficile d’affirmer qu’on n’a pas tari d’éloges au sujet de la rue. Durant l’Antiquité gréco-romaine, nul doute qu’il s’agit là d’une panacée largement cultivée (Théophraste, Dioscoride, Galien, Columelle, Plutarque, Pline).
Selon Pline, c’est Mithridate IV qui en aurait découvert les propriétés et répandu l’usage. En effet, il persiste cette légende selon laquelle la belette qui veut s’affranchir des effets du venin de la vipère mange neuf jours durant des feuilles de rue (quand elle ne se roule pas sur une touffe de plantain). De cette observation, Mithridate se serait inspiré pour élaborer sa célèbre thériaque (deux noix, deux figues sèches, vingt feuilles de rue, le tout broyé et additionné d’un grain de sel, à prendre chaque matin ; en réalité, la thériaque est une composition bien plus élaborée). De là seraient nées les vertus alexipharmaques de la rue.

Sa récolte, comme toute plante douée de pouvoir, donne court à un rituel bien précis. Tout d’abord, il fallait observer un délai d’un jour solaire entre la prise de possession de la rue et son extirpation. Puis, une fois passé ce délai, dessiner un cercle autour de la plante à l’aide d’un instrument d’or, d’argent ou d’ivoire. Enfin, les jeunes pousses étaient cueillies entre le pouce et l’auriculaire de la main droite. Tout en grâce donc ! Pline recommandait de ne pas user d’instrument en fer pour la couper.

D’un point de vue strictement médical, la rue possédait de multiples vertus pour les Anciens : antispasmodique, diaphorétique, antiseptique, vermifuge, emménagogue, spécifique des maux de tête, d’yeux et d’oreilles. Si ses propriétés abortives sont relatées (la rue était d’usage courant chez les Romains en cas de grossesse indésirable), celles anaphrodisiaques le sont beaucoup moins (sur ce point, autant le dire tout net, rien n’est véritablement clair ; nous en reparlerons ultérieurement). Mais c’est en qualité d’antidote que la rue sera particulièrement vantée. Un antidote, au sens propre, est un médicament auquel on attribue la propriété de prévenir (ce que, du reste, Mithridate recherchait) ou de combattre les effets des poisons, des venins et des maladies contagieuses. Ainsi la rue est-elle bonne « contre les piqûres des scorpions, des araignées, des abeilles, des frelons et des guêpes et contre les cantharides et les salamandres ou contre les morsures de chiens enragés… On dit que les personnes ointes de son suc ou même portant sur elle de la rue ne sont pas attaquées par ces animaux malfaisants et que les serpents fuient l’odeur de la rue que l’on brûle ». Ouf ! Pas plus, pas moins. Par ailleurs, elle était, dit-on, employée en direction d’affections plus bénignes. C’est ainsi que l’on pilait des feuilles de rue fraîche dans du vin, que l’on mélangeait le tout à de la farine de graines de lin pour en confectionner des emplâtres à appliquer sur les tumeurs enflammées, quand on n’en concoctait pas, en compagnie d’origan, de sarriette, de céleri et de menthe, des gargarismes contre l’angine.

La carrière de la rue au Moyen-Âge apparaît comme une réplique beaucoup plus intense encore de ses usages antiques. Cela s’explique par le fait que bon nombre de praticiens puisent à ces mêmes sources anciennes, provoquant une étrange sensation d’écho. C’est le cas lorsqu’on a l’impression de lire Pline dans le texte mille ans après sa mort, mais dans le texte d’un autre. Au IX ème siècle, on la rencontre dans le Capitulaire de Villis, c’est donc qu’elle a fait ses armes ! En effet, on n’aurait jamais inscrit une telle plante dans ce registre si elle n’avait fait la preuve de ses talents (réels ou supposés). Le moine poète Strabo la connaissait. Cette plante au parfum âpre « combat les poisons insidieux, chassant les troubles toxiques des fibres qu’ils ont pénétrées » (1). Où l’on voit l’antidote pointer de nouveau le bout de son nez. Selon le Grand Albert, la rue serait l’antidote de l’aconit et du coloquinte, mais aussi des venins de serpents et de scorpions, de la morsure des chiens enragés (bon, ça rappelle un « peu » Pline et consorts tout de même !), alors qu’Hildegarde de Bingen la recommande comme remède contre les empoisonnements (par exemple, elle serait un antidote à « l’odeur » de la bryone). Au XVII ème siècle, bien qu’on ne soit plus au Moyen-Âge, Nicolas Lémery ne fera pas mieux (« Les rues sont […] propres pour résister aux venins […], pour les morsures des chiens enragés et des serpents. »). Même Jean Valnet, au XX ème siècle, relate ce fait dans son tome Phytothérapie !
La propension de la rue à lutter contre les maladies contagieuses semble, elle aussi, usurpée. Si le Grand Albert en fait un répulsif contre les puces, l’on trouve, dans le Petit Albert, un baume contre la peste à base de rue. De la peste à la puce, il n’y a qu’un pas, et un transporteur, le rat (il est depuis lors attesté que l’odeur de la rue fait fuir cet animal). Déjà que la qualité de la rue comme antidote face à tous les poisons et venins est très surfaite, l’on s’est bien rendu compte, au XIX ème siècle, où la peste sévit toujours, des décevantes capacités de cette plante qu’on destinait à endiguer ce sinistre fléau. Si la rue ne guérit pas la peste, du moins peut-elle faire fuir les rats et les puces qu’ils véhiculent (on note sa présence dans le vinaigre des quatre voleurs…). Répulsive, elle joue le même rôle que la tanaisie, dont on peut placer des tiges fraîches dans la niche d’un chien pour éloigner les hôtes indélicats qui l’accablent.
Son rôle sur la sexualité n’est pas, lui non plus, dénué de toute contradiction. Là encore, on a affaire à des avis très différents d’un siècle à l’autre. On remarque une certaine affinité de la rue avec la femme de par ses propriétés emménagogues (à des doses thérapeutiques normales, elle favorise les fonctions menstruelles), dont la face plus sombre (ses vertus abortives) s’explique par des doses trop élevées (elles provoquent une congestion sanguine et une stimulation des fibres musculaires utérines). Selon Macer Floridus, elle serait à même de faciliter les accouchements. Autrefois, dans les campagnes, les femmes s’appliquaient une bouillie de feuilles de rue fraîche sous les aisselles, ce qui avait pour but, non pas de stopper la lactation, mais, par l’odeur, de sevrer les enfants. Afin de minimiser l’usage de ses pouvoirs abortifs, on a fait circuler une légende selon laquelle les prostituées et les femmes ayant leurs règles qui auraient le malheur d’approcher la plante de trop près la feraient dépérir. Une autre croyance voulait que toute femme enceinte qui la frôlerait, même simplement de ses vêtements, avorterait. Afin de pleinement profiter de ses propriétés abortives, la rue était cueillie en lune décroissante. C’est, du moins, ce que nous explique le Moyen-Âge. Plus tard, lors de l’installation du jardin botanique au cœur du jardin des plantes à Paris, « les jardiniers durent mettre dans une solide cage grillagée la rue, pour la soustraire à la convoitise des prostituées désespérées » (2). C’est une pratique qui se perpétuera dans les siècles suivants. Dans certaines régions, seuls les curés pouvaient délivrer cette plante (comme aujourd’hui son huile essentielle l’est par un pharmacien), ailleurs, elle était vendue sous le manteau, parce que « c’était une plante de la nuit, que l’on cachait » (3).
Si la rue est réellement abortive (une conséquence de l’intoxication à la rue, en fait), difficile d’établir avec certitude son caractère aphrodisiaque. Selon l’école de Salerne, elle ne serait profitable qu’à la femme, éteindrait les ardeurs érotiques de l’homme (Macer) et provoquerait des désordres de l’éjaculation (Hildegarde). C’est sans doute pour cela que Jérôme Bock (1551) notera sa présence au sein des monastères : « tous les moines et religieux qui veulent se garder chastes et conserver leur pureté doivent toujours utiliser la rue dans leurs aliments et leurs boissons ». Tout au contraire, le Tacuinum sanitatis affirme que la rue « augmente la quantité de sperme et favorise le coït ».
Une autre de ses particularités, c’est sa réputation d’être un remède oculaire depuis l’Antiquité. Au Moyen-Âge, une unanimité relate ce fait (Tacuinum sanitatis, école de Salerne, Macer Floridus, Hildegarde de Bingen…), ce qui, à première vue, peut surprendre, eu égard à la phototoxicité de cette plante ! Mais il doit bien y avoir une part de vrai dans tout cela, puisqu’elle fut même utilisée sous forme de collyre par Léonard de Vinci et Michel-Ange, qui étaient loin d’être des imbéciles, afin de lutter contre la fatigue oculaire.
Outre cela, elle aiguise l’esprit et fortifie le cerveau, elle est bonne pour l’estomac et les intestins, abat les vapeurs (la fièvre) et s’oppose à de nombreuses douleurs (goutteuses, auriculaires, pulmonaires, hépatiques, rénales, musculaires, articulaires). Ensuite, n’omettons pas de mentionner une propriété que la rue partage avec l’absinthe et la tanaisie entre autres : elle chasse les vers, tant intestinaux que cutanés. Pour finir, elle était également employée dans les cas suivants : dysenterie, toux, maux de tête, saignement de nez, herpès, ulcère, feu sacré…

En toute fin de Moyen-Âge, la médecine est encore fortement imbibée de pratiques magiques. Aussi retrouve-t-on la rue dans l’attirail magique des médecins, et cela aussi bien pour soigner des maux physiques que ceux émanant d’une autre dimension. Dans le Montferrat, où on l’appelle erba alegra (l’herbe d’allégresse), elle permet de chasser l’hypocondrie (Hildegarde l’indiquait déjà contre tristesse, chagrin et mélancolie). En 1629, le médecin Piperno propose, dans son De magicis affectibus, un remède contre l’épilepsie et le vertige. Selon lui, il fallait suspendre à son cou de la rue tout en prononçant une formule magique de renonciation au diable, et en invoquant Jésus.
La rue avait vertu préservative : en Allemagne, on la plantait dans les jardins, près des habitations afin d’en éloigner les mauvais esprits et les sortilèges. Dans les Abruzzes, c’était un talisman contre les sorcières, en Toscane contre le mauvais œil, à Venise, installée dans la maison, un porte-bonheur.
Frotter les sols avec une décoction de rue ou en faire brûler les graines sur un charbon ardent permettait de purifier les lieux. Durant le 16 ème siècle, où elle est encore populaire et réputée, inquisiteurs et autres exorcistes se servaient de la rue comme d’un détecteur de « sorcières » ainsi que pour chasser les démons qui tourmentaient les possédés et la folie provoquée par des incantations magiques.
Tandis que Matthiole (1554) restera très bref à propos des propriétés de la rue, Tabernaemontanus (1588, 1613) en fera l’apologie. Puis, elle sera de plus en plus confinée à la pratique populaire (ici, c’est une panacée – Otrente : « la ruta ogni male stuta » –, là une plante de mauvaise réputation…). Enfin, aux XVIII ème et XIX ème siècles, un lent déclin s’amorce pour la rue, malgré la pugnacité de certains de ses ardents défenseurs (Kneipp…).

Plante à l’odeur désagréable, d’où son qualificatif de fétide (graveolens, « puant »), la rue est un petit sous-arbrisseau semper virens qui appartient à la même famille botanique que le citronnier et les autres agrumes, les Rutacées. Ses feuilles, très aromatiques, à la saveur âpre et amère, bleuâtres à glauques, profondément lobées, sont couvertes de glandes contenant une essence à l’odeur forte. Dans son état naturel, on la trouve en Italie méridionale et dans les Balkans. C’est cela qui explique qu’elle apprécie les terrains secs et arides, les rocailles et les rochers ensoleillés…

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La rue en phytothérapie

De cette plante, on utilise toutes les parties à l’exclusion des racines. La rue n’apprécie guère la dessiccation, mieux vaut alors opter pour de la rue fraîche. On remarque chez cette plante la présence d’une substance dont le sarrasin est riche, la rutine, ainsi qu’une essence aromatique dont on tire une huile essentielle assez particulière et dont nous reparlerons plus loin.

Propriétés thérapeutiques

  • Emménagogue
  • Antispasmodique
  • Sudorifique, diaphorétique
  • Stimulante
  • Antihémorragique
  • Rubéfiante, détersive
  • Vermifuge, antiparasitaire, insecticide, répulsive (animaux domestiques, serpents, rats…)

Usages thérapeutiques

  • Absence et insuffisance des règles, leucorrhée
  • Troubles gastro-intestinaux : constipation, colique, flatulences, inertie intestinale, crampe d’estomac
  • Hystérie, convulsion, épilepsie, chorée
  • Blessure, contusion, ulcère atone, ulcération gingivale, verrue
  • Poux, gale, teigne, ascarides
  • Hypertension, palpitations
  • Ozène, catarrhe pulmonaire bronchique
  • Sciatique
  • Polyurie

Modes d’emploi

  • A destination d’un usage interne, l’on peut procéder à l’infusion et à la décoction. La poudre de feuille est aussi envisageable, bien que moins active, ce que soulignait déjà Hildegarde de Bingen. Il existe une teinture homéopathique intervenant en traumatologie, en rhumatologie ainsi qu’en ophtalmie. Quant à la teinture-mère de rue, elle devrait être l’objet de précaution eu égard aux effets qu’elle produit (cf. infra).
  • Pour l’usage externe, il est possible de confectionner un macérât huileux de la même façon qu’avec le calendula, la pâquerette et le millepertuis, par exemple.

Contre-indications et remarques

  • L’huile essentielle de rue est obtenue en distillant les parties aérienne par distillation à la vapeur d’eau. Ce liquide incolore à jaunâtre possède une forte odeur aromatique (vineuse, fétide) et une saveur à l’âcreté prononcée. Elle contient principalement des cétones (90 %), dont la méthyl-nonyl cétone (ou 2-undécanone) et la méthyl-heptyl cétone (ou 2-nonanone). La première de ces molécules est recherchée comme agent répulsif pour animaux domestiques (elle provoque une vive irritation des voies respiratoires et une baisse de la fréquence cardiaque). Le caractère neurotoxique et potentiellement abortif de ces deux molécules font de cette huile essentielle un produit aussi virulent que les huiles essentielles d’absinthe, de thuya ou d’armoise. Elle est, de fait, placée sous strict monopole pharmaceutique et interdite à la vente libre en France (cf. JO n°182 du 8 août 2007). De plus, la rue, tout comme la grande berce et la plupart des agrumes, contient des coumarines. Cela fait de cette plante une espèce végétale phototoxique et susceptible de provoquer des dermatites après ingestion et exposition au soleil. A l’état frais, par simple contact avec cette plante irritante et vésicante, des dermatites peuvent survenir.
  • En interne, à doses un peu plus élevées que la moyenne, la rue fraîche provoque de violents désordres : inflammation gastro-intestinale, tuméfaction de la langue et du pharynx, excitation suivie d’abattement, vertiges, tremblements, convulsion, affaiblissement du pouls, refroidissement, douleurs articulaires, inflammation utérine, hémorragie utérine… de quoi dissuader quiconque souhaiterait lui voir jouer son rôle de « faiseuse d’ange »…
  • En interne toujours, la teinture-mère de rue fétide, à des doses moyennes, est susceptible de causer de nombreux désagréments : idées noires, rêves pénibles, cauchemars, sensation de froid, grelottement, migraine, vertige, affaiblissement de la vision, douleurs musculaires, étouffement, vomissement, diarrhée, polyurie, excitation génitale…

Note : en conclusion, l’on constate qu’à des doses inadaptées, la rue provoque en grande partie ce qu’elle élimine à doses justes et mesurées.

  • En cuisine, elle est encore présente dans quelques préparations. On la trouve dans la fameuse grappa, une eau-de-vie de marc, mais aussi comme herbe fine dans sauces et omelettes, bien que beaucoup plus rarement que durant l’Antiquité et le Moyen-Âge où elle était une fine herbe courante.

  1. Strabon, Hortulus, p. 22
  2. Bernard Bertrand, L’herbier toxique, p. 168
  3. Christophe Auray, Remèdes traditionnels de paysans, p. 123

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Planche extraite du Tacuinum sanitatis montrant la rue

Planche extraite du Tacuinum sanitatis montrant la rue

Le poirier (Pyrus communis)

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Nous avons dit du pommier qu’il était typiquement d’origine européenne. Ce n’est pas le cas du poirier qui proviendrait d’Asie mineure, peut-être même du Cachemire. Et encore parlons-nous des poiriers primitifs, non des poiriers domestiques. Le poirier, tel que nous le connaissons aujourd’hui, est le résultat d’hybridations entre plusieurs espèces ancestrales, dont très certainement le poirier sauvage (Pyrus pyraster) qu’on rencontre assez fréquemment dans les bois, les terrains vagues, les talus de toute la France. Quand on compare ce poirier sauvage et n’importe quel poirier commun, on se rend rapidement compte des mutations qui ont eu lieu : ce poirier sauvage porte des rameaux dressés et épineux (les épines ont disparu chez le poirier commun), de longues feuilles vert foncé (elles sont plutôt rondes chez le commun). L’unique ressemblance réside au niveau des fleurs composées de cinq pétales blancs. Quant aux petites poires du poirier sauvage, leur âpreté explique sans doute pourquoi cet arbre fruitier a subi de multiples transformations au fil des siècles. L’astringence de ces fruits en faisait une provende négligeable alors que les très nombreuses variétés horticoles de poires (Belle angevine, Bergamote de Pentecôte, Citron des Carmes, Doyenné du Comice, Louise-bonne, Passe-crassane, Cuisse-madame, etc.) ont aboli ce caractère sauvage.

Déjà connu des populations européennes préhistoriques, le poirier a traversé le détroit des Dardanelles (le poirier se nomme darda en albanais ; c’est ce mot qui a donné son nom au célèbre détroit) à une époque relativement ancienne, passant alors de l’Asie à l’Europe. De là, il gagne assez rapidement les Balkans. Il sera très abondant dans le Péloponnèse, une région que l’on surnommera Apia avec raison. En effet, Apio est le nom grec du poirier. C’est ainsi que Théophraste l’appellera Apion, alors qu’Homère relate l’existence d’un curieux Ogchné. Par la suite, le poirier transite des Balkans à l’empire romain. Au II ème siècle avant J.-C., Caton l’ancien mentionne six sortes de poires. Deux siècles plus tard, le naturaliste Pline en dénombre plus d’une trentaine ! Cette inflation ne doit pas nous faire omettre de préciser que ces poires demeuraient néanmoins âpres et astringentes. Aussi, de ces poires confectionnait-on des poirés et des résinés, toutes boissons interdites aux malades par leur médecin. Voilà déjà que le pirus, ainsi qu’on l’appelait chez les Romains, n’avait pas bonne presse. Lorsque nous avons abordé le pommier, nous avons souligné le fait que la pomme s’est déplacée de la déesse Héra à la déesse Aphrodite, et qu’Héra conserva pour elle le poirier. C’est un fait, puisqu’on rencontre parfois une Héra Apia, cette épiclèse faisant bien évidemment référence au poirier. Certains temples dédiés à cette divinité étaient en partie fabriqués à base de bois de poirier, un arbre dont on façonnait des statues à l’effigie de la déesse. Il n’en reste pas moins que le poirier aura une valeur cultuelle bien en-deçà de celle du pommier. Il est dit que la poire aurait été un symbole d’Aphrodite, puisque ce fruit est chargé d’une dimension érotique en raison de sa saveur douce, de son suc abondant et de sa forme typiquement féminine. Au Ier siècle après J.-C., l’agronome Columelle mentionne une poire d’amour (pira venerea). Mais allier les caractéristiques modernes de la poire avec Aphrodite/Vénus, c’est, sans doute, aller un peu vite en besogne, sachant le caractère presque incomestible de la poire durant l’Antiquité.
Tandis que la pomme occupe une place solaire toute faite d’immortalité et de puissance, la rudesse des symboles associés au poirier en fera un arbre lunaire attaché au royaume des morts. Sa brève et fragile floraison en fait un arbre de deuil, sa fleur blanche soulignant le caractère éphémère de l’existence (Japon, Chine).
De nombreuses contradictions concernent le poirier et son fruit. Par exemple, les Romains attribuèrent deux significations au mot pirus : le nom de la poire et celui des organes génitaux masculins. Mais, en tant qu’arbre relativement peu sacré, on vit en lui une forme « négative » du pommier, son fruit n’étant alors considéré que comme une représentation grossièrement caricaturale du corps féminin. « En Chine, des amants n’y partageraient jamais une poire, car le mot qui la désigne est homonyme du mot pour séparation » (1). Il n’y a donc pas que la pomme qui fait preuve d’échos discordants. Le poirier restera une essence dédaignée et mésestimée durant des siècles. Plus craint que vénéré, de nombreuses coutumes « folkloriques » attestent de cela. D’aspect sinistre, le bois de poirier pourrit facilement et, à l’état sec, il craque beaucoup en vieillissant. C’est ce qui a fait croire qu’il était habité d’esprits mauvais, que l’on chassait en faisant brûler la mousse qui pousse sur son tronc. Ceux qui avaient mal aux dents devaient s’en prendre (physiquement) à un poirier jusqu’à ce que cesse leur mal. Ces rites, plus païens que folkloriques, semblent être les héritiers de pratiques beaucoup plus anciennes, comme celle à laquelle se livraient des chasseurs à Auxerre, en Bourgogne. Il y avait là un poirier auprès duquel ils apportaient les têtes des animaux qu’ils avaient tués à la chasse. Ce poirier finira par être arraché et brûlé par saint Amâtre l’évêque d’Auxerre au V ème siècle après J.-C.
Bien qu’Albrecht Dürer représentera une vierge à la poire en 1526 et que la vierge noire de la cathédrale de Chartes ait été sculptée dans du poirier, cet arbre restera à couteaux tirés avec le christianisme. Voici deux anecdotes à même d’illustrer notre propos : « Un jour, un brave curé avait voulu  »faire moderne » en remplaçant les saints de pierre de son église en autant de sculptures, taillées dans le bois des poiriers d’un verger voisin. Étonné que ses ouailles ne se recueillent pas devant ces  »nouveaux saints », il s’entendit répondre par l’une d’elles :  »Comment voulez-vous que je prie devant elles, je les ai connues poirier ? » » (2). En Italie, « un paysan sicilien, voyant qu’avec le bois d’un poirier stérile on allait façonner un crucifix, lui lança ce vers comique :  »Tu n’as pas fait de poires et tu veux faire des miracles ? » » (3). Assez mi-figue mi-raisin tout cela quand même !
La poire, c’est aussi la vanité et l’orgueil (« ne pas se prendre pour la queue d’une poire »), mais aussi la bêtise et la naïveté (« la bonne poire »). C’est également la sombre brutalité de la torture : c’est ce que nous rappelle l’engin connu sous le nom de « poire d’angoisse ». En forme de piridion, cet objet était fiché dans la bouche des suppliciés, puis actionné par un système de vis et de ressorts.

La vierge à la poire, Albrecht Dürer, 1526

La vierge à la poire, Albrecht Dürer, 1526

Au Moyen-Âge (du moins entre le IX ème et XII ème siècle), la poire est encore loin d’avoir acquis les lettres de noblesse qu’on lui connaît aujourd’hui. Bien qu’inscrite au Capitulaire de Villis comme espèce végétale indispensable, la poire ne trouve que des usages relativement limités : elle était impérativement cuite au vin ou à l’hypocras pour des raisons que nous explique l’école de Salerne : « La poire ne vaut rien sans vin. Si vous la mangez en compote, c’est un excellent antidote. Mais poire crue est un poison ». Hildegarde partagera cette opinion et en déconseillera la consommation quand les poires sont crues, car « elles produisent en l’homme des humeurs mauvaises quand elles ne sont pas cuites » (4). Au siècle d’Hildegarde, on évoque encore l’âpreté de la poire. En revanche, une fois cuite, elle devient un excellent médicament dépuratif, purgatif et antitussif. Le Bibaum d’Hildegarde (Birnbaum est l’actuel nom allemand du poirier) sera très peu plébiscité par l’abbesse qui met en garde contre les racines, la sève, jusqu’aux feuilles même du poirier. Selon elle, les seules choses dignes d’intérêt chez le poirier, c’est son gui ainsi que la rosée recueillie sur ses feuilles, bonne pour éclaircir la vue. Mais il s’agit là de tout autre chose…

Le poirier en phytothérapie

Du poirier, la phytothérapie aura surtout retenu les feuilles à l’état jeune, ainsi que le fruit, l’écorce dans une moindre mesure. Selon les parties considérées, on trouve différents principes actifs. Comme toutes les écorces, celle du poirier contient des tannins. Dans les feuilles, on a découvert une substance dont la busserole (Arctostaphylos uva-ursi) est riche : l’arbutine. Quant au fruit, outre sa haute teneur en sucre (lévulose), il est particulièrement nanti de vitamines (A, B1, B2, C…) et de sels minéraux (sodium, calcium, phosphore, soufre, magnésium, potassium, zinc, chlore, fer, cuivre, iode, arsenic, manganèse…). A quantité égale, cela en fait un fruit nutritivement aussi intéressant que la pomme, bien que plus calorique en moyenne (60 calories aux 100 g). Notons aussi la présence de pectine et de tannins dans la poire.

Propriétés thérapeutiques

  • Écorce : astringente, fébrifuge légère
  • Feuilles : diurétiques, éliminatrices de l’acide urique, anti-inflammatoires, sédatives et antiseptiques des voies urinaires
  • Poire : diurétique, éliminatrice de l’acide urique, dépurative, déconstipante, laxative, nutritive, reminéralisante, sédative, rafraîchissante

Usages thérapeutiques

  • Écorce : ulcère cutané, plaie atone
  • Feuilles : infections urinaires (colibacillose, cystite), oligurie, lithiase urinaire, affections prostatiques (prostatisme), rhumatismes, goutte
  • Poire : asthénie, anémie, surmenage, convalescence, grossesse, diarrhée, constipation, tuberculose (adjuvant), rhumatismes, goutte, arthrite, diabète (le lévulose contenu dans la poire en autorise la consommation par le diabétique)

Modes d’emploi

  • Cure de poires : 0,5 à 1,5 kg par jour pendant deux jours
  • Décoction de feuilles : 50 g par litre d’eau pendant deux minutes sur feu vif ; puis vingt minutes en infusion hors du feu
  • Décoction d’écorce : 50 g par litre d’eau pendant vingt minutes

Contre-indications et remarques

  • La poire crue peut être parfois difficilement digestible par certains estomacs délicats. Il faudra alors la préférer cuite.
  • Une consommation régulière de poire a pour effet d’abaisser la tension artérielle.
  • Le poiré est une boisson fermentée à base de poires. Très diurétique et déconstipant, il possède aussi des vertus excitantes. Les nerveux l’éviteront.
  • En cuisine, les usages de la poire ne manquent pas : confitures, compotes, sirops, boissons, pâtisseries…
  • L’élixir floral de fleurs de poirier permet un rééquilibrage et une meilleure aisance corporelle. Il équilibre la colonne vertébrale et favorise l’alignement du corps dans son axe vertical. Il nous invite donc à faire le poirier, en somme.

  1. David Fontana, Le nouveau langage secret des symboles, p. 41
  2. Michel Lis, Les miscellanées illustrées des plantes et des fleurs, p. 101
  3. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, p. 298
  4. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 161

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Le pommier (Malus communis)

Pommier_fleurs

Le pommier est une espèce très anciennement connue et cultivée. Il apparaît que nos pommiers actuels sont le fruit d’hybridations multiples, dont les premières origines remontent au néolithique. Les pommiers sauvages européens sont très certainement les ancêtres des pommiers modernes, et, contrairement aux pêchers et autres cerisiers, le pommier ne serait pas issu du territoire asiatique, du moins est-ce la thèse proposée par Paul-Victor Fournier. Il a été dit que le pommier aurait été localisé en Palestine ainsi qu’en Égypte entre le XIII ème et le X ème siècle avant J.-C. « Les plantations de Ramsès II dont on fait état et les textes bibliques que les traducteurs rapportent au pommier ne peuvent s’entendre d’un arbre qui ne supporte pas le climat de l’Orient » (1). En revanche, le pommier était beaucoup plus répandu chez les Grecs et les Romains en particulier. Du temps de Pline, on connaissait une trentaine de pommiers différents, employés tant pour leurs vertus médicinales qu’alimentaires. Les pommes étaient mangées crues ou cuites à la vapeur, sous la cendre, dans du vin ; on en faisait des marmelades, etc. Il est également dit que les Romains faisaient des pépins de pomme un usage particulier : ayant connaissance du poison qu’ils contiennent, ils s’en servaient lors des exécutions. Cependant, cela reste sujet à controverse du fait de la maigre teneur d’hétérosides cyanogénétiques qu’on y trouve…

Au IX ème siècle, le pommier est présent dans les jardins de l’abbaye de Saint-Gall (Suisse), et inscrit sous le nom de pomarius dans le Capitulaire de Villis carolingien. Il est en faveur à cette époque médiévale, en particulier pour les vertus médicinales de ses feuilles (affections de la rate, du foie, de l’estomac et des intestins), de sa sève (douleurs goutteuses, rénales et stomacales), parfois même de la mousse qui pousse sur son tronc !
Celui qu’Hildegarde appelait Affaldra (un terme proche de l’actuel mot allemand servant à désigner cet arbre : apfelbaum) avait la réputation de donner des fruits digestes pour les bien-portants, même crus. Par contre, Hildegarde les déconseille aux malades, à l’exclusion des vieilles pommes flétries, davantage profitables.
Du côté de l’Italie, l’on met en évidence les propriétés laxatives de la pomme. L’école de Salerne se fendra d’un vers on ne peut plus explicite : post pomum vade cacatum (« après la pomme allez en quelque lieu secret, où vous puissiez en paix laisser votre paquet » !)

Siècle après siècle, nombreux furent les praticiens à employer les différentes parties du pommier. Ainsi de Tabernaemontanus (16 ème siècle) qui destine l’eau distillée des fleurs aux soins de la peau et aux rougeurs du visage ; Simon Pauli (17 ème siècle) recommande la pomme pourrie cuite sous la cendre pour confectionner des cataplasmes applicables sur la gangrène afin d’en limiter la propagation ; Jean-Baptiste Chomel (18 ème siècle) établit quant à lui des propriétés majeures de la pomme (pectorale, antitussive et rafraîchissante) ; le professeur Léon Binet (20 ème siècle) mettra en évidence les propriétés cardiotoniques des pelures de pomme.
Le pommier fut l’objet d’une multitude de préparations magistrales et d’usages populaires. Par exemple, l’écorce de pommier, jugée tonique et astringente, fut utilisée dans les campagnes pour soigner les diarrhées. Quant à la pomme elle-même, elle servait d’agent externe dans des préparations destinées à frictionner la peau ou à panser les plaies et les blessures. On a, très justement, appelé ces préparations des pommades ! Par exemple, pour soigner une blessure, on préparait une pommade à base de jus de pomme et d’huile d’olive. Autrement, un cataplasme de pomme cuite au four puis écrasée et éventuellement mêlée à du saindoux, faisait l’affaire.
Les apothicaires s’emparèrent de la pomme. Certains eurent leur préférence pour la pomme de reinette, d’autres pour la « transparente blanche ». Sur cette base, ils élaborèrent des infusions, des potions, ainsi que des sirops, dont l’un d’eux, le sirop de pomme du roi Sapor, savant mélange de pomme, de bourrache, de buglosse, de safran, etc., fut très en vogue.

Venons-en maintenant à l’aspect symbolique, mythologique et spirituel de la pomme. Cela n’est pas de la tarte de tout bien démêler tant les informations au sujet de ce fruit sont denses et nombreuses.
Si l’on observe les mythologies scandinave, germanique, celtique et grecque, il en ressort une impression très particulière : on a la sensation que la pomme est partout présente, comme si elle était le Fruit par excellence. Son nom latin de pomum y est sans doute pour quelque chose. En effet, il ne désigne pas que l’unique pomme : il est le nom générique des fruits à pépins ou à graines. Aussi pomum peut-il désigner autant la pomme que la poire, la grenade, la figue, le coing, etc. Mais, par contresens, on en est venu à traduire le mot pomum par pomme, « un sens exclusif qu’il n’eut jamais » (2). Pourtant, la déesse Pomona, qui règne sur l’ensemble des arbres fruitiers, devrait nous rappeler qu’il n’est pas permis de limiter le nom latin pomum au seul fruit qu’on appelle aujourd’hui la pomme. C’est ce qui fera dire à Angelo de Gubernatis que, « avec le nom de pomum, la pomme a hérité de tous les mythes où les poma jouent un rôle » (3). Quant aux Grecs, ils utilisaient un mot unique servant à désigner les fruits listés plus haut : mèlon.

Dans la mythologie grecque, la pomme est assez souvent présentée comme attribut d’Éros, mais surtout comme celui de sa mère, Aphrodite (il en va de même de Vénus dont l’art statuaire la représentera tenant une pomme dans la main). La pomme serait donc, de fait, un symbole d’amour, de génération et d’immortalité. Expliquons pourquoi en choisissant des extraits de la mythologie grecque.
« Au mariage de la déesse grecque Thétis, Éris (la Discorde) suggéra qu’une pomme d’or soit remise à la plus belle des femmes présentes. Les déesses Héra, Athéna et Aphrodite revendiquèrent toutes les trois ce titre. Zeus demanda à Pâris, le fils du roi de Troie Priam, de départager les concurrentes. Pâris offrit la pomme à Aphrodite, qui lui promit qu’il serait aimé de toute femme qu’il choisirait et lui décrivit les charmes d’Hélène, l’épouse du roi de Sparte Ménélas. Pâris séduisit Hélène et l’enleva, ce qui provoqua la guerre de Troie » (4). L’on entrevoit dès lors le caractère ambivalent de la pomme qui n’évoque pas ici l’amour chaste (Athéna) ni l’amour conjugal (Héra), mais l’amour érotique et l’adultère, la convoitise et la concupiscence, à travers la figure d’Aphrodite, déesse des unions clandestines et du désir passionné et aveugle. C’est de ce fragment mythologique qu’est née l’expression « pomme de la discorde ».

Le jugement de Pâris, par Rubens (1639)

Le jugement de Pâris, par Rubens (1639)

Avant même que la pomme fut attribuée à Aphrodite, le pommier était, avec le poirier, sous le patronage de la déesse Héra, à laquelle on avait offert, lors de son mariage, un pommier aux pommes d’or, habituellement connu sous le nom de pommier du jardin des Hespérides (par « pommes d’or », il ne faut pas entendre par là un véritable fruit, mais une métaphore) et convoité par Hercule, dont le onzième travail est de s’emparer des pommes d’or. Initialement gardé par Atlas, ce jardin fut confié à ses trois filles, les Hespérides (Hesperia, Aeglé et Erythie). Peu soucieuses, elles volaient les pommes. Héra dut se résoudre à faire monter la garde par un dragon duquel, pensait-elle, personne n’oserait s’approcher. Mais c’était sans compter sur le rusé Hercule qui, bernant Atlas, déroba les pommes avant de se rendre à son ultime travail : faire sortir Cerbère des Enfers et mettre en évidence la nature immortelle des pommes du jardin des Hespérides. Après ce vol, il ne resta plus à Héra que la poire qui est, dit-on, une pomme déformée, donc imparfaite…
Ce mythe forme un intéressant contrepoint avec celui dans lequel on rencontre Jason et les Argonautes dont l’objet de la quête n’est autre que la toison d’or qui est, tout comme les pommes d’or, étroitement surveillée par un gigantesque serpent. Deux héros, deux objets de quête, deux défenseurs, mais deux destins différents : si Hercule est un demi-dieu, Jason n’est qu’un mortel. Et c’est là que la symbolique se divise, quand bien même il existe, entre les pommes et la toison, plus d’un lien : si nous savons que le mot mèlon désigne entre autres la pomme, il fait aussi référence au petit bétail (mouton, chèvre). Or, qu’est donc la toison d’or sinon une peau de bélier ?

Quittons la presqu’île balkanique et remontons plus au nord. On rencontre la pomme dans la mythologie germanique. La déesse de « l’amour, du mariage et de la maternité » (une compilation d’Aphrodite, d’Héra et d’Artémis en quelque sorte), Freyja, porte une pomme comme attribut, tandis que, plus au nord encore, la déesse Idhuna s’identifie avec l’arbre de l’immortalité qui se trouve être un pommier. L’on voit ici se profiler les deux principaux symboles qu’incarne la pomme, l’amour et l’immortalité. En effet, Idhuna, « la toujours jeune », a en sa possession des pommes d’or, assurant une jeunesse éternelle aux dieux. La pomme y est décrite comme étant un fruit régénérateur et l’on en extrait un jus qui joue à peu de chose près le même rôle que l’ambroisie olympienne, c’est-à-dire un « nectar » perpétuant l’immortalité des dieux (5).
Du côté de la tradition celtique, des motifs similaires se répètent. La pomme est une nourriture miraculeuse apportant sagesse, connaissance, science, révélation et magie (Merlin n’enseignait-il pas à l’ombre d’un pommier ?). On rencontre, une fois de plus, l’idée de renouvellement et de perpétuelle jeunesse, de fraîcheur, qui rappelle qu’Alexandre le Grand serait parti en Inde pour y rechercher une eau de vie, parce que, disait-on, là-bas, des prêtres, qui buvaient de cette eau, vivaient pendant des siècles.
Bref. L’immortalité, davantage que l’amour, est au cœur du symbolisme celte de la pomme. Le pommier, cet arbre de l’autre monde, est une source intarissable de vie et de santé, et la pomme est typiquement un fruit divin, objet de la convoitise des hommes.
Pour les Celtes, le pommier est partout : l’Ynis Afallach, autrement dit, la latinisée Insula pomorum (ou Insula Avallonis), est l’île de la pomme, l’île de la pommeraie : la célèbre Avallon mythique (6) qui abrite les pommiers magiques dont la surveillance est assurée par Morgane. Ces pommiers forment un bosquet sacré.
On ne peut donc pas s’étonner de retrouver le pommier au sein de l’alphabet oghamique. L’ogham fabriqué à base de bois de pommier porte le nom de Quert. C’est un ogham qui incarne bien des symboliques que nous avons rencontrées jusque là : la santé, la vitalité, la jeunesse, la beauté, l’art, l’amour. Il rend compte de la nécessité de se purifier et de se régénérer corporellement (7). De plus, il invite à se questionner sur l’achèvement de la vie et sur sa posture face à la mort.
Les pommes d’or du jardin des Hespérides ainsi que celles que garde Morgane sur Avallon impliquent, bien entendu, une symbolique solaire. En Lettonie, le pommier est considéré comme un arbre solaire et les pommes décoratives du solstice d’hiver sont le signe de la renaissance de la lumière. « D’après une légende populaire du Hanovre […] une jeune fille descend à l’enfer par un escalier qui se présente à ses yeux sous le pommier de la basse-cour de la maison. Elle voit un jardin, où le soleil semble encore plus beau que sur la terre, les arbres sont en fleurs et chargés de fruits. La jeune fille remplit son tablier de pommes, qui deviennent d’or dès qu’elle revient sur la terre » (8). Cette descente aux enfers se solde par un savoir, une connaissance supérieurs (les secrets de la vie, de la mort, de l’au-delà, de la guérison, de la santé et de l’amour). Il s’agit là d’un conte qui rappelle assez celui de La jeune fille sans mains.

Maintenant, nous allons avoir tout le loisir de constater que le légendaire chrétien a réservé à la pomme des attributions dont la communauté avec ce que nous avons exposé jusque là ne fait pas de doute. Mais, d’un autre côté, la pomme chrétienne s’en détache résolument. L’on connaît tous l’épisode biblique durant lequel la « fautive » Eve croque dans une pomme, ce qui lui vaut, ainsi qu’à Adam, son expulsion du Paradis. C’est ce que nous explique la Genèse à propos de ce fruit capable « d’ouvrir l’intelligence ». Le hic, c’est que nulle part dans la Bible la pomme est mentionnée explicitement. L’on sait que ce fruit est présenté comme celui de l’arbre du bien et du mal. Pour les chrétiens d’Occident, la pomme serait le fruit le plus à même de correspondre à celui de l’arbre de la connaissance. Et la tentation d’Eve va coller à la pomme comme une seconde peau. Or, l’idée de tentation et de péché annexée à la pomme n’est, pour Paul-Victor Fournier, qu’un enfantillage procédant d’une énorme confusion. Nous avons dit plus haut que chez les Grecs, le mot mèlon s’appliquait à l’ensemble des fruits à graines et à pépins. Pour le christianisme, le mot latin qui désigne la pomme est malum (le mot malus est l’actuel nom latin scientifique du pommier). Mais malum, c’est aussi le mal. On comprend un peu mieux pourquoi la pomme fut choisie pour symboliser le mal dans lequel Eve, sous les conseils du serpent, a croqué. Croquer la pomme peut alors signifier deux choses : abuser de sa sensibilité pour désirer le mal et abuser de son intelligence et de sa liberté pour le commettre.
Si l’identité botanique de l’arbre de la connaissance est sujette à caution, on a voulu voir dans cet arbre un figuier, en relation avec les feuilles dont Eve et Adam se parent afin de masquer leur nudité. Mais aussi la mandragore, dont on dit qu’elle serait née de la semence d’Adam assoupi, attendant la venue d’Eve. Contrairement au pommier absent de la Bible, la mandragore y est bel et bien mentionnée. Ses fruits, en forme de petites pommes, entretiennent le trouble, d’autant que la mandragore fut autrefois appelée malum terrae : elle est donc aussi bien une « pomme de la terre » qu’un « mal issu de la terre »… Mais, me direz-vous, la mandragore n’est pas un arbre. S’il est permis de penser que l’arbre de la connaissance du bien et du mal est une mandragore, il faudrait alors entendre le mot « arbre » comme une manière amphigourique de désigner la mandragore.
Beaucoup plus tard, afin d’amoindrir les symboliques chrétiennes de la pomme, on dira qu’elle est la matérialisation de la parole divine et de la rédemption (au Moyen-Âge, on représente Jésus et Marie une pomme à la main).

Tout comme la pomme de discorde de Pâris, avec la pomme d’Eve il est question de choix. « Suivant l’analyse de Paul Diel, la pomme, par sa forme sphérique, signifierait globalement les désirs terrestres ou la complaisance en ces désirs. L’interdit prononcé par Yahvé mettrait l’homme en garde contre la prédominance de ces désirs, qui l’entraînent vers une vie matérialiste par une sorte de régression, à l’opposé de la vie spiritualisée, qui est le sens de l’évolution progressive. Cet avertissement divin donne à connaître à l’homme deux directions et à choisir entre la voie des désirs terrestres et celle de la spiritualité. La pomme serait le symbole de cette connaissance et de la mise en présence d’une nécessité, celle de choisir » (9). Le choix peut s’expliquer par la simplicité et la rusticité de la pomme, au regard de son aspect rassurant et de sa rotondité rappelant le monde. L’abondance, la prospérité, la puissance et, nous l’avons souligné, la liberté et la connaissance, font de la pomme un symbole complexe contenant l’homme mais duquel ce dernier est, dans le même temps, exclu.
J’ignore qui, le premier, aura remarqué que, lorsqu’on coupe une pomme perpendiculairement au pédoncule, l’on voit une étoile à cinq branches formée par les réceptacles dans lesquels logent les pépins. Leur disposition dessine un pentagramme. Le nombre cinq, formé du trois masculin et du deux féminin, était, selon les pythagoriciens, le nombre de l’amour et de l’harmonie (10). On y a aussi vu les quatre éléments – Eau, Terre, Feu, Air – réunis dans un cinquième, la quintessence. Il a même été dit que l’enclosement du pentagramme au cœur même de la chair de la pomme, mais sans jamais faire partie de celle-ci, représentait l’involution de l’esprit dans la matière charnelle. L’inquiétude de l’homme vis-à-vis de la pomme trouve sa source dans le fait que, bien qu’on puisse la tourner dans tous les sens, la pomme place l’homme devant une forme d’initiation, de connaissance jamais acquise sans danger. Elle lui rappelle la vigueur du désir perturbateur qui n’est qu’illusion et, par-dessus tout, l’immortalité qui ne lui est pas réservée.

Pomme_pentagramme

Bien loin des dieux, l’homme du peuple s’est, lui aussi, emparé de la pomme. L’on devinera dans les lignes qui vont suivre, comme une forme d’héritage symbolique qui a su se perpétuer dans bien des pays européens. A travers ces divers rites, la pomme a valeur pré-nuptiale et mariale, mais c’est aussi elle qui détermine la fécondité. Petit tour d’horizon.
– Envoyer des pommes à une femme, en jeter à ses pieds (Europe du nord, Autriche) est un signe d’amour de la part du prétendant. En Serbie, la femme qui reçoit et accepte une pomme se sait engagée. En Sicile, une jeune fille qui désire connaître son futur conjugal, jette une pomme dans la rue et attend de voir qui la ramasse. Si c’est un homme, un mariage n’est pas loin ; si c’est une femme, il lui faut tenter sa chance l’année suivante ; enfin, si c’est un prêtre, c’est le signe, pour elle, qu’elle demeurera à jamais « vieille fille ».
– En Hongrie, après l’échange des anneaux, l’époux offre une pomme à son épouse, tandis qu’en Grèce, les époux se partagent une pomme avant d’entrer dans la chambre nuptiale.
– Enfin, au Monténégro, « la belle-mère offre une pomme à la jeune mariée, qui doit la jeter sur le toit de l’époux ; si la pomme tombe bien sur le toit, le mariage sera bien béni, c’est-à-dire, il y aura des enfants » (11).

Le genre pommier regroupe un ensemble d’arbres et d’arbustes localisé uniquement dans l’hémisphère Nord. Il se distingue nettement du poirier par son fruit qui est une drupe, alors que la poire est un piridion. Ces arbres ou arbustes ne sont généralement pas de grande taille, dix mètres de hauteur tout au plus. Le tronc est généralement gris et tortueux. Le bois de pommier, bien que recherché par l’ébéniste et le tourneur, est bien moins réputé que celui du poirier. Ses branches, velues quand l’arbre est jeune, glabres plus tard, ont un port tombant. Elles se parent de feuilles ovales, alternes, légèrement crénelées, sombres au-dessus, plus claires sur la face opposée. Floraison printanière pour la plupart des variétés. Les boutons rose vif se groupent en petits bouquets qui déploient ensuite leur corolle blanche à cinq pétales. Légèrement odorantes, mais davantage parfumées la nuit, elles produiront la pomme à l’endocarpe coriace, à la chaire douce, acidulée ou acerbe.
Aujourd’hui, il existe plus de 5000 variétés de pommiers qui se distinguent les unes des autres par la forme, la taille, la couleur, l’odeur et la saveur du fruit. On peut distinguer trois groupes de variétés issues du pommier commun :
– Le pommier doux (Malus communis, var. mitis) : ensemble des pommiers à pommes douces ou pommes à couteau, telles que la reinette, la pomme d’api, le cœur-de-pigeon, etc.
– Le pommier acerbe (Malus communis, var. acerba) : ensemble des pommiers destinés à la production de pommes à cidre.
– Le pommier paradis (Malus communis, var. paradisiaca) : variétés de pommiers précoces.

Le pommier en phytothérapie

De cet arbre fruitier, l’on utilise surtout le fruit, beaucoup plus rarement les feuilles, l’écorce et les fleurs. De la pomme, l’on distingue la pelure de la pulpe. Bien que formant un tout indissociable, les principes actifs se répartissent différemment. Par exemple, on trouve davantage de vitamines dans la « peau » que dans la pulpe de la pomme (12).
Dans l’ensemble, la pomme contient du fructose, de la pectine, des acides organiques, des vitamines (A, B1, B2, C, PP), des sels minéraux (calcium, manganèse, fer, magnésium…), ainsi que des hétérosides cyanogénétiques logés dans les pépins.

Propriétés thérapeutiques

  • Digestive, régulatrice des fonctions intestinales, antiseptique intestinale, protectrice gastrique, déconstipante, laxative douce, purgative, antidiarrhéique
  • Béchique, pectorale, anticatarrhale
  • Hypotensive, préventive de l’artériosclérose et de l’infarctus du myocarde, dépurative sanguine, hypocholestérolémiante
  • Diurétique et éliminatrice de l’acide urique (s’oppose surtout à sa formation)
  • Décongestionnante et stimulante hépatique
  • Sédative nerveuse, tonique nerveuse, stimulante nerveuse, inductrice du sommeil
  • Fébrifuge légère, rafraîchissante
  • Antirhumatismale
  • Tonique musculaire
  • Antilithiasique (concerne le cidre)

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère respiratoire : toux, maux de gorge, enrouement, rhume, bronchite, angine, diphtérie, otalgie
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : constipation, ulcère gastrique, gastrite, gastro-entérite chronique, entérite aiguë chez l’enfant, entérocolite, colite, colite muqueuse, dyspepsie, diarrhée (infantile, aiguë, chronique), dysenterie
  • Troubles urinaires et rénaux : lithiase urinaire, oligurie, rétention urinaire (+ goutte, rhumatismes, arthrite)
  • Hypertension, cholestérol sanguin en excès
  • Insomnie et troubles du sommeil, anxiété, nervosité, neurasthénie, asthénie physique et intellectuelle, surmenage
  • Grossesse, convalescence, anémie, déminéralisation, obésité
  • Troubles cutanés : acné, eczéma, herpès, gale, teigne, tanne, comédons, petit ulcère, plaie atone, lésion cutanée, brûlure, gerçure, crevasse
  • Fièvre, fièvre typhoïde
  • Diabète
  • Nettoyage dentaire, douleur dentaire

L’écorce s’avère tonique, astringente et un peu fébrifuge. Elle doit faire l’objet d’une décoction. Quant aux feuilles, il faut longuement les laisser infuser (10 à 15 mn). Elles sont avant tout diurétiques (dysurie, inflammations des voies rénales et urinaires). Enfin, l’infusion de fleurs de pommier adoucit la gorge et calme la toux.

Modes d’emploi

  • Cure de pommes très mûres, râpées, sans trognon ni pépins : c’est un usage populaire déjà relaté du temps de Matthiole (16 ème siècle). Il faut compter 0,5 à 1,5 kg de pommes par jour pendant deux jours. En cas de dépuration de l’organisme, de constipation, de troubles diarrhéiques aigus… Prise le matin, la pomme est dépurative, alors que le soir elle est laxative.
  • Décoction : couper une pomme entière en tranches, couvrir d’un demi-litre d’eau bouillante dans une casserole. Laisser réduire de moitié, ajouter un peu de sucre et mélanger le tout. A prendre avant le coucher en cas de difficultés d’endormissement, d’insomnie, etc.
  • Suc de pomme : outre le fait qu’il soit diurétique, c’est un excellent raffermissant des tissus cutanés. En cas d’affaissement des traits du visage, pour raffermir les seins et l’abdomen.
  • Pommade : anciennement, la pomata était un mélange de pulpe de pomme et d’axonge (c’est-à-dire du saindoux). Depuis, le mot pommade s’est généralisé à l’ensemble des onguents. La pommade de pomme est adoucissante.

Remarque

Il serait trop long de parler du cidre dans cet article. Nous pouvons cependant en dire quelques mots, puisqu’il est à l’origine de bien d’autres liquides. Par exemple, en distillant du cidre normand, on obtient le calvados, alors que le cidre breton donne naissance au lambig.
Bien sûr, du cidre, on tire le fameux vinaigre de cidre (ou de pomme, comme disent nos amis suisses). Il a été chroniqué ici et .
Le cidre, diurétique à l’instar du jus de pomme, ne doit pas faire l’objet d’un abus, puisqu’il prédispose aux gastrites hyperchlorhydriques par transformation de l’acide malique en acide acétique.
Quant à l’implantation normande du pommier, elle remonte au XI ème siècle selon certains, au XVI ème selon d’autres sources. Mai le cidre n’est pas une invention normande. Ce sont les marins basques qui ont fait découvrir au VI ème siècle aux marins normands le sagarnoa, autrement dit le vin de pomme, connu au Pays basque depuis l’Antiquité. Le cidre breton sera plus tardif, lui : XIII ème siècle.


  1. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 776
  2. Ibid.
  3. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, p. 300
  4. David Fontana, Le langage secret des symboles, p. 127
  5. Au Danemark, on a découvert des tumulus vieux d’environ 3500 ans qui contenaient des cercueils en chêne abritant des pommes, du moins ce qu’il en restait. Pommier et chêne furent également sacrés pour les Gaulois. Rédemption et espoir de résurrection sont à l’origine de la coutume consistant à déposer des pommes sur les tombes.
  6. Avallon est un nom dérivé du celte abellio qui veut tout simplement dire pomme. Le gallois afal, l’irlandais abhal, le breton aval, qui sont autant de façons de nommer la pomme, font écho à l’anglais apple, à l’allemand apfel, à l’ancien allemand aepfel, etc.
  7. Élixir floral du Docteur Bach : Crab Apple. Inscrit dans le groupe du découragement, cet élixir traite les sensations de souillures. C’est donc un élixir de purification destiné aux personnes qui ont la sensation d’être intoxiquées ou salies, dans leur corps et/ou dans leur âme. Crab est le mot anglais qui désigne le crabe mais aussi le morpion et le cancer.
  8. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, pp. 303-304
  9. Jean Chevalier/Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 777
  10. Il existe dans le Petit Albert, une recette magique, celle de la pomme d’amour, dans laquelle on retrouve les nombres deux et trois, la pomme coupée en deux, le vendredi, jour de Vénus, ainsi que des éléments végétaux extérieurs : le myrte, autre plante d’Aphrodite, et le laurier, plante assurant victoire dans ses entreprises.
  11. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, pp. 301-302
  12. Ce taux est très variable ; il dépend de multiples facteurs : variété sauvage ou cultivée, épiderme rouge ou vert, climats, régions…

© Books of Dante – 2016

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