Le lis blanc

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Des origines du lis, on connaît peu de choses. Si l’on sait que c’est une plante subspontanée de la région méditerranéenne, qu’elle pousse à l’état sauvage au Liban, en Syrie et en Perse, il y a tout lieu de croire que les lis blancs des îles grecques (Eubée, Crète) et du Péloponnèse sont issus de l’introduction volontaire par l’homme. Son nom même de lilium, selon Fournier, remonterait à une ancienne langue méditerranéenne antérieure au grec et au latin. On peut dire du lis qu’il est probablement originaire du Proche-Orient, même si les plus anciennes traces qu’il a laissées se situent en Crète, tout d’abord à travers une fresque découverte sur le site du palais de Cnossos, vieille de 3700 à 4000 ans, ainsi que sur une série de pithamphores à trois anses décorés de motifs végétaux parmi lesquels des feuilles de lierre, des tiges de papyrus et des fleurs de lis. Ces ornements prouvent que le lis est la plus ancienne plante ornementale cultivée.
En Grèce, où le krininon – le lis – portait le nom magique de « semence d’Ammon », on nous explique qu’il serait né de ce que Hercule – né des amours incestueuses de Zeus avec une humaine, Alcmène – aurait tété le sein d’Héra endormie. Il a été dit que ce fut là un bon moyen pour Hercule « de participer à son tour à la divine immortalité », mais c’est probablement pour se faire accepter d’Héra qu’il aurait agi de la sorte. Quoi qu’il en soit, dans son empressement, le « glouton » Hercule fit jaillir le lait du sein d’Héra dont une partie éclaboussa le ciel, formant la voie lactée ; quelques gouttes tombèrent au sol desquelles naquit le lis à l’immaculée carnation. Par voie de conséquence, le lis devint attribut d’Héra, patronne du mariage et de l’amour conjugal. Parallèlement, cette plante fut surnommée junonia rosa – rose de Junon – pour des raisons identiques par les Romains. Mais celle que les Grecs appelaient « fleur des fleurs » attisa la colère d’Aphrodite. « Née elle-même de la blanche écume de la mer, voyant ce lis d’un blanc si pur, en conçut de la jalousie. Pour se venger, elle dota le lis d’un pistil qui rappelait la verge d’un âne » (1). Ainsi, la symbolique du lis glissa du couple Héra/Junon à celui d’Aphrodite/Vénus. De l’amour conjugal, on passa à l’amour érotique, voire vers une forme de lubricité. Le lis qu’on figurait souvent avec les déesses Pudicita (la Pudeur) et Spes (l’Espérance) devint le sceptre des satyres.

Le lis, qui fut à l’Occident ce que le lotus représentait pour l’Orient, était connu des Égyptiens, mais, très étrangement, il n’apparaît pas dans les pratiques religieuses. En revanche, ce que l’on sait, c’est que les anciens Égyptiens en développèrent la culture et le destinèrent à la parfumerie : au V ème siècle av. J.-C., (au moins), on avait connaissance de la manière dont extraire le parfum du lis (extraction par expression).
Chez les Hébreux, le lis porte le nom de schuschan, un mot qui aura donné le prénom féminin actuel, Suzanne. Mais ce mot désigne également la rose ! Nous verrons, au fur et à mesure que nous avancerons dans cet article que rose et lis sont indéniablement liés à plus d’un titre.
Le christianisme aura lui aussi utilisé le lis comme emblème. Dans la Bible, il est dit que le lis est amour et beauté. Dans le Cantique des cantiques (Ancien Testament), on peut lire la phrase suivante : « Comme un lis parmi les chardons, telle est ma bien-aimée parmi les jeunes filles ». C’est une métaphore derrière laquelle se dissimule l’idée de l’élection, du choix divin, et que l’on retrouve dans l’évangile selon saint Matthieu (Nouveau Testament) quand Jésus proclame ceci : « Observez les lis des champs comme ils croissent : ils ne peinent ni ne filent. Or, je vous dis que Salomon lui-même dans toute sa gloire, n’a pas été vêtu comme l’un d’eux… »
Dans le symbolisme chrétien, les archanges Uriel, Michel, Raphaël et Gabriel portent une épée, un bâton de pèlerin, un livre et un lis, qui représente ici la miséricorde divine. C’est une fleur qu’on associe parfois à saint Joseph et à saint Antoine, protecteur des mariages (Héra et Junon en filigrane), mais il faudra attendre de longs siècles pour que l’on fasse du lis une fleur mariale et gommer la connotation érotique jusqu’alors attribuée au lis blanc. Au Moyen-Âge, il est, avec la rose, la fleur la plus réputée. Ne la trouve-t-on pas en tête du fameux Capitulaire de Villis (fin VIII ème – début IX ème siècle) sous le nom de lilium ? Et, à la même époque, sous la plume du moine poète, Strabo : « C’est dans le lis qu’une tradition sacrée fait résider la Virginité brillante : quand cette vertu n’a point subi l’assaut des troubles de la turpitude, quand l’ardeur d’un coupable amour n’est point venue la briser, alors le lis embaume de son propre parfum » (2). Clairement, Strabo milite pour le symbolisme de pureté et de virginité du lis qui sait s’affranchir de la caractéristique luxurieuse qu’on lui a anciennement prêté.
Le mot lis (lys) est apparu en français dans la seconde moitié du XII ème siècle. Il est celui que Macer Floridus (XI ème siècle) et Hildegarde (XII ème siècle) désignent encore par le mot latin lilium. Et, au XII ème siècle, semblent se superposer plusieurs éléments. C’est à ce moment qu’il est dit que le culte de la Vierge atteignit son apogée en Occident, coïncidant avec l’arrivée du lis en Europe occidentale, une plante qu’on dit plausiblement introduite par les Croisés (même si l’on sait que le lis est parvenu en Europe bien avant). Dès lors, on réaffirme, comme le fit Hildegarde, le caractère divin du lis : « La Création entière est le jardin divin… Je vois le Ciel car je vois tout ce que Dieu créa, le Lis, la Rose… » (3). Encore acoquinées, ces deux fleurs se succèdent chez Macer Floridus (21. Rosa, 22. Lilium) et chez Hildegarde (Physica – Livre I, chap. 22 : Rosa, Livre I, chap. 23 : Lilium), tandis qu’elles s’entremêlent chez Strabo : dans le long passage terminal qu’il consacre à la rose, il parle tout autant du lis (4).
Hildegarde, tout comme Strabo, est sensible au parfum du lis : « Le parfum de la première poussée des lis et le parfum de leurs fleurs réjouissent le cœur de l’homme et suscitent en lui de juste pensées » (5). Il n’en va pas toujours de même dans d’autres contrées et époques. Dans certaines traditions le lis conserve toujours son symbolisme de sexualité fertile, sans doute en raison de la forme priapique du pistil de cette fleur (du latin pistillum, pilon, ça ne s’invente pas). L’on verra aussi que des auteurs plus récents ne partagent pas l’enthousiasme de Strabo pour le lis quand ce dernier proclame que « leur suave odeur simule dans une fleur tous les parfums de Saba ! » (6). Au contraire de Joris-Karl Huysmans qui ne prendra pas part à cet avis dans son roman daté de 1898, La Cathédrale : « Son parfum est absolument le contraire d’une odeur chaste ; c’est un mélange de miel et de poivre, quelque chose d’âcre et de doucereux, de pâle et de fort ; cela tient de la conserve aphrodisiaque du Levant et de la confiture érotique de l’Inde. » Et paf ! Les pieds dans le plat liturgique, le père Huysmans ! Bref, malgré ces quelques soubresauts, le lis n’en restera pas moins, avec la rose, l’un des fidèles attributs de la Vierge (on le surnomme encore parfois lis de la Vierge, lis de la Madone…).
Il est aussi étonnant d’avoir vu se développer le culte marial et l’amour courtois à la même période. Le lis, qui est symbole d’amour intense, signale aussi le caractère irréalisable de cet amour : celui du servant pour sa Dame, du dévot pour la Vierge. Et c’est cette virginité que désigne la symbolique du lis : la blancheur, la pureté, l’innocence aussi, sont des traits symboliques du lis qui s’entremêlent les uns aux autres. Dire du lis qu’il est candide, cela ne veut pas dire qu’il confine à une naïveté sans égal, car, par son nom latin de Lilium candidum, le lis nous signifie qu’il est éclatant, à l’instar de la lumière des astres. Intégralement immaculé, il est donc tout destiné à la Vierge Marie.

Le lis, en tant qu’arme des rois, a beaucoup fait couler d’encre quant à sa véritable identité. S’il est une fleur plus conforme à ce que nous montre la science héraldique, c’est sans doute de l’iris des marais dont il s’agit (pour des raisons que j’exprime ici) et « on peut se demander maintenant si le lis qui revient si souvent sur les écussons, spécialement sur ceux des rois de France et de la ville de Florence, peut être considéré comme un symbole d’innocence, de candeur et de pureté ; mais on devrait, en ce cas, s’expliquer le choix d’un tel symbole en des temps presque barbares, et on se trouverait fort embarrassé pour proposer une solution probable » (7). Le lis ayant, comme le lotus, pouvoir de génération, n’est-il pas impossible que la fleur de lis royale cherche à montrer une volonté de perpétuation ininterrompue et de multiplication ?
D’Ovide à Théophile de Viau, le lis fut aussi l’arme des poètes. Le premier place le lis dans les mains de Perséphone qui n’est alors que la jeune fille Koré, pleine d’insouciance et d’ingénuité. C’est en effet lui qu’elle cueille, avec la violette, avant de subir le violent rapt d’Hadès. Quant au second, il fait partie de ces poètes des XVI ème et XVII ème siècles qui désignèrent à travers l’expression « les roses et les lis » la carnation féminine idéale de leur temps, et que l’on retrouve dans le poème intitulé Le matin. En voici la dernière strophe :

« Il est jour : levons-nous Philis,
Allons à notre jardin,
Voir s’il est comme ton visage,
Semé de roses et de lys. »

Vous vous en doutez certainement, le lis blanc ça ne sert pas qu’à décorer les églises et à célébrer les mariages (8). Même si on le pense uniquement ornemental, il faut savoir qu’on l’utilise en médecine depuis au moins le temps de Dioscoride (Ier siècle ap. J.-C.). Ce médecin grec employait le lis pour guérir les brûlures, les plaies, les vieux ulcères, le zona, ainsi que pour ses vertus cosmétiques (atténuation des rides, nettoyage de la peau du visage…). Pour Pline, le lis est l’égal de la rose. Il lui attribue des propriétés similaires.
Au Moyen-Âge, qui est un peu l’âge d’or du lis, les médecins le préconisent pour des raisons assez semblables. Strabo le recommande pour les blessures, les abcès et les morsures de serpent, à la condition qu’il soit écrasé au pilon et mêlé à du vin de Falerne, qui avait alors très grande réputation, et ce depuis l’Antiquité romaine (Pétrone évoque ce fait dans son Satiricon). Plus tard, Macer Floridus semble reprendre Strabo, puisqu’il écrit qu’un cataplasme de feuilles de lis neutralise l’effet de la morsure des serpents et que son bulbe, pris avec du vin, constitue un puissant antidote aux empoisonnements que peuvent occasionner les champignons vénéneux. Par le lis, bien des affections cutanées peuvent être traitées selon Macer Floridus : les cors, les durillons, les brûlures, les dartres, les taches cutanées, les enflures, les abcès, les rides, etc. Il le dit cicatrisant, maturatif, sudorifique, dépuratif du sang, astringent et emménagogue, soit un ensemble de propriétés et d’usage dont l’école de médecine de Salerne se fera l’écho en vers :

« Au miel adjoint, des nerfs il guérit la coupure,
Et d’un membre noirci la récente brûlure ;
Il efface la ride au visage altéré
Et la tache livide au corps régénéré. »

Matière médicale suffisamment précieuse pour qu’on plante entre chaque bulbe des pieds de menthe et de thym pour en écarter les nuisibles, le lis n’aura pas échappé à Hildegarde de Bingen. En écrasant feuilles et racine, en mêlant le tout à de la farine, elle concocte un onguent pour les éruptions cutanées et les abcès. Le bulbe broyé et mélangé à de la graisse animale formait un emplâtre contre ce que l’abbesse appelait la « lèpre blanche » (a-t-elle un rapport avec ce que l’on nomme aujourd’hui la lèpre anesthésique ?) Enfin, dans le Grand Albert, on trouve la recette d’un cataplasme contre la maladie du charbon, c’est-à-dire l’anthrax.
Au XVIII ème siècle, Chomel vante une eau de lis détersive et adoucissante, qu’il emploie dans des affections aussi diverses que les maux de gorge, la dysenterie et la pleurésie. Par la suite, on n’entend plus vraiment parler du lis en termes médicaux, mais on le retrouve au XX ème siècle sous les plumes de Leclerc, Fournier, Valnet et Bardeau, ce qui n’est pas rien, puisque c’est grâce à eux que ce qui suivra bientôt a été rendu possible !

Cette grande plante vivace de près de deux mètres de hauteur à pleine maturité voit, à l’automne, son bulbe blanc ou jaunâtre former une rosette basale de longues feuilles vertes. Au printemps, ce sont des tiges florales à feuilles lancéolées qui apparaissent avant de voir la plante se parer à l’été de majestueuses fleurs blanches en trompette composées de trois sépales et de trois pétales formant une structure hexagonale. Très parfumées, leur pollen doré rappelle la couleur du safran.

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Le lis en thérapie

Du lis, on emploie le bulbe et les fleurs, la plante entière en cas de teinture, parfois le pollen. Le bulbe contient des mucilages, des phytostérols et des saponosides. Quant aux fleurs, elles doivent leur parfum à une essence aromatique contenant de la vanilline. On y trouve aussi des flavonoïdes.

Propriétés thérapeutiques

  • Émollient, régénérant, apaisant, raffermissant, adoucissant, résolutif, cicatrisant (le lis favorise le retour d’une épidermisation normale)
  • Maturatif
  • Anti-inflammatoire
  • Diurétique
  • Expectorant

Les fleurs sont avant tout vulnéraires, le pollen antispasmodique et emménagogue.

Usages thérapeutiques

  • Les fleurs

-Affections cutanées : coupure, plaie superficielle, brûlure, ulcère, furoncle, taches de rousseur, bouton de chaleur, eczéma, piqûre d’insecte, couperose
-Contusion, lumbago, luxation, douleurs rhumatismales, goutte
-Douleurs dentaires et douleurs d’oreilles
-Ophtalmie

(Anciennement : congestion, convulsions, épilepsie, empoisonnement du sang).

  • Le bulbe

-Affections cutanées : tumeur enflammée, abcès, furoncle, panaris, anthrax, brûlure, engelure, plaie enflammée, ulcération, gerçure, coupure, érythème, lupus, dermites de radiothérapie, peaux fatiguées, dévitalisées, abîmées
-Maladies inflammatoires de la sphère pulmonaire
-Phlegmon
-Aménorrhée
-Conjonctivite

Modes d’emploi

  • Bulbe : en infusion, cuisson sous la cendre, dans l’eau ou dans le lait, écrasé et réduit en pommade, emplâtre.
  • Fleurs : en infusion (on obtient alors l’eau de lis), en macération dans l’alcool, dans l’huile (le parfum du lis se communique facilement à l’eau, l’alcool et l’huile, mais les pétales perdent rapidement parfum et propriétés à cause de la dessiccation, on les emploiera donc rapidement), hydrolat aromatique (si on distille le lis, on en réserve l’huile essentielle pour la parfumerie).

Contre-indications et autres usages

  • A l’instar des fleurs de muguet, le parfum du lis, fort, pénétrant, entêtant, trop prononcé pour certains, peut provoquer des maux de tête, des vertiges, voire même des syncopes si cette plante est entreposée dans une chambre à coucher.
  • Les bulbes – qui sont comestibles et consommés cuits dans certains pays –, se récoltent toute l’année (mais de préférence à l’automne), tandis que c’est au mois de juillet qu’on ramasse les fleurs.
  • Autre lis, le lis tigré (Lilium tigrinum) est l’un des grands remèdes féminins durant la grossesse. Il évite déprime et mélancolie qui peuvent accompagner cette période. On l’utilise aussi en cas de nymphomanie.
  • En France, on rencontre deux espèces de lis sauvages : le lis orangé (Lilium bulbiferum) et le lis martagon (Lilium martagon).

  1. Michèle Bilimoff, Les plantes, les hommes et les dieux, p. 80
  2. Strabo, Hortulus, p. 49
  3. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 34
  4. Strabo, Hortulus, pp. 48-49
  5. Hildegarde de Bingen, Physica. p. 34
  6. Strabo, Hortulus, p. 35
  7. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, p. 201
  8. Offrir des lis aux jeunes mariés les assuraient d’un bon mariage et d’une abondante descendance.

© Books of Dante – 2015

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Le fraisier des bois

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Contrairement à la myrtille, la fraise est connue des Anciens. Elle pousse autant en Grèce qu’en Italie. Seulement, Pline sera l’unique auteur à mentionner son usage alimentaire, nous disant simplement qu’elle était fort appréciée des Romains. Ovide et Virgile en évoquent bien la cueillette, mais nulle part on se penche sur les propriétés médicinales du fraisier. La fraise a donc eu les suffrages des contemporains de Pline, ainsi que ceux des hommes préhistoriques avant eux, puisque la découverte de graines de fraises dans certaines stations néolithiques semble indiquer qu’elle était déjà consommée (alors que sur ces sites on trouve très peu de graines de myrtille…)

Après ces quelques maigres informations, à l’instar de la myrtille, c’est un trou noir de plus de mille ans qui attend le fraisier. Il n’en est fait aucune mention dans les capitulaires carolingiens, ce qui veut dire qu’on n’avait pas alors reconnu les bienfaits de la fraise. De fait, elle n’est pas cultivée dans les jardins royaux et encore moins dans ceux des cloîtres. Au XII ème siècle, ni la feuille du fraisier ni son fruit ne trouvent grâce aux yeux d’Hildegarde, « car ils poussent tout près du sol et dans un air putride » (1), alors que dans le même temps, l’école de Salerne reconnaît au fraisier des vertus.
Fraise, myrtille, cerise, mûre, cassis… toutes ces petites baies n’ont pas grande valeur pour l’abbesse. « Malgré la relative méfiance des médecins à l’égard des fruits, ces derniers ne sont pas absents des tables médiévales » (2). En effet, Hildegarde parle de la fraise en des termes qui n’invitent pas à la confiance, Albert le Grand n’en parle même pas. Cette plante laisse donc peu de traces dans les écrits des médecins médiévaux. Il semble même que la fraise ait subi une diabolisation, telle que celle qu’on réservera plus tard à la tomate et à la pomme de terre. Des superstitions ont couru à propos du fraisier, en particulier son fruit qu’on dit œuvre diabolique. Ce sont alors davantage les fleurs du fraisier auxquelles on prête intérêt. Au XIV ème siècle, le roi de France Charles V (1338-1380) fit planter 1200 fraisiers dans les fossés et les parterres du Louvre, à titre ornemental, avant que Jean de la Quintinye, le jardinier du roi Louis XIV, ne le domestique. Mais, en attendant, les bruits les plus saugrenus se propagent à propos du fraisier, à tel point que bien des médecins du XVI ème siècle auront associé à la fraise des vertus pour le moins farfelues.

Pour mieux comprendre le procès en défiance fait à la fraise et le trouble dans lequel elle a pu jeter des hommes de raison, apportons quelques éléments folkloriques et mythologiques. La fraise apparaît comme une création magique. Par exemple, « en Suède, la fraise des bois ne pousse que là où un chasseur de renne a posé le pied » (3). mais elle souligne aussi une dimension plus funeste. Un conte anglais nous apprend que des rouges-gorges couvrent de feuilles de fraisier le corps des petits enfants morts dans les bois. Il est vrai que, par ailleurs, selon de vieilles légendes germaniques et estoniennes, la fraise reste le symbole des petits enfants qui ont péri. La couleur rouge de la fraise rappelle le sang enfantin versé. C’est une croyance si ancrée qu’à la veille de la Saint-Jean, « les mères qui ont perdu des enfants ont soin de ne pas manger de fraises, parce qu’elles pensent que les petits enfants montent au ciel, c’est-à-dire, au paradis, cachés dans les fraises » (4).
Bien qu’on ait voulu faire du fraisier un symbole chrétien (fleurs blanches comme signe de pureté et feuilles trilobées rappelant la Sainte-Trinité) incarnant, comme la violette, une certaine forme d’humilité, on se rend compte qu’à travers ce légendaire, la fraise est bannie ; ce qui apparaît somme toute normal, puisque la fraise est porteuse d’une symbolique érotique. C’est plus particulièrement un symbole de la sexualité renvoyant à Vénus. C’est une caractéristique qu’elle a conservée. Autrefois, une soupe de fraises était offerte aux mariés en guise d’aphrodisiaque. On disait même que deux personnes qui mangeaient chacune la moitié d’une seule fraise étaient censées tomber amoureuses l’une de l’autre. C’est dire le pouvoir hautement érotique de la fraise, ce qui explique pourquoi elle fut tenue à l’écart des monastères, représentant la luxure (et donc la débauche), à l’image de ce que l’on peut observer dans le panneau central du célèbre triptyque du peintre Jérôme Bosch (1450-1516), Le jardin des délices, daté de 1503 ou 1504. Si le panneau de gauche représente le paradis et celui de droite l’enfer, le panneau médian est la représentation du paradis artificiel résultant du péché. On trouve, dans plusieurs scènes différentes, cinq fraises peintes sur ce panneau. Un jeune homme apporte une fraise à une jeune fille, sans doute comme invitation à l’amour ; un couple nu installé dans une bulle est accompagné d’une fraise ; ailleurs, un homme dévore avidement une fraise géante. Vous pouvez observez toutes ces scènes sur le pdf suivant.
Parfois, la fraise répond à une symbolique solaire. Dans bien des contes, la fraise est souvent l’avatar du héros ou de l’héroïne solaire ; c’est l’or qu’on atteint en dépassant les contingences terrestres, ce que soulignent certaines légendes écossaises et germaniques dans lesquelles, par l’intervention d’une fée, les fraises se métamorphosent en or, c’est-à-dire la transformation nécessaire pour parvenir à l’été. Très étrangement, et ce malgré la distance, c’est une idée qu’on retrouve en contrepoint chez une tribu amérindienne proche des Grands Lacs, les Ojibwés. Lorsqu’un homme meurt, son âme se dirige vers le pays des morts, jusqu’à ce qu’elle parvienne à une énorme fraise. La fraise étant la nourriture frugale et estivale de cette tribu, elle symbolise donc la bonne et belle saison, l’été. Si l’âme du défunt goûte à cette fraise, elle oubliera le monde des vivants et tout retour à la vie (la réincarnation) lui sera impossible. En revanche, si elle refuse d’y toucher, elle conservera la possibilité d’y retourner.

Les Amérindiens n’omirent pas de tirer partie des propriétés médicinales du fraisier, comme nous le rappelle Bernard Assiniwi dans sa Médecine des Indiens d’Amérique. Selon cet auteur, les Amérindiens employaient le fraisier pour ses qualités diurétiques, dépuratives, astringentes, apéritives et rafraîchissantes. Ainsi ils soignaient les diarrhées chroniques, la goutte, la gravelle, les rhumatismes et certaines affections cutanées, c’est-à-dire des indications qui ne sont pas tellement éloignées de ce à quoi les médecines européens réservaient le fraisier.
Aux XVI ème et XVII ème siècles, ce ne sont pas moins que Tragus, Fuchs, Lobel et Dodoens qui prescrivent le fraisier aux anémiques et aux rhumatisants. Matthiole (1501-1577) emploie autant les feuilles que les racines, en externe (plaies, ulcères) et en interne (diurétique, dépuratif des reins et de la vessie). Puis, le médecin allemand Johann Schröder (1600-1664) met à profit les propriétés diurétiques et astringentes du fraisier, bonnes pour les maladies de la rate, les angines et les coliques néphrétiques. Enfin, Joseph Lieutaud (1703-1780) donne le fraisier comme rafraîchissant, apéritif, tonique et vulnéraire. Par décoction de racines, il soignait jaunisse et hydropisie entre autres.

Petite plante vivace à souche ramifiée (qui tire son nom latin de fragro, fragans, « parfum », « sentir bon »), le fraisier n’excède pas une petite vingtaine de centimètres de hauteur, au grand maximum. De la base, émerge une rosette de feuilles trilobées vert vif. Feuilles typiques ovales et dentées, très reconnaissables, brillantes au-dessus, plus pâles et poilues en dessous.
La plante présente de nombreux stolons qui produisent des plantes adventices qui colonisent ainsi le terrain. Cependant, le fraisier a besoin d’assez de lumière et d’espace à son bon développement. C’est pourquoi, on le trouvera dans des bois clairs, en bordure de chemin et des haies, mais aussi sur coteaux, talus, clairières, pentes buissonnantes, tous bien exposés, en plaine comme en montagne jusqu’à 1500 mètres, ce qui en fait un végétal très fréquent et très concurrent par rapport aux autres, ce qui lui permet de former d’épais tapis.
La floraison, abondante, a lieu au printemps (avril-juin) : petites fleurs blanches de 10 à 18 mm de diamètre. Plus tard, la fructification donne de petits fruits rouges, globuleux et très parfumés de 1 à 2 cm de diamètre. Quand les fraises sont bien mûres, elles tombent du long pédoncule poilu au moindre frôlement.

Sur ce cliché macro, nous voyons une fraise et les petites graines jaunâtres qui en ponctuent la surface.

Sur ce cliché macro, nous voyons une fraise et les petites graines jaunâtres qui en ponctuent la surface.

En thérapie

On utilise du fraisier toutes les parties sauf les fleurs. Les feuilles contiennent du tannin, des flavonoïdes, du fer et de la vitamine C, alors qu’on trouve surtout des tannins dans les racines. Quant aux fruits, ils sont particulièrement riches en sels minéraux (fer, calcium, silice, sodium, magnésium, potassium, brome, soufre, iode…), en vitamine C (60 à 100 mg aux 100 g), en acide salicylique (également présent dans le saule blanc, la reine-des-prés… et connu comme précurseur de l’aspirine) et en sucres.

Propriétés thérapeutiques

  • Préventif des maladies infectieuses, antibactérien (typhoïde, bacille d’Ebert), renforceur des défenses immunitaires, antiparasitaire
  • Astringent, hémostatique
  • Antidiarrhéique, laxatif
  • Diurétique
  • Antirhumatismal
  • Tonique général
  • Apéritif
  • Hypotenseur
  • Calmant
  • Régulateur hépatique
  • Alcalinisant sanguin
  • Reminéralisant
  • Rafraîchissant

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : diarrhée, constipation, dysenterie rebelle, entérocolite, gastro-entérite, hémorragie intestinale, parasitose (ténia, oxyures)
  • Troubles de la sphère urinaire et rénale : cystite, lithiase, colique néphrétique, blennorragie
  • Rhumatismes, goutte et arthrite : la fraise rétablit une relative alcalinité sanguine. Une trop grande acidité du terrain, par excès d’acide urique par exemple, occasionne goutte et rhumatismes.
  • Troubles hépatiques : hépatisme, ictère
  • Maux de la gorge, de la bouche et des dents : maux de gorge, angine, stomatite, pharyngite, tartre dentaire, affections dentaires
  • Rhinopharyngite, grippe
  • Anémie, asthénie, fatigue, déminéralisation
  • Troubles cardiovasculaires : hypertension, artériosclérose
  • Troubles cutanés : coup de soleil, taches cutanées, ulcères, engelures, crevasses, gerçures
  • Métrorragie, leucorrhée
  • Diabète : le sucre contenu dans la fraise – du lévulose – autorise sa consommation par le diabétique.
  • Soins du visage : repose les traits, estompe les rides, éclaircit le teint

Modes d’emploi

  • Fraises fraîches : en cure durant un à sept jours à raison de 250 à 500 g par jour. Recommandées aux rhumatisants, aux diabétiques et aux hépatiques.
  • Infusion de feuilles : une cuillère à soupe par tasse d’eau chaude en infusion pendant dix minutes. Si l’on souhaite peu d’astringence, on emploiera uniquement les jeunes feuilles. Les feuilles âgées, plus chargées en tannin, se réserveront à une infusion plus astringente.
  • Décoction de racines : trois cuillères à soupe dans un demi-litre d’eau. Faire bouillir quelques instants, couvrir et faire infuser hors du feu pendant un quart d’heure.
  • Sirop : pour un usage local en prise régulière ou en gargarisme.
  • Confiture : en application locale pour les problèmes cutanés.
  • Fraises fraîches écrasées : mêlées à de la crème fraîche et/ou du miel pour les soins du visage.

Contre-indications et autres remarques

  • Chez certaines personnes, après consommation de fraises fraîches, des réactions allergiques (urticaire, eczéma) peuvent survenir.
  • La décoction de racines de fraisier colore les urines en rose et les selles en rose rougeâtre. Tout ceci est sans gravité.
  • Au jardin, le fraisier apprécie la compagnie de la bourrache et du poireau, mais pas celle du chou.
  • On récolte les feuilles du fraisier sauvage à la fin du printemps, ses racines en septembre-octobre. Il faut prendre soin d’éviter les lieux passants et les endroits susceptibles d’être souillés par chiens ou renards (risque d’échinococcose, une maladie parasitaire). Quoi qu’il en soit, il est nécessaire de laver soigneusement toute récolte. Les fraises du fraisier des bois n’y font pas exception. Les faire tremper dans de l’eau sucrée ou du vin avant consommation est un principe de précaution.
  • Bien que médicinale, la fraise est surtout connue comme fruit de bouche, celui dont on fait de multiples desserts et préparations culinaires. Le docteur Valnet donnait les feuilles comme comestibles et partie verte d’une soupe.

  1. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 90
  2. Claire Lhermey, Mon potager médiéval, p. 90
  3. Michel Lis, Les miscellanées illustrées des plantes et des fleurs, p. 67
  4. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, p. 147

© Books of Dante – 2015

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La myrtille : comment allier l’utile à l’agréable

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Tout comme la bruyère, la myrtille s’est vue affublée de diverses appellations parmi lesquelles on rencontre souvent celles-ci : raisin des bois, raisin des bruyères, brimbelle, brembelle, airelle noire, etc. En allemand, elle porte le nom de heidelbeere, mot formé sur la même base que heidekraut, la bruyère. La myrtille est donc la « baie des landes ». Quant à l’anglais, il lui donne le nom de bilberry. Berry – qui signifie « baie » –, se retrouve dans strawberry (la fraise), cranberry (la canneberge), etc.
Chez nos voisins anglais et allemands, il est donc question de baies dès lors qu’on évoque la myrtille. Mais qu’en est-il de ce mot, myrtille ? Il provient du latin myrtillus, issu de myrtus qui signifie myrte. Pour qui connaît le myrte, le rapport avec la myrtille peut facilement sauter aux yeux : ces deux plantes ont en commun d’avoir des baies de forme et de couleur assez semblables à maturité. Mais la ressemblance s’arrête là, la myrtille étant à la froidure et à l’humidité ce que le myrte est à la sécheresse et à la chaleur.
Les auteurs gréco-romains ignorent la myrtille, non pas parce qu’ils la déconsidèrent, mais parce qu’ils ne na connaissent pas. En effet, elle ne pousse pas en Grèce et se limite, pour l’Italie, aux zones montagneuses. Cela peut expliquer pourquoi elle passe quasiment inaperçue des Anciens. Pourtant, Dioscoride semble l’avoir rencontrée, puisqu’il la dit capable de resserrer les tissus par son astringence. Elle est donc apte à soigner la dysenterie. Du côté de Pline l’ancien et de Virgile, on découvre l’existence du mot vaccinia, dont Paul-Victor Fournier nous explique que c’est une corruption des mots hyacinthus (en latin) et, avant lui, hyakinthos (en grec), deux mots qui, loin de désigner la myrtille, font référence à la jacinthe, peut-être en raison d’une communauté chromatique entre elles deux. En revanche, le poète Ovide évoque, dans Les tristes, un « vaciet » qui pourrait bien désigner la myrtille : « Que le vaciet ne te farde point de sa teinture de pourpre ; cette couleur n’est pas la couleur du deuil », nous dit-il. Peut-être s’agit-il là de la myrtille dont on sait qu’elle était employée alors dans la teinturerie ; sa couleur, du reste, coïncide avec ce qu’en dit Ovide.

Un bond dans le temps de plus de mille ans va nous mener aux XII ème et XIII ème siècles. Avec Hildegarde de Bingen tout d’abord. Et ce que mes lectures en ont retiré est pour le moins confus. Pour l’abbesse, la myrtille contient bien trop de froideur venue de la terre pour qu’elle vaille quoi ce soit pour la médecine. Loin de la négliger, elle l’accuse même de faire plus de mal que de bien au bien-portant, pouvant même occasionner des rhumatismes à qui en consommerait. Ce qui contredit les données suivantes fournies par Fournier : la myrtille, selon Hildegarde, serait « bonne pour donner du sang et promouvoir la menstruation » (1). Que penser de tout cela, hormis accorder confiance aux écrits directs de l’abbesse ? (2)
Un siècle plus tard, Arnaud de Villeneuve met en évidence les vertus propres à la myrtille dans une affection douloureuse : les hémorroïdes. Il conseille de s’asseoir sur un coussin garni de feuilles de myrtille et de roses bouillies. C’est cette indication qui sera largement reprise par la médecine populaire, encore jusqu’à récemment, ainsi que pour des maux tels que les stomatites, les aphtes, le muguet, la diarrhée et les entérites aiguës ; en effet, infusions et décoctions répétées de baies permettaient de « ramener la paix intestinale », aussi bien chez l’homme que chez l’animal.

Au XVI ème siècle, le médecin flamand Rembert Dodoens utilisera la myrtille pour des cas de diarrhée, de dysenterie et de choléra, tandis que Forestus constate ses effets sur la toux avec hémoptysie. Un siècle plus tard, Lémery réaffirme le pouvoir siccatif et astringent de la myrtille, ainsi que ses propriétés rafraîchissantes.
Au XIX ème siècle, le médecin suisse Artault de Vevey s’évertuera à soigner des affections buccales telles que les aphtes, les stomatites et la leucoplasie buccale grâce à la myrtille. Peu de temps après, le docteur Leclerc, travaillant sur la myrtille, constate à nouveau les données des Anciens. Pour lui, la myrtille est tonique et astringente, et se prescrit tant pour les diarrhées rebelles que pour l’eczéma.

Petit sous-arbrisseau caducifolié vivace, la myrtille peut varier en taille du simple au triple (20-60 cm). Formée de rameaux verts et anguleux à section triangulaire, la myrtille est autant dressée que rampante. Ses petites feuilles sont finement dentées et alternes ; elles sont également glabres et luisantes. Une floraison discrète s’étale entre les mois d’avril et de juillet : petites fleurs (en solo ou en duo) en grelots qui pendent dans le vide à la manière des fleurs de bruyère. Leur couleur oscille du vert au rose pâle. Elles donneront par la suite les fameuses baies bleu foncé recouvertes d’une pruine. C’est une plante qui pousse en colonie, ainsi forme-t-elle d’épais tapis dans les sous-bois et sur les landes et tourbières se trouvant sur sols acides riches en silice. Plutôt montagnarde, on la trouve dès 400 m d’altitude dans les Ardennes, les Vosges, les Alpes, le Massif central et les Pyrénées.

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En thérapie

Ce sont autant les baies que les feuilles que l’on soumet à un usage phytothérapeutique. Les premières, outre le fait qu’elles contiennent beaucoup d’eau à l’état frais, offrent des tannins, des sels minéraux, des vitamines A, B1 et C, du sucre, de la pectine, etc. Dans les feuilles, on remarque la présence d’une majeure partie de tannins (30-35 %), du potassium, quelques traces d’essence aromatique (0,01 %), de myrtilline (une sorte d’insuline végétale), deux molécules que nous avons abordées à travers l’article consacré à la bruyère : l’éricodine et l’arbutine, ce qui rapproche myrtille et bruyère, toutes deux appartenant à la famille des Éricacées. Enfin, n’omettons pas de signaler la présence, tant dans les baies que dans les feuilles, de proanthocyanidine.

Propriétés thérapeutiques

  • Feuilles

-Antidiabétiques, hypoglycémiantes
-Toniques
-Astringentes
-Anticolibacillaires, antiseptiques des voies urinaires
-Augmentent l’acuité visuelle

  • Baies

-Astringentes, cicatrisantes
-Antibactériennes (bacille d’Ebert, bacille de Gärtner, colibacille), antiseptiques des voies urinaires, antiputrides
-Toniques, fortifiantes
-Laxatives légères
-Actives sur les capillaires rétiniens par irrigation des cellules sensibles à la lumière, améliorent la vision en très basse lumière, protectrices des parois vasculaires
-Rafraîchissantes
-Antiscléreuses

On note pour feuilles et baies des effets antiangiogéniques qui limiteraient peut-être la croissance de certaines tumeurs.

Usages thérapeutiques

  • Feuilles

-Troubles de la sphère circulatoire et cardiovasculaire : artériosclérose, coronarite, hypertension artérielle, fragilité vasculaire, jambes lourdes
-Troubles gastro-intestinaux : inflammations intestinales, dysenterie, nausées, crampes d’estomac, diarrhée chronique, diarrhée rebelle
-Troubles de la sphère urinaire : excès d’urée, colibacillose, cystite, incontinence urinaire chez l’enfant
-Diabète (rétinite, baisse du taux de glucose sanguin)
-Maux de gorge, toux
-Affections cutanées rebelles, purpura

  • Baies

-Troubles gastro-intestinaux : entérite aiguë, diarrhée, diarrhée rebelle, diarrhée de l’enfant, dysenterie, putréfaction intestinale, ballonnement, flatulences, typhoïde
-Troubles cardiovasculaires : coronarite, séquelle d’infarctus, troubles vasculaires rétiniens
-Troubles circulatoires : varices, capillarite, artérite, séquelle de phlébite, hémorragie par fragilité capillaire, hémorroïdes
-Métrorragie
-Troubles de la sphère urinaire : cystite, infection urinaire à colibacille
-Troubles oculaires : dégénérescence de la rétine, myopie, fatigue oculaire, déficience de l’acuité visuelle nocturne, inflammations oculaires
-Troubles hépatobiliaires : hépatisme, insuffisance biliaire
-Troubles cutanés : eczéma, brûlures, dermatites accompagnées de démangeaisons
-Troubles buccaux : stomatite, aphte, pharyngite, gingivite, muguet

Modes d’emploi

  • L’infusion : une à trois cuillerées à soupe de feuilles fraîches ou sèches par tasse d’eau en infusion pendant dix minutes. Il est possible d’associer les feuilles de myrtille à celles de fraisier pour gagner en efficacité. Pour un litre d’eau d’infusion, comptez une bonne poignée de feuilles.
  • La décoction de feuilles : 40 g de feuilles par litre d’eau en décoction pendant cinq minutes, puis en infusion hors du feu pendant dix minutes.
  • La décoction concentrée de baies : 50 g de baies par quart de litre d’eau pendant dix minutes.
  • La teinture : 250 g de baies sèches et concassées à faire macérer pendant trois semaines dans un litre d’eau-de-vie à 45°. A défaut, on peut utiliser de la vodka.
  • En gelée, marmelade ou sirop.
  • A l’état frais : pour être réellement efficace, il faut compter entre 0,5 et 1 kg de myrtilles par jour. C’est une cure bien plus onéreuse que celle de raisins.

Autres usages

  • Comestibles crues comme cuites, les myrtilles permettent de confectionner une multitudes de préparations culinaires : compotes, gelées, confitures, sirop, liqueurs, pâtisseries, etc.
  • Les pigments colorants contenus dans les baies formèrent autrefois une base tinctoriale employée en teinturerie, mais aussi pour relever la couleur des « vins pauvres ».
  • Les feuilles, riches en tannins, furent utilisées en tannerie.

Quelques mots sur des espèces apparentées

  • La canneberge (Vaccinium macrocarpa) : très connue sous le nom de cranberry, la canneberge a investi depuis quelques années les rayons des magasins. Il semble qu’il y a eu autour d’elle un engouement tel qu’on peut naïvement penser que la consommation régulière de jus de canneberge peut venir à bout de Escherichia coli, responsable de cystites et d’inflammations urinaires. Il est avéré que la canneberge est un remède aux affections urinaires, mais le mode d’absorption consistant à avaler par ci par là quelques verres ne permet pas d’apporter une dose satisfaisante de ce que l’on appelle la PAC, la proanthocyanidine, dont la dose estimée par jour est de 36 mg.
  • L’airelle rouge (Vaccinium vitis-idaea) : proche cousine de la myrtille et de la canneberge, ses indications thérapeutiques regroupent peu ou prou celles de ces deux plantes.
  • Le bleuet nord-américain : il se déploie tant aux États-Unis qu’au Canada. S’il s’agit toujours bien de Vaccinium, on distingue plusieurs genres dont le V. angustifolium, le V. corymbosum, etc. Nous ne les citerons pas tous, la liste est longue. Anciennement employé par les Amérindiens (comme l’attestent les noms qu’il porte en montagnais – ilniminann – et en chippewa – minaga-wounj), les feuilles du bleuet, par leur astringence, permettaient de soigner les diarrhées rebelles, les entérites et la putréfaction intestinale. Les Amérindiens consommèrent également les baies du bleuet qui, comme son nom l’indique, sont davantage bleutées que les myrtilles. Des essais fructueux de culture du bleuet en France ont eu lieu dans le Massif central, la Bretagne, les Vosges et les Pyrénées.
  1. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 664
  2. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 90

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La bruyère, l’hôte des landes désertes

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Bien que cet article contienne dans son titre le mot bruyère, il n’est pas inutile de préciser que cette plante utilisée en phytothérapie et communément désignée par le nom de bruyère n’en est pas une : son véritable nom est callune (Calluna vulgaris, en latin) alors que le mot désignant les « vraies » bruyères est Erica. C’est lui qui permet de distinguer la callune des bruyères telles que la bruyère cendrée (Erica cinerea), la bruyère arborescente (Erica arborea), etc.

Sur ce double cliché, nous voyons en haut les fleurs de la bruyère et en bas celles de la callune. C'est en partie cela qui permet de les distinguer facilement.

Sur ce double cliché, nous voyons en haut les fleurs de la bruyère et en bas celles de la callune. C’est en partie cela qui permet de les distinguer facilement.

La callune porte bien des noms vernaculaires parmi lesquels nous trouvons ceux-ci : brande, bronde, breuvée, brèle, béruée, bucane, brégotte, pétérolle, pétrelle, craquelin. Tout cela peut nous paraître bien fantaisiste, mais il s’avère qu’on retrouve dans certains de ces mots, une ancienne racine. En effet, le mot brucus, d’origine gauloise, désigne la bruyère.

En ce qui concerne la callune, les sources anciennes sont muettes. On trouve la présence d’une erica dans les écrits de Dioscoride et d’une plante qui semble être une bruyère chez Galien. Mais les indications fournies par ces deux médecins – pour le premier elle serait efficace contre les morsures de serpent, pour l’autre, elle aurait pour propriété d’être sudorifique – sont beaucoup trop minces pour qu’on puisse leur accorder davantage d’importance. Cependant, le nom latin de la bruyère, erica, dérive d’un ancien mot grec signifiant « briser », en relation avec la réputation qu’avait anciennement la bruyère de « briser la pierre », c’est-à-dire de dissoudre et drainer les lithiases (les calculs) hors de l’organisme. Mais aujourd’hui rien ne permet d’accréditer ces dires. Peut-être est-ce la forme particulière du rhizome de l’une d’entre elles, semblable à un gros caillou, qui aura été à l’origine de cette « signature ».
Bref, tout ceci n’empêche pas Matthiole de mentionner la bruyère contre la gravelle, soit l’ancien nom donné aux calculs urinaires, mais aussi face à d’autres affections telles que l’anasarque (dont certaines formes dépendent d’une insuffisance rénale), l’albuminurie, le catarrhe chronique de la vessie, etc. Tout cela semble bien concerner la bruyère ou, mieux, devrais-je dire, la callune. Chez Tragus et Lobel on trouve une information très intéressante : ils attestent du pouvoir antiseptique de la plante au niveau des voies urinaires, mais, dans le sillage de cette propriété, toujours et encore, l’on retrouve, réaffirmée, son action sur les lithiases urinaires et rénales, chose que le docteur Leclerc, au début du XX ème siècle, balayera sans ménagement, considérant légendaire cette antique « propriété ». En revanche, il confirme les pouvoirs anti-infectieux, antiputrides et diurétiques de la callune. Ensuite, un médecin que l’histoire semble avoir oublié, Roques, emploie la plante dans des cas de rhumatismes chroniques (il existe une relation entre l’intoxication à l’urée et à l’acide urique, et les algies rhumatismales).

Vous l’aurez compris, la callune est une plante majeure de la sphère urinaire. Si les quelques médecins dont j’ai fait appel à travers les lignes précédentes sont assez peu diserts au sujet de la callune, l’on trouve des traces d’usages spirituels de la callune/bruyère qui en disent long sur ses pouvoirs. Du temps des Celtes et des Gaulois, on confectionnait une boisson contenant des sommités fleuries de bruyère. D’aucuns disent qu’elle avait vertu enivrante et divinatrice, ce qui peut faire penser à une sorte d’hydromel. En tout état de cause, le nom allemand actuel de la bruyère nous renvoie à un paganisme évident : heidekraut, de heide, païen (ou lande) et de kraut, herbe, herbe médicinale. Sur ces quelques bases, l’on peut dire de la bruyère qu’elle était considérée comme une plante médicinale récoltée dans les landes à une époque probablement pré-chrétienne. Cela concorde donc bien avec les Celtes et les Gaulois. Mais… poursuivons notre enquête.
Afin de souligner l’importance qu’avait la bruyère pour les Gaulois, il ne sera pas superflu, je pense, de mentionner l’existence d’une divinité gauloise toute dédiée à cette plante, Uroica. Par son nom, elle rappelle assez l’erica latine, ne trouvez-vous pas ? Mais il y a, dans le nom de cette déesse, la présence d’une syllabe liminaire qui doit nous interroger : Ur. Parfois orthographié Ura ou Uhr, ce petit mot est également la façon dont on appelle l’un des oghams, et plus particulièrement celui qui est taillé dans du bois de… bruyère ! Après l’allemand, passons à l’anglais. Heather est le mot anglais qui désigne encore aujourd’hui la bruyère, mais pas seulement lui. On trouve aussi une forme raccourcie de ce mot : heath. Il désigne tout à la fois la bruyère, mais aussi, tout comme en allemand, la lande. Ainsi, aussi bien heide que heath se retrouvent dans l’ogham Ur. La mythologie celte nous apprend que bien des divinités en relation étroite avec cet ogham ont en commun de parfaitement maîtriser l’art de la guérison. Citons, par exemple, Diancecht et Lug. Arrivé là au stade de ma réflexion, j’ose une « correspondance » sans doute hasardeuse. Pourquoi, en effet, ne pas rapprocher notre heath du mot anglais qui désigne la santé, health ? Une ressemblance orthographique ne saurait, au pied levé, sceller une appartenance unitaire, mais avouez que c’est troublant. Que la bruyère soit une plante de santé ne doit pas nous surprendre, rappelons-nous son nom allemand, heidekraut, qui fait référence à sa vertu de simple. Explorons donc en quoi la bruyère est plante magicinale (c’est un néologisme que j’ai inventé récemment ^^). Pour commencer, revenons en un peu à notre callune. En latin, calluna, en grec, kallynô. Ce dernier mot veut dire, peu ou prou, nettoyer. On peut, effectivement, nettoyer une plaie ou une maison. Le truc, c’est qu’on a fabriqué des balais avec des rameaux de bruyère. Or, le balai nettoie et, donc, purifie. Ainsi, par des mouvements volontaires, à l’aide du balai, on chasse poussières et scories hors de chez soi, au sens propre, ici. Nous n’oublierons pas, un peu plus loin, dans quelles circonstances, ce balayage, au sens figuré, peut être mené grâce à la bruyère. Un fait va maintenant venir merveilleusement compléter cet exposé. Grâce à la bruyère, on a fabriqué des paillassons. Ceux-ci seraient-ils les héritiers des antiques balais ? C’est, peut-être, pour cette raison que certains ne balaient plus devant leur porte, laissant, passivement, le soin à leurs invités de se brosser les pieds (ou pas) avant qu’ils n’entrent dans leur enceinte sacrée, qu’elle soit leur maison ou leur propre corps, ou les deux : la maison n’est-elle pas l’habitation de l’homme ? ^^
Donc, le balai ou le paillasson de bruyère nettoie et purifie, et protège la demeure en l’homme (son corps) et tout autour de l’homme (sa demeure au sens large).

U-Uhr

La bruyère, à travers l’ogham Ur, est symptomatique de cette dualité, agissant tant sur l’extérieur que sur l’intérieur. Commençons donc par explorer ces aspects. La bruyère est un sous-arbrisseau de 20 à 60 cm de hauteur, à nombreux rameaux cendrés qui poussent dans toutes les directions. Ainsi peut-elle être ascendante ou rampante. Semper virens à la croissance lente, la bruyère se pare de nombreuses petites feuilles alternes en écailles rangées par quatre sur les rameaux. A l’extrémité des rameaux, se déploient, entre juillet et novembre, une multitude de petites fleurs en corolles pendantes, retenues par un très court pédoncule. D’une couleur variant du mauve au rose violacée, elles sont très mellifères et donnent un miel sombre à la saveur âpre, puis, plus tard des fruits en forme de capsule. Qui dit miel dit abeille. En relation avec cet hyménoptère, nous entrevoyons ici un symbole solaire. En effet, chez les Celtes, cet insecte est considéré « comme un messager parcourant la voie éclairée par le Soleil afin de franchir les portes du monde invisible » (1). Par les liens qu’entretient la callune avec ces mondes invisibles, on peut indiquer quels sont les domaines qui relèvent de cette plante : la médiumnité, la prière, la méditation, la vision, l’intuition, etc. La callune, c’est la fertilité et la vitalité aussi. Que l’on observe les lieux de vie qu’elle affectionne. Ce sont des terrains riches en silice dont elle augmente justement le pouvoir fertilisant (tout en fuyant le calcaire avec lequel elle ne fait pas bon ménage). Elle pousse généralement en colonies, de la plaine jusqu’en montagne, sur des sols acides, voire marécageux, tels que landes, bruyères (2), bois clairs, pâturages, rocailles, tourbières… On peut dire qu’elle apprécie la compagnie de ses congénères. Elles se pressent les une contre les autres, formant un dense tapis dont on distingue mal les limites séparant chaque individu. C’est peut-être cela qui a fait dire que la bruyère est réconfortante, qu’elle implique altruisme et compassion, dévouement et charité. La promiscuité qui existe entre les membres d’une même colonie nous renvoie à l’un des élixirs du Dr Bach, Heather. Et oui ! Contrairement aux bruyères et callunes qui vivent en troupeaux grégaires, l’individu de type Heather s’inscrit dans la solitude. C’est un élixir hautement recommandé pour les personnes qui sont incapables d’être à l’écoute des autres parce qu’elles sont elles-mêmes trop bavardes et qu’elles expriment le perpétuel besoin de confier soucis et malheurs aux autres. Le risque encouru par ces personnes, c’est de voir leurs interlocuteurs les fuir. Elles obtiennent donc le contraire de l’effet escompté. Cet élixir – Heather – prodigue davantage d’altruisme, de simplicité et d’humilité, tous trois constitutifs de ce que sont la bruyère et la callune.

Nous avons dit de cette plante qu’elle entretient des rapports avec l’extérieur à travers l’abeille et le miel, donc des valeurs spirituelles véhiculées par, sans doute, cette boisson que fabriquait les anciens Celtes avec elle, un hydromel probable, lequel est bien connu pour contenir du miel. Hydromel qui est, à l’instar du vin, du nectar et de l’ambroisie, une boisson d’émanation divine et solaire. Puis nous nous sommes attardés sur les liens intracommunautaires qui régissent une colonie de bruyères, tout en mettant l’accent sur les vices qui peuvent parfois les habiter. Maintenant, pénétrons plus profondément sous la terre pour voir un peu ce qui s’y déroule.
Afin de pallier la pauvreté des sols sur lesquels elle s’implante, la bruyère a mis en œuvre une association avec un champignon microscopique : la clavaire. Il ne s’agit pas là d’une simple symbiose telle qu’en compte généralement le monde végétal, mais d’un partenariat aux liens bien plus ténus que la symbiose observable entre le cèpe et son arbre favori. Les filaments de la clavaire ne se contentent pas de s’entortiller aux radicelles de la bruyère, ils vont jusqu’à pénétrer les cellules superficielles des racines de la bruyère. C’est ce que l’on nomme endomycorhize. Le champignon ponctionne une petite partie des sucres produits largement par la bruyère tandis que cette dernière augmente – de par la présence de son compagnon – sa capacité à puiser dans le sol les nutriments nécessaires (phosphore, soufre, zinc, etc.) à son bon développement. Cette association bénéfique pour les deux parties se produit également chez la myrtille, à tel point qu’un plant de myrtille peut produire jusqu’à 90% de fruits en plus dès lors qu’il est en association avec un champignon du type clavaire. Voilà pourquoi on observe davantage de ces unions sur sols pauvres. L’entraide est à même de garantir la survie de chacun. C’est en partie pour cette raison que transplanter de la bruyère sauvage est généralement un échec.
De plus, des sécrétions racinaires émises par la plante empêchent tout développement d’une autre espèce végétale à proximité des callunes et bruyères. On a vu mieux niveau altruisme, n’est-ce pas ?, bien que, de façon claire, la plante apporte son aide au champignon tout en recherchant la sienne. Ces informations nous permettent donc de nuancer les propos de certains auteurs dont l’un nous dit que la bruyère, « sans prétention aucune, donne et ne demande rien » (3). Du reste, on voit difficilement comment une espèce serait viable tout en donnant sans jamais recevoir.

Pour compléter, nous pouvons dire que, purificatrice, la bruyère sait aussi être guérisseuse, d’un point de vue physique comme spirituel. L’abeille, le miel et le balai sont là pour nous le rappeler, tandis que s’aventurer dans le monde souterrain, à la recherche des causes cachées et profondes d’une maladies ou d’un mal-être relève parfaitement de la bruyère/callune, ainsi que de l’ogham qui lui est consacré, Ur, que l’on peut rapprocher d’urée, urine, etc., ce qui va maintenant nous mener aux propriétés thérapeutiques de la bruyère.

La bruyère en thérapie

De la bruyère on peut récolter les fleurs lors de la floraison ou bien attendre les mois d’août et de septembre pour ramasser la plante entière que l’on coupe au ras de la terre. On la fait ensuite sécher tel quel pour, plus tard, l’émietter afin de n’en conserver que les feuilles et les fleurs.

Bruyère - 1

La bruyère contient une matière résineuse, l’éricodine, une molécule aromatique, l’éricinol, des sels minéraux et des vitamines (P), des flavonoïdes, des tannins, ainsi qu’une substance puissamment anti-infectieuse, l’arbutine (ou arbutoside), également présente dans la myrtille, la busserole, l’arbousier et l’airelle.

Propriétés thérapeutiques

  • Antiseptique et sédative des voies urinaires, diurétique puissante, dépurative (excrète de l’organisme des déchets tels que l’acide urique, l’urée, l’acide oxalique…), antirhumatismale
  • Anti-inflammatoire
  • Astringente
  • Tonifiante musculaire
  • Antispasmodique
  • Apéritive
  • Diminue la fragilité capillaire

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère urinaire et rénale : cystite et cystite chronique d’origine infectieuse, pyurie (présence de pus dans les urines), urines troubles, rares et fétides, phosphaturie (perte de phosphate via les urines), albuminurie (perte d’albumine via les urines), miction brûlante, prostatite, prostatorrhée, congestion et hypertrophie de la prostate, pyélonéphrite, colique néphrétique. Par extension : goutte, rhumatismes, névralgie rhumatismale
  • Insuffisance cardiaque
  • Troubles cutanés : dartre, acné, rougeurs cutanées
  • Taches de rousseur
  • Préparation du sportif (action assez équivalente à celle de la gaulthérie)
  • Convalescence (en particulier après un long séjour passé au lit)
  • Recommandée aux personnes à l’alimentation trop riche et/ou trop carnée

Modes d’emploi

  • L’infusion : la valeur d’une cuillère à soupe rase de callune dans une tasse d’eau chaude en infusion pendant 10 à 15 minutes.
  • La décoction de 30 g de callune dans un litre d’eau jusqu’à réduction d’un tiers.
  • Le vin de bruyère : il s’agit d’une macération à froid de bruyère dans du vin rouge.
  • Le macérât huileux : 60 g de bruyère dans 25 cl d’huile d’olive pendant deux à trois semaines. A l’issue, filtrage.
  • La teinture-mère.

Usages alternatifs

  • La terre dite de bruyère est formée par la décomposition de débris de bruyère. En jardinerie, elle est généralement destinée à la culture d’espèces ornementales telles que les azalées et les hortensias.
  • La bruyère contient une matière colorante qui permet d’obtenir du jaune une fois mêlée à de l’alun, et du noir en compagnie de sulfate de fer.
  • Comme nous l’avons indiqué plus haut, la bruyère a servi à la confection de balais, mais aussi à la couverture végétale des toitures, comme combustible et fourrage, ou, encore maintenant pour fabriquer des paravents.
  • Autrefois, en Allemagne, la bruyère jouait le rôle d’ersatz de thé et, plus rarement, de houblon pour la fabrication de la bière.
  • Le bois des très vieilles souches de bruyère est encore employé pour fabriquer des pipes dites « pipes de bruyère ». C’est la variété arborea qui fournit la matière première nécessaire à cette industrie. Bien plus grande que la bruyère classique, elle forme un gros rhizome de couleur rouge dans lequel on taille le corps de la pipe.

  1. Julie Conton, L’ogham celtique, p. 266
  2. Le mot bruyère est un substantif qui désigne autant la plante que le lieu où elle vit. Une bruyère est donc une lande tapissée de plants de bruyère.
  3. Julie Conton, L’ogham celtique, p. 267

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Le houblon, la « vigne » du Nord

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Si le houblon n’a pas été abordé médicinalement parlant par les Anciens, tout du moins connaissaient-ils son existence. Par exemple, Pline mentionne un houblon usité comme légume. En réalité, le premier haut fait attribué au houblon – et pas des moindres – ne concerne pas la médecine. Il fut d’usage, dès le IX ème siècle, en Allemagne, d’utiliser du houblon dans la fabrication de la bière. En effet, l’adjonction de houblon lors du processus de fabrication stabilise la mousse, assure une meilleure conservation et donne une légère amertume à la bière. Il a été dit que le houblon sera cultivé régulièrement dans les jardins des monastères afin de calmer les ardeurs des moines. Or, en aucun cas on ne mentionne alors les propriétés sédatives du houblon. Il est plus que probable que cela ait été le fruit d’une observation empirique, sachant que bien des abbayes abritaient des activités brassicoles.
Au même siècle, on voit apparaître les premières indications thérapeutiques relatives au houblon sous la plume de Mésué, un médecin arabe. Il indique que le houblon purge et clarifie le sang. Quelques siècles plus tard, Hildegarde de Bingen évoque brièvement le cas du houblon, et pas dans les meilleurs termes qui soient. Contrairement à ce qu’on lit chez Fournier (Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 508) et chez Faucon (Traité d’aromathérapie scientifique et médicale, p. 520), Hildegarde est très loin de vanter les usages du houblon pour guérir la mélancolie. En effet, ces deux auteurs se méprennent sur ce qu’a écrit Hildegarde au sujet de cette plante : elle « augmente la mélancolie, donne à l’homme une humeur sombre et alourdit ses entrailles » (1). On ne saurait être plus clair !

A l’époque de Matthiole, le houblon débute véritablement sa carrière thérapeutique. Le médecin florentin dit du houblon qu’il « évacue la colère, et repurge le sang de toutes ses humeurs bilieuses et colériques, amortissant et éteignant toutes les ardeurs et inflammations ». Le XVI ème siècle voit encore la résistance anglaise face au houblon, dont on dit qu’il est nuisible. De fait, il est interdit dans l’industrie brassicole britannique, alors que, pendant ce temps, il est cultivé en grand en Allemagne, en Pologne, ainsi que dans l’ensemble des pays d’Europe septentrionale, comme l’attestent les différents noms qu’il aura laissé çà et là (humel en ancien germanique, hommel en néerlandais, etc.). En 1554, Matthiole, au contraire des Anglais, affirme que, déjà, il aurait été impensable de se passer de houblon lors de la confection de la bière. Bien mieux, il pose les premières bases thérapeutiques le concernant : apéritif, dépuratif, laxatif, détersif, vermifuge, emménagogue, soit autant de propriétés depuis longtemps avérées. Il en va de même pour Dodoens, Lonitzer, Tabernaemontanus et, plus tard, Bauhin et Lémery, lequel dernier réaffirme les propriétés dépuratives du houblon, son rôle dans les maladies du foie et de la rate, enfin ses propriétés diurétiques.
Au XVIII ème siècle, Lieutaud conforte les jugements de ses prédécesseurs. Pour lui, le houblon demeure un bon médicament hépatique, apéritif, diurétique et dépuratif. Il le dit même propre à lutter contre le scorbut. Il l’administre autant en externe (démangeaisons, dartres, autres maladies cutanées) qu’en interne, et cela pour des cas d’hystérie et d’hypocondrie, deux affections qui scelleront en partie le destin thérapeutique du houblon. Il faudra attendre le début du XIX ème siècle pour qu’on se penche scientifiquement sur les principes actifs du houblon.

Le houblon est une plante herbacée, volubile et grimpante. Sa tige de section quadrangulaire et couverte de poils peut atteindre une longueur de six à douze mètres, ce qui en fait l’une des rares lianes européennes avec le lierre et la clématite. Elle a la particularité de s’enrouler dans le sens des aiguilles d’une montre autour de son support. Ses grandes feuilles semblables à des feuilles de vigne possèdent trois à cinq lobes. Elles sont grossièrement dentées, à l’aspect rude et glanduleux.
Le houblon est une espèce dioïque, c’est-à-dire que les fleurs mâles et femelles se trouvent sur des pieds différents. Les fleurs femelles – les strobiles –, en forme de cônes, sont pendantes à maturité, vert pâle, aux écailles munies de glandes jaune d’or et à la texture rappelant celle du papier. Les fleurs mâles se présentent sous forme de grappes verdâtres, insérées à l’aisselle des feuilles. La floraison a lieu en été, s’étale parfois jusqu’au mois de septembre.
Cultivé, le houblon sait aussi être subspontané. On le trouve dans toutes l’Europe, sauf dans les régions trop froides, en plaine comme en basse montagne, jusqu’à 1500 m d’altitude. En France, on rencontre le houblon au nord et à l’est surtout. C’est une plante qui se plaît particulièrement dans les haies, les broussailles, les taillis et en bordure d’eau douce.

Le houblon en thérapie

La phytothérapie a porté principalement son attention sur les cônes femelles du houblon, ces fameux strobiles. C’est effectivement eux la matière médicale qu’offre le houblon. Tel l’arbre qui cache la forêt, le strobile n’aurait pas autant d’importance si l’on dédaignait la poussière d’or que ses bractées dissimulent : le lupulin, que l’on surnomme parfois « farine » de houblon, obtenu par tamisage des cônes, est une substance résineuse formée de tannins, de flavonoïdes, de principes amers (humulon, lupulon) et d’une huile essentielle à forte proportion de sesquiterpènes. De manière plus anecdotique, on aura parfois employé les feuilles et les tiges ainsi que les racines.

lupulinCi-dessus, le lupulin formé de petites cellules en forme de champignon.

Propriétés thérapeutiques

  • Oestrogen like, anti-androgène, sédatif génital, galactogène
  • Harmonisant équilibrant, tranquillisant et sédatif du système nerveux, hypnotique, narcotique léger

L’action sédative varie selon les doses administrées : faibles = calmant ; moyennes = hypnotique ; fortes = paralysant. Nous aborderons plus loin l’essentiel des risques que constitue un abus de houblon.

  • Apéritif, digestif, cholérétique, stomachique
  • Dépuratif et régénérateur sanguin
  • Anti-inflammatoire, antalgique
  • Antispasmodique, décontractant musculaire
  • Diurétique
  • Fébrifuge
  • Vermifuge
  • Résolutif

Usages thérapeutiques

  • Troubles du système nerveux : états anxieux, nervosité, angoisse (le houblon a été utilisé contre l’angoisse de guerre entre 1914 et 1918), insomnie légère à moyenne d’origine nerveuse (le houblon offre une action analogue à celle de la passiflore)
  • Troubles génitaux masculins : priapisme douloureux (cf. blennorragie), onanisme, spermatorrhée, éréthisme génital, éjaculation précoce
  • Troubles génitaux féminins : ménopause (bouffées de chaleur, sudation excessive), règles douloureuses, insuffisance lactée, leucorrhée
  • Troubles cardiaques : arythmie, tachycardie
  • Troubles cutanés : peau irritée et/ou sensible, dartre, herpès, eczéma, tumeurs froides, ulcères gangreneux, ulcères cancéreux
  • Troubles gastro-intestinaux : gastrite nerveuse, inappétence, parasitose
  • Troubles locomoteurs : douleurs rhumatismales et arthritiques, goutte, lombalgie, sciatique, autres névralgies
  • Convalescence, anémie, fatigue, personnes âgées
  • Fièvre
  • Énurésie, lithiase urinaire
  • Migraine
  • Adénite

Modes d’emploi

  • Infusion de cônes (avec courage eu égard à son amertume)
  • Décoction de feuilles
  • Cataplasme de feuilles et de cônes
  • Cônes chauffés et placés dans un sachet en application locale
  • Huile essentielle
  • Teinture mère

Note 1 : l’huile essentielle de houblon est rare et chère (compter 35€ les 5 ml, et encore non bio). On en distingue deux en réalité : l’une issue de la distillation du cône dans son intégralité avec un très faible rendement (0,13 %) et l’autre uniquement issue du lupulin, cette poudre jaune que produit le cône femelle. Le rendement est ici un peu plus élevé, de l’ordre de 1 à 3 %, mais la matière première à distiller est si peu conséquente, que cela a une forte incidence sur le prix de cette seconde huile essentielle, même si un seul pied femelle peut produire chaque année 5000 à 7000 fleurs.

Note 2 : afin de pouvoir bénéficier du houblon en infusion, par exemple, il faut le cueillir si possible ou bien l’acheter dans le commerce. Or, cueillir du houblon, est-ce intéressant ? Les strobiles sont ramassés en août-septembre, seulement à partir du moment où les cônes présentent une odeur aromatique caractéristique et qu’ils acquièrent une couleur franchement jaune, rougeâtre ou brun doré selon les variétés. Il faut aussi veiller à vérifier qu’ils soient couverts d’une matière qui les rend un peu poisseux lorsqu’on les tient en main. Nécessairement récoltés par temps sec – il faut donc braver les pluies pré-automnales –, les cônes devront être exempts de rosée. Il faut ensuite rapidement les déposer à l’ombre, dans un local très ventilé pendant deux longs mois. Malgré les soins apportés lors de la dessiccation des cônes, certains d’entre eux peuvent s’altérer en raison de l’hygroscopicité qui fait que le houblon absorbe l’humidité de l’air ambiant.
Passés ces écueils, il faudra faire de ce houblon séché un usage rapide, car en moins d’un an cette récolte aura perdu 80 % de ses propriétés. C’est pour cela que l’on observe des effets thérapeutiques décroissants ou nuls : les valeurs pharmaceutiques diffèrent selon les variétés, mais surtout en raison de la déperdition des effets provoquée par la conservation.
Cueillir du houblon pour son propre usage personnel est donc quelque peu hasardeux. Aussi est-il préférable de se tourner vers la teinture mère, un produit standardisé, stable et donc relativement fiable (et qui sera toujours moins onéreux que l’huile essentielle).

Contre-indications et précautions

  • Par ses effets oestrogen like, le houblon est contre-indiqué en cas de mastose et de cancers hormono-dépendants.
  • Chez les employés des houblonnières, on a observé les effets d’une intoxication chronique au houblon. En effet, le contact régulier de l’organisme avec le houblon peut provoquer bien des perturbations. Parmi les moins graves, citons ophtalmies, blépharites et conjonctivites. Apparaissent aussi des troubles plus inquiétants : assoupissement, engourdissement, somnolence, céphalées. A très hautes doses : engourdissement général, nausées, vomissements, cardialgie, effet de « tête lourde », ralentissement circulatoire, baisse de la fréquence du pouls, trouble de la vue avec mydriase. A travers un usage thérapeutique correct, bien que l’effet hypnotique et narcotique soit léger, on prendra soin de n’utiliser le houblon qu’en fin de journée, tout en se méfiant de la pratique de la conduite automobile.

Usages alternatifs

  • Au printemps, on peut récolter les jeunes rejets de houblon qui se cuisinent comme les asperges. Les jeunes feuilles se consomment également ; on peut les additionner à une soupe.
  • Les feuilles de houblon contiennent une substance tinctoriale de couleur brune.
  • Autrefois, on employait les fibres des tiges pour fabriquer des cordages, des tissus grossiers, ainsi que du papier.
  • L’huile essentielle de houblon est employée par l’industrie de la parfumerie.

  1. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 47

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Houblon_feuille

Le sésame, une petite graine aux grands pouvoirs

Sésame_fleurs

Bien que le sésame porte l’adjectif indicum dans son nom latin, il semblerait, selon certaines données récentes s’appuyant sur des écrits antiques et le résultat de fouilles archéologiques, que la chronologie concernant l’apparition du sésame dans tel ou tel lieu, doive être revue. Contrairement à ce qui a été précédemment instauré, le sésame n’a pas suivi une route d’est en ouest, mais l’exact inverse ! Les traces les plus archaïques se situent en Mésopotamie, puis en Chine, au Vietnam, enfin au Japon. Même en Égypte, l’emploi du sésame est plus ancien qu’en Chine ! Dans la tombe de Ramsès II, on a découvert des fresques qui relatent la fabrication du pain au sésame. On peut donc en déduire qu’il y a 3300 ans en arrière, la culture du sésame ainsi que ses utilisations culinaires étaient déjà connues des Égyptiens, alors que les Chinois ne l’emploient guère « que » depuis 2500 ans environ.
En Chine, le sésame est un symbole de longévité. Lao-Tseu se passait de céréales en consommant des graines de sésame. Il aurait, dit-on d’après certaines sources, atteint un âge compris entre 160 et 200 ans ! C’est également un symbole de fécondité pour les Chinois. Une tisane de graines de sésame est recommandée aux femmes qui connaissent des difficultés au niveau de la procréation.
Pour entrevoir les aspects davantage ésotériques du sésame, rendons-nous maintenant en Inde. Là-bas, on dit que le sésame est la création de Yama, le dieu de la mort. Lors d’une fête annuelle assez semblable au jour des morts occidental, on emploie le sésame dans les cérémonies expiatoires comme purificateur et symbole d’immortalité. Des prières sont adressées pour aider la délivrance des âmes détenues au purgatoire. A cette occasion, il est coutume d’offrir non seulement du sésame, mais également du riz et de l’eau. Lors des funérailles, alors que « le corps du trépassé a été brûlé, les assistants se baignent dans la rivière voisine et laissent sur le rivage deux poignées de sésame, sans doute comme viatique, ou nourriture pour le voyage funéraire, et symbole de vie éternelle offert au trépassé » (1). On prenait aussi soin d’honorer les mânes du défunt par des offrandes de pindâs, c’est-à-dire des gâteaux funéraires composés de riz, de miel et de sésame. Cela consiste donc à rendre hommage à la perpétuité de l’existence.

Qui dit sésame, dit presque automatiquement Ali Baba et les quarante voleurs. La formule magique « Sésame, ouvre-toi » est loin d’être anodine. Elle représente tout d’abord un symbole lié à la fécondité, car grâce à son pouvoir, elle ouvre à loisir le ventre de la terre, les portes secrètes de la grotte dans laquelle les quarante voleurs entassent leurs richesses. De même, la graine, par mécanisme végétatif, en s’ouvrant, donne, si le terrain et les conditions y sont propices, toute la générosité de la terre. C’est une métaphore de la graine féconde et donc nourrissante, mais également une phrase magique dans le sens où, face aux portes fermées, elle permet de comprendre que se cache l’accès secret d’un monde encore invisible. Moyen infaillible pour accéder à quelque chose, « il suffit d’un petit mot magique pour que s’ouvrent, non seulement les cœurs, mais les chemins secrets de l’inconscient » (2) qui mènent vers la grotte aux mille trésors contenue en chacun de nous.

Le sésame, plante annuelle ornementale, s’adapte sur tout type de sol. Cependant, comme il nécessite un climat chaud, on le trouvera plus fréquemment sous les latitudes tropicales et relativement sèches, comme l’Afrique subsaharienne (Soudan, Nigeria, Ouganda) par exemple, mais encore et surtout l’Asie du sud-est (Chine, Birmanie, Thaïlande, Bangladesh), l’Inde et l’Amérique centrale
Une simple tige dressée de près d’un mètre de hauteur, des feuilles ovales et pointues, aux nervures marquées, des fleurs blanches à pourpres, parfumées et tubuleuses, voilà ce qui caractérise le sésame. A maturité, les capsules – fruits du sésame – éclatent. Chacune d’elles contient environ 200 graines. Ces dernières peuvent être de différentes couleurs en fonction des variétés : plus couramment blanches ou blanc crème, plus rarement brunes ou noires. A noter que sur le marché européen, nous avons plus souvent affaire aux variétés claires du fait de la rapide croissance de ces variétés de sésame qui sont plus productives et donc plus souvent utilisées.

Sésame_capsules

Le sésame en (aroma)thérapie

La graine de sésame est constituée de nombreux éléments dont des protéines, de la lécithine, de l’amidon, des oligo-éléments, des vitamines (A, B1, B2, B3, B6, E), ainsi que des lipides. L’expression des graines de sésame permet d’obtenir une huile végétale particulièrement riche en acides gras polyinsaturés (85 %), dont tant d’oméga 6 (40 %) que d’oméga 9 (40 %). On retrouve aussi de la vitamine E dans cette huile végétale, ainsi que des lignanes telles que la sésamine et la sésamoline.
Une graine de sésame contient environ 55 % d’huile limpide, de couleur jaune pâle, au très léger parfum de noisette grillée. Cela en fait une huile assez proche de celle d’argan.

Propriétés thérapeutiques

  • Nourrissante, assouplissante, régénératrice et protectrice cutanée
  • Tonique des cheveux et des ongles
  • Antiradicalaire, antioxydante
  • Nutritive, régulatrice de l’appétit
  • Protectrice cardiovasculaire, anti-athéromateuse, hypocholestérolémiante
  • Améliore le fonctionnement de la sphère hépatique
  • Tonique de la sphère rénale
  • Anti-infectieuse
  • Sédative de la toux
  • Protectrice du SNC

Usages thérapeutiques

  • Troubles cutanés : peau sèche à très sèche, irritée, fragile, mâture, atopique, desquamée
  • Fatigue physique et psychique, épuisement nerveux, travail intellectuel et mental difficile à soutenir
  • Toux
  • Rhumatismes
  • Protection face aux agressions que constituent les rayons solaires et la pollution atmosphérique

En médecine traditionnelle chinoise et médecine ayurvédique

La première considère le sésame comme fortifiant et tonique hépatique, sanguin et rénal. Du côté de l’ayurvéda, le sésame est très souvent employé dans des cas de démangeaisons, d’urticaire, de douleurs dentaires, d’aphtes, de coup de froid et de douleurs menstruelles.
On dit de son huile, douce et astringente, qu’elle agit sur les trois Doshas que sont Pitta, Vata et Kapha. On utilise plus particulièrement l’huile végétale de sésame lors de « l’heure de Gandoush », c’est-à-dire au matin. Ce rituel harmonisant, tonifiant et assainissant consiste à pratiquer un bain de bouche d’huile de sésame, à raison d’une cuillère à soupe. On la conserve en bouche pendant un quart d’heure en la faisant circuler dans la cavité buccale. Ceci fait, on recrache l’huile et l’on se rince soigneusement la bouche à l’eau claire. L’huile végétale de sésame masse l’intérieur de la cavité buccale : les joues, les gencives, la langue, les muscles des mâchoires, etc. Ainsi, elle favorise le maintien et l’entretien de la mobilité des os qui constituent la boîte crânienne. « L’ayurvéda affirme que Gandoush embellit, illumine le visage, assainit les lèvres et les gencives, renforce les dents, stimule l’énergie vitale dans tout le corps. Si l’on en croit les textes anciens, même la parole en est purifiée » (3).

Modes d’emploi

L’huile végétale de sésame étant autant un aliment de santé qu’une huile de base en aromathérapie, il est donc possible d’en faire un usage interne comme externe.

  • Externe : il s’agit d’une excellente base en aromathérapie. On peut l’utiliser seule ou en compagnie d’huiles essentielles.
  • Interne : en consommation quotidienne dans l’alimentation comme huile d’assaisonnement.

Contre-indications et précautions

  • Bien que l’huile végétale de sésame soit une huile pour tous – du très jeune enfant à la personne âgée –, on a remarqué qu’elle provoquait assez rarement un effet sensibilisant probablement lié aux lignanes. Alors, on peut voir apparaître des prurits et des inflammations cutanées.
  • La durée de conservation de l’huile végétale de sésame est comprise entre trois et six mois.

En cuisine

  • Cette huile aromatique est une huile de cuisson populaire en Chine. Elle peut être également consommée crue comme assaisonnement.
  • Quant à la graine elle-même, elle est comestible crue comme cuite. Très souvent, elle est grillée à sec, ce qui révèle son caractéristique goût de noisette. Elle entre dans la composition de multiples mets et s’utilise tel quel sur les pains, les légumes, les salades… On l’écrase pour confectionner la pâte de téhina, une crème salée de sésame à l’huile d’olive, ainsi que la halva, une pâtisserie compacte à base de sésame et de sucre. Concassée, on la découvre dans le gomasio ainsi que dans les nougats asiatiques. En Inde, les repas s’achèvent avec le mukhavas, un mélange de graines (anis, courge, sésame…) qui facilite la digestion et purifie l’haleine.

  1. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, p. 347
  2. Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 879
  3. Kiran Vyas & Marie Borrel, Guérir par la médecine ayurvédique, p. 100

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Sésame_graines_noires

Le lierre, une plante attachante

Lierre grimpant_Hedera helix

Synonymes : herbe aux dents, herbe à cors, herbe à cautère, herbe de la Saint-Jean, lierre des poètes, lierre commun.

Observateurs, les anciens Grecs employaient deux noms différents pour distinguer le lierre aux feuilles lobées – helix – et celui aux feuilles lancéolées – kissos –, bien que, dans l’un ou l’autre cas il s’agisse toujours de la même plante, Hedera helix. Hedera est le nom que donne Virgile au lierre un siècle av. J.-C. C’est de ce premier terme que dérivera le mot lierre tel que nous le connaissons, non sans avoir subi des étapes successives de transformation. Par exemple, en vieux français, la plante est désignée par le mot IERRE ou IERE. Débutant par une voyelle, il fallait nécessairement faire l’élision avec le pronom LE : L’IERRE. L’apostrophe s’en est allé, on a obtenu un unique mot : LIERRE.
Comme nous l’avons évoqué à travers l’article consacré à la vigne, le lierre est l’un des nombreux végétaux attributs d’Osiris, comme le confirme son nom grec, chenosiris, ce qui veut dire « arbre d’Osiris ». Mais c’est surtout par Dionysos que le lierre fait davantage parler de lui, puisque c’est grâce au lierre que Dionysos a été le dieu « né deux fois ». Alors que Dionysos était encore porté par sa mère, un lierre s’interposa entre eux deux et Zeus, afin de protéger l’enfant de l’ardeur solaire du dieu du tonnerre (1). Puis Dionysos, indemne, fut cousu par Hermès dans la cuisse du dieu de l’Olympe (2).
Les statuettes de Tanagra, qui remontent aux IV ème et III ème siècles av. J.-C., attestent de la capacité protectrice du lierre. En effet, elles sont très souvent ornées de feuilles et de baies de lierre. On trouve également très souvent des motifs de feuilles de lierre sculptés sur les monuments grecs et même romains. Récemment encore, on disait que les maisons aux murs recouverts de lierre étaient ainsi protégées contre les mauvais sorts ; suspendu dans les étables, il évitait au lait de tourner.
Le lierre de Dionysos, quant à lui, n’a pas que valeur ornementale. Il en possède au moins deux que nous allons tour à tour exposer.
Pour la première, laissons la parole à Plutarque, Romain d’origine grecque. « Si Dionysos fut considéré comme un médecin hors pair, ce n’est pas seulement pour avoir découvert ce remède si puissant et en même temps si agréable qu’est le vin, mais pour avoir mis en honneur le lierre en raison de son action particulièrement efficace contre le vin et enseigné aux bacchants à s’en faire une couronne pour moins souffrir des effets du vin, la fraîcheur du lierre éteignant le feu de l’ivresse. » Le lierre ôterait donc les maux de tête causés par le vin. Cette idée n’est pas une anecdote isolée, puisque quelques siècles seulement après Plutarque, le médecin romain Serenus Sammonicus (III ème siècle ap. J.-C.) donne le lierre comme remède des maux de tête, il dit aussi qu’il calme la frénésie. Rappelons, à ce titre, dans quel état le délire dionysiaque jetait les ménades ! Un siècle plus tard, un médecin bordelais, Marcel l’Empirique, emploie le lierre pour des raisons similaires et dont le docteur Leclerc nous offre un aperçu précis : « Parmi les merveilles que les Anciens ont dites du lierre, il n’est pas sans intérêt de rappeler le passage dans lequel Marcel l’Empirique vante, comme un remède tout puissant de la céphalagie, l’application sur le front et sur les tempes de son suc ou de ses feuilles » (3). Leclerc, qui a longuement étudié le lierre au début du XX ème siècle, s’est aperçu que c’est un modérateur très efficace des nerfs périphériques, d’où les couronnes de lierre des ménades qui les aidaient à supporter les maux de tête liés à une consommation excessive de vin. Si l’emploi du lierre est esthétique, il sait aussi être pragmatique…
Venons-en maintenant à la seconde valeur du lierre. Nous avons déjà parlé du thyrse de Dionysos, cette espèce de sceptre ou bâton enrubanné de lierre et/ou de vigne, alors même que ce dieu était couronné de grappes de raisin. Ce thyrse ayant un rapport avec le dieu de la foudre duquel Dionysos est re-né, il implique donc la révélation. (Si la velation en moyen français indique que l’on voile quelque chose, la révélation le dévoile, le met à nu. Qu’est donc une naissance sinon une révélation ?) Est-ce à dire que Dionysos est, d’une certaine manière, un prophète ? Autrefois, les portes des tavernes, taillées dans le chêne, étaient ornées de rameaux de lierre. Aussi bien trouvons-nous Zeus (le chêne) que Dionysos (le lierre) à travers cette association. Selon Angelo de Gubernatis, ce protocole avait pour but de « rendre le vin innocent ». Mais le Florentin dit mieux encore : « Cet usage superstitieux devait avoir un autre motif. Le chêne est l’arbre de Zeus, le lierre aussi lui est cher : symbole de force, sans doute, et de génération, il aide peut-être aussi le buveur à dire la vérité, c’est-à-dire la prophétie » (4).
Le lierre aurait donc cette double fonction : supprimer la gueule de bois et diriger l’esprit aviné vers l’essentiel. Ne le cachons pas, les anciens Grecs crurent pendant longtemps que le lierre pouvait aider à lutter contre les intoxications. Son caractère semper virens n’y est peut-être pas étranger. Puisque celui-ci symbolise la force végétative, il symbolise aussi le cycle de la mort et de la vie, le mythe de l’éternel retour. Aussi, pourquoi ne serait-il pas à même de combattre l’ivresse du vin, tout en contenant lui-même des substances qui s’avèrent toxiques à hautes doses. La vigne ouvrirait donc l’extase dionysiaque tandis que le lierre la clôturerait…

Bien d’autres symboliques sont associées au lierre. Parce qu’on a longtemps cru qu’il parvenait à étouffer l’arbre qui lui sert de support, on a dit du lierre qu’il était non seulement un parasite mais aussi une espèce envahissante, un crampon en somme. Pourtant, de crampons, il en dispose. Il s’agit de petites radicelles qui lui permettent d’agripper le support contre lequel il rampe. Ce en quoi son nom latin, Hedera, nous renseigne. Il provient du verbe haereo qui veut dire « attacher », un terme que l’on pourrait même rapprocher du mot celte hedra, corde.
Ces crampons ne sont pas des suçoirs qui aideraient la plante à puiser dans les réserves nutritives de l’hôte vampirisé. Sans compter que les supports qu’affectionne le lierre ne sont pas toujours d’autres végétaux, cela peut être un rocher, un poteau, le mur d’une maison… Mais, parce qu’il embrasse son support, on aura dit du lierre qu’il évoque les liens amicaux et amoureux. Le lierre est attachement et fidélité, mais il est aussi enlacement et sensualité. Contrairement au houx martien, le lierre, tout en courbes et circonvolutions, est typiquement féminin ; de par ses attitudes serpentiformes, il évoque, au-delà de la sensualité, la sexualité. C’est une plante qui a un évident rapport avec les rites nuptiaux. Par exemple, en Grèce antique, les couronnes nuptiales des jeunes mariés étaient constituées de rameaux de lierre, alors qu’en Écosse, « une fille qui mettait une feuille de lierre dans son corsage devait rencontrer son futur époux » en rêve (5). Dans le domaine prédictif, il est aussi dit que le lierre jouait le rôle d’oracle sentimental tel que je le mentionne dans mon dernier livre : « Celui que l’on surnomme  »courroie de Saint-Jean » jouait surtout le rôle d’oracle de guérison par l’intermédiaire d’une tireuse de saints. Voici comment procéder : après avoir ramassé une tige de lierre terrestre, il faut écrire sur chacune de ses feuilles autant de noms de saints que la tige porte de feuilles. On la dépose ensuite dans un verre d’eau bénite. Le lendemain, c’est la feuille qui a le plus blanchi qui désigne le nom du saint à invoquer et, par voie de conséquence, la nature du mal dont souffre le patient. Parfois, on procédait de façon légèrement différente : on se contentait de jeter les feuilles portant les noms de saints dans une fontaine. La première feuille qui venait à couler indiquait le saint guérisseur » (6). Mais il ne s’agit pas du lierre commun dont on parle dans cet article, mais du lierre terrestre qui n’a de lierre que le nom puisqu’il appartient à une autre famille botanique (l’association entre les deux espèces ne date pas d’hier : déjà Pline incluait le lierre terrestre dans la famille du lierre grimpant !), mais il n’est pas impossible d’employer des feuilles de lierre grimpant pour ce faire.
Ce dernier domaine peut parfois faire tendre le lierre vers des aspects plus sombres, comme en atteste la pratique qui consistait à jeter du lierre sur les cercueils des jeunes filles mortes vierges. Mais, au-delà de ce funeste exemple, il faut savoir que le lierre était employé par les Celtes en magie des liens, autrement dit, en magie liante, plus particulièrement dans le domaine amoureux (on faisait de même en Chine où le lierre permettait d’attacher une femme à son mari). Souvenons-nous que le lierre, liant, provient du verbe latin haerere qui veut dire lier, fixer, arrêter, paralyser. Il peut alors être mis en corrélation avec le dieu gaulois de la parole, de l’éloquence, du verbe magique, Ogmios, que l’on retrouve en Irlande sous le nom d’Ogma (parfois Ogme), un dieu que l’on crédite de la création de l’ogham, cet alphabet si particulier constitué de petites branches de différentes espèces végétales et gravées chacune d’un symbole. C’est sans surprise que l’on apprendra que l’un de ces oghams est fabriqué avec du bois de lierre : Gort. Il nous renvoie à la spirale et au labyrinthe. Il implique transformation intérieure, quête et interrogation. « Rappelons qu’hedera, le lierre, vient du latin haereo, haerere :  »être attaché, fixé, arrêté ». De la même racine vient haeresco, ere :  »s’attacher, s’arrêter » ainsi que haesito, are,  »être embarrassé, s’arrêter, hésiter », d’où provient le verbe français hésiter » (7). L’ogham Gort peut donc être le signe d’une nécessité de recherche intérieure mais aussi de stabilisation, voire de renoncement, histoire de faire le point et de réfléchir avant d’opter pour un choix parmi d’autres.
Ensuite, la persistance du feuillage du lierre amènera à considérer le lierre comme un symbole de la vie au cœur de l’hiver, à l’image du gui et du houx, par exemple. Il est donc aussi symbole de constance et de persévérance et c’est tout naturellement qu’on le retrouve chez les Celtes lors de Jul qui célèbre le solstice d’hiver, en particulier à travers la figure de Dagda dont le chaudron d’immortalité et de résurrection est empli d’inépuisable.

D’un point de vue médicinal, le lierre semble avoir été assez employé durant la période médiévale. Si l’on trouve pour chacun des deux Albert une seule mention relative au lierre, Hildegarde est beaucoup plus précise puisqu’elle distingue le Gundelrebe (lierre terrestre) de l’Ebich (lierre grimpant). On reconnaît au second une action positive sur la jaunisse, les maladies de la rate, les crachements de sang, l’aménorrhée et la dysménorrhée. On emploie tant les feuilles que leur suc, ainsi que les racines et les graines contenues dans les baies. Hildegarde apporte aussi une information qui mérite d’être retenue. Elle laisse entendre qu’elle employait le lierre comme le firent les antiques ménades : elle préconise le lierre en cas de « perte de raison ».
Dans l’ensemble, on connaît du lierre bien davantage d’usages populaires que strictement scientifiques (même si le docteur Leclerc dont nous avons déjà parlé aura longuement travaillé à son sujet). Dans les campagnes, on emploie souvent les feuilles et leur suc. Des cataplasmes de feuilles étaient appliqués sur les plaies, les brûlures, les ulcères, les abcès, en cas de mauvaise circulation sanguine. On faisait macérer des feuilles de lierre broyées dans du vinaigre : cela formait un excellent remède contre les cors. On utilisait encore le lierre à travers des modes opératoires très surprenants : en médecine vétérinaire, on mâchait des feuilles de lierre et on crachait la bouillie obtenue dans les yeux des chevaux souffrant de maladies oculaires. On confectionnait des sacs bourrés de feuilles de lierre pour y dormir. Cela avait, dit-on, de bons résultats contre les rhumatismes. Enfin, l’une des pratiques les plus étonnantes est sans doute celle-ci : en Gironde, on creusait dans le tronc d’un vieux lierre un creux en forme de gobelet dans lequel on versait du vin pour l’y faire macérer. Ce vin acquérait par la suite des propriétés anticoquelucheuses exceptionnelles.
Tous ces procédés peuvent encore nous surprendre et nous paraître farfelus. Il n’empêche que, dans le fond, ils trouvent tous des justifications car, comme nous le verrons un peu plus loin, le lierre est actif contre toutes les affections ci-avant abordées. Mais, avant d’y parvenir, un peu de botanique !

A propos du lierre, on a dit qu’il s’agissait d’un arbuste en raison d’une forme parfois buissonnante, mais, en réalité, le lierre fait partie des quelques rares lianes européennes avec le chèvrefeuille, le houblon, la clématite et la bryone. Cette liane peut facilement atteindre une trentaine de mètres de longueur, chose que sa longévité peut tout à fait lui permettre d’acquérir : 400 ans, parfois plus, même s’il est difficile de déterminer l’âge du lierre puisque son bois ne forme pas de « cernes » permettant de décompter ses années. Les supports environnants – selon qu’ils sont présents ou pas à proximité d’un lierre – fait qu’il sera rampant ou grimpant. L’horizontalité et la verticalité semblent avoir un rôle prépondérant sur la forme des feuilles du lierre. En effet, on distingue deux types de feuillages : des feuilles lobées portées par des rameaux stériles, et des feuilles non lobées, en forme de fer de lance, portées par des rameaux fertiles. Bien que dans les deux cas elles sont vert foncé, coriaces et persistantes, il s’avère que seuls les lierres de la seconde catégorie, dit lierre de plein vent, portent des fleurs et plus tard des baies, alors que les premiers, comme le lierre poussant en sous-bois, n’en produit pas. La floraison se déroule à l’automne et offre, dans une période de disette, du pollen aux abeilles, tandis que la fructification sous forme de grappes de baies noirâtres représente pour les oiseaux une agape hivernale appréciée.
Très fréquent, le lierre affectionne les sols riches, ombragés comme lumineux. On le rencontre presque partout en Europe, mais jamais en dessus d’une certaine altitude et en-dessous d’une certaine latitude.

Lierre grimpant_Hedera helix_fleurs

Le lierre en thérapie

On emploiera tant les feuilles, cueillies en toute saison, que les baies, récoltées en février-mars. Mais, par mesure de sécurité, mieux vaut se contenter des feuilles.
Parmi les principes contenus dans le lierre, citons la présence de saponines telle que l’hédérine et de flavonoïdes.

Propriétés thérapeutiques

  • Antispasmodique de l’appareil respiratoire, expectorant
  • Dépuratif, cholagogue
  • Anti-inflammatoire, décongestionnant, antinévralgique
  • Vasoconstricteur
  • Hémolytique
  • Anti-infectieux : antifongique, antiparasitaire
  • Facilite les menstruations
  • Topique

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère respiratoire : bronchite chronique, trachéite, laryngite, laryngite sévère, coqueluche, rhume
  • Troubles locomoteurs : rhumatismes, lumbago, sciatique, névrite, névralgie
  • Troubles cutanés : pellicules, mycose du pied, durillon, cor, crevasse, gerçure, plaie, brûlure, coup de soleil, piqûre d’insecte, vergetures
  • Cellulalgie (congestion et vasodilatation ont pour conséquence l’apparition de la cellulite), œdème circulatoire, hypertension
  • Règles insuffisantes, leucorrhée
  • Lithiase biliaire
  • Maux dentaires

Modes d’emploi

  • Si vous souhaitez employer le lierre par voie interne, la teinture mère reste tout de même la meilleure option.
  • En externe, le lierre se prête bien à la technique de la macération dont voici une recette facile à réaliser. Pour cela, vous aurez besoin d’une bonne poignée de feuilles de lierre lavées et séchées au torchon, puis grossièrement hachées, d’huile d’olive bio première pression à froid et d’un bocal en verre muni d’un couvercle. Placez le lierre dans le bocal, couvrez d’huile. Fermez le bocal et laisser macérer le tout pendant quatre bonnes semaines au soleil. Prenez soin d’agiter régulièrement le mélange. Au bout du compte, filtrez le macérât à l’aide d’un filtre à café et recueillez l’huile qui sera ensuite entreposée dans un flacon de taille adaptée. Cette huile peut s’appliquer pour les différents troubles cutanés que nous avons abordés dans la section « Usages thérapeutiques », ainsi que pour la cellulite.

Contre-indications

  • L’infusion de feuilles de lierre est agressive pour les muqueuses gastriques et intestinales à hautes doses. Il faut donc en faire un usage raisonnable.
  • Les feuilles contiennent du falcarinol, une substance également présente dans la carotte et le ginseng. Elle est susceptible d’occasionner des dermites de contact.
  • Les baies sont légèrement toxiques, vésicantes, irritantes et purgatives. L’ingestion se traduit par des troubles digestifs et nerveux, des vomissements.

Autres usages

  • On utilise depuis longtemps les feuilles et les baies de lierre comme substance tinctoriale. Les baies écrasées et appliquées sur les cheveux leur permettent de conserver leur noirceur. Quant aux feuilles, en solution, elles ravivent et foncent les cheveux et raniment les étoffes de soie noire.
  • Les feuilles de lierre contiennent des saponines, substances qui, au contact de l’eau chaude, se mettent à mousser. Ainsi les feuilles de lierre offrent-elles une lessive écologique.

© Books of Dante – 2015


  1. En Lettonie, le lierre porte le nom du dieu de la foudre, Pehron, alors que chez les anciens Germains, le lierre est attribut de Thunar, également divinité de la foudre.
  2. D’où l’expression « se croire sorti de la cuisse de Jupiter » équivalente à celle-ci : « se croire premier moutardier du pape ». L’une comme l’autre désigne une personne imbue d’elle-même, prétentieuse, etc.
  3. Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 281
  4. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, p. 195
  5. Jennifer Cole, Cérémonies autour des saisons, p. 100
  6. Gilles Gras, Herbes et feux de la Saint-Jean, p. 88
  7. Julie Conton, L’ogham celtique, p. 194