La ficaire, plante médicinale à usage unique

Ficaire_ficaria_verna

Synonymes : petite éclaire, petite chélidoine (cf. l’article sur la grande chélidoine), ficaire fausse renoncule, épinard des bûcherons, herbe aux fics, herbe aux hémorroïdes.

Contemporaine de la violette, c’est au mois de mars que la ficaire manifeste sa présence dans les sous-bois de feuillus, dans les haies et au bord des ruisseaux. Ce qui lui importe c’est un peu d’ombre et beaucoup d’humidité. Là, on aura le privilège de la découvrir, formant de denses tapis couvrants. Elle est commune partout, sauf en haute montagne, on ne la trouvera donc pas au-dessus de 1 500 m d’altitude.
Plante vivace, la ficaire se développe à l’aide de ses racines tubéreuses et de ses bulbilles qui apparaissent à la base des feuilles afin de palier la rareté des graines produites – stériles pour la plupart.
Elle porte des feuilles cordiformes, glabres, vert foncé, à l’aspect luisant. Elles s’agencent sur une tige qui ne dépasse pas 20 cm de hauteur. Les feuilles inférieures s’épanouissent au bout d’un long pétiole alors que celles qui se trouvent en hauteur possèdent un pétiole bien plus court. En haut des tiges, des fleurs solitaires de 2 à 3 cm de diamètre, comptent généralement 6 à 12 pétales d’un jaune vif et lumineux. Elles se ferment en cas de temps couvert et fleurissent de mars en mai.

En phytothérapie

1. Parties utilisées et principes actifs

On utilise plus particulièrement les racines pour les principes actifs qu’elles contiennent (ficarine, acide ficarique…), plus rarement les feuilles, riches en vitamine C mais contenant peu de protoanémonine, une substance caustique qu’on trouve dans d’autres renoncules, ce qui les rend âcres. Parfois, c’est le suc frais de la plante qui joue le rôle de remède.

2. Propriétés et usages thérapeutiques

Si au Moyen-Âge, semble-t-il, la ficaire servait de fébrifuge, elle était aussi connue comme antiscrofuleux et antiscorbutique (cf. sa haute teneur en vitamine C). Mais elle est, par dessus tout, un spécifique des hémorroïdes (hémorroïdes simples, prolapsus hémorroïdaire, anite hémorroïdaire…). Elle permet d’atténuer la douleur (effet analgésique), de calmer le ténesme et de refréner le flux sanguin.
« Tout récemment encore, l’utilisation des racines de ficaire pour le traitement des hémorroïdes trouva son origine dans le fait que des paysans de la montagne du Bourbonnais employaient ces plantes dans cette indication thérapeutique au motif que leurs racines présentaient des renflements en tout point analogues à des hémorroïdes. Les essais cliniques et pharmacologiques confirmèrent cette signature. » (Jean-Marie Pelt, Les vertus des plantes, p. 32). Connaissance purement empirique au départ, la capacité que possède la ficaire de traiter les affections hémorroïdaires sera relayée par Thomas Burnet dans son Thesaurus medicinae practicae (1698). Par la suite, nombreux seront les praticiens à recommander l’herbe aux hémorroïdes.

3. Contre-indications et autres usages

– Toxicité : la ficaire tient une place particulière dans la pharmacopée. On la juge suffisamment toxique pour qu’il ne soit pas fait d’elle des usages thérapeutiques étendus. Cependant, elle ne l’est pas assez pour que cela interdise son emploi médicinal. Si la plante adulte, et ayant reçu beaucoup de soleil, est relativement toxique, lorsqu’elle est jeune, cela peut justifier son emploi « alimentaire ». Il est bon de rester prudent avec cette plante, l’automédication n’est pas conseillée. Des cas d’irritation de la peau et des muqueuses peuvent se produire, ainsi que des diarrhées et des douleurs intestinales après usage interne.
– Cuisine : on choisira de préférence les très jeunes feuilles, en particulier celles ayant peu vu le soleil. Ce sont elles qui sont exemptes de substances problématiques. A ce stade, elles sont consommables crues en salade ; plus âgées, on les cuira à la façon des épinards.

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La chélidoine, l’herbe aux verrues

(Chelidonium majus)

Synonymes : herbe aux verrues, herbe d’hirondelle, éclaire, grande éclaire, lait des sorcières

Tout ces synonymes méritent quelques explications. Après quoi, vous constaterez la pertinence de chacun.

– Lait des sorcières : lorsqu’on rompt une tige de chélidoine, un latex jaune orangé s’en échappe. La chélidoine a été une plante sorcière.
– Herbe aux verrues : en référence à la propriété qu’a ce latex contre les verrues.
– Herbe d’hirondelle, éclaire, grande éclaire : tout d’abord, si je vous dis que chelidôn signifie hirondelle en grec, ça devrait éclairer votre lanterne, non ? Mais qu’ont donc à voir l’hirondelle et l’éclaire ? Pour le comprendre, il faut plonger dans la lointaine Antiquité grecque. « Les propriétés accordées à la chélidoine pour guérir les affections des yeux auraient été découvertes en observant la vie des hirondelles, auxquelles on attribuait une vue particulièrement perçante. Mais la relation de la plante à cet oiseau était comprise de différentes manières. Pour les uns (Pline, Dioscoride, plus tard Albert le Grand), la chélidoine sortait de terre à l’arrivée des hirondelles et se fanait à leur départ tandis que pour d’autres (Aristote), les hirondelles soignaient les yeux de leurs petits avec son suc pour leur rendre la vue, même lorsque leurs yeux avaient été crevés ou arrachés. » (Guy Ducourthial, Flore magique et astrologique de l’Antiquité, p. 249). Parfois, il ne s’agit pas, pour l’hirondelle, de faire autre chose que d’aider ses petits encore aveugles à ouvrir les yeux. D’où le nom d’éclaire que la plante porte parfois. « Ce type de croyance repose sur des considérations nées de l’observation, de l’expérience, mais aussi de la pure imagination. » (Guy Ducourthial, Flore magique et astrologique de l’Antiquité, p. 397). Enfin, son nom de grande éclaire s’explique du fait qu’on a longtemps pensé qu’il existait une petite éclaire, la ficaire (Ficaria verna). Si cette plante, tout comme la chélidoine, possède des fleurs jaunes et une toxicité évidente, la comparaison entre les deux plantes s’arrête là. Grande, que l’on retrouve dans l’adjectif latin majus (comme dans majuscule). Le nom latin actuel de la chélidoine pourrait donc se traduire par : grande hirondelle.

Chélidoine

« Véritable panacée capable de ramener la santé, la vie et la jeunesse aux vieillards les plus débiles et même aux moribonds » (Fabrice Bardeau, La pharmacie du bon dieu, p. 91), la chélidoine ne manque pas d’attraits même si ce portrait est quelque peu emphatique. En l’espace de six siècles, nombreux ont été ceux qui se sont penchés d’une manière ou d’une autre sur la chélidoine : Plaetarius de l’école de Salerne (XII ème siècle), Albert le Grand (XIII ème siècle), Raymond Lulle (XIV ème siècle), Paracelse (XVI ème siècle), Van Helmont (XVII ème siècle). On la trouve aussi mentionnée dans le Hortus sanitatis (fin XV ème siècle). Parmi cette foule de données, il est une chose intéressante à retenir. Elle se situe au XVI ème siècle, en la personne de Tabernaemontanus, botaniste et médecin. Il indique que la chélidoine est cholérétique et qu’elle s’utilise dans les affections hépatiques comme l’ictère. En décoction, elle permet de laver les plaies même ulcérées grâce à ses propriétés détersives. Le plus marquant, c’est qu’il signale de possibles actions anticancéreuses. Mais qu’en est-il exactement ? On a procédé à des injections hypodermiques d’extraits de chélidoine, après quoi on a constaté que cela améliorait les traitements des néoplasmes cancéreux. Au niveau du cancer de l’estomac, cela diminue considérablement les douleurs et apporte un soulagement non négligeable. En 1896, un médecin russe, Denissenko, utilise le suc de chélidoine contre certaines formes de tumeurs cancéreuses. Cela a pour effet de restreindre temporairement l’extension des néoplasmes, de faire cesser les hémorragies et d’atténuer la fétidité des sécrétions. Plus tard, le docteur Henri Leclerc indiquera que la chélidoine ne guérit pas le cancer mais qu’elle en retarde seulement la prolifération. Cependant, « on s’étonne […] que l’expérience clinique de cette action […] n’ait pas été poursuivie, compte tenu de ce qu’affirmaient les Anciens et des vertus particulières de la chélidoine, notamment son action résolutive sur les verrues (reconnue par Leclerc mais pas par Cazin) qui sont, en fait, des épithéliomes bénins dont la nature peut toujours dégénérer. » (Fabrice Bardeau, La pharmacie du bon dieu, p. 93).

Papavéracée comme le coquelicot et le pavot, la chélidoine est une plante très fréquente en plaine comme en moyenne montagne (jusqu’à 1 500 m d’altitude maximum). Plante vivace, la chélidoine est munie d’une épaisse et robuste racine fusiforme de couleur brun rougeâtre et de tiges droites et ramifiées. Ses feuilles composées, dentées et lobées, sont molles et d’une couleur qui peut parfois tendre vers le bleu vert glauque. Des ombelles de fleurs jaunes à quatre pétales culminent à près de 80 cm du sol chez les sujets les plus vigoureux. Elles produisent par la suite des siliques (caractéristique des Brassicacées comme le colza par exemple) contenant de petites graines noires que les fourmis se font un plaisir de disséminer.
Si l’on casse une tige de chélidoine, on voit rapidement apparaître un liquide laiteux de couleur jaune orangé (un latex en fait, tout comme on peut en trouver chez le pissenlit et le figuier). Dès le Moyen-Âge, ce latex a été comparé à de la bile, c’est pourquoi la chélidoine a été classée parmi les plantes soignant les affections hépatiques en vertu de la théorie des signatures. Et on verra plus loin à quel point les Anciens avaient raison.
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La chélidoine en phytothérapie

Bien qu’extrêmement courante un peu partout en France, on ne peut pas dire que ses usages thérapeutiques le soient autant, du moins à l’heure actuelle. Feuilles et racines sont employées. Cependant, on note une participation plus active des secondes contrairement aux premières. Conformément à sa famille botanique, la chélidoine contient différents alcaloïdes (chélidonine, protopine, sanguinarine, homochélidonines, chélérythine, etc.) dont les proportions varient selon si on utilise feuilles ou racine, mais également d’une année sur l’autre, d’une localité à l’autre… Cela pose un relatif problème en phytothérapie car il est difficile de connaître à l’avance la composition exacte de la plante qu’on récolte.

1. Propriétés thérapeutiques

  • Stimulante hépatique, sédative hépatique et vésiculaire, cholérétique (trois fois plus puissante que l’artichaut)
  • Dépurative, diurétique, purgative
  • Antispasmodique
  • Vermifuge
  • Coricide
  • Caustique, détersive, rubéfiante, vésicante

2. Usages thérapeutiques

  • Troubles hépato-vésiculaires : insuffisance biliaire, lithiase biliaire, hépatite chronique et aiguë, ictère
  • Troubles gastro-intestinaux : hypertonie gastrique, spasmes intestinaux, crampes digestives, parasites intestinaux
  • Troubles oculaires : ophtalmies chroniques, blépharite, taie de la cornée
  • Troubles circulatoires et vasculaires : hypertension, artériosclérose, angine de poitrine
  • Troubles cutanés : verrues, cors, durillons, dartres, teigne
  • Hydropisie, ascite
  • Asthme
  • Adénite

3. Modes d’emploi

  • Infusion : les feuilles. Fraîches comme sèches, elles présentent avantages et inconvénients. Fraîches, elles sont plus actives mais plus toxiques et ont un goût âcre. Sèches, elles ont moins toxiques, moins actives et amères.
  • Décoction : la racine. Fraîche ou sèche, son emploi reste délicat.
  • Suc frais : en application locale sur verrues, cors, durillons.

L’auto-médication en phytothérapie étant parfois hasardeuse, elle l’est d’autant plus avec une plante comme la chélidoine. Mieux vaut alors se tourner vers des extraits de plantes standardisés comme la teinture-mère. Mais aussi en homéopathie (maladies hépatiques et vésiculaires, pneumonie, coqueluche, grippe, lupus, carcinomes, cancroïdes, taches psoriasiques…).

4. Contre-indications

  • La chélidoine, passé un certain seuil, devient narcotique et toxique. Elle peut provoquer des désordres digestifs, nerveux et cardiaques. Des accidents mortels ont été observés (congestion pulmonaire suivie d’asphyxie).
  • Il existe un élixir floral à base de chélidoine. On l’utilise afin de faciliter la communication, l’échange et la réceptivité. Il se destine tout particulièrement aux tempéraments obtus et obstinés éprouvant des difficultés de communication.

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Comment soigner et guérir une verrue avec trois fois rien

Chélidoine-2

Les verrues sont des tumeurs bénignes qui enquiquinent l’être humain depuis des lustres. Entre procédés magiques et techniques empiriques, l’homme n’aura eu de cesse de mettre en œuvre une foule de moyens pour se débarrasser de ces excroissances.
La recette que j’expose ici ne nécessite ni de courir la campagne à la recherche de la fameuse « herbe aux verrues » (Chelidonium majus ci-dessus) ou de faire l’achat de tout un tas d’huiles essentielles. Aujourd’hui, on se débrouille avec les moyens du bord, fort simples au demeurant, puisqu’on les trouve dans toutes les cuisines. Il nous faut donc :

  • Un citron
  • Du vinaigre de cidre ou de vin rouge
  • Du sparadrap

La veille du jour où vous avez l’intention d’entamer le traitement, préparez vos ingrédients. A l’aide d’un couteau, découpez dans le zeste du citron de petites lamelles de la taille d’une pièce de monnaie. Placez-les dans un petit récipient et couvrez-les de vinaigre. Laissez macérer une nuit entière.

Le lendemain matin, lavez-vous soigneusement les mains (ou les pieds selon l’emplacement de la verrue). Prélevez un petit morceau de zeste de citron qui sera alors bien imbibé de vinaigre. Placez-le sur la verrue à traiter et maintenez-le à l’aide du sparadrap, sans trop serrer la bande adhésive.

Le soir du premier jour venu, enlevez votre pansement usagé. Laissez votre peau sécher et respirer pendant une à deux heures avant de replacer un nouveau pansement pour la nuit. Procédez de cette manière (un pansement le matin pour la journée, un pansement le soir pour la nuit) pendant autant de fois que nécessaire.

Jour après jour, prenez le temps d’observer comment votre verrue se comporte. Au bout de 3 ou 4 jours de traitement, elle devrait commencer à brunir et presque noircir. Cela signifie qu’elle est en train de « mourir ». Peut-être aurez-vous la chance, tout comme moi, de voir cette excroissance se détacher sans difficulté après 4 jours.
Dès lors que la verrue est « tombée », à son emplacement la peau est à vif mais ne saigne pas. Vous avez plusieurs possibilités pour achever le travail :

  • Appliquez pendant 1 à 2 jours de nouveaux pansements vinaigrés/citronnés. Attention, ça picote ! A terme, une croûte (du sang séché) se forme et joue le rôle de bouchon de cicatrisation.
  • Abandonnez citron et vinaigre, et appliquez de l’argile verte en cataplasme sur la zone. A renouveler autant de fois que nécessaire.
  • Préparez une petite synergie antiseptique et cicatrisante à l’aide d’une huile végétale et d’une ou plusieurs huiles essentielles (pin sylvestre, cèdre de l’Atlas, lavande fine, arbre à thé, ravintsara, etc.).

15 jours après avoir démarré votre traitement, en lieu et place de votre verrue, il ne devrait y avoir plus qu’une cicatrice :-)

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Le persil en phyto-aromathérapie

(Petroselinum sp. : P. sativum et P. crispum)

Le persil, comme beaucoup d’autres plantes issues de la grande famille des Apiacées (ex-Ombellifères), est une plante bisannuelle à forte racine pivotante, épaisse, blanche et charnue, qui pousse sur des sols riches et frais (1). Elle porte des tiges robustes et finement striées. Ses feuilles, vert foncé et glabres, dentées ou frisées, sont divisées en trois segments. Lors de la seconde année, de grandes ombelles de fleurs verdâtres se développent au sommet des hampes florales, ce qui permet à la plante d’atteindre une hauteur maximale de 80 cm. Après la floraison, des graines aromatiques apparaissent.
La première année, on peut récolter la racine à l’automne (elle fait partie des « cinq racines apéritives » avec celles de fenouil, d’ache, d’asperge et de fragon). Ce n’est que l’année suivante qu’on récolte les semences, classées dans le groupe des « quatre semences chaudes mineures » (avec la carotte, le khella et l’ache).

Il est remarquable que le persil ait perdu une grande partie de son aura de plante médicinale majeure ainsi que, dans une mesure moindre, son usage condimentaire. Il est temps de redorer son blason !

Il y a un peu plus de trente siècles en Égypte (XX ème dynastie), on observe que le persil est employé à travers des cérémonies au caractère mortuaire. Lors de l’Antiquité gréco-romaine, le persil est tout à la fois un aliment et un médicament. Théophraste en donne une description au IV ème siècle av. J.-C. Le petroselinon (2) des Grecs était aussi connu de Dioscoride, ainsi que de Latins comme Galien et Pline l’ancien (3). Ses vertus médicinales sont surtout diurétiques. On employait ses feuilles et ses graines dans des affections des reins et de la vessie.

Au Moyen-Âge, les vertus médicinales du persil prennent de l’ampleur. On note sa présence dans les jardins carolingiens (cf. Capitulaire de Villis, VIII ème siècle). On le cultive au monastère de Saint-Gall à la même époque. Il est dit que le persil est alors davantage médicinal que condimentaire, ce qui n’est pas tout à fait exact. Certes, bien des médecins médiévaux l’emploieront dans leurs pratiques : Averroès, Constantin l’africain, Albert le Grand, Odon de Meung, Hildegarde de Bingen… En plus d’être toujours considéré comme un excellent diurétique, on lui accorde d’autres propriétés (apéritif, antilithiasique urinaire et biliaire, carminatif et résolutif). « Le persil est plus utile quand il est cru que lorsqu’il est cuit, nous dit Hildegarde. Il adoucit les fièvres si elles ne sont pas trop fortes. » On en fait également un usage externe à travers des cataplasmes mêlant du jus de persil, de la farine et du blanc d’œuf, qu’on applique par la suite sur ulcères et blessures. Mais il est vrai qu’il était aussi employé comme condiment. Par exemple, on se servait de persil pour verdir les plats, leurs couleurs ayant une importance primordiale au Moyen-Âge. Que ce soit dans le Mesnagier de Paris ou le Viandier de Taillevent, le persil est abondamment cité, aussi bien en tant qu’aromatique hachée dans une farce que constitutif d’un bouquet garni destiné à un court-bouillon. Il est même au centre de la sauce verte, un condiment accompagnant viandes et poissons rôtis. C’est donc une plante extrêmement courante à cette époque, elle est même vendue par des marchands ambulants.

A la Renaissance, l’équilibre existant entre les aspects condimentaires et médicinaux se rompt quelque peu. Au tout début du XVI ème siècle, un médecin et distillateur allemand, Hieronymus Brunschwig, est sans doute le premier à obtenir de l’huile essentielle de persil, tandis qu’à la même époque en France, le médecin Jean Fernel l’utilise à la manière des Anciens, comme diurétique. Peu après, le médecin flamand Rembert Dodoens établira d’autres propriétés du persil : il le préconise contre des affections spasmodiques (épilepsie, asthme, toux). Il est dommage qu’il n’ait pas été écouté en son temps, car il s’avère que le persil possède bel et bien les propriétés qu’il a énumérées (l’huile essentielle de persil est l’une des plus puissantes anti-épileptiques connues).

Plus près de nous, au XIX ème siècle Cazin obtient de remarquables résultats en utilisant le persil comme diurétique. Mais également contre la blennorragie, les affections urinaires et néphrétiques, la leucorrhée, etc. Au XX ème siècle, alors que le célèbre médecin français Léon Binet fera l’éloge du persil (4), son huile essentielle est inscrite au Codex (1949) comme emménagogue et circulatoire.

On dit du persil qu’il aurait jailli du sang d’un héros grec nommé Archemorus. Il était dédié à Perséphone qui passait la moitié de son temps aux Enfers. Est-ce pour cette raison que, selon une ancienne superstition médiévale, les semences de persil devaient descendre sept fois aux Enfers avant de pouvoir germer ? Au passage, le Diable, très friand de persil, en gardait une petite partie pour son usage personnel.
D’après une autre croyance, s’arroser la tête de semences de persil durant la nuit aiderait à résoudre les problèmes de calvitie. Ce qui est d’autant plus étonnant lorsque l’on sait que le persil est un tonique capillaire. Comme quoi, les croyances ayant l’air de rumeurs ou de légendes ne sont pas toujours dénuées de fondement…
Le persil avait aussi la réputation d’être une herbe de jeteur de sorts. On pensait qu’il ne pouvait pousser que s’il était planté par une femme ou une sorcière, parfois par un enfant.


  1. Il existe une variété de persil cultivée spécialement pour en consommer la racine. Celle-ci ressemble à un petit panais bien qu’elle n’en partage pas tout à fait la saveur.
  2. Du grec petros, pierre et de selinon, ache. Petroselinon veut donc dire : ache des rocailles. Les Grecs anciens mentionnent que cette plante poussait sur les rocailles macédoniennes. D’autres auteurs pensent que petros fait référence non pas au caillou mais au prénom Pierre, car le persil aurait été dédié au saint du même nom.
  3. Pline faisait de cette plante un usage particulier : pour soigner ses poissons malades, il aspergeait leur mare de persil.
  4. Selon Binet, le persil permet de conserver la jeunesse et d’accroître la longévité. Encore une plante qu’on peut élever au rang de panacée !

persil_plat_Petroselinum_sativum

Le persil en aromathérapie

1. Huiles essentielles de persil : description et composition

Selon qu’il est plat ou frisé, le persil n’offre pas les mêmes huiles essentielles. De chacun d’eux, on distilla trois parties différentes : les racines, les feuilles et les graines (parfois, toutes ces parties sont distillées ensemble). Ce qui permet d’obtenir six huiles essentielles au total. Nous n’en retiendrons que deux. La première est issue des feuilles du persil frisé, la seconde des graines du persil plat. Il va sans dire que ces deux produits n’ont strictement rien à voir, tant au niveau de la composition biochimique que des propriétés et usages thérapeutiques. On observe également de grandes disparités en terme de rendement.

tableau comparatif HE persil frisé et HE persil plat

2. Propriétés thérapeutiques

HE persil frisé :

  • Anti-épileptique, antispasmodique
  • Dépurative rénale, diurétique
  • Antibactérienne
  • Emménagogue
  • Détoxifiante légère

HE persil plat :

  • Neurotonique
  • Myotonique
  • Utérotonique
  • Emménagogue, antigalactogène
  • Antispasmodique
  • Anticatarrhale

3. Usages thérapeutiques

HE persil frisé :

  • Troubles nerveux, épilepsie
  • Entérocolite spasmodique et inflammatoire
  • Troubles rénaux, insuffisance rénale
  • Insuffisance ovarienne

HE persil plat :

  • Asthme
  • Affections et infections urogénitales, urétrite, leucorrhée
  • Aménorrhée, oligoménorrhée
  • Torticolis, spasmes musculaires
  • Inhibition de la sécrétion lactée

4. Contre-indications

HE persil frisé : on observe une toxicité chronique liée à la présence de myristicine. Mais aussi une toxicité aiguë qui peut provoquer des céphalées, des troubles gastriques, hépatiques et rénaux. Choc et coma sont possibles.

HE persil plat : neurotoxique et abortive à hautes doses, elle est interdite chez le bébé et l’enfant, ainsi qu’en cas de grossesse et d’allaitement. L’apiol (ou camphre de persil), substance découverte en 1855, peut provoquer des symptômes cannabiniques. De plus, c’est un violent irritant local (gastro-entérites, lésions hépatiques et rénales, hématurie, urticaire, ictère, etc.).

Persil_frisé_Petroselinim_crispum

Le persil en phytothérapie

1. Description et composition

Le persil frisé présentant des propriétés moins actives que le persil plat, nous allons donc concentrer notre regard sur ce dernier. C’est une plante que nous utiliserons à l’état frais pour feuilles et racines, à l’état sec pour les graines. C’est l’un « des plus précieux aliments de sécurité que la Nature a mis généreusement à la disposition de l’espèce humaine » (Lucie Randoin). Le persil est particulièrement riche en chlorophylle, en vitamines (A, B2, B3, B9, C, E) et en oligo-éléments (potassium, calcium, sodium, magnésium, sélénium, fer, manganèse, zinc, cuivre, cobalt, chrome, bore, iode, soufre, phosphore, etc.).

2. Propriétés thérapeutiques

  • Apéritif, digestif, stomachique, carminatif, vermifuge intestinal
  • Tonique : général, nerveux, capillaire, oculaire, cutané, utérin
  • Antirachitique, antiscorbutique, anti-anémique
  • Emménagogue, antigalactogène
  • Dépuratif, diurétique, détoxicant
  • Antixérophtalmique (qui permet de lutter contre la xérophtalmie, une affection qui consiste en l’assèchement de la conjonctive et de la cornée)
  • Antispasmodique
  • Préventif des lithiases biliaires
  • Résolutif
  • Insectifuge

3. Usages thérapeutiques

  • Anémie, troubles de la nutrition et de la croissance, scorbut
  • Troubles gastro-intestinaux : dyspepsie, flatulences, putréfaction intestinale, parasites intestinaux (oxyures), inappétence, atonie biliaire
  • Troubles typiquement féminins : leucorrhée, règles douloureuses, mastites, engorgement des seins, arrêt de la lactation
  • Troubles cutanés : piqûres d’insecte, irritations, ecchymoses, plaies, blessures, contusions, coupures, éclaircissement du teint, taches de rousseur
  • Algies : entorses, foulures, douleurs rhumatismales et arthritiques, névralgies, névralgies dentaires
  • Lithiases urinaires, oligurie
  • Moustiques, poux

4. Autres usages

Courant en Europe, le persil est l’un des ingrédients du fameux bouquet garni en compagnie du laurier et du thym. C’est un condiment qui peut agréablement accompagner omelettes, taboulé, salades de crudités, etc.
Si l’on cultive du persil près d’un rosier, ce dernier verra croître son parfum et sa résistance. Le persil est l’une des nombreuses plantes-soin.
Si le persil est très apprécié des lapins et des hamsters, il constitue un poison pour les poules, les perroquets, ainsi que d’autres oiseaux.

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L’oignon (Allium cepa)

Oignons

Il semble que l’oignon actuel soit dérivé de formes d’oignons sauvages issus d’Asie occidentale (Afghanistan, Baloutchistan). Il s’est répandu aux temps préhistoriques, aussi bien en Inde (où son nom sanskrit – bhutagnas – signifie  »tueur de monstres ») qu’en Égypte où il est très tôt cultivé : il y a 5 000 ans au moins, il a donc été contemporain de l’ail à l’époque de la pyramide de Khéops. Il n’avait alors pas que valeur nutritive (les oignons égyptiens étaient gros et doux semble-t-il) mais aussi religieuse (cf. la cérémonie mortuaire dite de « l’ouverture de la bouche »). C’est une plante étroitement liée au culte d’Osiris, une divinité qui incarne le développement végétatif, symbolique propre à l’oignon qui se multiplie en se divisant… Tout comme l’ail, par sa forte odeur, il chassait les mauvais esprits. C’est lui qui aurait mis en déroute le dieu Seth…
Au temps d’Homère, l’oignon est déjà connu des Grecs. Petit à petit, on observera que cette plante sera de moins en moins employée à des fins religieuses par les prêtres. En effet, difficile de se concilier les dieux avec une haleine chargée, pensait-on. Des dieux que certains n’hésitèrent pas à contraindre par l’intermédiaire de rituels mettant en œuvre des mixtures où se mêlaient ail, oignon, sang, excréments, etc.
Du côté des Romains, celui que Columelle nomme unio, occupe deux places : celle d’aliment (les Romains étaient de gros consommateurs d’oignon) et celle de médicament (on lui reconnaît des vertus diurétiques, toniques et anti-infectieuses). Ce sont probablement les Romains qui firent pénétrer l’oignon au nord de l’Europe. C’est sans doute pourquoi il est toujours populaire au Moyen-Âge au-delà des frontières de l’ancien empire romain (il est mentionné – uniones – dans le Capitulaire de Villis). Il y sera abondamment consommé, bien plus que l’ail, puisqu’il accompagne viandes, volailles, poissons et soupes.
Au tout début du XVI ème siècle, on le retrouve enluminé dans un livre d’heure commandé par la reine Anne de Bretagne (Les Grandes Heures d’Anne de Bretagne). Il est alors orthographié ongnons.
L’oignon fera tant d’émules qu’au début du XX ème siècle (1929), une secte appelée « les adorateurs de l’oignon » apparaîtra…

Oignon_Grandes_heures_Anne_de_Bretagne

L’oignon, tout comme l’ail et le poireau, appartient à la famille des Alliacées. C’est une plante bisannuelle qui peut atteindre un mètre de hauteur. Les feuilles vertes sont tubulaires et creuses, ainsi que la tige florale qui présente un renflement à sa base – le bulbe – et de minuscules fleurs blanches ou vertes en ombelle globuleuse à son sommet.
Aujourd’hui, on le cultive dans le monde entier.

1. L’oignon : description et composition

Si l’aromathérapie concentre son attention sur le bulbe de l’oignon (distillé tout comme les gousses d’ail), la phytothérapie utilise le bulbe et parfois le feuillage de l’oignon, plus rarement les pelures et les jeunes radicelles. Riche en vitamines (A, B, C) et en oligo-éléments (sodium, potassium, silice, iode, fer, soufre), l’oignon est un alicament revitalisant et minéralisant. Facteur de santé et de longévité, il est anti-oxydant (rH2 à 12) et légèrement acide (pH 6,5). La Bulgarie, qui est grande consommatrice d’oignon, compte de nombreux centenaires parmi sa population.
Tout comme l’huile essentielle d’ail, l’huile essentielle d’oignon contient une forte proportion de composés soufrés qui donne à cette huile essentielle une sulfureuse odeur, particulièrement piquante et irritante, mais aussi lacrymogène !

2. Propriétés thérapeutiques

  • Anti-infectieux, antiseptique
  • Apéritif, tonique digestif, carminatif, antifermentaire intestinal, antiparasitaire intestinal
  • Expectorant, anticatarrhale bronchique
  • Stimulant général (physique et intellectuel)
  • Diurétique, éliminateur de l’urée et des chlorures
  • Hypoglycémiant
  • Hypocholestérolémiant
  • Antirhumatismal
  • Antiscléreux
  • Curatif cutané et capillaire
  • Aphrodisiaque
  • Insectifuge

Lorsque l’oignon est cru, on note une action au niveau du système urinaire alors que cuit il est actif sur le tube digestif. Dans ce dernier cas, il est aussi émollient et adoucissant.

Petit focus sur le soufre

Le soufre, tout comme une multitude d’éléments d’origine minérale que recèle le corps humain, est nécessaire à l’organisme afin d’assurer correctement ses fonctions. Comme pour tout, la juste dose est requise. Si vous ne consommez que peu ou pas du tout d’ail et d’oignon, sachez qu’on trouve du soufre dans les fruits et légumes suivants : radis rose, radis noir, pomme de terre, cresson, concombre, épinard, fenouil, persil, fraise, datte, amande, châtaigne, coing, etc.
En tant que matière médicale, le soufre possède une action dépurative et anti-infectieuse, d’un point de vue général mais plus particulièrement intestinal. Il joue un rôle au niveau du cholestérol dont il abaisse le taux dans le sang. C’est lui qui dote en partie l’ail et l’oignon de certaines de leurs vertus (rhumatisme, arthritisme, artériosclérose, affections pulmonaires, colites, sinusite, hypertension, diabète, etc.).

soufre

3. Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère digestive : colites infectieuses, constipation, diarrhée, flatulences, vers intestinaux (oxyures), atonie digestive
  • Troubles de la sphère respiratoire et ORL : rhume, toux, toux rebelle, coqueluche, catarrhe bronchique, asthme, laryngite, surdité, bourdonnements d’oreilles
  • Rétentions liquidiennes : œdèmes, ascite, cirrhose, pleurésie, péricardite
  • Asthénie, fatigue générale, surmenage
  • Rhumatisme, arthritisme
  • Maux bucco-dentaires : névralgies dentaires, stomatites, autres affections bucco-pharyngées
  • Troubles cutanés : abcès, panaris, furoncles, verrues, cors, plaies, ulcères, brûlures, piqûres d’insectes (abeille, guêpe), taches de rousseur

Dépuratif, l’oignon draine un certain nombre de substances hors de l’organisme ou en fait baisser le taux : chlorure de sodium, cholestérol, glucose sanguin, urée, albumine. En ce qui concerne le diabète, on a découvert en 1923 que l’oignon contenait une forme d’insuline végétale hypoglycémiante, la glucokinine. Elle provoque une baisse du taux de sucre dans le sang. Si son action est plus longue à se manifester, elle est surtout plus durable dans le temps que l’insuline.

4. Modes d’emploi

En huile essentielle pour les plus courageux. Au-delà, l’oignon cru comme cuit offre bien des services. Cru, il peut entrer dans un rite de consommation quotidienne, comme l’ail. Il peut aussi être pilé en cataplasme, son suc utilisé en friction et compresse. Cuit, on le mêle à une matière grasse comme liniment ; cataplasme tiède, infusion, décoction, macération, sirop sont également possibles.
A noter : les oignons cultivés dans le sud de la France sont doux et sucrés, ils se prêtent mieux à un usage alimentaire, alors que les oignons septentrionaux, plus âcres, se réservent davantage aux pratiques médicinales.

5. Contre-indications et autres usages

  • Cuisine : l’oignon est particulièrement connu pour les usages culinaires qu’on en a fait depuis fort longtemps. Bien plus que l’ail, il est un ingrédient indispensable à bien des cuisines (France, Italie, Angleterre, Allemagne, Maghreb, etc.). Il en existe plusieurs variétés (jaunes, rouges, blancs, à grelots, doux…). Les recettes dans lesquelles il rentre en composition sont innombrables, mais on peut noter ici quelques grands classiques tels que la soupe à l’oignon, la tarde du même nom et le confit, dont la douceur n’a d’égal que l’onctuosité.

  • Florithérapie : il existe un élixir floral à base de fleurs d’oignon. Il prend en charge les libérations émotionnelles afin de surmonter d’anciens chocs non résolus.

  • Trucs et astuces pour la maison : à l’aide d’un oignon coupé en deux, on peut accomplit bien des tâches comme, par exemple, préserver de la rouille des objets métalliques, nettoyer vitres et miroirs, redonner de l’éclat à un objet en cuir, etc.

  • Toxicité : l’huile essentielle d’oignon est dermocaustique et révulsive. L’oignon, sous sa forme bulbaire, peut être consommé par la plupart des estomacs. Cependant, on l’évitera en cas de pathologies hémorragiques et d’affections dartreuses. Par ailleurs, les personnes qui souffrent d’hyperacidité gastrique éviteront de manger de l’oignon à l’état cru. En effet, ce dernier augmente l’acidité des sucs gastriques. Enfin, dans tous les cas, on évitera le contact avec les yeux.

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L’ail (Allium sativum), un compagnon santé

Étymologiquement, rien de complexe. Allium fait référence à la famille botanique à laquelle l’ail appartient : les Alliacées. Dont font également partie d’autres allium comme le poireau, la ciboulette, l’oignon, etc. Sativum, ça signifie « qui est cultivé ». Vous pouvez le rencontrer sous la forme sativa si la plante porte un nom féminin comme la nigelle (Nigella sativa). Parfois, on trouve cet adjectif latin écrit au masculin alors qu’il est associé à une plante féminine comme la coriandre (Coriandrum sativum). Cela s’explique par le fait que la coriandre était autrefois un mot masculin (le coriandre jusqu’à la fin du XVI ème siècle).
Plante annuelle, l’ail comporte une tige unique mais, selon les espèces, pas de hampe florale. Ses feuilles sont longues et fines, et ses fleurs estivales, groupées en ombelle globuleuse à la cime de la tige, sont petites et blanches, parfois nuancées de rose. Parfois, on remarque que certaines fleurs n’en sont pas. A leur place, on trouve des bulbilles stériles. Dans le sol, la fameuse tête d’ail est composée de gousses, plus exactement de caïeux, au nombre de 5 à 20, chacune d’elles étant enveloppée d’une membrane parcheminée.

têtes d'ail

Bien que n’ayant peu été développé en nombre de variétés au fil des siècles, l’ail, qu’il soit blanc ou rose, est une plante pour laquelle l’engouement demeure intact. Ayant probablement migré des steppes d’Asie centrale à une époque préhistorique, il est cultivé depuis plus de 5 000 ans. Particulièrement prisé des Égyptiens, ces derniers l’élevèrent au rang de divinité. Aliment des travailleurs de force, il entretient une étroite relation avec les bâtisseurs des pyramides égyptiennes. S’étant répandu à l’ensemble du pourtour méditerranéen, l’ail fut aussi un précieux allié des Romains, pour lesquels il était aussi une plante sacrée, même s’il était interdit aux personnes en ayant consommé d’entrer dans le temple de Cybèle à Rome… Galien le qualifia de thériaque des paysans, autant dire qu’il avait dû en percevoir la puissance. Pline, qui le dit tonique, devait très certainement savoir que lors de la conquête des Gaules par Jules César, les légionnaires ne possédaient, dans leur gibecière, en tout et pour tout, que des quignons de pain et des gousses d’ail. Chez les Grecs, Hippocrate le préfère à l’oignon tandis qu’Aristophane en fait l’apologie. Plus tard, Dioscoride attestera, comme son célèbre aîné, des vertus diurétiques et vermifuges de l’ail.

A l’époque médiévale, il est naturellement présent dans le capitulaire de Charlemagne, ce texte qui édicte la liste des plantes devant apparaître dans les jardins de l’Empire. L’alia est alors utilisé pour ses propriétés médicinales (extinction de voix, rage, surdité, fièvre, migraine, asthme, hépatite, maux de dents, maux de reins…). L’école de Salerne établira ses propriétés antiseptiques, ce qui n’est pas rien à une époque où la peste frappe durement les populations européennes. C’est ainsi qu’on en fit un remède contre cette maladie, qui s’illustre à travers le très célèbre vinaigre des quatre voleurs (plus tard, même Paracelse, Nostradamus et Ambroise Paré ne diront pas autre chose). Cette habitude sera conservée pendant des siècles, elle n’est pas que l’apanage du Moyen-Âge. Il était coutume d’écraser des gousses d’ail dans les lieux abritant des personnes infectées afin d’éviter les contagions (choléra, typhus, diphtérie, grippe…). Hildegarde de Bingen quant à elle préconise de l’employer plutôt cru que cuit. Sage et lumineuse intuition qu’aura eu l’abbesse.
Très peu utilisé pour accompagner les viandes au temps de la cuisine médiévale, l’ail se réserve davantage aux poissons et aux sauces. D’un point de vue anecdotique, un auteur byzantin rapporte que des croisés choquèrent les populations rencontrées à cause de leur forte haleine aillée !

Au tout début de la Renaissance, il y a donc environ cinq siècles, il est dit qu’Henri IV eut les lèvres frottées d’ail à la naissance. A la même époque, ses propriétés désintoxicantes et diurétiques furent établies.
Plus près de nous, au siècle dernier, on a mis en évidence plusieurs propriétés majeures de l’ail : ses actions anticancéreuses, hypotensives et antidiabétiques. Ce qui n’est pas rien puisque cancer, diabète et maladies cardiovasculaires sont quelques uns des principaux fléaux de ce siècle et du notre.

L’Histoire nous narre nombre d’anecdotes concernant l’ail. Certaines relèvent de la superstition alors que d’autres pourraient trouver leur origine dans une ingénieuse forme d’intuition. Petit tour d’horizon.
Si l’ail demeure célèbre pour repousser les vampires, son usage historique pour cette raison est bien réel (Europe centrale). Offrant valeur de protection, c’est un allié contre le mauvais œil, de l’Europe méditerranéenne à l’Inde. En Italie, Sicile et Grèce ne confectionne-t-on pas des bouquets de têtes d’ail liées entre elles par des brins de laine rouge ?
Récemment encore semble-t-il, les bergers des Carpates se frottaient les mains d’ail béni afin d’éloigner les serpents des troupeaux et de les préserver ainsi des morsures. On protège les enfants du même danger en disposant de l’ail tout autour de leur berceau, alors que des colliers de têtes d’ail assurent une protection contre les maux de dents et les vers chez les enfants.

Fleur_d'ail

1. L’ail : composition et description

Nous concentrerons spécifiquement notre attention sur l’ail en phytothérapie. Si l’huile essentielle d’ail existe bel et bien, son emploi est bien trop malaisé pour faire sur elle un focus, comme je l’ai fait au sujet d’autres plantes. Vous comprendrez au fur et à mesure pour quelles raisons je laisse cette huile essentielle volontairement de côté. Et je ne suis pas le seul, de Jean Valnet à Michel Faucon, nombreux sont les aromathérapeutes à ne l’avoir que peu ou pas du tout employé.
Que ce soit en phytothérapie comme en aromathérapie, ce sont les gousses d’ail fraîches que l’on utilise. Distillé, l’ail permet de produire une huile essentielle incolore qui concentre la puissante odeur piquante de l’ail frais, une substance majoritairement constituée de composés soufrés (environ 80 %). Cette huile présente aussi l’inconvénient de laisser son odeur à tout ce qui l’entoure.

2. Propriétés thérapeutiques

  • Antiseptique pulmonaire et intestinal, antibactérien, antifongique
  • Stimulant cardiaque, cardiotonique, hypotenseur, vasodilatateur, hypocholestérolémiant, anti-agrégeant plaquettaire, réducteur de la glycémie sanguine
  • Apéritif, digestif, stomachique, carminatif, antispasmodique stomacal, purifiant intestinal, ténifuge, vermifuge
  • Anti-inflammatoire
  • Diurétique
  • Expectorant
  • Hormon like (thyroïde), cortison like léger
  • Inhibiteur de la formation des cellules cancéreuses.

Cette dernière propriété n’a rien d’actuel puisqu’elle a été remarquée au début du siècle dernier. Voici le résultat d’une expérience rapportée par le docteur Valnet dans l’un de ses trois principaux livres : « des injections de cellules fraîches de sarcome ont été faites à des souris. Auparavant, les principes de l’ail avaient été administrés à un certain nombre de souris, qui résistèrent aux effets de l’inoculation, si bien qu’après 180 jours d’observation, elles étaient toujours en vie, alors que les animaux non traités périrent dans les 16 jours » (Se soigner par les légumes, les fruits et les céréales, p. 167). Assainisseur puissant, l’ail, surtout s’il est bio, est un très bon anti-oxydant (rH2 à 9,5) et possède un pH acide (5,4), deux conditions qui, lorsqu’elles sont réunies, s’opposent aux pathologies alcalino-oxydées comme l’est… le cancer ! A ce titre, il n’est guère étonnant que les Chinois, gros consommateurs d’ail, voient 20 fois moins de cas de cancer que d’autres zones géographiques où les populations n’en font pas ou peu l’usage.

3. Usages thérapeutiques

« L’ail fournirait […] la panacée et la source de jouvence recherchées depuis si longtemps. On le propose à peu près pour toutes les maladies du corps humain. » Nous verrons que l’ail tel qu’il est présenté par Paul-Victor Fournier (Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 59) n’a en rien usurpé sa réputation tant ses emplois sont nombreux et variés.

  • Troubles cardiovasculaires et circulatoires : tachycardie, hypertension, spasmes vasculaires, hémogliase, hypercoagubilité sanguine, thrombose, embolie, artériosclérose, excès de cholestérol, varices, hémorroïdes
  • Troubles gastro-intestinaux : spasmes intestinaux, atonie digestive, diarrhées, dysenterie, digestion pénible, inappétence, flatulences, vers intestinaux (ascarides, oxyures, ténias)
  • Troubles de la sphère respiratoire : bronchite, bronchite catarrhale, tuberculose pulmonaire, coqueluche, rhume, asthme, emphysème
  • Troubles musculaires et articulaires : arthrite, rhumatisme, muscles endoloris
  • Maladies infectieuses (grippe, diphtérie, typhoïde, mycose, herpès) et parasitaires (gale, teigne)
  • Troubles de la sphère urinaire : lithiase, oligurie, blennorragie
  • Troubles cutanées : acné, verrues, plaies, plaies infectées, ulcères, cors, durillons, morsures et piqûres d’insectes
  • Asthénie, fatigue générale

4. Modes d’emploi

Tout d’abord (et que cela soit en phytothérapie comme en cuisine), on gardera à l’esprit que l’ail frais est de loin préférable à l’ail cuit. En effet, la chaleur détruit une bonne part des principes actifs contenus dans l’ail. Que ce soit pour un usage externe comme interne, plusieurs formes galéniques sont possibles : décoction, macération (dans l’huile, le vinaigre, etc.), teinture-mère, alcoolat, sirop, liniment, onguent, cataplasme…
D’autres usages, comme le pessaire vaginal et le suppositoire sont quelque peu tombés en désuétude. Dans le premier cas, c’était, anciennement, le moyen de savoir si une femme était fertile ou non, en fonction de l’haleine qu’elle aurait le lendemain. Dans le second, il n’était pas rare que les mères de famille usent de gousses d’ail comme de suppositoires ; cela avait, dit-on, le pouvoir de fortifier leurs enfants. Ce que contredit le même usage qui a pour vertu de provoquer une fièvre temporaire, artifice bien pratique pour ne pas aller à l’école ou… au travail ! ^_^

5. Contre-indications et autres usages

  • Toxicité : tout d’abord, indiquer que l’huile essentielle d’ail est agressive pour la peau n’est pas du luxe. De même, elle est aussi caustique au niveau du tube digestif. Par exemple, à la dose d’une goutte pour un volume d’1/2 à 1 litre, un risque d’ulcération des intestins ainsi qu’une dysenterie grave sont possibles. Mais ce n’est pas tout. Même l’ail frais peut poser des problèmes en interne comme en externe. Lorsqu’on applique de l’ail pilé en cataplasme retenu par un pansement sur la peau, une vésication et une ulcération peuvent se produire. La fragilité de certains épidermes ne se prête donc pas à ce type d’usage. De plus, même en l’absence de cet inconvénient, la durée d’application de tels cataplasmes est susceptible d’irriter plus ou moins intensément la peau. En cas de verrue, il est recommandé d’appliquer l’ail sur la zone de la verrue, et d’éviter autant que possible la peau périphérique, sans quoi l’on peut brûler la peau qui finira par se dessécher (comme lorsque l’on « pèle » après un coup de soleil). Les personnes fragiles au niveau de l’estomac et des intestins éviteront l’ail. De même qu’en cas de taux sèches et/ou sanguinolentes, d’hémoptysie, etc. La femme qui allaite en suspendra l’emploi. En effet, l’ail altère la qualité du lait et peut donner des coliques aux nourrissons. Cependant, les personnes qui ne sont pas concernées par ces contre-indications se garderont de faire un usage abusif de l’ail, puisqu’à terme, il peut provoquer des céphalalgies et un affaiblissement des sens. « On devra se rappeler que l’ail est d’une telle puissance qu’il doit être employé avec modération, en fonction de la tolérance personnelle. Il ne convient pas de suivre l’attitude de certaines personnes qui pensent  »faire mieux » en multipliant les doses prescrites par 5 ou 10, et parfois plus. Les doses matraques ne sont, en effet, pas plus indiquées en phyto-aromathérapie qu’en chimiothérapie. On se souviendra alors qu’au-delà d’un certain seuil les effets s’amoindrissent, deviennent nuls ou même s’inversent (Jean Valnet, op. cité, p. 167).

  • Cuisine : les usages culinaires de l’ail sont fort nombreux. Nous ne les mentionnerons pas tous. Ce que nous pouvons néanmoins dire, c’est que parmi les plantes condimentaires, le groupe des allium (oignon, ail, ciboule, ciboulette) est celui qui est le plus utilisé. La saveur du bulbe se développe quand on le coupe ou l’écrase. Cette saveur plus forte quand le bulbe est cru peut être incommodante, ne serait-ce qu’à cause de l’haleine qu’il provoque. Contre cela, il suffit de croquer quelques graines d’anis, de cumin ou de cardamome. De même, les feuilles de persil, de cerfeuil et d’angélique viennent à bout de l’arôme de l’ail, ainsi que la pomme. Cependant, avant consommation cuite ou crue, il est préférable d’ôter le germe contenu dans la gousse. L’ail cuit peut parfois provoquer des nausées chez certaines personnes : le cuire avec du gingembre frais fait disparaître ces nausées.

  • Jardinage : dans un potager, l’ail sera planté loin des pois, haricots et asperges. En revanche, près des pommes de terre et des tomates, c’est profitable.

  • Florithérapie : il existe un élixir floral à base de fleurs d’ail destiné aux personnes sujettes à des peurs profondes : peurs constantes qui fragilisent des personnes en proie à une insécurité permanente. Cet élixir permet de retrouver son calme et de ne plus agir dans la précipitation.

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Le cumin ? Un boutefeu !

Si certains auteurs situent l’aire d’origine du cumin au sein d’une vaste zone géographique ancienne située à l’ouest de la mer Caspienne et s’étendant jusqu’à la Chine – le Turkestan (cf. carte) –, d’autres le disent égyptien (vallée du Nil). D’où qu’il puisse venir, le cumin s’est très tôt propagé à l’ensemble du pourtour méditerranéen. Ainsi, il a d’abord fait son apparition comme plante cultivée au Proche-Orient, en Afrique du nord, en Arabie, en Grèce… et ce dès l’Antiquité comme en témoignent le papyrus d’Ebers (-1550 ans av. J.-C.), Théophraste qui se fendra d’un conseil de culture pour le moins original (1) (IV ème siècle av. J.-C.), Dioscoride enfin qui voyait dans cette plante pas moins qu’une panacée (I er siècle ap. J.-C.).
Les Juifs le cultivaient déjà au temps d’Isaïe (Ancien Testament), tandis qu’au premier siècle de notre ère il est déjà implanté dans le vaste empire romain, au sujet duquel le Docteur Leclerc relate une (d)étonnante anecdote. Il « rappelle plaisamment, à propos [des] vertus carminatives [du cumin], que non seulement les Romains n’étaient pas choqués par les bruits incongrus que produisait son usage, mais que l’empereur Claude les avait, par un édit, permis à sa table » (Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 321). Et quand les Romains n’avaient pas de poivre, ils utilisaient le cumin, comme les Arabes qui, le mêlant à ce même poivre et à du miel, en firent un mélange aphrodisiaque. Par la suite, ces mêmes Arabes introduisirent le cumin en péninsule ibérique au XII ème siècle. En Europe occidentale/centrale, cette plante parvint bien plus tôt puisqu’elle est mentionnée dès le VIII ème siècle dans le Capitulaire de Villis, puis, au siècle suivant, elle est mise en culture au monastère de Saint-Gall (Suisse). Hildegarde de Bingen en fera l’une des plantes de sa pharmacopée, à destination du mal de mer et des maux de cœur. Elle s’en servira aussi comme vomitif et antidysentérique.

Turkestan_carte_ancienne

Plante annuelle, le cumin est un modeste ressortissant de la vaste famille des Apiacées vu qu’il ne mesure pas plus de 30 cm de hauteur. Sa racine, en pivot, très semblable à celle du carvi ou de la carotte sauvage, porte une tige fourchue et rameuse, dépourvue de « poils ». Son feuillage lumineux est constitué de fines lanières très découpées. Classique chez cette famille botanique, les fleurs sont organisées en petites ombelles comptant peu de rayons, trois ou cinq tout au plus. Les fleurs, minuscules et blanches (parfois légèrement rosées), donnent naissance à des fruits verdâtres, allongés, sur lesquels on compte un certain nombre de côtes.
A l’heure actuelle, les principaux pays producteurs sont l’Inde, l’Iran, la Turquie, la Chine et le Sri-Lanka.

Cumin_officinal

1. Huile essentielle de cumin : description et composition

Après que la plante ait été fauchée, elle est séchée puis vannée. Pour produire l’huile essentielle de cumin on distille les graines broyées à la vapeur d’eau. On obtient alors un liquide limpide et mobile, d’abord incolore et qui jaunit avec le temps. Son odeur chaude et épicée est puissante. A tel point qu’elle peut rebuter certaines narines délicates. Le rendement, aussi bon que celui du carvi, se situe entre 2 et 6 %.

  • Aldéhydes aromatiques : aldéhyde cuminique (20 à 32 %)
  • Monoterpènes : gamma-terpinène (10 à 30 %), béta-pinène (13 à 22 %), paracymène (3 à 17 %)
  • Monoterpénols (30 à 40 %)
  • Coumarines (traces)

2. Propriétés thérapeutiques

Elles sont proches de celles de l’anis et du carvi. Ces plantes ont beaucoup en commun, comme nous allons le constater.

  • Apéritive, digestive, carminative, stomachique
  • Emménagogue, galactogène
  • Diurétique
  • Anti-inflammatoire
  • Antispasmodique
  • Calmante du SNC
  • Décongestionnante (hépatique, pelvienne)
  • Vermifuge

3. Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère digestive : ballonnement, aérophagie, flatulences, gastralgie, épigastralgie, entérocolite spasmodique et inflammatoire, dyspepsie, parasites intestinaux
  • Troubles gynécologiques : règles insuffisantes, aménorrhée, leucorrhée, métrorragie, insuffisance lactée
  • Troubles auditifs : baisse de l’acuité auditive, orchite, tympanite
  • Troubles cardiaques : éréthisme cardiovasculaire
  • Troubles respiratoires : catarrhe bronchique chronique
  • Hépatite
  • Hyperthyroïdie
  • Insomnie
  • Arthrite, rhumatisme

4. Contre-indications et autres usages

  • Toxicité : compte tenu de la présence d’aldéhydes aromatiques dermocaustiques et de monoterpènes potentiellement allergisants, on veillera à diluer cette huile essentielle dans une huile végétale avant tout application cutanée. Dans le cas contraire, des dermatoses d’irritation peuvent survenir, particulièrement sur les peaux sensibles ainsi qu’après un usage intensif. Par voie interne, on observe parfois un effet stupéfiant à doses élevées.
  • Faux amis : attention de ne pas faire de confusion entre notre cumin officinal et d’autres plantes appelées, à tort, cumin : carvi (cumin des Vosges, cumin de montagne, cumin des prés) et nigelle (cumin noir).
  • Cuisine : indispensable à la cuisine orientale, méditerranéenne et maghrébine, le cumin est une épice qui a été beaucoup utilisée durant des milliers d’années. Si aujourd’hui en Europe occidentale elle n’est plus guère usitée, au Moyen-Âge elle était très réputée en cuisine (comminée : volaille ou poison à la sauce au cumin). Il n’empêche, elle fait encore le délice des amateurs de curry, de couscous et de tajines.
  • Usage vétérinaire : quand il est mêlé à leur nourriture, le cumin se comporte comme un « aphrodisiaque » pour les femelles d’un certain nombre d’animaux domestiques (truies, vaches, juments).

  1. « On dit qu’il faut injurier le cumin quand on le sème, afin d’obtenir une belle et abondante récolte ».

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Le carvi (Carum carvi)

Si on le qualifie de cumin des Vosges ou d’anis vert, c’est rendre compte des liens qu’entretient le carvi avec les graines aromatiques que sont cumin et anis. Ce sont toutes des plantes qui se ressemblent beaucoup, mais qui bien entendu conservent des caractéristiques qui font leur particularité.
Si les anciens textes grecs mentionnent le cumin, nulle part on ne trouve la trace du carvi. S’il était inconnu des Grecs, en revanche on a trouvé sur certains sites néolithiques des graines de carvi, ainsi que dans la tombe de Toutankhamon (XIV ème siècle av. J.-C.).
Au Moyen-Âge, on le retrouve dans les cuisines et chez l’apothicaire, tant en Europe qu’en Arabie. En toute fin du XVI ème siècle, on le rencontre sous la plume de Shakespeare qui vantera les vertus digestives du carvi (caraway en anglais) dans sa pièce de théâtre Henri IV. Au XVII ème siècle, il est prescrit en cas de refroidissement (c’est une des quatre semences chaudes, ne l’oublions pas) et de flatulences, ainsi que pour favoriser la diurèse.

Carvi_fleurs

Contrairement à ce qu’indique Nicolas Lémery au XVII ème siècle, le carvi ne porte pas le nom du pays d’Asie dont il fut ramené, puisqu’au contraire d’autres plantes, le carvi est endémique au sol européen, il ne s’agit donc pas d’une épice « exotique » comme la cannelle et le clou de girofle. On rencontre cette plante dans les prairies montagneuses d’Europe et d’Asie de l’ouest. En France, elle est localisée dans l’Est, le Sud-Est, le Centre et les Pyrénées.
Plante bisannuelle, le carvi ressemble beaucoup à la carotte sauvage (Daucus carotta). Il possède une épaisse racine pivotante (à odeur de carotte !), un feuillage plumeux découpé en fines lanières (mais sans être aussi vaporeux que celui de l’aneth), des tiges fines et cannelées, et de minuscules fleurs blanches, parfois rosâtres, qui se présentent en ombelles. Ses graines, brunes et allongées, mesurent entre 3 et 7 mm de longueur.

D’un point de vue plus spirituel, « les Hollandais prétendent que manger du carvi aiguise la mémoire et aide à passer les examens. Ses graines aideraient les artistes à trouver l’inspiration » (Petit Larousse des plantes médicinales, p. 262).

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1. Huile essentielle : description et composition

Deux molécules – la carvone (1) et le limonène (2) – forment à elles deux 80 % de cette huile essentielle. On y trouve aussi d’autres molécules mais dans des proportions extrêmement faibles (cis-carvéol, myrcène, herniarine…).
Les graines broyées ou pulvérisées sont distillées grâce à la vapeur d’eau. Elles permettent d’obtenir un bon rendement (3 à 8 %). Le produit obtenu est de couleur jaune pâle, à l’odeur chaude, épicée et anisée.

2. Propriétés thérapeutiques

Elles sont relativement proches de celles de l’huile essentielle d’anis vert, à quelques exceptions près.

  • Apéritive, digestive, carminative, antiputride intestinale
  • Cholagogue, cholérétique
  • Antibactérienne sur germes Gram + et Gram -, parasiticide
  • Mucolytique
  • Drainante rénale, diurétique
  • Galactogène, emménagogue
  • Sédative, calmante, antinociceptive
  • Antispasmodique

L’action conjuguée du limonène et de la carvone favorise la production de glutathion-S-transférase, une enzyme détoxicante qui agit au niveau du foie.

3. Propriétés thérapeutiques

  • Troubles respiratoires : bronchite catarrhale aiguë, encombrement bronchique
  • Troubles gastro-intestinaux : dyspepsie, ballonnement, aérophagie, météorisme, fermentations intestinales, flatulences, spasmes gastriques, indigestion, inappétence, crampes gastro-intestinales, constipation par atonie, colique (y compris du nourrisson), halitose
  • Insuffisance hépatobiliaire
  • Règles difficiles, insuffisance lactée
  • Palpitations
  • Sciatique
  • Vertiges
  • Coliques néphrétiques

4. Contre-indications et autres usages

  • Toxicité : huile essentielle déconseillée chez le bébé, le jeune enfant, la femme enceinte, la femme qui allaite et la personne fragile neurologiquement. Cette huile essentielle est abortive et neurotoxique aux doses non thérapeutiques.
  • Cuisine : les graines de carvi sont une épice populaire en Europe centrale surtout. Elles entrent dans la composition du goulasch, de la choucroute, de gâteaux et pâtisseries, de conserves au vinaigre, de confitures et compotes… Il accompagne à merveille la viande de porc, les crustacés ainsi que certains fromages (gouda, munster). Les feuilles, également aromatiques, se consomment en salade ou à la manière des épinards. La racine du carvi cultivé se cuisine de la même manière que le panais et la carotte dont elle partage l’arôme.
  • Cosmétique : bain de bouche, dentifrice, savons, après-rasage, parfums…
  • Liquoristerie : une liqueur, le Kümmel, a emprunté son nom au terme grâce auquel les Allemands désignent le carvi.
  • Usage vétérinaire : l’huile essentielle de carvi additionnée d’alcool peut être employée en friction contre la gale du chien.

  1. On retrouve cette cétone monoterpénique dans les huiles de menthe verte (Mentha spicata) et d’aneth (Anethum graveolens).
  2. Le limonène est la molécule majoritairement représentative des essences d’agrumes. Voilà pourquoi les fruits frais du carvi sentent l’orange.

© Books of Dante – 2014

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L’anis vert

Synonymes : anis d’Europe, petit anis, boucage odorant, pimprenelle.

Anis_fleurs

La présence de l’anis auprès de l’Homme ne date pas d’hier. Il était cultivé en Égypte il y a 4 000 ans (et on ne sera pas étonné de le retrouver au sein du papyrus d’Ebers). En Inde, certains auteurs estiment qu’il est connu depuis le V ème siècle av. J.-C. Mais, figurant dans les Véda, il y a de fortes chances pour que son ancienneté remonte à plus loin dans le temps. Ayurvéda et médecine traditionnelle chinoise en firent l’usage et indiquaient déjà le rôle galactogène de l’anis.
Durant l’Antiquité classique, on retrouve l’anis sur les tables ainsi que dans les armoires à pharmacie. Aux temps de Pythagore puis d’Hippocrate, on vanta sa capacité qui permettait aux femmes d’accoucher plus facilement en respirant le parfum de cette plante, ce que d’antiques auteurs lui dénièrent. Mais, ceux-là, l’Histoire les a oubliés. Ce qui n’est que justice, puisque les deux célèbres Grecs avaient raison. On en fit même des pastilles antivenimeuses, ainsi que des amulettes qu’on plaçait sous les oreillers afin qu’elles permettent aux dormeurs de chasser les mauvais rêves. Plus tard, Dioscoride indique que l’anis facilite la respiration, qu’il soulage les douleurs et qu’il apaise la soif. Ce qui, à ce jour, est toujours d’actualité. Pline l’Ancien note des usages condimentaires (l’anis est le digestif post-orgie des Romains) et médicinaux (indigestion, flatulences, halitose, hoquet…). Chez les Grecs, on l’appelle tragion (1), pimpinella chez les Romains (mot qui désigne aussi les pimprenelles qui n’ont pas de rapport avec l’anis).
Le Moyen-Âge évoquera lui aussi les qualités thérapeutiques, aromatiques et culinaires de la plante à travers le Capitulaire de Villis, l’école de Salerne et Albert le Grand.
Cultivé en grand en Alsace au XIX ème siècle, il est vrai que cette « semence chaude » (terme par lequel on désigne la coriandre, le fenouil, l’anis et le carvi) n’est pas issu de ces terres froides. En effet, il est originaire du Proche-Orient (Syrie, Turquie…). Ainsi, selon son aire de culture, la couleur de ses graines peut changer, ses qualités aromatiques également. Par exemple, on dit de l’anis de Tunisie qu’il est vert et doux, alors que l’anis russe, noirâtre, est de piètre qualité.

L’anis est une petite plante annuelle de 20 à 50 cm de hauteur. Les feuilles, portées par des tiges creuses et cannelées, sont de deux sortes (typique chez les Apiacées) : longuement pétiolées, arrondies et dentées à la base, pennées, étroites et en éventail dans les parties hautes de la plante. En fin d’été, on voit apparaître des capitules de fleurs blanches qui produisent des akènes vert grisâtre : les graines d’anis !

Anis_vert_graines


  1. Le mot grec tragion s’explique ainsi : cette plante était consommée par les boucs blessés par des flèches ! Une autre histoire de bouc transparaît à travers l’un des noms de l’anis, boucage odorant. Si elle a été appelée ainsi c’est en raison du fait que toute la plante dégage une forte odeur, de la à dire qu’elle pue, il n’y a qu’un pas. On a donc fait une relation entre cette plante et le bouc, ce qui a mené d’anciens astrologues grecs à faire de l’anis une des plantes de la constellation du capricorne ! Un truc à rendre chèvre, en somme !

1. Huile essentielle d’anis vert : description et composition

  • Phénols méthyl-ethers : trans-anéthole (90 à 96 %), cis-anéthole (0,4 %), chavicol méthyl-ether (0 à 2 %)
  • Anisol (0,3 à 3,5 %)
  • Coumarines (traces)
  • Composés soufrés (traces)

Huile essentielle incolore ou jaune très pâle, liquide et mobile, au parfum chaud et anisé. Rendement compris entre 2 et 6 %. Attention aux falsifications : on trouve parfois de l’huile essentielle de badiane ou anis étoilé (Illicium verum) vendue en lieu et place de l’huile essentielle d’anis vert.

2. Propriétés thérapeutiques

  • Apéritive, digestive, carminative, stomachique
  • Cholagogue et cholérétique
  • Emménagogue, galactogène, oestrogen like
  • Antiseptique, antibactérienne, vermifuge
  • Antispasmodique neuromusculaire, antalgique
  • Stupéfiante légère, psychoactive
  • Positivante puis négativante
  • Expectorante

Globalement, on considère cette huile essentielle comme tonique cardiaque, respiratoire et digestif.

3. Usages thérapeutiques

  • Troubles gastro-intestinaux : dyspepsie, gastralgie, colite spasmodique, entérocolite, entéralgie, aérophagie, flatulences, météorisme, vomissements et nausées d’origine nerveuse, parasitose, indigestion, halitose, colique (y compris celle du nourrisson)
  • Troubles respiratoires : toux quinteuse, toux bronchique, spasmes bronchiques, asthme, bronchite asthmatiforme, congestion pulmonaire, pharyngite
  • Troubles gynécologiques : aménorrhée, oligoménorrhée, règles irrégulières, douleurs menstruelles, ménopause, préménopause
  • Troubles cardiaques : fausse angine de poitrine, palpitations, cardialgie
  • Troubles neuromusculaires : paralysie, spasmophilie
  • Lactation insuffisante
  • Migraines, céphalées, vertiges
  • Hygiène buccale (désinfection, blanchiment des dents)

4. Contre-indications et autres usages

  • Sur la question de la toxicité de l’huile essentielle d’anis vert, il est bon de mettre les choses au clair. Si le trans-anéthole est une molécule délicate, « le cis-anéthole est redoutable sur le SNC à la dose > 2,5 mg/kg » (Michel Faucon, p. 644). Malgré la faible présence de cette dernière molécule dans l’huile essentielle présentée dans cet article, il est bon de rester prudent, d’autant qu’hépatotoxicité et tératogénécité sont toujours possibles (le trans-anéthole peut affecter le développement du fœtus en cas de prise per os). On comprend alors difficilement ce que certains auteurs déjà anciens déclarent à son sujet. Pour eux, l’huile essentielle d’anis vert « n’est pas toxique. Ils ont pu donner, sans le moindre signe d’intoxication, jusqu’à 3 g d’essence d’anis […] par kilo d’animal et en ingérer eux-mêmes pendant un mois des doses variant entre 0,5 et 1 g. »
    Si l’on considère qu’un gramme de cette essence représente 40 à 50 gouttes (compte-gouttes type B), on dépasse le seuil de toxicité. Dans ce gramme, on trouve 950 mg de trans-anéthole ce qui, chez un adulte de 80 kg équivaut à 12 mg/kg ! Sachant que cette molécule est un toxique neurologique à haute dose et sur le long terme, je vous laisse tirer les conclusions qui s’imposent. Les signes d’intoxication à l’huile essentielle d’anis vert sont les suivants : ralentissement circulatoire, parésie musculaire, somnolence, tremblements, ivresse (troubles d’absinthisme chronique), hébétude, congestion cérébrale et pulmonaire, convulsions de type épileptiforme, fonte des réserves lipidiques et perte de poids, etc. L’on se rend donc bien compte des dégâts que peut occasionner cette huile essentielle, en particulier d’un point de vue neurologique. C’est particulièrement vrai en compagnie d’alcool éthylique. L’union des deux forme les pastis et autres anisettes, de mauvais produits dotés de valeurs bio-électroniques extrêmement médiocres. Si on en a fait une huile essentielle à délivrance spécifique (idem pour celles de fenouil et de badiane), c’est qu’il y a une bonne raison à cela. En effet, on soupçonne l’emploi de ces substances pour la fabrication clandestine de produits alcoolisés de type « pastis ».

  • En raison de ses propriétés oestrogen like, on évitera l’huile essentielle d’anis vert en cas de mastose, de cancers hormonaux-dépendants et de pathologies liées à un excès d’œstrogènes. On fera de même avec toutes les huiles essentielles présentant la même propriété (sauge officinale, sauge sclarée, verveine citronnée, fenouil, badiane, etc.).

  • Étant neurotoxique comme nous l’avons précédemment souligné et potentiellement abortive, on bannira l’emploi de cette huile essentielle auprès des nourrissons, des jeunes enfants, des femmes enceintes ou allaitantes. Pour bénéficier de ses effets galactogènes en cas d’insuffisance lactée, on préférera l’infusion de graines d’anis. De même si l’on souhaite faciliter la délivrance le jour de l’accouchement, l’infusion reste le moyen le plus sûr.

  • Comme c’est le cas de beaucoup d’autres Apiacées, l’anis vert, sous forme d’huile essentielle, est photosensibilisant.

  • L’anis est populaire dans les cuisines européenne, indienne et arabe. Les graines, broyées ou entières, apportent une note douce et épicée à plusieurs plats. Cependant, vu qu’elles perdent rapidement leur arôme une fois broyées, il est préférable de ne les conserver qu’entières et de les passer au mortier qu’en petite quantité au moment d’un usage ponctuel. On les emploie dans différentes recettes (pains d’épices, pickles, curries), en confiserie (les fameux anis de Flavigny), en apéritif (raki, ouzo…). Les jeunes feuilles parfument soupes, salades et légumes, à la manière des feuilles de coriandre et de persil. Tiges et racines relèvent soupes et plats mijotés. Enfin, les fleurs parsemées sur une salade de fruits la parfume agréablement.

  • On utilise aussi cette huile essentielle en cosmétologie (dentifrice, bain de bouche…) ainsi qu’en parfumerie, bien qu’on utilise davantage l’anis étoilé dépourvu de coumarines phototoxiques. Enfin, elle permet de masquer l’amertume de certains médicaments.

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La mystérieuse herbe dragon : l’estragon

Synonymes : dragon, dragonne, serpentine, armoise âcre, fargon, gardon, targon, tarcon, tarragon

Si l’estragon porte ces surnoms de dragon et de serpentine, c’est qu’au temps de Dioscoride, cette herbe était réputée pour venir à bout des morsures de serpents, ce qu’évoque également Avicenne au XI ème siècle. En Europe, il en va tout autrement. Le Capitulaire de Villis, cette fameuse ordonnance impériale de Charlemagne, mentionne une plante sous le nom de dragontea qui offre, par son nom, des similitudes avec l’herbe dragon. Le souci c’est que durant tout le Moyen-Âge, on ne trouve aucune trace de l’estragon en cuisine, encore moins chez les apothicaires. L’Europe occidentale médiévale n’a donc pas connu cette herbe même si certains auteurs prétendent qu’elle aurait été rapportée par les Croisés. Aujourd’hui encore, on ignore à quelle époque elle a posé ses valises par chez nous. Qu’on ne sache pas quand elle est arrivée, soit. Mais il semble tout autant difficile de déterminer son lieu d’origine. Proche-Orient, steppes de l’Asie centrale, vallées fluviales russes et sibériennes, etc. Si le passeport de l’estragon est vague, son certificat de naissance l’est tout autant.
Le dragontea du capitulaire carolingien ne peut donc être l’estragon, comme nous l’explique Alain Canu : « Ce dragontea qui, suivant Sprengel, serait l’estragon, Artemisia dracunculus de Linné, est désigné de bien des manières dans un manuscrit du IX ème siècle. Je trouve, dans un manuscrit du XIV ème, un moyen assuré de résoudre la question. L’article sur le dragontea est à la vérité dépourvu, comme presque tous ceux qui concernent les autres plantes, de la description des caractères botaniques ; mais il est accompagné d’une figure coloriée assez bonne pour le temps. Or, cette figure ne ressemble en rien à l’estragon, tandis qu’elle ressemble très bien à la serpentaire, Arum dracunculus, de Linné […] Le dragontea est donc, non pas l’estragon, mais la serpentaire ». Sachant que l’estragon est désigné sous le nom de serpentine, cela augmente les confusions. Quant à la serpentaire, elle n’a effectivement aucun rapport avec l’estragon comme l’attestent les deux clichés comparatifs ci-dessous :

Estragon
L’estragon

Serpentaire
La serpentaire

A la Renaissance, tout change. Au XVI ème siècle, Matthiole et Dodoens le mentionnent. Le botaniste et médecin Jean Ruel en donnera une remarquable description dans son De natura stirpium. Plus tard, le jardinier de Louis XIV, La Quintinie, en fait l’éloge. Selon lui, il s’agit de la plus parfumée des plantes aromatiques. C’est au XVII ème siècle que l’estragon entre dans les grimoires tant culinaires que médicinaux. Au siècle suivant, il se répend de plus en plus, plus particulièrement comme herbe condimentaire. L’estragon n’est donc pas une plante aromatique typiquement médiévale comme peuvent l’être l’hysope et la sauge. Qu’est-ce que cela aurait été si tel avait été le cas, les fragrances de l’estragon se mêlant aux effluves du gingembre et du clou de girofle de la cuisine médiévale…
Il est donc possible que l’estragon ne se soit pas trouvé sur la fameuse route des épices, de fait cette plante ne peut provenir du Proche-Orient. Sans doute est-elle issue d’une contrée plus au nord, croissant sur des terres bien écartées de la route des épices.

Vivace, l’estragon est une plante qui peut atteindre un mètre de hauteur si les conditions s’y prêtent. Très ramifié, il porte des feuilles longues et étroites qui propagent plus particulièrement leur parfum lorsqu’on les froisse. En effet, au revers des feuilles se trouvent les glandes aromatiques. Quant aux fleurs, elles sont anonymes. De petits pompons verdâtres qui donnent l’impression de capitules de camomille dépourvus de leurs ligules blanches. A fructification, ces fleurs donneront des graines stériles, comme c’est le cas de la menthe poivrée. C’est pourquoi, tout comme la marjolaine, l’estragon n’existe en France que dans les jardins. Aucune chance de le rencontrer dans la Nature. Elle assure sa propagation par racines souterraines. Artificiellement, on peut procéder par marcottage ou division de touffe.

1. Huile essentielle d’estragon : composition et description

De par sa composition biochimique, il est permis de dire qu’elle est très proche de celle de basilic (Ocimum basilicum) comme le dévoile le tableau ci-dessous :

tableau comparatif HE estragon et basilic

D’odeur herbeuse et poivrée, l’huile essentielle d’estragon recèle aussi une touche anisée sans ostentation. Liquide et mobile, cette huile essentielle est généralement de couleur jaune pâle. Les sommités fleuries, parties de la plante qui sont distillées, offrent un rendement très variable (de 0,5 % à 3 %). Enfin, on note la présence de coumarines à l’état de traces.

2. Propriétés thérapeutiques

  • Stomachique, apéritive, digestive, carminative
  • Anti-infectieuse : antibactérienne, antivirale, antiparasitaire
  • Antispasmodique neuromusculaire puissante, anti-inflammatoire
  • Positivante, tonique physique et psychique
  • Relaxante et anxiolytique à faibles doses
  • Emménagogue
  • Anti-allergique, antihistaminique

3. Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : digestion lente et/ou pénible, dyspepsie, fermentation intestinale, flatulence, aérophagie, gastrite, colite inflammatoire et/ou spasmodique, spasmes intestinaux, infection intestinale, constipation, diarrhée, parasites intestinaux
  • Troubles neuromusculaires : crampes, contractures, névrites (sciatique), spasmes musculaires, spasmophilie, tics nerveux
  • Troubles psycho-émotionnels : insomnie, sommeil difficile, stress, nervosité
  • Troubles gynécologiques : douleurs prémenstruelles, règles douloureuses ou tardives, dysménorrhée
  • Mal des transports (y compris avec nausées et vomissements)
  • Toux spasmodique, hoquet, rhinite allergique, asthme allergique

Sur la question du hoquet, un témoignage de Jean Valnet extrait de son tome Aromathérapie (p. 236) : « Je soignais une enfant de trois ans sujette à des crises épileptiformes. Lorsqu’un hoquet se manifestait, la petite malade en était affectée pendant plusieurs heures et, pendant une journée, restait sans vie véritable. Le hasard voulut qu’elle débute une crise de hoquet devant moi : deux gouttes (pas plus car l’essence d’estragon est d’une rare puissance) sur un morceau de sucre et la crise fut stoppée en quelques secondes. »

4. Contre-indications et autres usages

  • L’huile essentielle d’estragon est dermocaustique. Aussi devra-t-elle être diluée dans une huile végétale avant tout usage externe. On l’évitera durant les trois premiers mois de grossesse.
  • L’estragon fait partie de ce que l’on appelle les « fines gerbes » aux côtés du persil, de la ciboulette et du cerfeuil. On le range parfois parmi les herbes de Provence (sarriette, romarin, thym, origan, marjolaine). En cuisine, il est préférable de l’utiliser frais, la dessiccation ayant tendance à altérer ses arômes. Les feuilles d’estragon présentent un goût doux/amer légèrement poivré et anisé. Elles permettent de relever la fadeur de certains aliments tels que salades, crudités, viandes blanches, certains poissons. Elles entrent aussi dans la composition de mélanges condimentaires (vinaigre à l’estragon, sauces gribiche, ravigote et béarnaise, etc.).
  • Enfin, l’estragon est particulièrement recommandé aux personnes qui suivent un régime sans sel.

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