La ficaire, plante médicinale à usage unique

Ficaire_ficaria_verna

Synonymes : petite éclaire, petite chélidoine (cf. l’article sur la grande chélidoine), ficaire fausse renoncule, épinard des bûcherons, herbe aux fics, herbe aux hémorroïdes.

Contemporaine de la violette, c’est au mois de mars que la ficaire manifeste sa présence dans les sous-bois de feuillus, dans les haies et au bord des ruisseaux. Ce qui lui importe c’est un peu d’ombre et beaucoup d’humidité. Là, on aura le privilège de la découvrir, formant de denses tapis couvrants. Elle est commune partout, sauf en haute montagne, on ne la trouvera donc pas au-dessus de 1 500 m d’altitude.
Plante vivace, la ficaire se développe à l’aide de ses racines tubéreuses et de ses bulbilles qui apparaissent à la base des feuilles afin de palier la rareté des graines produites – stériles pour la plupart.
Elle porte des feuilles cordiformes, glabres, vert foncé, à l’aspect luisant. Elles s’agencent sur une tige qui ne dépasse pas 20 cm de hauteur. Les feuilles inférieures s’épanouissent au bout d’un long pétiole alors que celles qui se trouvent en hauteur possèdent un pétiole bien plus court. En haut des tiges, des fleurs solitaires de 2 à 3 cm de diamètre, comptent généralement 6 à 12 pétales d’un jaune vif et lumineux. Elles se ferment en cas de temps couvert et fleurissent de mars en mai.

En phytothérapie

1. Parties utilisées et principes actifs

On utilise plus particulièrement les racines pour les principes actifs qu’elles contiennent (ficarine, acide ficarique…), plus rarement les feuilles, riches en vitamine C mais contenant peu de protoanémonine, une substance caustique qu’on trouve dans d’autres renoncules, ce qui les rend âcres. Parfois, c’est le suc frais de la plante qui joue le rôle de remède.

2. Propriétés et usages thérapeutiques

Si au Moyen-Âge, semble-t-il, la ficaire servait de fébrifuge, elle était aussi connue comme antiscrofuleux et antiscorbutique (cf. sa haute teneur en vitamine C). Mais elle est, par dessus tout, un spécifique des hémorroïdes (hémorroïdes simples, prolapsus hémorroïdaire, anite hémorroïdaire…). Elle permet d’atténuer la douleur (effet analgésique), de calmer le ténesme et de refréner le flux sanguin.
« Tout récemment encore, l’utilisation des racines de ficaire pour le traitement des hémorroïdes trouva son origine dans le fait que des paysans de la montagne du Bourbonnais employaient ces plantes dans cette indication thérapeutique au motif que leurs racines présentaient des renflements en tout point analogues à des hémorroïdes. Les essais cliniques et pharmacologiques confirmèrent cette signature. » (Jean-Marie Pelt, Les vertus des plantes, p. 32). Connaissance purement empirique au départ, la capacité que possède la ficaire de traiter les affections hémorroïdaires sera relayée par Thomas Burnet dans son Thesaurus medicinae practicae (1698). Par la suite, nombreux seront les praticiens à recommander l’herbe aux hémorroïdes.

3. Contre-indications et autres usages

– Toxicité : la ficaire tient une place particulière dans la pharmacopée. On la juge suffisamment toxique pour qu’il ne soit pas fait d’elle des usages thérapeutiques étendus. Cependant, elle ne l’est pas assez pour que cela interdise son emploi médicinal. Si la plante adulte, et ayant reçu beaucoup de soleil, est relativement toxique, lorsqu’elle est jeune, cela peut justifier son emploi « alimentaire ». Il est bon de rester prudent avec cette plante, l’automédication n’est pas conseillée. Des cas d’irritation de la peau et des muqueuses peuvent se produire, ainsi que des diarrhées et des douleurs intestinales après usage interne.
– Cuisine : on choisira de préférence les très jeunes feuilles, en particulier celles ayant peu vu le soleil. Ce sont elles qui sont exemptes de substances problématiques. A ce stade, elles sont consommables crues en salade ; plus âgées, on les cuira à la façon des épinards.

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La chélidoine, l’herbe aux verrues

(Chelidonium majus)

Synonymes : herbe aux verrues, herbe d’hirondelle, éclaire, grande éclaire, lait des sorcières

Tout ces synonymes méritent quelques explications. Après quoi, vous constaterez la pertinence de chacun.

– Lait des sorcières : lorsqu’on rompt une tige de chélidoine, un latex jaune orangé s’en échappe. La chélidoine a été une plante sorcière.
– Herbe aux verrues : en référence à la propriété qu’a ce latex contre les verrues.
– Herbe d’hirondelle, éclaire, grande éclaire : tout d’abord, si je vous dis que chelidôn signifie hirondelle en grec, ça devrait éclairer votre lanterne, non ? Mais qu’ont donc à voir l’hirondelle et l’éclaire ? Pour le comprendre, il faut plonger dans la lointaine Antiquité grecque. « Les propriétés accordées à la chélidoine pour guérir les affections des yeux auraient été découvertes en observant la vie des hirondelles, auxquelles on attribuait une vue particulièrement perçante. Mais la relation de la plante à cet oiseau était comprise de différentes manières. Pour les uns (Pline, Dioscoride, plus tard Albert le Grand), la chélidoine sortait de terre à l’arrivée des hirondelles et se fanait à leur départ tandis que pour d’autres (Aristote), les hirondelles soignaient les yeux de leurs petits avec son suc pour leur rendre la vue, même lorsque leurs yeux avaient été crevés ou arrachés. » (Guy Ducourthial, Flore magique et astrologique de l’Antiquité, p. 249). Parfois, il ne s’agit pas, pour l’hirondelle, de faire autre chose que d’aider ses petits encore aveugles à ouvrir les yeux. D’où le nom d’éclaire que la plante porte parfois. « Ce type de croyance repose sur des considérations nées de l’observation, de l’expérience, mais aussi de la pure imagination. » (Guy Ducourthial, Flore magique et astrologique de l’Antiquité, p. 397). Enfin, son nom de grande éclaire s’explique du fait qu’on a longtemps pensé qu’il existait une petite éclaire, la ficaire (Ficaria verna). Si cette plante, tout comme la chélidoine, possède des fleurs jaunes et une toxicité évidente, la comparaison entre les deux plantes s’arrête là. Grande, que l’on retrouve dans l’adjectif latin majus (comme dans majuscule). Le nom latin actuel de la chélidoine pourrait donc se traduire par : grande hirondelle.

Chélidoine

« Véritable panacée capable de ramener la santé, la vie et la jeunesse aux vieillards les plus débiles et même aux moribonds » (Fabrice Bardeau, La pharmacie du bon dieu, p. 91), la chélidoine ne manque pas d’attraits même si ce portrait est quelque peu emphatique. En l’espace de six siècles, nombreux ont été ceux qui se sont penchés d’une manière ou d’une autre sur la chélidoine : Plaetarius de l’école de Salerne (XII ème siècle), Albert le Grand (XIII ème siècle), Raymond Lulle (XIV ème siècle), Paracelse (XVI ème siècle), Van Helmont (XVII ème siècle). On la trouve aussi mentionnée dans le Hortus sanitatis (fin XV ème siècle). Parmi cette foule de données, il est une chose intéressante à retenir. Elle se situe au XVI ème siècle, en la personne de Tabernaemontanus, botaniste et médecin. Il indique que la chélidoine est cholérétique et qu’elle s’utilise dans les affections hépatiques comme l’ictère. En décoction, elle permet de laver les plaies même ulcérées grâce à ses propriétés détersives. Le plus marquant, c’est qu’il signale de possibles actions anticancéreuses. Mais qu’en est-il exactement ? On a procédé à des injections hypodermiques d’extraits de chélidoine, après quoi on a constaté que cela améliorait les traitements des néoplasmes cancéreux. Au niveau du cancer de l’estomac, cela diminue considérablement les douleurs et apporte un soulagement non négligeable. En 1896, un médecin russe, Denissenko, utilise le suc de chélidoine contre certaines formes de tumeurs cancéreuses. Cela a pour effet de restreindre temporairement l’extension des néoplasmes, de faire cesser les hémorragies et d’atténuer la fétidité des sécrétions. Plus tard, le docteur Henri Leclerc indiquera que la chélidoine ne guérit pas le cancer mais qu’elle en retarde seulement la prolifération. Cependant, « on s’étonne […] que l’expérience clinique de cette action […] n’ait pas été poursuivie, compte tenu de ce qu’affirmaient les Anciens et des vertus particulières de la chélidoine, notamment son action résolutive sur les verrues (reconnue par Leclerc mais pas par Cazin) qui sont, en fait, des épithéliomes bénins dont la nature peut toujours dégénérer. » (Fabrice Bardeau, La pharmacie du bon dieu, p. 93).

Papavéracée comme le coquelicot et le pavot, la chélidoine est une plante très fréquente en plaine comme en moyenne montagne (jusqu’à 1 500 m d’altitude maximum). Plante vivace, la chélidoine est munie d’une épaisse et robuste racine fusiforme de couleur brun rougeâtre et de tiges droites et ramifiées. Ses feuilles composées, dentées et lobées, sont molles et d’une couleur qui peut parfois tendre vers le bleu vert glauque. Des ombelles de fleurs jaunes à quatre pétales culminent à près de 80 cm du sol chez les sujets les plus vigoureux. Elles produisent par la suite des siliques (caractéristique des Brassicacées comme le colza par exemple) contenant de petites graines noires que les fourmis se font un plaisir de disséminer.
Si l’on casse une tige de chélidoine, on voit rapidement apparaître un liquide laiteux de couleur jaune orangé (un latex en fait, tout comme on peut en trouver chez le pissenlit et le figuier). Dès le Moyen-Âge, ce latex a été comparé à de la bile, c’est pourquoi la chélidoine a été classée parmi les plantes soignant les affections hépatiques en vertu de la théorie des signatures. Et on verra plus loin à quel point les Anciens avaient raison.
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La chélidoine en phytothérapie

Bien qu’extrêmement courante un peu partout en France, on ne peut pas dire que ses usages thérapeutiques le soient autant, du moins à l’heure actuelle. Feuilles et racines sont employées. Cependant, on note une participation plus active des secondes contrairement aux premières. Conformément à sa famille botanique, la chélidoine contient différents alcaloïdes (chélidonine, protopine, sanguinarine, homochélidonines, chélérythine, etc.) dont les proportions varient selon si on utilise feuilles ou racine, mais également d’une année sur l’autre, d’une localité à l’autre… Cela pose un relatif problème en phytothérapie car il est difficile de connaître à l’avance la composition exacte de la plante qu’on récolte.

1. Propriétés thérapeutiques

  • Stimulante hépatique, sédative hépatique et vésiculaire, cholérétique (trois fois plus puissante que l’artichaut)
  • Dépurative, diurétique, purgative
  • Antispasmodique
  • Vermifuge
  • Coricide
  • Caustique, détersive, rubéfiante, vésicante

2. Usages thérapeutiques

  • Troubles hépato-vésiculaires : insuffisance biliaire, lithiase biliaire, hépatite chronique et aiguë, ictère
  • Troubles gastro-intestinaux : hypertonie gastrique, spasmes intestinaux, crampes digestives, parasites intestinaux
  • Troubles oculaires : ophtalmies chroniques, blépharite, taie de la cornée
  • Troubles circulatoires et vasculaires : hypertension, artériosclérose, angine de poitrine
  • Troubles cutanés : verrues, cors, durillons, dartres, teigne
  • Hydropisie, ascite
  • Asthme
  • Adénite

3. Modes d’emploi

  • Infusion : les feuilles. Fraîches comme sèches, elles présentent avantages et inconvénients. Fraîches, elles sont plus actives mais plus toxiques et ont un goût âcre. Sèches, elles ont moins toxiques, moins actives et amères.
  • Décoction : la racine. Fraîche ou sèche, son emploi reste délicat.
  • Suc frais : en application locale sur verrues, cors, durillons.

L’auto-médication en phytothérapie étant parfois hasardeuse, elle l’est d’autant plus avec une plante comme la chélidoine. Mieux vaut alors se tourner vers des extraits de plantes standardisés comme la teinture-mère. Mais aussi en homéopathie (maladies hépatiques et vésiculaires, pneumonie, coqueluche, grippe, lupus, carcinomes, cancroïdes, taches psoriasiques…).

4. Contre-indications

  • La chélidoine, passé un certain seuil, devient narcotique et toxique. Elle peut provoquer des désordres digestifs, nerveux et cardiaques. Des accidents mortels ont été observés (congestion pulmonaire suivie d’asphyxie).
  • Il existe un élixir floral à base de chélidoine. On l’utilise afin de faciliter la communication, l’échange et la réceptivité. Il se destine tout particulièrement aux tempéraments obtus et obstinés éprouvant des difficultés de communication.

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Comment soigner et guérir une verrue avec trois fois rien

Chélidoine-2

Les verrues sont des tumeurs bénignes qui enquiquinent l’être humain depuis des lustres. Entre procédés magiques et techniques empiriques, l’homme n’aura eu de cesse de mettre en œuvre une foule de moyens pour se débarrasser de ces excroissances.
La recette que j’expose ici ne nécessite ni de courir la campagne à la recherche de la fameuse « herbe aux verrues » (Chelidonium majus ci-dessus) ou de faire l’achat de tout un tas d’huiles essentielles. Aujourd’hui, on se débrouille avec les moyens du bord, fort simples au demeurant, puisqu’on les trouve dans toutes les cuisines. Il nous faut donc :

  • Un citron
  • Du vinaigre de cidre ou de vin rouge
  • Du sparadrap

La veille du jour où vous avez l’intention d’entamer le traitement, préparez vos ingrédients. A l’aide d’un couteau, découpez dans le zeste du citron de petites lamelles de la taille d’une pièce de monnaie. Placez-les dans un petit récipient et couvrez-les de vinaigre. Laissez macérer une nuit entière.

Le lendemain matin, lavez-vous soigneusement les mains (ou les pieds selon l’emplacement de la verrue). Prélevez un petit morceau de zeste de citron qui sera alors bien imbibé de vinaigre. Placez-le sur la verrue à traiter et maintenez-le à l’aide du sparadrap, sans trop serrer la bande adhésive.

Le soir du premier jour venu, enlevez votre pansement usagé. Laissez votre peau sécher et respirer pendant une à deux heures avant de replacer un nouveau pansement pour la nuit. Procédez de cette manière (un pansement le matin pour la journée, un pansement le soir pour la nuit) pendant autant de fois que nécessaire.

Jour après jour, prenez le temps d’observer comment votre verrue se comporte. Au bout de 3 ou 4 jours de traitement, elle devrait commencer à brunir et presque noircir. Cela signifie qu’elle est en train de « mourir ». Peut-être aurez-vous la chance, tout comme moi, de voir cette excroissance se détacher sans difficulté après 4 jours.
Dès lors que la verrue est « tombée », à son emplacement la peau est à vif mais ne saigne pas. Vous avez plusieurs possibilités pour achever le travail :

  • Appliquez pendant 1 à 2 jours de nouveaux pansements vinaigrés/citronnés. Attention, ça picote ! A terme, une croûte (du sang séché) se forme et joue le rôle de bouchon de cicatrisation.
  • Abandonnez citron et vinaigre, et appliquez de l’argile verte en cataplasme sur la zone. A renouveler autant de fois que nécessaire.
  • Préparez une petite synergie antiseptique et cicatrisante à l’aide d’une huile végétale et d’une ou plusieurs huiles essentielles (pin sylvestre, cèdre de l’Atlas, lavande fine, arbre à thé, ravintsara, etc.).

15 jours après avoir démarré votre traitement, en lieu et place de votre verrue, il ne devrait y avoir plus qu’une cicatrice :-)

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L’anis vert

Synonymes : anis d’Europe, petit anis, boucage odorant, pimprenelle.

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La présence de l’anis auprès de l’Homme ne date pas d’hier. Il était cultivé en Égypte il y a 4 000 ans (et on ne sera pas étonné de le retrouver au sein du papyrus d’Ebers). En Inde, certains auteurs estiment qu’il est connu depuis le V ème siècle av. J.-C. Mais, figurant dans les Véda, il y a de fortes chances pour que son ancienneté remonte à plus loin dans le temps. Ayurvéda et médecine traditionnelle chinoise en firent l’usage et indiquaient déjà le rôle galactogène de l’anis.
Durant l’Antiquité classique, on retrouve l’anis sur les tables ainsi que dans les armoires à pharmacie. Aux temps de Pythagore puis d’Hippocrate, on vanta sa capacité qui permettait aux femmes d’accoucher plus facilement en respirant le parfum de cette plante, ce que d’antiques auteurs lui dénièrent. Mais, ceux-là, l’Histoire les a oubliés. Ce qui n’est que justice, puisque les deux célèbres Grecs avaient raison. On en fit même des pastilles antivenimeuses, ainsi que des amulettes qu’on plaçait sous les oreillers afin qu’elles permettent aux dormeurs de chasser les mauvais rêves. Plus tard, Dioscoride indique que l’anis facilite la respiration, qu’il soulage les douleurs et qu’il apaise la soif. Ce qui, à ce jour, est toujours d’actualité. Pline l’Ancien note des usages condimentaires (l’anis est le digestif post-orgie des Romains) et médicinaux (indigestion, flatulences, halitose, hoquet…). Chez les Grecs, on l’appelle tragion (1), pimpinella chez les Romains (mot qui désigne aussi les pimprenelles qui n’ont pas de rapport avec l’anis).
Le Moyen-Âge évoquera lui aussi les qualités thérapeutiques, aromatiques et culinaires de la plante à travers le Capitulaire de Villis, l’école de Salerne et Albert le Grand.
Cultivé en grand en Alsace au XIX ème siècle, il est vrai que cette « semence chaude » (terme par lequel on désigne la coriandre, le fenouil, l’anis et le carvi) n’est pas issu de ces terres froides. En effet, il est originaire du Proche-Orient (Syrie, Turquie…). Ainsi, selon son aire de culture, la couleur de ses graines peut changer, ses qualités aromatiques également. Par exemple, on dit de l’anis de Tunisie qu’il est vert et doux, alors que l’anis russe, noirâtre, est de piètre qualité.

L’anis est une petite plante annuelle de 20 à 50 cm de hauteur. Les feuilles, portées par des tiges creuses et cannelées, sont de deux sortes (typique chez les Apiacées) : longuement pétiolées, arrondies et dentées à la base, pennées, étroites et en éventail dans les parties hautes de la plante. En fin d’été, on voit apparaître des capitules de fleurs blanches qui produisent des akènes vert grisâtre : les graines d’anis !

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  1. Le mot grec tragion s’explique ainsi : cette plante était consommée par les boucs blessés par des flèches ! Une autre histoire de bouc transparaît à travers l’un des noms de l’anis, boucage odorant. Si elle a été appelée ainsi c’est en raison du fait que toute la plante dégage une forte odeur, de la à dire qu’elle pue, il n’y a qu’un pas. On a donc fait une relation entre cette plante et le bouc, ce qui a mené d’anciens astrologues grecs à faire de l’anis une des plantes de la constellation du capricorne ! Un truc à rendre chèvre, en somme !

1. Huile essentielle d’anis vert : description et composition

  • Phénols méthyl-ethers : trans-anéthole (90 à 96 %), cis-anéthole (0,4 %), chavicol méthyl-ether (0 à 2 %)
  • Anisol (0,3 à 3,5 %)
  • Coumarines (traces)
  • Composés soufrés (traces)

Huile essentielle incolore ou jaune très pâle, liquide et mobile, au parfum chaud et anisé. Rendement compris entre 2 et 6 %. Attention aux falsifications : on trouve parfois de l’huile essentielle de badiane ou anis étoilé (Illicium verum) vendue en lieu et place de l’huile essentielle d’anis vert.

2. Propriétés thérapeutiques

  • Apéritive, digestive, carminative, stomachique
  • Cholagogue et cholérétique
  • Emménagogue, galactogène, oestrogen like
  • Antiseptique, antibactérienne, vermifuge
  • Antispasmodique neuromusculaire, antalgique
  • Stupéfiante légère, psychoactive
  • Positivante puis négativante
  • Expectorante

Globalement, on considère cette huile essentielle comme tonique cardiaque, respiratoire et digestif.

3. Usages thérapeutiques

  • Troubles gastro-intestinaux : dyspepsie, gastralgie, colite spasmodique, entérocolite, entéralgie, aérophagie, flatulences, météorisme, vomissements et nausées d’origine nerveuse, parasitose, indigestion, halitose, colique (y compris celle du nourrisson)
  • Troubles respiratoires : toux quinteuse, toux bronchique, spasmes bronchiques, asthme, bronchite asthmatiforme, congestion pulmonaire, pharyngite
  • Troubles gynécologiques : aménorrhée, oligoménorrhée, règles irrégulières, douleurs menstruelles, ménopause, préménopause
  • Troubles cardiaques : fausse angine de poitrine, palpitations, cardialgie
  • Troubles neuromusculaires : paralysie, spasmophilie
  • Lactation insuffisante
  • Migraines, céphalées, vertiges
  • Hygiène buccale (désinfection, blanchiment des dents)

4. Contre-indications et autres usages

  • Sur la question de la toxicité de l’huile essentielle d’anis vert, il est bon de mettre les choses au clair. Si le trans-anéthole est une molécule délicate, « le cis-anéthole est redoutable sur le SNC à la dose > 2,5 mg/kg » (Michel Faucon, p. 644). Malgré la faible présence de cette dernière molécule dans l’huile essentielle présentée dans cet article, il est bon de rester prudent, d’autant qu’hépatotoxicité et tératogénécité sont toujours possibles (le trans-anéthole peut affecter le développement du fœtus en cas de prise per os). On comprend alors difficilement ce que certains auteurs déjà anciens déclarent à son sujet. Pour eux, l’huile essentielle d’anis vert « n’est pas toxique. Ils ont pu donner, sans le moindre signe d’intoxication, jusqu’à 3 g d’essence d’anis […] par kilo d’animal et en ingérer eux-mêmes pendant un mois des doses variant entre 0,5 et 1 g. »
    Si l’on considère qu’un gramme de cette essence représente 40 à 50 gouttes (compte-gouttes type B), on dépasse le seuil de toxicité. Dans ce gramme, on trouve 950 mg de trans-anéthole ce qui, chez un adulte de 80 kg équivaut à 12 mg/kg ! Sachant que cette molécule est un toxique neurologique à haute dose et sur le long terme, je vous laisse tirer les conclusions qui s’imposent. Les signes d’intoxication à l’huile essentielle d’anis vert sont les suivants : ralentissement circulatoire, parésie musculaire, somnolence, tremblements, ivresse (troubles d’absinthisme chronique), hébétude, congestion cérébrale et pulmonaire, convulsions de type épileptiforme, fonte des réserves lipidiques et perte de poids, etc. L’on se rend donc bien compte des dégâts que peut occasionner cette huile essentielle, en particulier d’un point de vue neurologique. C’est particulièrement vrai en compagnie d’alcool éthylique. L’union des deux forme les pastis et autres anisettes, de mauvais produits dotés de valeurs bio-électroniques extrêmement médiocres. Si on en a fait une huile essentielle à délivrance spécifique (idem pour celles de fenouil et de badiane), c’est qu’il y a une bonne raison à cela. En effet, on soupçonne l’emploi de ces substances pour la fabrication clandestine de produits alcoolisés de type « pastis ».

  • En raison de ses propriétés oestrogen like, on évitera l’huile essentielle d’anis vert en cas de mastose, de cancers hormonaux-dépendants et de pathologies liées à un excès d’œstrogènes. On fera de même avec toutes les huiles essentielles présentant la même propriété (sauge officinale, sauge sclarée, verveine citronnée, fenouil, badiane, etc.).

  • Étant neurotoxique comme nous l’avons précédemment souligné et potentiellement abortive, on bannira l’emploi de cette huile essentielle auprès des nourrissons, des jeunes enfants, des femmes enceintes ou allaitantes. Pour bénéficier de ses effets galactogènes en cas d’insuffisance lactée, on préférera l’infusion de graines d’anis. De même si l’on souhaite faciliter la délivrance le jour de l’accouchement, l’infusion reste le moyen le plus sûr.

  • Comme c’est le cas de beaucoup d’autres Apiacées, l’anis vert, sous forme d’huile essentielle, est photosensibilisant.

  • L’anis est populaire dans les cuisines européenne, indienne et arabe. Les graines, broyées ou entières, apportent une note douce et épicée à plusieurs plats. Cependant, vu qu’elles perdent rapidement leur arôme une fois broyées, il est préférable de ne les conserver qu’entières et de les passer au mortier qu’en petite quantité au moment d’un usage ponctuel. On les emploie dans différentes recettes (pains d’épices, pickles, curries), en confiserie (les fameux anis de Flavigny), en apéritif (raki, ouzo…). Les jeunes feuilles parfument soupes, salades et légumes, à la manière des feuilles de coriandre et de persil. Tiges et racines relèvent soupes et plats mijotés. Enfin, les fleurs parsemées sur une salade de fruits la parfume agréablement.

  • On utilise aussi cette huile essentielle en cosmétologie (dentifrice, bain de bouche…) ainsi qu’en parfumerie, bien qu’on utilise davantage l’anis étoilé dépourvu de coumarines phototoxiques. Enfin, elle permet de masquer l’amertume de certains médicaments.

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