Parfums sacrés : introduction

Image

Depuis la Préhistoire, différentes civilisations ont montré un intérêt certain pour les plantes aromatiques – plantes à parfum par excellence.

Ici, nous évoluerons bien loin de l’industrie de la parfumerie dont les grands noms constellent l’espace public d’une multitude de publicités toutes plus sophistiquées les unes que les autres. Exit donc les Chanel, Guerlain et autre YSL.

Nous nous attacherons non pas à ce que l’Homme a pu exercer d’influence sur des plantes rigoureusement manipulées afin de jouer aux apprentis sorciers, non. Nous dépasserons cela afin de nous départir du paradigme qui consiste à considérer le parfum comme produit de luxe dont les verreries flamboyantes ou parfois plus sobres font presque oublier d’où viennent les effluves qui s’en échappent…

Oui, nous irons à l’essentiel à travers ce que la Nature végétale a fait de mieux en matière d’odeurs : les huiles essentielles extraites de différentes plantes provenant d’un peu partout dans le monde.

Loin de la mode et de ses froufrous pailletés, nous chercherons à pénétrer au plus profond de l’âme des plantes qui ont eu la sublime idée de concocter aux creux de leurs cellules des molécules enchanteresses.

Nous outrepasserons donc le statut de « sent bon » tel qu’on l’applique trop fréquemment au parfum, tout en mettant en évidence l’impact indubitable qu’ont les huiles essentielles sur notre psyché induisant des modifications tant humorales que comportementales, ainsi que sur notre façon d’appréhender le monde.

Nous irons à la rencontre de l’énergie et des vibrations que développent les huiles essentielles tout en n’oubliant pas d’indiquer dans quelle mesure cela peut représenter un intérêt sinon une manière d’assouvir une meilleure compréhension de soi-même.

Considérer les huiles essentielles comme des fées, plus exactement comme des sylphes, n’est pas en soi une gageure. C’est pourquoi aujourd’hui nous vous présentons la petite famille des huiles essentielles dites sacrées, c’est-à-dire celles qui ont marqué les Hommes depuis des temps immémoriaux.

Abandonnez donc vos préjugés et ouvrez grand vos narines.

© Gilles Gras, 2012.

Aromathérapie : quelques définitions

Image

Qu’est-ce qu’une huile essentielle ?

Une huile essentielle est une substance volatile (qui s’évapore au contraire des huiles végétales) et odoriférante secrétée par une plante aromatique. Non pas seulement les plantes que l’on appelle « aromates » mais les plantes capables de dégager une odeur par au moins l’une de leurs parties. Une huile essentielle est donc la « signature » aromatique d’une plante.

Dans la nature, les plantes aromatiques présentent ce que l’on appelle des poches sécrétrices (ou glandes aromatiques) qui contiennent les essences aromatiques. Ces poches se situent sur les différentes parties des plantes, tantôt dans les feuilles, tantôt dans les pétales, etc. Parfois, on trouve sur une même plante plusieurs huiles essentielles (c’est le cas de l’oranger amer, par exemple). Ci-dessous, nous retrouvons ces différentes parties végétales et une plante pour exemple :

Les feuilles : mélisse officinale.

Les pétales : rose de Damas.

Les tiges et sommités fleuries : romarin officinal.

L’écorce : cannelle de Ceylan.

Le bois : santal blanc.

Le rhizome : gingembre officinal.

Une huile essentielle est une alchimie de multiples composants, des molécules biochimiques dont on distingue différentes familles (phénols*, cétones*, etc.). Ces familles moléculaires sont présentes d’une façon qui est particulière à chaque huile essentielle et leurs proportions peuvent varier en fonction de l’origine d’une plante (comme c’est le cas du romarin officinal dont l’huile essentielle varie en fonction de la provenance du romarin : France, Corse, Afrique du Nord, etc.) mais aussi en fonction de la période de l’année (l’huile essentielle de mélisse officinale ou de verveine odorante n’est pas la même avant et après floraison).

Chaque huile essentielle est unique, subtile mélange de composants dont le nombre est parfois très important. Par exemple, on trouve près de 70 constituants dans l’huile essentielle de romarin officinal, plus d’une centaine dans celle de ciste ladanifère, alors que l’huile essentielle de clou de girofle n’en contient guère plus d’une vingtaine.

Les huiles essentielles contiennent donc de la manière la plus concentrée qui soit les molécules aromatiques contenues dans les parties de la plante utilisées pour les extraire. Par exemple, l’huile essentielle de petit grain bigarade issue de la distillation des feuilles de l’oranger amer ne contient pas les mêmes molécules ni les mêmes propriétés que l’huile essentielle de néroli issue de la distillation des fleurs de ce même oranger.

L’extraction par distillation (cf. chapitre III) modifie par phénomènes thermiques la composition des huiles essentielles. Ainsi, l’huile essentielle de menthe poivrée extraite des feuilles de cette plante ne possède pas exactement les mêmes propriétés que cette même menthe poivrée quand celle-ci est utilisée dans le cadre d’un usage phytothérapeutique.

Qu’est-ce qu’une essence aromatique ?

Toute comme l’huile essentielle, une essence aromatique est une substance volatile et odoriférante extraite d’une plante aromatique. Une essence est donc également la « signature » aromatique d’une plante.

C’est le mode d’extraction (cf. chapitre III) qui détermine si l’on a affaire à une essence aromatique ou à une huile essentielle.

Une autre différence tient au fait qu’une huile essentielle étant issue d’une distillation à la vapeur d’eau est donc le résultat d’un traitement thermique d’une plante alors que l’essence aromatique ne subit aucun traitement thermique. Ainsi, l’essence contenue dans le péricarpe (le fameux zeste) d’un citron est de même nature que ce que contient un flacon d’essence de citron. Malheureusement, l’étiquetage de nombreux laboratoires entretient cette idée et fausse la définition stricte qui existe entre les huiles essentielles et les essences aromatiques. Ainsi donc, ne sont pas considérées comme huiles essentielles, les essences suivantes : citron, lime, orange douce, bergamote, pamplemousse, mandarine, etc.

La turquoise

Peut-on dire de la turquoise qu’elle est bleu verdâtre ou bien vert bleuâtre ? Qu’importe ! De toute façon, il existe tant des turquoises bleues que des vertes. Par exemple, les turquoises d’Arizona sont bleu canard alors que les turquoises chinoises tendent davantage vers le vert comme nous le voyons sur les deux images ci-dessous. Dans les deux cas, elles présentent le plus souvent des inclusions brunâtres.

Image Image

Lorsqu’on observe une carte mondiale des principaux gisements de turquoise, on se rend compte qu’elle met en lumière plusieurs foyers qui correspondent, d’une part à l’utilisation artisanale de la turquoise par différents peuples, d’autre part aux mêmes différents peuples considérant cette pierre comme sacrée.

01/ Iran: on y trouve des gisements, la turquoise est une pierre sacrée pour les Perses. De plus, elle est utilisée dans la joaillerie.

02/ Égypte : on y trouve également des gisements (Sinaï), pierre sacrée comme en Perse, la turquoise était utilisée pour fabriquer des colliers, des bagues, ainsi que les fameux scarabées.

03/ Tibet : on y fait, de ce gemme sacré, un usage abondant. Par exemple, dans les monastères, on trouve des conques ciselées d’argent et de turquoises. Plusieurs instruments de musique dont le kangling et le gyaling sont habillés de turquoise et de corail.

Image

L’un des objets des plus étonnants est sans doute le perak, une coiffe féminine faite de plaques de turquoise. C’est un signe de prospérité et de richesse d’une famille. Protecteur du foyer, il repousse les esprits impurs. Chez les Tibétains, la turquoise a un rapport avec le feu et le Soleil. Elle porte une connotation de chaleur, de bien-être physique et psychique.

04/ Mexique : chez les Aztèques, on fabrique, à l’aide de turquoise, des objets sacrés en association avec d’autres matériaux. Comme au Tibet, la turquoise évoque le feu et le Soleil au zénith dans les cultures méso-américaines.

Le dieu du feu, Xiuhtecuhtli, est aussi appelé le Maître de la Turquoise alors que Hutzilopochtli, le dieu aztèque de la guerre est surnommé le Prince de Turquoise. C’est dire l’importance de la turquoise pour les Aztèques.

Image

05/ Tribus amérindiennes (Pueblo, Navajo, Apaches) : les gisements d’Arizona, du Colorado, du Nevada et du Nouveau Mexique fournissent de quoi fabriquer des objets en argent et en turquoise comme des bagues, des bracelets, des colliers, des ceintures, des diadèmes, etc.

Image

Chez beaucoup de peuples amérindiens, la turquoise représente une protection contre le mauvais œil et les mauvais sorts.

Un peu partout dans le monde, on reconnaît depuis des millénaires les pouvoirs de protection de la turquoise. Raison pour laquelle on en a fait un talisman contre le mal (empoisonnement, intoxications, mauvais œil, noyade, naufrage, accidents, etc.), raison pour laquelle on lui prête vertu de courage, de réussite et d’accomplissement.

Bon, alors… Protectrice, nous l’avons dit.

D’un point de vue physique : Contre la douleur (crampes, etc.), elle est anti-inflammatoire. Protectrice des muqueuses oculaires entre autres, elle permet de lutter contre la cataracte. Elle combat les problèmes respiratoires, régule le système nerveux, booste le système immunitaire.

D’un point de vue émotionnel : La turquoise favorise l’amitié via ses capacités à décupler la générosité, la sincérité et l’affection. De plus, fortifiante du cœur, elle apporte joie, prospérité et bonheur. Comme elle permet une libération de la respiration, elle permet de lutter contre les problèmes de communication en facilitant les relations sociales et en engageant au dialogue. Enfin, elle lutte contre la négativité et la basse estime de soi, ainsi donc, elle peut aider à combattre la déprime et la dépression.

Purification : Eau distillée sans sel.

Chargement : Amas de quartz, peu de soleil (ce qui est étonnant pour une pierre solaire comme la turquoise).

Précautions : Attention à l’alcool contenu dans les parfums qui peut altérer la couleur de la pierre.

© Gilles Gras, 2012.

Visitez la petite boutique du blog !

Le frêne

Synonymes : Frêne élevé, Frêne d’Europe, Fragne, Quinquina d’Europe.

Si on le dit excelsior c’est non en raison de sa taille (comprise entre 25 et 30 m en général, ce qui n’est pas une taille exceptionnelle pour un arbre, mais une taille moyenne) mais bien plutôt de par le caractère sacré qu’il symbolise pour les Celtes et les Germano-Scandinaves. L’arbre cosmique (comme il y en a partout dans le monde), c’est lui : Yggdrasil qui ne craint ni les flammes, ni le gel, ni les ténèbres…

Lorsque l’on parle d’arbre cosmique, il faut entendre un arbre comme pilier central de l’Univers. Yggdrasil est peuplé de tout un monde animalier, de sa cime où l’on trouve l’aigle jusqu’à ses pieds où est lové le serpent. Ratatosk, l’écureuil messager, se rend de l’un à l’autre et inversement en fonction des défis mutuels que se lancent les deux animaux extrêmes.

Il est peuplé d’elfes et de nains, il est aussi la demeure des Vanes (dieux terrestres), le domaine des géants et le royaume des morts.

Dans son intéressant ouvrage Mythologie des arbres, Jacques Brosse consacre au frêne arbre cosmique un chapitre riche et précis. Il va même jusqu’à penser que l’homme est l’incarnation provisoire de l’esprit de l’arbre.

On trouve traces d’Yggdrasil dans l’Edda scandinave, un manuscrit regroupant un ensemble de poèmes dont l’un d’entre-eux dit ceci :

Cet arbre sagement édifié qui plonge jusqu’au sein de la terre…

Je sais qu’il existe un frêne qu’on appelle Yggdrasil.

La cime de l’arbre est baignée dans de blanches vapeurs d’eau,

De là découlent des gouttes de rosée qui tombent dans la vallée

Il se dresse éternellement vert au-dessus de la fontaine d’Urd.

Image

Chez les Grecs il incarnait déjà la solidité et la puissance. L’Edda reprendra également ces deux symboliques. De plus, il est immortel – éternellement vert. Ne dit-on pas que son bois est imputrescible? Fécond également, tous les êtres étant issus de lui.

Pour ces peuples germano-scandinaves, il a également été – comment s’en étonner ? – un arbre guérisseur à l’instar du chêne et de son gui pour d’autres, d’où son surnom de quinquina d’Europe que le frêne est loin d’usurper puisque de son écorce (gris olive quand elle est jeune, gris brun avec l’âge) on tira, avant l’introduction du quinquina en Europe, un remède fébrifuge qui n’est plus guère usité de nos jours du fait des tanins contenus dans l’écorce (celle des jeunes rameaux d’un ou deux ans) qui rendent le breuvage très astringent et amer. Cela en fit donc un préventif du paludisme avant de se faire détrôner par le quinquina.

Hildegarde de Bingen préférera se servir des feuilles qu’elle indiquait contre les crises de goutte. Ces feuilles comptent toujours un nombre impair (9 à 15) de folioles lancéolées et finement dentées. La face supérieure est vert sombre alors que l’inférieure est sensiblement plus pâle.

Image

Il présente une sexualité complexe et variable. Les fleurs sont hermaphrodites mais pas toujours. Parfois, on trouve des branches mâles et des branches femelles sur le même arbre ! La floraison du frêne se déroule d’avril en mai. Il ne se reproduit qu’à partir de l’âge de 20 ans, mais il compense cela en produisant d’énormes quantités de graines enchâssées dans une ailette qui forme les samares. Ainsi, un frêne centenaire peut produire près de 100 000 graines par an.

Le frêne est un arbre post-pionnier, c’est-à-dire qu’il nécessite des sols alluviaux dans lesquels les sédiments nécessaires à sa croissance auront été fixés par d’autres essences que lui. Il fait partie des arbres des forêts des climats tempérés et qu’on trouve fréquemment. C’est sans doute grâce à ses samares qu’on le reconnaît très facilement. Il est alors couvert de fruits secs assemblés en grosses grappes.

S’il ne vit pas très longtemps (150 ans maximum) à l’image du bouleau, il a une croissance vigoureuse et rapide. Avec l’aide de ses compagnons, orme et aulne, il prépare le terrain à une essence qui nécessite un sol plus lourd en humus, le chêne, dont l’ombre sera fatale au frêne. En apparence seulement : en effet, la pousse plus lente du chêne autorise le frêne à atteindre ses trente bons mètres de par sa croissance rapide et à s’épanouir aisément avant que le chêne ne le supplante.

D’un point de vue thérapeutique, le frêne agit sur la sphère circulatoire : par l’élimination de l’acide urique, il favorise la purification du sang. De plus, il est actif contre l’artériosclérose. Il se charge aussi de drainer les liquides superflus hors du corps (œdèmes, hydropisie, rétention d’eau) grâce au potassium qu’il contient. Il possède une incomparable action anti-inflammatoire : névralgies rhumatismales et goutteuses, arthrose, douleurs articulaires, etc. Enfin, ses vertus antioxydantes lui permettent de capter les fameux radicaux libres et de protéger les tissus contre le vieillissement.

La feuille de frêne contient du cuivre et du fer, ce qui la rend intéressante en cas d’anémie. On peut pulvériser les feuilles sèches afin d’obtenir une poudre fine que l’on avalera accompagnée d’une cuillerée de miel (qui joue ici le rôle d’agent d’enrobage) et d’une ou deux gouttes d’huile essentielle de citron.

Avec les feuilles de frênes, on peut élaborer la freinette (ou frênette) et le thé des centenaires. La première est une boisson à base de feuilles de frêne fermentées qui se fabrique encore localement. Quant au thé des centenaires (destiné à mon cobaye n°3), il est bien plus facile à réaliser :

-2/3 de feuilles de frêne

-1/3 de feuilles de cassis

Une poignée de ce mélange en infusion dans un litre d’eau pendant 15 mn. On filtre. On boit, chaud, froid ou glacé. Avec ou sans miel. A volonté. Cette boisson est un excellent dépuratif, le sang est ainsi débarrassé de ses toxines. A préconiser en cure longue.

© Gilles Gras, 2012.

Le cuivre

Le cuivre est un élément métallique de couleur rouge clair tirant parfois jusqu’au rouge brun. A l’état pur, il est vivement coloré en surface mais a tendance, comme l’argent, à s’oxyder facilement : il tourne alors au vert-de-gris qui, lui, est une substance toxique !

Il s’agit d’un métal mou et malléable dont la dureté est inférieure à 3 (par exemple, il ne raye pas le verre mais il est rayé par ce dernier). Sa densité est bien moins importante que celle de l’or ou de l’argent, cependant, elle se situe tout de même autour de 9.

Les formes cristallines sont arborescentes et dendritiques, mais le plus souvent, il est mêlé à de l’azurite et/ou de la malachite qui sont deux minerais de cuivre.

Les gisements les plus importants se situent en Russie, en Australie, en Allemagne, aux USA (où l’on a trouvé près du Lac Supérieur un bloc de 420 tonnes !)

Image

L’extraction du cuivre est relativement ancienne, elle remonte au moins à 10 000 ans. Il est donc plus que probable que le cuivre ait été le premier métal récolté puis utilisé par l’être humain d’autant plus que ce métal et la plupart des minerais de cuivre sont relativement abondant dans la Nature et que leur travail est aisé. Ainsi donc, la refonte du cuivre remonte-t-elle à 5 000 ans, des traces du travail du cuivre ont été repérées en Chine et dans les Andes, par exemple. C’est en l’alliant à un autre métal – l’étain – qu’on aura obtenu le bronze et l’âge du même nom.

Le cuivre est un métal opaque et, tout comme l’or, il présente la particularité, lorsqu’il est laminé en très fines feuilles, de laisser passer une lumière qui devient verte. A ce titre, et bien qu’il soit rouge, le cuivre a toujours été associé au vert en Russie (Oural), aspect très clairement présenté à travers la légende de la Maîtresse de la Montagne de Cuivre laquelle porte les yeux verts et une robe de malachite et dont on dit que sa rencontre est néfaste puisqu’elle peut faire mourir de nostalgie qui la croise.

Image

C’est aussi ce que l’on appelle un oligo-élément présent dans le corps humain à hauteur de 0,0004 %. Les besoins quotidiens sont estimés à 2 mg chez l’adulte, 5 mg chez le nourrisson du fait que le lait maternel en soit relativement dépourvu. Parce que le corps a besoin de cet élément qu’il ne peut fabriquer, les apports extérieurs sont nécessaires (noix, oignon, navet, etc.).

Le cuivre est anti-infectieux (bactéricide, antifongique), immunostimulant, anti-inflammatoire, antioxydant, anticoagulant sanguin ; de plus, il favorise la productions des tendons et des ligaments. Il a aussi un rôle majeur en rapport avec le sang : outre qu’il le purifie et qu’il le débarrasse de ses toxines, le cuivre participe à la fixation du fer et entre ainsi dans la fabrication des globules rouges et de l’hémoglobine. Une carence en cuivre s’accompagne toujours d’une anémie ferrique mais également d’autres troubles tels que des infections bactériennes, des inflammations, etc. Raison pour laquelle le cuivre est préconisé dans des cas d’états infectieux viraux (grippe), d’affections fébriles aiguës, de rhumatismes articulaires, de polyarthrite rhumatoïde, d’immunodépression, etc.

En revanche, l’excès de cuivre dans l’organisme peut également occasionner de sérieux dommages : vomissements, destruction de la muqueuse intestinale, diarrhées, atteintes rénales irréversibles, chute du taux de globules rouges, nécrose du foie, etc. Une fois de plus, c’est la dose qui fait le poison.

L’importance du cuivre dans la bonne santé d’un sujet n’avait pas échappé à Hildegarde de Bingen dès le XII ème siècle ! Elle propose diverses recettes pour lesquelles les ingrédients qui les composent doivent être cuits dans un récipient en cuivre. Elle indiquait déjà le cuivre pour lutter contre l’arthrose mais également la goutte et les intoxications alimentaires. Pour cela, elle faisait cuir du vin et y plaçait une barre de cuivre ou laissait macérer de la limaille de cuivre dans du vin ou du vinaigre. On est assez proche de l’oligothérapie dans la démarche de Hildegarde puisqu’elle a reconnu l’importance des besoins physiologiques de l’organisme en cuivre à doses infinitésimales.

Le cuivre est connu pour être un excellent conducteur. En cela, il est particulièrement adapté au chakra coronal car le cuivre joue le rôle d’antenne. Reynald Boschiero l’appelle donc fort à propos la « racine du ciel ». Car l’enracinement ne se fait pas seulement par la Terre via le chakra racine mais également par le Ciel par l’intermédiaire du chakra de la couronne.

Sa purification n’est que très rarement nécessaire du fait de l’excellente conductibilité des énergies qui le caractérise. En revanche, son rechargement devra être fréquent, et, on s’en doute, plus particulièrement au soleil mais aussi sur une druse de cristaux de roche.

En association avec une azurite, une tanzanite ou une améthyste, le cuivre favorise méditation, voyage astral, télépathie et divination.

© Gilles Gras, 2012.

L’absinthe

Synonymes : La Fée verte, Herbe sacrée, Herbe sainte, Herbe aux vers, Alvine, Aluyne, Aloïne, Armoise absinthe, Armoise amère, Armoisie amure, Absinthe romaine, Grande absinthe.

Degas, Musset, Rimbaud, Verlaine, Van Gogh, Artaud, Munch, Toulouse-Lautrec, Jarry… A l’évocation de ces personnages célèbres, on plonge forcément dans le 19 ème siècle. A des degrés divers, ils furent tous consommateurs d’absinthe. Tant et si bien que sa propagation entre 1830 et 1915 aboutira à l’interdiction de la production et de la consommation de l’absinthe sur l’ensemble du territoire français.

Il faut dire qu’un usage immodéré ainsi que des produits fréquemment frelatés auraient été pour beaucoup dans la mise au ban de l’absinthe comme poison du siècle.

Image

Ces années de débauche absinthéiques auront surtout fait oublier deux choses : l’absinthe ne se réduit pas à la liqueur du même nom. Secundo, elle ne peut être réductible aux quelques décennies évoquées plus haut. Pourquoi ? En premier lieu, l’absinthe regroupe un ensemble de propriétés médicinales et – ce qui rejoint le second point – ces propriétés étaient partiellement reconnues et mises en pratiques au temps d’Hippocrate, il y a de cela 2 500 ans.

Chez les Grecs, on s’en servait pour parfumer le vin, alors que l’Antiquité romaine fit de l’absinthe une boisson propre à désaltérer les athlètes.

Dioscoride lui-même recommande l’absinthe comme stomachique et vermifuge. Selon lui, elle entrait dans la composition d’une boisson très populaire en Thrace où l’on croyait qu’elle permettait de conserver une bonne santé.

Mais, bien avant ça, on note son utilisation chez les Assyriens et les Babyloniens, puisque des tablettes aux caractères cunéiformes indiquent qu’on avait alors déjà recours à l’absinthe pour ses propriétés digestives. L’Égypte ancienne mettra à l’honneur ses propriétés vermifuges, jamais démenties jusqu’à présent, ainsi que sa capacité à traiter nombre d’affections gastriques.

L’Antiquité gréco-romaine reconnut aussi en elle ce puissant vermifuge que l’absinthe n’a jamais cessé d’être dans les époques postérieures, au Moyen-Âge plus particulièrement, mais j’y reviendrai.

Les druides gaulois utilisaient en effet l’absinthe contre les vers. Les Gaulois s’en faisaient des ceintures sur les reins pour lutter contre les rhumatismes, les femmes faisaient de même mais pour bénéficier des propriétés emménagogues de l’absinthe.

Ses vertus abortives furent elles aussi reconnues à la même période. Abortive et emménagogue, voilà deux terme liés au nom scientifique de l’absinthe : artemisia absinthium. On reconnaît facilement la présence d’Artémis dans le premier mot. Cela en fait donc une plante typiquement féminine (la Verte n’aurait pas pu être allégoriquement représentée par autre chose qu’une femme/fée/déesse…)

Artémis, donc. Déesse grecque en opposition parfaite avec Aphrodite. Artémis, responsable des morts violentes. Voilà qui pose en une seule étymologie les prémisses du destin funeste de l’absinthe et que nous connaissons… Enfin, que nous connaissons plutôt mal que bien malgré la plus grande proximité temporelle de l’absinthe en tant qu’alcool.

L’adjectif absinthium est un mot latin tiré du grec apsinthion qui signifie : privé de douceur et/ou imbuvable (cela eu égard à l’amertume caractéristique dont la plante sait faire preuve).

Enfin, il s’agit là d’une interprétation que l’étymologie grecque ne saurait démentir. Voici plus de 2 000 ans que l’on parle de l’absinthe en des termes plus variés que dithyrambiques, sinon faussés par les circonstances.

Par exemple, un livre comme la Bible évoque, à l’instar de nombreuses autres plantes, l’absinthe. Voici ce qu’elle en dit : Et le troisième ange sonna de la trompette. Alors tomba du ciel un grand astre, comme un globe de feu. Il tomba sur le tiers des fleuves et sur les sources ; l’astre se nomme Absinthe : le tiers des eaux se changea donc en absinthe, et bien des gens moururent de ces eaux devenues amères… (Apocalypse, 8, 10-12.).

En gros, le jour où cet astre Absinthe tombera des cieux sur la Terre, cela indiquera la fin de tout. Très étrangement, cette absinthe-là symbolise Satan.

Comme l’indiquent les auteurs du Dictionnaire des symboles, l’absinthe biblique peut être considérée comme une forme prophétique. Cela peut être une calamité céleste s’abattant sur la Terre, calamité comme peuvent l’être les conséquences d’une explosion nucléaire rendant les eaux mortellement radioactives, les pluies acides qui s’insinuent et qui rongent jusqu’au marbre petit à petit, les insecticides dont l’agriculture intensive est friande parvenant jusqu’aux nappes phréatiques ; cela pourrait être aussi, soyons fous, la liqueur d’absinthe s’infiltrant dans le cœur de l’homme, bien plus, au sein même de son esprit.

On peut donc voir à travers ces quelques applications plus ou moins alambiquées, l’expression d’une calamité qui corrompt les sources mêmes de la Vie. Comme le mentionne le Dictionnaire des symboles, « Absinthe symbolise une perversion de la pulsion génésique, une corruption des sources, les eaux devenues amères. » Peut-être faut-il voir là l’usage dévoyé de la plante, eu égard à sa consommation populaire sous forme de fée verte…

Enfin, une croyance aveugle en la Bible ne saurait me priver d’une petite verte de temps à autre. Et, surtout, l’on n’est même pas certain qu’il s’agisse réellement là de l’absinthe. De même que la fameuse hysope mentionnée dans le même livre a peu de chances d’être l’hyssopus officinalis, compagne de l’absinthe dans la composition de la liqueur du même nom.

Diaboliser l’absinthe ne mène donc à rien. Et ceux qui voient dans le passage biblique de l’Apocalypse un avertissement divin ne sont que de fieffés ignorants.

Tout ou partie d’une plante n’est jamais ni bon ni mauvais dans l’absolu. L’absinthe n’échappe pas à cette règle. Par exemple, l’on sait que Socrate fut forcé de boire la ciguë. En revanche, ce que l’on sait moins, c’est qu’il ingurgita une mixture de plantes parmi lesquelles l’opium (on a beau être stoïque, il fallait bien escamoter les effets violents de la ciguë par les effets analgésiques et antalgiques du pavot) et l’absinthe, c’est-à-dire, la même absinthe que l’on utilisait à la même époque comme antidote de la ciguë !

Atroce sorcière selon Verlaine, Fée verte pour d’autres, l’absinthe ne démérite pas sur son statut de plante trouble et mystérieuse, en fonction des circonstances, circonstances qui ne sont pas autre chose qu’humaines, faut-il le rappeler?

Plante de l’amer et du fiel. Étonnant pour une plante agissant sur l’excrétion de la bile hors de la vésicule biliaire…

Platearius, médecin italien du 12 ème siècle à la fameuse École de Salerne, la recommandait pour lutter contre l’ivresse, le pauvre, s’il avait su ! Il semble que cette piste médicinale ait été peu exploitée. A l’époque, on faisait de l’absinthe un tout autre usage : on luttait contre les vers de toutes espèces, la vermine étant, à l’époque médiévale, un problème de santé publique plus qu’important puisque les vers touchaient nombre de parties du corps humain, comme nous l’indique le passage suivant de Dom Alexandre :

« Le corps humain est sujet à des vers qui se logent ordinairement dans lœsophage, l’estomac et les intestins » ; ils dévorent les alimens, gâtent et corrompent le chyle, et sont un obstacle à la digestion ».
Il poursuit: « Dautres parties du corps servent aussi quelquefois de demeure et de nourriture aux vers; le sinus du nez, le conduit interne et externe de loreille, les dents cariées, contiennent quelquefois des vers ; on en a trouvé aussi dans le péricarde, dans la substance du foie et des reins. »

On faisait de l’absinthe ce dont on avait alors besoin. Qu’un regain de fièvre paludéenne frappe l’Europe, on utilisait l’absinthe, le quinquina n’étant pas encore connu au Moyen-Âge. On faisait appel à l’absinthe seule ou bien à d’autres plantes aux propriétés fébrifuges similaires : la gentiane, la centaurée, la benoîte ou le saule blanc.

C’est cette fâcheuse dichotomie entre le bien et le mal qui a été exploitée au début du 20 ème siècle afin de faire interdire l’absinthe en France. Elle fut l’apéritif le plus prisé de 1830 à 1915, date à laquelle elle fut légalement prohibée.

A cette époque, elle fait l’objet d’une production quasi industrielle. Issue de la distillation d’un mélange de plantes – absinthe, bien sûr, mais aussi hysope, fenouil, anis vert, mélisse, etc. – avec de l’alcool à 85°, elle titrait régulièrement autour de 68° (le Pastis, l’un des successeurs de l’absinthe ne tourne plus qu’à 45°).

Or, bien sûr, cette manne attira le faussaire. C’est pour cette raison qu’on trouva nombre d’absinthe frelatées sur le marché français sinon européen au 19 ème siècle. On la coupait avec de l’alcool de contrebande dont on se demande encore de quoi il était lui-même constitué. On la colorait artificiellement à l’aide de sels de cuivre ou de sulfates de zinc (quand on connaît l’incompatibilité thuyone versus zinc…). On la consommait allongée de laudanum. On y adjoignait des substances chimiques diverses et variées, etc.

Il est donc normal qu’avec une débauche de moyens aussi malhonnêtes les uns que les autres l’absinthe soit tombée en disgrâce.

Bien entendu, les propriétés convulsivantes de la thuyone sont bien connues et l’étaient déjà à l’époque. La thuyone, chimiquement proche du THC que l’on trouve dans le cannabis, peut causer de graves séquelles à condition d’en abuser chroniquement.

Aujourd’hui, la seule responsabilité de la thuyone dans la toxicité de l’absinthe est remise en question, l’usage modéré de la liqueur d’absinthe ne rendant pas plus fou que génial, ni les deux, du reste.

Cependant, on ne peut nier le pouvoir toxique de la thuyone. Mais il est de bon ton de noter que, liée à l’alcool, ce dernier, en grande quantité, aura déjà fait un travail considérable sur l’organisme et ce bien avant les effets réels de la thuyone elle-même.

Quoi qu’il en soit, l’absinthisme existe bel et bien. Il implique affections gastriques, affections hépatiques, affections rénales, convulsions, démences, hallucinations.

A hautes doses régulières, on voit apparaître troubles mentaux, tremblements, impuissance. De plus, l’absinthisme est un puissant favorisateur de la tuberculose (à ce titre, il serait peut-être intéressant d’observer la progression de la tuberculose en France au 19 ème siècle avec la consommation parallèle d’absinthe…)

Ces informations à propos de l’absinthisme sont le fait du docteur Valnet. Elles datent de plus de 25 ans et font sans doute référence à des observations vieilles de plus d’un siècle. On peut se demander quelle est la part de responsabilité réelle de l’absinthe dans l’absinthisme puisque l’on sait également que l’anis vert provoque lui aussi des maux similaires, anis vert que l’on ne sera pas étonné de retrouver dans la composition de la liqueur d’absinthe.

L’anis vert est un stupéfiant à hautes doses prolongées, il provoque un ralentissement de la circulation sanguine, ainsi que des congestions cérébrales.

Quant à l’essence de fenouil, elle aussi présente dans la liqueur d’absinthe et dans le génépi, par exemple, elle est aussi convulsivante à hautes doses.

Pour finir, l’hysope contient également de la thuyone, son essence est épileptisante. Il est donc fort probable que la liqueur d’absinthe ait pâti de l’ensemble de ces facteurs aggravants, jusqu’à sa renaissance, puisque production et consommation d’absinthe en France sont à nouveau autorisées depuis 2003.

En fait, la campagne de dénigrement de la liqueur d’absinthe en France a été orchestrée par les vignerons français désireux d’abattre une dangereuse concurrente, pour leur porte-monnaie avant tout !

L’interdiction légale ayant été obtenue pendant le Grande Guerre, cela ne les aura pas empêché d’aller inonder les tranchées de Verdun et d’ailleurs avec des millions d’hectolitres de mauvais vins. C’est qu’on était alors soucieux de la santé des soldats !

A la suite de cette interdiction, on vit apparaître d’autres boissons alcoolisées telles que le pastis, boisson anisée, issue de la distillation de l’anis vert (encore lui !), lequel contient de l’anéthol, un principe actif dont les effets neurotoxiques sont également bien établis, bien que peu connus du grand public.

Dans le même temps, Vermouth, Génépi et autre Chartreuse verte qui tous contiennent de l’absinthe dans des proportions variables n’auront jamais été l’objet d’une prohibition…

L’absinthe est une plante qui présente un aspect argenté : tiges vert glauque, droites cannelées, ramifiées et très feuillées ; feuilles gris argent profondément indentées et couvertes de poils fins.

Floraison estivale (juillet/septembre) : petites sommités florales jaunes tubulaires en capitules. Cette plante vivace possède une croissance rapide et atteint facilement 1 m de hauteur. Elle est présente en Eurasie ainsi qu’en Afrique du Nord. En France, on la trouvera dans le Midi, dans les Pyrénées et sur le littoral Ouest. Elle affectionne particulièrement les bords des chemins, les friches, les coteaux rocheux et les lieux incultes, arides et pierreux.

Image

Petit florilège des noms usuels donnés à l’absinthe :

La verte : curieusement, l’on dit « la bleue » en Suisse!

La Fée verte : au XIX° siècle, l’absinthe est également surnommée parfois « la dame verte », « la muse verte », voire « la fée aux yeux glauques. »

L’ambroisie verte : l’ambroisie était le nectar bu par les dieux de l’Olympe.

Un train direct pour Charenton : demande généralement adressée à un garçon de café. Il s’agit d’une allusion transparente au fait que l’abus d’absinthe peut mener à l’asile de Charenton.

L’herbe sainte : pied de nez à la Bible qui juge la plante absinthe néfaste. Hommage aux vertus thérapeutiques de la plante. Appellation chérie d’Alfred Jarry qui consommait, comme parfois Ernest Hemingway, son absinthe non étendue d’eau.

L’herbe aux prouesses : la plante absinthe passe pour favoriser l’acte sexuel. On la désigne aussi sous le vocable de « gingembre vert »

Un perroquet : l’allusion à la couleur verte est trop évidente pour que l’on y insiste.

Une purée de pois : allusion à la métamorphose de l’absinthe lorsqu’on la brouille.

Un lait du Jura : n’oublions jamais que l’absinthe est historiquement originaire du Val-de-Travers suisse et de la Franche-Comté. L’on dit aussi en Suisse un « lait de chèvre » ou un « thé de Boveresse. ».

En France, une « Ovomaltine » désigne de nos jours une absinthe de contrebande. Sans doute veut-on souligner par là ses qualités toniques et suggérer implicitement qu’elle ne ferait pas de mal à un enfant. Assertion dangereuse et fausse, faut-il le rappeler ?

Notre-Dame de l’oubli : no comment…

© Gilles Gras, 2012.

Artémis

On la dit née de Zeus et de Lato et sœur jumelle d’Apollon, miroir céleste de ce solaire Phoebus, ce qui lui vaut d’être parfois nommée Phoebée.

Elle concentre des aspects bien contradictoires mais complémentaires si l’on se penche sur la question de savoir qui elle est.

Image

Artémis est traditionnellement opposée à Aphrodite, déesse de l’Amour. Est-ce à dire qu’Artémis est déesse de la haine? Que nenni, les choses ne sont point si simples.

Ce qui permet de l’opposer à Aphrodite réside dans le fait qu’elle soit Vierge (au sens propre de pure), qu’elle soit ombrageuse, vengeresse, farouche et indomptable.

Elle demeure impitoyable face aux femmes qui cèdent aux attraits de l’Amour (dans sa forme fornicatrice), mais reste néanmoins la protectrice des femmes enceintes, puisqu’elle symbolise autant la fertilité que la fécondité, et protège aussi bien les porteuses d’une vie à venir (la femme, la femelle animale) que les avatars de ces mêmes porteuses de vie (l’enfant, la jeune fille, le jeune animal, etc.)

Douce et aimante face à ceux qui incarnent jeunesse et pureté, il n’en demeure pas moins qu’elle peut devenir extrêmement cruelle aussi bien avec l’Homme qu’avec l’animal. Du moins, c’est ce que l’iconographie et l’imaginaire ont retranscrit d’elle. On présente souvent Artémis avec un arc, sauvage déesse de la Nature, Dame des fauves, etc.

Tout d’abord, il faut s’entendre sur le terme de « fauve » qui n’a aucun rapport avec celui que nous utilisons communément aujourd’hui. Les fauves d’Artémis, ce sont simplement les bêtes sauvages.

« Artémis la bruyante, sagittaire à l’arc d’or, la sœur de l’archer », nous dit Homère. Or, elle n’a pas toujours été présentée ainsi. L’Artémis avec arc et carquois et croissant de Lune dans les cheveux trouve son origine au 4 ème siècle avant JC environ. Il y a eu une Artémis bien plus archaïque, symbolisée par un tronc d’arbre ou une pierre.

Plus tard, elle sera personnifiée et on lui fera porter une torche ou une fleur et on la couvrira d’une chlamyde, une sorte de manteau très en usage chez les Grecs et les Orientaux, particulièrement prisé des voyageurs et des chasseurs.

Image

La chasseresse. Artémis chasse et massacre les animaux sauvage. Cruelle? Rédemptrice? Alma Mater? En réalité, il faut percevoir dans ces actes non de la barbarie, métaphoriquement, les bêtes fauves représentent les instincts inséparables de l’Homme qu’il importe de dompter et de canaliser.

Elle sait faire preuve de cruauté, elle est capable de châtier cruellement quiconque lui manque de respect en le transformant en animal sauvage qui périra sous les crocs de sa meute ou sous les coups portés par son arc.

La légende d’Iphigénie nous la montre à la fois cruelle et pleine de mansuétude. C’est Artémis qui a réclamé la mort d’Iphigénie mais, alors que cette dernière se trouve sur le bûcher qui doit la voir périr, Artémis lui substitue une biche, puis emporte la jeune fille dans les airs avec elle.

Elle règne sur le monde animal (la force brute et instinctive) et l’être humain n’y fait pas exception. Farouche face aux hommes, elle est protectrice de la Femme. Non pas seulement de la vie de la femme, mais de la vie en la femme, autre facette de l’Amour.

Artémis Séléné se rattache au cycle de la fécondité et, en tant que Vierge, préside aux naissance à travers cet acte qui s’incarne d’un être à l’autre, dans une forme de continuité.

Cependant, Artémis peut également être le symbole de l’aspect jaloux et castrateur de la mère. Comme l’indique le Dictionnaire des symboles, « avec Aphrodite, elle constituerait le portail intégral de la femme, si profondément divisée en elle-même tant qu’elle n’a pas réduit les tensions de ce double aspect de sa nature. » La Femme comme mère et la Femme comme amante?

Image

© Books of Dante – 2012.

Pte San Win

Image

C’est la faim qui permit aux Lakotas d’entrer pour la toute première fois en contact avec Pte San Win, la Femme Bison Blanc. En effet, il y a des lunes et des lunes de cela, les ventres affamés des membres des différentes tribus que comportait la nation sioux obligèrent deux pisteurs à partir en quête d’un bison qui demeurait introuvable. Ils marchèrent longtemps, errant du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest. Mais rien n’y fit, nulle part ils ne trouvèrent le moindre bison encore moins la trace de son passage.

En proie au désespoir le plus complet, à bout de forces, les deux hommes prirent la décision de repartir au camp, mais avant qu’ils ne rebroussent chemin, l’un d’eux s’exclama : « Mon frère, je vois un bison, au loin, qui vient vers nous ! » L’autre guerrier observa la direction indiquée par son compagnon et répondit, interloqué : « Ce n’est pas un bison, mais une femme qui vient par là ! » Et quelle femme ! D’une si rare beauté qu’elle la rendait irréelle presque… Vêtue d’une robe de peau de daim blanche, longs cheveux aux vent, elle avançait avec assurance au devant des deux guerriers. Avant même qu’elle fut assez proche d’eux, l’un des deux hommes eut des paroles et des pensées libidineuses à son endroit. L’autre, davantage doté de perspicacité, avait bien remarqué qu’elle flottait au-dessus du sol plus qu’elle n’y marchait. Il n’eut pas le temps de faire recouvrir la raison à son ami qu’un furieux nuage s’abattit sur l’homme aux paroles insensés. Il ne restait de lui plus qu’un petit tas d’os.

La Femme Bison Blanc, parce que c’était elle, indiqua au guerrier encore en vie que son compagnon avait péri par excès d’orgueil. Elle lui expliqua une multitude de choses qu’il s’empressa d’aller conter à son peuple en ces termes : « J’ai rencontré une femme merveilleuse alors que nous désespérions de trouver un seul bison. Elle nous demande de préparer un tipi spécialement dédié à sa venue toute proche ».

Ce qui fut dit fut fait. Le lendemain, tout était fin prêt pour accueillir cette femme que tous virent arriver à l’aube naissante. Sans un mot, elle pénétra dans le tipi et s’assit à la place d’honneur. Elle tenait dans ses mains la Chanunpa – la Pipe sacrée – dont tous comprirent que sa provenance était supra-humaine, une offrande de Wakan Tanka. Elle présenta la pipe aux quatre directions, de l’Ouest au Sud, adressant une prière particulière à chacune d’entre-elles. Elle présenta la pipe vers le ciel, et, enfin, au-dessous pour honorer Maka, la Terre Mère.

Le chef de la tribu, subjugué, était très malheureux. Les Indiens ont pour coutume d’offrir à manger à chacun d’entre leurs visiteurs, quels qu’ils soient. Hélas, en ces temps de disette, il n’avait pas de quoi offrir le repas à cette femme dont il savait très bien qu’elle était wakan. Contrit, il lui offrit une tresse de foin d’odeur qu’elle accepta de bonne grâce tout en souriant et en adressant au chef ces mots : « Il est des nourritures qui ne se mangent pas mais qui sont douces au cœur des hommes, je te remercie ».

Mais elle ne partit pas sans avoir révélé et expliqué à la tribu les 7 rites sacrés de la nation sioux que sont l’Inipi, la quête de vision, la danse du soleil, la garde de l’esprit, le rite de la puberté des jeunes filles, l’apparentement et le lancer de la balle.

Ce n’est qu’au bout de quelques jours qu’elle décida de partir, sa tache achevée. S’adressant à tous, elle dit alors : «  Un jour je serai de retour, et cela sera pour toujours. Alors commencera une nouvelle vie, et une nouvelle intelligence ». Ils la regardèrent s’éloigner dans la prairie, tous nimbés d’une pieuse admiration pour cette mystérieuse femme. Alors qu’elle allait passer la colline, elle se métamorphosa en jeune bison blanc qui poursuivit le chemin sans se retourner. Éberluée, la tribu toute entière emprunta le même chemin, gravit la colline où avait disparu le bison blanc. Quelle ne fut pas leur surprise de découvrir de l’autre côté de la colline un troupeau de bisons si immense qu’ils n’en virent pas les limites !

© Gilles Gras – 2012

Visitez la petite boutique du blog !

La légende de l’Oiseau-Tonnerre

Partout en Amérique du Nord, il existe des légendes qui concernent celui qu’on appelle Wakinyan chez les Sioux ou Sanuwa chez les Iroquois.

Il y a des lunes et des lunes de cela, les hommes passaient beaucoup de leur temps à se battre les uns contre les autres. Chacun d’entre-eux cherchait à s’arroger qui une forêt qui une rivière, et pensait que, de ce fait, cela lui donnait le droit d’y chasser et d’y pêcher. Mais, incapables de s’entendre, ils se disputaient la forêt et la rivière. Autant dire que les fruits de la chasse et de la pêche furent rapidement réduits à néant. Et que la survie de chacun fut rapidement menacée.

C’est alors qu’un immense et sombre nuage est monté en virevoltant dans le ciel. Un vent rugissant et une grêle assassine s’abattirent sur les hommes, soufflant les tentes comme des fétus de paille, coulant les canots, brisant les armes. Tant bien que mal, un conseil fut organisé afin de trouver une solution quand un oiseau gigantesque vint de la mer. Chacune de ses ailes avait la longueur de deux canots de guerre, de son bec sortaient des bruits terribles et de ses yeux jaillissaient des éclairs de lumière qui frappaient le sol. Terrifiés, les hommes se couchèrent au sol, pensant la fin du monde toute proche.

L’Oiseau-Tonnerre – puisque c’était lui – survola ce qu’il restait du village des hommes. Ses battements d’ailes si puissants firent trembler l’air tant et si bien que des tornades en naquirent.

Dans les serres de l’oiseau se tenait un épaulard, l’Oiseau-Tonnerre rejoignit la mer à tire d’ailes, déposé délicatement sa prise dans les eaux puis revint aux hommes. Et leurs adressa ces paroles : « La Terre appartient à la Terre, la Mer appartient à la Mer. Je suis le gardien de la Terre et mon frère Épaulard est le gardien de la Mer. Désormais, quoi que vous posséderez, vous le donnerez à votre ennemi afin d’instaurer la paix et de faire cesser vos querelles stupides. Ainsi, vous tous pourrez profiter de ce que la Mer et la Terre pourront vous donner afin de vous nourrir. »

C’est ainsi qu’est née la pratique du potlatch.

Image

© Books of Dante – 2012.

Visitez la petite boutique du blog !

Le symbolisme du noir

Jéroboam avait pour mère une veuve.

Elle dit en son cœur : je ne suis pas veuve,

Je suis noire mais je suis belle.

S’il n’existe aucune plante aux fleurs noires dans la Nature, ça n’est pas pour rien. Si l’on sait la capacité du noir à absorber la chaleur, on comprendra aisément que les plantes cherchent leur propre bien-être en arborant des fleurs clairs parce que leur intérêt n’est pas de se brûler les ailes, bien au contraire.

De là à en déduire que la couleur noire est forcément négative, il n’y a qu’un pas que nous nous refusons de franchir allègrement.

Chaque couleur représente une énergie vitale, en cela le blanc et le noir n’y font pas exception. Ainsi, selon les traditions, le noir a-t-il été associé à la Mort, comme le blanc d’ailleurs.

L’Occident alloue au noir une connotation malsaine et irréfléchie, irrationnelle presque. Elle est donc, cette ineffable noirceur, symbole de mort, de condamnation, de renoncement face aux vanités terrestres. Elle renvoie aux dangers que représentent les forces hostiles, aux peurs profondes et insondables. Symbole du mal également, c’est elle qui peint les avatars du Malin et des sorcières que sont chat noir, chauve-souris et autre corbeau.

Pour l’Occident, le noir est donc résolument néfaste. Chthonien, il représente le monde souterrain du caveau qui évoque la lourdeur et la stagnation, ainsi que la stérilité [selon l’héraldique médiévale, le noir porte le nom de sable].

Image

Perceval face aux dangers que représente sa condition d’homme privé de mémoire

En Inde, le noir conserve bien certains de ces aspects. Symbolisant le temps, le noir est couleur de Kali, destructrice des formes et des couleurs. Alors que chez les Égyptiens antiques, on observe une certaine ambivalence sur la valeur accordée au noir. Couleur de la fécondité et de la renaissance d’une part, il n’en reste pas moins, d’autre part, que la colombe noire représentait la femme qui restait veuve jusqu’à la fin de sa vie, le noire représentant ici « l’éros frustré et la vie niée ».

Cependant, si l’on quitte ces noirs territoires et que l’on cherche au-delà de ce que le noir cherche apparemment à nous faire voir [selon l’optique ci-dessus entrevue, pas grand-chose à dire vrai… :D], nous pouvons nous arrêter un moment sur l’arcane XIII du Tarot de Marseille, la Mort :

Image

Après un cycle de douze, le renouvellement est à l’œuvre par le biais de la faucheuse. Le noir, en tant que valeur chthonienne, représente davantage le ventre de la Terre-Mère, le lieu ou s’opère la régénération du monde diurne, l’humus – terreau fertile – duquel émergera la plante qui cherchera alors le blanc de la lumière solaire.

Cette symbolique, nous la retrouvons également du côté des traditions amérindiennes pour lesquelles l’obscurité est reconnue comme un lieu d’initiation et de changement. C’est ce que l’on retrouve dans la cérémonie de l’inipi qui se déroule dans une tente à sudation, lieu obscure visant à la purification.

[Cette obscurité] « favorise l’émergence du pouvoir intérieur personnel provenant de la confrontation avec la peur. Ces traditions enseignent que le moi que nous pensons être au quotidien, n’est qu’un ensemble de croyances que nous avons forgé, notamment à cause de nos réactions émotionnelles remontant à l’enfance »[Jennie Harding, op. Cité, p. 204]. La peur du noir, quand cela n’est pas celle du loup, est emblématique à ce titre.

Pour les alchimistes, l’œuvre au noir est l’étape qui précède l’œuvre au blanc. L’œuvre au noir est dissolution. Considérons les trois couleurs primaires que sont le magenta, le bleu cyan et le jaune primaire. Mélangeons-les à parts égales. Nous obtiendrons une couleur très proche du noir mais qui n’en est pas. Il s’agit d’un noir dans lequel subsistent quelques traces de blanc, à l’image de la partie Yin du fameux symbole que nous connaissons bien.

Maintenant, considérons à nouveau ces trois mêmes couleurs primaires à l’aide desquelles nous fabriquerons un disque chromatique formé de trois secteurs de 120° chacun. Remplissons chacun des secteurs par l’une des couleurs primaires. Faisons tourner selon l’axe notre disque chromatique. Les trois couleurs se mélangent, non pas pour donner du noir, mais un blanc, un blanc qui n’est pas parfait, un blanc dans lequel subsistent quelques traces de noir, ce qui, bien entendu, n’est pas sans évoquer l’autre partie – Yang, cette fois – du même symbole.

Ces deux expériences mettent surtout en lumière le fait que le blanc parfait n’est qu’une illusion, que le noir parfait n’est, lui aussi, qu’une illusion.

Pour Reynald Boschiero, le noir est la couleur de la conscience. « Protectrice et rassurante, elle absorbe la lumière mais la garde en son sein, nous dit-il avant de poursuivre ainsi : profonde, épaisse, […] ses ténèbres recèlent un trésor ». A l’image d’une pépite dans une gangue. Ce qui n’est pas sans évoquer l’une des lames de l’oracle de la Triade qui porte à merveille son nom : Nadir. Tant il est vrai qu’aller au charbon est l’une des façons de connaître mieux son Zénith.

Image

Œuvre au noir, charbon, Boschiero… Le lien est assez évident : un grand nombre de pierres de protection sont noires ! Schorl, obsidienne noire, onyx, spinelle noir, shungite et j’en passe. Et là, étrangement, la couleur noire de ces pierres n’effraie pas leurs porteurs ^^

Le noir peut donc être de bon conseil. N’est-ce pas du silence de la nuit qu’émanent les rêves et les songes qui permettent de mettre en lumière certains aspects de la vie diurne ? ^^

Sources :

Symboles et signes, origines et interprétations, Miranda Bruce-Mitford & Philip Wilkinson, Larousse, 2009.

Le langage secret des symboles, David Fontana, Éditions Solar, 1994.

Dictionnaire des symboles, Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, Robert Laffont, 1982.

Dictionnaire des superstitions et des croyances populaires, Pierre Canavaggio, Rombaldi, 1977.

Perceval le Gallois, Chrétien de Troyes, Éditions Ipomée-Albin Michel, 1997.

Oracle de la Triade, Dominike Duplaa, Éditions du Gange, 1998.

Signes et présages dans la vie quotidienne, Jean-Louis Victor, Éditions De Vecchi, 1997.

L’univers des cristaux, Jennie Harding, Le courrier du livre, 2007.

Le guide des pierres de soins, Reynald Boschiero, Éditions Vivez Soleil !, 1999.

Conseils et guide d’achat pour bien choisir vos pierres, cristaux et minéraux, Reynald Boschiero, Éditions Vive Valèque, 2010.

Dante