Le chénopode blanc (Chenopodium album)

Synonymes : blé blanc, ansérine blanche, ansérine farineuse, chou farineux, chou gras, poule grasse, drageline, serousse, herbe au vendangeur, etc.

« Plus l’homme s’est éloigné de la Nature, plus son savoir-faire et l’usage des plantes locales ont disparu […] Le chénopode blanc […] est aujourd’hui considéré comme une mauvaise herbe, qu’il s’agit d’exterminer. En raison de ce point de vue simpliste, on en vient à oublier que cette herbe médicinale était auparavant utilisée contre les affections rénales et biliaires, ainsi que contre certaines maladies pulmonaires » (1). C’est pourquoi il fait partie avec le chénopode bon-henri, l’arroche, la grande consoude, l’amarante, l’ortie, la podagraire, etc., d’un groupe de plantes herbacées comestibles et couramment cultivées dans les jardins avant l’irruption de l’épinard. L’on revient, tant bien que mal, depuis quelques années, auprès de certaines de ces plantes pour en goûter les évidentes qualités alimentaires, gustatives et culinaires.

Le chénopode blanc est une plante annuelle, voire une vivace à vie courte, atteignant généralement un mètre de hauteur, mais parfois bien davantage (presque le double). Sa tige anguleuse et très ramifiée, portée par une souche noueuse qui forcit avec le temps, porte pléthore de feuilles dont les formes très variables – ovoïdes, cunéiformes, sagittées –, irrégulièrement dentées, de tailles diverses, etc., font qu’elles adoptent un caractère impropre à une bonne identification de la plante. Cependant, quelle que soit la morphologie foliaire, des invariants demeurent : une couleur vert cendré, un aspect farineux/poussiéreux lié à ce que l’on pense être de la pruine, mais qui n’est dû, en réalité, qu’à la présence de minuscules cristaux de silice blanchâtres qui tapissent la surface du limbe.
Afin de ne pas déroger à cette impression d’ensemble, les fleurs arborent, elles aussi, un coloris vert blanchâtre, voire légèrement rougeâtre, mais c’est exceptionnel. Petites (2 à 3 mm), ces fleurs, assez anodines, apparaissent de juin à octobre, fleurissant en épis terminaux assez denses, donnant naissance à de petits fruits, akènes noirs et luisants. Très prolifique, chaque pied peut produire jusqu’à 100000 graines qui permettent au chénopode, dont la germination est rapide, plusieurs générations successives dans la même année, ce qui peut donner la sensation qu’il est toujours présent, impression renforcée par la personnalité rudérale et compagnon du chénopode blanc, plante qui vit nécessairement dans le voisinage de l’homme et de ses activités passées et présentes, tant sur des lieux incultes (friches, décombres, terrains vagues, talus) que cultivés (vergers, jardins, cultures céréalières et légumières), en bordure de route et jusqu’en ville même où il se fait de plus en plus fréquent.

Le chénopode blanc en phytothérapie

Plante sans odeur (hormis, peut-être, une odeur de « vert »), le chénopode dispense cependant un goût assez doux et, d’aucuns prétendent, un tantinet épicé. Il est vrai que ses feuilles contiennent jusqu’à 7 % de sucres, ce qui explique la douceur de la plante qui affiche aussi 4 % de protéines, du mucilage, une saponine, un acide aminé (la leucine), des flavonoïdes. Remarquons l’extrême richesse de cette plante en vitamines : vitamine A, vitamines du groupe B (B1, B2, B3), vitamine C (245 mg aux 100 g de feuilles fraîches, soit huit fois plus que le citron toutes proportions gardées !) Bien pourvu en sels minéraux (calcium, potassium, silice, magnésium, fer, phosphore…), le chénopode se distingue, tout comme l’épinard et l’oseille, par de l’acide oxalique, et, de même que son cousin le chénopode ambrosioïdes, par la présence d’une essence aromatique contenant une molécule dont nous reparlerons tout à l’heure : l’ascaridole.

Propriétés thérapeutiques

  • Diurétique, dépuratif
  • Laxatif, activateur du péristaltisme intestinal
  • Antitussif
  • Antihémorroïdaire
  • Sédatif
  • Rafraîchissant
  • Galactogène

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère respiratoire : bronchite, asthme, adjuvant dans la tuberculose
  • Affections rénales
  • Affections biliaires
  • Lactation insuffisante
  • Plaie, plaie saignante

Modes d’emploi

  • Infusion de feuilles.
  • Feuilles en nature dans l’alimentation.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : les jeunes feuilles se cueillent de mai à octobre et se destinent à un emploi immédiat, le chénopode ne souffrant pas la dessiccation qui le rend à peu près inopérant.
  • Alimentation : l’on envisage davantage la consommation des feuilles que des graines dès lors qu’il est question du chénopode blanc, mais les semences de cette plante sont comestibles à l’instar d’un autre chénopode reconnu pour la qualité alimentaire de ses graines et devenu célèbre en l’espace de quelques décennies : le quinoa (Chenopodium quinoa). Les usages culinaires du chénopode sont variés : composition de soupes, tartes et tourtes aux herbes, pâtés végétaux, légume vert succédané de l’épinard (ceux qui n’apprécient pas la plante de Popeye risquent d’être bien étonnés par le chénopode cuit, assez fort en gueule, contrairement à la coutumière fadeur de l’épinard).
  • Une utilisation du chénopode, qu’elle soit alimentaire ou médicinale, n’est pas sans poser problème. Par exemple, ses graines, insuffisamment mûries et consommées régulièrement et/ou à fortes doses, peuvent provoquer diarrhée et vomissement, et les feuilles des troubles visuels comme l’héméralopie, c’est-à-dire une vision devenant plus difficile lorsque décroît la luminosité. Par ailleurs, l’acide oxalique exige une modération de la consommation du chénopode, vue la nocivité de cette substance sur le système rénal. C’est pourquoi rhumatisants et arthritiques se passeront de chénopode, qui se verra également interdit en cas de pathologies hépatiques.
  • Autres espèces :
    – chénopode bon-henri (Chenopodium bonus-henricus) : plante émolliente, laxative et vermifuge ;
    – chénopode des jardins (Atriplex hortensis) : il s’agit de l’arroche, déjà traitée ici ;
    – botrys (Chenopodium botrys) : espèce expectorante, stomachique, diurétique et carminative, s’apparentant à la menthe-coq de par ses propriétés ;
    – chénopode à balais ou belvédère (Kochia scoparia) : probablement vermifuge ;
    – chénopode fétide (Chenopodium vulvaria) dont l’insoutenable odeur de poisson pourri l’a fait abandonner par la thérapeutique. On lui accorde néanmoins des propriétés antispasmodiques et insecticides ;
    – chénopode hybride (Chenopodium hybridum) : plante annuelle pas aussi fétide que la précédente, mais quand même un peu ;
    – dysphania (Chenopodium rhadinostachyum) : endémique plante alimentaire d’Australie ;
    – à cela ajoutons : Chenopodium murale, Chenopodium rubrum, Chenopodium urbicum, Chenopodium opulifolium, etc.
  • Pour faire contrepoint à l’ascaridole dont nous avons parlé plus haut, il est nécessaire d’aborder un autre chénopode, l’ambroisine (Chenopodium ambrosioïdes), plante à odeur agréable de citronnelle qui est stomachique, tonique, antispasmodique, emménagogue, que la phytothérapie utilise surtout sur les affections nerveuses et les pathologies respiratoires (catarrhe pulmonaire chronique, asthme humide, coqueluche, gêne respiratoire, orthopnée…). Cette plante contient une essence aromatique qui, si on la distille, forme une huile essentielle à péroxyde, l’ascaridole, molécule antiparasitaire. C’est cela qui lui vaut ses vertus vermifuges bien qu’elles soient plus marquées encore dans l’huile essentielle d’une variété de l’ambroisine, le chénopode anthelminthique (Chenopodium ambrosioïdes var. anthelminticum), une huile essentielle interdite à la vente libre en France, placée sous le monopole pharmaceutique comme cela est notifié dans le JO n° 182 du 8 août 2007. Non seulement elle est allergisante (à hautes doses), irritante pour le tube digestif, mais également neurotoxique. Dans les années 1940, Fournier notait déjà que son essence avait « produit une série d’empoisonnements mortels, de sorte que l’on a renoncé à l’employer sous ses formes actuelles » (2). Ces « formes actuelles » étaient-elles similaires à celles qui valurent à cette huile d’être classée comme toxique (tableau C), estampillée d’une DL50 d’un gramme par kilo, ce qui est énorme : un adulte de 60 kg devrait en avaler pas moins de six flacons (de 10 ml chacun) avant de passer l’arme à gauche ! Bref, tout ceci permet d’avancer sans trop de risque que cette huile essentielle est déconseillée à la femme enceinte, à l’enfant de moins de quatre ans, en cas d’affections rénales, d’arthritisme et de tuberculose. Sans aller jusqu’à la mise en garde de Fournier, notons néanmoins que l’huile essentielle de chénopode anthelminthique peut amener une dépression cardiaque et respiratoire, des accidents nerveux (ataxie, vertiges), des troubles gastriques (nausée, vomissement), des troubles visuels et auriculaires (on a remarqué parfois une surdité totale). L’on a aussi noté que cette huile essentielle était plus toxique chez les personnes à jeun. « Aussi recommande-t-on un régime riche en glucides et pauvre en matières grasses pendant quelques jours avant le traitement, rappelle Valnet. L’organisme devient ainsi plus résistant à la toxicité » (3). Bon. Pour finir, mentionnons tout de même en quoi l’huile essentielle de chénopode anthelminthique peut être utile pour l’aromathérapeute chevronné (ça n’est pas un outil apte à cette « bobologie » aromathérapeutique qui court de plus en plus les rues). Cette huile essentielle est une mécanique de précision, une arme lourde, raison pour laquelle les adeptes mous de l’aromathérapie soi-disant « douce » ne l’approchent jamais, préférant la conjurer de loin comme ils savent si bien le faire dès lors que ça devient un tantinet compliqué. Des semences et des feuilles (voire de la plante entière fructifiée sans racines), l’on extrait jusqu’à 1 % d’une huile essentielle dont l’odeur n’est pas, à proprement parler, l’un des plus subtils parfums que peut offrir le monde des arômes ; si l’on pense au jasmin, à la rose, au néroli, au ciste, que sais-je encore ?, on est loin du compte. En fait, elle possède une odeur propre à faire fuir loin d’elle les béni-oui-oui de l’aromathérapie douce et gentille. Si l’huile essentielle d’ambroisine (Chenopodium ambrosioïdes) est d’un naturel suave, rappelant certaines lamiacées et agrumes, la très forte proportion de ce péroxyde qu’on nomme ascaridole (50 % en moyenne) procure à l’huile essentielle de chénopode anthelminthique une personnalité bien trempée. De plus, l’ascaridole a si peu bon caractère qu’il peut exploser lorsqu’il est soumis à la chaleur. Il s’agit là d’un trait particulier similaire à celui qui affecte le botrys et que rappelle Cazin en ces termes : cette plante est « remarquable par son odeur forte, balsamique, et sa saveur chaude, piquante et un peu amère. Son arôme approche beaucoup celui du ciste ladanifère. Frappés des rayons du soleil, ses feuilles secrètent abondamment le suc balsamique qui les rend visqueuses, brillantes, aromatiques. Il se forme en outre à leur surface de petits cristaux blancs comme le nitre, et qui, comme lui, fusent, s’enflamment et détonnent sur les charbons ardents » (4). Un air de famille, semblerait-il, cette énergie qui s’exprime à travers une composition biochimique bien intéressante :
    – monoterpènes (limonène, paracymène),
    – cétones (carvone),
    – monoterpénols (géraniol),
    – éther oxyde (safrol).
    Le caractère puissamment virulent de cette huile essentielle lui vaut d’être prioritairement :
    – vermifuge et antiparasitaire,
    – antispasmodique,
    – hypotensive,
    et d’intervenir en cas de :
    – parasitoses intestinales (ascarides, ankylostomes, oxyures, anguillules, petits ténias),
    – affections respiratoires (toux spasmodique, asthme).
    _______________
    1. Ute Künkele & Till R. Lohmeyer, Plantes médicinales, p. 125.
    2. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 261.
    3. Jean Valnet, L’aromathérapie, p. 217.
    4. François-Joseph Cazin, p. 189.

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Les épilobes (Epilobium sp.)

épilobe en épi (Chamerion angustifolium)

On compte environ une quinzaine d’épilobes en Europe, mais, malgré ce nombre, ces plantes ont été relativement peu traitées par la phytothérapie et par toute autre discipline dont l’objet principal réside dans la plante. Pour offrir au lecteur un article digne de ce nom (bref mais digne), il m’aura fallu agréger des données émanant de sources diverses et portant sur plusieurs épilobes différents, chose bien nécessaire car parler des épilobes aujourd’hui semble être un véritable chemin de croix, et d’ailleurs, l’année dernière je crois, j’ai refusé de rédiger un article à propos de ces plantes à la demande d’un lecteur du blog parce que les informations disponibles m’apparaissaient trop faméliques pour tirer avantage d’aussi peu. A l’heure qu’il est, je ne peux dire que j’ai tiré le gros lot, mais j’ai bien plus sous le coude qu’autrefois.
Pourquoi connaissons-nous les vertus de l’épilobe à l’heure actuelle en France ? Parce que cette plante a été redécouverte par une herboriste autrichienne, Maria Treben (1907-1991), dont les livres se sont vendus par millions en plusieurs langues dont le français, c’est pourquoi certains lecteurs hexagonaux ont pu alors prendre connaissance de ce que disait Maria Treben au sujet d’un épilobe, celui dit « à petites fleurs » (Epilobium parviflorum). Parce que du côté des auteurs français à la même époque, c’est peau d’balle, nada, niet, niente. Pas un mot chez Cazin, Leclerc, Botan, Valnet ; à peine trouve-t-on une misérable poignée de lignes à propos des épilobes chez Fournier. Une telle maigreur informative doit sans doute tenir au fait que « c’est pas des plantes de chez nous ». Que nenni, mon brave. Je rappelle, pour plus de sûreté, le titre de l’ouvrage de Paul-Victor Fournier où j’ai déniché ces quelques informations : Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France. De France. D’ailleurs, penchons-nous sur un épilobe très fréquent en France, l’épilobe hirsute ou hérissé (Epilobium hirsutum), qui n’est pas, à proprement parler, une rareté qui expliquerait que la plupart des auteurs phytothérapeutes soient complètement passés à côté, d’autant que l’épilobe hérissé n’est pas une plante naine, atteignant parfois deux mètres de hauteur à plein développement, et s’épanouissant entre 0 et 1500 m d’altitude. Autant dire que cet épilobe n’occupe pas une niche écologique accessible aux seuls bouquetins ! Pour peu qu’on folâtre auprès des berges humides, des fossés (sans y tomber, ah ah !), des rivières alluvionnaires ou des – accrochez-vous – « ripisylves d’aulnaies glutineuses », enfin dans tous ces endroits plus ou moins marécageux dans lesquels se plaît aussi la menthe aquatique, il est possible de croiser l’hirsute épilobe, qui doit cette pilosité à au moins deux raisons : non seulement c’est une plante velue voire carrément poilue, mais par sa vertu colonisatrice, elle est très envahissante : un long rhizome souterrain qui jette et surjette de partout explique le caractère « plante-à-barbe-difficile-à-tondre » de l’épilobe qui, dans son nom même – épi – trouve encore le moyen de s’orner de cheveux ! Ce côté filandreux, filamenteux, etc., fut même exploité durant la Première Guerre mondiale où la désobligeance fut telle qu’on imagina de traiter les fibres contenues dans les tiges de l’épilobe pour en faire, sans trop de succès, un ersatz de toile de jute. Solitaires, perchées sur un long pédoncule, les fleurs rose pourpre à rose vif de l’épilobe hirsute apparaissent à l’aisselle des feuilles de juillet à septembre. D’assez grande taille (20 à 25 mm), ces fleurs aux quatre pétales fortement échancrés forment un ovaire très allongé s’ouvrant à maturité, laissant alors échapper de petites graines brunâtres équipées de soies blanches, aigrettes dont on aurait bien voulu faire un succédané du coton au XVIII ème siècle, mais là encore, sans réussite pérenne.

épilobe hirsute (Epilobium hirsutum)

Les épilobes en phytothérapie

Racines, parties aériennes, sommités fleuries : selon les espèces, on a le choix de la partie végétale utilisable en phytothérapie. En l’occurrence, les racines pour Epilobium angustifolium, les sommités fleuries ou les seules feuilles pour Epilobium hirsutum. Les études manquent à l’appel, à peine est-il possible de donner quelques noms de composants biochimiques : du tanin, des sucres, du mucilage, une huile, des matières pectiques, des flavonoïdes… Cela reste bien peu de chose, et je comprends que cela puisse laisser quelque peu sur sa faim…

Propriétés thérapeutiques

  • Astringent, résolutif
  • Anti-inflammatoire, émollient
  • Anti-oxydant
  • Dépuratif sanguin, antiscrofuleux

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère vésico-rénale : affections rénales, affections vésicales, prostatite, adénome prostatique, cancer de la prostate
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : gastro-entérite, colite, autres inflammations intestinales, diarrhée
  • Aphtes
  • Troubles cutanés, irritations de la peau, furoncle, brûlure

Note : ces dernières indications concernent prioritairement l’épilobe à feuilles étroites (ex Epilobium angustifolium, aujourd’hui Chamerion angustifolium) que l’on surnomme des manières suivantes : osier de saint Antoine, laurier de saint Antoine, herbe de saint Antoine, antoinette… Quel rapport l’épilobe à épi entretient-il avec ce saint ? Est-ce médicinal ou tout autre chose ? Pour le savoir, penchons-nous sur sur ce saint thaumaturge dont l’hagiographie nous apprend, justement, qu’il était invoqué pour soigner les maladies de peau. C’est ce saint qui a donné son nom au mal des ardents, autrement dit le feu Saint-Antoine qui n’est pas, comme je l’ai lu dans je ne sais plus quel bouquin peu renseigné une « sorte de gale ». Non, c’est bien pis que ça. Si seulement ça n’était qu’une sorte de gale, les victimes de l’ergotisme s’en seraient trouvées bien.

Modes d’emploi

  • Infusion de sommités fleuries.
  • Décoction de racines.
  • Onguent, emplâtre, cataplasme (à base de feuilles).

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : l’on peut ramasser les tiges entières que l’on tronçonne ou effeuille avant séchage. Ou bien l’on cueille uniquement les feuilles sur pied, du mois de mai jusqu’au mois de septembre.
  • Les jeunes feuilles d’épilobe sont comestibles crues comme cuites ; accompagnées des fleurs, l’on peut en faite un « thé », comme cela se pratique en Russie.
  • Autres espèces : épilobe quadrangulaire (Epilobium tetragonum), épilobe des montagnes (E. montanum), épilobe des marais (E. palustre), épilobe à petites fleurs (E. parviflorum), etc.

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épilobe des marais (Epilobium palustre)

Le pyrèthre (Anacyclus pyrethrum)

Pyrèthre d’Afrique

Synonymes : pyrèthre d’Afrique, racine salivaire.

Affubler cette plante d’un nom pareil (le pire être ?) est la démonstration que l’on remarqua, avec évidence, la nature fervente de la saveur de la racine de cette plante : le pyrethron des Grecs tire en effet son nom du mot pyr (que l’on retrouve dans pyrogravure, pyrite, etc.) et qui signifie « feu » (on en comprendra la raison un peu plus loin). Voici ce que dit Dioscoride au sujet de cette plante aux feuilles fines et divisées à la manière de la carotte et du fenouil sauvage : « En lavant la bouche avec sa décoction faite dans du vinaigre, elle aide aux douleurs des dents. Mâchée, elle attire le flegme (1). Ointe avec de l’huile, elle fait transpirer, ayant vigueur sur les longs tremblements. C’est un valeureux remède aux membres infrigidés et amortis de leur opération naturelle (= paralysés) » (2). A cela, ajoutons que Galien « combattait les fièvres intermittentes en appliquant sur le corps, lors du frisson, des compresses imbibées de cette décoction » (3), et nous aurons un assez joli portrait médicinal du pyrèthre d’Afrique, que la médecine arabe utilisait alors fréquemment.

Au Moyen-Âge, on parle de pyrethrum (comme chez Macer Floridus, par exemple), puis de pertheram par transformation, enfin de bertram au XII ème siècle, tel que l’appelle Hildegarde de Bingen dans le Physica. Il est bien possible qu’il s’agisse là d’une autre espèce, le pyrèthre d’Allemagne (Anacyclus officinarum). En Allemagne, cette plante intervenait en cas de maladies pectorales et hépatiques, principalement lorsqu’elles étaient accompagnées d’algie, ce à quoi Hildegarde ajoutait les propriétés suivantes : plante dépurative du sang, digestive, clarifiante de la vue, plausiblement psychotonique. Elle la disait efficace dans les douleurs stomacales et cordiales, pour chasser les humeurs mauvaises des poumons (pleurésie) et la mauvaise haleine. « Quand on en mange, dit-elle, il fait naître de l’humidité et de la salive dans la bouche » (4). Il n’y a là aucun doute sur la question de son identification : il s’agit bien d’un pyrèthre, cette action sialagogue étant caractéristique. Quant à Macer Floridus, il donne du pyrèthre un portrait particulièrement fidèle tenant en une seule phrase : cette plante « ranime les membres engourdis, préserve le corps de tout refroidissement, et remédie aux contractions nerveuses » (5). Il repère aussi son pouvoir sudorifique et son utilité en cas de fièvre, insistant aussi sur sa haute valeur en tant que remède bucco-dentaire, profitable en cas de maux de dents, d’enflure de la langue et d’une « infinité d’autres maladies de la bouche ».

Dire du pyrèthre que c’est une astéracée de «  type marguerite » c’est aller un peu vite en besogne, alors que cette plante penche davantage du côté des camomilles : elle en possède le gabarit (30 à 45 cm de hauteur, de port plus ou moins couché) et le feuillage délicat, finement découpé, de couleur glauque. Il est vrai que les grandes fleurs capitulaires, au cœur jaune et aux ligules blanches, rappellent immanquablement la marguerite qui n’est, pourtant, qu’une astéracée parmi tant d’autres. Mais, avec la pâquerette, elle est de ces plantes qui ont pris toute la place. Pour le phytothérapeute, ce en quoi le pyrèthre est digne d’intérêt se situe en-dessous de la surface du sol : une racine pivotante, longue, épaisse, fibreuse, brun grisâtre à l’extérieur, blanchâtre à l’intérieur.
Originaire des hauts plateaux algériens, le pyrèthre a été répandu aux Proche et Moyen-Orient par la main de l’homme, où il croît, de préférence, en des terrains pauvres.

Le pyrèthre en phytothérapie

Il s’agit bien ici du pyrèthre « vrai », celui dont on utilise exclusivement les racines dont l’odeur assez fade, nauséeuse, rappelant vaguement la réglisse, ne dit rien de l’âcre et brûlante morsure de sa saveur, le tout pour au moins trois raisons : une « résine » de couleur brune, une huile fixe brun foncé et une autre huile de couleur jaune, trois substances aussi âcres les unes que les autres. Cela fait donc beaucoup d’âcreté, laquelle se localise surtout dans l’écorce de la racine, beaucoup moins dans ses parties internes. Cette racine recèle aussi des substances plus anodines telles que de l’inuline en grande quantité (jusqu’à 40 %), du tanin, de la gomme, quelques traces d’essence aromatique et un pigment de couleur jaune. Au rang des sels minéraux, mentionnons les principaux : potassium, calcium, aluminium, silice, fer, manganèse.

Propriétés thérapeutiques

  • Sialagogue puissant, tonique et excitant gingival, odontalgique
  • Sternutatoire puissant
  • Antinévralgique
  • Digestif
  • Rubéfiant
  • Sudorifique

Usages thérapeutiques

  • Affections névralgiques : paralysie de la langue, du larynx, du visage, des membres
  • Affections typiquement bucco-dentaires et de la gorge : maux de dents, rage de dents, fluxion dentaire, douleur rhumatismale dentaire, sécheresse des muqueuses buccales, engorgement des glandes salivaires, engorgement et gonflement des amygdales, fluxion muqueuse du pharynx, maux de gorge
  • Bourdonnement d’oreilles
  • Transpiration cutanée insuffisante

Modes d’emploi

  • Poudre de racine sèche mêlée à du miel ou à une matière gommeuse pour en faire des pastilles.
  • Décoction de racines.
  • Macération huileuse de racines.
  • Macération acétique de racines.
  • Teinture-mère.
  • Racine à mâcher.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : à l’automne de la première année on procède à l’arrachage des racines de pyrèthre.
  • Usage interne : Cazin recommandait de ne point user du pyrèthre à l’intérieur, alors que d’autres praticiens surent s’en trouver bien, exhortant leurs confrères dans ce sens. A haute dose, et uniquement dans ce cadre, le pyrèthre, en usage interne, provoque sensation de malaise, nausée, colique, diarrhée, maux de tête douloureux.
  • La mastication d’un morceau de racine de pyrèthre a pour but d’agir localement. Bien qu’elle produise une abondante salivation, cette racine irrite vivement les muqueuses buccales. Lors de cet exercice, on prendra soin de ne pas avaler le morceau que l’on mâche !
  • Autre espèce : le pyrèthre d’Allemagne (Anacyclus officinarum) : probablement le pyrèthre d’Hildegarde.
  • Les pyrèthres insecticides : il s’agit de deux plantes qui n’ont aucun rapport avec le pyrèthre africain. L’on distingue le pyrèthre de Dalmatie (Tanacetum cinerariifolium), plante vivace présente en Albanie ainsi que sur la côte adriatique, et le pyrèthre rose ou pyrèthre du Caucase (Tanacetum coccineum), autre plante vivace aux capitules roses. Toutes deux constituent des poudres de pyrèthre insecticides dont l’obtention passe par la cueillette puis la dessiccation des capitules floraux. Insecticides connus depuis fort longtemps par les populations indigènes propres aux aires de répartition de ces deux plantes (le pyrèthre rose est usité en Perse depuis au moins le V ème siècle avant J.-C.), ils sont d’introduction relativement récente en Europe occidentale, puisque elle ne remonte pas avant le XIX ème siècle. Pratiquement inoffensifs pour l’homme et les animaux à sang chaud, les pyrèthres insecticides sont, comme l’indique leur nom, fatals pour les insectes et es animaux à sang froid, les poissons en particulier. Plus elle est utilisée fraîchement préparée, et plus la poudre de pyrèthre est efficace. Elle le devient beaucoup moins en vieillissant, subissant les affronts de la lumière et de la chaleur. L’on dénombre au moins trois domaines d’application de cette poudre végétale :
    – médecine humaine : parasitose digestive par les vers suivants : oxyures, ascaris, ankylostomes, lamblias, trichocéphales, ténias ; parasitose cutanée (gale) ; poux et typhus exanthématique ; punaises de lit (les faire fuir) ; piqûres de moustiques (les apaiser). Le Moyen-Âge occidental, particulièrement vermineux, se serait bien trouvé de ce remède s’il avait su son existence. Parce que le ver est à l’homme médiéval ce que le pou a pu représenter pour le soldat de la guerre de 14 : une plaie et, accessoirement, un ami fidèle
    – médecine vétérinaire : parasitose digestive (helminthiase) chez le mouton ; parasitose de la trachée-artère (syngamose) chez les animaux de basse-cour, les poules notamment.
    – traitement antiparasitaire au jardin : eudémis de la vigne, ver de la grappe (cochylis), altises de la vigne et du chou, doryphores, pucerons, chenilles des arbres et arbustes fruitiers, limaces, etc.

    Pyrèthre de Dalmatie

    Pyrèthre rose

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    1. Non seulement elle attire le flegme, mais elle purifie le cerveau, ajoute Serenus Sammonicus au III ème siècle après J.-C., Nicholas Culpeper apportant des précisions au XVII ème : cette purge soulagerait le cerveau des maux de tête et de dents qui peuvent l’assaillir.
    2. Dioscoride, Materia medica, Livre III, chapitre 69.
    3. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, pp. 799-800.
    4. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 32.
    5. Macer Floridus, De viribus herbarum, p. 167.

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Le pétasite (Petasites officinalis)

Synonymes : rhubarbe des marais, pétasite vulgaire, tussilage pétasite, grand pas d’âne, grand taconnet, grand bonnet, chapelière, herbe aux teigneux, herbe à la peste, contre peste.

Durant l’Antiquité ont été associés au pétasite les noms de divinités et de médecins de grande réputation : Arès et Hermès en ce qui concerne la première catégorie, Dioscoride et Galien au sujet de la seconde. Mais cela fut pour en dire, finalement, bien peu de choses. Galien se borne à reprendre Dioscoride, lui-même tenant en quelques lignes : « Le pétasite possède une tige plus grande d’une coudée, grosse d’un doigt, de laquelle naît une feuille très grande, à la grandeur d’un chapeau, attachée à la manière d’un champignon. Cette feuille s’emplâtre avec efficacité sur les ulcères corrosifs qui mangent la chair et qui sont malaisés à résoudre » (1). Pas de quoi pavoiser comme l’on peut voir. Et sur la question de ce qui échoit aux deux dieux du panthéon grec que nous avons cités, cela n’est guère mieux : la relation du pétasite avec Hermès tient seulement en raison de la forme de la feuille de cette plante ; en effet, le mot pétasite est issu du grec petasitês, « chapeau à larges bords », qui rappelle qu’autrefois, à la campagne, les enfants s’amusaient à s’en coiffer, vue la taille phénoménale du limbe de ces feuilles. Or, le pétase c’est avant tout le chapeau avec lequel Hermès est souvent figuré dans l’iconographie qui le concerne. Maintenant, que le pétasite tienne d’Arès relève des observations d’anciens astrologues et botanistes grecs. Selon eux, cette plante est réputée garantir contre les nuisances de ceux qui nous veulent du mal, censée guérir les blessures sanglantes, permettre la victoire lors de combats, etc. De plus, « celui qui porte sur lui la fleur de la plante est envié de tous les hommes, admiré et puissant. » Il s’agit probablement d’un pétasite, mais pas celui auquel cet article est dédié, puisque l’un des textes astrologiques grecs dans lequel se trouve cette information affirme que les fleurs de cette plante sont bleu foncé, chose que la partie botanique contredira nécessairement un peu plus loin. En plus de cela, nous pouvons dire que le pétasite eut une belle réputation dans l’ancien temps : comme le montrent certains de ses noms vernaculaires, une croyance médiévale voulut faire du pétasite le remède royal contre la peste en raison de ses qualités sudorifiques ; dans le Morbihan, il était surnommé « guéritout », etc. Aujourd’hui, l’oubli dans lequel est tombé le pétasite s’illustre parfaitement par la faiblesse de la pile de livres que j’ai pu regrouper pour élaborer ce nouveau sujet.

Uni au tussilage par Linné pour d’évidentes raisons morphologiques, il ne faudrait cependant pas s’imaginer que le pétasite n’est que la version XL du tussilage.
Plante vivace à rhizomes irréguliers, horizontaux, projetant de longs rejets traçants, elle n’en est pas moins, dans ses parties souterraines, creuse et gorgée d’eau. Ces rhizomes s’apparentent, en quelque sorte, à des espèces d’éponges blanches à l’intérieur, brunes à l’extérieur. C’est une de ses caractéristiques : le pétasite fréquente assidûment les lieux humides : berges instables, rives sableuses, prairies et bois clairs frais, fossés, etc., autant en Europe qu’en Asie occidentale. Tant qu’un climat adéquat et une altitude comprise entre 0 et 1400 m lui conviennent, il demeure assez commun et forme parfois de vastes colonies.
Très tôt au printemps, apparaissent des hampes florales assez courtes, sorte de gros bourgeons turgescents, où l’on distingue, au sommet, une masse ovoïde compacte, formée d’une multitude de fleurs serrées les unes contre les autres. Puis cette tige florale va prendre de la hauteur, et les fleurs s’épanouir, blanches ou rosées, organisées en épis terminaux, surplombant de leurs écailles rougeâtres teintées de violet, de gigantesques feuilles plus ou moins cordiformes, portées par de solides pétioles en gouttière, vert frais sur le dessus, blanchâtres et cotonneuses sur le dessous, avoisinant parfois un bon mètre de longueur, ce qui, en botanique européenne, fait figure de monstre.

Le pétasite en phytothérapie

Déjà que pèse sur le tussilage le spectre des alcaloïdes pyrrolizidiniques, disons que le pétasite, bien que plus grand et visible, n’est point en faveur. Oui monsieur, je contiens de ces alcaloïdes, le pavot n’en contient-il pas d’autres ? Le pétasite est un père tranquille, il est un peu comme le séneçon, il ne comprend pas pourquoi on lui en veut, alors que, dans le même temps, il ne comprend pas que l’homme ne comprenne pas que, dans la Nature, tout est vert mais tout n’est pas rose. Parfois, il le plaint, ce grand dadais qui met ses pieds partout, jusqu’à lui, même, et où, déconfit, il se rend compte qu’il aurait dû chausser des bottes. Puis, il s’en retourne, pestant contre l’hostilité de la Nature, lançant moult imprécations, en direction de son 2 pièces/garage, à l’urbanité qui n’en a que le nom. Bon débarras. Des tocards comme ça, à la campagne, on n’en veut pas. Des fois, ils tombent dans un ravin. Oups.
Ces alcaloïdes se localisent surtout au niveau des racines, mais les feuilles en contiennent aussi une fraction. C’est peut-être cela qui communique aux parties de cette plante que nous venons d’édicter, des odeurs et saveurs particulières et contradictoires : la racine est aromatique, cela est certain, mais selon les sources, elle est âcre, amère, douce ; d’aucuns, même, lui accordent une odeur de punaise : ce n’est pas le meilleur compliment qu’on puisse faire à une fleur dont on dit qu’elle exhale une légère odeur de vanille.
Mais de ces alcaloïdes, il ne faut pas en faire toute une montagne ; ce ne sont pas quelques emplois malheureux du pétasite qui doivent faire oublier les nombreux autres principes actifs que contient encore cette plante : quelques sucres (glucose, saccharose : 1,5 %), de nombreux hydrates de carbone dont de l’inuline (6 %), de la pectine (2 %), du tanin, de la pétasine, etc. Les parties aériennes, elles, s’enorgueillissent d’accueillir en leurs chairs d’indispensables principes parmi lesquels nous trouvons : du tanin, un principe amer, de la résine, un mucilage, des substances albuminoïdes en quantité, un flavonoïde du nom d’astragaline, enfin une forte proportion de manganèse.

Propriétés thérapeutiques

  • Diurétique, sudorifique
  • Détersif, vulnéraire, résolutif, astringent
  • Antispasmodique
  • Expectorant
  • Vermifuge

Note : du rhizome, l’on extrait une huile essentielle réputée pour ses qualités anti-asthmatiques et anti-allergiques entre autres.

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère respiratoire : bronchite, catarrhe pulmonaire, enrouement, asthme, asthme humide, coryza, rhinite allergique
  • Affections cutanées : plaie, plaie de cicatrisation difficile, ulcère, ulcère de mauvaise nature, inflammation cutanée, brûlure, enflure, foulure, entorse
  • Affections gynécologiques : aménorrhée, douleurs menstruelles
  • Troubles de la sphère vésico-rénale : goutte, inflammation urinaire
  • Douleurs hépatobiliaires et gastro-intestinales
  • Maux de tête, céphalée

Modes d’emploi

  • Infusion de fleurs et de feuilles.
  • Décoction de rhizome.
  • Teinture-mère de rhizome.
  • Poudre de feuilles sèches.
  • Cataplasme de feuilles fraîches hachées.
  • Enveloppement de feuilles fraîches (en Bretagne, on appliquait la feuille, côté lisse, sur furoncle et abcès pour les faire mûrir, puis sur le côté « rugueux » pour faire « sécher » le mal).

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : les fleurs, de mars à mai (attention : même une fois coupées, les fleurs de pétasite poursuivent leur cycle végétatif ; il faut donc partir en quête de ces fleurs alors qu’elles ne sont pas encore ouvertes et les utiliser promptement). Les feuilles : dès le mois d’avril jusqu’au cœur de l’été. Le rhizome : dès septembre jusqu’en hiver. Hôte des lieux humides, le pétasite demande grande attention lors de sa dessiccation, vue l’énorme quantité d’eau contenue dans les tissus de son rhizome : pour son séchage, il faut prévoir de le sectionner en tranches assez fines, et, plutôt que de les déposer à plat sur une claie, les enfiler sans qu’aucune tranche ne touche ses voisines, sur un fil où l’air libre aura soin de les dessécher tranquillement.
  • Toxicité : les alcaloïdes pyrrolizidiniques sont hépatotoxiques, potentiellement cancérigènes, à même de provoquer des modifications génétiques. Cela s’exprime en particulier par des phénomènes d’occlusion veineuse du foie, de modification des enzymes hépatiques, de cirrhose et de cancer du foie. Surtout présents dans les racines, ces alcaloïdes exposent leur toxicité en particulier par le biais d’un usage chronique de la plante d’où la nécessité de procéder par de courtes cures. C’est la non observance de ces précautions qui présente le plus de risque (un nouveau né est décédé cinq jours après sa naissance en Suisse il y a une trentaine d’années parce que la mère avait pris l’habitude, durant sa grossesse, de consommer journellement une infusion dans laquelle on a décelé de la racine de pétasite). Généralement, les symptômes d’intoxication sont les suivants : « Une fatigue inhabituelle, un état de faiblesse ou un manque d’appétit, lié à une perte de poids involontaire, une coloration jaune de la peau ou de la conjonctivite oculaire, des urines foncées ou des selles décolorées peuvent être l’indice d’une lésion hépatique » (2).
  • Autres espèces : un pétasite méditerranéen, Petasites fragrans, et un autre, alpin, Petasites albus.
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    1. Dioscoride, Materia medica, Livre IV, chapitre 93.
    2. Kurt Hostettmann, Tout savoir sur les poisons naturels, p. 30.

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L’aulne (Alnus glutinosa)

Synonymes : aune, aunet, anois, verne, vergne, bouleau vergne.

« D’où viennent ces noms d’Alnus et d’Aulne ? », interrogeait Fournier dans les années 1940 avant de conclure à son ignorance (1). Thierry Thévenin lui répond, une soixantaine d’années plus tard, qu’ils ont un rapport avec les lieux de vie privilégiés de l’aulne, se situant en bordure d’eau. Il est, par ailleurs, bien difficile d’asseoir avec certitude cette hypothèse, sachant que durant l’Antiquité gréco-romaine, l’aulne semble avoir joui du privilège de l’invisibilité, et qu’il était mieux connu des ennemis des Romains, à savoir Celtes et Germains, qui ont, semble-t-il, eu davantage d’influence linguistique sur cet arbre. Par exemple, la forte présence de l’aulne dans le Massif central explique le nom donné aux Arvernes, dont on connaît l’un d’eux, fort célèbre, Vercingétorix, appartenant à l’une des nombreuses tribus peuplant la Gaule au temps de Jules César, sur un territoire s’étendant aux départements actuels du Cantal, du Puy-de-Dôme, de l’Allier et de la Haute Loire. De leur nom découle celui de l’Auvergne. Pourtant, l’aulne ne semble pas totalement inconnu du monde gréco-romain. Par exemple, au III ème siècle après J.-C., Serenus Sammonicus, médecin romain, mentionne l’aulne dans ses Préceptes médicaux, en particulier dans une recette censée soigner les affections de la rate : « Le liber, arraché, sans le secours du fer, à un aune que la cognée du bûcheron n’a jamais touché, donne une boisson singulièrement efficace, mais il faut avoir soin de la faire bouillir jusqu’à ce que l’eau soit réduite au tiers » (2). Plus loin, il propose une autre recette composée de cendres d’aulne mêlées à du miel puis appliquées sur les ulcères et « les plaies dont l’origine est douteuse » (3). Du côté des Grecs, dans l’Odyssée d’Homère, ne sont-ce point des aulnes qui poussent alentour l’antre de Calypso que Victor Bérard localise sur la pointe nord du Maroc, faisant face à l’Espagne ? Un peu plus loin, le même Homère nous dit que ce sont dans de vieux aulnes qu’Ulysse trouva le bois nécessaire à la construction du radeau qui allait le mener à d’autres rivages. L’aulne aide-t-il alors Ulysse dans sa quête, lui qui est d’essence aquatique ? C’est l’une de ses signatures, et si l’aulne est commandé par Vénus, c’est en raison de son lien très étroit entretenu avec l’élément liquide. Et il n’est qu’à considérer ses principales indications thérapeutiques (qui le rapprochent du saule blanc et de la reine-des-prés) pour mieux comprendre cette relation. L’aulne, de même que le frêne et l’orme, est non seulement une espèce pionnière, mais également préparatrice de terrain pour des essences appréciant l’humus par-dessus tout (le hêtre et le chêne). Son accointance avec l’eau se mesure ainsi : le bois d’aulne, exposé à l’air libre, tend à pourrir rapidement, alors qu’une fois trempé dans l’eau, il devient quasiment indestructible. Cela explique pourquoi il fut souvent usité comme bois de construction des pilotis et des piles de ponts : il a ainsi participé à l’édification des anciens ponts londoniens et vénitiens, et Venise, de même que certaines villes hollandaises, reposent essentiellement sur des troncs d’aulne sous-marins. Cette pratique architecturale était déjà connue du temps de Pline qui fit la remarque que ces troncs étaient d’une éternelle durée, ou, à tout le moins la conservation sub-aquatique des troncs d’aulne est assurée pendant plusieurs siècles sans altération. Cette propriété fut étendue à la construction des tonneaux, des conduites d’eau, etc. Par rapport à son milieu, l’aulne fixe avantageusement les berges des cours d’eau, enrichit le sol en azote, régule les pics de pollution aux nitrates. Cazin ajoute que l’on « devrait le multiplier dans les marais fangeux, qu’il dessèche et assainit » (4) à la manière de l’eucalyptus. Il montre, là encore, sa grande relation avec l’élément liquide dont il semble être l’un des gardiens.

L’invisible et inquiétant empire des eaux… véhicule des émotions parfois fort angoissantes. C’est pourquoi, selon Michel Tournier, auteur du Roi des aulnes, « l’aulne est l’arbre noir et maléfique des eaux mortes, de même que le saule est l’arbre vert et bénéfique des eaux vives », roman tirant son nom d’un poème de Goethe qui s’intitule de même et commençant ainsi :

Qui chevauche si tard à travers la nuit et le vent ?
C’est le père avec son enfant.
Il porte l’enfant dans ses bras,
Il le tient ferme, il le réchauffe.

« Mon fils, pourquoi cette peur, pourquoi te cacher ainsi le visage ?
Père, ne vois-tu pas le roi des Aulnes,
Le roi des Aulnes, avec sa couronne et ses longs cheveux ?
– Mon fils, c’est un brouillard qui traîne. »

L’ambiance communiquée par ce poème est on ne peut plus glauque. Il se conclue, du reste, par la mort de l’enfant, qui provient sans qu’on comprenne vraiment pourquoi et comment. Ce n’est pas une fantaisie isolée. Angelo de Gubernatis confirme le rôle funéraire de l’aulne dans le légendaire germanique, un arbre qui, dit-on, pleure des gouttes de sang s’il sait qu’on souhaite l’abattre. Gubernatis ajoute même qu’il a valeur anthropogonique en se basant sur une vieille légende tyrolienne dont voici la trame pour le moins bizarre : « Un garçon va se percher sur un arbre et regarde d’en haut ce que font en bas les sorcières ; elles mettent en pièce un cadavre de femme, et jettent les morceaux en l’air ; le garçon attrape une côte et la garde auprès de soi. Les sorcières comptent ensuite les morceaux, elles trouvent qu’il en manque un et le remplace par un morceau d’aune, alors le mort revient à la vie » (5). Tout cela suscite bien des pourquoi, n’est-ce pas ?

L’aulne donne le vertige, par le biais de son histoire bien plus ancienne qu’il n’y paraît au premier coup d’œil. Il est l’un des treize arbres constituant le calendrier celtique et, de plus, prend place au sein de l’alphabet oghamique, représenté par le glyphe Fearn dont la puissance dans les actions magiques n’est plus à redire, faisant de l’aulne un arbre respectable et craint, pouvant porter malheur si jamais l’on abattait à la hache l’un de ses sujets sacrés. L’aulne nous fait aussi remonter au temps du premier homme de la mythologie grecque, Phoronée, fils du dieu fleuve Inachos et de la nymphe du frêne Mélia, Phoronée, héros oraculaire, incarnant l’esprit de l’aulne.
Comme, en définitive, bien des arbres, l’aulne draine derrière lui une mauvaise réputation : c’est ce que l’on dirait, craignant la nuit et les forces mystérieuses qui s’y agitent. C’est ce qui transparaît un peu dans l’avis que donne Hildegarde à son propos : « Il est image de l’inutile et ne sert pas à grand-chose en médecine » (6). Seules des applications de feuilles fraîches d’aulne sur les ulcères et en cas d’yeux larmoyants trouvent grâce aux yeux de l’abbesse, ce à quoi Nicolas Lémery ajoute qu’il va jusqu’à les broyer et à la placer sur les tumeurs, poussant l’audace à envisager un usage interne comme astringent dans les maux de gorge.

Ce très grand arbre (jusqu’à 30 m), très commun surtout en zones humides (fossés, grèves et graviers humides, bordures de cours d’eau et d’étang), vient également bien dans des terrains qui ne le sont pas forcément. Pionnier à vie courte (un siècle), l’aulne au tronc svelte, à l’écorce rugueuse à gercée, de couleur gris clair à brun olivâtre, porte des branches glanduleuses, caractéristique de leur jeunesse. Ces rameaux deviennent réclinés par la suite. Au mois de février, apparaît la floraison de l’aulne qui prend deux formes selon qu’on a affaire à des chatons mâles ou femelles. Les premiers se composent de bractées rougeâtres, les seconds sont facilement reconnaissables, verts, trapus et ovoïdes, s’écartelant comme de petites pommes de pin avec l’âge, prenant alors une teinte brune. Les feuilles n’émergent qu’à la suite de la floraison vernale de l’aulne : toutes jeunes, les feuilles de cet arbre sont visqueuses et perdent cette particularité en vieillissant, devenant glabres. Elles n’en demeurent pas moins dentées, orbiculaires et vert foncé.
L’aulne est un arbre endémique à l’Europe, à l’Asie occidentale et à l’Afrique du Nord. Il ne grimpe pas au-delà de 1000 m d’altitude.

L’aulne en phytothérapie

L’aulne est-il un arbre qui a de la chance ? Sur la question de savoir de quoi il est fait, pas vraiment, l’on en sait davantage au sujet de l’un de ses cousins, le bouleau. Dire que l’aulne contient du tanin est assez facile en soi, ainsi l’on parvient à ne pas se tromper, le tanin étant présent dans une foule de végétaux. Cependant, dans l’aulne (son écorce précisément), il s’en trouve entre 10 et 20 %, ce qui n’a rien d’anodin. Puis viennent des glucosides, des composés phénoliques connus sous le nom de lignagnes, enfin une substance laxative et purgative, contenue également par le nerprun et la rhubarbe : l’émodine.
De l’aulne glutineux l’on emploie d’une part les feuilles, d’autres part l’écorce des jeunes rameaux.

Propriétés thérapeutiques

  • Feuille : sudorifique, diurétique, vermifuge, antigalactogène, dépurative, antiscrofuleuse
  • Écorce : tonique, astringente, cicatrisante, détersive, fébrifuge, anti-inflammatoire (diminue l’inflammation des tissus et des muqueuses)

Usages thérapeutiques

  • Feuille : rhumatismes, paralysie, tarir la montée de lait, engorgement laiteux, douleurs mammaires
  • Écorce : fièvre, fièvre intermittente (à l’égal du chêne ; on doublait autrefois les doses ce qui permettait d’obtenir, disait-on, un breuvage équivalent au quinquina ; Cazin suggère d’y ajouter d’autres fébrifuges comme la grande gentiane jaune, la petite centaurée…), affection de la bouche, de la gorge et des dents (inflammation et déchaussement gingival, engorgement gingival, maux de dents, inflammation de la gorge, angine, pharyngite, amygdalite chronique, ulcération buccale, aphte), ulcère variqueux et atonique, leucorrhée, hémorragie (interne ou externe), blessure, mal aux pieds, goutte, entretien des cheveux

Note : en gemmothérapie, l’aulne glutineux traite autant les affections circulatoires, inflammatoires que neurologiques.

Modes d’emploi

  • Infusion de feuilles.
  • Décoction concentrée d’écorce (pour bain, lotion, gargarisme).
  • Poudre d’écorce mêlée à du miel (voie orale).
  • Teinture-mère.
  • Application de feuilles fraîches (sur les yeux en cas d’affections oculaires).
  • « Cataplasmes de feuilles hachées, exposées préalablement à la chaleur du feu sur une plaque métallique, jusqu’à exsudation d’un liquide, et appliquées chaudes deux à trois fois par jour » (7).
  • Litière de feuilles d’aulne : il s’agit de feuilles chauffées sur lesquelles on allonge les rhumatisants, que l’on couvre tout d’abord d’une autre couche de ces mêmes feuilles, puis d’une couverture. En Bretagne, l’on se servait de sac de feuilles d’aulne en cas d’affections locomotrices également.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : l’écorce avant la montée de sève, soit entre février et avril selon les régions, les feuilles en juin. Le séchage, tant des feuilles que de l’écorce, est facile et ne pose pas de problème particulier.
  • Que le bois de l’aulne soit recherché par les sculpteurs, les tourneurs et les sabotiers semble dans la logique des choses, mais qu’il en ait été de même des verriers, des pâtissiers et des boulangers peut surprendre. A cela, Cazin apporte quelque explication : « il brûle parfaitement et donne une flamme claire » (8). C’est, semble-t-il, la régularité de la combustion de son bois qui était recherchée par ces divers corps de métiers. Comme bois d’œuvre, il a tout l’air d’être une matière agréable à travailler : « Fraîchement coupé, l’aune a une teinte rougeâtre qui s’éclaircit et s’efface en peu de temps. Lorsqu’il est sec, il prend une couleur d’un rose très pâle tirant sur le jaune. Il a le grain fin, homogène, et conserve parfaitement la couleur d’ébène qu’on lui donne » (9). L’écorce, riche en tanin, fut employée dans le tannage des peaux, ainsi que pour obtenir des matières tinctoriales grises à noires. Les bourgeons offrent une couleur de teinte cannelle.
  • Il existe, au sujet de l’aulne, une propriété fort étonnante consistant en ceci : autrefois, on plaçait une branche d’aulne munie de ses feuilles dans les poulaillers et les pigeonniers. Le lendemain, retrouvée couverte de vermine, on y mettait le feu. L’aulne débarrasse donc de cette manière poules et pigeons de leurs parasites. C’est, ma foi, fort intéressant.
  • Confusion : la bourdaine (Rhamnus frangula) est parfois surnommée aulne noir.
  • Autres espèces : aulne gris ou aulne des montagnes (Alnus incana), aulne à feuilles en cœur (Alnus cordata), aunâtre (Alnus viridis).
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    1. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 131.
    2. Serenus Sammonicus, Préceptes médicaux, p. 32.
    3. Ibidem, p. 66.
    4. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 100.
    5. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, p. 30.
    6. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 176.
    7. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 132.
    8. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 100.
    9. Ibidem.

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L’huile essentielle de pin sylvestre (Pinus sylvestris)

Synonymes : pin sauvage, pin commun, pin d’Auvergne, pin des Vosges, pin de Hagueneau, pin de Genève, pin de Russie, pin d’Écosse (= scots pine en anglais), pinéastre, pinastre.

Le pin sylvestre est un arbre de taille et de forme variables en fonction du climat et de la nature du sol dans lequel s’enfonce sa racine pivotante. Au grand maximum, il culmine à près de 35 m et porte généralement une couronne arrondie ou aplatie que l’on appelle le houppier. De loin, le tronc paraît rougeâtre, les aiguilles bleuâtres. Approchons-nous. Du bout des doigts, touchons l’écorce. Rugueuse et écailleuse, elle présente en effet une jolie couleur brun rougeâtre caractéristique. Levons les yeux. Là-haut, le tronc est bien plus orangé. Les rameaux, dont l’écorce est verte quand l’arbre est tout jeune, passent au rouille puis au gris lorsque nous avons affaire à un vieux sujet. Et, partout, torsadées et piquantes, une myriade de paires de courtes aiguilles (4 à 8 cm) migrant du bleu vert au vert sombre avec l’âge.
Si nous sommes à la fin du printemps, nous aurons l’opportunité de voir réunis sur le même arbre des chatons mâles de couleur jaune « ramassés en grappes terminales, dont le pollen est si abondant qu’il se répand parfois au loin, porté par les vents, ce qui fait croire à des pluies de soufre » (1) et des petits cônes femelles, futures pommes de pin, de couleur rougeâtre. Bien plus tard, si nous revenons auprès du même arbre, outre le sol forestier jonché d’aiguilles brunies et de cônes écartelés, parfois en phase de pourriture, secrètement dévorés par les invisibles animaux de la terre, il est fort probable que nous recevions une pomme de pin détachée de l’arbre sur la tête. Ploc ! Alors, si elle nous apparaît brune et écailleuse, d’assez modeste format, sur l’arbre, elle aura d’abord été verte aux écailles serrées, de forme conique.

Le pin sylvestre est un arbre très répandu. Face à l’un de ses sujets, nous pouvons nous situer aussi bien en Europe qu’en Asie septentrionale, tant en plaine qu’en région montagneuse (2300 m d’altitude maximum), sur des sols rudes et sablonneux, généralement peu irrigués, tels que landes et rochers, alluvions et pelouses sèches. Il s’adapte et s’enracine particulièrement bien, c’est pourquoi « il vient dans tous les plus mauvais terrains, et on peut le cultiver dans les lieux qui semblaient être condamnés à une aridité éternelle » (2). Malgré tout, les sols trop compacts, trop denses, trop étouffants, ne lui conviennent pas et, si d’aventure il venait à germer dans des substrats de ce type, il resterait plus ou moins rabougri. Bien qu’il ne lui faille que très peu d’eau et de matières premières, il est un aspect indispensable qui réside dans la luminosité. Comme l’avait déjà fait remarquer Théophraste au IV ème siècle avant J.-C., « le pin, qui vient particulièrement beau et grand aux endroits bien exposés, ne vient pas du tout à l’ombre ». Entre autres prouesses, le pin sylvestre est tout à fait capable de jouer le rôle de pionnier sur les terrains incendiés – traumatisés pourrait-on dire – terrains sur lesquels d’autres essences (pensons aux hêtres, aux chênes et aux épicéas) renâcleraient à l’idée de s’y installer. De plus, son statut d’ancêtre au regard d’arbres apparus plus tardivement, ainsi que sa longévité non négligeable, bien qu’elle ne soit en rien comparable à celle de Mathusalem (3), font du pin sylvestre un arbre costaud et solide qui, malgré cela, ne repousse jamais quand on le coupe, ne produisant ni rejet ni drageon, talon d’Achille qui trouvera toute sa valeur au sein de la mythologie grecque et qu’il nous faudra nécessairement aborder à travers au moins un de ses épisodes.

En tous les cas, nous pouvons assurer qu’une observation minutieuse du pin sylvestre au fil du temps aura fait que l’homme lui a accordé différentes symboliques, dont les principales résident dans l’immortalité et la longévité, deux aspects entremêlés qui s’expliquent bien davantage que par le seul caractère semper virens de cet arbre.
Qu’en Grèce antique l’on ait expressément interdit de toucher à la moindre aiguille des pins sacrés en dit long sur le pieu respect qu’avaient les contemporains d’Hippocrate au sujet de ces créatures végétales qu’au Japon l’on croit habités par des divinités, les kami, qui investissent, lors des festivités du nouvel an, les pins que l’on place de part et d’autre de la porte d’entrée des habitations. Ainsi, ces pins abritant les kamis sont-ils censés prodiguer leurs bienfaits durant l’année à venir, appréciant, dit-on, le vert feuillage de ces conifères. C’est d’ailleurs en raison de ces symboliques de puissance vitale et de bon augure qu’au Japon les temples shintoïstes et les instruments rituels sont fabriqués en bois de pin. Outre son feuillage constamment vert, le pin se distingue par sa « sueur », c’est-à-dire sa résine qui possède la particularité d’être imputrescible, d’où la valeur d’immortalité qu’on a concédée au pin : les taoïstes en mangeaient les graines, les aiguilles et la résine afin de rendre plus légère leur enveloppe charnelle, ce qui est d’une remarquable pertinence sachant l’accointance du pin avec l’élément aérien. En Chine, le pin s’organise en triades, d’une part avec le bambou et le prunier, d’autre part avec la grue et le champignon, témoignant chacune de cette puissance vitale, manifestée encore davantage par le champignon merveilleux naissant de la sève d’un pin s’étant écoulée jusque dans le sol.
Lorsqu’ils vont par paires, comme c’est le cas des pins japonais qui encadrent les portes d’entrée, sont impliquées également des symboles de fidélité et d’amour, ce qui fait que le pin apparaît souvent dans les rites matrimoniaux, ornant le front des divinités de la Nature telles que les faunes et les sylvains, sans oublier le dieu Pan. Ce sont aussi des symboliques que l’on retrouve à travers la pomme de pin qui exprime la fécondité puisqu’elle est portée par un arbre issu de la métamorphose d’une nymphe aimée du dieu Pan (et qu’il tente de violer par la même occasion… Le masculin qui tente de l’emporter sur le féminin ne date pas d’hier).
Afin de nuancer la vision qu’eurent certains chrétiens au sujet de la pomme de pin, l’on tenta, sans grande efficacité, de faire de la pomme de pin non ouverte, c’est-à-dire encore verte et conique, un symbole de la Vierge Marie. Et là, j’ai envie de demander : pourquoi ? Est-ce tout à fait judicieux et pertinent ? Celui qui a inventé un truc pareil n’est-il pas tout bonnement à côté de la plaque ? N’eut-il pas été plus intelligent de considérer, en la pomme de pin bien mûre, une image de la Vierge, ouvrant ses écailles comme autant de mains tendues, distribuant comme un don de Dieu les riches pignons du pin ? Voyez, moi qui ne suis pas même chrétien, je parviens à sortir un truc qui tient la route. Mais non, pourra-t-on me répondre, parce que les pignons sont par trop sulfureux pour ne s’approcher de la Vierge ne serait-ce que d’un seul centimètre. De plus, outre leur valeur « testiculo-aphrodisiaque » dont la réputation n’a pas été scientifiquement établie, les pignons demeurent avant tout un avatar de la Déesse-Mère antérieure au christianisme, Cybèle. « Fille du ciel, épouse de Saturne, mère de Jupiter (4), de Junon, de Neptune, de Pluton, Cybèle symbolise l’énergie enfermée dans la terre » (5). Ainsi, les pignons ne peuvent s’appliquer, en la circonstance, au culte marial, parce qu’en effaçant les pignons, on arase l’ancien culte païen dédié à Cybèle, la volonté de destruction du paganisme par le christianisme passant par l’éradication du symbole et de ce qui le véhicule. C’est cela qui mena saint Martin de Tours (316-397), évangélisateur de la Gaule au IV ème siècle, à l’abattage d’un pin sacré adoré par les païens, près d’Autun en Bourgogne. Au même siècle, l’empereur romain Constantin (272-337) érigea sur le mont Vatican une toute première basilique consacrée à saint Pierre en lieu et place des fêtes données en l’honneur de Cybèle et d’Attis, dont nous allons bientôt discuter. Bien évidemment, pour Martin le Miséricordieux, le pin était d’essence diabolique puisque n’appartenant pas à son propre camp. Pourtant, partout où il l’a pu, le christianisme a cherché à faire sien le pin, avec une réussite certaine si l’on en juge par les quelques éléments que j’ai pu glaner et qui vont dans ce sens : tout d’abord, au Vatican, l’on croise une curieuse statue qui évoque beaucoup, d’un point de vue formel, une pomme de pin lorsqu’elle est encore verte : la Pigne. Haute de quatre mètres, cette statue de bronze, découverte au Moyen-Âge, a été installée en 1608 à son emplacement actuel. La ville bavaroise d’Augsbourg, placée sous le patronage de sainte Afre, possède comme enseigne une pomme de pin toujours visible sur les armoiries de la cité. Mentionnons aussi la légende du clocher de l’église d’Ahorn qu’une vilaine sorcière cherchait à faire plier afin de le jeter à bas : un héros, ici forcément solaire, tend une corde entre le clocher et un pin, et évite qu’il ne s’écroule, non sans avoir accompagné son geste d’incantations magiques. Qu’avons-nous donc encore ? A Krain, vers l’an 1300, une statue de la Vierge Marie, nichée dans le tronc d’un pin, un des nombreux exemples typiques de christianisation de lieux de culte païens, se fit entendre. Peut-être est-ce encore elle que relate un chant populaire serbe où le héros découvre sous l’écorce d’un pin l’image d’une jeune fille qui brille comme un soleil, chose qui a été comprise dans ce sens même de l’autre côté de l’océan Atlantique par certaines tribus amérindiennes pour qui le pin est clairement une image du soleil. Lui qui, comme nous l’avons souligné beaucoup plus haut, n’apprécie pas l’obscurité et le trop plein d’ombre qui le rendent chétif et malingre, est indubitablement un arbre solaire, tout conifère qu’il soit. C’est donc, nous l’avons dit, un arbre, non seulement lumineux, mais heureux, nuptial et anthropogonique. Après moult ellipses, c’est vers ce dernier aspect que nous nous dirigeons désormais ; pour ce faire, rappelons donc auprès de nous la divine Cybèle, cette chthonienne que d’aucuns ont voulu faire passer pour un caillou, ce qui n’est pas tout à fait exact, faisant partie des divinités évhémérisées. Cybèle, donc, est présentée comme la mère d’Attis, une figure mythologique qui rappelle beaucoup Adonis (mais n’asseyons pas trop de monde sur la même banquette, sans quoi on va finir par ne plus s’en sortir). Nous ne gloserons pas pendant 107 ans pour savoir si le pin d’Attis était le pin parasol ou un autre. Alors, Pitys ou Peuké, qu’importe ! C’est du détail, du chipotage d’académiciens. Nous le savons, la mythologie, quelle qu’elle soit, est souvent peu claire parce que l’on brode sur le même motif durant des siècles ; au passage, des éléments se perdent, d’autres sont ajoutés, une valeur initiale se retrouve diamétralement opposée en vertu des siècles qui passent et de la personnalité de l’auteur qui s’attelle à la tâche ardue de réécrire l’œuvre en question, etc. Tout ceci explique, entre autres, cette sensation de fouillis que l’on peut avoir, nous faisant reconnaître à coup sûr qu’une chatte n’y retrouverait pas ses petits. Ceci dit, après quelques maux de tête bien carabinés, je pense que nous pouvons y aller : je suis votre nautonier, vous n’avez donc rien à craindre. C’est avec Cybèle évhémérisée que tout débute. Plus phrygienne que grecque au départ, Cybèle donne naissance à Attis. Mais la relation est trouble entre eux. L’on parle d’inceste, du moins d’une tentative dans ce sens. Ce qui expliquerait que Cybèle se soit réfugiée dans un pin comme demeure. Mais dans cette fraction du mythe, ce n’est pas exactement cela qu’on retient, bien que d’Attis à Cybèle l’on ait souvent évoqué l’inceste. A quel point Cybèle se confond-elle en Attis quand il a été dit que ce dernier était hermaphrodite, qu’en quelque sorte Cybèle se serait sanctuarisée au sein du corps d’Attis ? Or, pour éviter cet inceste, Attis est castré/émasculé, son sang s’échappe tant de ses blessures qu’il en meurt. Pour mieux renaître il devient pin. Parfois l’on dit que c’est le cas de Cybèle, mais ils s’entortillent tant tous les deux qu’on est tenté de penser qu’Attis/Cybèle sont deux faces d’un même objet divin. Du sang écoulé de la verge d’Attis naissent des violettes, fleurs du mois de mars toutes drapées de pruderie, bien timides et non choisies au hasard. Selon certains commentateurs, tout cela se déroule auprès d’un pin ; l’émasculation d’Attis m’apparaît clairement dans le sens où il ne faut pas que son membre repousse, sinon il acquiert, de nouveau, son hermaphrodisme. Et, souvenez-vous en, lorsqu’on coupe un pin, il ne rejette pas contrairement à d’autres arbres comme le robinier par exemple. L’observation précise de la Nature a été profitable aux Anciens qui ont exploité cette particularité pour mieux l’appliquer à Attis et à en faire « parler » le mythe.
Un culte dédié à Cybèle et à Attis fut donc instauré en Rome antique, à travers les fêtes du pin sacré qui prenaient place durant le mois où éclosent les violettes et où les pins semblent habités d’une sorte de torpeur alors que, partout autour d’eux, les autres arbres bruissent de bourgeons et de feuilles. Englobant l’équinoxe printanier, ces festivités s’étalaient du 15 au 27 mars. Parmi elles, distinguons la procession d’un pin enveloppé de bandelettes et orné de violettes, figurant Attis mort. « Le lendemain était un jour de tristesse où les fidèles jeûnaient et se lamentaient auprès du corps du dieu… Veillée mystérieuse… résurrection attendue… On passait alors brusquement des cris de désespoir à une jubilation délirante… Avec le renouveau de la nature, Attis s’éveillait de son long sommeil de mort et, en des réjouissances déréglées, des mascarades pétulantes, des banquets plantureux, on donnait libre court à la joie provoquée par son retour à la vie » (6). Pour en savoir davantage sur les fêtes du pin sacré, se référer à l’ouvrage de Jacques Brosse, Mythologie des arbres, en particulier les pages 169-179.
Ces cérémonies prennent donc place au sein d’une cosmogonie sensée et pensée, et réaffirment le rôle solaire du pin s’il était besoin. Ajoutons néanmoins que le pin, en Suède, intervenait à l’époque du solstice d’été sous la forme d’un mât de mai, prenant le plus souvent l’apparence d’une branche de pin ornée de rubans et décorée d’objets divers.

S’il est une autre figure mythologique à laquelle le pin est associé, c’est, avec évidence, Dionysos, qu’on dit, tout comme Attis d’ailleurs, également issu d’une origine phrygienne. Les hommes, voyageant, emportent dans leurs besaces des divinités qui se modifient nécessairement à travers le temps et l’espace. On trouve, par exemple, à Delphes, le culte d’un pin consacré à Dionysos. Mais plus que le pin, c’est surtout la pomme de pin qu’on met plus régulièrement en relation avec Dionysos, celle-là même qui ponctue le thyrse qu’il tient en main, autrement dit cette longue tige de férule commune, une plante de la famille des Apiacées assez proche du fenouil, au bout de laquelle était enchâssée une pomme de pin, thyrse attribut d’autres divinités telles que Thor, Adonis, Danu, Osiris et, bien entendu, également présent chez le pendant romain du dieu Dionysos : Bacchus. Si l’on explore davantage ce domaine, l’on peut remarquer que la pomme de pin contient en elle-même des symboliques très semblables au pin : fécondité, puissance vitale, permanence de la vie végétative et animale. Elle fait donc de Dionysos une divinité très proche d’Attis : « les orphiques vouaient à Dionysos un culte à mystère, selon lequel le dieu mourait dévoré par les Titans, puis ressuscitait : symbole de l’éternel retour de la végétation, et en général de la vie » (7). Et d’ailleurs, des végétaux communément présentés comme des emblèmes de Dionysos sont assez fréquemment mêlés au pin. Citons pour l’exemple un chant populaire roumain qui « nous apprend que deux amoureux morts d’amour et ensevelis dans le même cimetière furent changés l’un en pin, l’autre en vigne » (8). Le lierre est, lui aussi, concerné par cette jonction avec le pin car, au printemps, il projette une incommensurable quantité de pollen, soulignant le mouvement de la vie qui s’éparpille et s’immisce partout. L’on retrouve encore une fois l’association pin/vigne à travers une pratique relayée par François Lenormant que cite Angelo de Gubernatis : il est possible que l’attribution de la pomme de pin à Dionysos est « venue simplement […] de l’usage conservé par les Grecs modernes de faire infuser des pommes de pin dans les cuvées pour conserver le vin par le moyen de la résine » (9). Hypothèse intéressante mais qui ne doit pas nous amener à réduire Dionysos au seul univers bacchique, il est bien davantage que cela, car la pomme de pin « ajoute cette nuance : une sorte de supériorité du dieu sur la nature considérée dans ses forces élémentaires et enivrantes » (10). Enivrantes. Le mot est bien choisi, non seulement parce qu’il fait référence, sans allusion aucune, à Dionysos, mais parce qu’il souligne un fait évident : considérons une pomme de pin, brune et toutes écailles écartelées. Retournons-la de telle manière qu’elle nous montre sa queue (tout est sexuel dans le pin et sa pomme). Observons la manière dont s’agencent les écailles. Que voyons-nous se dessiner ? Une spirale. Un symbole de développement cyclique. En effet, en elle, il y a émanation, évolution, rotation créationnelle. Comme au sein d’un labyrinthe, la spirale évolue à partir d’un centre, l’involution étant, elle, marquée par le retour au centre, sans doute parce que le parallélisme pomme de pin/spirale évoque la cyclicité du rythme vie/mort à l’infini et met en exergue l’impermanence dans la permanence, l’équilibre dans le déséquilibre. Ce qui assoie encore davantage la puissance symbolique génésique du pin, c’est le pignon (ou pigne). L’on connaît l’expression « avoir pignon sur rue » qui, si elle évoque un autre style de pignon, signale néanmoins l’aisance et la prodigalité. Pline, il y a 2000 ans, faisait déjà remarquer à quel point le pin était avide de se prodiguer lui-même par le biais de ses pignons, signalant qu’à l’instar de la pistache il était apte à conjurer l’action du venin des serpents. Incarnant la vie profuse, le pignon se devait d’être un antidote des plus sûrs. Pline ajoute encore que l’importance du pignon était telle qu’en Piémont on les faisait cuire dans du miel afin d’en assurer la conservation, alors qu’ailleurs, après que la récolte ait été entourée de grands soins, on conservait les pignons dans des vases d’argile emplis de terre. Signalons au passage que le pignon représente une provende non négligeable depuis les temps préhistoriques et que, lorsqu’elle est bien assurée, sa conservation vernale permet de voir venir d’une année à l’autre, chose toujours agréable lorsque, sur les territoires qu’on occupe, ne vient pas le noisetier dont le fruit s’approche quelque peu du pignon par son goût.
Comme nous l’avons dit plus haut, le pignon, de par sa qualité échauffante, est repéré comme tel dans L’art d’aimer d’Ovide. Puisque nous parlons d’amour, rendons-nous auprès de Viviane et de Merlin, non loin du pin de la fontaine de Barenton : semblable à un chaman sibérien qui procède à l’ascension des bouleaux, Merlin escalade un pin jusqu’à sa cime. Il « atteint la connaissance suprême, et c’est là que désormais il réside, car la ‘Maison de Verre’ n’est autre que le sommet de l’arbre vert » (11). Dans ce houppier, Merlin acquiert la totalité des pouvoirs (voyance, métamorphose animale, compréhension des langages animaux et végétaux, médecine, ubiquité, etc.). « Tous ces pouvoirs, ajoute Jacques Brosse, ce sont ceux que la tradition littéraire irlandaise et galloise attribue aux druides, ceux aussi que s’attribuent les chamans sibériens » (12). Et c’est probablement ici que nous arrivons à l’étape la plus savoureuse de cet article, résidant dans l’articulation entre le pin et le bouleau, justifiant une métaphore, celle dite du pin et du bouleau, dont je me sers assez souvent pour faire comprendre à mon auditoire ce qui anime les rapports humains. Dans la nature, il existe une interdépendance entre le pin et le bouleau. Ce dernier, ayant une vie végétative plus exubérante à la belle saison, seconde le pin qui, au même moment, est un peu à la peine. Et le phénomène s’inverse durant la morne saison, c’est le pin qui vient au secours du bouleau, pourvoyant à une partie de ses besoins par des échanges interacinaires. Et il en va de même des êtres humains : nous sommes tour à tour pin ou bouleau, aidants et aidés, ce qui est acceptable puisque nous pouvons occuper ces deux statuts dans le même temps. Le risque, parfois, consiste à vouloir s’enfermer dans l’une ou l’autre catégorie, ce qui mène à bien des névroses…

En 1534, l’explorateur Jacques Cartier apprend de la bouche des tribus autochtones canadiennes la valeur antiscorbutique des aiguilles de pin, chose qui ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd, tout navigateur du XVI ème siècle ayant été, à un moment ou à un autre, confronté à cette carence en vitamine C. L’importance des aiguilles pour les populations septentrionales, par un apport conséquent d’acide ascorbique, se rencontre également en Sibérie, où les chamans usaient tant des aiguilles que des pommes de pin en infusion et décoction édulcorées avec du miel.
Du côté de l’Antiquité gréco-romaine, l’on n’est pas en reste non plus, l’on reconnaît à des territoires lointains comme l’Arabie et la Perse la qualité des résines qui en proviennent. C’est ce qu’indiquaient Diodore de Sicile et Athénée dans leurs écrits, tandis que Théophraste avait parfaitement connaissance des larmes que forme le pin avec sa résine, évoquant aussi l’incision des écorces de pin en vue d’en obtenir l’écoulement artificiel du flux térébenthiné qu’elles dissimulent. Et il s’agit non seulement de se procurer de la résine de pin pour en faire un usage en guise de parfum, mais c’est aussi l’occasion d’envisager la résine de pin comme substance médicinale, et à cela, on ne s’est pas trompé : il y a environ 2500 ans, cette résine s’employait déjà pour lutter contre un certain nombre d’affections respiratoires (pneumonie, maux de gorge, etc.). C’était encore en ces temps où la magie s’entremêlait à la médecine, et Gubernatis rapporte une information intéressante en ce sens : « Une inscription votive trouvée dans le temple de ce dieu [nda : il parle d’Esculape] nous apprend qu’un certain Julien, qui souffrait d’une maladie des poumons, en mangeant trois jours de suite, avec du miel, des pignons déposés sur l’autel d’Esculape, fut sauvé et en remercia le dieu devant tout le monde » (13). Cet usage des pignons se perpétuera longtemps puisqu’il était toujours d’actualité au XVIII ème siècle, mais c’est surtout la résine qui tiendra le haut du pavé durant des siècles : ainsi, au III ème siècle après J.-C., Serenus Sammonicus recommande de broyer de la poix et du soufre afin d’en emplâtrer les ulcères, chose que réitérera la médecine arabe (avec Avicenne entre autres) mais pour l’appliquer aux ulcères pulmonaires. Puis c’est au tour d’Hildegarde de Bingen d’aborder le pin que l’on croise au chapitre 23 du Livre des arbres et à qui elle donne le nom suivant : De ariete. Mais il ne s’agit pas là du pin sylvestre qui, lui, est traité quelques pages plus loin, au chapitre 33 (De fornhaff) : « Il représente le chagrin, et il n’y a pas de bonheur dans sa nature » (14). Cette opinion est peut-être motivée par le fait qu’on plaçait des rameaux de pin sur les tombes dans les pays germaniques. Cependant, Hildegarde accorde beaucoup d’importance à sa sève, autrement dit, sa résine, à la condition qu’elle se trouve un compagnon, voire plusieurs, car « tout seul il ne vaut rien pour la médecine, car sa sève serait trop forte, si elle n’était pas adoucie par d’autres condiments » (15). C’est ce que l’on retrouve dans les conseils de certains aromathérapeutes qui préconisent d’éviter l’utilisation de l’huile essentielle de pin sylvestre en solo. Bien sûr, parlant de la résine de pin, l’on ne peut manquer d’aborder le produit de sa distillation, la térébenthine dont l’Allemand Cartheuser disait ceci : « la térébenthine doit être mise au nombre des traumatiques et des diurétiques les plus forts ; on la prescrit néanmoins pour l’usage interne, plus rarement et simplement en forme d’émulsion ou mêlée avec un jaune d’œuf, contre la toux invétérée, l’asthme pituiteuse (16), la néphrétique muqueuse-sablonneuse, la gonorrhée virulente et les flueurs blanches. Elle entre dans la plupart des emplâtres résolutifs, dissipants, maturatifs, consolidants, nervins ». Un siècle plus tard, le perspicace abbé Sébastien Kneipp se disait favorable à la consommation de résine de pin fraîche durant des promenades en forêt, abordant là ce que l’on nommera plus tard sylvothérapie.

Le pin sylvestre en phyto-aromathérapie

Je vois d’ici ce qui m’attend maintenant : le pin sylvestre en thérapie ! Il ne se résume hélas pas à la seule huile essentielle de pin sylvestre ainsi qu’aux bourgeons de pin que l’on rencontre habituellement en sachet de papier kraft. Mais cette seconde partie sera l’occasion de montrer l’étendue des pouvoirs du pin non seulement en thérapeutique, mais son implication dans de nombreux autres domaines.
Débutons par les bourgeons puisqu’ils ont été évoqués. On les récolte de préférence au début du printemps, lorsqu’ils sont encore de petite taille et non pollinisés, soit au mois d’avril. En général, ils contiennent environ 1/5 de leur poids en résine, de la vitamine C, une essence aromatique présente également dans les aiguilles et dont la qualité est supérieure à celle que contient le bois. Il est évident que ce « portrait » souffre de quelques lacunes. Allons donc nous rattraper avec celui de l’huile essentielle de pin sylvestre, issue des aiguilles, produit à bien distinguer de l’huile essentielle de térébenthine dont nous parlerons également.
La distillation par la vapeur d’eau entraîne les composés aromatiques contenus dans les aiguilles du pin sylvestre. Elle permet d’obtenir une huile essentielle claire et extrêmement mobile, à forte odeur balsamique et résineuse (mais sans excès). De rendement assez faible (0,4 à 1 %), elle est essentiellement constituée de monoterpènes, alpha-pinène en tête (45 %), suivi de son corollaire, le bêta-pinène (25 %). Autres monoterpènes : limonène (10 %), myrcène (4 %), camphène (3 %). Côté esters, on trouve de l’acétate de bornyle assez courant chez les conifères (cf. les huiles essentielles d’épinette noire, de sapin de Sibérie, etc.), à hauteur de 1 à 10 %, et enfin quelques sesquiterpènes comme le bêta-caryophyllène (3 % maximum).

Propriétés thérapeutiques

  • Anti-infectieux : antibactérien (actif sur Escherichia coli, Staphylococcus aureus, Klebsellia pneumonia, Proteus mirabilis, etc.), antiviral, antifongique, antiparasitaire, pédiculicide, antiseptique des voies respiratoires, hépatiques et urinaires, antiseptique atmosphérique
  • Pectoral, balsamique, assainissant des muqueuses pulmonaires, expectorant, fluidifiant des sécrétions bronchiques, décongestionnant pulmonaire
  • Anti-inflammatoire, analgésique percutané, antirhumatismale articulaire et musculaire
  • Tonique, stimulant (« cortison like »), stimulant pancréatique, stimulant sexuel, décongestionnant ovarien, neurotonique
  • Dépuratif, diurétique, diaphorétique
  • Activateur de la microcirculation cutanée et lymphatique, hypertensif, décongestionnant lymphatique
  • Détersif, rubéfiant, cicatrisant et régénérateur cutané, révulsif local, dérivatif

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère respiratoire + ORL : bronchite (chronique, aiguë, fétide), catarrhe bronchique, pneumonie, rhume, rhume rebelle, rhinite, coryza, laryngite, trachéite, toux, asthme, sinusite, tuberculose pulmonaire (résultats plus ou moins encourageants), otorrhée chronique (écoulement témoin d’une infection auriculaire), pleurésie, angine, crachement de sang
  • Troubles de la sphère vésico-rénale : catarrhe vésical, paralysie de la vessie, cystite, cystite chronique, pyélite, urétrite, hématurie
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : diarrhée muqueuse, atonie digestive, spasmes stomacaux, parasites intestinaux (oxyures), flatulences, gastralgie
  • Troubles locomoteurs : rhumatismes articulaires et/ou musculaires, goutte, arthrose, arthrite, névralgie (sciatique), douleur, atrophie et fatigue musculaires, polyarthrite rhumatoïde, lumbago, crampe, autres inflammations ostéo-articulaires
  • Troubles de la sphère hépatobiliaire : lithiase biliaire, cholécystite, colique hépatique, obstruction hépatique
  • Affections cutanées : affections cutanées chroniques, ulcère (sordide, atonique, gangreneux), engelure, crevasse, dartre rebelle, psoriasis, eczéma, hyperhydrose plantaire
  • Troubles de la sphère sexuelle : congestion du petit bassin et de la prostate, prostatite, métrorragie, gonorrhée, blennorrhée, leucorrhée, asthénie sexuelle, impuissance
  • Troubles du système nerveux : fatigue, fatigue nerveuse, neurasthénie, asthénie physique profonde, épuisement, épuisement suite à une maladie infectieuse, surmenage, coup de pompe, léthargie, somnolence, anémie, déprime, dépression, anxiété, trouble du sommeil, baisse de la concentration, baisse de moral

Médecine traditionnelle chinoise et propriétés psycho-émotionnelles

La composition biochimique de l’huile essentielle de pin sylvestre fait la part belle aux monoterpènes : 80 à 90 % en moyenne. Ces molécules sont placées sous le domaine aérien, ce sont des fractions très volatiles, presque toujours en tête lorsqu’on procède à une analyse chromatographique en phase gazeuse. Les monoterpènes sont des molécules parmi les plus légères contrairement aux cétones et aux coumarines pour ne citer que quelques exemples comparatifs.
De par sa relation à l’élément Air, l’huile essentielle de pin sylvestre peut s’utiliser dans plusieurs cadres : purifier les habitations, faciliter la connexion avec l’élément Air, échapper à une sensation d’étouffement et d’oppression, clarifier le mental, redonner du tonus au psychisme, affiner la concentration…
Du côté de la médecine traditionnelle chinoise, l’huile essentielle de pin sylvestre n’est pas placée en relation avec l’élément Air qui n’existe pas puisque le système de la médecine traditionnelle chinoise ne comprend que les cinq éléments suivants : le Feu, la Terre, l’Eau, le Bois et le Métal. C’est avec ce dernier que cette huile essentielle trouve le plus d’affinités, d’autant que les deux méridiens principaux liés au Métal sont concernés, à savoir : le méridien du Poumon et celui du Gros intestin. Vu ce que nous avons dit plus haut, la place du méridien du Poumon se comprend on ne peut mieux. Au sujet du méridien du Gros intestin, l’on pourrait tiquer un moment, mais « s’il fonctionne mal, nous disent Michel Odoul et Elske Miles, il y a alors des troubles d’évacuation dans tout le corps (poumon, peau, intestins, reins, vessie) » (17). Son action sur les voies respiratoires et urinaires, ainsi que sur l’interface cutanée, en fait donc une parfaite huile du méridien « métallique » du Gros intestin. Elle est donc fort appropriée en cas de tristesse, de chagrin, de doute et d’arrogance.
Enfin, nous ne saurions clore ce paragraphe sans évoquer l’élixir floral que concocta le docteur Bach à base de fleurs de pin sylvestre. Sobrement intitulé Pine, cet élixir s’inscrit dans le groupe du découragement. Il s’adresse surtout aux personnes qui se sentent accablées par le sens du devoir et par leurs obligations, s’adressant de perpétuels reproches parce qu’ils s’imaginent toujours pouvoir mieux faire. Cette auto-critique permanente, et parfois délirante, est usante pour l’entourage de ces personnes dont la partie la plus perspicace finit par les fuir.

Modes d’emploi

  • Huile essentielle : diffusion atmosphérique, olfaction, inhalation, bain, massage, voie orale.
  • Infusion d’aiguilles ou de bourgeons de pin.
  • Macération à froid de bourgeons de pin dans la bière, le vin blanc, etc. (bien que réalisable, ce mode d’emploi, ainsi que le précédent, n’est pas pour autant le plus efficace, ayant bien du mal à correctement entraîner les principes actifs contenus dans les bourgeons de pin. Mieux vaut privilégier le mode opératoire qui suit).
  • Décoction de bourgeons de pin (pour usage externe et bain). Variante : bourgeons de pin (¼) + feuilles de noyer (¼) + écorce de chêne (¼) + écorce de saule (¼).
  • Sirop de bourgeons de pin.
  • Macération huileuse d’aiguilles fraîches et/ou de jeunes rameaux.
  • Fumigation de bourgeons de pin.
  • Teinture-mère.
  • Coussin aux aiguilles de pin.

Note : il existe bien d’autres modes d’emploi dont beaucoup sont tombés en désuétude comme, par exemple, le bain de vapeur résineuse pour rhumatisants et catarrheux, qui connut une certaine vogue au XIX ème siècle.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : les bourgeons se cueillent, nous l’avons dit, à la fin du printemps, les aiguilles de préférence en été.
  • L’huile essentielle de pin sylvestre contient un certain nombre de molécules aromatiques potentiellement allergisantes (limonène, alpha-pinène). Elle peut ainsi être irritante pour certaines peaux sensibles, ainsi que pour les muqueuses (oculaires, buccales, respiratoires, etc.). Dans ce cas, on peut voir apparaître un érythème à la surface de l’épiderme, accompagné d’une sensation de chaleur. C’est pourquoi il est conseillé de diluer préalablement cette huile essentielle dans une huile végétale avant tout usage externe. Par ailleurs, cette huile essentielle est peu compatible en cas d’asthme, d’épilepsie, d’insuffisance rénale (huile essentielle néphrotoxique à hautes doses). Elle sera interdite chez l’enfant de moins de six à sept ans et durant les trois premiers mois de grossesse.
  • Il faudrait être fou pour penser que le pin sylvestre ne fournit que les bourgeons ou l’huile essentielle du même nom : le considérer ainsi, ce serait regarder par le petit bout de la lorgnette. Le pin sylvestre peut aussi produire une autre huile essentielle portant un nom qui fait qu’on peut se demander si l’on a affaire à une substance concernant l’aromathérapie ou à quelque chose qu’on découvre le plus souvent dans un rayon de bricolage : la térébenthine. L’huile essentielle de térébenthine est obtenue après distillation de la résine de pin maritime surtout, de pin sylvestre dans une moindre mesure. C’est ce que l’on appelle la térébenthine de Bordeaux. Parce qu’il y a aussi celles d’Alsace, de Strasbourg, des Vosges, de Briançon, etc., qui sont toutes issues d’oléorésines extraites de conifères, produits contenant de la résine composée d’acides (sylvique, pinique, pimarique, etc.), de l’huile et une ou plusieurs essences aromatiques, à bien distinguer du baume (exsudat résineux, essences, acides aromatiques ; exemple : benjoin, baume de Tolu, baume du Pérou) et de la gomme-résine, constituée, comme son nom l’indique, de gomme et de résine (exemple : myrrhe, encens). Cette essence de térébenthine est un « liquide incolore, limpide, très fluide, à odeur forte caractéristique, qui dissout les corps gras, la cire, le caoutchouc, le phosphore, le soufre, l’iode et nombre de substances organiques. Par l’action de l’air, elle fixe l’oxygène, devient acide, jaune, puis brunâtre, s’épaissit et devient visqueuse » (18). Devant une telle manifestation « contrariante », on comprend qu’il ait fallu amadouer l’essence de térébenthine pour en faire un produit convenable pour l’aromathérapie. Bien entendu, l’huile essentielle obtenue après distillation de la résine des pins maritime et sylvestre est rectifiée lorsqu’elle se destine à un emploi thérapeutique. Le résidu de cette distillation s’appelle :
    – la colophane, qui est, en gros, la résine débarrassée de son essence aromatique. Outre ses quelques emplois thérapeutiques résiduels, on l’utilise dans des domaines très variés : la danse, la musique, la papeterie, le sport (handball, escalade), les arts plastiques (gravure à l’eau-forte), etc.
    – le goudron : il est extrait d’un bois épuisé de sa résine, passé au four en fosse, le temps d’une très lente combustion. De ce procédé, l’on obtient d’une part le charbon de bois, d’autre part le goudron, également appelé poix liquide, dont les vertus toniques, stimulantes et diurétiques recouvrent les mêmes sphères que le pin sylvestre en général, à savoir : affections pulmonaires, vésicales et cutanées.
    – la poix blanche : il s’agit de térébenthine devenue solide après évaporation d’une partie de son essence aromatique ; elle se réserve essentiellement à un usage externe.
    – l’huile de pin : on l’obtient en exprimant à chaud l’huile contenue dans les jeunes strobiles du pin sylvestre, c’est-à-dire ses cônes.
    – enfin, la créosote, issue de la distillation du goudron et dont nous avons déjà parlé dans l’article consacré au hêtre, une substance hautement inflammable à l’âcre odeur de fumée.
  • Précautions au sujet de la résine : à hautes doses (et en interne), elle peut provoquer divers désordres dont nausée, vomissement, purgation, vertige, trouble nerveux, ralentissement de la respiration. Parfois, l’on observe le coma, ainsi que le décès. Quant à l’essence de térébenthine, un excès est susceptible de provoquer des désagréments au niveau des voies urinaires (urines sanglantes, strangurie, douleurs plus ou moins vives, etc.) et ne devrait pas être utilisée quand préexiste un état inflammatoire (rappelons qu’en externe sur la peau elle est irritante et rubéfiante…).
  • Autres usages : nous ne saurions les énumérer tous, mentionnons simplement que le bois entre dans une large part dans la fabrication de charpentes et de bateau, ainsi que dans la menuiserie, que la résine est employée tant dans la savonnerie que dans la parfumerie. N’oublions pas les pignons alimentaires produits par au moins une vingtaine d’espèces de pins (ceux du commerce émanent surtout du pin parasol, Pinus pinea). Riches en lipides (45 %), le pignon contient aussi beaucoup de matières albuminoïdes (32 %), autant de sucres que d’eau (6 %). Source de vitamines du groupe B (B1, B3) et de sels minéraux (potassium, magnésium, fer), le pignon est parfois difficilement toléré par des estomacs qu’il a tendance à irriter. Très nutritif, le pignon était autrefois regardé, à l’instar des aiguilles et de la résine, comme un remède des affections respiratoires telles que la tuberculose. L’histoire thérapeutique du pignon a aussi inscrit son rôle d’aphrodisiaque masculin, un héritage provenant de la médecine arabe, repris par Oswald Crollius (1560-1609) et Jean-Baptiste Porta (1535-1615), qui le considéraient comme un excitant et un reconstituant testiculaire, d’où son rôle en cas d’impuissance (la théorie des signatures nous explique qu’il y a une ressemblance entre la forme du pignon et celle des testicules). Le seul inconvénient du pignon, c’est qu’il rancit très vite. Mais comme il s’agit d’une très agréable friandise, il n’en a généralement pas trop le temps ^_^
  • Autres espèces :
    – le pin noir d’Autriche (Pinus nigra),
    – le pin laricio (Pinus nigra var. corsicana),
    – le pin maritime (Pinus pinaster),
    – le pin de Patagonie (Pinus ponderosa),
    – le pin blanc (Pinus strobus),
    – le pin des Alpes (Pinus cembra),
    – le pin des montagnes (Pinus mugo),
    – le pin nain de Sibérie (Pinus pumila),
    – le pin parasol (Pinus pinea).
    Toutes ces espèces fournissent chacune au moins une huile essentielle.
    _______________
    1. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 760.
    2. Ibidem, p. 761.
    3. L’arbre « Mathusalem », c’est ainsi que l’on surnomme le pin bristelcone (Pinus longaeva), en référence au Mathusalem biblique mort à l’âge avancé de 969 ans. Cet arbre, qui se trouve dans les White Mountains californiennes à plus de 3000 m d’altitude, est âgé de pas loin de 4800 ans, ce qui en fait un colosse à côté du pin sylvestre dont l’espérance de vie ne dépasse pas 600 ans dans le meilleur des cas.
    4. Selon Henri Corneille Agrippa, le pin est régi par Saturne, ses pignons par Jupiter.
    5. Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 330.
    6. Ibidem, p. 761.
    7. Ibidem.
    8. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, pp. 290-291.
    9. Ibidem, p. 290.
    10. Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 760.
    11. Jacques Brosse, Mythologie des arbres, p. 234.
    12. Ibidem, p. 235.
    13. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, pp. 289-290.
    14. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 177.
    15. Ibidem, pp. 177-178.
    16. Le mot asthme est neutre en allemand. C’est ici le féminin qui a été choisi par le traducteur.
    17. Michel Odoul & Elske Miles, La phyto-énergétique, p. 76.
    18. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 763.

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