Le ciste

Ciste_fleur

Tout autour de la Méditerranée vivent plusieurs populations de cistes. En effet, ces plantes se comptent par dizaines d’espèces. C’est pourquoi les sources antiques le mentionnent ici ou là, alors qu’en réalité il s’agit de plantes quelque peu différentes. Si la botanique les distingue, on note cependant des emplois assez identiques, qu’on soit en Tunisie ou en Grèce.
Peut-être le premier, Hérodote rapporte que le ciste était déjà exploité de son temps. A l’origine on récoltait sur le poil des chèvres qui courraient les campagnes sèches et arides une substance poisseuse que secrète le ciste par temps chaud, le labdanum. C’est une coutume ayant apparemment perduré, puisque, plus tard, Dioscoride et Pline relatent des faits identiques. Durant l’Antiquité, la Crète est exportatrice de labdanum, autant dire que cette matière constituait alors une véritable manne. Le labdanum crétois (issu de Cistus villosus) fut tout d’abord récolté avec l’aide des chèvres, puis l’ingénierie de l’époque fit appel à un outil, le ladanisterion (1). Il ressemble assez dans sa structure à un râteau. A cela près qu’en lieu et place des dents, on trouve de longues lanières de cuir. A l’aide du ladanisterion, on brossait les cistes dont la gomme résineuse venait adhérer au cuir des lanières. Ce mode opératoire, toujours d’actualité, est, semble-t-il, endémique aux territoires est du bassin méditerranéen.

ladanisterion

En Espagne, on coupait les rameaux résineux que l’on faisait ensuite bouillir dans l’eau. De cette cuisson, on retirait un produit noirâtre, à l’odeur ambrée et balsamique, le labdanum.
Ce labdanum (ou ladanum, mais très certainement pas laudanum !) aura été très tôt employé en parfumerie, comme onguent ayant pour vertu d’embellir le corps, mais également en pharmacie. C’est ce que les Égyptiens et les Carthaginois, par exemple, lui réservaient comme usages.

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Par la suite, bien qu’on ait reconnu au ciste des qualités astringentes et hémostatiques, topique idéal sur brûlure, plaie et ulcère (Dioscoride, Matthiole), il a été abandonné comme matière médicale, étant réservé à l’exclusif usage de la parfumerie.
Au XIX ème siècle, Cazin mentionne un ciste comme hémostatique, mais il s’agit d’un hélianthème. Début XX ème, Leclerc ne l’aborde pas ; dans les années 40, Fournier nous apprend qu’il n’était plus employé en médecine depuis longtemps. Après lui, même Valnet n’en dit pas un mot. Le retour en grâce du ciste dans la sphère médicinale n’est donc pas très ancien.

Le ciste est un petit arbrisseau à taille humaine. Il porte des feuilles lancéolées de couleur vert foncé qui deviennent d’une teinte gris-vert plombé en raison de la résine qu’excrète la plante durant l’été. Dans le même temps, cette résine protège la plante de la déshydratation. Mais trop de chaleur peut lui être fatal. En effet, le ciste est susceptible de s’enflammer lorsque la température ambiante dépasse 32° C. Mais, une fois de plus, la Nature, bien faite, a tout prévu. Le salut du ciste qui viendrait à s’enflammer réside dans ses organes reproducteurs. Ses grandes fleurs (10 cm de diamètre) blanches, jaunes, roses, parfois rouges, dont les cinq pétales portent une tache cramoisie caractéristique, donnent naissance à des fruits globuleux emplis de petites graines. Ces fruits se présentent sous forme de capsules, assez semblables à des hochets. Or, ces capsules sont ignifugées ! Comme la floraison du ciste se déroule sur des semaines – ce qui occasionne une succession ininterrompue de fleurs – et qu’elle débute à la fin du printemps, les premières fleurs ont tout le temps nécessaire de former des fruits qui, l’été venu, seront à même de se défendre en cas de combustion spontanée. Et d’assurer la perpétuation de l’espèce. Si le ciste se nomme tel quel, c’est en raison de cette caractéristique. Il y a déjà 25 siècles, Théophraste désignait la plante par le mot grec kistos qui signifie tout simplement boîte, capsule. C’est là, je trouve, une magnifique signature ! :)

Ciste_capsules

Le ciste, qui aime les sols arides et secs, le maquis et la garrigue, est un proche compagnon de l’hélichryse. Étonnant mariage d’une plante hémostatique avec une autre qui fluidifie le sang.

Le ciste en aromathérapie

Huile essentielle : description et composition

Si la récolte de l’hélichryse est difficile, celle du ciste l’est tout autant. En effet, le suc épais et collant qui couvre les rameaux – le labdanum – n’en facilite pas le ramassage, d’autant que la récolte se déroule fin juillet-début août, en temps de forte chaleur, néanmoins nécessaire puisque c’est elle qui provoque l’exsudation de la gomme résineuse poisseuse qu’est le labdanum. Une fois coupés, les rameaux (tiges, feuilles, fleurs, résine) sont mis au séchage pendant quelques temps, puis distillés pendant deux à trois heures (2). Le mode d’extraction par entraînement à la vapeur d’eau produit une huile essentielle assez épaisse, de densité égale à 0,92. Le rendement, élevé, est compris entre 5 et 7 %.
Selon la région de production, on distingue deux chémotypes :

  • CT pinène (Espagne, Portugal, Corse, sud de la France)
  • CT camphène (Maroc, Algérie)

De l’un à l’autre, les constituants sont les mêmes. Seules changent les proportions. Par exemple, le premier contient facilement 50 % d’alpha-pinène, alors que le second quatre fois moins. Le parfum de l’huile essentielle de ciste s’en trouve donc modifié. Mais on peut dire de lui qu’il est résineux, chaud, profond, musqué, ambré, épicé, poivré, balsamique, herbeux… Il est à ce titre très souvent employé en parfumerie (YSL, Azarro, Lolita Lampicka…) comme note de fond et présente aussi l’intérêt de jouer le rôle de fixateur et de remplacer l’ambre gris, d’où le surnom d’ambre végétal que le ciste porte parfois.
A l’heure actuelle, le premier pays producteur mondial de labdanum est l’Espagne.

Propriétés thérapeutiques

  • Anti-infectieuse : antivirale, antifongique, antibactérienne
  • Immunomodulante et anti-inflammatoire (modératrice des réactions immunitaires et inflammatoires de l’organisme)
  • Régulatrice du système nerveux autonome
  • Neurotonique, calmante, sédative
  • Hémostatique, antihémorragique, vasoconstrictrice veineuse, anti-artéritique, phlébotonique, développe la circulation artéro-veineuse
  • Astringente, cicatrisante, régénératrice du tissu cutané, tonifiante et raffermissante cutanée
  • Antispasmodique
  • Antioxydante

Usages thérapeutiques

  • Maladies auto-immunes : polyarthrite rhumatoïde, sclérose en plaques, rectocolite hémorragique, maladie de Crohn
  • Maladies virales (grippe, rougeole, varicelle, herpès labial) et bactériennes (scarlatine, coqueluche)
  • Troubles circulatoires : varices, hémorroïdes, jambes lourdes
  • Hémorragies : épistaxis, coupure, entaille, ecchymose, plaie (mobilisation des vertus astringentes et hémostatiques du ciste)
  • Plaie infectée, ulcère, ulcère putride, cicatrice, crevasse, gerçure, vergeture, escarre, vieillissement cutané, peau fatiguée, rides, acné, psoriasis, eczéma, intertrigo
  • Règles abondantes, douloureuses
  • Insomnie d’origine nerveuse, épuisement

D’un point de vue psycho-émotionnel…

  • Il est question d’attachement avec le ciste (qui s’y frotte s’y colle ^^). Celui-ci peut parfois être excessif dans son attraction, flirtant avec la possessivité. On adressera cette huile essentielle en direction des personnes présentant ces tempéraments.
  • La capsule ignifugée du ciste est un symbole très intéressant, puisqu’elle implique l’idée de protection et de résistance face à l’agressivité et à la brutalité du monde extérieur. Si l’on dit du ciste que c’est un baume, c’est parce qu’il enveloppe. Est-ce dès lors surprenant d’apprendre que les anciens Égyptiens employaient la gomme résineuse du ciste lors des cérémonies d’embaumement ? (Embaumer, c’est appliquer un baume.) Soucieux d’apporter le plus grand confort aux défunts dans l’au-delà, les Égyptiens surent exploiter une capacité qu’offre le ciste, celle de transcendance et de conservation de la dignité à travers les épreuves.
  • Les fleurs fripées du ciste nous renvoient à des caractères facilement froissables et fragiles, parfois colériques, à des attitudes s’expliquant par l’inquiétude, le souci, l’angoisse, la susceptibilité, le manque de confiance en soi.

Modes d’emploi

  • Voie cutanée diluée ou pure (geste d’urgence)
  • Voie orale raisonnée
  • Diffusion atmosphérique, olfaction

Contre-indications

  • Irritation cutanée possible avec l’huile essentielle de ciste CT pinène.
  • Prudence durant les trois premiers mois de grossesse.

  1. On a rapproché la forme du ladanisterion à celle de l’un des deux sceptres pharaoniques, le fouet (flabellum) à triple lanière, le nekhekh. Une thèse, aujourd’hui controversée, voudrait qu’il s’agisse d’un banal chasse-mouche, mais d’autres sources indiquent que ce fouet pourrait avoir une symbolique plus élevée.
  2. L’obtention de l’absolue de ciste emprunte un chemin quelque peu différent. On fait tout d’abord bouillir les rameaux afin d’en détacher la résine qui couvre les feuilles. Cette dernière, plus légère que l’eau, finit par surnager. Elle est ensuite déshydratée avant d’être traitée aux solvants volatils. Il s’agit de la même méthode que celle dont nous avons parlé pour le jasmin.

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L’aromathérapie et les 4 éléments [Partie 1]

Les quatre éléments prennent place dans la théorie du même nom, initialement élaborée par Aristote. Ils sont très connus. Rappelons-les pour mémoire : le Feu, l’Eau, l’Air et la Terre. Chacun d’eux est l’union de quatre principes : le Sec, l’Humide, le Chaud et le Froid.

  • Feu : Sec et Chaud
  • Air : Humide et Chaud
  • Eau : Humide et Froid
  • Terre : Sec et Froid

Voici présentés ces quatre éléments et ces quatre principes sous la forme d’une croix élémentaire :

Croix_des_éléments

Cette théorie stipule que dans toute chose, on trouve chacun de ces éléments dans diverses proportions. C’est ce qui rend l’essence – ou la quintessence devrais-je dire plutôt – de chaque chose unique. En cherchant bien, nous pouvons déceler ces fractions élémentaires en nous-même. Il en est de même pour les organismes vivants tels que les plantes. Par exemple, elles poussent dans la terre, absorbent l’eau nécessaire à leur bon développement. Le feu se retrouve à travers le mécanisme de la photosynthèse, alors que l’air est figuré par les échanges gazeux qu’entretient une plante avec le milieu extérieur. Aussi, pour quelle raison ces quatre éléments ne se retrouveraient-ils pas dans les huiles essentielles des plantes que l’on distille ? Aux pages 83-86 de mon livre Parfums sacrés, j’ai déjà fait mention de la présence des quatre éléments au cours du processus de distillation. Je n’y reviendrais donc pas, puisque aujourd’hui le propos porte sur l’après-distillation, autrement dit sur les substances obtenues par ce type d’extraction, à savoir, les huiles essentielles. A leur sujet, on peut noter des caractéristiques étonnantes :

  • certaines s’évaporent plus rapidement que d’autres ;
  • elles sont toutes plus ou moins liquides, d’autres sont très épaisses voire visqueuses ;
  • quand elles sont accidentellement mises en contact avec les yeux, ça brûle, etc.

Ce sont là d’intéressantes signatures, mais elles demeurent insatisfaisantes. Aussi, je décide de vous exposer le cadre conceptuel avec lequel j’ai travaillé pour établir une relation entre huiles essentielles et éléments. Pour cela, je me suis inspiré de la cartographie moléculaire, un outil très précieux qui indique selon quatre axes (tiens, tiens, tiens… ^^) les caractéristiques polaires, apolaires, négativantes et positivantes des molécules aromatiques composant huiles essentielles et essences. Sur cette cartographie, chaque molécule est représentée par un point. Il existe des centaines de molécules aromatiques, aussi des centaines de points constellent cette cartographie, à la manière des étoiles de la voûte céleste. Ces points sont regroupés en paquets qui forment les familles moléculaires. Nous en avons déjà abordées certaines sur le blog : les oxydes, les cétones, les phénols, etc. Voici cette cartographie moléculaire :

cartographie moléculaire

1 : aldéhydes
2 : cétones
3 : esters
4 : sesquiterpènes
5 : monoterpènes
6 : ethers
7 : oxydes
8 : monoterpénols
9 : phénols
10 : aldéhydes aromatiques
11 : acides
12 : sesquiterpénols
13 : coumarines

Nous voyons des « bulles » plus ou moins vastes, situées en haut, en bas, à droite, à gauche. Certaines sont coupées en deux par un axe. C’est le cas des sesquiterpènes (n° 4). En effet, certains d’entre eux sont négativants, d’autres positivants. Observons les esters (n° 3). Cette famille est elle aussi coupée en deux par l’axe vertical. La petite portion de gauche indique des esters polaires alors que la grande majorité, apolaire elle, se situe à la droite de l’axe. Ceci est important. Mais ce qui l’est davantage, c’est que cette cartographie découpe l’espace en quatre secteurs : apolaire-positivant (I), apolaire-négativant (II), polaire-négativant (III) et polaire-positivant enfin (IV).

La tentation serait grande de superposer chacun de ces quartiers à un élément. Et c’est pourtant ce que je vais faire :) A force d’observer les compositions biochimiques des huiles essentielles et des essences, j’ai tout d’abord émis certaines hypothèses. Puis, après moult tergiversations et génuflexions, j’en suis enfin venu à déterminer pour chacun des quatre quarts un élément (et cela n’a pas été tiré de la cuisse de Jupiter, ni n’est un caprice de ma part, le tout ayant été longuement pensé).
J’ai débuté avec l’élément pour lequel j’entretiens la plus étroite affinité, le Feu. Avant de poursuivre, et pour faciliter la compréhension, je replace ci-dessous la croix élémentaire et la cartographie moléculaire :

Croix_des_éléments

cartographie moléculaire

Portons intérêt au secteur IV de la cartographie moléculaire. Que voyons-nous ?
Des phénols (n° 9) présents dans les huiles essentielles de thym vulgaire CT thymol, thym vulgaire CT carvacrol, origans, sarriette des montagnes, thym à feuilles de sarriette, ajowan, clou de girofle, cannelle de Ceylan « feuilles »…
Des aldéhydes aromatiques (n° 10) présents dans les huiles essentielles de cannelle de Ceylan « écorce », cannelle de Chine, cannelle du Vietnam, cumin…
Toutes ces molécules provoquent des brûlures en usage cutané si on utilise pures les huiles essentielles qui en contiennent beaucoup. Elles sont dites dermocaustiques et provoquent des rougeurs, une nette sensation de chaleur au niveau de la peau et des muqueuses, des érythèmes parfois. Ce sont des molécules de Feu donc, brûlantes à bien des égards.
Nous voyons aussi la classe des coumarines (n° 13), très phototoxiques en alliance avec les UV du soleil. Encore du Feu. Mais il n’est pas toujours forcément dévorateur. On le trouve de façon plus douce dans la classe des monoterpénols (n° 8). Des molécules comme le linalol et le géraniol sont chaudes mais dans une moindre mesure. Quant aux sesquiterpénols (n° 12), la proximité avec un autre élément fait qu’ils possèdent un pouvoir de feu un peu différent.
C’est pour l’ensemble de ces raisons que j’ai lié le secteur IV à l’élément Feu, union des principes Chaud et Sec.

Sur la croix élémentaire, le quartier qui s’oppose à celui du Feu est celui de l’Eau, élément Humide et Froid. (J’expliquerai dans un prochain article la relation à l’Eau des familles moléculaires se situant dans le secteur II de la cartographie. Je ferai de même pour les autres éléments.) Le secteur I relève du Chaud et de l’Humide, il renvoie donc à l’élément Air. On trouve beaucoup d’huiles essentielles à visée respiratoire dans ce secteur. Par exemple, les oxydes (n° 7) des eucalyptus globuleux et radié, du ravintsara, du cajeput, du niaouli, du saro… à travers une molécule très connue, le 1.8 cinéole, très proche de l’élément Feu, d’où le pouvoir asséchant de cette molécule. Visée respiratoire ? Qui appelle l’Air ? Qui se destine à ceux qui manquent de souffle ? On trouve également tout cela dans les monoterpènes (n° 5). Ce sont, parmi l’ensemble des molécules aromatiques, celles qui sont les plus volatiles. Ce sont elles qui sont les premières extraites lors de la distillation. Cela appelle aussi l’élément Air. Cette classe moléculaire compte dans ses rangs alpha et béta-pinène entre autres. Voici pourquoi pin sylvestre et consorts sont de la partie aérienne !
Enfin, et par voie de conséquence, le secteur III concerne l’élément Terre. Ici, nous retrouvons la « lourdeur » des cétones (n° 2) dont on connaît le caractère cumulatif dans le temps, comme des pièces qu’on amasse dans un coffret (cf. les deniers du Tarot). On a aussi la classe des aldéhydes (n° 1) – à bien distinguer des aldéhydes aromatiques – dans l’élément Terre. Cela nous renvoie aux huiles essentielles de citronnelles (Java, Inde), de lemongrass, de mélisse, de verveine citronnée… et donc à leur action sur la structure et la matière du corps (les os, les articulations, les muscles).

Je refais donc un joli schéma (qui superpose la croix élémentaire et la cartographie moléculaire) :

cartographie élémentaire

Voilà. Dès que le temps me le permettra, nous approcherons en détails chaque quart, avec des exemples triés sur le volet. Je passerai donc au gril un bon paquet d’huiles essentielles pour chacun des quatre éléments.
D’ici là (rappelez-vous qu’aucune huile essentielle n’est constituée que d’un seul et unique élément – c’est une note qui va être très utile pour la suite), je vous dis à bientôt :-)

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L’hélichryse, symbole d’une victoire sur la violence

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Coutumière du bassin méditerranéen (Corse, Sicile, Sardaigne, Croatie, France…), l’hélichryse pousse sur des sols incultes et ingrats, arides, rocailleux et caillouteux. Autant dire que sous ses pieds la terre est sèche et que, au-dessus d’elle, éclatant le soleil. Vivace, d’une taille comprise entre 40 et 50 cm de hauteur, l’hélichryse est formée de tiges portant des feuilles étroites et grisâtres se ponctuant de corymbes de petites fleurs jaunes. La structure morphologique qu’est le corymbe fait que toutes les fleurs se situent dans le même plan. Le pédoncule de chacune s’attache à la tige selon des points qui décrivent une spirale. C’est une caractéristique que l’on retrouve dans le nom latin de l’hélichryse. En effet, helix signifie spirale, on retrouve ce mot dans le nom latin du lierre, Hedera helix. Helios, le soleil, semble lui aussi inscrit dans son nom. Quant à la seconde fraction du nom de l’hélichryse, elle provient d’un mot grec – chrysos – qui signifie doré et sacré. Aussi, notre plante serait-elle une spirale et/ou un soleil d’or sacré. Quand on sait que cette plante fut l’un des nombreux attributs d’un dieu solaire traversant les cieux juché sur un char flamboyant, on comprend mieux à quelle dimension renvoie le nom de l’hélichryse. En effet, Apollon portait une tiare de ces fleurs que l’on surnomme parfois immortelles quand il rendait ses oracles, mais également pour affirmer et rappeler son statut d’être immortel. Il est bien connu que sur la tête des dieux les fleurs jamais ne flétrissent. Aussi, quoi de mieux que l’immortelle pour assurer cette fonction ? Mais cela est d’autant plus pertinent du fait que l’hélichryse s’appelle immortelle parce que, une fois coupée, elle semble encore douée de ses forces vives. C’est pour cette raison qu’on aura confectionné des couronnes de fleurs d’hélichryse pour les déposer sur la tête des statues figurant les divinités. Un usage relaté par Pline et Dioscoride et, bien avant, par Théophraste. Selon lui, la couronne d’hélichryse apportait gloire et bonne renommée. Et si l’hélichryse renvoie à l’or, il est alors question de richesse spirituelle et de fécondité, une symbolique que souligne encore celle de la spirale.
Il est également permis de voir un parallélisme marquant entre le corymbe qui est une cime, un sommet, et la couronne qui coiffe le chef. La forme circulaire de l’un et de l’autre indique perfection et participation à la nature céleste. Ces deux structures « captent les vertus du ciel, à quoi elles ressemblent par la forme, et du dieu, à qui leur matière les assimile » (1). Enfin, l’hélichryse semble entretenir une relation symbiotique avec le sol sur lequel elle pousse, siliceux, autrement dit formé de sable. « Purificateur, [il] est liquide comme l’eau, abrasif comme le feu » (2).

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L’hélichryse d’Italie en aromathérapie

Huile essentielle : description et composition

L’obtention de l’huile essentielle d’hélichryse d’Italie est loin d’être une sinécure. Tout d’abord, sa cueillette est difficile en raison de la chaleur estivale, de la pénibilité des positions que l’on doit prendre pour la récolter à la main, etc. Une fois celle-ci achevée, les tiges d’hélichryse sont séchées pendant quelques jours avant d’être distillées pendant deux heures maximum. Et, à la sortie de l’alambic, surprise ! Avec elle, il est difficile de prévoir les trois caractéristiques suivantes :

  • Le rendement : 0,2 à 1 %
  • La couleur : jaune clair, jaune d’or, jaune orangé, jaune verdâtre…
  • Le parfum : floral (rappelant tantôt la rose, tantôt la camomille), épicé (on l’appelle curry plant en anglais, nous verrons à l’analyse des données moléculaires que c’est tout à fait mérité), nuance de café, de sucre candi…

La composition biochimique nous révèle les proportions suivantes :

  • Esters : 45 %
  • Sesquiterpènes : 15 %
  • Monoterpènes : 13 %
  • Cétones : 10 %
  • Sesquiterpénols : 8 %
  • Monoterpénols : 7 %

Parmi les sesquiterpènes, nous trouvons alpha, béta et gamma-curcumène, des molécules présentes dans l’huile essentielle de curcuma, une plante fournissant une épice dont on sait qu’elle rentre dans la composition du curry.

Propriétés thérapeutiques

  • Anti-infectieuse (antibactérienne, antivirale), immunomodulante
  • Tonique veineuse et lymphatique, anticoagulante, fluidifiante du sang, antiphlébitique, protectrice capillaire, fibrinolytique (favorise la résorption des hématomes et détruit les caillots par action enzymatique)
  • Mucolytique, fluidifiante des sécrétions bronchiques, expectorante, anticatarrhale
  • Anti-inflammatoire, antalgique
  • Antispasmodique
  • Stimulante hépatobiliaire, antidiabétique, hypocholestérolémiante
  • Stimulante du SNC, neurotonique
  • Négativante

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère circulatoire : insuffisance veineuse et lymphatique, jambes lourdes, mauvaise circulation, phlébite, paraphlébite, artérite, varicosités, fragilité capillaire, hémorroïdes, couperose, érythrose, engelure, syndrome de Raynaud, cellulite
  • Hématomes (internes/externes ; anciens/récents)
  • Troubles locomoteurs : rhumatisme, arthrite, polyarthrite rhumatoïde, algodystrophie de la cheville, inflammation des fascia plantaires, inflammation du canal carpien, maladie de Dupuytrens, entorse, contusion, traumatisme, coup, choc
  • Troubles de la sphère respiratoire + ORL : encombrement nasal, bronchite, rhinopharyngite, rhinite, coqueluche, toux spasmodique, sinusite, otite aiguë, otite séreuse
  • Affections cutanées : acné, acné sévère, psoriasis, coup de soleil, herpès labial, ecchymose, plaie, ulcère, inflammation cutanée
  • Troubles de la sphère intestinale : maladie de Crohn, colite virale
  • Troubles de la sphère hépatique : déficience hépatocytaire, hépatite, cirrhose, petite insuffisance hépatique, céphalée d’origine hépatique
  • Hypercholestérolémie
  • Bartholinite
  • Léthargie, fatigue
  • Stress, nervosité

D’un point de vue psycho-émotionnel…

  • L’hélichryse, tout comme Apollon, est le symbole d’une victoire sur la violence. Elle accompagne les passages obligés qui ne dépendent pas nécessairement de nous (choc, deuil, départ…), en un mot comme en cent, toutes formes de traumatismes.
  • Nous l’avons dit, l’hélichryse, via le sable sur lequel elle pousse, entretient un rapport étroit avec l’eau et le feu. L’Eau, en médecine traditionnelle chinoise, c’est l’élément qui régit les méridiens de la vessie et du rein. C’est à ce dernier que Odoul/Miles (La phyto-énergétique) associent l’huile essentielle d’hélichryse d’Italie (bien que je ne comprends pas les raisons d’un tel choix). Étant une huile essentielle majeure de la sphère circulatoire et donc du feu sanguin, il me semble plus judicieux de placer cette huile essentielle au niveau des deux méridiens suivants : maître cœur (problèmes circulatoires) et triple foyer (problèmes lymphatiques, œdèmes, problèmes auriculaires). En revanche, s’il y a une huile essentielle d’hélichryse qui peut largement convenir à l’un des méridiens liés à l’élément Eau (vessie), c’est celle d’hélichryse faradifani.

Modes d’emploi

  • Voie cutanée : diluée, pure en geste d’urgence
  • Voie orale raisonnée
  • Diffusion atmosphérique, olfaction

Précautions d’emploi, contre-indications

  • Les quelques cétones contenues dans cette huile essentielle ne font pas d’elle un produit aussi dangereusement neurotoxique que certaines autres huiles essentielles. Cependant, on évitera de l’utiliser dans les cas suivants : femme enceinte, femme qui allaite, nourrisson, traitement aux anticoagulants. Dans l’ensemble, on évitera d’en faire un usage prolongé.
  • L’hélichryse italienne est la grande amie du ciste, du cyprès toujours vert et du lentisque pistachier, en particulier en raison de leurs propriétés communes actives sur la sphère circulatoire.

Autres

Les hélichryses sont nombreuses. On en compte plus de 500 différentes dont cent pour la seule Madagascar. Cette île nous offre quelques huiles essentielles aujourd’hui un petit peu connues en France :

L’hélichryse mâle (Helichrysum bracteiferum) et l’hélichryse femelle (Helichrysum gymnocephalum). Ce sont toutes deux de petits arbustes de 2 à 3 m de hauteur, assez riches en 1.8 cinéole. La première se destine aux sphères ORL et circulatoire, alors que la seconde est efficace au niveau de la sphère respiratoire.
L’hélichryse faradifani (Helichrysum faradifani) : assez proche par la taille des hélichryses européennes, celle-ci est un topique de la sphère génito-urinaire.

Plus près de nous, on rencontre sur le littoral français (Corse, Var, Bouches-du-Rhône) l’hélichryse de Provence (Helichrysum stoechas), ainsi que l’hélichryse des Balkans (Helichrysum angustifolium).


  1. Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 304
  2. Ibid., p. 838

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Le jasmin en aromathérapie ?

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Le jasmin poussait au pied de l’Himalaya avant que ce « cadeau des dieux » (1) ne parvienne jusqu’à nous par l’entremise des Arabes qui imprimèrent leur marque sur lui en forgeant son nom qui, de yasmin devint jasmin. Aujourd’hui, le prénom Yasmina témoigne du passé arabo-persan du jasmin.
A travers son périple d’est en ouest (qui rappelle un peu celui de l’oranger amer), le jasmin n’aura rien perdu de ses symboles. En effet, que cela soit dans le sous-continent indien, au Proche-Orient comme en Occident, partout le jasmin symbolise l’amour, la grâce et la beauté. Ce jasmin, présent dans le N° 5 de Chanel (1925), entretient un fort parallélisme avec la rose. C’est ainsi que l’on retrouve ces deux plantes dans le panthéon indien. Le dieu Kama, une sorte de Cupidon, décoche des flèches enguirlandées de jasmin, de rose, mais aussi de fleurs de manguier, etc. Il est vrai que rose et jasmin ont beaucoup en commun : des restes fossilisés très anciens, cinq pétales odoriférants, un parfum complexe et rare.
« Les dieux s’annoncent à la vie par les fleurs » (2). Et c’est à travers les personnes qu’ils touchent qu’ils peuvent s’exprimer. Dans le recueil de contes de Basile, le Pentamerone (1674), « Marziella obtient d’une bonne fée auprès d’une fontaine le privilège que des roses et des jasmins tombent de sa bouche, lorsqu’elle rit » (3). Par ailleurs, il est dit que « le créateur a utilisé les boutons de rose pour dessiner les lèvres, des fleurs de jasmin pour les dents. » Le jasmin serait donc le porte-voix de la parole divine. Est-ce dès lors surprenant qu’en sanskrit le jasmin porte le nom de attahâsaka, en référence à celui qui rit tout haut, Shiva, dieu auquel le jasmin est consacré ? On peut donc dire que le jasmin est de haut lignage, à tel point que, présomptueux parfois, il « dérape » : « Mon odeur pénétrante l’emporte sur le parfum des autres fleurs ; aussi les amants me choisissent-ils pour m’offrir à leurs maîtresses. On me tire des trésors invisibles de la divinité, et je ne me repose que dans les sortes de pièges que forment sur le sein les plis d’une robe » (4). L’on ne peut nier la vertu érotique du jasmin telle qu’elle a été chantée par certains poètes indiens : « Un jasmin en fleur sur la tête, du santal avec du safran sur le corps, une femme très chère et attrayante sur le corps, tout ceci est un reste du paradis céleste. » Séducteur, le jasmin est amour. Il intervient au cours des rites nuptiaux en Inde, avec la rose, alors qu’en Thaïlande, ce sont des guirlandes de ses fleurs qui honorent la maternité. A ce titre, il est très étonnant qu’on ait fait du jasmin l’un des avatars de la vierge Marie…

Arbuste vivace de deux à quatre mètres de hauteur, le jasmin est un grimpant de la famille botanique de l’olivier. Il porte des feuilles composées de 5 à 11 folioles persistantes et lustrées. Les fleurs s’organisent en cymes lâches de 3 à 5 fleurs tubuleuses portant cinq pétales blancs, d’aspect gras et un peu luisant.
Le jasmin dont nous parlerons maintenant est le Jasminum grandiflorum, l’une des 200 espèces de jasmins, qui intéresse surtout la parfumerie et, dans une moindre mesure, l’aromathérapie.

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Le jasmin en aromathérapie

Absolue : description et composition

On pourrait être tenté de qualifier cette substance d’huile essentielle tant elle en a toutes les apparences. Mais, dans le cas du jasmin, on parlera d’absolue. Ce n’est pas une coquetterie de sa part, il porte le nom du produit qu’on obtient quand on utilise le procédé d’extraction par solvants volatiles. La distillation à la vapeur d’eau a bien été essayée avec le jasmin, mais cela semble être un procédé beaucoup trop agressif pour ces fleurs fragiles qui restituent toute cette violence à travers une huile essentielle âcre et peu séduisante, pour la parfumerie du moins.
On se rappellera une scène tirée du célèbre film Le parfum dans laquelle on voit le personnage principal déposer délicatement des fleurs sur un châssis en verre recouvert de graisse animale. C’est une technique qui porte le nom d’enfleurage [Vidéo – durée : 1 mn]. La matière grasse va petit à petit extraire les composés aromatiques des pétales, puis le tout sera lavé afin de séparer l’absolue ainsi obtenue. C’est une technique très longue et coûteuse, abandonnée depuis les années 1930, même s’il est vrai qu’elle est encore sporadiquement employée artisanalement afin d’obtenir les plus belles absolues de jasmin destinées à des produits de très grand luxe. Aujourd’hui, la technique dite d’extraction aux solvants volatils facilite le travail, même si le jasmin doit passer par maintes et maintes étapes. Tout d’abord, on obtient la concrète, une matière épaisse et cireuse, puissamment parfumée, que l’on traite ensuite à l’éthanol afin de dissocier cire et molécules aromatiques. Ceci fait, on peut parler d’absolue de jasmin, un liquide à la densité élevée (0,95-0,97, soit celle de l’huile essentielle de patchouli), brun orangé, au parfum capiteux, sucré, doux et floral. Tout ceci est bien évidemment approximatif et très incomplet, puisque la grandeur d’une absolue de jasmin dépend de multiples facteurs. Pour qu’il rende le meilleur de lui-même, le jasmin doit être l’objet d’attentions drastiques de la part du producteur. La récolte tout d’abord qui débute mi-juillet pour s’achever trois mois plus tard. Mais l’absolue obtenue au fur et à mesure diffère selon la saison, l’heure de récolte, etc.
Le cycle végétatif du jasmin est tel qu’une exploitation jeune produit de 1 200 kg à 2 000 kg de fleurs à l’hectare, pour en produire plus du double par la suite. Le mois d’août est unanimement reconnu comme la période offrant les meilleurs crus d’absolue de jasmin. Les fleurs sont plus lourdes, il en faut 8 à 10 000 pour constituer un kilogramme, alors que les fleurs d’octobre sont plus légères (14 000 pour 1 kg). Les récoltes d’automne accroissent davantage le travail des cueilleurs pour une qualité qui n’est pas forcément au rendez-vous. On a aussi remarqué que le rendement maximal avait lieu au mois d’août, à condition que les journées ne soient pas trop chaudes, car une température élevée est nuisible à la qualité des absolues. On constate alors une accentuation de la note eugénolée alors que celles qui sont recherchées sont celles de l’indol et de la jasmone. C’est à l’aurore et au crépuscule que le parfum du jasmin est idéal. Aussi les fleurs sont-elles cueillies très tôt le matin (apex olfactif après une nuit à 17° C), puis rapidement traitées dans des usines proches, car trop fragiles et précieuses pour être trop longuement livrées à elles-mêmes. Pensez donc, il faut ramasser sept millions de fleurs pour fabriquer un kilogramme d’absolue, soit environ 700 kg de matière végétale. Par la suite, une fois la production achevée, l’absolue, tout comme les huiles essentielles, passe par les analyses (point d’ébullition, point de fusion…) ainsi que par la CPG et le SM afin d’en déterminer le profil biochimique. Ce ne sont pas moins de 260 molécules qui sont alors identifiées !

  • Esters : 42 %
  • Diterpénols : 28 %
  • Triterpènes : 6 %
  • Cétones : 4 % (dont la jasmone rappelant l’odeur de la pêche)
  • Sesquiterpénols : 3 %
  • Monoterpénols : 3 %
  • Phénols : 2 %
  • Composés azotés (dont l’indol à l’odeur de musc animal)

Cette richesse moléculaire fait que l’on retrouve dans d’autres plantes des molécules communes. C’est ainsi que dans l’absolue de jasmin, apparaît un peu de romarin, de menthe poivrée, de jonquille, de clou de girofle, de thé vert, de gardénia, de tubéreuse, d’absinthe, de fleur d’oranger, de patchouli… C’est peut-être cela qui vaut au jasmin d’apparaître dans des parfums aussi bien hespéridés, fleuris, ambrés, cuirs, chypres que boisés. Opium d’YSL, Joy de Patou, etc., le jasmin est là.

Propriétés thérapeutiques

  • Sédative et apaisante du SNC, inductrice du sommeil
  • Anti-inflammatoire
  • Antispasmodique
  • Expectorante
  • Antibactérienne
  • Emménagogue, tonique de l’utérus
  • Cicatrisante, adoucissante et assouplissante cutanée, antioxydante, régulatrice du taux de sébum
  • Aphrodisiaque

A noter : les feuilles du jasmin contiennent des substances anti-ulcéreuses et antioxydantes.

Usages thérapeutiques

  • Anxiété, tension nerveuse, stress, dépression (y compris post-partum), sommeil difficile, insomnie d’origine nerveuse, fatigue, asthénie
  • Douleurs nerveuses, musculaires et articulaires : névralgies, spasmes musculaires, crampes, migraine d’origine nerveuse
  • Troubles de la sphère respiratoire : toux nerveuse, toux spasmodique, catarrhe bronchique
  • Troubles gynécologiques : syndrome prémenstruel, dysménorrhée, règles douloureuses, douleurs utérines
  • Préparation à l’accouchement (une semaine grand maximum avant le terme)
  • Troubles cutanés : irritation, peaux sèches et fragiles, coupure, rides, brûlure
  • Frigidité, impuissance, anorgasmie

Modes d’emploi

  • Voie cutanée diluée
  • Olfaction
  • Diffusion atmosphérique (si vous êtes riche ^^)

Contre-indications, remarques, usages alternatifs

  • Ni chez la femme enceinte (sauf la dernière semaine), ni chez le nourrisson et l’enfant.
  • Des réactions cutanées allergiques sont possibles, ainsi que nausée et maux de tête à fortes doses (mais vue la taille des flacons d’absolue de jasmin, cela devrait vous dissuader d’en faire un usage massif ^^).
  • Il va sans dire qu’employer le jasmin en aromathérapie peut rapidement s’avérer coûteux. C’est pourquoi je vous propose quelques alternatives économiques :
    -Les fleurs sèches de jasmin restent relativement peu onéreuses et offrent l’intérêt de pouvoir être employées par voie interne (en infusion, compter 5 à 10 g de fleurs sèches par litre d’eau).
    -Ces mêmes fleurs peuvent faire l’objet d’une macération dans l’huile d’olive. Le mode de fabrication est identique à celui de l’huile rouge.
    En Asie, on utilise les fleurs pour aromatiser certains desserts et parfumer le thé noir.

  1. Il était presque normal qu’une telle plante ait vu le jour près de la chaîne himalayenne dont on sait qu’elle abrite la demeure de certains dieux.
  2. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome , p. 149
  3. Ibid.
  4. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, p. 175

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Découvrez d’autres sacrés parfums ! :)

Bienvenue aux Indes avec le patchouli !

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Comme toute plante, le patchouli a une histoire. C’est elle que je vais maintenant vous narrer, aussi imparfaite qu’elle soit.
Quelques rares allégations attestent de l’introduction du patchouli en Europe au temps des croisades, mais, semble-t-il, il est alors peu remarqué et trouve refuge dans quelques jardins. Tout ceci est fort étrange, je n’ai jamais découvert une seule mention à son sujet dans les sources médiévales que je consulte. A mettre sur la liste des points d’interrogation, donc. Bref. Il est vrai que cette plante assez discrète et peu odorante n’est pas très enviable de prime abord, contrairement à nombre de ses cousines de la famille des Lamiacées qui, pour peu qu’on les frôle, exhalent leur parfum : la sauge, la lavande, le romarin et le thym, pour n’en citer que quelques-unes.
En réalité, il est plus probable d’imaginer l’importation du patchouli à une époque plus tardive puisque, dit-on, Napoléon Bonaparte l’aurait rapporté d’Égypte après les campagnes des pyramides, soit au tout début du XIX ème siècle. On le retrouve mentionné un peu plus tard, en 1826, dans une revue de pharmacie sous le nom de patchouly, un mot qui s’inspire de la façon dont on désigne cette plante en Inde et qui veut tout simplement dire « feuille verte ». On l’appellera aussi pogostémon, en référence à ses étamines barbues (sous l’apparence scientifique du latin se cache très souvent une évidence triviale).
En Inde, et dans une bonne partie du sud-est asiatique, le patchouli revêt une grande importance. Par exemple, il était interdit aux castes inférieures de l’employer. Chasse-gardée des brahmanes, il est donc l’apanage du domaine religieux. Très souvent, les épouses des brahmanes se livraient à la peinture corporelle rituelle au henné (Mehndi), dessinant sur la peau d’exquis dessins et se parfumant au patchouli. C’était souvent là, d’un point de vue liturgique, une manière de signifier l’enfantement. En effet, le patchouli porte en lui des symboles d’amour, de fertilité et de prospérité.

Au XIX ème siècle, les comptoirs commerciaux anglais des Indes firent transiter jusqu’en Europe les soies et lainages du Cachemire, dont la particularité était qu’on les emballait dans des feuilles de patchouli qui les garantissaient de l’attaque des mites durant le voyage. Le parfum des feuilles sèches du patchouli ne laissa pas les Anglaises indifférentes, puisqu’elles finirent par les utiliser elles aussi pour parfumer le linge dans les armoires, sous forme de pots-pourris. Où l’on voit que le patchouli est passé du statut d’insectifuge à celui de déodorant. En France, le patchouli va connaître un destin quelque peu différent. En effet, il fut rapidement adopté, comme parfum, par les demi-mondaines parisiennes, des femmes aux mœurs légères entretenues par les riches bourgeois des boulevards de Paris. C’est le patchouli qui est évoqué par Flaubert dans Madame Bovary (1857). Plus tard, c’est sous la plume de Zola, dans Nana (1880), un roman qui raconte la vie d’une lorette (une prostituée) parisienne, que le patchouli sera convié à nouveau. C’est souvent ce qui arrive aux parfums sacrés, ils tombent assez rapidement dans le monde profane (c’est ce que j’indique du reste dans l’un de mes livres). C’est pourquoi le patchouli eut dès lors mauvaise réputation durant une bonne partie du XX ème siècle en Europe, avant de tomber sous la houlette du mouvement hippie des années 60-70. Le patchouli est donc devenu la signature parfumée d’une certaine libération des mœurs. Malgré cette aura licencieuse, le patchouli sera rapidement employé en parfumerie (YSL, Thierry Mugler…), en raison de l’arôme atypique de son huile essentielle, qu’il est temps maintenant d’aborder d’un point de vue thérapeutique.

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Le patchouli en aromathérapie

Huile essentielle : description et composition

Avant d’être distillées, les feuilles fraîches sont séchées puis fermentées. Après distillation, cette huile essentielle est vieillie en fût afin qu’elle perde de son amertume. De composition biochimique peu commune, cette huile essentielle est adepte du 1/3 (sesquiterpénols) – 2/3 (sesquiterpènes). De couleur jaune brunâtre ou rougeâtre, parfois verdâtre, l’huile essentielle de patchouli peut être légèrement visqueuse, épaisse et dense (0,95-0,97).
Puissant et persistant, son parfum peut répondre aux adjectifs suivants : épicé, ambré, musqué, âcre, terreux, tourbeux. Transparaissent aussi des notes de bois fumé et de mousse en décomposition. Le rendement, assez élevé, est compris entre 2,5 et 3 %.

Propriétés thérapeutiques

  • Tonique veineuse et lymphatique, décongestionnante veineuse et lymphatique, phlébotonique, favorise le retour veineux
  • Anti-infectieuse (aléatoire) : antifongique
  • Antiparasitaire, insectifuge
  • Anti-inflammatoire superbe
  • Cicatrisante, régénératrice cutanée, régulatrice des excès de sébum
  • Selon les doses : calmante/sédative et tonique/stimulante
  • Aphrodisiaque
  • Stomachique, carminative
  • Anti-allergique
  • Décongestionnante prostatique

Usages thérapeutiques

  • Troubles circulatoires : insuffisance veineuse, jambes lourdes, varices, fragilité capillaire, hémorroïdes, rétention d’eau, cellulite, congestion du petit bassin
  • Troubles gastro-intestinaux : inflammation des muqueuses, infections intestinales, entérocolite infectieuse
  • Troubles génito-urinaires : règles douloureuses ou tardives, congestion et adénome prostatiques
  • Inhibition de la lactation (sevrage du nourrisson)
  • Troubles cutanés d’étiologies diverses : acné, psoriasis, eczéma, impétigo, herpès labial, mycoses, parasitose (gale), crevasses, gerçures, escarres, cicatrice, rides, peaux sèches, asphyxiées, grasses
  • Soins capillaires : chute de cheveux
  • Insectes : répulsif (mites, moustiques), piqûres
  • Frigidité, impuissance
  • Asthénie, épuisement

D’un point de vue psycho-émotionnel…

L’on peut dire du patchouli qu’il cherche à nous faire prendre notre temps. Pensez donc ! Son parfum ne se manifeste véritablement qu’une fois à l’état sec (alors que c’est très souvent l’inverse avec les plantes aromatiques). Ce laps de temps durant lequel la dessiccation s’opère autorise une certaine forme de retenue, de concentration. En effet, le patchouli condense ses arômes pour mieux nous aider au rassemblement de nos pensées. Il est donc tout indiqué aux esprits volatiles et pressés. On comprend mieux pourquoi cette plante fut adoptée par les adeptes du « flower power ». Pas de stress avec elle, elle sait bien apaiser les émotions. Il n’y a donc pas urgence. Voyez, lors de sa distillation, le patchouli attend une bonne demi-heure avant de délivrer ses premières molécules. Il est donc parfait pour nous accompagner durant une séance de méditation par exemple.

Modes d’emploi

  • Voie cutanée : pure (sesquiterpènes et sesquiterpénols l’y autorise) et diluée
  • Voie orale raisonnée
  • Olfaction, diffusion atmosphérique

Contre-indications

  • Si cette huile essentielle est tonique à doses faibles, elle devient sédative à plus fortes doses. Méfiez-vous des dosages et du moment de la journée auquel les prises ont lieu (tonique le matin, sédatif le soir, c’est quand même mieux).
  • Très intéressante en diffusion, l’huile essentielle de patchouli, parce que capiteuse, peut devenir entêtante. Il est alors bon de la mêler à des huiles essentielles plus discrètes.
  • Attention de pas employer cette huile essentielle en cas de cancers hormono-dépendants.
  • Connue, comme nous l’avons dit, en parfumerie, l’huile essentielle de patchouli est de plus en plus utilisée en cosmétique et en savonnerie.

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Patchouli_feuilles_sèches

Le Gattilier, une huile essentielle rare à découvrir !

Gattilier

(Vitex agnus-castus)

S’il est peu plébiscité en France à l’heure actuelle, on trouve de très nombreuses sources antiques qui le concernent, ce qui va en faciliter la présentation. En revanche, sachez que j’ai fouillé et traduit en partie le web anglophone pour vous, tant sont similaires (bonjour le copier-coller !), lacunaires et incomplètes les sources françaises à son sujet. Mais elles sont à l’aune du peu d’intérêt qu’accorde la France à l’huile essentielle de gattilier.

Petit arbuste buissonnant du bassin méditerranéen (Balkans, Turquie, Crète…), le gattilier était bien connu des anciens Grecs : Hippocrate (contre blessures, tumeurs et inflammations ; en cataplasmes), mais surtout Dioscoride, qui est l’un des premiers à mentionner les propriétés emménagogues et galactogènes du gattilier, mais également ses pouvoirs anaphrodisiaques, de par son statut de plante humide et froide ; des propriétés qui sont le reflet des usages cultuels que l’on a pu faire du gattilier au temps des Grecs. Il permettait de protéger les lieux sacrés des plaisirs charnels. Ce qui ne voudrait pas dire grand chose si l’on omettait d’indiquer que le gattilier était placé sous le patronage de la déesse Héra, qui « apparaît aux yeux des Grecs comme la déesse du mariage légitime, la protectrice de la fécondité du couple et […] de la femme en couches » (1). Associer cette plante à cette déesse, cela en dit long sur le niveau de connaissance des anciens à son sujet. A l’automne, lors des Thesmophories, les jeunes filles s’ornaient de fleurs de gattilier pour conserver intactes leur pureté et leur virginité. De même, « les Athéniennes s’en faisaient une couche pour obtenir à son simple contact de rester chastes durant la fête des Thesmophories » (2), pour lesquelles continence absolue et jeûne rituel étaient de mise. Pour être plus précis, c’était surtout les prêtresses de Déméter qui officiaient de la sorte à cette période de l’année, bien qu’à travers cette pratique liturgique il ne s’agissait pas d’assurer à la femme l’infertilité (Déméter, voyons ! ^^), une nécessaire abstinence étant vue comme une phase préparatoire à la fertilité dont on écartait symboliquement les hommes par les pouvoirs anaphrodisiaques du gattilier.
Les idées de chasteté et de pureté sont indissociables du gattilier puisqu’elles sont inscrites dans une portion de son nom latin même : agnus-castus. Déjà, Dioscoride surnommait cette plante agnos, un mot grec qui signifie chaste. En latin, castus rend compte de la chasteté, mais il y a eu une grosse confusion entre agnos et agnus (agneau en latin), d’où le nom vernaculaire d’agneau-chaste que porte parfois le gattilier, ce qui, bien évidemment, ne veut rien dire mais reste cocasse.
Agnus-castus exprime donc assez bien le pouvoir anaphrodisiaque de la plante. Mais cela serait oublier le mot vitex, provenant d’un autre mot grec, vieo, qui veut dire tresser, en raison de la souplesse des rameaux que porte la plante et dont on tirait bénéfice dans la vannerie, mais aussi dans la fabrication de liens (ce qui s’explique par un autre mot grec désignant la plante, lugizô, qui veut dire lier), une propriété que la mythologie grecque évoque depuis le temps d’Homère au moins ! Rappelons-nous de l’épisode durant lequel Ulysse attacha ses compagnons sous le ventre des moutons du cyclope Polyphème avec des rameaux de gattilier ! C’est avec ces mêmes rameaux qu’Achille ligota les fils de Priam dans les forêts du mont Ida.
Il n’est pas ridicule de dire que le gattilier représente une entrave pour l’homme. Lugos, « qui fait référence aux liens est peut-être à mettre en relation avec les propriétés anaphrodisiaques attribuées à la plante » (3). Le gattilier serait donc un « noueur d’aiguillette » en quelque sorte, une pratique déjà réalisée par les Grecs anciens. Pour dire les choses simplement, le gattilier s’oppose au pouvoir génésique de l’homme mais favorise celui de la femme.

La propriété anaphrodisiaque du gattilier pour l’homme ne quittera plus la réputation de la plante. Au Moyen-Âge, il prend les sobriquets d’herbe au poivre et de poivre de moine. Les substances échauffantes, comme la roquette et le poivre, étaient bannies des monastères. Les fruits du gattilier, à l’arôme épicé et poivré, se substituèrent ainsi au poivre et permettaient aux moines de jouir d’une certaine innocuité charnelle… (Si le terme de poivre est ici utilisé, c’est surtout en rapport avec la saveur épicée et poivrée des fruits du gattilier, non pour des propriétés réservées au Piper nigrum, connu comme étant un tonique sexuel, comme le souligne, par exemple, l’expression « avoir du poivre entre les jambes »). Le gattilier est donc régulièrement cultivé dans les cloîtres médiévaux, les moines s’en faisant des ceintures (de chasteté ?) afin de s’ôter du désir de Vénus (la pratique de telles ceintures perdurera longtemps, puisqu’elle avait encore cours au XIX ème siècle !)
Au XIII ème siècle, Arnaud de Villeneuve disait que porter un couteau au manche façonné dans du bois de gattilier permettait de chasser les idées lascives et voluptueuses, alors que porter des amulettes faites de ce bois pour des raisons identiques, qu’on soit homme ou femme, existait encore au temps de Matthiole.

Le gattilier porte des feuilles digitées aux étroites folioles elliptiques dont la face inférieure est argentée. Les fleurs, couleur lilas, s’organisent en panicules lâches très parfumés. Les fruits sont des drupes grisâtres au parfum épicé. A la fois animal et floral, il est proche de l’odeur du cuir, du poivre et du citron. En France, on le rencontre surtout comme espèce ornementale dans parcs et jardins.

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Le gattilier en aromathérapie

Huile essentielle : description et composition

Si la phytothérapie emploie tantôt les feuilles du gattilier, tantôt ses fruits, ce sont surtout les rameaux fructifiés qui intéressent le distillateur. Mais la matière distillable est si rare, la culture à grande échelle tellement peu rentable, la distillation si longue (24 heures), le rendement si faible, que cela fait de cette huile essentielle un précieux produit aussi cher que l’huile essentielle de rose de Damas (il faut compter 100 € les 10 ml).
Cette huile essentielle se compose majoritairement de monoterpènes (40 %, dont 25 % de sabinène, une molécule que l’on retrouve rarement en de telles quantités dans une huile essentielle). Puis des oxydes (20 %), des sesquiterpènes (12 %), enfin quelques esters (4 %) et monoterpénols (3 %).

Propriétés thérapeutiques

  • Anti-infectieuse : antibactérienne, antifongique
  • Expectorante, décongestionnante respiratoire, mucolytique
  • Antispasmodique
  • Sédative générale
  • Positivante
  • Équilibrante de la production des hormones féminines (progestérone, œstrogène), hormon like indirecte (en liaison avec la dopamine), galactogène, emménagogue, sédative génitale masculine

Le gattilier permet « de réduire les troubles prémenstruels et de régulariser le cycle par une action sur l’hypophyse […], ce qui équilibre la production des hormones féminines […]. En revanche, il bloquerait l’action des hormones androgènes. Cet effet régularisant de la balance hormonale et stimulant de la sécrétion de progestérone en phase lutéale du cycle [après ovulation et jusqu’au dernier jour du cycle ovarien], contribue à augmenter la fertilité » (4), et sans doute à entraver de nombreuses maladies féminines contemporaines, dont beaucoup sont issues d’un déséquilibre entre progestérone et œstrogènes dominantes…

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère génitale : modération des ardeurs sexuelles chez l’homme, éréthisme génital
  • Troubles menstruels : syndrome prémenstruel, règles irrégulières, douloureuses, abondantes
  • Ménopause (bouffées de chaleur, irritabilité, maux de tête, douleurs des seins…)
  • Mastalgie, mastose
  • Spasmes intestinaux, douleur du plexus solaire
  • Palpitations
  • Insomnie d’origine nerveuse, anxiété, angoisse, dépression
  • Acné pubertaire, troubles chroniques de la peau liés à une perturbation hormonale

Modes d’emploi

  • Voie cutanée diluée (2 %)
  • Voie orale raisonnée en traitement chronique (une goutte par jour pendant trois mois)
  • Olfaction

Contre-indications

  • C’est une huile essentielle rare et chère, la plante sèche n’est pas autorisée à la vente libre en France, les teintures-mère sont de plus en plus mises sur la sellette…
  • Comme le rapporte non sans humour un petit producteur libyen d’huile essentielle de gattilier, le seul effet secondaire observable chez une femme, c’est que celle-ci tombe enceinte ! :) En revanche, son utilisation est contre-indiquée en cas de grossesse (à l’image de la sauge officinale), mais il peut être employé en cas d’insuffisance lactée.

  1. Joël Schmidt, Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, p. 90
  2. Jean Ducourthial, Flore magique et astrologique de l’antiquité, p. 182
  3. Ibid., p. 524
  4. Gérard Debuigne & François Couplan, Petit Larousse des plantes médicinales, p. 220

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Vitex

Article inédit en lecture libre !

Bonsoir :)

Afin de vous faire patienter un peu d’ici aux prochains articles (l’un évoquera une plante dont on parle peu, l’autre nous mènera en Inde ^^), je vous suggère la lecture d’un article que j’ai rédigé pour le webzine Lune Bleue à propos d’un sujet connexe à mon dernier livre, Herbes & feux de la Saint-Jean, une survivance du paganisme ?. Vous ne le trouverez que là-bas, profitez-en, il est en lecture libre et gratuite ICI ! :)

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