Le ravintsara, l’arbre aux bonnes feuilles

A Madagascar, il existe près de 12 000 espèces végétales qu’on ne trouve nulle part ailleurs sur la surface du globe. Qu’était-il donc besoin d’y implanter le camphrier, un arbre originaire d’Asie ?

Très souvent, l’Homme introduit telle ou telle espèce animale ou végétale, dans telle ou telle contrée, par volonté comme par ignorance, à des époques où on ne soucie pas encore d’écologie. Qu’on se remémore le cas du cerf en Nouvelle-Zélande, du lapin en Australie ou du rat sur les Îles Kerguelen. Mais aussi la renouée du Japon dont le but premier était ornemental, ainsi que tant d’autres plantes dites invasives et néfastes pour le biotope dans lequel elles s’installent, car beaucoup trop frondeuses pour que les espèces endémiques puissent rapidement s’y opposer sinon s’y acclimater.
Parfois, l’Homme trouve moyen de corriger son erreur originel (enfin, celle de ses ancêtres). Ainsi, la viande de cerf néo-zélandais est-elle exportée un peu partout dans le monde. A d’autres, on ajoute une nouvelle erreur qu’on pense susceptible de corriger la première. L’introduction du renard en Australie afin de venir à bout des lapins est à ce titre exemplaire et tragique. En France, nous ne savons pas encore quoi faire de la renouée du Japon, plante médicinale dans son pays d’origine, pour la seule et bonne raison qu’elle pousse assez souvent dans des lieux pollués.

En revanche, ce que ne surent certainement pas les personnes qui introduisirent le camphrier asiatique à Madagascar, c’est que cet arbre nous a offert un miracle que je résume à un seul mot : ravintsara.

Ravintsara

Si l’on ouvre un livre de phytothérapie classique, on sera surpris de voir nulle part de mention portant sur le ravintsara. C’est surtout grâce à l’aromathérapie qu’on connaît cette plante depuis quelques années en France, cette fameuse huile essentielle importée du lointain Madagascar. Là-bas, on en fait des usages traditionnels en médecine locale. Chez les autochtones, c’est « l’arbre aux bonnes feuilles », ce que traduit littéralement son nom (ravin = feuille et tsara = bonne).
Essayons maintenant de décrire cet arbre de la forêt malgache de la façon la plus concise qui soit. En l’abordant plus en détails, on verra qu’il se distingue grandement de son cousin, le ravensare. Comme nous l’avons dit dans un article précédent, pendant de nombreuses années, une confusion a été entretenue entre les deux arbres. Cette confusion n’existerait certainement pas si le ravintsara n’avait pas été implanté volontairement à Madagascar. Parce que oui, ce n’est pas un arbre endémique comme le ravensare. Il paraît que l’erreur qui a consisté à les confondre remonte au XVI ème siècle. Mais, par ailleurs, il est dit que le ravintsara a été installé sur l’île au XVII ème siècle. Il y a comme un bug. Là encore, certains auteurs formant le fleuron de l’aromathérapie française commettent apparemment des bourdes qu’il vaut mieux éviter de répéter ici. Aussi, laissons la parole à un spécialiste des huiles essentielles malgaches, Simon Lemesle : « Introduit à Madagascar, le ravintsara est en réalité un camphrier originaire d’Asie qui a développé, sur les Hautes Terres de Madagascar, une composition biochimique spécifique. » L’histoire de la botanique n’est pas chose simple, elle l’est d’autant moins quand il s’agit de celle de l’aromathérapie. Difficile alors de ne pas se perdre dans un dédale truffé d’erreurs en tous genre. En effet, le ravintsara, comme son nom latin nous l’indique, est un camphrier, Cinnamomum camphora. Mais, à la différence de son cousin asiatique, le ravintsara, à travers son huile essentielle, est dénué de camphre, tandis que l’huile essentielle de camphrier asiatique en contient parfois 50 %.

Voici un petit organigramme permettant d’y voir plus clair. On notera qu’en France on connaît surtout les types I, II et V.

organigramme camphrier

1. Huile essentielle de ravintsara : description et composition

Comme beaucoup d’huiles essentielles, celle de ravintsara est incolore, fluide et mobile. A vue de nez, on dirait de l’eucalyptus ! Mais pas vraiment en fait. Si eucalyptus globuleux, eucalyptus radié et ravintsara partagent la présence massive de 1.8 cinéole (ex eucalyptol) dans leur composition biochimique respective, on verra que le ravintsara affiche une représentation moléculaire qui lui est spécifique. Cela fait que l’huile essentielle de ravintsara est fraîche sans être agressive ni piquante comme peuvent l’être les huiles essentielles des deux eucalyptus cités ci-dessus.
La distillation des feuilles, qui dure généralement entre 3 à 5 heures, permet d’obtenir un rendement situé entre 1,5 et 2 %. Le prix indicatif pour un flacon (10 ml) d’huile essentielle de ravintsara de très bonne qualité est généralement compris entre 10 et 12 €, comme c’est le cas dans un commerce de détail comme celui-là.

Le petit tableau suivant permet de rendre compte des disparités qui existent dans la composition des huiles essentielles d’eucalyptus globuleux, d’eucalyptus radié et de ravintsara. Ces molécules sont presque toutes présentes dans nos trois huiles essentielles. Mais du fait des variations de proportion, on obtient donc bien trois produits distincts.

Tableau comparatif des HE d'eucalyptus globulus, eucalyptus radié et ravintsara

2. Propriétés thérapeutiques

  • Anti-infectieuse : antibactérienne, antifongique, antivirale (+++), immunostimulante
  • Anticatarrhale, mucolytique, expectorante
  • Neurotonique, stimulante intellectuelle, positivante
  • Stimulante du système lymphatique
  • Apaisante, inductrice du sommeil
  • Spasmolytique
  • Anti-inflammatoire

3. Usages thérapeutiques

  • Trouble de la sphère respiratoire : encombrement bronchique, toux, maux de gorge, angine, rhume, rhino-pharyngite, bronchite, sinusite, coqueluche, refroidissement
  • Affections virales : grippe (préventif et curatif), herpès, hépatite virale A et B, entérite virale, gastro-entérite, mononucléose, choléra, zona
  • Troubles musculaires : fatigue musculaire, contractures
  • Déficience immunitaire grave
  • Asthénie nerveuse et physique, épuisement, burn out, dépression, insomnie
  • Stases veineuses, jambes lourdes
  • Mycoses (tinea pedis)

4. Modes d’emploi

  • Voie orale
  • Voie cutanée diluée (certains aromathérapeutes procèdent à des embaumements vivants d’huile essentielle pure)
  • Diffusion atmosphérique, inhalation, olfaction

5. Contre-indications et remarques

  • Huile essentielle déconseillée durant les trois premiers mois de grossesse.
  • En geste d’urgence, elle peut être employée pure sur la peau, jouissant d’une excellente tolérance cutanée.

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Le khella, un am(m)i du coeur

Ammi_visnaga_Khella

La réputation antispasmodique du khella n’est plus à faire, elle remonte à l’Égypte pharaonique. Aujourd’hui encore, cette plante fait partie de la pharmacopée de la médecine traditionnelle marocaine. Tout cela, en effet, parce qu’on trouve le khella sur le pourtour méditerranéen, çà et là, en Espagne comme dans le sud de la France.

Très semblable à la carotte, le khella fut autrefois nommé Daucus visnaga (daucus = carotte). Cependant, il s’en distingue par sa hauteur (80-120 cm) ainsi que par le nombre très élevé de rayons qui composent ses ombelles. Contrairement à la carotte, ils s’écartent par temps humide, attendant un temps plus sec pour se recroqueviller en forme de nid, lorsque les semences parviennent à maturité. Ce sont ces mêmes rayons qui, à l’état sec, sont traditionnellement employés comme cure-dents (Espagne, Maroc).

Le nom latin du khella – Ammi – nous renseigne sur son aire de prédilection, le sable (ammos). Effectivement, les terrains sablonneux sont ce que le khella affectionne tout particulièrement.

1. Huile essentielle : description et composition

Comme c’est le cas de beaucoup d’autres plantes issues de la famille des Apiacées (carotte, cumin, carvi, coriandre, etc.), ce sont les semences du khella que l’on distille. On obtient alors un liquide incolore à la douceâtre odeur de pomme (1) mêlée à la touche anisée typique d’un bon estragon.

  • Monoterpénols : 38 à 40 %
  • Esters : 24 à 40 %
  • Monoterpènes : 6 %
  • Furanocoumarines, pyrocoumarines, chromones

2. Propriétés thérapeutiques

  • Antispasmodique des fibres lisses. Par voie de conséquences : bronchodilatatrice, urétérodilatatrice, coronarodilatatrice. Décontracturante, musculotrope
  • Apéritive, carminative
  • Modératrice du SNC, négativante
  • Anticoagulante

3. Usages thérapeutiques

  • Troubles cardiovasculaires et circulatoires : infarctus du myocarde, angine de poitrine, insuffisance coronarienne, artériosclérose, hémogliase
  • Troubles de la sphère respiratoire : asthme, toux sèche, coqueluche
  • Troubles de la sphère rénale et urinaire : colique néphrétique, lithiase urinaire
  • Colites (spasmodiques, hépatiques)
  • Vitiligo

4. Modes d’emploi

En aromathérapie :

  • Voie interne
  • Olfaction, inhalation, diffusion atmosphérique
  • Voie externe (sous condition)

En phytothérapie :

  • Teinture-mère
  • Infusion, décoction
  • Pommade

5. Contre-indications

  • Pas en cas de prise d’anticoagulants, l’huile essentielle de khella en amoindrirait les effets.
  • Pas d’exposition au soleil après usage cutané en raison de la présence de coumarines photosensibilisantes.

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Le ravensare, arbre-médecine malgache

Certains sites proposant des produits qu’on emploie couramment en aromathérapie se fendent de conseils attentifs, mais en prévenant le consommateur, ils font, dans le même temps, des erreurs qui alimentent encore plus la confusion. C’est le cas du ravensare. En lieu et place de cette orthographe, on trouve ravensara, et ravintsare au lieu de ravintsara. Ravensara et ravintsara, à l’orthographe particulièrement proche, ne peuvent que davantage brouiller les pistes. Ce sont alors compositions biochimiques, propriétés et usages thérapeutiques qui tombent dans le domaine de l’aléatoire. Et, on le sait, l’aléatoire n’a pas sa place en aromathérapie, où le danger consistant à employer une huile à la place d’une autre est bien réel. Il nous appartient donc de débroussailler ce terrain afin de rendre les choses claires au lecteur.

Ravensare_1

Tout d’abord, parlons un peu du ravintsara. C’est un arbre originaire d’Asie qui porte le nom de Cinnamomum camphora, autrement dit c’est un camphrier, arbre de la famille des Lauracées. Il a été introduit sur le sol malgache, contrairement au ravensare, un autre arbre de la même famille botanique, qui, lui, est endémique de Madagascar (Hautes Terres). Les deux dénominations latines permettent de les distinguer nettement. Mais, au fait qu’on distille les feuilles de ces deux lauracées tout deux implantés à Madagascar s’ajoute la proximité orthographique vernaculaire – ravensare et ravintsara. Tout cela a occasionné les erreurs qu’ont faites des sommités dans le domaine de l’aromathérapie (Baudoux, Franchomme, etc.). Encore aujourd’hui, on trouve des informations totalement erronées dans divers articles dont la lecture rend bien compte des mauvais chemins à travers lesquels se sont fourvoyés leurs auteurs.

Pour ne rien arranger, on a « inventé un autre ravensare, Ravensara anisata. Or, Ravensara aromatica et Ravensara anisata sont une seule et même espèce. De plus, en ce qui concerne le ravensare, contrairement au ravintsara, on ne distille pas que les feuilles mais également l’écorce ! Et cette huile essentielle extraite de l’écorce n’est autre que celle qu’on a appelé Ravensara anisata, comme s’il s’agissait d’un autre arbre alors que non !

Lauracées_ravintsara_ravensare

Ceci étant posé, attachons-nous maintenant à présenter l’huile essentielle de ravensare, tout en nous départissant des erreurs disponibles dans certains ouvrages.

Ravensare_2

1. Huile essentielle : description et composition

Liquide limpide, souple et incolore, l’huile essentielle de ravensare, en première olfaction – ou mieux, en massage radial – dégage un parfum où se mêlent des notes d’anis, de pin et de citron. C’est légèrement boisé et épicé, chaud sans excès. Effectivement, quand on observe la composition biochimique de cette huile essentielle extraite des feuilles, on note la présence de limonène (20 %) que l’on retrouve dans l’essence de citron entre autres, de myrcène, d’alpha-pinène, de béta-pinène et de delta-3-carène (20 %) , toutes présentes dans l’huile essentielle de pin sylvestre, enfin de phénols méthyl-ether (7 %), une famille moléculaire que nous avons abordée à travers l’article sur l’huile essentielle d’estragon. On est donc très loin, olfactivement parlant, du parfum de l’huile essentielle de ravintsara. Riche en 1.8 cinéole, elle se rapproche davantage d’un eucalyptus radié. Aussi, d’un point de vue olfactif, on ne peut confondre ravensare et ravintsara.

Il s’agit là d’une analyse de la composition de l’huile essentielle de ravensare « feuilles ». Le ravensare « écorce » est tout différent puisqu’il contient en grande quantité du méthyl chavicol (estragon, basilic) et de l’anéthole (fenouil, badiane).

2. Propriétés thérapeutiques

  • Tonique générale, positivante, immunostimulante

  • Antivirale puissante (?)

  • Relaxante, anxiolytique, rééquilibrante nerveuse

  • Anti-inflammatoire, antalgique

3. Usages thérapeutiques

  • Douleurs articulaires et musculaires, arthrite, arthrose, polyarthrite

  • Fatigue, asthénie

  • Stress, angoisse, insomnie d’origine nerveuse

4. Modes d’emploi

  • Voie cutanée diluée

  • Olfaction, inhalation, diffusion atmosphérique

5. Contre-indications et remarques

  • Cette huile essentielle ne présente pas de contre-indications majeures aux doses physiologiques normales. Cependant, certains composants (limonène, alpha-pinène) sont à même d’irriter la peau. On préconise généralement de ne pas l’employer durant la grossesse, tout du moins les trois premiers mois.

  • Pour finir, parlons un peu de l’huile essentielle extraite de l’écorce du ravensare, que l’on surnomme havozo. Elle est principalement oestrogen like, antispasmodique, digestive et antalgique. Mais compte tenu du fait que sa production entraîne la disparition de l’arbre, elle est relativement rare et précieuse. Ayant un profil biochimique proche de l’huile essentielle de basilic tropical, on préférera cette dernière, plutôt que de courir le risque de voir la flore malgache être détruite peu à peu.

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La gaulthérie, mignonne mais dure à cuire

Parente proche de la myrtille et de la bruyère, il est de plus en plus fréquent de trouver la gaulthérie chez les fleuristes et pépiniéristes, où le rouge écarlate de ses fruits le dispute au vert soutenu de son feuillage. Il est vrai que cette petite plante tapissante ne manque pas d’atouts au niveau ornemental. Petit arbrisseau rampant, d’où son qualificatif de « couchée », la gaulthérie pousse dans les bois et les zones humides, sablonneuses et acides d’Amérique du nord.
Son feuillage, vernissé et coriace, est persistant, ce qui vaut à la gaulthérie d’être surnommée wintergreen. Elle développe un fort arôme lorsque ses feuilles sont froissées. Ses fleurs en clochettes sont généralement blanches mais peuvent être parfois légèrement rosâtres. Elle peut fleurir en l’absence de lumière, ce qui donne une petite idée de la force vitale dont elle est investie.

Gaulthérie

Différentes tribus amérindiennes du Canada connaissaient bien la gaulthérie, en particulier ses propriétés anti-inflammatoires et fébrifuges (fièvres intermittentes, maladies infectieuses, migraines, blessures, sciatique…). Les Algonquins en mâchaient les feuilles comme stimulant pour effacer la fatigue. Les Inuits confectionnaient des tisanes de feuilles de gaulthérie contre les inflammations douloureuses, raison pour laquelle on appelle parfois la gaulthérie « thé du Canada ».
Au début du XIX ème siècle, un pharmacien français du nom de Boyveau commercialisa une préparation copiée sur le « swains panacea » des Iroquois sous le nom de Rob de Laffecteur, une préparation magistrale contenant de la gaulthérie et qui eut un succès retentissant.

Cette plante a aussi tenu un rôle dans la magie. On répandait ses feuilles fraîches dans les lieux d’habitation contre les ensorcellements et les malédictions. Comme on l’a fait d’autre plantes, des feuilles placées sous l’oreiller protège le dormeur puisque la gaulthérie est censée attirer les bons esprits.

La gaulthérie en aromathérapie

1. Huile essentielle : description et composition

Ce sont les petites feuilles vernissées de la gaulthérie qui intéressent le distillateur. Elles sont tout d’abord placées dans de l’eau chaude pendant une nuit entière. Durant ce laps de temps une fermentation enzymatique se produit. Enfin, elles sont distillées pendant 2 à 3 heures. Après distillation, on obtient une huile plus dense que l’eau (1,18 à 1,20), d’une couleur jaune pâle à légèrement rosâtre (certains auteurs mentionnent une couleur rouge velours foncé…???), limpide et fluide, aux notes de caramel et de cuir de Russie. Son parfum n’est pas forcément des plus agréables. Ceux qui ont déjà utilisé des bains de bouche comme Synthol ou des crèmes telles que Baume Arôma des laboratoires Mayoly Spindler devraient reconnaître son odeur puisqu’on trouve dans l’un et l’autre de ces produits la principale molécule contenue dans l’huile essentielle de gaulthérie couchée, le salicylate de méthyle. A son sujet, sachez qu’on le trouve en proportion très importante dans cette huile essentielle, jusqu’à 99,80 % parfois. Ce qui fait que cette huile essentielle est la proie des faussaires ; en effet, il est possible de « fabriquer » de la fausse huile essentielle de gaulthérie par adjonction ou substitution de salicylate de méthyle de synthèse. Les falsificateurs ne reculent donc devant rien, d’autant plus étonnant que le rendement élevé, de l’ordre de 1,5 à 2 %, fait de cette huile un produit assez courant et pas aussi cher que d’autres huiles essentielles plus rares. Par ailleurs, on trouve des traces d’une douzaine d’autres molécules aromatiques qu’on connaît en fortes proportions dans d’autres huiles essentielles (alpha-pinène, linalol, 1.8 cinéole…).

2. Propriétés thérapeutiques

  • Antalgique, analgésique, anti-inflammatoire, antirhumatismale
  • Vasodilatatrice, hypotensive
  • Anticoagulante, anti-agrégeante plaquettaire
  • Hépatoprotectrice, régénératrice hépatique
  • Astringente, vulnéraire, rubéfiante
  • Fébrifuge, antitussive
  • Stimulante puis négativante
  • Antiseptique

3. Usages thérapeutiques

  • Pathologies propres aux muscles, os, tendons et cartilages : tendinite, arthrite, arthrose, polyarthrite rhumatoïde, épicondylite, rhumatisme, crampes et contractures musculaires, courbatures, lumbago, entorse, élongation, entraînement du sportif avant et après effort
  • Troubles cutanés : hématomes, ecchymoses, contusions, blessures, plaies, prurit, eczéma
  • Troubles cardiovasculaires : artériosclérose, hypertension, péricardite, coronarite
  • Troubles hépatiques : fatigue hépatique, petite insuffisance hépatique, migraines d’origine hépatique
  • Douleurs dentaires

4. Modes d’emploi

  • Voie orale avec mesure
  • Voie cutanée diluée

5. Précautions d’emploi, contre-indications et autres remarques

  • Jamais chez les personnes sous traitement anticoagulant (le salicylate de méthyle est un précurseur de l’aspirine et peut augmenter les effets d’un traitement anticoagulant). Elle sera donc contre-indiquée chez les personnes allergiques à l’aspirine et, par voie de conséquence, proscrite chez les personnes présentant des syndromes hémorragiques, les personnes hémophiles, ainsi que celles se préparant à une intervention chirurgicale lors de laquelle des saignements importants sont toujours possibles.
  • Jamais chez les personnes présentant un ulcère gastrique ou duodénal, une gastrite, une hernie hiatale.
  • L’huile essentielle de gaulthérie est tératogène (autrement dit, elle fabrique des monstres) : elle est donc interdite durant la grossesse, augmentant le nombre de mort-nés, altérant le développement des reins chez le fœtus. Aussi, femmes enceintes, oubliez-la ! Même l’enfant en dessous de dix ans l’évitera !
  • Le salicylate de méthyle fait partie de la famille des esters monoterpéniques. Bien que ces molécules ne soient pas toxiques aux doses physiologiques, il est nécessaire de diluer cette huile essentielle car des irritations cutanées, des érythèmes et des sensations de chaleur sur la peau sont possibles.
  • A noter : l’huile essentielle de gaulthérie odorante (Gaultheria fragrantissima) possède les mêmes propriétés que la gaulthérie couchée, la seule différence portant sur son parfum. Sa sphère d’action s’étend encore davantage sur les troubles cutanés (ecthyma, pityriasis, dermatoses). Draineuse rénale et biliaire, elle aurait une action sur les lithiases ainsi que sur les coliques néphrétiques.

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Le saule, l’hôte des bords de rivière

Synonymes : saule argenté, saule commun, osier blanc, aubier, etc.

Comme nous l’indique sa racine celte sa-lis (ou salik) qui signifie « près de l’eau », le saule affectionne particulièrement les abords des lieux tempérés de l’ensemble de l’hémisphère nord, en bordure de rivières et de ruisseaux, sur terrains frais et humides, voire même marécageux. Si l’écorce du tronc est épaisse, rugueuse et crevassée, elle contraste très fortement avec la souplesse de ses rameaux jaune orangé. Dès le mois de mars, ils se couvrent de fleurs, des chatons verdâtres ou jaunâtres qui peuvent être mâles ou femelles sur le même pied. Ce n’est qu’ensuite que viennent les feuilles. Pointues et lancéolées, légèrement dentées, elles présentent une face vert brillant au-dessus et une autre, velue et argentée, au-dessous, d’où le nom de saule argenté que porte parfois cet arbre.

Saule_chaton

La réputation du saule n’est plus à faire. Assyriens et Babyloniens virent déjà dans le saule blanc un moyen de lutter contre les fièvres intermittentes. En compagnie du cyprès, le saule dominera la pharmacopée d’alors.
Mentionné dans l’Iliade, les premiers Grecs à faire état du saule d’un point de vue médical sont Hippocrate (qui conseillera ses feuilles contre les affections rhumatismales et fébriles) et Théophraste. Au tout début de notre ère, il est repéré par Dioscoride pour ses vertus astringentes, cicatrisantes et antalgiques. Parallèlement, le latin Pline lui accordera même la propriété d’être un sédatif génital. Il signale dans son Histoire naturelle que « les feuilles pilées et prises en boisson modèrent les excès amoureux et un usage répété les éteints complètement. »
Au Moyen-Âge, Hildegarde de Bingen indiquera que, selon elle, le saule suscite mélancolie et amertume. Pour l’abbesse, le saule n’a pas bonne presse si l’on en croit ce qu’elle écrit dans Le livre des subtilités des créatures divines : « Le saule est froid ; il est image des vices, parce qu’il semble beau ; il n’est pas très utile pour les hommes, si ce n’est qu’il les accompagne dans certaines choses extérieures (Lesquelles ? La vannerie ?), et il ne vaut rien pour les médicaments, car son fruit et sa sève sont amers et ne valent rien pour l’homme ; si celui-ci en mangeait, il ferait naître en lui de l’amertume et y diminuerait la santé et la joie. » En disant cela, elle semble préparer le terrain au Docteur Bach qui mettra au point, huit siècles plus tard, l’un de ses fameux élixirs, willow, dont il dit ceci dans son principal ouvrage : « Pour ceux qui ont souffert de l’adversité et de l’infortune et ne peuvent s’y résigner sans plainte ni ressentiment, car ils jugent surtout la vie en fonction de sa réussite. Ils ont le sentiment de n’avoir pas mérité une si grande épreuve, trouvent cela injuste et s’aigrissent. Il arrive souvent qu’ils prennent moins d’intérêt et s’occupent moins activement des choses auxquelles ils trouvaient auparavant plaisir » (La guérison par les fleurs, p. 107). Même si elle n’est pas mentionnée explicitement par Bach, l’amertume apparaît néanmoins en filigrane, et ses paroles semblent faire étrangement écho à celle de Hildegarde…
Avec elle, nous avons quelque peu effleuré la Théorie des Signatures. De l’observation du saule dans son biotope, on peut tirer plusieurs conclusions :

A : puisque le saule pousse les pieds dans l’eau de marécages infestés par la malaria, c’est qu’il doit être capable de lutter contre cette maladie.
B : du fait que ses racines baignent dans l’eau, c’est qu’il doit être efficace contre les maladies « aux pieds mouillés ».
C : si l’on considère la souplesse de ses rameaux (qui constituent l’osier), on peut prétendre que l’écorce de ces mêmes rameaux est susceptible de lutter contre les douleurs articulaires et rhumatismales.

En réalité, ces trois signatures se vérifient d’un point de vue thérapeutique :

A’ : le saule est fébrifuge, bien que son action soit moins puissante que celle du quinquina, dont l’écorce de saule partage l’amertume.
B’ : le saule lutte contre rhumes et grippes.
C’ : enfin, il possède des propriétés anti-inflammatoires, antirhumatismales et antalgiques qui viennent à bout de rhumatismes, arthritismes et autres névralgies rhumatismales.

Comme nous le constatons, contrairement à Hildegarde, certains auteurs ont vu dans l’amertume du saule de bons présages. Si l’on date la réputation fébrifuge du saule au XVII ème siècle, il est bon de ne pas oublier que Hippocrate connaissait déjà cette propriété propre au saule. Peut-être est-ce l’ensemble de ces observations empiriques qui permirent l’étude scientifique du saule. Quoi qu’il en soit, au cours du XVIII ème siècle, on ne compte plus les praticiens qui en font l’éloge. Si le siècle des Lumières sonne la reconnaissance des vertus curatives du saule, c’est le XIX ème siècle qui va les mettre scientifiquement en évidence. Tout d’abord, en 1829, Leroux, un pharmacien français, isolera de l’écorce du saule l’un de ses principes actifs, la salicine. A cette même époque, un autre pharmacien, suisse celui-là, obtiendra par distillation de fleurs de reine des prés l’aldéhyde salicylique. On se rendra compte que salicine et aldéhyde salicylique possèdent la même structure de base. Par oxydation de cet aldéhyde, l’Allemand Lönig obtiendra l’acide salicylique dont Guerland procédera à la synthèse dans les années 1850-1860. Ce n’est qu’en toute fin de XIX ème siècle (1897) que Hoffmann, alors chimiste chez Bayer, mènera la fabrication à l’échelle industrielle de l’acide acétylsalicylique, autrement dit l’aspirine. Cette dernière fera oublier le saule pendant un bon moment. Or, le revers de la médaille, c’est que l’aspirine s’oppose à la coagulation normale du sang et peut présenter des risques d’irritation de la muqueuse gastrique, avec hématémèse à la clé à hautes doses (ce que m’a confirmé une amie médecin gastro-entérologue de ma connaissance). Ainsi, on a longtemps indiqué aux femmes durant leurs règles et aux hémophiles d’éviter le saule en usage interne. Seulement, plusieurs études ont montré que, d’une part, le saule n’augmente pas le flux sanguin et que, d’autre part, il n’irrite pas l’estomac, bien au contraire il est préconisé pour corriger l’acidité gastrique et le pyrosis. Cependant, on déconseillera le saule aux personnes allergiques à l’aspirine et à ses dérivés.

Saule_rameaux

En Occident, si l’on a pu dire du saule (pleureur surtout) qu’il avait un rapport étroit avec la mort, c’est à sa morphologie qu’il doit cette particularité. La dimension funeste du saule demeure vivace dans certains régions du monde. En Russie, on dit que « qui plante un saule dans son jardin prépare une bêche pour creuser sa tombe », alors qu’en Angleterre, on s’interdit de faire brûler du saule dans les maisons et d’en fabriquer des badines pour guider le bétail, car cette espèce d’arbre porterait malheur.
Par ailleurs, il incarne une tout autre dimension, comme au Tibet où il joue le rôle d’arbre de vie, comme peuvent le rappeler les saules plantés devant le sanctuaire de Lhassa. En Chine, sa résistance et sa souplesse ont fait de lui un protecteur, puisqu’un rameau de saule chasserait les mauvais esprits.
Symbole de vitalité, le saule exprime merveilleusement cela à travers son aptitude à « repartir ». En effet, des rameaux de saule coupés et fichés en terre, par macrobouturage, s’enracinent et reverdissent sans peine. John Fire Lame Deer, un chaman lakota, indique dans son ouvrage De mémoire indienne que certaines huttes de sudations fabriquées avec des rameaux de saule puis abandonnées se couvraient par la suite d’un feuillage luxuriant. De même, lorsqu’un saule est décapité par la foudre, de sa base pousse tout un faisceau de jeunes rameaux.

Maléfique ici, bénéfique là, les exemples ne manquent pas :

Certains saules habités par des fées ont, dit-on, le pouvoir de déterrer leurs racines la nuit et de suivre les malheureux voyageurs égarés qu’ils effraient de leurs sourds murmures (à propos de murmures, il est bien connu qu’il ne faut jamais confier de secret à un saule, celui-ci s’empresserait de le répéter à la moindre brise entre ses feuilles…).
En Asie, le saule aura, au contraire, joué un rôle tout autre. Par exemple, Lao-tseu méditait auprès d’un saule alors que Hi-K’ang forgeait sous le même arbre. De même, chez certaines tribus indiennes des grandes plaines, le saule était un arbre sacré, symbole de renouveau : «  Le rameau que l’Oiseau apporta était une branche de saule, et elle était en feuilles. »
Ni bon, ni mauvais dans l’absolu, le saule est, sans doute, à l’instar de toutes les autres créatures, les deux à la fois. Il est tout autant la rondeur et la souplesse du panier qui porte les fruits de la terre que le fouet cinglant qui écorche…

Saules

Le saule blanc en phytothérapie

1. Parties employées et principes actifs

Du saule, on utilise l’écorce et les feuilles, ainsi que les chatons qui, selon s’ils sont mâles ou femelles, ne possèdent pas les mêmes propriétés. Les chatons mâles contiennent une hormone proche de la testostérone, les femelles un principe œstrogène. Voilà pourquoi on les préconise dans les cas d’ardeurs sexuelles. Dans l’écorce, on trouve des tannins, des flavonoïdes ainsi que de la salicine. A propos de cette dernière, on a remarqué que son action fébrifuge était moins efficace que celle de l’écorce brute. On se rend compte, une fois de plus, que le tout est supérieur en efficacité par rapport à l’un des éléments issus de ce tout. Il en va de même pour le menthol, l’eucalyptol, le thymol, etc. Toutes ces molécules agissent mieux en synergie avec celles qui naturellement les accompagnent, plutôt que seules.

2. Propriétés thérapeutiques

  • Fébrifuge
  • Antirhumatismal, analgésique, antalgique, antinévralgique, anti-inflammatoire
  • Sédatif génital
  • Tonique
  • Cicatrisant, astringent

3. Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère digestive : atonie des voies digestives, dyspepsie, gastralgie nerveuse, diarrhée chronique, manque d’appétit, aigreur d’estomac, hyperacidité gastrique, pyrosis. Le saule permet de favoriser la digestion et de fortifier l’appareil digestif.
  • Troubles articulaires et rhumatismaux : rhumatismes aigus, rhumatismes chroniques, arthrose
  • Troubles de la sphère génitale : douleurs menstruelles, leucorrhée, nymphomanie, priapisme, spermathorrée
  • Rhume, fièvre, maux de tête, grippe
  • Lithiase biliaire
  • Plaies, cors
  • Sciatique
  • Insomnie d’origine nerveuse, angoisse, anxiété

4. Modes d’emploi

  • L’écorce se prépare en décoction, en vin et en teinture-mère. Il est possible de la réduire en poudre afin de l’incorporer à une cuillerée de miel.
  • Les feuilles et les chatons, quant à eux, préfèrent l’infusion.

5. Contre-indications

En plus de celles mentionnées un peu plus haut, il est bon de savoir que la poudre d’écorce présente des effets constipants à la longue.

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La reine des prés, un précurseur de l’aspirine

Synonymes : spirée, ulmaire, herbe aux abeilles, grande potentille, vignette pied-de-bouc, barbe-de-bouc, etc…

Si certains de ces noms vernaculaires révèlent des caractéristiques propres à la reine des prés, en revanche d’autres doivent leur existence à des approximations sinon à des erreurs d’identification.

  • Ulmaire : du latin ulmus, qui signifie orme. Parce qu’on aurait constaté une ressemblance entre les feuilles de la reine des prés et celles de l’orme.
  • Spirée : en relation avec les fruits que donnent les fleurs. Ils sont composés de 5 à 9 carpelles spiralés (cf. photo ci-dessous).
  • Herbe aux abeilles : bien que la reine des prés fournisse aux abeilles un peu de pollen, elle ne secrète aucun nectar.
  • Barbe-de-bouc : par confusion avec une autre plante, Aruncus sylvester ou barbe-de-chèvre, plante qui ressemble beaucoup à la reine des prés.

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Aurait-on déjà remarqué le parfum de ses fleurs ainsi que ses propriétés thérapeutiques durant l’Antiquité ? Il semblerait que non. Pour trouver les traces écrites les plus récentes relatives à la reine des prés, il faut attendre le Moyen-Âge, et encore, elles n’ont pas trait à ses vertus médicinales. L’Antiquité et le Moyen-Âge ont ceci en commun qu’à ces époques on utilisait les inflorescences de couleur blanc crème de la reine des prés dans un seul but ornemental. Aussi en confectionnait-on des couronnes plus particulièrement employées durant les mariages, du fait de la symbolique virginale attribuée à ces fleurs.
A la Renaissance, il se pourrait bien que Rembert Dodoens ait employé cette plante, mais la confusion existant entre la barbe-de-bouc et la reine des près est telle qu’elle ne permet pas de bien rendre compte de l’identité exacte de la plante en question. Épisodiquement citée çà et là, il faut patienter jusqu’au XVIII ème siècle pour que la reine des prés fasse à nouveau parler d’elle (Haller, 1742 ; Gilibert, 1792, etc.). Au milieu du XIX ème siècle, un empirique (l’abbé Obriot de Trémilly en Haute-Marne) met en évidence les propriétés antirhumatismales et diurétiques de la reine des prés, à l’aide de laquelle il traite des hydropiques. Alerté par ces expérimentations, un médecin lyonnais, Tessier, expérimentera lui aussi la plante et parviendra aux mêmes conclusions que le curé haut-marnais. Un peu plus tard (1858), Cazin suivra avec succès son exemple. Parallèlement, on se préoccupe davantage d’une autre espèce végétale, le saule (Salix alba). En effet, c’est à un pharmacien français, Leroux, que l’on doit la découverte d’un principe actif contenu dans l’écorce du saule, la salicine (1829). Dans le même temps, un Suisse du nom de Pagenstecher s’appliquera à distiller les fleurs de la reine des prés. Il notera la présence d’un aldéhyde salicylique dans l’huile essentielle obtenue. Or il se trouve que ces deux composés ont des structures relativement analogues. De fait, saule et reine des prés pourraient-ils être dotés des mêmes vertus ? Écoutons ce que Jean-Marie Pelt pense de tout cela : « L’invasion d’un pré par la spirée signifie que celui-ci devient marécageux et peu propice au pâturage. La spirée signe ainsi à sa manière son aptitude à vivre […] les pieds mouillés ; dès lors, comment s’étonner, toujours selon l’énigmatique Théorie des Signatures, qu’elle contienne un corps apparenté à l’acide salicylique ? Ce que confirmèrent ses propriétés antirhumatismales, précisément celles qu’on avait de tout temps attribuées au saule » (Jean-Marie Pelt, Les nouveaux remèdes naturels, p. 17).
En toute fin de XIX ème siècle, Hoffmann élabore à partir d’acide salicylique l’acide acétylsalicylique, jugé moins caustique. Puis un grand laboratoire allemand, Bayer, commercialisera cette nouvelle molécule sous le nom bien connu d’aspirine, mot construit sur le nom que portait la reine des prés à cette époque : la spirée.

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La reine des près est une plante qui appartient – qui l’eut cru ? – à la famille des rosacées. Elle est vivace et se propage par l’intermédiaire d’un rhizome rouge-rosâtre. Elle est constituée de tiges raides et dressées qui lui permettent d’atteindre une hauteur maximale de 2 m. Elle possède des feuilles composées qui comptent de 2 à 9 paires de folioles dentées. Les fleurs s’organisent en corymbes mousseux de couleur crème. Elles ont généralement 5 pétales (parfois 6) et mesurent entre 4 et 8 mm de diamètre. Les boutons floraux non éclos sont vert pâle. La floraison se déroule de juin en août.
La reine des près pousse en colonies fréquentes jusqu’à 1 800 m d’altitude : prairies humides, bordures de ruisseaux, berges fertiles…

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La reine des prés en phytothérapie

1. Parties utilisées et principes actifs

La reine des prés contient une proportion variable de tannins, mais également de l’acide salicylique et probablement de l’acide citrique. Dans les fleurs se concentre une faible fraction (0,2 %) d’une huile essentielle plus lourde que l’eau, comme c’est le cas de l’huile essentielle de gaulthérie (Gaultheria procumbens), plante avec laquelle la reine des prés entretient bien des points communs, dont l’odeur. En outre, on note la présence de divers oligo-éléments (soufre, fer, calcium). S’il est vrai que les fleurs sont plus particulièrement employées, les racines et les feuilles présentent aussi des vertus médicinales.

2. Propriétés thérapeutiques

  • Diurétique rapide et efficace, activatrice de l’élimination des principes nocifs (acide urique, chlorures)
  • Sudorifique légère, fébrifuge
  • Anti-inflammatoire, analgésique, antirhumatismale
  • Astringente légère, détersive, cicatrisante
  • Tonique cardiaque
  • Somnifère
  • Cholérétique
  • Antispasmodique

3. Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère rénale et urinaire : lithiase rénale, lithiase urinaire, oligurie
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : pyrosis, inflammation des voies digestives, ulcères gastriques, diarrhée, dysenterie, acidité gastrique (de manière globale, la reine des prés réduit le taux d’acidité dans l’organisme. Sachant qu’elle pousse en milieu alcalin, c’est d’autant plus pertinent…)
  • Troubles articulaires et rhumatismaux : rhumatismes, rhumatismes articulaires aigus, arthrose
  • États fébriles, rhume
  • Cellulite, œdèmes et toute autre rétention liquidienne de l’organisme (hydropisie, ascite…)
  • Piqûres, brûlures, coupures, plaies atones, ulcères
  • Insuffisance biliaire
  • Artériosclérose

4. Modes d’emploi

  • Décoction : plus adaptée aux parties dures que sont les racines.
  • Infusion : les fleurs. Cependant, il faut veiller à les faire infuser dans une eau dont la température ne dépasse pas 80° C. Au-delà, le principal principe actif, le salicylate de méthyle, est détruit.
  • Cataplasme de feuilles fraîches.
  • Macération à froid de fleurs fraîches dans du vin.
  • Compresses d’infusion de feuilles fraîches

5. Contre-indications et usages alternatifs

  • Les propriétés anti-inflammatoires et analgésiques de la reine des prés s’exercent de manière progressive. Afin d’abaisser les quantités d’anti-inflammatoires et d’antalgiques classiques parfois trop agressifs pour l’organisme, on préconise la reine des prés, parfois en association avec le saule blanc et la gaulthérie. Cela s’explique par le fait que la reine des prés contient des dérivés d’acide salicylique. On retrouve des molécules similaires dans le saule et la gaulthérie. Si cette dernière renforce le potentiel anti-inflammatoire et antalgique de la reine des prés, en association avec le saule, ces deux plantes forment un bon remède antirhumatismal, fébrifuge et anti-grippe. En compagnie du cassis (Ribes nigrum), de la menthe poivrée (Mentha x piperita), du frêne (Fraxinus excelsior) et du romarin officinal (Rosmarinus officinalis), on peut concocter un apozème très puissant contre les troubles rhumatismaux et articulaires entre autres.
  • Bien que bardée de qualités thérapeutiques indéniables, la reine des prés ne s’adresse pas aux personnes hypersensibles aux salicylates. Enfin, chaque médaille ayant son revers, on se gardera de faire de la reine des prés un usage intensif, puisqu’elle est susceptible de provoquer des troubles cardiaques et de l’hématurie (présence de sang dans les urines).
  • Les fleurs de reine des prés procurent une saveur d’amande à l’hydromel. Mêlées à du vin blanc doux, elles le transforment en « muscat ». Elles sont aussi utilisées pour parfumer confitures, compotes et liqueurs. Enfin, l’huile essentielle extraite des boutons floraux fut autrefois employée en parfumerie.

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L’iris des marais (Iris pseudacorus), une fleur héraldique

Iris des marais (Iris pseudacorus), Yellow Iris (3)

Les Latins que sont Pline et Galien ont tous les deux évoqué une plante nommée acorus il y a 2 000 ans environ. Peut-être s’agit-il de l’acore calame que nous avons récemment présenté. Ou bien d’une autre plante, l’iris des marais ? C’est très peu probable. Quoi qu’il en soit, afin de distinguer la seconde de la première, on a attribué à l’iris des marais l’adjectif latin suivant : pseudacorus, ce qui signifie « faux-acore ».

Le « glaïeul qui porte fleurs jaunes » des Anciens se distingue très nettement de l’acore, ne serait-ce que par ses inflorescences flamboyantes qui lui ont valu les surnoms de flambe (ou flamme) d’eau. Curieusement, il porte aussi le nom de lis des marais. Expliquons pourquoi.
« Clovis, assiégé par une bande de Goths [en bordure du Rhin] ne dut son salut qu’à des iris jaunes poussant dans l’eau. Ils lui indiquèrent le gué pour s’échapper » (Michel Lis, Les miscellanées illustrées des plantes et des fleurs, p. 80). De fait, on a pensé qu’en guise de reconnaissance, Clovis en a fait la fleur symbole de la puissance royale. Ses surnoms de flambe d’eau et de lis des marais ont entretenu la confusion avec une autres espèce végétale, le lis blanc (Lilium candidium) dont on n’est pas certain qu’il ait été présent sous ces latitudes au temps de Clovis (mais que l’on retrouve en tête du Capitulaire de Villis trois siècles plus tard). Du point de vue des caractères purement morphologiques et botaniques, il suffit de comparer un lis blanc et un iris jaune pour se rendre compte qu’ils sont bien différents. Aussi, le meuble héraldique suivant, communément désigné par l’expression « fleur de lis », bien que stylisé, porte la couleur de l’iris. Il est vrai qu’une fleur d’iris porte non pas trois mais six pétales. C’est une architecture florale unique dans le monde végétal.

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« Du XII ème au XIX ème siècle, la fleur de lis est présente partout et pose des problèmes multiples […] La plupart des auteurs qui ont disserté sur les origines graphiques de la fleur de lis s’accordent pour reconnaître qu’elle n’a que peu de rapport avec le lis véritable, mais ils divergent quant à savoir si elle dérive de l’iris, du genêt, du lotus ou de l’ajonc, ou bien – hypothèses plus extravagantes encore – si elle représente un trident, une pointe de flèche, une hache, voire une colombe » (Michel Pastoureau, Le roi aux fleurs de lis, 1995). Le léopard anglais est bien un léopard, l’aigle allemand bien un aigle, mais la fleur de lis française serait une colombe ?
Cependant, il est à noter que la fleur de lis stylisée telle qu’on la retrouve dans l’héraldique médiévale est déjà présente sur des bas-reliefs assyriens datant du troisième millénaire av. J.-C. On lui attribuait alors déjà un pouvoir royal, compte tenu qu’elle décorait tiares, sceptres et colliers. Plus tard, en Europe, on aura fait de ses trois plus grands pétales un symbole de la Sainte Trinité et de sa tige un sceptre. Se peut-il que la fleur de lis stylisée ait été connue de Clovis, d’une manière ou d’une autre, et qu’il aurait reconnu en elle l’iris si prolifique, sachant qu’on voit aussi apparaître cette figure sur des pièces de monnaie gauloises, géographiquement et historiquement moins distantes que les bas-reliefs assyriens.
Mais, histoire de nous faire encore plus pédaler dans la semoule, Angelo de Gubernatis indique que le lis est associé à Vénus et aux satyres en raison de la proéminence de son pistil. Il est donc symbole de (re) génération et aurait ainsi été choisi par les rois francs comme symbole de prospérité et de fécondité. Hélas, l’iris des marais est également connu sous le nom d’herba veneria, l’herbe de Vénus…

Alors, l’iris des marais représente-t-il la fleur de lis ? Pour peu qu’on fasse pivoter une image de fleur d’iris à 180°, on obtient ceci. Comparez donc cette vision inversée avec la fleur de lis stylisée qui l’accompagne. Bluffant, non ?

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S’il a fait coulé beaucoup d’encre chez les Historiens, l’iris des marais n’a que peu été évoqué par les phytothérapeutes. Avec lui, nous n’avons pas droit à une racine finement parfumée, non. Si elle est tonique, diurétique et vermifuge, elle est aussi énergiquement purgative et vomitive. De plus, la plante est si astringente qu’elle a été employée pour le tannage du cuir. Quant à ses graines, elles servirent d’ersatz de café dont elles partagent l’arôme.

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L’acore calame, un « roseau » pas comme les autres

Synonymes : roseau aromatique, canne aromatique, calame aromatique, roseau odorant, jonc odorant, lis des marais, galanga des marais.

L’acore est-il roseau, jonc ou galanga ? Un peu des trois. Du galanga, il a les fortes racines souterraines qu’il est plus convenable d’appeler rhizome. Avec le jonc, il partage la verdeur et l’opiniâtreté. Enfin, semblable au roseau, l’acore pousse en touffes près des lieux humides. Pourtant, son rhizome n’égale en rien, par sa saveur et son parfum, celui du galanga. Contrairement au roseau cylindrique, les tiges de l’acore sont triangulaires. Quant au jonc, il a plus à voir avec le papyrus qu’avec l’acore.
Nous découvrirons de quelle manière les racines des uns et des autres se sont entremêlées au fil des siècles, à tel point qu’on ne sait plus tout à fait quoi est à qui.

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Comme l’iris, l’acore est pourvu d’un épais rhizome ramifié qui forme une souche épaisse. De couleur rosâtre, ses propriétés aromatiques lui valurent d’être utilisé pour parfumer la bière. Bien qu’un peu amer, il dégage une odeur épicée dans laquelle certains retrouvent cannelle et notes d’agrumes. Vivace, l’acore forme des touffes de feuilles vert vif en forme de glaive. Contrairement à d’autres plantes poussant près des eaux stagnantes ou courantes, l’acore possède des tiges à section triangulaire. Quant à ses inflorescences, des « épis » composés de petites fleurs à six divisions de couleur jaune verdâtre, elles ne sont pas sans évoquer le spadice de l’arum. C’est cela qui a valu à l’acore d’être rangé parmi les Aracées, la famille des arums.

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Si l’on sait que l’acore est originaire d’Asie méridionale, il a été employé comme plante médicinale en Inde et en Chine. La médecine ayurvédique (1) et la médecine traditionnelle chinoise (2) utilisèrent l’acore autant pour ses vertus sur le physique que sur le psychisme.
Présent en France depuis au moins quatre siècles, il reste relativement rare. Tout au plus le trouve-t-on dans l’Est et dans l’Ouest, à proximité des eaux douces. Si on connaît son point de départ et ses divers points de chute, il est notable qu’avant le XVI ème siècle on ignore tout ou presque de ses pérégrinations. Le premier Européen à prendre connaissance de l’acore est Matthiole. En 1557, il reçoit, alors qu’il est à Prague, des fragments d’acore de la part d’un ambassadeur basé à Constantinople (actuelle Istanbul). Il est donc fort possible que l’acore ait été présent dans cette zone géographique proche de l’Anatolie (ou Asie mineure) à cette époque. Mais avant ? On a évoqué une possible importation involontaire via les invasions mongoles… Que nous disent les sources de l’Antiquité ? Peu de choses à dire vrai. Les textes grecs sont quasiment muets à son sujet. Dioscoride, au I er siècle ap. J.-C., nous parle d’un akoron. Peut-il s’agir de notre acore actuel ? Natif de Cilicie (qui se situe dans l’actuelle Turquie), Dioscoride aurait-il rencontré l’acore à son époque ? Difficile de le savoir, tant les textes antiques manquent parfois cruellement de caractéristiques botaniques précises permettant d’identifier facilement les plantes. On a aussi fait référence à un kalamos aromaticos. Kalamos signifiant roseau en grec, cela n’arrange pas nos affaires. Peut-être s’agit-il, comme le souligne Paul-Victor Fournier, d’un andropogon, une plante de la famille du vétiver et de la citronnelle… C’est ce qui lui a fait dire que l’acore était inconnu des Grecs, des Romains et des Égyptiens, même s’il est vrai que le papyrus Ebers mentionne un « roseau sacré » et que dans la Bible (Exode, XXX, 22-23), il est demandé à Moïse de confectionner un baume sacré composé de myrrhe, de cannelle et de « canne aromatique », dont certains ont vu dans ces deux dénominations l’acore calame.

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Revenons à l’Égypte et à son Nil, afin d’en fouiller les berges fertiles. Si, comme nous l’avons dit, il n’est pas du tout certain que le delta du Nil ait abrité l’acore, il apparaît quelque chose de fort curieux au pays du papyrus, plante aquatique ayant pratiquement disparu à l’état naturel. Si l’on connaît mieux ce que l’on nomme papyrus, c’est-à-dire un papier ancestral fabriqué à base des fibres de la plante du même nom, il se trouve que ce papier recevait des traces écrites grâce à un instrument que l’on appelle calame. Cet ancêtre du stylo fonctionne à la manière d’une plume. Biseauté à son extrémité, on le trempe dans l’encre puis on l’applique sur le papier : c’est le calame humide. Il existe aussi la technique du calame à sec. Le support d’écriture est une tablette d’argile tendre. La pointe du calame laisse des empreintes dont la forme rappelle celle des clous. Cette technique aura été à l’origine de ce que l’on appelle l’écriture cunéiforme. Ce qui est étonnant, c’est que ce calame n’est pas fabriqué à l’aide de la plante du même nom, c’est-à-dire l’acore calame, mais grâce à du roseau ! Ainsi, le calame qui grave la plaquette d’argile représente-t-il le moyen qu’a la materia prima – ici l’argile – de manifester le verbe, à la manière de l’acore émergeant des eaux primordiales, prenant pied dans le limon argileux des berges qui l’accueillent. Il est vrai que le roseau et le papyrus étaient vénérés au nom des différents dieux auxquels ils ont donné naissance. Et quand l’on connaît le dieu égyptien Khnoum, on comprend mieux le pouvoir symbolique du roseau issu des eaux argileuses qui, taillé, devient calame, gravant cette même argile afin que du secret on passe à la révélation, du non-manifesté au manifesté. « Représenté avec une tête de bélier, le dieu créateur Khnoum était associé à la fertilité du sol et à la crue annuelle du Nil. Selon le récit égyptien de la Création, il aurait formé les humains à partir d’argile sur un tour de potier. Il symboliserait la source de la vie » (David Fontana, Le nouveau langage secret des symboles, p. 95).

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  1. L’ayurvéda emploie l’acore comme remède dans certains troubles nerveux et cérébraux. Il est dit que de la poudre d’acore mêlée à de l’huile de sésame permettrait de faire ressortir les émotions.
  2. La médecine traditionnelle chinoise qualifie d’amer et de piquant le parfum du rhizome d’acore. Cette racine élimine l’humidité car elle possède un pouvoir asséchant. Elle harmonise le ch’i, « vivifie le sang, disperse le vent, calme la toux » (Serge Hernicot, Les huiles essentielles énergétiques, p. 45).

L’acore calame en thérapie

1. Huile essentielle d’acore calame : composition et description

Bien que n’étant pas la principale huile essentielle qu’on trouve dans une trousse d’aromathérapie, on ne peut aborder l’acore sans évoquer son huile essentielle, enfin, ses huiles essentielles, puisqu’il existe deux chémotypes : CT asarone et CT shyobunone. Chacun d’eux est de nature complexe et, malgré le fait qu’ils soient l’un et l’autre issus de la même plante, ils différent en tout (propriétés, usages, contre-indications). Nous nous attarderons uniquement sur le premier chémotype qui présente l’intérêt d’être moins dénué de toxicité aux doses physiologiques normales (l’autre est neurotoxique et abortif). La molécule qui signe ce chémotype, l’asarone, est présente à hauteur de 10 % dans cette huile essentielle extraite des rhizomes de l’acore par entraînement à la vapeur d’eau. A l’état frais, ces rhizomes ont une odeur pénétrante. Sous forme d’huile essentielle, on a affaire à un parfum lourd, âcre et aqueux qui n’est pas forcément des plus agréables.

2. Propriétés thérapeutiques

  • Apéritive, digestive, carminative, stomachique
  • Anti-inflammatoire gastrique, intestinale et rénale
  • Antispasmodique
  • Sudorifique
  • Diurétique
  • Fébrifuge
  • Emménagogue
  • Stimulante, tonique
  • Diaphorétique
  • Hémostatique

3. Usages thérapeutiques

  • Troubles gastro-intestinaux : gastrite, entérite, entérocolite spasmodique, atonie digestive, digestion difficile, ballonnements, vomissements, catarrhe stomacal, ulcères gastriques, pyrosis
  • Troubles de la sphère respiratoire : bronchite asthmatiforme, taux, rhume, enrouement, affections des cordes vocales
  • Troubles génito-urinaires : règles insuffisantes, hémorragies utérines, douleurs utérines, aménorrhée, cystite, congestion rénale, oligurie
  • Maux de dents, ramollissement gingival
  • Grippe, fièvre intermittente
  • Troubles cutanés : chlorose, scrofule
  • Rachitisme, anémie
  • Rhumatismes
  • Hypotension artérielle
  • Épistaxis

4. Modes d’emploi

En interne comme en externe, l’emploi de cette huile essentielle est soumis à vigilance. En phytothérapie en revanche, il est possible d’employer l’acore sous diverses formes moins problématiques : poudre, infusion, décoction, vin, alcoolature, sirop, teinture-mère, etc.

5. Contre-indications et usages alternatifs

  • Toxicité : l’huile essentielle d’acore calame CT asarone ne devra pas être utilisée pour un emploi prolongé. Elle est potentiellement carcinogène. Sous forme de rhizome frais, de trop fortes doses d’acore sont capables de provoquer des vomissements.
  • Les feuilles broyées puis pulvérisées formaient un insectifuge efficace contre les fourmis.
  • Attention ! Certains petits malins, eu égard à la forme priapique de l’inflorescence, indiquent l’acore comme aphrodisiaque. Selon eux, il est même recommandé de prendre de grandes doses afin de décupler les effets érectiles. Non, l’acore n’est pas du gingembre… Oo A voir des signatures partout, on risquerait de faire n’importe quoi.

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L’iris, la fleur arc-en-ciel

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Parmi les dizaines d’iris qu’on dénombre, nous ne conserverons que les trois espèces suivantes : l’iris commun (Iris germanica ou versicolor), l’iris de Florence (Iris florentina) et l’iris pâle (Iris pallida). Ils ont en commun d’être employés en cosmétique, parfumerie et médecine. Nous laisserons de côté l’iris des marais (Iris pseudacorus) pour lequel nous réserverons un article à part entière dans quelques temps.
Bien que dit germanica, l’iris du même nom n’est pas originaire d’Allemagne. Tout au plus y a-t-il été naturalisé et cultivé. Le pallida tire son nom du bleu pâle de ses fleurs, tandis que le florentina à la blancheur immaculée témoigne de sa culture en Toscane. S’ils s’échappent parfois des cultures, on peut les retrouver au pied des vieux murs, sur les rocailles et les talus dont ils fixent la terre face à l’érosion.

La présence de l’iris auprès de l’Homme ne date pas d’hier. A Karnak, on le trouve représenté sur du mobilier funéraire et, plus tard, chez les Grecs et les Romains de l’Antiquité classique. Dioscoride le mentionne en tête du premier livre de son De materia medica, tandis que son compère latin Pline l’ancien relate diverses informations concernant sa cueillette. Tout d’abord, elle devait s’effectuer en état de continence. On traçait trois cercles autour de la plante à l’aide d’une épée, puis on procédait à son arrachage avec la main gauche, tout en prononçant le nom de la personne pour qui on la cueillait, ainsi que le nom de sa maladie. Enfin, on levait la plante en direction du ciel. L’iris était alors reconnu comme vermifuge, détersif (il permettait de laver les abcès et les ulcères), antitussif et carminatif. On en faisait un onguent contre les fièvres et, suspendu au cou des enfants, il enlevait les douleurs provoquées par les poussées dentaires. Ses vertus cosmétiques furent aussi remarquées puisqu’il adoucissait le visage tout en lui rendant son éclat. De plus, il supprimait les taches cutanées et les dartres.

Quoi de plus normal que de retrouver l’iris au sein de la vaste mythologie grecque ? Iris était une nymphe antique qui épousa Zéphyr, ce qui fit d’elle une demi-déesse. Elle devint alors la messagère de Zeus et de Héra, à l’image du dieu Hermès. On lui a attribué une paire de brodequins ailés, un caducée ainsi qu’un voile couleur d’arc-en-ciel (caractéristique que l’on retrouve dans le mot irisé qui renvoie aux teintes parfois multicolores des iris). Fleur funéraire, l’iris était planté sur les tombes, certainement en souvenir du fait que la déesse Iris était chargée de couper les cheveux des femmes une dernière fois avant leur mise au tombeau. Elle accompagnait aussi les âmes des défuntes, qu’elle guidait par l’intermédiaire du chemin formé par l’arc-en-ciel, une métaphore illustrant le périple de l’âme de la Terre jusqu’au Ciel.

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A l’époque médiévale, la présence de l’iris est attestée. Étrangement, on le distingue mal du glaïeul, comme en témoigne le nom qu’il porte alors, gladolium (Capitulaire de Villis). Il est l’une des rares fleurs, avec ce même glaïeul et la rose, que l’on mentionne dans les textes. On sait qu’il a été cultivé au monastère de Saint-Gall, on le trouve dans les écrits de Strabon puis, plus tard, chez Hildegarde de Bingen : « l’iris est sec et chaud. Sa verdeur réside dans sa racine et remonte dans ses feuilles ». Le rhizome de l’iris, écrasé et placé dans du vin chaud, permettait de lutter contre les infections urinaires, les calculs rénaux, les troubles nerveux, la mémoire défaillante, la fatigue intellectuelle… L’abbesse l’utilisa même contre certains cas de lèpre alors que du côté de l’abbaye de Grandselve (Tarn-et-Garonne), on concocta une recette contre la rage.
Au XVI ème siècle, Matthiole le donnera comme vermifuge, antilithiasique rénal, diurétique et purgatif alors que Lémery, au siècle suivant, lui attribuera d’autres propriétés (apéritif, expectorant, résolutif et émollient).

Comme c’est le cas de nombreuses plantes, l’iris aura été accompagné d’un certain nombre de croyances à son sujet. Par exemple, au Japon, il joue un rôle de purificateur et de protecteur. Pour se préserver des mauvais esprits et des maladies, on avait coutume de jeter 12 pétales de fleur d’iris dans son bain, le 5 mai de chaque année. Des iris plantés au pied des maisons, ou sur les toits, protégeaient celles-ci des influences néfastes et des incendies. Ce qui n’est pas sans rappeler les usages qu’on a réservés à la joubarbe des toits. Son caractère « porte-bonheur » s’illustre aussi à travers l’emploi qu’en firent certains : porté dans une poche, un morceau de rhizome assurait son porteur de traiter facilement des affaires financières.

Les_Iris

L’iris en thérapie

1. Parties utilisées et principes actifs

On utilise principalement le rhizome, accessoirement les feuilles fraîches. Dans le rhizome, on trouve des tannins, de l’acide salicylique, de l’iridine et une huile essentielle contenant des irones. Bien que peu courante, cette dernière mérite qu’on l’aborde un peu plus en détails.
L’huile essentielle d’iris, aussi appelée beurre d’iris ou camphre d’iris, est une matière butyreuse de couleur blanche à jaunâtre, extraite par distillation à la vapeur d’eau.
L’iris est planté sur un sol pauvre et rocailleux. On récolte les rhizomes de plus de 3 ans. Ils sont décortiqués, lavés puis séchés. Le séchage se déroule à l’air libre et dure lui aussi 3 ans. Après ce laps de temps, on broie les rhizomes que l’on distille ensuite à la vapeur d’eau pendant 24 à 36 heures. La complexité et la durée de sa culture explique aisément le prix très élevé de cette huile essentielle (jusqu’à 15 000 € le kg ! Un site que j’ai visité la propose à plus de 1 700 € les 100 ml…), d’autant plus qu’elle est présente en très faible proportion dans la plante fraîche. Aussi le rendement ne dépasse-t-il pas 0,2 %.
Notons qu’à l’état frais, le rhizome de la plante développe une odeur forte et nauséabonde. Le séchage progressif est à l’origine de l’odeur de violette que l’on retrouve dans l’huile essentielle. On retiendra que l’iris est davantage distillé pour les besoins de la parfumerie et des cosmétiques que pour ceux de l’aromathérapie.

2. Propriétés thérapeutiques

  • Expectorant, mucolytique, anticatarrhal
  • Dépuratif, diurétique
  • Cholagogue
  • Stimulant circulatoire
  • Antifermentaire intestinal, vermifuge
  • Sialagogue (qui stimule les sécrétions salivaires)
  • Sternutatoire
  • Anti-inflammatoire

L’iris, pris à hautes doses, devient purgatif, émétique et drastique.

3. Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère respiratoire : sécrétions bronchiques encombrantes, bronchite, bronchite chronique, bronchite asthmatiforme, catarrhe pulmonaire, coqueluche, asthme, rhume
  • Troubles cutanés : tumeurs, dartres, brûlures, cors, dermatoses
  • Inflammation des organes digestifs et urinaires
  • Migraines menstruelles avec vomissement, céphalées
  • Grippe
  • Poussées dentaires chez l’enfant
  • Hydropisie, anasarque, ascite

4. Modes d’emploi

Le rhizome de l’iris peut être utilisé sous diverses formes : râpé, en poudre, en décoction, en vin, etc. Le plus sûr moyen reste encore la teinture-mère.

5. Contre-indications et usages alternatifs

– Toxicité : frais, les rhizomes peuvent occasionner des irritations des voies digestives, des douleurs intestinales ainsi que des vomissements, surtout si les doses ingérées sont trop importantes.
– Cosmétiques : la fameuse poudre de riz (poudre d’iris, en réalité) était employée par les femmes comme adoucissant pour la peau, mais jouait aussi le rôle de talc chez les bébés. Elle est aussi employée comme shampooing sec. Les rhizomes d’iris secs remplaçaient parfois la lavande dans les armoires afin d’en parfumer le linge.
– Parfumerie : Patou, Yves Rocher, Guerlain, Hermès, Lanvin, etc. ont fait appel à l’iris pour certains de leurs parfums.
– Cuisine : en Asie, on cultive certains iris pour en manger les rhizomes que l’on cuit à la manière des pommes de terre.
– Art : on extrait de l’iris un pigment végétal, le vert d’iris, qui est employé en enluminure. Une petite vidéo vous explique ici comment l’obtenir.
– Florithérapie : l’élixir de fleurs d’iris élimine les frustrations qui résultent d’un blocage lié à une panne d’inspiration. Cela sera donc un bon stimulant pour redémarrer la créativité. Cependant, ce n’est pas lui qui tiendra plume ou pinceau à votre place !
– Symbolisme et langage floral : constance, fidélité, pureté et héroïsme.

© Books of Dante – 2014

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