Le ravintsara, l’arbre aux bonnes feuilles

A Madagascar, il existe près de 12 000 espèces végétales qu’on ne trouve nulle part ailleurs sur la surface du globe. Qu’était-il donc besoin d’y implanter le camphrier, un arbre originaire d’Asie ?

Très souvent, l’Homme introduit telle ou telle espèce animale ou végétale, dans telle ou telle contrée, par volonté comme par ignorance, à des époques où on ne soucie pas encore d’écologie. Qu’on se remémore le cas du cerf en Nouvelle-Zélande, du lapin en Australie ou du rat sur les Îles Kerguelen. Mais aussi la renouée du Japon dont le but premier était ornemental, ainsi que tant d’autres plantes dites invasives et néfastes pour le biotope dans lequel elles s’installent, car beaucoup trop frondeuses pour que les espèces endémiques puissent rapidement s’y opposer sinon s’y acclimater.
Parfois, l’Homme trouve moyen de corriger son erreur originel (enfin, celle de ses ancêtres). Ainsi, la viande de cerf néo-zélandais est-elle exportée un peu partout dans le monde. A d’autres, on ajoute une nouvelle erreur qu’on pense susceptible de corriger la première. L’introduction du renard en Australie afin de venir à bout des lapins est à ce titre exemplaire et tragique. En France, nous ne savons pas encore quoi faire de la renouée du Japon, plante médicinale dans son pays d’origine, pour la seule et bonne raison qu’elle pousse assez souvent dans des lieux pollués.

En revanche, ce que ne surent certainement pas les personnes qui introduisirent le camphrier asiatique à Madagascar, c’est que cet arbre nous a offert un miracle que je résume à un seul mot : ravintsara.

Ravintsara

Si l’on ouvre un livre de phytothérapie classique, on sera surpris de voir nulle part de mention portant sur le ravintsara. C’est surtout grâce à l’aromathérapie qu’on connaît cette plante depuis quelques années en France, cette fameuse huile essentielle importée du lointain Madagascar. Là-bas, on en fait des usages traditionnels en médecine locale. Chez les autochtones, c’est « l’arbre aux bonnes feuilles », ce que traduit littéralement son nom (ravin = feuille et tsara = bonne).
Essayons maintenant de décrire cet arbre de la forêt malgache de la façon la plus concise qui soit. En l’abordant plus en détails, on verra qu’il se distingue grandement de son cousin, le ravensare. Comme nous l’avons dit dans un article précédent, pendant de nombreuses années, une confusion a été entretenue entre les deux arbres. Cette confusion n’existerait certainement pas si le ravintsara n’avait pas été implanté volontairement à Madagascar. Parce que oui, ce n’est pas un arbre endémique comme le ravensare. Il paraît que l’erreur qui a consisté à les confondre remonte au XVI ème siècle. Mais, par ailleurs, il est dit que le ravintsara a été installé sur l’île au XVII ème siècle. Il y a comme un bug. Là encore, certains auteurs formant le fleuron de l’aromathérapie française commettent apparemment des bourdes qu’il vaut mieux éviter de répéter ici. Aussi, laissons la parole à un spécialiste des huiles essentielles malgaches, Simon Lemesle : « Introduit à Madagascar, le ravintsara est en réalité un camphrier originaire d’Asie qui a développé, sur les Hautes Terres de Madagascar, une composition biochimique spécifique. » L’histoire de la botanique n’est pas chose simple, elle l’est d’autant moins quand il s’agit de celle de l’aromathérapie. Difficile alors de ne pas se perdre dans un dédale truffé d’erreurs en tous genre. En effet, le ravintsara, comme son nom latin nous l’indique, est un camphrier, Cinnamomum camphora. Mais, à la différence de son cousin asiatique, le ravintsara, à travers son huile essentielle, est dénué de camphre, tandis que l’huile essentielle de camphrier asiatique en contient parfois 50 %.

Voici un petit organigramme permettant d’y voir plus clair. On notera qu’en France on connaît surtout les types I, II et V.

organigramme camphrier

1. Huile essentielle de ravintsara : description et composition

Comme beaucoup d’huiles essentielles, celle de ravintsara est incolore, fluide et mobile. A vue de nez, on dirait de l’eucalyptus ! Mais pas vraiment en fait. Si eucalyptus globuleux, eucalyptus radié et ravintsara partagent la présence massive de 1.8 cinéole (ex eucalyptol) dans leur composition biochimique respective, on verra que le ravintsara affiche une représentation moléculaire qui lui est spécifique. Cela fait que l’huile essentielle de ravintsara est fraîche sans être agressive ni piquante comme peuvent l’être les huiles essentielles des deux eucalyptus cités ci-dessus.
La distillation des feuilles, qui dure généralement entre 3 à 5 heures, permet d’obtenir un rendement situé entre 1,5 et 2 %. Le prix indicatif pour un flacon (10 ml) d’huile essentielle de ravintsara de très bonne qualité est généralement compris entre 10 et 12 €, comme c’est le cas dans un commerce de détail comme celui-là.

Le petit tableau suivant permet de rendre compte des disparités qui existent dans la composition des huiles essentielles d’eucalyptus globuleux, d’eucalyptus radié et de ravintsara. Ces molécules sont presque toutes présentes dans nos trois huiles essentielles. Mais du fait des variations de proportion, on obtient donc bien trois produits distincts.

Tableau comparatif des HE d'eucalyptus globulus, eucalyptus radié et ravintsara

2. Propriétés thérapeutiques

  • Anti-infectieuse : antibactérienne, antifongique, antivirale (+++), immunostimulante
  • Anticatarrhale, mucolytique, expectorante
  • Neurotonique, stimulante intellectuelle, positivante
  • Stimulante du système lymphatique
  • Apaisante, inductrice du sommeil
  • Spasmolytique
  • Anti-inflammatoire

3. Usages thérapeutiques

  • Trouble de la sphère respiratoire : encombrement bronchique, toux, maux de gorge, angine, rhume, rhino-pharyngite, bronchite, sinusite, coqueluche, refroidissement
  • Affections virales : grippe (préventif et curatif), herpès, hépatite virale A et B, entérite virale, gastro-entérite, mononucléose, choléra, zona
  • Troubles musculaires : fatigue musculaire, contractures
  • Déficience immunitaire grave
  • Asthénie nerveuse et physique, épuisement, burn out, dépression, insomnie
  • Stases veineuses, jambes lourdes
  • Mycoses (tinea pedis)

4. Modes d’emploi

  • Voie orale
  • Voie cutanée diluée (certains aromathérapeutes procèdent à des embaumements vivants d’huile essentielle pure)
  • Diffusion atmosphérique, inhalation, olfaction

5. Contre-indications et remarques

  • Huile essentielle déconseillée durant les trois premiers mois de grossesse.
  • En geste d’urgence, elle peut être employée pure sur la peau, jouissant d’une excellente tolérance cutanée.

© Books of Dante – 2014

Le khella, un am(m)i du coeur

Ammi_visnaga_Khella

La réputation antispasmodique du khella n’est plus à faire, elle remonte à l’Égypte pharaonique. Aujourd’hui encore, cette plante fait partie de la pharmacopée de la médecine traditionnelle marocaine. Tout cela, en effet, parce qu’on trouve le khella sur le pourtour méditerranéen, çà et là, en Espagne comme dans le sud de la France.

Très semblable à la carotte, le khella fut autrefois nommé Daucus visnaga (daucus = carotte). Cependant, il s’en distingue par sa hauteur (80-120 cm) ainsi que par le nombre très élevé de rayons qui composent ses ombelles. Contrairement à la carotte, ils s’écartent par temps humide, attendant un temps plus sec pour se recroqueviller en forme de nid, lorsque les semences parviennent à maturité. Ce sont ces mêmes rayons qui, à l’état sec, sont traditionnellement employés comme cure-dents (Espagne, Maroc).

Le nom latin du khella – Ammi – nous renseigne sur son aire de prédilection, le sable (ammos). Effectivement, les terrains sablonneux sont ce que le khella affectionne tout particulièrement.

1. Huile essentielle : description et composition

Comme c’est le cas de beaucoup d’autres plantes issues de la famille des Apiacées (carotte, cumin, carvi, coriandre, etc.), ce sont les semences du khella que l’on distille. On obtient alors un liquide incolore à la douceâtre odeur de pomme (1) mêlée à la touche anisée typique d’un bon estragon.

  • Monoterpénols : 38 à 40 %
  • Esters : 24 à 40 %
  • Monoterpènes : 6 %
  • Furanocoumarines, pyrocoumarines, chromones

2. Propriétés thérapeutiques

  • Antispasmodique des fibres lisses. Par voie de conséquences : bronchodilatatrice, urétérodilatatrice, coronarodilatatrice. Décontracturante, musculotrope
  • Apéritive, carminative
  • Modératrice du SNC, négativante
  • Anticoagulante

3. Usages thérapeutiques

  • Troubles cardiovasculaires et circulatoires : infarctus du myocarde, angine de poitrine, insuffisance coronarienne, artériosclérose, hémogliase
  • Troubles de la sphère respiratoire : asthme, toux sèche, coqueluche
  • Troubles de la sphère rénale et urinaire : colique néphrétique, lithiase urinaire
  • Colites (spasmodiques, hépatiques)
  • Vitiligo

4. Modes d’emploi

En aromathérapie :

  • Voie interne
  • Olfaction, inhalation, diffusion atmosphérique
  • Voie externe (sous condition)

En phytothérapie :

  • Teinture-mère
  • Infusion, décoction
  • Pommade

5. Contre-indications

  • Pas en cas de prise d’anticoagulants, l’huile essentielle de khella en amoindrirait les effets.
  • Pas d’exposition au soleil après usage cutané en raison de la présence de coumarines photosensibilisantes.

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Le ravensare, arbre-médecine malgache

Certains sites proposant des produits qu’on emploie couramment en aromathérapie se fendent de conseils attentifs, mais en prévenant le consommateur, ils font, dans le même temps, des erreurs qui alimentent encore plus la confusion. C’est le cas du ravensare. En lieu et place de cette orthographe, on trouve ravensara, et ravintsare au lieu de ravintsara. Ravensara et ravintsara, à l’orthographe particulièrement proche, ne peuvent que davantage brouiller les pistes. Ce sont alors compositions biochimiques, propriétés et usages thérapeutiques qui tombent dans le domaine de l’aléatoire. Et, on le sait, l’aléatoire n’a pas sa place en aromathérapie, où le danger consistant à employer une huile à la place d’une autre est bien réel. Il nous appartient donc de débroussailler ce terrain afin de rendre les choses claires au lecteur.

Ravensare_1

Tout d’abord, parlons un peu du ravintsara. C’est un arbre originaire d’Asie qui porte le nom de Cinnamomum camphora, autrement dit c’est un camphrier, arbre de la famille des Lauracées. Il a été introduit sur le sol malgache, contrairement au ravensare, un autre arbre de la même famille botanique, qui, lui, est endémique de Madagascar (Hautes Terres). Les deux dénominations latines permettent de les distinguer nettement. Mais, au fait qu’on distille les feuilles de ces deux lauracées tout deux implantés à Madagascar s’ajoute la proximité orthographique vernaculaire – ravensare et ravintsara. Tout cela a occasionné les erreurs qu’ont faites des sommités dans le domaine de l’aromathérapie (Baudoux, Franchomme, etc.). Encore aujourd’hui, on trouve des informations totalement erronées dans divers articles dont la lecture rend bien compte des mauvais chemins à travers lesquels se sont fourvoyés leurs auteurs.

Pour ne rien arranger, on a « inventé un autre ravensare, Ravensara anisata. Or, Ravensara aromatica et Ravensara anisata sont une seule et même espèce. De plus, en ce qui concerne le ravensare, contrairement au ravintsara, on ne distille pas que les feuilles mais également l’écorce ! Et cette huile essentielle extraite de l’écorce n’est autre que celle qu’on a appelé Ravensara anisata, comme s’il s’agissait d’un autre arbre alors que non !

Lauracées_ravintsara_ravensare

Ceci étant posé, attachons-nous maintenant à présenter l’huile essentielle de ravensare, tout en nous départissant des erreurs disponibles dans certains ouvrages.

Ravensare_2

1. Huile essentielle : description et composition

Liquide limpide, souple et incolore, l’huile essentielle de ravensare, en première olfaction – ou mieux, en massage radial – dégage un parfum où se mêlent des notes d’anis, de pin et de citron. C’est légèrement boisé et épicé, chaud sans excès. Effectivement, quand on observe la composition biochimique de cette huile essentielle extraite des feuilles, on note la présence de limonène (20 %) que l’on retrouve dans l’essence de citron entre autres, de myrcène, d’alpha-pinène, de béta-pinène et de delta-3-carène (20 %) , toutes présentes dans l’huile essentielle de pin sylvestre, enfin de phénols méthyl-ether (7 %), une famille moléculaire que nous avons abordée à travers l’article sur l’huile essentielle d’estragon. On est donc très loin, olfactivement parlant, du parfum de l’huile essentielle de ravintsara. Riche en 1.8 cinéole, elle se rapproche davantage d’un eucalyptus radié. Aussi, d’un point de vue olfactif, on ne peut confondre ravensare et ravintsara.

Il s’agit là d’une analyse de la composition de l’huile essentielle de ravensare « feuilles ». Le ravensare « écorce » est tout différent puisqu’il contient en grande quantité du méthyl chavicol (estragon, basilic) et de l’anéthole (fenouil, badiane).

2. Propriétés thérapeutiques

  • Tonique générale, positivante, immunostimulante

  • Antivirale puissante (?)

  • Relaxante, anxiolytique, rééquilibrante nerveuse

  • Anti-inflammatoire, antalgique

3. Usages thérapeutiques

  • Douleurs articulaires et musculaires, arthrite, arthrose, polyarthrite

  • Fatigue, asthénie

  • Stress, angoisse, insomnie d’origine nerveuse

4. Modes d’emploi

  • Voie cutanée diluée

  • Olfaction, inhalation, diffusion atmosphérique

5. Contre-indications et remarques

  • Cette huile essentielle ne présente pas de contre-indications majeures aux doses physiologiques normales. Cependant, certains composants (limonène, alpha-pinène) sont à même d’irriter la peau. On préconise généralement de ne pas l’employer durant la grossesse, tout du moins les trois premiers mois.

  • Pour finir, parlons un peu de l’huile essentielle extraite de l’écorce du ravensare, que l’on surnomme havozo. Elle est principalement oestrogen like, antispasmodique, digestive et antalgique. Mais compte tenu du fait que sa production entraîne la disparition de l’arbre, elle est relativement rare et précieuse. Ayant un profil biochimique proche de l’huile essentielle de basilic tropical, on préférera cette dernière, plutôt que de courir le risque de voir la flore malgache être détruite peu à peu.

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La gaulthérie, mignonne mais dure à cuire

Parente proche de la myrtille et de la bruyère, il est de plus en plus fréquent de trouver la gaulthérie chez les fleuristes et pépiniéristes, où le rouge écarlate de ses fruits le dispute au vert soutenu de son feuillage. Il est vrai que cette petite plante tapissante ne manque pas d’atouts au niveau ornemental. Petit arbrisseau rampant, d’où son qualificatif de « couchée », la gaulthérie pousse dans les bois et les zones humides, sablonneuses et acides d’Amérique du nord.
Son feuillage, vernissé et coriace, est persistant, ce qui vaut à la gaulthérie d’être surnommée wintergreen. Elle développe un fort arôme lorsque ses feuilles sont froissées. Ses fleurs en clochettes sont généralement blanches mais peuvent être parfois légèrement rosâtres. Elle peut fleurir en l’absence de lumière, ce qui donne une petite idée de la force vitale dont elle est investie.

Gaulthérie

Différentes tribus amérindiennes du Canada connaissaient bien la gaulthérie, en particulier ses propriétés anti-inflammatoires et fébrifuges (fièvres intermittentes, maladies infectieuses, migraines, blessures, sciatique…). Les Algonquins en mâchaient les feuilles comme stimulant pour effacer la fatigue. Les Inuits confectionnaient des tisanes de feuilles de gaulthérie contre les inflammations douloureuses, raison pour laquelle on appelle parfois la gaulthérie « thé du Canada ».
Au début du XIX ème siècle, un pharmacien français du nom de Boyveau commercialisa une préparation copiée sur le « swains panacea » des Iroquois sous le nom de Rob de Laffecteur, une préparation magistrale contenant de la gaulthérie et qui eut un succès retentissant.

Cette plante a aussi tenu un rôle dans la magie. On répandait ses feuilles fraîches dans les lieux d’habitation contre les ensorcellements et les malédictions. Comme on l’a fait d’autre plantes, des feuilles placées sous l’oreiller protège le dormeur puisque la gaulthérie est censée attirer les bons esprits.

La gaulthérie en aromathérapie

1. Huile essentielle : description et composition

Ce sont les petites feuilles vernissées de la gaulthérie qui intéressent le distillateur. Elles sont tout d’abord placées dans de l’eau chaude pendant une nuit entière. Durant ce laps de temps une fermentation enzymatique se produit. Enfin, elles sont distillées pendant 2 à 3 heures. Après distillation, on obtient une huile plus dense que l’eau (1,18 à 1,20), d’une couleur jaune pâle à légèrement rosâtre (certains auteurs mentionnent une couleur rouge velours foncé…???), limpide et fluide, aux notes de caramel et de cuir de Russie. Son parfum n’est pas forcément des plus agréables. Ceux qui ont déjà utilisé des bains de bouche comme Synthol ou des crèmes telles que Baume Arôma des laboratoires Mayoly Spindler devraient reconnaître son odeur puisqu’on trouve dans l’un et l’autre de ces produits la principale molécule contenue dans l’huile essentielle de gaulthérie couchée, le salicylate de méthyle. A son sujet, sachez qu’on le trouve en proportion très importante dans cette huile essentielle, jusqu’à 99,80 % parfois. Ce qui fait que cette huile essentielle est la proie des faussaires ; en effet, il est possible de « fabriquer » de la fausse huile essentielle de gaulthérie par adjonction ou substitution de salicylate de méthyle de synthèse. Les falsificateurs ne reculent donc devant rien, d’autant plus étonnant que le rendement élevé, de l’ordre de 1,5 à 2 %, fait de cette huile un produit assez courant et pas aussi cher que d’autres huiles essentielles plus rares. Par ailleurs, on trouve des traces d’une douzaine d’autres molécules aromatiques qu’on connaît en fortes proportions dans d’autres huiles essentielles (alpha-pinène, linalol, 1.8 cinéole…).

2. Propriétés thérapeutiques

  • Antalgique, analgésique, anti-inflammatoire, antirhumatismale
  • Vasodilatatrice, hypotensive
  • Anticoagulante, anti-agrégeante plaquettaire
  • Hépatoprotectrice, régénératrice hépatique
  • Astringente, vulnéraire, rubéfiante
  • Fébrifuge, antitussive
  • Stimulante puis négativante
  • Antiseptique

3. Usages thérapeutiques

  • Pathologies propres aux muscles, os, tendons et cartilages : tendinite, arthrite, arthrose, polyarthrite rhumatoïde, épicondylite, rhumatisme, crampes et contractures musculaires, courbatures, lumbago, entorse, élongation, entraînement du sportif avant et après effort
  • Troubles cutanés : hématomes, ecchymoses, contusions, blessures, plaies, prurit, eczéma
  • Troubles cardiovasculaires : artériosclérose, hypertension, péricardite, coronarite
  • Troubles hépatiques : fatigue hépatique, petite insuffisance hépatique, migraines d’origine hépatique
  • Douleurs dentaires

4. Modes d’emploi

  • Voie orale avec mesure
  • Voie cutanée diluée

5. Précautions d’emploi, contre-indications et autres remarques

  • Jamais chez les personnes sous traitement anticoagulant (le salicylate de méthyle est un précurseur de l’aspirine et peut augmenter les effets d’un traitement anticoagulant). Elle sera donc contre-indiquée chez les personnes allergiques à l’aspirine et, par voie de conséquence, proscrite chez les personnes présentant des syndromes hémorragiques, les personnes hémophiles, ainsi que celles se préparant à une intervention chirurgicale lors de laquelle des saignements importants sont toujours possibles.
  • Jamais chez les personnes présentant un ulcère gastrique ou duodénal, une gastrite, une hernie hiatale.
  • L’huile essentielle de gaulthérie est tératogène (autrement dit, elle fabrique des monstres) : elle est donc interdite durant la grossesse, augmentant le nombre de mort-nés, altérant le développement des reins chez le fœtus. Aussi, femmes enceintes, oubliez-la ! Même l’enfant en dessous de dix ans l’évitera !
  • Le salicylate de méthyle fait partie de la famille des esters monoterpéniques. Bien que ces molécules ne soient pas toxiques aux doses physiologiques, il est nécessaire de diluer cette huile essentielle car des irritations cutanées, des érythèmes et des sensations de chaleur sur la peau sont possibles.
  • A noter : l’huile essentielle de gaulthérie odorante (Gaultheria fragrantissima) possède les mêmes propriétés que la gaulthérie couchée, la seule différence portant sur son parfum. Sa sphère d’action s’étend encore davantage sur les troubles cutanés (ecthyma, pityriasis, dermatoses). Draineuse rénale et biliaire, elle aurait une action sur les lithiases ainsi que sur les coliques néphrétiques.

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L’iris des marais (Iris pseudacorus), une fleur héraldique

Iris des marais (Iris pseudacorus), Yellow Iris (3)

Les Latins que sont Pline et Galien ont tous les deux évoqué une plante nommée acorus il y a 2 000 ans environ. Peut-être s’agit-il de l’acore calame que nous avons récemment présenté. Ou bien d’une autre plante, l’iris des marais ? C’est très peu probable. Quoi qu’il en soit, afin de distinguer la seconde de la première, on a attribué à l’iris des marais l’adjectif latin suivant : pseudacorus, ce qui signifie « faux-acore ».

Le « glaïeul qui porte fleurs jaunes » des Anciens se distingue très nettement de l’acore, ne serait-ce que par ses inflorescences flamboyantes qui lui ont valu les surnoms de flambe (ou flamme) d’eau. Curieusement, il porte aussi le nom de lis des marais. Expliquons pourquoi.
« Clovis, assiégé par une bande de Goths [en bordure du Rhin] ne dut son salut qu’à des iris jaunes poussant dans l’eau. Ils lui indiquèrent le gué pour s’échapper » (Michel Lis, Les miscellanées illustrées des plantes et des fleurs, p. 80). De fait, on a pensé qu’en guise de reconnaissance, Clovis en a fait la fleur symbole de la puissance royale. Ses surnoms de flambe d’eau et de lis des marais ont entretenu la confusion avec une autres espèce végétale, le lis blanc (Lilium candidium) dont on n’est pas certain qu’il ait été présent sous ces latitudes au temps de Clovis (mais que l’on retrouve en tête du Capitulaire de Villis trois siècles plus tard). Du point de vue des caractères purement morphologiques et botaniques, il suffit de comparer un lis blanc et un iris jaune pour se rendre compte qu’ils sont bien différents. Aussi, le meuble héraldique suivant, communément désigné par l’expression « fleur de lis », bien que stylisé, porte la couleur de l’iris. Il est vrai qu’une fleur d’iris porte non pas trois mais six pétales. C’est une architecture florale unique dans le monde végétal.

fleur_de_lis

« Du XII ème au XIX ème siècle, la fleur de lis est présente partout et pose des problèmes multiples […] La plupart des auteurs qui ont disserté sur les origines graphiques de la fleur de lis s’accordent pour reconnaître qu’elle n’a que peu de rapport avec le lis véritable, mais ils divergent quant à savoir si elle dérive de l’iris, du genêt, du lotus ou de l’ajonc, ou bien – hypothèses plus extravagantes encore – si elle représente un trident, une pointe de flèche, une hache, voire une colombe » (Michel Pastoureau, Le roi aux fleurs de lis, 1995). Le léopard anglais est bien un léopard, l’aigle allemand bien un aigle, mais la fleur de lis française serait une colombe ?
Cependant, il est à noter que la fleur de lis stylisée telle qu’on la retrouve dans l’héraldique médiévale est déjà présente sur des bas-reliefs assyriens datant du troisième millénaire av. J.-C. On lui attribuait alors déjà un pouvoir royal, compte tenu qu’elle décorait tiares, sceptres et colliers. Plus tard, en Europe, on aura fait de ses trois plus grands pétales un symbole de la Sainte Trinité et de sa tige un sceptre. Se peut-il que la fleur de lis stylisée ait été connue de Clovis, d’une manière ou d’une autre, et qu’il aurait reconnu en elle l’iris si prolifique, sachant qu’on voit aussi apparaître cette figure sur des pièces de monnaie gauloises, géographiquement et historiquement moins distantes que les bas-reliefs assyriens.
Mais, histoire de nous faire encore plus pédaler dans la semoule, Angelo de Gubernatis indique que le lis est associé à Vénus et aux satyres en raison de la proéminence de son pistil. Il est donc symbole de (re) génération et aurait ainsi été choisi par les rois francs comme symbole de prospérité et de fécondité. Hélas, l’iris des marais est également connu sous le nom d’herba veneria, l’herbe de Vénus…

Alors, l’iris des marais représente-t-il la fleur de lis ? Pour peu qu’on fasse pivoter une image de fleur d’iris à 180°, on obtient ceci. Comparez donc cette vision inversée avec la fleur de lis stylisée qui l’accompagne. Bluffant, non ?

lis_iris

S’il a fait coulé beaucoup d’encre chez les Historiens, l’iris des marais n’a que peu été évoqué par les phytothérapeutes. Avec lui, nous n’avons pas droit à une racine finement parfumée, non. Si elle est tonique, diurétique et vermifuge, elle est aussi énergiquement purgative et vomitive. De plus, la plante est si astringente qu’elle a été employée pour le tannage du cuir. Quant à ses graines, elles servirent d’ersatz de café dont elles partagent l’arôme.

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L’iris, la fleur arc-en-ciel

Iris_germanica_pallida_florentina

Parmi les dizaines d’iris qu’on dénombre, nous ne conserverons que les trois espèces suivantes : l’iris commun (Iris germanica), l’iris de Florence (Iris florentina) et l’iris pâle (Iris pallida). Ils ont en commun d’être employés en cosmétique, parfumerie et médecine. Nous laisserons de côté l’iris des marais (Iris pseudacorus) pour lequel nous réserverons un article à part entière dans quelques temps.
Bien que dit germanica, l’iris du même nom n’est pas originaire d’Allemagne. Tout au plus y a-t-il été naturalisé et cultivé. Le pallida tire son nom du bleu pâle de ses fleurs, tandis que le florentina à la blancheur immaculée témoigne de sa culture en Toscane. S’ils s’échappent parfois des cultures, on peut les retrouver au pied des vieux murs, sur les rocailles et les talus dont ils fixent la terre face à l’érosion.

La présence de l’iris auprès de l’Homme ne date pas d’hier. A Karnak, on le trouve représenté sur du mobilier funéraire et, plus tard, chez les Grecs et les Romains de l’Antiquité classique. Dioscoride le mentionne en tête du premier livre de son De materia medica, tandis que son compère latin Pline l’ancien relate diverses informations concernant sa cueillette. Tout d’abord, elle devait s’effectuer en état de continence. On traçait trois cercles autour de la plante à l’aide d’une épée, puis on procédait à son arrachage avec la main gauche, tout en prononçant le nom de la personne pour qui on la cueillait, ainsi que le nom de sa maladie. Enfin, on levait la plante en direction du ciel. L’iris était alors reconnu comme vermifuge, détersif (il permettait de laver les abcès et les ulcères), antitussif et carminatif. On en faisait un onguent contre les fièvres et, suspendu au cou des enfants, il enlevait les douleurs provoquées par les poussées dentaires. Ses vertus cosmétiques furent aussi remarquées puisqu’il adoucissait le visage tout en lui rendant son éclat. De plus, il supprimait les taches cutanées et les dartres.

Quoi de plus normal que de retrouver l’iris au sein de la vaste mythologie grecque ? Iris était une nymphe antique qui épousa Zéphyr, ce qui fit d’elle une demi-déesse. Elle devint alors la messagère de Zeus et de Héra, à l’image du dieu Hermès. On lui a attribué une paire de brodequins ailés, un caducée ainsi qu’un voile couleur d’arc-en-ciel (caractéristique que l’on retrouve dans le mot irisé qui renvoie aux teintes parfois multicolores des iris). Fleur funéraire, l’iris était planté sur les tombes, certainement en souvenir du fait que la déesse Iris était chargée de couper les cheveux des femmes une dernière fois avant leur mise au tombeau. Elle accompagnait aussi les âmes des défuntes, qu’elle guidait par l’intermédiaire du chemin formé par l’arc-en-ciel, une métaphore illustrant le périple de l’âme de la Terre jusqu’au Ciel.

Iris_déesse_grecque

A l’époque médiévale, la présence de l’iris est attestée. Étrangement, on le distingue mal du glaïeul, comme en témoigne le nom qu’il porte alors, gladolium (Capitulaire de Villis). Il est l’une des rares fleurs, avec ce même glaïeul et la rose, que l’on mentionne dans les textes. On sait qu’il a été cultivé au monastère de Saint-Gall, on le trouve dans les écrits de Strabon puis, plus tard, chez Hildegarde de Bingen : « l’iris est sec et chaud. Sa verdeur réside dans sa racine et remonte dans ses feuilles ». Le rhizome de l’iris, écrasé et placé dans du vin chaud, permettait de lutter contre les infections urinaires, les calculs rénaux, les troubles nerveux, la mémoire défaillante, la fatigue intellectuelle… L’abbesse l’utilisa même contre certains cas de lèpre alors que du côté de l’abbaye de Grandselve (Tarn-et-Garonne), on concocta une recette contre la rage.
Au XVI ème siècle, Matthiole le donnera comme vermifuge, antilithiasique rénal, diurétique et purgatif alors que Lémery, au siècle suivant, lui attribuera d’autres propriétés (apéritif, expectorant, résolutif et émollient).

Comme c’est le cas de nombreuses plantes, l’iris aura été accompagné d’un certain nombre de croyances à son sujet. Par exemple, au Japon, il joue un rôle de purificateur et de protecteur. Pour se préserver des mauvais esprits et des maladies, on avait coutume de jeter 12 pétales de fleur d’iris dans son bain, le 5 mai de chaque année. Des iris plantés au pied des maisons, ou sur les toits, protégeaient celles-ci des influences néfastes et des incendies. Ce qui n’est pas sans rappeler les usages qu’on a réservés à la joubarbe des toits. Son caractère « porte-bonheur » s’illustre aussi à travers l’emploi qu’en firent certains : porté dans une poche, un morceau de rhizome assurait son porteur de traiter facilement des affaires financières.

Les_Iris

L’iris en thérapie

1. Parties utilisées et principes actifs

On utilise principalement le rhizome, accessoirement les feuilles fraîches. Dans le rhizome, on trouve des tannins, de l’acide salicylique, de l’iridine et une huile essentielle contenant des irones. Bien que peu courante, cette dernière mérite qu’on l’aborde un peu plus en détails.
L’huile essentielle d’iris, aussi appelée beurre d’iris ou camphre d’iris, est une matière butyreuse de couleur blanche à jaunâtre, extraite par distillation à la vapeur d’eau.
L’iris est planté sur un sol pauvre et rocailleux. On récolte les rhizomes de plus de 3 ans. Ils sont décortiqués, lavés puis séchés. Le séchage se déroule à l’air libre et dure lui aussi 3 ans. Après ce laps de temps, on broie les rhizomes que l’on distille ensuite à la vapeur d’eau pendant 24 à 36 heures. La complexité et la durée de sa culture explique aisément le prix très élevé de cette huile essentielle (jusqu’à 15 000 € le kg ! Un site que j’ai visité la propose à plus de 1 700 € les 100 ml…), d’autant plus qu’elle est présente en très faible proportion dans la plante fraîche. Aussi le rendement ne dépasse-t-il pas 0,2 %.
Notons qu’à l’état frais, le rhizome de la plante développe une odeur forte et nauséabonde. Le séchage progressif est à l’origine de l’odeur de violette que l’on retrouve dans l’huile essentielle. On retiendra que l’iris est davantage distillé pour les besoins de la parfumerie et des cosmétiques que pour ceux de l’aromathérapie.

2. Propriétés thérapeutiques

  • Expectorant, mucolytique, anticatarrhal
  • Dépuratif, diurétique
  • Cholagogue
  • Stimulant circulatoire
  • Antifermentaire intestinal, vermifuge
  • Sialagogue (qui stimule les sécrétions salivaires)
  • Sternutatoire
  • Anti-inflammatoire

L’iris, pris à hautes doses, devient purgatif, émétique et drastique.

3. Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère respiratoire : sécrétions bronchiques encombrantes, bronchite, bronchite chronique, bronchite asthmatiforme, catarrhe pulmonaire, coqueluche, asthme, rhume
  • Troubles cutanés : tumeurs, dartres, brûlures, cors, dermatoses
  • Inflammation des organes digestifs et urinaires
  • Migraines menstruelles avec vomissement, céphalées
  • Grippe
  • Poussées dentaires chez l’enfant
  • Hydropisie, anasarque, ascite

4. Modes d’emploi

Le rhizome de l’iris peut être utilisé sous diverses formes : râpé, en poudre, en décoction, en vin, etc. Le plus sûr moyen reste encore la teinture-mère.

5. Contre-indications et usages alternatifs

– Toxicité : frais, les rhizomes peuvent occasionner des irritations des voies digestives, des douleurs intestinales ainsi que des vomissements, surtout si les doses ingérées sont trop importantes.
– Cosmétiques : la fameuse poudre de riz (poudre d’iris, en réalité) était employée par les femmes comme adoucissant pour la peau, mais jouait aussi le rôle de talc chez les bébés. Elle est aussi employée comme shampooing sec. Les rhizomes d’iris secs remplaçaient parfois la lavande dans les armoires afin d’en parfumer le linge.
– Parfumerie : Patou, Yves Rocher, Guerlain, Hermès, Lanvin, etc. ont fait appel à l’iris pour certains de leurs parfums.
– Cuisine : en Asie, on cultive certains iris pour en manger les rhizomes que l’on cuit à la manière des pommes de terre.
– Art : on extrait de l’iris un pigment végétal, le vert d’iris, qui est employé en enluminure. Une petite vidéo vous explique ici comment l’obtenir.
– Florithérapie : l’élixir de fleurs d’iris élimine les frustrations qui résultent d’un blocage lié à une panne d’inspiration. Cela sera donc un bon stimulant pour redémarrer la créativité. Cependant, ce n’est pas lui qui tiendra plume ou pinceau à votre place !
– Symbolisme et langage floral : constance, fidélité, pureté et héroïsme.

© Books of Dante – 2014

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