Le tournesol, fleur du Soleil

Van Gogh - Tournesols

PORTRAIT GENERAL

Le tournesol est une plante annuelle à croissance rapide qui possède une longue tige épaisse et velue dont la hauteur atteint généralement 2,5 à 3 m, parfois davantage. C’est le cas de certains spécimens isolés qui s’épanouissent davantage lorsqu’ils ont de la place pour cela, à l’instar du poisson rouge. Alors la taille de la plante peut plus que doubler (5 à 7 m).
Cette plante porte de grandes feuilles cordiformes, à nervure centrale proéminente, placées en hélice le long de la tige et dont Léonard de Vinci dira ceci : « la feuille tourne toujours sa partie supérieure vers le ciel afin d’être mieux capable d’accueillir la rosée sur sa pleine surface ; et ces feuilles sont disposées de manière à se recouvrir l’une l’autre aussi peu que possible. Cette alternance fournit les espaces ouverts à travers lesquels le soleil et l’air peuvent s’insinuer ».
Dès l’été, et jusqu’en octobre, de grandes inflorescences jaune d’or – celles-là mêmes qu’immortalisa Van Gogh – apparaissent. Leur diamètre avoisine 30 cm, davantage selon le spécimen (jusqu’à 40 cm).
C’est une plante qui affectionne les sols drainés, fertiles et ensoleillés.

UN ADEPTE DU SOLEIL

Espèce végétale aux multiples surnoms vernaculaires, le tournesol ne laisse pas de doute quant à sa nature première. Son nom d’hélianthème est fabriqué sur la base de deux racines grecques : helios (le soleil) et anthos (la fleur), autrement dit, la fleur de soleil. Plus brièvement, on le nomme soleil ou grand soleil lorsqu’il est atteint de gigantisme, ce qui n’est pas chose rare. Bien évidemment, qu’on ait affublé une telle plante d’un nom pareil provient essentiellement de la forme radiée de sa fleur (qui n’en est pas vraiment une) et de la propension qu’a le tournesol (ou girasol) de suivre la course du soleil avec sa tête, en réalité un capitule, qui, comme c’est le cas chez de nombreuses astéracées (ex composées), est formé non pas d’une seule fleur mais de centaines. On distingue un cœur de fleurs tubuleuses et une couronne de ligules jaune d’or dont on se méprend quant à leur identité quand on les qualifie improprement de pétales. On retrouve une organisation similaire chez la camomille, la pâquerette, la marguerite, etc.

Il existe des dizaines d’espèces du genre helianthus dont une douzaine sont annuelles (comme notre tournesol commun) alors que les autres sont vivaces (ce qui est le cas d’Helianthus tuberosus, le topinambour). On distingue trois grandes catégories :

  • Des helianthus à l’état sauvage qui poussent en Amérique du Nord et couvrent parfois des milliers d’hectares.
  • Des cultivars à fin alimentaire : plantes gigantesques (jusqu’à de 6 m de hauteur) dont les capitules mesurent parfois jusqu’à 80 cm de diamètre. Les graines se mangent crues, grillées ou écrasées en farine, et fournissent une huile très utilisée en cosmétologie comme en cuisine, bien sûr.
  • Des cultivars à fin ornementale : à capitules simples ou doubles, jaunes, rouges, violets, bruns, etc. Ce sont certains d’entre-eux que nous voyons ci-dessous :

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A L’ORIGINE, UNE PLANTE INDIENNE

Le tournesol est originaire d’Amérique. Ce n’est que lors des échanges entre le nouveau continent et l’Europe que cette plante fut ramenée sur le vieux continent à la fin du XVI ème siècle dans le but d’y être cultivée et consommée. Dès le tout début du XVIII ème siècle, on procède à l’extraction de l’huile contenue dans ses graines. En 1820, elle devient l’objet d’une culture importante en Russie, ce qui fait croire, parfois, que le tournesol en est originaire. Par la suite, on assistera au déploiement de sa culture dans d’autres pays (Hongrie, Italie, Inde…).
Au-delà de ces aspects, il faut savoir que le tournesol est une plante majeure pour un grand nombre de peuples amérindiens qui l’utilisaient autant pour ses valeurs nutritives que médicinales. Cependant, il est difficile de dater avec exactitude la période à laquelle le tournesol a été utilisé par ces peuples du fait que la graine de tournesol est relativement fragile et que peu de restes demeurent (contrairement aux grains de maïs qui, une fois secs, peuvent se conserver pendant des millénaires.) Malgré tout, on sait que les usages médicinaux du tournesol chez les Amérindiens étaient largement répandus : les Zunis l’utilisaient contre les morsures de serpents, les Dakotas contre les douleurs pectorales, les Pawnees comme additif alimentaire en cas de grossesse, etc.
Les Hopis mariaient des tournesols à leur chevelure au moment des cérémonies religieuses tandis qu’ils utilisaient une variété à graines violettes (variété « Hopi », tceqaaqawu) afin de s’en servir comme teinture pour les textiles alors qu’aujourd’hui on utilise encore les ligules afin d’obtenir un colorant jaune.

LE TOURNESOL, TOUT UN SYMBOLE !

Du fait de la fidélité solaire du tournesol, on a fait de cette plante un symbole de dévotion, de sa prolixité un symbole potentiel de fécondité et de renouveau qui s’illustre tant par la quantité de graines qu’un seul pied est susceptible de produire que par l’abondant nectar qu’il fournit aux abeilles.
L’habilité à rayonner que possède le tournesol fait de la lame 19 du Flower Speaks l’homologue du Soleil dans le Tarot de Marseille. Ainsi, les mots-clés qui lui sont associés sont les suivants : enthousiasme, individualité, sincérité, impulsion créatrice, reconnaissance, capacité de guérison, meneur confiant, figure d’autorité, force, intelligence, prospérité, fournisseur d’abondance.

The Flower Speaks - Sunflower

Mais, après qu’il ait déployé sa corolle vers le Ciel, voici qu’une fois sa vie achevée, sa tête grosse comme un ventre, se tourne vers la Terre. A l’image de ceux que l’on peut voir sur la pochette du dernier album de Dead Can Dance dont le titre – Anastasis – illustre à merveille la capacité future du tournesol de se relever grâce aux graines qui, bien qu’elles l’alourdissent, le fixent dans la torpeur, sont autant de gages de renouveau.

Anastasis

Nous avons indiqué plus haut, à travers les paroles de Léonard, la question de la présence de feuilles étagées de façon spiralée. Si l’on observe le capitule d’un tournesol, nous voyons également des spirales que dessinent les graines géométriquement disposées. Certaines tournent dans le sens des aiguilles d’une montre, d’autres à l’inverse de ce mouvement. Et elles sont construites selon ce que l’on appelle le nombre d’or, lequel s’exprime ici à travers la suite de Fibonacci. Je laisse la parole à Priya Hemenway qui évoque cela dans son ouvrage intitulé Le Code Secret.

Le tournesol en thérapie :

1. Parties utilisées : ligules, graines.

2. Principes actifs contenus dans l’huile végétale :

Une fois mûrs, les gros fruits bruns et aplatis du tournesol recèlent une graine. C’est elle qui, selon les variétés, fournit de 25 à 50 % d’huile destinée à l’alimentation (extraction à froid) et à l’industrie de la savonnerie, des vernis et peintures (extraction à chaud). Quant au tourteau, c’est-à-dire le résidu de l’extraction, il fait le bonheur du bétail qui trouve là une source non négligeable d’alimentation.
Venons-en à la composition de l’huile végétale de tournesol dont on se sert en cuisine mais également en aromathérapie entre autres usages.

  • Acides gras saturés : 10-13 %
  • Acides gras insaturés : 86-96 % dont
  • Oméga 3 : < 0,5 %
  • Oméga 6 : 60-66 %
  • Oméga 9 : 26-32 %
  • Vitamine E : 60 mg/100g

3. Propriétés médicinales : fébrifuge, cicatrisant, anti-inflammatoire, diurétique, expectorant, laxatif, préventif des maladies cardio-vasculaires.

4. Usages médicinaux : fièvre, toux, maux d’estomac, inflammation rénale, dysenterie, articulations douloureuses, blessures, peaux sèches.

5. Autres usages :

  • Il existe un élixir genre Bach à base tournesol. Il est utilisé pour aider à résoudre les conflits liés à l’image parentale, mais aussi pour équilibrer un ego prédominant ou trop effacé.
  • En cuisine, l’huile végétale de tournesol est utilisée tant pour l’assaisonnement que pour la cuisson. Du tournesol, on croque les graines, on décore une salade de ses ligules jaune d’or, on prépare les capitules non ouverts à la vapeur, à l’instar des artichauts.
  • Parmi certains usages peu connus citons les deux suivants : la moelle contenue dans la tige fut utilisée en Chine pour fabriquer du papier. On a planté des tournesols sur des sols marécageux – tout comme l’eucalyptus – afin de les éponger et de lutter ainsi contre des maladies comme la malaria.

    © Books of Dante – 2013

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Van Gogh : digitale, absinthe et saturnisme

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Cette toile de Vincent Van Gogh représente le Docteur Gachet. Elle a été exécutée en 1890, durant les derniers mois de l’existence du peintre à Auvers-sur-Oise.

Si l’on observe cette toile, on constate, au premier plan, une plante : il s’agit d’une tige de digitale, plante hautement toxique et tonique cardiaque réputé.

Ce médecin s’occupa de Vincent lors de son ultime séjour (mai-juillet 1890).

Une hypothèse veut que le Docteur Gachet ait prescrit de la digitale à Vincent, car, croyait-on, elle aurait le pouvoir de guérir la folie. Pourquoi donc n’aurait-elle pas pu soigner Vincent après ses épisodes douloureux à Arles avec Gauguin et ensuite à Saint-Rémy de Provence ?

Cette hypothèse repose sur le fait qu’une intoxication à la digitale induit des hallucinations ainsi qu’une coloration de la vision en jaune. Or, nombreuses sont les toiles de Vincent à faire prévaloir cette couleur. Mais ce qui ne colle pas, c’est que ces toiles jaunes (Champ de blé avec vue d’Arles, La plaine de la Crau, Moisson en Provence, Les tournesols, La maison jaune, Le café de nuit, Le semeur, etc.) datent d’une période antérieure * à l’arrivée de Vincent à Auvers-sur-Oise et, donc, de sa rencontre subséquente avec le Docteur Gachet, l’homme à la digitale… Cette tendance au jaune se retrouve aussi dans la période suivante ** mais dans une moindre mesure.

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La maison jaune, à Arles.

Des sources qui ont l’air de rumeur annoncent qu’en 1888, alors que Vincent était à Arles, le Docteur Gachet prescrivait sa fameuse digitale à Vincent : impossible. Les deux hommes ne se connaissaient pas encore ! Fraude intellectuelle ? A-peu-près ? Négligence ? Bref, exit la digitale.

Orientons nos recherches ailleurs. Plus d’une centaine de psychiatres se sont, à ce jour, penchés sur le cas de Vincent. Certains ont évoqué la schizophrénie, d’autres un trouble bipolaire. Enfin, l’épilepsie et la syphilis furent mis au banc des accusés.

Ces possibles maladies peuvent être aggravées par des problèmes supplémentaires qui s’y grefferaient donc : surmenage, manque de sommeil, alcool, etc.

Alcool. En particulier, l’absinthe, que Vincent consommait volontiers et, déjà, lors de son séjour à Arles, sa période « jaune ».

L’absinthe, fameuse fée verte, « atroce sorcière » selon Verlaine qui en bu lui-même pas mal, est bien connue, en particulier par l’un de ses principes actifs, la thuyone, un terpène semblable au THC. Or, la thuyone peut faire surgir, à haute dose, une maladie qui se nomme xanthopsie, trouble visuel qui amène à voir les objets en jaune, d’où, peut-être, la prédominance de jaune dans les toiles de Vincent lors de son passage dans le sud de la France.

Mais, en 1991, on met en évidence une aberration : avant d’avoir absorbé suffisamment de thuyone pour voir apparaître ce trouble visuel, l’ingestion d’alcool, à elle seule provoque la mort bien avant les effets désastreux de la thuyone en elle-même. La mort, sinon la démence. Quoique l’épisode de l’oreille coupée (Arles, le 24 décembre 1888) survienne en pleine crise de démence, après consommation d’absinthe par Vincent, coutumier du fait.

Lune de fiel pour Vincent. Ne peignit-il pas une petite toile sobrement intitulée « L’absinthe » (1887) lors de son passage à Paris, avant l’échappée belle en Provence ? La voici :

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Comme l’indique Benoît Noël, auteur du petit livre Un mythe toujours vert : l’absinthe paru à L’esprit frappeur en 2000, cette toile porte en elle une symbolique mortuaire :

« À sa manière, cette nature morte est un autoportrait et l’on admettra ou pas, en l’observant en détail, que la croisée de la fenêtre puisse suggérer une croix fichée au beau milieu du tableau et que la table en marbre évoque plus ou moins une dalle mortuaire pour ne rien dire du verre à l’allure de calice. D’aucuns prétendront donc que l’absinthe creuse la tombe de l’artiste et que la messe est dite ! »

Une autre hypothèse a été avancée. Vincent aurait pu être victime d’un empoisonnement au plomb que contenaient les tubes de peinture qu’il utilisait ou… ingérait. Cette intoxication au plomb porte un nom : le saturnisme (Saturne est le symbole du plomb en alchimie).

C’est bien possible après tout, d’autant plus que le XIX ème siècle a vu une explosion des cas de saturnisme, en particulier à travers l’emploi de peintures à la céruse de plomb.

Le saturnisme est une intoxication aiguë ou chronique par le plomb. Il est inducteur de troubles qui sont réversibles ou non en fonction du seuil de toxicité.

En se rendant dans le sud de la France, Vincent chercha à fixer la lumière, ses jaunes, ses soufres, ses ors…

Lumière qui manquait cruellement à son Brabant natal et qui avait bien du mal à percer à travers ses toiles (cf. la loupiote falote de ses « mangeurs de pommes de terre »).

Le Sud fut une explosion solaire. Si le plomb est la cause indirecte ou non de la mort de Vincent, il reste encore incrusté dans ses toiles, là, sous le vernis…

Du plomb à l’or, telle aura été la mutation de Vincent, à l’image de ces vitraux sertis de plomb qui laisse passer la lumière céleste…

Il est vrai que la chaleur du Sud fait vibrer les couleurs. Si on prend en compte les toiles peintes par Vincent à Auvers-sur-Oise durant les deux derniers mois de son existence, on constate que le jaune est bien moins utilisé que lors de son passage dans le Sud. Faut dire qu’Auvers-sur-Oise c’est pas trop dans le Sud, aussi ! Au-delà de cet argument qui n’en est pas un, la quête de l’or du ciel par Vincent n’a rien d’un hasard comme nous l’apprend la lettre 522 à son frère Théo :

« Nous avons maintenant une merveilleuse et puissante chaleur sans vent, c’est mon affaire. Un soleil, une lumière qui, faute de meilleures appellations, je peux seulement qualifier de jaune, jaune soufre pâle, jaune citron pâle. Mais que le jaune est beau ! Et comme je verrai mieux le Nord après ! »

Vincent est très influencé par Monticelli, qui était pour lui un modèle et dont la couleur de prédilection était le jaune ! Il est vrai que Vincent était victime d’accès de paranoïa, de profonde mélancolie et de graves défauts psychiques. Il en a conscience lui-même comme il l’indique dans la lettre 481 :

« Notre neurose (névrose) provient en partie de nos mœurs artificielles, mais elle est aussi une part d’héritage lourde de conséquences, car, dans notre civilisation l’homme s’affaiblit de génération en génération. Prends notre sœur Wil ; elle n’a ni bu, ni vécu dans la débauche, et il y a pourtant une photographie d’elle, où elle a un regard d’aliéné – c’est la preuve que nous aussi, si nous ne voulons pas nous leurrer sur notre véritable état de santé, nous faisons partie de ceux qui souffrent d’une neurose longtemps préparée ».

A Arles, hallucinations visuelles et auditives se poursuivent, Vincent s’imagine qu’on veut l’empoisonner, ses comportements inquiètent la population, une pétition est signée par le voisinage et vise son internement. Mais nous ne sommes pas encore à Saint-Rémy.

« Au lieu de manger suffisamment et régulièrement, je me serais maintenu avec du café et de l’alcool. Mais pour atteindre le ton jaune intense que j’ai atteint cet été, il a fallu que je me stimule pas mal ».

On peut se poser la question de savoir ce que Vincent entend par « stimulant »… dans cette lettre n° 581.

En mai 1889, Vincent demande son propre internement à l’asile de Saint-Rémy de Provence, à condition de pouvoir encore travailler. Mais de nombreuses crises de démence pendant lesquelles il ingurgite le contenu de ses tubes ont pour conséquence de le voir être interdit de toute activité créatrice, d’autant plus que les crises de plus en plus fréquentes, de plus en plus intenses, de plus en plus rapprochées mettent Vincent sur le carreau.

Désireux de revenir dans le Nord, il entreprend donc son ultime voyage à Auvers-sur-Oise. « Mais que le jaune est beau ! Et comme je verrai mieux le Nord après ! » indique-t-il dans la lettre n° 522.

Enfin, le 27 juillet 1890, soit deux jours avant sa mort, il se tire un coup de pistolet en pleine poitrine. Du plomb dans un cœur d’or…

Vincent est une étoile, et, pour le citer une dernière fois :

« Ces étoiles brillent toujours et existent dans d’autres sphères ; elles poursuivent dans d’autre mondes le travail qu’elles ont interrompu sur Terre ».

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*[Arles, février 1888-mai 1889]

**[Saint-Rémy de Provence, mai 1889-mai 1890]

© Books of Dante – 2008