L’or

Après m’être penché sur le cas du cuivre et de l’argent, voilà que j’en viens à évoquer enfin l’or, ce métal précieux et parfait. Partout dans le monde et à différentes époques, il a été le métal roi. Petit tour d’horizon…

Chez les Chinois, le caractère « kin » signifie à la fois métal et or, ce qui montre assez bien l’hégémonie de ce seul métal sur l’ensemble de tous les autres qui semblent alors éclipsés par cette lumière minérale telle qu’on le qualifie en Inde. Parce qu’en effet, l’or, c’est le Soleil et l’illumination de par sa couleur chaude et lumineuse, c’est aussi un symbole d’immortalité et de longévité du fait de son incorruptibilité et de son inaltérabilité, à l’image des toits des églises orthodoxes qui brillent de mille feux depuis des siècles.

Il est donc l’expression des énergies solaires, il ne perd jamais son éclat, alors que l’argent, tel la Lune qui décroit, se couvre d’un voile noirâtre. L’or, non. Lui est pur et inoxydable. Ce qui explique pourquoi les anciens Égyptiens l’assimilèrent à la chair des dieux alors que les Aztèques virent en lui la peau neuve de la Terre, symbole du renouveau de la Nature au Printemps (Cf. Xipe Totec, divinité de la pluie printanière et également dieu des orfèvres).

ImageSingulier métal que l’or, paradoxal à bien des égards. On le dit précieux parce qu’il est rare, rare parce qu’il est précieux. Or, il est pourtant extrêmement répandu à la surface de la Terre, mais la plus grande partie échappe aux regards puisqu’elle n’est pas constituée que de pépites ou, plus modestement, de paillettes, mais se trouve à l’état de traces dans de très nombreuses roches ainsi que dans l’eau des océans. Sans doute parce que cette masse d’or à l’état infinitésimal est un symbole des mystères soustraits à la connaissance du vulgaire.

On le dit inaltérable, et c’est vrai. Seul un puissant mélange d’acide parvient à l’attaquer ne serait-ce qu’un peu. Qu’on en fabrique des clés qui ouvrent des portes ou des ponts qui mènent vers d’autres cieux, il est aussi le fardeau qui fait courber l’échine. L’on dit souvent qu’on a des semelles de plomb lorsqu’on a du mal à avancer. Or, si ces mêmes semelles d’or étaient faites, l’avancée serait bien plus difficile du fait de la densité de l’or bien supérieure à celle du plomb (densité exprimée par le nombre de grammes au centimètre cube : 19,3 pour l’or, seulement 11,35 pour le plomb).

Malléable et ductile aussi, à tel point qu’en Afrique occidentale, on dit qu’avec « un gramme d’or on peut faire un fil mince comme un cheveu pour entourer tout un village. » On en confectionne de si fines feuilles que leur épaisseur ne dépasse pas le 1/10 000 de millimètre, et que la lumière d’une bougie vue en transparence à travers une telle feuille prend une très curieuse couleur vert bleuâtre…

Très souvent natif, il peut lui arriver, bien que rarement, de passer l’alliance avec d’autres métaux. Avec l’argent, on le dit électrum, avec le platine, or platiné, etc. Ces mêmes actions d’alliage ont été répétées de façon artificielle par l’homme, inconscient de la capacité qu’a l’or de ne pas se mêler naturellement aussi facilement à d’autres métaux. Cet homme là le mélange sans vergogne à des métaux plus durs que lui !

Image

Alors que nombre d’alchimistes se sont échinés non pas à les unir mais des uns à tirer l’Autre, à travers la transmutation des métaux dits impurs en or, action délicate qui doit être vue comme une transition d’un état vers un autre qui lui est supérieur et non comme la bête et concrète transformation physique du plomb en or véritable comme le pense parfois – souvent – le vulgaire sinon le crédule, et encore moins comme un moyen d’accéder à l’élixir de jouvence si cher à certains médiévistes naïfs, la pierre philosophale, le Graal étant bien davantage que cette vision résolument tronquée de la transsubstantiation. Comme le dira Silesius, il s’agit de la transformation de l’Homme par Dieu en Dieu. Pas étonnant donc que l’or-lumière soit connaissance.

Mais de cet or là, « il est aussi difficile de s’en servir bien que de se le procurer ». Comme l’on dit en Afrique occidentale, « l’or est le socle du savoir, le trône de la sagesse : mais si vous confondez le socle et le savoir, il tombe sur vous et vous écrase ».

L’or est donc un trésor ambivalent. Bien que solaire et illuminateur, il est aussi symbole de pervertissement, une dégradation de l’immortel en mortel. Le revers de la médaille, en somme. Charlot, dans son Gold Rush (1925) l’a véritablement et cyniquement montré. Ô Dollar, dieu des or-fièvre, tu n’as aucune pitié pour ces pauvres orpailleurs qui ont payé de leur vie l’or dans leur cœur logé…

Après l’or qui tue, l’or qui guérit.

Hildegarde de Bingen (1098-1179), abbesse, musicienne, poétesse, médecin, etc., utilisait au côté d’un grand nombre de plantes médicinales certains minéraux dont l’or qu’elle associait parfois au cristal de roche et à la topaze impériale. Elle dit de lui « qu’il est chaud [et que] sa nature est semblable à celle du Soleil ».

Elle s’en servait afin de lutter contre des problèmes de goutte et de rhumatisme, des problèmes gastriques et de baisse de l’audition liés à des infections de la sphère ORL (les actuelles solutions colloïdales d’oligo-éléments Cu-Au-Ag ne font pas autre chose…).

D’autres usages visaient le développement des qualités morales et intellectuelles, Hildegarde ne s’étant jamais pencher sur le corps en oubliant l’esprit qui l’habite.

© Books of Dante

Le tilleul, fleuve de vie

Le tilleul est un arbre imposant dont l’essence est relativement courante, tant dans la nature (en forêts de feuillus, de la plaine à la moyenne montagne) que dans parcs et allées. Cependant, du fait d’hybridations, les espèces ne sont pas toujours facilement reconnaissables. Nous nous bornerons aux trois suivantes : le tilleul à petites feuilles (Tilia cordata), le tilleul à grandes feuilles (Tilia platyphyllos) et le tilleul sauvage du Roussillon (Tilia sylvestris).

1. Le tilleul à petites feuilles

Il porte des feuilles longuement pétiolées, cordiformes et glabres, de couleur vert foncé brillant sur le dessus, grisâtres au-dessous. Les inflorescences très odorantes sont composées de petites fleurs jaune blanchâtre et garnies d’une large bractée membraneuse vert pâle soudée jusqu’à la moitié d’un pédoncule commun à la fleur. La floraison est très courte – une à deux semaines – et se situe généralement au début de l’été (juin-juillet). Le fruit est globuleux et contient une graine unique.

Image2. Le tilleul à grandes feuilles

Également pétiolées, les feuilles de ce tilleul sont plus larges et couvertes d’un fin duvet sur leurs deux faces. Inflorescences et floraison sont identiques à celles du tilleul à petites feuilles. Le fruit, tout aussi globuleux, possède une dure paroi marquée par cinq côtes très saillantes.

Ces deux tilleuls possèdent des propriétés médicinales analogues. Ils partagent également la stature (40 m de hauteur pour un spécimen isolé poussant sur un sol riche et bien drainé) ainsi que la longévité. En France, le deuxième arbre le plus âgé est un tilleul de près de cinq siècles qui se trouve à Ivory, dans le Jura. Au nord-ouest de la forêt de Besançon, on trouve un autre tilleul d’un âge estimé à 370 ans.

De ces deux tilleuls, on utilise spécifiquement les fleurs. Et la presque trop banale infusion de tilleul est loin d’être une simple boisson d’agrément. Malheureusement, le tilleul a perdu de son lustre d’antan. On lui a reconnu anciennement tant de valeur qu’une ordonnance royale (à l’image des capitulaires carolingiens) prescrivait d’en planter le long des routes alors que les récoltes en étaient réservées pour les hospices. Au XVI ème siècle, un certain nombre de botanistes charmés par son élégance et conquis par l’arôme de ses fleurs furent à l’origine de son implantation dans parcs et allées en tant qu’essence ornementale.

Au tilleul, on associe plusieurs propriétés dont les plus connues sont les suivantes :

  • Il possède une action sur le système de régulation qui commande les glandes sudoripares et le système immunitaire, ce qui en fait un allié de choix en cas d’états fébriles et/ou grippaux (refroidissement, écoulement nasal, maux de tête, maux de reins, courbatures, etc.) Cependant, il est bon de ne point en abuser car le tilleul peut affecter le système de régulation thermique du corps. Sudorifique, il fait transpirer. Pourquoi est-ce donc important en cas de fièvre ? Tout simplement parce que c’est grâce à la sudation que le corps peut évacuer les excédents de chaleur. Ainsi donc, lorsque vous êtes fiévreux, ne faites pas l’erreur de boire froid, voire glacé, pensant faire chuter la température. Un liquide ingéré froid obligera l’organisme à un travail supplémentaire pour le réchauffer à la température du corps, ce qui augmentera fatalement les sensations de chaleur au lieu de les étouffer. Les Touaregs ne font pas autrement en buvant du thé chaud sous un soleil de plomb.

  • Traditionnellement, on dit qu’un bain chaud additionné d’une forte infusion de fleurs de tilleul assure un prompt endormissement (dans la baignoire… ? ^^) En effet, c’est que le tilleul est un sédatif du système nerveux ainsi qu’un hypnotique léger. Il est donc tout à fait indiqué pour lutter contre les insomnies. En revanche, on prendra soin de limiter la durée d’infusion à 5 mn. Alors, elle présente une jolie couleur jaune qui vire au rouge lorsque le tilleul reste trop longtemps infusé. Il révèle donc par là son caractère excitant – le revers de la médaille – qui, justement, peut mener à… l’insomnie. Enfin, tout dépend de ce que vous faites de vos nuits…

  • Ses propriétés antispasmodiques sont fort utiles lors d’affections nerveuses, de toux spasmodiques, de convulsions, de vomissements nerveux, etc.

  • Le tilleul agit aussi sur la sphère circulatoire puisqu’il s’oppose à l’hyperviscosité et l’hypercoagulabilité sanguine. Il est donc préconisé en cas d’artériosclérose.

  • Enfin, en usage externe, l’infusion (voire la décoction) de fleurs de tilleul constitue une eau florale intéressante (si vous en préparez une petite quantité à l’avance, prévoyez de lui ajouter quelques gouttes d’huile essentielle d’arbre à thé qui joueront le rôle de conservateur). De par les mucilages qu’elles contiennent, les fleurs de tilleul sont adoucissantes et émollientes. Cette eau de tilleul rafraîchit la peau, éclaircit le teint, nettoie l’épiderme des impuretés qu’il contient et lutte contre démangeaisons cutanées, dartres et autres boutons.

Ainsi donc, on peut dire du tilleul qu’il adoucit les ardeurs de la fièvre, qu’il fluidifie le sang, qu’il apaise les peaux irritées, etc.

Tout en lui se tourne vers la modération du rouge martien ! Ce qui n’est pas sans rappeler certains traits caractéristiques du Fleuve de Vie-Tilleul de l’astrologie celte ! Fleuve de vie, c’est tout à fait ça, le tilleul… Il dissout les blocages de l’insomnie, harmonise donc le sommeil, les excitations, les coups de sang, fluidifie le fleuve circulatoire…

3. Le tilleul sauvage du Roussillon

Cette fois-ci, ce ne sont plus les fleurs que l’on utilise mais l’aubier, c’est-à-dire la couche de bois tendre qui se situe entre le cœur et l’écorce (cet usage thérapeutique aura décimé la population de cet arbre malheureusement).

Comme la plupart des parties végétales dures, l’aubier de tilleul se prépare en décoction dont le goût est tout à fait atroce. Mais là encore, le Fleuve de Vie-Tilleul désintègre les blocages : draineur hépato-biliaire et urinaire, dissolvant de l’acide urique, il est efficacement mis en valeur à travers des problèmes tels que lithiases urinaires et biliaires, albuminurie, etc. Anti-inflammatoire, il lutte contre l’incendie des rhumatismes et de l’arthritisme.

De par son caractère, le tilleul fait violence à ce type d’affections, instaurant de la douceur là où il n’y en a plus (à ce titre, il est étonnant de constater que le charbon de bois de tilleul aura jadis été utilisé pour fabriquer de la poudre à canons, évoquant par là son caractère violent). Mais n’oublions pas que la douceur est l’apanage du tilleul : ses petites feuilles – lorsqu’elles sont jeunes – sont comestibles… et que dire de son miel !

Le tilleul, fleuve de vie, encore et encore… En 1940, alors que l’Allemagne nazie cherchait à affamer la France, on eut l’idée de fabriquer à l’aide de feuilles de tilleul une poudre que l’on mélangea à de la farine d’orge ou de sarrasin afin de confectionner galettes, pains ou gâteaux.

Fleuve de vie toujours, lorsque l’on en vient à évoquer l’élixir de fleurs de tilleul utilisable en cas de blocages qui empêchent de donner l’affection à qui en demande et en nécessite (de la mère à l’enfant, par exemple), quand les liens entre les générations se distendent. C’est un élixir qui facilitera la communication et l’échange respectueux et cordial. Il apporte douceur, calme et protection à ceux qui se sentent coupés des autres ou de leurs propres racines, tout en éprouvant un sentiment d’abandon et de solitude. Ce n’est pas pour rien que le tilleul est symbole d’amitié et de fidélité.

Dans la mythologie grecque, nous retrouvons Philyra, mère du centaure Chiron, laquelle fut métamorphosée en tilleul. Chiron, de par ses dons oraculaires et sa maîtrise des simples, incarne tout à fait la quintessence du tilleul : c’est un arbre qui guérit (en Grèce et en Crète, c’était l’arbre médicinal par excellence, ses fleurs faisaient déjà partie d’une pharmacopée archaïque) et qui prédit l’avenir (de son liber, on confectionne du papier que l’on déchire ensuite en bandelettes que l’on utilise pour la divination). On peut (presque) dire du tilleul qu’il est un arbre « chaman »…

© Books of Dante – 2010

Indices cultuels et chamaniques dans Yakari

Peut-être connaissez-vous la bande dessinée Yakari le petit Indien ? Il se trouve qu’il s’y cache diverses allusions et références culturelles et cultuelles propres aux Indiens des grandes plaines ainsi que des clins d’œil que ceux qui s’intéressent au chamanisme pourraient éventuellement percevoir.

Aujourd’hui, je vous propose, de manière ludique, d’aborder ces différentes notions grâce à mon ami Yakari :)

ImageLe contact avec un guide spirituel qui surgit quand on ne l’attend pas toujours. A noter qu’on pense souvent qu’il s’agit d’un aigle, en réalité c’est ce que l’on appelle un pygargue à tête blanche.

ImageUn autre contact avec le même guide. Et ses paroles mystérieuses sinon nébuleuses. Comme l’a écrit Joseph Epes Brown dans Les rites secrets des Indiens sioux, ce genre de message « exprime fort bien un état d’esprit qui est caractéristique des Indiens ; il implique que dans chaque acte, dans chaque chose, et à tout moment, le Grand Esprit est présent et qu’on doit être continuellement et intensément attentif » à ce que l’on appelle les signes.

ImageLa vision nocturne. Chez les Sioux, la quête de vision fait partie des sept rituels sacrés. L’on peut penser à un rêve, mais il ne s’agit plus d’onirisme dès lors que cela apporte des solutions à un problème, par exemple. Il est donc important de faire le distinguo entre rêve et vision.

ImageLa rencontre avec un totem. Par totem, il faut entendre un esprit animal qui accompagne quelqu’un durant son existence et qui intervient auprès de lui en fonction de sa « médecine ». Il n’est en aucun cas assujetti à l’être humain qu’il accompagne, de la même façon que l’être humain n’est nullement inféodé à un totem. Ils cohabitent en symbiose.

ImageScène de danse en l’honneur du bison qui est wakan – sacré – pour les Indiens des grandes plaines. Le chaman que nous voyons dans la vignette fait, plus haut dans la bande dessinée, référence à Wacondah. Ce terme est un peu inexact car il est utilisé non pas par les Sioux mais par les Apaches. Chez les Sioux, on parle de Wakan Tanka dont la traduction signifie à peu près Grand Mystère. Invoquer la bienveillance de Wakan Tanka est sensée rendre la chasse bénéfique.

ImageLe bison blanc qui n’est pas qu’une légende. Les bisons albinos sont considérés comme sacrés par les Indiens des plaines, les Sioux en particulier dont l’ensemble des rites leurs a été révélé par celle que l’on nomme Pte San Win, la femme bison blanc.

Le bison blanc possède peu ou prou la même symbolique que le cerf blanc chez les Celtes. C’est un totem éminemment puissant.

ImageUn heyoka ou contraire. « Celui qui sait », le chaman, nous explique très bien ci-dessous ce qu’est un contraire et quel est son rôle :

ImageA peu de chose près, un heyoka joue le même rôle que le fou du roi, symbolique que l’on retrouve à travers un des arcanes majeurs, le Mat.

A la page suivante, le chaman nous dit ceci : « Apprenez que le heyoka rit d’abord de lui-même, car celui qui ne sait pas se moquer de lui-même manque d’humilité. Quand il rit des autres, c’est pour leur rappeler de ne pas trop se prendre au sérieux ». Et comme l’indique Archie Fire Lame Deer dans Mémoires d’un homme-médecine sioux, « il vaut mieux rire avec les esprits que leur permettre de rire de vous et de votre grise mine ».

On désigne aussi l’heyoka sous le nom de « rêveur de tonnerre », ce qui fait directement référence à l’un de ses totems, le fameux Wakinyan, l’Oiseau-Tonnerre.

© Books of Dante – 2013

Visitez la petite boutique du blog !

Le bouleau

Image

Synonymes : bouleau pleureur, bouleau blanc, bouleau verruqueux, arbre de la sagesse, bois à balais, boulard.

Le bouleau blanc (en raison de la couleur de son écorce) ou bouleau verruqueux (en raison des multiples verrues qui constellent ses rameaux) est un arbre particulièrement typique d’Eurasie. Bien que souvent cultivé comme arbre d’ornement (et connu comme tel), il n’en reste pas moins qu’il est l’hôte des bois jeunes, des sols pentus et acides, pierreux et sableux, comme on peut le voir en forêt de Fontainebleau.

C’est un arbre qui nécessite beaucoup d’espace, c’est pourquoi il est capable de coloniser des sols vides qui ne sont pas propices au développement d’autres essences telles que le chêne, par exemple.

Le feuillage du bouleau est relativement abondant, formé de petites feuilles losangiques ou triangulaires, doublement dentées qui ont la particularité de ne présenter que leur tranche au soleil afin de laisser pénétrer un maximum de lumière à l’intérieur de la silhouette de l’arbre.

Mais avant ça, il y a floraison entre avril et mai. On distingue deux types de fleurs : les chatons mâles en longues inflorescences souples et pendantes (d’où l’adjectif latin pendula associé au bouleau) et les fleurs femelles en petits épis dressés.

Les graines sont capables de germer sur les sols vides dont nous parlions. Mais, une fois devenues arbres, elles sauront rendre ces sols viables pour d’autres espèces – le chêne, nous l’évoquions, mais aussi le hêtre – qui n’éliront jamais domicile sur un terrain privé d’humus. En cela, le bouleau se rapproche du frêne : c’est un préparateur de terrain.

Le bouleau formera une litière de feuilles qui sera capable de fabriquer une importante quantité de sucres qui enrichiront progressivement l’humus. C’est à ce moment que hêtres et chênes pourront germer et grandir sur ce sol mais feront de l’ombre au bouleau qui ne s’en remettra pas. Mais il faut aussi compter sur le cycle de vie court du bouleau (100 ans maximum pour 30 m de hauteur) et sur sa croissance rapide (15 m à 20 ans). Le temps que la croissance plus lente du chêne ou du hêtre fasse de l’ombre au bouleau, celui-ci, du fait de sa longévité plus courte, aura déjà disparu non sans avoir essaimé de nouvelles graines vers des territoires plus propices, y compris des terres incendiées.

Le tronc svelte et lisse du bouleau s’orne d’une écorce dont la blancheur est due à la présence de bétuline qui la rend imperméable et imputrescible. Elle pèle en se détachant du tronc en fines bandelettes horizontales. L’écorce s’épaissit avec l’âge, en particulier à la base de l’arbre où elle se crevasse et noircit.

On peut dire que tout, chez lui, tend à la légèreté et à la grâce aérienne. Ce qui n’est pas tout à fait exact. A la gracilité et à la souplesse de la ramure du bouleau s’oppose la dureté de son écorce. Cette plasticité et cette robustesse sont, en quelque sorte, ses signatures. L’écorce condense la majeure partie des sels minéraux apportés par la sève brute (ou ascendante) qui provient de l’extraction par les racines de l’arbre de l’eau du sol et des nutriments qu’il contient. Les feuilles connaissent au début du printemps une intense activité cellulaire. Au niveau foliaire, la sève ascendante va se charger des principes actifs synthétisés par les feuilles, lesquelles formeront la sève élaborée (ou descendante).

Image

On voit sur ce schéma deux courants : le courant ascendant de la sève brute, le courant descendant de la sève élaborée. Le premier est le courant de l’eau et de la terre (tellurique et chthonien), le second, le courant de la lumière du Soleil (cosmique et ouranien). L’arbre lui-même est donc de la lumière solaire matérialisée en quelque sorte…

Rien d’étonnant à ce que le bouleau, à l’instar du frêne, ait aussi joué le rôle d’Axis Mundi pour les populations sibériennes. Il est le lieu de la rencontre des énergies cosmiques et des énergies telluriques, il en est la symbiose parfaite, les racines étant le parfait reflet de la ramure, le tronc, le trait d’union entre le monde terrestre et le monde céleste.

Lors des cérémonies d’initiation chamaniques, il est planté au centre de la yourte et aboutit au trou du sommet qui correspond à la porte du Ciel (ou du Soleil, essence masculine) même s’il est parfois associé à la Lune (essence féminine ; du reste, jusqu’au XVI ème siècle le mot « bouleau » était féminin).

Il symbolise donc la voie par où descend l’énergie du ciel (le Soleil, Ouranos, la lumière, la sève descendante) et par où remonte l’aspiration humaine (le milieu terrestre et chthonien, la sève ascendante).

Dans le monde celtique, il existe peu de références, hormis un vers que l’on trouve dans un texte gallois, Le combat des arbrisseaux : « Le sommet du bouleau nous a couverts de feuilles ; il transforme et change notre dépérissement ». Certains y ont vu une symbolique funéraire. C’est, peut-être, une allusion au fait de couvrir les dépouilles mortelles de branchages de bouleau. Pline l’Ancien, qui pensait que cet arbre venait de Gaule, note que ses rameaux étaient employés afin de constituer des torches nuptiales, porte-bonheur le jour des noces, ce que confirme Pierre Canavaggio dans son Dictionnaire des superstitions et des croyances populaires : « Pour qu’ils soient heureux en mariage, on accompagne les jeunes mariés (le soir de leur noce) jusqu’à leur maison avec des torches de bouleau allumées ».

Bref, le bouleau est très lié à la vie de l’homme comme symbole tutélaire à la Vie et à la Mort. Il est l’artisan de la transformation qui prépare le défunt à une vie nouvelle comme il a la capacité de rendre un sol dénudé riche…

Image

D’un point de vue médicinal, petit tour d’horizon :

* Pline l’Ancien (I er siècle avant JC) : il remarque que la sève de bouleau est un bon dépuratif sanguin qui peut être utilisé dans des cas de goutte et de rétention d’eau.

* Hildegarde de Bingen (XII ème siècle) : du bouleau, elle utilisera la sève (rétention d’eau, troubles urinaires), ainsi que les bourgeons : chauffés au soleil ou près d’un feu puis appliqués sur la peau, ils soignent certains affections cutanées (pustules, rougeurs, etc.). Elle sera la première à noter l’emploi des fleurs et leur action cicatrisante.

* Konrad de Megenberg (XIV ème siècle) : dans son Buch de Natur, il vantera « l’eau de bouleau » (la sève) comme diurétique et antilithiasique urinaire. Il préconisera cette même sève contre ulcères buccaux et éphélides.

* Matthiole (XVI ème siècle) : « Si on perce le tronc du bouleau avec une tarière, il en sort une grande quantité d’eau laquelle a grande propriété et vertu à rompre la pierre (calcul) tant aux reins qu’en la vessie si on continue d’en user. Cette eau ôte les taches du visages et rend la peau et charnure belle. Si on s’en lave la bouche, elle guérit les ulcères qui sont dedans. » Ce qui confirme ce qu’indique Konrad de Megenberg deux siècles plus tôt.

* Pierre François Percy (XVIII ème siècle) : chirurgien-chef des armées de Napoléon Ier, il notera l’utilisation populaire de la sève de bouleau très répandue dans tout le nord de l’Europe à l’occasion des campagnes de Russie. Il en retiendra que cet usage permet de lutter contre les affections rhumatismales, les reliquats de goutte et les embarras urinaires.

* Wilhelm Winderwitz (XIX ème siècle) : médecin autrichien, il mettra expérimentalement en évidence les effets diurétiques indéniables et puissants des feuilles de bouleau en traitant des patients souffrant d’œdèmes. Il observera une augmentation du volume des urines émises et une baisse du taux d’albumine. Et cela, sans irritation rénale!

* Henri Leclerc (XX ème siècle) : ce médecin français utilisera le bouleau chez des patients atteints de cellulite et présentant d’excessifs taux d’acide urique et de cholestérol dans la sang. A terme, ces toxines seront résorbées, les nodules fibro-congestifs fondront.

Nous pouvons donc constater qu’en l’espace de vingt siècles les vertus thérapeutiques du bouleau sur les sphères circulatoire, urinaire et hépatique ne sont plus à démontrer, sinon à vanter.

Du bouleau, on utilise presque toutes les parties : les feuilles (huile essentielle, principe amer, tannins, vitamine C, rutine), l’écorce (bétuline, bétulalbine), la résine (phénols, créosols), la sève (sels minéraux, acides aminés, etc.). Seule la sève descendante est utilisée à des vues thérapeutiques, en effet, la fève ascendante est dénuée de vertus diurétiques et dépuratives.

Diurétique et dépuratif, le bouleau permet de régénérer les tissus rénaux, de les désenflammer, tout en provoquant une baisse de l’albuminurie. Il purifie les reins et le sang, évacue hors du corps les lithiases rénales et urinaires, stabilise les problèmes urinaires liés à inflammation ou infection bactérienne, intervient dans les douleurs rhumatismales et arthritiques, diminue le volume des tissus dans les jambes, le ventre, les seins (œdèmes, hydropisie, rétention d’eau, etc.). Enfin, il est aussi utilisé en usage externe pour lutter contre dermatoses, adénites, dartres, plaies, ainsi que pour éclaircir le teint.

Le bouleau est donc un sublime purificateur, un incomparable nettoyeur (ne confectionne-t-on pas à l’aide des rameaux de bouleau d’excellents balais ?) et il a l’avantage de faire ce grand ménage tout en douceur, bien qu’on en évitera l’usage en cas de maladies cardiaques ou rénales graves.

Le bouleau régularise et chasse les excédents, je suis presque sûr que les quatre éléments y passent ! Je m’explique : il chasse le feu (inflammations rhumatismales, urinaires, etc.), il chasse la terre (les calculs rénaux et urinaires qu’on appelait autrefois des « pierres »), il chasse l’eau (rétention d’eau, œdèmes, hydropisie, etc.).

A propos de la sève de bouleau que nous avons plusieurs fois ponctuellement abordée dans ce post… Depuis longtemps récoltée au début du printemps, on la buvait comme eau de jouvence. Elle décrasse l’organisme de ses impuretés et de ses toxines accumulées durant l’hiver. Étonnant régénérant, elle peut être utilisée par chacun d’entre-nous (sauf contre-indications), elle apporte vitalité au sortir hivernal (et il n’en va pas autrement de l’élixir floral de fleurs de bouleau qu’on ne sera pas étonné si j’indique qu’il est destiné aux personnes faisant montre de comportements par trop sclérosants, rigides comme de l’écorce de bouleau…)

Ce liquide vital – la sève – apporte souplesse tant au niveau physique que psychologique. C’est la force vive de l’arbre chargée des éléments terrestres et célestes.

On peut récolter la sève du bouleau en coupant une branche de l’arbre au printemps. Cette sève représente une excellente boisson rafraîchissante. En bouteille, elle devient pétillante comme du champagne et on en fait une boisson au goût de vin dont l’acidité est corrigée avec du sucre. On évitera la fermentation en plaçant quatre à cinq clous de girofle dans la bouteille. Elle est également utilisée pour la fabrication de vinaigres et de sirops.

A l’inverse, la dure écorce du bouleau est utilisée pour l’extraction d’une résine, le goudron de bouleau dont on se servait déjà au Néolithique pour réparer les récipients présentant des fissures et autres fêlures. Aujourd’hui, il est encore utilisé pour apprêter, parfumer et protéger les cuirs de Russie. On retrouve bien là la dimension protectrice et imputrescible de l’écorce de bouleau qui permet aussi de fabriquer des ustensiles et des canoës, de couvrir les huttes. Elle constitue aussi un excellent allume-feu dont l’efficacité s’avère réelle même lorsqu’elle est mouillée : cela s’explique par sa haute teneur en résine.

Le bouleau en thérapie :

1 – Propriétés médicinales : diurétique, dépuratif, digestif, désinfectant, antiseptique, antispasmodique, antirhumatismal, stimulant, sudorifique, régénère les tissus rénaux sans les enflammer, antilithiasique urinaire, fébrifuge, détersif, éclaircissant du teint.

2Usages : infections urinaires (d’origine bactérienne), urétrite, colique néphrétique, sables de la vessie, calculs rénaux, purifier les reins au printemps, rhumatisme, goutte, arthrose, athérosclérose, syndrome prémenstruel, diminue le volume des tissus dans les jambes, le ventre, les seins, œdème, anasarque (œdème généralisé), rétention d’eau, obésité, hypertension, parasites intestinaux, dermatose, adénites, plaies, éclaircir le teint et favoriser la croissance des cheveux, albuminurie

© Books of Dante – 2010

Visitez la petite boutique du blog !

La mandragore, main de gloire

Rare et mystérieuse, la mandragore a fait et fera encore couler pas mal d’encre. Difficile de terminer le quatuor des solanacées sorcières autrement que par cette plante magique dotée de multiples pouvoirs, avérés ou irréels.

Bien connue des Romains, mais aussi des Grecs comme la plante de Circée, Hippocrate la mentionne dans son Corpus hippocraticum et lui reconnaît des vertus sédatives et soporifiques, qu’elle partage avec ses trois consœurs que sont datura, jusquiame et belladone. Pline lui accordera des pouvoirs anti-inflammatoires et des vertus propres à calmer les douleurs oculaires. Quant aux Égyptiens, ils virent en elle un symbole d’amour.

Image

Les légendes, croyances magiques et autres superstitions n’ont pas manqué de virevolter autour de cette plante. Par exemple, on dit qu’à l’automne ses fleurs émettent une lueur blanchâtre comme celle d’une lanterne ! Son origine semble provenir de la semence des pendus. C’est pourquoi certains auteurs expliquent qu’on la trouvera plus facilement sous les gibets. La strangulation par pendaison peut provoquer une ultime érection et éjaculation, d’où cette idée. Pendant longtemps, il a été difficile de déterminer si cette plante naissait d’une graine ou bien de la semence (autre forme de graine) d’un pendu. Le mort envoie la vie à la terre, l’ultime soubresaut de la Vie (le pendu) donne naissance à une plante aux pouvoirs magiques (espérons que certains pendus ne le furent pas seulement en fonction de cette fameuse légende…) C’est sans doute de cette légende que la mandragore tire sa réputation d’aphrodisiaque et qu’elle a été utilisée lors de rituels de fertilité.

On lui a aussi associé d’autres pouvoirs : la capacité de révéler l’avenir et de procurer la richesse. Autant de pouvoirs ne pouvaient que susciter l’envie et le désir de posséder une mandragore. C’est pourquoi les rituels d’arrachage de la fameuse racine anthropomorphe – dont on distinguait jusqu’au XVIII ème siècle les caractères mâles et femelles – furent si alambiqués.

Selon Hermès Trismégiste, il faut procéder en trois jours en traçant trois cercles magiques autour de la mandragore avec une épée, puis procéder au déchaussage de la mandragore à l’aide d’une pelle d’ivoire et finir par couper la racine avec l’épée. Dès que ceci est effectué, il faut impérativement envelopper la racine dans une étoffe et éviter absolument de la toucher du fait des émanations qui s’en dégagent.

Paracelse indiquait qu’il fallait opérer en pleine nuit, un vendredi, en compagnie d’un chien noir. Ensuite, attendre un orage et arracher la racine de mandragore à la lueur des éclairs. Pour la rendre magique (mais ne l’est-elle pas déjà sans cela ?), il fallait la placer pendant une trentaine de jours dans la fosse d’un cimetière, puis la sécher au four en l’enveloppant d’un morceau de linceul.

D’autres méthodes indiquent l’emploi d’un chien qu’on liait à la mandragore à l’aide d’une corde. L’animal arrachait ainsi la racine mais mourrait aussitôt. Cette pratique a été constatée en Italie jusqu’au XIX ème siècle.

Peut-être que l’ensemble de ces préparatifs, rébarbatifs pour certains, était un moyen d’éviter un arrachage massif de racines de mandragore qui suscitait la convoitise, tant étaient grands ses pouvoirs, dont, par exemple, celui d’apporter richesse à qui en possédait une. En ce sens, on indiquait que pour un sou donné, on en recevrait deux. Au-delà de cette logique fiduciaire, c’est davantage ses vertus curatives qui faisaient d’elle un symbole d’efficacité spirituelle, plante dont les bienfaits étaient conditionnés par un dosage savamment effectué.

Les précautions nécessaires à son extraction étaient donc très utiles. Il existe cette fameuse légende selon laquelle une racine de mandragore hurle à tel point que l’arracheur imprudent en devient fou quand ce n’est pas une tempête que le cri déclenche. Sans doute pour dissuader les envieux…

Dès lors qu’on était en possession d’une racine de mandragore, il était indiqué de la laver au vin rouge, de l’envelopper dans un morceau d’étoffe, puis de la conserver dans une boîte garnie de soie. Par la suite, on la baignait au moins quatre fois l’an, parfois chaque vendredi et en la parant de neuf à chaque nouvelle Lune.

Cependant, au milieu du XVII ème siècle, les botanistes doutèrent de plus en plus des pouvoirs supposés ou réels de la mandragore. Les vertus thérapeutiques de la mandragore passaient pour narcotiques, résolutives et rafraîchissantes. Mais on peut se demander si la main de gloire fut vraiment utilisée dans ces buts médicinaux-là, compte tenu de la cherté de cette plante…

Étrangement, bien qu’étant la plus connue des solanacées présentées ici, il est plus qu’évident qu’elle est nimbée d’une aura de mystère, à l’image de son nom dont l’origine même reste incertaine à ce jour… Le Capitulaire de Villis lui donnera le nom de malum terrae, autrement dit : mal de terre, étymologie dont Hildegarde de Bingen semble s’inspirer lorsqu’elle dit ceci de la mandragore : « De forme humaine, [elle] est constituée de la terre dont fut pétri le premier homme d’où le fait qu’elle est plus exposée que toutes les autres plantes aux tentations des démons. »

Image

A première vue, elle ressemble à une grosse salade. Une rosette de grandes feuilles plissées et à marges irrégulières émerge du sol. Petite, elle ne dépasse pas les trente centimètres. Des tiges accueillent des fleurs de couleur mauve pâle au printemps, puis des fruits ronds semblables à des tomates jaunâtres. Sa longue racine ressemble à celle du panais mais peut se diviser, ce qui donne à l’ensemble une ressemblance avec un corps humain (parfois, il faut forcer l’imagination).

Elle pousse sur sols secs et légers, particulièrement en Italie, dans les Balkans et en Asie Mineure.

© Books of Dante – 2009

Visitez la petite boutique du blog !

La jusquiame

Synonymes : Porcelet, Fève à cochons, Jusquiame noire, Herbe aux engelures, herbe aux teigneux, Herbe aux dents, Hannebane, Mort aux poules.

Le mot hyoscyamus est la traduction littérale de l’un de ses surnoms : fève à cochons. Niger, noir, en raison du cœur noir des fleurs de jusquiame, mot qui n’apparaîtra qu’au XIII ème siècle. Avant cela, on l’appellera chanillia.

En anglais, elle se nomme herbane qui signifie « tue-poule » en raison de ses conséquences toxiques sur ces animaux et en allemand bilsenkraut.

La jusquiame, moins médiatique que ses sœurs belladone et mandragore, n’en demeure pas moins une plante dont les usages remontent à loin. Bien qu’elle soit une espèce rudérale originaire d’Orient, son rôle dans la pharmacopée occidentale est loin d’être négligeable. Comme toutes les plantes magiques, il circule beaucoup de légendes et d’anecdotes à propos de la jusquiame.

Des documents égyptiens et babyloniens la mentionnent ainsi que le fameux Corpus hippocraticum. Homère lui-même fit la description de boissons magiques dont les effets laissent penser que l’ingrédient principal devait être la jusquiame. La Grèce antique l’utilisait afin de simuler la folie et donner le don de prophétie. D’ailleurs, les prêtresses de l’oracle de Delphes n’inhalaient-elles pas de la fumée de jusquiame ?

Les Romains ne furent pas en reste, en l’occurrence à travers la fameuse thériaque, un mélange de multiples plantes sensé être une panacée qui devait guérir tous les maux. C’est un médecin de Néron à qui l’on doit cette préparation qui traversa les deux premiers millénaires de l’ère chrétienne : Andromaque l’ancien. Ce remède qui contenait entre autres pavot et jusquiame fut en vigueur dans la pharmacopée française jusqu’en 1884 !

Plus tard, au Moyen-Âge, les usages se multiplient, pouvoirs magiques et curatifs de la plante étant étroitement liés.

Largement utilisée en sorcellerie, Albert le Grand nous indique qu’au XIII ème siècle les nécromanciens l’utilisaient pour conjurer les démons. Mais ce qui la caractérise par dessus tout, c’est l’impression qu’elle suscite chez le consommateur : celle de ne plus toucher terre et d’être ainsi suspendu en l’air en raison des hallucinations et ivresse qu’elle procure. Cela est un fait relaté dans les procès de sorcellerie qui eurent lieu en Europe entre le XIII ème et le XVII ème siècle.

Image

D’un point de vue médicinal, les recettes médiévales exploitèrent largement les vertus encore aujourd’hui connues et avérées de la jusquiame : on respirait les vapeurs des graines rôties contre maux de dents et névralgies dentaires, ces mêmes graines furent utilisées en décoction pour combattre les tremblements des membres et les maux d’oreille, on l’utilisa comme analgésique lors d’opérations chirurgicales…

La jusquiame eut d’autres usages à travers les coutumes et traditions germaniques : elle était utilisée pour parfumer la bière afin de rendre ses consommateurs euphoriques mais cet usage tomba sous le coup d’une interdiction en 1516.

La jusquiame est une plante annuelle, voire bisannuelle d’environ 80 cm de hauteur à pleine maturité. Ses tiges sont robustes, ses feuilles découpées, ovales et collantes. Des poils glanduleux recouvrent la plante.

La floraison se caractérise par des fleurs jaune-brun en larges cloches de 2 à 3 cm veinées de pourpre à la gorge contenant en leur centre cinq étamines violettes. La floraison s’étale entre mai et septembre. La fructification donne lieu à la production de capsules à deux loges qui s’ouvrent à maturité par un couvercle au sommet, lesquelles sont emplies de graines brunes.

La jusquiame pousse dans les régions côtières d’Europe. Elle élit domicile dans des lieux insolites tels que : chemins abandonnés, décombres, terrains vagues, anciens cimetières…

Une fois de plus, la forte odeur vireuse de la plante rappelle ses propriétés mortelles…

A haute dose, la jusquiame induit les mêmes effets que ceux de la belladone : mydriase, prostration, engourdissement des membres, somnolence, ivresse, myosis, délire, convulsion, paralysie, coma et mort.

Cependant, on note quelques différences : bien que la jusquiame soit un toxique comparable à la belladone, elle est beaucoup moins virulente dans ses manifestations bien qu’elle soit plus sédative et hypnotique que cette dernière. Contrairement au délire furieux de la belladone (ce qui lui valu le surnom de morelle furieuse), la jusquiame présente un délire qu’on qualifie de calme.

© Books of Dante – 2009

Le datura, l’endormeur

Synonymes : Herbe aux sorcières, Herbe des magiciens, Herbe à la taupe, Pomme du diable, Pomme épineuse, Endormie.

Bien que surnommée herbe aux sorcières, il est tout à fait probable que la stramoine n’ait jamais joué le rôle qui incomba à la belladone ou à la mandragore lors de l’époque médiévale. Si les sources se contredisent à ce sujet, il n’en reste pas moins que le datura stramoine que nous connaissons aujourd’hui semble avoir été introduit sur le territoire français au XVI ème siècle seulement. Certains disent qu’il vient du Mexique, d’autres que son introduction est le fait du déplacement des Tziganes. Enfin Fournier indique qu’il a été introduit en France en 1577 après avoir transité par l’Espagne. Il est difficilement acceptable de dire qu’il ait pu jouer un rôle dans la sorcellerie médiévale, à moins qu’il ne s’agisse de son mystérieux cousin, le datura metel…

En revanche, dès le XVI ème siècle les usages ne manquent pas, crapuleux pour certains d’entre eux. En effet, on utilisait le datura pour endormir les personnes qu’on détroussait… quand on était un voleur ! La bande des « endormeurs » s’attaquait aux promeneurs parisiens en leur faisant fumer un mélange de tabac et de feuilles de datura, laquelle possède des vertus anesthésiantes puissante, d’où son surnom d’endormie !

De la même façon, en 1775, on arrêta une bande de voleurs qui faisait ingérer à leurs victimes une mixture additionnée de stramoine. Il n’en va pas autrement aujourd’hui encore où de telles bandes sévissent, en Colombie, en particulier. La drogue des zombies, scopolamine avant tout, est utilisée pour les mêmes sombres fins. En effet, les alcaloïdes présents dans le datura ont tendance à altérer la mémoire et, même à faible dose, ils peuvent induire une soumission presque totale, ce que n’ignoraient pas les prostituées en Inde dès le XVI ème siècle. Afin de réduire les exigences de leurs clients, elles les droguaient avec un mélange à base de stramoine. Ceci dit, cela ne devait sans doute pas être à faible dose, compte tenu du fait qu’on prêtre au datura des vertus aphrodisiaques, soit l’exact contraire de la machination voulue par les prostituées indiennes !

Il y eut bien d’autres malversations, ainsi que des accidents stupides avec le datura. Mann, dans son ouvrage  Magie, meurtre et médecine : des plantes et de leurs usages  mentionne que certains historiens estiment que les armées de Marc Antoine défaites en 31 av. JC aient pu être victimes des effets toxiques d’une plante proche du datura.

L’armée romaine, lors de sa campagne contre les Parthes d’Asie mineure fut victime de la faim. Les légionnaires romains se jetèrent sur tous ce qu’ils trouvaient. Ils dévorèrent des plantes du genre datura, ce qui eut pour effet de les rendre fous. Telle mésaventure s’est produite en 1676 sur l’actuel territoire des États-Unis. Un cuisiner militaire servit une salade de feuilles de stramoine et vit les soldats se comporter comme des idiots après ingestion !

ImageUne hypothèse veut que la ciguë absorbée par Socrate ait été additionnée de stramoine ou de pavot, si l’on en juge la description de la mort de Socrate faite par Platon dans le Phédon. En effet, vu le calme de celui-ci au moment de sa mort, il n’est pas impossible d’imaginer que le datura ait joué son rôle d’analgésique et d’antispasmodique dont les vertus auraient effacé l’angoisse, limité les spasmes et réduit les souffrances viscérales qui sont autant de symptômes de l’absorption de ciguë. Les graines de stramoine furent peut-être utilisées alors. Elles sont les parties les plus toxiques de cette plante et induisent une mort indolore et une insensibilité quasi-totale.

Solanacée annuelle, le datura est une belle plante, à tel point qu’elle est régulièrement utilisée pour ses vertus ornementales : une vraie beauté vénéneuse à l’odeur fétide, tout comme ses sœurs belladone et mandragore. C’est une plante qui se dresse à près d’1,50 m et qui porte de larges feuilles alternes, irrégulièrement dentées mais non piquantes. La floraison estivale voit apparaître de grandes fleurs blanches de 6 à 10 cm de longueur qui présentent un calice tubuleux à 5 dents et une corolle en trompette. Par la suite, chaque fleur produira un fruit épineux de la taille d’un œuf s’ouvrant par 4 valves. Chacune de ses « pommes » contient de nombreuses graines noires en forme de haricot.

Contrairement à nos trois autres héroïques, le datura est fréquent dans toute la France. Il élit domicile sur des lieux incultes, jachères, décombres, remblais, etc. On le trouve même auprès de certains édifices sensés représenter l’ordre et la justice.

© Books of Dante – 2009

La belladone, cerise du diable

Synonymes : Herbe empoisonnée, Belle dame, Cerise du diable [1], Morelle furieuse.

Belladone provient des mots italiens bella donna, belle femme. C’est en 1554 qu’on voit cette plante être appelée de cette façon, après que Pietro Andria Mattioli l’eut utilisée dans un texte commentant Dioscoride bien que sa première description sérieuse remonte au siècle précédent par les travaux d’Ascoli qui parle alors de solanum furiale.

Lors de la Renaissance italienne, les belles femmes appliquaient du suc de fruits frais dans leurs yeux afin d’obtenir une dilatation artificielle de leurs pupilles, car il est bien connu que le désir sexuel s’accompagne d’une dilatation pupillaire… Dans la mythologie grecque, les Ménades faisaient de même et se jetaient dans les bras des hommes adeptes de Dionysos.

Le mot atropa, fait référence à la Parque Atropos qui tranchait le fil de la vie, c’est dire la toxicité indéniable de cette beauté vénéneuse !

La belladone, première des plantes héroïques [2] présentées ici (suivront le datura stramoine, la jusquiame et, enfin, la mandragore) est une plante qui était déjà connue des Égyptiens, des Grecs et des Romains. Davantage pour ses vertus de poison violent que pour un usage curatif. On se souviendra des expérimentations de Cléopâtre sur ses esclaves afin de déterminer quel poison elle allait utiliser après la défaite de son mari Marc Antoine en 31 av. JC. Alors, elle constata que les effets de la belladone étaient rapides mais très douloureux. Coquette, elle préféra le venin de l’aspic.

Dans le Corpus hippocraticum paru un siècle après sa mort, Hippocrate mentionne parmi 230 espèces la jusquiame, la mandragore et la belladone.

Au Moyen-Âge, elle est une plante sorcière aux côtés de ses deux autres copines solanacées, la jusquiame et la mandragore. Hildegarde indique la belladone pour lutter contre les névralgies et les tumeurs. Mais cet usage médical est strictement externe au contraire des sorcières d’alors qui préparaient un onguent à base de graisse animale (porc ou oie) et de d’extraits de belladone mais aussi de stramoines et autres solanacées. La combinaison des extraits végétaux avec la graisse facilitait l’absorption cutanée. En enduisant le manche d’un balai de cette préparation, le contact de la vulve avec l’onguent permettait aux alcaloïdes (atropine et scopolamine surtout) de pénétrer plus facilement le circuit sanguin et d’atteindre le cerveau sans en passer par la sphère gastro-intestinale, ce qui aurait eu pour effet immédiat une intoxication évidente. La belladone étant un puissant sédatif et narcotique, il n’est pas impossible qu’avec les propriétés hallucinatoires de la scopolamine contenue dans la mandragore et le datura cela ait eu pour conséquence cette sensation de voler, telle que l’image d’Épinal nous est restée : la sorcière volant sur son balai un soir de pleine Lune. Tout autre mode d’absorption leur aurait été fatal ! En effet, toutes les parties de la belladone sont toxiques et, en fonction de la dose, mortelles. Afin de mieux présenter les effets diaboliques de cette plante, exposons ci-dessous l’ensemble des symptômes.

En premier lieu, dans une seule baie de belladone, on trouve 1 mg d’atropine. Or les premiers effets (sécheresse buccale et sensation de soif) apparaissent partir d’une dose de 0,5 mg d’atropine. Dans l’ordre croissant, on observe : sécheresse buccale, sensation de soif, mydriase et troubles visuels, augmentation de la température corporelle (39° C environ), tachycardie (jusqu’à 130 battements par minute), congestion et rougeur du visage, hallucinations visuelles et auditives, vertiges, délire, tremblement, somnolence, prostration et coma, mort (environ 15 à 20 baies de belladone)

Pour neutraliser un début d’intoxication, il faut ingérer des plantes à tannin, du thé noir par exemple. Dans un second temps, faire appel à un médecin qui prescrira du charbon actif et un lavage d’estomac.

ImageMalgré ses pouvoirs mortels, la belladone est relativement peu fréquente dans la nature. Elle optera davantage pour les sols alcalins et ombragés d’Eurasie et du pourtour méditerranéen. Aussi, la trouvera-t-on en lisière de forêt, dans les haies et les décombres, mais jamais à plus de 1 500 m d’altitude. Cette vivace à vie courte peut facilement atteindre 1, 50 m de hauteur. De sa souche ligneuse et rampante partent d’épaisses tiges ramifiées, glanduleuses et velues. Sur ces tiges, des feuilles asymétriques, ovales, duveteuses et alternes se groupent pas deux ou trois : une grande et deux petites la plupart du temps. Les fleurs, des cloches solitaires et pendantes, apparaissent au milieu de l’été, parfois en mai, jusqu’au début de l’automne. Elles présentent une couleur brun pourpre à violacée à l’intérieur, alors que l’extérieur de la corolle se pare d’une étrange couleur gris-jaunâtre. Après floraison, on voit apparaître les fameuses baies dont le diamètre n’excède pas 15 mm. Elles sont noires, violacées et brillantes, enkystées sur un calice en forme d’étoile à cinq branches.

Dernier détail : l’ensemble de la plante dégage une odeur fétide. A ce propos, il en va de même pour bon nombre de plantes toxiques, euphorbes, datura, jusquiame et ciguë. Comme si cela était un signal : elles puent la mort.

________________________

[1] En allemand, la belladone s’appelle tollkirsche, kirsche signifiant cerise.

[2] Elles comptent également dans leurs rangs les fameuses plantes suivantes : le coca, le colchique et la ciguë.

© Books of Dante – 2009

Le Jackalope

Jackalopus illuminati (ssp. anorexia, ssp. gigantissimus, ssp. rhinogradus, etc.)

Image

Comme son nom ne ne nous l’indique que peu, le jackalope est un brillant animal. S’il est lumineux, c’est tout simplement que ses bois deviennent phosphorescents dans l’obscurité. Ce prodige tient au fait que la première couche cornée des bois du jackalope contient de la jackalopine, à la manière de la luciférine chez le ver luisant. C’est une prouesse fort utile car, à la manière des poissons des hauts fonds du genre sternoptyx, il peut se déplacer lors de virées nocturnes, fréquentes chez cet animal.

Cependant, on ne saurait réduire ses deux appendices frontaux à un simple usage qui ferait mourir d’envie les non nyctalopes. Les bois du jackalope ne sont, ni plus ni moins, qu’une extension de son chakra coronal, raison pour laquelle il a un don inégalé pour la divination, ce qui est particulièrement le cas chez les sujets vieux et sages dont le nombre d’andouillets est toujours plus important, ce qui n’est plus tout à fait le cas pour ceux dont le nombre d’andouilles est… ^^

Image

C’est un animal totem extrêmement puissant qui posséde un pouvoir de guérison bien supérieur à celui de Wakan Tanka, le grand mystère. Si vous êtes né entre le 31 avril et le 29 février, vous êtes forcément placé sous le patronage du jackalope dont la planète de rattachement est Niburu.

Le jackalope est vénéré dans la culture Sioux ainsi que dans la culture Cheyenne, raison pour laquelle son aire de distribution équivaut à peu de chose près au Dakota du Nord ainsi qu’à la portion canadienne jouxtant ce même Dakota. Or, ce qui est très étonnant, c’est que l’iconographie maya et aztèque nous le montre très souvent aux côtés du Serpent à plumes. Aujourd’hui, le jackalope a totalement disparu des contrées méso-américaines sous la pression des conquistadores venus là faire du tourisme. Il a dû donc fuir en se dégageant une porte de sortie vers le Nord.

On peut légitimement se demander d’où vient le jackalope. On trouve de très anciennes traces en France :

Image

On le retrouve ensuite en Europe au temps des Celtes :

Image

Plus tard, on le trouve plus à l’est, en Sibérie :

Image

Certains disent que le jackalope aurait voyagé d’ouest en est, de France jusqu’au fin fond de la Russie jusqu’à la mer de Béring et que là, il aurait emprunté le détroit du même nom alors couvert par la glace en vertu de la fameuse thèse glaciaire. Ce n’est pas parce que le jackalope possède de bonnes griffes rétractiles tout à fait utiles pour marcher sur la glace qu’il faut se permettre d’inventer n’importe quoi. En revanche, ces mêmes griffes font du jackalope un animal arboricole, ses bois étant là pour le démontrer aisément.

Comme certains autres mammifères, le jackalope est variable. Si durant le printemps il se camoufle en enrubannant joliment ses bois de jonquilles et de pâquerettes, il en va tout autrement durant l’hiver, saison durant laquelle il est aisément repérable et, partant, vulnérable, puisque, hormis le bout de sa queue qui demeure noire, l’ensemble du corps devient blanc. Quant aux bois, j’vous dis même pas !!!

Il est généralement friand de boutons de rose et de hannetons, mais il n’oublie jamais de ranger dans son régime alimentaire un petit verre de whisky (issu de sa réserve d’eau-de-feu personnelle) de temps à autre qui, loin de lui noyer le gosier, lui lave les cordes vocales. D’ailleurs, le jackalope a le verbe haut, si haut perché qu’il est capable de reproduire la voix humaine à la perfection, à tel point qu’il chante souvent au clair de Lune afin d’attirer d’intrépides touristes égarés sensible à sa voix de sirène. Là, il les moleste. Il lui arrive parfois de demander une rançon.

Comme tout animal de pouvoir, le jackalope est doté de multiples capacités : son urine possède des vertus médicinales reconnues jusque chez les Comanche, ses petites crottes qui sillonnent son arrière-train sont douées de capacités que n’égale en rien la sauge divinatoire. Mais, cependant, le poil de jackalope est fortement allergisant et sa bave corrosive. Attention donc aux rencontres qui risquent de mal tourner pour vous si jamais vous en rencontrez un.

Parmi la pharmacopée amérindienne, on trouve encore de bien curieux usages. Par exemple, porter une patte de jackalope sur soi est signe de fertilité et de prospérité, quant à la poussière d’os de jackalope, elle possède un fort pouvoir sternutatoire, elle lutte en cela contre l’anosmie.

Le jackalope peut vous aider à entrer en contact avec le grand Jackalope primordial, lequel détient tous les secrets passés, présents et à venir (ceci dit, les révélations peuvent être un peu longuettes, certains jackalopes étant bègues).

Pour accéder à son pouvoir vous pouvez le surprendre en train de pousser la chansonnette durant les nuits de pleine Lune hivernales (cependant, ne confondez pas le chant suave du jackalope avec le râle du trappeur bourru qui fête le résultat de sa chasse d’une série de cris gutturaux évoquant assez un croisement entre le babiroussa et la hyène croc cut haaaa!).

En tant que guérisseur : bien ou mal vous en prendra, la dose, le remède, le poison, pour lui, c’est kif-kif. Il s’agit d’un animal médicinal versé dans l’art de la roulette russe, la petite cousine de la roue médecine amérindienne. Dès lors, la plus grande prudence est de mise.

En tant que gardien ou protecteur, il ne garde ni ne protège personne. Il se garde de vous et se protège des intrusions. Et il a bien raison.

Sources :

Les chamanes de la préhistoire, Jean Clottes et David Lewis-Williams, Seuil, 1996.

Anatomie et biologie des rhinogrades, Harald Stümpke, Dunod, 2000.

A propos du régime nutritif du jackalope, Louis Bouffon, Darwin Institut, 1949

L’influence du jackalope dans la culture amérindienne d’Amérique du Nord, Christien Morgenstern, Éditions Bull, 1927.

-Et un énorme merci à Pascale, Séb et Romu sans lesquels cette monographie zoologico-ésotérico-mystico-bizarre n’aurait jamais pu voir le jour ^^

© Books of Dante – 2011

Herbes et caetera

A l’occasion de lectures ici ou ailleurs, vous vous serez peut-être rendu compte que de nombreuses plantes portent parfois plusieurs noms vernaculaires. Cette pratique, bien commode dans l’immédiat, a été quelque peu condamnée par l’usage taxinomique initié par Carl von Linné au XVIII ème siècle qui a mit au point ce que l’on appelle la nomenclature binominale. Cela visait la clarification dans la dénomination des espèces, tant végétales qu’animales.

Cependant un vocable particulier a perduré, c’est ce qu’on remarque à la lecture de certains ouvrages qui, bien qu’ils mentionnent le nom latin des plantes, vont parfois jusqu’à indiquer leurs petits noms d’autrefois.

Ainsi, lorsque l’on se penche sur la question, on peut mettre en évidence qu’« herbe sainte » concerne plusieurs plantes : le tabac, la tanaisie, l’absinthe, etc. Difficile, dès lors de s’y retrouver et d’aider à l’identification immédiate d’une espèce végétale à la seule évocation d’une appellation populaire.

Malgré tout, il faut voir, à travers cette habitude de nommer ainsi les plantes, une forme de richesse verbale. En effet, ces termes non-scientifiques sont le reflet d’une observation particulière. C’est pourquoi, ces nombreuses dénominations trouvent leurs origines dans des caractéristiques aussi étonnantes qu’inattendues : une propriété médicinale, une anecdote historique, une caractéristique visuelle, etc. Derrière chacune de ces appellations, il y a une histoire. Découvrons-en quelques-unes :)

Image

1 – L’arroche = herbe de bouc

C’est à son odeur écœurante que l’arroche doit ce sobriquet parfumé ^_^

2 – Le datura stramoine = herbe aux démoniaques

Le datura, célèbre solanacée aux côtés de la mandragore, de la belladone et autre jusquiame, se voit affubler de ce nom vernaculaire eu égard aux usages particuliers que l’on a pu faire de cette plante sorcière.

3 – L’aspérule = herbe à l’esquinancie

Il ne court pas les rues, celui-là. Du genre des mots à coucher dehors. Qu’est-ce donc que l’esquinancie ? Une ? Un ? Étrange, tout de même, à tel point que le correcteur orthographique d’OpenOffice s’affole tout seul !

Il s’agit en fait d’un terme vieilli qui désigne l’angine. Quand on a l’habitude de bouquiner des ouvrages de phytothérapie, de médecine, etc. on peut, parfois tomber sur des mots de ce type. Bref. L’aspérule doit donc son nom d’herbe à l’esquinancie à l’emploi qu’on en a fait pour lutter contre maux de gorge et angines.

Et on dit une esquinancie ^_^. Bonjour Docteur, j’ai une esquinancie ! Lol !

4 – Le tamier commun = herbe aux femmes battues

Bien qu’extrêmement peu utilisé de nos jours, le tamier possède une racine aux vertus médicinales qui permet, entre autres, de confectionner des pommades et des cataplasmes propres à soigner les coups, tant involontaires que volontaires…

5 – La bardane = herbe aux teigneux

Comme chez le tamier, c’est la racine qu’on utilise, de préférence fraîche, la dessiccation lui faisant perdre la quasi totalité de ses propriétés médicinales. Au passage, autant dire qu’il est inutile de s’en procurer par le biais d’une herboristerie du simple fait que la racine sèche qu’on y vend est inopérante. Cela ne servirait donc à rien, de plus, c’est presque du vol.

On s’est servi pendant longtemps de la bardane pour traiter un très grand nombre d’affections cutanées dont les dartres, les dermatoses, l’acné, l’eczéma et la teigne, d’où ce charmant nom d’herbe aux teigneux qui rend compte de cette dernière spécificité.

6 – L’achillée millefeuille = herbe aux militaires

Là, il faut se creuser la tête. Un « hasard » voulut qu’on employa l’achillée sur les champs de bataille. Étonnamment, on se rendit compte rapidement de ses propriétés hémostatiques et cicatrisantes, lesquelles sont à l’honneur à travers cette appellation.

7 – Le bouillon-blanc = herbe de Saint-Fiacre

Je crois qu’il faut se creuser davantage pour découvrir le pourquoi du comment d’un nom vernaculaire pareil ! Soit, la taxonomie populaire regorge de plantes dites « herbes », terme auquel on accole souvent le nom d’un saint, que ce soit Jean, Paul ou Georges. Dans le cas du bouillon-blanc, il y a deux énigmes, l’une dans l’autre, à l’instar des poupées gigognes.

Tout d’abord, qui est Saint-Fiacre ? Quel rapport existe-t-il entre un éventuel Saint-Fiacre et le bouillon-blanc ? En fouillant, on arrivera peut-être à ce que l’on appelle « mal de Saint-Fiacre », autrement dit : les hémorroïdes. Son petit nom d’herbe de Saint-Fiacre est donc autrement plus gracieux que ne peut l’être celui d’une autre plante, la ficaire, sèchement désignée, et cela sans équivoque possible, herbe aux hémorroïdes.

8 – Le millepertuis = herbe aux 1 000 trous

En ce qui concerne le millepertuis, dont l’ensemble des noms vernaculaires rendent bien compte de la richesses de ses propriétés médicinales (comment ne pas rester béat d’admiration devant son nom de « chasse-diable » quand on connaît ses vertus antidépressives ?), ce surnom d’herbe aux 1 000 trous doit son origine à une caractéristique morphologique : quand on observe une feuille de millepertuis au soleil, à contre-jour, on réalise qu’elle semble percée d’une multitudes de petits trous, très semblables à des impacts d’épingles.

9 – Le tabac = herbe à l’ambassadeur

Il s’agit là d’une anecdote historique. Pour en comprendre l’origine, il faut remonter cinq siècles en arrière. En 1560 environ. A cette époque, un ambassadeur de France au Portugal rapporte des feuilles de tabac à la cours du Roi de France. Son nom : Jean Nicot.

10 – La valériane = herbe aux chats

Contrairement aux apparences, souvent nombreuses et trompeuses, la valériane doit ce vocable félin pour la simple et bonne raison que sa racine officinale dégage une odeur particulière loin d’être très agréable : celle de l’urine de chat. Autant dire qu’il est tout à fait normal que cette plante excite et euphorise les minous ^_^

© Books of Dante