Les Indiens, aquarelles de Karl Bodmer

Paysage du Haut-Missouri avec troupeau de bisons

Les Indiens, aquarelles de Karl Bodmer
Bibliothèque de l’image, 1996
Format : 29 x 25,5
Prix : 10 €

Ce livre condense en 96 pages la quintessence de ce que fut l’association du peintre Karl Bodmer (1809-1893) avec le prince Maximilien (1782-1867). Si ce dernier a déjà entrepris une expédition scientifique en Amérique du Sud, le premier, encore jeune à l’époque, n’aura jamais mis les pieds en dehors d’Europe avant d’arriver à Boston le 4 juillet 1832 en compagnie du prince allemand, ami de Humboldt.
Bodmer, qui sera pas la suite photographe, n’a pas employé cette technique qui n’en était alors qu’à ses balbutiements, mais sa palette et ses pinceaux afin d’élaborer des documents iconographiques et ethnographiques d’une inouïe richesse.

Wahktägeli, chef sioux yankton

Le 24 mars 1833, Bodmer et Maximilien entrent dans Saint-Louis. Là, 4000 km les attendent ; à peu de chose près, la longueur de la rivière Missouri, qui les mènera jusqu’à Fort McKenzie, au Montana. Pour Maximilien, l’objectif était de venir étudier les Indiens d’Amérique du Nord, « sur lesquels il estimait que les Anglo-saxons ne savaient à peu près rien […]. Il s’avéra qu’en Karl Bodmer il avait trouvé un peintre capable de représenter les Indiens nord-américains d’une manière incomparablement minutieuse, sans perdre pour autant de vue leur humanité, leur personnalité et leur romantique majesté ». Si minutieux que Bodmer n’omettra pas de légender ses aquarelles, mentionnant dates et lieux, ce qui, en compagnie des carnets de notes du prince, permet de restituer fidèlement des indices chronologiques et géographiques. Bodmer ira même jusqu’à inscrire le nom de chacun des Indiens qu’il peindra.
C’est à Saint-Louis que les premières rencontres indigènes ont lieu. Le périple jusqu’à Fort McKenzie se déroule en bateau à vapeur, avec tous les inconvénients que cela suppose : orages, bourrasques de vent, bancs de sable, obstacles naturels, troncs d’arbres déracinés… Plus ils remontent vers le nord, et plus ils souffrent de la faim et des dangers liés aux guerres indiennes opposant certaines des tribus qu’ils rencontrent au fil de l’eau (Sioux, Hidatsa, Mandan, Cree, Assiniboine, Atsina, Blackfeet, etc.).
Après de multiples notes et aquarelles, ils parviennent à Fort McKenzie le 10 août 1833, où ils demeurent un mois. Puis, ils s’en retourneront par le même chemin, souffriront du froid en traversant le Dakota du Nord pour, de nouveau, retrouver Saint-Louis. Le 16 juillet 1834, arrivés à New-York, ils embarquent pour l’Europe.

Mih-Tutta-Hang-Kush, village mandan

La plus belle réussite de Bodmer « fut une vue de femmes transportant des fagots sur le fleuve Missouri recouvert de glace,
un jour où le thermomètre indiquait – 46° C et où ses couleurs gelaient à répétition ».

Une seule critique. Page 22. La fin de la préface mentionne une erreur de taille quand il est dit ceci : « nommé empereur du Mexique, Maximilien eut une fin tragique : il fut fusillé en 1867 à Quérétaro ». Il y a effectivement erreur sur la personne, puisque le compagnon de Bodmer, même s’il est également mort en 1867, était un prince allemand, et non pas autrichien comme ce fut le cas de Maximilien Ier empereur du Mexique (1832-1867).

Site sacré mandan

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La sauge, herba sacra

A propos de la sauge, je ne serai pas aussi dithyrambique que Simon Pauli qui lui consacra 414 pages en 1688.

Tout est inscrit dans son nom latin, salvia, dont l’étymologie se scinde en deux origines : de salvare (sauver, guérir) et de salvus (sain).
La sauge est donc une plante qui guérit et qui assainit. C’est là faire référence à son pouvoir de guérison et de purification. Si elle est toujours considérée comme la reine des plantes médicinales, ça n’est pas pour rien et on ne peut dire qu’elle ait usurpé ce titre.
Difficile de dénier à la sauge son caractère sacré tant elle a reçu d’éloges depuis l’Antiquité. Durant la Grèce et la Rome antiques, l’herba sacra est considérée comme une panacée, autrement dit un remède universel propre à être utilisé en toutes circonstances. Déjà bien connue des Égyptiens, elle étendit son hégémonie à la Perse et à l’Europe. Mais, au-delà de ses uniques propriétés curatives, il faut considérer la capacité de la sauge à agir sur d’autres plans, tant psychiques que spirituels. C’est pourquoi elle fait partie des ingrédients de base de rituels aussi bien funéraires que magiques depuis des lustres. Il est même dit que la sauge est d’essence divine. Selon une légende, Zeus fut élevé par une chèvre, auprès d’un buisson de sauge lequel aurait conféré au lait caprin un pouvoir divin. Ainsi, la plante de Jupiter était-elle dotée d’une extraordinaire puissance. Par ailleurs, Marie, poursuivie par les bourreaux d’Hérode, demanda dans sa fuite asile et protection à la rose et à la giroflée qui toutes deux refusèrent. En revanche, la sauge la couvrit de son feuillage et dissimula Marie et l’enfant Jésus à la vue de leurs poursuivants. Depuis, les roses piquent et les giroflées sont privées de parfum agréable.

Sauge off. 1-bis

Généralement, les sauges (Salvia officinalis, Salvia sclarea) possèdent des vertus purificatrices très puissantes. En Europe médiévale, chez les Égyptiens de l’Antiquité et chez les Amérindiens, la plante brûlée permettait de lutter contre les démons, les entités du bas astral et autres « ondes négatives »… Elles sont donc utilisées depuis des milliers d’années en fumigation, comme cela a été le cas en Égypte antique mais également chez d’autres peuples de par le monde, dont un grand nombre de tribus amérindiennes qui firent accéder la sauge au rang d’herbe sacrée, aux côtés du tabac, du cèdre et du foin d’odeur. La sauge était couramment employée lors de la cérémonie de l’Inipi qui se déroulait sous une hutte à sudation : « Il fait très chaud dans la loge, nous dit Black Elk, mais il est bon de ressentir les qualités purifiantes du feu, de l’air et de l’eau, et de sentir l’odeur de la sauge sacrée ». C’était alors davantage la sauge blanche (Salvia apiana) qui était employée par les Amérindiens.

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Quant aux Grecs, ils la considéraient si tonique et stimulante qu’elle était interdite aux athlètes sur les stades, à croire que la lutte antidopage ne date pas d’hier (1). Hippocrate et Dioscoride mentionnent une sauge dont Pline rapportera les usages : « nos herboristes d’aujourd’hui nomment elelisphakos en grec et salvia en latin une plante semblable à la menthe, blanchâtre et odorante ». Mais il n’est pas impossible que l’elelisphakos des Grecs ne soit pas, en définitive, la sauge officinale dont Paul-Victor Fournier nous rappelle qu’elle est assez rare en Grèce. Sans doute s’agit-il d’une sauge cousine puisque Hippocrate l’indique dans la recette d’un breuvage destiné à soigner les affections de la matrice alors que Dioscoride mentionne que « la décoction des feuilles et des branches, en boisson, est diurétique, emménagogue, abortive ». Or, il s’agit là de propriétés thérapeutiques propres à la sauge officinale…

Les Gaulois n’ignorèrent pas la sauge, ils y accordèrent même une grande importance puisque, d’un point de médicinal, les druides l’employaient contre fièvres, toux, rhumatismes, névralgies, ainsi que pour favoriser la fertilité et l’accouchement. En cela, elle pourrait être une plante d’Artémis, mais la mythologie grecque nous apprend qu’elle est plutôt liée à Hécate. Elle passait aussi pour ressusciter les morts et était fréquemment ajoutée à l’hydromel et à la cervoise afin d’aider les druides à se mettre en condition « prophétique » (entendre : en EMC), ce qui leur permettait de renforcer la puissance de leurs incantations.

Sauge officinale

Passons au Moyen-Âge maintenant. C’est un peu l’âge d’or de la sauge. Naturellement inscrite au Capitulaire de Villis, elle bénéficia donc de la protection impériale. Strabon lui fit une place d’honneur dans son Hortulus (827), tandis que les moines bénédictins se chargèrent de développer sa culture dans les jardins des monastères dès le IX ème siècle, tout en mettant l’accent sur ses vertus apéritives et digestives (que l’on retrouve dans la célèbre Bénédictine, liqueur normande), toniques, antispasmodiques et vulnéraires. Elle eut même la réputation de prolonger l’existence, ce qui n’est sans doute pas étranger au célèbre aphorisme de l’école de médecine de Salerne :

Cur moriatur homo cui salvia crescit in horto ?
Contra vim mortis non est medicamem in hortis.

[Pourquoi mourrait-il, celui qui cultive la sauge dans son jardin ?
Contre la force de la mort, il n’existe aucun remède dans les jardins.]

Très souvent, dans les livres et sur Internet, on ne trouve que le premier vers. Or, le second nuance très fortement le premier. Il a peut-être été à l’origine de ce que le Docteur Bernard Vial a dit de la sauge. Elle « réconcilie l’homme avec sa propre nature : elle lui permet de retrouver la mesure, c’est-à-dire de se souvenir qu’il n’est pas un dieu et possède des limitations ». N’est pas Zeus qui veut.

Hildegarde ne l’oubliera pas, en faisant même une de ses favorites avec l’herbe à robert (Pelargonium rupertianum) : « la sauge est de nature chaude et sèche [à l’image de sa région d’origine]. Elle est bonne à manger aussi bien crue que cuite, pour ceux qui souffrent d’humeurs nocives, car elle apaisent ces humeurs ». Mélancolie et colère. Elle la préconise dans de multiples autres cas : manque d’appétit, douleurs musculaires et gastriques, asthénie, migraine…

Nous l’avons dit plus haut, les Gaulois utilisèrent la sauge lors des accouchements. La sauge est donc, elle aussi, une plante de la femme. De la sage-femme également. Femme à la sauge ? Notons qu’en anglais sauge se dit sage, lequel mot signifie également sage et prudent. Parallèle étonnant. Comme l’armoise, la sauge s’utilisera chez la femme en dehors de la période de grossesse et de l’allaitement. Son huile essentielle (qui donne à la sauge sa saveur chaude et son arôme rude) cumule les inconvénients de l’huile essentielle d’hysope officinale et de celle d’absinthe, et demeure bien plus dangereuse que l’absinthe elle-même (2). Tout comme hysope et absinthe, l’huile essentielle de sauge officinale est placée sous monopole pharmaceutique.
La sauge possède une action régulatrice sur le cycle menstruel (aménorrhées, dysménorrhées) et apaise les douleurs. On peut l’utiliser en petite quantité quatre semaines avant l’accouchement afin de considérablement réduire les douleurs associées. Si l’on est prudente, on préférera les feuilles de framboisier. La sauge est un excellent tonique utérin dont l’infusion est recommandée après l’accouchement. Elle permet alors de régulariser les règles ou de les faire réapparaître, ainsi que de tarir la lactation.
Nous l’avons dit, la sauge est réellement une plante de la femme tant elle l’accompagne à ses différents âges : puberté, conception, accouchement, ménopause. N’est-ce pas la sauge que Pte San Win – la Femme Bison Blanc – a apporté aux femmes sioux ?
L’action hormonale de la sauge via les phyto-oestrogènes qu’elle contient fait d’elle une régulatrice fort utile dans les troubles de la ménopause tels que bouffées de chaleur, irritabilité, vertiges. Mais, par dessus tout, il s’agit du plus puissant antisudorifique qu’il soit : terminées les sueurs excessives liées à la ménopause !
Hormis cela, elle agit sur diverses affections de la sphère gastro-intestinale (spasmes, digestions lentes ou difficiles), sur fièvres et angines, déprime et fatigue nerveuse, etc. La liste est longue.

La sauge est un petit arbrisseau dont la taille est généralement comprise entre 30 et 70 cm de hauteur. Ses feuilles oblongues, très légèrement dentelées et de couleur vert blanchâtre sont fortement aromatiques. Il suffit de froisser ses feuilles rugueuses pour s’en rendre compte. Il s’en dégage alors une puissante odeur camphrée, ce qui vaut à la sauge d’être utilisée comme purificatrice par le biais de fumigations sèches (méthode permettant de désinfecter et assainir des locaux dans lesquels des malades graves ont longtemps séjourné, par exemple). Ses fleurs, le plus souvent bleues teintées de violet, peuvent être blanches ou roses. Elles ressemblent assez à celles du romarin et de la sarriette, autres lamiacées.
La sauge étant à la base une plante méridionale, inutile de vous dire qu’elle aime la rocaille, les sols secs et bien drainés. Elle n’apprécie pas du tout, à l’instar du thym, d’avoir les pieds dans l’eau.

Sauge off. 3-bis

Comme de nombreux autres aromates, on peut faire usage de la sauge en cuisine. Elle parfume les farces pour volailles, mais aussi les plats de fèves et de haricots, les sauces, marinades, potages et salades. On réalise avec feuilles et fleurs des vins et eaux de sauge. Enfin, on la retrouve dans le vinaigre des quatre voleurs aux côtés de l’absinthe.

Parmi les nombreuses espèces de sauges, il existe des cultivars de Salvia officinalis qui présentent des coloris différents : Salvia officinalis tricolore, Salvia officinalis prostates, Salvia officinalis purpurescence, etc. Quant à la sauge officinale de base, on la trouve à « grandes feuilles » ou à « petites feuilles ». Par ailleurs, il est bon de faire la distinction entre notre sauge officinale et d’autres sauges telles que la sauge verte (Salvia viridis), la sauge des près (Salvia pratensis), la sauge verveine (Salvia verbenaca) et la sauge sclarée (Salvia sclarea).


  1. Pline l’ancien exposait déjà ces qualités quand il disait que « le voyageur qui porte de l’armoise et de la sauge attachées sur lui ne craint pas la fatigue ».
  2.  « Chez l’homme, on a vu deux cuillerées à café d’essence ingérées par erreur, entraîner une issue fatale précédée de convulsion et de cyanose » (Garnier, 1961).

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Confiture de baies de sureau noir

Le sureau noir est un petit arbre de nos campagnes particulièrement prodigue avec ses fruits, de petites baies noirâtres qui s’épanouissent en grappes au mois d’août. Voilà qui tombe bien, nous y sommes !

Sureau - 4-bis

Je vous livre ici une petite recette simple à réaliser et qui s’écarte volontairement de ce que l’on peut trouver par ailleurs en beaucoup plus compliqué. Cette recette, pour l’avoir réalisée plusieurs fois, a fait ses preuves et j’en ai toujours été satisfait.

Préliminaires : on ramassera les baies grappe par grappe, c’est plus pratique. Une fois arrivé à la maison, on égrenera les grappes puis on lavera à grande eau les baies de sureau, puis on les fera égoutter soigneusement. Selon la quantité, on les placera dans un saladier adapté au volume de baies. Un saladier que l’on aura préalablement pesé à vide. Une fois plein de baies, on pèse le tout à nouveau et on fait une soustraction afin de connaître le poids total de baies. C’est important, cela va permettre de déterminer la part de sucre. La règle est simple : il faut deux fois moins de sucre qu’on a de baies. Ainsi donc, 0,5 kg de sucre pour 1 kg de baies. Une fois la quantité de sucre calculée et pesée, on la verse sur les baies de sureau et on laisse l’ensemble tel quel pendant au moins douze heures.

Développement : grâce à l’humidité contenue dans les baies, le sucre aura formé une croûte, c’est normal. Faites chauffer une marmite conséquente, cassez la croûte (ah, ah !) de sucre, prélevez quelques louches de baies et faites les « revenir » à vif dans le fond de la gamelle. Quelques instant seulement, il ne faut pas que ça crame le fond de la cocotte. Il va de soi qu’on se tiendra en alerte près du feu et qu’on retournera les baies à la spatule. Quand un jus de couleur bordeaux se forme, baissez le feu. Versez maintenant le reste du mélange baies + sucre dans votre marmite, touillez d’un bon coup de spatule, égalisez la surface de cette même spatule et couvrez d’eau à hauteur. Additionnez le tout de jus de citron et d’agar-agar si vous en avez, ce dernier permettant – par son haut pouvoir gélifiant – une fois la confiture cuite de se « tenir ». En effet, les baies de sureau contiennent trop peu de pectine pour se faire. Là, vous pouvez relancer le feu, pas trop fort non plus, il faut que ça mitonne et moutonne. En cours de cuisson, on prendra soin de mélanger quelque peu le tout. Et d’ajouter un peu d’eau si cela s’avère nécessaire.
C’est le test de l’assiette qui vous permettra de constater si votre confiture est prête ou non. Ce test, très simple, consiste à déposer quelques gouttes de votre confiture sur une assiette. Si elles ne s’écoulent pas, c’est que la confiture est prête à être mise en pot.

Voilà, je crois que c’est tout. Si vous avez des questions, n’hésitez pas ^^

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L’hysope

Sur l’hysope, j’ai déjà pas mal écrit (cf. Huiles essentielles de santé & de bonheur, pp. 143-148). Je ne vais pas répéter ici ce que j’ai indiqué dans ce bouquin l’an dernier, certes non. Je me permettrai juste une auto-critique sur un point particulier, à la lumière d’éléments nouveaux.

Hysope

Chasseuse de démons incontestée, l’hysope est utilisée depuis longtemps puisque dès l’Antiquité on lui attribuait des vertus purificatrices : on l’employait afin de nettoyer et de désinfecter les temples par lustration. L’herbe sacrée des Hébreux est donc associée aux rites purificateurs dont on trouve trace dans la Bible : « Vous m’aspergerez avec l’hysope et je serai purifié ». Elle entre dans la composition de l’eau lustrale alors que les Romains lui préférèrent la verveine officinale pour les mêmes raisons. C’est ainsi que selon la tradition chrétienne l’hysope est une plante qui porte une symbolique de pureté retrouvée et d’humilité. Au-delà de ses vertus purificatrices, l’hysope semble avoir qualité de protectrice : « Vous prendrez un bouquet d’hysope, vous le tremperez dans le sang qui est dans un bassin, et de ce sang qui est dans le bassin vous arroserez le linteau et les deux poteaux » nous dit l’Exode (XII, 22).

C’est bien beau tout ça, mais il semble y avoir un hic. Le fameux psaume 50-9 qui évoque l’aspersion d’hysope indique ceci en latin : « asperges me hyssopo et mundabor ». Hysope, hyssopo, c’est quasi pareil. On pourrait être tenté de faire de l’hyssopo biblique l’équivalent de l’Hyssopus officinalis de Linné.

POURQUOI L’HYSOPE DE LA BIBLE N’EN EST CERTAINEMENT PAS

Si l’hysope est une plante habituée à la rocaille et aux lieux secs, il n’est pas exclu de la retrouver plus au nord de la France, le Jura et la Bourgogne semblant former la limite septentrionale de l’aire de répartition géographique de cette plante. Si elle occupe une large place dans le décor végétal de l’Europe méridionale, elle ne descend pas autant vers le sud qu’on pourrait le croire. Ainsi donc est-elle absente de Grèce et de Palestine entre autres. Nous verrons plus loin en quoi cela peut-il avoir son importance.
L’hysope faisait-elle partie du paysage grec au temps de Théophraste, Dioscoride et Hippocrate pour qu’ils en viennent, chacun, à l’évoquer ? Si tel est le cas, s’agit-il bien de l’hysope telle que nous la connaissons ? Qu’on la nomme hyssopus en latin ou hyssôpos en grec, ces deux noms désignent tout autant l’hysope elle-même que d’autres lamiacées telles l’origan et la marjolaine. Comme trop souvent, l’inexactitude et l’approximation nominative et descriptive des Anciens font qu’il est aujourd’hui difficile de savoir si l’on parle bien de la même plante ou d’une autre. Il en va de même du nard évoqué dans le Cantique des cantiques dont on ne sait, avec précision, de quelle plante il peut bien s’agir (sans compter que Pline l’Ancien en évoque pas moins d’une douzaine de sortes différentes dans son Historia naturalis…).

Ceci étant, à la lecture de sources nouvelles, il est permis de douter que l’hysope dont parle la Bible n’en est très certainement pas. Exposons l’avis de Paul-Victor Fournier sur la question : « il est bien certain que notre plante n’est nullement celle dont parle le psalmiste dans le verset bien connu du Miserere […] car l’hysope ne croît pas en Palestine ». Fournier, botaniste érudit, était aussi un homme d’église…
Il est un autre auteur qui peste contre le déficit évident des descriptions effectuées par les Anciens, qu’ils soient grecs ou romains. Guy Ducourthial, dans son monumental Flore magique et astrologique de l’Antiquité, cite fort à propos Pitton de Tournefort (1656-1708), un autre botaniste français. Dans l’extrait suivant, nous allons voir qu’il n’est pas tendre avec Dioscoride.

« Dans ces temps anciens, on recevait pour ainsi dire de la main des aînés la connaissance des plantes, et en guise de description, on avait coutume de comparer avec témérité les moins connues avec les mieux connues dans l’idée que le souvenir des plantes familières ne s’oublierait jamais. Mais ce bonheur nous est refusé : la plupart des herbes qui furent si bien connues des Anciens nous sont maintenant indéterminables, et faute de description et de figures, la lecture de leurs ouvrages est écrasée de tant de difficultés que nos jugements en sont frappés d’une extrême infirmité. « Il n’y a personne, dit Dioscoride, qui ne connaisse l’Hysope ». Hélas ! Il serait mieux de dire que l’hysope n’est peut-être connue de personne ! Pourtant Dioscoride lui attribue des propriétés admirables, et après avoir comparé l’Origan à l’Hysope, il donne comme semblable à l’Origan, la petite Centaurée, le Tragorigan, le Serpolet, le Marum, le Polycnémon, le Symphytum des pierres, l’Agérate, le Pavot sauvage. De la sorte, la connaissance de toutes ces plantes dépend uniquement de l’Hysope ».

On le voit, la tâche est complexe. Mais voilà qui remet bien des choses en perspective et nous autorise à ne plus prendre des vessies pour des lanternes.

L’HYSOPE MÉDIÉVALE : BIENFAITS OFFICINAUX ET CULINAIRES

Associée à la cannelle et à la réglisse, Hildegarde de Bingen indiquait l’hysope afin de « soulager les nonnes chez lesquelles le chant a provoqué de l’enrouement », recette qui peut être utilement complétée par la tisane des quatre fleurs pectorales (coquelicot, mauve, guimauve, violette, pied-de-chat, tussilage et bouillon-blanc ; quatre à l’époque, sept à l’heure actuelle). Hildegarde confectionnait aussi un vin d’hysope destiné aux personnes souffrant de douleurs gastrique en plaçant vingt grammes d’hysope dans un litre de vin qu’elle faisait macérer pendant trois jours au soleil. Nombre d’affections gastro-intestinales pourront être traitées grâce à l’hysope, ainsi qu’en cas d’hypotension et de parasites intestinaux. Fraîches, les fleurs, outre qu’elles se mangent, constituent de parfaits cataplasmes applicables sur contusions, plaies et ecchymoses, tandis que des compresses d’infusion d’hysope appliquées sur les yeux rendront jeunesse aux paupières fatiguées.
Le Moyen-Âge ne s’y est pas trompé : si l’hysope jouit de multiples propriétés thérapeutiques, son emploi aura trouvé une place de choix sur les tablées médiévales, d’autant plus qu’elle permet – tout comme l’origan – de rendre les plats plus digestes. Elle est donc utilisée dans des plats de viandes et de légumineuses, avec du fromage blanc accompagné d’huile d’olive ; les salades composées accueilleront avec bonheur des fleurs d’hysope fraîches tant comestibles que décoratives.
Aujourd’hui, malgré sa saveur épicée de miel poivré et sa forte odeur aromatique, on peut dire que l’hysope n’est plus guère employée. Qu’à cela ne tienne ! Les abeilles sauront trouver auprès de l’hysope un nectar de qualité.

L’HYSOPE, PLANTE SPIRITUELLE

L’huile essentielle d’hysope présente de très hautes vibrations, la couleur principale de son aura est violette. C’est pour cette raison qu’on lie l’hysope au chakra de la couronne. L’hysope – sous sa forme d’huile essentielle – est d’une aide précieuse en ce qui concerne la méditation. Elle purifie le mental, permet d’éviter la dispersion, l’agitation et les problèmes de concentration. C’est la clarté d’esprit qu’elle transmet (à l’identique avec la sauge sclarée, autre sacrée plante avec laquelle l’hysope partage nombre de propriétés) par le développement de l’intuition et des perceptions extra-sensorielles. Ceci étant dit, il y a une anecdote assez particulière à propos de l’huile essentielle d’hysope couchée. C’est une huile essentielle qui permet de se redresser, tant spirituellement que physiquement. Par une action directe le long de la colonne vertébrale en massage, cette huile essentielle à la petite odeur sucrée rappelant celle de l’huile essentielle de khella (Ammi visnaga) favorise l’alignement des chakras alors que, graduellement, la colonne vertébrale se redresse (tout à fait typique lorsqu’on a les épaules voûtées… Comme si un poids nous écrasait en quelque sorte). C’est donc un procédé qui permet d’être « droit » autant d’un point de vue physique que mental. Qu’une plante rampante permette de redresser l’Homme, voilà une signature hautement évocatrice !

« Dans les régions rhénanes, nous dit Paul-Victor Fournier, les vieilles femmes mettent des brins d’hysope ou de romarin dans leurs livres de prières pour se préserver du sommeil pendant les offices, grâce à son parfum pénétrant ». Belle illustration de son pouvoir érectile !

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Les plantes, les hommes et les dieux (Michèle Bilimoff)

Michèle+Bilimoff+couverture

Les plantes, les hommes et les dieux
Michèle Bilimoff
Éditions Ouest-France, 2006
128 pages, 15,90 €

Ce qui saute aux yeux d’emblée lorsqu’on ouvre ce grand format (26 x 19), ce sont les nombreuses illustrations de qualité dont près d’une trentaine de pleine-page. Si un certain nombre de documents iconographiques contenus dans cet ouvrage sont relativement connus (L’homme zodiacal, l’été d’Arcimboldo, Prométhée dérobant le feu céleste), il est notable qu’un bon quart des illustrations émanent de la BnF, ce qui permet d’avoir accès à certains trésors qu’un tel institut recèle.

Michèle-Bilimoff-pages68-69

Les sources sont solides (Jacques Brosse, Jean-Marie Pelt, Michel Pastoureau, Guy Ducourthial, etc.) et font honneur à de véritables et profonds connaisseurs des plantes. Au total, une cinquantaine de plantes sont abordées et l’on peut remarquer de grandes absentes telles la sauge et l’hysope. « Avec les plantes, les hommes et les dieux, Michèle Bilimoff mène une enquête sur le rôle majeur confié aux plantes, quelles que soient les croyances, les époques ou les régions du monde : celui de messagères entre les humains et les puissances célestes ». On regrettera que les Amériques aient été oubliées dans ce tour d’horizon (mise à part la mention faite du maïs).

Michèle+Bilimoff+pages48-49

Enfin, remarque anecdotique : en quoi des plantes telles que la mandragore, le ginseng, la vigne et le lierre font-elles partie des arbres fruitiers ? C’est la seule chose aberrante qu’il m’a été donné de remarquer lors de ma première lecture de l’ouvrage, en diagonal. Enfin, malgré ce problème qui tient davantage d’un souci de nomenclature erroné, une chose est claire : Michèle Bilimoff sait écrire un bouquin, pas de doute à ce sujet. Le style est souple et clair, et le corps du texte recèle quelques pépites qu’on ne trouve généralement pas dans nombre de bouquins traitant peu ou prou du même sujet. Non seulement, l’auteur sait écrire mais elle a également pas mal lu pour offrir un résultat de cette qualité.

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L’armoise (Artemisia vulgaris)

Synonymes : herbe de la Saint-Jean, herbe de feu, artémise, couronne de Saint Jean-Baptiste, tabac de Saint-Pierre, herbe aux cent goûts.

« L’armoise donne l’impression d’une puissance détrônée,
dédaignée qu’elle est devenue après avoir tenu
tant de place dans les préoccupations des hommes ».

Paul-Victor Fournier.

Armoise - 2

Bien que présentant davantage de lustre que certaines autres Artemisia (absinthe/Artemisia absinthium, estragon/Artemisia dracunculus, armoise annuelle/Artemisia annua), l’armoise vulgaire est dotée de propriétés médicinales bien moindres que celles que lui a prêté la superstition médiévale. Ainsi dit-on de l’armoise qu’elle est apéritive, digestive, tonique, stimulante, diurétique, fébrifuge, antispasmodique et emménagogue. On rencontre dans les textes anciens certaines de ces propriétés. Petit florilège :

=> École de Salerne :

« Elle excite l’urine, elle écarte la pierre ;
Par elle, promptement l’avortement s’opère,
En pessaire, en boisson, produit le même essor ;
Broyée, sur l’estomac elle s’applique encore ».

Décortiquons :

« Elle excite l’urine » : propriété diurétique.
« Elle écarte la pierre » : propriété antilithiasique.
« Par elle, promptement l’avortement s’opère » : propriété abortive.
« Broyée, sur l’estomac elle s’applique encore » : en relation avec sa capacité à faire survenir les règles (propriété emménagogue) ou à provoquer la fertilité féminine.
« En pessaire » : voie génitale
« En boisson » : voie orale.

On retrouve le terme de pessaire dans le serment d’Hippocrate : « je ne remettrai à aucune femme un pessaire abortif ».

=> Petit Albert (1668) :

« Se bander les jambes de lanières découpées dans la peau d’un jeune lièvre, dans lesquelles on aura cousu de l’armoise séchée à l’ombre, pour voyager à pied, plus vite et plus longtemps qu’à dos de cheval ». Le choix du lièvre, animal vigoureux, leste et rapide n’est pas innocent. Ici, il est intrinsèquement question des vertus toniques et stimulantes de l’armoise.

D’autres usages rendent compte de la réalité thérapeutique de l’armoise : « l’armoise était appelée herbe aux cents goûts, ou couronne de Saint-Jean, en souvenir d’une légende relatant que saint Jean-Baptiste aurait utilisé de l’armoise en guise de ceinture ou de couronne lorsqu’il était dans le désert, ce qui le protégea des diables cachés ». Cela est-il à l’origine de pratiques que certains médecins (Marcellus Empiricus, IV ème siècle) plébiscitèrent ? S’en ceinturer afin d’éviter les maux de reins ? On dit de l’armoise qu’elle peut éventuellement soulager certains rhumatismes. En revanche, ses propriétés fébrifuges sont réelles, Lémery dira d’elle qu’elle « abat les vapeurs ».

Son nom anglais de wormwood (littéralement bois à vers) fait directement référence à ses propriétés vermifuges. Mais l’armoise a un pouvoir anthelmintique assez faible, elle doit être additionnée de plantes plus vigoureuses pour cela (absinthe, tanaisie…).

Comme tant d’autres plantes, on aura fait de l’armoise un antidote contre les venins. Cependant, rien ne permet d’affirmer cette assertion.

Pour finir, des propriétés anti-épileptiques et antihystériques ont été prêtées à l’armoise. Nombreux furent les praticiens, en particulier entre le XVI ème et le XVIII ème siècle, a vanter les bienfaits de l’armoise contre ce que l’on appelait le « haut mal » (l’épilepsie). De même, on procédait à des décoctions d’armoise dans du vin ou de la bière pour prévenir les crises d’hystérie.
Arrivé là, je puis dire que tout cela me pose un gros problème. Face à ce mystère, il va falloir démêler l’embrouillamini. La question est : comment une plante comme l’armoise peut-elle lutter contre l’épilepsie alors qu’elle contient une huile essentielle convulsivante qui, de plus, est placée sous stricte monopole pharmaceutique, sa vente en étant de fait réglementée (JO n° 182 du 8 août 2007). Même l’armoise (feuilles) n’est pas en vente libre en France selon le décret n° 2008-841 du 22 août 2008.
Son huile essentielle, dite neurotoxique, se trouve dans les feuilles à hauteur de 0,2 % (peu odorante, elle contient de l’eucalyptol ainsi qu’une cétone monoterpénique, la thuyone), mais également dans les racines dans de plus faibles proportions (0,1 %). En quoi d’aussi faibles concentrations de thuyone peuvent-elles être à l’origine d’une neurotoxicité ? Nous sommes loin du caractère violent des huiles essentielles de sauge officinale, d’hysope officinale ou bien encore d’absinthe, pour lesquelles la présence de cette cétone est massive, partant dangereuse, chacune d’elles présentant un fort potentiel épileptisant.
Ceci étant dit, certaines sources homéopathique donnent l’armoise bénéfique contre la danse de saint-Guy (actuelle maladie de Chorée), l’épilepsie et l’hystérie ! Or, selon le principe hahnemannien similia similibus curentur , « un remède est efficace sur un sujet malade s’il reproduit sur un sujet sain les mêmes symptômes dont souffre le sujet malade ».
Aussi, dans quelle mesure l’armoise est-elle anti-épileptisante, dans quelle mesure est-elle épileptisante ? A très faibles doses (homéopathie), elle est recommandée contre l’épilepsie, mais à très hautes doses, elle devient toxique, favorisant par là même un tel désordre nerveux comme peut l’être l’épilepsie. Ajoutons à cela l’étiologie de l’épilepsie, ce haut mal médiéval dont on disait alors qu’il n’avait pas cause médicale mais qu’il n’était que la conséquence d’une possession démoniaque ! Combien d’hommes et de femmes malades ont subi la question moyenâgeuse en raison d’une cause médicale non reconnue comme telle ? On se le demande… Or, employer l’armoise sur un sujet épileptique, c’est empirer le mal. D’autant qu’au Moyen-âge, l’armoise porte aussi le nom d’artémise, ce qui peut entretenir la confusion avec d’autres Artemisia bien plus virulentes comme l’absinthe par exemple, dangereusement neurotoxique. Un mal non identifié additionné aux violentes propriétés d’une plante inadéquate peut-il expliquer cela ?

L’ARMOISE ET LA FEMME

Hippocrate, Dioscoride et Pline l’Ancien la connaissaient bien ; ils en ont vanté les vertus emménagogues. Grand remède gynécologique (du grec gunê, gunaikos, la Femme), Walahfried Strabo l’appellera « mère des plantes » (pourquoi pas plante des mères ?) au IX ème siècle. Lémery dira d’elle qu’elle « aide à l’accouchement […]. Elle nettoie et fortifie la matrice ». Au XVII ème siècle, Diego de Torres l’appliquera sous forme de cataplasme sur le bas ventre pour déclencher les contractions au moment de l’accouchement. Plus précisément, l’armoise est régulatrice et modératrice du rythme et de l’abondance des règles, elle opère en cas de menstruations difficiles, douloureuses et peu abondantes. Du reste, ne porte-t-elle pas sur elle la signature du sang à l’image de ses tiges striées de rouge ? Elle permet de régler l’absence des règles liée à l’anémie et la chlorose, et lutte efficacement contre le syndrome prémenstruel et ses effets les plus communs (rétention d’eau, irritabilité, prise de poids, gonflement des seins, etc.).

Matrice. Mater. Mère. L’armoise est donc bien une plante de la Femme. Douce à l’image de la texture duveteuse de la face inférieure de ses feuilles profondément indentées. Mais qui peut être dure et tranchante au contraire, le vert franc des faces supérieures tranchent vivement et semblent nous rappeler cette dualité : l’armoise est vivement déconseillée pendant la grossesse. Avant, après, mais pas pendant ! Comme l’absinthe, l’armoise contient une petite quantité de thuyone, elle augmente le risque de fausse couche, étant, tout comme l’absinthe, potentiellement abortive, sans oublier qu’une intoxication à l’armoise est possible sinon mortelle dans certains cas (hépato-néphrites doublées de convulsions).

PLANTE D’ARTÉMIS, L’ARMOISE EST AUSSI UNE PLANTE MAGIQUE

Enfin, tout cela n’a rien du hasard si l’armoise est dédiée à Artémis, la déesse grecque protectrice des femmes et des vierges et qui préside aux accouchements. Opposée à Aphrodite sur le plan symbolique, Artémis – la Diane romaine – déesse chaste et sévère, pacifique et bienveillante, peut néanmoins faire preuve de cruauté envers celles et ceux qui lui manquent de respect.
On constate dès lors le parallèle troublant qui se dessine entre Artémis et l’armoise, plante qui, si l’on ne parvient pas à la dompter, si on ne la respecte pas, de douce devenant dure, peut alors se venger… Il en va de la nécessaire ambivalence de la Nature.

On a fait un large usage magique de l’armoise. Connue comme étant l’une des sept plantes de la Saint-Jean, l’armoise, cueillie au moment du solstice d’été puis jetée au feu prévenait ou guérissait l’épilepsie (tiens donc !) Comme nous l’indique Marcellus, « l’armoise doit être cueillie à l’aurore, à l’époque où le Soleil est dans la Vierge, et mieux encore, le jour de la Saint-Jean. La ceinture de l’herboriste doit être dénouée, et la cueillette se fait de la main gauche, en même temps que sont dites les prières. »
Il existe d’autres rituels mettant en œuvre l’emploi de l’armoise. Par exemple, très simplement, un bouquet d’armoise conservé chez soi repousse les esprits mauvais. On peut aussi confectionner des figurines à l’aide de brins d’armoise qu’on suspendra aux portes des habitations afin de purifier ces dernières (l’armoise contient une petite quantité de camphre, purifiant bien connu et dont l’odeur est très perceptible quand on froisse les feuilles). Elle a donc vertu purificatrice comme à travers cet autre usage : au premier jour de l’année, il faut tirer en direction du Ciel, de la Terre et des quatre points cardinaux des flèches (Artémis en filigrane ?) garnies d’armoise pour chasser les influences maléfiques durant l’année à venir.

Armoise - 4

PORTRAIT BOTANIQUE

Comme l’absinthe sa cousine, l’armoise est une plante vivace relativement commune que l’on trouve dans la plupart des zones tempérées de l’hémisphère Nord. Elle pousse en touffes drues (comme la menthe, par exemple) et atteint une hauteur de 1,30 m, parfois davantage. Les tiges brun-rouge portent des feuilles très découpées lesquelles présentent une face vert-foncé au-dessus et une face blanchâtre (voire grisâtre) et duveteuse au-dessous. Les fleurs s’organisent en capitules et présentent une couleur jaunâtre ou rougeâtre. Elles forment des inflorescences allongées au sommet des tiges. La floraison se déroule de juin à septembre.
Espèce rudérale s’il en est, elle affectionne particulièrement les lieux de vie incultes (décombres, bords de chemin, talus, terrains vagues, haies), ce qui ne la rend par forcément sympathique au prime abord, mais il me semble bon d’attirer l’attention sur le fait qu’on a tout à gagner que de mieux faire sa connaissance. Il est vrai que son pollen possède un fort pouvoir allergène mais qui est bien en deçà de celui de l’ambroisie. Les fleurs de l’armoise ne présentent pas que des inconvénients puisque leur parfum aromatisera crèmes, flancs et sirops. Quant aux pousses d’armoise, au goût d’artichaut, il est toujours possible d’en confectionner des beignets.

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Articles connexes :

Les herbes de la Saint-Jean
L’absinthe (Artemisia absinthium)
La déesse Artémis

Confréries des rêveurs chez les Sioux Lakota

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Afin de compléter agréablement l’article que j’ai posté il y a peu sur la question de l’importance du rêve chez les Sioux Lakota, je propose à la lecture un petit pdf sur la question. Plus exactement, l’article dont il est question cherche à mettre en évidence les liens existant entre confréries guerrières et confréries de rêveurs. Et l’auteur, Dominique Aujollet, y parvient de manière excellente. Il y est également question de la distinction entre rêve et quête de vision, un autre aspect que j’aborde dans mon troisième ouvrage, Animaux-totems & Roue-médecine. Bonne lecture !

Aujollet, Dominique, Confréries guerrières et confréries des rêveurs chez les Sioux Lakota

Article connexe : De l’importance du rêve chez les Sioux Lakotas

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Huile rouge : fabrication

L’huile rouge est le résultat obtenu après macération de fleurs de millepertuis dans une huile végétale. J’en parle déjà dans mon post dédié au millepertuis.

Ainsi donc, si vous avez par chez vous des endroits où récolter du millepertuis, c’est parfait. Si tel est le cas, pourquoi ne pas en couper un gros bouquet comme ceci :

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Dans un premier temps, procurez-vous un bocal en verre propre. Cueillez sur votre bouquet les fleurs épanouies et placez les dans votre bocal. Ceci étant fait, couvrez d’huile. Je choisis l’huile d’olive et je vous explique pourquoi amis lecteurs. Sachant que l’huile rouge que nous sommes en train de fabriquer s’adresse plus particulièrement aux affections cutanées superficielles, il est bon d’opter pour une huile végétale épaisse comme l’est l’huile d’olive, et non pas pour une huile sèche qui n’est pas adaptée à un travail superficiel, pénétrant plus profondément la peau.
Ceci fait, fermez votre bocal. Dès lors, vous avez deux solutions : le maintenir à chaleur ambiante chez vous ou bien sur un rebord de fenêtre, en plein soleil. Dans le premier cas, on parle de macération, dans l’autre, de digestion.
Par la suite, il est recommandé d’agiter doucement le bocal et d’y ajouter au fur et à mesure les les nouvelles fleurs écloses.

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Très bientôt, je posterai de nouvelles photos sur ce post afin de rendre compte de l’évolution de cette huile au fil du temps :)

17 août 2013 : après deux jours de macération en plein soleil.

17-08-2013

31 août 2013 : après 15 jours de macération en plein soleil.

Huile rouge

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Angelica archangelica

UNE GÉANTE VENUE DU NORD

Derrière ce joli nom se cache une Ombellifère (aujourd’hui, on dirait Apiacée, j’explique ici pourquoi) de grande taille employée pour ses qualités tant aromatiques que médicinales. Si l’on ne doit pas confondre la berce et l’angélique, il est bon de prendre en compte la réalité suivante : il existe une angélique domestique (Angelica archangelica) et une angélique sauvage (Angelica sylvestris). On observe entre elles quelques différences morphologiques. Par exemple, l’angélique sauvage est plus petite. Par ailleurs, l’angélique des bois développe un parfum moins prononcé que sa sœur domestique. Concernant leurs vertus médicinales, elles sont similaires quoi que plus appuyées chez Angelica archangelica.

Herbe aux anges venue du Nord (Scandinavie) aux environs du XII ème siècle, elle était donc inconnue des anciens Grecs. Aujourd’hui encore, impossible de trouver de l’angélique sauvage sur le pourtour méditerranéen car, « pieds dans l’eau et tête au soleil », elle n’y survivrait pas. L’Europe du Nord présente un climat plus adapté. En France, il est possible de la rencontrer à l’état sauvage en Île-de-France par exemple.

Angélique 2

PANACÉE MÉDIÉVALE ET BIEN PLUS ENCORE !

On trouve des traces de sa présence dans la pharmacopée médiévale puisque l’on sait que Hildegarde de Bingen (1098-1179) en faisait usage sans qu’on sache cependant s’il s’agissait de la domestique ou de la sauvage. Au XIV ème siècle, la culture de l’angélique domestique se déploie dans les monastères d’Europe centrale puis plus largement au XVI ème siècle. Par exemple, elle fut cultivée au monastère de la Grande Chartreuse près de Grenoble (à ce titre, elle entre toujours dans la composition de la liqueur du même nom).
L’histoire nous conte qu’elle fut utilisée comme préventif de la peste comme ce fut le cas à Milan en 1510. En raison des pouvoirs magiques qu’on lui octroyait, il était coutume d’en croquer les graines pour se protéger du « mauvais air » et était employée à l’instar de la rue (Ruta graveolens) contre les morsures de chiens enragés. Elle fut l’une des plantes favorites de Paracelse et très réputée au milieu du deuxième millénaire lors des diverses épidémies en raison de son pouvoir de protection. Ce n’est donc pas pour rien qu’elle porte le nom d’herbe aux anges ou de racine du Saint-Esprit. Aussi lui donna-t-on le nom d’angelica, c’est-à-dire « ange gardien ». Quant à l’adjectif archangelica, il fait référence à l’archange Raphaël qui aurait révélé à un ermite son usage contre la peste. Plus tard, au tout début du XVII ème siècle, Olivier de Serres dira d’elle ceci : « l’angélique, tel nom a été donné à cette plante à cause de cette vertu qu’elle a contre les venins ».
Peste, morsures de chien ou de serpent, etc. Précisons qu’en ces temps anciens, ce sont de véritables phobies qui trouvent leur raison d’être à travers les morts nombreux qu’elles occasionnent. Nul doute qu’on ait voulu attribuer à l’angélique un pouvoir quasi divin.

EN CUISINE !

Après bien des emplois médico-magiques (au Moyen-Âge surtout), l’angélique abandonnera le versant magique pour se consacrer davantage au seul aspect médicinal. Cela perdurera jusqu’au XVIII ème siècle, où les usages étaient davantage thérapeutiques qu’alimentaires. Parce que oui, l’angélique, à l’instar de nombreux autres végétaux curatifs (un exemple ? le persil) se mange. C’est aux environs de Niort, durant ce même XVIII ème siècle, qu’on eut pour la première fois l’idée de confire l’angélique. Au siècle suivant, on confectionnait même des formes animales et végétales en moulant des tiges d’angélique confite, c’est dire l’engouement ! Ceci étant dit, cette pratique francophone ne saurait faire oublier les usages culinaires de l’angélique propres à d’autres contrées. Très présente dans les cuisines en Chine et en Scandinavie, la plante y est utilisée des graines à la racine. Au Groenland, elle est demeurée longtemps l’unique légume disponible. Les Lapons en consomment les feuilles cuites dans du lait de renne et conservent le poisson dans ces mêmes feuilles. En Sibérie, on mange les tiges en compagnie de pain et de beurre. Par ailleurs, les usages sont multiples. On utilise la plante entière : feuilles (en compote avec des fruits acides), jeunes pousses (en salade), racines (en légume, cuites à la vapeur), graines (en liquoristerie : Chartreuse, Bénédictine, etc., en pâtisserie, en parfumerie), fleurs (pour aromatiser les pâtisseries, les salades de fruits, les crèmes, etc.). D’autres usages encore, j’en suis certain, sont possibles.

Petit focus en ce qui concerne la liquoristerie. Avant même que de devenir une boisson que l’on prend en fin de repas, une liqueur est avant tout un élixir médicinal. Ainsi, il en va de la Chartreuse et de la Bénédictine qui sont deux élixirs qui s’invitent davantage sur nos tables que dans l’armoire à pharmacie. L’angélique est un ingrédient que l’on retrouve dans d’autres compositions médicinales (orviétan, eau de mélisse des Carmes, baume du commandeur, élixir de Crollius…).

Angélique 3

L’ANGÉLIQUE, PLANTE DÉCHUE

Racine de longue vie : nom vernaculaire attribué à l’angélique en raison du cas d’Annibal Camoux, un Niçois mort à l’âge de 121 ans et dont l’exceptionnelle longévité tiendrait au fait qu’il avait l’habitude de mâcher régulièrement de la racine d’angélique. Sans en faire une panacée, plus prosaïquement, en mâcher la tige fraîche abolit la mauvaise haleine. C’est déjà ça.

Comment se fait-il qu’une plante pareille vantée contre la peste et dont on a fait un antidote contre belladone, ciguë et colchique – excusez du peu ! – se fasse aussi rare dans les jardins aujourd’hui ?
Tentons une explication. Il y a plus de deux siècles, Bodart disait ceci à propos de l’angélique : « si cette plante avait le mérite d’être étrangère, elle serait aussi précieuse pour nous que le ginseng l’est chez les Chinois ; elle se vendrait au poids de l’or ». La comparaison avec le ginseng, autre racine de longue vie, est intéressante et fort pertinente. Le ginseng, dont le nom latin Panax ginseng contient en lui-même la haute idée que l’on se fait de lui : une panacée. Autrement dit, une substance propre à guérir tout les maux. Est-ce le caractère exagérément prétentieux avec lequel on a alloué mille vertus à l’angélique qui fait qu’aujourd’hui elle a sombré dans un relatif anonymat ? Ça n’est pas impossible. D’autres plantes ont subi un sort identique, la sauge par exemple, bien que dans une moindre mesure. Cette mésestime semble être le corollaire d’une extranéité magico-thérapeutique abusive. Ayant été naturalisée, l’angélique a quelque peu perdu de son lustre d’antan. Tout comme les palmiers de la Côte d’Azur qui n’étonnent plus personne ou presque, elle ne présente plus rien d’exotique contrairement au ginseng qui, lui, aurait bien du mal à s’acclimater par chez nous et qui, du reste, se vend toujours à prix d’or : 10 000 € pour une racine de 25 à 35 ans.

Tout est à portée de main, où qu’on soit. Mère Nature a si bien fait le Monde qu’elle a placé ici et là différentes plantes aux pouvoirs identiques. Pourquoi s’émoustiller devant les baies de goji alors que nous avons ce brave cynorhodon que nous offre notre bon vieux rustique Rosa canina ? Inutile d’aller envahir des pays lointains à la recherche d’un précieux Graal végétal. Cela, les géants de l’industrie pharmaceutique ne l’ont que trop bien compris depuis au moins 15 ans, pour d’évidentes raisons financières entre autres. Pas si mal me direz-vous. Ainsi, plus besoin d’essorer la planète bien que cela n’empêche en rien la biopiraterie qui sévit encore malheureusement, plus particulièrement en Afrique.

Ainsi donc, pourquoi ne pas réhabiliter l’angélique dont Paul-Victor Fournier rapportait en 1947 son utilisation contre le cancer de l’estomac ? Aujourd’hui, l’angélique est muette. Quand on sait ce qu’en firent les Amérindiens, c’est doucement ironique. Une décoction de tiges d’angélique était couramment utilisée en gargarisme afin de permettre aux chanteurs de tenir leur voix durant les cérémonies et autres célébrations…

ARCHANGELICA BOTANICA

Elle porte d’épaisses tiges fistuleuses, creuses, vertes parfois teintées de rouge, solidement fichées sur une forte racine en pivot. Sur les tiges, on observe trois rangs de feuilles largement découpées.
L’angélique est une plante qui vit entre 2 et 4 ans. Ce n’est que lors de sa dernière année qu’elle fleurit et produit des graines, avant de mourir. Ses fleurs, blanchâtres ou rosées, portées en larges ombelles de 15 à 20 cm de diamètre apparaissent entre juin et août. Ses fruits, des diakènes, figurent deux petites ailes, d’où le nom d’herbe aux anges que l’on prête à l’angélique. Ce qui est également la cas de l’anis vert, du fenouil, etc.
C’est une plante peu exigeante, elle apprécie à ses côtés la présence de l’ortie laquelle a la faculté d’augmenter la production d’huile essentielle contenue dans l’angélique.

Anis

A propos de l’angélique sylvestre, on la trouve de façon abondante sur les talus, aux abords des haies, dans les chemins, les prairies ombragées, les bords de ruisseaux, les endroits marécageux…
Géographiquement, elle est présente en Europe occidentale (au nord et à l’est surtout) et absente des zones méditerranéennes.

L’angélique en thérapie :

l. Parties employées : toute la plante. Aussi bien la racine, que les feuilles, les tiges, les fleurs ou les semences.
En fonction du but recherché, on emploiera différentes parties qui contiennent en leur sein des principes actifs qui diffèrent en proportion. Par exemple, les semences contiennent davantage d’essence aromatiques que la racine (1,1 % contre 0,25 %). Par ailleurs, si la racine supporte relativement bien la dessiccation, il n’en va pas de même pour les tiges et les feuilles. A l’instar du basilic, une fois sèches, ces parties de l’angélique perdent très rapidement beaucoup de leurs propriétés.

2. Propriétés majeures : apéritive, digestive, carminative, tonique, stimulante, sédative, antispasmodique, expectorante, sudorifique, dépurative, emménagogue, reconstituante générale (sujets nerveux, personnes âgées, affaiblies, convalescentes).

On lui concède également des propriétés antirhumatismales.

3. Emplois thérapeutiques :

Il est évident qu’il est plus simple de ramasser des fleurs de coquelicot que d’extraire du sol une racine d’angélique ! Et dans ce cas, mieux vaut prendre des gants avec elle. En effet, de par un certain nombre de ses principes actifs, au simple contact de la racine fraîche avec la peau, celle-ci peut être facilement irritée. Concernant les feuilles, ces dernières devront être récoltées avant floraison puis séchées à l’ombre.
On comprend que l’ensemble de ces rigoureux protocoles puissent être dissuasifs pour qui souhaiterait employer l’angélique, qu’on ne trouve plus guère dans les jardins du reste, l’angélique sylvestre étant, quant à elle, beaucoup plus fréquente mais dotée de propriétés moindres.

  • Troubles de la sphère digestive : digestion difficile, acidité gastrique, aérophagie, ballonnement, spasmes gastro-intestinaux, entérites, dysenterie, crampes intestinales.
  • Troubles de la sphère respiratoire : bronchite, pneumonie, pleurésie, asthme.
  • Troubles de la sphère génitale féminine : règles douloureuses, insuffisantes ou absentes, leucorrhée.
  • Troubles d’origine nerveuse : angoisse, anxiété, stress, insomnie d’origine nerveuse, asthénie intellectuelle, baisse de la libido chez l’homme et la femme.
  • Migraine (d’origine nerveuse).
  • Vertiges, syncopes.

Quant à l’huile essentielle de semences d’angélique, rare et chère, elle est reconnue comme tonique, excitante et carminative à faibles doses. A doses plus élevées, elle devient sédative. Elle peut intervenir en cas de dyspepsie, de colite, d’anxiété, etc.
Elle contient des substances photosensibilisante plus connues sous le nom de furanocoumarines dont l’une, le bergaptène, se retrouve dans l’essence de bergamote, elle-même photosensibilisante. Il serait possible de la « débergapténiser », comme cela se pratique déjà pour l’essence de bergamote. Mais, d’une, c’est plus cher, et de deux, ces fameuses furanocoumarines sont responsables des effets sédatifs et calmants. Il s’agirait alors d’une huile essentielle amputée de certaines de ses propriétés.
Quoi qu’il en soit, en cas d’utilisation de plantes aux vertus photosensibilisantes (millepertuis, les essences d’agrumes, les huiles essentielles d’apiacées, etc.) et que cela soit par usage interne ou externe, pas d’exposition solaire massive car :

FURANOCOUMARINES + UV = AÏE !

Donc, pas d’exposition solaire prolongée et si tel doit être le cas, une protection solaire est nécessaire. Indice 50 au moins.
J’évoque plus précisément le principe dans l’article suivant : La photosensibilisation, c’est quoi ? Besoin d’être plus explicite ? Taper berce+brûlure sur Google images donnera davantage de précision.

Enfin, à hautes doses (2 grammes), cette huile essentielle provoque maux de tête, stupeur, dépression cérébrale, hématurie, néphrite et éventuellement décès.

4. Usages alternatifs :

L’élixir floral d’angélique officinale est destiné aux personnes proches de la mort, tant par leur état de santé que des personnes qui les entourent. Cela peut être des personnes gravement malades ou mourantes, par exemple. Il renforce la confiance en la vie et apporte force et vigueur morale quand l’avenir semble incertain.

Une curieuse façon de d’utiliser cette plante avait lieu au sein de la Cour des Miracles, à Paris. Le suc de l’angélique est très irritant et les mendiants, le sachant, s’en badigeonnaient les membres afin de volontairement provoquer des ulcères et de se rendre ainsi encore plus pitoyables.

© Texte et photos – Books of Dante – 2013

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De l’importance du rêve chez les Sioux Lakotas

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Il y a quelques temps de cela, je couchais ici-même les lignes de l’introduction de mon ouvrage intitulé Animaux-totems & Roue-médecine. Aujourd’hui, c’est avec plaisir que je partage avec vous un autre extrait de ce livre. Il y est question de l’un des moyens qui nous permet d’entrer en contact avec nos animaux-totems : le rêve.

A travers la méditation, nous avons pu évoquer ce que nombre de peuples amérindiens qualifient de « quête visionnaire ». Comme le souligne le Dictionnaire des symboles, le jeune préalable est nécessaire pour favoriser les visions, puisque la faim place d’emblée celui qui recherche les visions dans « un état de semi-conscience hallucinatoire » (1). Cette pratique du jeune est aussi rapportée par Michael Harner dans son ouvrage Chamane (2), ainsi que par Piers Vitebsky (3). S’abstenir de se nourrir pendant un temps plus ou moins long avant de procéder à une quête de vision peut tout à fait être mis en œuvre avant une séance de méditation proprement dite. Mais cela est également vrai pour la vision onirique ainsi que pour le voyage chamanique, mais nous aborderons ce dernier point plus longuement par la suite. De façon quasi unanime, le rêve est la voie royale par laquelle les esprits accèdent aux êtres humains.

Comme l’indique Black Elk, les rêves sont d’une importance capitale pour les Amérindiens : « dans les temps anciens, notre peuple n’avait pas d’instruction. Il ne pouvait pas apprendre à partir de livres ni de professeur. Toute sa sagesse et son savoir lui ont été donnés de ses rêves. Il a scruté ses rêves. Il y a puisé sa force. Il a pris conscience de leur puissance » (4). C’est pour cette raison, entre autres, que certaines « sociétés » particulières virent le jour comme, par exemple, la « religion des rêveurs » fondée par Smohalla, un Nez-Percés, qui disait que ses « jeunes gens ne travailleront jamais, [car] les hommes qui travaillent ne peuvent rêver ; et la sagesse nous vient des rêves » (5). Tatanka Yotanka, un grand chef sioux plus connu sous le nom de Sitting Bull, était réputé pour être également un grand « rêveur ».
Bien sûr, à l’heure actuelle où, au sein de notre monde occidental, la transmission est bien plus souvent écrite qu’orale, cette dimension propre aux Lakotas rapportée par Black Elk perd quelque peu de son sens. Cependant, quand il affirme que le rêve permet d’accéder à la connaissance, il ne parle pas des rêves dits classiques, tels que ceux qui ne sont que l’expression d’un désir diurne refoulé comme c’est le cas pour chacun d’entre-nous au moins une fois dans une vie. Il parle de certaines catégories de rêves que certains auteurs actuels qualifient de rêves lucides et de rêves lucides dirigés (6). Voici quelles définitions en donne Marie-France Bel :

Le rêve lucide : « le dormeur vit cette activité avec une conscience, comme dans l’éveil, tout en sachant qu’il est endormi et que les événements qu’il vit sont dans un autre espace. La conscience onirique et la conscience d’éveil sont similaires. Le dormeur se souvient de son activité onirique comme il se souvient d’une activité au cours de l’éveil ».
Le rêve lucide dirigé : « le dormeur est capable d’orienter ses rêves avec une activité consciente et volontaire comme pendant l’éveil alors qu’il est endormi. La conscience et la volonté sont similaires à celles de l’éveil ».

C’est peut-être de ces deux types de rêves dont parle Frances Densmores dans son Teton Sioux Music lorsqu’elle explique que « les Sioux recherchaient les rêves, et [qu’]il était admis que le rêve correspondait au caractère de l’homme […]. Si le rêve était en rapport avec les pierres sacrées ou avec des herbes ou des animaux se rapportant au traitement de la maladie, obligation était faite à l’homme de tenir compte de l’aide surnaturelle qui lui avait été accordée dans le rêve » (7). Ainsi donc, le rêve prend-il une valeur de haute importance pour les Sioux ainsi que pour de nombreuses autres tribus amérindiennes car à travers le songe onirique il est possible d’entrer plus étroitement en contact avec des dimensions spirituelles que le seul état de veille ne permet pas d’entre-voir ou bien à grand peine.

Tout animal vu en rêve n’est pas nécessairement un animal totem, il peut être la représentation symbolique d’une émotion particulière par exemple. Certains signes particuliers permettent de savoir à quoi l’on a affaire : une discussion qui s’engage avec l’animal lequel se met alors à parler, une récurrence de rêves mettant tous en scène le même animal (ou partie de cet animal, comme des plumes, par exemple), la « texture » même du rêve dont on se souvient généralement au réveil, des gestes particuliers qui peuvent accompagner le dormeur en plein sommeil (il faut alors compter sur un témoin oculaire extérieur, chose peu aisée lorsque tout le monde dort dans la maisonnée), etc. L’ensemble de ces indices peuvent aider à l’identification d’un animal comme totem ou pas, tout en prenant bien en compte que les éléments récoltés peuvent aisément compléter les résultats obtenus grâce à la méditation, par quête des signes ou par le biais d’autres méthodes que nous exposerons au lecteur un peu plus loin.

Comme me l’a un jour indiqué un de mes guides, « plus tu rêveras d’un animal et plus il deviendra puissant ». A travers cette assertion personnelle, il faut comprendre le fait que la place que l’on alloue à tel ou tel animal dans les rêves renforce sa capacité à occuper la place à nouveau. Et cela ne va pas sans son corollaire : plus puissant il deviendra, plus tu rêveras de lui. Accordons une importance à quelque chose et il se manifeste. En revanche, l’inverse n’est pas également vrai : n’accorder aucune importance à quelque chose peut avoir pour effet qu’il se manifeste par saccade de signes qui sont autant de panneaux de signalisation qu’il est alors bon de ne pas négliger.


  1. Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 620-621
  2. Jeremy Narby & Francis Huxley, Anthologie du chamanisme, p. 178.
  3. Piers Vitebsky, Les Chamanes, p. 42-43 : « Le rêve ou la quête visionnaire jouent le rôle de la transe et du voyage, particulièrement dans la région des plaines. Les jeunes gens, et parfois les jeunes filles, se retirent dans le désert et jeûnent quelques jours pour recevoir des esprits une vision ».
  4. Black Elk, Les rites secrets des indiens sioux, p. 85-86.
  5. Teri McLuhan, Pieds nus sur la terre sacrée, p. 70.
  6. Marie-France Bel, Corps subtils, science et médecine, p. 150.
  7. Teri McLuhan, Pieds nus sur la terre sacrée, p. 198.

Article connexe : Animaux-totems et Roue-médecine – Introduction

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