La mâche (Valerianella locusta)

Synonymes : doucette, boursette, galinette, clairette, blanchette, pommette, oreillette, laitue d’agneau, oreille de lièvre, salade de chanoine, bouche-grasse, rampon, valérianelle, etc.

Que la mâche, l’humble mâche, fasse partie de la famille botanique de la grande valériane officinale a de quoi surprendre. C’est pourtant bien le cas, comme l’atteste son nom latin qu’elle a fait sien au Moyen-Âge, Valerianella provenant possiblement du verbe latin valere, c’est-à-dire « se bien porter ». Quant à l’adjectif locusta, il est plus tardif : en effet, les botanistes de la Renaissance affublèrent la mâche d’un nom de sauterelle, par analogie entre le vert franc des feuilles de la mâche et la verdeur de cet insecte, bien que le doute subsiste à ce sujet. Ainsi, les « locustae » dont se repaissait saint Jean-Baptiste, alors qu’il était dans le désert, n’étaient-elles pas des sauterelles, probablement de la mâche. Mais cette plante poussait-elle, du reste, dans les terres de la Palestine ? Il semble que non. Elle est, cependant, d’origine méditerranéenne, si l’on en croît Augustin de Candolle (1778-1841) qui la dit provenir de Sicile et de Sardaigne. Mais son passé semble peu glorieux, elle n’est, pendant des siècles, passée que dans la bouche des paysans plus qu’en tout autre lieu, laboratoire ou officine. Elle a dû, pendant longtemps, demeurée à l’état sauvage, faire partie de ces plantes que l’on récolte dans la Nature, sans se dire qu’un jour elles pourraient agrémenter le jardin. Pierre de Ronsard, qui appréciait beaucoup les aliments d’origine végétale, est le premier à mentionner l’existence de la mâche – qui ne s’appelait pas (encore ?) ainsi – dans ses écrits. Accompagné de son valet Jamyn, ils battaient la campagne afin de se procurer belle provende de mâches et de pâquerettes :

Tu t’en iras, Jamyn, d’autre part
Chercher soigneux la boursette toffue,
La pasquerette à la feuille menue.

Au siècle suivant, force est de constater que certains esprits éclairés daignèrent goûter à la poésie de Ronsard. C’est, par exemple, le cas du jardinier de Louis XIV, La Quintinie, qui la considérait par trop sauvage et rustique (1) pour figurer en bonne compagnie sur les tables royales. Pour contrebalancer cet affront fait à la mâche, Simon Pauli conseilla son emploi « pour apaiser l’ardeur de la fièvre et pour adoucir les douleurs de la néphrétique ».

La mâche est une petite plante annuelle qui peut atteindre 50 cm de hauteur à plein développement, c’est-à-dire lorsqu’elle est toute en fleurs que porte une tige ramifiée en Y. Mais nous la connaissons davantage sous sa forme basale : une rosette radicale de feuilles luisantes et glabres, en forme de spatule. Si nous laissons pousser la mâche, elle devient rapidement une sauvageonne dotée de minuscules fleurs, bien plus petites encore que celles du myosotis, de couleur bleu pâle, solitaires à l’aisselle des rameaux ou bien disposées en corymbes capitulaires. Elles apparaissent généralement entre avril et juillet puis donnent naissance à des akènes.
A l’état naturel, la mâche pousse aussi bien en plaine qu’en moyenne montagne (1000 m), sur sols calcaires tels que pelouses, prairies sèches, bordures de chemins, terres non cultivées, etc.
Ce légume, cultivé pour ses rosettes au goût légèrement sucré et à discrète saveur de noisette, passe très bien l’hiver et peut même se développer sous la neige !

La mâche en phytothérapie

Ne mésestimons pas la petite mâche, car sa taille modeste ne dit rien des principes qui la constituent. Source de protéines végétales et d’oméga 3 (240 mg aux 100 g de feuilles fraîches), la mâche brille par ses vitamines (provitamine A, vitamine B9, vitamine E, vitamine C ; jusqu’à 60 mg aux 100 g de feuilles fraîches pour cette dernière, soit deux fois plus que dans le citron !) et ses sels minéraux et autres oligo-éléments (fer, zinc, cuivre, phosphore, calcium, potassium, magnésium). Ses feuilles, gorgées de chlorophylle, contiennent aussi un mucilage émollient, ce qui a valu à la mâche d’être surnommée doucette !

Propriétés thérapeutiques

  • Nutritive, reminéralisante, revitalisante, stimulante
  • Digestive, laxative
  • Diurétique, dépurative
  • Pectorale
  • Sédative nerveuse
  • Émolliente
  • Anti-oxydante

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : constipation, entérite
  • Troubles de la sphère cardio-vasculaire : artériosclérose
  • Affections respiratoires
  • Anémie, déminéralisation
  • Troubles de la sphère urinaire : colibacillose, lithiase urinaire
  • Arthritisme
  • Vieillissement cutané

Modes d’emploi

  • En nature, la plus fraîche possible (cf. la détérioration progressive de la vitamine C qui, littéralement, s’évapore, mais on peut la « capturer » en usant de vinaigre ou de jus de citron : où l’on voit alors que la vulgaire vinaigrette n’est pas qu’un exhausteur de goût)

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Il n’existe aucune contre-indication connue.
  • En mesclun, la mâche, grande spécialité du pays nantais, est associable au pissenlit et à l’ortie en guise de cure de printemps. C’est un légume qui accompagne aussi bien les viandes, les coquillages, la choucroute (comme cela se fait en Russie), la charcuterie que le fromage. Elle est très polyvalente. Quelquefois on la cuit.
  • Conseil de culture : une fois la plante « montée en graines », on peut récupérer ces dernières, mais elles demeurent inutilisables dans l’immédiat : elles ne germeront pas à leur tour. Cependant, si l’on patiente un ou deux mois, cela devient possible. Comme il a été remarqué, les graines de mâche qui germent le mieux sont celles âgées de deux ans, ce qui en soi n’est pas très problématique, puisque la durée germinative d’une graine de mâche étant de cinq ans (parfois dix).
    _______________
    1. A l’époque de La Quintinie (1626-1688), la mâche n’a pas encore subi de modification maraîchère, celle-ci ne prenant effet qu’au XVIII ème siècle. Aujourd’hui, l’on compte plus de 80 variétés parmi lesquelles la mâche d’Étampes, la mâche coquille de Louvois, la mâche verte à cœur plein, la mâche d’Italie à feuilles de laitue, la mâche Dunkelgrüner vollherziger, etc.

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La germandrée petit-chêne (Teucrium chamaedrys)

Synonymes : germandrée officinale, chasse-fièvre, herbe des fièvres, quercula, quericuola, querciola (1).

En Europe, il existe plusieurs espèces de germandrées que l’on peut classer grossièrement en deux groupes distincts : les germandrées à fleurs rouges et celles à fleurs jaunes. Mais l’une d’elle, habituellement porteuse de fleurs jaunes, la germandrée pouliot (Teucrium polium), « se montre sous des aspects très variables : à fleurs blanches, jaunâtres, jaune vif, roses ou purpurines ; à feuilles et rameaux blancs, blanc grisâtre ou jaune d’or, à tiges grêles ou trapues, couchées ou dressées. On a même distingué des variétés à feuilles plus ou moins rougeâtres ou violacées », nous explique Paul-Victor Fournier (2). C’est sans doute de là que provient la cacophonie botanique autour des germandrées dont le serviteur zélé sera, à tous le moins, Pline l’Ancien. Alors que Théophraste et Dioscoride font nettement la distinction entre cette germandrée qu’ils nomment polion et celle portant le nom de chamaedrys (3), la germandrée petit-chêne, Pline s’emmêle les pinceaux et assure, loin d’être à une confusion près, que ce polion possède un feuillage blanc le matin, pourpre à midi et bleuâtre le soir !

De façon très étonnante, ces deux germandrées pourtant fort dissemblables vont connaître une carrière très similaire. Pour débuter, Théophraste et Dioscoride reconnaissent à ces deux germandrées des propriétés quasi identiques : emménagogues, diurétiques (hydropisie, dysurie, rétention d’urine), cicatrisantes des plaies et des ulcères, remèdes hépatiques, laxatives. Elles étaient aussi particulièrement réputées pour soulager l’induration de la rate (4). On les prépare en emplâtre, en onguent à base d’huile, on en fait des décoctions que l’on boit avec du vinaigre, des trochisques, etc. Selon Dioscoride, ces deux plantes seraient aptes à éloigner les animaux venimeux et à soigner les piqûres et les morsures de vipère. Sur ces dernières propriétés, peut-être s’est-il inspiré de ce que disait Hésiode huit siècles avant lui qui « recommandait à ceux qui ambitionnent l’honneur et la gloire de se frotter de polion, de le manier, de le cultiver, d’en avoir sur soi contre les poisons et contre les serpents » (5). Bref, reprenant Dioscoride et des auteurs plus anciens, Pline enjolive, donne les germandrées comme antispasmodiques, pectorales et béchiques, ce qu’elles ne sont en aucun cas. Notre brave compilateur ajoute même qu’interdiction est faite de remettre la plante au contact du sol après sa récolte et de la nouer au cou sur le champ, quand bien même il reconnaît à cette pratique le caractère superstitieux… Un siècle après Pline, Galien, célèbre médecin de l’Antiquité ayant exercé à Pergame et à Rome, « raconte qu’à la suite d’un combat les morts qui étaient couchés aux endroits où poussait cette plante se putréfiaient moins rapidement et qu’elle acquit ainsi la réputation d’un puissant antidote » (6). « Cette plante », c’est une autre germandrée, que l’on appelait skordion durant l’Antiquité. Son nom même lui vient du grec skordon qui veut dire « ail », en raison de l’odeur aillée que dégage la plante quand on en froisse les feuilles. Cette skordion est aujourd’hui appelée germandrée aquatique (Teucrium scordium) et possède des propriétés assez semblables à celles des germandrées pouliot et petit-chêne, à ceci près qu’elle guérit efficacement les ulcères et la gangrène. Si cette plante ne ramène pas les morts à la vie, elle protège contre de nombreuses maladies mortelles.

Durant la plus grande partie du Moyen-Âge on trouve peu d’informations au sujet des diverses germandrées (la principale intéressée reste la petit-chêne qu’on emploie surtout en usage externe : panaris, inflammations ganglionnaires, gale…). Macer Floridus reprenant peu ou prou ce que disait Pline mille ans avant lui ne nous est d’aucun recours. Tout au plus pouvons-nous lui accorder la finesse de son observation lorsqu’il écrit que « broyée et mêlée avec de l’huile, elle [la germandrée petit-chêne] remédie au refroidissement du corps lorsqu’on s’en frotte, et rappelle la chaleur naturelle » (7). Au sujet de la Gamandrea, Hildegarde est peu prolixe, si ce n’est pour indiquer que cette plante est parfaitement inutile par voie interne, plus nuisible que profitable en réalité. Le seul cas pour lequel elle autorise l’emploi de la petit-chêne concerne les diarrhées sanglantes.

C’est en toute fin de Moyen-Âge qu’un sursaut anime les praticiens au sujet des germandrées. Tout d’abord, l’italien Fracastor qui, grâce à ses travaux, a posé les bases de l’épidémiologie, élabore un électuaire contre la peste contenant l’une de nos trois germandrées, le Teucrium scordium. Dans le même temps, du côté de Montpellier, l’évêque Guillaume Pellicier et le médecin botaniste Guillaume Rondelet érigent au rang de spécifique de la peste la même plante. Matthiole, qui sera celui qui rappellera les indications des Anciens à propos des germandrées (puis suivi par Prosper Alpini, Lazare Rivière, Boerhaave, etc.) conforte leurs propriétés fébrifuges, cholagogues et vermifuges, ainsi que l’action que ces plantes portent sur les maux céphaliques (maux de tête, épilepsie, neurasthénie). Il rapporte également que dans la campagne toscane, on les emploie contre cette affection dévastatrice qu’est la peste. Un peu plus tard, le diplomate flamand Ogier Ghislain de Busbecq, à qui l’on doit l’introduction en Europe de la tulipe, du lilas et du marronnier d’Inde, « raconte comment son médecin appliqua le remède [le diascordium, à base de germandrée] a ses serviteurs atteints de la peste et les guérit » (8). Enfin, en toute fin du XVII ème siècle, on relate que la ville suisse de Bâle fut frappée par une nouvelle épidémie de peste, bien éloignée de la grande peste noire qui lui enleva en 1348 plus de la moitié de ses âmes. Ainsi, les années 1667-1668 voient-elles le retour de ce terrible fléau dans la cité helvète. Le remède antipesteux, ce fameux diascordium, fut employé en grand, ce qui eut pour conséquences de sauver la vie d’un grand nombre de pestiférés.

Par la suite, plus rien ou si peu à propos de cette fantastique propriété de la germandrée contre cette maladie mortelle. Tout juste trouve-t-on quelques indications de Chomel contre les fièvres intermittentes et de Vitet qui donne les germandrées comme succédané du quinquina. Cazin, qui affirme que « la germandrée a joui d’une grande réputation [mais qu’on] a beaucoup trop exalté les vertus de cette plante » (9), remarqua les propriétés fébrifuges de la germandrée petit-chêne, et ajoute qu’il « y a probablement quelque rapport entre cette propriété et ce que les auteurs grecs, puis arabes, ont toujours raconté sur son action désobstruante des viscères et surtout de la rate » (Ibidem, pp. 444-445). En effet, rappelons-nous que lorsque nous avons abordé l’épine-vinette, nous nous étions rendus compte qu’elle permettait de jouer le rôle d’adjuvant dans les fièvres d’origine palustres en agissant sur la rate.

Puis toutes ces plantes tombent dans l’oubli. Jusqu’en 1985 où on décide de réhabiliter l’une d’entre elles, la germandrée petit-chêne. C’est alors qu’on fit la découverte d’une propriété jamais mentionnée jusqu’ici : cette plante aurait un pouvoir amaigrissant. C’est ainsi qu’elle entra dans la composition de « gélules minceur » élaborées en dehors de tout bon sens thérapeutique : non respect de la posologie et de la durée du traitement, aucune contre-indication répertoriée et mentionnée par les fabricants, une autorisation de mise sur le marché accordée à la va-vite… La fulgurante carrière de ce médicament provoquera 26 cas d’hépatite aiguë par suite d’un emploi inconsidéré. On fit rapidement volte-face, l’AMM fut retiré, la germandrée « condamnée sans autre forme de procès » rappelle Bernard Bertrand, qui ne cache pas son indignation face à de telles aberrations. Une plante interdite, donc, « une plante capable de traiter les surcharges pondérales et faire gonfler les profits ne pouvait que faire recette », assène amèrement l’auteur de L’herbier toxique (11).

En conclusion il est dommage qu’une plante telle que la germandrée ait été placée sur le banc des accusés pour de ridicules raisons commerciales. Ce que cette anecdote souligne, c’est une leçon applicable en toute circonstance, dès lors qu’on aborde les plantes dans le domaine médical : la durée d’exposition d’une plante avec le corps, quel que soit le mode d’utilisation (fumigation, fomentation, décoction, infusion, emplâtre, onguent…) doit être appliquée avec bonne mesure, et sans dépasser les quantités que l’organisme dans son intégralité est susceptible de supporter. Des doses trop importantes, appliquées longtemps, deviennent nocives et, la plupart du temps, permettent d’obtenir l’exact contraire du but recherché. Nous le voyons avec la germandrée : elle soigne des insuffisances hépatiques, mais mal employée, elle détériore le foie ! De même, considérez l’inoffensif tilleul : si on l’infuse à valeur normale, soit durant trois à cinq minutes, il est calmant. Au contraire, si on l’abandonne dans une macération qui finira par tiédir, il vire au rouge et devient excitant. Aussi faut-il faire preuve de modération et de circonspection en toute chose avec les plantes, sans quoi, avec elles, le retour de bâton n’est jamais très loin.

Petite plante vivace buissonnante et ligneuse à la base, la germandrée petit-chêne est totalement poilue et possède des feuilles lobées – en forme de feuilles de chêne donc – et aromatiques. Comme d’autres Lamiacées, elles sont opposées et dentées, vert foncé et luisantes. Les fleurs, davantage parfumées, apparaissent à la fin du printemps. De couleur rose pourprée à rougeâtres, elles s’organisent par groupe de deux à six à l’aisselle des feuilles. Rarement roses pâles ou blanches, elles sont constituées d’un calice en cloche poilu et un peu bossu à la base, de cinq dents lancéolées et des pétales soudés comme une lèvre unique à cinq lobes. Un anneau nectarifère entoure l’ovaire. La floraison s’étale entre les mois de mai et septembre.
Très fréquente, on la trouve jusqu’à 1500-1800 m d’altitude, de préférence sur sols calcaires ou volcaniques. Présente de l’Europe occidentale au Caucase en passant par l’Afrique du Nord, elle affectionne les bois, les pelouses sèches, les lieux incultes et arides, les rocailles, etc.

La germandrée petit-chêne en phytothérapie

De nature sèche et chaude, dit-on à son sujet : Macer Floridus indiquait au XI ème siècle que « cette plante a une force de chaleur et de siccité du troisième degré » (12). Sèche, elle l’est de par l’astringence de ses tanins, mais plus que chaude, la germandrée petit-chêne est avant tout particulièrement amère en raison de la présence dans ses tissus d’une résine de couleur jaunâtre, la teucrio-résine. Outre cela, les feuilles de germandrée, une fois froissées, dégagent une odeur faiblement épicée, poivrée même, sans doute expliquée par une essence aromatique riche en bêta-caryophyllène, molécule que l’on rencontre aussi dans l’huile essentielle de poivre noir. Ajoutons à cela des flavonoïdes (dont la scutellarine), des acides phénols et, d’aucuns disent, des iridoïdes.

Propriétés thérapeutiques

On les rapproche de celles de l’absinthe (Artemisia absinthium).

  • Apéritive, digestive, stomachique, cholagogue
  • Tonique amère
  • Diurétique
  • Anticatarrhale, mucolytique
  • Vermifuge
  • Fébrifuge
  • Cicatrisante, antiseptique cutanée

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : inappétence, atonie digestive, diarrhée, dysenterie, dyspepsie atonique
  • Troubles de la sphère pulmonaire + ORL : bronchite chronique, catarrhe muqueux, écoulement muqueux des narines
  • Troubles de la sphère hépatique : insuffisance et atonie hépatique
  • Troubles bucco-dentaires : gingivite, aphte
  • Affections cutanées : plaie de mauvaise nature, ulcère, furoncle
  • Rhumatisme, goutte
  • Asthénie, convalescence
  • Adjuvant dans la grippe et les autres maladies infectieuses, dans les états fébriles
  • Aménorrhée atonique

Note : la teinture homéopathique a permis de résoudre polypes et fibromes, « en général avec de bons résultats » (13).

Modes d’emploi

  • Infusion et décoction des parties aériennes fraîches ou sèches (comme l’indique Cazin, la germandrée, même sèche, conserve toutes ses propriétés)
  • Alcoolature (contrairement aux deux modes cités ci-dessus, l’alcoolature n’est pas le moyen le plus efficace, l’alcool emportant plus difficilement les principes actifs de la germandrée petit-chêne que l’eau)
  • Macération vineuse
  • Teinture-mère
  • Poudre de feuilles séchées

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : il est possible d’employer la plante entière coupée à ras de terre ou les feuilles mondées avant floraison. Cazin préconisait d’opter essentiellement pour des plants aux feuilles nombreuses, que l’on devait cueillir au mois de juin. La dessiccation ne pose pas d’inconvénients particuliers. A l’état sec, la germandrée conserve sa saveur et sa belle couleur verte.
  • Autres espèces : la germandrée botrys (T. botrys), la germandrée maritime (T. marum), la germandrée sauge des bois (T. scorodonia), la germandrée luisante (T. lucidum), la germandrée jaune (T. flavum), la germandrée à fleurs en tête (T. capitatum), la germandrée montagnarde (T. montanum), la germandrée ivette (T. chamaepitis), l’ivette musquée (T. iva), etc.
  • La germandrée petit-chêne est l’un des nombreux ingrédients de liqueurs telles que la Chartreuse et le Vermouth. On en aromatisait même la bière autrefois.
    _______________
    1. On retrouve la racine quercus, le chêne, dans ces trois dernières dénominations.
    2. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 469.
    3. Polion, du grec polios, « blanc grisâtre, cendré », eu égard à l’aspect du feuillage de cette plante que nous appelons germandrée pouliot (Teucrium polium). Quant à la seconde, la germandrée petit-chêne, elle est parfois désignée sous le nom de teukrion à cause de la ressemblance qu’elle partage parfois avec la germandrée pouliot. Khamaidrus : ainsi était nommée la germandrée petit-chêne par les Grecs (chamaedrys par les Latins), un terme composé de khamai, « terre » et drus, « chêne ». Cela est en rapport avec la forme des feuilles de cette plante qui imitent, au format miniature, les feuilles du chêne pédonculé (Quercus robur). C’est la seule germandrée européenne à présenter cette morphologie foliaire. Puis l’on eut diverses altérations, dont calamandria, garmandria, etc., qui, au final, finirent par former le mot germandrée tel que nous l’utilisons. Khamaidrus, c’est ainsi que Théophraste et Dioscoride désignent la germandrée petit-chêne, Dioscoride étant, à son sujet, amplement explicite et en donne quelques éléments descriptifs qui ne trompent pas : c’est, dit-il, une petite plante aux feuilles amères semblables à celles du chêne, aux fleurs purpurines, habitant les lieux secs et pierreux.
    4. « La propriété qu’on attribuait au teucrium de faire diminuer la rate aurait été découverte par le roi troyen Teucer ; un jour qu’on avait jeté de cette herbe, après un sacrifice, sur les entrailles des victimes, il remarqua qu’elle avait consumé la rate » (Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 149). Ainsi surnomma-t-on le teucrium « herbe troyenne », « herbe de Teucer ».
    5. Guy Ducourthial, Flore magique et astrologique de l’Antiquité, p. 205.
    6. Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 149.
    7. Macer Floridus, De viribus herbarum, p. 158.
    8. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 466.
    9. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 444.
    10. Ibidem, pp. 444-445.
    11. Bertrand Bernard, L’herbier toxique, p. 114.
    12. Macer Floridus, De viribus herbarum, p. 148.
    13. P. P. Botan, Dictionnaire des plantes médicinales les plus actives et les plus usuelles et de leurs applications thérapeutiques, p. 100.

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Le ginseng en médecine traditionnelle chinoise

Dans l’article dévolu aux usages phytothérapeutiques classiques du ginseng, nous avons fait référence à quelques lignes du Pen Ts’ao que nous reproduisons partiellement ci-dessous en guise d’entame à cet article complémentaire : « On utilise le ginseng pour restaurer les cinq organes vitaux ». Par organe, il faut entendre viscères. Les voici : les poumons, le cœur, le foie, les reins et le couple rate/pancréas. Ces organes se distinguent des entrailles, également au nombre de cinq : le colon, l’intestin grêle, l’estomac, la vessie et la vésicule biliaire. Contrairement aux viscères, les entrailles sont de nature yang, car il y a en elles une certaine vacuité, une légèreté que l’on ne retrouve pas dans les viscères, yin parce que plus denses. Le ginseng est donc, d’après le Pen Ts’ao, un stimulant du yin, plus précisément des cinq viscères yin et donc de leur méridien respectif, chacun d’entre eux étant en relation avec un élément : le Bois, la Terre, le Feu, l’Eau et le Métal. Ce qui semble vouloir dire que le ginseng, du point de vue de la médecine traditionnelle chinoise, agit partout à la fois. Ce qui demande à être nuancé.

Comme l’on sait, en médecine traditionnelle chinoise, on se préoccupe énormément de la saveur des plantes. Le ginseng ayant été jugé prioritairement doux et amer, il renvoie de ce fait aux éléments Feu et Terre, et donc, par voie de conséquence, aux deux viscères concernés par ces éléments, à savoir le cœur et la rate/pancréas. Pour en avoir le cœur net, il nous suffit de collecter quelques informations concernant ces deux viscères.

Ceci étant dit, mentionnons que certains guides de médecine traditionnelle chinoise signalent le ginseng comme stimulant de l’énergie du méridien des Reins qui, comme l’on sait, est un réservoir énergétique dans lequel les autres méridiens peuvent puiser, y compris ceux liés aux deux autres organes que sont le méridien du Poumon et celui du Foie. Ainsi, l’on peut dire que le ginseng renforce globalement l’énergie des cinq viscères yin.

Penchons-nous tout d’abord sur les dysfonctionnements corporels qui affectent chacun de ces cinq méridiens, et ce que le ginseng peut faire pour les corriger :

  • Poumons : affections respiratoires, grippe, immunodépression => le ginseng est un tonique pulmonaire et un immunostimulant.
  • Rate/Pancréas : diabète, hyperglycémie, manque de tonus => le ginseng régule le taux de sucre dans le sang, de plus c’est un fortifiant, un revitalisant et un adaptogène.
  • Cœur : insomnie, sommeil agité, excitation, agitation, dépression => sédatif du système nerveux central, le ginseng peut avoir une incidence sur les troubles du sommeil, ainsi que sur la déprime et la dépression.
  • Reins : fatigue générale, moindre résistance à l’effort, perte de mémoire, troubles de la libido masculine => par ses qualités adaptogènes et revitalisantes, le ginseng vient à bout des fatigues, améliore la mémorisation, agit sur la sphère génitale.
  • Foie : maux de tête, perte de la libido, fragilité immunitaire => le ginseng est aphrodisiaque et immunostimulant.

Maintenant, faisons de même en ce qui concerne les aspects psycho-émotionnels de chacun de ces cinq méridiens. Puisque ce qui touche le corps touche également l’esprit, nous pouvons indiquer ci-dessous les sentiments, sensations, affects, etc. qui sont les signatures d’un mauvais fonctionnement de tel ou tel méridien :

  • Poumons : sensation de se faire marcher sur les pieds, de ne pas pouvoir imposer ses limites et de protéger son espace sacré ; manque de volonté ; renoncement ; tristesse ; chagrin.
  • Rate/pancréas : procrastination ; déprime ; mélancolie ; sentiment d’angoisse et d’insécurité.
  • Cœur : instabilité émotionnelle ; hyper-émotivité ; sensation de malaise ; tendance aux cauchemars.
  • Reins : grandes peurs et angoisses profondes ; panique ; deuil.
  • Foie : irritabilité et colère dans les rapports avec autrui ; contrariété ; stress ; difficulté à entamer un projet quel qu’il soit ; difficulté dans l’expression des sentiments.

Voilà donc, à peu près, ce que le ginseng peut faire dans ce domaine, ce qui, avec ce que nous lui avons accordé dans le premier volet, fait que cette plante n’est pas loin d’être une panacée.

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Le tamier (Tamus communis)

Synonymes : vigne sauvage, vigne noire, raisin du diable, racine de feu, bryone noire, racine vierge, haut liseron, taminier, tam, sceau de Notre-Dame, herbe aux femmes battues.

La précédente monographie – celle sur la clématite – vous a laissé sur votre faim ? Eh bien, sachez d’ores et déjà que ce qui vous attend avec le tamier, ce sont des clopinettes. Et j’en suis moi-même fort contrit, de ne pas pouvoir vous nourrir mieux.

Il paraît, on subodore (sortez d’immenses pincettes) que Pline connaissait le tamier. En effet, ce brave naturaliste, qui n’était tout de même pas la moitié d’un imbécile, a évoqué dans ses écrits un Tamus, aussi orthographié Tamnus, c’est donc que c’est lui. Oui. Mais non. Ce Tamus était le nom d’une plante sarmenteuse à baies rouges dont l’identité fait défaut. Zutre ! Son fruit – uva taminia – était une sorte de « raisin sauvage » rangé par Pline parmi le groupe des plantes alimentaires à côté du fraisier. Hum. Il n’est pas possible que cela soit là du tamier dont on parle. L’étymologie, c’est bien, mais ne pas en abuser sans avis médical serait souhaitable. Surtout que bon nombre des synonymes inscrits au frontispice de cet article exposent explicitement le caractère peu amène de la bête. Qu’on se détrompe : les noms vernaculaires ne sont pas un truc de pouilleux créchant au fin fond de la brousse, chacun d’eux dit une vérité qu’il faut savoir comprendre et accepter. Quand on vous jette au museau des trucs comme racine de feu, raisin du diable et autres, on peut s’interroger sur le caractère virulent de cette plante, et sur celui, non moins virulent, des hommes à travers l’une des locutions les plus connues et plus souvent associées au tamier : herbe aux femmes battues. Compte tenu du fait que, selon les statistiques que j’ai récemment vues passer, une femme succombe sous les coups de son « compagnon » tous les trois jours, cela en dit long sur le passé de cette plante employée pour dissimuler les méfaits de ce mâle (mal) incorrigible, cet abrutosaure qui n’a que ses poings pour frapper, là où d’autres utilisent leurs mains pour caresser et écrire des mots d’amour. D’ailleurs, Celse, médecin de l’empereur Auguste, n’indiquait-il pas le tamier dans le but d’exterminer la vermine ? Cazin qui, pour une fois, ne fait pas comme les autres, range le tamier à la lettre S : sceau de Notre-Dame. De la part de l’humble docteur du Nord-Pas-de-Calais, qui savait très bien que la racine de tamier était employée avec succès sur ecchymoses et contusions, j’ai envie de voir là, de sa part, une forme de commisération avec les femmes battues, en faisant appel à la Vierge Marie. Mais on ne fait pas disparaître la brutalité masculine à l’aide d’une plante qui en supprime les stigmates. Et, pour finir ce chapitre, indiquons que Matthieu de l’Obel faisait du tamier une plante éminemment féminine : il lui « attribuait une action spéciale sur les appareils urinaire et utérin et la disait propre […] à favoriser les règles » (1).

Le tamier est une plante vivace à racine tubéreuse brunâtre, dont les dimensions (jusqu’à 60 cm de longueur, un diamètre maximal de 25 cm pour un poids de 10 à 13 kg) la rapproche botaniquement de l’igname. Autrefois, cette énorme racine servit d’aliment pour le bétail.
Plante grimpante, liane pourrait-on dire, le tamier développe des tiges qui peuvent atteindre une taille de plusieurs mètres, quatre à huit, c’est pour cela qu’il affectionne les broussailles et les haies afin de s’y épanouir. Il s’orne de feuilles cordiformes, vertes et luisantes, longuement pétiolées. Plante dioïque, elle porte donc ses fleurs mâles et femelles sur des pieds différents, de même que l’ortie, le houblon ou le chanvre. Les longs épis de fleurs mâles dressés se distinguent des petites inflorescences femelles composées de fleurs vertes d’un demi centimètre de diamètre. Les fruits du tamier – petites boules rouge écarlate de 10 à 12 mm – n’apparaissent qu’après la fanaison des feuilles, et ne parviennent à complet mûrissement qu’une fois passées les premières gelées. Ils forment alors de maigres guirlandes.
Endémique à l’Europe centrale et méridionale, à l’Asie occidentale, ainsi qu’à l’Afrique du Nord, le tamier reste assez fréquent sur sol calcaire ou volcanique, jusqu’à une altitude de 1000 m.

Le tamier en phytothérapie

Au même titre que la bryone de laquelle il se rapproche, le tamier est un remède oublié. Sa volumineuse racine au suc laiteux et à l’odeur nauséabonde est, pour les uns, le signe d’une grande énergie thérapeutique, pour les autres un objet de dégoût et de rejet. Eh non, les médicaments végétaux, ça n’est pas toujours aussi doux et tendre que de la guimauve. Les fruits, malgré le fait qu’ils contiennent des saponines, n’ont jamais été véritablement conviés en thérapeutique. De saveur tout d’abord agréablement acidulée, ils deviennent par la suite carrément brûlants au palais. Quant à la racine, elle est riche d’une fécule que l’on a peut-être extraite par un moyen ou par un autre, comme on a pu le faire de celle contenue dans le rhizome du gouet pied-de-veau. Mais ce par quoi elle se caractérise surtout, c’est qu’elle « renferme d’innombrables cristaux aciculés d’oxalate de potasse, aiguilles acérées aux deux extrémités capables de produire une révulsion mécanique comparée […] à une véritable acupuncture » (2).

Propriétés thérapeutiques

  • Apéritif
  • Diurétique, lymphotonique
  • Rubéfiant, caustique, révulsif, vésicant, résolutif (il se rapproche par là de la clématite)
  • Analgésique, anti-inflammatoire
  • Purgatif, vomitif
  • Hémolytique, anti-ecchymotique

Usages thérapeutiques

  • Contusion, ecchymose, hématome
  • Douleurs articulaires et rhumatismales, goutte

Modes d’emploi

  • Poudre de racine lavée à plusieurs reprises puis séchée
  • Décoction de racine fraîche
  • Cataplasme de pulpe de racine fraîche ayant subi une décoction
  • Extrait fluide
  • Pommade (le tamier aurait pu faire partie de la composition de l’homéoplasmine de chez Boiron, mais il a été coiffé au poteau par la bryone, encore elle)

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • La plante entière (racine, tiges, feuilles, fruits) est toxique : la consommation des fruits et de la racine peut engendrer des troubles respiratoires et digestifs importants (irritation des muqueuses, inflammations internes).
  • L’unique partie qui n’est pas toxique, ce sont les jeunes pousses qui apparaissent au printemps, en mars. Elles sont néanmoins cuites dans plusieurs eaux successives afin d’en ôter une amertume très prononcée. Après quoi, elles se consomment comme les pousses de houblon, de fragon petit-houx, d’asperge sauvage avec lesquelles elles se confondent : en effet, les turions de l’asperge sauvage ressemblent fort aux jeunes pousses du tamier, de par leurs feuilles en écaille plaquées le long de la tige. Cette habitude alimentaire, présente en Italie et dans cette terre que l’on appelait autrefois l’Illyrie, correspondant à peu près au territoire de l’ex-Yougoslavie, est propre au Sud-Ouest de la France, en particulier aux départements de l’Aveyron, du Lot, du Tarn et du Tarn-et-Garonne. Selon les localités, le tamier y porte les noms de reponchon, respounchous, repounchou, répountchou, etc. (cf. photo ci-dessous).
    _______________
    1. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 926.
    2. Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 274.

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Comment fabriquer du « tabac » de tussilage

Dans un récent article – celui portant sur le café – j’ai écrit que l’homme, soucieux de remplacer ce qui lui manque par un ersatz, avait jeté son dévolu, à de très nombreuses reprises, sur des plantes qui, en temps normal, n’ont pas d’autre but que celui qu’on leur assigne habituellement. Ainsi, la carence de café fut à l’occasion de faire appel à la chicorée par exemple. Et lorsqu’on observe ce pour quoi se destinent ces différents substituts, c’est sans surprise qu’on les voit jouer le rôle de remplaçants du café, du thé, de l’alcool, du sucre et du tabac.

Dans un article bien plus ancien concernant le tussilage, j’avais communiqué deux recettes permettant de fabriquer du « tabac » de tussilage. M’étant livré à l’expérience, je me permets donc d’en faire aujourd’hui le compte rendu :

1/ Tout d’abord, partons en cueillette. Une quinzaine de feuilles de tussilage, c’est largement suffisant pour un premier essai, inutile d’avoir les yeux plus gros que le ventre et de dévaster le gisement.
2/ Ceci réalisé, faites subir à vos feuilles un léger flétrissement en les déposant bien à plat sur du papier ; retournez-les de temps à autre. Compter 24 heures.
3/ Placez vos feuilles en pile dans un saladier, couvrez d’eau, arrosez de miel liquide (ni trop, ni trop peu, le mélange eau + miel doit être fluide) et laissez macérer le tout pendant 72 heures.
4/ Passé ce délai, égouttez bien les feuilles dans une passoire.
5/ Garnissez le fond de la lèchefrite de votre four de papier sulfurisé et déposez une à une les feuilles sur la plaque. Allumez votre four à 70-80° C et enfournez à mi-hauteur. En cours de séchage, retournez les feuilles. Poursuivez ainsi tant que les deux faces de chaque feuille ne sont pas complètement sèches au toucher. Ainsi vous devriez obtenir des feuilles souples et particulièrement odorantes comme celles que nous voyons sur l’image ci-dessous :

Non seulement ces feuilles, une fois ciselées, sont un parfait substitut au tabac (auxquelles on peut le mêler à 50/50), mais elles seraient en outre, d’après ce que j’ai pu lire dans une source ancienne, un moyen de se déshabituer du tabac…

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La clématite (Clematis vitalba)

Synonymes : vigne blanche (1), barbe à dieu, herbe aux gueux, viorne, lierne, clématite des haies, berceau de la Vierge, vigne de Salomon, aubervigne, crainquillier, etc.

Comme vous allez pouvoir le constater dans quelques instants, le tour d’horizon historique au sujet de la clématite va être vite brossé. Sachons tout d’abord que les Anciens (Dioscoride, Pline et Galien) employaient la clématite (ou, devrions-nous dire, « une » clématite) comme antipsorique, c’est-à-dire dont la propriété la rend efficace dans certaines affections cutanées comme la « lèpre » et la gale, singularité dont mettront à profit certains énergumènes au Moyen-Âge, non pour guérir, mais pour attirer à eux la commisération des braves gens : l’on raconte souvent cette anecdote à propos de ces faux malades qui s’enduisaient autant de suc d’angélique que de clématite « sur diverses parties du corps : il en résultait des plaies semblables à des ulcères » (2). D’où le nom d’herbe aux gueux parfois donné à la clématite. Ce « maquillage » aura au moins eu l’avantage de démontrer une des vertus homéopathiques de la clématite sur les ulcères. Ce procédé ne s’est pas perdu en chemin, même loin des diverses « cours des miracles » qui pullulèrent à Paris et dans la plupart des grandes villes de France, puisque le docteur Leclerc a rencontré un cas similaire : « J’ai relaté comment un soldat qui, pour simuler un zona, s’était appliqué sur la région fessière un hachis de ses feuilles, ne provoqua pas l’exanthème que – comme les gueux de la Cour des Miracles – il désirait obtenir mais se vit débarrassé d’une sciatique dont il souffrait depuis longtemps » (3).

Alors que Tragus conseillait la clématite contre l’hydropisie et Matthiole contre la fièvre quarte, quelques siècles plus tard, le docteur Cazin, regrettant le peu de cas qui est fait de la clématite par la médecine, écrivait que « son administration demande beaucoup de prudence. On doit commencer par des doses très légères, et observer soigneusement son action sur le tube digestif » (4). Afin de parer à tout inconvénient, le docteur Cazin employait les feuilles sèches et les jeunes bourgeons, bien moins virulents que les feuilles mâtures à l’état frais. Et puisque nous avons évoqué l’homéopathie un peu plus haut, nous ne saurions passer sous silence le docteur Bach qui, rappelons-le, était lui aussi homéopathe. La clématite, très fréquente dans la campagne anglaise, lui a inspiré l’un des élixirs floraux appartenant au groupe de l’indifférence, Clematis. Voici ce qu’il en dit : « pour les rêveurs, les endormis, pour ceux qui ne sont jamais complètement éveillés, sans grand intérêt pour la vie. Des gens tranquilles qui ne sont pas vraiment heureux dans leur situation actuelle et vivent plutôt dans le futur que dans le présent. Ils vivent dans l’espoir de temps plus heureux où leur idéal pourra se réaliser » (5). Cet élixir permet donc de développer davantage d’intérêt pour le présent et de déclencher la créativité chez ces êtres assez fréquemment dans la lune. Si Henri Corneille Agrippa attribuait au Soleil une clématite dite d’Égypte, chez Anne Osmont, elle est classée parmi les plantes… lunaires. Analysons en quoi le choix d’Anne Osmont est judicieux. La Lune règne sur les tempéraments lymphatiques, sur des affections caractérisées par une tendance aux infiltrations aqueuses, des maladies relatives à l’excès de sécrétion, en gros sur tout ce qui concerne les liquides corporels (ou presque : par exemple, la Lune n’entre pas en relation avec le sang ou les urines). La pâleur du teint qui caractérise le lunaire, le fait d’être dans ses pensées, ses rêves, de se retirer ou de vivre dans un monde fantasmatique, tout cela représente quelques attributs du lunaire. Lorsqu’on observe le profil thérapeutique de la clématite (que nous trouverons un peu plus bas), nombreux sont les éléments qui corroborent ce que dit Anne Osmont. Citons-en quelques-uns. Par exemple, l’action diurétique de la clématite lui permet de résorber les œdèmes, de dissoudre les engorgements (lymphatiques, entre autres), sa propriété détersive de nettoyer la peau et d’en faire disparaître les affections suppurantes, ainsi que celles parasitaires. La Lune, dominant le signe zodiacal du Cancer, est intimement liée à la poitrine dans son ensemble : la clématite peut intervenir en cas d’engorgement mammaire, ce qui renforce son aspect lunaire, ce qui est d’autant plus pertinent que Peter Damian associe l’élixir Clematis au signe du Cancer… et donc à la Lune par voie de conséquence.

Avec le lierre, le houblon et quelques autres, la clématite fait partie des rares lianes européennes. Ce qui au départ n’est qu’un simple rameau feuillé va rapidement se transformer en tiges semi-ligneuses qui vont aller s’épaississant au fur et à mesure de la croissance de la plante qui peut atteindre une durée de vie de 25 ans et une longueur maximale de 30 m : à ce stade, le modeste rameau originel peut être aussi large qu’un poignet d’enfant à sa base. Enchevêtrant ses longues tiges au moindre support, l’on peut comprendre que leur poids accumulé va représenter un fardeau pour les arbres, et surtout les arbustes, élus comme béquille de son ascension.
La clématite porte des feuilles constituées de folioles arquées et ovales, légèrement dentelées, en nombre impair. Sa floraison estivale surcharge la plante de denses panicules de fleurs blanches ou crèmes, composées de quatre à six sépales (la clématite ne possède pas de pétale) et d’une vingtaine d’étamines. Enfin, la floraison achevée, l’on voit apparaître des groupes de fruits – des akènes à aigrette plumeuse persistant tout l’hiver et se dispersant au printemps, que l’on désigne communément sous les noms de barbe de vieil homme (Old man’s beard en anglais), cheveux de la Vierge, etc. Malgré la pesanteur, la soif de territoires vierges (ou pas), l’ingérence, le côté suffocant même de la clématite, il n’est qu’à observer ses graines au long style plumeux et aérien que le vent se chargera de disperser parfois sur plusieurs kilomètres, pour constater qu’il y a en elle quelque légèreté.
Assez fréquente (dans certains cas, trop fréquente), la clématite affectionne particulièrement les sols non acides, jusqu’à 1000 m d’altitude. On la trouvera partout ou presque : dans les bois et forêts, les broussailles, les bordures de rivières, au pied des murs, le long des grillages, etc.

La clématite en phytothérapie

C’est osé, je vous l’accorde. En effet, la clématite a été écartée de bien des manuels de phytothérapie car on la jugeait par trop vénéneuse, ce qu’elle est, n’en doutons pas : un alcaloïde (clématine), des saponines, de la proto-anémonine (une substance proche du camphre d’anémone), ainsi qu’une essence aromatique âcre et brûlante sauront vous dissuader de faire des feuilles de la clématite une salade, d’autant que leur saveur astringente et légèrement acide n’invite pas aux agapes. Seules la dessiccation et l’ébullition amoindrissent la toxicité de la clématite, sans toutefois la supprimer intégralement.

Propriétés thérapeutiques

  • Analgésique, antalgique, anti-inflammatoire
  • Diurétique, hydragogue
  • Rubéfiante, révulsive, vésicante, caustique, détersive
  • Antipsorique
  • Antibactérienne, antifongique

Note : en interne, les feuilles sont, selon la dose, purgatives et violemment drastiques.

Usages thérapeutiques

  • Troubles locomoteurs : rhumatisme, douleur rhumatismale, goutte, arthrite, douleur articulaire
  • Algies : douleur intercostale, névrite, névralgie (sciatique), cellulalgie, maux de tête, migraine
  • Affections cutanées : ulcère atone, sordide, scrofuleux, dartre, gale, autres maladies chroniques de la peau

Note : on se trouvera bien de faire appel à l’homéopathie afin d’assurer un emploi sans risque. La technique hahnemanienne utilise non pas Clematis vitalba mais Clematis erecta dont voici les principales indications :

  • Troubles de la sphère urinaire : cystite, urétrite chronique
  • Troubles de la sphère génitale : orchite, engorgement testiculaire, métrite, engorgement mammaire
  • Affections cutanées : ampoule, écorchure, eczéma, impétigo, herpès, urticaire
  • Troubles circulatoires : engorgement lymphatique, varice, ulcère variqueux

Modes d’emploi

  • Décoction de feuilles fraîches
  • Macération huileuse de feuilles fraîches
  • Alcoolature
  • Teinture-mère homéopathique
  • Pommade
  • Cataplasme de feuilles fraîches contuses

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Toxicité : nous l’avons dit, elle est réelle. Pour en diminuer les effets, on peut remplacer la décoction de feuilles fraîches par l’infusion de feuilles sèches, ou bien opter pour les fleurs et/ou les jeunes bourgeons un peu moins agressifs que les feuilles, car « les principes irritants sont si énergiques que pendant le simple broyage des feuilles, leur exhalation produit parfois un fort gonflement du visage, très lent à disparaître » (6).
  • Récolte : les feuilles avant floraison.
  • On a fait des tiges ligneuses de la clématite de multiples usages (vannerie, cordage…), de son « bois » un ersatz de tabac ; quant à ses jeunes pousses, elles sont parfois consommées comme les asperges, confites au vinaigre, etc.
  • Autres espèces : la clématite dressée (C. erecta), la clématite bleue (C. viticella), la clématite des Alpes (C. alpina), la clématite flamette (C. flammula), etc.
    _______________
    1. Le mot clématite provient du latin clematitis, du grec klêma, « sarment », « bois flexible », d’où l’un des noms vernaculaires de cette plante, vigne blanche (rendu par vitalba, de vitis, « vigne » et alba, « blanche »), alors que clématite et vigne n’appartiennent pas à la même famille botanique.
    2. Jean Valnet, La phytothérapie : se soigner par les plantes, p. 229.
    3. Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 284.
    4. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 307.
    5. Edward Bach, La guérison par les fleurs, p. 97.
    6. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 296.

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Le ginseng (Panax ginseng)

Entamer une monographie sur le ginseng n’est pas chose aisée, il y a tant d’entrées possibles qu’on ne sait quelle porte ouvrir en premier. L’on a beaucoup écrit déjà au sujet du ginseng, et il n’est, parfois, pas facile de se dépêtrer d’informations contraires, voire empruntes d’exagération, et ce qu’elles proviennent d’un panégyriste ou d’un contradicteur.

Bienfait de la terre surnommé « essence souveraine », « le ginseng est considéré depuis des millénaires dans tous l’Extrême-Orient comme LA plante envoyée par les dieux pour aider les hommes depuis leur création » (1). Des millénaires… Sept, cinq, trois, l’on ne sait pas exactement au juste ; cependant, à travers ce portail temporel, une constante se dégage : bien que sa zone d’occupation englobe une large partie du Sud-Est asiatique, les différentes langues parlées sur ce vaste territoire désignent à peu près toutes la même chose : à propos du ginseng, il est question de « plante racine » (gen-chen), de « racine de l’homme » (jinchen, jen sen), d’« homme racine » (gin-tzaenn), de « corps de l’homme » (jen chen), etc., enfin une histoire radiculaire et humaine qui cherche à mettre en évidence l’anthropomorphisme frappant de cette plante, à moins que cela ne soit un clin d’œil plus subtil à son statut de panacée (voilà, le grand mot est lancé !) « Émanant de la gloire céleste, elle a absorbé l’essence terrestre peu à peu, elle a pris une forme humaine » (2). Ce gnome végétal, cet homoncule ayant capté les énergies telluriques est, quelle que soit la date à laquelle remonte sa première utilisation, considéré comme une panacée (de la déesse Panakeia, fille d’Asclépios dieu de la médecine, qui donnera ultérieurement l’appellation scientifique du ginseng, Panax), soit la plus prestigieuse espèce végétale de la pharmacopée chinoise (entre autres) dont l’un des plus anciens traités, le Pen Ts’ao, dit ceci : « On utilise le ginseng pour restaurer les cinq organes vitaux [nda : c’est-à-dire poumons, rate/pancréas, cœur, foie et reins], pour harmoniser les énergies, pour calmer l’esprit, faire briller les yeux, ouvrir les vaisseaux du cœur, éclaircir les pensées, fortifier le corps et prolonger la vie ». Cet éloge rendu à « l’esprit pur de la terre », au « roi des plantes », est-il mérité ou n’est-il que l’émanation d’esprits superstitieux ? Nous aurons l’occasion de le démontrer au fur et à mesure de l’avancement de cette étude.

Le ginseng est, à l’état sauvage, une plante mystérieuse vivant dans des zones montagneuses densément boisées et difficilement accessibles, sans compter que ses feuilles caduques en masquent la présence durant plusieurs mois dans l’année. Gageons que sa récolte dans la nature même ne devait pas être de tout repos, et face à une demande accrue, il fallut bien en passer par la culture de cette plante fragile et capricieuse, mais vu les bienfaits qu’elle procure, elle peut exiger en retour une kyrielle de soins nécessaires à son bon développement. La mise en culture du ginseng fut aussi l’occasion de réduire considérablement le prix de revient, car durant longtemps une racine de ginseng sauvage se négociait bien plus chèrement que l’or. Les premiers essais de culture semblent remonter au XII ème siècle en Corée sous la dynastie Goryeo (qui donnera plus tard son nom au pays) et se déroulèrent tout d’abord en sous-bois avant qu’on élabore bien plus tard (XVIII ème siècle) des plantations de ginseng en plein champ, les pieds étant abrités de l’ardeur du soleil par des toiles et des abris de paille.

La première introduction européenne du ginseng tient de l’anecdote : le navigateur d’origine maure Ibn Cordoba en rapporta en Espagne au IX ème siècle, mais cela ne fut guère suivi d’effets, puisqu’il faudra attendre le XIII ème siècle pour qu’on reparle de nouveau de lui : c’est, du moins, ce que fera Marco Polo dans son Livre des merveilles (1298), sans pour autant ramener quoi que ce soit en Europe. Il faudra patienter jusqu’au début du XVII ème siècle pour que l’Europe daigne enfin prêter un peu d’attention à cette racine que l’on voit être importée de plus en plus. Par exemple, le marchand hollandais Hendrick Hamel relate l’existence de cultures très étendues en Corée au XVII ème siècle, un siècle où on l’étudie sous le prisme européen, comme le fera l’Académie des sciences de Paris en 1697 sur les réputées propriétés aphrodisiaques du ginseng (3), là où d’autres se gausseront de l’enthousiasme naissant que l’on éprouve pour cette racine : le médecin et biologiste italien Francesco Redi (1626-1697) est l’un d’eux : rapportant la grande estime qu’ont les Chinois pour le ginseng, il s’étonne de ce que leurs textes soient « truffés d’histoires fantaisistes et que l’on ne peut pas comprendre comment des gens sérieux peuvent croire à de semblables balivernes » (4). Il le dit lui-même : il ne peut comprendre. Comment donc l’esprit occidental de Francesco Redi aurait-il pu résister face à une telle hiérophanie inscrite dans une terre et un temps autres que les siens ? « Cette même crainte ou cette même réserve timorée, explique Mircea Eliade, existe en regard de tout ce qui est étranger, étrange, nouveau – car de telles présences surprenantes sont les signes d’une force qui, quoique vénérable, peut être dangereuse » (5), car elle modifie nécessairement notre rapport au monde, ce que certains, dont Redi, ne sont pas prêts de comprendre et d’accepter. Cependant, au tournant du siècle, des esprits ouverts sauront s’affranchir de cette crainte.

Les grands voyageurs que furent les jésuites se rendirent en Chine dans les premières années du XVIII ème siècle. Parmi eux, le père Jartoux fut chargé par l’empereur Lang-Hi d’établir une carte de la Tartarie, c’est-à-dire une vaste zone comprenant aujourd’hui la Mandchourie, la Mongolie, le Turkestan, la Sibérie et le Tibet. En 1709, le père Jartoux pénétra en des régions où encore aucun européen n’avait mis les pieds avant lui. Son guide, le voyant exténué, lui offrit une racine de ginseng à mâcher : en moins d’une heure sa fatigue se dissipa et il retrouva tout son entrain. Adepte de l’étude des plantes médicinales indigènes, le père Jartoux rédigera une monographie portant sur cette plante, qu’il expédiera dans une lettre datée du 12 avril 1711 à la Royal Society de Londres, dans laquelle il écrit que « ‘ce qui est certain, c’est qu’elle subtilise le sang, qu’elle le met en mouvement, qu’elle l’échauffe, qu’elle aide à la digestion et qu’elle fortifie d’une manière sensible’. Et il conclut en disant que la drogue produit les meilleurs résultats en tant que tonique et comme excitant » (6), une propriété que le roi Louis XIV, alors au déclin de sa vie, eut l’occasion de tester après que le souverain du Siam lui offrit en 1713 une racine de ginseng soi-disant âgée de 300 ans (voire même 400 !) qui le fit « rajeunir » de 20 ans et lui permit « d’honorer convenablement les femmes qui partageaient sa couche » (7).
Pendant ce temps, de l’autre côté de l’océan Atlantique… Un autre jésuite, le père Lafitau, ayant pris connaissance des travaux du père Jartoux, eut l’initiative heureuse de montrer une reproduction du ginseng aux tribus amérindiennes de l’est du Canada, autochtones qui reconnurent la plante, les Cherokee la surnommant « petit homme » (!). Le ginseng américain (Panax quinquefolius) fut, pour le père Lafitau, l’occasion de rédiger un Mémoire concernant la précieuse plante du ginseng de Tartarie découverte au Canada en 1718, sans savoir qu’un médecin québécois du nom de Sarrasin avait déjà publié un descriptif de cette plante dès 1704. A l’époque, l’on pensait encore qu’il existait deux ginsengs, l’un asiatique, l’autre américain, distinction qui n’a plus cours aujourd’hui. Il n’en reste pas moins qu’il va se dérouler, entre l’Asie et l’Amérique du Nord, un bien curieux manège : dès le début du XIX ème siècle, on cultive en grand le ginseng en Russie, en Chine, en Corée, au Japon, etc., afin de pallier la rareté du ginseng sauvage et de satisfaire une consommation toujours grandissante. En Amérique, le ginseng, présent du Québec à la Floride, connut le même sort que son homologue asiatique : il fut pratiquement éradiqué sous sa forme sauvage, ce qui poussa les Canadiens et les Américains a en établir eux aussi la culture aux alentours des années 1870. Cette culture devait permettre de diminuer le nombre d’années d’attente avant arrachage « pour obtenir des racines de bonnes dimensions et bien pourvues en principes actifs » (8). Mais l’autre raison, c’est que la production asiatique devenait insuffisante ; on en produisit donc « par culture un fort tonnage, pour la plus grande partie exporté en Chine et dans le reste de l’Asie d’où une bonne quantité revient en Amérique sous le label de… ‘ginseng de Corée’ ! » (9).

L’aventure du ginseng ne s’arrête pas là, puisque dans l’immédiat après-guerre, les Russes travaillèrent sur cette précieuse racine. L’un d’eux, Nicolaï Lazarev, devra même créer un mot – adaptogène – en 1947, pour associer le ginseng à sa faculté de lutter contre la fatigue et d’augmenter les performances comme celles des athlètes par exemple, de minimiser le stress des cosmonautes qui en emportèrent dans l’espace, mais également dans des buts bien moins nobles : aider à supporter la faim, des températures extrêmes, dont pâtirent nombre de personnes soumises à d’intenses efforts physiques comme les mineurs soviétiques pour ne citer qu’eux. Chinois, Japonais et Coréens emboîtèrent le pas aux Soviétiques et confirmèrent les effets adaptogènes du ginseng. Et, dans ces temps-là, soit la période des années 1950-1970, ceux qui oseront se pencher sur le cas du ginseng ne seront pas au bout de leur peine. Même après, le ginseng ne se laissera pas inféoder et ne portera en aucun cas une seule et unique bannière, car il est partout à la fois, là où on ne l’attend pas toujours, ce qui est chose fort déroutante pour les esprits scientifiques dont on peut se demander si certains d’entre eux n’ont pas mal dit du ginseng simplement parce qu’il leur était insaisissable. Comme l’explique le docteur en pharmacie Jean-Marie Pelt, « c’est bien cette difficulté de mettre en évidence une action qui s’imposerait et dominerait toutes les autres qui heurte notre rationalité occidentale. ‘Terribles simplificateurs’, disait Talleyrand, il nous faut une action par molécule ! […] Nous aimerions tant qu’une molécule atteste de son efficacité en agissant sur un récepteur spécifique et lui seul ! Ce qui, eu égard à l’extrême complexité du vivant ne se produit en fait jamais [… ] Le ginseng illustre le cas de figure […] où aucune substance ne peut justifier et expliquer à elle seule l’action globale de la plante » (10).

Le ginseng est donc originaire de deux territoires distants l’un de l’autre de milliers de kilomètres, comme si une graine primordiale avait donné naissance à deux embryons, chacun accouchant d’une plante distincte, ce que, dans les faits, le ginseng est tout à fait capable, réussissant là une prouesse très rare dans le monde végétal, chose qui prouve – comme si besoin était encore de le démontrer – que le ginseng est un sacré phénomène ! Ces graines, dont la germination peut prendre 18 à 24 mois (le ginseng n’est peut-être pas une plante de longue vie, mais c’est une plante de longue attente), se nichent au nombre de deux à trois dans une drupe rouge vif, fruit d’une ombelle de fleurs vert pâle insignifiantes qui ne fleurissent qu’au bout de quatre ans (l’attente, encore !…). Cette hampe florale est enserrée par des feuilles formées de cinq folioles doublement dentées. Tout cela fait que le ginseng peut atteindre une taille d’environ 80 cm de hauteur, qui égale dans le meilleur des cas celle de sa racine pouvant mesurer de 5 à 10 cm de diamètre à sa base. Charnue, blanchâtre, plus ou moins volumineuse, elle possède la particularité de prendre une ride au collet par année de croissance, à l’image d’une corne de chèvre. Sa culture exige de la patience (faire pousser et grandir une mandragore, c’est de la binette à côté). Labourages nombreux, protection face aux parasites, abris sous paille, pincement des bourgeons à l’âge de trois ans, sont autant de soins que nécessite le ginseng afin de produire une racine qu’on n’arrachera pas avant un certain nombre d’années (selon les sources, cela va de 6 à 10 ans). L’arrachage en lui-même est fastidieux. Autrefois, il était interdit de déchausser cette racine avec des instruments en fer, nécessité était faite également de ne pas endommager les radicelles, etc. Tout cela représentait donc un véritable sacerdoce. Comme si cela ne suffisait pas, le ginseng qui exige un terrain extrêmement riche à sa croissance, épuise non seulement la terre, mais y instille des substances toxiques rendant le terrain inutilisable durant plusieurs années, dix parfois, ce qui oblige à pratiquer l’assolement. Il force donc au respect ceux qui le cultivent. Toujours cette question de soins, de patience, de temps… qui s’applique d’autant plus au ginseng sauvage. En Chine, les bienheureux qui parviennent à dénicher un pied de cette plante dans son habitat naturel, le camouflent, le chérissent comme la prunelle de leurs yeux et peuvent patienter jusqu’à 25 ans avant de l’arracher et d’en vendre la racine à des prix qui feraient pâlir n’importe quel petit dealer de shit venu : aux USA, des racines de 25 à 35 ans d’âge peuvent se négocier 15000 € pièce, état de fait qui s’explique par la modeste production annuelle de ginseng sauvage (quelques dizaines de kilogrammes seulement contre plusieurs tonnes dans le mode cultivé).

Le ginseng en phytothérapie

On a beau eu tourner et retourner dans tous les sens la racine du ginseng depuis plus de 50 ans, celle-ci semble inépuisable et recèle encore bien des mystères. Vu ce que nous avons dit d’elle plus haut, comprenons et acceptons qu’elle ne délivre qu’au compte-goutte les secrets dont elle est encore nimbée. Ceci dit, la science moderne a déterminé dans cette racine la présence de substances anodines telles que l’amidon, des résines, d’autres qui le sont moins : acides aminés (arginine, théanine), vitamines (B2, C, D, E), une essence aromatique, des phytostérols, des saponines (formées d’un groupe de 15 à 30 ginsénosides), enfin des polysaccharides (panaxanes et quinquéfolianes). En tout, l’on dénombre plus de 150 principes plus ou moins actifs au cœur de cette racine, et il y a fort à parier qu’il en existe bien davantage encore.
Seule la racine est exploitée en phytothérapie : l’on trouve le ginseng blanc dont la racine est simplement séchée et le ginseng rouge que l’on faisait fumer durant une dizaine de jours, et que l’on étuve aujourd’hui, procédé faisant subir aux racines une stérilisation par la vapeur d’eau, ce qui leur confère une couleur rouge, une texture transparente et cassante. Bien sûr, la qualité pharmaceutique d’une racine de ginseng dépend de la variété, de paramètres écologiques et commerciaux. C’est pourquoi en Europe occidentale les préparations pharmaceutiques sont standardisées au même titre que les huiles essentielles dont les analyses par chromatographie en phase gazeuse en assurent la viabilité et subséquemment l’autorisation de mise sur le marché.

Propriétés thérapeutiques

  • Stimulant du système nerveux central et du cortex, adaptogène psychique et physique
  • Stimulant lymphatique et sanguin (augmente la quantité d’hémoglobine et le nombre de globules rouges), tonicardiaque, abaisse le rythme cardiaque
  • Immunostimulant, fortifiant, reconstituant, revitalisant
  • Apéritif, digestif, stomachique, stimulant et détoxiquant hépatique
  • Diurétique, dépuratif, abaisse le taux de cholestérol sanguin
  • Fébrifuge, régulateur de la température corporelle
  • Sédatif, inducteur du sommeil
  • Antalgique
  • Tonique pulmonaire
  • Aphrodisiaque féminin et masculin (certains auteurs ne le considèrent que d’un strict point de vue masculin), favorise la spermatogenèse (11)

Usages thérapeutiques

  • Amélioration des performances intellectuelles et physiques, tension mentale, pression physique, résistance au stress (12), amélioration de l’apprentissage des réflexes conditionnés, amélioration de la rapidité d’adaptation de la vision nocturne, amélioration de la mémorisation, fatigue physique et nerveuse, asthénie, anémie, fatigue après maladie infectieuse, fatigue post-opératoire, convalescence, épuisement, déprime, dépression, insomnie, autres troubles du sommeil
  • Troubles de la sphère pulmonaire : affections et infections respiratoires, adjuvant utile dans la tuberculose
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : inappétence, atonie gastrique, colite
  • Troubles cardiovasculaires : artériosclérose
  • Troubles de la sphère sexuelle : impuissance, frigidité, stérilité
  • Diabète (le ginseng est intéressant pour les diabétiques et les pré-diabétiques car il possède la vertu de faire baisser le taux de sucre contenu dans le sang après un repas)
  • Affections fébriles
  • Maux de tête
  • Rhumatismes
  • Sénescence, tremblements séniles
  • Contrecarrer les effets de l’alcool, des barbituriques, etc.

Modes d’emploi

  • Racine fraîche (pour les plus chanceux ; en Chine, on la râpe comme du gingembre et on s’en administre une petite dose quotidiennement)
  • Racine sèche (blanche ou rouge) en infusion ou en décoction, en gélule de poudre
  • Teinture-mère
  • Macération alcoolique et vineuse de racine sèche

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Bien que le ginseng soit sans réelle toxicité ni phénomène d’accoutumance, il est cependant susceptible de provoquer quelques effets fâcheux en cas d’usage abusif : insomnie, nervosité, hypertension, douleurs. C’est une plante réservée à l’adulte qui ne doit pas être administrée durant la grossesse. La racine de ginseng doit être l’objet d’un usage modéré sur une période assez courte (un à trois mois, mais jamais en deçà sans quoi les effets peinent à se faire sentir).
  • Le ginseng est associable au gingembre, mais également à l’éleuthérocoque (Eleutherococcus senticosus) que, parfois, ce dernier remplace, certains thérapeutes considérant le ginseng cultivé comme bien inférieur en qualité au ginseng sauvage.
    _______________
    1. Michelle Bilimoff, Les plantes, les hommes et les dieux, p. 61.
    2. D’après Tchang Ying-Ngân cité par Hettie-Henriette Védrine, Sortilège et magie des simples, p. 68.
    3. Une recherche toute à l’honneur de l’Académie des sciences car, comme le fait remarquer Jean-Marie Pelt, ce style d’études est rare et singulièrement discret. Quelle frigidité tout de même !
    4. La garance voyageuse, n° 89, p. 42. A propos de « baliverne », il est question de cette capacité qu’aurait le ginseng de prolonger la vie, testée par des personnages comme Mao Zedong, Henri Kissinger, le président philippin Marcos, le maréchal Tito, Bruce Lee et d’autres encore. Aujourd’hui battue en brèche, peut-être que cette propriété était d’actualité en un temps reculé où l’espérance de vie était probablement très différente de ce qu’elle est actuellement dans les pays occidentaux… En tout état de cause, des études menées en Chine, ainsi qu’en ex URSS dans les années 1960-1970 ont démontré que le ginseng est capable de prolonger la vie de cellules irradiées. Ceci dit, « jusqu’à présent, aucune expérimentation clinique n’a pu naturellement démontrer que le ginseng prolonge la vie », Jean-Marie Pelt, Les nouveaux remèdes naturels, p. 63.
    5. Mircea Eliade, Traité d’histoire des religions, p. 35.
    6. Jacques Brosse, La magie des plantes, p. 288.
    7. Jean-Marie Pelt, Les nouveaux remèdes naturels, p. 55.
    8. Jacques Brosse, La magie des plantes, p. 288.
    9. Petit Larousse des plantes médicinales, p. 329.
    10. Jean-Marie Pelt, Les nouveaux remèdes naturels, pp. 62-63.
    11. La racine de ginseng « aurait ainsi des effets positifs sur la libido, l’érection, la fertilité (quantité et qualité du sperme) et même sur l’orgasme […] Elle favorise notamment la vasodilatation et la relaxation des corps caverneux » (Le guide santé par les plantes, hors-série n° 2, septembre 2014, p. 50).
    12. « Les ginsénosides modulent la réponse de l’axe cortico-surrénalien face à ce stress. Ils ralentissent la sécrétion de cortisol et, indirectement, améliorent les échanges énergétiques, favorisent l’oxygénation des cellules, activent le système immunitaire et limitent la sécrétion de catécholamines comme l’adrénaline » (Christine Cieur, pharmacienne, citée par Le guide santé par les plantes, hors-série n° 2, septembre 2014, p. 75).

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Sur les origines du mot aromathérapie (entre autres choses…)

Porphyre, philosophe néoplatonicien du III ème siècle après J.-C., est connu pour la richesse de ses œuvres dont, hélas, bien peu ont traversé les siècles sans encombre jusqu’à nous. Parmi ce reliquat, penchons-nous sur un des traités de Porphyre, De l’abstinence, dont voici un extrait :

« Il semble, dit Théophraste, qu’un temps incalculable se soit écoulé depuis que le peuple le plus savant du monde et habitant de la terre la plus sacrée, celle qui fut fondée par le Nil, a commencé, dès les toutes premières origines, à offrir aux dieux célestes des prémices qui n’étaient pas encore de myrrhe ni d’un mélange de casse, d’encens et de safran. C’est seulement après bien des générations que ces produits furent employés ; car en ces temps-là l’homme, errant à la recherche de l’indispensable subsistance, aurait dû affronter mille peines pour consacrer aux dieux quelques gouttes de ces essences. Au début donc, on ne sacrifiait pas de tels produits, mais de petits végétaux, comme si les hommes cueillaient de leurs mains le premier duvet de la nature féconde. […] Et c’est d’après le mot thymiaisi, qui désignait la fumée dégagée par la combustion des produits de la terre, qu’on a formé le mot thymiateria, qui désigne les petits autels à parfums, ainsi que les mots thyein et thusias qui signifient « sacrifier » et « sacrifice ». […] Mais les Anciens avaient un tel souci de ne pas enfreindre la coutume qu’ils prononcèrent des malédictions contre ceux qui abandonneraient l’usage antique pour en introduire d’autres, et d’après le verbe arômai signifiant « maudire » ils appelèrent arômata les aromates qu’on fait brûler aujourd’hui. »

Non seulement arômai signifie « maudire », mais également « prier ». Les aromates seraient donc l’objet et le truchement par lequel cet objet réalise son œuvre. Plus clairement, un bois odoriférant que l’on fait brûler – des copeaux de bois de cèdre par exemple – serait à la fois la prière ou la malédiction et l’objet qui les portent.

Qu’est-ce que maudire ? C’est lancer une imprécation contre quelque chose ou quelqu’un. Qu’est-ce que prier ? C’est inviter, convier, exhorter quelque chose ou quelqu’un. Dans le premier cas, on impose, dans le second on dispose du bon vouloir (ou pas) de la chose, de l’être auquel on adresse sa supplique. Si le premier est emprunt de violence et d’agressivité, le second l’est de douceur et de détachement.

Lorsque René-Maurice Gattefossé créa le néologisme « aromathérapie » dans les années 1930, il est bien peu probable que l’œuvre de Porphyre y ait été pour quelque chose.

Bon. Pourquoi je vous bassine avec tout ça ? Eh bien, parce que la plupart du temps, lorsqu’on utilise les huiles essentielles, on opte pour une démarche mécaniciste dont on n’a pas forcément conscience. Or, est-ce pertinent d’ouvrir un flacon pour en libérer le génie, si ce n’est pour rien lui demander ? Ne peut-on pas converser avec les huiles essentielles ? Ne peut-on pas, non plus, les investir d’une charge ? Bien sûr que oui ! On peut les cajoler, accompagner leur action d’une prière (eh oui !…) et donc faire appel à leur douceur (toute relative d’une huile à l’autre) ou, au contraire, les exhorter à davantage de virulence (elle aussi toute relative) et donc en faire l’objet et le transport d’une imprécation, ce qui, dans ce dernier cas, s’apparente assez à la tentative de bannir le démon d’une maladie. Ce qui prouve, une fois de plus, que l’aromathérapie, ça n’est pas exactement jouer à la dînette.

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Le petit galanga (Alpinia officinarum) en phyto-aromathérapie

Cette plante, originaire du sud-est asiatique, offre un rhizome qui fait partie depuis bien longtemps de la pharmacopée chinoise. En Chine, le rhizome du liang-kiang (qui signifie « gingembre doux », bien qu’il en possède la même saveur piquante et poivrée, additionnée d’une légère pointe citronnée) était considéré comme un puissant protecteur et un remède à toutes les affections : on en constituait des talismans que l’on portait sur soi pour se protéger des esprits malfaisants qui pouvaient envahir le corps et le rendre malade, ce qui n’est pas tout à fait anodin compte tenu du statut de panacée qu’on attribue au galanga, à l’image du gingembre et du ginseng. Aujourd’hui encore, la médecine traditionnelle chinoise conseille le galanga quand besoin est de réchauffer le corps et les organes et que des affections causées par le froid viennent l’assaillir (douleurs abdominales, diarrhée, vomissement, etc.). L’ayurvéda sut également mettre à profit les vertus du rhizome de cette plante qu’elle considère comme tonique, anti-inflammatoire, expectorant et digestif. Pour la médecine ayurvédique, il est donc bon en cas de maux d’estomac, de dyspepsie, de hoquet, d’accès de fièvre et de rhumatismes articulaires. Les Arabes, qui furent les premiers à incorporer le galanga au sein de leur propre pharmacopée, l’introduisirent en Europe, non sans avoir fait de leur khalangian une panacée, vantée par Avicenne, Ibn Al Baytar et Constantin l’Africain. L’Europe, de même qu’elle le fit pour gingembre, poivre et cannelle, réserva un bel accueil au galanga pour des raisons condimentaires : en effet, cette épice prit place dans des recettes médiévales d’hypocras, aux côtés des graines de paradis, des clous de girofle, du zeste de citron, etc. Le Mesnagier de Paris (1393) le confirme, lui qui conseille d’utiliser des « noix muguettes » et du « garingal ». Mais la réputation du galanga ne s’arrête pas là, car il fut aussi l’un des fleurons de l’art médical de bien des thérapeutes médiévaux comme, par exemple, Macer Floridus qui, bien qu’il lui accorde peu de place, en fait cependant un très juste portrait : « Le galanga […] fortifie les personnes flegmatiques, est un bon carminatif, ranime la faculté digestive et apaise la colique. Il contribue surtout à purifier l’haleine, ranime la chaleur des reins et porte à l’amour » (1), dernière faculté qu’évoque aussi Platearius lorsqu’il parle… des panais ! Le Salernitain « indique […] un électuaire où les panais, associés au gingembre, à la muscade et au galanga, s’affirmaient doués de propriétés résolument aphrodisiaques » (2). M’est avis que, dans l’affaire, les panais n’y sont pas pour grand chose ^_^ Ceci dit, le plus grand panégyriste du galanga n’est autre que la grande Hildegarde de Bingen : non seulement le galanga apparaît à de multiples occurrences dans le Physica, mais elle en dit presque autant à son propos que du gingembre, signe qu’elle tenait ce cousin du gingembre en une estime qu’elle n’accorda pas à tous les végétaux de son temps. Peu d’entre eux remportent la palme face aux deux zingibéracées, sur la seule question de la place occupée par le texte dédié. En fait, il y en a moins que peu, car seul le fenouil bénéficie des largesse de l’abbesse. Le Galgan « est entièrement chaud, il n’y a pas de froid en lui, et il a beaucoup de vertus » (3), parmi lesquelles nous rencontrons les suivantes : faciliter la digestion, endiguer les maux d’estomac, remédier aux troubles pulmonaires comme la bronchite, redonner des forces en cas d’asthénie physique et psychique, apaiser les troubles cardiaques, chasser tant la fièvre que la mélancolie, etc. Hildegarde préconise aussi un électuaire « plus précieux que l’or, car il enlève la migraine ; il diminue la toux […] et enlève toutes les humeurs qui sont dans l’homme » (4). Par la suite, peu d’auteurs feront encore référence au galanga qui semble avoir été pour longtemps éclipsé par le gingembre. Tout au plus en trouvons-nous la trace au XVI ème siècle, à travers le baume de Fioravanti, considéré comme une « liqueur miraculeuse », contenant, entre autres, galanga, galbanum, zédoaire et une dizaine d’autres plantes.

Le petit galanga, grande plante herbacée vivace, possède des rhizomes blanchâtres et annelés, desquels s’érigent de robustes tiges calamiformes portant de longues feuilles lancéolées semi-rigides. Les fleurs, groupées en inflorescence ramifiée, sont constituées de pétales blancs veinés de rouge ; elles produisent des capsules contenant quelques graines.
Cultivé dans toute l’Asie tropicale, le galanga est récolté au bout de quatre à six ans.

Le petit galanga en phyto-aromathérapie

Bien moins fréquent que le gingembre et le curcuma, le petit galanga ne s’en démarque pas moins par la haute valeur médicinale de son rhizome charnu à odeur aromatique épicée et à saveur brûlante qui, outre les flavonoïdes qu’il recèle (galangine, etc.), se caractérise par environ 1 % d’essence aromatique extraite par distillation à la vapeur d’eau des rhizomes une fois secs. L’huile essentielle ainsi obtenue, liquide mobile dont la couleur oscille entre le jaune et le brunâtre, se distingue fortement des deux autres rhizomes cités plus haut d’un point de vue biochimique :

  • Oxydes (dont 1.8 cinéole) : 23 %
  • Monoterpènes : 27 %
  • Monoterpénols : 15 %
  • Esters : 11 %
  • Cétones (dont camphre) : 6 %
  • Sesquiterpènes : 5 %

Propriétés thérapeutiques

  • Apéritif, digestif, carminatif, stimulant hépatobiliaire
  • Cardiotonique léger
  • Anti-infectieux : antibactérien, antifongique (sur Candida albicans)
  • Anti-inflammatoire
  • Antispasmodique
  • Expectorant
  • Positivant

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : inappétence, indigestion, maux d’estomac, nausée, vomissement, mal de mer, mal des transports, colique, flatulences, candidose intestinale
  • Insuffisance hépatobiliaire
  • Troubles de la sphère respiratoire : bronchite, rhume, maux de gorge
  • Grippe, état fébrile
  • Maux de tête
  • Abcès dentaire, gingivite
  • Asthénie physique, psychique et sexuelle

Modes d’emploi

  • Décoction de rhizome frais
  • Poudre de rhizome séché
  • Teinture-mère
  • Huile essentielle : voie orale, voie cutanée diluée, olfaction, diffusion atmosphérique

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Sous forme d’huile essentielle, le petit galanga est déconseillé aux hypertendus, ainsi qu’à la femme enceinte, du moins durant les trois premiers mois de grossesse. Quant au rhizome, un trop fort emploi par voie interne peut provoquer des irritations gastro-intestinales.
  • A la poudre de galanga qui est parfois falsifiée avec de la farine, il est préférable d’acheter les rhizomes frais, de les faire sécher, de les broyer sous forme de poudre, à la manière du gingembre et du curcuma. Cependant, sec, ses qualités ont une durée de vie limitée.
  • En cuisine, le galanga s’utilise comme le gingembre. Il aromatise le thé, les curries, les conserves au vinaigre. Son utilisation aromatique a totalement disparu en Europe occidentale, bien que l’on puisse le trouver dans les épiceries asiatiques. Elle perdure en Inde et en Indonésie où il est l’une des épices indispensables à la cuisine traditionnelle. En Russie, le galanga aromatise une liqueur connue sous le nom de nastoïka.
  • Autres espèces : le grand galanga (A. galanga), le zérumbet (A. oxyphylla), le katsumadai (A. katsumadai), etc.
  • Faux ami : on trouve parfois, dans certains textes, le galanga sous le nom d’acore calame qui est bien évidemment une plante toute différente : Acorus calamus.
    _______________
    1. Macer Floridus, De viribus herbarum, p. 168.
    2. Henri Leclerc, Les légumes de France, p. 170.
    3. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 27.
    4. Ibidem, p. 161.

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Nymphéa (Nymphea alba) et nénuphar (Nuphar lutea)

 

Nymphéa (Nymphea alba)

Synonymes : lis d’eau, lis des étangs, reine des lacs, lierre d’eau, herbe aux moines…

Malgré leurs atours de plantes tropicales, nymphéa et nénuphar ne sont en rien originaires de ces régions chaudes et humides où prospèrent ces gigantesques spécimens de la famille des Nymphéacées (Victoria amazonica pour ne citer qu’elle) dont les feuilles si grandes (jusqu’à trois mètres de diamètre) peuvent, dit-on, permettre à un homme de s’y tenir debout sans couler. Sous nos latitudes, seule une grenouille peut s’enorgueillir d’un tel prodige. Cependant, ici ou là, qu’elle que soit l’espèce concernée, on voit se profiler des constantes immuables. Par exemple, chez les Mayas, le nénuphar est bien connu et a été regardé comme un symbole d’abondance et de prospérité ; lié tant à l’eau qu’à la terre, il est une émanation des forces chthoniennes et génératrices. Ce qui est surprenant, c’est qu’en Afrique, on retrouve les mêmes phénomènes : le nénuphar a eu une influence indubitable en Égypte. Ceux qui l’appelèrent nanoufar (= « les belles ») virent en lui un « symbole […] du processus de création et d’élévation spirituelle. Dans l’Égypte ancienne, il représentait la création, moment où le premier dieu prit forme sur un tertre sortie de Nun, l’océan primordial » (1). Exprimant « la naissance du monde à partir de l’humide », il n’est guère étonnant que cette fleur sacrée des Égyptiens soit associée à Osiris qu’on représente souvent juché sur un nénuphar. Figure féminine, le nénuphar fut surnommé épouse du Nil car lorsque grossissent les eaux de ce fleuve majestueux, sa surface se couvre de nénuphars. Cette relation à la féminité ne quittera plus cette plante, où qu’on se situe. Au Mali, le nénuphar est considéré comme « le lait des femmes » et se trouve particulièrement lié à la poitrine maternelle et nourricière. Du reste, ne donne-t-on pas ses feuilles aux femmes qui allaitent ? « Une décoction de feuilles de nénuphar redonne du lait à une nourrice sèche », disait Pierre Canavaggio (2). Ce n’est qu’à partir de l’Antiquité gréco-romaine, qu’à cette féminité incarnée va s’additionner quelque chose qui viendra nuancer l’image de douceur qu’on prête couramment à ces plantes. Pline explique que « d’après la tradition le nymphéa est né d’une nymphe morte de jalousie pour Héraklès ». C’est pour cela que « quelques-uns l’appellent heracleaon et d’autres rhopalon pour sa racine en forme de massue ». On a rapproché le latin nymphaea (numphaia en grec) du latin nympha (numphê en grec), signifiant jeune fille ou nymphe. Ainsi, le Nymphea alba fut-il consacré au fils d’Alcmène.
Dioscoride et Pline sont d’accord sur le même point : le premier, qui distinguait le nénuphar jaune du nymphéa blanc, destinait ce dernier aux troubles gastro-intestinaux et aux douleurs vésicales, mais surtout il écrit qu’on « prend la racine aussi contre les pertes séminales nocturnes ; elle les fait cesser et provoque un affaiblissement des fonctions sexuelles si on en prend de façon continue » (3). En guise d’écho, Pline avertit que « ceux qui en boivent pendant douze jours deviennent incapables de faire l’amour et sont privés de semences ».

Cette plante, vue par Hildegarde de Bingen comme froide et inutile, assécherait donc la semence et restreindrait le désir, ce qui justifie ces vers de Jacques Delille (1738-1813) :

Le nénuphar, ami de l’humide séjour,
Destructeur des plaisirs et poison de l’amour.

Cette réputation fit fureur, si j’ose dire. En qualité d’anaphrodisiaque, le nénuphar fut utilisé par les ermites, en Égypte, afin de supporter mieux les rigueurs du célibat. Et il fut fort en usage dans les couvents, de même que le gattilier, comme en témoigne son surnom d’herbe aux moines. Qu’un homme ou une femme d’église demeure chaste, quoi de plus normal ? Mais là où le portrait des nénuphars et des nymphéas devient inquiétant, c’est quand on y superpose l’image de la nymphe afin de n’en pas oublier la dimension chthonienne. Ces ondines qu’on croît être cachées sous les nymphéas des eaux dormantes sont des divinités de la naissance, ce qui explique pourquoi elles enlèvent parfois des enfants. Les nymphes n’hésitent pas à se montrer aux hommes en plein jour, et « celui qui les voit devient la proie d’un enthousiasme nympholeptique, écrivait Mircea Eliade dans son Traité d’histoire des religions. C’est pourquoi, poursuit-il, au milieu du jour, recommande-t-on de ne pas s’approcher des fontaines, des sources, des cours d’eau ou de l’ombre de certains arbres. Une superstition plus tardive parle de la folie qui saisit celui qui aperçoit une forme sortant de l’eau… sentiment ambivalent de peur et d’attirance… fascination des nymphes (qui) amène la folie, l’abolition de la personnalité » (4). Questionner l’homme sur l’inassouvissement d’un désir, l’éteindre comme un brandon plongé dans un seau d’eau, telles sont les fonctions symboliques des nénuphars et nymphéas : « Un amoureux indien s’écrie que, si la lune devenait un lac d’ambroisie, si ses taches semblaient être un groupe de nymphéas au milieu de ce lac, en s’y baignant, il pourrait espérer de se délivrer de la douleur causée par le feu du dieu de l’amour » (5). Gageons qu’il n’y rencontre pas une nymphe dont l’aiguillon invitant aux jouissances charnelles est autrement dévorateur. D’où la présence de la Lune, planète associée pour bien des raisons aux nénuphars et aux nymphéas, qui sont, parmi tant d’autres, ses plantes de prédilection : elles apportent le sommeil et procurent des songes apaisants. Si ces plantes sont des plantes d’amour, ce sont celles de l’amour chaste, aspect mal rendu par leurs noms allemand (wasserrose = rose d’eau) et anglais (water lilly = lis d’eau), rose et lis étant toutes les deux des attributs de Vénus dont nénuphars et nymphéas sont censés combattre les excès. C’est ainsi que le médecin français Desbois de Rochefort (1750-1786) écrivit que le nénuphar « apaise mieux qu’aucun autre cette espèce de feu vénérien », qu’on l’appelle nymphomanie ou satyriasis. Au même siècle, le Dictionnaire de Trévoux indique que « la racine du nénuphar blanc et fort adoucissante. On s’en sert dans l’ardeur d’urine (cystite) et dans l’inflammation des reins (néphrite). On fait du sirop de ses fleurs, qui sert de somnifère », une préparation magistrale restée inscrite longtemps au Codex sous le nom de mellite de nénuphar. Parmi les modernes, il y en a eu qui se sont gaussés de la soi-disant propriété anaphrodisiaque des nénuphars et nymphéas. Cazin, par exemple : « Personne n’ignore la confiante et aveugle crédulité avec laquelle les religieuses de nos couvents faisaient usage de cette plante pour réprimer des désirs que l’on ne parvient à éteindre que par l’absence de toute excitation, soit morale, soit physique » (6). Au siècle suivant, Henri Leclerc, qui n’est pas resté inactif face à ce qu’il est admis de considérer comme une vue de l’esprit, contredira le docteur Cazin après avoir été lui-même en proie au doute.

Nénuphar (le jaune) et nymphéa (le blanc) sont sensiblement identiques en bien des points. Plantes vivaces aquatiques, elles possèdent toutes deux une forte souche rampante qui s’enracine profondément sur le fond vaseux des lacs, des étangs, des mares, voire des rivières à très faible courant, en eaux peu profondes (2 à 3 m pour le nymphéa, près du double pour le nénuphar). Des rhizomes s’élèvent de très longs pétioles subaquatiques au bout desquels s’enchâssent de larges feuilles de 10 à 30 cm de diamètre en forme de cœur. Ce sont donc elles qui flottent à la surface de l’eau grâce à un ingénieux système de flotteurs. Du fait que nénuphars et nymphéas poussent en colonies, leurs feuilles peuvent finir par couvrir une importante surface aqueuse, ce qui n’est pas sans mal pour les autres plantes aquatiques, les larges feuilles des nénuphars et des nymphéas jouant alors le rôle d’écrans solaires. Leurs feuilles poussent l’efficacité jusqu’à être recouvertes d’une espèce de cire qui empêche l’eau d’y stagner ; cette eau-là ne jouera donc pas le rôle de réverbérant solaire, ce qui sera tout bénéfice pour la plante. Nénuphars et nymphéas fleurissent à la même période de l’année : en été. De très larges fleurs aux pétales nacrés parfois teintés de carmin, oblongues et odorants caractérisent le nymphéa immortalisé par Claude Monet. D’un diamètre de 10 à 20 cm, cela fait d’elles les plus grandes fleurs d’Europe. En revanche, les fleurs de nénuphar, cinq pétales jaune vif, sont beaucoup plus petites, de l’ordre de 3 à 7 cm de diamètre en règle générale.

Nymphéa et nénuphar en phytothérapie

De ces deux plantes à la morphologie semblable, la phytothérapie a retenu le point de départ – le rhizome – et celui d’arrivée – la fleur, les parties médianes ainsi que les feuilles n’ayant jamais véritablement présenté le moindre attrait : tant mieux, les feuilles sont autant de reposoir pour les grenouilles souhaitant prendre un bain de soleil. Le rhizome de nos deux espèces contient de l’amidon, de l’acide gallique, de la résine, des tanins (ces rhizomes servirent autrefois en tannerie). Les fleurs, empruntes de douceur, se caractérisent par du mucilage. Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut pourrait-on dire, concernant nénuphar et nymphéa : rhizomes, bourgeons floraux et semences se démarquent par la présence d’alcaloïdes communs : c’est, par exemple, le cas de la nupharine (ou nymphaline). D’autres alcaloïdes ont été signalés dans ces plantes : nuphamine, nymphéine, désoxynupharidine… Petit point de dissemblance : les fleurs fortement odorantes du nénuphar semblent signaler la présence d’une essence aromatique, ce qui ne paraît pas être le cas du nymphéa dont les fleurs sont quasiment inodores.

Propriétés thérapeutiques

  • Sédatifs et calmants sexuels, anaphrodisiaques, antispasmodiques, hypnotiques et narcotiques légers
  • Cardiotoniques légers
  • Toniques respiratoires légers, balsamiques
  • Adoucissants, émollients, révulsifs cutanés
  • Astringents
  • Antiseptiques, bactériostatiques (?)

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : dysenterie, diarrhée, colique
  • Troubles de la sphère vésico-rénale : néphrite, cystite
  • Troubles de la sphère génitale : priapisme, satyriasis, nymphomanie, pollution nocturne, leucorrhée
  • Troubles du système nerveux : anxiété, agitation, stress, insomnie
  • Affections cutanées : crevasse, gerçure, blessure, brûlure, piqûre, furoncle, abcès, démangeaison
  • Toux, maux de gorge
  • Prévention de la couperose

Modes d’emploi

  • Infusion de fleurs fraîches
  • Sirop de fleurs fraîches
  • Décoction de rhizome frais tronçonné ou râpé
  • Cataplasme de rhizome frais
  • Poudre de rhizome séché
  • Teinture-mère

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : les fleurs durant la période de floraison, à savoir de juin à septembre ; les rhizomes à l’automne (là, c’est une autre paire de manche). Les fleurs s’emploient à l’état frais, le rhizome également, bien qu’il soit permis de le faire sécher, ce qu’il fait difficilement. Mieux vaut le couper en rondelles pour ce faire et lui faire subir une dessiccation douce au four à 40-50° C.
  • Alimentation : quand il n’y avait plus rien sur la terre à se mettre sous la dent, certains ont eu l’idée d’aller chercher au fond des eaux – desquelles nous sommes issus – quelque pâture. Les rhizomes des nénuphars et des nymphéas, surtout dans leur jeunesse, sont comestibles après plusieurs cuissons à grande eau. Quant aux semences, elles se prennent pour des grains de maïs : il paraît que grillées à la chaleur, elles éclatent et forment une sorte de pop-corn.
  • Concurrence : si, comme moi, vous fréquentez les jardineries, vous aurez sans doute remarqué une plante aquatique que l’on nomme jacinthe d’eau (Eichhornia crassipes). Cela fait des feuilles comme des bulles et on peut installer ça dans un aquarium déserté où la belle fait florès, mais peu de fleurs sous nos latitudes. Flottant comme un bateau pneumatique sur les ondes immobiles, la jacinthe d’eau fait fort de se développer tout azimut. Quand, bêtement, on a acheté un de ces « joujoux » botaniques et qu’il commence à devenir encombrant (de même que la tortue de Floride), on s’en débarrasse dans le premier point d’eau venu. Ce qui est, bien entendu, une abjection, vue sa vitesse de propagation. Ce n’est pas tout à fait un hasard, si aux États-Unis, on l’appelle le diable de Floride. Quant aux tortues sus-citées, j’ai eu l’occasion d’en voir dans un bassin du parc de la tête d’or à Lyon : il y en avait tant, de toutes les tailles possibles, et le large bassin en question était moins un refuge qu’un rempart face à ces animaux qui n’ont rien à faire là.
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    1. David Fontana, Le nouveau langage secret des symboles, p. 46.
    2. Pierre Canavaggio, Dictionnaire des superstitions et des croyances populaires, p. 177.
    3. Dioscoride, Materia medica, Livre III, chapitre 126.
    4. Cité par Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 682.
    5. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, p. 208.
    6. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 628.

© Books of Dante – 2017

Nénuphar (Nuphar lutea)