Le saphir

Du latin sappirus, du grec sappheiros, de l’hébreu sappir, de l’araméen sampir, tout cela emprunté sans doute à une langue indienne bien plus ancienne, autant dire que le saphir vient de loin. Ces étymologies, si elles font bien sûr référence à son nom, véhiculent un autre message : « la plus belle des choses. » Rien que ça!

Bien que relativement méconnue en lithothérapie comme l’indique M. Boschiero dans son Guide des pierres de soins, il n’en reste pas moins que le saphir a joui d’une grande réputation auprès des joailliers et des rédacteurs de lapidaires, en particulier à l’époque médiévale.

L’évêque de Rennes, Marbode, écrira dans son Lapidarius (XI ème siècle) : « Le saphir a une beauté pareille au céleste trône ; il désigne le cœur des simples, de ceux dont la vie brille par les mœurs et la vertu. » Hum. Je comprends mieux pourquoi maintenant l’émeraude était associée au Pape, surtout quand on pense à un type comme Borgia… Bref. La suite. Marbode, donc, indiquait l’emploi du saphir contre mensonges, envies et terreurs nocturnes, le saphir passant pour un puissant dissipateur de ténèbres. De par sa couleur usuelle – le bleu azur – il est symbole de la sphère céleste et donc du royaume de Dieu. C’est ainsi qu’il s’oppose à l’émeraude.

A ce bleu azur, on associe les aspects suivants : l’authenticité, le calme, la créativité, la compréhension, l’intuition, l’intelligence, l’introspection, la loyauté, la paix, la patience, les pensées élevées, la royauté, la tolérance, la vérité, etc.

Et nous verrons que ces aspects liés au bleu reviendront après Marbode, à travers les écrits laissés par un certain nombre de personnalités dont l’une, et pas des moindres, Hildegarde de Bingen dira du saphir qu’il est bouillonnant, que sa nature est davantage de feu que d’air ou d’eau et qu’il représente la charité emplie de sagesse.

Saint Louis, au XII ème siècle, indiquera que méditer sur le saphir amène l’âme vers la contemplation des cieux, sa valeur ouranienne et cosmique étant déjà bien marquée. Le Grand Albert mentionne également cette pierre précieuse : elle y est préconisée afin de retrouver la paix intérieure, la dévotion et la piété ; de même, elle permettrait de modérer l’ardeur des passions intérieures.

Dans ce Moyen-Âge, que certains considèrent comme obscur sinon obscurantiste, le saphir avait donc valeur de libérateur : il libérait la vue au sens propre (troubles oculaires) comme au sens figuré (en permettant de se libérer de prisons psychiques et émotionnelles telles que la colère et l’ignorance), tout en développant les facultés créatrices et imaginatives, l’intuition et les perceptions extra-sensorielles afin de guider l’esprit et l’aider à faire la distinction entre ce qui est favorable de ce qui ne l’est pas. Voilà pourquoi cette pierre de la vision juste a été considérée, aussi bien en Occident qu’en Orient, comme un puissant talisman contre le mauvais œil, bleu négatif véhiculant l’apitoiement sur soi, l’indifférence, la mélancolie et la tristesse, la peur et le mépris…

A la Renaissance, la mode des lapidaires est toujours fort en vogue et le saphir n’y fait pas exception. Jean de la Taille, dans son Blason des pierres précieuses, affirme que le saphir permet de garder une bonne mémoire et de viser le bon côté de chaque chose, alors qu’Anselmus Boëtius de Boodt, médecin et minéralogiste du XVII ème siècle, l’indique contre la dysenterie, les maux et affections cardiaques, les inflammations cutanées, les troubles oculaires, ainsi que – nous y revoilà! – le mauvais œil.

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Plus près de nous, M. Boschiero distingue nettement les différentes couleurs du saphir. Parce qu’il est hélas vrai que la couleur qui lui est le plus communément associée n’est autre que le bleu. Or, il peut se parer de bien d’autres couleurs comme le jaune plus ou moins nuancé de orange, le vert, le rose, le violet, le noir, etc.

Synthétisons :

* Quand il est bleu clair, le saphir s’associera aux chakras de la gorge et du 3° œil Il possède des propriétés analogues à l’aigue-marine et à la topaze bleue. Il vise la douceur et la tendresse, facilite les échanges et développe les perceptions extra-sensorielles.

* Quand il est bleu franc, il est destiné aux chakras supérieurs, 3° œil et couronne. Il permet de développer l’imagination, l’inspiration et la créativité, apporte calme et apaisement (lutte en cela contre insomnie et migraines, troubles intérieurs peu propices à la paix), vise une spiritualité élevée.

* Quand il est jaune, on l’associe aux deux chakras inférieurs que sont le plexus solaire et le sacré. Il joue alors le même rôle que la citrine.

On purifiera le saphir à l’eau distillée salée et on le chargera sur un macle de quartz ou à la lumière lunaire (là, je suis étonné qu’on ne puisse pas l’exposer au soleil… Possible déperdition de ses couleurs en ce cas?)

Sans doute confondu avec le lapis-lazuli et l’azurite durant l’Antiquité, le saphir n’en est pas moins apprécié depuis aussi longtemps. C’est une variété de corindon, tout comme le rubis en est une autre, la couleur bleue du saphir étant liée à des inclusions d’oxyde de fer et d’oxyde de titane, chaque inclusion donnant lieu à une couleur bien particulière.

Books of Dante – 2011

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Le rubis

Si beaucoup d’encre a coulé à propos du rubis, cela aura été plus à tort qu’à raison. Au Moyen-Âge ainsi qu’à la Renaissance, on parle de carbunculus, de carboucle, de carboncle, de carbuncle, de charboncle, de charbuncle, d’escarboucle, etc. pour désigner le rubis mais également toute pierre brillant d’un rouge et vif éclat. Voilà pourquoi on a associé à ces termes, sans réel discernement, le grès rouge, le grenat, etc. lesquels, nous en conviendrons, n’ont que peu de rapport avec le corindon qui nous préoccupe. Ce qui n’a pas facilité l’identification aisé du rubis, c’est que ces anciens termes désignent aussi ce que l’on appelait « charbon », infection bactérienne plus connu sous le nom d’anthrax. Cependant, aura été associé à cet ensemble de termes le synonyme de lumière, plus précisément de « lanterne », le rubis n’étant pas autre chose qu’une braise rougeoyante, un brandon ^^

Bref. On ne les confondra pas avec les almandins et les pyropes qui ont chacun à voir avec les grenats et non avec le rubis (du latin médiéval rubinus, du latin classique rubeus, rouge). A travers ce flou minéralogique plus ou moins volontairement entretenu, il aura été facile de faire passer des grenats pour des rubis, tout comme l’on vend des vessies pour des lanternes.

Sans doute sont-ce les légendes associées au rubis qui auront fait de lui l’escarboucle dont on parle. Par exemple, l’évêque Marbode (XI ème siècle) estime que les dragons et les vouivres portaient un rubis en guise d’unique œil. Mais que, dans ce cas précis, on parlait alors d’escarboucle, une sorte de grenat, chère à nombre de contes et légendes médiévaux.

Enfin, bon, bref, escarboucle et rubis n’ont pas grand-chose à voir, hormis une commune couleur. En puisant dans le domaine du fantastico-magique, on aura attribué au rubis de folles propriétés. Frédéric Portal nous dit que « s’il changeait de couleur, c’était un sinistre présage, mais il reprenait sa teinte pourprée lorsque le malheur était passé ; il bannissait la tristesse et réprimait la luxure, il résistait victorieusement au venin, prévenait la peste et détournait les mauvaises pensées. » Wow !

Le fait qu’il puisse changer de couleur, même si cela semble impossible, est intéressant. La couleur rouge du rubis, fort justement associée à Mars, est la couleur de la Vie et du Sang, la couleur de l’énergie vitale donc, ainsi que de la transformation ; elle symbolise royauté, puissance et passion amoureuse. Mais dès que cette couleur vire au rouge sombre, apparaissent avarice, impulsivité, colère, despotisme, égoïsme, instinct passionnel et pulsions sexuelles dégradantes. Portal n’a pas tout à fait tort ^^

Quant à ses propriétés antivenimeuses, quelle plante, quelle pierre n’a pas été, au Moyen-Âge comme à la Renaissance, affublée d’un tel pouvoir ! Nous tombons sous le coup des bézoards (à la Harry Potter, presque ^^), ces objets tant végétaux que minéraux réputés pour être d’efficaces contre-poisons et antidotes qui, bien qu’ayant été largement employés au Moyen-Âge naquirent en des temps plus anciens, en ces temps durant lesquels l’emploi du poison était affaire quotidienne, pour un oui, pour un non, dans la Grèce et la Rome antiques.

Malgré tout, des indications plus pertinentes ont fait leur petit bonhomme de chemin jusqu’à nous. Par exemple, les propriétés liées au sang. On croit le rubis hémostatique ; chez les Russes, pierre de sang par excellence, le rubis est considéré comme bon pour le cœur et, par extension, bon pour la vigueur. Le rubis est une pierre dont la couleur varie du rouge pâle au rouge dit « sang de pigeon ». ce sont des oxydes de fer en plus ou moins grande quantité qui sont responsables de cette coloration.

De par sa couleur et ses propriétés, c’est une pierre étroitement liée au chakra racine. Les personnes chez lesquelles ce chakra est trop actif (personnes autoritaires, colériques, hypertendues, violentes), cette pierre exerce un attrait évident. Mais elle ne fait qu’accroître les tendances sus-décrites. Tout au contraire, étant symbole de pouvoir, de courage et de force, elle sera alors très bénéfique aux personnes effacées et timides, voire craintives. Elle enracine ceux qui ont la tête dans les nuages et autres rêveurs pour qui la réalité matérielle n’est qu’un lointain souvenir. D’autres propriétés lui sont associées : stimulateur et régulateur du système sanguin, anti-asthénique. De plus, elle éloigne mélancolie et tristesse et enraie les tendances suicidaires.

L’extraction des rubis remonte à des temps déjà anciens, les plus anciens documents relatant cela remontent au VI ème siècle de notre ère, il est raisonnable de penser que cette activité est plus ancienne encore. Au Moyen-Âge, le rubis est très largement utilisé aux côtés du saphir comme pierre précieuse d’ornement sous forme de cabochon (forme simple qui trouve son origine dans les limites de façonnage propres à cette époque, ainsi qu’à la volonté de perdre le moins possible de matière comme la taille peut l’occasionner).

Sur l’image ci-dessous représentant la couronne du roi de Bohème Venceslas (XIV ème siècle), nous voyons des saphirs et des rubis dont l’un, le plus gros, ne pèse pas moins de 250 carats.

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Enfin, je ne saurais trop recommander la prudence dès lors qu’on à affaire au rubis, celui-ci, de par sa rareté, a été et est encore l’objet de trafics plus ou moins douteux. Le terme même de rubis étant l’occasion d’inventer de nouvelles appellations pour les associer à des pierres déjà existantes qui n’ont aucun rapport avec le rubis. Nous pouvons donc trouver le rubis de Bohème (quartz rose), le rubis mexicain (opale de feu), le rubis spinelle (spinelle rouge), etc.

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Rhomboédriques ou tabulaires, les cristaux bruts de rubis sont parfois façonnés sous forme de cabochons, en particulier lorsqu’il s’agit d’un rubis étoilé. C’est la réflexion de la lumière sur des aiguilles de rutile qui forme cette étoile mouvante.

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L’émeraude

Dotée de puissance et de multiples pouvoirs, l’émeraude a été désignée comme le plus puissant talisman en particulier à travers les traditions populaires médiévales.

Comme de nombreuses autres substances, tant minérales que végétales, l’émeraude n’échappe pas à la scission très nette qui s’est installée entre aspects fastes et néfastes. Par exemple, dans la tradition chrétienne, elle est associée aux plus dangereuses créatures des Enfers (n’oublions pas la fameuse émeraude tombée du front de Lucifer lors de sa chute). Mais, comme la lame d’une épée, l’émeraude est à double tranchant : issue des Enfers, elle peut se retourner contre ces mêmes créatures infernales puisqu’elle connaît tous leurs secrets… Ceci dit, la pierre du Pape, c’est l’émeraude. Cherchez l’erreur…

Pierre de la lumière verte, elle porte en elle une forte valeur ésotérique dont l’illustration la plus frappante et la plus emblématique est sans nul doute aucun la fameuse Tabula Smaragdina qui recèle le Secret de la création des êtres et la Science des causes de toutes choses. C’est donc une pierre de savoir, de connaissance et de sagesse, mais elle n’échappe pas à l’ambivalence. A l’aspect béni s’oppose l’aspect maudit, les valeurs ouraniennes et chthoniennes se sont progressivement divisées sous l’influence du christianisme qui fit des premières le « Bien », des secondes le « Mal ».

Voilà donc pourquoi l’alchimie aura été qualifiée de science maudite, l’émeraude – pierre d’Hermès – étant à la fois Graal et dragon. A ce titre, le trésor de Munich contient une statue équestre de Saint Georges exécutée à la fin du XVI ème siècle par Friedrich Sustris. La voici :

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Nous voyons Saint Georges en bleu saphir (couleur céleste) juché sur un cheval blanc (couleur solaire) qui terrasse le dragon, le saphir sec et solaire s’opposant à l’aqueuse et lunaire émeraude.

Bref. Dragon ou pas, il n’en reste pas moins que l’émeraude possède un potentiel réel. Pierre de la clairvoyance (elle est douée de propriétés oculaires ^^), placée sur la langue, elle est censée permettre la conversation avec les esprits afin de connaître l’avenir. Elle apporte aussi richesse et fertilité spirituelles, avive la mémoire et affine la concentration : ce sont toutes ses propriétés neurotoniques et neurotropes qui sont ainsi mises à l’honneur.

Apaisante, elle apporte la paix intérieure et harmonise les différents plans (physique, intellectuel, émotionnel) entre-eux. C’est sans doute pour cette raison qu’elle a la réputation d’être efficace en guise d’amulette contre les terreurs, la panique, les démons et leurs maléfices. On dit d’elle qu’elle rend impossible toute fascination, au sens d’attrait irrésistible et paralysant, bien entendu (du latin fascinatio : enchantement, charme).

Pierre du cœur associée à Vénus chez les Romains, elle trouve donc tout naturellement sa place sur le chakra du cœur. Elle permet d’effacer les peines affectives comme l’affirmera déjà en son temps Hildegarde de Bingen (XII ème siècle) : « Celui qui souffre du cœur (…) conservera sur lui une émeraude. »

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Bien que puissante, elle est dite timide et solitaire, raison pour laquelle on ne l’associera jamais qu’avec des pierres roses (rhodonite, rhodocrosite, etc.), le rose étant l’autre couleur du cœur, ou bien des pierres incolores comme le diamant afin d’en intensifier les effets. Surtout pas d’autres pierres, cela lui ferait perdre immédiatement ses pouvoirs, à la façon de sa couleur qui pâlit à la lumière du soleil. Eh oui ! N’oublions pas que l’émeraude est une pierre lunaire. Ainsi donc, on la purifiera à l’eau distillée sans sel, et cela peu souvent, n’absorbant que peu les énergies négatives.

L’émeraude est un béryl comme en sont également l’aigue-marine, la morganite ou l’héliodore par exemple. Ce sont avant tout leurs couleurs qui les distinguent, l’émeraude arborant une couleur allant du vert jaune au vert bleuté en passant par la fameuse couleur vert franc et soutenue dit vert smaragdin.

Le vert est associé au don de soi, à la régénération (chez les Aztèques, l’émeraude symbolise le renouveau printanier), au calme, à l’équilibre, à l’espoir, à la franchise, à l’harmonie, à l’ouverture, à la sincérité, à la guérison… Différents aspects qui sont indubitablement propres à l’émeraude elle-même.

© Books of Dante – 2011