Le sexocide des sorcières (Françoise d’Eaubonne)

Sexocide sorcières

Le sexocide des sorcières
(Ou la genèse mystico-religieuse d’un massacre)

Alors que Jean Palou s’efforce de démontrer dans son ouvrage La Sorcellerie (paru aux Presses Universitaires de France en 1957) que cette dernière est l’émanation plus ou moins directe des conditions de vie misérables de la population européenne d’alors, Françoise d’Eaubonne insiste et martèle là où Roland Villeneuve fut trop timide : la dimension féminine du massacre des personnes accusées de sorcellerie entre 1450 et 1650.

Pour l’auteur, il ne fait aucun doute que la condition de sorcière, avérée ou imaginée, n’a été qu’un fallacieux prétexte pour, non pas juger la Sorcière, mais la Femme avant tout.
L’Inquisition n’eut de cesse de pousser l’Europe vers le Männerbund (le monde sans femme) alors même que ce vieux rêve délirant d’annihilation de l’Autre trouva toute sa mesure à travers les procès de sorcellerie ayant mené à des exécutions à la chaîne de femmes (et d’hommes également, mais dans une bien moindre mesure), femmes qui eurent pour seule « faute » d’être nées femmes, ces mêmes femmes que le patriarcat jalousa et dénigra jusqu’à la mort.

C’est un pan atroce de l’histoire européenne qui est analysé par Françoise d’Eaubonne de façon très minutieuse et écrit de façon très élégante. Hélas, le monstre rôde toujours et fait, chaque jour, en France entre autres, ses victimes, la plupart du temps dans le plus strict anonymat…

Sexocide : faites entrer ce mot dans votre dictionnaire !

A lire !

Le Sexocide des Sorcières, Françoise d’Eaubonne, L’esprit frappeur, 1999
ISBN : 2-84405-075-1
Prix : 3,10 €

© Books of Dante – 2013

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La belladone, cerise du diable

Synonymes : Herbe empoisonnée, Belle dame, Cerise du diable [1], Morelle furieuse.

Belladone provient des mots italiens bella donna, belle femme. C’est en 1554 qu’on voit cette plante être appelée de cette façon, après que Pietro Andria Mattioli l’eut utilisée dans un texte commentant Dioscoride bien que sa première description sérieuse remonte au siècle précédent par les travaux d’Ascoli qui parle alors de solanum furiale.

Lors de la Renaissance italienne, les belles femmes appliquaient du suc de fruits frais dans leurs yeux afin d’obtenir une dilatation artificielle de leurs pupilles, car il est bien connu que le désir sexuel s’accompagne d’une dilatation pupillaire… Dans la mythologie grecque, les Ménades faisaient de même et se jetaient dans les bras des hommes adeptes de Dionysos.

Le mot atropa, fait référence à la Parque Atropos qui tranchait le fil de la vie, c’est dire la toxicité indéniable de cette beauté vénéneuse !

La belladone, première des plantes héroïques [2] présentées ici (suivront le datura stramoine, la jusquiame et, enfin, la mandragore) est une plante qui était déjà connue des Égyptiens, des Grecs et des Romains. Davantage pour ses vertus de poison violent que pour un usage curatif. On se souviendra des expérimentations de Cléopâtre sur ses esclaves afin de déterminer quel poison elle allait utiliser après la défaite de son mari Marc Antoine en 31 av. JC. Alors, elle constata que les effets de la belladone étaient rapides mais très douloureux. Coquette, elle préféra le venin de l’aspic.

Dans le Corpus hippocraticum paru un siècle après sa mort, Hippocrate mentionne parmi 230 espèces la jusquiame, la mandragore et la belladone.

Au Moyen-Âge, elle est une plante sorcière aux côtés de ses deux autres copines solanacées, la jusquiame et la mandragore. Hildegarde indique la belladone pour lutter contre les névralgies et les tumeurs. Mais cet usage médical est strictement externe au contraire des sorcières d’alors qui préparaient un onguent à base de graisse animale (porc ou oie) et de d’extraits de belladone mais aussi de stramoines et autres solanacées. La combinaison des extraits végétaux avec la graisse facilitait l’absorption cutanée. En enduisant le manche d’un balai de cette préparation, le contact de la vulve avec l’onguent permettait aux alcaloïdes (atropine et scopolamine surtout) de pénétrer plus facilement le circuit sanguin et d’atteindre le cerveau sans en passer par la sphère gastro-intestinale, ce qui aurait eu pour effet immédiat une intoxication évidente. La belladone étant un puissant sédatif et narcotique, il n’est pas impossible qu’avec les propriétés hallucinatoires de la scopolamine contenue dans la mandragore et le datura cela ait eu pour conséquence cette sensation de voler, telle que l’image d’Épinal nous est restée : la sorcière volant sur son balai un soir de pleine Lune. Tout autre mode d’absorption leur aurait été fatal ! En effet, toutes les parties de la belladone sont toxiques et, en fonction de la dose, mortelles. Afin de mieux présenter les effets diaboliques de cette plante, exposons ci-dessous l’ensemble des symptômes.

En premier lieu, dans une seule baie de belladone, on trouve 1 mg d’atropine. Or les premiers effets (sécheresse buccale et sensation de soif) apparaissent partir d’une dose de 0,5 mg d’atropine. Dans l’ordre croissant, on observe : sécheresse buccale, sensation de soif, mydriase et troubles visuels, augmentation de la température corporelle (39° C environ), tachycardie (jusqu’à 130 battements par minute), congestion et rougeur du visage, hallucinations visuelles et auditives, vertiges, délire, tremblement, somnolence, prostration et coma, mort (environ 15 à 20 baies de belladone)

Pour neutraliser un début d’intoxication, il faut ingérer des plantes à tannin, du thé noir par exemple. Dans un second temps, faire appel à un médecin qui prescrira du charbon actif et un lavage d’estomac.

ImageMalgré ses pouvoirs mortels, la belladone est relativement peu fréquente dans la nature. Elle optera davantage pour les sols alcalins et ombragés d’Eurasie et du pourtour méditerranéen. Aussi, la trouvera-t-on en lisière de forêt, dans les haies et les décombres, mais jamais à plus de 1 500 m d’altitude. Cette vivace à vie courte peut facilement atteindre 1, 50 m de hauteur. De sa souche ligneuse et rampante partent d’épaisses tiges ramifiées, glanduleuses et velues. Sur ces tiges, des feuilles asymétriques, ovales, duveteuses et alternes se groupent pas deux ou trois : une grande et deux petites la plupart du temps. Les fleurs, des cloches solitaires et pendantes, apparaissent au milieu de l’été, parfois en mai, jusqu’au début de l’automne. Elles présentent une couleur brun pourpre à violacée à l’intérieur, alors que l’extérieur de la corolle se pare d’une étrange couleur gris-jaunâtre. Après floraison, on voit apparaître les fameuses baies dont le diamètre n’excède pas 15 mm. Elles sont noires, violacées et brillantes, enkystées sur un calice en forme d’étoile à cinq branches.

Dernier détail : l’ensemble de la plante dégage une odeur fétide. A ce propos, il en va de même pour bon nombre de plantes toxiques, euphorbes, datura, jusquiame et ciguë. Comme si cela était un signal : elles puent la mort.

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[1] En allemand, la belladone s’appelle tollkirsche, kirsche signifiant cerise.

[2] Elles comptent également dans leurs rangs les fameuses plantes suivantes : le coca, le colchique et la ciguë.

© Books of Dante – 2009