Le lin

Lin à feuilles étroites (Linum usitatissimum subsp. angustifolium), Pale Flax

(Linum usitatissimum)

Si on dit que l’utilisation de certaines plantes telles l’achillée et l’aigremoine remonte à des temps préhistoriques, nous pouvons sans mal ajouter le lin à cette liste. Les hommes du Paléolithique le connaissaient déjà et l’on sait qu’ils s’en servaient il y a au moins 35 000 (cf. le grotte de Dzudzuana en Géorgie). On le retrouve ensuite au Néolithique, puis il se propage à toutes les civilisations antiques : en Mésopotamie, ainsi qu’en Égypte (des fresques nous montrent la culture du lin, activité assez souvent représentée à côté de scènes de semailles et de moissons). Alors, c’était moins les graines que les fibres du lin qui intéressaient l’homme. Cordages, filets, voiles, vêtements sont autant d’objets qui attestent du savoir-faire des Égyptiens de l’Antiquité. Le lin était non seulement une plante « utile », mais il était aussi convié dans certains rites religieux. Notamment dans le culte d’Isis : les prêtres étaient vêtus de lin.

Les premières traces d’un emploi médicinal du lin semblent remonter au moins aux hippocratiques (V ème siècle av. J.C.). Il concernait alors tant l’usage interne que l’usage externe, pour des affections qui sont toujours d’actualité (douleurs abdominales, diarrhée, catarrhe pulmonaire). Un siècle plus tard, Théophraste mettra en avant les propriétés adoucissantes des graines pour soigner les toux sèches (lin provient du latin linire qui signifie adoucir). Broyées en farine et liées à de l’eau, on en constituait déjà des cataplasmes. Dioscoride, bien plus tard, précisera encore davantage le champ thérapeutique du lin : vulnéraire, anti-inflammatoire local, béchique, laxatif et expectorant.

Au Moyen-Âge, plusieurs choses mettent en évidence l’importance qu’on accorde au lin :

  • Son inscription au Capitulaire de Villis (fin IX ème siècle) ;
  • La tapisserie de Bayeux (XI ème siècle) constituée de laine et de lin ;
  • L’école de Salerne (XIII ème siècle) ajoute de nouvelles propriétés médicinales (apéritif, diurétique) ;
  • La surface cultivée du lin est supérieure à celle d’une autre plante textile, le chanvre. Sa culture se développe dans les Flandres, en Bretagne, en Anjou. Filé, tissé, teint, il offre de magnifiques textiles végétaux que la rudesse du chanvre ne peut égaler.

Mais il est vrai qu’il s’agit davantage d’utilisations textiles que médicinales. Il faudra attendre le XVI ème siècle avant de voir l’huile de lin supplanter le traditionnel emploi de la graine, ce qui donnera un coup de fouet aux pratiques médicinales liées au lin (cf. Matthiole, Jean Bauhin). L’huile de lin médicinale perdra peu à peu de son charisme et finira même par être interdite en France au début du XX ème siècle en raison d’une possible toxicité du produit. Elle aura eu bien plus d’importance d’un point de vue industriel, et ce depuis autant de temps qu’elle aura été utilisée en médecine. Naturellement siccative, l’huile de lin le devient davantage si on la chauffe. C’est-à-dire qu’elle permet d’assécher plus rapidement la matière à laquelle on la mêle. Elle joue aussi le rôle d’épaississant. Depuis le XV ème siècle, elle entre dans la composition de la peinture… à l’huile ! ;), mais également dans celle des encres d’imprimerie et des vernis. Au-delà des textiles et de l’art, l’industrie du lin aura fourni des cordages, de la ficelle, du papier, de la toile (pour peindre mais aussi de la toile cirée), des étoffes imperméables, de la moleskine, de la glu, des savons, des bougies, etc., et jusqu’à notre actuel linoleum (prosaïquement appelé lino, son nom signifie tout bêtement huile de lin ! ^^) Ici, il est bien évident que nous avons affaire à deux types d’huiles de lin : la première est obtenue par pression à froid (alimentation, thérapeutique) et la seconde par pression à chaud (usages industriels et artistiques). Ces huiles sont issues d’une variété de lin à graines alors que le lin employé comme textile, cordage, papier, etc. provient d’un lin à fibres. Si le Canada, la Chine et les États-Unis fournissent un peu plus de la moitié de la production mondiale de graines de lin, c’est à la France que revient l’honneur de produire 75 % du lin textile. L’aire de culture du lin en France se situe particulièrement au nord (Nord/Pas-de-Calais, Normandie, Picardie, Île-de-France).

Petite vidéo sur la culture biologique du lin en Seine-et-Marne

Le lin est une plante annuelle des régions tempérées qui porte de fines tiges dressées dont la hauteur peut atteindre plus d’un mètre. Elle porte de longues feuilles vert grisâtre, linéaires et lancéolées, et de belles corolles bleu azur à cinq division entre juin et juillet. La fructification donne une capsule ovale formée de cinq compartiments contenant chacun deux graines brunes en forme de larme. Le lin apprécie les sols frais, bien drainés d’Europe et d’Asie, au soleil de préférence.

Lin à feuilles étroites (Linum usitatissimum subsp. angustifolium), Pale Flax (2)

Le lin en phytothérapie

Principaux constituants

On extrait de la graine une huile riche en acides gras non saturés : acide linolénique (ou oméga 3) majoritairement et acide linoléique (ou oméga 6). On y trouve aussi du mucilage (6 à 15 %), divers et nombreux sels minéraux et vitamines, de la résine, de la pectine, enfin une très faible proportion d’acide cyanhydrique (ou acide prussique) facilement inhibée par la chaleur. Cette huile est fragile, elle rancit facilement. Compte tenu qu’elle est difficile à obtenir sans extracteur, il est préférable de l’acheter en petite quantité en boutique bio. Dans ce cas, vous la trouverez en contenant opaque de moins de 25 cl, jamais plus. Après avoir été longuement interdite à la vente pour usage alimentaire et médicinal, elle n’est disponible à la vente au détail que depuis un peu plus de 4 ans. A partir de la graine, on peut aussi obtenir une farine. Mais elle est tout aussi fragile que l’huile et peut très facilement s’altérer, en particulier en raison de moisissures que rend possibles une humidité atmosphérique excessive.

Propriétés thérapeutiques

  • Adoucissant, émollient
  • Anti-inflammatoire
  • Apéritif
  • Diurétique
  • Antioxydant
  • Laxatif
  • Maturatif, résolutif, vulnéraire, détersif

Usages thérapeutiques

  • Troubles des voies urinaires : cystite, dysurie, blennorragie
  • Troubles bucco-pharyngés : gingivite, stomatite, pharyngite, maux de dents, enrouement, toux
  • Troubles gastro-intestinaux : gastrite, entérite, péritonite, dysenterie, constipation, diarrhée, paresse intestinale, trouble du transit et du péristaltisme intestinal
  • Troubles broncho-pulmonaires : irritation bronchique, bronchite légère, pneumonie, pleurésie
  • Troubles cutanés : ulcère, furoncle, eczéma, dartre, abcès, contusion, enflure, panaris, brûlure, prurit, plaie
  • Possible action sur les maladies cardiovasculaires, en préventif (cf. présence d’oméga 3 et 6)
  • Abaissement du taux de cholestérol sanguin (cf. crème Budwig du Docteur Kousmine)
  • Possible action sur les cancers de l’endomètre et du sein en raison de la forte proportion d’oméga 3

Comme nous le voyons, beaucoup de mots dans cette liste se terminent par -ite. Ce suffixe désigne généralement qu’on a affaire à une inflammation. Nous allons donc expliquer comment les vertus anti-inflammatoires du lin fonctionnent. Pour le comprendre, il faut se tourner vers le mucilage contenu dans la graine de lin. Cette substance est assez courante dans le monde végétal, on la trouve dans la violette, le coquelicot, la mauve, la guimauve, le bouillon blanc, le plantain, la bourrache, le tussilage, etc. Le mucilage présente la particularité de former une matière ressemblant à un gel plus ou moins épais et visqueux au contact de l’eau. Lorsque les graines de lin broyées sont mêlées à de l’eau chaude, sous l’action du mucilage ainsi libéré, le volume de graines utilisé devient deux à trois fois supérieur. On obtient donc ce gel constitué d’eau, d’huile et de mucilage, entre autres. Par voie interne comme externe, ce gel abaisse la sensibilité aux saveurs et à la température, mais aussi à la douleur. Ce type de préparation permet, par exemple, de laver les plaies et de favoriser l’augmentation du bol alimentaire. Non seulement le transit et le péristaltisme intestinal sont rétablis, mais l’huile contenue dans les graines lubrifie les parois des intestins. Ce gel aseptise le canal digestif et le purifie en drainant un ensemble de déchets hors du corps, dont la toxicité maligne peut provoquer différents troubles qui sont autant de signes d’une auto-intoxication (perte d’appétit, somnolence après repas, insomnie, fièvres intermittentes, etc.).

Modes d’emploi

Ils sont variés, nous venons d’en évoquer un ci-dessus.

  • Une consommation régulière dans l’alimentation.
  • Graines broyées en infusion, macération à chaud, décoction. Il est important de ne pas utiliser l’eau chaude du robinet, mais de l’eau bouillie dans une bouilloire, et de préférence ne contenant pas de calcaire. Les éléments tels que le calcium et le magnésium s’opposent à l’hydratation du mucilage. Les eaux dures devront donc être bannies, une eau faiblement minéralisée fera parfaitement l’affaire. Infusion, macération et décoction se destinent autant à un usage interne qu’externe.
  • Cataplasme : réalisé avec un mélange de farine de lin et d’eau (sous les mêmes conditions que le point qui précède), il s’applique chaud sur la peau mais devra en être isolé par un morceau de tulle ou de flanelle. On connaît aussi le fameux cataplasme sinapisé composé d’ 1/5 de farine de lin et de 4/5 de farine de moutarde : brûlant mais efficace.
  • Liniment : en mêlant de l’huile et de la farine de lin, on obtient une pâte applicable sur la peau.

© Books of Dante – 2014

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