L’achillée millefeuille

Synonymes : herbe aux militaires, herbe aux charpentiers, herbe aux coupures, herbe de la Saint-Jean, saigne-nez, millefeuille…

Ses multiples noms (herbe aux coupures, saigne-nez, herbe aux militaires) font directement référence à ses propriétés médicinales, hormis les deux principaux : achillée et millefeuille. Si le second évoque l’aspect finement découpé de ses feuilles, le premier tire son origine du héros grec Achille. Vénus l’en enduisit afin de le rendre in-vulnérable, c’est-à-dire impossible à blesser (du latin vulnerare, qu’on retrouve dans vulnéraire, propriété de l’achillée qui lui a valu le surnom d’herbe aux coupures.) C’est à travers cela que l’achillée est un bouclier et qu’elle n’apprécie pas les blessures. Mais c’était sans compter sur le fameux talon…

Sa réputation médicinale est déjà fort ancienne. On a retrouvé du pollen d’achillée dans une sépulture néandertalienne irakienne (site de Shanidar) aux côtés de pollens d’autres plantes médicinales. L’achillée faisait donc très probablement partie de la pharmacopée de l’homme de Neandertal il y a de cela près de 50 000 ans !
Plus récemment, Dioscoride mit à l’honneur les vertus hémostatiques de l’achillée en disant d’elle qu’elle est « d’une efficacité incomparable contre les plaies saignantes, les ulcères anciens ou récents. » Un peu plus tôt déjà, Hippocrate l’avait indiquée dans des cas d’hémorroïdes douloureuses.

Connue des Amérindiens d’Amérique du Nord, l’achillée était utilisée en décoction comme fortifiant alors qu’en fumigation sèche, elle se destinait à éloigner les mauvais esprits. Habitude que l’on retrouvait également en Europe quand on brûlait parfois de l’achillée dans les étables afin d’en éloigner les maléfices. Le feu encore révélait aux jeunes filles le visage de leur futur époux lorsqu’elles jetaient des tiges d’achillée dans l’âtre.

Quand on considère les propriétés médicinales de l’achillée millefeuille, on se rend compte qu’elles ont plus ou moins un rapport avec le sang : que ce soit les saignements naturels (menstruations), les saignements accidentels (blessures, coupures, etc.) ou bien la circulation sanguine, on peut dire que l’achillée se prête à merveille à l’exercice.
Cicatrisante interne comme externe, l’achillée a longtemps été dévolue à la guérison des maux saignants, au XIX ème siècle, Cazin l’indiquera contre certaines affections veineuses ainsi que dans les spasmes d’origine utérine.

Par ses qualités astringentes (c’est-à-dire permettant de resserrer les tissus de la peau, ce qui trahi la présence de tanins dans cette plante), cicatrisantes et hémostatiques, c’est la plante aux coupures. On l’emploiera surtout en externe dans des cas de brûlures légères, de plaies, de coupures, d’inflammations de la peau et des muqueuses, d’ulcères de la jambe, de crevasses, d’engelures, de gerçures, d’eczéma et autres dermatoses. Son action en interne portera sur hémorroïdes et varices, jambes lourdes et fatiguées, phlébites et hémoptysie également.
Enfin, ses propriétés emménagogues et son pouvoir sédatif utéro-ovarien font d’elle une autre plante de la Femme avec sauge et armoise. L’achillée régule le cycle menstruel (douleurs prémenstruelles, douleurs pelviennes, règles douloureuses et abondantes, aménorrhée, spasmes des voies utérines, métrorragie) et permet de lutter contre certains troubles de la ménopause.

On utilisera efficacement l’achillée en infusion ou en décoction à l’eau ou au vin. On pourra aussi utilisé le suc de la plante fraîche.

On peut observer des cas d’irritations cutanées au contact de cette plante, bien que cela ne soit pas systématique. En revanche, il est plus que conseillé de ne pas s’exposer au soleil pendant une cure d’achillée du fait de la présence de coumarines dans la plante, substances susceptibles de provoquer des dermatites (comme c’est le cas du millepertuis, de la berce et de toutes les plantes à coumarines.)

L’achillée est aromatique et comestible. On peut, par exemple, s’en servir comme le persil et en saupoudrer une salade. Quant aux fleurs, elles parfument agréablement thé, infusion, liqueurs ou limonade.

L’achillée est une plante vivace à rhizomes qui peut facilement atteindre 50 cm de hauteur et coloniser des terrains entiers bien qu’elle ne soit plus aussi fréquente qu’auparavant car elle est vulnérable aux pesticides (est-ce là son talon ?)
Ses tiges sont non ramifiées. Ce n’est qu’au sommet de la tige qu’apparaissent des ramifications qui portent des capitules de fleurs blanches, voire légèrement rosâtres parfois, modification chromatique observable en montagne, en particulier. La floraison débute au mois de mai pour s’achever en octobre, voire en novembre. Prévoyez le mois de juillet pour une récolte.
Les feuilles, qui valent à l’achillée son surnom de millefeuille et de sourcil de vénus, sont longues et découpées comme une fine dentelle.
L’achillée se plaît sur les sols secs tels que prairies, terrains vagues et caillouteux, lisières des bois, zones incultes. On la trouve jusqu’à 2 000 m d’altitude.

Achillée millefeuille

L’achillée en phytothérapie :

1. Parties utilisées : fleurs, feuilles

2. Propriétés médicinales :

  • Antispasmodique intestinal, digestive, cholagogue
  • Antalgique, analgésique, anti-inflammatoire
  • Astringente, hémostatique, cicatrisante
  • Sédative utéro-ovarien, favorise les règles
  • Diurétique, dépurative
  • Tonique

3. Usages médicinaux :

  • Troubles gastro-intestinaux maux d’estomac, spasmes gastriques, spasmes intestinaux
  • Troubles gynécologique : problèmes prémenstruels, spasmes des voies utérines, troubles de la ménopause, pertes blanches, blennorragie
  • Troubles cutanés : brûlures légères, plaies, inflammation de la peau et des muqueuses, ulcère de la jambe, crevasse du mamelon, eczéma
  • Troubles circulatoires : hémorroïdes, varices, phlébites
  • Goutte, douleurs rhumatismales, inflammations articulaires
  • Lithiases biliaires et urinaires

4. Contre-indications et autres usages :

  • L’achillée est une plante déconseillée durant la grossesse. Photosensibilisation à haute dose. Ne pas s’exposer au soleil durant une cure. Risque de réactions cutanées chez certaines personnes.
  • La feuille d’achillée est aromatique. On peut la hacher tel du persil afin d’en saupoudrer les salades. Quant aux fleurs, elles parfument certaines liqueurs.
  • Il existe un élixir floral de fleurs d’achillée. Il s’adresse à des personnes sensibles dont la tendance majeure consiste à s’identifier aux émotions des autres, une empathie, en somme. Il sera aussi très utile pour des personnes facilement influençables.

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L’aristereôn, la verveine des Anciens

Si je vous parle de verveine, sans doute qu’à l’évocation de ce mot, vous aurez une douce odeur citronnée qui emplira vos narines. Sauf que celle que je vais aborder aujourd’hui n’est pas la verveine parfumée dont on fait des infusions relaxantes, vous savez, cette plante qui porte des feuilles semblables à celles du pêcher et provenant d’Amérique du sud.
La verveine du jour, c’est celle qu’on qualifie d’officinale. C’est une plante aux tiges minces, aux feuilles insignifiantes, aux rameaux grêles et aux fleurs minuscules. Elle apprécie les lieux maigres (talus, bord de chemin, vieux murs, décombres, terres incultes). Parfois comparée à du fil de fer, lorsqu’on marche à côté d’elle, c’est à peine si on remarque sa présence.
Comment une plante aussi anonyme aura-t-elle pu attirer l’attention des Anciens et jouir d’une célébrité qui s’illustre par les noms vernaculaires qu’elle porte encore aujourd’hui ? En effet, herbe sacrée, herbe à tous les maux, guérit-tout, herbe aux enchantements, herbes aux sorciers, en disent long sur le prestigieux passé de cette plante anodine et aux fleurs sans odeur, une plante dont Fournier nous dit que « ses propriétés sont difficiles à préciser et, semble-t-il, aussi faibles que vagues » (Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 958).

Verveine officinale

Un nouveau mystère botanique s’offre à nous. Cherchons à découvrir pourquoi notre actuelle verveine officinale n’a peu de chance d’être la verbenaca des Anciens, et encore moins l’aristereôn poussant dans la prairie du bois sacré de Hékate, une clairière au centre de laquelle était planté le chêne portant la Toison d’or. Celle que les textes anciens nomment hiera botanê est renommé tant chez les Grecs que chez les Romains :

  • Chez les Romains, on la nomme verbenaca, dont Pline l’Ancien nous dit qu’il s’agit d’une plante aquatique aux fleurs bleuâtres.
  • Chez les Grecs, elle porte différents noms : 1. Peristereôn, une plante aux feuilles bleuâtres et aux fleurs pourpres selon Dioscoride, qui ajoute que c’est une plante aquatique. Peristereôn dont on distingue le genre huptios lié aux Gémeaux et à Mercure du genre orthos consacré au signe du Taureau et à la planète Vénus. 2. Aristereôn : c’est par ce nom que l’auteur anonyme des Argonautiques orphiques désigne la « frêle verveine », qui a peu de chance de ressembler aux descriptions de Pline et de Dioscoride, sachant que le verveine officinale n’a ni fleurs bleues ou pourpres et quelle n’est pas une plante aquatique

Verbenaca, aristereôn, peristereôn sont-ils des mots qui désignent tous la même plante ? Nul ne le sait. L’un d’entre-eux décrit-il la verveine officinale ou bien une espèce de verveine aujourd’hui disparue ? Et, comme si cela ne suffisait pas, cette plante (qui en est peut-être plusieurs) portait chez les Grecs le nom de loustragô (du grec luô, laver et du latin lustratio, purification ; nous verrons plus loin pourquoi).
Il est difficile de savoir si Dioscoride et Pline ont décrit la même plante. Si le premier était un observateur, le second était davantage un rapporteur qui ne vérifiait pas toujours ses sources. Pourtant, de l’un à l’autre, des détails demeurent troublants. Comme je l’ai déjà indiqué par ailleurs, de l’Antiquité au Moyen-Âge, on a attribué à un nombre incalculable de plantes la vertu d’intervenir en cas de morsure de serpent et de piqûre d’araignée. Deux d’entre elles, la vipérine et le dompte-venin, en sont des exemples évocateurs. C’est cette dernière propriété que Pline et Dioscoride accordent à la verveine. Ils tombent également d’accord sur la question des problèmes hépatiques (ictère), d’ulcères et d’inflammations que la verveine est censée résoudre. Pline note aussi un chose intéressante : la verveine agirait sur les points de côté (nous verrons plus loin à quel point son analyse est fondée), alors qu’il se gausse de certains magoi qui prétendent soigner une blessure par arme blanche à l’aide de la verveine.
Comme très souvent, lors de l’Antiquité, les usages magiques d’une plante s’allient à ses emplois médicinaux. Comme s’il n’y avait aucune différence entre ces deux domaines. Il n’est donc pas très surprenant que celle que l’on surnomme herbe aux enchantements ait vu ses usages empiéter largement sur le domaine de la magie. Si Dioscoride n’est pas très loquace sur la question des emplois magiques de la verveine (il fait référence à la confection d’amulettes), Pline est beaucoup plus prolixe en ce qui concerne l’utilisation de la verveine en magie. Selon lui, la verveine pourrait agir aussi bien sur les lieux que sur les personnes. C’est à base de verveine que les Romains conçurent l’eau lustrale destinée à la lustration (on comprend mieux son nom de loustragô évoqué plus haut), c’est-à-dire à une purification. On lustrait donc les maisons en les aspergeant d’une infusion de verveine qui avait pour conséquence d’apporter la gaieté et la bonne humeur aux habitants. Il indique aussi de quelle façon cette plante doit être récoltée et les soins qu’il faut lui prodiguer : « la verveine doit être cueillie vers le lever de la constellation du Chien sans être vu de la Lune et du Soleil » (alors que le pseudo-Apulée recommande le solstice d’été, ce qui aura très certainement été à l’origine du fait de considérer la verveine comme une herbe de la saint Jean). La cueillette de la verveine doit s’effectuer de la main gauche. Puis, une fois arrachée, on brandit la plante vers le ciel, sans doute pour se concilier les dieux, bien qu’ils ne soient pas tous de nature ouranienne, Hékate en étant l’exact opposé. Pline recommande de faire sécher la verveine à l’ombre en séparant bien les feuilles et les tiges des racines.

Un noeud

Les usages magiques sont multiples et variés. Si certains sont issus du terreau fertile de l’Antiquité, d’autres, plus tardifs seront le prolongement amplifié des pratiques antiques.

  • Pour la santé : « il faut donner à boire le troisième nœud de la verveine par rapport au sol avec ses feuilles à ceux qui souffrent de fièvre tierce et le quatrième noeud à ceux qui souffrent de la fièvre quarte ». Ceci est un exemple parmi tant d’autres, mais il est intéressant à plus d’un titre. Très observateurs, les Anciens voyaient dans les signes de la Nature des réponses à leurs maux. La verveine n’a pas échappé à cet usage. Aussi, une signature approximative additionnée de magie des chiffres (troisième nœud pour fièvre tierce, quatrième pour fièvre quarte) a-t-elle fait long feu. Or, si l’on observe bien une tige de verveine officinale, on constate la présence d’un certain nombre de « nœuds » (cf. cliché ci-dessus). De plus, dans cet extrait de son Histoire naturelle, Pline parle du sol alors que, par ailleurs, il désigne la verveine comme une plante aquatique. A la lecture des Argonautiques orphiques, les plantes qui y sont décrites sont censées être des espèces terrestres puisque poussant dans la clairière d’un bois.
    Chez les Romains, la verveine était une des plantes qui permettait de balayer les autels dédiés à Jupiter. Un Jupiter romain dont l’équivalent grec n’est pas autre que Zeus, père supposé de Hékate. On en lavait les instruments de culte et elle entrait même dans la confection de philtres. Par exemple, sa racine portée au cou permettait de guérir les écrouelles, les ulcères et l’incontinence urinaire. On voit à quel point cette plante fut tenue en haute estime durant l’Antiquité, sa réputation de guérisseuse sur différents plans s’illustrant à travers les usages qui vont maintenant suivre.
  • Pour l’amitié : se frotter de verveine permet de voir l’objet de son désir se réaliser (idem pour l’amour).
  • Pour l’harmonie : si l’on souhaite recevoir et que l’on désire que la soirée se déroule harmonieusement, il faut répandre dans la pièce un parfum composé de quatre feuilles de verveine ayant trempé durant une nuit dans du vin.
  • Pour le bonheur : de la verveine suspendue à la poutre d’une maison permet d’assurer à ses habitants santé et opulence.
  • Pour la protection : « si un homme est saisi de frissons, nous dit le Carmen de Viribis herbarum, prends un rameau de cette plante, tiens-toi debout face à lui : tu chasseras aussitôt son démon, et il ne l’attaquera plus ». Globalement, la verveine était réputée comme plante de protection et de dégagement.
  • Pour la sexualité : s’il porte trois de ses graines dans un sachet suspendu à son cou, un homme devient d’une vigueur redoutable en amour.

Mais… Malgré toutes ces bonnes intentions, la verveine fut aussi employée pour des buts bien moins honorables. On a finit par faire d’elle une plante davantage invoquée pour les démons que pour les dieux. Par exemple, le Livre des Cyranides nous indique qu’il suffit de placer sous l’oreiller d’un homme de la verveine durant sept jours. Celui-ci ne pourra avoir de rapport sexuel faute d’érection. Patronnée par Vénus, la verveine nous est présentée comme une plante à double tranchant. Si elle permet de se faire aimer d’une autre personne, c’est en provoquant, entre autres, une querelle au sein du couple de la personne convoitée. Une vieille incantation du XVII ème siècle nous explique comment faire : «  Le premier vendredi [jour de Vénus] de la nouvelle Lune, il faut avoir un couteau neuf et aller cueillir une verveine. Il faut se mettre à genoux, la face tournée vers le soleil levant, et coupant ladite herbe avec le couteau, dire « Sara isquina safos, je te queille, herbe puissante, afin que tu me serves à ce que je voudray ». Puis vous vous levez sans regarder derrière vous. Étant dans votre chambre, vous la ferez sécher et pulvériser, et vous ferez avaler cette poudre à la personne ».

Verveine officinale  fleurs

Connue des Celtes (verveine proviendrait du mot celte ferfaen), ainsi que des Germains, la verveine était, selon les sources, une plante médicinale pour ces peuples (action sur les reins, la rate, la vessie ; jaunisse, fièvre, calculs, ulcères, accouchement difficile, etc. ; soit, peu ou prou, les antiques indications de Pline et Dioscoride). Mais, comme souvent en ces temps reculés, la verveine ne se borna pas qu’à de seuls usages médicinaux. Par exemple, les vates celtes (principalement des devins) absorbaient des infusions de verveine avant de procéder à des séances divinatoires. Employée de manière plus offensive, la verveine était aussi un ingrédient permettant de jeter des sortilèges. Expliquons pourquoi. Si on se penche davantage sur le mot Verbena, on sera surpris du fait qu’il fait tant référence à l’oral qu’à l’écrit :

  • Verbum : le verbe, la parole.
  • Verberare : frapper. En effet, le verbena désignait le sceau dont on frappait un traité.

On peut tout à fait penser que ces deux explications s’impliquaient dans des actes magiques : le verbe par incantation, le frappement par scellage d’un rituel magique, une entente sur un pacte (« votre sort est scellé »).
Quant à savoir si la seule verveine se vouait à ces usages aux temps de l’Antiquité romaine n’est pas chose facile, car cette notion de verbena ne s’appliquait pas qu’à la verveine mais à l’ensemble des plantes sacrées de ce temps. Aussi pouvait-on aussi frapper grâce à la sauge.

Pour finir, un peu de phytothérapie moderne…

A l’heure actuelle, la verveine, bien qu’officinale, n’est plus une panacée. Généralement, on utilise les parties aériennes de la plante qui contiennent des principes amers, des tannins et du mucilage. Ses propriétés sont assez réduites. On la dit apéritive et digestive, fébrifuge, antitussive, antirhumatismale, antalgique et antinévralgique. Elle se destine aux affections suivantes : migraine d’origine nerveuse, point de côté, pleurésie, ictère, vertiges, somnolence, entorse, contusion, coup, choc, foulure, plaie, ulcère de la peau, petits problèmes cutanés (ecchymoses, écorchures).

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Le capillaire, une plante tirée par les cheveux !

Capillaire de Montpellier 3

Adiantum capillus veneris. Ce qui, littéralement, signifie : cheveux de Vénus qui ne se mouillent pas. Bien ésotérique, tout ça. Décortiquons grâce à d’anciens textes de l’Antiquité. Les Grecs nommaient cette plante de diverses manières :

  • Adianton leukos : du grec « a », privatif, de « diaïnô », mouiller et « leukos » qui fait ici référence à la couleur des feuilles, c’est-à-dire claire. C’est l’adiantum des Latins.
  • Kallitrichon : du grec « trix, trichos » qui veut dire cheveux. Ce nom donnera herba callitrichum chez les Romains.

La première appellation désigne une plante aux feuilles vert clair qui ne se mouillent pas. En effet, le capillaire laisse l’eau glisser sur ses feuilles. Comme le nota Théophraste, « arrosée d’eau, elle ne se mouille pas et ne reste pas humide, parce que l’eau n’y adhère pas ».
La seconde dénomination s’explique par le fait que le capillaire était sensé accorder la beauté au corps et surtout aux cheveux. C’est une des propriétés que prisèrent tant les Grecs que les Romains. Pline l’Ancien s’en fit l’écho : « quelques-uns l’appellent callitrichon, d’autres polytrichon, deux noms dû à ses propriétés : il noircit les cheveux » (Histoire naturelle).

Le gracieux capillaire du bois sacré de la déesse Hécate était, pour les Grecs, une plante donnant la beauté. C’est pour cela qu’elle a été classée parmi les plantes d’Aphrodite. C’est du moins ce qu’indiquent de vieux manuscrits astrologiques de l’Antiquité. Le capillaire, d’un point de vue astrologique, fut donc associé à la planète Vénus qui, comme l’on sait, est la patronne de la beauté et de l’amour (on retrouve Vénus dans le mot vénérien).
A cette époque ancienne où la magie flirtait avec la « science » médicale, il n’est pas étonnant que certaines sources relatent l’emploi du capillaire à travers des onguents miraculeux sensés effacer les rides et d’autres produits cosmétiques à même de rendre admirables ceux qui s’en enduiraient le visage. On alla même jusqu’à appliquer un collyre à base de capillaire dans les yeux de ceux qui les avaient bleus, couleur peu réputée chez les Grecs. Enfin, une lotion capillaire, bien nommée, permettait de s’assurer la luxuriance d’une chevelure à tout jamais couleur d’ébène (1).
Au-delà de cette dimension relativement prégnante (Vettius Valens, un astrologue grec du II ème siècle, mentionne que la planète Vénus a les coiffeurs sous sa coupe ! ^^), les auteurs romains indiquaient que le capillaire se destinait à soigner les morsures de serpent et les piqûres de scorpion (encore !), les ulcères, l’hydropisie, les maux de tête, les écrouelles, etc. Les Grecs limitaient l’emploi du capillaire en fonction des mélothésies planétaires. Étant une plante de la femme, elle fut donc associée aux troubles typiquement féminins (leucorrhée, métrite). C’est pour cette même raison qu’elle fut considéré comme emménagogue et apte à faciliter l’accouchement. Logiquement, ce fut également une plante employée dans les affections bronchiques et pulmonaires (les poumons étaient placés sous la domination de la planète Vénus). De fait, Galien notera les propriétés expectorantes du capillaire. Alexandre de Tralles ajoutera que cette plante est « capable de soulager les sujets dont les organes respiratoires sont embarrassés par des humeurs épaisses et visqueuses » (propriété mucolytique : apte à drainer le mucus hors de l’organisme).
Si certains usages rencontrés plus haut paraissent quelque peu tirés par les cheveux (^^), il est bon de noter que les propriétés anti-poison du capillaire trouvent leur origine dans le fait qu’Aphrodite/Vénus était tenue pour responsable des décès par potion vénéneuse (selon la loi de la contrariété propre à la magie, jouant tant sur la sympathie que sur l’antipathie).

Pourquoi donc le capillaire a-t-il été désigné comme plante de la femme et de Vénus ? En quoi ses actuelles propriétés peuvent-elles expliquer ses prétendues implications dans le domaine de la gynécologie et de l’obstétrique ? Parce que lorsqu’on fouille les sources récentes (dont certaines sont passées dans la moulinette scientifique), rien ne permet d’asseoir ces hypothèses et de les valider. Quelle mystérieuse signature la plante recèle-t-elle ? (La réponse est cachée quelque part dans cet article… Mais ne vous arrachez pas les cheveux pour autant ^^). Les astrologues grecs « semblent avoir surtout souhaité privilégier deux des attributs propres à la planète [Vénus], qui se confondent avec ceux de la déesse : l’amour et la beauté. Les plantes d’Aphrodite avaient la particularité de procurer l’un et l’autre, parfois les deux. Elles sont donc supposées être aphrodisiaques et avoir des effets bénéfiques sur les relations sexuelles » (Guy Ducourthial, Flore magique et astrologique de l’Antiquité, p. 358).
Il est fort possible que les Grecs soient allés un peu vite en besogne et que, d’un détail, ils aient extrapolé tout un tas de propriétés que ne possède pas le capillaire (nous verrons plus loin qu’elles sont en-deçà de ce qu’imaginaient les Anciens, tant Grecs que Romains). Cependant, on ne peut que féliciter les auteurs antiques d’avoir fourni des descriptions précises permettant aujourd’hui d’identifier la plante que l’on retrouve aussi, apparemment, dans de vieux papyrus égyptiens.

Si on le dit de Montpellier, c’est en raison du fait qu’un botaniste lillois, Lobelius (1538-1616), venu étudier à l’école de médecine de Montpellier, fut l’un des premiers à utiliser le capillaire contre l’asthme et la coqueluche. La seconde raison, c’est que cette fougère est méridionale.
Par la suite, on sait qu’Olivier de Serres cultivait le capillaire dans son jardin médicinal du Pradel, en Ardèche. Il élargira les vertus du capillaire : antilithiasique, diurétique, hémostatique et hépatique.
En toute fin du XVII ème siècle, le café Procope à Paris mettra la « bavaroise » à l’honneur. Il s’agit d’un mélange de café, de lait et de sirop de capillaire dont Leclerc dira, au début du XX ème siècle, qu’il est plus agréable que véritablement efficace.

Cette élégante fougère à port évasé est formée de fines frondes arquées dont les pétioles possèdent la caractéristique d’être quasiment noirs, contrairement à bien des fougères. Le capillaire possède de nombreuses feuilles vert clair placées en éventail et dont les marges sont finement crénelées. On la trouve plus majoritairement dans la partie sud de la France où elle est représentative de la flore des falaises humides méditerranéennes. Il lui faut donc, comme toutes les fougères, de l’humidité et de l’ombre. C’est pourquoi on la trouvera le long des murailles ombragées, en bordure de ruisseaux, sur les rocailles humides, comme nous le voyons ci-dessous :

Capillaire de Montpellier 2

Un peu de phytothérapie maintenant

1. Partie employée : les frondes (qui contiennent une gomme, du tannin, du mucilage, un principe amer, quelques traces d’essence…)

2. Propriétés thérapeutiques

Très employée autrefois (d’après Fournier), cette plante n’est plus guère usitée de nos jours. Cependant, elle est :

  • Expectorante, antitussive
  • Émolliente, adoucissante
  • Sudorifique légère
  • Diurétique légère

Nous sommes loin des nombreuses propriétés d’antan…

3. Usages thérapeutiques

  • Affections bronchopulmonaires : bronchite, trachéite, toux, catarrhe pulmonaire aigu ou chronique, rhume, gorge irritée

Chez l’adulte, le capillaire permet de seconder l’action de plantes plus actives (hysope officinale, lierre terrestre, véronique officinale…), alors qu’elle est parfaite et sans risque pour les enfants. On peut l’employer en infusion ainsi qu’en décoction. Cependant, la dessiccation fait perdre beaucoup de ses pouvoirs au capillaire. Aussi opterons-nous pour la teinture-mère ou le sirop issus de la plante fraîche.


  1. Les propriétés magiques de la plante étaient telles que pour Plutarque elle communiquait gaieté et bonne humeur alors qu’Elien vante ses effets protecteurs contre mauvais œil et sortilèges.

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Le cajeput, arbre à grippe

Le cajeput est un arbre qui fait partie de la grande famille des mélaleuques dont on trouve des représentants en Asie du sud-est ainsi qu’en Océanie. Dans la force de l’âge, il atteint généralement 15 à 20, ce qui en fait un arbre assez petit pour le climat dans lequel il évolue. Il ne lui déplaît pas de pousser dans l’eau (il partagerait alors la signature du saule de nos contrées ; en effet, le cajeput est antirhumatismal et anti-grippe, comme le saule).
Semper virens à vie courte (25 ans tout au plus), il est en revanche doté d’une vie végétative très développée.
Apparemment, au XVII ème siècle, la marine marchande hollandaise était déjà bien implantée dans l’aire de répartition géographique du cajeput. Si l’on en croit les sacro-saintes sources, ce serait les Hollandais naviguant qui rapportèrent trace de l’existence du cajeput, cet arbre à l’écorce blanche qui résiste aux feux de forêt et dont le nom en malais se dit kaja putih ou kajoupouti (« arbre blanc »).
Bien qu’étant connu depuis ce temps, l’intérêt pour les huiles essentielles de mélaleuques, dont le cajeput, n’apparaîtra que bien plus tard, au tout début du XX ème siècle.

cajeput

1. Huile essentielle : composition et description

Comme d’autres représentants de la famille des Myrtacées (eucalyptus globuleux, eucalyptus radié, niaouli, etc.) le cajeput est un arbre à eucalyptol (maintenant, on dit 1.8 cinéole) tout à fait typique.

  • 1.8 cinéole : 50 à 70 %
  • Alpha-terpinéol : 5 à 15 %
  • Limonène : 4 %
  • Linalol : 3 %

Soit quatre molécules constituant au ¾ cette huile essentielle. Le cajeput présente un profil biochimique proche de celui d’un autre mélaleuque plus connu, le niaouli (M. quinquenervia). En revanche, il se distingue de l’arbre à thé (ou tea tree, M. alternifolia) (1).
Dans le commerce, on trouve plus souvent l’huile essentielle de cajeput du Vietnam (M. leucadendron). Les deux huiles essentielles se valent mais occasionnent parfois des confusions dans un marché trop souvent gangrené par les falsifications (2).
Fraîche et boisée, l’huile essentielle de cajeput est marquée par la note parfumée des essences à 1.8 cinéole. Par l’odeur, on est plus proche d’un eucalyptus radié, par exemple. Liquide et mobile, cette huile essentielle est le plus souvent incolore à jaune pâle, mais il lui arrive aussi d’être verdâtre. Elle est extraite par distillation à la vapeur d’eau des feuilles et bourgeons cueillis juste avant floraison puis légèrement fermentés.

CPG HE Cajeput

2. Propriétés thérapeutiques

Elles sont proches des huiles essentielles de ravintsara, niaouli, arbre à thé, eucalyptus globuleux et eucalyptus radié.

  • Anti-infectieuse majeure à large spectre d’action (sur les sphères pulmonaire, intestinale et urinaire ) : antibactérienne, antifongique, antivirale, antiseptique atmosphérique, antiparasitaire
  • Expectorante, mucolytique, anticatarrhale
  • Antinévralgique, antalgique, anti-inflammatoire
  • Antispasmodique
  • Immunomodulante
  • Décongestionnante veineuse, augmente la circulation vasculaire
  • Radioprotectrice : tout comme les huiles essentielles d’arbre à thé, de niaouli et de lavande fine, le cajeput offre un effet protecteur en cas de séances de rayons
  • Sudorifique
  • Insecticide, répulsive

3. Usages thérapeutiques

  • Infections d’origine respiratoire (bronchite, laryngite, pharyngite, tuberculose, rhinite), urinaire (cystite, urétrite) et intestinale (entérite, dysenterie), infections virales (herpès génital, grippe), et parasitaires (parasites intestinaux)
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : spasmes gastriques, vomissements
  • Troubles musculo-articulaires : rhumatismes, douleurs articulaires et musculaires
  • Troubles circulatoires : hémorroïdes, varices
  • Troubles cutanés : acné, eczéma, psoriasis, pityriasis, zona, plaies, démangeaisons, écorchures
  • Névralgies dentaires et auriculaires
  • Par ses propriétés répulsives, l’huile essentielle de cajeput offre une protection contre trois insectes responsables de maladies (dengue, paludisme, encéphalite) avec un pouvoir deux fois supérieur aux huiles essentielles de citronnelles.

4. Modes d’emploi

  • Voie orale diluée
  • Voie externe diluée (friction, massage)
  • Voie externe pure (geste d’urgence, névralgie dentaire)
  • Inhalation
  • Diffusion atmosphérique

5. Contre-indications et remarques

A chaque fois que l’on aborde une huile essentielle, les précautions sont de mise. Le cajeput ne fait pas exception à cette règle. Sachant qu’à ma connaissance il n’existe aucune huile essentielle dénuée d’effets plus ou moins indésirables, il est de mon devoir de présenter celles qui concernent l’huile essentielle de cajeput.

=> En cas de massage on dilue. Cela permet d’éviter les problèmes d’irritation cutanée.
=> En cas de diffusion atmosphérique et d’inhalation directe au flacon, on fera attention aux sujets sensibles niveau sphère respiratoire. D’autant plus quand on sait que certaines huiles essentielles de cajeput frelatées (entendre : falsifiées) occasionnent des crises d’asthme.
=> En cas de grossesse : cette huile essentielle est déconseillée durant les trois premiers mois.


  1. Moins célèbre que niaouli et arbre à thé aujourd’hui. En revanche, dans les années 1960, le docteur Valnet évoquera autant le niaouli et le cajeput, faisant complètement l’impasse sur l’arbre à thé.
  2. « Elle est souvent reconstituée et, contenant du pinène droit, elle devient dextrogyre. Les médicaments chimiques sont souvent dextrogyres. L’huile essentielle de cajeput naturelle est lévogyre » (Michel Faucon, Traité d’aromathérapie scientifique et médicale, p. 572). Par analyse, on peut déterminer si une huile essentielle est naturelle ou coupée avec d’autres substances. Si c’est le cas, son pouvoir rotatoire est modifié et de lévogyre devient dextrogyre. Or le fait de couper une huile essentielle, de la trafiquer donc, diminue considérablement sa puissance vibratoire par rapport à l’huile essentielle naturelle exempte de modification.

© Books of Dante – 2014

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Les résines aromatiques : des baumes pour votre peau ! (Mais pas seulement…)

Dans la Nature, de multiples plantes ont, jusqu’alors, permis aux hommes de se soigner. Selon les plantes, ce sont les feuilles, les fleurs, les racines, les graines, le bois, etc. que l’on emploie. Ces parties végétales auront été séchées, concassées, broyées, pilonnées, pulvérisées afin de permettre d’en faire tisanes et décoctions, emplâtres et cataplasmes…
Mais, au sein des plantes, il existe une partie dont on ne parle pas toujours. Il s’agit de la sève. Qui, chez certaines espèces végétales se nomme la résine. On y a tous été confrontés au moins une fois, à cette substance collante que secrètent les troncs de pin et de sapin.
S’il est plus fréquent de distiller les feuilles ou les fleurs des plantes aromatiques pour en extraire l’huile essentielle, n’oublions pas de mentionner qu’on distille également la résine d’un petit nombre de plantes. Ce sont les huiles essentielles qui en sont tirées que je vais vous présenter aujourd’hui, une petite dizaine parmi les plus connues :

  • Baume du Pérou (Myroxylon balsamum var. pereirae)
  • Benjoin de Sumatra (Styrax benzoe)
  • Ciste ladanifère (Cistus ladaniferus)
  • Copaïba (Copaifera officinalis)
  • Élémi de Manille (Canarium luzonicum)
  • Encens (Boswellia carterii)
  • Myrrhe (Commiphora molmol)
  • Styrax d’Anatolie (Liquidambar officinalis)

Les huit espèces végétales listées ci-dessus sont toutes des arbres, des arbustes ou de petits arbres que l’on rencontre dans différentes régions du monde (Amérique du sud, Amérique centrale, Asie du sud-est, Afrique de l’est, péninsule arabique, Europe méditerranéenne). Bien qu’étant issus de plusieurs familles botaniques, ces arbres et arbustes présentent tous une caractéristique commune : de leur tronc exsude naturellement une résine (ou gomme oléorésine pour certains d’entre eux), hormis le ciste pour lequel ce sont les feuilles qui transpirent. Si l’arbre fait l’objet d’une culture par l’homme, il est possible d’inciser son tronc afin de favoriser l’écoulement de la résine qui, selon l’espèce végétale, la localisation géographique, la nature du sol et le moment de l’année, peut être de texture et de couleur variable (par exemple, la résine d’oliban récoltée sur un même arbre variera du blanc au roux en fonction de la saison). Par la suite, les résines sont distillées en alambic traditionnel, c’est-à-dire à la vapeur d’eau (à l’exception du benjoin qui subit un traitement différent permettant d’obtenir, non pas une huile essentielle, mais une absolue). Les substances ainsi créées sont toutes dissemblables par leur couleur (du brun presque noir à l’incolore), leur liquidité (du pâteux à la liquescence), leur composition chimique et leur parfum (vanillé, épicé, boisé, cuir, etc.).
En revanche, si l’on se penche sur les propriétés et usages thérapeutiques de notre petit groupe d’huiles essentielles, on remarque qu’elles ont toutes pour vertu d’agir sur la peau et ses affections. Ce sont donc ces propriétés et multiples usages que nous allons maintenant aborder.

Baume du Pérou
Baume du Pérou

Les propriétés

  • Anti-inflammatoire cutanée : copaïba, myrrhe, styrax
  • Antiparasitaire cutanée : baume du Pérou
  • Antiprurigineuse : baume du Pérou
  • Astringente : ciste, élémi
  • Cicatrisante : baume du Pérou, benjoin, ciste, élémi, encens, myrrhe (1)
  • Coagulante : ciste
  • Désclérosante : ciste, élémi, encens, myrrhe
  • Hémostatique : ciste
  • Régénératrice cutanée : ciste, encens

Les usages

  • Abcès : élémi, styrax
  • Acné : benjoin, ciste, myrrhe
  • Brûlure : benjoin, ciste, encens, myrrhe
  • Cicatrisation : baume du Pérou, benjoin, ciste, élémi, encens, myrrhe
  • Coupure : ciste
  • Crevasse : ciste, encens
  • Démangeaisons : benjoin, élémi
  • Dermatose parasitaire (gale, teigne) : baume du Pérou
  • Eczéma : benjoin, ciste
  • Engelure : benjoin, encens, styrax
  • Entaille : ciste
  • Escarres : ciste, élémi, encens, myrrhe
  • Gerçures : ciste, encens
  • Peau sèche, fatiguée, asphyxiée : benjoin, ciste, encens
  • Pityriasis : benjoin
  • Plaie : benjoin, copaïba, élémi, encens, myrrhe, styrax
  • Plaie atone : élémi, encens, myrrhe
  • Plaie infectée : ciste
  • Plaie saignante : ciste
  • Psoriasis : benjoin, ciste
  • Rides : ciste, encens
  • Ulcère : benjoin, ciste, copaïba, élémi, encens, myrrhe, styrax
  • Vergetures : ciste, encens

Résine d'oliban
Larmes d’oliban sur le tronc de l’arbre

Comment les utiliser ?

Bien qu’étant bienfaitrices pour la peau, ces huiles essentielles ne sauraient se passer d’une dilution dans une huile végétale ou autre (environ 3 à 5 % d’huile essentielle et 95 à 97 % de substrat) dont la nature variera en fonction de l’action souhaitée :

  • Couche cornée : HV avocat, argan, olive, rose musquée, onagre ; macérât huileux de millepertuis
  • Épiderme : HV calophylle, amande douce, bourrache ; cire liquide de jojoba
  • Derme : HV sésame, noisette, macadamia, noyaux d’abricot

Sachez aussi que les huiles végétales, outre le fait qu’elles offrent une base de dilution aux huiles essentielles, sont aussi douées de propriétés thérapeutiques. Par exemple, le calophylle est anti-inflammatoire alors que le germe de blé permet une régénération cutanée. D’autres sont cicatrisantes, telles l’amande douce et l’olive. Ainsi, il est possible d’élaborer différentes synergies composées de plusieurs huiles essentielles et huiles végétales à destination d’une affection cutanée donnée.

Résine de myrrhe
Résine de myrrhe

Prolongement

Il y a quelques années de cela, travaillant sur l’huile essentielle d’encens d’oliban, une chose m’a frappée. Après étude, je me suis aperçu que cette huile essentielle portait ses actions thérapeutiques sur deux domaines : la peau et la sphère respiratoire. Or, il se trouve que le système respiratoire est constitué de l’interface cutané et de la sphère respiratoire. D’ailleurs, en médecine traditionnelle chinoise, c’est le méridien du poumon qui gère ces deux sous-ensembles, ce qui explique la corrélation entre problèmes cutanés et problèmes respiratoires. Mais ce n’est pas tout. Ayant passé au crible toutes les huiles essentielles présentées dans cet article, l’évidence est là : les deux domaines de prédilection de notre petit groupe aromatique sont la peau et la sphère respiratoire. A noter que peau et poumon sont deux de nos principaux émonctoires.
Les plantes balsamiques, c’est-à-dire qui contiennent du baume, sont bien dotées de la propriété du même nom, balsamique. Autrement dit : sédatif des muqueuses enflammées, en particulier des muqueuses respiratoires.

  • Baume du Pérou : bronchite aiguë, chronique ou asthmatiforme, toux, grippe, tuberculose
  • Benjoin : affections respiratoires catarrhales
  • Ciste : infections ORL
  • Copaïba : infections bronchopulmonaires catarrhales
  • Elémi : bronchite, toux
  • Encens : bronchite, bronchite catarrhale, bronchite asthmatiforme, asthme, laryngite
  • Myrrhe : bronchite
  • Styrax : toux, pneumonie, bronchite catarrhale

Étonnant comme, une fois de plus, la Nature fait bien les choses. Ne trouvez-vous pas ? :-)


  1. « Lorsqu’on incise l’écorce de cette plante [la myrrhe], elle réagit en sécrétant de la gomme-résine, véritable pansement naturel, pour cicatriser son écorce » (Michel Faucon, Traité d’aromathérapie scientifique et médicale, p. 463). On serait tenté de penser de même pour les autres espèces abordées ici.

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