La camomille romaine (Chamaemelum nobile ou Anthemis nobilis)

Camomille romaine à l'état sauvage

Camomille romaine à l’état sauvage

Synonymes : camomille officinale, camomille noble, camomille odorante.

Imaginez un peu qu’aujourd’hui encore on fait la confusion entre la camomille romaine et celle que l’on désigne par l’épithète d’ « allemande », autrement dit la matricaire (Matricaria recutita). Cette erreur fut commise par des thérapeutes et non des moindres, ce qui rappelle l’imbroglio plus récent concernant ravintsara et ravensare. Aussi comprendrons-nous à quel point il est difficile de se dépêtrer d’informations relatives à ces deux camomilles quand elles nous imposent une distance de plusieurs siècles ou, plus ardu, de plusieurs millénaires. On dit que la camomille romaine était connue des Grecs (Dioscoride évoque le cas d’un parthenion apte à soigner jaunisse, calculs, accès fébriles et troubles oculaires) et, qui plus est, des Romains. Avec un nom pareil, quoi de plus naturel ? Aussi, quand il est écrit que Galien la préconisait au II ème siècle de notre ère contre les maux de tête, les migraines, les névralgies et les coliques, personne ne bronche car ces indications sont toutes du ressort de la romaine. Quand ce même Galien assure que les anciens Égyptiens l’auraient dédiée au dieu Soleil de par son efficacité à lutter contre les fièvres et les accès de chaleur, là encore, personne ne bouge une oreille. Pensez donc, Galien, l’un des plus grands médecins après Hippocrate ! De même, lorsqu’on lit chez Macer Floridus que l’Anthemis était vantée par Esculape (l’équivalent romain d’Asclépios), plus aucun doute n’est permis : la camomille dont on parle est bien la camomille romaine ! Euh… en fait, non. Celle qu’on croit être, à tort, la romaine dans les textes antiques, ne l’est pas, l’Anthemis nobilis étant inconnue de l’Antiquité gréco-romaine, et cette assertion n’est pas avancée à l’absence de toute preuve, bien au contraire. Pour cela, invitons la camomille dite allemande afin de donner davantage de contraste à nos propos. Par camomille allemande, on pourrait s’attendre à une plante relativement septentrionale, et par camomille romaine à une plante méridionale. Or, c’est l’exact inverse qui est vrai ! Aujourd’hui courante un peu partout en Europe, la camomille allemande, la matricaire donc, originaire des régions méditerranéennes, « est si abondante en Grèce qu’en mars-avril, l’atmosphère, aux environs de l’Acropole, en est toute parfumée » (1). A l’inverse, la camomille romaine est une plante qui, en France, est présente surtout à l’Ouest et au Centre, puis qui se raréfie ou devient inexistante au fur et à mesure que l’on progresse plus avant dans les terres. Au-delà de l’Auvergne, il est rare de rencontrer la camomille romaine au naturel. La romaine est atlantique (largement répandue en Espagne, au Portugal, en Grande-Bretagne), alors que l’allemande est méditerranéenne ! L’une s’est déployée en suivant la course du soleil, l’autre en allant à rebours ! Tout les opposerait donc ? Si l’on estime que la romaine est poilue, l’autre glabre, oui. Si l’on considère que l’allemande est annuelle et l’autre vivace, deux fois oui. Et si la romaine porte cet épithète, c’est parce que, implantée plus à l’est, échappée des jardins, « c’est dans ces dernières conditions que Joachim Camerarius la rencontra dans la campagne romaine et lui donna le nom de camomille romaine » (2) en 1588, un nom qui lui est finalement resté. Si l’on pense difficile de distinguer les deux espèces dans les textes antiques, cette appréhension n’a pas lieu d’être. La camomille romaine n’étant pas une plante originaire du midi, il est somme toute normal que les anciens Grecs et Romains ne l’aient pas connue et qu’ils ne nous aient, par conséquent, rien transmis à son sujet. Si l’Antiquité égyptienne consacre une camomille au Soleil, si l’Antiquité gréco-romaine fait référence à une camomille, il ne peut en aucun cas s’agir de la romaine qui, même ignorée au Moyen-Âge, n’apparaît clairement dans les textes qu’à partir du XVI ème siècle. Par exemple, la febrifuga du Capitulaire de Villis (fin VIII ème – début IX ème siècle) ne peut être la camomille romaine. Sans doute s’agit-il de la matricaire, mais rien n’est bien certain à ce sujet.
Ainsi, quand l’auteur anonyme du Carmen de viribus herbarum conseille de récolter « sa » camomille au mois de juillet, il est permis de s’interroger à propos de son identité. Si je dis « lavande », on peut tous avoir en tête une image mentale qui différera d’une personne à l’autre. L’une pensera à l’aspic, l’autre à la stoechade, etc. Même constat chez Macer Floridus lorsqu’il parle de Chamomilla. Le bas latin Chamomilla émane du grec Khamaimêlon, terme forme de khamai (« qui vit près du sol », « qui est petit ») et mêlon, terme générique ne désignant pas que la pomme mais l’ensemble des fruits. C’est pourquoi on s’est hasardé à qualifier cette plante du nom littéral de « pomme de terre » (aucun rapport avec la patate ^_^), simplement du fait que la camomille est une petite plante portant des fruits, en fait des capitules floraux, à l’odeur de pomme. Ce que Macer dit de sa Chamomilla donne néanmoins des indices : il s’agit d’une petite herbe odorante, emménagogue et fébrifuge, ce qui correspond à la camomille romaine, mais il la dit aussi diurétique et antilithiasique, ce qu’elle n’est pas vraiment. Du côté d’Hildegarde de Bingen, on a affaire à une Metra. Anagramme de Mater, la « mère » en latin ? Ce qui nous propulse, au choix, du côté de la matricaire ou bien de la mutterkraut, « l’herbe à la mère » qui se trouve être la grande camomille, Chrysanthemum parthenium. Mais tout ceci n’est qu’un égarement de mon esprit fébrile face à l’insolubilité d’une telle question. Las. Selon Hildegarde, cette « camomille est chaude, elle a un suc agréable qui constitue un suave onguent pour les intestins » (3). Et, tout comme camomille romaine, matricaire et grande camomille, la Metra hildegardienne est emménagogue. De plus, elle intervient en cas de colique, d’affections cutanées, d’hémorragie et de douleur goutteuse, toutes affections, ou presque, relevant du domaine thérapeutique de la camomille romaine.

Loin de ces considérations, l’implantation de la camomille romaine sur la façade atlantique explique bien pourquoi elle fut une plante privilégiée par les Celtes, bien que le monde celte ne se réduise pas à ses extrémités océaniques, puisque, à l’apogée de son expansion (au II ème siècle avant J.-C.), il s’étendait de l’Ouest (Portugal, Irlande) jusqu’à l’Est, en bordure de Mer noire. Ce fut donc un remède druidique dont le souvenir s’est perpétué puisqu’elle fait partie des plantes sacrées du solstice d’été, très usitée par les Anglo-saxons lors de la Saint-Jean d’été, alors qu’ailleurs, où cette plante est inconnue, on accorde tout son intérêt à certaines de ses cousines telles que pâquerette et grande marguerite.

Soit qu’on lui préfère la variété « double » ou bien qu’on la confonde avec la matricaire, la camomille romaine est tombée dans une sorte de déshérence. De plus, « l’invasion » de substances extraites de pharmacopées lointaines a mis à mal la réputation de la camomille romaine. Mais tous les praticiens ne tombèrent pas dans le panneau qui consiste à croire que l’herbe est forcément plus verte chez le voisin. Ainsi, Lieutaud, sans chauvinisme, se penche sur le cas de la camomille romaine dans les années 1760 et met en évidence des propriétés qui ont toujours cours à l’heure actuelle : carminative, antispasmodique, fébrifuge, propre à soulager les douleurs goutteuses. Puis, au siècle suivant, Cazin la préconise comme tonique, calmante, digestive, fébrifuge également, insistant sur le fait qu’elle fut très employée comme fébrifuge indigène dont l’action est proche, selon maints auteurs, de celle du quinquina et, bien souvent, supérieure à l’écorce péruvienne.

La camomille romaine est une petite plante vivace dont la taille n’excède pas 30 cm, parfois moins, habituée à étaler et coucher ses tiges dès la base, ce qui fait qu’elles sont rarement dressées d’un seul tenant. Son feuillage, composé de feuilles divisées et très découpées, donne à cette plante une allure vaporeuse, un effet visuel en cela renforcé par la multitude de petits poils qui couvrent son feuillage, lui donnant une teinte vert blanchâtre. Solitaires, les fleurs se perchent sur de longs pédoncules. Mais, caractéristique propre aux Astéracées, elles n’en sont pas vraiment. Auparavant, l’on ne parlait pas d’Astéracées mais de Composées : les « fleurs » de la camomille romaine sont, en fait, des capitules constitués de deux types de fleurs : celles jaunes, tubulées et hermaphrodites formant un cône bombé au centre, le tout cerné par des fleurs ligulées blanches et femelles sur le pourtour.
Comme nous l’avons dit, la camomille romaine élit domicile à l’Ouest de la France (Indre, Mayenne, Maine-et-Loire, etc.), mais également au Centre (Île-de-France, Cher, etc.). Elle apprécie les sols sablonneux, salés parfois, ce qui explique sa présence sur le littoral océanique. On la cultive dans divers endroits du monde : Afrique du Nord, États-Unis, Argentine. En France, se concentre la majeure partie de la production hexagonale dans le Maine-et-Loire, près de Chemillé-Melay. Mais il s’agit bien évidemment là de la variété annuelle à « fleurs doubles », qu’il faut donc semer chaque année, alors que la camomille romaine sauvage se propage par marcottage : ses tiges couchées s’enracinent de loin en loin et forment alors de nouveaux plans (pour conquérir la planète, ah ! ah !).

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La camomille romaine en phyto-aromathérapie

Tout tient dans le capitule. Le reste de la plante est le plus souvent négligé. Le capitule, donc. Selon que la plante est sauvage ou cultivée, il se montre sous deux aspects : une simple couronne de ligules blanches dans le premier cas, une double couronne et une quasi absence de fleurons jaunes au centre dans le second. Le hic, c’est que la camomille romaine sauvage est suffisamment rare pour qu’on ne puisse en faire un emploi de grande envergure. Ainsi, c’est sous sa forme cultivée qu’on la rencontre le plus souvent en herboristerie et commerces apparentés, au dépend de ses propriétés, la version cultivée étant bien moins puissante que la sauvage. Il y a également tout lieu de penser que l’huile essentielle – qui est extraite de la plante cultivée – l’est beaucoup moins que celle que l’on obtiendrait si l’on distillait la camomille romaine sauvage.
Les capitules de camomille romaine développent un très agréable parfum. En revanche, leur saveur chaude et balsamique est particulièrement amère, chose qui tient à la présence de germacranolides (des lactones sesquiterpéniques). Mais la camomille romaine ne contient pas que cela : des flavonoïdes, de la résine, de la gomme, des phytostérols, un camphre du nom d’anthémol, des coumarines, divers sels minéraux (soufre, calcium), enfin une très faible fraction d’essence aromatique dont la distillation des capitules secs par la vapeur d’eau ne permet d’obtenir qu’un rendement de 0,4 à 1 %. Vous comprenez pourquoi l’huile essentielle de camomille romaine est si onéreuse. De pH acide (3,7), cette huile est tout d’abord de couleur bleu céleste à la sortie de l’alambic, mais air et lumière la rendent verte, puis jaune brunâtre. C’est ainsi qu’on la trouve dans les flacons de verre teinté vendus dans les commerces spécialisés. Dommage pour le bleu !… Si la couleur de cette huile essentielle évolue, son parfum se renforce : doux, fleuri, fruité, à l’évident arôme de pomme.
En terme de profil biochimique, cette huile essentielle est composée d’esters à hauteur de 75 % (angélates et isobutyrates), puis on y rencontre quelques cétones (5 %), des monoterpénols (5 %), enfin un peu de monoterpènes (3 %).

Propriétés thérapeutiques

  • Puissante sédative du système nerveux central, relaxante, anxiolytique, négativante, inhibitrice des surrénales, inductrice du sommeil
  • Anti-inflammatoire, antalgique, analgésique, pré-anesthésiante, antinévralgique, antirhumatismale
  • Stimulante de la production des leucocytes, tonique, anti-anémique
  • Apéritive, digestive, stimulante hépatobiliaire, carminative, cholagogue, stomachique, antiparasitaire intestinale
  • Désinfectante cutanée, cicatrisante, vulnéraire, régénératrice cutanée (derme, épiderme), antiprurigineuse
  • Antispasmodique puissante
  • Fébrifuge, sudorifique
  • Bactériostatique
  • Anti-allergique
  • Emménagogue
  • Anti-ophtalmique
  • Inhibitrice thyroïdienne

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : indigestion, nausée, vomissement, embarras gastrique, crampes d’estomac et d’intestins, colique (et colique du nouveau né), diarrhée, lourdeur digestive, ballonnement, manque d’appétit, flatulence, entérite, colite, maladie de Crohn, ulcère gastro-intestinal, parasitose intestinale (lamblias, oxyures, ascaris, ankylostomes)
  • Troubles de la sphère respiratoire + ORL : prémisse de rhume, bronchite, sinusite, trachéite, pharyngite, laryngite, otite, toux sèche
  • Affections cutanées : urticaire, eczéma, psoriasis, prurit, acné, furoncle, dartre, panaris, démangeaison, irritation et inflammation cutanées, engelure, gerçure, brûlure, coup de soleil, coupure, plaie, plaie infectée, ulcère, ulcère de jambe
  • Affections oculaires : conjonctivite, blépharite, paupières gonflées, orgelet
  • Troubles locomoteurs : rhumatisme, douleur goutteuse, douleur articulaire, crampes et contractures musculaires, sciatique, lumbago, entorse, foulure, courbature
  • Autres douleurs : maux de tête, migraine (d’origine digestive, infectieuse, gynécologique), névrite, névralgie faciale, douleurs et poussées dentaires
  • Troubles de la sphère cardio-circulatoire : couperose, arythmie cardiaque, palpitations
  • Troubles de la sphère gynécologique : aménorrhée, dysménorrhée, fatigue sexuelle féminine, frigidité
  • Asthénie, anémie, fatigue générale
  • Hygiène buccale, aphte
  • Syndrome des jambes sans repos (impatience)
  • Vertiges
  • Acouphènes
  • Préparation à une intervention chirurgicale

Propriétés psycho-émotionnelles et énergétiques

Si j’ai tendance à associer les esters à l’élément Eau, le référentiel électronique me rappelle que, en (petite) partie, ils relèvent aussi de l’élément Terre. Ces deux éléments nous dirigent droit vers deux méridiens : le premier, celui de la Rate/Pancréas, lié à la Terre, le second, celui de la Vessie, lié à l’Eau. Selon Michel Odoul et Elske Miles, l’huile essentielle de camomille romaine est bénéfique au méridien de la Vessie. Par ailleurs, Philippe Maslo et Marie Borrel indiquent que la camomille, sans préciser laquelle (tss), agirait comme tonifiante de l’énergie du méridien de la Rate/Pancréas. Voyons voir ce qu’il en est.

  • La faiblesse du méridien de la Rate/Pancréas s’exprime par une tendance à la rumination, à la contrariété et à la mauvaise humeur. Son action corporelle s’applique aux ovaires et à l’ensemble du tube digestif. Sommes-nous des vaches pour ruminer, alors que nous ne sommes garnis, contrairement à ces paisibles bovidés, que d’une seule panse ? Nous avons vu dans quelle mesure la camomille romaine était efficace sur un très grand nombre d’affections gastro-intestinales, ainsi que son implication sur les troubles gynécologiques, aménorrhée et dysménorrhée relevant d’une perturbation du méridien de la Rate/Pancréas. Par ailleurs, l’élément Terre qui régit ce méridien implique un rapport à la « matière » (le « tangible », le « réel ») : sa maîtrise, sa possession, sa domination, son pouvoir sur elle. Ou le contraire si jamais ce méridien ne fonctionne pas comme il le devrait. Dans ce cas, la propension à agir sur la gestion de la vie quotidienne s’en trouve réduite, les difficultés financières et professionnelles (autrement dit, ce qui permet d’asseoir son existence sur une base essentielle) augmentées. Tout cela peut occasionner inquiétude, stress, angoisse, toutes choses que l’huile essentielle de camomille romaine est capable d’endiguer afin de faire retrouver le calme nécessaire pour qu’une réflexion raisonnable s’instaure face aux problèmes rencontrés. De plus, la camomille romaine aide à lutter contre le sentiment d’abandon de soi-même, lequel peut prendre la forme de « blues », de mélancolie et de déprime, voire même de dépression légère.
  • Le second méridien, celui de la Vessie, est intimement lié à des émotions telles que peur, phobie et angoisse. Chocs nerveux et émotionnels, trauma affectif et hypersensibilité sont aussi de la partie. Quand il défaille, courage et sérénité cèdent le pas à l’inquiétude et à la panique. C’est alors l’immersion dans les énergies profondes et aqueuses qui peut déclencher un ensemble de troubles liés aux peurs nocturnes, viscérales et secrètes : cauchemars, insomnie et autres troubles du sommeil sont alors au rendez-vous. Ici, la camomille romaine a davantage une influence sur les vécus psycho-émotionnels et prend très peu en charge les troubles physiologiques imputables à une perturbation du méridien de la Vessie. En réalité, c’est l’autre méridien lié à l’élément Eau, celui des Reins, qui entre le plus fortement en résonance avec l’huile essentielle de camomille romaine.
  • Enfin, pour faire bonne figure, indiquons que les chakras de prédilection de l’huile essentielle de camomille romaine sont ceux du cœur et du plexus solaire, et ceux de la couronne et de la racine dans une moindre mesure.

Modes d’emploi

  • Infusion de capitules
  • Décoction de capitules ou de la plante entière fleurie (usage interne comme externe)
  • Poudre de capitules additionnée de sucre
  • Sirop
  • Macération vineuse (vin rouge de préférence), huileuse, acétique de capitules
  • Teinture-mère
  • Huile essentielle : diffusion atmosphérique, olfaction, inhalation, voie orale, voie cutanée
  • Hydrolat aromatique : gargarisme, vaporisation cutanée, voie orale

Sur la question de l’infusion : bien des auteurs mentionnent qu’elle doit être prise après les repas, ce en quoi s’élèvent des voix face à cette habitude : «  Il est déconseillé de boire cette infusion après les repas, comme le font tant de personnes âgées : la plante, par son action sur les muqueuses internes dont elle active les sécrétions et calme les spasmes, doit en effet trouver le champ libre pour le préparer à l’invasion alimentaire » (4). Cette prise doit avoir lieu 30 à 45 mn avant chaque repas. Maintenant que nous avons résolu la question du « quand ? », interrogeons-nous sur celle du « combien ? ». Pour la valeur d’une tasse d’eau (15 cl), la plupart des auteurs sont unanimes pour compter, en moyenne, quatre à six capitules, sauf Henri Leclerc qui considère cette quantité comme insatisfaisante. En réalité, le nombre de capitules par tasse d’eau dépend de l’usage que l’on souhaite en faire : 4 à 5 têtes pour une infusion apéritive, 10 à 12 pour une boisson fébrifuge. Ce qui justifie la prudence de beaucoup, c’est que, à haute dose, la camomille romaine est vomitive. Notons enfin que les effets de la camomille romaine diffèrent selon le mode de préparation : ainsi la décoction et la teinture sont toniques, alors qu’infusion et sirop procurent des effets excitants et antispasmodiques.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : les capitules se cueillent durant l’été par temps sec (une rosée résiduelle les noircirait lors du séchage), alors qu’ils ne sont ouvert qu’au ¾.
  • Séchage : il est délicat, doit s’opérer rapidement en un lieu sec et aéré.
  • Associations : afin de renforcer l’action fébrifuge de la camomille romaine, on peut la mêler à d’autres plantes qui visent le même objectif : petite centaurée, saule blanc, absinthe, quintefeuille, marrube blanc, benoîte, grande gentiane jaune. Le mieux étant, comme le soulignait Cazin, d’associer tant les principes amers, les astringents que les aromatiques. En revanche, la camomille romaine est incompatible avec le noyer, le quinquina et la plupart des drogues à tanin.
  • Par la grande fraction d’esters contenue dans l’huile essentielle de camomille romaine, celle-ci peut donc s’employer sans risque dans la limite des doses thérapeutiques et physiologiques, et ce quelle que soit la voie envisagée. Cependant, en cas d’usage au long cours et sur les peaux fines et fragiles, il est recommandé de diluer cette huile dans un support adapté. Les personnes allergiques à l’un des constituants de cette huile essentielle devront procéder par le test du pli du coude avant toute utilisation par voie cutanée. Dans tous les autres cas, rappelons que toute substance est susceptible, un jour ou l’autre, de poser problème si on en fait un usage inconsidéré. Il n’existe pas d’huiles essentielles sans risque d’un côté, et d’autres « dangereuses » de l’autre, comme on a assez souvent tendance à le lire çà et là, ce que je déplore. Durant la grossesse, l’huile essentielle de camomille romaine s’utilisera avec parcimonie à partir du quatrième mois.
  • La camomille romaine est une plante « soin » pour les autres plantes environnantes. Ce qui veut dire qu’elle leur rend vigueur. Ce qui explique sa présence au sein des engrais anthroposophiques.
  • Soins capillaires : la camomille romaine renforce la brillance des cheveux blonds et en avive la blondeur. Voici une recette simple de vinaigre de fleurs de camomille romaine qui peut parfaitement jouer le rôle de lotion capillaire : placez une poignée de fleurs dans un récipient hermétique pouvant contenir ½ litre de vinaigre de cidre. Laissez macérer trois semaines dans un lieu chaud ou pourquoi pas en plein soleil. A l’issue, filtrer et conservez en bouteille.
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    1. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 609
    2. Ibidem, p. 203
    3. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 73
    4. Pierre Lieutaghi, Le livre des bonnes herbes, p. 141

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Camomille romaine à l'état cultivé

Camomille romaine à l’état cultivé

L’asperge officinale (Asparagus officinalis)

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L’asperge qui s’expose aujourd’hui en bottes sur les marchés, qu’elle soit verte, blanche ou violette, n’est qu’une lointaine descendante d’une asperge sauvage qui vivait sur l’ensemble du pourtour méditerranéen, comme du reste ses nombreuses consœurs. Connue des Égyptiens qui l’offraient aux divinités, elle devait jouer un rôle sacré pour eux sachant qu’on en a retrouvé des figurations sur les parois de certaines pyramides (il n’est pas seulement permis de penser que cela n’était qu’à titre ornemental). D’Orient, des colons grecs emmenèrent avec eux l’asperge jusque dans le sud de l’Italie. Elle se déploie tant qu’on en fait une espèce cultivée dont Grecs et Romains se délectaient comme aliment mais aussi comme plante médicinale. Pour le monde grec, c’était aussi une plante d’Aphrodite, chose que Pline soulignera : les Romains la vénéraient tout bonnement et simplement (1). D’un point de vue médical lié à l’Antiquité, laissons la parole à Dioscoride : « L’asperge vulgairement connue a des pointes, lesquelles cuites en viandes remplissent le corps et font uriner. Bue, la décoction de la racine aide à la rétention d’urine, à l’évacuation de la bile par tout le corps, aux maladies des reins et aux sciatiques. La décoction vineuse aide aux morsures des araignées phalanges, et tenue en la partie de la bouche où il y a douleur, aide aux dents souffrantes (2). La graine bue aide à toutes ces choses […] L’asperge […] est fort ramifiée, avec force et longues feuilles, semblables au fenouil. Elle a la racine longue, ronde et spongieuse. Les pointes pilées et bues avec du vin, ôtent les douleurs des reins. Cuites dans l’eau, ou rôties, et mangées en viandes, elles remédient à l’excrétion et à la rétention d’urine, et à la dysenterie […] Les racines portées quelque part sur soi, ou leur décoction bue, font stériles tant les hommes que les femmes » (3). Dernière assertion qui semble contredire le pouvoir aphrodisiaque concédé à l’asperge. Mais qui a jamais dit qu’Aphrodite était déesse de la fertilité et de l’enfantement ?

Au Moyen-Âge, on ne fait guère mention de l’asperge. Tout au plus le Tacuinum sanitatis nous montre-t-il une miniature exposant la culture de l’asperge, dont on dit qu’elle n’apparaît en France qu’au XV ème siècle (l’asperge ne sera cultivée sous sa forme moderne qu’au XVIII ème siècle). Mais tout ceci est fort mince. Attendons la Renaissance. Johann Schroder, perspicace, déduisit que de la mauvaise odeur que l’asperge communique aux urines, elle devait exercer une action sur la sphère rénale. Tout cela n’est pas très reluisant, mais ceux qui en sont friands savent peut-être de quoi je veux parler. Plus glamour est l’opiniâtreté de Madame de Maintenon, maîtresse du roi Louis XIV, qui en commanda la culture à Jean-Baptiste de la Quintinie, nul autre que le jardinier du potager de Versailles, parce que – d’autres propriétés traversent les siècles – elle pensait là s’assurer l’accroissement de la virtuosité sexuelle du Roi Soleil. Mais ce dernier se gavait de tant d’autres drogues plus à même de réaliser cet effet (cannelle, clous de girofle, muscade, etc.), qu’on peut honnêtement se demander, à travers cette pléthorique débauche de moyens, si l’humble asperge y eut réellement un quelconque rôle à jouer, ou s’il ne s’agissait pas au contraire d’une volonté de pérenniser la puissance aphrodisiaque de l’asperge au sujet de laquelle on s’est perdu en conjecture au fil des siècles. Tout cela n’empêchera pas Madame de Maintenon de soutenir mordicus que l’asperge n’était pas autre chose qu’une « invite à l’amour ». Deux siècles plus tard, on n’en dira pas autant : interdiction fut faite aux jeunes filles des couvents de consommer des asperges, cela aurait pu leur donner des idées (les mères-supérieures étaient tout de même bien informées, dites-moi…). On l’interdit même dans les pensionnats de jeunes filles, alors que de graveleuses expressions illustraient on ne peut mieux la vertu aphrodisiaque de l’asperge comme, par exemple, « il ne faut pas tremper son asperge dans n’importe quel coquetier », sans équivoque, ou bien celle-ci : « aller aux asperges », bien plus sibylline, et qui s’explique par l’allure de membre viril de l’asperge – ce turion dont on ne connaît pas l’étymologie, ce qui est fort dommage – et qui signifie « aller chercher fortune sur le trottoir ». La grivoiserie est toujours inventive. Outre ces gaudrioles de boulevard, au XVIII ème siècle, on controverse joyeusement sur les vertus diurétiques de la racine d’asperge. Comme toujours, il y a les « pour » proclamant à la face du monde qu’elle est un excellent remède des obstructions urinaires et les « contre » arguant sur l’action néfaste de l’asperge sur les voies urinaires, l’accusant d’irriter la vessie, de développer des hématuries et d’augmenter le paroxysme de la goutte, ce en quoi je ne leur donne pas tort sur ce dernier point. Mais c’était ainsi, il ne manquait pas une occasion pour qu’untel publie un pamphlet et que tel autre y réponde dans l’année par un brûlot incendiaire. Combien de plantes, combien de préparations magistrales ont été ainsi battues comme plâtre entre le marteau et l’enclume ? Le vésicatoire, par exemple, mais on a eu raison de lui taper dessus. Bref, entre les « béni-oui-oui » et les « non-non-je-ne-hoche-pas-la-tête-pour-signaler-que-j’ai-raison », nous ne sommes pas plus avancés, l’aventure thérapeutique de l’asperge languit et, à l’image du turion blafard poussant en cave, n’illumine personne de ses lumières. On s’amuse un peu durant les années 1808-1809 : c’est l’époque du blocus européen décidé par Napoléon. Alors, quand on n’a plus rien, on s’en remet à ce qui pousse alentours. C’est ainsi qu’on a vainement tenté de fabriquer, à base de graines d’asperge, un ersatz de café. La même sottise se reproduira durant la Première Guerre mondiale. Id est : ce qui n’a pas marché ne marchera jamais. Mais tout cela est compréhensible : il faut imaginer ces temps de disette et/ou de guerre durant lesquels hommes et femmes se jetaient sur n’importe quoi pour seulement survivre. Ne voit-on pas un certain Charlie Chaplin manger ses chaussures dans l’un de ses films ? Entre le blocus européen et la « Der des Ders », quelques âmes éclairées ont eu le temps d’accorder à l’asperge un peu de leurs doctes observations. On s’interroge beaucoup sur l’origine de la propriété diurétique de l’asperge. Par exemple, Cazin conclue qu’une forte infusion des pointes d’asperge est bien moins efficace que celles des racines. Doit-on à la griffe d’asperge sa qualité d’accroître la diurèse par son asparagine, son potassium ou par le biais d’un principe volatil encore indéterminé tel que le pensait Crouzet en 1898 ? Ce à quoi Leclerc répond que l’asperge « agirait en augmentant non pas la quantité de l’urine excrétée, mais la fréquence des mictions par suite d’une action irritante sur l’épithélium rénal » (4). Il ajoute par ailleurs que ce n’est pas l’asparagine qui donne aux urines cette odeur caractéristique après absorption d’asperges, mais bien un principe volatil tel que le pressentait Crouzet avant lui. En tous les cas, on peut qualifier l’asperge de diurétique irritant comme le soulignera Botan en 1935.

L’asperge est une plante vivace par sa griffe (constituée du rhizome et des racines). C’est elle qui, au printemps, donne naissance aux jeunes pousses d’asperges, lesquelles, si on les laisse se développer, produisent des tiges vertes très ramifiées portant de pseudo-feuilles écailleuse – des cladodes (comme le fragon petit houx) – tandis que les feuilles elles-mêmes demeurent du domaine du microscopique. De petits rameaux stériles d’1 à 3 cm s’organisent groupés en faisceaux de trois à quinze. De petites fleurs en cloche, blanc verdâtre voire jaune verdâtre, se baladent seules ou en duo, et donneront après floraison (juin-août) des baies rouges en forme de boule d’un centimètre de diamètre. A l’intérieur, se dessinent trois loges contenant chacune deux graines noires et anguleuses.
A l’état sauvage, l’asperge est assez fréquente en France et pousse sur des sols sablonneux, des friches, dans les broussailles, mais jamais à plus de 500 m d’altitude. Elle est plus particulièrement présente dans la partie sud de la France, bien qu’on rencontre çà et là quelques sujets plus septentrionaux.

Le nom de l’asperge provient du grec asparagos signifiant « je déchire », allusion faite aux redoutables épines que portent de nombreuses espèces d’asperges dont certaines ont l’aspect de chevaux de frise. Gare à celui qui y plongerait la main !
Après qu’on ait longuement ergoté quant à savoir dans quelle famille botanique classer l’asperge (Liliacées, Smilacées…), on en est finalement venu à créer une famille à son image, les Asparaginées.

A gauche, le turion ; au centre, l'inflorescence ; à droite, la griffe.

A gauche, le turion ; au centre, l’inflorescence ; à droite, la griffe.

L’asperge officinale en phytothérapie

Généralement, le gourmet ne connaît de l’asperge que le turion disponible sur les marchés, et que l’on appelle communément asperge pour davantage de praticité. Si ce turion recèle bien quelques propriétés et usages, il ne fait aucun doute que la partie végétale de l’asperge à laquelle on a toujours accordé la plus grande partie des pouvoirs thérapeutiques se trouve être la « griffe », c’est-à-dire le rhizome armé de ses racines. Il faut dire que le turion d’asperge est entré dans la matière médicale depuis bien moins de siècles que la griffe, du temps de Cazin ça ne remontait qu’à quelques années.
La racine d’asperge, comme toutes les autres parties de la plante, contient de l’asparagine, de l’arginine, des saponines, des flavonoïdes et une bonne proportion de potassium. Quant au turion, sa composition en fait un légume intéressant : gorgé d’eau à 90-95 %, il contient un peu de glucides (fructosanes : 4 %), quelques protides (2 %) et quasiment pas de lipides (0,1 %). Sa richesse en vitamines (A, B1, B2, B3, B9, C) et en sels minéraux et oligo-éléments (manganèse, fer, phosphore, iode, cuivre, fluor, brome, potassium, calcium) en font un bon reminéralisant et reconstituant. Enfin, le turion se caractérise par un taux élevé de purines (0,24 mg aux 100 g) qui ne sont pas sans poser problème selon les profils (nous en reparlerons plus bas) et, chose particulière, du méthyl-mercaptan qui est responsable de la modification de l’odeur des urines seulement quinze minutes après ingestion d’asperge.
Quelques mots sur les graines d’asperge : on y trouve environ 15 % d’une huile de couleur jaune rougeâtre et de la mannite. Aucun usage thérapeutique récent ne semble avoir été recensé à leur sujet.

Propriétés thérapeutiques

  • Diurétique irritante et éliminatrice des chlorures, des phosphates et de l’urée, réductrice de la glycosurie
  • Drainante du foie, des reins, de l’intestin, des poumons et de la peau
  • Purifiante et fluidifiante sanguine
  • Apéritive, tonique amère, laxative
  • Hypocalorique, reminéralisante

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère rénale et vésicale : incontinence légère, faiblesse vésicale, prévention des lithiases rénales, oligurie des cardiaques, insuffisance rénale, rhumatismes
  • Troubles de la sphère hépatique : insuffisance hépatique, ictère, obstruction hépatique, diabète
  • Troubles de la sphère respiratoire : bronchite chronique
  • Asthénie physique et intellectuelle, anémie, convalescence, déminéralisation
  • Constipation
  • Obésité, hydropisie, œdème des membres inférieurs
  • Palpitations (?), viscosité du sang
  • Soin cutané : eczéma, éclaircissement du teint

Modes d’emploi

  • Infusion de racines
  • Décoction de racines
  • Macération vineuse de racines
  • Suc frais des turions
  • Sirop des cinq racines apéritives majeures de l’ancienne pharmacopée (avec le fragon, le persil, le fenouil et l’ache)
  • Turion cuit ou cru

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : les racines de saveur amère et mucilagineuse sont arrachées au printemps. Quant au turion, qui est une jeune pousse, il est cueilli avant développement, tout comme les jeunes pousses du fragon. Notons que ces turions sont blancs ou verts selon qu’ils ont poussé à la lumière ou à l’obscurité.
  • Contre-indications : l’asperge est déconseillée dans un certain nombre de cas, tels que l’irritation et/ou l’inflammation des voies urinaires, l’état inflammatoire des reins comme la néphrite. De même, les personnes sujettes à l’artériosclérose, à la prostatite, ainsi que les nerveux (agitation, insomnie) éviteront l’asperge. Les malades atteints de la goutte la banniront : son taux de purines est préjudiciable. Si l’organisme est capable d’en excréter quotidiennement une partie, un apport extérieur par le biais de l’asperge ne saurait qu’aggraver la goutte, les purines étant impliquées dans cette pathologie. Pour finir, on a recensé quelques rares cas d’allergie cutanée. En l’absence de ces contre-indications, on ne fera pas de l’asperge une cure qui excédera une dizaine de jours.
  • Variétés : de l’asperge officinale, on a tiré de nombreux cultivars tels que l’asperge verte de Lauris, l’asperge blanche d’Alsace, l’asperge violette d’Albenga, l’asperge blanche à pointes pourprées d’Argenteuil, etc. Les unes et les autres se prêtent à de nombreuses préparations culinaires qu’il serait trop long d’énumérer ici.
  • Autres espèces : certaines comme l’asperge à feuilles aiguës (A. acutifolius) et l’asperge à petites feuilles (A. tenuifolius) sont sauvages et également comestibles. La première porte des baies noires et la seconde des rouges. On rencontre aussi dans la nature des asperges aux propriétés médicinales identiques à l’asperge officinale. C’est le cas de l’asperge sauvage (A. maritimus) et de l’asperge blanche de Corse (A. albus). Chez le fleuriste, on pourra faire la connaissance de plusieurs espèces d’asperges ornementales en provenance d’Afrique du sud : c’est entre autres le cas d’A. plumosus et d’A. setaceus.
    _______________
    1. Le mot vénérer provient de Vénus.
    2. Autrefois, dans les campagnes (Bretagne, Bourgogne, Poitou-Charentes), il était d’usage d’appliquer de la racine d’asperge sur les dents et les gencives malades. Où l’on voit que des prescriptions antiques traversent les siècles.
    3. Dioscoride, Materia medica, Livre II, 128
    4. Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 45

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Le cassis (Ribes nigrum)

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Synonymes : groseillier noir, cassissier.

Le mot « cassis », que d’aucuns imaginent d’origine poitevine, n’a rien à voir avec la ville du même nom qui tire, elle, son étymologie du phénicien. Ce cassis végétal est un mot qui apparaît au XVI ème siècle, en même temps que les premiers écrits qu’on lui accorde (Rembert Dodoens, 1583) et les premières mentions médicinales de ses feuilles et de ses fruits (Petrus Forestus, 1614). Dodoens est Flamand, Forestus Hollandais. Il s’agit donc d’auteurs relativement septentrionaux, qui cadrent mal avec la manière dont Anne de Bretagne appelle le cassis dans ses Grandes heures : poivrier d’Espagne. C’est cependant la preuve que le cassis était connu en France vers l’an 1500, d’autant que l’illustration correspondante nous montre bel et bien un pied de cassis. Plus étrange encore, on trouve chez Hildegarde de Bingen (XII ème siècle) un « arbre aux goutteux » que l’abbesse appelle Gichtbaum, autrement dit « arbre à la goutte ». Si le cassis est bien un remède antigoutteux, il n’est en aucun cas un arbre, juste un arbrisseau de deux mètres de hauteur au grand maximum. Hildegarde sait pourtant ce qu’est un arbre, le livre II du Physica en contenant un grand nombre. Cependant dans le Livre des arbres, Hildegarde mentionne des espèces végétales qui ne sont pas des arbres, mais des arbustes, en tout cas rien d’aussi petit que le cassis, qu’Hildegarde donne aussi comme efficace contre les troubles circulatoires, ce qui renforce l’idée que le Gichtbaum pourrait plausiblement être le cassis. Était-il une variété de cassis au port plus élevé ? Les cassissiers étaient-ils plus grands au Moyen-Âge qu’aujourd’hui ? Quoi qu’il en soit, il n’a rien d’espagnol, son nom latin Ribes étant issu du danois Ribs et du suédois Rips. D’ailleurs, le mot « groseillier » lui-même dérive de l’allemand Krauselbeere. Tout cela atteste bien l’origine « nordique » du cassis, que l’on rencontre à l’état sauvage selon un arc allant de la Grande-Bretagne à la Mandchourie.
En France, c’est sans doute Philibert Guybert, docteur de la faculté de médecine de Paris, qui couchera les premières informations concernant le cassis sur le papier à travers son Médecin charitable paru au XVII ème siècle. Il y indique la recette d’une gelée de cassis médicinale. Mais ça n’est que sous l’impulsion de l’abbé Pierre Bailly de Montaran que vaut au cassis une vulgarisation de sa culture et de son usage médical étendu. En 1712, il fait paraître un ouvrage intitulé Les propriétés admirables du cassis, dont il dit qu’il n’y a « personne qui, ayant des jardins, n’en doive planter un grand nombre pour les besoins de sa famille ». Il y donne diverses recettes contre la goutte et le rhumatisme, dont celle-ci : « Prenez une bonne poignée de feuilles de cassis avec autant de laurier commun, de la sauge et du romarin. Mettez le tout dans un pot en terre ou un bocal clos et remplissez-le de vin blanc, puis mettez à douce chaleur ou au soleil pendant vingt-quatre heures ».
La culture en grand du cassis est instaurée aux alentours de 1750 dans le Dijonnais, en Haute-Saône, etc. Parallèlement, les publications à son sujet se poursuivent, tel que L’abrégé de la médecine pratique incluant un Traité du cassis (1753), et dont l’auteur, John Theobald, écrit qu’on « va chercher bien loin des remèdes bien chers et qui ne font point d’aussi bons effets et en si grand nombre que cette plante », dont les principaux sont les suivants : tonique, cordial, fortifiant, apéritif, diurétique, antilithiasique, antigoutteux, ce qui est parfaitement exact ! Les vertus du cassis n’ont pas été abusivement exagérées comme il a été dit par après, ce qui, hélas, fit en sorte que cette plante n’a plus été regardée que comme diurétique et astringente à la fin du XVIII ème siècle et même au début du siècle suivant, lequel va voir se produire un événement majeur pour sa promotion. En effet, en 1841, « la culture du cassis prit un nouvel essor à la suite de la création, à Dijon, par Lagoute, de l’industrie du cassis-liqueur » (1) et de la crème de cassis. Lagoute, le bien nommé, promeut moins un remède médicinal qu’une boisson spiritueuse, mais notez tout de même le clin d’œil : Lagoute crée une liqueur à base d’une plante bonne contre la goutte ! ^_^
Une vingtaine d’années plus tard, Cazin met lui aussi au point une boisson simple qui n’utilise pas les baies mais les feuilles : « J’ai conseillé aux moissonneurs du nord de la France, qui trop souvent ne font usage que de l’eau froide pendant leurs travaux, de se désaltérer avec l’infusion à froid de feuilles de cassis, à laquelle on ajoute quatre cuillerées d’eau-de-vie par kilogramme de cette infusion. C’est de toutes les boissons la plus convenable et la moins dispendieuse pour se désaltérer pendant les chaleurs de l’été et les pénibles travaux de la récolte » (2).
En presque toute fin de siècle, l’abbé Kneipp fera l’éloge du cassis, insistant sur son efficacité dans les maladies vésicales et rénales, mais il faudra attendre la thèse de Huchard (1908) et celle de Decaux (1930) pour que l’ensemble des propriétés du cassis soient scientifiquement établies.
Au milieu du XX ème siècle, du côté de Dijon… Félix Kir, chanoine et homme politique, devient maire de cette ville et le restera pendant plus de 20 ans. C’est lui qui autorisera les producteurs de liqueur de cassis à utiliser son patronyme pour désigner un apéritif aujourd’hui bien connu, le kir.

Le cassissier est un arbrisseau caducifolié non épineux dont la hauteur atteint environ deux mètres. Ses feuilles, à trois ou cinq lobes, aussi larges que longues, sont recouvertes de petites glandes contenant une essence aromatique donnant à cette plante une odeur particulière, surtout par temps chaud. La floraison, étalée d’avril à mai, pare le cassis de grappes de fleurs blanc verdâtre. Plus tard, en juillet-août, elles laissent place aux baies noires, comestibles, et à l’arôme musqué et fruité.
En France, le cassis n’est spontané qu’en certains bois humides de Lorraine, d’Alsace et du Dauphiné. Partout ailleurs il n’apparaît que comme espèce cultivée.

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Le cassis en phytothérapie

On pourrait attribuer les feuilles au phytothérapeute et les baies au gourmet, mais ce serait oublier un peu vite que les baies cumulent les fonctions : elles ne sont pas que substance alimentaire, elles participent aussi d’usages médicinaux.
Les baies de cassis, lorsqu’elles sont parfaitement mûres, possèdent un parfum et une saveur étonnants, qu’il faut sans doute mettre sur le compte d’une essence aromatique complexe et un taux très élevé d’acide ascorbique, c’est-à-dire de vitamine C : 150 à 200 mg / 100g. C’est, parmi les fruits courants, celui qui affiche la plus forte teneur de cette vitamine. C’est pourquoi, à poids égal, le cassis est plus acide que la groseille. Et c’est, pour le cassis, une vitamine relativement stable par rapport à la chaleur et à l’oxydation comme l’explique le Dr Valnet : « un sirop de cassis ne perd que 15 % de vitamine C la première année et 70 % pendant la seconde » (3). Peut-être est-ce la présence concomitante de vitamine C2 qui en est responsable. Outre cela, on trouve dans ces baies divers sels minéraux (phosphore, chlore, sodium, potassium, magnésium, calcium) et acides (malique, vinique, citrique), 10 à 14 % de sucres, de la pectine, des pigments anthocyaniques et flavoniques. Dans les feuilles, on rencontre surtout des tanins et une essence aromatique de couleur vert pâle différente de celle contenue dans les baies.

Propriétés thérapeutiques

  • Tonique général, fortifiant, immunostimulant, augmente la résistance aux infections
  • Diurétique éliminateur de l’acide urique et des purines, dépuratif, stimulant rénal, antirhumatismal
  • Hypotensif, veinotonique, augmente la résistance des capillaires sanguins
  • Astringent, cicatrisant
  • Stimulant du foie et de la rate
  • Apéritif, tonique des voies digestives, antidiarrhéique, vermifuge
  • Antiscorbutique
  • Diaphorétique
  • Rafraîchissant
  • Améliore l’acuité visuelle (une faculté qu’il partage avec la myrtille)

Usages thérapeutiques

  • Troubles cardiovasculaires et circulatoires : artériosclérose, hypertension, jambes lourdes et gonflées en fin de journée, fragilité capillaire, œdème, troubles circulatoires de la ménopause
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : diarrhée chronique ou aiguë, dysenterie, gastralgie, parasites intestinaux, dyspepsie, inflammations gastro-duodénales
  • Troubles de la sphère urinaire et rénale : lithiase urinaire et rénale, catarrhe chronique de la vessie, prostatisme, colique néphrétique, oligurie, albuminurie, rhumatisme chronique, arthrite, arthrose, goutte
  • Troubles de la gorge et de la bouche : toux, enrouement, extinction de voix, laryngite, pharyngite granuleuse, aphte, angine, amygdalite, saignement gingival
  • Troubles de la sphère hépatique : hépatisme, insuffisance hépatique, ictère
  • Affections cutanées : plaie, plaie enflammée, ulcère, abcès, furoncle, eczéma, contusion, teigne, peau sèche, piqûre d’insecte (frelon, guêpe)
  • Scorbut, fatigue générale, surmenage
  • Anxiété, stress (4)

Modes d’emploi

  • Infusion et infusion prolongée de feuilles
  • Décoction de feuilles
  • Cataplasme de feuilles fraîches
  • Teinture-mère, extrait de plante fraîche
  • Hydrolat aromatique (issu de la distillation des feuilles à la vapeur d’eau… Donc, huile essentielle également, mais très rare)
  • Avec les baies : jus, sirop, vin, liqueur, ratafia, eau-de-vie, gelée…

Quelques suggestions de recettes :

  • Infusion diurétique n° 1 : feuilles de cassis (¼) + rameaux de prêle (¼) + feuilles de frêne (¼) + fleurs de reine-des-prés (¼)
  • Infusion diurétique n° 2 : feuilles de cassis (1/3) + fleurs de sureau (1/3) + baies de genévrier (1/3)
  • Infusion digestive : feuilles de cassis (8/10) + cannelle de Ceylan (1/10) + clous de girofle (1/10)
  • Décoction rafraîchissante : feuilles de cassis (½) + racine de réglisse (½)
  • Thé des centenaires : feuilles de cassis (1/3) + feuilles de frêne (2/3)

D’autres associations sont bien évidemment possibles : avec l’harpagophytum pour des troubles rhumatismaux, avec la vigne rouge et/ou le fragon pour des problèmes circulatoires (jambes lourdes, insuffisance veineuse).

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Le cassis ne présente aucun inconvénient hormis celui de déplaire à certains par son parfum et sa saveur. Mais il n’est là question que de goût personnel.
  • Récolte et séchage : les jeunes feuilles de mai à juin, les baies quand elles sont parfaitement mûres (à l’été). On peut employer les unes et les autres à l’état frais ou bien les faire sécher (sur des claies pour les feuilles, à la douce chaleur du four pour les baies) pour un usage ultérieur.
  • Usages alimentaires : ils sont nombreux et rejoignent peu ou prou les différentes recettes médicinales (confitures, gelées, vins, liqueurs, etc.).
  • Autres espèces : le groseillier à maquereaux (Ribes uva-crispa) et le groseillier rouge (Ribes rubrum).
    _______________
    1. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 489
    2. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 243
    3. Jean Valnet, Se soigner avec les légumes, les fruits et les céréales, p. 214
    4. « D’après des travaux récents, elles [les feuilles] stimuleraient la production de cortisol par les glandes surrénales, stimulant ainsi l’activité du système nerveux sympathique. De ce fait, elles contribueraient à diminuer les effets du stress », Petit Larousse des plantes médicinales, p. 160

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La ronce (Rubus fruticosus)

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Synonymes : ronce des bois, ronce des haies, aronce, éronce, mûrier sauvage, mûrier des haies, mûrier de renard, catimuron, catin-muron, amouros de bartas…

Une très longue histoire unit l’homme à la ronce : dès les temps néolithiques, il se repaissait de ses fruits comme l’attestent les dépôts de graines découverts dans différents sites préhistoriques. Goûter ce que la Nature met à la disposition des êtres humains n’est pas sans danger, mais c’est aussi cela qui détermine les découvertes utiles à l’homme, chose qui s’est perpétuée, car il n’y a pas encore si longtemps, l’homme suffisamment proche de la Nature, appliquait le principe du test qui « est facile à comprendre. Tu prends une fleur [de ronce] dans la bouche, ça dessèche, y’a plus d’salive » (1). C’est ainsi qu’il fut remarqué que la mûre est nutritive tout en étanchant la soif, et que les pousses de ronce, que les enfants bretons, allant à l’école ou gardant les vaches, grignotaient, faisaient ainsi découvrir au palais leur astringence.
D’un point de vue médicinal, c’est en remontant à Théophraste que l’on rencontre les premières indications. L’astringence est bien connue, de même que les propriétés antihémorragiques et antidiarrhéiques de la ronce. Écoutons Dioscoride : « la décoction des rameaux resserre l’intestin et l’utérus ; les feuilles mâchées raffermissent les gencives, écrasées elles s’appliquent sur les ulcères pour les cicatriser, sur les hémorroïdes, sur l’épigastre pour calmer les maux d’estomac ». Il ajoute que la décoction des fruits, en gargarisme, soulage les diverses irritations de la gorge. En quelques lignes, voici donc brossé le portrait thérapeutique de la ronce.
Cet arbrisseau, que l’on appelait Batos en grec du temps de l’Antiquité, n’a pas échappé à Pline qui recommandait d’en cueillir les bourgeons de la main gauche. Il mentionne l’existence d’une composition à base de mûres, le panchrestos (« bon à tous les maux »), qui n’est en fait qu’une formule assez proche du diamoron, terme dans lequel on reconnaît le nom latin de la mûre, Morum, désignant tout autant le fruit de l’arbre que l’on nomme mûrier noir (Morus nigra) et qui n’a, bien évidemment, rien à voir avec la ronce. Bref, Pline indique la ronce comme un remède de la bouche, de la gorge et de l’estomac. Dans le passage de l’Histoire naturelle ci-dessous, malgré l’enrobage « magique » des propos du naturaliste romain, il transparaît une propriété tout à fait exacte : « Un rameau, commençant à avoir du fruit, cassé à la pleine lune, pourvu qu’il n’ait pas touché la terre, a les mêmes effets hémostatiques, surtout contre les règles excessives, attaché aux bras des femmes ». Le poète Horace, qui pourtant n’est pas médecin, recommande lui aussi la mûre : « mangez, avant la fin du repas, des mûres noires, cueillies sur l’arbuste avant que le soleil ne soit trop chaud, c’est le moyen le plus sûr de passer l’été sans être malade. »

Au Moyen-Âge, la ronce et sa mûre font tout autant d’émules. Selon l’école de Salerne, « de ronce le feuillage, âpre, amer, astringent, arrête l’utérus, le ventre incontinent ». C’est pourquoi la mûre, et plus généralement les feuilles de ronce, sont un bon remède contre la dysenterie, comme le Grand Albert le souligne, indiquant une recette à base de poudre de limaçons brûlés et de mûres pulvérisées, chose que remarque également Hildegarde de Bingen, conseillant sa Brema contre la dysenterie hémorragique, les maux bucco-dentaires, la congestion de poitrine, les plaies infectées, la toux, etc. Fournier écrit qu’Hildegarde regardait les mûres comme fortifiantes. Or elle ne dit rien de tel : « Le fruit qui pousse sur les ronciers ne fait pas de mal à l’homme en bonne santé ni au malade et se digère facilement. Mais il n’a pas de vertus médicales » (2). Ni bénéfique ni maléfique selon elle, la mûre n’entre pas pour autant dans le cortège des fruits et des baies dont on se méfie au Moyen-Âge. Or la mûre n’a pas toujours eu bonne presse et une réputation particulière lui est restée attachée dans les campagnes même après les temps médiévaux. Son surnom de ronce de renard n’est peut-être pas étranger à cet état de fait sachant que cet animal pourrait effectivement « souiller » celles qui sont à sa portée de « germes morbides ». Aujourd’hui, l’on sait faire preuve de bon sens en déconseillant de cueillir une plante médicinale dans la nature, en des lieux qu’on sait fréquentés par chiens et renards. Mais si le goupil trouve parage auprès de la ronce, ce n’est pas pour nous dissuader de nous en approcher. Il en apprécie, tout comme nous, les fruits. Non, la mûre n’a rien de nocif, et à quantité égale, elle est bien moins dérangeante que la cerise, par exemple.
Par la suite, les principaux auteurs du XVI ème siècle (Matthiole, Fuchs, Tragus, Dodoens, Bauhin, Tabernaemontanus…) ne font que rependre les antiques indications de leurs prédécesseurs : dysenterie, hémorragie, ulcération, etc., à quoi l’on peut ajouter, au XVII ème siècle, lithiases rénales et urinaires, diarrhée, règles trop abondantes, irritation des parties génitales.

Au XX ème siècle, la ronce évoque peut-être au Dr Leclerc de mauvais souvenirs d’enfance : « Rien de plus méchant que cette plante dont les tiges souples, rouges et épineuses jaillissent, dans tous les sens, des buissons et s’étendent au loin, agrippant les passants avec la férocité d’une pieuvre : pas une de ses parties qui ne soit prête à griffer : le pédoncule de ses fleurs, les divisions de son calice, les nervures elles-mêmes de ses feuilles sont armés de fins aiguillons : malheur aux imprudents marmots qui exposent leurs mollets nus aux perfides caresses de cette harpie » (3). Un peu plus loin, il dit que seuls ses « fruits » suffiraient à « réhabiliter la plante hargneuse qui les porte » ! Oui, je suis sûr qu’il est advenu quelques déconvenues au Dr Leclerc durant l’enfance… ^_^

Pierre Lieutaghi écrivait, il y a 20 ans, qu’on avait jusqu’alors dénombré environ 2000 formes différentes de la ronce commune en la seule Europe. « Si les ronces constituent pour le botaniste un épouvantable maquis, pour le vulgaire la chose est beaucoup plus simple », annonçait Fournier un demi siècle avant Lieutaghi (4). Oui, nous n’allons pas nous emberlificoter dans un dédale sans fin. Rubus, le nom de genre, s’appliquait aux ronces, framboisiers et églantiers durant l’Antiquité. Depuis, on a rangé ces derniers parmi les roses. Il nous reste donc : Rubus fruticosus – la ronce –, Rubus idaeus – le framboisier – et Rubus caesius – la petite ronce bleue des champs, qui se distingue de la première par le fait qu’à maturité ses mûres sont couvertes de pruine, cette substance cireuse que l’on remarque en fine pellicule sur la « peau » des prunelles et de certaines prunes.
La ronce commune tiendrait-elle de l’arbuste ? Non, mais c’est sa tendance – trompeuse – à poser ses rameaux sur les branches des autres qui pourrait faire accroire cette idée. N’est-elle pas liane, quand on la voit pendante sur trois ou quatre bons mètres ? Ni arbuste, ni liane, juste arbrisseau depuis Théophraste, vivace et sarmenteux, à tiges bisannuelles : feuillues la première année, florifères et fructifères la seconde. Et ainsi de suite.
C’est une plante couverte d’épines : on en trouve sur les tiges, sur les pédoncules, sur les feuilles aux trois à sept folioles dentées, jusque même sur les nervures des dites feuilles ! En règle générale, la floraison s’étale durant de longs mois : mai à septembre. Les fleurs, typiques des Rosacées, comptent cinq pièces florales blanches lavées de rose et mesurent 2 à 4 cm de diamètre. Au fur et à mesure de la floraison, on voit apparaître les premières mûres. De vertes, elles deviennent rouges avant de considérablement foncer et de présenter à l’œil un beau noir violacé et brillant à pleine maturité. Globuleuses et juteuses à l’image des framboises, les mûres en elles-mêmes ne sont pas des fruits mais des drupes, c’est-à-dire des agglomérats de petits fruits concentrés tout autour du pédoncule.
La ronce est la plante habituelle des talus qu’elle protège de l’érosion en s’accrochant à tous les supports qu’elle rencontre. Mais elle est surtout une très courante représentante de la haie, quand elle ne la forme pas à elle toute seule ! C’est elle qui garantit, avec l’aubépine et le prunellier tout aussi épineux, la protection de la faune peuplant la haie. Mais elle a été, et l’est toujours, traquée comme mauvaise herbe, et cela malgré l’ensemble des services rendus pendant des siècles. C’est particulièrement vrai dans les régions où l’on détruit la ronce, comme en Normandie. Mais il en va de la ronce comme du chiendent : ils sont deux espèces quasiment indestructibles et dont l’arrachage procure bien du plaisir ^_^
Mais la ronce n’est pas que l’hôte de la haie ! On la trouve aussi fréquemment dans d’autres types d’habitats : au bord des chemins, le long des sentiers, en lisière de forêts, dans les broussailles et les terres en friche. Largement répandue en Europe, on en note la présence en Asie septentrionale ainsi qu’au Japon.

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La ronce en phytothérapie

Chez la ronce, tout est bon ou presque, de l’extrémité des racines jusqu’aux mûres. Mais, comme toujours, chaque période possède ses modes, et ce qui valait comme matière médicale hier n’est plus considéré aujourd’hui. Retenons donc qu’à l’heure actuelle on emploie exclusivement les mûres et les feuilles sous deux formes : lorsqu’elles sont encore à l’état de bourgeons non lignifiés et une fois déployées.
Riches en eau (85 %), les mûres contiennent divers sucres (dextrose, lévulose : 4 à 7 %), des acides (malique, succinique, citrique, oxalique), de la pectine, de la provitamine A, de la vitamine C (35 mg/100 g), un peu de mucilage, une essence aromatique, et 10 à 15 % d’huile grasse logée dans les graines. Quant aux feuilles, c’est principalement leurs tanins qui nous intéressent. Mais on y trouve aussi des sels minéraux et oligo-éléments (fer, calcium, magnésium, potassium, cuivre, manganèse), des flavonoïdes et bien plus de vitamine C que dans les mûres (90 mg/100 g).

Propriétés thérapeutiques

  • Astringente, cicatrisante, hémostatique
  • Diurétique, dépurative
  • Tonique, fortifiante
  • Antidiabétique
  • Antidiarrhéique
  • Antibactérienne
  • Rafraîchissante

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : diarrhée, diarrhée chronique, diarrhée des nourrissons, dysenterie, dysenterie des enfants, dyspepsie, gastrite, pyrosis
  • Troubles de la sphère rénale et urinaire : oligurie, hématurie, cystite, pyélite, lithiases rénales et urinaires
  • Affections de la bouche et de la gorge : angine, toux, enrouement, pharyngite, amygdalite, gingivite, glossite, stomatite, aphte, ramollissement et inflammation des gencives, névralgie dentaire
  • Troubles gynécologiques : leucorrhée, métrorragie, règles trop abondantes, douleurs menstruelles
  • Affections cutanées : dartre, eczéma, abcès chaud, furoncle, plaie atone, plaie ancienne, ulcère de jambe, ulcère atone
  • Grippe, refroidissement
  • Hémoptysie, crachement de sang
  • Hémorroïdes
  • Rhumatisme goutteux
  • Diabète
  • Anémie
  • Inflammations oculaires (« Jadis on préparait un bon collyre avec le suc des jeunes pousses battu dans de l’eau de rose avec un blanc d’œuf » (5)

Modes d’emploi

  • Infusion des bourgeons ou des feuilles
  • Décoction des feuilles dans l’eau ou le vin
  • Suc frais des bourgeons (« Les bourgeons récoltés au printemps, placés dans un flacon exposé au soleil, laissent s’écouler un suc sirupeux qu’on utilise en pansement sur les plaies (cicatrisant, analgésiant), en gargarismes et collutoires contre les angines » (6)
  • Cataplasme de feuilles fraîches pilées
  • Mûres en nature
  • Sirop de mûres
  • Vin de mûres
  • Eau-de-vie de mûres
  • Teinture de mûres
  • Gelées et confitures de mûres (En Basse-Normandie et dans les pays de la Loire, la confiture de mûres soignait les diarrhées)

« On peut également employer ces feuilles comme succédané du thé, ainsi que cela se pratique en Angleterre » (7). Voici trois recettes de thé de ronce rafraîchissant, désaltérant et diurétique :

  • Feuilles de ronce (50 %) + feuilles d’aspérule odorante (50 %)
  • Feuilles de ronce (30 %) + feuilles d’aspérule odorante (30 %) + feuilles de fraisier (30 %) + feuilles de menthe poivrée (10 %)
  • « Prendre deux parties de feuilles fraîches de ronce des champs à fruit bleu (Rubus caesius) et une poignée de feuilles de framboisier, les laisser se flétrir, les hacher grossièrement, les asperger légèrement d’eau, les nouer dans un linge et les laisser fermenter deux ou trois jours dans un endroit chaud, où se développe un parfum presque analogue au parfum de rose. Si on laisse ensuite sécher ces feuilles, elles perdent, il est vrai, ce parfum ; mais il renaît en les laissant séjourner dans une boîte de fer-blanc bien close » (8)

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : les jeunes pousses de ronce en mars et avril, les feuilles saines en toutes saisons (certains préconisent les seuls mois d’été), les mûres à parfaite maturité.
  • En cas d’infusion et de décoction des feuilles, il faut prendre soin de bien les filtrer avant consommation afin d’éviter les épines (procédure identique au bouillon-blanc)
  • Les mûres sont généralement déconseillées aux constipés chroniques.
  • Avec les tiges des ronces, on peut fabriquer des liens d’une grande solidité, avec lesquels on tresse, par exemple, des paillassons. Ces mêmes liens de ronce étaient également conviés au travail de la paille de seigle, dont on élaborait paniers, plateaux et ruches.
  • La mûre offre un jus tinctorial de couleur gris-bleu.
  • Confusion : il existe un arbre, le mûrier noir (Morus nigra) dont les fruits s’appellent aussi mûres
  • Les usages culinaires de la mûre sont variés : sauces, garnitures de viandes, confitures, gelées, vins, sirops, liqueurs, alcools, jus de fruits, gâteaux, glaces, etc.
  • Élixir floral base de fleurs de ronce : il est destiné à ceux qui ne parviennent pas à concrétiser leurs projets et qui rencontrent des difficultés à mettre leurs idées en pratique. Élixir conseillé aux personnes qui pratiquent la méditation, la visualisation, le travail onirique, etc.
    _______________
    1. Christophe Auray, Remèdes traditionnels de paysans, p. 23
    2. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 90
    3. Henri Leclerc, Les fruits de France, p. 38
    4. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 833
    5. Ibidem, p. 836
    6. Jean Valnet, La phytothérapie, se soigner par les plantes, p. 379
    7. Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 113
    8. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 836

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Le tussilage (Tussilago farfara)

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Synonymes : pas d’âne, pas de cheval, pied de poulain, tâtonnet, taconnet, racine de peste, béchion, procheton, chou de vigne, herbe de saint Quentin, herbe de saint Quirin, herbe de saint Guérin, etc.

Drôle de plante que le tussilage qui fleurit dès les premiers mois de l’année, offrant un abondant nectar aux abeilles qui, sans lui, se trouveraient presque sans pitance. Drôle et remarquable, et cela depuis vingt-cinq siècles. Déjà, le grand Hippocrate avait mis en évidence deux des grandes attributions médicinales du tussilage : ce qui touche aux poumons et à la peau. C’est ainsi qu’il administrait un mélange de lait, de miel et de racine de tussilage pour les « ulcérations des poumons », et appliquait sur des plaies virant à l’ulcère une décoction vineuse de la plante. Bien après lui, Dioscoride, qui en utilise les feuilles et les racines, le nomme Bêchion, un mot qui a traversé les âges puisqu’il a donné béchique, un terme plus tellement employé aujourd’hui et qui trouve son synonyme dans antitussif, c’est-à-dire « contre la toux ». D’ailleurs, le terme même de tussilage, tussilago en latin, provient de la contraction de deux mots : tussim (la toux) et ago, agere (faire fuir). Mais c’est le latin qui l’a emporté, ainsi appelle-t-on aujourd’hui cette plante tussilage, accompagné de ce farfara, issu des antiques farfarus et farfarium romains dont on ignore l’étymologie et, par voie de conséquence, le sens. Bref, après cette ellipse pseudo-linguistique, revenons-en à nos moutons. Que dit Dioscoride à même d’apporter de l’eau à notre moulin ? Il reconnaît au tussilage des qualités externes sur érysipèle et autres inflammations cutanées, mais également par voie interne en cas de difficultés respiratoires, de toux sèche, de bronchite, de trachéite et autres irritations propres à la sphère pulmonaire. Si j’ai tout bien compris, cela était permis par fumigation de feuilles de tussilage que l’on déposait sur des charbons ardents. La fumée qui s’en dégageait était ensuite guidée par un cornet en forme d’entonnoir que le patient tenait entre ses lèvres. On peut dès lors parler de fumigation et d’inhalation sèches. Pline, puis Galien, reprennent sensiblement les mêmes choses ; le premier écrit que « le tussilage n’a ni tige, ni fleur, ni graine ; c’est du moins la preuve que de son temps [celui de Pline], la fleur du pas d’âne n’était pas appréciée », nous explique Fournier (1). Je me permettrai, plus loin, de nuancer l’avis de Fournier, là, il est trop tôt pour le faire ^^.

Durant la vaste période médiévale, je n’ai guère déniché d’informations au sujet du tussilage, hormis chez Hildegarde qui distingue un tussilage mineur et un autre majeur. Ce dernier, qui semble bien être le tussilage pas d’âne, est, selon l’abbesse, froid et humide ; il est parfait sur les ulcères et les abcès chauds, en cataplasme de feuilles appliqués localement avec du miel. Dans tous les cas, elle ne semble pas accorder d’importance à la vertu curative de la fumée de feuilles de tussilage, contrairement à Schroder qui reprendra cela à son compte au XVII ème siècle contre les maladies pulmonaires ; la décoction de tussilage lui permettait en outre de laver et de déterger les ulcères chauds et enflammés, de même que Simon Paulli qui, à la même époque, utilisait le tussilage sur les ulcères de jambe à tendance gangreneuse. Aux alentours de 1700, Lémery propose une recette de sirop de tussilage composé, mais je lui préfère celle de Pitton de Tournefort rappelée par Chomel : « On prend quatre poignées de feuilles [de tussilage] avec trois pincées de ses fleurs, deux poignées de sommités d’hysope, une once de raisins secs, trois cuillerées de miel de Narbonne ; on met le tout dans le fond d’un pot et on y verse quatre pintes d’eau bouillante ; on fait jeter seulement trois bouillons, on tire le pot du feu, on le couvre, et on passe la tisane lorsqu’elle est refroidie. » Destinée à un usage interne, cette recette s’intercale avec bien d’autres dirigées vers un usage externe, comme par exemple la poudre de feuilles sèches mêlée à du miel. Dans tous les cas, il ressort que le tussilage aura donné lieu à de nombreuses expérimentations en interne pour les problèmes pulmonaires et en externe pour les affections cutanées, jusqu’à ce qu’au début du XVIII ème siècle soit relaté le cas d’une patiente atteinte d’ulcères scrofuleux admise à l’hôpital de Pise : elle y fut soignée grâce au tussilage aussi bien par voie orale que cutanée, chose que Cazin retiendra pour en faire l’expérience non sans avoir rencontré quelques déboires : « J’avoue que les faits nombreux rapportés par des auteurs dignes de foi […] ont ébranlé mon incrédulité, malgré deux essais infructueux. J’ai de nouveau employé le tussilage, et je m’en suis bien trouvé. J’ai pu me convaincre de l’efficacité de cette plante dans plusieurs cas d’affections scrofuleuses, où les traitements généralement connus et employés avaient échoué » (2). Notons au passage que la « constitution scrofuleuse » prédispose à la tuberculose pulmonaire ; l’on voit, une fois de plus, l’interaction entre la sphère pulmonaire et l’interface cutanée.
Au début du XX ème siècle, on pourrait croire que le tussilage est relégué au rang d’ingrédient constituant la « tisane des quatre fleurs », mais il n’en est rien. « Schulz, ayant remarqué que les vieillards, atteints de la bronchite chronique avec ou sans accidents asthmatiques, fumaient un mélange de tabac et de feuilles de tussilage, expérimenta le procédé et constata qu’il lubrifie la muqueuse et facilite remarquablement l’expectoration » (3). Et oui, l’empirisme n’oublie pas les bonnes manières que la science officielle redécouvre de temps à autre…

Le tussilage est une plante vivace à rhizomes traçants qui fleurit aux premiers mois de l’année (février-mars). A cette période, des tiges garnies d’écailles rougeâtres apparaissent et portent chacune un capitule de fleurs jaune vif, mâles et femelles, de un à trois centimètres de diamètre. Cette hampe florale peut poursuivre son ascension jusqu’à atteindre une hauteur de trois décimètres, tout en fructifiant parallèlement. Plus tard, bien après la floraison, des rosettes de grandes feuilles longuement pétiolées, en vague forme de cœur polygonal, émergent du sol, feuilles dans lesquelles certains ont vu l’empreinte d’un sabot d’âne, d’où son surnom de pas d’âne. La face supérieure est généralement vert vif, alors que le revers prend un aspect pelucheux par la présence de poils blancs dont on s’est servi comme amadou.
Si l’on circule sur un moteur de recherche d’images, on verra bien que des photographies de feuilles ne comportent jamais de fleurs et vice-versa, ce en quoi les anciennes planches botaniques sont parfois trompeuses, puisqu’elles offrent au regard une plante dessinée avec feuilles et fleurs. En réalité, lorsque les feuilles paraissent, les fleurs ont depuis longtemps disparu (ce qui rappelle le cycle végétatif du colchique), raison qui a mené le Moyen-Âge à surnommer le tussilage « filius ante patrem », c’est-à-dire « le fils avant le père ». C’est peut-être sous son seul aspect feuillu que Pline connaissait le tussilage, ce qui lui aurait fait dire que cette plante est démunie de fleurs, de tiges et de graines. Cela n’est donc peut-être pas une confusion de la part du naturaliste, comme le souligne Fournier, mais simplement l’expression d’une partie de la réalité.
Le tussilage est une plante relativement commune en Europe ainsi que dans le nord et l’ouest de l’Asie. On la trouve aussi bien en plaine qu’en montagne, parfois jusqu’à 2500 m d’altitude. Elle prend particulièrement pied sur des sols calcaires, argileux et marneux, et peuple les talus, les fossés, les bordures de routes et de chemins, les déblais, les limons fluviaux, les terres remuées, etc.

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Le tussilage en phytothérapie

Autrefois, on se préoccupait avant tout des racines et des feuilles de cette plante. Si, aujourd’hui, on utilise encore ces dernières, les racines font l’objet de peu d’attention, ayant été remplacées depuis par les capitules floraux. Par ordre d’importance thérapeutique, nous avons donc : fleurs, feuilles, racine.
Aussi amères que la racine, les feuilles contiennent du mucilage en quantité importante, du tannin, des vitamines (C, entre autres) et de nombreux sels minéraux et oligo-éléments (potassium et soufre surtout, sodium, magnésium, phosphore, chlore, fer, zinc). Quant aux capitules, on y trouve un peu de tannin, des traces d’essence aromatique, divers acides (malique, pectique, vinique, gallique, phosphorique…), du mucilage, du faradiol… En plus de tout cela, on décèle dans le tussilage la présence d’alcaloïdes que nous avons déjà rencontrés lorsque nous avons étudié la bourrache et, plus récemment, l’eupatoire chanvrine : les alcaloïdes pyrrolizidiniques (senkirkine, sénecionine…). Nous en dirons davantage à leur sujet dans la dernière partie de cet article.

Propriétés thérapeutiques

  • Fluidifiant des sécrétions bronchiques, expectorant, mucolytique, protecteur des muqueuses des voies respiratoires, antispasmodique respiratoire, anti-inflammatoire respiratoire, antitussif, sédatif et adoucissant pectoral
  • Tonique (propriétés immunostimulantes et antibiotiques ?)
  • Sudorifique léger
  • Maturatif, résolutif, détergent, astringent léger (capitules)

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère respiratoire : bronchite, encombrement bronchique, toux (sèche, grasse, quinteuse, spasmodique), asthme, trachéite, laryngite, catarrhe pulmonaire aigu accompagné d’abondantes sécrétions, phtisie, rhume, oppression pulmonaire, pharyngite, extinction de voix
  • Troubles cutanés : plaie, plaie à tendance ulcéreuse, ulcère scrofuleux, abcès, dermatose, furoncle, dartre, teigne, piqûre d’insecte, hyperhidrose (sueur excessive), entorse
  • Convalescence après maladie infectieuse (grippe…)

Le constat est clair : le tussilage n’a pas démérité de sa réputation de plante pectorale (4). Mais ne nous arrêtons pas à la surface des choses. Nous voyons un grand nombre d’affections pulmonaires et d’autres cutanées. Or, l’interface cutanée fait partie du « système respiratoire », ce qui fait du tussilage une plante toute destinée au méridien du Poumon de la médecine traditionnelle chinoise. De fait, l’élément associé au tussilage est le Métal, et sa tendance est de nature Yin. Dès lors, il est tout à fait loisible de penser que le tussilage peut aussi avoir une incidence sur les grands domaines de nature psychologique et émotionnelle que gère le méridien du Poumon.

Modes d’emploi

  • Infusion de capitules (externe et interne)
  • Décoction de feuilles (externe)
  • Suc frais (interne)
  • Sirop
  • Feuilles macérées ou contrites en application locale
  • Feuilles sèches fumées en cigarette. C’est un mode d’administration peu fréquent que l’on a mis en application avec l’eucalyptus et la jusquiame pour des raisons médicinales. Comme cela est peu commun, quelques recettes indicatives pour ceux qui voudraient composer un « original » scaferlati.
    => « Tabac » de tussilage : on empile des feuilles fraîches séparées de leur pétiole, on les fait fermenter quelques temps, après quoi on les cisaille finement à la matière du tabac.
    => « Aux fumeurs qui ne peuvent se déshabituer de fumer et pour qui le tabac est nuisible, nous pourrons signaler la formule suivante qui peut le remplacer, sans en avoir les inconvénients : feuilles sèches de marronnier d’Inde, de tussilage et d’aspérule odorante à parties égales. Faites macérer dans de l’eau miellée assez concentrée. Faites sécher à l’air, comprimer et découper comme du tabac » (5).

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte et séchage : les fleurs, dès qu’elles sont en boutons (février-mars) ; si on les cueille une fois ouvertes, même coupées elles poursuivent leur maturation et peuvent fructifier ! Elles ne seraient alors plus d’aucune utilité et doivent donc être séchées le plus promptement possible. Les feuilles, qu’on choisira sans défaut, ni tache de rouille et exposées au soleil de préférence, se récoltent à l’été, parfois dès le mois de mai. On les monde de leur pétiole et on les fait sécher dans des claies ou des cagettes situées à proximité d’une source de chaleur douce.
  • Toxicité : elle concerne les alcaloïdes pyrrolizidiniques dont on a constaté l’action délétère sur les cellules hépatiques. Aussi, il est recommandé de ne pas dépasser plus de six semaines de cure par an et de ne jamais laisser la plante infuser plus de cinq minutes (dans le cas d’un usage par voie interne). Lieutaghi indique que les doses médicinales sont sans risques, mais c’est oublier un peu vite que ces alcaloïdes présentent l’inconvénient d’un effet cumulatif dans l’organisme avec le temps, à la manière des cétones composant les huiles essentielles de sauge officinale et de menthe pouliot, par exemple. C’est pourquoi, sans doute, on déconseille le tussilage aux femmes enceintes et à celles qui allaitent.
    _______________
    1. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 942
    2. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 962
    3. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 943
    4. Le tussilage fait partie de la tisane des « quatre fleurs » avec le bouillon-blanc, la mauve et le coquelicot. Au fil du temps, on leur a adjoint la guimauve, le pied-de-chat et la violette, regroupés sous la dénomination des « sept plantes pectorales ».
    5. Botan, Dictionnaire des plantes médicinales les plus actives et les plus usuelles, p. 194

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La prêle des champs (Equisetum arvense)

Tiges fertiles de la prêle des champs apparaissant en début d'année. Ce sont elles qui portent les cônes sporifères

Tiges fertiles de la prêle des champs apparaissant en début d’année. Ce sont elles qui portent les cônes sporifères

La prêle est une plante primitive sans fleurs ni feuilles dont on a découvert des empreintes fossilisées datant de plus de 250 millions d’années. C’est à l’époque du Carbonifère (il y a 320 millions d’années) qu’on voit apparaître des plantes géantes dans des forêts humides et des marécages profonds : les fougères, les sigillaires, les lépidodendrons mais surtout les calamites, espèce de prêles géantes qui pouvaient atteindre 30 m de hauteur. Autant dire que les prêles actuelles sont des modèles réduits puisque la plus grande d’entre-elles, Equisetum maximum, ne mesure pas plus d’1,50 m, voire 2 m.
Munies d’un squelette qui deviendra du bois, les calamites peuvent se tenir à la verticale, ce qui n’est pas le cas des mousses qui seront donc supplantées par ces géantes. Elles se développent à l’aide d’une structure souterraine, le rhizome, qui peut porter plusieurs tiges. Actuellement, la prêle utilise encore ce mode de propagation.
Malgré cela, ces plantes ont disparu il y a environ 200 millions d’années (fin Trias – début Jurassique), vaincues par des plantes dont les appareils reproducteurs étaient plus performants. Cependant, le passage des calamites sur Terre a laissé des traces d’importance que l’on retrouve aujourd’hui encore sous forme de gisements de charbon.
Pour l’heure, les prêles se partagent encore quelques niches écologiques avec leurs voisines d’antan, les fougères, lesquelles ont également subi un effet de « nanification. » Ce sont des plantes rustiques qui ne demandent que peu d’eau et de l’ombre si possible. Elles s’aventurent sur des terrains guère engageants que les végétaux plus « évolués » n’ont pas encore colonisés.

La prêle des champs comporte des tiges fertiles brunes et articulées qui portent des épis sporifères en forme de cône, puis des pousses stériles vertes. Ces tiges fertiles meurent après sporulation en mars/avril. C’est une plante très fréquente dans l’hémisphère Nord (Europe, Asie, Amérique du Nord) qui pousse jusqu’à 2 500 m d’altitude et peut aisément mesurer 60 cm de hauteur (au grand maximum ; la plupart du temps deux fois moins). Elle affectionne les sols sablonneux et argileux, humides et marécageux, mais aussi les haies, friches, talus et bords de route.

Spores de prêle des champs vues au microscope

Spores de prêle des champs vues au microscope

Autrefois, quand on brûlait un champ pour en débarrasser les prêles présentes, on remarquait les gouttes de « verre » qu’elles laissaient en disparaissant. Il s’agit de la silice dont la plante est riche et qu’elle excrète sans cesse, laquelle silice est la composante du verre. C’est donc cette silice qui rend les prêles si âpres et râpeuses. D’ailleurs, le mot prêle, qui n’apparaît qu’au XVI ème siècle, provient des dénominations asperella et asprele, dans lesquelles on reconnaît le mot asper qui, en latin, signifie âpre, rude, rugueux (et que l’on retrouve dans aspérité, par exemple). La prêle rend donc compte de l’une de ses particularités, liée à la silice qu’elle contient : tout comme le papier émeri, l’on a fait d’elle une plante à polir, comme le souligne Olivier de Serres au début du XVII ème siècle : cette plante est employée « pour sa grande âpreté et rudesse, dont les ouvriers imagiers, peigniers et autres faisant chose délicate, se servent pour polir leur ouvrage en le frottant ». Ainsi polissait-elle, sans rayer, le bois et les métaux travaillés par les artisans. Dans l’économie domestique, elle permettait de lustrer les objets en argent et en étain, ainsi que les batteries de casseroles. Elle mérite donc amplement son sobriquet d’herbe à récurer !

L’un des surnoms de la prêle est queue de cheval. On retrouve ce nom vernaculaire dans le nom latin même de la prêle : Equisetum, de equus, « cheval » et seta, « soie », « crin », allusion évidente au « plumeau » de la prêle qui a évoqué aux Anciens la forme de la queue d’un cheval (quand ce n’était pas celle d’un renard, d’un chat ou, plus curieux, d’un rat ou d’une chèvre). Equisetum est un mot que l’on rencontre chez Pline qui, peu précis, semble recopier l’hippouris de Dioscoride (hippo, « cheval » en grec). Sous ce nom, le médecin grec décrit une plante astringente, diurétique et hémostatique, soit les trois principales propriétés de la prêle. C’est donc elle ! Pas sûr… puisque Dioscoride mentionne que c’est une plante grimpante… Pourtant, à le lire, on s’y tromperait : « elle a une vertu astringente, son jus étanche le sang coulant du nez, il est bon aux dysenteries et bu en vin provoque l’urine ». Si ce n’est pas la prêle, c’est, en tout cas, un parfait portrait pour elle. Galien parle aussi de ce que l’on pourrait penser être une prêle, puisque les indications qu’il nous livre concordent parfaitement avec le profil thérapeutique de cette plante : hémoptysie, diarrhée, plaie, etc.

Au Moyen-Âge, Hildegarde en dit peu de bien, Albert le Grand lui accorde une vertu hémostatique. Dès la Renaissance, on se réveille un peu : Agricola (1494-1555) placarde très nettement les trois vertus majeures de la prêle (hémostatique, diurétique, cicatrisante). Il sera suivi par Tragus qui confirmera ces mêmes propriétés en 1552, concédant de plus à la prêle un pouvoir sur l’hématurie. Six ans plus tard, Tabernaemontanus loue ses effets sur la tuberculose. Puis, les XVII ème et XVIII ème siècles oublient la prêle qui reviendra en force dès la fin du XIX ème siècle, sans doute après que Jacob Berzélius (1779-1848) ait isolé le silicium en 1823. En 1890, l’abbé Kneipp écrit à son sujet qu’il la tient en haute estime, et c’est un peu (beaucoup) cet homme qui relance la carrière thérapeutique de la prêle des champs.

Tige stérile de prêle des champs. C'est elle qu'on emploie en thérapeutique

Tige stérile de prêle des champs. C’est elle qu’on emploie en thérapeutique

La prêle des champs en phytothérapie

La partie médicinale offerte par la prêle réside dans ses parties aériennes, non les fertiles mais les stériles. Malgré leur caractère, nous verrons que ces tiges inodores et à la saveur peu agréable sont dotées d’une puissance extraordinaire.
Concernant la composition de la prêle, il n’est pas possible de passer sous silence d’importantes données. La prêle des champs est constituée de flavonoïdes, de saponines telle que l’équisétonine, de vitamine C, d’équisétine (un complexe d’alcaloïdes dont la palustrine), de calcium, de potassium, de magnésium, de thiaminases (qui ont le fâcheux effet de dégrader la vitamine B1), etc. Mais ce par quoi la prêle se distingue par-dessus tout, c’est par son incroyable teneur en silice (SiO2), le minerai le plus fréquent sur Terre. C’est l’un des douze éléments majeurs de la composition élémentaire des organismes. Chez l’homme adulte, on en trouve jusqu’à 7 g, soit deux fois plus que le fer. On la localise principalement dans le pancréas, l’aorte (le sang humain en contient 10 mg/l). On la rencontre aussi dans la rate, le foie et le rein, tandis que dans le cerveau, la silice n’existe qu’à l’état de traces.
La silice, par son absence ou sa présence au sein de l’organisme, est impliquée dans différents phénomènes. Elle joue un rôle dans les domaines osseux, vasculaires, nerveux et respiratoires. De plus, elle favorise l’élimination des déchets, participe au mouvement de détoxication de l’organisme, relance l’activité de l’hypophyse dans le métabolisme des sels minéraux (le calcium, entre autres), favorise l’assimilation du phosphore, purifie l’organisme sans éliminer potassium et sodium. Les végétaux pourvoyeurs de silice sont nombreux : les céréales (sauf le maïs), le millet, le sucre de betterave et de canne, le pollen, l’ail, l’échalote, le radis, le pissenlit, le topinambour, l’olive, la plupart des fruits (dans leur peau principalement), etc. Malheureusement, « on comprend qu’actuellement, il y a de très nombreuses carences d’apport. Ces carences disparaîtront le jour où seront remises en honneur les cultures et l’alimentation biologiques, comme nombre de spécialistes le demandent depuis longtemps ». Jean Valnet, à qui l’on doit ces quelques lignes, les a écrites dans les années 1960. Aujourd’hui, force est de constater qu’on est encore loin du compte, et l’on constate que l’agriculture non-biologique nous prive d’une partie des apports nécessaires en silice (20 à 30 mg/j), car les herbicides et pesticides chimiques que cette agriculture utilise à foison enrobent littéralement la peau des fruits et des légumes où sont nichées les précieuses substances indispensables dont la silice. Pourtant, malgré son étonnante présence partout dans le monde et les végétaux qu’il porte, l’on constate des phénomènes carentiels. Or, l’on a remarqué que les cancers étaient moins fréquents dans les régions riches en silice, que l’artériosclérose coïncide avec la chute de la teneur en silice des parois artérielles, etc. Louis Pasteur ne disait-il pas en 1878 que « l’action de la silice en thérapeutique est appelée à jouer un rôle grandiose » ? Privé de silice par une alimentation non-biologique, il est toujours possible à l’être humain de se tourner vers la prêle qui, question silice, n’a pas son pareil.
On lit parfois que la prêle des champs contient entre 70 et 90 % de silice, mais non rapportés à une masse à l’état frais, mais à l’ensemble des cendres obtenues après combustion complète d’une quantité donnée de prêle. Par exemple, si on brûle 100 g de prêle fraîche, on obtient 14 g de cendre (c’est-à-dire de sels minéraux et d’oligo-éléments). Ce sont sur ces 14 g qu’il faut appliquer les taux de 70 et 90 % :

  • (14/100) x 70 = 9,8
  • (14/100) x 90 = 12,6=> Autrement dit, dans 100 g de prêle fraîche, on trouve entre 9,8 et 12,6 g de silice, soit un taux effectif de 10 à 12 %.

Propriétés thérapeutiques

  • Détoxifiante, dépurative, diurétique, stimulante rénale (en médecine traditionnelle chinoise, on considère la prêle comme tonifiante de l’énergie du méridien du Rein ; on en comprendra la raison en prenant connaissance des usages thérapeutiques associés)
  • Hémostatique, cicatrisante, astringente, détersive
  • Facilite la capacité de la peau à absorber l’eau (ce qui est rendu plus difficile avec l’âge)
  • Antiseptique cutanée
  • Apporte du silicone aux cheveux, ongles, peau et muqueuses qui en consomment beaucoup
  • Stimule la synthèse du collagène
  • Favorise la reconstitution des cartilages
  • Améliore la souplesse des tendons
  • Renforce la structure osseuse
  • Reminéralisante
  • Hémopoïétique
  • Emménagogue
  • Stimulante des réactions de défense de l’organisme (Dans son intéressant ouvrage Médecines du monde, histoire et pratique des médecines traditionnelles, la sociologue Claudine Brelet écrit la chose suivante : « Une cure d’Equisitum arvense, ou prêle des champs, en décoction à raison de 50 g de plante sèche pour un demi-litre d’eau, est utile pendant les courtes et sombres journées d’hiver pour ‘réchauffer’ nos cellules. Les propriétés de la silice la font comparer à une batterie solaire ». Du reste, le silex, composé de silice, n’est-il pas celui qui, frotté l’un contre l’autre, a crée le feu ?)

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère urinaire et rénale : infections urinaires (cystite, etc.), œdème de l’appareil urinaire, énurésie, néphrite, lithiase rénale, colique néphrétique, hématurie, oligurie, albuminurie
  • Troubles de la sphère digestive : aérophagie, diarrhée, dysenterie
  • Affections bucco-dentaires et de la gorge : aphte, gingivite, pharyngite, maux de gorge, carie dentaire
  • Hémorragies : hémoptysie, hémorroïdes, hémorragie viscérale (hématémèse), hémorragie utérine (métrorragie), épistaxis, tout autre flux sanguin accidentel ou anormal
  • États œdémateux : ascite, hydropisie, cellulite, obésité par rétention d’eau
  • Troubles locomoteurs : rhumatisme, arthrose, goutte, fracture, lésion osseuse, ostéite, lumbago, douleur dorsale
  • Affections cutanées : plaie, plaie difficile et longue à cicatriser, ulcère, ulcère fongueux, ulcère variqueux, inflammation, démangeaison, prurit, dartre, eczéma, acné, transpiration des pieds, contusion, vergetures
  • Troubles cardiovasculaires : hypertension, artériosclérose
  • Croissance difficile, retard d’ossification et de dentition, rachitisme, déminéralisation, asthénie, faiblesse générale, sénescence (autrefois, on mêlait de la poudre de prêle au lait des enfants comme fortifiant)
  • Tuberculose
  • Diabète
  • États cancéreux
  • Insuffisance des règles

Modes d’emploi

  • Infusion, décoction, décoction concentrée
  • Poudre
  • Suc frais
  • Teinture alcoolique
  • Extrait de plante fraîche
  • Cataplasme de prêle fraîche

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte et séchage : les désherbants chimiques favorisent l’apparition des prêles. C’est un comble qui est, de plus, un cauchemar pour cette agriculture non-biologique (la Nature est pleine d’humour). Il est donc judicieux de ne pas récolter des prêles poussant même aux abords des champs qu’elles colonisent parfois à grande échelle. Hormis cet inconvénient, une fois la cueillette achevée, la dessiccation se fait très simplement, ce qui est un avantage doublé de celui qui voit la prêle ne pas être altérée dans ses qualités une fois sèche.
  • Attention, si vous souhaitez utiliser une partie de votre récolte pour vous concocter une petite infusion, sachez que la prêle ne supporte pas le contact d’ustensiles en fer. Mieux vaut alors prévoir une casserole émaillée et une cuillère en bois par exemple.
  • Comme nous l’avons dit plus haut, les thiaminases contenues dans la prêle dégradent la vitamine B1. On se préservera donc d’un usage trop prolongé, d’autant que la silice, en surdosage, est problématique et s’inscrit dans le triste souvenir de la maladie des mineurs et des fondeurs, la silicose. C’est pourquoi il est préférable de procéder par cure épisodique de trois semaines environ, suivie d’une semaine de repos, et ainsi de suite. C’est, par exemple, ce que l’on peut envisager durant une grossesse et les mois qui suivent l’accouchement.
  • Comme nous le montre l’extraordinaire richesse du limon du Nil en silice (60 %) et des boues du massif du Saint-Gothard (80 %), la silice est un fertilisant du sol et un préventif contre certaines maladies des cultures. Ainsi, une décoction de prêle protège-t-elle les rosiers de la rouille. On utilise aussi la prêle pour lutter contre mildiou, chancre et monilie.
  • Alimentation : déjà, du temps des Romains, les très jeunes pousses de prêle se dégustaient comme les asperges. Cette habitude s’est pérennisée puisqu’au XVI ème siècle, Matthiole relate le fait que dans la campagne toscane on les faisait bouillir puis frire à l’huile d’olive, un usage qui s’est perpétué jusqu’au XIX ème siècle, et que l’on rencontre à l’identique au Japon.
  • Association : si l’on souhaite utiliser la prêle en complément d’autres plantes, on peut l’annexer au bambou et à l’ortie, en guise de synergie reminéralisante. Mais elle se débrouille aussi très bien toute seule.
  • Autres espèces : la prêle étudiée ici n’est pas le seul spécimen de prêle existant, raison pour laquelle on la dit « des champs », afin de la distinguer des autres les plus communes que voici :
    1 – prêle des bois (ou des forêts) : E. sylvaticum
    2 – prêle des marais : E. palustre ou E. limosum
    3 – prêle d’hiver (ou prêle à polir) : E. hyemale
    4 – prêle des fleuves (ou des eaux) : E. fluviatile
    5 – prêle ivoirine (ou grande prêle) : E. telmateia ou E. maximum
    Il n’y a pas encore si longtemps, on donnait ces cinq prêles comme équivalentes à la prêle des champs d’un point de vue thérapeutique. Cette observance n’a plus lieu d’être aujourd’hui car l’on a constaté que la n° 2 et la n° 4 contenaient des alcaloïdes beaucoup trop toxiques pour en faire l’expérience phytothérapeutique.
  • Cosmétique : pour des raisons que nous avons citées plus haut, la prêle permet de renforcer les ongles cassants et fragiles et de redonner de la vigueur aux cheveux ternes et dévitalisés. De plus, la prêle estompe les rides, en prévient l’apparition, et, en lotion pour le visage, procure un teint net et clair.
  • Plante tinctoriale : la prêle des champs contient un pigment de couleur jaune.

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Coupe transversale d'une tige stérile de prêle des champs

Coupe transversale d’une tige stérile de prêle des champs

L’alkékenge (Physalis alkekengi)

alkekenge_baies

Synonymes : physale, coqueret, coquerelle, cerise d’hiver, mirabelle de Corse, lanterne, lampion, amour-en-cage, etc.

Contrairement aux apparences qui peuvent parfois surprendre, l’alkékenge dont il est ici question n’est pas une plante exotique. L’on sait, pour avoir découvert par milliers ses graines dans des cités lacustres, que l’alkékenge était consommé dès le Néolithique en Europe (Jura suisse, par exemple). Ne nous étonnons donc pas de le rencontrer dans la pharmacopée de la Grèce antique, où il portait le nom d’halikakkabos. C’est sous une forme très proche – halikakabon – qu’on le croise dans les travaux de Dioscoride qui lui concède des propriétés sur la sphère urinaire (diurétique contre l’ischurie), ainsi que sur le foie (ictère), une action que Galien lui reconnaîtra également. Chez les Latins, on inaugure bien avant l’heure la théorie des signatures. Le nom de physalis, emprunté au grec physaô, fait référence à quelque chose d’enflé, de gonflé, comme une ampoule ou une bulle, plus particulièrement comme une vessie eu égard à la forme qu’adopte le lampion de l’alkékenge. C’est pourquoi on lui donnera aussi le nom de vesicaria, chose d’autant plus judicieuse que l’alkékenge détermine « un flux abondant d’urines ». Cette signature est donc tout à fait appropriée et sera confirmée siècle après siècle : XIII ème (Arnaud de Villeneuve : lithiase, rétention urinaire), XVI ème (Matthiole et Jean-Baptiste Porta : diurèse, lithiase), XVII ème (Schröder : diurèse, lithiase rénale et urinaire), XVIII ème (John Ray : goutte), XIX ème (Cazin : diurèse, oligurie, rhumatisme), etc.

L’alkékenge est une plante appartenant à la fabuleuse famille des Solanacées et se comporte un peu à la manière de l’un de ses autres membres, la morelle douce-amère, par son port couché, sauf si des tuteurs lui permettent de s’ériger à 60 cm du sol environ, et parfois davantage. Vivaces, les tiges de cette plante, cassantes, légères et creuses, portent des feuilles à limbe ovale et pointu à son extrémité, généralement par deux. A l’aisselle des feuilles, des fleurs solitaires et blanchâtres pendent dans le vide. Puis, au fur et à mesure que le temps passe, des calices persistants apparaissent. D’abord vert pomme, puis dorés, ils font flamboyer la plante avec leur couleur rouge orange vif. C’est à l’intérieur des calices que l’on découvre une petite baie ronde, rouge orange, à la saveur légèrement amère et aigrelette. Autrefois commun dans la nature, l’alkékenge s’est progressivement raréfié, et cela déjà du temps de Fournier (années 1940), qui dit de lui qu’il est rare ou totalement absent par place. Il est néanmoins plus fréquent dans les régions viticoles où on pourra avoir la chance de le rencontrer sur les terres cultivées, les talus, les décombres, le long des chemins, etc.

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L’alkékenge en phytothérapie

Imaginer un instant que l’alkékenge puisse faire partie de la matière médicale peut surprendre. En effet, il est plus habituel de le rencontrer coincé entre les ramboutans et les caramboles à l’espace « fruits exotiques » d’un marchand de fruits et légumes que dans l’armoire à pharmacie. Et encore ne s’agit-il pas de l’alkékenge, mais de l’un de ses lointains cousins péruviens, Physalis peruviana. Par ailleurs, où donc peut-on rencontrer l’alkékenge sinon chez le fleuriste, où on le voit sec et dépenaillé, tous lampions étincelants dehors ? A l’évidence, l’alkékenge sait être esthétique et comestible mais, chose que notre siècle a presque oubliée, c’est aussi un remède phytothérapeutique dont la déshérence s’explique sans doute parce que, d’assez commun hier, il est devenu rare aujourd’hui, bien évidemment victime de l’urbanisation, mais également de joyeusetés qui ont pour nom herbicide et pesticide.
A peu près toutes les parties de la plante sont employables, à l’exception des racines. Les baies sont composées de sucre, d’acide citrique, d’une huile grasse, d’un pigment proche du carotène (physialène), d’un principe amer, de provitamine A et d’un taux de vitamine C qui ne doit pas les faire pâlir : en effet, il est équivalent à celui du cynorrhodon et deux fois plus importants que ceux du citron et de l’orange. Dans le reste de la plante, à savoir les calices, feuilles et tiges, on trouve des tanins, du mucilage, un principe amer appelé physialine, mais aucun alcaloïde du type solanine dont la plante a parfois été suspectée.

Propriétés thérapeutiques

  • Les baies : rafraîchissantes, laxatives légères, diurétiques éliminatrices de l’acide urique, antilithiasiques, purifiantes du sang
  • Les calices, feuilles et tiges : fébrifuges, émollients, calmants cutanés, diurétiques, dépuratifs

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère urinaire et rénale : lithiase (urinaire, rénale, urique, oxalique), rétention urinaire, oligurie, albuminurie, dysurie, rhumatisme, arthrite, goutte, troubles prostatiques
  • Troubles de la sphère hépatique : congestion hépatique, hépatisme, ictère
  • Hydropisie, œdème, anasarque, infiltration séreuse, épanchement péricardique
  • Fièvre intermittente et ses récidives
  • Fatigue, anémie, chlorose

Modes d’emploi

  • Infusion et décoction de baies sèches
  • Décoction de la plante entière (sauf racines)
  • Macération vineuse de baies fraîches
  • Macération huileuse de baies sèches
  • Sirop de baies fraîches
  • Teinture alcoolique de baies fraîches
  • Cataplasme de feuilles fraîches
  • Baies fraîches en cure quotidienne
  • Poudre (baies sèches, calices, tiges ou feuilles)

Contre-indications, précautions d’emploi, autres remarques

  • Récolte : elle s’effectue lors de la pleine maturité des baies, soit à la fin du mois d’août, ainsi qu’au mois de septembre, voire même octobre selon les régions.
  • Séchage : les baies se prêtent mieux à la dessiccation si l’on prend soin de les séparer de leur calice (qui retient l’humidité et confère aux baies son amertume). Puis on les coupe en deux, on les laisse sécher à bonne température en les retournant régulièrement, mais, comme le souligne Cazin, le mieux reste l’étuve ou le four à douce chaleur (40° C). Le séchage est long et délicat, il requiert un soin nécessaire pour que les baies soient bien sèches, en particulier avant de pouvoir les passer au pilon.
  • Effets indésirables : en interne, les tiges, feuilles et calices provoquent des bourdonnements d’oreilles, une sensation d’ivresse et un ralentissement du pouls. Mais, suite à ces quelques désagréments, le pouls revient à la normale, le teint se colore, le tonus musculaire se développe. A haute dose, ces mêmes parties végétales déterminent des douleurs épigastriques ainsi que de la constipation.
  • Association : il est possible de renforcer le pouvoir diurétique de l’alkékenge en le combinant au chiendent, à la prêle, à la reine-des-prés, etc.
  • Alimentation : les baies se consomment fraîches lorsqu’elles sont bien mûres, mais il est possible de les appareiller différemment (confites au vinaigre ou au sucre, sirop, confiture, gelée, etc.).
  • Autres espèces : le genre Physalis regroupe environ une centaine d’espèces. Parmi elles, on rencontre le Physalis alkekengi var. franchetii aux fruits généralement plus gros, le physalis du Pérou (Physalis peruviana), le physalis pubescent (Physalis pubescens), le physalis du Mexique ou tomatillo (Physalis ixocarpa). Ce sont toutes des espèces comestibles.

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Huile essentielle de lentisque pistachier

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Du temps de l’Antiquité, le lentisque est connu de tous tout autour du bassin méditerranéen, en particulier la résine qui s’écoule parfois naturellement de cet arbre, comme c’est le cas en Turquie ou en Grèce (sur l’île de Chios, par exemple, le lentisque sécrète du mastic en larmes). En Égypte, on en distingue de trois types : le blanc, le noir et le rouge. C’est d’ailleurs dans l’une des plus fameuses recettes égyptiennes de l’Antiquité que l’on retrouve le lentisque parmi une foule d’ingrédients : le kyphi. Cet « encens » sous forme solide était brûlé par fumigation en guise d’offrande. Mais le lentisque pouvait aussi se rencontrer sous forme de pastille, mêlé à d’autres végétaux, comme la lavande et l’oliban, ou bien simplement sous sa forme brute, c’est-à-dire de résine obtenue en incisant l’écorce du lentisque, dont le nom latin lentiscus semble provenir du mot lentus, « mou », eu égard à la texture de cette résine avant qu’elle ne sèche à l’air libre, comme c’est aussi le cas de la myrrhe, de l’oliban, etc. Déjà mentionnée par Théophraste (qui distinguait un lentisque mâle et l’autre femelle, ce qui n’est pas le cas puisque l’espèce est dioïque), Dioscoride, Pline, Columelle, Scribonius Largus, etc., cette résine est connue des Romains sous le nom de mastixchia (autrement dit, mastic de Chios, en référence à l’île grecque où cet arbre pousse en abondance), alors que lentiscus désignait par ce nom les feuilles du pistachier (pistacia pour les Latins, pistakia pour les Grecs). Beaucoup utilisé par Alexandre de Tralles (originaire de Lydie), le mastic fut largement mis à contribution par la médecine arabe (Avicenne, Ibn el Baithar, etc.). A cette époque, autour de l’an mille, on l’utilisait de multiples manières, pour des affections tant internes qu’externes : angine, maladies pulmonaires, palpitations, hydropisie, hématurie, colique hépatique, troubles stomacaux, plaies… Mais, plus communément, on mâche le mastic depuis l’Antiquité pour conserver à la bouche une hygiène irréprochable et pour corriger l’acidité gastrique. Ainsi procédait-on encore au XIX ème siècle sur l’île de Chios. C’est pourquoi le lentisque est symbole de pureté et de virginité. Il n’y a donc rien d’étonnant que de retrouver le lentisque parmi les attributs d’Artémis et, avant elle, chez une divinité crétoise du nom de Britomartis (autrement dit : « la bonne vierge »), qu’Artémis a rapidement supplantée, sans pour autant que la mythologie grecque l’ait oubliée, puisqu’elle deviendra nymphe d’Artémis, connue sous le nom de Dictynna. Cela explique aussi pourquoi les vierges helléniques se paraient de lentisque.

Le lentisque est, à l’état sauvage, un arbuste de 1 à 3 m de hauteur, et il peut atteindre le double quand il est cultivé comme ornemental au jardin. Dans les deux cas, il est une espèce typique des sols secs et rocailleux, tels le maquis par exemple, une espèce que l’on peut rencontrer dans les coteaux et les collines au sud de la France, en Corse, au Maroc, en Grèce, en Turquie, en Bulgarie, etc. Les feuilles du lentisque sont composées de quatre à dix paires de folioles vert foncé, luisantes, allongées, non dentées et qui se teintent légèrement de pourpre l’hiver venu. Les fleurs, d’abord verdâtres, virent, elles aussi, vers une teinte plus rougeâtre avec le temps. Les fruits, gros comme des pois, plus ou moins rouges, parfois presque noirâtres, apparaissent en octobre et en novembre.
Notons qu’en France, le lentisque n’est pas le seul spécimen de Pistacia, puisqu’on dénombre le pistachier vrai (Pistacia vera), c’est-à-dire celui qui produit les gourmandes pistaches et le térébinthe (Pistacia terebinthus) qui, contrairement au lentisque, perd ses feuilles à la morte saison.

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Le lentisque pistachier en aromathérapie

Lorsqu’on froisse une feuille de lentisque, celle-ci exhale un fort parfum : c’est elle qui contient l’essence aromatique. Ainsi distille-t-on à la vapeur d’eau les rameaux feuillés du lentisque pendant environ trois heures. Le rendement est très faible (0,15 à 0,25 %), ce qui explique la cherté de cette huile essentielle. De fluide à légèrement visqueuse, sa couleur passe du jaune pâle au brun verdâtre. Son parfum est, lui aussi, variable, évoquant une touche verte un peu amère et tannique, une odeur balsamique, poivrée, etc.
Dans tous les cas, ce sont les monoterpènes qui dominent la composition de cette huile essentielle. En effet, alpha-pinène, bêta-pinène, limonène, myrcène, camphène et sabinène représentent environ 75 % du totum. Pour compléter tout cela, quelques sesquiterpènes (6 %), monoterpénols (6 %) et esters (2 %).

Propriétés thérapeutiques

  • Positivante, tonique, stimulante
  • Décongestionnante veineuse, décongestionnante lymphatique, lymphotonique, drainante lymphatique, phlébotonique
  • Anti-œdémateuse, désinfiltrante, anticellulitique, décongestionnante tissulaire
  • Anti-inflammatoire
  • Décongestionnante respiratoire, expectorante
  • Antiseptique atmosphérique
  • Décongestionnante prostatique
  • Cicatrisante, antiseptique cutanée

Usages thérapeutiques

  • Troubles veineux et lymphatiques : insuffisance veineuse et lymphatique, mauvaise circulation veineuse et lymphatique, jambes lourdes, varice, ulcère variqueux, prévention des phlébites, phlébite superficielle, hémorroïdes, hématome
  • Troubles gynécologiques : règles douloureuses ou tardives, congestion du petit bassin, prévention des troubles liés à la ménopause
  • Troubles de la sphère respiratoire + ORL : bronchite, sinusite, otite, bourdonnement d’oreilles
  • Œdème, rétention d’eau, cellulite, épanchement de synovie
  • Prostatite, hypertrophie bénigne de la prostate
  • Engelure, ecchymose

Modes d’emploi

  • Voie externe
  • Olfaction
  • Diffusion atmosphérique

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Aux doses physiologiques correctes, l’huile essentielle de lentisque ne présente aucun inconvénient. Certains auteurs recommandent cependant d’en éviter l’usage durant les trois premiers mois de grossesse. A diluer dans une huile végétale avant application cutanée.
  • En synergie, l’huile essentielle de lentisque s’associe particulièrement bien à d’autres huiles essentielles à visée circulatoire : myrte vert, cyprès toujours vert, patchouli, ciste ladanifère, cèdre de l’Atlas, hélichryse d’Italie, etc. Toutes ces huiles essentielles ont été traitées sur le blog.
  • La résine du lentisque pistachier, le mastic donc, fait elle aussi l’objet d’une distillation à la vapeur d’eau, à l’image de la myrrhe, de l’oliban, etc. Le rendement est un peu plus élevé (2 à 3 %), mais cela reste un produit rare.
  • L’huile essentielle de lentisque ne doit pas faire oublier que d’autres parties du lentisque furent employées en phytothérapie. C’est le cas du bois, de l’écorce, des racines, des fruits, des feuilles et des galles. Tous plus ou moins astringents, ils soignaient les diarrhées, la dysenterie et la blennorragie. La décoction du bois permettait d’obtenir ce que l’on appelait « l’or potable », recommandé en cas de calculs et de douleurs goutteuses. Quant au mastic en lui-même, il joua le rôle de résine masticatoire (d’où son nom) afin de raffermir les gencives, d’entretenir l’hygiène bucco-dentaire et de parfumer l’haleine. Mais le mastic est aussi stomachique, astringent, hémostatique, sudorifique et expectorant. On l’utilise autant pour des affections pulmonaires (hémoptysie, catarrhe chronique), que pour les flux intestinaux, vaginaux et utérins. On lui trouve aussi quelque utilité en cas de rhumatisme et de goutte, sans oublier, bien sûr, les maux dentaires. En Occident, on s’est même servi de la résine de lentisque comme de mastic dentaire.
  • Les feuilles du lentisque contiennent un colorant jaune qui fut autrefois employé en teinturerie, en particulier dans la région lyonnaise.
  • Les fruits, comestibles, recèlent une huile destinée à divers usages : huile de table, éclairage, savonnerie, etc.
  • En Grèce, il existe une boisson alcoolisée du nom de mastika de Chios, liqueur anisée parfois encore additionnée de mastic. Ailleurs, il s’agit d’une mastika proche de l’ouzo et du raki, mais dont le mastic est absent.

© Pour le texte : Books of Dante. Pour les images : Pescalune photography – 2016

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Le jujubier (Zizyphus vulgaris)

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Synonymes : gingeolier, dindolier.

Le nom arabe du jujubier – zizouf – a directement inspiré son actuel nom latin, duquel, pense-t-on, le mot jujubier serait issu.
La culture du jujubier tout autour de la Mer méditerranée et sa propension à apparaître de manière spontanée ne doivent pas nous faire oublier que cette espèce végétale est originaire de Chine où, dit-on, elle faisait l’objet d’une culture depuis plusieurs millénaires. D’ailleurs, la médecine traditionnelle chinoise utilisait les jujubes pour élever l’énergie vitale, tonifier le foie et abaisser la nervosité. Les taoïstes voyaient même en ce fruit une nourriture d’immortalité, une « nourriture pure, presque immatérielle » (1).
Comme beaucoup d’autres arbres fruitiers, le jujubier a suivi une route d’est en ouest : on le localise en Perse il y a 2500 à 3000 ans. De là, il s’échappe à l’actuelle Syrie, on le rencontre aussi en Libye. Bref, il conquiert tranquillement le pourtour méditerranéen. Du temps de l’empereur Auguste (- 63 avant J.-C à 14 après J.-C), Grecs et Romains connaissaient le jujubier, de même que durant le règne de son successeur Tibère (-42 avant J.-C à 37 après J.-C.), dont l’un des consuls, Sextus Papinius, le plantait dans les camps, sans doute comme barrière végétale, puisque, de la famille des Rhamnacées, et donc des nerpruns, le jujubier souligne son caractère quelque peu épineux. Mais c’est aussi une espèce qui enfonce profondément ses racines dans le sol à la recherche des nappes phréatiques, ce qui en fait un petit arbre quasiment inarrachable. D’ailleurs, jetez un petit coup d’œil sur le croquis suivant :

Croquis extrait du livre de Francis Hallé, Plaidoyer pour l'arbre (p. 18)

Croquis extrait du livre de Francis Hallé, Plaidoyer pour l’arbre (p. 18)

C’est pourquoi on a fait du jujubier un symbole de défense et de résistance contre l’agression. Par exemple, en Grèce et au Maroc, on plaçait dans la main du nouveau-né une feuille ou un rameau de jujubier, « pour qu’il soit plus tard aussi bien armé que l’est cet arbre bardé d’épines » (2), lesquelles furent aussi utilisées pour détourner les influences du mauvais œil. En guise de protection contre les esprits néfastes, on recouvrait les tombes de rameaux de jujubier (en général, les plantes épineuses sont assez souvent liées au monde chthonien). Cette double dimension défense/protection apparaît aussi de manière sibylline dans le mythe de Lotis, une naïade que le dieu ithyphallique Priape poursuit de ses assiduités. C’est, du moins, ce qu’évoque brièvement Ovide dans le livre IX des Métamorphoses : Lotis « avait été changée en cet arbre qui a conservé son nom » (3). Or, force est de constater qu’il n’est peu de rapport entre le jujubier et le lotôs des anciens Grecs, et il eut mieux valu qu’on fasse du lotôs le lotus, plante effectivement anaphrodisiaque, pour que résonnent d’autant les raisons qui poussèrent les dieux à opérer cette transformation. C’est peut-être sur la base de cette confusion que Valnet suggérera le caractère anaphrodisiaque du jujube, ce qui va contredire ce qui suit : « Les femmes peuvent renforcer leurs charmes naturels par des procédés magiques : si elles s’attachent à la main un chapelet de grains de jujubier et de coquilles […], elles se rendent agréables aux yeux des hommes » (4). Par « coquille », on peut éventuellement entendre la coquille Saint-Jacques qui portait le nom de peigne durant l’Antiquité. Pecten, son nom latin, faisait aussi référence, métaphoriquement, au sexe de la femme, tel qu’on l’apprend dans l’Apologie d’Apulée. Vénus sortant des eaux n’est pas bien loin… et le chapelet rappelle aussi la ceinture de la déesse. Ce caractère fécond se rencontre aussi en Chine où les mots « jujube » et « bientôt » sont homophones : « le fruit appelle donc la venue rapide d’un enfant à une jeune mariée » (5).
En Sicile, comme le relate Pierre Canavaggio, « lorsqu’on voit tomber une feuille de jujubier, il faut la retourner du côté face. On ne sait plus pourquoi il faut le faire, mais on continue […] de remettre les feuilles de jujubier à l’endroit » (6). Cette coutume s’explique peut-être par la cérémonie musulmane de la nuit du milieu de shaaban (ou cha’bân), c’est-à-dire le huitième mois du calendrier musulman, précédant le mois de ramadan. Cette cérémonie « se rattache à une tradition selon laquelle le jujubier du Paradis comporterait autant de feuilles qu’il existe d’êtres humains vivants au monde. On dit que ces feuilles portent inscrits les noms de tous ces êtres ; chaque feuille portant le nom d’une personne et ceux de ses pères et mères. On prétend que l’arbre est secoué, pendant la nuit qui précède le quinzième jour du mois, un peu après le coucher du soleil ; et lorsqu’une personne est destinée à mourir dans l’année qui vient, la feuille sur laquelle son nom est gravé tombe à cette occasion ; si elle doit mourir très prochainement, sa feuille est presque entièrement desséchée, seule une petite section demeure verte ; selon le temps qui lui reste à vivre, la partie verte est plus ou moins grande » (7). Ce jujubier jouerait donc le rôle d’arbre oraculaire et rappelle quelque peu la croyance qui veut que les feuilles des arbres se mettent à trembler pour qu’on se souvienne de la passion du Christ. Peut-être que ce que dit Canavaggio à propos de cette coutume sicilienne qu’il ne s’explique pas trouve son origine dans la domination musulmane de la Sicile qui s’est étalée de 827 à 1091…

Comme nous l’avons vu, le jujubier n’est pas très grand (environ 6 m au maximum). Son tronc à l’écorce crevassée porte des rameaux de deux types : grêles et effilés pour les uns, tortueux et en zigzag pour les autres. Les feuilles, ovales et dentées, sont marquées de trois fortes nervures parallèles. Aux mois de juin et de juillet, de petites fleurs jaune verdâtre apparaissent à l’aisselle des feuilles, avant de se métamorphoser en drupes pendantes, de forme ovale ou ronde. Rougeâtres à l’extérieur, les jujubes renferment une chair jaune clair, spongieuse et mucilagineuse, de saveur douce. On les récolte généralement aux mois de septembre et d’octobre. Aujourd’hui, le jujubier est cultivé pour ses fruits dans toutes les zones subtropicales allant de la Mer méditerranée au Japon.

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Le jujubier en phytothérapie

En France, le jujubier est une espèce périphérique n’ayant véritablement jamais emporté l’adhésion. Ainsi les sources le concernant sont-elles maigres. Parmi toutes celles que j’ai recueillies, voici néanmoins ce que je puis aligner sans risque d’erreur. L’écorce est riche en tanin, mais le bois qui la porte a surtout servi à l’ébénisterie sous le nom d’acajou d’Afrique. A propos des feuilles, nulle mention. Les fleurs, selon les auteurs du Petit Larousse des plantes médicinales, sont sans intérêt. C’est donc le fruit du jujubier, c’est-à-dire le jujube, qui a connu le plus de succès. Celui-ci contient une forte proportion de sucres (hexose, saccharose : 62 à 75 %), des protéines à hauteur de 3 à 7 %, du mucilage, de la pectine, une concentration intéressante de vitamine C, enfin un acide, dit acide zizyphique. Dans le jujube, on trouve un noyau dont l’huile grasse est composée d’acides oléique, linoléique et palmitique. Mais il semble qu’on en ait fait peu de cas.

Propriétés thérapeutiques (ne concernent que le fruit)

  • Nutritif, favorise la prise de poids
  • Adoucissant, émollient
  • Pectoral, anticatarrhal, antitussif
  • Antispasmodique
  • Diurétique
  • Laxatif
  • Immunostimulant (?)

Usages thérapeutiques

  • Convalescence, fatigue après infection (d’un point de vue alimentaire et nutritif, la jujube tient largement la comparaison avec la figue ou la datte)
  • Inflammations intestinales, constipation. A propos des jujubes, le docteur Leclerc comparait « leurs effets sur l’intestin à ceux de l’agar-agar et du psyllium. Elles conviennent donc aux personnes à l’intestin délicat, trop faibles pour supporter les laxatifs trop énergiques ou les drastiques, ce que favorisent le mucilage et la masse cellulosique fournis par la pulpe de ces fruits » (8)
  • Inflammations de la gorge et des voies respiratoires : rhume, asthme, bronchite, enrouement
  • Inflammations urinaires

Modes d’emploi

  • Décoction de fruits frais
  • Dans l’alimentation (dans la mesure du possible) : frais ou secs
  • Remède des quatre fruits pectoraux : peu usité de nos jours, il contenait des figues, des jujubes, des dattes et des raisins secs

Informations complémentaires

  • Autrefois, dans les pharmacies, à l’instar de la pâte de guimauve, on trouvait de la pâte de jujube. Il s’agit d’une ancienne préparation pharmaceutique qui ne contenait généralement pas de jujube…
  • Le jujubier est une espèce végétale appartenant à la famille des Rhamnacées. Il en est une autre, américaine, parfois surnommée jujubier, Karwinskia humboldtiana. Mais ses fruits sont toxiques. Cette espèce n’a donc aucun rapport avec le jujubier.
  • En France, on peut rencontrer le jujube frais sur les marchés provençaux. Ailleurs, il est parfois disponible à l’état sec dans certaines épiceries asiatiques sous l’appellation de « dattes chinoises ».
    _______________
    1. Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 546
    2. Pierre Canavaggio, Dictionnaire des superstitions et des croyances populaires, p. 136
    3. Ovide, Métamorphoses, p. 335
    4. Jules Régnault, Sorcellerie et biologie, p. 74
    5. David Fontana, Le nouveau langage secret des symboles, p. 41
    6. Pierre Canavaggio, Dictionnaire des superstitions et des croyances populaires, p. 136
    7. Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 545
    8. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 530

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Le pourpier (Portulaca oleracea)

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Synonymes : pourpier potager, pourpier vert.

Le pourpier portait très anciennement les noms de portulaca, porsilaca, porcastrum, etc., et comme l’on est à peu près sûr d’en ignorer la signification, autant ne pas s’étendre sur ce sujet. En revanche, il est possible que le mot pourpier s’explique par la ressemblance des tiges de cette plante avec une patte de poulet. C’est ainsi qu’au XI ème siècle, on l’appelle polpied (pour « pied de poule »), porpier au XIII ème, même si subsistera jusqu’au XVI ème siècle une forme dérivée de polpied : piedpoul. En Anjou, il porte le nom de piépou, alors que l’Occitanie l’a doté de portolaga, bortolaiga, etc., que l’on retrouve encore aujourd’hui à travers sa dénomination latine. D’autres noms, tels que porcelin, porcellane, porchane, porchaille, lui furent également attribués.
Loin de ces histoires de gallinacées, chez les Grecs de l’Antiquité, cette plante se nomme andrachnê ou haima opheôs (id est : « sang de serpent ») selon son appellation magique, mais elle se trouve parfois être confondue avec la joubarbe (ou « acidule »), qui présente, avec le pourpier, la caractéristique d’appartenir à la même famille, les Crassulacées. Aussi, chez Dioscoride et Pline, on ne sait pas toujours à quelle plante l’on a véritablement affaire. Mais lorsqu’on prend connaissance des quelques propriétés que les Romains ont repérées dans le pourpier, il n’est pas de raison de douter de la présence de cette plante parmi la pharmacopée de la médecine gréco-romaine. (Il est alors dit que le pourpier est vermifuge, et qu’il est employé en cas de maux de tête et d’estomac.) Mais, bien avant ça, le pourpier, présent en Inde dont il est possible qu’il soit originaire, a été probablement naturalisé depuis la haute Antiquité en Asie occidentale ainsi qu’en Europe. C’est ainsi que les Égyptiens lui trouvèrent des vertus intestinales et qu’Hippocrate après eux le donnait comme efficace contre les hémorroïdes, les calculs et les inflammations oculaires.

Au Moyen-Âge, Macer Floridus, mentionnant la nature froide et humide du Portulaca, indique que cette plante « préserve des ardeurs du soleil ceux qui en mangent en été » (1), une propriété qui lui a été conservée, puisque, autrefois, « les cultivateurs en plaçaient une feuille sous la langue pour éviter d’avoir soif par temps de canicule » (2). Au-delà de l’argument de confort, il est vrai que le rafraîchissant pourpier gorgé d’eau est bon contre la fièvre, il arrête les flux sanguins et intestinaux, relâche le ventre, apaise les douleurs vésicales, dissipe l’engourdissement des dents et le gonflement des yeux. L’on constate donc que Macer Floridus lui accorde un large crédit, tandis qu’Hildegarde fait peser sur lui une sentence sans appel : « Il n’est pas bon pour l’homme d’en manger » (3). Qu’importe, c’est bien au siècle d’Hildegarde que la consommation alimentaire du pourpier s’instaure en Europe, laquelle durera jusqu’au début du XX ème siècle, avec plus ou moins d’attrait selon les régions européennes. Par exemple, Anglais et Hollandais en seront friands. De même, il fut cultivé par Jean-Baptiste de la Quintinie pour Louis XIV qui l’appréciait fort. Et lorsqu’il n’était pas régulièrement cultivé dans les jardins, on allait le glaner dans les vignes, les décombres, les chemins… ou bien l’on s’en remettait au crieur de pourpier que l’on pouvait entendre proférer sa harangue jusqu’au XVII ème siècle : « Ah ! Mon beau pourpier ! Ne trouverai-je point quelque sire pour en acheter, tout en lui est beau, jusqu’aux pieds ».
Le pourpier persiste et résiste, mais la désaffection se fait sentir durant le XVIII ème siècle, et au XIX ème siècle des auteurs en parlent à peine, bien qu’en ces temps de disette nombreux que rencontrèrent ces deux siècles, le pourpier offrit belle provende, tant par ses feuilles et tiges comestibles, que ses graines moulues en guise de « farine » ou bouillies comme on le fait aujourd’hui du quinoa.
Le temps de la bénédiction du prophète Mohammad semble bien loin pour le pourpier. En effet, Mohammad fut guéri d’une blessure qu’il s’était faite au pied en marchant sur une touffe de pourpier. « Béni sois-tu de Dieu, mon cher enfant, mon cher pourpier, partout où tu seras », se serait écrié le prophète (4). C’est pourquoi la médecine arabe considéra longtemps le pourpier comme le « condiment béni ».

Le pourpier est une plante annuelle qui peut se présenter sous deux aspects : au port étalé sur le sol en touffes rampantes ou bien au port élevé à une trentaine de centimètres au-dessus du sol. Le premier cas est typique du pourpier qui vit à l’état sauvage, la plante s’étale davantage. Ayant de la place, elle se propage alors rapidement. L’autre cas se présente dans l’exemple du pourpier que l’on cultive au jardin : si l’on sème les graines trop près les unes des autres et que l’on n’éclaircit pas les jeunes pousses, le pourpier devient plus dense, et prend à la verticale ce qu’il ne peut s’attribuer à l’horizontale. Dans tous les cas, le pourpier est constitué de tiges charnues dont la couleur oscille du vert au rose, mais il leur arrive de prendre des teintes rougeâtres particulièrement prononcées parfois. Ses feuilles, plates et spatulées, sont épaisses et aussi charnues que les tiges. La floraison reste discrète : de petites fleurs à cinq pétales jaune vif apparaissent au cœur de l’été. Elles produisent par la suite des capsules emplies de minuscules graines noires et brillantes.
Comme toute plante grasse, le pourpier résiste très bien à la sécheresse, mais craint le gel dès 0° C. On a toutes les chances de le rencontrer sur des sols légers et bien drainés, ensoleillés, tels que vignes, bords de chemins, mais aussi dans une anfractuosité du goudron d’un trottoir en ville ! En règle générale, c’est une plante qui aime l’azote. Aussi, quand il pousse en colonie quelque part, il signale par sa présence la richesse du sol en engrais organiques, mais aussi chimiques. Aussi, faites attention à ce dernier cas si vous souhaitez récolter le pourpier.

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Le pourpier en phytothérapie

Toutes les parties aériennes du pourpier sont justiciables d’un emploi en phytothérapie : les graines, mais surtout les tiges et les feuilles. Comme toute plante grasse qui se respecte, le pourpier peut contenir jusqu’à 95 % d’eau, mais très peu de lipides contrairement à ce que l’adjectif « grasse » pourrait laisser penser. Ses tissus recèlent aussi de la pectine, du mucilage, des sels minéraux (fer, calcium, potassium, magnésium), des vitamines (A, B1, B2, C…) et, peut-être, de la noradrénaline et de la dopamine.

Propriétés thérapeutiques

  • Sédatif, hypnotique léger, apaisant, inducteur du sommeil
  • Dépuratif, diurétique
  • Adoucissant, émollient
  • Hémostatique, augmente la coagulabilité du sang
  • Laxatif doux, vermifuge
  • Rafraîchissant, fébrifuge (?)
  • Antiscorbutique
  • Actif au niveau de la sphère rénale

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère digestive : constipation, diarrhée, aigreur d’estomac, ballonnement, parasites intestinaux (ascarides, ténia), inflammation de l’appareil digestif, pyrosis
  • Troubles de la sphère respiratoire : difficulté respiratoire, inflammation respiratoire, toux persistante, hémoptysie
  • Troubles de la sphère urinaire et rénale : infections urinaires (cystite), hématurie, lithiase urinaire, oligurie
  • Affections cutanées : cor, brûlure légère
  • Affections bucco-dentaires : ulcération gingivale, renforcement des gencives
  • Affections oculaires : blépharite, conjonctivite
  • Hémorragies : hémophilie, métrorragie
  • Faiblesse cardiaque
  • Fièvre (?)
  • Maux de tête
  • Insomnie

Modes d’emploi

  • Infusion de feuilles fraîches
  • Décoction de graines concassées
  • Cataplasme de feuilles fraîches (autrefois, on les mêlait à de la farine d’orge) en externe. Mais c’est aussi, selon le docteur Leclerc, un cataplasme interne : on « éprouve autant de surprise que de charme à le sentir se liquéfier sous la dent en un suc d’une abondance et d’une douceur incomparable » (5)

Précautions d’emploi, autres usages

  • Récolte : feuilles et tiges peuvent être cueillies en présence des fleurs ou non. Le pourpier, rustique et coriace, offre durant de bons mois de nombreuses occasions de récolte. On pourra récolter le pourpier, à l’état sauvage, d’avril à octobre, voire plus tardivement selon les régions.
  • Cuisine : contrairement à Boileau qui moque allégrement le pourpier dans Le repas ridicule (1665), nous avons vu que, pour Leclerc, il fondait littéralement en bouche. Mais qu’importe ces « méchants » (Rabelais ne pouvait aussi souffrir le pourpier qui colle aux dents), tiges et feuilles sont amplement comestibles. Charnues, croquantes et acidulées, elles sont également légèrement salées (elles contiennent du potassium) et recèle je ne sais quoi d’un peu épicé. On peut consommer le pourpier cru comme cuit, mais, dans un cas comme dans l’autre, mieux vaut ne pas le marier avec d’autres espèces mucilagineuses (exemple : pourpier, plantain et mauve : crues, ces trois plantes ne vont pas très bien ensemble, ça l’est davantage quand on les cuit… ça sent le vécu, ça en est). Il faut donc équilibrer le pourpier en salade avec une roquette et un cœur de laitue, par exemple. Le mariage avec le pissenlit lui réussit bien également. Dans une soupe, un potage, le pourpier peut tout à fait en constituer la partie « verte ». Hormis cela, le pourpier s’harmonise bien avec la tomate et l’œuf, et se prête aussi à être « vinaigré » comme câpres et cornichons, ou bien « citronné », en le ciselant finement ; ainsi fait, on l’humecte de jus de citron, on sale, on poivre. C’est un condiment agréable avec un fromage de chèvre frais ou un bon tarama.
  • Étant légèrement hypnotique et apaisant, le pourpier se consommera surtout le soir (mais sans la roquette qui, elle, excite), puisqu’il prédispose au sommeil.
  • Autres espèces : on distingue le pourpier (celui qui fait l’objet de cette étude), du pourpier dit cultivé ou pourpier doré (Portulaca sativa), aux feuilles plus larges et aux graines plus grosses, même si notre pourpier peut aussi être semé au potager. Notons aussi l’existence du pourpier rouge (Portulaca sylvestris), particulièrement rampant, et du pourpier à grandes fleurs (Portulaca grandiflora), à destination ornementale.
  • Confusion possible : le pourpier d’eau ou faux pourpier (Lythrum portila) ressemble à s’y méprendre à notre pourpier.
  • En Chine, les propriétés antibiotiques du pourpier sont testées contre certaines parasitoses et la dysenterie amibienne.
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    1. Macer Floridus, De viribus herbarum, p. 108
    2. Claudine Brelet, Médecines du monde, p. 462
    3. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 55
    4. Cité par Jean-Luc Daneyrolles, Un jardin extraordinaire, p. 62
    5. Cité par Jean-Luc Daneyrolles, Un jardin extraordinaire, p. 63

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