Le chervis (Sium sisarum)

Avec le chervis, nous entrons dans le domaine peu connu des plantes presque abandonnées mais autrefois très recherchées. « Pourquoi une plante perd-elle la faveur des hommes ?, s’interroge Jean-Luc Daneyrolles. Perdre le goût d’une plante, sa culture, son usage, c’est aussi appauvrir sa langue », constate-t-il (1). En effet, ses différents noms vernaculaires racontent une histoire, que ce soit sous ceux de girole, de chirouis ou d’eschervys tel qu’on l’appelait à l’aube du XV ème siècle. Jetons un œil à la manière dont on nomme cette plante hors de France : par exemple, l’anglais skirret dérive d’un mot plus ancien signifiant « racine blanche », l’allemand zuckerwurtz, le danois sukerrrod et le suédois alita socker rot ont en commun de mettre en évidence le goût sucré de la racine du chervis qui, aux temps antiques, accompagnait déjà les hommes, tant comme aliment que comme médicament. Ainsi, le médecin grec Dioscoride écrit-il que « le chervis est connu de tous. La racine bouillie se trouve agréable au goût, provoque l’urine et donne de l’appétit » (2). Galien, qui évoque un siseron, dit cette plante échauffante au premier degré. Mais lui accorder une amertume questionne sur son identité, un aspect qui, selon toute vraisemblance, ne trompera pas Pline, recommandant d’extirper de sa racine une sorte de « nerf » avant que de la manger, un nerf qui n’en est pas un comme nous l’explique Fournier : « il y a au centre une mèche ligneuse qu’il faut retirer à la cuisson » (3). Mais comme il en va de même du panais… on peut se demander si ce siseron n’était pas plutôt le nom attribué à un autre légume racine. D’ailleurs, dans l’anecdote rapportée par Pline selon laquelle l’empereur Tibère faisait parvenir chaque année d’Allemagne, en guise de tribut, une cargaison de chervis, il est bien possible, d’après ce qu’en pense Fournier, que cette plante, siser, tel que nommée par Pline, soit en réalité le panais. Columelle, lui, ne s’embarrasse pas de ces considérations, il préconise de « semer le chervis, cette racine produite par une graine d’Assyrie que l’on sert coupée en morceaux avec des lupins détrempés ». Plus que germanique, il lui accorde une origine plutôt mésopotamienne.

Au Moyen-Âge, aux environs de l’an 800, un capitulaire de Charlemagne le recommande, mais il ne semble pas avoir alors rencontré énormément de succès, d’autant qu’on doute de son identification : le silum du Capitulaire de Villis est-il le Sium, c’est-à-dire le chervis ? En réalité, l’implantation occidentale de cette plante paraît beaucoup plus tardive, elle ne remonterait qu’à la fin du Moyen-Âge, soit au XV ème siècle, mais des informations contredisent ce fait : l’agronome arabe, Ibn Bassâl de Tolède, cite le chervis au XI ème siècle dans un traité d’agriculture et, plus tard, le Mesnagier de Paris (1393) mentionne les divers usages culinaires de cette racine qui devient un légume courant dès le XVI ème siècle. Sous la plume du botaniste helvète Bauhin, il devient Sisarum germanorum, sans doute en souvenir de ce que racontait Pline à propos de Tibère, alors qu’on sait aujourd’hui que le chervis n’est absolument pas natif du sol germanique, et qu’il faut situer son origine bien plutôt en Europe orientale (ou en Asie occidentale, c’est comme l’on voudra, ce qui pourrait donner raison à Columelle ; certains avancent même qu’il pourrait provenir de la fraction la plus méridionale de la Russie). Bref. Le chervis jalonne l’histoire des hommes : tantôt Rabelais y fait référence dans le Quart Livre (1552), tantôt Olivier de Serres indique « sa douce délicatesse [qui] le rend recercheable ». La Renaissance est sans doute l’âge d’or du chervis, tant en France qu’en Angleterre. Outre-Manche, le botaniste, herboriste et astrologue Nicholas Culpeper octroiera au chervis une place dans le Complete Herbal (1652), le disant agréable et sain, tandis qu’un peu plus tard, l’agronome britannique John Worlidge considère le chervis comme « un grand fortifiant et bon pour les estomacs faibles », ajoutant dans le Systema agriculturae (1675) que le chervis est « un ami efficace pour Dame Vénus », un prétendu pouvoir aphrodisiaque que Cazin relaiera deux siècles plus tard. Côté français, on ne tarit pas d’éloges en ce qui concerne le chervis. Voici ce qu’en dit un ouvrage que l’on doit à Nicolas de Bonnefons intitulé Les Délices de la campagne (1654) : « cette racine est si délicate qu’elle ne veut presque qu’entrer dans l’eau chaude pour ôter sa peau ; puis on la frit, l’ayant poudrée de farine et trempée dans la pâte comme la scorsonère […] Si étant cuite et pelée, vous la voulez manger au beurre, à la sauce tournée ou d’Allemagne, ou bien à l’huile, en salade avec du cerfeuil d’Espagne, au temps qu’il commence à pousser ses feuilles, c’est un manger délicat et friand. » Beaucoup plus tard, Joseph Roques observait que c’est « une nourriture adoucissante, légère et délicate aux phtisiques et aux convalescents ». Remarquez-vous combien l’adjectif « délicat » lui est souvent attribué ? Hélas, la culture de cette douce racine commence à se perdre dès le XVIII ème siècle et entre dans le cortège des légumes oubliés, portant en bannière les mots « légumes anciens » que l’on redécouvre quelque peu dans certains potagers privés, dans l’attente que, peut-être, ils côtoieront de nouveau les panais, les topinambours et les carottes multicolores sur les étalages du marchand de fruits et légumes. Cela ne coûte rien de rêver. Qui, par exemple, a déjà fait l’acquisition et l’apprêt culinaire d’une botte de racines de scorsonère que l’on ne trouve pas dans le premier Prisunic venu ? L’on dit que les goûts, contrairement aux imbéciles, changent d’une époque à l’autre. Nous voyons cela avec les vêtements, les matières parfumées, les aliments. Je le veux bien. Vous ne pourriez pas faire avaler de topinambour à mon grand-père qui en a tant mangés durant la Deuxième Guerre mondiale à défaut d’autre chose à se mettre sous la dent, alors qu’aujourd’hui, je guette avec impatience le moment où je pourrais en trouver chez le primeur. Nous verrons dans un prochain article que la désaffection dont est victime tel ou tel légume peut provenir de la difficulté avec laquelle il est possible de le cultiver et que, ce faisant, il est compréhensible que l’homme se soit tourné en direction d’une plante dont le peu de caprices n’allait pas faire mourir de faim une population entière. C’est pourquoi, comme le déclare Cazin avec stupéfaction en 1858, « il est étonnant qu’une racine aussi savoureuse, aussi nourrissante, aussi facile à cultiver, soit condamnée de nos jours à l’oubli » (4), bien qu’elle vivotera en Auvergne et dans les régions contiguës jusqu’aux années 1870.

Le chervis est une apiacée telle la carotte et le fenouil, mais au contraire de ces deux-là, c’est une plante vivace. Sa particularité consiste en une racine très aromatique qui s’enfonce à près de 30 cm dans le sol. Il s’agit en fait d’un bouquet de racines qui ressemble à une botte de carottes. On les dit en faisceau. Gris brunâtre de peau, blanches de chair, elles sont particulièrement cassantes. Ce paquet de racines qui forme comme une griffe, permet à la plante de s’ériger à près d’un mètre de hauteur à l’aide de tiges creuses et ramifiées, portant des feuilles lancéolées aux marges dentées. Elles rappellent celles de la livèche par leur couleur vert foncé brillant. L’été voit apparaître les fleurs du chervis : d’un diamètre de 5 mm tout au plus, elles s’organisent en ombelles. Blanches, voire jaune pâle, très parfumées, de saveur quelque peu épicée, elles donnent le jour à des semences marron foncé, striées de sillons, rappelant celles d’une autre apiacée, le carvi.

Le chervis en phytothérapie

De cette plante que Botan disait « non usitée » en 1935, il y a malheureusement peu à dire, rares étant les sources modernes qui relatent des informations aussi précieuses que les principes actifs, par exemple. Tout au plus pouvons-nous dire que la racine de chervis contient des glucides (saccharose : 4 à 8 %), de l’amidon (4 à 18 %), de la pectose (2 %), de la dextrine, de la gomme et des sels minéraux. Quant à ses graines à saveur de carotte et arrière-goût piquant de poivre, elles recèlent une essence aromatique.

Propriétés thérapeutiques

  • Apéritif, digestif, vermifuge
  • Diurétique
  • Emménagogue
  • Aphrodisiaque ( ? cf. Cazin)

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère vésico-rénale : difficulté de miction, irritation des voies urinaires, strangurie, hématurie
  • Troubles de la sphère pulmonaire : hémoptysie, catarrhe pulmonaire chronique, douleur pectorale
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : irritation du tube digestif, dysenterie, ténesme

Modes d’emploi

  • Décoction de semences ou de racine

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : les semences dès achèvement de la fructification, la racine à la fin de l’automne ou au début de l’hiver de la deuxième année.
  • D’un point de vue culinaire, on utilise le chervis de multiples façons. La racine, dont le goût sucré s’intensifie avec les premiers gels, se cuit à la vapeur ou sautée à la poêle, de même que carotte, panais ou salsifis. Elle se prête aussi à être confite au vinaigre. Concernant les jeunes pousses, les blanchir ou bien les consommer tel quel en salade, sont d’autres manières de mettre cette plante atypique à contribution en cuisine. Quant aux fleurs, elles parfument thés et infusions, plats cuisinés à base de pâtes ou de riz. Autrefois, en Allemagne, on tirait de la racine un ersatz de café.
  • Autre espèce : la berle à larges feuilles (Sium latifolia).
    _______________
    1. Jean-Luc Daneyrolles, Un jardin extraordinaire, p. 26.
    2. Dioscoride, Materia medica, Livre II, Chapitre 106.
    3. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 162.
    4. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 274.

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Le maïs (Zea mays)

La fameuse « barbe » du maïs

Synonymes : blé turc, blé de Turquie, blé d’Espagne, millet d’Inde, gaude.

Même si vous ne consommez pas de maïs, vous le connaissez tout de même, enfin, ce qu’il est devenu, n’ayant que peu de rapport avec ce qu’il fut, à l’époque où son ancêtre sauvage – tel qu’il a été découvert dans les années 1960 dans des strates géologiques à Tehuacan au Mexique – n’offrait pas plus d’une douzaine de petites graines par pied. Aussi était-on, à cette époque reculée, très loin des formes géantes que le maïs moderne peut parfois emprunter, mais ce maïs archaïque apportait suffisamment pour que l’homme commence à s’en repaître il y a 4000 à 5000 ans. Originaire des Andes (Pérou), il est bien évident que son aire de répartition, puis de diffusion, a largement coïncidé avec des civilisations que nous connaissons sous les noms de Maya (- 3000 avant J.-C. – IX ème siècle après J.-C.), d’Inca et d’Aztèque (1200-1550 environ). Qu’elles se localisent à la Cordillère des Andes (Inca), à l’Amérique centrale (Maya) ou au Mexique (Aztèque), toutes trois ont eu affaire, d’une manière ou d’une autre, au maïs, céréale impliquée d’un point de vue alimentaire, cosmogonique et divin, aspects intrinsèquement liés, l’homme et le maïs étant indissociables l’un de l’autre, comme s’ils étaient chacun la face d’un même être : d’après le Popol-Vuh (rédigé entre 1701 et 1703, c’est le plus ancien document portant sur les mythes de la civilisation maya), « la création de l’homme n’est achevée qu’après trois essais : le premier homme, détruit par une inondation, était fait d’argile ; le second est dispersé par une grande pluie, il était fait de bois ; seul le troisième est notre père, il est fait de maïs » (1). Sa culture relève donc d’une nature divine, lui-même étant l’objet d’un amour que l’on pourrait qualifier de mystique, précédée de jeûne, de continence, d’offrandes aux divinités, avant d’imaginer défricher un territoire vierge sur lequel, une fois ensemencé, pourront se poser les yeux de ces adorateurs du maïs : « leur ravissement en contemplant leurs milpas (champs de maïs) est tel qu’ils oublient enfants, femmes et tous les autres plaisirs, comme si les milpas étaient le but final de leur existence et la source de leur félicité » (2). Ce qui est fort vrai : c’est leur mère la Terre, cause de toute vie, qu’ils voient à l’œuvre, raison de plus pour vénérer ces dieux des grains que l’on pense responsables du processus de fertilisation, car sans cela, pas de maïs et donc pas d’hommes. On comprend alors que la culture du maïs, ainsi que sa récolte aient été considérées comme de très importants moments pour ces diverses civilisations, en particulier chez les Aztèques, ceux qu’on connaît probablement le mieux, grâce aux écrits de Sahagun décrivant les rites liés au maïs dans la première moitié du XVI ème siècle, alors que l’empire aztèque, envahi par les Espagnols, est sur le point de disparaître. Dans la culture aztèque, on honorait Centeotl, représentant le maïs nouveau issu de la mort du maïs de l’année précédente, mais « le dieu qui donnait son corps à manger aux hommes exigeait en retour des sacrifices. La pluie fécondante, la résurrection des plantes étant des dons divins, devaient se mériter, se payer » (3) à Xipe-Totec l’écorché, en particulier.
La germination du grain de maïs, trahissant la remontée de la vitalité divine, offre une première pousse que l’on emporte chez soi et à laquelle on fait des offrandes propitiatoires, comme on le ferait à une divinité. Le soir même, cette première pousse est apportée au temple de Chicomé-coatl, où se trouvent des jeunes filles, « petites, adolescentes et grandes, personnifiant sans doute d’une manière symbolique les étapes de la croissance du maïs » (4). Parées de plumes rouges – couleur des divinités du maïs – chacune porte, enveloppé de papier rouge, un faisceau composé de sept épis de la récolte précédente. A cette première phase, les cruels mais nourriciers dieux du maïs n’appellent aucun sacrifice. Trois mois plus tard, lorsque la récolte mûrit, une jeune fille, au nom de la déesse du maïs nouveau Xilonen, est décapitée. A l’achèvement de la moisson, une femme cette fois-ci, représentant la déesse Toci, était non seulement décapitée mais écorchée. Un prêtre, en revêtant cette peau, signalait que les divinités du maïs faisaient « peau neuve », « Toci, une fois tuée, renaissait dans son fils, le maïs sec, dans les grains qui allaient servir de nourriture pendant tout l’hiver » (5). Tout cela peut paraître bien barbare à ceux qui achètent un épi de maïs en donnant trois francs six sous à la caissière. Mais, pour mieux comprendre la pensée aztèque, encore faut-il la considérer selon un prisme collectif, non individuel, le maïs étant pour eux un objet civilisationnel. Sa culture rapide permet de constituer des réserves d’une année sur l’autre, elle arrache l’homme de son destin de nomade, chasseur-cueilleur qui mange au jour le jour. Une partie de l’esprit libérée peut s’adonner à d’autres tâches. Cependant, malgré cette prévoyance – le maïs était considéré comme symbole de prospérité – les Aztèques connaissaient l’angoisse, d’où les rituels sanglants qui devaient assurer la future clémence des dieux et leur prodigalité, en leur offrant, à leur tour, une nourriture. Et, dans le système complexe des Aztèques, comment faire autrement ? Déposer aux pieds du dieu un produit issu de la terre qu’il a lui-même forgé, est-ce bien une offrande ? C’est cette dimension très particulière du sacrifice qui fera dire, bien après les Aztèques, au chaman lakota oglala, John Fire Lame Deer, que son propre sang est le moins qu’il puisse offrir aux divinités, son sang étant son bien le plus personnel. Cela explique pourquoi les rigoureuses divinités (il n’y a pas de création sans destruction : l’oxygène de l’air nous permet de respirer, mais il détruit nos cellules en les oxydant) participaient à la vie quotidienne des Aztèques : les paysans représentaient les divinités de la fertilité grâce à des figures formées de tiges et d’épis de maïs, les guerriers en portaient sur eux en guise de talisman de protection, l’on procédait à des rituels divinatoires grâce aux grains de maïs : ainsi les mancies du maïs étaient-elles conviées. Voici quelques rituels. Le premier, réalisé par in tlaolli quitepevaya (« celle qui lance les grains de maïs »), consistait à placer des grains dans un pot, à le secouer puis à en déverser le contenu : l’éparpillement des grains signalait un décès ; dans le cas contraire, sous forme de tas, la guérison était assurée. Le deuxième rituel suit la même logique (éparpillement = mort ; regroupement = assurance de guérison) et fait appel à atlan teitaya, « celle qui voit le sort de quelqu’un dans l’eau », qui, mordillant les grains de maïs, les jette dans une calebasse pleine d’eau. Enfin, le troisième rituel permet de conjurer un mauvais sort : « Un destin funeste annoncé par l’horoscope de naissance d’un enfant peut-être conjuré en plaçant le nouveau-né au-dessus d’un récipient rempli d’eau vers laquelle le visage de l’enfant doit être tourné et où des grains de maïs sont jetés. Si les grains tombent et restent au fond, la conjuration a réussi et l’enfant échappera à un sort malheureux » (6).
D’Amérique centrale, le maïs s’est répandu au sud-est des États-Unis, comme chez les Zunis d’Arizona et du Nouveau Mexique. Ces Amérindiens firent l’usage d’un champignon parasite du maïs, Ustilago maydis, et cela pour les mêmes raisons qu’on employait l’ergot de seigle en Europe, c’est-à-dire en qualité d’hémostatique lorsque les pertes utérines durant l’accouchement sont trop importantes, mais aussi pour le faciliter puisque l’on sait que ces champignons soulagent la parturiente en amendant ses contractions utérines. Pour les Chicachas, le maïs était aussi un médicament fort utile : on procédait par fumigation de vieux épis de maïs pour soigner les prurits ; et selon les tribus, le pollen de maïs faisait assez souvent partie du contenu du sac-médecine. Nous ne saurions achever ce tour d’horizon américain sans évoquer ce que certaines tribus amérindiennes d’Amérique du Nord appelaient les trois sœurs : le maïs, le haricot et la citrouille que l’on cultivait ensemble : en effet, les hautes tiges du maïs permettent aux haricots d’y grimper alors que les courges, couvrant le sol de leurs larges feuilles, maintiennent l’humidité et la fraîcheur du sol. Notons que la science moderne s’est rendue compte que le haricot fournit au sol de l’azote dont le maïs est très friand ; cette expérimentation, bien qu’empirique, montre que les Amérindiens ne procédaient pas au hasard, ce qui est d’autant plus heureux que les « immenses besoins en azote [du maïs] provoquent un amendement excessif des sols, qui a des répercussions fâcheuses sur la flore et la faune des biotopes voisins » (7).

Côté européen, l’histoire du maïs est bien moins vaste, n’étant arrivé en Espagne qu’en 1520, mais il sera rapidement connu, Jérôme Bock le qualifiant de précieuse acquisition en 1536 et Matthiole en signalant la culture en Italie dès 1560 sous le nom de blé des Indes (occidentales). Bien que Nicolas Lémery avance la qualité du maïs propre à exciter l’urine en 1714, ce n’est qu’en toute fin du XIX ème siècle qu’on travaille davantage à en connaître mieux les propriétés : c’est ainsi que Castan établit son action sédative sur les voies urinaires et diurétique en 1879, une diurèse particulièrement puissante car elle peut être multipliée par trois à cinq en l’espace de vingt-quatre heures, d’autant que « la médication peut être continuée sans qu’on ait à craindre d’accidents », précise Leclerc (8).

Le maïs, tout le monde connaît, aussi ne vais-je pas palabrer 107 ans au sujet de ses caractéristiques botaniques. Plante annuelle issue d’une plante sauvage, la téosinte, le maïs est devenue ce qu’il est par hybridation, ce qui a eu pour effet de faire croître sa taille (1,5 à 3,5 m selon les variétés) et les dimensions de ses feuilles (1 m de long, 10 à 12 cm de large). Au sommet de la tige, au temps de la floraison, l’on trouve un panicule lâche d’inflorescences mâles et, à l’aisselle des feuilles, des inflorescences femelles qui formeront plus tard les épis de maïs aux graines de couleurs variées (jaune, rouge, brun, blanc, violet). Sa culture, réalisée sous climats chauds et tempérés, s’étend aujourd’hui à la majeure partie du globe terrestre.

Le maïs en phytothérapie

Si la pratique alimentaire courante fait bien évidemment intervenir le grain de maïs, en phytothérapie il est le moindre de ce que le maïs peut apporter, sa principale matière médicale se situant non loin des graines, à proximité des fleurs femelles dont elle fait partie : il s’agit des styles, improprement appelés stigmates, que l’on qualifie parfois de cheveux ou de barbe du maïs. Ces styles filamenteux, longs de 15 à 20 cm, tout d’abord de couleur vert pâle, prennent ensuite une couleur brun roussâtre caractéristique. Outre ces pièces florales et les grains, on a parfois utilisé le cylindre sur lequel s’enchâssent les graines, ainsi que la production causée par un champignon parasite du maïs, le charbon du maïs (Ustilago maydis).
Dans le maïs, nous trouvons des flavonoïdes (maïsine), des saponines, de l’acide salicylique, un peu d’essence aromatique (0,20 %), du tanin, des vitamines (B, C, K), assez peu d’éléments minéraux (fer, phosphore, calcium, potassium), etc. Plus spécifiquement, le grain de maïs, constitué d’amidon et de son, offre une farine riche de 75 % de fécule, de 12 % d’eau, de 3 % de son, de 2,5 % de mucilage, d’albumine, de zéïne, etc. Du germe du grain l’on extrait par simple expression une huile végétale (rendement : 15 à 40 %) fluide, de couleur jaune, à odeur d’amande, composée d’acides gras insaturés (80-90 % : acides oléique et linoléique), d’acides gras saturés (10 % : acides palmitique et stéarique) et de vitamine E. Enfin, dans les spores du champignon parasite porté par le maïs, on a découvert un alcaloïde, l’ustilagine, se comportant de manière analogue à ceux présents dans l’ergot de seigle.

Propriétés thérapeutiques

  • Diurétique éliminateur de l’acide urique et des phosphates, sédatif non irritant des voies urinaires, émollient et adoucissant des voies urinaires
  • Fluidifiant des sécrétions biliaires, cholagogue, cholérétique
  • Hypotenseur léger
  • Hémostatique (champignon), vaso-dilatateur, hypocholestérolémiant
  • Modérateur de la thyroïde
  • Nutritif, digeste, énergétique, reconstituant, analeptique (cela concerne les grains)

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère vésico-rénale : catarrhe vésical, cystite aiguë et chronique, lithiase urinaire (oxalique, urique, phosphatique), albuminurie, néphrite, oligurie, goutte, rhumatisme (9)
  • Troubles de la sphère hépatobiliaire : cholécystite chronique, cholangite, cholélithiase, hépatite
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : inflammation chronique des intestins et de l’estomac, irritation gastrique, diarrhée
  • Affections cutanées : eczéma, pustule, éruptions cutanées, plaie, ecchymose
  • Œdème, rétention d’eau
  • Excès de cholestérol
  • Hyperthyroïdie
  • Convalescence

Modes d’emploi

  • Extrait fluide de barbe
  • Infusion de barbe
  • Teinture-mère
  • Décoction de graines
  • Cataplasme de farine de maïs

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : les barbes se cueillent au moment de la floraison (juillet-août), les épis un peu plus tard, à complète maturité (septembre-octobre).
  • Des incidents (diarrhée, dysenterie) ont été répertoriés après usage alimentaire de maïs non mûr ; bien mûr, il ne pose pas de problème, cependant il faut se méfier du zéïsme, intoxication induite par un maïs avarié. Quant à la farine de maïs, assez fragile, mieux vaut l’utiliser rapidement, après quoi elle devient âcre et assez indigeste. Au registre des inconvénients, nous pouvons mentionner l’allergie potentielle à laquelle expose le pollen de maïs : bien qu’un grain de ce pollen soit assez gros, un seul pied peut en produire jusqu’à 18 millions !
  • Alimentation : on compte de multiples variétés de maïs classées dans trois groupes distincts : les maïs doux, les maïs à farine et les maïs à éclater. Avec ces graines, on a fabriqué des boissons fermentées (Chicha du Mexique et d’Amérique du Sud), de la bière (préconisée par Parmentier en 1785) ; les tiges ont également été mises à contribution : j’ai sous les yeux une recette datant de 1845, pour laquelle il faut faire fermenter des tiges de maïs avec des feuilles de vigne, y ajouter des betteraves rouges pour colorer le mélange et l’édulcorer davantage, des baies de genévrier pour leur parfum, des poires et des pommes écrasées pour leur piquant, etc. Ces tiges, alors qu’elles sont encore bien vertes, permirent l’extraction du sucre qu’elles contiennent ; bien qu’on soit parvenu à obtenir des pains de sucre de maïs, jamais cette industrie ne fut développée et standardisée en France. Les graines, comme les petits épis, peuvent se confire au vinaigre (certains disent que c’est meilleur que les cornichons), réduits en semoule on en fait la polenta italienne, la cruchade, etc., en farine, les gaudes (sorte de soupe propre à la Franche-Comté), la milliasse, etc.
  • Plante fourragère : frais comme sec, le feuillage représente un bon fourrage, alors que les graines font le bonheur des porcs et des animaux de basse-cour.
  • Autres usages : la plante entière, une fois sèche et débarrassée de ses épis, a pu servir pour le chauffage, des feuilles sèches l’on a fabriqué des paillasses et du papier à cigarette. Qui se souvient des célèbres Gitane Maïs ?
    ________________
    1. Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 603.
    2. Jacques Brosse, La magie des plantes, p. 242.
    3. Ibidem, p. 241.
    4. Mircea Eliade, Traité d’histoire des religions, p. 342.
    5. Ibidem.
    6. Claudine Brelet, Médecines du monde, p. 814.
    7. Ute Künkele & Till R. Lohmeyer, Plantes médicinales, p. 181.
    8. Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 44.
    9. Le maïs « réduit le nombre de mictions et le résidu post-mictionnel responsable de la sensation de ne pas avoir vidé complètement sa vessie », Larousse des plantes médicinales, p. 154.

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Charbon du maïs colonisant un épi

La renouée des oiseaux (Polygonum aviculare)

Synonymes : traînasse, tirasse, trame, sanguinaire, herbe à cent nœuds, centinode, herbe à moineau, langue de passereau, herbe à cochon, herbe de pourceau, tire-goret, herniole, herbe des saints innocents, etc.

L’histoire de cette plante, vieille déjà de plus de 2000 ans, s’étale (c’est le cas de le dire) de l’Asie à l’Europe. En Chine, où elle porte le nom de bian xu, c’est un diurétique usité depuis des millénaires, mais également un vermifuge et un antidiarrhéique. L’Europe de l’Antiquité offre en commun avec la Chine d’accréditer à la renouée des propriétés diurétiques et astringentes, intervenant tant dans les diarrhées que dans les hémorragies de toute espèce (ménorragie, crachement de sang, saignement de nez), au point que les Romains signalèrent cette vertu hémostatique par le nom qu’ils attribuèrent à cette plante : herba sanguinalis ou sanguinaria. Dioscoride, lui, l’appelle corrigiole et se permet même d’en distinguer une espèce mâle et l’autre femelle. Prenons connaissance de ce qu’il écrit dans le quatrième chapitre du Livre IV de la Materia medica : « De la corrigiole mâle. Son suc bu a vertu rafraîchissante et astringente. Il restreint les crachements de sang et les flux du corps. Il aide […] à l’émission d’urine, car il fait uriner évidemment […] Appliqué par dessous, il restreint les flux des femmes […] L’on emplâtre les feuilles avec utilité aux ardeurs de l’estomac, aux crachements de sang, aux ulcères rongeants, au mal de Saint-Antoine, aux inflammations, aux apostumes, aux plaies fraîches […] De la corrigiole femelle : [c’est] une petite plante qui produit une seule tige semblable à un roseau tendre, avec grande quantité de nœuds empilés les uns sur les autres […], à l’entour desquels les feuilles sortent en figure ronde, semblables à celles du pin […] Elle naît dans les lieux aquatiques. Elle a vertu de restreindre et de rafraîchir, et vaut à toutes les choses que la précédente. » Si Dioscoride les a réunies dans la même rubrique, c’est moins pour des caractéristiques morphologiques communes (tiges à nœuds) que pour d’identiques propriétés médicinales.

Dans le Dictionnaire des superstitions et des croyances populaires de Pierre Canavaggio, quelques lignes réservées à la renouée des oiseaux ne sont qu’un bref copier-coller de ce que l’on peut lire dans le Grand Albert, ouvrage qui fait d’ailleurs partie de la bibliographie du premier. Mais ce que ne savait très certainement pas Canavaggio, c’est que les informations étalées dans le Grand Albert ne sont ni plus ni moins que reprises d’un antique manuscrit d’astrologie botanique rédigé en grec. En l’espace de 2000 ans, je vous laisse imaginer la déperdition de sens et, surtout, la reproduction des mêmes sottises. Dans le plus récent de tous ces ouvrages (le Dictionnaire de Canavaggio n’a que 40 ans), l’on peut lire, par exemple, que la renouée est « nommée ‘la Maison du Soleil’ parce qu’elle est placée sous son signe » (1), chose, bien entendu, déjà relatée par le Grand Albert. La renouée (ou poligoine) y est donnée comme remède pulmonaire et antihémorragique, ce qui est fort bien, et comme remède oculaire, cardiaque et aphrodisiaque, ce qui l’est moins. Cette plante d’Hélios, que les Grecs anciens nommaient polugonon ou polugonos, était considérée comme une plante particulièrement prolifique, gonos signifiant autant « enfant » que « semence », ce qui a fait qu’on lui a attribué le rôle d’une plante apte à engendrer. Mais vu que gony signifie « genou », il y a fort à parier qu’une confusion s’est glissée quelque part. Genou ou nœud, en référence à ceux, nombreux, que porte la tige de cette plante (polygonum : qui a beaucoup de genoux !). De la puissance génésique du Soleil, l’on a donc placé cette petite plante sous son patronage et, selon les principales mélothésies planétaires, on a accordé à la renouée des oiseaux des actions sur les yeux, le cœur (ce que ne relèvent en aucun cas les auteurs médicaux grecs), enfin une vertu propre à endiguer les hémorragies (à raison). Où l’on voit qu’une bourde vieille de 2000 ans se transmet de génération en génération sans que cela fasse sourciller quiconque. Bref. Laissons cela. Tournons-nous du côté du Pseudo-Apulée et de son Herbarius compilé au IV ème siècle après J.-C.. La renouée, qu’il appelle herba proserpinaca, peut éventuellement rappeler une divinité, bien que proserpinaca signifie « qui se propage en rampant », ce qui est le propre de la renouée. Mais la référence à Proserpine – celle qui favorise la germination des graines – est bien réelle : « Petite herbe proserpinace, fille du roi des enfers [horci regis filia], comme tu as arrêté la gésine [l’accouchement] de la mule, ainsi arrête le sang de celle-ci [l’auteur parle d’une femme] ». La renouée que l’on cueillait avant l’aube ou le coucher du soleil, après avoir tracé un cercle autour d’elle, était encore donc fort réputée contre les hémorragies de quelque nature que ce soit. Cette notoriété ne tarit pas au Moyen-Âge, bien que nous ayons assez peu de données quant à cette vaste période, ainsi que des points d’ombre. Par exemple, la Wizgras d’Hildegarde est-elle la renouée des oiseaux ? En revanche, le chirurgien français Guy de Chauliac (1298-1368) préconisera le premier d’employer la renouée des oiseaux en cas d’épistaxis, en imbibant une mèche du suc de la plante qu’il faisait ensuite pénétrer dans la narine, ce qu’Olivier de Serres se fait fort de répéter en 1600 : « la vertu de cette herbe est d’arrêter le flux des menstruations, celui des dysenteries, du nez, de la bouche et autres évacuations sanguines désordonnées ». Il a raison, d’autant qu’il entame, par ses écrits, un siècle qui verra la renouée des oiseaux tomber dans l’oubli. Mais c’était sans compter sur Jean-Baptiste Chomel (1671-1740) qui remettra cette plante à l’honneur au tournant du XVIII ème siècle, constatant ses très bons effets sur les diarrhées et les dysenteries chroniques. Levrat-Perroton (1843), puis Cazin employèrent la renouée des oiseaux pour d’identiques raisons (flux diarrhéiques, diarrhée rebelle). Cazin en témoigne : « J’ai employé ce remède, en 1846, chez une femme qui, atteinte de diarrhée depuis près de deux mois, avait inutilement employé les opiacées, la rhubarbe, le cachou, le diascordium, l’extrait de ratanhia ; une forte décoction de centinode, prise pendant huit à dix jours, arrêta graduellement le flux » (2). La renouée est, certes, un antidiarrhéique, mais c’est avant tout un astringent doux n’exerçant pas sur les muqueuses intestinales l’action énergique d’autres remèdes particulièrement virulents. En ce cas, la renouée des oiseaux permet avantageusement de rétablir des sécrétions intestinales normales, aidant à juguler un flux diarrhéique. Ce n’est donc pas pour rien que Leclerc, durant la Première Guerre mondiale, fera intervenir la renouée des oiseaux auprès de soldats affectés d’entérite dysentériforme accompagnée de selles sanguinolentes et que, plus tard, Botan, en une seule phrase, affirmera que la renouée des oiseaux est « peut-être le meilleur remède des diarrhées rebelles » (3), se doublant d’un hémostatique remarquable, ce qui fait qu’on peut procéder à un usage externe, cela va de soi, mais également interne comme l’a pratiqué Leclerc. « Longue est la tradition, explique Fournier au sujet de la renouée, qui en affirme l’efficacité dans les hémorragies […], depuis Camerarius (1586) […] jusqu’aux récents expérimentateurs sur les plantes à silice colloïdale, dont la renouée avec la prêle et le galéopsis sont les principales » (4). La silice, en effet. On pense, aujourd’hui, beaucoup plus facilement à la prêle qu’à la renouée qui en contient environ 1 %. Mais, mais, mais, ai-je envie de dire… Rappelons-nous de Dioscoride et de ses deux corrigioles. Quand j’ai lu la description qu’il fait de celle qu’il dit mâle, je n’ai pas eu trop de difficulté à y reconnaître la renouée des oiseaux. Mais la seconde, la corrigiole femelle, vous souvenez-vous des quelques indications botaniques qu’en donne Dioscoride ? Ne scrollez pas, je les replace ci-dessous : [c’est] « une petite plante, qui produit une seule tige semblable à un roseau tendre, avec grande quantité de nœuds empilés les uns sur les autres […], à l’entour desquels les feuilles sortent en figure ronde, semblables à celles du pin […] Elle naît dans les lieux aquatiques. » Ne voyez-vous pas en votre esprit se dessiner l’image d’une prêle des champs ? Dioscoride ignorait que ces deux plantes contenaient de la silice, et il les a associées dans le même chapitre en raison de points communs observés à leur sujet. Le cours de l’histoire lui donne raison, quand bien même face à une « anomalie » peut émerger une réalité que personne n’est encore en mesure d’entrevoir.
Il y a, dans les écrits antiques, bien des énormités, ou qui passent comme tel. N’oublions jamais que le monde d’hier n’est pas celui d’aujourd’hui, que les hommes utilisaient des plantes auxquelles nous ne jetterions pas un regard, et que nous en employons d’autres complètement passées inaperçues aux yeux des Anciens, et que nous nous disons : « Comment ont-ils pu ? » Les rapports des plantes et des hommes sont en perpétuelle évolution et offrent de larges disparités entre ce qu’ils étaient au V ème siècle avant J.-C . et l’an 2000, de telle à telle aire socio-culturelle. Cela a été mis en exergue ici même sur la question des panacées par exemple. Et derrière chaque soi-disant panacée se dissimule assez souvent un charlatan. La renouée des oiseaux n’y a pas fait exception. Il s’est vendu, en Allemagne, avant qu’on y mette bon ordre, des préparations aux appellations fantaisistes (thé homérique, thé russe de Weidemann, etc.) qu’on présentait comme l’ultime remède miraculeux de la tuberculose. Ces « thés » n’étaient pas autre chose que des feuilles de renouée des oiseaux. Comme l’on avait constaté l’efficacité de cette plante sur les crachements de sang et l’hémoptysie, l’on s’est empressé d’en déduire que la renouée pouvait devenir LE remède antituberculeux par excellence. Malgré ces débordements à l’initiative de quelques mauvais maîtres mires (ils existent encore dans ce domaine, mais sont plus dissimulés que par le passé), il n’en reste pas moins que la renouée des oiseaux a endossé le rôle d’adjuvant dans la tuberculose, comme l’a justement fait remarquer Henri Leclerc en son temps.
Pour en terminer avec cet exposé historico-phytothérapeutique, signalons que la renouée des oiseaux serait efficace contre le diabète. C’est, du moins, un médecin du VI ème siècle après J.-C., Paul d’Egine, qui y fait référence. En 1928, Félix Daëls « est d’avis que la composition chimique de la plante lui confère des propriétés calmantes, adoucissantes, laxatives et rafraîchissantes, de sorte qu’elle calme la soif ardente dont souffrent les glycosuriques » (5). Encore une fois, il ne s’agit pas d’un remède antidiabétique, mais simplement d’un adjuvant. Leclerc peut encore en témoigner.

La renouée des oiseaux, malgré sa grande vivacité, est une plante annuelle couchée (vautrée pourrait-on dire, comme un cochon dans sa soue, ce qui explique bien des noms vernaculaires cités plus haut ; disons aussi que les cochons se repaissent allègrement de cette plante), rampante et, parfois, atteignant 150 cm de longueur (d’où les noms de trame, tirasse ; dire à la renouée de ne pas traînasser en chemin est lui faire offense). Ses tiges sont caractéristiques, brun rougeâtre à chaque nœud duquel partent de nombreuses ramifications. C’est donc bien l’herbe à cent nœuds (= centi-node). Ses feuilles, ovales et allongées (on dit qu’elles ressemblent à une langue d’oiseau), sont dites sessiles, c’est-à-dire qu’elles sont insérées directement sur l’axe de la tige, n’étant pas pétiolées. A l’aisselle des feuilles, l’on trouve de minuscules fleurs verdâtres bordées de blanc ou de rouge, isolées ou en groupe, par paquet de trois à cinq. C’est, de mai à novembre, une bien peu spectaculaire floraison qui donnera naissance à des akènes à section triangulaire qu’adorent picorer les moineaux et autres passereaux de petite taille. La renouée est une plante très commune, tant en ville qu’à la campagne. Elle peut grimper (très certainement en cordée, j’imagine ^^) jusqu’à 2000 m d’altitude, mais comme elle reste avant tout une espèce rudérale, on la croise davantage sur les terrains vagues ou cultivés, les jardins, les pelouses sèches, les friches, les décharges et abords de carrières, entre les pavés d’une rue, dans une anfractuosité du trottoir, en bordures de chemins et, surtout, sur le chemin même : apparemment, cette masochiste aime se faire piétiner ^^

La renouée des oiseaux en phytothérapie

Cette plante aux parties aériennes sans odeur (ses quelques fractions aromatiques ne sont pas de celles qui excitent l’odorat), possède néanmoins un goût âcre, astringent, vaguement épicé. Contenant du mucilage, du tanin, des flavonoïdes, des polyphénols, la renouée des oiseaux se distingue par de l’acide silicique dont la proportion varie d’une année sur l’autre, et au cours d’une même année, atteignant son summum (1 %) au mois d’octobre, ainsi que par des anthraquinones.

Propriétés thérapeutiques

  • Astringente douce, hémostatique, vulnéraire, cicatrisante
  • Diurétique, dépurative
  • Expectorante
  • Antidiabétique
  • Vermifuge
  • Renforce les os, les cartilages, les tissus (pulmonaires entre autres) et en assure la bonne fabrication

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : diarrhée, diarrhée rebelle, dysenterie, entérite sanguinolente, entérocolite, vomissement de sang, hématémèse
  • Troubles de la sphère pulmonaire : toux, catarrhe bronchique, pharyngite, adjuvant dans la tuberculose, crachement de sang, hémoptysie
  • Troubles de la sphère vésico-rénale : albuminurie, oligurie, lithiase urinaire, rétention d’urine, goutte, rhumatismes
  • Troubles circulatoires : hémorroïdes, varices
  • Troubles gynécologiques : leucorrhée, régularisation des règles, hémorragie utérine
  • Affections cutanées : plaie, plaie saignante, blessure, ulcère de jambe
  • Adjuvant dans le diabète
  • Saignement de nez
  • Stomatite, aphte, autres petites ulcérations buccales

Modes d’emploi

  • Décoction (aqueuse et vineuse)
  • Infusion
  • Cataplasme de feuilles fraîches hachées
  • Alcoolature
  • Teinture-mère
  • Thé siliceux : renouée des oiseaux (½) + prêle des champs (Equisetum arvens) (¼) + galéopsis (Galeopsis dubia) (¼)

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Il y a peu de chance de se procurer de la renouée des oiseaux dans le commerce car elle n’est plus très populaire. Cependant, comme c’est une plante très commune dans la nature, il n’est pas très difficile d’en trouver. Il est préférable de la récolter en octobre, période de l’année où sa teneur en silice est la plus élevée. Mentionnons toutefois que la renouée des oiseaux étant une plante rudérale, il est indispensable d’éliminer les zones de cueillette dans lesquelles la pollution provoquée par les activités humaines est manifeste.
  • En cuisine, elle se consomme à l’état jeune et tendre. Il est souhaitable d’éviter de la cueillir dans des lieux où les passages sont fréquents. En effet, les passages successifs l’endurcissent et la rendent alors difficilement comestible. Ses feuilles peuvent être utilisées en potage, en compagnie d’autres sauvageonnes : ortie, plantain, mauve, amarante, chénopode, etc. Les graines sont elles aussi comestibles mais leur petite taille les rend inaptes à un usage culinaire pratique sauf pour les oiseaux qui en raffolent !
  • Autre espèce : la renouée bistorte (Polygonum bistorta). Les deux plantes se valent d’un point de vue thérapeutique, la bistorte étant peut-être un peu plus efficace que la renouée des oiseaux.
    _______________
    1. Pierre Canavaggio, Dictionnaire des superstitions et des croyances populaires, p. 208.
    2. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, pp. 816-817.
    3. P. P. Botan, Dictionnaire des plantes médicinales les plus actives et les plus usuelles et de leurs applications thérapeutiques, p. 172.
    4. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 819.
    5. Ibidem.

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La busserole (Arctostaphylos uva-ursi)

Synonymes : bousserole, buxerolle, buisserolle, bouisserolo, petit buis, arbousier traînant, cerise d’ours, raisin d’ours (c’est la traduction exacte du mot arctostaphylos).

La busserole est l’une des grandes absentes de la littérature médicale de toute l’Antiquité, et nous ne chercherons donc pas à en deviner l’hypothétique présence derrière une plante x ou y, pas ou peu identifiable, rencontrée dans l’œuvre de tel ou tel personnage antique. Le Moyen-Âge ne fait guère mieux si l’on considère que les documents les plus anciens la concernant ne remontent qu’au XII ème siècle : certains livres anglais en relatent l’usage, elle est même mentionnée dans un herbier gallois du XIII ème siècle, intitulé Les médecins de Myddfai, manuscrit constitué de 188 paragraphes et répertoriant 175 plantes.

En France, c’est un homme davantage connu comme écrivain que comme médecin (bien qu’il l’ait été) qui, le premier, souligne les effets diurétiques de la busserole. Écoutons Rabelais : « Il lui prit une chaude pisse qui le tourmenta fort, mais ses médecins le secoururent bien, avec force drogues diurétiques et lui firent pisser son malheur », écrit-il, décrivant Pantagruel en proie à une infection urinaire. Rabelais fut formé à la médecine dans la célèbre école de Montpellier dans les années 1530, laquelle abrita plus tardivement dans ses murs un autre médecin, Charles de Barbeyrac (1629-1699) qui, lui aussi, conseillait la busserole « pour calmer les douleurs néphrétiques et faire disparaître les mucosités et le sable de l’urine ». Mais tout cela ne reste qu’embryonnaire, ce n’est que sur l’impulsion du médecin viennois Dehaen – qui est celui qui a sans doute le mieux apprécié la valeur thérapeutique de la busserole – que cette plante se recommande à « tous ceux qui présentent une suppuration prolongée et abondante, rebelle aux autres moyens thérapeutiques, vers le système urinaire, les reins, l’uretère, la vessie, l’urètre, le scrotum, le périnée, sans aucune empreinte vénérienne et en dehors des signes évidents d’un calcul », écrit-il dans le Ratio medendi in nosocomio practico en 1758. A la suite de l’établissement de ces propriétés médicinales, nombreux seront les praticiens à se succéder, entrant dans la voie tracée par Dehaen pour éprouver cette plante que l’on dit être le meilleur remède des suppurations de l’appareil urinaire : Girardi, Murray, Hartmann, Bergius, Cullen, Hufeland, Planchon, Kluyskens et tant d’autres encore. Bien sûr, autant d’enthousiasme eut ses détracteurs, à l’image de Deserratz qui, en 1767, se dit peu convaincu par la busserole, mais il y a, assez souvent, pas loin du Capitole à la roche tarpéienne. Profitons-en pour préciser que les qualités thérapeutiques de la busserole dépendent de plusieurs facteurs : le lieu où pousse la plante influençant sa composition biochimique (ce qui est valable pour l’aromathérapie l’est aussi pour la phytothérapie), l’époque de l’année à laquelle s’est effectuée la récolte, le mode de préparation des parties végétales sélectionnées (dans le cas de la busserole, ce sont les jeunes feuilles que l’on soumet à la dessiccation puis que l’on pulvérise), et, bien évidemment, l’état du patient comme l’avait fait remarquer Dehaen à propos des propriétés antilithiasiques qui ne peuvent fonctionner chez tous : certains patients « n’ont éprouvé aucun soulagement, ce qui tenait aux conditions fâcheuses dans lesquelles ils se trouvaient ». L’hygiène alimentaire en est une. L’on sait depuis qu’une cure de busserole doit s’accompagner d’un régime alimentaire le moins acide possible afin que la plante puisse agir avec son plein potentiel.
Malgré ce coup d’arrêt tout relatif, le chemin thérapeutique de la busserole, bien que ralenti, ne s’arrête pas là. Joseph Roques, autre grand médecin français du début du XIX ème siècle, attire notre attention sur d’autres recommandations permettant au remède d’être le plus efficient : la busserole a toutes les chances de bien fonctionner tant que ce diurétique puissant est accompagné de préparations à même d’en molester les effets les plus énergiques. C’est pourquoi, pour soulager le patient, Roques conseille « les boissons douces, émulsives, tempérantes, comme l’eau d’orge, l’eau de graines de lin, le lait d’amandes » (1).
Ce diurétique, détersif, antiseptique, antiputride et sédatif des voies urinaires qu’est la busserole n’a pas été dédié qu’à cette seule sphère, ayant, au passage, offert bien des services aux niveaux intestinal et, dans une moindre mesure, gynécologique et pulmonaire : vu les effets de la busserole sur les affections vésicales et rénales, on semble s’être dit qu’elle pouvait faire de même sur la sphère respiratoire, à travers l’une de ses plus rebelles affections, la tuberculose (ou phtisie). Il n’en est rien, malgré ses tanins, et, d’ailleurs, Cazin appelle à la prudence : ces médicamentations relèvent d’une époque où les diagnostics des affections de la poitrine étaient peu avancés, ainsi a-t-on assez souvent considéré un simple catarrhe bronchique ou une hémoptysie comme un symptôme tuberculeux évident.

Au XX ème siècle, Botan réaffirme les pouvoirs diurétiques et antiseptiques de la plante. Il écrit que l’on « met cette double propriété à profit toutes les fois qu’il s’agit de guérir des inflammations accompagnées de purulence » (2). Leclerc, qui n’a rien ignoré de ce que ses prédécesseurs ont pu constater au sujet de la busserole, fait l’observation suivante : les feuilles du poirier agissent à la manière de celles de busserole. Voici ce qu’il en dit : « leur infusion se comporte comme un bon diurétique, capable d’exercer sur l’urine une action antiputride analogue à celle de l’uva-ursi : elle trouve donc son application dans les cystites, dans la bactériurie, dans la lithiase urinaire : sous son influence, le volume de l’urine augmente, le liquide excrété s’éclaircit et perd de sa fétidité et l’on obtient la sédation des phénomènes douloureux dont la vessie est le siège » (3). Les feuilles de poirier ne sont donc en aucun cas un succédané mais un utile remplaçant dans le cas où l’impossibilité serait de se procurer des feuilles de busserole. Il va sans dire que l’association des deux végétaux est tout à fait envisageable.

La busserole est un sous-arbrisseau vivace et semper virens dont la durée de vie peut atteindre le siècle. Propre aux zones montagneuses (600-2400 m), en France, elle est présente dans les Alpes, les Pyrénées, les Cévennes, plus rare dans le Jura et les Vosges, exceptionnelle en Bourgogne et en Auvergne. Acclimatée jusque dans les zones arctiques, cette plante est aujourd’hui présente en Amérique du Nord, en Asie septentrionale, ainsi qu’en Scandinavie, partout où elle trouve un sol à sa mesure : étendues caillouteuses, prairies, landes, forêts de conifères (pins, mélèzes).
La busserole – qui fait grandement penser à la gaulthérie – partage avec elle certaines caractéristiques botaniques : une faible hauteur et un port étalé. Rampante, la busserole est formée de longs rameaux s’étendant parfois à près de deux mètres de la racine mère. Ces rameaux, flexibles, brun rougeâtre, autorisent la plante à se multiplier par marcottage, d’où les denses et touffues surfaces qu’elle forme. Un aspect dru, un feuillage serré composé de petites feuilles épaisses, coriaces, spatulées, augmentent la ressemblance avec la gaulthérie. Marque distinctive : le verso des feuilles de la busserole est marqué d’un réseau de veinules bien visible malgré le vert pâle des faces foliaires inférieures.
De mars à juin, la busserole porte des grappes pendantes de fleurs en forme de cloche, groupées par trois à douze. Petites, n’excédant pas 6 mm, elles sont majoritairement blanches et rosâtres sur le pourtour. Dès août, elles laissent place à des baies rouges et lustrées contenant chacune cinq à dix graines.

La busserole en phytothérapie

Les petits feuilles vernissées de la busserole sont l’ingrédient majeur offert par cette plante sans odeur ; si les baies sont acides, âcres et farineuses, les feuilles, également âcres, sont surtout astringentes, indice de la présence de tanin dont le taux est variable (15 à 40 %). Ajoutons-y de la résine (5 %), de la chlorophylle (6 %), de la pectine (2 %), de la gomme (3 %), de l’acide gallique (6 %), un peu d’essence aromatique (0,01 %), des acides citrique, quinique et formique, des flavonoïdes, et surtout de l’arbutine (1,6 à 17 %) et de la méthylarbutine. Notons que, globalement, la composition biochimique de la busserole est très variable selon la localisation géographique : n’ayons pas peur d’utiliser le mot chémotype. Ainsi la busserole autrichienne et suisse présente un profil à méthylarbutine, tandis que la busserole d’Espagne, de Pologne, de Scandinavie et de Finlande se caractérise par sa haute teneur en arbutine.

Propriétés thérapeutiques

  • Diurétique puissante éliminatrice de l’acide urique, antiseptique, antiputride, détersive et sédative des voies urinaires
  • Astringente, antidiarrhéique, antihémorragique
  • Anti-inflammatoire
  • Tonique des muscles utérins
  • Antibactérienne (sur Escherichia coli)

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère vésico-rénale : cystite, cystalgie, catarrhe des voies urinaires, urétrite, urétrite blennorragique, incontinence urinaire, rétention urinaire, petite lithiase urinaire, hématurie, albuminurie, urine fétide, purulente, muqueuse et sanguinolente excrétée par miction douloureuse, engorgement prostatique, hypertrophie de la prostate, colique néphrétique, pyélonéphrite, goutte
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : diarrhée, diarrhée chronique, diarrhée infectieuse, dysenterie, entérite, entérocolite
  • Troubles de la sphère respiratoire : catarrhe bronchique, hémoptysie, maux de gorge
  • Troubles de la sphère gynécologique : leucorrhée, ménorragie, accouchement difficile (parfois accompagné de métrorragie). A ce niveau, la busserole opère de la même façon que l’ergot de seigle sans toutefois en présenter les inconvénients : à forte dose, la busserole possède « une action excitante sur l’utérus, action qu’on a mise à profit pour hâter des accouchements entravés par défaut de contractions, et dans la rétention du placenta » (4)

Modes d’emploi

  • Décoction prolongée de feuilles suivie d’une macération
  • Poudre de feuilles sèches
  • Teinture-mère

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : les jeunes feuilles en septembre et en octobre.
  • La busserole est contre-indiquée en cas de grossesse, d’allaitement, de constipation chronique. Son emploi peut provoquer nausée, vomissement, perte d’appétit, sensation d’anxiété. Les enfants âgés de moins de douze ans l’éviteront.
  • Association : myrtille, fenouil, bruyère, queue de cerise, buchu.
  • Le pouvoir antibactérien de la busserole n’agit qu’en cas d’alcalinité des urines. Conjointement aux prises de busserole, l’on conseille l’emploi du bicarbonate de soude et d’éviter l’ingestion d’aliments pouvant acidifier les urines durant la cure.
  • Puisque nous parlons de cure, Fournier indiquait que « l’élimination rapide de l’arbutine […] invite à rapprocher le plus possible les temps d’absorption » (5). Un siècle avant lui, Cazin évoquait des exemples de traitements s’étant étendus sur des mois, alors qu’aujourd’hui l’on reste fort bien prudent à ce titre, préconisant des cures de sept à dix jours consécutifs, sans excéder cinq cures par an.
  • Matière tinctoriale : les feuilles permettaient la teinture de la laine et du cuir. Leur décoction additionnée de sulfate de fer offre une couleur noire, avec de l’alun elle devient grise.
  • Dans les pays nordiques, feuilles et rameaux de busserole servaient au tannage des peaux. Leur forte proportion de tanin explique aussi pourquoi l’on ne doit effectuer aucune préparation à base de busserole avec des instruments en fer.
  • Les baies sont comestibles mais fades. La cuisson les améliore.
  • Les prises de busserole colorent les urines en vert olive ou vert brunâtre. Cela n’a rien d’inquiétant.
  • Autre espèce : la busserole alpine (Arctostaphylos alpina). Espèce rare dans les Alpes poussant entre 1900 et 2500 m d’altitude, elle est plus fréquente dans les Pyrénées. Elle se distingue de l’autre busserole par son feuillage caduque et des baies bleu foncé, presque noirâtres. On lui accorde des propriétés analogues à celle de l’uva-ursi.
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    1. Joseph Roques, cité par François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 215.
    2. P. P. Botan, Dictionnaire des plantes médicinales les plus actives et les plus usuelles et de leurs applications thérapeutiques, p. 45.
    3. Henri Leclerc, Les fruits de France, p. 132.
    4. Pierre Lieutaghi, Le livre des bonnes herbes, p. 137.
    5. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 197.

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L’arbousier commun (Arbutus unedo)

Synonymes : fraisier en arbre, arbre aux fraises, fraisier du maquis, frôle, olonier, darboussié.

Dioscoride, né au début du premier millénaire sur le territoire de l’actuelle Turquie, connaissait « l’arbousier […] semblable au cognassier. Il a les feuilles fines. Il produit un fruit de la taille d’une prune, sans aucun noyaux […] Quand il est mûr, il devient de couleur jaune ou rouge. En le mangeant, il pique la langue […] Il nuit à l’estomac et cause des douleurs de tête » (1). Mais l’arbousier que décrit le médecin grec n’est en aucun cas l’arbousier commun que nous connaissons en Europe occidentale. En réalité, il s’agit d’un autre arbre que les anciens Grecs nommaient andrachlê ou andrachnê, un terme qui fut utilisé par Linné en 1759 afin de définir cette espèce : Arbutus andrachne (arbousier grec ou de Chypre). C’est un arbre bien plus élevé que l’arbousier commun puisqu’il peut facilement atteindre une douzaine de mètres de hauteur. Portant également des arbouses, il se différencie de l’arbousier indigène par son écorce exfoliante qui se recroqueville comme un papier-peint desséché, laissant apparaître une sous-couche d’une magnifique couleur vert pistache qui roussira au fur et à mesure de la croissance de l’arbre. Est-ce aussi de cet arbre dont parle Pline à la même époque, lorsqu’il dit de son fruit qu’il n’a aucun mérite ? En effet, Pline affirmait que non nom – unedo – proviendrait de la contraction de unum edo, c’est-à-dire « je n’en mange qu’un seul », suggérant par là qu’on ne pouvait en avaler davantage. Pourquoi ? Peut-être les trouvait-il trop aigres à son goût, ou encore malsains, ce qui impliquerait de n’en user que très modérément (2). Cependant, tous n’étaient pas de son avis : Virgile, dans les Géorgiques, évoque le régime de l’homme primitif composé de glands et d’arbouses : Cum jam glandes atque arbuta sacrae deficirent silvae et victum Dodona negaret (= [Ce fut Cérès qui, la première apprit aux hommes à labourer la terre], lorsque les arbouses et les glands commencèrent à leur manquer dans les bois sacrés, et que Dodone leur refusa les aliments). Chez les Romains, l’arbousier revêtait un sens sacré, puisque la mythologie nous explique qu’une nymphe du nom de Carna avait comme attribut une branche d’arbousier. Cette divinité des portes (des gonds plus exactement) protégeait les enfants des stryges cherchant à leur sucer le sang. Comme beaucoup d’autres espèces végétales semper virens, l’arbousier est lié à la mort et à l’immortalité (certains aspects de Carna le soulignent). Virgile, encore lui, apporte dans l’Énéide, la description des obsèques de Pallas : « On s’empresse de tresser les claies d’un brancard flexible avec des branches d’arbousier et de chêne et on dresse un lit funèbre ombragé de verdure ».

Aussi surprenant que cela soit, l’arbousier appartient à la même famille que la bruyère. On ne sait trop s’il s’agit d’un petit arbre ou d’un grand arbuste, ou simplement d’un arbrisseau, sa taille variant de deux à dix mètres chez les plus vigoureux sujets dont le tronc peut atteindre 35 cm de diamètre. De son bois à l’écorce fine et rougeâtre, veiné de fissures gris brunâtre, s’épanouissent des branches au port buissonnant. Ses feuilles, légèrement dentées, évoquent par leur forme celles du laurier noble. Elles sont également vert foncé brillant et coriaces. Entre les mois d’octobre et de janvier, des grappes de fleurs blanches ou roses, en grelot, typique des Éricacées, apparaissent. Elles peuvent néanmoins fleurir durant toute l’année, ainsi verra-t-on des arbousiers portant fleurs et fruits simultanément, c’est-à-dire les arbouses nombreuses, couvertes de petits tubercules pointus, aux couleurs successives (vert, jaune, orangé, rouge). La ressemblance de l’arbouse avec la fraise n’est que physique, son goût fade, farineux et vaguement douceâtre n’a que peu de rapport avec le verbe fragrare ayant donné son nom au fraisier. Et il nous faut corriger Dioscoride : bien que l’arbouse ne contienne pas de noyau, elle est en revanche bourrée de graines.

L’arbousier est répandu sur l’ensemble du pourtour méditerranéen, mais dans son unique partie occidentale. C’est ainsi qu’il peuple les sous-bois, le maquis, les terres arides et rocailleuses de l’Espagne, de l’Italie, de l’Afrique du Nord, du sud de la France et de la Corse. En France, il lui arrive de progresser plus au Nord (Charente, Lozère, Drôme). Cet arbre est l’unique espèce spontanée d’arbousier présente en France. L’on ne risque donc pas de se tromper au sujet de son identité.

L’arbousier en phytothérapie

Feuilles, fleurs, fruits, écorce (parfois même celle de la racine) sont autant de parties végétales que l’arbousier met à disposition d’une pratique phytothérapeutique. D’énormes quantités de tanin (jusqu’à 45 % dans la seule écorce) côtoient plusieurs hydroquinones (arbutine, méthylarbutine), des glucides, un principe amer, etc.

Propriétés thérapeutiques

  • Diurétique, antiseptique et anti-inflammatoire des voies urinaires
  • Antipyrétique, sudorifique
  • Dépuratif
  • Préventif de l’artériosclérose, de la mauvaise circulation sanguine et de l’hypertension
  • Astringent
  • Narcotique léger (le fruit à haute dose)
  • Nutritif, digestif, stomachique (les fruits et leurs graines)

Note : il s’agit là de propriétés analogues à celles d’une plante de la même famille que l’on appelle parfois arbousier abusivement, la busserole (Arctostaphylos uva-ursi).

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère vésico-rénale : cystite et autres inflammations urinaires, urétrite, urétrite blennorragique, hypertrophie prostatique, colique néphrétique, lithiase rénale, incontinence d’urine
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : diarrhée, dysenterie
  • Maux de gorge

Modes d’emploi

  • Infusion de feuilles
  • Décoction de feuilles
  • Décoction prolongée d’écorce
  • Rob, confiture de fruits

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : les feuilles en fin d’été, les fruits à l’automne.
  • On déconseille de faire usage de l’arbousier durant la grossesse. Les personnes à l’estomac délicat prendront garde aux fruits qui, parfois, peuvent les indisposer si jamais consommés crus (la cuisson fait disparaître cet inconvénient). Mentionnons néanmoins que « les arbouses sont bonnes crues, sans doute meilleures avant maturité totale quand elles sont encore de couleur orange » (3).
  • En Provence, il est fréquent de croiser l’arbouse sur les marchés. Il est possible d’en confectionner sorbets, confitures, eaux-de-vie ou liqueur (par exemple, le vin d’arbouses corse).
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    1. Dioscoride, Materia medica, Livre I, Chapitre 137.
    2. Au XVI ème siècle, Jean Bauhin se plaignait de souffrir de l’estomac quand il avait le malheur de consommer une seule petite arbouse, tandis que Charles de l’Écluse disait en faire un fort copieux usage sans inconvénient aucun.
    3. Petit Larousse des plantes médicinales, p. 34.

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L’argousier (Hippophae rhamnoides)

Synonymes : argousier faux nerprun, argousier argenté, argasse, épine luisante, saule épineux, olivier épineux, olivier de Sibérie, bourdaine marine, griset, grisset, hippophaë.

Qui ne connaît pas l’argousier pourrait en déduire, à l’aide des surnoms qu’on lui a octroyés, qu’il s’agit d’une espèce d’olivier maritime portant des feuilles semblables à celles du saule ainsi que des épines. Étrange créature, n’est-ce pas ? Mieux vaut le considérer de visu pour prendre conscience qu’il n’emprunte à l’olivier qu’une très lointaine ressemblance. Tout d’abord, l’argousier n’est pas un arbre mais un arbuste dont la taille moyenne avoisine les trois mètres de hauteur dans la plupart des cas, bien que des conditions extrêmement favorables lui permettent aisément d’atteindre le double. Ses branches drues et serrées, porteuses d’épines, donnent à la silhouette de l’argousier un aspect touffu, qui peut rapidement devenir envahissant grâce à ses racines traçantes à nombreux rejets. Les feuilles, qui n’apparaissent qu’après les fleurs (lesquelles bien que dioïques sont réduites à leur plus simple expression, s’épanouissant de mars à mai), sont celles qui font mériter à l’argousier son épithète d’argenté (d’ailleurs, argousier et argent possède une identique racine grecque, argos, qui signifie : « d’un blanc éclatant comme l’argent »). Longues de 5 à 6 cm sur un de large, elles portent sur leur face inférieure des écailles argentées qui virent par la suite au roux. A l’automne, de denses grappes de baies rouge orangé, rarement jaunes, tachetées de brun, font leur apparition. Ovoïdes, de modeste dimension (6 à 8 mm), elles passent l’hiver sur les rameaux dénudés de même que l’églantier défeuillé se pare de lampions rouge vif à l’approche d’Halloween.

Présent autant en Asie qu’en Europe, l’argousier est une espèce qui pousse localement : côtes tempérées de l’Europe (littorale de la Manche par exemple), Europe centrale (en bordure du Rhin), Alpes (Tessin, Valais, Grisons en Suisse ; Savoie ; vallée du Rhône et de ses affluents alpins comme la Durance où, pour la première fois, il m’a été donné de croiser la route de l’argousier en novembre 1983 sur les rives du lac de Serre-Ponçon).

L’argousier possède de très longues racines qui lui permettent de résister aux tempêtes, comme l’on sait qu’elles peuvent être violentes au large de la Manche, et stabilisent le sol dans le même temps. C’est pour cette raison qu’il est régulièrement planté comme coupe-vent, afin de fixer les dunes littorales qui forment un de ses lieux de vie naturels, appréciant particulièrement les zones sablonneuses et caillouteuses. C’est pourquoi on le rencontre sur éboulis, pentes pierreuses et graviers, favorisant la solidité de structures artificielles telles que les abords d’autoroutes et de voies de chemin de fer. En plus de cela, sachons que l’argousier vit en symbiose avec une bactérie du genre Frankia dont on s’est rendu compte qu’elle avait la capacité de fixer l’azote de l’air, contribuant ainsi à rénover les sols dégradés.

L’argousier en phytothérapie

En raison de la quantité pléthorique de vitamine C contenue dans les baies de l’argousier, cet arbre cultivé en grand en Allemagne, fit dire à Fournier dans les années 1940 qu’il « y aurait intérêt à répandre également sa culture en France » (1). De l’acide ascorbique, en effet : les drupes de l’argousier en contiennent proportionnellement plus que le cynorrhodon, déjà champion en la matière, et donc bien davantage que dans le citron qui fait pâle figure devant cet arbuste dont beaucoup ignorent l’existence. Ses baies, forcément très acidulées, ne se contentent pas d’afficher leur haute teneur en vitamine C, question acides elles s’y connaissent : malique, vinique, butyrique. Mais n’en restons pas là. Puisqu’on évoque les vitamines, voici celles qui accompagnent l’inestimable vitamine C : la provitamine A, les vitamines B1, B2, E, F, K, P. A cela ajoutons des sels minéraux triés sur le volet : cuivre, soufre, zinc, mais surtout, sélénium (si, si !), des caroténoïdes (ça donne bon teint : vous avez vu la couleur des baies de l’argousier ?), des acides aminés en veux-tu en voilà, des flavonoïdes, de la quercétine (présente aussi dans les feuilles et les rameaux), enfin des acides gras insaturés comme l’acide alpha-linolénique que les baies d’argousier se paient le luxe de ficher dans leurs graines. Face à une telle débauche de moyens, l’on peut se demander comment il est possible que l’argousier n’ait pas damé le pion à ces envahissantes baies de goji qui n’ont absolument rien à envier, because sea buckthorn is better tant them !

Propriétés thérapeutiques

  • Immunostimulant, tonique général, revitalisant, reminéralisant, anti-asthénique
  • Anti-oxydant, antiscorbutique puissant
  • Anti-infectieux
  • Anti-inflammatoire, protecteur face aux UV
  • Hémostatique
  • Apéritif, vermifuge
  • Cicatrisant, astringent léger

Note : tout cela ne concerne que les seuls fruits. L’écorce des rameaux et les feuilles sont données comme toniques et astringentes, les graines légèrement laxatives et plausiblement purgatives.

Usages thérapeutiques

  • Renforcer l’organisme durant l’hiver afin de prévenir les refroidissements et les infections (grippe, rhume), déficience immunitaire, asthénie physique comme psychique faisant suite à une grossesse, à une infection (convalescence), surmenage, épuisement, anémie, dévitalisation, déminéralisation, scorbut, sénescence
  • Stress, insomnie d’origine nerveuse
  • Inappétence, diarrhée, dysenterie, vers intestinaux
  • Peau sèche et irritée, éruptions cutanées, brûlure, blessure, pellicules
  • Troubles circulatoires : artériosclérose (?)

Note : fleurs et feuilles interviennent comme anti-inflammatoire sur rhumatismes et goutte, rhume et éruptions cutanées.

Modes d’emploi

  • Jus, sirop
  • Confiture, compote
  • Teinture-mère

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • A l’automne, bien après que soient tombées les feuilles, les baies qui peuvent naturellement rester en place durant l’hiver, imposent la délicatesse au cueilleur : en effet, celles-ci s’esquichent facilement entre les doigts. Cette fragilité demande à ce que les rameaux porteurs soient coupés au sécateur. Puis, en les secouant au-dessus d’un linge, on les y fait délicatement tomber.
  • Alimentation : l’argousier, répandu bien au-delà de nos seules frontières, est un produit de consommation courante pour qui veut bien se donner la peine d’en cueillir les baies dont, traditionnellement, l’on fait des gelées, confitures et liqueurs. En Sibérie et en Tartarie, on les accompagne de lait et de fromage, l’on en fait (surtout en Sibérie) l’ingrédient de la « vodka sibérienne ». En d’autres pays d’Europe du Nord (Angleterre, Finlande), la marmelade qu’on en tire joue le rôle de condiment ; c’est ainsi qu’on en aromatise les sauces destinées aux plats de poissons. Au Népal, les baies sont préparées en confiture et au vinaigre, alors que dans une bonne partie du continent asiatique, on ne compte plus les préparations tant culinaires que médicinales dans lesquelles elles interviennent.
  • L’argousier est souvent planté – comme en Allemagne – pour ses fruits riches en vitamine C. De nombreux cultivars présentant des caractéristiques particulières sont exploités pour leurs baies : rameaux peu épineux, fruits moins acides bien que dotés de fortes teneurs en vitamine C (jusqu’à 700 mg aux 100 g de fruits frais pour certains cultivars), plantes résistantes au froid et à la sécheresse, etc.
  • Autre espèce : le chalef ou olivier de Bohème (Eleagnus angustifolia). Arbuste particulièrement ornemental portant des feuilles plus larges, des rameaux argentés et des fruits caractérisés par davantage de douceur.
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    1. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 95.

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Le fucus vésiculeux (Fucus vesiculosis)

Synonymes : varech, varec, raisin de mer, laitue de mer, chêne marin.

Durant l’Antiquité romaine, tout étonnant que cela soit, on avait déjà repéré l’importance du fucus que Pline nommait quercus marina (chêne marin). Il était alors, semble-t-il, un remède permettant de soulager les douleurs articulaires, inflammatoires et goutteuses. Il brille néanmoins par son absence de la plupart des ouvrages traitants des remèdes par les plantes. Cependant, malgré la minceur des informations à son sujet, l’on peut faire la remarque suivante : elles sont toutes dans le vrai, aujourd’hui nous ne faisons pas autre chose que de répéter, après vérification, les assertions de nos devanciers. Au XVI ème siècle, on trouve trace du fucus dans l’œuvre de Matthieu de Lobel de laquelle l’illustration centrale de cet article est tirée : elle est, ma foi, fort ressemblante. Dans les années 1750, un médecin britannique du nom de Jack Russel (comme le chien ^^) recommande le fucus en friction sur les tumeurs scrofuleuses et, plus fort encore, en cas de goitre, une affection caractéristique d’une carence grave en iode, substance dont on ignorait tout de l’existence. Ce fut très probablement gouverné selon une méthode empirique, de même qu’on embarquait des citrons sur les bateaux en partance pour de longs voyages afin de prévenir le scorbut alors qu’on ne connaissait pas la vitamine C. En effet, l’iode ne sera découvert qu’au début du XIX ème siècle par un salpétrier parisien, Bernard Courtois. Une cinquantaine d’années plus tard, Cazin en sait suffisamment (rappelons qu’il a exercé longtemps en bordure de mer, dans le Calaisis) pour faire entrer le fucus dans sa pharmacie de campagne. Procédant par décoction, fomentation et cataplasme, il obtient du fucus de bons effets sur les engorgements lymphatiques glandulaires et œdémateux. Il mentionne même l’existence du fucus sous sa forme carbonisée – l’oethiops végétal – dont on usait sur les affections scrofuleuses et le goitre bien avant la découverte de l’iode dont il nous fait dire quelques mots. Cet élément assez peu commun ne se trouve pas que dans les algues, nul besoin d’habiter auprès de la mer pour en faire provision, puisqu’il est présent dans l’ail, l’oignon, le chou, le poireau, le navet, la tomate, le cresson, la poire, le raisin, les épinards, etc. L’implication thérapeutique de l’iode est bien plus vaste qu’on ne le pense au prime abord. Certes, on en connaît surtout l’importance pour réguler l’insuffisance thyroïdienne, mais l’iode intervient tant sur le système vasculaire et circulatoire (hypotenseur, protecteur des vaisseaux, hypocholestérolémiant) que respiratoire (affections pulmonaires, tuberculose). C’est, en outre, un facteur de croissance chez l’enfant, considération ô combien importante dès lors qu’on aborde ce que l’on appelle le crétinisme. Les crétins étaient des infortunés souffrant d’une grave carence en iode, laquelle est d’autant plus patente que l’on vit en altitude. S’ensuivent formation de goitre (qui marque bien le sous-fonctionnement de la thyroïde), une taille au-dessous de la moyenne et surtout ce que l’on appelait autrefois l’idiotie, ce qui explique qu’aujourd’hui les expressions « idiot du village » et « crétin des Alpes » soient passées dans le langage courant pour qualifier la crème des imbéciles qui, paradoxalement, ne manque pas forcément d’iode.

Le Fucus vesiculosis est l’une des 1500 algues dites brunes. En effet, cette algue vivace, de couleur vert olive foncé à brunâtre lorsqu’elle est humide, vire au noir violacé à l’état sec. Brune, donc. D’ailleurs, elle ne contient pas de chlorophylle, mais un pigment brunâtre du nom de fucoxanthine lui permettant d’assurer la photosynthèse. Pour preuve que ça marche : il n’est qu’à observer les longs thalles caoutchouteux découpés en lanières aplaties souvent fourchus, accrochés aux rochers par de solides crampons. Des aérocytes – des flotteurs captant la lumière – autorisent cette plante longue d’un bon mètre à se maintenir à la verticale dans les eaux.
Cette algue, qu’on a aussi appelée laitue marine, est présente sur à peu près toutes les côtes de l’Atlantique nord, et de la Manche à la mer du Nord.

Cet étrange mot qu’est varech trouve son origine dans le nord de l’Europe : il provient de l’anglais wraec et d’un ancien mot scandinave, wagrek, qui ont, tous les deux, la particularité d’avoir le même sens : épave. Et l’on sait qu’Anglo-saxons et Vikings, à défaut d’échouer sur nos côtes, les ont abordées. Quand on sait ce qu’est le varech, on comprend mieux le pourquoi de cette référence à une épave : il s’agit des algues laissées apparentes par le ressac et récoltées à marée basse sur les rochers du rivage qui se trouvent dans les zones de balancement des marées.
Les Normands et les Bretons – qui ne veulent rien faire comme les autres – l’appellent goémon.

Le fucus vésiculeux en phytothérapie

« Plongée dans l’élément marin, réservoir de vie, l’algue symbolise une vie sans limite et que rien ne peut anéantir, la vie élémentaire, la nourriture primordiale » (1). Compte tenu de la composition du fucus, l’on ne peut que donner raison à ces quelques données symboliques, cette algue étant d’une incomparable richesse. Voyez plutôt : en moyenne, les thalles séchés puis pulvérisés, de saveur salée et de saumâtre odeur marine, recèlent un mucilage visqueux contenant de l’algine, de l’acide alginique, des polyphénols, des polysaccharides et oligosaccharides (laminarine), une huile, une essence aromatique, un principe amer, du mannitol (édulcorant), plus d’une douzaine d’acides aminés, etc. Dans 100 g de fucus sec, l’on trouve 16 g de cendres ! Énorme ! Voici la longue liste des sels minéraux et oligo-éléments contenus dans cette plante : calcium, potassium, sodium, magnésium, phosphore, fer, cuivre, zinc, cobalt, nickel, manganèse, strontium, vanadium, lithium, chrome, bore, brome, titane, baryum, arsenic, silice, molybdène, iode. Ouf ! Côté vitamines, ça n’est pas mal du tout non plus : provitamine A, vitamines B1, B2, B6, B9, B12, C, D2, E…

Propriétés thérapeutiques

  • Laxatif, favorise le transit intestinal
  • Immunostimulant, reconstituant, reminéralisant, anti-asthénique
  • Diurétique
  • Favorise la résorption des tissus lipidiques
  • Cicatrisant, émollient
  • Antigoitreux
  • Antiviral (?)

Usages thérapeutiques

  • Fatigue intellectuelle et/ou physique passagère, rachitisme, sénescence
  • Rhumatismes, goutte, douleurs articulaires
  • Plaie, blessure, psoriasis, dermatose, entorse
  • Adénite, scrofulose
  • Asthme
  • Acidité gastrique
  • Goitre, hypothyroïdie
  • Cellulite, obésité (le fucus est un coupe-faim : la structure mucilagineuse des thalles s’hydrate dans l’estomac. En gonflant, cette algue entraîne un sentiment de satiété)

Modes d’emploi

  • Teinture-mère
  • Capsule de poudre
  • Décoction
  • Cataplasme
  • Extrait hydro-alcoolique
  • Bain

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Bien qu’on puisse procéder à la récolte toute l’année, Cazin indiquait que la meilleure période pour procéder à une cueillette médicinale était le mois de juillet ; Valnet précise qu’en été, il y a accumulation des sucres et disparitions des sels minéraux » (2).
  • Vu la proportion d’iode contenue dans le fucus (0,1 %), cette plante est fortement contre-indiquée en cas d’allergie manifeste à cet élément et surtout en cas d’hyperthyroïdie (seule l’homéopathie est de ce ressort). De même, la femme enceinte ou allaitante évitera l’emploi du fucus.
  • Un fucus de qualité ne peut se concevoir qu’en l’absence de toute pollution. Or comme tel n’est pas le cas, cette algue peut contenir des traces de polluants marins, entre autres des métaux lourds.
  • Incompatibilité : café, citron, farineux, bière.
  • Alimentation : le fucus est utilisé par l’industrie agro-alimentaire dans laquelle ses alginates jouent le rôle de gélifiant, d’épaississant et d’émulsifiant. Une fois dessalé, le fucus peut devenir comestible et prend la place du sel dans les pays anglo-saxons sous le nom de kelp.
  • Autre espèce proche : le carragahen (Fucus crispus).
  • Autres usages : l’avantage du fucus dans l’économie domestique et industrielle est tel qu’il permet de fertiliser les terres en guise d’engrais, de couvrir les toitures des maisons à la manière du chaume, à alimenter le bétail, à fournir par extraction potassium, soude et iode ; on en fit même un combustible.
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    1. Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 24.
    2. Jean Valnet, La phytothérapie, p. 497.

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La véronique officinale (Veronica officinalis)

Synonymes : véronique mâle, herbe de sainte Véronique, herbe de saint Pierre, herbe aux ladres, thé d’Europe, thé du Nord.

L’histoire thérapeutique de la véronique officinale est relativement récente si on devait la comparer à celle de la verveine ou de la sauge. Elle ne semble pas antérieure au XVI ème siècle, même si au XII ème, chez Hildegarde, l’on rencontre quelques lignes à propos d’une autre véronique, la véronique cressonnée qu’Hildegarde appelle Pungo (1) : « La véronique cressonnée est de nature chaude ; et celui qui s’en fait un plat, en y ajoutant de la graisse ou de l’huile, lave son ventre comme une potion. Et quand on en mange, elle guérit la léthargie » (2).
Puisque nous sommes en Allemagne, restons-y, nous n’aurions que plus de chance de toucher du doigt les babillages naissants de la véronique que, par ailleurs, on s’est fait fort d’ignorer malgré sa grande fréquence dans la nature. C’est en 1693 que le chimiste et médecin allemand Frédéric Hoffmann lance « la mode de l’infusion de véronique, selon lui supérieure au thé de Chine en goût et en vertus (3), et que toute l’Allemagne se mit à boire frénétiquement » (4). Il la recommandait notamment dans les affections respiratoires (phtisie, catarrhe pulmonaire chronique, asthme humide, engorgement bronchique). Un an plus tard, Johan Franke lui emboîte le pas et fait paraître un traité de 300 pages essentiellement consacré à la véronique, le Polychresta herba veronica, pour tenter d’en asseoir les inestimables et diverses vertus, tant et si bien, qu’outre-Rhin, l’on parla de panacée au sujet de cette plante. Ainsi, selon cet auteur, la véronique intervenait en cas de troubles respiratoires, de gravelle, de plaies, de gale, etc. ; on alla même jusqu’à dire, du moins des auteurs tels que Fuchs, Césalpin, Liébaut ou encore Matthiole le répétèrent, qu’un roi de France fut guéri de la lèpre grâce à la véronique, ce qui explique son nom d’herbe aux ladres. Mais l’histoire ayant oublié son nom, nous en resterons là et poursuivrons le panégyrique germain à propos de la véronique : Tragus et Schroder, par leurs travaux, cherchèrent à confirmer l’hégémonie thérapeutique de la véronique officinale : ils la disaient astringente, vulnéraire et sudorifique dans les affections des voies respiratoires, un domaine qui revient bien souvent. Ettmuller (1646-1683), plus sage et mesuré, ne lui accorde des vertus que sur les voies respiratoires hautes (maux de gorge, angine) et la bouche (aphte, muguet), soit des affections relativement bénignes eu égard au supposé pouvoir de la véronique de venir à bout de toute chose (colique néphrétique, diarrhée, dysenterie, hémorragie, fièvre intermittente, tuberculose, etc., et tout cela en bain, lavement, usage per os… Autant dire que la véronique fut accommodée à toutes les sauces). C’est ainsi que la véronique restera très en vogue jusqu’au XVIII ème siècle chez les médecins allemands et suisses : « pour eux, c’est un remède sûr […] ; leurs confrères français, au contraire, ne lui trouvèrent d’autre qualité que celle de l’eau chaude qui sert à en préparer l’infusion » (5). Rhoooo !… Cela doit être ça, l’amitié franco-allemande ^^. Mais il est vrai que, comme le rappelle Fabrice Bardeau empruntant à Cazin, « des éloges trop pompeux prodigués à des plantes inertes, ou dont on aura exagéré les vertus, n’ont pas peu contribué à discréditer la thérapeutique végétale » (6). Mais on n’assène pas à un médecin allemand qu’il exagère, qu’il fantasme, et cela impunément, car à ce stade-là, côté allemand, on n’a pas dit son dernier mot. Cependant, avant de poursuivre, nous pouvons nous poser certaines questions : comment se fait-il que de part et d’autre d’une frontière, dans un même temps, on conclue de manière diamétralement opposée sur les pouvoirs thérapeutiques d’une plante ? Se peut-il qu’il pousse en Allemagne une véronique particulièrement bien garnie en principes actifs ? Est-ce une approche particulière de la thérapeutique qui a fait en sorte que « cela » marche ici et pas là-bas ? Est-ce tout à fait un hasard si le concepteur de l’homéopathie était allemand et le créateur des fleurs de Bach anglais ? Était-ce, aussi, de nature purement politique, l’animosité entre Allemands et Français n’étant plus à prouver ? Bref, en France, on modère ses propos au sujet de la véronique dès le début du XIX ème siècle. Parce que faible, dira Peyrilhe en 1800, la véronique reste peu usitée, sauf par quelques irréductibles « Gaulois » dont Joseph Roques qui élaborera un « thé » dans lequel entrait la véronique, et pour lequel il constate qu’il favorisait la fonction rénale, stimulait les voies digestives, convenait bien comme sudorifique. Quant à Cazin, il écrit que « l’eau et l’alcool se chargent également de ses principes actifs. Son extrait alcoolique est beaucoup plus amer que son extrait aqueux. Cette remarque […] décèle une propriété tonique dont la médecine usuelle peut tirer parti » (7). Ces bonnes paroles dites, ne voyons-nous pas, de nouveau, les Allemands sonner la charge ? Ainsi, à la fin du XIX ème et au début du XX ème siècle, ce ne sont pas moins que Kahnt, Bohn, Schultz et les abbés Kunzle et Kneipp qui redorèrent quelque peu le blason de la véronique officinale, cette fois en lui accordant des vertus qu’elle possède vraiment.

Et maintenant, un peu de botanique ! La véronique officinale est une plante vivace qui étale ses tiges velues de loin en loin, les enracinant aux nœuds comme le fait également le lierre terrestre. Non seulement elle rampe, mais elle est capable de s’ériger à près de 50 cm du sol. Ses feuilles ovales, finement dentées et brièvement pétiolées, sont couvertes d’une sorte de duvet qui leur donne une couleur vert grisâtre. Dans ses hauteurs, la véronique offre à la vue des grappes sommitales de fleurs serrées d’un centimètre de diamètre et dont la couleur va du bleu pâle au lilas foncé. La floraison estivale de la véronique donne lieu à des capsules glanduleuses en forme de cœur.
Présente en Amérique du Nord, ainsi qu’en Europe, la véronique se cantonne à la plaine et à la moyenne montagne (2000 m), sauf en région méditerranéenne. Ses terrains d’accueil sont les sols surtout acides : landes, bruyères, bois secs, buissons, coteaux secs et maigres, clairières et lisières de forêts ensoleillées.

La véronique officinale en phytothérapie

« La légion des véroniques est plus importante par le nombre que par ses propriétés », disait Fournier (8). Nous l’avons vu, la véronique est loin d’être une panacée, mais peut néanmoins occuper la place qui est la sienne en thérapeutique. Ce qui nous intéresse chez elle, ce sont les sommités fleuries au goût amer et épicé, un peu astringentes et sans odeur, malgré quelques traces d’essence aromatique dans ses tissus (9). Du tanin, un principe amer, une saponine, des flavonoïdes (apigénine, scutellarine) ainsi qu’un hétéroside iridoïde (aucubine) ne peuvent faire de la véronique officinale un végétal tout à fait inerte.

Propriétés thérapeutiques

  • Tonique amère, apéritive, stomachique
  • Sédative de la toux, expectorante
  • Diurétique, sudorifique
  • Dépurative
  • Astringente légère, assainissante des plaies, résolutive, détersive, vulnéraire

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : inappétence, digestion lente, flatulence, dyspepsie, colique, crampe d’estomac
  • Troubles de la sphère respiratoire : toux, asthme, bronchite chronique, catarrhe bronchique chronique, rhume, trachéite, angine, irritation de la gorge
  • Affections buccales : stomatite, inflammations gingivales et buccales
  • Troubles de la sphère vésico-rénale : catarrhe vésical, hématurie, goutte, rhumatisme
  • Affections cutanées : plaie, brûlure, ulcère, dartre, démangeaisons
  • Migraine
  • Fatigue nerveuse, surmenage physique et/ou intellectuel

Modes d’emploi

  • Infusion
  • Décoction
  • Suc frais
  • Sirop
  • Macération vineuse
  • Thé de véronique : véronique officinale (1/3) + mélisse (1/3) + aspérule odorante ou germandrée botrys (1/3)

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : elle se réalise dès la fin du printemps et durant tout l’été.
  • Séchage : il ne pose pas de problèmes particuliers et préserve les propriétés de la plante.
  • Alimentation : si la véronique officinale est comestible à l’état frais et cela tant que ses fleurs sont en boutons, on lui préfère une autre véronique, le beccabonga (Veronica beccabunga), plante semi-aquatique proche du cresson par les propriétés et le goût.
  • Risque de confusion possible : avec le lierre terrestre (Glechoma hederacea).
  • Autres espèces : véronique en épis (V. spicata), véronique à longues feuilles (V. longifolia), véronique de Perse (V. persica), véronique des champs (V. arvensis), véronique à feuilles de lierre (V. hederifolia), véronique à feuilles d’ortie (V. latifolia), véronique montagnarde (V. montana), véronique germandrée (V. teucrium), véroniques alpines (V. alpina et fruticulosa), etc.
    _______________
    1. Il m’apparaît tout à fait possible que ce Pungo soit en réalité une autre véronique qu’on a affublée d’un nom pour le moins curieux : le beccabonga. Outre la consonance phonétique entre Pungo et -bonga, le beccabonga est effectivement une plante dont la nature le rapproche du cresson : plante semi-aquatique, elle possède une saveur de cresson, ainsi que des propriétés stimulantes et antiscorbutiques propres aux deux plantes.
    2. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 55.
    3. « L’infusion théiforme de véronique, un peu âpre, a pu charmer les palais allemands ; nous n’y avons pas trouvé en France cette astriction aromatique, ce parfum spécial qui, dans le thé, flatte si agréablement le goût », explique Cazin en 1858 (François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 978).
    4. Pierre Lieutaghi, Le livre des bonnes herbes, p. 440.
    5. P. P. Botan, Dictionnaire des plantes médicinales les plus actives et les plus usuelles et de leurs applications thérapeutiques, p. 196.
    6. Fabrice Bardeau, La pharmacie du bon dieu, p. 294.
    7. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 977.
    8. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 954.
    9. L’eau distillée de la plante n’est, elle, que très faiblement aromatique.

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La mercuriale (Mercurialis annua)

Mercuriale annuelle (pied mâle)

Synonymes : ortie bâtarde, rimberge, ramberge, foirole, foirotte, foirande, chiole, cagarelle, caguenlit, caquenlit.

Si l’on remonte 2500 ans en arrière, on trouve une mercuriale entre les mains d’Hippocrate qui guérissait la surdité en instillant le suc de cette plante dans les oreilles. Il en avait également remarqué les propriétés purgatives. A sa suite, les hippocratiques des V ème et IV ème siècles avant J.-C. en notèrent les vertus laxatives et diurétiques. « Ils lui attribuaient, en outre, une action quasi merveilleuse sur l’utérus, action que n’ont retrouvée aucun de leurs successeurs et qui, très vraisemblablement, ne repose que sur une confusion de nom, la mercuriale étant également nommée en grec parthenion » (1). Voilà qui commence bien ! C’est ainsi que la Collection hippocratique évoque un breuvage destiné à soigner les affections de la matrice à base de feuilles et de graines d’une mercuriale qui n’en était très certainement pas une ! Ce mot – parthenion – fait bien sûr référence au temple d’Athéna à Athènes, un parthenion qui renvoie à la jeune fille vierge plus qu’à la parturiente. Faisons remarquer que, en terme de divinités olympiennes, il existe une certaine rivalité : il n’échappe à personne que derrière le mot Mercurialis se cache le dieu Hermès qui « a été considéré comme l’inventeur […] de la Mercurialis annua, appelée aussi parthenion, bien que, sous ce nom cette plante appartienne spécialement à la déesse-vierge Athéné » (2). Inventeur, le mot est sans doute quelque peu inexact ; si l’on en croit Pline, les propriétés de cette Hermu poa (herbe d’Hermès) auraient été révélées aux hommes par le dieu. Je ne suis qu’à moitié d’accord avec ce que dit Angelo de Gubernatis : si la mercuriale peut s’associer à une vierge, c’est davantage avec la sœur d’Apollon, la chaste Artémis, en particulier dans son aspect lunaire, ce qui fait que je rejette d’idée d’Henri Corneille Agrippa selon lequel la mercuriale est une plante mercurienne, et m’en remets à un avis beaucoup plus judicieux, celui d’Anne Osmont, qui classe la mercuriale parmi les plantes lunaires. Expliquons pourquoi la mercuriale, malgré son nom, est davantage une plante de la Lune que de Mercure. Tout d’abord, c’est une plante dite froide et aqueuse, ce qui correspond bien à l’astre lunaire. D’ailleurs la mercuriale est impliquée dans la gestion de divers liquides corporels, étant diurétique et hydragogue entre autres, à quoi l’on peut ajouter que ses vertus purgatives lui permettent de dégager les intestins avec douceur, un aspect qui relève de la Lune, corroboré par l’unique signe astrologique associé à cette planète, le Cancer, dont l’un des points faibles se trouve être justement les troubles digestifs dans leur ensemble. De plus, le Cancer, aux fonctions biliaires plus ou moins paresseuses, se trouve bien d’user de la mercuriale qui est cholagogue, c’est-à-dire qu’elle stimule la sécrétion de bile. Enfin, la Lune féminine, impliquant fécondité et enfantement, peut se voir attribuer la mercuriale, non tant comme plante favorisant la fertilité comme le pensèrent les Anciens, mais en tant que simple utilisable au cours de l’accouchement.

Avec Dioscoride, on s’éloigne de beaucoup de ces considérations astrologiques, puisqu’on parle alors d’une plante portant le nom de linozôstis ou «herbe aux nœuds » (parce que la mercuriale porte sur sa tige, à intervalles réguliers, des nœuds), plus précisément de deux plantes, l’une mâle et l’autre femelle, ce qui est fort approprié puisque la mercuriale est une plante dioïque. Prenons connaissance de ce qu’en dit Dioscoride : « La mercuriale a les feuilles du basilic, semblables à celles de la pariétaire, mais en moindre nombre […] La plante femelle est très fertile d’une graine en forme de grappe de raisin : mais la graine de la plante mâle pend entre les feuilles, petite et ronde, comme deux testicules attachés ensemble. C’est une plante haute de douze doigts [environ 35 cm], ou plus grande. L’on mange l’une et l’autre avec d’autres herbes pour lâcher le ventre. Sa décoction dans l’eau puis bue lâche la colère et les humeurs aiguës. L’on croit que les feuilles […] de la femelle font engrosser d’une fille et celles de la mâle d’un garçon » (3). Bien entendu, dans cette description se trouve une monumentale erreur : depuis quand un pied mâle porte-t-il des graines ? Chez les espèces dioïques, comme c’est ici le cas, seuls les pieds femelles portent le fruit, de même que la vache porte le veau. Ainsi, si l’on inverse les données, les Anciens préconisaient la plante mâle pour engendrer une fille, la plante femelle pour concevoir un garçon. La signature repérée par les Anciens n’est donc en aucun cas efficiente. Sur la question génésique de la mercuriale, Pline explique que « ce résultat s’obtient si, aussitôt après la conception, on boit le suc dans du vin ou si on mange les feuilles bouillies avec de l’huile et du sel ou crues avec du vinaigre ». Mais comme nous ne sommes pas à une contradiction près, trois siècles plus tard, Serenus Sammonicus nous apprend qu’une « décoction de mercuriale est encore un breuvage auquel on a communément recours » (4) pour favoriser la conception, à condition de l’absorber avant (et non après). Bref. Tout ceci n’est point trop grave, sachant qu’il est possible qu’il persiste cette erreur entre la mercuriale et celle qu’on désignait sous le nom de parthenion. En revanche, Sammonicus dit vrai à propos des vertus laxatives de la mercuriale sur la constipation : « On peut y remédier avec de la mercuriale qu’on a fait bouillir dans l’eau avec un peu de miel » (5).

A l’époque médiévale, la mercuriale est cultivée tant comme légume que comme plante médicinale. On lui réserve des emplois inattendus, recommandée qu’elle est dans la tuberculose par exemple. Par ailleurs, Vigo, qui vécut dans la seconde moitié du XV ème siècle (1460-1520 environ), explique que lorsque la mercuriale « est bouillie dans du bouillon de poule ou de poulet, elle évacue le flegme et la mélancolie » (ce thérapeute aurait-il remarqué la vertu cholagogue de la mercuriale ?), alors que, à peu près à la même période, Brassavole (1534) relate l’usage qui est fait de la mercuriale par les paysans italiens comme purgatif. Elle sera d’ailleurs durant des siècles un des ingrédients de nombreux apozèmes et clystères purgatifs. Au XVI ème siècle, malgré le nombre de praticiens qui s’attachent à la mercuriale, on innove finalement peu à son sujet, on se contente de reprendre les indications de Pline et de Dioscoride. Que ce soit Fuchs, Matthiole, Bock ou Daléchamps, on n’investit par véritablement au-delà de ce que l’on sait déjà, et Jean Bauhin, pourtant botaniste, reste fidèle à la nomenclature des Anciens, c’est-à-dire qu’il conserve à la mercuriale ses caractéristiques mâles et femelles en leur attribuant à chacune un nom : Mercurialis mas et Mercurialis foemina !

La mercuriale, aux racines blanchâtres et fibreuses, porte des tiges droites de section circulaire, glabres, hautes de 30 à 40 cm. Ramifiée dès sa base, cette plante s’orne de feuilles lancéolées, opposées, assez molles, dentées en scie, qui la font effectivement ressembler au basilic, si ce n’était la clarté de la verdure de son feuillage. Plante dioïque comme l’ortie, la mercuriale possède donc des pieds mâles aux nombreuses inflorescences dressées à l’aisselle des feuilles, et des pieds femelles aux fleurs beaucoup plus rares, à deux styles. La floraison s’étale généralement entre juin et octobre (j’en ai vu en fleurs pas plus tard qu’hier). Les fruits forment des capsules à deux coques bivalves, renflées et couvertes de quelques poils raides blanchâtres. Chaque coque ne contient qu’une seule graine que les fourmis se font une joie de transporter à l’instar de celles de la violette odorante, participant ainsi à la dispersion de la plante.
Très fréquente, la mercuriale peuple la plus grande partie de l’Europe, de l’Asie occidentale et de l’Afrique du Nord. On la rencontre le plus souvent dans les jardins, les terrains vagues, à proximité des cultures, en bordures de chemins, jusqu’à une altitude maximale de 1800 m.

Mercuriale annuelle : pied femelle à gauche, pied mâle à droite

La mercuriale en phytothérapie

Cette plante est inféodée à la même obligation que la pariétaire : on en usera strictement qu’à l’état frais, car une fois sèche, elle se caractérise par une inertie dont on ne peut plus rien tirer ou presque. Cela explique qu’elle soit de moins en moins employée depuis l’urbanisation progressive de la population française, alors qu’autrefois la société beaucoup plus rurale n’avait qu’à tendre la main pour cueillir cette plante qui pousse un peu partout dans la campagne.
D’odeur fétide, de saveur amère/salée peu agréable (c’est tout de même une euphorbiacée), la mercuriale est composée de gomme, d’amidon, de chlorophylle, d’une huile volatile, de quelques éléments minéraux dont le soufre et le nitrate de potassium (ce qui rapproche la mercuriale de la pariétaire), d’un principe amer… Particularité : deux molécules à odeur de poisson, méthylamine et triméthylamine, complètent le tableau, auquel il faut ajouter un pigment analogue à l’indigo, l’hermidine. Complétons toutefois ce portrait en mentionnant que les graines de la mercuriale contiennent des saponines hémolytiques, ce qui en rend l’emploi bien délicat. Mais dans la pratique, la mercuriale usitée étant récoltée juste avant floraison, l’on n’est donc pas confronté à ce problème.

Propriétés thérapeutiques

  • Purgative douce, laxative
  • Diurétique, hydragogue
  • Cholagogue
  • Tonique
  • Antilaiteuse
  • Émolliente

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : constipation, constipation de la femme enceinte, constipation opiniâtre
  • Troubles de la sphère vésico-rénale : mal de Bright (insuffisance rénale chronique), goutte, rhumatismes
  • Troubles de la sphère gynécologique : aménorrhée, ménopause, suppression de la sécrétion lactée, favoriser l’expulsion des lochies
  • Hydropisie
  • Fièvre continue ou intermittente
  • Croûte de lait

Modes d’emploi

  • Infusion
  • Décoction, décoction émolliente (en compagnie de mauve, de bouillon-blanc, de violette, etc.), bouillon d’herbe (avec cerfeuil, laitue, bette)
  • Suc frais
  • Mellite de mercuriale (= sirop simple de suc frais et de miel)
  • Sirop de longue vie ou miel de mercuriale (= sirop composé comprenant iris, bourrache, buglosse, gentiane, vin blanc et miel)
  • Teinture-mère
  • Cataplasme de feuilles fraîches ou cuites

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : on cueille la plante entière à l’exception des racines juste avant floraison, soit en mai-juin.
  • Séchage : tout comme la pariétaire, la dessiccation amoindrit les effets de la mercuriale.
  • Toxicité : si la dessiccation et la décoction ôtent à la mercuriale beaucoup de sa virulence, les cas d’intoxication sont réels et affectent autant les animaux (vaches, porcs) qui la consommeraient fraîche que l’être humain. La mercuriale fraîche souvent utilisée dépose dans l’organisme des substances qui s’y accumulent, portant préjudice, à la longue, au tube digestif ainsi qu’à l’appareil urinaire : « On constate de l’indigestion, des douleurs intestinales, des nausées, de la diarrhée suivie quelquefois de constipation avec irritation violente de l’intestin, des mictions fréquentes et douloureuses, de l’hématurie, finalement des lésions de gastro-entérite et de néphrite, en même temps que la faiblesse générale, la précipitation et la violence des battements du cœur, de violents maux de tête et le tremblement des membres. La mort peut même s’ensuivre » (6). A la lecture de ce tableau toxicologique, reconnaissons au moins que l’on peut difficilement soustraire à la mercuriale ses propriétés purgatives, laxatives et diurétiques que, bien sûr, elle réalise à des doses idoines. Ce n’est donc pas le fait d’une lubie que d’accompagner la mercuriale de plantes émollientes telles que la mauve ou le bouillon-blanc. Résumons :
    – Mercuriale fraîche à haute dose : purgative énergique, voire drastique.
    – Mercuriale fraîche à dose correcte : purgative douce.
    – Mercuriale cuite ou sèche : laxative.
    En conclusion, entre l’évacuation normale des intestins et la sensation que l’organisme éjecte hors du corps contenu et contenant (le bébé et l’eau du bain en quelque sorte ^^), il y a une forte marge qu’il nous faut observer par le respect de l’état de la plante au moment de son usage et des doses administrées.
  • Autre espèce : la mercuriale des bois (Mercurialis perennis). Plante vivace à rhizome beaucoup plus virulente que la mercuriale annuelle.
    _______________
    1. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 631.
    2. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 1, pp. 238-239.
    3. Dioscoride, Materia medica, Livre IV, Chapitre 169.
    4. Serenus Sammonicus, Préceptes médicaux, p. 42.
    5. Ibidem, p. 37.
    6. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 631.

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Les fleurs d’une mercuriale mâle que Dioscoride comparait à des grappes de raisins

Les pariétaires (Parietaria officinalis et P. judaica)

Pariétaire de Judée

Synonymes : casse-pierre, perce-muraille, herbe des murailles, épinard des murailles, aumure, herbe au verre, vitriol, panatage, espargoule, herbe de Notre-Dame, herbe des nonnes, herbe de sainte Anne, etc.

La pariétaire, c’est déjà 2000 ans d’une histoire conjointe avec l’homme. En tout premier lieu, Dioscoride la décrit si bien qu’il est impossible d’avoir un doute à ce sujet : « La pariétaire naît sur les murailles, dans les haies et sur les masures. Elle a les feuilles semblables à celles de la mercuriale, mais velues. Les tiges sont rougeâtres autour desquelles il y a certains grains rudes qui volontiers s’attachent aux robes » (1). Le médecin grec note le caractère rafraîchissant des feuilles de la pariétaire, ainsi en conseille-t-il l’usage en emplâtre sur les plaies, les brûlures, le feu saint Antoine, les ulcères rampants, les hémorroïdes et d’autres inflammations telles que celles de la gorge par exemple. En effet, « la pariétaire, herbe très connue, a une vertu astringente et résolutive, avec une certaine humidité froidette » (2) qui lui vaut de jouer le rôle d’anti-inflammatoire. En revanche, Dioscoride ne nous dit rien de l’une des principales propriétés de cette plante (celle d’augmenter la diurèse) et semble se cantonner à un seul usage externe, ce qui s’explique difficilement, vu le nom qu’il donne à cette plante : Helxiné. Ce mot, provenant du grec helkô, signifie « faire sortir », « extraire », en relation avec ses propriétés de faciliter l’accouchement et d’expulser le fœtus. Et là non plus, Dioscoride ne fait aucune référence à un usage de la pariétaire par la parturiente.
Au Moyen-Âge, c’est surtout la médecine arabe qui s’empare de la pariétaire ; on trouve néanmoins une annotation la concernant dans le Grand Albert qui la dit propre à remédier au charbon. En revanche, Platearius la connaissait fort bien : « Quand elle est sèche, elle n’a nulle force, mais verte elle est de grande force car elle délie et est diurétique et apéritive ». Voilà, ça y est, le mot magique a enfin été lâché : diu-ré-ti-que ! C’est tout de même plus intéressant que de savoir que la pariétaire sert de nourritures aux poules et aux colombes comme le rapporte Porta pompant honteusement sur Agrippa.
Au XVI ème siècle, la pariétaire, comme la pâquerette, connaît une nouvelle heure de gloire comme vulnéraire, en particulier sur les plaies récentes selon Matthiole, lequel ajoute que « son suc exprimé et sucré bu à la dose de trois onces provoque les urines supprimées ou difficiles et nettoie les reins comme par miracle », ce qui n’est pas sans rappeler l’histoire du chien rapportée par Boerhaave : il relate qu’un jeune chien avait pour habitude d’avaler de la pariétaire fraîche. Une fois que cela ne lui fut plus possible, il tomba malade et finit par mourir. Son autopsie révéla que sa vessie était emplie de calculs urinaires. J’ignore si c’est là une fable ou non, mais ce récit met en avant une des qualités de la pariétaire face aux lithiases : leur prévention.

Autrefois, l’on distinguait deux formes de pariétaires, l’une petite, l’autre dite grande. Aujourd’hui, l’on a renommé la petite en pariétaire de Judée (Parietaria judaica) afin de la soustraire à l’hégémonie de la grande pariétaire ou pariétaire officinale (Parietaria officinalis). Ces deux plantes possèdent bien des caractéristiques communes : des racines fibreuses et blanchâtres, des tiges cassantes quelquefois rougeâtres, des feuilles alternes plus ou moins lancéolées et faiblement pétiolées, velues et rugueuses au-dessous ce qui leur permet de s’accrocher aux vêtements, des petites fleurs verdâtres à l’aisselle des feuilles fleurissant de juin à octobre, enfin des fruits contenant des graines luisantes assez pareilles à des pépins de raisin. Ajoutons à cela qu’elles vivent à l’ombre, au pied des vieux murs, fichées dans les parois des remparts (3), sur les rochers et les décombres, principalement à basse altitude.
Ces deux plantes vivaces se différencient nettement par leur stature (un mètre de hauteur pour la pariétaire officinale, 40 cm seulement pour la pariétaire de Judée), ainsi que par la longueur de leurs feuilles : 5 cm pour P. judaica et plus du double pour P. officinalis.
A elles deux, elles partagent le territoire national : l’on rencontre la pariétaire de Judée partout en France, sauf dans le Nord, l’Est et le Centre, trois zones géographiques représentant l’aire de répartition de la pariétaire officinale. Il arrive, bien sûr, que l’une ou l’autre fasse des excursions dans le territoire de sa cousine, mais cela reste sporadique, sous forme de poches disséminées çà et là.

Pariétaire officinale

Les pariétaires en phytothérapie

Ces plantes, dont on récolte les parties aériennes dès floraison, sont sans odeur et leur goût est on ne peut plus fade, ce qui ne fait pas d’elles des végétaux inutiles, même si certains leur ont dénié leur place en phytothérapie : « Les propriétés de ces plantes […] sont presque nulles. On leur a même contesté leur propriété émolliente […] Barbier les regarde […] comme ayant une action émolliente peu prononcée, et incapables d’opérer dans l’état de maladie des changements bien importants » (4). La réputation de ces plantes que l’Antiquité leur a octroyée est sans commune mesure avec le dédain affiché par les modernes, mais, comme dit Fournier, « les pariétaires ne sont certainement pas inactives » (5). A l’état frais, ces plantes contiennent du tanin, des flavonoïdes, un épais mucilage, du soufre et surtout « une forte proportion de nitre [nitrate de potassium] qu’elles empruntent, dit-on, aux vieilles murailles sur lesquelles elles vivent » (6).

Propriétés thérapeutiques

  • Résolutives, émollientes, adoucissantes et calmantes cutanées
  • Anti-inflammatoires, rafraîchissantes
  • Dépuratives sanguines
  • Diurétiques puissantes, reconstituantes rénales (globalement elles améliorent le fonctionnement des reins), préventives lithiasiques, anti-lithiasiques (7)

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère vésico-rénale : lithiase rénale, oligurie, dysurie, strangurie, néphrite, néphrite aiguë faisant suite à une maladie infectieuse, colique néphrétique, cystite, pyélite, rhumatismes
  • Adjuvant dans les affections fébriles et inflammatoires (grippe, affections pulmonaires aiguës)
  • Hydropisie, œdème
  • Hémorroïdes, fissures anales
  • Blennorragie
  • Lithiase biliaire
  • Contusion

Modes d’emploi

  • Infusion
  • Décoction
  • Sirop
  • Suc frais
  • Cataplasme de feuilles fraîches

Note : dans les trois premiers cas, on emploiera strictement la plante fraîche.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Les pariétaires exigent des cures courtes n’excédant pas une quinzaine de jours (cf. haute teneur en potassium). On en évitera l’emploi chez l’oxalurique et l’allergique en raison de leur pollen particulièrement allergisant.
  • Afin d’en renforcer et les effets diurétiques et le goût, on peut associer l’une ou l’autre pariétaire aux baies de genévrier.
  • Récolte : dès le début de l’été l’on peut s’emparer des parties aériennes tout juste fleuries de ces plantes. On a remarqué que les plants poussant au pied des murs contenaient davantage de mucilage que ceux incrustés dans les parois d’une vieille muraille, plus riches en nitrate de potassium.
  • Séchage : si besoin est, il doit s’opérer promptement, à l’étuve. Cependant, notez que les pariétaires sèches sont des produits pratiquement inopérants.
  • Alimentation : le surnom d’épinard des murailles nous renseigne sur la qualité comestible des pariétaires, tant crues que cuites. Alors, il sera nécessaire de bien les assaisonner eu égard à leur fadeur.
  • Autrefois les pariétaires étaient utilisées pour nettoyer les vitres, d’où leurs noms de vitriol et d’herbe au verre (on a aussi avancé qu’elles portaient ce dernier nom en raison de la fragilité de leurs tiges qui cassent comme du verre).
  • Les pariétaires jouèrent le rôle de répulsif face à certains insectes. Répandues sur les stocks de blé, elles en écartaient, dit-on, les charançons, en particulier le charançon du riz (Sitophilus oryzae), petite bestiole de 3 mm de long à laquelle j’ai été dernièrement confronté ^^.
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    1. Dioscoride, Materia medica, Livre IV, Chapitre 74.
    2. Ibidem.
    3. Les pariétaires tirent leur nom du latin paries, « paroi » (racine que l’on retrouve dans l’adjectif pariétal). Or, ici à Provins, les vieux remparts ne manquent pas. Je me suis donc rendu ce dernier dimanche aux remparts nord, côté ombre, où une kyrielle de pariétaires de Judée poussent entre les pierres de ces vestiges.
    4. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 679.
    5. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 725.
    6. Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 51.
    7. « Toutes les plantes qui poussent entre les rochers ont la réputation, souvent fondée, de détruire la pierre » (Anne Osmont, Plantes médicinales et magiques, p. 83). Nous l’avions constaté pour la bugrane, cette signature s’applique aussi aux pariétaires.

© Books of Dante – 2017

Pariétaire de Judée