Le saule, l’hôte des bords de rivière

Synonymes : saule argenté, saule commun, osier blanc, aubier, etc.

Comme nous l’indique sa racine celte sa-lis (ou salik) qui signifie « près de l’eau », le saule affectionne particulièrement les abords des lieux tempérés de l’ensemble de l’hémisphère nord, en bordure de rivières et de ruisseaux, sur terrains frais et humides, voire même marécageux. Si l’écorce du tronc est épaisse, rugueuse et crevassée, elle contraste très fortement avec la souplesse de ses rameaux jaune orangé. Dès le mois de mars, ils se couvrent de fleurs, des chatons verdâtres ou jaunâtres qui peuvent être mâles ou femelles sur le même pied. Ce n’est qu’ensuite que viennent les feuilles. Pointues et lancéolées, légèrement dentées, elles présentent une face vert brillant au-dessus et une autre, velue et argentée, au-dessous, d’où le nom de saule argenté que porte parfois cet arbre.

Saule_chaton

La réputation du saule n’est plus à faire. Assyriens et Babyloniens virent déjà dans le saule blanc un moyen de lutter contre les fièvres intermittentes. En compagnie du cyprès, le saule dominera la pharmacopée d’alors.
Mentionné dans l’Iliade, les premiers Grecs à faire état du saule d’un point de vue médical sont Hippocrate (qui conseillera ses feuilles contre les affections rhumatismales et fébriles) et Théophraste. Au tout début de notre ère, il est repéré par Dioscoride pour ses vertus astringentes, cicatrisantes et antalgiques. Parallèlement, le latin Pline lui accordera même la propriété d’être un sédatif génital. Il signale dans son Histoire naturelle que « les feuilles pilées et prises en boisson modèrent les excès amoureux et un usage répété les éteints complètement. »
Au Moyen-Âge, Hildegarde de Bingen indiquera que, selon elle, le saule suscite mélancolie et amertume. Pour l’abbesse, le saule n’a pas bonne presse si l’on en croit ce qu’elle écrit dans Le livre des subtilités des créatures divines : « Le saule est froid ; il est image des vices, parce qu’il semble beau ; il n’est pas très utile pour les hommes, si ce n’est qu’il les accompagne dans certaines choses extérieures (Lesquelles ? La vannerie ?), et il ne vaut rien pour les médicaments, car son fruit et sa sève sont amers et ne valent rien pour l’homme ; si celui-ci en mangeait, il ferait naître en lui de l’amertume et y diminuerait la santé et la joie. » En disant cela, elle semble préparer le terrain au Docteur Bach qui mettra au point, huit siècles plus tard, l’un de ses fameux élixirs, willow, dont il dit ceci dans son principal ouvrage : « Pour ceux qui ont souffert de l’adversité et de l’infortune et ne peuvent s’y résigner sans plainte ni ressentiment, car ils jugent surtout la vie en fonction de sa réussite. Ils ont le sentiment de n’avoir pas mérité une si grande épreuve, trouvent cela injuste et s’aigrissent. Il arrive souvent qu’ils prennent moins d’intérêt et s’occupent moins activement des choses auxquelles ils trouvaient auparavant plaisir » (La guérison par les fleurs, p. 107). Même si elle n’est pas mentionnée explicitement par Bach, l’amertume apparaît néanmoins en filigrane, et ses paroles semblent faire étrangement écho à celle de Hildegarde…
Avec elle, nous avons quelque peu effleuré la Théorie des Signatures. De l’observation du saule dans son biotope, on peut tirer plusieurs conclusions :

A : puisque le saule pousse les pieds dans l’eau de marécages infestés par la malaria, c’est qu’il doit être capable de lutter contre cette maladie.
B : du fait que ses racines baignent dans l’eau, c’est qu’il doit être efficace contre les maladies « aux pieds mouillés ».
C : si l’on considère la souplesse de ses rameaux (qui constituent l’osier), on peut prétendre que l’écorce de ces mêmes rameaux est susceptible de lutter contre les douleurs articulaires et rhumatismales.

En réalité, ces trois signatures se vérifient d’un point de vue thérapeutique :

A’ : le saule est fébrifuge, bien que son action soit moins puissante que celle du quinquina, dont l’écorce de saule partage l’amertume.
B’ : le saule lutte contre rhumes et grippes.
C’ : enfin, il possède des propriétés anti-inflammatoires, antirhumatismales et antalgiques qui viennent à bout de rhumatismes, arthritismes et autres névralgies rhumatismales.

Comme nous le constatons, contrairement à Hildegarde, certains auteurs ont vu dans l’amertume du saule de bons présages. Si l’on date la réputation fébrifuge du saule au XVII ème siècle, il est bon de ne pas oublier que Hippocrate connaissait déjà cette propriété propre au saule. Peut-être est-ce l’ensemble de ces observations empiriques qui permirent l’étude scientifique du saule. Quoi qu’il en soit, au cours du XVIII ème siècle, on ne compte plus les praticiens qui en font l’éloge. Si le siècle des Lumières sonne la reconnaissance des vertus curatives du saule, c’est le XIX ème siècle qui va les mettre scientifiquement en évidence. Tout d’abord, en 1829, Leroux, un pharmacien français, isolera de l’écorce du saule l’un de ses principes actifs, la salicine. A cette même époque, un autre pharmacien, suisse celui-là, obtiendra par distillation de fleurs de reine des prés l’aldéhyde salicylique. On se rendra compte que salicine et aldéhyde salicylique possèdent la même structure de base. Par oxydation de cet aldéhyde, l’Allemand Lönig obtiendra l’acide salicylique dont Guerland procédera à la synthèse dans les années 1850-1860. Ce n’est qu’en toute fin de XIX ème siècle (1897) que Hoffmann, alors chimiste chez Bayer, mènera la fabrication à l’échelle industrielle de l’acide acétylsalicylique, autrement dit l’aspirine. Cette dernière fera oublier le saule pendant un bon moment. Or, le revers de la médaille, c’est que l’aspirine s’oppose à la coagulation normale du sang et peut présenter des risques d’irritation de la muqueuse gastrique, avec hématémèse à la clé à hautes doses (ce que m’a confirmé une amie médecin gastro-entérologue de ma connaissance). Ainsi, on a longtemps indiqué aux femmes durant leurs règles et aux hémophiles d’éviter le saule en usage interne. Seulement, plusieurs études ont montré que, d’une part, le saule n’augmente pas le flux sanguin et que, d’autre part, il n’irrite pas l’estomac, bien au contraire il est préconisé pour corriger l’acidité gastrique et le pyrosis. Cependant, on déconseillera le saule aux personnes allergiques à l’aspirine et à ses dérivés.

Saule_rameaux

En Occident, si l’on a pu dire du saule (pleureur surtout) qu’il avait un rapport étroit avec la mort, c’est à sa morphologie qu’il doit cette particularité. La dimension funeste du saule demeure vivace dans certains régions du monde. En Russie, on dit que « qui plante un saule dans son jardin prépare une bêche pour creuser sa tombe », alors qu’en Angleterre, on s’interdit de faire brûler du saule dans les maisons et d’en fabriquer des badines pour guider le bétail, car cette espèce d’arbre porterait malheur.
Par ailleurs, il incarne une tout autre dimension, comme au Tibet où il joue le rôle d’arbre de vie, comme peuvent le rappeler les saules plantés devant le sanctuaire de Lhassa. En Chine, sa résistance et sa souplesse ont fait de lui un protecteur, puisqu’un rameau de saule chasserait les mauvais esprits.
Symbole de vitalité, le saule exprime merveilleusement cela à travers son aptitude à « repartir ». En effet, des rameaux de saule coupés et fichés en terre, par macrobouturage, s’enracinent et reverdissent sans peine. John Fire Lame Deer, un chaman lakota, indique dans son ouvrage De mémoire indienne que certaines huttes de sudations fabriquées avec des rameaux de saule puis abandonnées se couvraient par la suite d’un feuillage luxuriant. De même, lorsqu’un saule est décapité par la foudre, de sa base pousse tout un faisceau de jeunes rameaux.

Maléfique ici, bénéfique là, les exemples ne manquent pas :

Certains saules habités par des fées ont, dit-on, le pouvoir de déterrer leurs racines la nuit et de suivre les malheureux voyageurs égarés qu’ils effraient de leurs sourds murmures (à propos de murmures, il est bien connu qu’il ne faut jamais confier de secret à un saule, celui-ci s’empresserait de le répéter à la moindre brise entre ses feuilles…).
En Asie, le saule aura, au contraire, joué un rôle tout autre. Par exemple, Lao-tseu méditait auprès d’un saule alors que Hi-K’ang forgeait sous le même arbre. De même, chez certaines tribus indiennes des grandes plaines, le saule était un arbre sacré, symbole de renouveau : «  Le rameau que l’Oiseau apporta était une branche de saule, et elle était en feuilles. »
Ni bon, ni mauvais dans l’absolu, le saule est, sans doute, à l’instar de toutes les autres créatures, les deux à la fois. Il est tout autant la rondeur et la souplesse du panier qui porte les fruits de la terre que le fouet cinglant qui écorche…

Saules

Le saule blanc en phytothérapie

1. Parties employées et principes actifs

Du saule, on utilise l’écorce et les feuilles, ainsi que les chatons qui, selon s’ils sont mâles ou femelles, ne possèdent pas les mêmes propriétés. Les chatons mâles contiennent une hormone proche de la testostérone, les femelles un principe œstrogène. Voilà pourquoi on les préconise dans les cas d’ardeurs sexuelles. Dans l’écorce, on trouve des tannins, des flavonoïdes ainsi que de la salicine. A propos de cette dernière, on a remarqué que son action fébrifuge était moins efficace que celle de l’écorce brute. On se rend compte, une fois de plus, que le tout est supérieur en efficacité par rapport à l’un des éléments issus de ce tout. Il en va de même pour le menthol, l’eucalyptol, le thymol, etc. Toutes ces molécules agissent mieux en synergie avec celles qui naturellement les accompagnent, plutôt que seules.

2. Propriétés thérapeutiques

  • Fébrifuge
  • Antirhumatismal, analgésique, antalgique, antinévralgique, anti-inflammatoire
  • Sédatif génital
  • Tonique
  • Cicatrisant, astringent

3. Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère digestive : atonie des voies digestives, dyspepsie, gastralgie nerveuse, diarrhée chronique, manque d’appétit, aigreur d’estomac, hyperacidité gastrique, pyrosis. Le saule permet de favoriser la digestion et de fortifier l’appareil digestif.
  • Troubles articulaires et rhumatismaux : rhumatismes aigus, rhumatismes chroniques, arthrose
  • Troubles de la sphère génitale : douleurs menstruelles, leucorrhée, nymphomanie, priapisme, spermathorrée
  • Rhume, fièvre, maux de tête, grippe
  • Lithiase biliaire
  • Plaies, cors
  • Sciatique
  • Insomnie d’origine nerveuse, angoisse, anxiété

4. Modes d’emploi

  • L’écorce se prépare en décoction, en vin et en teinture-mère. Il est possible de la réduire en poudre afin de l’incorporer à une cuillerée de miel.
  • Les feuilles et les chatons, quant à eux, préfèrent l’infusion.

5. Contre-indications

En plus de celles mentionnées un peu plus haut, il est bon de savoir que la poudre d’écorce présente des effets constipants à la longue.

© Books of Dante – 2014

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2 réflexions sur “Le saule, l’hôte des bords de rivière

  1. Avec les branches, qu’il faut d’abords peler, on peut parfaitement faire des arceaux pour serre de jardins par exemple ( comme pour les huttes de sudation en fait).
    Une fois pelées ( c’est facile) elles sont toutes souples.

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