L’Oiseau-Tonnerre : un animal-totem sacré pour les Amérindiens

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Bien plus difficile à appréhender que le Bison Blanc, celui que l’on désigne sous le nom d’Oiseau-Tonnerre est reconnu par de nombreuses tribus amérindiennes. Celui que les Sioux nomment Wakinyan trouve son origine à travers l’Oiseau-Tonnerre originel, le Wakinyan Tanka (autrement dit, le Grand Oiseau-Tonnerre) de l’œuf duquel de petits wakinyans seraient issus. Il réside à l’Ouest, là où le soleil se couche. Il est censé protéger « la Terre et la végétation contre la sécheresse et la mort » en apportant les pluies. Il semble être l’émanation de Wakan Tanka, le Grand Esprit, ainsi que son messager.

Enveloppé d’un écrin de nuages, ses yeux produisent les éclairs et le claquement de ses ailes le tonnerre. En bien des façons, il apparaît comme un justicier apportant la lumière ainsi que comme un maître du chaos, ce désordre nécessaire.
C’est un être difficile à approcher, comme s’il ne permettait pas à quiconque de le considérer dans son intégrité. C’est la raison pour laquelle les visions et les rêves dans lesquels il apparaît ne sont toujours que partiels parce que « celui qui verrait un Oiseau-Tonnerre tout entier […] n’y survivrait sans doute pas ». Écoutons maintenant ce qu’en dit Archie Fire : « Les Oiseaux-Tonnerre sont différents des autres êtres surnaturels. Ils n’ont pas de corps, mais des serres puissantes. Ils n’ont pas d’yeux, mais un de ces yeux manquants darde des éclairs. Ils n’ont pas de tête, mais un énorme bec. Ils n’ont pas de bouche, mais de cette bouche absente sort la voix du grand Wakinyan […] C’est un concept difficile à saisir, même pour un Indien ».
Portrait composite et paradoxal qui rend bien compte, à l’évidence, du caractère farouche de l’Oiseau-Tonnerre dont la fugacité n’a d’égale que sa capacité à ne jamais se révéler dans son entier.

Au passage, soulignons que l’Oiseau-Tonnerre n’a rien d’un trickster contrairement à l’heyoka – le contraire – auquel l’Oiseau-Tonnerre est communément associé chez les Sioux, bien qu’il n’en soit en aucun cas l’apanage.

ThunderBird

Article connexe : la légende de l’Oiseau-Tonnerre (in catégorie Chamanisme).

© Books of Dante – 2013

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Indices cultuels et chamaniques dans Yakari

Peut-être connaissez-vous la bande dessinée Yakari le petit Indien ? Il se trouve qu’il s’y cache diverses allusions et références culturelles et cultuelles propres aux Indiens des grandes plaines ainsi que des clins d’œil que ceux qui s’intéressent au chamanisme pourraient éventuellement percevoir.

Aujourd’hui, je vous propose, de manière ludique, d’aborder ces différentes notions grâce à mon ami Yakari :)

ImageLe contact avec un guide spirituel qui surgit quand on ne l’attend pas toujours. A noter qu’on pense souvent qu’il s’agit d’un aigle, en réalité c’est ce que l’on appelle un pygargue à tête blanche.

ImageUn autre contact avec le même guide. Et ses paroles mystérieuses sinon nébuleuses. Comme l’a écrit Joseph Epes Brown dans Les rites secrets des Indiens sioux, ce genre de message « exprime fort bien un état d’esprit qui est caractéristique des Indiens ; il implique que dans chaque acte, dans chaque chose, et à tout moment, le Grand Esprit est présent et qu’on doit être continuellement et intensément attentif » à ce que l’on appelle les signes.

ImageLa vision nocturne. Chez les Sioux, la quête de vision fait partie des sept rituels sacrés. L’on peut penser à un rêve, mais il ne s’agit plus d’onirisme dès lors que cela apporte des solutions à un problème, par exemple. Il est donc important de faire le distinguo entre rêve et vision.

ImageLa rencontre avec un totem. Par totem, il faut entendre un esprit animal qui accompagne quelqu’un durant son existence et qui intervient auprès de lui en fonction de sa « médecine ». Il n’est en aucun cas assujetti à l’être humain qu’il accompagne, de la même façon que l’être humain n’est nullement inféodé à un totem. Ils cohabitent en symbiose.

ImageScène de danse en l’honneur du bison qui est wakan – sacré – pour les Indiens des grandes plaines. Le chaman que nous voyons dans la vignette fait, plus haut dans la bande dessinée, référence à Wacondah. Ce terme est un peu inexact car il est utilisé non pas par les Sioux mais par les Apaches. Chez les Sioux, on parle de Wakan Tanka dont la traduction signifie à peu près Grand Mystère. Invoquer la bienveillance de Wakan Tanka est sensée rendre la chasse bénéfique.

ImageLe bison blanc qui n’est pas qu’une légende. Les bisons albinos sont considérés comme sacrés par les Indiens des plaines, les Sioux en particulier dont l’ensemble des rites leurs a été révélé par celle que l’on nomme Pte San Win, la femme bison blanc.

Le bison blanc possède peu ou prou la même symbolique que le cerf blanc chez les Celtes. C’est un totem éminemment puissant.

ImageUn heyoka ou contraire. « Celui qui sait », le chaman, nous explique très bien ci-dessous ce qu’est un contraire et quel est son rôle :

ImageA peu de chose près, un heyoka joue le même rôle que le fou du roi, symbolique que l’on retrouve à travers un des arcanes majeurs, le Mat.

A la page suivante, le chaman nous dit ceci : « Apprenez que le heyoka rit d’abord de lui-même, car celui qui ne sait pas se moquer de lui-même manque d’humilité. Quand il rit des autres, c’est pour leur rappeler de ne pas trop se prendre au sérieux ». Et comme l’indique Archie Fire Lame Deer dans Mémoires d’un homme-médecine sioux, « il vaut mieux rire avec les esprits que leur permettre de rire de vous et de votre grise mine ».

On désigne aussi l’heyoka sous le nom de « rêveur de tonnerre », ce qui fait directement référence à l’un de ses totems, le fameux Wakinyan, l’Oiseau-Tonnerre.

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