Huile essentielle de vétiver

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Bien qu’on cultive un vétiver « expatrié » dans diverses régions du monde aujourd’hui (USA, Brésil, Réunion, Madagascar, Kenya…), cette plante est originaire du sud-est asiatique (Inde, Sri Lanka, Birmanie, Pakistan, Thaïlande, Cambodge, Indonésie…).
Ses probables origines indiennes (le mot « vétiver » provient de la langue tamoul) expliquent pourquoi on trouve dans un certain nombre de textes sanskrits des références au vétiver, tant pour ses qualités odorantes et culinaires, qu’à travers un ensemble de préparations médicinales, l’Ayurvéda en faisant grand usage. Aujourd’hui encore, le vétiver est très estimé en Inde ; sur les marchés, on pourra le découvrir sur l’étal du gandhika (qui est aussi un prénom féminin signifiant « parfumé »), le marchand d’épices, entre une multitude de bâtonnets d’encens et des copeaux de bois de santal. Associé à de la gomme arabique, on en fait des boulettes qu’on brûle sur des charbons ardents.
Ses propriétés insectifuges sont également mises à l’honneur. Ses racines, une fois tressées, entrent dans la confection de tapis et de stores. Lorsque l’air est relativement humide, cela permet à ces paravents de décharger dans l’atmosphère des habitations des effluves parfumés qui mettent en fuite les insectes, moustiques entre autres (cela en fait donc un diffuseur d’huile essentielle tout ce qu’il y a de plus naturel). D’ailleurs, le terme javanais qui désigne le vétiver – akar wangi – fait directement référence aux pouvoirs odoriférants de la racine fibreuse du vétiver, puisque ce terme signifie « racine parfumée ».
Les racines du vétiver sont si longues et si résistantes, que la plante répond parfois au sobriquet de « chiendent des Indes » (qui a déjà tenté d’arracher de notre chiendent qui prolifère partout saura ce que je veux dire ^^). Elles s’enracinent si profondément que la plante est parfois utilisée pour lutter contre l’érosion des sols. Cela en dit long sur la capacité du vétiver à résister contre vents et marées, ce qui, du reste, rend sa récolte ardue et fort fastidieuse, un exercice exigeant de retourner des quantités conséquentes de terre afin d’en extraire les racines qui s’enfoncent parfois à près de trois mètres sous la surface. Ces racines servent, comme chaume, à la fabrication des toitures, comme aliment pour le bétail. Par ailleurs, la plante présente des capacités dépolluantes (comme le ginkgo, par exemple).

De la famille des Poacées (blé, chiendent, riz, herbe de la pampa…), le vétiver possède l’allure typique des citronnelles : une grosse touffe de feuilles lancéolées partant du sol et grimpant jusqu’à 2,50 m de hauteur, et, sous la terre, une longue barbe de racines plus ou moins blanchâtres.

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L’huile essentielle de vétiver en aromathérapie

Contrairement aux citronnelles, lemongrass et autre palmarosa, la partie végétale du vétiver qui intéresse le distillateur se situe sous la terre. Les racines sèches sont distillées par vapeur d’eau à haute pression. Ces racines, fines et denses, devront préalablement avoir passé environ un an sous terre avant d’être récoltées. Ce sont surtout celles de plans vieux de deux à trois ans qui sont arrachées. La distillation permet d’obtenir une huile essentielle « lourde » (densité : 0,99 à 1,02) ; le rendement, moyen, s’étalonne entre 1 et 2 %. L’analyse moléculaire révèle que cette huile essentielle est riche de molécules dites « rares » : sesquiterpènes et sesquiterpénols se partagent le gros des troupes (respectivement 20 et 35 %). On trouve aussi des cétones sesquiterpéniques et des acides, à hauteur de 12-13 % pour chacune de ces familles (ces proportions peuvent varier en fonction de la provenance de l’huile essentielle : Haïti, Madagascar, Réunion…). Cette huile essentielle de couleur brune à verdâtre est relativement épaisse et visqueuse. Pour en faciliter l’emploi, il est préférable de l’acheter dans un conditionnement muni d’une pipette et non d’un codigoutte qui aura rapidement tendance à s’encrasser. Ceci dit, dans ce cas précis, la lenteur du codigoutte permet d’apprendre la patience, d’autant que le vétiver est une huile essentielle « zen », faut pas trop la presser ^^, ce qui laisse tout le temps d’apprécier son odeur persistante, bien connue dans le monde des parfumeurs, que l’on peut qualifier de terreuse, boisée, fruitée, douce, chaude sans excès.

Propriétés thérapeutiques

  • Tonique circulatoire artérielle et veineuse, décongestionnante veineuse, lymphotonique, vasodilatatrice majeure
  • Antalgique, anti-inflammatoire
  • Calmante et apaisante cutanée, régénératrice cutanée, cicatrisante, raffermissante, anti-inflammatoire cutanée, régulatrice des excès de sébum
  • Immunostimulante
  • Stimulante endocrinienne (hypophyse, pancréas)
  • Emménagogue
  • Apaisante des muqueuses digestives
  • Insectifuge, antiparasitaire

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère circulatoire : insuffisance coronarienne, coronarite, vascularite, congestion lymphatique, varice, phlébite, hémorroïdes, rétention d’eau, œdème des membres inférieurs, couperose
  • Troubles hépatopancréatiques : insuffisance hépatique, insuffisance pancréatique, adjuvant dans le diabète par son effet stimulant sur le pancréas secrétant l’insuline
  • Douleurs locomotrices : douleurs articulaires, arthrite, névralgie, sciatique
  • Asthénie physique et psychique, épuisement, déficience immunitaire
  • Troubles cutanés : peaux sèches, réactives et sensibles, eczéma, urticaire, acné, piqûre d’insecte, transpiration excessive, séborrhée
  • Aménorrhée, oligoménorrhée
  • Stress, angoisse, dépression
  • Mites, gale, teigne, oxyures

Propriétés psycho-émotionnelles et énergétiques

D’aucuns affirment que le puissant système racinaire du vétiver autorise de fait à associer son huile essentielle au chakra de la racine et que, donc, elle « ancrerait et enracinerait ». C’est une explication insatisfaisante, peu convaincante et beaucoup trop restrictive. Pourquoi ?

=> Parce que le vétiver, c’est un feu modéré, mais un feu quand même (cf. acides, sesquiterpénols).
=> Parce que le vétiver, c’est de l’eau (cf. sesquiterpènes).
=> Parce que le vétiver, c’est de la terre, mais en très faible proportion (cf. cétones).

Si l’on considère que l’élément associé au chakra de la racine est la Terre, force est de constater qu’il est sous-représenté chez le vétiver. S’il est un chakra qui concerne particulièrement l’huile essentielle de vétiver, c’est Vishuddha ou chakra de la gorge, gérant la tranquillité d’esprit, la capacité de se détacher des pensées (on est très loin de s’enraciner…), tout cela permettant une disponibilité d’écouter autre que soi-même, et cela, dans l’apaisement et la relaxation. Ceux qui rabâchent, qui s’impatientent, qui coupent la parole, etc., ou, au contraire, qui sont muets et incapables de se faire entendre, devraient essayez l’huile essentielle de vétiver en liaison avec le chakra de la gorge, centre de la création abstraite, lui-même en relation avec le chakra sacré, siège de la création concrète.

Modes d’emploi

  • Voie orale diluée
  • Voie cutanée diluée ou pure si vous la supportez bien
  • Olfaction
  • Diffusion atmosphérique

Précautions d’emploi

  • Huile essentielle réservée à l’adulte. En éviter l’emploi chez la femme enceinte ou allaitant, ainsi que chez l’enfant de moins de six ans.

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La morelle douce-amère (Solanum dulcamara)

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Synonymes : douce-mère, herbe à la fièvre, vigne de Judas, vigne de Judée, morelle grimpante, crève-chien, etc.

L’Antiquité ne semble pas avoir retenue cette morelle, à moins qu’il ne faille en deviner la présence derrière des appellations trompeuses, chose qui, une fois de plus, rend difficile son identification exacte. Il y a eu diverses tentatives d’identification de la douce-amère dans la littérature antique. On a cru la reconnaître dans le strychnos hypnotikos de Dioscoride, ainsi que dans le smilax des jardins et le smilax lisse du même médecin. Cependant, il est peu probable que ces noms fassent référence à la douce-amère, si l’on en croit les descriptions de Dioscoride qui ne correspondant en rien au portrait de la douce-amère. C’est sans doute Matthiole, grand spécialiste de Dioscoride, qui est celui ayant été capable de discerner la morelle douce-amère sous le masque de celle que Dioscoride appelait ampelos agria, la « vigne sauvage », qu’il disait laxative et antihydropique. Or, il a été reconnu, par la suite, que la morelle douce-amère possédait bel et bien ces deux propriétés. Dioscoride note également que, de son temps, les baies constituaient une matière cosmétique de choix, ce que Matthiole ne manque pas de confirmer : il « rapporte que les femmes de Toscane usent […] de la douce-amère comme cosmétique et qu’elle s’emploie également en décoctions vineuses contre l’hydropisie et la constipation » (1), ce qui semble être une bonne piste. Au temps de Matthiole (XVI ème siècle), on distingue enfin, contrairement au Moyen-Âge, la douce-amère de la morelle noire, comme en atteste la dulcis amara de Jérôme Bock (1546). C’est chez cet auteur qu’on la rencontre pour la première fois sous ce nom, puis chez Dodoens sous sa forme actuelle, dulcamara, qui se décompose en dulcis (« doux ») et amara (« amère »). Ce mot « fait allusion aux deux goûts successifs de la plante sous l’action du ferment salivaire qui dédouble les glucosides » (2). Ce qui n’est pas tout à fait exact, puisque lorsqu’on mâche la tige de la douce-amère, c’est, en premier, l’amertume que l’on perçoit, laquelle laisse place à une saveur douce et sucrée qui pourrait faire oublier la toxicité non négligeable de cette plante…
Dès la Renaissance, on constate une sorte d’engouement pour cette morelle, et nombreux seront ceux qui l’appelleront désormais par son nouveau nom de dulcamara. Cette unanimité sera pourtant de courte durée puisque, tout comme cela s’est produit pour la morelle noire, les siècles suivants verront des avis contradictoires émerger au sujet de la douce-amère : pour certains, elle est tout à fait dénuée d’effets, pour d’autres, c’est tout le contraire. Aussi, dur-dur de s’y retrouver dans cette cacophonie d’experts.
En 1780, Carrère met largement en avant les vertus dépuratives de la douce-amère, suivi en 1820 par Desfosses qui découvre dans la plante ce qu’il croit être de la solanine, mais qui n’en est pas, comme le prouvera Masson près d’un siècle plus tard (1912). Il s’agit non pas de solanine mais de solacéine, un glucoalcaloïde propre à cette morelle.

La douce-amère est un sous-arbrisseau vivace, plus rampant que grimpant, et dont les tiges peuvent atteindre et parfois dépasser deux mètres. Tout comme la salsepareille, elle porte des feuilles aux formes diverses, mais elle est particulièrement reconnaissable en deux points. Le premier, ce sont ses fleurs violettes à grosses anthères jaune vif, disposées en inflorescences lâches (juin-septembre). D’un diamètre de un à deux centimètres, elles présentent des pétales étalés qui se recourbent vers l’arrière, comme celles de la morelle noire. Le second, ce sont des baies, tout d’abord vertes, puis jaunes, enfin rouge écarlate à maturité.
La douce-amère est assez fréquente dans la nature. On la trouve sur sol fertile, dans les bois humides, les haies, les longs des cours d’eau, en bordure de chemin, au pied des vieux murs et, parfois, il lui arrive de pousser sur d’autres végétaux, comme les saules têtards, par exemple (ça, c’est quand elle se prend pour une orchidée ^^).
Endémique à l’Europe, à l’Asie tempérée et au nord de l’Afrique, jusqu’à 1500 m d’altitude.

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La morelle douce-amère en phytothérapie

A l’instar de la morelle noire, la douce-amère est quelque peu passée de mode, même s’il est vrai qu’au contraire d’autres plantes impérissables dans le domaine de la phytothérapie, la douce-amère n’ait jamais vraiment déplacé les montagnes.
Les baies rouge vif de cette morelle sont-elles la matière médicale qui nous intéresse chez cette plante ? Gorgées de fructose, riches d’une huile végétale proche de celle que produit le ricin, ces baies contiennent aussi de l’acide citrique et de l’acide acétique, ainsi qu’un pigment qui leur donne cette jolie couleur rouge, identique à celui de la tomate, la lycopine. De fait, l’on pourrait en juger que ces baies sont sans véritable danger, si ce n’était la présence d’un glucoalcaloïde – la solacéine – très semblable à la solanine de la morelle noire, substance que l’on rencontre également dans une autre partie de la plante : ses tiges. Celles-ci sont récoltées à l’âge d’un an, en fin d’automne, tronçonnées en morceaux de cinq centimètres, fendus dans le sens de la longueur, avant d’être employés tel quel ou bien mis au séchage (délai de garde maximum : un an).

Propriétés thérapeutiques

  • Laxative
  • Diurétique
  • Stimulante
  • Sudorifique
  • Expectorante
  • Dépurative
  • Résolutive
  • Antirhumatismale, antigoutteuse

Ces propriétés peuvent paraître nombreuses concernant une plante peu plébiscitée aujourd’hui. Nombreuses mais légères. On retiendra surtout la propriété dépurative de cette morelle qui s’exprime davantage par le biais d’un usage interne, contrairement à la morelle noire qui vise les mêmes affections mais par voie externe.

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère respiratoire : asthme, coqueluche, pneumonie, bronchite chronique, catarrhe chronique, toux spasmodique
  • Troubles cutanés : acné, eczéma sec et suintant, herpès, psoriasis, dartre, prurigo, ulcère, ichtyose
  • Rhumatismes, goutte, douleurs ostéocopes

Modes d’emploi

  • Infusion
  • Décoction
  • Sirop
  • Vin diurétique

Précautions d’emploi

  • Bien que, au contraire de la morelle noire, la douce-amère ne contienne aucun alcaloïde mydriatique de type solanine, il n’en reste pas moins qu’on observe de l’une à l’autre peu de différences en terme de toxicité.
  • Une utilisation massive de douce-amère provoque les inconvénients suivant : nausée, vomissement, diarrhée, crampes, étourdissement, vertiges, anxiété, agitation, mouvements convulsifs des mains, des lèvres et des paupières, paralysie de la langue, affaiblissement du pouls, dyspnée, mort.
  • En dehors des cas provoqués par surdosage, on prendra soin de ne pas administrer la morelle douce-amère chez l’enfant, la femme enceinte et les personnes sujettes aux irritations des voies digestives et urinaires.

  1. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 899
  2. Ibid.

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La morelle noire (Solanum nigrum)

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La morelle tire son nom du latin populaire morellus évoquant la couleur brune, mais cette origine proviendrait aussi du bas latin maurella, « brun comme un Maure », ce que souligne l’adjectif niger, c’est-à-dire « noir », tout cela étant très probablement lié à la couleur des baies de la morelle une fois qu’elles sont mûres. Ses nombreux noms vernaculaires en disent davantage à son sujet : herbe à gale, raisin de loup, tomate du diable, crève-chien, tue-chien, herbe aux magiciens…, soit un ensemble d’appellations qui ne sont pas sans rappeler une certaine belladone dont la morelle est une cousine. Malgré cette proximité et cette similitude, nous aurons l’occasion de montrer que la morelle est bien moins virulente que sa grande sœur, que l’on appelle parfois morelle furieuse ! Dans la grande famille des Solanacées, la morelle se classe au rang des « intermédiaires », n’ayant aucune commune mesure avec les solanacées héroïques (1) telles que jusquiame, datura, mandragore et belladone. Si l’on peut comparer la morelle à une autre solanacée dont le niveau de toxicité est équivalent, ce serait la pomme de terre, par exemple.

Chez les Anciens, la morelle tient aussi bien lieu de plante médicinale que de légume cultivé. En effet, les jeunes pousses de morelle, une fois cuites à la vapeur, sont comestibles. Elles furent prisées par les paysans grecs durant la Deuxième Guerre Mondiale, qui leur a imposé des restrictions alimentaires (de même qu’ailleurs on jetait son dévolu sur le topinambour quand la pomme de terre venait à manquer).
Théophraste parle d’une morelle qu’il appelle strychnos, laquelle serait comestible selon le botaniste. Les descriptions de Dioscoride évoquent très largement la morelle noire, alors que celle que Pline désigne sous le nom de strichnus, peu détaillée, ne nous permet pas d’en savoir davantage à son sujet.
La période médiévale est un peu plus prolixe en ce qui concerne la morelle noire. La maurella de Macer Floridus, qu’il dit d’une nature très froide, s’employait en cataplasme contre les douleurs de tête, les dartres rongeantes, le feu sacré, les égilops (ulcères de la paupière). En instillant du suc de morelle dans les oreilles, on en faisait cesser les douleurs (otites). En friction, elle stoppait tant les démangeaisons cutanées que l’hyperménorrhée. En revanche, pour Hildegarde de Bingen, la morelle noire qu’elle appelle nachtschade, est chaude et sèche, mais, tout comme Macer Floridus, l’abbesse souligne les propriétés sédatives et antalgiques de la plante : en effet, Hildegarde appliquait des cataplasmes de morelle sur les douleurs cardiaques et pectorales, sur les pieds et jambes douloureux, les articulations et les enflures, ainsi que sur les dents en cas de douleur dentaire. Cette réputation narcotique et calmante sera largement relayée au Moyen-Âge. Au XIII ème siècle, l’évêque italien Théodore Borgognoni, qui était aussi un chirurgien réputé, employait la morelle noire comme anesthésiant avant d’opérer ses patients. On l’employait encore dans les otites, les phlegmons du sein, on en fit même un topique contre les crises hépatiques et la goutte.
Au tout début de la Renaissance, Matthiole soulignera que la morelle est une plante prompte à « rafraîchir, dessécher et modérer ». En cela, elle entrait comme matière médicale dans une foule d’affections parmi lesquelles les cardialgies, les douleurs néphrétiques, la strangurie, la rétention d’urine, les coups de soleil, les ulcères, toutes affections douloureuses comme on peut le constater.

La morelle noire est une plante au port buissonnant, non sarmenteuse, contrairement à la morelle douce-amère. Ses tiges grisâtres, poilues ou glabres, portent des feuilles pétiolées vert foncé, vaguement ovales et pointues, irrégulièrement dentées. Les tiges, parfois couchées, permettent à la plante d’atteindre une hauteur de 60 cm quand elles sont dressées.
La floraison qui se déroule entre juin et septembre/octobre voit cette plante se couvrir de petites fleurs blanches de 15 mm de diamètre aux proéminentes anthères jaune d’or. Cinq pétales en étoile se recourbent vers l’arrière avec le temps. Les baies, tout d’abord vertes, deviennent d’un beau noir mat à pleine maturité : de petites billes d’un centimètre de diamètre. Chez les sous-espèces du sud de la France, les baies sont de couleur jaune ou orange. Comme ses cousines belladone, datura et jusquiame, la morelle noire dégage une odeur fétide.
Elle est commune en plaine, ainsi qu’en moyenne montagne, mais jamais à plus de 1 700 m d’altitude. Localisée en Europe et en Asie, elle peuple les friches, les terrains vagues et les décombres. Mais, parfois, on la voit s’aventurer dans les champs et les jardins, à tel point qu’elle en devient un adventice gênant pour les cultures.

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La morelle noire en phytothérapie

Bien qu’il ne soit plus tellement courant d’utiliser cette plante dans le cadre de phytothérapie « maison », indiquons tout de même que l’on emploie la plante fraîche au summum de sa maturité, à l’exclusion des racines (la plante sèche est pratiquement inactive). En terme de principes actifs, nous retiendrons surtout la présence d’un alcaloïde dont nous avons déjà parlé lorsque nous avons récemment abordé la pomme de terre : la solanine. Cette substance amère possède des propriétés semblables aux alcaloïdes présents dans la belladone et la jusquiame, mais en beaucoup plus faibles, ce qui, pour autant, n’est pas une autorisation à employer la morelle noire à tort et à travers, ne serait-ce que par la difficulté à estimer justement sa toxicité, une tâche rendue extrêmement ardue pour diverses raisons et qui donnent la curieuse sensation que la morelle est une coquine qui se joue de nous.
Tout d’abord, l’on peut mettre en avant la maturité de la plante. Il nous est conseillé d’employer cette plante au maximum de sa maturité. Or cette dernière est difficilement évaluable et ne donne pas d’indices précis sur la toxicité réelle de telle ou telle partie d’une plante qui se permet le tour de force d’être annuelle, bisannuelle ou vivace quand les conditions le lui permettent. Par exemple, la concentration de solanine diffère selon l’âge de la plante, d’après ce qu’indique Bernard Bertrand. Mais, à première vue, comment savoir si un spécimen a un ou deux ans ? Paul-Victor Fournier mentionne, lui, que la plante, lorsqu’elle est jeune et donc petite, contient peu de solanine, et que son taux augmente dans la plante au fur et à mesure qu’elle avance en maturité et que le fruit mûr représenterait l’apex de la toxicité de la morelle noire, ce que contredit Bernard Bertrand, affirmant que les baies mûres et noires de la morelle ne contiennent pratiquement plus d’alcaloïdes ! Selon cet auteur, les baies de morelle se comporteraient à la manière de celles de la tomate, c’est-à-dire qu’à l’état vert baies de morelle et baies de tomate sont incomestibles car trop chargées en solanine, laquelle disparaîtrait presque à totale maturité de ces deux fruits (pour information, une tomate bien mûre contient, en moyenne, seulement 0,0006 % de solanine, alors que ce taux est sept-cents fois supérieur chez la tomate encore verte). Le problème, avec la morelle, c’est que son fruit est noir bien avant maturité. Ce n’est donc pas la couleur qui indique la maturité de la plante. C’est peut-être cela qui explique que la consommation de ces baies est tantôt inoffensive tantôt problématique. Les faits sont clairs : il a été constaté l’empoisonnement d’enfants mettant en cause ces baies, mais également d’animaux (chiens, oiseaux, moutons, écureuils…), avec, pour certains d’entre eux, le décès à la clé. Par ailleurs, des auteurs ont expérimenté sur eux-mêmes la toxicité de la morelle en absorbant infusion de plante sèche, suc frais, baies, sans dommage pour eux. Fournier relate même que « pendant la Deuxième Guerre Mondiale, on a vu des prisonniers russes en absorber des litres » (2). Alors ? Peut-on conclure que seul l’état d’avancement de la maturité des baies de morelle noire est préjudiciable, ou bien d’autres facteurs entrent-ils en ligne de compte. En réalité, il en va aussi de la quantité absorbée, du biotope qu’occupe la plante, mais aussi de la résistance et de l’âge du sujet, etc.

Propriétés thérapeutiques

  • Sédative
  • Analgésique
  • Narcotique
  • Antispasmodique
  • Diurétique
  • Résolutive

Note : la solanine est caractérisée par une action sédative lente (quatre à six heures), même à hautes doses, mais elle est plus persévérante que la morphine (cf. Fournier, p. 898).

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : spasmes gastriques, entéralgie, hyperchlorhydrie, crise gastralgique, ulcère gastrique, dyspepsie, typhlite, autres gastropathies douloureuses
  • Douleurs rhumatismales, arthrite, sciatique, névrite
  • Spasmes de la vésicule biliaire
  • Coqueluche
  • Affections cutanées : abcès, ulcère, contusion, hématome, brûlure, dartre, panaris, phlegmon, furoncle, chancre, gerçure des seins, fissure des mamelons, prurit (hémorroïdaire, anal, vulvaire), eczéma suintant, parakératose psoriasiforme
  • Troubles de la sphère urinaire : cystite, urétrite, rétention d’urine
  • Troubles de la sphère gynécologique : métrite, salpingite, leucorrhée
  • Troubles de la sphère génitale chez l’homme : orchite

Modes d’emploi

  • Suc frais
  • Alcoolature
  • Décoction de feuilles pour lavage, bain, compresse
  • Cataplasme de feuilles fraîches

Précautions d’emploi

La toxicité de la morelle noire s’exprime surtout en cas de surdosage : douleurs gastro-intestinales, nausée, vomissement, diarrhée, vertige, sifflement d’oreilles, maux de tête, délire, congestion du visage, assoupissement. Au-delà, des phénomènes assez similaires à ceux que produit l’intoxication à la belladone apparaissent (mydriase pupillaire, hallucinations…). Dans le pire des cas, le décès peut survenir.


  1. Toutes les plantes héroïques ne sont pas des Solanacées, puisqu’on trouve dans ce groupe de plantes le pavot et l’aconit. Soulignons au passage que le mot même de « solanacée » provient du latin solamen/solaris qui signifie consoler, réconforter, soulager.
  2. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 897

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La pomme de terre (Solanum tuberosum)

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Patate, la bien nommée ! On pourrait penser à un terme argotique bien de « chez nous », alors que pas du tout. Il provient du mot caraïbe batata, c’est-à-dire initialement la patate douce. Il se transformera en patata (espagnol), potato (anglais), tartufo (italien), duquel dernier le français s’inspira en nommant la pomme de terre de manière originale, cartoufle, qu’on devine dans l’appellation allemande kartoffel.

Si l’on connaît avant tout la pomme de terre comme légume dans l’alimentation, elle n’en possède pas moins de multiples vertus médicinales occultées par la prégnance alimentaire qu’on lui fait porter. Et pour cause : elle est à la base de l’alimentation de millions de personnes dans le monde et se hisse à la quatrième place des plantes alimentaires les plus consommées, derrière le blé, le riz et le maïs. Pourtant, avant d’en arriver là, tout n’a pas été sans mal.
Originaire de Chiloé, un archipel au sud du Chili, la patate s’est implantée dans les Andes et faisait partie de l’alimentation des Incas. C’est là que les Espagnols, venus conquérir l’Amérique du sud, croisèrent son chemin. En 1533, lors d’une expédition qui s’est déroulée sur l’actuel territoire de la Colombie – contrefort des Andes, région fraîche et montagneuse – la pomme de terre est découverte par les hommes de Pizarre. Enfin, celles qu’ils rencontrèrent, c’est plutôt Solanum andigena, la vieille aïeule des très nombreuses variétés domestiques actuelles. C’est très probablement cette espèce archaïque que cultivaient encore les Incas lors de l’arrivée des Espagnols. Très rapidement, ceux-ci pressentirent le potentiel de la plante. Ainsi fut-elle rapportée en Espagne dans les années 1534-1535, ainsi qu’en Italie. En 1550, Piedro de Cieza, compagnon de Pizarre, fait paraître sa Chronique espagnole du Pérou dans laquelle on trouve la première description de la pomme de terre. Dès la seconde moitié du XVI ème siècle, elle est cultivée dans différents pays européens, mais seulement comme ornementale, sa valeur alimentaire n’ayant été reconnue que bien après. Pourtant, en 1588, le gouverneur de Mons, Philippe de Sivry, adresse au botaniste arrageois Charles de l’Escluse deux tubercules ainsi qu’un dessin de la plante. Il y goutte, y trouve une saveur de navet. Malgré le portrait qu’il fit paraître d’elle en 1601 (Rarorium plantarum historia), la propagation de la pomme de terre fut assez lente en Europe, sauf, bien entendu, en Espagne. Il faut dire que les Espagnols flairèrent le bon coup, puisque la pomme de terre est de culture relativement aisée : un tubercule mis en terre donne naissance, trois à cinq mois plus tard, à un kilogramme de tubercules à la récolte !
En Angleterre, la pomme de terre n’arrive qu’en toute fin du XVI ème siècle et, dès la fin du siècle suivant, elle devient une ressource alimentaire importante, qu’on qualifie même d’élixir de longue vie. En revanche, en France, on la boude, on la craint même. Si effrayante qu’on l’accuse de propager la lèpre. Il faut dire, qu’en France, on commence déjà par consommer les feuilles et les baies !… Or la pomme de terre, outre ses tubercules, est toxique dans son entièreté. En Allemagne, au contraire, c’est tout autre chose puisque Charles de l’Escluse y favorisera la propagation de la pomme de terre. C’est là que la rencontre, « à chaque repas dans sa gamelle », le pharmacien des armées françaises, Parmentier, en 1763, alors fait prisonnier. Dès son retour en France, « il entreprend de faire adopter ce légume pour remédier aux disettes ». On la cultive dans l’Artois, les Vosges, le Limousin, la Franche-Comté. Ailleurs, on s’y oppose et sa culture est même interdite dans certaines provinces. « Parmentier s’attacha à l’introduire dans l’alimentation. Ce ne fut, comme on le sait, pas sans peine, car la première pomme de terre présentait un goût âcre. Parmentier perfectionna les méthodes de semis et multiplia les espèces […]. La population toutefois, demeurait très méfiante. Pour emporter son adhésion, intelligemment soutenue par Louis XVI [NDA : qui arborait à sa boutonnière une fleur de pomme de terre comme d’autres un pin’s douteux…], Parmentier usa de nombreux stratagèmes. Il fit notamment planter des champs de pommes de terre dans la banlieue de Paris […] et  »les fit garder ostensiblement le jour, pour exciter le peuple à les piller la nuit » »(1). Avant même la fin du siècle des Lumière (1793), la surface cultivée en pommes de terre atteint les 35000 h, surface qui sera décuplée vingt ans plus tard, sous Napoléon. L’on peut dire que l’exotisme de la pomme de terre aura été un frein à son instauration parmi d’autres plantes potagères. Et sa banalité actuelle fait oublier qu’elle n’est présente dans nos assiettes que depuis très peu de temps, à l’instar de la tomate et de la courgette, pour ne citer qu’elles. Pourtant, les avantages de la pomme de terre sont légions : de culture relativement aisée, elle est abondante, de bonne conservation, bon marché et disponible toute l’année. Quoi de mieux pour assurer la survie d’un pays tout entier ? C’est ce que fit, par exemple, l’Irlande, mais c’était sans compter sur le principal ennemi de la pomme de terre, le mildiou, un champignon microscopique qui aime se développer dès que la température de l’air dépasse 15° C. Il fut à l’origine de la misère – en fait une véritable catastrophe sanitaire – qui toucha l’Irlande dès 1846 et qui s’étendit pendant cinq à six longues années. Dans les Andes, on plante plusieurs variétés dont certaines sont résistantes au mildiou, ce qui fait que si des parcelles sont touchées, d’autres permettent la subsistance. Ce système simple évite les famines. Ce que ne firent pas les Irlandais, hélas pour eux, pour lesquels la pomme de terre était à la base de l’alimentation de la population. Où l’on voit que, déjà, la monoculture intensive n’a pas que du bon…
Pendant ce temps, en France… L’on met à profit la pomme de terre pour ses vertus médicinales. Rappelez-vous que les Français ne consommèrent, au début, que les feuilles et les baies de cette plante. Eh bien, Cazin, soit le plus grand phytothérapeute français du XIX ème siècle, prescrivait des infusions de feuilles pour soigner les catarrhes pulmonaires et les toux sèches. Bien que toxiques, les feuilles, à petites doses, agissent comme un remarquable antispasmodique en raison d’un alcaloïde – la solanine – dont nous reparlerons un peu plus loin.
Dans les campagnes, « à l’époque où la cheminée était le centre de la demeure, il était courant de mettre des pommes de terre dans le feu, de les glisser dans une chaussette qu’on enroulait autour de son cou pour soigner un mal de gorge » (2) ou bien de la déposer, une fois râpée, sur brûlures et orgelets, d’en faire des cataplasmes qu’on place sur le ventre (colique), la poitrine (angine, bronchite, refroidissement) ou sur la tête (migraine).

Les tubercules (arrondis, ovoïdes, sphériques, de diverses couleurs en fonction des très nombreuses variétés – environ 3000 à ce jour) ne sont pas des racines. Il s’agit d’une poche de réserves nutritives (amidon) que la plante stocke au fur et à mesure de sa croissance. Ces tubercules portent les fameux yeux qui ne sont autres que des germes qui produiront tiges feuillues, épaisses et ramifiées, nouvelles racines, nouveaux stolons et, enfin, nouveaux tubercules. La fleur, à volumineuse anthère jaune, est blanche ou violette et fleurit l’été. Elle assure une reproduction sexuée et permet donc une hybridation naturelle entre variétés dont de nouvelles apparaissent chaque année. Après fanaison, des baies de couleur vert jaunâtre contenant pas loin de trois-cents graines apparaissent en lieu et place des fleurs.

Celle que l'on appelle aussi morelle tubéreuse est une proche parente de la morelle noire : en effet ces deux plantes contiennent toutes deux de la solanine

Celle que l’on appelle aussi morelle tubéreuse est une proche parente de la morelle noire : en effet ces deux plantes contiennent toutes deux de la solanine

La pomme de terre en phytothérapie

L’unique partie comestible de cette plante est aussi celle dont on se sert en phytothérapie : le tubercule, qu’on appelle « patate », ainsi que sa fécule. Dans la pomme de terre, on trouve 15 à 25 % d’un amidon facilement assimilable, des protéines, des vitamines (C, mais surtout celles du groupe B : B1, B5, B6, B9), de nombreux sels minéraux (1 %) dont la présence et la teneur dépendent de la nature du sol (sodium, potassium, calcium, magnésium, manganèse, phosphore, soufre, fer, cuivre…).

Propriétés thérapeutiques

  • Pomme de terre : nourrissante, énergétique, digeste, minéralisante, antiscorbutique, émolliente, adoucissante, cicatrisante, anti-ulcéreuse, favorise les fonctions intestinales, calmante, diurétique
  • Jus de pomme de terre crue : adoucissant, émollient, calmant, diurétique, antispasmodique, sédatif et cicatrisant des muqueuses digestives, s’oppose à l’hyperacidité gastrique, adjuvant dans le diabète
  • Fécule : émolliente

Usages thérapeutiques

  • Pomme de terre : entretien général de la santé, contusion, panaris, brûlure, engelure, gerçure, phlegmon, coup de soleil, douleurs articulaires et dorsales (arthritisme, lumbago)
  • Jus de pomme de terre crue : insuffisance hépatique, encombrement des voies biliaires, lithiase biliaire, dyspepsie, hyperacidité gastrique, gastrite aiguë et chronique, gastroduodénite, ulcère gastrique et duodénal, constipation, scorbut, hémorroïdes, glycosurie
  • Fécule : inflammation intestinale, diarrhée avec irritation, entérite, dysenterie, diabète, excoriation, dartre, inflammation cutanée, brûlure, gerçure, plaie atone, phlegmon, érysipèle, ulcère de jambe

Dans l’ensemble, une consommation régulière de pommes de terre est profitable aux cardiaques, aux néphrétiques, aux arthritiques, aux diabétiques, aux obèses. Elle convient aussi en cas de régime déchloruré.

Modes d’emploi

  • Alimentation
  • Jus cru
  • Fécule (cataplasme)
  • Pomme de terre crue et râpée (cataplasme)
  • Teinture-mère

Précautions d’emploi

  • Le jus cru n’est pas une boisson des plus agréables. On peut l’aromatiser à sa convenance avec du miel, du jus de carotte ou de citron. On l’absorbera quelques minutes avant les repas.
  • La fécule s’utilise tel quel, en saupoudrage. Il est possible d’y adjoindre un peu d’eau afin d’en constituer un emplâtre pâteux.
  • La pomme de terre requiert d’être correctement cuite. D’après la plupart des thérapeutes, la meilleure des cuissons reste encore celle que l’on réalise au four (pommes de terre « en robe des champs », pommes de terre cuites « à la diable »). Notons que la cuisson à la vapeur est davantage profitable que la cuisson à l’eau par ébullition (dans ce dernier cas, on les consommera immédiatement, leur délai de garde au réfrigérateur ne devant pas excéder vingt-quatre heures).
  • Étant donné que la pomme de terre absorbe beaucoup de substances environnementales, il est plus que préconisé d’éviter les pommes de terre traitées aux engrais et pesticides chimiques. De plus, ces pommes de terre non biologiques accumulent davantage de sels de potassium, potentiellement nocifs à la longue.
  • La pomme de terre appartient à la famille botanique des Solanacées. Ce seul nom impose de respecter certaines précautions afin d’éviter des désagréments. Bien que l’on n’en consomme que le tubercule, la pomme de terre est toxique dans toutes ses autres parties, en raison de la présence d’un alcaloïde, la solanine. On la trouve à hauteur de 1 % dans les baies, beaucoup moins dans les feuilles et les fleurs (0,02 %). Or, à ce dernier taux, on peut déjà rencontrer des cas d’intoxications plus ou moins graves. Mais la plupart des intoxications sont beaucoup plus insidieuses. Si l’on trouve dans la « peau » de la pomme de terre de faibles proportions de solanine (0,002 à 0,01 %), sans véritable danger pour la santé, il s’avère qu’il existe des circonstances qui accroissent ce taux :
    → Les pommes de terre verdies doivent être évitées (0,06 % de solanine)
    → Les pommes de terre exposées même brièvement au soleil voient leur teneur en solanine quadrupler. « Renouveler l’opération, cas des patates vendues sur les marchés, et il est facile de comprendre l’étendue des dégâts » (3). Tout comme les endives, il faudrait protéger les pommes de terre de la lumière.
    → Les pommes de terre germées : en effet, même si l’on prend soin de soustraire ses pommes de terre de la lumière du jour, les tubercules sont toujours, même dans l’obscurité, objet d’une activité végétative, bien visible par les germes qui finissent par apparaître tôt ou tard. Dans les germes, le taux de solanine grimpe à 0,1 % !
    Que faire ? Dégermer si besoin est. Peler obligatoirement une pomme de terre germée, l’épluchage supprimant alors une partie des toxines mais… pas toutes ! Et celles qui restent ne sont pas détruites par la chaleur d’une cuisson. Ne suis-je pas trop alarmiste ? Disons que la consommation de pommes de terre bas de gamme n’est pas sans danger, surtout si elle est régulière. En effet, la solanine s’accumule dans l’organisme au fil du temps ! Peuvent alors survenir des maux de tête, des nausées, des vomissements, des diarrhées, des coliques, des sensations de malaise et de vertige, un affaiblissement du pouls…
    Ces pommes de terre de mauvaise qualité, une fois pelées, doivent être cuites, il n’est pas, alors, question de les réserver pour plus tard. Pourquoi ? Parce que la solanine est un agent cicatrisant. Lorsqu’on pèle une pomme de terre, celle-ci, agressée, réagit en augmentant son taux de solanine. Intelligente, la patate !
  • La pomme de terre entre dans la fabrication de boissons alcoolisées obtenues par distillation, telles l’aquavit et certaines vodkas. Autant dire que ce ne sont pas des boissons de santé, bien qu’on les surnomme parfois « eaux-de-vie ». la distillation de la pomme de terre provoque la formation d’alcool amylique, autrement dit du pentanol, substance irritante, narcotique et hautement inflammable.

  1. Jean Valnet, Se soigner avec les légumes, les fruits et les céréales, p. 384
  2. Christophe Auray, Remèdes traditionnels de paysans, p. 60
  3. Bernard Bertrand, L’herbier toxique, p.156

© Books of Dante – 2016

Un jeune pied de pomme de terre

Un jeune pied de pomme de terre

Les orties : grande ortie (Urtica dioica) et petite ortie (Urtica urens)

Une colonie de grandes orties

Une colonie de grandes orties

Grande ortie = ortie dioïque, ortie vivace, ortie commune, ortie grièche (de griesche : douloureux, méchant)
Petite ortie = ortie brûlante (de urere, « brûler »), ortie des jardins, ortie piquante, ortie méchante

Patronymes, surnoms, « douces » appellations vernaculaires, etc. Tout ceci ayant été dit, je me propose de vous raconter la délicate histoire d’amour qui unit les orties et l’homme depuis… depuis longtemps. Oui, « depuis longtemps », c’est très bien comme cela, sachant que je possède une incapacité à débuter un article par des expressions aussi surannées que « depuis la nuit des temps » ou que « depuis que l’homme arrache à la glèbe hostile le maigre produit de sa subsistance »… Ici, point de maniérisme maniéré. Donc, depuis longtemps, l’ortie brûle, et je plains très sincèrement le premier homme qui a posé la main sur elle. Mais c’était aussi pour la bonne cause : il fallait bien qu’un jour cette plante pionnière se retrouve face-à-face avec les olibrius que nous sommes, parce que je sais pas vous, mais moi, si j’avais été alors une ortie, j’aurai, en désespoir de cause (tiens ! encore une expression surannée… expurge mon petit Dante, expurge !), fait jaillir de mon être des armes dressées et urticantes. Oui. Expurgeons. Tout comme l’ortie sait très bien le faire, évacuons les poncifs et invitons les éléments pertinents, et remercions, louons le premier homme à avoir posé la main sur l’ortie.

L’ortie a mené la vie dure à l’homme et ce dernier ne s’est pas gêné pour lui en faire le reproche. Quelques expressions proverbiales en témoignent, comme, par exemple, « être gracieux comme une poignée d’ortie » ou « jus d’ortie », manière de désigner un mauvais vin. Elles font, toutes deux, référence au caractère peu amène de l’ortie dont le surnom de griesche renvoie à l’oiseau – la pie grièche – connu sous le nom d’écorcheur, un oiseau qui empale ses proies sur des épines d’acacia. C’est toute l’agressivité dont sait faire preuve l’ortie qui est ici véhiculée.
Très haute en couleur, si l’on peut dire, l’ortie, c’est aussi le scandale (« jeter son froc aux orties »), ainsi qu’un caractère lugubre, puisqu’on la surnomme parfois « cimetière » du fait qu’elle pousse abondamment tout autour de ces aires de repos.
Passons outre l’évocation de ces quelques désagréments et dépassons la vision erronée qu’ils donnent de l’ortie. Si le jus d’ortie est un picrate pour l’homme, c’est aussi un dynamiseur végétal du plus bon effet. On le connaît aussi sous le nom de purin d’ortie. Il rend de grands services à d’autres végétaux (arbres fruitiers, légumes), qu’il magnifie. De plus, l’ortie poussant à proximité de plantes aromatiques accroît leur teneur en essence aromatique, tandis que « le suc des plantes qui ont crû dans son voisinage s’altère moins vite » (1). Peut-on alors encore soutenir qu’elle entretient de mauvais rapports avec son entourage ? Certes non ! Même les animaux l’apprécient énormément ! Le grand mythologue du XIX ème siècle, Angelo de Gubernatis, rapporte que, dans le Piémont, le fait de mêler de la graine d’ortie au son donné aux poules était la garantie d’obtenir beaucoup d’œufs. Mais ce qui semble n’être qu’un rituel propitiatoire s’est révélé tout à fait exact, puisqu’il est aujourd’hui reconnu que la graine d’ortie active la ponte des poules. Les poussins, les canetons, les oisons et les dindonneaux en sont friands. Il y a même jusqu’aux grands animaux domestiques qui la consomment, une fois sèche et flétrie. Dans les pays scandinaves, elle offre un excellent fourrage fournissant trois coupes par an. Chez la vache, l’ortie augmente la lactation ainsi que le taux de lipides dans la crème, ce qui permet d’obtenir un beurre de meilleure qualité. L’ortie améliore sensiblement la santé des animaux, et l’on a remarqué depuis au moins le début du XIX ème siècle (Bosc, 1822) que les vaches qui consomment régulièrement de l’ortie résistent mieux aux épizooties.
Devant l’ensemble de ces signes favorables, peut-on encore douter des qualités de l’ortie ? De toute façon, l’ortie, en tant que plante rudérale est un compagnon de l’homme et un marqueur de la présence de ses activités. Supportant tous les sols, se reproduisant sans beaucoup d’aide, elle suit littéralement l’homme à la trace : on la trouve dans les décombres, les dépotoirs, près des habitations abandonnées (elle révèle la trace d’un passage de l’homme bien après que celui-ci s’en soit allé). Elle élit domicile dans tous ces lieux gorgés de nitrates et d’ammoniaque, des zones pourvoyeuses de cette richesse nutritionnelle dont l’ortie sait faire grand cas. Elle apprécie aussi beaucoup la ferraille et elle « contribue […] à débarrasser le sol de son excès de fer car elle élabore l’oxyde de fer » (2), ce même fer qu’elle contient elle-même en grande quantité et qui fait le bénéfice de l’anémié ! L’ortie est, non seulement assainissante du corps humain comme nous aurons l’occasion de le constater un peu plus loin, mais également de la terre. Si elle protège la terre, les autres plantes, ainsi que les animaux, pourquoi ne protégerait-elle pas les hommes ? C’est pourtant le cas, dans bien des pays d’Europe, l’ortie a eu vertu propice. En Irlande, porter une feuille d’ortie dans sa poche était considéré comme porte-bonheur, de même que dans le Piémont : elle protège son porteur de tout maléfice. En Allemagne, l’ortie cueillie avant le lever du soleil avait la réputation de chasser les mauvais esprits du bétail, et en Russie (Novgorod), la veille de la Saint-Jean, les enfants sautent au-dessus des orties « pour indiquer l’entrée du soleil dans la saison brûlante » (3). L’ortie était aussi considérée comme protectrice contre la foudre en Hongrie et au Tyrol ; lorsqu’éclatait un orage, on jetait des orties sur le feu pour éloigner tout danger, dont la foudre, ainsi que les sorcières que l’on s’imaginait capables de tels méfaits. Et c’est à juste titre que l’ortie est liée à Thunar, dieu germanique du tonnerre. Protectrice, l’ortie l’est encore contre la peur provoquée par les apparitions : « qui tiendra de cette herbe dans sa main avec du millefeuille n’aura point de peur, et ne sera point effrayé par la vue de quelque fantôme » (4).

La grande ortie offre aussi bien des services à l’aide des fibres extraites de ses tiges, auxquelles on impose, comme le lin, le rouissage. De cette matière fibreuse on a fabriqué de solides tissus, des liens très résistants, des cordages, des filets de pêche, du fil de couture. Au temps d’Albert le Grand (XIII ème siècle), l’emploi des fibres textiles de la grande ortie était connu, et, entre le XV ème et le XVII ème siècle, on tenta de produire industriellement de la fibre d’ortie en Allemagne, sans trop de succès, car, malgré toute sa bonne volonté, l’ortie est assez peu productive en fibre (6 à 8 %), d’autant que ces fibres sont assez courtes. Mais cela n’a pas empêché l’homme de faire de nouveau appel à elle durant la Première Guerre Mondiale : le fil d’ortie permettait alors la fabrication de toile de tente, de sacs à dos, de liens, de cordages, de tricotages (chaussettes, etc.). Chose extrêmement étonnante, le fil d’ortie est doux, soyeux et souple au toucher. C’est peut-être ce qui lui a valu d’être employé conjointement avec la soie lors du tissage (Turkestan), tandis qu’en Toscane, lorsque la feuille de mûrier dont se repaissent les vers à soie venait à manquer, on proposait alors de l’ortie comme remplaçante.
Devant tant de bienfaits, allons-nous nous arrêter en si bon chemin ? Certes pas, la proximité de l’homme et de l’ortie durant des siècles ne pouvait que se solder par la découverte progressive de ses propriétés médicinales, sachant que cette plante fut un « légume » dès les temps préhistoriques, régulièrement consommée jusqu’au XVI ème siècle au moins.
Durant l’Antiquité grecque, on note la présence d’une ortie dont on se servait contre les affections de la matrice. Dioscoride en parle avec précision : « La graine bue en vin excite au jeu de l’amour et, prise en électuaire avec du miel, elle redonne du souffle, ôte les inflammations du côté et du poumon et purge la poitrine. Ses feuilles cuites […] font uriner et résolvent toutes ventosités ». Le médecin grec remarque aussi le caractère hémostatique de cette ortie, qu’il appelle akalêphê (probablement l’ortie romaine, Urtica pilulifera), en cas d’hémoptysie, de métrorragie, de saignement de nez et d’hémorragies diverses. De son côté, le naturaliste Pline évoque le cas d’une « ortie d’automne » qui n’est, en fait, qu’un lamier (il semblerait bien que la confusion entre orties et lamiers ne date pas d’hier). Galien, répétant peu ou prou Dioscoride, ajoute l’intérêt de la graine d’ortie pour guérir plaies et ulcères.

Le Moyen-Âge n’est pas en reste au sujet de l’ortie, à propos de laquelle l’école de Salerne donne le ton : « L’ortie, aux yeux du peuple herbe si misérable, tient dans la médecine une place honorable ». A peu près à la même période, Macer Floridus utilise l’ortie, seule ou accompagnée, pour bien des affections : la feuille dans du vin contre la jaunisse, avec du miel pour la toux quinteuse, avec du sel en cataplasme sur ulcère, plaie, chancre, morsure de chien, avec de la myrrhe comme emménagogue ; la racine broyée dans du vinaigre contre douleurs goutteuses et articulaires ; la graine dans du vin comme boisson aphrodisiaque… De plus, Macer repère les propriétés hémostatique, astringente, diurétique et tonique capillaire de l’ortie. L’Urtica d’Hildegarde complète ce tableau médiéval. Cuite, l’ortie purge l’estomac en évacuant les humeurs mauvaises qui l’encombrent. L’abbesse l’indique aussi contre les vers, les maladies articulaires, ainsi que contre les pertes de mémoire.

Lors des XVI-XVIII ème siècles, on voit surtout être répétées comme un leitmotiv les extraordinaires capacités hémostatiques de l’ortie : hémoptysie (Amatus Lusitanus, Lieutaud, Chomel), épistaxis (Sartorius), hématurie (Haller, Lieutaud), métrorragie (Peyroux)… Chose que la médecine populaire n’aura pas, elle aussi, manqué de repérer : l’infusion d’ortie est secourable dans les cas de saignements chroniques, alors que la feuille d’ortie, mâchée puis introduite dans les narines, stoppe les saignements de nez. Mais on l’utilisait dans bien d’autres circonstances : gangrène, ulcère putride, gravelle (lithiase rénale), jaunisse, amygdalite, aphte, gingivite, énurésie. L’un des modes d’emploi de l’ortie parmi les plus énergiques se trouve être l’urtication, autrement dit la flagellation de certaines parties du corps qui le nécessitent avec des bouquets d’ortie fraîche. C’est ainsi que l’on procédait en cas de léthargie (ça réveille, c’est sûr ! ^^), d’apoplexie, de rhumatismes chroniques, de douleurs musculaires et articulaires des membres inférieurs, de fièvre typhoïde, etc.
Au début du XIX ème siècle, l’usage médicinal de l’ortie périclite, mais, contrairement à d’autres plantes, l’ortie saura sortir de cette fâcheuse impasse, au milieu du siècle, sous l’impulsion de Ginestet (1845), de Menicucci (1846) et de Cazin (1850) qui, tous trois, rappellent les vertus hémostatiques et antihémorragiques de l’ortie. Puis, au XX ème siècle, la recherche ne faiblit pas, bien au contraire. En 1924, M. Dobreff met en évidence la présence dans l’ortie de sécrétine, analogue à celle de l’épinard. Dix ans plus tard, les travaux de H. Cremer rendent compte de la fabuleuse capacité qu’a l’ortie d’enrichir l’organisme en globules rouges, ce qui, d’emblée, la place d’égal à égal avec l’épinard. Entre 1929 et 1932, Wasicky constate que l’ortie, prise régulièrement, est capable de faire chuter le taux de glucose sanguin, elle mérite alors d’être qualifiée d’antidiabétique. Enfin, en 1935, W. Ripperger atteste son rôle dans le traitement des affections cutanées, en particulier grâce à ses vertus dépuratives.

Si les propriétés thérapeutiques des grande et petite orties sont très similaires, force est de constater qu’elles se distinguent nettement d’un point de vue botanique :

Grande ortie :

  • Vivace se propageant grâce à un vigoureux système de rhizomes souterrains
  • Taille comprise entre 30 et 100 cm, parfois bien davantage
  • Feuille longuement pétiolée et beaucoup plus longue que large
  • Fleurs mâles et femelles portées par des pieds différents (espèce dioïque)

Petite ortie :

  • Annuelle à racine fusiforme
  • Taille comprise entre 10 et 50 cm
  • Feuille brièvement pétiolée et aussi longue que large
  • Fleurs mâles et femelles sur le même pied (espèce monoïque)

Les orties sont des pionnière colonisatrices et parfois envahissantes. Elles s’adaptent sur beaucoup de terrains différents, terres cultivées ou non, mais avec une nette préférence pour les sols riches en azote, en déchets organiques et minéraux : décombres, ruines, friches, fossés, bois humides, abords des dépotoirs et des cimetières.

La petite ortie (Urtica urens)

La petite ortie (Urtica urens)

Les orties en phytothérapie

Comme nous venons tout juste de le voir, les deux orties présentées dans cet article différent botaniquement en bien des points. Nous verrons plus loin qu’elles se distinguent également dans d’autres domaines, mais pas au niveau phytothérapeutique, où la grande ortie vaut la petite, aussi peut-on les utiliser de manière indifférenciée, possédant chacune des propriétés identiques.
Des orties, on emploie principalement les feuilles, la racine (grande ortie) et plus rarement les graines. En terme de principes actifs, les orties visent l’extrême prodigalité et offrent à bon compte un stock étonnant d’éléments indispensables à l’organisme :

  • Des sels minéraux à foison : fer (trois fois plus que dans l’épinard – plante dont on a longtemps fait ses choux gras avant de se rendre compte que sa teneur en fer était bien en-deçà de la réalité), calcium (autant que dans la plupart des fromages), potassium, sodium, cuivre, zinc, magnésium, soufre, phosphore, chlore, silice, manganèse…
  • Des vitamines : C (sept fois plus que dans l’orange !), B2, B5, provitamine A en abondance
  • Des acides : formique, silicique, gallique…
  • Des protéines (environ 20 % de son poids frais)
  • Des flavonoïdes
  • Des tannins
  • Du mucilage (en petite quantité)
  • De la chlorophylle
  • De l’histamine
  • De la sécrétine

Propriétés thérapeutiques

  • Diurétique, éliminatrice de l’acide urique, dépurative, draineuse hépatique, antidiabétique
  • Minéralisante, reconstituante, anti-anémique, antirachitique

D’une part, elle nettoie et assainit en évacuant les indésirables, d’autre part elle apporte le nécessaire afin d’éviter les carences.

  • Stimulante (sécrétine – (5)), tonique, fortifiante (chlorophylle)
  • Apéritive, digestive, antidiarrhéique
  • Anti-inflammatoire, antirhumatismale, antalgique articulaire (silice)
  • Astringente, résolutive, détersive, hémostatique, révulsive
  • Sédative
  • Vasoconstrictrice (histamine), régénératrice du sang (chlorophylle – (6)), augmente le taux de globules rouges sanguins, augmente le nombre des hématies (sécrétine), augmente la teneur du sang en hémoglobine (sécrétine)
  • Galactogène
  • Stimulante de la glande thyroïde (chlorophylle)
  • Préventive de la formation des lithiases rénales
  • Réductrice de l’alopécie, stimulante de la repousse capillaire
  • Aphrodisiaque

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : transit intestinal irrégulier, ulcère gastrique et intestinal, diarrhée, entérite aiguë et chronique, entérite muco-membraneuse, flatulences
  • Fatigue, asthénie, anémie, faiblesse générale, rachitisme, déminéralisation, convalescence
  • Hémorragies : hémoptysie, hématurie, hématémèse, métrorragie, hémorragie utérine, hémophilie, hémorroïdes, épistaxis
  • Troubles de la sphère urinaire et rénale : inflammation des voies urinaires, néphrite, énurésie chez l’enfant
  • Troubles de la sphère génitale féminine : ménopause (bouffées de chaleur, maux de tête, baisse de la libido)
  • Troubles de la sphère génitale masculine : hyperplasie bénigne de la prostate, hypertrophie de la prostate
  • Trouble cutanés : acné, eczéma, psoriasis, dartre, lichen, urticaire, urticaire provoquée par l’absorption de crustacés et de mollusques marins, brûlure
  • Lithiase biliaire, ictère
  • Diabète (baisse du taux de glucose sanguin)
  • Soin des ongles, des cheveux et du cuir chevelu, pellicules
  • Arthrite, rhumatismes, goutte
  • Muguet, aphte
  • Paralysie, apoplexie

Modes d’emploi

  • Suc frais
  • Extrait fluide
  • Infusion (feuilles)
  • Décoction (feuilles, racines de la grande ortie)
  • Sirop
  • Bain
  • Lotion capillaire (décoction de feuilles dans du vinaigre ou macération à froid de feuilles dans de l’alcool)
  • Teinture-mère homéopathique

Note : l’infusion ainsi que la consommation régulière d’ortie sont profitables à l’organisme, sachant que la sécrétine que cette plante contient est soluble dans l’eau et qu’elle ne s’y décompose pas. Le bénéfice de l’infusion d’ortie, c’est que son effet se prolonge sur plusieurs jours. On peut donc espacer les prises dans un souci d’économie.

Contre-indications, remarques, autres usages

  • La racine de grande ortie est strictement réservée à l’homme adulte. Quant aux feuilles des deux espèces, elles sont utilisables par tous. Cependant, une trop grande consommation alimentaire et/ou médicamenteuse d’ortie peut amener la suppression des urines. Les graines, à haute dose, sont purgatives.
  • L’ortie, comme l’on sait, est une espèce végétale consommée depuis des lustres. Une fois cuite (elle perd son piquant grâce à la chaleur – 85° C – ainsi qu’au séchage), on peut en faire des potages, des farces, des quiches, des tapenades… A l’état cru, elle est aussi comestible, à condition de la ciseler finement et d’attendre une douzaine d’heures après sa récolte, ce qui lui fait perdre une grande partie de son pouvoir urticant, mais également une proportion non négligeable de vitamine C, particulièrement fragile et volatile. Il est alors question de choix. En tout état de cause, on comprendra que l’ortie fraîche ne peut se consommer abusivement sans ces précautions. En effet, des œdèmes suffoquant peuvent apparaître dans la bouche. On notera que l’ortie fraîche perd une partie de son piquant dès lors qu’elle est mêlée au vinaigre, au jus de citron, ainsi qu’à des matières grasses telles que l’huile d’olive, la crème fraîche, le fromage blanc, etc. Pour une consommation régulière, il est préférable d’employer la petite ortie, bien moins fibreuse que la grande.
  • Lors d’une récolte, avant toute chose, munissez vous de gants et éventuellement d’un sécateur. Afin de bénéficiez au mieux des qualités de l’ortie que vous cueillerez, évitez les lieux passants (bords de route, sites fréquentés par chiens et/ou renards…). L’ortie est moins virulente par temps chaud ou juste après la pluie (mais comme il n’est pas conseillé de récolter les simples quand ils sont trempés, on n’oubliera pas les gants ^^).
  • Rougeurs, sensation douloureuse, éruption de papules, tels sont les effets de la caresse de l’ortie. En cas de piqûre, et ce malgré toutes vos précautions, l’on peut appliquer du vinaigre, de l’huile essentielle de lavande fine, frotter les piqûres avec des feuilles de plantain, d’oseille ou de joubarbe des toits, selon ce que l’on a sous la main.
  • La racine de grande ortie permet d’obtenir une teinture de couleur jaune pour la laine.
  • Autres orties européennes : ortie romaine (Urtica pilulifera) et ortie à membranes (Urtica membranacea). Leurs propriétés sont quasiment identiques à celles des petite et grande orties.
    _______________
    1. Pierre Lieutaghi, Le livre des bonnes herbes, p. 332
    2. Pierre Lieutaghi citant E. Pfeiffer, Le livre des bonnes herbes, p. 324
    3. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, p. 271
    4. Grand Albert, p. 89
    5. « La sécrétine de l’ortie compte parmi les meilleurs stimulants connus des sécrétions stomacale, pancréatique, biliaire et intestinale, ainsi que des mouvements péristaltiques de l’intestin » (Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 709)
    6. L’influence de la chlorophylle sur la formation du sang est bien supérieure à celle du seul fer. Peu de chose distingue la chlorophylle de l’hémoglobine : cela tient à un atome de magnésium pour la première et un atome de fer pour la seconde. De plus, cette substance verte « favorise les réactions du métabolisme cellulaire, la cicatrisation des plaies et, en tant que substance azotée, elle supplée au manque de protides » (Pierre Lieutaghi, Le livre des bonnes herbes, p. 329)

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La grande ortie (Urtica dioica)

La grande ortie (Urtica dioica)

Le hêtre (Fagus silvatica)

Hêtre_feuilles_automne

Si le nom même du hêtre est connu et admis de tous, il s’avère que selon les lieux et les époques, il a porté d’autres noms, dont son nom latin – fagus – semble être inspiré, à moins qu’il ne s’agisse de l’inverse… Ainsi le hêtre est-il foyau, foyard, fouillard, fouteau, fou, fau, fayard, fagette, favinier, faillette… De l’ensemble de ces noms vernaculaires, le latin fagus souhaite nous rappeler sa proximité avec le grec phagein, un verbe qui veut dire « manger », en raison, dit-on, du caractère comestible de certaines parties de cet arbre (pourtant, des arbres plus comestibles que le hêtre, il en existe bien d’autres ; je m’interroge quant à la filiation entre fagus et phagein…). Tous ces noms, auxquels on peut rajouter fol et foutel, représentaient ainsi les diverses manières de désigner cet arbre jusqu’au début du XIII ème siècle (1220 environ), avant que le hester germanique et le haistr francique ne se stabilisent et ne donnent par la suite le mot hêtre. Bien entendu, ces anciennes appellations ne furent pas abandonnées : ma grand-mère maternelle n’a jamais appelé un hêtre un hêtre ; pour cela, elle utilisait le mot franco-provençal fayard. De même, dans le Petit Albert, on trouve une recette pour la réalisation de laquelle il est demandé « une livre de bon charbon de faux » (c’est certain que si l’on ne sait pas ce que c’est, la recette est irréalisable ; simple question de linguistique, non de magie…).

Le hêtre, bien qu’il fasse partie, tout comme le chêne, de la famille des Fagacées, n’en reste pas moins à l’ombre dudit chêne. Chez Angelo de Gubernatis, on le trouve encore sous le nom de Quercus fagus, quercus faisant référence au genre chêne, comme si, d’une façon ou d’une autre, on avait voulu faire absorber le hêtre par le chêne, afin d’assurer la suprématie de ce dernier au dépend de l’autre. Pourtant, si l’on en juge la mythologie grecque, l’on se rend compte que cette idée n’a rien de saugrenue. Bien qu’indissociable du chêne masculin pour la vieille culture hellène, le hêtre représentait alors la part féminine de la création. Puis, il a été détrôné par le chêne, de la même façon que l’on a, petit à petit, répudié le principe féminin. Bien avant cela, le hêtre était dédié à une déesse primordiale du nom d’Eurynomé, puis les Achéens remplacèrent cette divinité par Zeus, le hêtre par le chêne (1). Eurynomé fut intégrée au panthéon, mais dans un rôle assez mineur. Voilà pourquoi, lorsqu’on parle du sanctuaire de Dodone, on pense immédiatement au chêne. Or, Lucien de Samosate, un auteur du II ème siècle après J.-C., affirme que l’oracle de Dodone se constituait autant de chênes que de hêtres sacrés.
Le hêtre est éminemment féminin. Ainsi, les coupes sacrificielles – symbole féminin – étaient-elles taillées dans du bois de hêtre. L’écorce du hêtre est aussi lisse et douce que peut être rugueuse celle du chêne ; son bois, ferme et flexible, contraste avec la rudesse de celui du chêne ; le hêtre est rarement touché par la foudre alors que, statistiquement, le chêne l’est quarante-cinq fois plus souvent, signant bien par-là son accointance avec Zeus, maître des éclairs, s’opposant ici symboliquement, par un emblème comme le chêne, au hêtre féminin plus proche du monde souterrain, parce que plus « rond », plus « humide », plus « ombrageux » que ne le sera jamais le chêne… Et si l’on reste dubitatif devant la dimension féminine du hêtre, il n’est qu’à considérer les fameux hêtres tortillards, des êtres surnaturels qui semblent presque danser, et dont les spécimens les plus connus sont désignés sous le terme de « faux de Verzy », du nom de la petite commune, à proximité de Reims, qui en regroupe le plus grand nombre sur près de 80 h. Aujourd’hui encore, on s’interroge sur l’origine de cet état de fait. On a évoqué la nature du sol. Mais après avoir planté des graines de hêtre tortillard en dehors de ce regroupement, on a constaté qu’elles donnaient naissance à de nouveaux hêtres tortillards. Il a également été avancée l’origine virale de ce phénomène pour lequel les investigations demeurent toujours autant tortueuses… Francis Hallé nous explique que « les soudures racinaires permettent des échanges entre les arbres. Les hêtres  »tortillards » […] sont capables d’induire le caractère  »tortillard » chez les hêtres voisins, avec lesquels ils sont soudés par les racines » (2). Cela apporte de l’eau à notre moulin, mais l’origine première demeure, pour l’instant, un véritable mystère. Malgré tout, ces arbres, par leurs formes serpentines, nous invitent à la réflexion : de la terre au ciel, le chemin n’est pas toujours en ligne droite.

D’un point de vue thérapeutique, le hêtre a surtout joui d’un grand nombre d’emplois populaires. En revanche, rares ont été les praticiens à s’être penchés sur le cas du hêtre, et ce quelle que soit la période à laquelle ils ont appartenu. Tous (ou presque), sauf une : Hildegarde de Bingen. Quand on prend connaissance de ce qu’elle écrit à propos de celui qu’elle nomme Fago, on pressent avec évidence la puissance qu’elle décelait dans cet arbre qui est pour elle image de la discipline : « Je coupe ta verdeur, parce que tu purifies toutes les humeurs qui entraînent l’homme sur des chemins d’erreur et d’injustice » (3). Si, à l’heure actuelle, on n’accorde plus aux feuilles du hêtre guère d’importance (hormis leur caractère comestible à l’état jeune, ce que souligne du reste l’abbesse), Hildegarde voyait en elles un excellent moyen de lutter contre les états fébriles accompagnés de frissons : « arrache-les aux branches sans les briser, en les conservant entières ; place-les dans ton lit près de toi pour qu’elles te réchauffent et qu’elles absorbent la sueur de ton corps […] : tu trouveras la joie, et, dans ton cœur, tu sentiras l’apaisement » (4). Soucieuse de ne pas se cantonner qu’à l’arbre seul, Hildegarde considérait aussi comme remède la rosée que l’on recueillait sur ses feuilles, laquelle était bonne pour éclaircir la vue. Quant « au champignon qui pousse sur le hêtre […], il est bon à manger pour le bien-portant comme pour le malade » (5). Hildegarde semble nous indiquer que, par sympathie, les « forces » de l’arbre pouvaient se communiquer au champignon qui en était le récipiendaire. L’abbesse de Bingen n’évoque pas le charbon de bois de hêtre mais ses cendres, dont une lessive, c’est-à-dire une lotion composée de cendres et d’eau, permet de nettoyer les affections cutanées légères, de même que la poudre de charbon de bois de hêtre qui possède des propriétés plus puissantes encore. Enfin, Hildegarde note, non sans humour, que le fruit du hêtre ne rend pas malade mais que, en revanche, il fait grossir. En effet, ce dernier est riche de protides, de glucides et de lipides !

Espèce d’ombre, le hêtre est l’une des quatre essences les plus représentatives des forêts européennes aux côtés du chêne, du pin et du sapin. Sa présence depuis le tertiaire et ses capacités d’adaptation n’y sont sans doute pas étrangères. Assez fréquent sur les reliefs (collines, montagnes), le hêtre s’épanouit aussi bien sur sol calcaire qu’acide. Il est capable de prendre racine dans des amas pierreux tout autant que sur des terrains argileux. L’important pour lui, c’est que le sol qui le porte doit être bien drainé.
C’est pour ces raisons qu’il apprécie les régions océaniques et montagnardes à climat humide, comme c’est le cas de l’Iraty, au Pays basque. Là, s’y trouve la plus vaste hêtraie d’Europe (90% des arbres sont des hêtres). Elle couvre 17 000 h dont 2 300 se trouvent du côté français. A 60 km à l’est de l’Océan Atlantique, à près de 1 000 m d’altitude, les précipitations y sont abondantes et bien réparties tout au long de l’année. Malgré quelques gels hivernaux, le climat y est relativement doux. Dans cette forêt de l’Iraty, on distingue les hêtres exposés sur les versants sud et ouest, plus secs (les arbres restreignent alors leurs besoins en eau,) de ceux qui jouissent d’une humidité plus importante dans les autres zones.

Comme nous l’avons dit, le hêtre s’adapte à de nombreuses conditions. C’est peut-être pour cette raison qu’il est difficile de reconnaître la silhouette de cet arbre à première vue. En effet, en forêt il possède un port élancé qui peut lui permettre d’atteindre des dizaines de mètres de hauteur, alors qu’un hêtre isolé présente un port sphérique.
Son tronc est lisse, de couleur gris argent, ses feuilles, courtement pétiolées, ovales, brillantes et vert tendre (elles prendront des teintes allant du jaune d’or au brun en automne). Les nervures sont bien droites alors que les bordures présentent quelques ondulations.
Au printemps, ce sont feuilles, chatons mâles et femelles qui apparaissent en même temps. Les chatons mâles ont la forme d’épis brun clair couverts de poils soyeux alors que les femelles se composent d’une à trois fleurs enfermées dans une enveloppe qui donneront plus tard les faines – graines brunes et luisantes –, à l’abri d’une cupule à quatre divisions couverte d’aiguillons mous.

Hêtre_écorces

Le hêtre en phytothérapie

La plus évidente des manières pour utiliser le hêtre, c’est encore d’employer son écorce, en particulier celle des rameaux jeunes de deux à trois ans. Cependant, cela n’est pas l’unique partie de son anatomie que cet arbre est susceptible d’offrir au thérapeute. S’il est aisé de récolter l’écorce du hêtre, il est beaucoup plus compliqué d’obtenir les autres matières médicales qu’il fournit. La première de ces matières, c’est le charbon végétal que produit le hêtre. Cet arbre n’est pas le seul à se prêter à l’exercice, puisqu’il existe, parmi les charbons thérapeutiques, ceux de chêne, de tilleul, de peuplier et de pin. Ce charbon est plus efficace à l’état sec que lorsqu’il est humide. La seconde porte le curieux nom de créosote. De saveur âcre et caustique, elle est obtenue par distillation du goudron de hêtre, puis rectifiée à plusieurs reprises. Cette espèce d’huile essentielle contient surtout des phénols (gaïacol, créosol, homocréosol, etc.).

Propriétés thérapeutiques

  • Écorce : astringente, fébrifuge (considérée comme un succédané du quinquina par Furhmann en 1842), antiseptique générale, antiseptique pulmonaire, vermifuge, apéritive, purgative (à hautes doses)
  • Charbon : antiseptique, désinfectant, absorbant des gaz intestinaux excessifs, antiputride, désodorisant
  • Créosote : astringente, bactéricide, antituberculeuse, puissante désinfectante pulmonaire, odontalgique, escarrotique

Usages thérapeutiques

  • Écorce : fièvre, fièvre intermittente, paludisme, diarrhée, parasites intestinaux, affections pulmonaires, rhumatismes, goutte, affections cutanées rebelles, démangeaison, gerçure, brûlure, engelure, lavage des plaies, des enflures et des irritations, douleurs gingivales, escarres (autrefois, pour l’usage humain comme vétérinaire, on recueillait l’eau qui stagnait dans les parties creuses du hêtre – sorte de macération à froid naturelle – pour soigner les escarres)
  • Charbon : troubles gastro-intestinaux (fermentation gastrique et intestinale anormale, dyspepsie flatulente, météorisme intestinal, gastro-entérite, diarrhée, fétidité des selles), antidote (empoisonnement au phosphore et aux alcalis), affections cutanées (ulcères, plaies purulentes et enflammées). Sous forme de poudre, le charbon de bois de hêtre joue le rôle de dentifrice et sous celle de pastille, il est possible de le brûler pour assainir l’atmosphère)
  • Créosote : maladies respiratoires (bronchite chronique, tuberculose), dysenterie, diarrhée, nausée, vomissement, ulcère, engelure, érysipèle, brûlure, plaie gangreneuse

Modes d’emploi

  • Écorce : comme toutes les écorces, celle de hêtre doit faire l’objet d’une décoction, que l’on filtre une fois obtenue. Elle se destine tant à un usage interne qu’externe, comme, par exemple, en lavement et compresse
  • Charbon : par voie interne principalement (sous forme de poudre ou de pastille, bien qu’il semble préférable de privilégier la poudre)
  • Créosote : plus tellement utilisée de nos jours, on lui préfère maintenant sa forme homéopathique (kreosotum)

Précautions d’emploi et remarques

  • Si l’emploi de l’écorce et du charbon de hêtre ne pose pas véritablement de problèmes majeurs, il faut savoir se méfier de la créosote officinale, irritante et narcotique. Assez mal tolérée par l’estomac (même en dilution à un pour mille), elle ne doit pas faire l’objet de doses excessives, ces dernières pouvant occasionner des phénomènes d’intoxication parfois mortels.
  • Orientons nous maintenant en direction de deux autres parties végétales du hêtre dont on n’a pas parlé d’un point de vue thérapeutique : la feuille et la faine. La première peut se consommer crue lorsqu’elle est jeune, c’est-à-dire très tendre. Quant à la seconde, l’histoire a davantage retenu son nom. Outre qu’elle contient protides et glucides, la faine a été exprimée à froid du XVIII ème siècle au début du XX ème siècle, afin d’extraire la quantité non négligeable d’huile qu’elle recèle. Cette huile végétale est comestible et présente l’intérêt de ne pas rancir avec le temps, bien au contraire elle a tendance à se bonifier. On en fit un usage quotidien en cuisine, particulièrement dans les zones européennes riches en hêtres. Elle servit également d’huile d’éclairage. Quant aux faines proprement dites, elles sont comestibles aussi bien crues que légèrement grillées. Autrefois, elles constituèrent un aliment pour le bétail et l’homme, et ce dès les temps préhistoriques. Torréfiées, comme ce fut aussi le cas du gland de chêne, on fit des faines un ersatz de café. Cependant, une trop grande consommation de ces fruits n’est pas sans provoquer certains désagréments. En effet, tout comme l’amande, la noisette et la noix, la faine est recouverte d’une fine pellicule brunâtre qui contient une substance que l’on appelle la fagine. Bien que n’étant pas un alcaloïde, elle provoque, à hautes doses, des maux de tête, un sentiment d’ivresse et de vertige, des délires, parfois des convulsions suivies du décès. En l’occurrence, elle se comporte un peu comme l’ivraie.
  • Parlons un peu des fleurs du hêtre, puisque c’est grâce à elles que le docteur Edward Bach concevra l’une des trente-huit fleurs de Bach, Beech. Cet élixir, inscrit dans le groupe de l’altruisme, est particulièrement destiné aux personnes critiques, tatillonnes, arrogantes et intolérantes, à celles qui voient le négatif en toute chose et « qui éprouvent le besoin de voir plus de bien et de beauté dans tout ce qui les entoure » (6).
  • La sève du hêtre est parfois employée comme fortifiante et dépurative du sang (Lorraine).

  1. Chez les Romains, on attribua le chêne à Jupiter et le hêtre à Junon. On rencontre aussi le hêtre chez les Celtes comme arbre dédié à la divinité féminine Belisama.
  2. Francis Hallé, Plaidoyer pour l’arbre, p. 66
  3. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 174
  4. Ibid., p. 46
  5. Ibid., p. 91
  6. Edward Bach, La guérison par les fleurs, p. 110

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