La benoîte officinale (Geum urbanum)

Benoîte

Synonymes : herbe de saint Benoît, herbe bénite, racine bénite, herbe à la fièvre, herbe du bon soldat, sanicle de montagne, galiote, gariot, récise, racine de giroflée, caryophyllée

Du temps de Pline, on rencontre déjà une Geum. S’agit-il de l’urbanum ? Difficile à dire, sachant qu’il existe plusieurs espèces de benoîtes. En tous les cas, Pline en indiquait les usages médicinaux (douleurs pectorales, troubles digestifs).
Au Moyen-Âge, selon les auteurs, on la rencontre sous différents noms : sanamunda (peut-être par rapprochement ou confusion avec l’herbe du mont Serrat, Thymelaea sanamunda), caryophylla (en relation avec le nom du clou de girofle, Eugenia caryophyllata, dont la benoîte partage le parfum), benedicta, du latin benedictus, un terme ayant bien évidemment un rapport avec la bénédiction qui, au sens littéral, signifie « bien dire », un terme que, déjà, Hildegarde de Bingen utilisait pour désigner la benoîte, avant que l’accent circonflexe ne chasse le « s ». Bien plus tard, et par assimilation, elle deviendra l’herbe de saint Benoît (480-547), un saint à l’origine de l’ordre des bénédictins, invoqué contre les brûlures et pour faire échec au démon, ce qui a valu qu’en Allemagne, lorsqu’on récoltait de la racine de benoîte, il était d’usage de la mêler à des cierges et à du sel, tout en la bénissant à trois reprises.
Bref. Au Moyen-Âge, on l’utilise comme fébrifuge, à l’instar du quinquina, comme il sera d’usage quelques siècles plus tard. On en fait un remède de la dysenterie et elle passait aussi pour soulager les panaris. Tonique nerveuse, reconstituante des forces physiques, elle a aussi, pour Hildegarde, une réputation aphrodisiaque : « La benoîte est chaude, et si quelqu’un en prend dans une boisson, elle l’enflamme de désir amoureux » (1).
Durant les premières décennies de la Renaissance, la benoîte est abordée par Matthiole et Jérôme Bock qui la disent stimulante, calmante, stomachique et vulnéraire. En 1561, Gesner, afin de la distinguer de la benoîte des ruisseaux, lui donne son actuel nom latin, Geum urbanum. Puis, peu à peu, elle est assez négligée et se cantonne à un seul usage populaire, jusqu’à ce qu’elle refasse parler d’elle en toute fin de XVIII ème siècle. Alors, une polémique concernant les vertus fébrifuges de la benoîte éclate. Les partisans du « pour » sont tout aussi nombreux que les supporters du « contre ». A l’enthousiasme succède le mépris, et ainsi de suite. C’est, dit-on du côté des contempteurs de la benoîte, une plante « peu énergique » et aux « avantages très faibles », tandis que les disciples du « oui » l’érigent au rang de succédané du quinquina, ce qui est une carte de visite pour le moins honorifique. Pourquoi la benoîte ne fonctionne-t-elle pas chez certains praticiens ? Cazin pointe du doigt ce qu’il croit en être la raison. Ayant tout d’abord employé la benoîte sans succès, « il est à remarquer que la racine de benoîte fut employée fraîche et à dose beaucoup plus élevée que celles que j’avais infructueusement administrées dans mes premiers essais » (2). « La prétendue infidélité thérapeutique » de la benoîte est à mettre sur le compte de l’origine et de la qualité du terrain sur laquelle pousse cette plante, le moment et les conditions de la récolte, la dessiccation et la conservation de la plante, ses modes d’emploi les plus appropriés, etc. Aussi, l’on peut émettre l’hypothèse que, il y a deux siècles, certains médecins ont, malgré eux, employé une benoîte corrompue et, conséquemment, sans effet aucun. Cependant, malgré tous les bons soins dont la plante utilisée est entourée, il est possible que telle ou telle propriété soit inopérante chez certains sujets. Cela ne signifie pas la nullité thérapeutique de cette plante à cette occasion, cela révèle le fait que cette plante est inadéquate pour ces sujets. Il est, là aussi, question de terrain, c’est-à-dire celui propre à chaque individu, condition à prendre en compte si l’on ne souhaite pas se borner à une vision mécaniste de la phytothérapie. Ainsi, Cazin employait-il la benoîte en cas de fièvre intermittente et, lorsqu’elle n’avait pas l’effet escompté sur cette affection, il détournait son attention sur la racine d’ache (Apium graveolens), les feuilles de centaurée chausse-trappe (Centaurea calcitrapa) et l’écorce de saule (Salix alba).
Au début du XX ème siècle, le docteur Leclerc, à distance des chipotages de ses prédécesseurs, emploie la benoîte pour traiter des cas de douleurs stomacales doublées d’aérophagie, des cas de diarrhée, etc. En 1927, Bohn l’indique dans les états fébriles légers, les fièvres muqueuses et les diarrhées épidémiques, après quoi Fournier dira que la benoîte « vaut effectivement le quinquina dans les états d’épuisement comme ceux qui suivent les maladies inflammatoires » (3).

La benoîte est une plante vivace de taille moyenne (25 à 60 cm) qui possède une souche épaisse et courte de laquelle se propage un chignon de racines brunes. Sa tige dressée, velue, ronde, est teintée de rouge et porte deux catégories de feuilles : des feuilles inférieures formant une rosette sur le sol et des feuilles supérieures à trois folioles inégales et dentées. Quant aux fleurs, elles sont très proches par la forme de celles du fraisier, autre rosacée. Jaune pâle à jaune d’or, elles portent cinq pétales qui forment des pièces florales de 10 à 15 mm de diamètre s’épanouissant de mai en juillet. Elles donnent naissance à des fruits dressés sous forme de têtes d’akènes permettant aux graines une dispersion par zoochorie.
Assez commune, elle arpente les lieux montagneux de préférence. On la trouvera avec facilité dans les prés humides et ombragés, aux bords des ruisseaux, dans les bois de feuillus, dans d’autres lieux humides (à proximité des eaux douces, près des sources, etc.), mais aussi près des activités humaines (décharges, habitations).

Benoîte_racines

La benoîte officinale en phytothérapie

Tout comme ses cousines potentilles ansérine et tormentille, on emploie de la benoîte principalement la racine riche en tanins (30 %) au parfum de clou de girofle : elle contient une faible fraction d’essence aromatique (0,02 %) majoritairement composée d’eugénol, un phénol que l’on rencontre en masse dans l’huile essentielle de clou de girofle.

Propriétés thérapeutiques

  • Tonique astringente
  • Apéritive, digestive, tonique amère
  • Sudorifique, fébrifuge
  • Vulnéraire, résolutive, détergente, cicatrisante
  • Anesthésiante
  • Antiseptique

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère digestive : atonie des voies digestives, dyspepsie, dysenterie atonique, diarrhée chronique, catarrhe intestinal, entérite chronique, ulcère gastrique, gastralgie, aérophagie
  • Troubles de la sphère respiratoire : gène respiratoire, catarrhe pulmonaire chronique, coqueluche, hémoptysie, maux de gorge
  • Affections bucco-dentaires : névralgie dentaire, maux de dents, halitose, aphte, gencives enflammées, douloureuses et saignantes
  • Affections oculaires : blépharite, conjonctivite
  • Hémorragies (utérines, hémorroïdaires)
  • Affections goutteuses et rhumatismales, douleurs musculaires
  • Plaie, plaie rebelle, ulcère variqueux
  • Leucorrhée, perte séminale
  • État fébrile, fièvre intermittente
  • Maux de tête, céphalée
  • Asthénie physique et nerveuse, fatigue après convalescence

Modes d’emploi

  • Infusion de racine fraîche (usage interne)
  • Décoction de racine fraîche (usage externe)
  • Vin de racine de benoîte
  • Teinture-mère
  • Poudre de racine sèche
  • Cataplasme de feuilles fraîches

Usages alternatifs, informations complémentaires

  • Récolte : du mois de mars jusqu’en août si l’on veut en faire un usage immédiat à l’état frais. En vu d’une dessiccation, on peut récolter les racines à l’automne. Le séchage doit avoir lieu à l’ombre. La racine doit encore sentir l’eugénol une fois sèche. Cependant, rien n’étant éternel, ce parfum disparaît peu à peu. Après environ un an, il devient inexistant. Mieux vaut alors envisager une nouvelle récolte, tant il est vrai que des produits de faible qualité peuvent entraver l’espérance de ceux qui leur accordent confiance.
  • Outre ses usages médicinaux, la racine de benoîte constitua un substitut et/ou un additif au houblon. Elle aromatise la bière, mais également les vins et les liqueurs en compagnie d’autres substances végétales (par exemple, une macération de racines de benoîte et d’écorces d’orange dans du vin blanc).
  • Cuisine : la racine de benoîte est un condiment intéressant. On l’utilisera avec profit dans la confection de sauces accompagnant volailles, poissons et céréales. On pourra en aromatiser légumes, potages, salades, en parfumer sirops, sorbets et boissons. Les jeunes feuilles sont quant à elles comestibles crues en salade par exemple.
  • Si l’astringence du rhizome ne se prête pas à un usage culinaire, sa forte teneur en tanin l’a fait utiliser en tannerie.
  • Teinture : selon que l’on utilise la plante entière ou la racine seule, on obtient des couleurs différentes quand on teinte la laine avec la benoîte : noisette dans le premier cas, mordorée dans le second.
  • Autres espèces : benoîte des ruisseaux (Geum rivale) et benoîte des montagnes (Geum montanum). Elles possèdent les mêmes propriétés que la benoîte officinale.
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    1. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 88
    2. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 178
    3. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 158

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Huile essentielle d’ylang-ylang

Ylang_ylang_fleur

L’origine de l’ylang-ylang se localise à l’Asie du sud-est (Java, Sumatra, Philippines). C’est d’ailleurs dans les environs de Manille qu’Albert Schwenger sera le premier à en distiller les fleurs dans les années 1860. Cela marque le début de la carrière de l’alang-ilang tel qu’on le désigne en dialecte tagolog. Mais avant cela, la « fleur des fleurs » est un remède propre à son lieu d’origine. « Le Cananga odorata croissant dans les îles du Pacifique est renommé pour le parfum suave de ses fleurs semblables à celui des narcisses (1). On en fabrique une pommade (2) dont on se frictionne le corps à la saison des pluies pour se mettre à l’abri des fièvres. Les femmes, elles, s’en mettent dans les cheveux pour attirer l’attention des hommes et stimuler leur ardeur » (3).

L’engouement pour l’ylang-ylang sera tel que sa culture se développera assez rapidement en dehors de son aire de répartition initiale. C’est pourquoi on le rencontre aujourd’hui autant dans l’Océan indien (Madagascar, Comores, Réunion (4), Mayotte (5) île Maurice) qu’en Amérique centrale (Costa Rica, Caraïbes).

A l’état sauvage, l’ylang-ylang est un arbre de moyenne stature (20 à 25 m) qui porte de longues feuilles luisantes, persistantes, aux nervures marquées. Quant au fruit (si on laisse fructifier l’arbre), il se présente sous une forme oblongue et n’est pas plus gros qu’une olive. Tout d’abord verdâtre, il noircit à maturité et renferme six à douze graines aplaties de couleur brune.

L’huile essentielle d’ylang-ylang en aromathérapie

En aromathérapie, rares sont les fleurs qui peuvent être correctement distillées. Si le jasmin et le muguet ne passent pas l’épreuve de l’alambic, ça n’est pas le cas des fleurs d’ylang-ylang. Cependant, tout comme la rose de Damas, l’ylang-ylang doit être entouré de soins minutieux, et cela, dès la cueillette qui se déroule de l’aube jusqu’à 9 ou 10h00 du matin. Alors, les fleurs doivent être ouvertes, sans plus, puis distillées immédiatement, tout en veillant à écarter les fleurs abîmées qui peuvent nuire à la totalité du lot. Généreux, l’ylang-ylang peut produire 4 à 5 kg de fleurs par an et par pied, et 100 kg sont nécessaire pour obtenir un rendement compris entre 1,5 et 2,5 l d’huile essentielle.
L’huile essentielle d’ylang-ylang est le résultat d’une distillation longue et complexe, mettant en œuvre un procédé de fractionnement. De ce fait, on distingue non pas une huile essentielle d’ylang-ylang, mais six ! Ce qui les différencie avant tout, c’est la durée de la distillation :

  • Extra supérieure (ou extra S) : environ 30 mn (tête de distillation ; sa fragrance, très développée, fine et capiteuse, la destine plus particulièrement à l’industrie de la parfumerie)
  • Extra : 1h00
  • Première fleur : 3h00
  • Deuxième fleur : 6h00
  • Troisième fleur : 12h00
  • Complète (ou totum) : 20 à 24h00 (c’est cette dernière que l’on utilise en aromathérapie car, comme son nom l’indique, on extrait jusqu’en queue de distillation)

Il est bien évident que de l’huile essentielle « extra S » à l’huile essentielle « totum » bien des choses différent : le prix tout d’abord (l’extra S est plus chère), la densité (la totum est la plus légère des deux ; densité : 0,93), enfin la composition biochimique :

Extra S :

  • Sesquiterpènes : 38 %
  • Esters : 41 %
  • Monoterpénols : 7 %
  • Sesquiterpénols : 7 %
  • Éthers : 5 %

Totum :

  • Sesquiterpènes : 42 %
  • Esters : 35 %
  • Monoterpénols : 10 %
  • Sesquiterpénols : 8 %
  • Éthers : 3 %

L’huile essentielle d’ylang-ylang est fluide, mais peu mobile, presque sirupeuse. Son odeur florale est chaude, sucrée, jasminée et épicée. C’est un parfum puissant et tenace qui résiste sur la peau durant de très longues heures… Sa couleur oscille du jaune clair au caramel.

Propriétés thérapeutiques

  • Régulatrice et sédative du système nerveux central et du système nerveux autonome, calmante, relaxante, apaisante, négativante, inhibitrice des glandes surrénales, anxiolytique
  • Hypotensive par vasodilatation, régulatrice de la tachycardie, tonique circulatoire
  • Anti-infectieuse : antibactérienne (Staphylococcus aureus), antifongique (Saccharomyces cerevisiae), antiparasitaire
  • Anti-inflammatoire, antalgique
  • Régénératrice cutanée, tonique cutanée, cicatrisante, tonique capillaire, régulatrice de la sécrétion de sébum (excès comme carence)
  • Antispasmodique (de l’utérus surtout)
  • Anti-oxydante
  • Antidiabétique
  • Antidépressive, euphorisante
  • Régulatrice de l’hyperpnée
  • Tonique testiculaire et ovarienne surtout

Usages thérapeutiques

  • Troubles cardiaques : tachycardie, extrasystole, palpitations, hypertension
  • Troubles respiratoires : asthme, bronchite, coqueluche, toux, mycose respiratoire
  • Douleurs articulaires et/ou musculaires, spasmes et contractures musculaires
  • Troubles gynécologiques : atténuer le syndrome prémenstruel, ménopause, convalescence après intervention gynécologique, préparation à l’accouchement, spasmes utérins, frigidité, asthénie sexuelle
  • Affections cutanées : démangeaisons, brûlure, plaie, écorchure, acné, parasites cutanés (gale, teigne), mycoses (aspergillose, candidose), piqûre d’insecte
  • Troubles urinaires : cystite, urétrite
  • Nervosité, agitation, stress, anxiété, angoisse, panique, troubles du sommeil, insomnie (permet une meilleure gestion de ces manifestations en abaissant la température cutanée, le rythme cardiaque, le rythme respiratoire et la pression sanguine)
  • Poussées dentaires

Propriétés psycho-émotionnelles et énergétiques

L’analyse biochimique abordée plus haut met en évidence l’importance des sesquiterpènes au sein de l’huile essentielle d’ylang-ylang. Les chiffres indiqués (38 et 42 %) ne sont que des moyennes. Il est possible de rencontrer des huiles essentielles d’ylang-ylang en contenant bien davantage, de l’ordre de 60 à 70 % (plus le taux de sesquiterpènes augmente et plus celui d’esters baisse). Mais, dans un cas comme dans l’autre, cette prédominance sesquiterpènes/esters signe l’appartenance de l’huile essentielle d’ylang-ylang à l’élément Eau, un élément en relation avec la sensibilité, les émotions, l’affectivité, l’amour… Ce qui est fort intéressant, sachant que les sesquiterpènes agissent à droite du cortex droit, duquel émane les émotions, l’action fusionnelle, les émotions et le plaisir. Sans pour autant être aphrodisiaque, l’ylang-ylang favorise l’expression des sentiments, tout en ayant une action sur l’hypophyse, laquelle commande de nombreuses autres glandes endocrines dont les gonades. L’huile essentielle d’ylang-ylang intervient donc en cas d’impuissance et de frigidité.

Davantage yin que yang, l’huile essentielle d’ylang-ylang permet de canaliser le méridien du maître cœur (c’est-à-dire celui qui seconde le méridien du cœur), en particulier lorsqu’il est agité d’énergie trop yang, provoquant nervosité, irritabilité, agitation, manque de joie et d’enthousiasme.

En ce qui concerne les chakras, un raccourci simplificateur (pour ne pas dire simpliste) que l’on rencontre souvent a voulu qu’on associe l’huile essentielle d’ylang-ylang au chakra sacré (ou chakra du sexe) pour des raisons aphrodisiaques. Or cette huile essentielle vibre beaucoup trop rapidement pour être associée à la couleur orange, à tel point qu’elle entre en résonance avec le chakra de la couronne (violet) et son corollaire le chakra du plexus solaire (jaune), en particulier si elle est plus riche d’esters que de sesquiterpènes. Dans le cas contraire, elle se situera davantage au niveau du chakra de la gorge (bleu) et, indirectement, à celui du chakra sacré (orange).

Modes d’emploi

  • Voie orale avec circonspection
  • Voie cutanée pure ou diluée (selon le seul de tolérance cutanée ; certains auteurs la disent irritante pour la peau, voire dermocaustique (?!!!), d’autres la considèrent comme exempte de ce type de phénomène, un avis que je partage compte tenu de la haute teneur en sesquiterpènes présente dans cette huile essentielle)
  • Olfaction
  • Bain
  • Diffusion atmosphérique : à petite dose et en synergie avec d’autres huiles essentielles ou essences (le parfum de l’ylang-ylang peut devenir entêtant et, à force, provoquer des migraines et des nausées)

Contre-indications et autres usages

  • Grossesse : une fois de plus, les avis divergent sur cette question. Soit l’on recommande la prudence durant les trois premiers mois, soit on exclue purement et simplement cette huile essentielle durant la grossesse et l’allaitement.
  • Cosmétique : l’huile essentielle d’ylang-ylang maintient le taux de sébum quel que soit le type de peau. Elle estompe les rides et revitalise les peaux fatiguées et asphyxiées. On la rencontre souvent dans les parfums, les eaux de toilette, les savons…
  • Usages capillaires : stimulation de la repousse capillaire, atténuation des démangeaisons du cuir chevelu, régulation du taux de sébum sur cheveux trop secs ou trop gras, cheveux abîmés, pellicules…
  • Cuisine : certaines huiles essentielles peuvent se prêter à un usage culinaire, l’ylang-ylang est de celles-là. En Asie du sud-est, l’ylang-ylang aromatise friandises, glaces et boissons. J’ai moi-même tenté une goutte d’ylang-ylang dans une compote de mangue. A essayer ! :)
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    1. On décèle aussi, dans le parfum de l’ylang-ylang, la fragrance du jasmin et celle de l’œillet.
    2. Il s’agit probablement du boori-boori, obtenu par macération de fleurs d’ylang-ylang dans de l’huile de coco. Outre la fièvre, cette pommade était employée dans les infections, mais aussi pour nourrir la peau et la protéger, ainsi que les cheveux, du soleil et des embruns.
    3. Nicolas Guibourt, Histoire naturelle des drogues simples.
    4. Au début du XX ème siècle, la Réunion comptait environ 200 000 arbres exploités, mais des cyclones successifs ont eu raison d’un grand nombre d’entre eux.
    5. Mayotte, dont le drapeau s’orne de deux fleurs d’ylang-ylang, compte essentiellement sur la culture de cet arbre. En effet, son économie dépend à 85 % des exportations d’ylang-ylang.

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Ylang_ylang

Le chardon-marie (Silybum marianum)

Chardon-Marie

Synonymes : chardon marbré, chardon bénit, chardon argenté, chardon de Notre-Dame, lait de Notre-Dame, artichaut sauvage, silybe, épine blanche. En anglais : milk thistle. En allemand : mariendistel.

Bien que le mot silybum désigne durant l’Antiquité une espèce de chardon sauvage comestible, le chardon-marie est difficilement distingué des autres chardons (onopordon, cirses, etc.) durant cette période. Peu usité au Moyen-Âge, peut-être est-il permis de penser que le Cardo d’Hildegarde de Bingen représente bien le chardon-marie. Quand bien même cela ne serait pas lui, les indications qu’en donne Hildegarde évoquent assez les propriétés médicinales du chardon-marie : « Si on a mangé ou bu du poison, réduire en poudre du chardon, tête, racines et feuilles, et prendre cette poudre dans un aliment ou une boisson, et le poison sera chassé » (1). Hildegarde fait clairement référence aux propriétés détoxifiantes et dépuratives du chardon, propriétés que l’on reconnaît au chardon-marie, lesquelles sont renforcées par le fait qu’Hildegarde prescrit le Cardo en cas d’éruptions cutanées et de boutons sur le corps, qui sont souvent à l’origine d’un déficit de dépuration corporelle et l’expression d’une intoxication par les déchets que produit l’organisme. Il est possible qu’Hildegarde souligne les propriétés drainantes de son Cardo.
Bien plus employé par la médecine populaire, le chardon-marie devra attendre l’orée du XVI ème siècle avant que les thérapeutes le prennent enfin en considération. On a souvent reproché aux médecins de la Renaissance leur extravagance. Paracelse le préconisait contre les « brûlures intérieures » et le botaniste anglais John Gerard pour les « maladies de la mélancolie ». La racine, apéritive et pectorale, ainsi que les feuilles toniques amères furent vantées durant la Renaissance contre diverses affections. Matthiole, beaucoup plus précis, l’annonce hydragogue, cholagogue et diurétique. Aujourd’hui, la médecine traditionnelle chinoise indique que le chardon-marie tonifie l’énergie des méridiens du Foie et des Reins, cela en dit long sur la perspicacité du médecin toscan, ayant vraisemblablement constaté l’action du chardon-marie sur les états congestifs et surtout sa capacité circulatoire à bien des égards. Cependant, dès le XVIII ème siècle, les vertus du chardon-marie, aussi diverses soient-elles, sont jetées aux orties par les praticiens. Cazin écrit ceci : « On a exalté les propriétés antipleurétiques de la graine de chardon-marie donnée en poudre ou sous forme d’émulsion. Triller rejette avec raison comme illusoire la vertu spécifique attribuée à des semences presque inertes » (2). La charge est massive, mais peut-être pas dénuée de fondement, puisque les données actuelles ne permettent pas d’envisager une action du chardon-marie sur la pleurésie. Le docteur Cazin ne s’arrête pas là : « La propriété antihydrophobique de ces semences, annoncée par Lindanus, est depuis longtemps vouée au ridicule », écrit-il en 1858. La même année, Lobach remet en cause les vertus hémostatiques du chardon-marie, mais elles seront confirmées par Lange deux ans plus tard, puis par Rademacher en fin de XIX ème siècle. C’est une véritable bataille d’experts qui fait rage dans les années 1800. Cazin poursuit son réquisitoire : « Les prétendues vertus désobstruantes, apéritives et emménagogues du chardon-marie seraient dues, suivant une ancienne superstition, à des gouttes de lait tombées du sein de la Vierge, et qui en auraient taché les feuilles » (3) !!!? Là, j’avoue ne pas comprendre le rapport entre ces propriétés et la légende médiévale qui a donné son nom à la plante et qui cherche avant tout à mettre en relation un végétal avec un épisode biblique. Lors de la fuite en Égypte, Marie sait que son enfant est menacé par Hérode. Aussi le cacha-t-elle sous les larges feuilles d’un chardon. Dans sa hâte, des perles de lait tombèrent de son sein et tracèrent les fameuses marbrures blanches bien visibles sur le feuillage du chardon-marie. Non, je ne vois pas le rapport. Cela n’empêche pas Cazin de conclure, assénant que « cette plante est aujourd’hui [nda : en 1858] tout à fait inusitée en médecine » (4). Qu’importe. Le XX ème siècle saura redorer le blason de cette plante répudiée. En 1921, Borutteau et Cappenberg, travaillant longuement sur l’un des principes actifs du chardon-marie, établissent que la plante possède une action assez proche de celle de l’ergot de seigle, dans le sens où elle augmente la pression sanguine, ce à quoi le docteur Leclerc fera écho, précisant que « la médication présente […] l’avantage […] de pouvoir être continuée aussi longtemps que nécessaire, sans jamais substituer à l’hypotension de réaction hypertensive. »

On a accordé au chardon un caractère revêche et désagréable, faisant de lui l’emblème de l’austérité et de la vengeance. Pourtant, hérissée, sa « fleur » en forme d’astre, évoque la défense périphérique et la protection du cœur. Il est aussi un symbole solaire, tel que l’explique Angelo de Gubernatis : « On devine aisément que l’esprit humain […] ait identifié le chardon qui pique et qui ensanglante les mains de ceux qui le cueillent, avec l’astre du jour, qui, à l’heure de son apogée céleste, a été choisi pour représenter le sang qui jaillit de la tête de Jean-Baptiste » (5). « Reprochant sa conduite à Hérode à propos de sa vie conjugale qu’il qualifiait de scandaleuse, saint Jean-Baptiste fut condamné à mort par décapitation après que Salomé eut réclamé sa tête sur un plateau en argent » (6). Saint Jean-Baptiste est aujourd’hui fêté le 24 juin, soit à une date proche du solstice d’été représentant l’apex solaire.

Le chardon-marie est une solide et rustique plante bisannuelle qui élit domicile sur des lieux incultes, tels que décombres, décharges, friches riches en nitrates, bordures de chemin, ruines, etc. Assez souvent implanté dans le voisinage des villages, le chardon-marie opte aussi pour des terrains secs et broussailleux, des sols bien drainés et ensoleillés de toutes les régions méditerranéennes. Plus au nord, soit au-delà de la Loire, cette plante se fait rare, mais se rencontre tout de même en Angleterre ainsi qu’au Danemark, par exemple.
Constitué d’une tige cannelée dotée de feuilles lobées, brillantes et épineuses, ce chardon se caractérise par les fortes nervures centrales de ses feuilles marbrées de blanc. Au sommet de cette haute tige (qui peut parfois atteindre 1,50 m), on trouve un capitule de fleurs pourpres, lesquelles donneront naissance à de petites graines brunes et allongées, surmontées d’une aigrette.
Parfois cultivé dans les jardins, le chardon-marie est autant une plante médicinale qu’ornementale, mais c’est aussi un légume dont les lapins sont très friands.

Chardon-Marie_feuillage

Le chardon-marie en phytothérapie

La pratique moderne accorde beaucoup de place à la semence de ce grand chardon, alors qu’autrefois l’intérêt allait aux feuilles et à la racine. Ces deux dernières parties végétales contiennent surtout des tannins et des principes amers, tandis que les graines sont riches en lipide et en amidon, mais aussi en flavonoïdes et en silymarine (composée de silibyne, de silychristine et de silydianine), laquelle « est à la base de spécialités pharmaceutiques prescrites comme hépatoprotectrices dans les états congestifs du foie et les séquelles d’hépatites virales ».

Propriétés thérapeutiques

  • Hépatoprotectrice (le chardon-marie protège la cellule hépatique), hépatostimulante, décongestionnante hépatique, cholagogue, antilithiasique biliaire
  • Tonivasculaire, tonicardiaque, tonique circulatoire, vasoconstrictrice, hypertensive, hémostyptique, hémostatique
  • Apéritive, digestive, stimulante gastrique
  • Tonique (par action sur les surrénales)
  • Potentiellement fébrifuge
  • Diurétique, dépurative, détoxifiante
  • Cicatrisante, résolutive

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère hépatobiliaire : hépatite, insuffisance hépatique, congestion hépatique, cirrhose, lithiase biliaire, ictère, hypertrophie du foie, effets secondaires des traitements chimiothérapeutiques sur le foie, sevrage alcoolique et cure de désintoxication
  • Troubles de la sphère cardiovasculaire : défaillances de l’appareil cardiovasculaire et ses conséquences (hypotension permanente, varice, nausée, urticaire, migraine, distension douloureuse des veines intercrâniennes, hémorroïdes, ectasie veineuse, hypotonie avec vertige, mal des transports (7))
  • Hémorragies : métrorragie, métrorragie liée à fibrome, cancer et/ou sclérose de l’utérus, hémoptysie, ménorragie, règles trop abondantes, dysménorrhée, hématurie, saignement de nez
  • Affections cutanées : ulcère, furoncle
  • Maladies infectieuses, tuberculose, grippe
  • Empoisonnement au cadmium
  • Surmenage intellectuel
  • Névrose de guerre (Leclerc)

Modes d’emploi

  • Infusion de feuilles ou de semences concassées
  • Teinture-mère de feuilles ou de semences
  • Gélules de poudre de semences
  • Alcoolature

Contre-indications, précautions d’emploi et autres usages

  • Le chardon-marie est, comme l’indiquait le docteur Leclerc au siècle dernier, dénué de toxicité. En revanche, il protège le foie lors de la prise d’huiles essentielles hépatotoxiques (sarriette des montagnes, origan vulgaire, thym vulgaire à thymol…).
  • Il est possible d’associer le chardon-marie à la fumeterre pour un effet drainant sur le foie et à l’artichaut pour un effet protecteur.
  • Alimentation : on peut être surpris qu’une plante au tel aspect puisse être comestible, mais c’est bien pourtant le cas. Les racines du chardon-marie, quand elles sont tendres et charnues, se consomment à la manière des salsifis. Elle peuvent être ajoutées à un ragoût, à l’instar de la carotte et du navet. On en fit même des confitures. Les très jeunes pousses, cuites ou crues, ainsi que les feuilles (dont on aura pris soin d’ôter les épines) sont également comestibles. Quant aux nervures centrales des grosses feuilles (qui peuvent parfois atteindre 50 cm de long sur 25 de large), elles se cuisinent à la manière des cardons. Enfin, les capitules se mangent, une fois cuits à la vapeur, comme les artichauts.
  • La silybine contenue dans les semences du chardon-marie est parfois employée comme principal antidote de l’amanite phalloïde dont l’ingestion est, dans la plupart des cas, mortelle. Le seul hic dans ce cas, c’est que lorsque les premières symptômes d’intoxication apparaissent, les dégâts causés au foie sont déjà importants…
    _______________
    1. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 107
    2. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 255
    3. Ibidem
    4. Ibidem
    5. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, p. 62
    6. Gilles Gras, Herbes et feux de la Saint-Jean, une survivance du paganisme ?, p. 35
    7. Le chardon-marie est, selon Fournier, un « préventif du mal de mer et des troubles causés à certains hypotendus par les voyages en automobile ou en chemin de fer. »

© Pour le texte : Books of Dante © Pour les images : Pescalune photography – 2016

Chardon-Marie_2

Huile essentielle de fenouil

Foeniculum_vulgare

Au sujet du fenouil, plante endémique du pourtour de la Mer méditerranée, il y a fort à faire et beaucoup à dire. Très anciennement employé, il fut même connu des Chinois et des Hindous (1), c’est dire l’étendue de son aire d’influence. En Égypte, des papyrus vieux de près de 5000 ans indiquent sa présence, de même que des tablettes mésopotamiennes (Babylone, Assyrie…).
Vue l’étendue de l’empire grec à une certaine époque, il n’est pas tellement étonnant de retrouver le fenouil au sein de la société grecque d’alors. On le rencontre chez Théophraste et Dioscoride sous le nom de marathron (2), en relation avec la localité où s’est déroulée la célèbre bataille de Marathon entre les Grecs et les Perses en 490 avant J.-C., marathon ne signifiant simplement que « champ de fenouil », endroit duquel Philippides se rendit à Athènes en courant afin d’annoncer la victoire des Grecs sur les Perses, puis mourir d’épuisement comme l’on sait. C’est pour cette raison que le fenouil symbolise la victoire et le succès. Et c’est peut-être pour cela que le fenouil est devenu la plante miraculeuse des athlètes grecs. En en mâchant les graines, les dieux du stade entendaient s’arroger force et longue vie.

Dès la Collection hippocratique, on peut considérer que les propriétés médicinales du fenouil deviennent pléthoriques. Dans ce traité, on trouve une indication pour lutter contre la stérilité (avec aneth, pin, garance et verveine) et une autre comme galactogène (c’est-à-dire favorisant la lactation chez la femme). Le fenouil aurait donc un rapport avec la fécondité. Mais c’est probablement Dioscoride qui fut le premier à établir les propriétés majeures du fenouil : emménagogue, galactogène, diurétique, utile aux néphrétiques et aux sujets souffrant d’affections vésicales (strangurie, lithiase). Dans la Materia medica, il est aussi dit que le fenouil est efficace contre les nausées et les brûlures d’estomac, les morsures de chien et de serpent (« s’enduire de son suc prémunit de la morsure des serpents ») et surtout qu’il est un remède de choix contre les affections oculaires, une indication tenace qui lui collera à la peau pendant très longtemps : « L’on prépare utilement le suc exprimé des tiges et des feuilles pour les affections des yeux, par exemple pour éclaircir la vue ». Pline, comme à son habitude, est dithyrambique à propos du fenouil. Mais, reprenant peu ou prou Dioscoride, nous n’allons pas mentionner de nouveau les indications du médecin grec, hormis celle qui vaudra au fenouil une réputation particulière. En effet, Pline nous parle d’une « thériaque » (3) dans la composition de laquelle entre le fenouil. Elle serait, dit-il, « efficace contre tous les animaux venimeux, excepté l’aspic ». Mais, le plus curieux, à propos du fenouil et du serpent, est ceci : « Les serpents en mangent quand ils dépouillent leur vieille peau et s’éclaircissent la vue avec le suc. On comprit par là que pour l’homme aussi, c’était un excellent remède pour éclaircir la vue ». Mais aussi : « Le suc d’oignon, pris avec le suc de fenouil, agit merveilleusement contre la cataracte à ses débuts ». Pourquoi cette insistance ? Comment les mues successives des serpents ont-elles pu faire en sorte qu’on déduise que le fenouil, soi-disant consommé par ces mêmes serpents, avait le pouvoir de renouveler la vue en faisant disparaître les taies cornéennes, comme si le fenouil avait la vertu de faire « muer » les yeux ! S’il est évident que le serpent est symbole de renouvellement et de rajeunissement, il paraît hasardeux de le lier au fenouil. Difficile d’y voir clair dans tout cela. Mais mon petit doigt me dit qu’une once de lumière peut provenir de la mythologie. Prométhée « s’introduisit un jour dans l’Olympe avec l’aide d’Athéna, alluma une torche au char du Soleil et en détacha une braise qu’il introduisit dans la tige creuse d’un fenouil géant. Puis il s’enfuit et apporta ainsi le feu aux hommes » (4) qui, tout comme nous, d’une obscure situation, parvinrent à la clarté de l’esprit. De là découle l’un des surnoms du fenouil : « fille du soleil ». Or, moins que le feu, le fenouil en est au moins le porte-flamme, et sans pour autant être un seul remède ophtalmique, le fenouil, quand on dit qu’il éclaircit la vue, rend claire la vision spirituelle que l’on peut avoir sur tel ou tel sujet ! Mais creusons davantage profondément (bien que dans le noir il n’y fait pas très clair, nous sommes maintenant, tout comme Prométhée, armés d’une lumineuse information à propos du fenouil, aussi, aucune crainte à avoir ^^). Le fenouil, nous dit-on, se plaît là où prospère la vigne (où nous embarque-t-il encore, pensez-vous, n’est-ce pas ? ^^). Le dieu grec Sabazios, dont l’emblème principal est le serpent, divinité à laquelle on rendait un culte, entretenait des mystères auxquels les adeptes se rendaient parés de peuplier blanc (tiens donc !) et de fenouil. Assimilé parfois à Dionysos, « dieu des visions extatiques », il partage, avec cette divinité plus connue, le fenouil. Dionysos est particulièrement associé à la vigne, mais, alors que vient le printemps, il se couronne de fenouil, ainsi que ceux qui lui rendent un culte, portant sur eux la plante « qui rend les yeux brillants ». Pas si mal comme explication, non ? J’ose espérer que le clin d’œil à Athéna n’aura pas échappé à votre sagacité. Bien qu’à ma connaissance le fenouil ne soit pas dédié à cette divinité, Athéna n’en porte pas moins comme emblème la chouette dont on n’ignore pas la vue perçante. Peut-être a-t-elle été jointe à Prométhée afin de renforcer le sens que l’on peut allouer au fragment mythologique évoqué plus haut.

Prométhée

En tout état de cause, l’explication selon laquelle le fenouil redonne la vue s’est perpétuée d’auteur à auteur, et ce bien après l’Antiquité. Galien reprend Dioscoride et, avec Columelle, mentionne l’usage alimentaire du fenouil qui était aussi convié, du moins sa graine, aux orgies romaines, comme digestif et carminatif.
Au IV ème siècle après J.-C., Apulius Platonicus l’indiquait contre les douleurs vésicales, au siècle suivant, Aetius ne fait pas autre chose que de pomper Dioscoride, tandis que Marcellus Empiricus conseille « un vin de fenouil que l’on doit boire assis sur le seuil de sa porte » pour chasser la toux (5). Au VI ème siècle, Alexandre de Tralles semble bien connaître le fenouil puisqu’il le dit capable de guérir les affections suivantes : le hoquet, les coliques néphrétiques, les maux d’estomac, la podagre (la goutte), l’hydropisie, et, bien sûr, les troubles oculaires, ce en quoi Paul d’Egine (VII ème siècle) ne dérogera pas. A cette époque, on a déjà glissé dans le Moyen-Âge. Au temps des carolingiens, on constate la présence du fenouil dans les jardins impériaux, répandu plus au nord de l’Europe grâce aux bénédictins, et les capitulaires de Louis le Pieu et de Charlemagne se font fort d’en assurer et d’en faire respecter la culture. Il faut dire que Charlemagne, prenant exemple sur les bombances romaines, était, pour les embarras digestifs qu’elles provoquent, un gros consommateur de fenouil.
Une fois encore, le fenouil ne manquera pas à l’appel, chaque siècle aura son homme ou sa femme à même d’en faire l’éloge : Strabo, outre qu’il réaffirme les propriétés pectorales, digestives et galactogènes, indique aussi que le fenouil « guérit les yeux que déjà envahissent les ténèbres » (6). Avoir la vue claire, n’est-ce pas aussi être devin ? Macer Floridus donne à son foeniculum les mêmes vertus que celles que l’Antiquité lui prêtait (soulignons que Macer Floridus s’inspire largement des écrits des anciens Grecs et Romains). C’est pourquoi, lorsqu’on le lit, on constate un effet de redondance : diurétique, galactogène, emménagogue, affections stomacales, antidote contre les venins et, bien entendu, ses qualités ophtalmiques : « Le suc de la graine verte, séché au soleil, est un spécifique excellent contre toutes les maladies des yeux » (7). Au XIII ème siècle, l’abbé Matthieu de Vendôme dira ceci à propos du fenouil : « Le riche fenouil se crispe en son parfum, avec lequel on castoie le mal spirituel ». Le verbe castoier a aujourd’hui le sens de châtier. Même si la signification de « se crisper » pose problème eu égard au contexte dans lequel ce verbe est inséré, cette phrase de l’abbé semble soulever les propriétés magiques du fenouil. En effet, le fenouil est bien connu comme chasseur de démons et d’esprits mauvais. A ce titre, on en suspendait des gerbes au-dessus des portes d’entrée des habitations, sous les toits, à la porte des granges afin de conjurer sortilèges et mauvais coups, en particulier à la veille de la Saint-Jean, en compagnie, entre autres, du millepertuis. On bouchait parfois même les trous de serrure de graines de fenouil comme protection. Bref, au XIII ème siècle, le fenouil est aussi abordé par Albert le Grand, puis par Konrad de Megenber au siècle suivant, et trouve, à cette époque, sa place au sein de très nombreux réceptuaires.
Mais, en ces temps médiévaux, la palme revient sans doute à Hildegarde de Bingen qui, à l’instar des phytothérapeutes modernes, a disséqué le fenouil en long, en large et en travers. Tonique, réconfortant et reconstituant, le Feniculum d’Hildegarde est un remède hépatique, digestif (embarras gastrique, maux d’estomac, atonie digestive, halitose) et pectoral (rhume, toux, douleurs poitrinaires, enrouement). En externe, elle l’emploie sur démangeaisons et ulcères, ainsi qu’en cas de maux de tête et de douleurs liées à l’accouchement. Mais, par-dessus tout, on retrouve, dans les écrits hildegardiens, cette indication du fenouil contre l’obscurcissement de la vue !

A la Renaissance, dès le XVI ème siècle, on est davantage mesuré sur les propriétés et emplois du fenouil, dont l’huile essentielle devient un remède porté par les travaux de Jérôme de Brunschwig (1500) et de Jean-Baptiste Porta (1563).

Le fenouil est une grande plante vivace ou bisannuelle dont la hauteur maximale est généralement comprise entre 1,50 et 2,50 m. Comme c’est le cas de nombreuses autres Apiacées, le fenouil présente de fortes tiges rigides, très ramifiées, de couleur vert-bleu. Avec l’âge, elles deviennent creuses, mais n’en conservent pas moins leur aspect glauque et givré. Les feuilles s’apparentent à des lanières filiformes et donnent à la plante un aspect vaporeux. Les ombelles, comptant parfois jusqu’à vingt-cinq rayons, s’ornent, de juillet à septembre, de petites fleurs jaune vif, lesquelles donneront, à l’automne, des fruits composés de deux akènes de couleur brun clair, plats, cannelés et légèrement arqués.
A l’état naturel, on trouve le fenouil particulièrement sur le littoral méditerranéen, mais également dans l’Ouest et le Bassin parisien. Cette plante apprécie les sols secs, calcaires, pierreux, incultes et très ensoleillés.

L’huile essentielle de fenouil en aromathérapie

Afin de débroussailler le terrain, commençons par distinguer les deux fenouils principaux qui offrent à l’aromathérapie une huile essentielle :

  • Foeniculum vulgare var. dulce : fenouil doux, fenouil de Malte, fenouil de Provence, fenouil de Florence, fenouil des vignes
  • Foeniculum vulgare var. vulgare : fenouil amer, fenouil d’Allemagne

Du premier, on extrait deux huiles essentielles selon que l’on distille les semences ou la plante fleurie. De même, on obtient trois huiles essentielles de fenouil amer : semences, plante fleurie, parties aériennes fructifiées. Ce sont ces trois dernières huiles essentielles qui vont particulièrement nous intéresser. Bien évidemment, la partie de la plante que l’on distille détermine la composition biochimique de chaque huile essentielle. Par exemple, l’huile essentielle « semences » est plus riche en cétones (15 à 30 %), alors que l’huile essentielle « parties aériennes fructifiées » contient davantage de monoterpènes (jusqu’à 85 % parfois). Sans trop entrer dans les détails de la chromatographie en phase gazeuse, indiquons tout de même quelles sont les principales grandes familles moléculaires composant ces huiles essentielles de fenouil amer (les taux indiqués ne sont que des moyennes) :

  • Éthers (dont trans-anéthol et méthyl-chavicol) : 55 %
  • Monoterpènes (dont limonène, alpha-pinène et alpha-phéllandrène) : 30 %
  • Cétones (dont fenchone) : 10 %
  • Furanocoumarines et coumarines : traces

Le fenouil, parfois surnommé aneth doux, possède un parfum moins brusque que celui de cet autre membre de la grande famille des Apiacées. En réalité, son surnom d’anis doux lui convient beaucoup mieux. En effet, l’huile essentielle de fenouil, liquide, limpide et fluide, de couleur jaune très pâle mais généralement incolore, exhale un doux parfum anisé caractéristique. Gustativement, tout d’abord amère et camphrée, cette huile essentielle se dirige vers des notes chaudes, légèrement épicées et rafraîchissantes.
L’expérience a montré que les fenouils cultivés dans le Sud sont davantage aromatiques que leurs confrères septentrionaux, chose que, semble-t-il, Dioscoride avait déjà remarqué en son temps (8).

Propriétés thérapeutiques

  • Apéritive, digestive, carminative, préventive des ulcères gastriques, réductrice de l’acidité gastrique
  • Hépatostimulante, cholagogue, cholérétique
  • Antispasmodique neuromusculaire (cf. estragon et basilic)
  • Antalgique, anti-inflammatoire locale
  • Diurétique (déchlorurante, azoturique)
  • Décongestionnante du petit bassin
  • Expectorante
  • Emménagogue, galactogène, oestrogen like
  • Antiseptique, antifongique (sur Rhizoctomia solani, Fusarium oxysporum et Aspergillus flavus dans une moindre mesure), vermifuge
  • Cardiotonique
  • Positivante, tonique, neurotonique, psycho-active, stupéfiante légère (9)

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère digestive : atonie intestinale et gastrique, digestion lente, indigestion, inconfort digestif, entérocolite spasmodique et autres spasmes intestinaux, gastralgie, dyspepsie, gastrite, entérite, crampe d’estomac, hyperacidité gastrique, ballonnement, aérophagie, flatulence, constipation, inappétence, colique du nourrisson, hoquet, vomissement d’origine nerveuse, halitose, parasites intestinaux
  • Troubles de la sphère respiratoire : asthme, bronchite asthmatiforme, coqueluche, congestion pulmonaire, enrouement, maux de gorge, toux
  • Troubles urinaires et rénaux : lithiase urinaire, cystite, rétention d’urine, néphrite, oligurie, goutte, rhumatismes
  • Troubles de la sphère gynécologique : agalactie, régularisation des menstruations, aménorrhée, dysménorrhée, oligoménorrhée, ménopause, pré-ménopause, engorgement et inflammation des seins
  • Impuissance
  • Troubles du rythme cardiaque, palpitations
  • Douleur musculaire
  • Grippe (adjuvant)
  • Migraine, vertige, spasmophilie
  • Stress, insomnie d’origine nerveuse
  • Soin des gencives
  • Cellulite, rétention d’eau (en particulier pour les huiles essentielles de fenouil à haute teneur en cétones lipolytiques)
  • Paupières gonflées au réveil, conjonctivite (dans ces cas, on utilisera l’hydrolat aromatique de fenouil comme collyre oculaire)

Propriétés psycho-émotionnelles et énergétiques

L’astrologie grecque a attribué le fenouil au signe du Verseau, aérien et gouverné par Saturne (et Uranus, certes, mais à cette époque ancienne, cette planète demeurait encore inconnue). Ceci nous renvoie directement aux monoterpènes et aux éthers contenus dans l’huile essentielle de fenouil. En revanche, si elle est chargée en cétones, elle sera davantage en accord avec l’élément Terre, en particulier avec le signe du Capricorne, lui aussi gouverné par la planète Saturne.

Du côté de la médecine traditionnelle chinoise, le fenouil s’adresse tout particulièrement aux méridiens Métal que sont le Poumon et le Gros intestin, ainsi qu’aux deux méridiens régis par le signe de la Terre, Estomac et Rate/pancréas.

  • Poumon : en liaison avec les pathologies pulmonaires, comme nous l’avons vu plus haut. Concernant les vécus psycho-émotionnels, l’huile essentielle de fenouil est très utile lorsqu’on éprouve des difficultés à imposer des limites, quand on se sent incapable de se protéger des agressions du monde extérieur, des personnes et pensées invasives, ce qui doit nous rappeler les usages magiques du fenouil, qui ne chasse pas que les énergies négatives mais aussi la mélancolie (mais n’est-elle pas une énergie négative ?) et rend joyeux tout en procurant douce chaleur comme le soulignait déjà Hildegarde de Bingen en son temps…
  • Gros intestin : c’est l’éliminateur de déchets, en compagnie du méridien des Reins, il évite la stagnation du Qi au sein de l’organisme. Or nous savons l’huile essentielle de fenouil diurétique. Il est aussi en relation avec les pathologies intestinales dont nous avons vu qu’un grand nombre relevait de l’huile essentielle de fenouil.
  • Rate/pancréas : au point de vue pathologique, ce méridien est en relation indirecte avec l’estomac et les troubles gastriques, mais également de ceux relevant de la sphère gynécologique (aménorrhée, dysménorrhée, ménopause). D’un point de vue psychologique, l’énergie défaillante au sein de ce méridien peut entraîner inquiétude, angoisse, insécurité (peut-être les mêmes sentiments qui poussaient autrefois les gens à suspendre des bouquets de fenouil aux portes des habitations), mais aussi mélancolie, tristesse et déprime.
  • Estomac : ce méridien gère la fonction galactogène chez la femme, la menstruation, ainsi que le fonctionnement des glandes génitales tant chez l’homme que chez la femme. Il est donc impliqué dans la fécondité, tel que nous l’avons plus haut souligné.

Modes d’emploi

  • Voie orale
  • Voie cutanée
  • Diffusion atmosphérique
  • Olfaction

Précautions d’emploi, contre-indications et autres usages

  • Tératogénicité : le trans-anéthol, présent en grande proportion dans l’huile essentielle de fenouil peut affecter le bon développement du fœtus. C’est la raison qui nous amènera à éviter les voies orales et cutanées durant la grossesse.
  • Neurotoxicité : huile essentielle convulsivante à hautes doses. Elle est donc contre-indiquée chez les épileptiques et les personnes neurologiquement fragiles, sachant que des crises à caractère épileptiforme peuvent survenir (contractures, tremblements nerveux, abattement général, somnolence, hallucinations…).
  • Photosensibilité : de par la présence de coumarines et de furanocoumarines, cette huile essentielle, par application cutanée suivie d’une exposition solaire, est susceptible de provoquer des dermatites.
  • Oestrogen like : elle est de fait interdite aux personnes sujettes à des pathologies hormono-dépendantes.
  • En général, c’est une huile essentielle réservée à l’adulte. Pas d’emploi chez le bébé et l’enfant (sauf cas ponctuel de colique du nourrisson). Lui préférer l’hydrolat aromatique.
  • Phytothérapie : outre l’huile essentielle de fenouil, on peut faire de cette plante un usage phytothérapeutique. Toutes les parties du fenouil sont susceptibles d’un emploi dans ce sens : les semences, les feuilles, les racines, enfin le « bulbe », lequel n’est autre qu’un simple renflement basal des tiges. La récolte des différentes parties s’opère selon un calendrier rigoureux : feuilles peu avant floraison, semences à maturité, racines dès le début de l’automne… Elles peuvent être employées de diverses manières : « bulbe » cru et/ou cuit dans l’alimentation quotidienne, infusion de feuilles ou de graines, décoction de racines, teinture-mère, vin, alcoolature, cataplasme de feuilles fraîches, sirop (comme, par exemple, celui dit des cinq racines, composé de fenouil, d’asperge, de petit houx (fragon), de persil et d’ache). Sous ces différentes formes, le fenouil traite le même type d’affections que son huile essentielle.
  • Cuisine : le fenouil ne se borne évidemment pas qu’au seul domaine médicinal. C’est aussi un aliment et un condiment de choix, aromatisant tant les fromages, les viandes (porchetta et finocchiona en Italie, par exemple), le pain que la choucroute. Mais là où le fenouil fait merveille, c’est surtout avec les poissons et les crustacés. Sauces pour salades, marinades et currys peuvent avantageusement être agrémentés de graines ou de feuilles de fenouil ciselées. Enfin, les alcools emploient souvent le fenouil (absinthe, anisette, pastis, chartreuse, ratafia, génépi…).
  • Parfumerie : c’est l’huile essentielle extraite des semences et des parties aériennes du fenouil amer que l’on destine à la parfumerie. La culture du fenouil en vue de l’industrie de la parfumerie est réalisée dans différents pays du monde (Portugal, Espagne, midi de la France, Roumanie, Chine, Inde, Maroc, Tunisie, Tasmanie, Argentine, Paraguay…).
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    1. La médecine ayurvédique le nomme shatapushpa et la médecine traditionnelle chinoise xiao hui xiang.
    2. A distinguer de l’hippomarathron, l’aneth, dont on disait alors qu’il avait les mêmes propriétés que le fenouil, mais moins efficaces.
    3. De toutes les époques, le fenouil est un compagnon constant entrant dans bien des compositions magistrales dont la thériaque du Codex, le mithridate, le philonium romanum, le diaphoenix, le rossolis, les pilules dorées, etc.
    4. Michèle Bilimoff, Les plantes, les hommes et les dieux, p. 72
    5. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 395
    6. Strabo, Hortulus, p. 31
    7. Macer Floridus, De viribus herbarum, p. 105
    8. « Dans l’est de l’Espagne, le fenouil produit un suc semblable à la gomme. Au moment de la floraison, les indigènes coupent la tige à mi-hauteur et la placent auprès du feu afin que sous l’effet de la chaleur, elle sue et laisse suinter la gomme ». Ce fenouil se comporterait alors à la manière du galbanum.
    9. L’action du fenouil est très différente de celle de l’anis vert. La phase d’excitation est plus longue, alors que l’anis provoque le sommeil après une brève période d’excitation. Ce qui fait que ces deux huiles essentielles ne sont pas interchangeables.

© Books of Dante – 2016

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