La benoîte officinale (Geum urbanum)

Benoîte

Synonymes : herbe de saint Benoît, herbe bénite, racine bénite, herbe à la fièvre, herbe du bon soldat, sanicle de montagne, galiote, gariot, récise, racine de giroflée, caryophyllée

Du temps de Pline, on rencontre déjà une Geum. S’agit-il de l’urbanum ? Difficile à dire, sachant qu’il existe plusieurs espèces de benoîtes. En tous les cas, Pline en indiquait les usages médicinaux (douleurs pectorales, troubles digestifs).
Au Moyen-Âge, selon les auteurs, on la rencontre sous différents noms : sanamunda (peut-être par rapprochement ou confusion avec l’herbe du mont Serrat, Thymelaea sanamunda), caryophylla (en relation avec le nom du clou de girofle, Eugenia caryophyllata, dont la benoîte partage le parfum), benedicta, du latin benedictus, un terme ayant bien évidemment un rapport avec la bénédiction qui, au sens littéral, signifie « bien dire », un terme que, déjà, Hildegarde de Bingen utilisait pour désigner la benoîte, avant que l’accent circonflexe ne chasse le « s ». Bien plus tard, et par assimilation, elle deviendra l’herbe de saint Benoît (480-547), un saint à l’origine de l’ordre des bénédictins, invoqué contre les brûlures et pour faire échec au démon, ce qui a valu qu’en Allemagne, lorsqu’on récoltait de la racine de benoîte, il était d’usage de la mêler à des cierges et à du sel, tout en la bénissant à trois reprises.
Bref. Au Moyen-Âge, on l’utilise comme fébrifuge, à l’instar du quinquina, comme il sera d’usage quelques siècles plus tard. On en fait un remède de la dysenterie et elle passait aussi pour soulager les panaris. Tonique nerveuse, reconstituante des forces physiques, elle a aussi, pour Hildegarde, une réputation aphrodisiaque : « La benoîte est chaude, et si quelqu’un en prend dans une boisson, elle l’enflamme de désir amoureux » (1).
Durant les premières décennies de la Renaissance, la benoîte est abordée par Matthiole et Jérôme Bock qui la disent stimulante, calmante, stomachique et vulnéraire. En 1561, Gesner, afin de la distinguer de la benoîte des ruisseaux, lui donne son actuel nom latin, Geum urbanum. Puis, peu à peu, elle est assez négligée et se cantonne à un seul usage populaire, jusqu’à ce qu’elle refasse parler d’elle en toute fin de XVIII ème siècle. Alors, une polémique concernant les vertus fébrifuges de la benoîte éclate. Les partisans du « pour » sont tout aussi nombreux que les supporters du « contre ». A l’enthousiasme succède le mépris, et ainsi de suite. C’est, dit-on du côté des contempteurs de la benoîte, une plante « peu énergique » et aux « avantages très faibles », tandis que les disciples du « oui » l’érigent au rang de succédané du quinquina, ce qui est une carte de visite pour le moins honorifique. Pourquoi la benoîte ne fonctionne-t-elle pas chez certains praticiens ? Cazin pointe du doigt ce qu’il croit en être la raison. Ayant tout d’abord employé la benoîte sans succès, « il est à remarquer que la racine de benoîte fut employée fraîche et à dose beaucoup plus élevée que celles que j’avais infructueusement administrées dans mes premiers essais » (2). « La prétendue infidélité thérapeutique » de la benoîte est à mettre sur le compte de l’origine et de la qualité du terrain sur laquelle pousse cette plante, le moment et les conditions de la récolte, la dessiccation et la conservation de la plante, ses modes d’emploi les plus appropriés, etc. Aussi, l’on peut émettre l’hypothèse que, il y a deux siècles, certains médecins ont, malgré eux, employé une benoîte corrompue et, conséquemment, sans effet aucun. Cependant, malgré tous les bons soins dont la plante utilisée est entourée, il est possible que telle ou telle propriété soit inopérante chez certains sujets. Cela ne signifie pas la nullité thérapeutique de cette plante à cette occasion, cela révèle le fait que cette plante est inadéquate pour ces sujets. Il est, là aussi, question de terrain, c’est-à-dire celui propre à chaque individu, condition à prendre en compte si l’on ne souhaite pas se borner à une vision mécaniste de la phytothérapie. Ainsi, Cazin employait-il la benoîte en cas de fièvre intermittente et, lorsqu’elle n’avait pas l’effet escompté sur cette affection, il détournait son attention sur la racine d’ache (Apium graveolens), les feuilles de centaurée chausse-trappe (Centaurea calcitrapa) et l’écorce de saule (Salix alba).
Au début du XX ème siècle, le docteur Leclerc, à distance des chipotages de ses prédécesseurs, emploie la benoîte pour traiter des cas de douleurs stomacales doublées d’aérophagie, des cas de diarrhée, etc. En 1927, Bohn l’indique dans les états fébriles légers, les fièvres muqueuses et les diarrhées épidémiques, après quoi Fournier dira que la benoîte « vaut effectivement le quinquina dans les états d’épuisement comme ceux qui suivent les maladies inflammatoires » (3).

La benoîte est une plante vivace de taille moyenne (25 à 60 cm) qui possède une souche épaisse et courte de laquelle se propage un chignon de racines brunes. Sa tige dressée, velue, ronde, est teintée de rouge et porte deux catégories de feuilles : des feuilles inférieures formant une rosette sur le sol et des feuilles supérieures à trois folioles inégales et dentées. Quant aux fleurs, elles sont très proches par la forme de celles du fraisier, autre rosacée. Jaune pâle à jaune d’or, elles portent cinq pétales qui forment des pièces florales de 10 à 15 mm de diamètre s’épanouissant de mai en juillet. Elles donnent naissance à des fruits dressés sous forme de têtes d’akènes permettant aux graines une dispersion par zoochorie.
Assez commune, elle arpente les lieux montagneux de préférence. On la trouvera avec facilité dans les prés humides et ombragés, aux bords des ruisseaux, dans les bois de feuillus, dans d’autres lieux humides (à proximité des eaux douces, près des sources, etc.), mais aussi près des activités humaines (décharges, habitations).

Benoîte_racines

La benoîte officinale en phytothérapie

Tout comme ses cousines potentilles ansérine et tormentille, on emploie de la benoîte principalement la racine riche en tanins (30 %) au parfum de clou de girofle : elle contient une faible fraction d’essence aromatique (0,02 %) majoritairement composée d’eugénol, un phénol que l’on rencontre en masse dans l’huile essentielle de clou de girofle.

Propriétés thérapeutiques

  • Tonique astringente
  • Apéritive, digestive, tonique amère
  • Sudorifique, fébrifuge
  • Vulnéraire, résolutive, détergente, cicatrisante
  • Anesthésiante
  • Antiseptique

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère digestive : atonie des voies digestives, dyspepsie, dysenterie atonique, diarrhée chronique, catarrhe intestinal, entérite chronique, ulcère gastrique, gastralgie, aérophagie
  • Troubles de la sphère respiratoire : gène respiratoire, catarrhe pulmonaire chronique, coqueluche, hémoptysie, maux de gorge
  • Affections bucco-dentaires : névralgie dentaire, maux de dents, halitose, aphte, gencives enflammées, douloureuses et saignantes
  • Affections oculaires : blépharite, conjonctivite
  • Hémorragies (utérines, hémorroïdaires)
  • Affections goutteuses et rhumatismales, douleurs musculaires
  • Plaie, plaie rebelle, ulcère variqueux
  • Leucorrhée, perte séminale
  • État fébrile, fièvre intermittente
  • Maux de tête, céphalée
  • Asthénie physique et nerveuse, fatigue après convalescence

Modes d’emploi

  • Infusion de racine fraîche (usage interne)
  • Décoction de racine fraîche (usage externe)
  • Vin de racine de benoîte
  • Teinture-mère
  • Poudre de racine sèche
  • Cataplasme de feuilles fraîches

Usages alternatifs, informations complémentaires

  • Récolte : du mois de mars jusqu’en août si l’on veut en faire un usage immédiat à l’état frais. En vu d’une dessiccation, on peut récolter les racines à l’automne. Le séchage doit avoir lieu à l’ombre. La racine doit encore sentir l’eugénol une fois sèche. Cependant, rien n’étant éternel, ce parfum disparaît peu à peu. Après environ un an, il devient inexistant. Mieux vaut alors envisager une nouvelle récolte, tant il est vrai que des produits de faible qualité peuvent entraver l’espérance de ceux qui leur accordent confiance.
  • Outre ses usages médicinaux, la racine de benoîte constitua un substitut et/ou un additif au houblon. Elle aromatise la bière, mais également les vins et les liqueurs en compagnie d’autres substances végétales (par exemple, une macération de racines de benoîte et d’écorces d’orange dans du vin blanc).
  • Cuisine : la racine de benoîte est un condiment intéressant. On l’utilisera avec profit dans la confection de sauces accompagnant volailles, poissons et céréales. On pourra en aromatiser légumes, potages, salades, en parfumer sirops, sorbets et boissons. Les jeunes feuilles sont quant à elles comestibles crues en salade par exemple.
  • Si l’astringence du rhizome ne se prête pas à un usage culinaire, sa forte teneur en tanin l’a fait utiliser en tannerie.
  • Teinture : selon que l’on utilise la plante entière ou la racine seule, on obtient des couleurs différentes quand on teinte la laine avec la benoîte : noisette dans le premier cas, mordorée dans le second.
  • Autres espèces : benoîte des ruisseaux (Geum rivale) et benoîte des montagnes (Geum montanum). Elles possèdent les mêmes propriétés que la benoîte officinale.
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    1. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 88
    2. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 178
    3. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 158

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Huile essentielle d’ylang-ylang

Ylang_ylang_fleur

L’origine de l’ylang-ylang se localise à l’Asie du sud-est (Java, Sumatra, Philippines). C’est d’ailleurs dans les environs de Manille qu’Albert Schwenger sera le premier à en distiller les fleurs dans les années 1860. Cela marque le début de la carrière de l’alang-ilang tel qu’on le désigne en dialecte tagolog. Mais avant cela, la « fleur des fleurs » est un remède propre à son lieu d’origine. « Le Cananga odorata croissant dans les îles du Pacifique est renommé pour le parfum suave de ses fleurs semblables à celui des narcisses (1). On en fabrique une pommade (2) dont on se frictionne le corps à la saison des pluies pour se mettre à l’abri des fièvres. Les femmes, elles, s’en mettent dans les cheveux pour attirer l’attention des hommes et stimuler leur ardeur » (3).

L’engouement pour l’ylang-ylang sera tel que sa culture se développera assez rapidement en dehors de son aire de répartition initiale. C’est pourquoi on le rencontre aujourd’hui autant dans l’Océan indien (Madagascar, Comores, Réunion (4), Mayotte (5) île Maurice) qu’en Amérique centrale (Costa Rica, Caraïbes).

A l’état sauvage, l’ylang-ylang est un arbre de moyenne stature (20 à 25 m) qui porte de longues feuilles luisantes, persistantes, aux nervures marquées. Quant au fruit (si on laisse fructifier l’arbre), il se présente sous une forme oblongue et n’est pas plus gros qu’une olive. Tout d’abord verdâtre, il noircit à maturité et renferme six à douze graines aplaties de couleur brune.

L’huile essentielle d’ylang-ylang en aromathérapie

En aromathérapie, rares sont les fleurs qui peuvent être correctement distillées. Si le jasmin et le muguet ne passent pas l’épreuve de l’alambic, ça n’est pas le cas des fleurs d’ylang-ylang. Cependant, tout comme la rose de Damas, l’ylang-ylang doit être entouré de soins minutieux, et cela, dès la cueillette qui se déroule de l’aube jusqu’à 9 ou 10h00 du matin. Alors, les fleurs doivent être ouvertes, sans plus, puis distillées immédiatement, tout en veillant à écarter les fleurs abîmées qui peuvent nuire à la totalité du lot. Généreux, l’ylang-ylang peut produire 4 à 5 kg de fleurs par an et par pied, et 100 kg sont nécessaire pour obtenir un rendement compris entre 1,5 et 2,5 l d’huile essentielle.
L’huile essentielle d’ylang-ylang est le résultat d’une distillation longue et complexe, mettant en œuvre un procédé de fractionnement. De ce fait, on distingue non pas une huile essentielle d’ylang-ylang, mais six ! Ce qui les différencie avant tout, c’est la durée de la distillation :

  • Extra supérieure (ou extra S) : environ 30 mn (tête de distillation ; sa fragrance, très développée, fine et capiteuse, la destine plus particulièrement à l’industrie de la parfumerie)
  • Extra : 1h00
  • Première fleur : 3h00
  • Deuxième fleur : 6h00
  • Troisième fleur : 12h00
  • Complète (ou totum) : 20 à 24h00 (c’est cette dernière que l’on utilise en aromathérapie car, comme son nom l’indique, on extrait jusqu’en queue de distillation)

Il est bien évident que de l’huile essentielle « extra S » à l’huile essentielle « totum » bien des choses différent : le prix tout d’abord (l’extra S est plus chère), la densité (la totum est la plus légère des deux ; densité : 0,93), enfin la composition biochimique :

Extra S :

  • Sesquiterpènes : 38 %
  • Esters : 41 %
  • Monoterpénols : 7 %
  • Sesquiterpénols : 7 %
  • Éthers : 5 %

Totum :

  • Sesquiterpènes : 42 %
  • Esters : 35 %
  • Monoterpénols : 10 %
  • Sesquiterpénols : 8 %
  • Éthers : 3 %

L’huile essentielle d’ylang-ylang est fluide, mais peu mobile, presque sirupeuse. Son odeur florale est chaude, sucrée, jasminée et épicée. C’est un parfum puissant et tenace qui résiste sur la peau durant de très longues heures… Sa couleur oscille du jaune clair au caramel.

Propriétés thérapeutiques

  • Régulatrice et sédative du système nerveux central et du système nerveux autonome, calmante, relaxante, apaisante, négativante, inhibitrice des glandes surrénales, anxiolytique
  • Hypotensive par vasodilatation, régulatrice de la tachycardie, tonique circulatoire
  • Anti-infectieuse : antibactérienne (Staphylococcus aureus), antifongique (Saccharomyces cerevisiae), antiparasitaire
  • Anti-inflammatoire, antalgique
  • Régénératrice cutanée, tonique cutanée, cicatrisante, tonique capillaire, régulatrice de la sécrétion de sébum (excès comme carence)
  • Antispasmodique (de l’utérus surtout)
  • Anti-oxydante
  • Antidiabétique
  • Antidépressive, euphorisante
  • Régulatrice de l’hyperpnée
  • Tonique testiculaire et ovarienne surtout

Usages thérapeutiques

  • Troubles cardiaques : tachycardie, extrasystole, palpitations, hypertension
  • Troubles respiratoires : asthme, bronchite, coqueluche, toux, mycose respiratoire
  • Douleurs articulaires et/ou musculaires, spasmes et contractures musculaires
  • Troubles gynécologiques : atténuer le syndrome prémenstruel, ménopause, convalescence après intervention gynécologique, préparation à l’accouchement, spasmes utérins, frigidité, asthénie sexuelle
  • Affections cutanées : démangeaisons, brûlure, plaie, écorchure, acné, parasites cutanés (gale, teigne), mycoses (aspergillose, candidose), piqûre d’insecte
  • Troubles urinaires : cystite, urétrite
  • Nervosité, agitation, stress, anxiété, angoisse, panique, troubles du sommeil, insomnie (permet une meilleure gestion de ces manifestations en abaissant la température cutanée, le rythme cardiaque, le rythme respiratoire et la pression sanguine)
  • Poussées dentaires

Propriétés psycho-émotionnelles et énergétiques

L’analyse biochimique abordée plus haut met en évidence l’importance des sesquiterpènes au sein de l’huile essentielle d’ylang-ylang. Les chiffres indiqués (38 et 42 %) ne sont que des moyennes. Il est possible de rencontrer des huiles essentielles d’ylang-ylang en contenant bien davantage, de l’ordre de 60 à 70 % (plus le taux de sesquiterpènes augmente et plus celui d’esters baisse). Mais, dans un cas comme dans l’autre, cette prédominance sesquiterpènes/esters signe l’appartenance de l’huile essentielle d’ylang-ylang à l’élément Eau, un élément en relation avec la sensibilité, les émotions, l’affectivité, l’amour… Ce qui est fort intéressant, sachant que les sesquiterpènes agissent à droite du cortex droit, duquel émane les émotions, l’action fusionnelle, les émotions et le plaisir. Sans pour autant être aphrodisiaque, l’ylang-ylang favorise l’expression des sentiments, tout en ayant une action sur l’hypophyse, laquelle commande de nombreuses autres glandes endocrines dont les gonades. L’huile essentielle d’ylang-ylang intervient donc en cas d’impuissance et de frigidité.

Davantage yin que yang, l’huile essentielle d’ylang-ylang permet de canaliser le méridien du maître cœur (c’est-à-dire celui qui seconde le méridien du cœur), en particulier lorsqu’il est agité d’énergie trop yang, provoquant nervosité, irritabilité, agitation, manque de joie et d’enthousiasme.

En ce qui concerne les chakras, un raccourci simplificateur (pour ne pas dire simpliste) que l’on rencontre souvent a voulu qu’on associe l’huile essentielle d’ylang-ylang au chakra sacré (ou chakra du sexe) pour des raisons aphrodisiaques. Or cette huile essentielle vibre beaucoup trop rapidement pour être associée à la couleur orange, à tel point qu’elle entre en résonance avec le chakra de la couronne (violet) et son corollaire le chakra du plexus solaire (jaune), en particulier si elle est plus riche d’esters que de sesquiterpènes. Dans le cas contraire, elle se situera davantage au niveau du chakra de la gorge (bleu) et, indirectement, à celui du chakra sacré (orange).

Modes d’emploi

  • Voie orale avec circonspection
  • Voie cutanée pure ou diluée (selon le seul de tolérance cutanée ; certains auteurs la disent irritante pour la peau, voire dermocaustique (?!!!), d’autres la considèrent comme exempte de ce type de phénomène, un avis que je partage compte tenu de la haute teneur en sesquiterpènes présente dans cette huile essentielle)
  • Olfaction
  • Bain
  • Diffusion atmosphérique : à petite dose et en synergie avec d’autres huiles essentielles ou essences (le parfum de l’ylang-ylang peut devenir entêtant et, à force, provoquer des migraines et des nausées)

Contre-indications et autres usages

  • Grossesse : une fois de plus, les avis divergent sur cette question. Soit l’on recommande la prudence durant les trois premiers mois, soit on exclue purement et simplement cette huile essentielle durant la grossesse et l’allaitement.
  • Cosmétique : l’huile essentielle d’ylang-ylang maintient le taux de sébum quel que soit le type de peau. Elle estompe les rides et revitalise les peaux fatiguées et asphyxiées. On la rencontre souvent dans les parfums, les eaux de toilette, les savons…
  • Usages capillaires : stimulation de la repousse capillaire, atténuation des démangeaisons du cuir chevelu, régulation du taux de sébum sur cheveux trop secs ou trop gras, cheveux abîmés, pellicules…
  • Cuisine : certaines huiles essentielles peuvent se prêter à un usage culinaire, l’ylang-ylang est de celles-là. En Asie du sud-est, l’ylang-ylang aromatise friandises, glaces et boissons. J’ai moi-même tenté une goutte d’ylang-ylang dans une compote de mangue. A essayer ! :)
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    1. On décèle aussi, dans le parfum de l’ylang-ylang, la fragrance du jasmin et celle de l’œillet.
    2. Il s’agit probablement du boori-boori, obtenu par macération de fleurs d’ylang-ylang dans de l’huile de coco. Outre la fièvre, cette pommade était employée dans les infections, mais aussi pour nourrir la peau et la protéger, ainsi que les cheveux, du soleil et des embruns.
    3. Nicolas Guibourt, Histoire naturelle des drogues simples.
    4. Au début du XX ème siècle, la Réunion comptait environ 200 000 arbres exploités, mais des cyclones successifs ont eu raison d’un grand nombre d’entre eux.
    5. Mayotte, dont le drapeau s’orne de deux fleurs d’ylang-ylang, compte essentiellement sur la culture de cet arbre. En effet, son économie dépend à 85 % des exportations d’ylang-ylang.

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Ylang_ylang

Le sureau (Sambucus nigra)

Sureau_noir_fleurs

Synonymes : sureau noir, sureau commun, suseau, susier, seus, seuillet, seuillon, sambu, hautbois, arbre aux fées, arbre de Judas.

Bien de ces noms vernaculaires reflètent l’une des caractéristiques propres au sureau, c’est-à-dire l’acidité de ses fruits. En ancien français, on l’appelle seü ou seür, tiré de sabucus, sambucus, une racine que l’on rencontre dans l’adjectif suret, désignant quelque chose d’un peu aigre et/ou acide. Cela n’a, semble-t-il, pas désobligé les populations préhistoriques des trois millénaires précédant la naissance du Christ, puisque nombre de stations datant de l’âge de bronze et de l’âge de fer ont révélé la présence de dépôts de graines de sureau. L’on sait donc qu’en Suisse et en Italie du Nord on procédait déjà à la récolte de ses baies.

Ce petit arbre typiquement européen a une longue histoire. C’est elle que je vais tenter de vous raconter. Dire que le sureau a joué un grand rôle à bien des égards est loin d’être une gabegie. Arbre attribut du dieu Pan, il est donc, bien évidemment, connu des Grecs qui l’appellent Aktê (Théophraste). A l’époque, on a déjà repéré ses propriétés laxative, diurétique et hydragogue (Hippocrate le tenait comme remède drastique de l’hydropisie par excellence). Dioscoride distingue cet Aktê du sureau yèble (ou hièble), Chamaektê, dont il dit que ses propriétés sont équivalentes à celles du grand sureau : cholagogue, cholérétique, hydragogue, emménagogue pour ce qui concerne l’usage interne. A l’extérieur, le sureau s’applique sur les inflammations, les brûlures, les ulcères, les douleurs goutteuses, ainsi que les morsures de vipères. Pline mentionne les qualités diurétiques des baies, racines et feuilles de sureau, et souligne le statut tinctorial des baies dont on se sert comme teinture capillaire. A cela, Galien ajoute les propriétés expectorante, mucolytique et résolutive du sureau, qui se paie même le luxe d’être invité en cuisine. D’après le De re coquinaria (attribué à tort à Apicius), « les baies de sureau s’utilisent pour faire un plat relevé, avec poivre, vin, garum (saumure de poissons), huile, raisins secs et œufs » (1).

Le sureau est un arbre commun qui, bien qu’il ne vive pas très vieux (30 à 100 ans), présente la particularité de s’enraciner facilement. De même, étant un arbre à troncs multiples, il ne craint pas de voir ses branches être coupées, lesquelles repoussent très rapidement de toute façon. Très présent dans les campagnes, à une époque où la ruralité est encore importante, il est fréquemment planté auprès des habitations. Ainsi a-t-on le sureau à portée de main. Et cette proximité doit nous interroger, et pas seulement en raison de son statut de pharmacie de campagne.
Arbre-médecine, le sureau est aussi propitiatoire et mis en scène au sein de rituels qui laissent penser qu’il participe autant du médical que du magique. Par exemple, Albert le Grand « rapporte une croyance […] issue de la magie sympathique, d’après laquelle l’écorce serait laxative lorsqu’elle est détachée du tronc de haut en bas et vomitive si l’on a opéré en sens inverse » (2). Le mouvement du cueilleur semble déterminer le rôle que jouera l’écorce récoltée dont on a remarqué les propriétés laxative et vomitive. Parfois, une date est clairement mise en évidence : le lendemain de la Toussaint pour fabriquer « le bâton du bon voyageur », la fête-dieu pour en récolter les fleurs. Bien d’autres plantes sont cueillies à cette occasion, et même plus tardivement, comme au 24 juin, c’est-à-dire la Saint-Jean (selon Arnold van Gennep, le sureau (hièble) composait les bouquets de la Saint-Jean). A cette période, « les inflorescences sont récoltées le jour même, la veille ou le matin avant le lever du soleil en Normandie, en Picardie et en Bretagne. Ces fleurs sont employées pour faire transpirer, lors des affections respiratoires, cutanées et oculaires » (3). Par ailleurs, sans pour autant se raccrocher à une quelconque date, on cueille le sureau dans le Morbihan (maladies de peau, lavage des plaies, ulcères et dartres), dans le Maine-et-Loire (diarrhées), en Franche-Comté (sureau noir et hièble « se retrouvent dans la litière des bêtes pour prévenir ou guérir les maladies locomotrices » (4)), ailleurs encore, on utilise la moelle contenue dans les jeunes rameaux ou bien les feuilles de sureau contre les verrues : « frotter une feuille de sureau sur une verrue la faisait disparaître, à condition de l’enterrer par la suite. Quand elle pourrissait, la verrue disparaissait » (5).
Mais le sureau ne se cantonne pas qu’au territoire français, loin s’en faut. En Allemagne et au Danemark, si l’on supplie le sureau (6), au Tyrol, on le respecte tant qu’il est d’usage d’ôter son chapeau quand on le croise. En Allemagne encore, on dit que le sureau soulagerait les maux de dents et qu’en Suède les femmes enceintes embrassent cet arbre afin d’attirer sur elle la bienveillance du sureau qui est, selon une légende danoise, un génie protecteur. « Un chant populaire russe nous apprend que les sureaux éloignent les mauvais esprits, par compassion envers les hommes » (7), ainsi que la foudre. Battre ses vêtements avec une branche de sureau permet de les désensorceler ; afin de protéger sa maison des serpents, il est bon de planter un sureau à chaque coin de la maison, et si cela ne suffit pas, la tige de sureau permet de frapper à mort les serpents et d’éloigner les voleurs (Sicile). Outre la protection des habitations, des biens et des personnes, le sureau était parfois convié lors des rites nuptiaux. Ainsi, en Ukraine et en Serbie, le bâton de sureau est de bon augure lors des noces.

Maintenant, « on peut légitimement se demander quel raccourci simplificateur a pu permettre la mise à l’index du yèble et avec lui de tous nos sureaux noirs et rouges ? La chose est vraie partout, excepté dans les régions de l’Est et du Nord de notre pays ; régions mitoyennes des pays sous influence germanique, dont les habitants vénèrent l’arbre aux fées » (8). A cette interrogation de Bernard Bertrand, il est permis d’apporter quelques éléments de réponse. Le légendaire chrétien a fait des baies de sureau, dont la couleur lui rappelle celle du sang, un symbole de remord, très certainement parce que Judas se serait pendu à un sureau. De fait, pour le christianisme, le sureau est devenu le bois du diable, subtile manière d’en détourner les croyances païennes. Quant à Judas, cela ne relève que de la fable, sachant que le sureau ne pousse pas des masses dans les environs de Jérusalem et qu’il existe arbre plus solide pour y passer une corde. Enfin, passons… Non, ce que tout cela met en évidence, malgré les efforts déployés pour viser à la dissimulation, c’est le rôle qu’a pu jouer le sureau dans toute l’Europe païenne. Diaboliser le sureau aura été donc une méthode pour lutter contre les ennemis du christianisme et leurs croyances qu’on a rapidement cherché à reléguer au rang de superstitions.
La réputation du sureau est telle que cet arbre entretient des relations avec diverses divinités nordiques (Thor), gauloises (Taranis, Sucellos) et irlandaises (Mog Ruith). A ce titre, le sureau s’exprime à travers l’alphabet magique des Celtes qu’est l’Ogham. Un de ces oghams, taillé dans du bois de sureau, porte le nom de Ruis (à lier à la rune Raidho). Ruis, en vieil irlandais, fait référence à la couleur rouge, renvoyant tant à la vie (c’est la couleur du fluide vital) qu’à la mort (c’est aussi celle du sang versé lors des combats). Ainsi, l’ogham Ruis indique-t-il le renouveau, la régénération, le changement, l’évolution, la transition, mais en aucun cas la stagnation. Si tel est le cas, cet ogham est une invitation à se « remuer ». En cela, Ruis évoque la déesse hippomorphe Epona, patronne des voyages (rappelons l’importance du bâton du bon voyageur fabriqué dans du bois de sureau…). Avec Ruis, il est donc question de voyage, de mobilité, de déplacement, tant sur le plan physique que mental, appelant dans ce dernier cas la souplesse d’esprit, la volonté de résoudre des conflits intérieurs entravant le bon cheminement des idées spirituelles, enfin la légèreté dans l’exécution de ces tâches (l’ogham Ruis est l’un des plus légers).
Pour les Celtes, la nouvelle année débute à Samain, avec le bouleau, et se termine avec le sureau, lequel est associé aux dernières nuits du calendrier celte. C’est pourquoi il a aussi, comme l’if, une valeur funéraire, son nom allemand – holunder – devant être mis en relation avec la déesse nordique de la mort, Hela. Aussi, si l’on fabriquait des cercueils en bois de sureau, mieux ne valait pas faire de même pour les berceaux ; on évitait même d’en brûler le bois au risque d’attirer la malchance ou, pire, la mort.
En Irlande, le sureau est l’arbre des fées. C’est dans des rameaux creux de sureau qu’on taillait des sifflets et des flûtes, instruments permettant d’appeler les esprits et de communiquer avec les défunts. Ces objets rappellent la flûte enchantée des contes bretons, révélatrice de secrets. Lors de la nuit de Walpurgis, que six mois séparent de celle de Samain, il était de coutume de porter des couronnes de branches de sureau afin de voir, en cette autre nuit particulière, les esprits des morts.

Histoire de contredire quelque peu Bernard Bertrand, il n’est pas exactement vrai que les régions où le christianisme s’est particulièrement implanté aient tout abandonné du sureau. Par exemple, l’école de Salerne (Italie) recommande le sureau, mais lui préfère les fleurs plutôt que les feuilles, pour une simple raison olfactive : « Laissez les feuilles de sureau. Nous n’en faisons nul cas dans notre pharmacie. Sa fleur est estimée ; en voici la raison ; la feuille sent mauvais, et la fleur sent fort bon ». En Italie, toujours, le médecin toscan Matthiole, s’il n’ajoute rien de neuf à propos du sureau, reprend cependant ce qu’en ont dit ses prédécesseurs. Au même siècle, Rembert Dodoens, formé à l’université catholique de Louvain (Belgique), indique les propriétés diurétique, purgative et sudorifique du sureau. Bien plus tôt, des personnalités religieuses telles qu’Hildegarde de Bingen et Albert le Grand ont fait cas du sureau ; quand bien même l’abbesse en fait bien peu (pour elle, il est presque inutile), Albert le Grand saura se montrer davantage prolixe à son sujet. En fait, christianisme ou pas, du sureau on colportera (cf. Grand Albert, Petit Albert, etc.) bien des recettes à travers les siècles : les feuilles de sureau entrent dans la composition d’un « baume excellent pour se garantir de la peste » (9). Le Grand Albert indique qu’on a « trouvé qu’il n’est rien dans la médecine de plus excellent que l’huile de noix faite au soleil avec des fleurs de sureau, pour guérir les nerfs offensés » (10).
Au XX ème siècle, on est loin de ces querelles de chapelle. En 1901, Malméjac isole de l’écorce de sureau un alcaloïde, la sambucine. Quatre ans plus tard, le pharmacien Émile Bourquelot met en évidence la présence d’un glycoside cyanogénique dans le sureau, la sambunigrine. Enfin, en 1932, Much décèle dans les fleurs la présence d’une hormone…

Le sureau est un petit arbre (six à neuf mètres, au grand maximum, mais en général beaucoup moins) qui pousse en plaine comme en moyenne montagne. Il est très courant dans les clôtures, les broussailles, les décombres, les ruines, les sous-bois, le voisinage des lieux habités et en tout autre lieu frais et ombragé, mais c’est surtout la haie qu’il honore de sa présence. Par exemple, en Normandie, il compose à lui tout seul des haies taillées et entrelacées.
Les rameaux porteurs de feuilles sont creux et garnis d’une moelle blanche quand ils sont jeunes. Les feuilles sont composées de cinq à sept folioles allongées et dentelées et dégagent une odeur peu plaisante lorsqu’elles sont froissées. Les toutes petites fleurs du sureau, de couleur blanc crème, sont groupées en larges corymbes (parfois 20 cm de diamètre). On dit aussi leur parfum peu avenant, musqué même. Mais mieux vaut le laisser à la libre appréciation de chacun, sachant comme nous sommes inégaux face aux odeurs. Enfin, des billes rondes, luisantes acides et noires à maturité, sont emplies d’un jus violacé et de petites graines plates et friables.

Les baies pendantes du sureau noir (Sambucus nigra)

Les baies pendantes du sureau noir (Sambucus nigra)

Le sureau noir en phytothérapie

Ce petit arbre des campagnes est riche de substances diverses disséminées dans toutes ses parties, ce qui fait qu’on utilise tant les fleurs que les baies, mais aussi les feuilles et la seconde écorce (le liber) des rameaux d’un ou deux ans. Enfin, il arrive qu’on destine parfois la médulline, c’est-à-dire la moelle blanchâtre contenue à l’intérieur des rameaux creux, ainsi que la seconde écorce des racines, à quelques usages médicinaux.
Sans être exhaustif, listons quelques-uns des principes actifs propres à chaque partie végétale :

  • Fleurs : soufre, gluten, albumine, résine, calcium, potassium, essence aromatique de nature butyreuse, mucilage, flavonoïdes, sambucine, choline, acides malique, valérianique, vinique et phénolique, sucre
  • Baies : sucre, essence aromatique, principe amer, cire, gomme, résine, acides valérianique, acétique, vinique et citrique, tyrosine, pentosane, pigment, cyanidine, flavonoïdes, vitamines A et C
  • Écorce : tannin, résine, essence, sambucine, sambunigrine, soufre, chlorophylle, amidon, pectine, albumine, acide valérianique
  • Feuilles : émulsine, invertine, saccharose, salpêtre, sambucine, sambunigrine

Propriétés thérapeutiques

  • Purgatif, dépuratif, laxatif, diurétique, hydragogue
  • Anti-inflammatoire, antinévralgique, antirhumatismal, antigoutteux
  • Détersif, résolutif, émollient, adoucissant, sédatif cutané
  • Sudorifique, fébrifuge
  • Immunostimulant
  • Mucolytique, expectorant
  • Antilithiasique
  • Anti-épileptique

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère respiratoire : bronchite, catarrhe bronchique, pneumonie, rhume, rhinite, angine, pharyngite, asthme
  • Troubles de la sphère intestinale : constipation, constipation par atonie intestinale, diarrhée, diarrhée chronique, dysenterie
  • Troubles de la sphère urinaire et rénale : polyurie, dysurie, anurie, néphrite chronique, lithiase urinaire, cystite
  • Troubles locomoteurs : goutte, rhumatisme, rhumatisme articulaire aigu, arthrite, névralgie, contusion, entorse, fracture
  • Affections cutanées : eczéma, érysipèle, panaris, phlegmon, plaie gangreneuse, ulcère, forte inflammation localisée, tumeur froide, dermatose, engelure, furoncle, brûlure, teigne, peau grasse
  • Affections oculaires : ophtalmie, conjonctivite, inflammation des paupières, orgelet
  • Grippe, refroidissement, fièvre éruptive (favorise l’éruption dans la rougeole, la scarlatine et la variole)
  • Affections œdémateuses : hydropisie, engorgement atonique des viscères abdominaux, engorgement articulaire, ascite, pleurésie, anasarque
  • Épilepsie
  • Douleur hémorroïdaire, hémorroïdes fluentes ou sèches
  • Saignement de nez
  • Piqûre d’abeille, morsure de vipère

Modes d’emploi

Trop nombreux pour être négligés, nous allons en lister rapidement quelques-uns et ajouter quelques recettes.

  • Suc d’écorce et de baies fraîches
  • Décoction de baies, d’écorce ou de feuilles
  • Infusion de fleurs sèches
  • Vin d’écorce fraîche
  • Rob (confiture sans sucre ajouté durant la cuisson) de baies fraîches
  • Bain médicinal : deux poignées de fleurs dans un sac en tissu à placer dans l’eau chaude d’un bain. Pendant dix minutes, pour réguler les peaux grasses.
  • Vinaigre de fleurs de sureau (recette n° 1) : faites macérer 10 g de fleurs de sureau fraîches dans ½ litre de vinaigre de cidre pendant trois bonnes semaines à la chaleur du soleil. Filtrez et conservez en bouteille hermétique. Une cuillère à soupe de ce vinaigre diluée dans une tasse d’eau chaude sucrée au miel. En cas de maux d’estomac, flatulences, constipation, goutte, rétention d’eau.
  • Vinaigre de fleurs de sureau (recette n° 2) : 5 corymbes de fleurs de sureau fraîches, 250 g de sucre roux, 1 grand verre de vinaigre de cidre, 1 zeste de citron frais, 1 litre d’eau. Placez l’ensemble des ingrédients dans un bocal suffisamment grand et laissez macérer le tout pendant 2 à 3 jours. Filtrez et mettez en bouteille hermétique. Prenez un ½ verre de ce vinaigre allongé d’autant d’eau chaque matin en cas de troubles des règles et de rétention d’eau.
  • Vinaigre de baies de sureau : remplissez un bocal de baies de sureau mûres puis couvrez-les de vinaigre de cidre. Faites macérer pendant trois semaines à la chaleur du soleil. Filtrez puis conservez en bouteille hermétique. Prenez une cuillère à soupe trois fois par jour en cas de bronchite, de toux persistante ou de sciatique.

Dans l’ancien temps, de nombreuses préparations pharmaceutiques contenaient du sureau : l’eau hystérique, l’eau générale, l’onguent martial, etc.

Contre-indications, précautions d’emploi, autres usages, etc.

  • Récolte : les fleurs fin juin, les fruits à maturité (fin août, septembre), les feuilles durant la belle saison, l’écorce juste avant floraison (avril) ou après fructification (octobre).
  • Conservation : l’écorce doit impérativement être employée fraîche, la dessiccation lui faisant perdre (presque) toute propriété. Malgré sa saveur douceâtre, âcre et nauséeuse, c’est la partie la plus active du sureau. Les fleurs, qu’on dit d’odeur peu agréable lorsqu’elles sont fraîches, se prêtent bien à la dessiccation, à condition de bien réaliser cette dernière. En effet, un séchage trop lent et/ou exposé à l’humidité altère la qualité, dont le signe évident est un noircissement de la matière végétale qui doit conserver une couleur jaune pâle. Les feuilles, elles aussi à l’odeur peu agréable, se prêtent bien à la dessiccation en vue d’un usage ultérieur.
  • Toxicité : sans être véritablement toxique, l’usage du sureau est soumis à l’observance d’un certain nombre de « règles ». Seconde écorce et feuilles, à l’état frais, peuvent occasionner des désordres digestifs, tels que diarrhée, nausée et vomissement, mais à la condition d’être fortement dosées (à ce titre, notons qu’il est préférable de s’abstenir en cas d’irritation des organes digestifs). Quant aux baies, il n’est pas recommandé de les consommer vertes (quelle idée ?!), ni crues même à maturité d’aucuns disent, peut-être en raison de ce que nous aborderons un peu plus loin.
  • Confusion : ne pas confondre le sureau noir avec le sureau yèble ou hièble (Sambucus ebulus). Si ces deux sureaux possèdent fleurs, fruits et feuilles similaires ou presque, on n’hésite pas longtemps sur le critère qui les différencie : le sureau noir est un petit arbre ayant très souvent la forme d’une boule, alors que le yèble n’en est pas un puisqu’il est herbacé. Ce dernier présente de denses grappes de baies tournées vers le haut alors qu’elles sont pendantes et bien moins fournies chez le sureau noir.
  • Cuisine :
    – Les fleurs, dont on dit l’odeur « musquée » donnent au vin dans lequel elles fermentent une odeur de muscat. Elles aromatisent aussi le vinaigre. Il est aussi possible d’en parsemer une salade de fruits ou bien de les incorporer dans une tarte ou un gâteau.
    – Les baies : confiture, gelée, compote, sauce, sorbet, glace, jus de fruits, vin (comme le « vin » de sureau anglais). Elles peuvent aussi garnir une volaille ou du gibier, à l’instar des airelles.
  • Matière tinctoriale : avec les baies, on se teint les cheveux au moins depuis le temps de Pline ; elles colorent de violet les peaux. Mis à part cela, on extrait du sureau des matières colorantes verte et noire.
  • Arbre à double tranchant, le sureau ne s’en laisse pas compter. Outre le fait que son ombrage ait la réputation d’être nuisible (sa forte odeur est mise en cause), le feuillage du sureau n’est généralement pas consommé par le bétail, baies et fleurs seraient néfastes pour la volaille (poules, dindons…). Même les chenilles n’osent croquer dans ses feuilles. En revanche, le sureau est un protecteur contre ces animaux : une décoction concentrée de sureau était aspergée dans les potagers afin d’en écarter les chenilles et autres ravageurs ; on plaçait également des rameaux de sureau frais à proximité des oliviers et des arbres fruitiers pour la même raison. Quant aux fleurs, elles ont la vertu d’éloigner la teigne des étoffes de laine. Enfin, des feuilles de sureau intercalées entre des rangées de pommes en assurent la conservation tout en leur conférant une saveur d’ananas.
  • Le bois de sureau trouva des utilisations dans la fabrication de petits objets (peignes, boîtes, etc.).
  • En France, il existe un autre sureau, le sureau rouge (ou sureau de montagne, sureau à grappes) : Sambucus racemosa.
    _______________
    1. Fabrice Bardeau, La pharmacie du bon dieu, p. 266
    2. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, pp. 915-916
    3. Christophe Auray, Remèdes traditionnels de paysans, pp. 52-53
    4. Ibidem, p. 114
    5. Gilles Gras, Herbes et feux de la Saint-Jean, une survivance du paganisme ? p. 61
    6. Dans ces pays on s’adresse au sureau en ces termes : « Bonjour, monsieur le yèble ; si vous ne sortez pas les vers de l’endroit où ils sont, je vous coupe la jambe et le pied », cité par Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, p. 354
    7. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, p. 355
    8. Bernard Bertrand, L’herbier toxique, p. 186
    9. Petit Albert, p. 348
    10. Grand Albert, p. 175

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Les baies ascendantes du sureau yèble (Sambucus ebulus)

Les baies ascendantes du sureau yèble (Sambucus ebulus)

Le chardon-marie (Silybum marianum)

Chardon-Marie

Synonymes : chardon marbré, chardon bénit, chardon argenté, chardon de Notre-Dame, lait de Notre-Dame, artichaut sauvage, silybe, épine blanche. En anglais : milk thistle. En allemand : mariendistel.

Bien que le mot silybum désigne durant l’Antiquité une espèce de chardon sauvage comestible, le chardon-marie est difficilement distingué des autres chardons (onopordon, cirses, etc.) durant cette période. Peu usité au Moyen-Âge, peut-être est-il permis de penser que le Cardo d’Hildegarde de Bingen représente bien le chardon-marie. Quand bien même cela ne serait pas lui, les indications qu’en donne Hildegarde évoquent assez les propriétés médicinales du chardon-marie : « Si on a mangé ou bu du poison, réduire en poudre du chardon, tête, racines et feuilles, et prendre cette poudre dans un aliment ou une boisson, et le poison sera chassé » (1). Hildegarde fait clairement référence aux propriétés détoxifiantes et dépuratives du chardon, propriétés que l’on reconnaît au chardon-marie, lesquelles sont renforcées par le fait qu’Hildegarde prescrit le Cardo en cas d’éruptions cutanées et de boutons sur le corps, qui sont souvent à l’origine d’un déficit de dépuration corporelle et l’expression d’une intoxication par les déchets que produit l’organisme. Il est possible qu’Hildegarde souligne les propriétés drainantes de son Cardo.
Bien plus employé par la médecine populaire, le chardon-marie devra attendre l’orée du XVI ème siècle avant que les thérapeutes le prennent enfin en considération. On a souvent reproché aux médecins de la Renaissance leur extravagance. Paracelse le préconisait contre les « brûlures intérieures » et le botaniste anglais John Gerard pour les « maladies de la mélancolie ». La racine, apéritive et pectorale, ainsi que les feuilles toniques amères furent vantées durant la Renaissance contre diverses affections. Matthiole, beaucoup plus précis, l’annonce hydragogue, cholagogue et diurétique. Aujourd’hui, la médecine traditionnelle chinoise indique que le chardon-marie tonifie l’énergie des méridiens du Foie et des Reins, cela en dit long sur la perspicacité du médecin toscan, ayant vraisemblablement constaté l’action du chardon-marie sur les états congestifs et surtout sa capacité circulatoire à bien des égards. Cependant, dès le XVIII ème siècle, les vertus du chardon-marie, aussi diverses soient-elles, sont jetées aux orties par les praticiens. Cazin écrit ceci : « On a exalté les propriétés antipleurétiques de la graine de chardon-marie donnée en poudre ou sous forme d’émulsion. Triller rejette avec raison comme illusoire la vertu spécifique attribuée à des semences presque inertes » (2). La charge est massive, mais peut-être pas dénuée de fondement, puisque les données actuelles ne permettent pas d’envisager une action du chardon-marie sur la pleurésie. Le docteur Cazin ne s’arrête pas là : « La propriété antihydrophobique de ces semences, annoncée par Lindanus, est depuis longtemps vouée au ridicule », écrit-il en 1858. La même année, Lobach remet en cause les vertus hémostatiques du chardon-marie, mais elles seront confirmées par Lange deux ans plus tard, puis par Rademacher en fin de XIX ème siècle. C’est une véritable bataille d’experts qui fait rage dans les années 1800. Cazin poursuit son réquisitoire : « Les prétendues vertus désobstruantes, apéritives et emménagogues du chardon-marie seraient dues, suivant une ancienne superstition, à des gouttes de lait tombées du sein de la Vierge, et qui en auraient taché les feuilles » (3) !!!? Là, j’avoue ne pas comprendre le rapport entre ces propriétés et la légende médiévale qui a donné son nom à la plante et qui cherche avant tout à mettre en relation un végétal avec un épisode biblique. Lors de la fuite en Égypte, Marie sait que son enfant est menacé par Hérode. Aussi le cacha-t-elle sous les larges feuilles d’un chardon. Dans sa hâte, des perles de lait tombèrent de son sein et tracèrent les fameuses marbrures blanches bien visibles sur le feuillage du chardon-marie. Non, je ne vois pas le rapport. Cela n’empêche pas Cazin de conclure, assénant que « cette plante est aujourd’hui [nda : en 1858] tout à fait inusitée en médecine » (4). Qu’importe. Le XX ème siècle saura redorer le blason de cette plante répudiée. En 1921, Borutteau et Cappenberg, travaillant longuement sur l’un des principes actifs du chardon-marie, établissent que la plante possède une action assez proche de celle de l’ergot de seigle, dans le sens où elle augmente la pression sanguine, ce à quoi le docteur Leclerc fera écho, précisant que « la médication présente […] l’avantage […] de pouvoir être continuée aussi longtemps que nécessaire, sans jamais substituer à l’hypotension de réaction hypertensive. »

On a accordé au chardon un caractère revêche et désagréable, faisant de lui l’emblème de l’austérité et de la vengeance. Pourtant, hérissée, sa « fleur » en forme d’astre, évoque la défense périphérique et la protection du cœur. Il est aussi un symbole solaire, tel que l’explique Angelo de Gubernatis : « On devine aisément que l’esprit humain […] ait identifié le chardon qui pique et qui ensanglante les mains de ceux qui le cueillent, avec l’astre du jour, qui, à l’heure de son apogée céleste, a été choisi pour représenter le sang qui jaillit de la tête de Jean-Baptiste » (5). « Reprochant sa conduite à Hérode à propos de sa vie conjugale qu’il qualifiait de scandaleuse, saint Jean-Baptiste fut condamné à mort par décapitation après que Salomé eut réclamé sa tête sur un plateau en argent » (6). Saint Jean-Baptiste est aujourd’hui fêté le 24 juin, soit à une date proche du solstice d’été représentant l’apex solaire.

Le chardon-marie est une solide et rustique plante bisannuelle qui élit domicile sur des lieux incultes, tels que décombres, décharges, friches riches en nitrates, bordures de chemin, ruines, etc. Assez souvent implanté dans le voisinage des villages, le chardon-marie opte aussi pour des terrains secs et broussailleux, des sols bien drainés et ensoleillés de toutes les régions méditerranéennes. Plus au nord, soit au-delà de la Loire, cette plante se fait rare, mais se rencontre tout de même en Angleterre ainsi qu’au Danemark, par exemple.
Constitué d’une tige cannelée dotée de feuilles lobées, brillantes et épineuses, ce chardon se caractérise par les fortes nervures centrales de ses feuilles marbrées de blanc. Au sommet de cette haute tige (qui peut parfois atteindre 1,50 m), on trouve un capitule de fleurs pourpres, lesquelles donneront naissance à de petites graines brunes et allongées, surmontées d’une aigrette.
Parfois cultivé dans les jardins, le chardon-marie est autant une plante médicinale qu’ornementale, mais c’est aussi un légume dont les lapins sont très friands.

Chardon-Marie_feuillage

Le chardon-marie en phytothérapie

La pratique moderne accorde beaucoup de place à la semence de ce grand chardon, alors qu’autrefois l’intérêt allait aux feuilles et à la racine. Ces deux dernières parties végétales contiennent surtout des tannins et des principes amers, tandis que les graines sont riches en lipide et en amidon, mais aussi en flavonoïdes et en silymarine (composée de silibyne, de silychristine et de silydianine), laquelle « est à la base de spécialités pharmaceutiques prescrites comme hépatoprotectrices dans les états congestifs du foie et les séquelles d’hépatites virales ».

Propriétés thérapeutiques

  • Hépatoprotectrice (le chardon-marie protège la cellule hépatique), hépatostimulante, décongestionnante hépatique, cholagogue, antilithiasique biliaire
  • Tonivasculaire, tonicardiaque, tonique circulatoire, vasoconstrictrice, hypertensive, hémostyptique, hémostatique
  • Apéritive, digestive, stimulante gastrique
  • Tonique (par action sur les surrénales)
  • Potentiellement fébrifuge
  • Diurétique, dépurative, détoxifiante
  • Cicatrisante, résolutive

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère hépatobiliaire : hépatite, insuffisance hépatique, congestion hépatique, cirrhose, lithiase biliaire, ictère, hypertrophie du foie, effets secondaires des traitements chimiothérapeutiques sur le foie, sevrage alcoolique et cure de désintoxication
  • Troubles de la sphère cardiovasculaire : défaillances de l’appareil cardiovasculaire et ses conséquences (hypotension permanente, varice, nausée, urticaire, migraine, distension douloureuse des veines intercrâniennes, hémorroïdes, ectasie veineuse, hypotonie avec vertige, mal des transports (7))
  • Hémorragies : métrorragie, métrorragie liée à fibrome, cancer et/ou sclérose de l’utérus, hémoptysie, ménorragie, règles trop abondantes, dysménorrhée, hématurie, saignement de nez
  • Affections cutanées : ulcère, furoncle
  • Maladies infectieuses, tuberculose, grippe
  • Empoisonnement au cadmium
  • Surmenage intellectuel
  • Névrose de guerre (Leclerc)

Modes d’emploi

  • Infusion de feuilles ou de semences concassées
  • Teinture-mère de feuilles ou de semences
  • Gélules de poudre de semences
  • Alcoolature

Contre-indications, précautions d’emploi et autres usages

  • Le chardon-marie est, comme l’indiquait le docteur Leclerc au siècle dernier, dénué de toxicité. En revanche, il protège le foie lors de la prise d’huiles essentielles hépatotoxiques (sarriette des montagnes, origan vulgaire, thym vulgaire à thymol…).
  • Il est possible d’associer le chardon-marie à la fumeterre pour un effet drainant sur le foie et à l’artichaut pour un effet protecteur.
  • Alimentation : on peut être surpris qu’une plante au tel aspect puisse être comestible, mais c’est bien pourtant le cas. Les racines du chardon-marie, quand elles sont tendres et charnues, se consomment à la manière des salsifis. Elle peuvent être ajoutées à un ragoût, à l’instar de la carotte et du navet. On en fit même des confitures. Les très jeunes pousses, cuites ou crues, ainsi que les feuilles (dont on aura pris soin d’ôter les épines) sont également comestibles. Quant aux nervures centrales des grosses feuilles (qui peuvent parfois atteindre 50 cm de long sur 25 de large), elles se cuisinent à la manière des cardons. Enfin, les capitules se mangent, une fois cuits à la vapeur, comme les artichauts.
  • La silybine contenue dans les semences du chardon-marie est parfois employée comme principal antidote de l’amanite phalloïde dont l’ingestion est, dans la plupart des cas, mortelle. Le seul hic dans ce cas, c’est que lorsque les premières symptômes d’intoxication apparaissent, les dégâts causés au foie sont déjà importants…
    _______________
    1. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 107
    2. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 255
    3. Ibidem
    4. Ibidem
    5. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, p. 62
    6. Gilles Gras, Herbes et feux de la Saint-Jean, une survivance du paganisme ?, p. 35
    7. Le chardon-marie est, selon Fournier, un « préventif du mal de mer et des troubles causés à certains hypotendus par les voyages en automobile ou en chemin de fer. »

© Pour le texte : Books of Dante © Pour les images : Pescalune photography – 2016

Chardon-Marie_2

Huile essentielle de fenouil

Foeniculum_vulgare

Au sujet du fenouil, plante endémique du pourtour de la Mer méditerranée, il y a fort à faire et beaucoup à dire. Très anciennement employé, il fut même connu des Chinois et des Hindous (1), c’est dire l’étendue de son aire d’influence. En Égypte, des papyrus vieux de près de 5000 ans indiquent sa présence, de même que des tablettes mésopotamiennes (Babylone, Assyrie…).
Vue l’étendue de l’empire grec à une certaine époque, il n’est pas tellement étonnant de retrouver le fenouil au sein de la société grecque d’alors. On le rencontre chez Théophraste et Dioscoride sous le nom de marathron (2), en relation avec la localité où s’est déroulée la célèbre bataille de Marathon entre les Grecs et les Perses en 490 avant J.-C., marathon ne signifiant simplement que « champ de fenouil », endroit duquel Philippides se rendit à Athènes en courant afin d’annoncer la victoire des Grecs sur les Perses, puis mourir d’épuisement comme l’on sait. C’est pour cette raison que le fenouil symbolise la victoire et le succès. Et c’est peut-être pour cela que le fenouil est devenu la plante miraculeuse des athlètes grecs. En en mâchant les graines, les dieux du stade entendaient s’arroger force et longue vie.

Dès la Collection hippocratique, on peut considérer que les propriétés médicinales du fenouil deviennent pléthoriques. Dans ce traité, on trouve une indication pour lutter contre la stérilité (avec aneth, pin, garance et verveine) et une autre comme galactogène (c’est-à-dire favorisant la lactation chez la femme). Le fenouil aurait donc un rapport avec la fécondité. Mais c’est probablement Dioscoride qui fut le premier à établir les propriétés majeures du fenouil : emménagogue, galactogène, diurétique, utile aux néphrétiques et aux sujets souffrant d’affections vésicales (strangurie, lithiase). Dans la Materia medica, il est aussi dit que le fenouil est efficace contre les nausées et les brûlures d’estomac, les morsures de chien et de serpent (« s’enduire de son suc prémunit de la morsure des serpents ») et surtout qu’il est un remède de choix contre les affections oculaires, une indication tenace qui lui collera à la peau pendant très longtemps : « L’on prépare utilement le suc exprimé des tiges et des feuilles pour les affections des yeux, par exemple pour éclaircir la vue ». Pline, comme à son habitude, est dithyrambique à propos du fenouil. Mais, reprenant peu ou prou Dioscoride, nous n’allons pas mentionner de nouveau les indications du médecin grec, hormis celle qui vaudra au fenouil une réputation particulière. En effet, Pline nous parle d’une « thériaque » (3) dans la composition de laquelle entre le fenouil. Elle serait, dit-il, « efficace contre tous les animaux venimeux, excepté l’aspic ». Mais, le plus curieux, à propos du fenouil et du serpent, est ceci : « Les serpents en mangent quand ils dépouillent leur vieille peau et s’éclaircissent la vue avec le suc. On comprit par là que pour l’homme aussi, c’était un excellent remède pour éclaircir la vue ». Mais aussi : « Le suc d’oignon, pris avec le suc de fenouil, agit merveilleusement contre la cataracte à ses débuts ». Pourquoi cette insistance ? Comment les mues successives des serpents ont-elles pu faire en sorte qu’on déduise que le fenouil, soi-disant consommé par ces mêmes serpents, avait le pouvoir de renouveler la vue en faisant disparaître les taies cornéennes, comme si le fenouil avait la vertu de faire « muer » les yeux ! S’il est évident que le serpent est symbole de renouvellement et de rajeunissement, il paraît hasardeux de le lier au fenouil. Difficile d’y voir clair dans tout cela. Mais mon petit doigt me dit qu’une once de lumière peut provenir de la mythologie. Prométhée « s’introduisit un jour dans l’Olympe avec l’aide d’Athéna, alluma une torche au char du Soleil et en détacha une braise qu’il introduisit dans la tige creuse d’un fenouil géant. Puis il s’enfuit et apporta ainsi le feu aux hommes » (4) qui, tout comme nous, d’une obscure situation, parvinrent à la clarté de l’esprit. De là découle l’un des surnoms du fenouil : « fille du soleil ». Or, moins que le feu, le fenouil en est au moins le porte-flamme, et sans pour autant être un seul remède ophtalmique, le fenouil, quand on dit qu’il éclaircit la vue, rend claire la vision spirituelle que l’on peut avoir sur tel ou tel sujet ! Mais creusons davantage profondément (bien que dans le noir il n’y fait pas très clair, nous sommes maintenant, tout comme Prométhée, armés d’une lumineuse information à propos du fenouil, aussi, aucune crainte à avoir ^^). Le fenouil, nous dit-on, se plaît là où prospère la vigne (où nous embarque-t-il encore, pensez-vous, n’est-ce pas ? ^^). Le dieu grec Sabazios, dont l’emblème principal est le serpent, divinité à laquelle on rendait un culte, entretenait des mystères auxquels les adeptes se rendaient parés de peuplier blanc (tiens donc !) et de fenouil. Assimilé parfois à Dionysos, « dieu des visions extatiques », il partage, avec cette divinité plus connue, le fenouil. Dionysos est particulièrement associé à la vigne, mais, alors que vient le printemps, il se couronne de fenouil, ainsi que ceux qui lui rendent un culte, portant sur eux la plante « qui rend les yeux brillants ». Pas si mal comme explication, non ? J’ose espérer que le clin d’œil à Athéna n’aura pas échappé à votre sagacité. Bien qu’à ma connaissance le fenouil ne soit pas dédié à cette divinité, Athéna n’en porte pas moins comme emblème la chouette dont on n’ignore pas la vue perçante. Peut-être a-t-elle été jointe à Prométhée afin de renforcer le sens que l’on peut allouer au fragment mythologique évoqué plus haut.

Prométhée

En tout état de cause, l’explication selon laquelle le fenouil redonne la vue s’est perpétuée d’auteur à auteur, et ce bien après l’Antiquité. Galien reprend Dioscoride et, avec Columelle, mentionne l’usage alimentaire du fenouil qui était aussi convié, du moins sa graine, aux orgies romaines, comme digestif et carminatif.
Au IV ème siècle après J.-C., Apulius Platonicus l’indiquait contre les douleurs vésicales, au siècle suivant, Aetius ne fait pas autre chose que de pomper Dioscoride, tandis que Marcellus Empiricus conseille « un vin de fenouil que l’on doit boire assis sur le seuil de sa porte » pour chasser la toux (5). Au VI ème siècle, Alexandre de Tralles semble bien connaître le fenouil puisqu’il le dit capable de guérir les affections suivantes : le hoquet, les coliques néphrétiques, les maux d’estomac, la podagre (la goutte), l’hydropisie, et, bien sûr, les troubles oculaires, ce en quoi Paul d’Egine (VII ème siècle) ne dérogera pas. A cette époque, on a déjà glissé dans le Moyen-Âge. Au temps des carolingiens, on constate la présence du fenouil dans les jardins impériaux, répandu plus au nord de l’Europe grâce aux bénédictins, et les capitulaires de Louis le Pieu et de Charlemagne se font fort d’en assurer et d’en faire respecter la culture. Il faut dire que Charlemagne, prenant exemple sur les bombances romaines, était, pour les embarras digestifs qu’elles provoquent, un gros consommateur de fenouil.
Une fois encore, le fenouil ne manquera pas à l’appel, chaque siècle aura son homme ou sa femme à même d’en faire l’éloge : Strabo, outre qu’il réaffirme les propriétés pectorales, digestives et galactogènes, indique aussi que le fenouil « guérit les yeux que déjà envahissent les ténèbres » (6). Avoir la vue claire, n’est-ce pas aussi être devin ? Macer Floridus donne à son foeniculum les mêmes vertus que celles que l’Antiquité lui prêtait (soulignons que Macer Floridus s’inspire largement des écrits des anciens Grecs et Romains). C’est pourquoi, lorsqu’on le lit, on constate un effet de redondance : diurétique, galactogène, emménagogue, affections stomacales, antidote contre les venins et, bien entendu, ses qualités ophtalmiques : « Le suc de la graine verte, séché au soleil, est un spécifique excellent contre toutes les maladies des yeux » (7). Au XIII ème siècle, l’abbé Matthieu de Vendôme dira ceci à propos du fenouil : « Le riche fenouil se crispe en son parfum, avec lequel on castoie le mal spirituel ». Le verbe castoier a aujourd’hui le sens de châtier. Même si la signification de « se crisper » pose problème eu égard au contexte dans lequel ce verbe est inséré, cette phrase de l’abbé semble soulever les propriétés magiques du fenouil. En effet, le fenouil est bien connu comme chasseur de démons et d’esprits mauvais. A ce titre, on en suspendait des gerbes au-dessus des portes d’entrée des habitations, sous les toits, à la porte des granges afin de conjurer sortilèges et mauvais coups, en particulier à la veille de la Saint-Jean, en compagnie, entre autres, du millepertuis. On bouchait parfois même les trous de serrure de graines de fenouil comme protection. Bref, au XIII ème siècle, le fenouil est aussi abordé par Albert le Grand, puis par Konrad de Megenber au siècle suivant, et trouve, à cette époque, sa place au sein de très nombreux réceptuaires.
Mais, en ces temps médiévaux, la palme revient sans doute à Hildegarde de Bingen qui, à l’instar des phytothérapeutes modernes, a disséqué le fenouil en long, en large et en travers. Tonique, réconfortant et reconstituant, le Feniculum d’Hildegarde est un remède hépatique, digestif (embarras gastrique, maux d’estomac, atonie digestive, halitose) et pectoral (rhume, toux, douleurs poitrinaires, enrouement). En externe, elle l’emploie sur démangeaisons et ulcères, ainsi qu’en cas de maux de tête et de douleurs liées à l’accouchement. Mais, par-dessus tout, on retrouve, dans les écrits hildegardiens, cette indication du fenouil contre l’obscurcissement de la vue !

A la Renaissance, dès le XVI ème siècle, on est davantage mesuré sur les propriétés et emplois du fenouil, dont l’huile essentielle devient un remède porté par les travaux de Jérôme de Brunschwig (1500) et de Jean-Baptiste Porta (1563).

Le fenouil est une grande plante vivace ou bisannuelle dont la hauteur maximale est généralement comprise entre 1,50 et 2,50 m. Comme c’est le cas de nombreuses autres Apiacées, le fenouil présente de fortes tiges rigides, très ramifiées, de couleur vert-bleu. Avec l’âge, elles deviennent creuses, mais n’en conservent pas moins leur aspect glauque et givré. Les feuilles s’apparentent à des lanières filiformes et donnent à la plante un aspect vaporeux. Les ombelles, comptant parfois jusqu’à vingt-cinq rayons, s’ornent, de juillet à septembre, de petites fleurs jaune vif, lesquelles donneront, à l’automne, des fruits composés de deux akènes de couleur brun clair, plats, cannelés et légèrement arqués.
A l’état naturel, on trouve le fenouil particulièrement sur le littoral méditerranéen, mais également dans l’Ouest et le Bassin parisien. Cette plante apprécie les sols secs, calcaires, pierreux, incultes et très ensoleillés.

L’huile essentielle de fenouil en aromathérapie

Afin de débroussailler le terrain, commençons par distinguer les deux fenouils principaux qui offrent à l’aromathérapie une huile essentielle :

  • Foeniculum vulgare var. dulce : fenouil doux, fenouil de Malte, fenouil de Provence, fenouil de Florence, fenouil des vignes
  • Foeniculum vulgare var. vulgare : fenouil amer, fenouil d’Allemagne

Du premier, on extrait deux huiles essentielles selon que l’on distille les semences ou la plante fleurie. De même, on obtient trois huiles essentielles de fenouil amer : semences, plante fleurie, parties aériennes fructifiées. Ce sont ces trois dernières huiles essentielles qui vont particulièrement nous intéresser. Bien évidemment, la partie de la plante que l’on distille détermine la composition biochimique de chaque huile essentielle. Par exemple, l’huile essentielle « semences » est plus riche en cétones (15 à 30 %), alors que l’huile essentielle « parties aériennes fructifiées » contient davantage de monoterpènes (jusqu’à 85 % parfois). Sans trop entrer dans les détails de la chromatographie en phase gazeuse, indiquons tout de même quelles sont les principales grandes familles moléculaires composant ces huiles essentielles de fenouil amer (les taux indiqués ne sont que des moyennes) :

  • Éthers (dont trans-anéthol et méthyl-chavicol) : 55 %
  • Monoterpènes (dont limonène, alpha-pinène et alpha-phéllandrène) : 30 %
  • Cétones (dont fenchone) : 10 %
  • Furanocoumarines et coumarines : traces

Le fenouil, parfois surnommé aneth doux, possède un parfum moins brusque que celui de cet autre membre de la grande famille des Apiacées. En réalité, son surnom d’anis doux lui convient beaucoup mieux. En effet, l’huile essentielle de fenouil, liquide, limpide et fluide, de couleur jaune très pâle mais généralement incolore, exhale un doux parfum anisé caractéristique. Gustativement, tout d’abord amère et camphrée, cette huile essentielle se dirige vers des notes chaudes, légèrement épicées et rafraîchissantes.
L’expérience a montré que les fenouils cultivés dans le Sud sont davantage aromatiques que leurs confrères septentrionaux, chose que, semble-t-il, Dioscoride avait déjà remarqué en son temps (8).

Propriétés thérapeutiques

  • Apéritive, digestive, carminative, préventive des ulcères gastriques, réductrice de l’acidité gastrique
  • Hépatostimulante, cholagogue, cholérétique
  • Antispasmodique neuromusculaire (cf. estragon et basilic)
  • Antalgique, anti-inflammatoire locale
  • Diurétique (déchlorurante, azoturique)
  • Décongestionnante du petit bassin
  • Expectorante
  • Emménagogue, galactogène, oestrogen like
  • Antiseptique, antifongique (sur Rhizoctomia solani, Fusarium oxysporum et Aspergillus flavus dans une moindre mesure), vermifuge
  • Cardiotonique
  • Positivante, tonique, neurotonique, psycho-active, stupéfiante légère (9)

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère digestive : atonie intestinale et gastrique, digestion lente, indigestion, inconfort digestif, entérocolite spasmodique et autres spasmes intestinaux, gastralgie, dyspepsie, gastrite, entérite, crampe d’estomac, hyperacidité gastrique, ballonnement, aérophagie, flatulence, constipation, inappétence, colique du nourrisson, hoquet, vomissement d’origine nerveuse, halitose, parasites intestinaux
  • Troubles de la sphère respiratoire : asthme, bronchite asthmatiforme, coqueluche, congestion pulmonaire, enrouement, maux de gorge, toux
  • Troubles urinaires et rénaux : lithiase urinaire, cystite, rétention d’urine, néphrite, oligurie, goutte, rhumatismes
  • Troubles de la sphère gynécologique : agalactie, régularisation des menstruations, aménorrhée, dysménorrhée, oligoménorrhée, ménopause, pré-ménopause, engorgement et inflammation des seins
  • Impuissance
  • Troubles du rythme cardiaque, palpitations
  • Douleur musculaire
  • Grippe (adjuvant)
  • Migraine, vertige, spasmophilie
  • Stress, insomnie d’origine nerveuse
  • Soin des gencives
  • Cellulite, rétention d’eau (en particulier pour les huiles essentielles de fenouil à haute teneur en cétones lipolytiques)
  • Paupières gonflées au réveil, conjonctivite (dans ces cas, on utilisera l’hydrolat aromatique de fenouil comme collyre oculaire)

Propriétés psycho-émotionnelles et énergétiques

L’astrologie grecque a attribué le fenouil au signe du Verseau, aérien et gouverné par Saturne (et Uranus, certes, mais à cette époque ancienne, cette planète demeurait encore inconnue). Ceci nous renvoie directement aux monoterpènes et aux éthers contenus dans l’huile essentielle de fenouil. En revanche, si elle est chargée en cétones, elle sera davantage en accord avec l’élément Terre, en particulier avec le signe du Capricorne, lui aussi gouverné par la planète Saturne.

Du côté de la médecine traditionnelle chinoise, le fenouil s’adresse tout particulièrement aux méridiens Métal que sont le Poumon et le Gros intestin, ainsi qu’aux deux méridiens régis par le signe de la Terre, Estomac et Rate/pancréas.

  • Poumon : en liaison avec les pathologies pulmonaires, comme nous l’avons vu plus haut. Concernant les vécus psycho-émotionnels, l’huile essentielle de fenouil est très utile lorsqu’on éprouve des difficultés à imposer des limites, quand on se sent incapable de se protéger des agressions du monde extérieur, des personnes et pensées invasives, ce qui doit nous rappeler les usages magiques du fenouil, qui ne chasse pas que les énergies négatives mais aussi la mélancolie (mais n’est-elle pas une énergie négative ?) et rend joyeux tout en procurant douce chaleur comme le soulignait déjà Hildegarde de Bingen en son temps…
  • Gros intestin : c’est l’éliminateur de déchets, en compagnie du méridien des Reins, il évite la stagnation du Qi au sein de l’organisme. Or nous savons l’huile essentielle de fenouil diurétique. Il est aussi en relation avec les pathologies intestinales dont nous avons vu qu’un grand nombre relevait de l’huile essentielle de fenouil.
  • Rate/pancréas : au point de vue pathologique, ce méridien est en relation indirecte avec l’estomac et les troubles gastriques, mais également de ceux relevant de la sphère gynécologique (aménorrhée, dysménorrhée, ménopause). D’un point de vue psychologique, l’énergie défaillante au sein de ce méridien peut entraîner inquiétude, angoisse, insécurité (peut-être les mêmes sentiments qui poussaient autrefois les gens à suspendre des bouquets de fenouil aux portes des habitations), mais aussi mélancolie, tristesse et déprime.
  • Estomac : ce méridien gère la fonction galactogène chez la femme, la menstruation, ainsi que le fonctionnement des glandes génitales tant chez l’homme que chez la femme. Il est donc impliqué dans la fécondité, tel que nous l’avons plus haut souligné.

Modes d’emploi

  • Voie orale
  • Voie cutanée
  • Diffusion atmosphérique
  • Olfaction

Précautions d’emploi, contre-indications et autres usages

  • Tératogénicité : le trans-anéthol, présent en grande proportion dans l’huile essentielle de fenouil peut affecter le bon développement du fœtus. C’est la raison qui nous amènera à éviter les voies orales et cutanées durant la grossesse.
  • Neurotoxicité : huile essentielle convulsivante à hautes doses. Elle est donc contre-indiquée chez les épileptiques et les personnes neurologiquement fragiles, sachant que des crises à caractère épileptiforme peuvent survenir (contractures, tremblements nerveux, abattement général, somnolence, hallucinations…).
  • Photosensibilité : de par la présence de coumarines et de furanocoumarines, cette huile essentielle, par application cutanée suivie d’une exposition solaire, est susceptible de provoquer des dermatites.
  • Oestrogen like : elle est de fait interdite aux personnes sujettes à des pathologies hormono-dépendantes.
  • En général, c’est une huile essentielle réservée à l’adulte. Pas d’emploi chez le bébé et l’enfant (sauf cas ponctuel de colique du nourrisson). Lui préférer l’hydrolat aromatique.
  • Phytothérapie : outre l’huile essentielle de fenouil, on peut faire de cette plante un usage phytothérapeutique. Toutes les parties du fenouil sont susceptibles d’un emploi dans ce sens : les semences, les feuilles, les racines, enfin le « bulbe », lequel n’est autre qu’un simple renflement basal des tiges. La récolte des différentes parties s’opère selon un calendrier rigoureux : feuilles peu avant floraison, semences à maturité, racines dès le début de l’automne… Elles peuvent être employées de diverses manières : « bulbe » cru et/ou cuit dans l’alimentation quotidienne, infusion de feuilles ou de graines, décoction de racines, teinture-mère, vin, alcoolature, cataplasme de feuilles fraîches, sirop (comme, par exemple, celui dit des cinq racines, composé de fenouil, d’asperge, de petit houx (fragon), de persil et d’ache). Sous ces différentes formes, le fenouil traite le même type d’affections que son huile essentielle.
  • Cuisine : le fenouil ne se borne évidemment pas qu’au seul domaine médicinal. C’est aussi un aliment et un condiment de choix, aromatisant tant les fromages, les viandes (porchetta et finocchiona en Italie, par exemple), le pain que la choucroute. Mais là où le fenouil fait merveille, c’est surtout avec les poissons et les crustacés. Sauces pour salades, marinades et currys peuvent avantageusement être agrémentés de graines ou de feuilles de fenouil ciselées. Enfin, les alcools emploient souvent le fenouil (absinthe, anisette, pastis, chartreuse, ratafia, génépi…).
  • Parfumerie : c’est l’huile essentielle extraite des semences et des parties aériennes du fenouil amer que l’on destine à la parfumerie. La culture du fenouil en vue de l’industrie de la parfumerie est réalisée dans différents pays du monde (Portugal, Espagne, midi de la France, Roumanie, Chine, Inde, Maroc, Tunisie, Tasmanie, Argentine, Paraguay…).
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    1. La médecine ayurvédique le nomme shatapushpa et la médecine traditionnelle chinoise xiao hui xiang.
    2. A distinguer de l’hippomarathron, l’aneth, dont on disait alors qu’il avait les mêmes propriétés que le fenouil, mais moins efficaces.
    3. De toutes les époques, le fenouil est un compagnon constant entrant dans bien des compositions magistrales dont la thériaque du Codex, le mithridate, le philonium romanum, le diaphoenix, le rossolis, les pilules dorées, etc.
    4. Michèle Bilimoff, Les plantes, les hommes et les dieux, p. 72
    5. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 395
    6. Strabo, Hortulus, p. 31
    7. Macer Floridus, De viribus herbarum, p. 105
    8. « Dans l’est de l’Espagne, le fenouil produit un suc semblable à la gomme. Au moment de la floraison, les indigènes coupent la tige à mi-hauteur et la placent auprès du feu afin que sous l’effet de la chaleur, elle sue et laisse suinter la gomme ». Ce fenouil se comporterait alors à la manière du galbanum.
    9. L’action du fenouil est très différente de celle de l’anis vert. La phase d’excitation est plus longue, alors que l’anis provoque le sommeil après une brève période d’excitation. Ce qui fait que ces deux huiles essentielles ne sont pas interchangeables.

© Books of Dante – 2016

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Le sorbier (Sorbus aucuparia)

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Synonymes : sorbier des oiseaux, sorbier des oiseleurs, sorbier des grives, arbre à grives, arbre des sorciers, cochène, etc.

Le nom même de sorbus, mot latin, est d’origine incertaine. Chez les Romains, le sorbier était connu, puisqu’il était cultivé comme arbre fruitier, mais également comme matière médicale. Pline avait conscience de sa valeur astringente propre à « resserrer le ventre ». Il s’agit probablement là du sorbier domestique (S. domestica), espèce d’origine méditerranéenne que la culture a répandue au fil des siècles dans différentes régions françaises (Centre, Ouest, etc.). Outre la taille beaucoup plus grande de ses fruits en forme de poire, il n’a pas grand chose à envier au sorbier qu’on dit des oiseaux ou des oiseleurs, une caractéristique qu’il porte aussi dans une fraction de son nom latin, aucuparia. Il est construit par l’union d’avis, « oiseau » et de capere, « attraper », ce qui tient au fait qu’on s’est souvent servi des baies de cet arbre comme appât pour capturer les oiseaux. Dans ce cas, on le dit « des oiseleurs ». Et comme il est effectivement très recherché des oiseaux (grives, merles, coqs de bruyère…), auxquels il offre une nourriture providentielle à l’entrée de l’hiver, on le dit aussi « des oiseaux », lesquels, en consommant ces baies, assurent la dispersion de l’espèce.

« Là où poussent les sorbiers, les druides ne sont jamais loin ». En effet, comme le souligne Cazin, « le sorbier jouait un rôle important dans les mystères religieux des druides » (1). C’est l’arbre de la magie druidique, l’arbre par excellence. Avec du bois de sorbier, les druides allumaient ce que l’on appelle le feu druidique, qui était accompagné d’incantations afin de demander protection. La fumée dégagée par la combustion du bois de sorbier était elle-même considérée comme protectrice. C’est, du moins, ainsi qu’elle était envisagée lorsque certains druides, les vates, procédaient à des rituels divinatoires. La fumée était alors censée écarter les influences à même de perturber le bon déroulement de l’oracle, ce qui, en soi, est tout à fait logique, puisque, parmi les ogham, il s’en trouve un taillé dans du bois de sorbier : Luis. Comme nous l’explique Julie Conton, le mot anglais désignant le sorbier est rowan. Selon elle, on peut le mettre en relation avec le nordique runa, duquel découle le mot rune, mais aussi ceux de secret, de murmure et de charme. Il semblerait donc que l’ogham Luis ait une forte accointance avec le domaine de la magie chez les Celtes, rappelant assez les prérogatives d’un ogham récemment rencontré, Eadha. Avec Luis, il est effectivement question d’incantations, du pouvoir des mots, en particulier celui des ogham. Il nous renseigne sur la portée et l’impact des mots et des paroles, sur ce qu’ils peuvent représenter de médisant, qu’on attaque ou qu’on soit attaqué. « L’ogham du sorbier est en rapport avec le juste discernement, la discrimination, la perspicacité, l’analyse claire et pertinente des choses » (2). Il met donc en garde contre les tentations du doute, de l’illusion et de l’incertitude. Par ailleurs, le sorbier, selon le prisme de l’ogham, a aussi d’autres valeurs symboliques : la vitalité, la longévité, la santé, l’éternelle jeunesse et l’immortalité, rappelant en cela que le Dagda plongeait dans son chaudron magique des baies de sorbier.

Le passé religieux et magique du sorbier est relativement riche, ne serait-ce que par l’étroite relation que les Celtes entretinrent avec lui. Comme souvent, certaines caractéristiques d’ordre sacré finissent par se diluer dans la sphère profane, ce qui explique la présence du sorbier dans bien des croyances, non seulement inféodées au monde celte, mais aussi germano-scandinave. Si l’on recense l’ensemble de ces croyances, l’on se rend compte qu’une grande place est accordée au rôle protecteur du sorbier sur les personnes et les animaux. C’est ce qui a fait dire que le sorbier est un arbre réputé contre les sortilèges. En bien des contrées d’Europe, le sorbier est protecteur du bétail. C’est ainsi qu’en Finlande, une nymphe du nom de Pihlajatar assure la félicité des troupeaux selon le Kalevala. Les bergers sont souvent armés d’un bâton de sorbier, auquel on attribue de grandes vertus magiques. Plantant leur bâton au beau milieu du troupeau qui paît dans le champ, les pâtres psalmodient alors des prières de protection à son bénéfice (Estonie). La coutume de « frapper » la vache ou le jeune bétail avec une baguette de sorbier se rencontre en Estonie, en Suède, ainsi qu’en Allemagne. Dans ce dernier pays, en Westphalie, au 1er mai, « on coupe la première branche [de sorbier] sur laquelle est tombé un rayon de soleil » (3), et c’est avec elle qu’on « frappe » le bétail. Le terme « frapper » est intéressant, et ne me semble, ici, en aucun cas péjoratif. En effet, selon Angelo de Gubernatis, « la branche de sorbier est le symbole de la foudre » (4). Aussi, planter cet arbre autour des fermes et des étables était censé porter chance car il écartait la foudre. Le sorbier était suspendu dans les étables et les maisons « pour empêcher l’entrée du dragon qui vole » (5). Le dragon qui vole ? Ce me semble être une métaphore pour considérer la foudre… Sachant le caractère générateur et fécondateur de la foudre, l’on peut émettre l’hypothèse que les paysans « frappaient » leur bêtes avec une branche de sorbier, non seulement pour les protéger, mais aussi pour garantir une bonne santé à leurs troupeaux. Par exemple, en Allemagne, on barattait parfois le beurre avec une branche de sorbier, cela était censé garantir la réussite de l’opération.
En Écosse, on faisait subir aux moutons un curieux rituel : chacun d’eux devait passer dans un cerceau de bois de sorbier. Cela représentait un rite propitiatoire, puisque, pensait-on, cela permettait au troupeau d’être préservé autant des maladies que des accidents. Ce rituel se déroulait le 1er mai de chaque année. Il a donc un rapport avec le soleil, la forme circulaire du cerceau semblant le suggérer. Soleil qui, comme l’on sait, est générateur et fécondateur, tout comme la foudre, raison pour laquelle, selon des croyances scandinaves, le sorbier était consacré au dieu Thor.

En Scandinavie (qui est un territoire conséquent, puisqu’il comprend la Suède, la Norvège, le Danemark et, plus à l’ouest, l’Islande), ainsi qu’en Écosse, le sorbier était souvent utilisé pour repousser les influences malignes. C’est ainsi que la traverse des manteaux de cheminée était taillée dans du bois de sorbier, afin de détourner les maléfices des habitations qui en étaient nanties. Hors de chez eux, les habitants voyageaient accompagnés d’un bâton de sorbier censé les protéger des mauvaises rencontres. Un morceau de sorbier suspendu au cou avec un fil rouge (Écosse) ou un collier de baies sèches avait la même vertu. D’autres amulettes avaient le pouvoir de se prémunir de la noyade et de tout autre danger lié à l’eau.
Enfin, selon des superstitions scandinavo-germaniques, il est dit que le sorbier est un arbre funéraire, à l’instar du cornouiller sanguin (Cornus sanguinea). C’est pourquoi, il est planté dans les cimetières pour au moins deux raisons : protéger les défunts et empêcher les morts de sortir de leur tombe (Écosse, Angleterre).

Le sorbier, qui est parfois un arbuste, est un arbre caducifolié dont la taille n’excède jamais quinze mètres de hauteur. Il arbore des feuilles possédant un nombre impair de folioles, lesquelles virent au rouge une fois l’automne venu.
Des corymbes de fleurs blanc crème très mellifères s’épanouissent entre avril et juin. Elles donnent, à l’automne, des grappes de baies rouge orange vif. Globuleuses, à peine plus grosses qu’un pois, elles portent le nom de sorbes (ou de cormes, en ce qui concerne S. domestica ou cormier).
Dépassant rarement une durée de vie d’un siècle, le sorbier est une essence spontanée des bois et des forêts clarifiées de l’hémisphère nord (Europe, nord de l’Asie) que l’on rencontre jusqu’à 2000 m d’altitude. Par ailleurs, il est très largement utilisé comme arbre d’ornement dans les parcs et les jardins.

Sorbier_oieseaux_baies

Le sorbier en phytothérapie

Bien que cet article se concentre principalement sur le sorbier des oiseaux, sachons que l’ensemble des arbres du genre Sorbus se valent en phytothérapie. On peut donc substituer l’un à l’autre :

  1. Sorbus aucuparia
  2. Sorbus domestica
  3. Sorbus aria (alouchier)
  4. Sorbus tormentalis (alisier)

Seuls les 1 et 2 sont, à proprement parler, des sorbiers. La partie végétale qui offre la meilleure efficacité sont les baies de ces arbres.
Concernant les baies de S. aucuparia, l’on sait qu’elles contiennent du tannin, différents acides, de la pectine, du sucre, de la sorbine, de la sorbite, ainsi qu’une quantité non négligeable de vitamine C. Quant aux feuilles, quelquefois employées, on y trouve trace d’une huile essentielle.

Propriétés thérapeutiques

  • Astringente
  • Antidiarrhéique
  • Diurétique
  • Antiscorbutique

Feuilles : purgatives et pectorales

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère digestive : diarrhée, dysenterie, flux intestinaux rebelles chez le tuberculeux et le vieillard, nausée, maux d’estomac
  • Troubles de la sphère respiratoire : maux de gorge, enrouement, extinction de voix, toux, catarrhe pulmonaire
  • Troubles de la sphère urinaire et rénale : dysurie, strangurie, gravelle, colique néphrétique, insuffisance rénale
  • Hémorroïdes
  • Leucorrhée
  • Muguet

Modes d’emploi

Les fruits de sorbier obéissent aux mêmes règles que nèfles et coings. Leur astringence « est si prononcée avant maturité qu’ils resserrent les lèvres lorsqu’on les goûte » (6). C’est pourquoi ces baies requièrent d’être utilisées à l’état blet ou cuit, avant d’en faire un usage thérapeutique. Lorsqu’elles sont bien mûres, on peut les faire sécher en vue d’un emploi ultérieur.

  • Décoction de baies sèches
  • Sirop de suc frais
  • Marmelade de fruits mûrs

Contre-indications, remarques, usages alternatifs

  • Le bois des différents sorbiers fait merveille dans l’économie domestique (menuiserie, ébénisterie…). L’écorce, inusitée en thérapie, sert parfois au tannage des peaux.
  • Les sorbes et les cormes sont indigestes à l’état cru, sauf quand elles sont blettes. C’est pourquoi il n’est pas recommandé de les cueillir trop tôt. Si les périodes de gel sont insatisfaisantes, on peut récolter les baies et les mettre dans le congélateur avant tout usage. Dans ce cas, elles mollissent et prennent une agréable saveur acidulée ; elles peuvent alors être consommées sans risque, mais cette consommation, si elle est trop abondante, « peut provoquer en retour des constipations quasi invincibles » (7). Avec les sorbes, comme avec les cormes d’ailleurs, on peut élaborer des vins (8), des vinaigres, des eaux-de-vie, des gelées, des compotes, des confitures, etc.
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    1. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 910
    2. Julie Conton, L’ogham celtique, p. 56
    3. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, p. 352
    4. Ibidem
    5. Ibidem
    6. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 911
    7. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 905. Même si les sorbes crues demeurent acides et amères, elles ne provoquent pas d’empoisonnement. On peut cependant leur imputer nausées et vomissements.
    8. Du temps des Gaulois, les cormes étaient déjà utilisées dans ce sens. Ils élaboraient une boisson fermentées à l’aide de ces baies. Ce curmi, tel qu’on appelait cette boisson, rappelle le cormé actuel, fabriqué dans l’Ouest, en Bretagne en particulier.

© Books of Dante – 2016

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