Les Amarantes

Amaranthus retroflexus

Synonyme : Queue de renard.

Les amarantes, au nombre de 65 environ, sont des plantes qu’on localise en Afrique, aux Amériques et en Asie. Elles sont depuis longtemps cultivées comme l’atteste la découverte dans une grotte mexicaine de graines datant de – 4000 ans av. JC. L’amarante a donc jouer un rôle important dans les civilisations Incas, Mayas et Aztèques. Les feuilles cuites comme légume vert, les graines bouillies, grillées ou encore réduites en farine ont largement contribué à assurer un équilibre alimentaire aux populations les ayant cultivé. Chez les Aztèques, l’amarante avait une valeur qui dépassait le seul cadre alimentaire. Médicinal, mais aussi sacré : « la valeur sacrée de l’Amarante suffit sans doute à expliquer que sa culture fut l’objet de répressions directes ou indirectes, de la part de la chrétienté désireuse d’extirper la vieille religion hérétique ». Qu’on se souvienne que cette même chrétienté aura rapporté des Amériques tomate et patate (sans oublier tournesol et autres maïs), et on aura compris, hein !

Les amarantes sont des plantes annuelles dont la taille est variable en fonction des espèces, de la localisation géographique et de l’environnement. L’amarante réfléchie (Amaranthus retroflexus) qu’on trouve un peu partout en France possède une taille qui oscille entre une vingtaine de centimètres à un bon mètre, alors qu’une autre amarante (Amaranthus giganticus) atteint facilement trois mètres de hauteur avec, à sa base, une souche de 5 cm de diamètre ; une amarante monstre, en somme ! Une de ces plantes dont le jardinier lambda cherche à se débarrasser à tout prix, la croyant mauvaise herbe alors qu’il tient une manne sous sa binette, le con !
Plante très peu ramifiée, l’amarante peut, cependant, posséder des rameaux très courts, à l’aisselle des feuilles. L’ensemble de la plante est duveteux, la tige comme les feuilles sont couvertes de poils fins et courts. Ces dernières sont de forme ovale ou losangique, variables selon les espèces, ainsi que les fleurs qui peuvent arborer diverses couleurs telles que : vert, jaune, bronze, rouge, pourpre… Chez certaines espèces, la grappe est si développée qu’on leur donne le surnom de queue de renard.
Toutes les amarantes portent trois types de fleurs sur le même épi : mâles, femelles et hermaphrodites ! Elles donneront plus tard des petits fruits ovoïdes que chaque plant d’amarante est capable de produire en très grand nombre : environ 100 000 très souvent, mais certains panicules peuvent en produire 4 à 5 fois davantage ! La plante a beau être annuelle, sa succession est assurée !

L’amarante fait partie d’une catégorie de plantes qui utilise un mode de photosynthèse particulier et efficace dans nombre de conditions climatiques telles que sécheresse, extrême chaleur et grande intensité solaire (d’ailleurs le mot amarante fait référence à sa capacité de ne jamais faner : on en a donc fait une plante symbole d’immortalité). Ce système de photosynthèse (nommé C4) permet à l’amarante de convertir deux fois de plus de lumière solaire que les plantes qui utilisent le système C3, et ce pour une quantité d’eau identique. On comprend donc pourquoi elle est vue d’un mauvais œil par certains grands pontes outre-atlantiques qui recherchent davantage l’asservissement du végétal plutôt que son exubérance.

Parties employées :
nous l’avons dit, les feuilles ainsi que les graines.

Pourquoi ? Dans les graines de cette plante nous trouvons du calcium, du phosphore, du fer, du potassium, du zinc, de la vitamine B, de la vitamine E, des glucides, des protéines (entre 16 et 18 %, bien plus que dans les céréales de la famille des graminées et d’une qualité largement plus importante que les protéines contenues dans le blé, le maïs ou le soja), de la lysine (acide aminé essentiel dont les céréales les plus utilisées en Occident sont très démunies. La graine d’amarante en contient deux fois plus que le blé et trois fois plus que le maïs).

Les proportions de lysine et de protéines contenues dans la graine d’amarante sont intéressantes pour les populations qui basent une grande partie de leur alimentation sur ces graines sans avoir un apport carné important. Ce n’est donc pas un hasard si nous voyons de plus en plus l’amarante, sous forme de graines, présente dans les coopératives bio.

Venons-en aux feuilles, maintenant. Il est notable que l’amarante présente des qualités largement supérieures à la tomate, aux épinards ou à la laitue. Par exemple, elle présente 3 fois plus de vitamine C, 10 fois plus de carotène, 15 fois plus de fer, 40 fois plus de calcium… que la tomate. Autre exemple : 7 fois plus de fer, 13 fois plus de vitamine C, 18 fois plus de vitamine A, 20 fois plus de calcium… que la laitue. Par ailleurs, les feuilles de l’amarante contiennent également du fer ainsi qu’une bonne dose de protéines.

Remarques subliminaires :
des amarantes telles que Amaranthus retroflexus sont souvent confondues avec le chénopode (Chenopodium album) bien que ce dernier soit glabre et à l’aspect farineux. Mais il est également comestible. Donc, pas d’inquiétude, les deux se cuisinant comme les épinards.
Il existe un élixir floral à base de fleurs d’amarante destiné aux personnes qui sont en situation de profonde détresse : il « permet de surmonter le sentiment de dévastation, d’hostilité, de solitude et de rejet. [Il] aide à affronter et à traverser la souffrance extrême, la désolation, les situations désespérées [et] renforce l’organisme quand on se sent attaqué, affaibli et déstabilisé ». A l’instar des populations endémiques que l’occidental d’il y a 500 ans a dévasté sans avoir eu l’idée de ramener cette plante sublime, mais bien plutôt la tomate que les occidentaux ont pensé être toxique, sans parler de la patate, que les Français ont cru utile d’être administrée aux cochons quand c’était pas aux prisonniers, avant de se rendre compte que Parmentier avait raison !

Quand je pense que certains la qualifient de plante invasive, j’ai juste envie de pouffer. Invasive ? Pour notre bien-être. Alors pourquoi s’en priver ?

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Enquête : les herbes de la Saint-Jean

On dit des herbes qu’elles étaient très souvent sacrées, particulièrement grâce à leurs propriétés curatives qui auraient été découvertes par les dieux. Ainsi, rendre hommage aux plantes fut-il un bon moyen de reconnaître aux divinités leurs grandeurs. Si pour les Égyptiens antiques le blé poussait du corps d’Osiris, cela ne doit rien au hasard, ce dieu égyptien étant considéré comme l’inventeur de l’agriculture. Ainsi, les plantes, par leurs caractères sacrés purent-elles établir une liaison entre les dieux, les hommes et elles-mêmes.

QU’EST-CE QU’UNE HERBE ?

Que se cache-t-il sous le vocable d’herbe ? C’est un mot quelque peu fourre-tout qui, à lui seul, dit bien peu de chose, raison pour laquelle on l’a très souvent augmenté de divers supplétifs. Pour s’en convaincre, il suffit de s’en référer à l’index des noms français savants et populaires du monumental ouvrage de Paul-Victor Fournier (Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France). Aux pages 1018-1020, ce ne sont pas moins de 269 plantes qui sont listées. Y lira-t-on « herbe aux jointures » ou « herbe aux sept chemises » qu’on pourra sourciller un brin, alors que d’autres locutions (« herbe aux teigneux », « herbe aux verrues », etc.) sont encore bien connues de nos jours.
Ce qui rend difficile l’identification d’une plante à travers de telles dénominations, c’est qu’un même nom peut être attribué à plusieurs plantes différentes. C’est ainsi le cas de l’hysope, de la sauge et de la verveine (toutes trois officinales) qui répondent au substantif d’herbe sacrée ! Et il en va de même pour les herbes de la Saint-Jean dont on dit communément qu’elles sont au nombre de sept (millepertuis, armoise, sauge, joubarbe, achillée, marguerite et lierre – sans qu’on sache s’il s’agit du terrestre ou du grimpant). Si Paul-Victor Fournier s’accorde pour dire qu’achillée, armoise, marguerite, millepertuis et lierre portent bien le populaire nom d’herbe de la Saint-Jean, il ne dit rien de tel pour les deux autres. En revanche, il place dans le groupe des herbes de la Saint-Jean certaines plantes qui ne figurent pas dans le fameux groupe des sept. C’est le cas de la coronille bigarrée (Coronilla varia) et de l’orpin reprise (Sedum telephium). Il y aurait donc bien plus que sept herbes de la Saint-Jean. Tentons de savoir pourquoi.

Millepertuis

LINNÉ S’EN MÊLE

Si la liste d’herbes à mille maux/mots de Paul-Victor Fournier est conséquente, elle est loin d’être exhaustive, loin s’en faut. Aujourd’hui, ces appellations sont bien moins employées, on se réfère davantage au nom commun français, mieux, au nom botanique en latin, méthode initiée par Linné au XVIII ème siècle. Le latin scientifique aurait-il fait perdre son charme aux appellations vernaculaires qu’on ne les emploie plus guère aujourd’hui ? Le siècle des Lumières de Linné chercha-t-il par là un moyen de conjurer l’obscurantisme lié à des noms aussi étranges que saugrenus, noms vernaculaires qui changent d’un pays à l’autre, pis, d’une région à l’autre ?
Ainsi donc, la désignation « herbe de ceci » ou « herbe de cela » ne rend pas forcément simple la distinction des plantes dont on parle. Ainsi, les herbes de la Saint-Jean sont-elles légion. Tout comme il existe différentes armoises (parfois appelée artémise, ce qui entretient une confusion avec l’absinthe), on dénombre plusieurs espèces de millepertuis, les mots armoise et millepertuis devant être entendus comme génériques.
Bien plus, un auteur du XVI ème siècle, Jean II Bauhin, s’est employé à rédiger un petit opuscule qui regroupe l’ensemble des herbes dites de Saint-Jean de son époque. Il en compte pas moins de 60, parmi lesquelles on retrouve la sauge, le millepertuis et l’armoise, mais également d’autres telles que le chiendent, la bardane et la verveine officinale.
On ne peut donc restreindre cette liste à sept plantes, les sources diffèrent quant au nombre et à l’identité des dites plantes. Si mes comptes sont bons, plus d’une douzaine de plantes évoquées ici répondent au nom d’herbe de la Saint-Jean.

Achillée

TOUTES PLANTES DE SAINT-JEAN MAIS TOUTES DISSEMBLABLES

En effet. Ce qu’elles possèdent en commun, c’est d’avoir été attribuées à Saint-Jean Baptiste, dont la fête se situe le 24 juin, c’est-à-dire peu ou prou à proximité temporelle du solstice d’été. Chez nombre de plantes listées ici-même, l’apogée de la floraison se situe justement à cette période. Le solstice d’été est également nommé porte solsticiale descendante, puisque c’est à ce moment de l’année que s’amorce la descente vers l’obscurité ; le solstice marquant, quant à lui, l’apogée de la course du soleil qui est alors à son zénith. Ainsi donc a-t-on fait de cette date (liée à la Saint-Jean) la fête du soleil. Ces plantes représentent donc l’ « énergie solaire condensée et manifestée […]. Elles captent les forces ignées de la terre et reçoivent l’énergie solaire. Elles accumulent cette puissance. D’où leurs propriétés guérisseuses ou vénéneuses » (1). Et, ici, pas de dualisme entre bien et mal, seul l’emploi intentionnel ou pas fait qu’elles sont bénéfiques ou pas. Sans compter que certaines sont dédiées à des divinités (Artémis, Zeus, etc.) dont l’ambivalence ne fait pas de doute.
« Si les plantes ont des vertus médicinales, c’est qu’elles sont elles-mêmes des dons du ciel et les racines de la vie. On les invoque comme des divinités, comme si chacune d’entre-elles était l’émanation particulière d’une divinité » (2). Mais, n’y a-t-il pas un glissement de sens à travers l’attribution de toutes ces plantes à Jean le Baptiste qu’on invoque contre épidémies, épilepsie, spasmes et convulsions ? Qu’on rapporte, selon une légende, que Saint-Jean Baptiste utilisa couronne et ceinture faites d’armoise lorsqu’il était dans le désert, ne signifie en aucun cas qu’il ait employé également les autres plantes. Ne faut-il pas voir là une volonté de christianisation d’un rite païen plus ancien, qui s’illustre à travers une pratique qui a toujours cours aujourd’hui, les feux de la Saint-Jean ? Avant d’en arriver là, évoquons, pour quelques-unes des plantes de la Saint-Jean quelques traits anecdotiques.

TRIUMVIRAT SACRÉ

« Le millepertuis, que les Anciens considéraient comme une plante douée du pouvoir de chasser les démons, s’appelle aussi chasse-diable, herbe de la Saint-Jean [ndr : depuis au moins le XIV ème siècle], et la tradition veut d’ailleurs que la cueillette s’effectue le 24 juin à midi » (3).

De l’armoise, « on croyait que la plante avait toute sa vertu au solstice d’été […]. On attribuait surtout de grandes vertus antiépileptiques aux fragments de vielles racines noircis […] que l’on cherchait sous les souches d’armoise à la veille de la Saint-Jean » (4). Rappelons au passage que Jean le Baptiste était patron des épileptiques.

« La sauge était considérée comme une plante sacrée par les Grecs, et il était d’usage d’en offrir aux dieux afin de les disposer favorablement à l’égard des sollicitations » (5). Mais il est possible de penser que le rituel de la fête du soleil recherchait les mêmes effets en vertu des différentes autres plantes que l’on jetait dans le foyer. Cela s’illustre à travers l’emploi que l’on peut faire encore aujourd’hui de l’oliban et du tabac, entre autres pourvoyeurs de prières.

Sauge

Quant à l’oracle sentimental qu’est la margarita, la barbe de Jupiter censée écarter la foudre ou les sourcils de Vénus (c’est ainsi que l’on nomme l’achillée depuis le VI ème siècle au moins), quand bien même on les désigne toutes comme herbes de Saint-Jean, il est difficile de les lier au baptiste, cousin de Jésus. Ceci étant dit, cela ne veut pas dire qu’on ne les employa pas lors du rituel païen solsticial (puis christianisé) selon les mêmes raisons évoquées plus haut. Procéder à un rituel de la Saint-Jean, c’est faire preuve de dévotion et d’abandon. La magie s’entremêle aux vertus curatives de plantes qu’on connaît plus ou moins empiriquement, le tout sur fond d’appel aux divinités. Devant de telles manifestations, à grand renfort de brasiers, il n’est pas étonnant que ces pratiques aient été fustigées, car diabolisées, par l’Aigle de Meaux au XVII ème siècle, par exemple. Malgré toutes ces réprobations, la pratique consistant à « jeter des herbes par-dessus le feu, en cueillir le midi, ou à jeun, en porter sur soi » (6) ne cessa pas, bien au contraire, elle redoubla, ce qui amena l’évêque d’Amiens à ordonner en 1656 que ces feux soient désormais embrasés par des dignitaires ecclésiastiques. Cependant, malgré cet encadrement du rite par l’Église, ces pratiques liées au feu ne furent pas abandonnées ni même celles consistant à se rendre aux sources miraculeuses durant la nuit de la Saint-Jean.

feu

SURVIVANCE

Frappés d’anathème, inféodés aux pressions religieuses ou autres, ici comme ailleurs, les rites s’adaptent. C’est cela qui a permis la survivance de ce rite si particulier. Et c’est très bien. C’est ce qui rend ce type de manifestations si vivaces alors qu’ils seraient condamnées à la déshérence et à l’oubli si on souhaitait les reproduire à l’identique, à l’infini.
Aujourd’hui, pour peu qu’on se renseigne, de la Normandie à l’Alsace, de la Belgique au Roussillon en passant par la Bretagne, chaque année, les plantes de la Saint-Jean crépitent encore dans le feu des brasiers. Et, si l’on est attentif, peut-être surprendra-t-on l’esprit de Déméter…


PROLOGOMENON

En finalité, toute plante est (ou peut être) une herbe de la Saint-Jean. Si vous vous êtes renseignés sur ses multiples propriétés. Que vous la jetiez dans un feu, ou dans un ruisseau ou ailleurs.
Parce que, pour que cette pensée soit vivace, il ne faut simplement pas s’arrêter à ce que de grands chantres ont dit par le passé. Soit, il est bon de prendre connaissance de leurs paroles si désuètes qu’elles puissent par(être). Mais j’abhorre l’immobilisme de la pensée, je ne suis pas un natif des Verseaux pour rien !
C’est pour cela, très cher lecteur, que je t’invite à penser par toi-même, de la même façon que je pense par moi-même. S’il y a eu de grands pontes avant toi, moi et les autres, qui nous dit que nous ne contenons pas en nous-mêmes certaines parcelles de vérité ?

Mon livre sur les feux et les herbes de la saint-Jean ! :)


  1. Dictionnaire des symboles, Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, p. 764
  2. Ibid. p. 764
  3. La pharmacie du bon dieu, Fabrice Bardeau, p. 182-183
  4. Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, Paul-Victor Fournier, p. 105
  5. La pharmacie du bon dieu, Fabrice Bardeau, p. 261
  6. Une histoire des médecines populaires, Herbes, magies, prières, Yvan Brohard & Jean-François Leblond, p. 24-25

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Le tournesol, fleur du Soleil

Van Gogh - Tournesols

PORTRAIT GENERAL

Le tournesol est une plante annuelle à croissance rapide qui possède une longue tige épaisse et velue dont la hauteur atteint généralement 2,5 à 3 m, parfois davantage. C’est le cas de certains spécimens isolés qui s’épanouissent davantage lorsqu’ils ont de la place pour cela, à l’instar du poisson rouge. Alors la taille de la plante peut plus que doubler (5 à 7 m).
Cette plante porte de grandes feuilles cordiformes, à nervure centrale proéminente, placées en hélice le long de la tige et dont Léonard de Vinci dira ceci : « la feuille tourne toujours sa partie supérieure vers le ciel afin d’être mieux capable d’accueillir la rosée sur sa pleine surface ; et ces feuilles sont disposées de manière à se recouvrir l’une l’autre aussi peu que possible. Cette alternance fournit les espaces ouverts à travers lesquels le soleil et l’air peuvent s’insinuer ».
Dès l’été, et jusqu’en octobre, de grandes inflorescences jaune d’or – celles-là mêmes qu’immortalisa Van Gogh – apparaissent. Leur diamètre avoisine 30 cm, davantage selon le spécimen (jusqu’à 40 cm).
C’est une plante qui affectionne les sols drainés, fertiles et ensoleillés.

UN ADEPTE DU SOLEIL

Espèce végétale aux multiples surnoms vernaculaires, le tournesol ne laisse pas de doute quant à sa nature première. Son nom d’hélianthème est fabriqué sur la base de deux racines grecques : helios (le soleil) et anthos (la fleur), autrement dit, la fleur de soleil. Plus brièvement, on le nomme soleil ou grand soleil lorsqu’il est atteint de gigantisme, ce qui n’est pas chose rare. Bien évidemment, qu’on ait affublé une telle plante d’un nom pareil provient essentiellement de la forme radiée de sa fleur (qui n’en est pas vraiment une) et de la propension qu’a le tournesol (ou girasol) de suivre la course du soleil avec sa tête, en réalité un capitule, qui, comme c’est le cas chez de nombreuses astéracées (ex composées), est formé non pas d’une seule fleur mais de centaines. On distingue un cœur de fleurs tubuleuses et une couronne de ligules jaune d’or dont on se méprend quant à leur identité quand on les qualifie improprement de pétales. On retrouve une organisation similaire chez la camomille, la pâquerette, la marguerite, etc.

Il existe des dizaines d’espèces du genre helianthus dont une douzaine sont annuelles (comme notre tournesol commun) alors que les autres sont vivaces (ce qui est le cas d’Helianthus tuberosus, le topinambour). On distingue trois grandes catégories :

  • Des helianthus à l’état sauvage qui poussent en Amérique du Nord et couvrent parfois des milliers d’hectares.
  • Des cultivars à fin alimentaire : plantes gigantesques (jusqu’à de 6 m de hauteur) dont les capitules mesurent parfois jusqu’à 80 cm de diamètre. Les graines se mangent crues, grillées ou écrasées en farine, et fournissent une huile très utilisée en cosmétologie comme en cuisine, bien sûr.
  • Des cultivars à fin ornementale : à capitules simples ou doubles, jaunes, rouges, violets, bruns, etc. Ce sont certains d’entre-eux que nous voyons ci-dessous :

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A L’ORIGINE, UNE PLANTE INDIENNE

Le tournesol est originaire d’Amérique. Ce n’est que lors des échanges entre le nouveau continent et l’Europe que cette plante fut ramenée sur le vieux continent à la fin du XVI ème siècle dans le but d’y être cultivée et consommée. Dès le tout début du XVIII ème siècle, on procède à l’extraction de l’huile contenue dans ses graines. En 1820, elle devient l’objet d’une culture importante en Russie, ce qui fait croire, parfois, que le tournesol en est originaire. Par la suite, on assistera au déploiement de sa culture dans d’autres pays (Hongrie, Italie, Inde…).
Au-delà de ces aspects, il faut savoir que le tournesol est une plante majeure pour un grand nombre de peuples amérindiens qui l’utilisaient autant pour ses valeurs nutritives que médicinales. Cependant, il est difficile de dater avec exactitude la période à laquelle le tournesol a été utilisé par ces peuples du fait que la graine de tournesol est relativement fragile et que peu de restes demeurent (contrairement aux grains de maïs qui, une fois secs, peuvent se conserver pendant des millénaires.) Malgré tout, on sait que les usages médicinaux du tournesol chez les Amérindiens étaient largement répandus : les Zunis l’utilisaient contre les morsures de serpents, les Dakotas contre les douleurs pectorales, les Pawnees comme additif alimentaire en cas de grossesse, etc.
Les Hopis mariaient des tournesols à leur chevelure au moment des cérémonies religieuses tandis qu’ils utilisaient une variété à graines violettes (variété « Hopi », tceqaaqawu) afin de s’en servir comme teinture pour les textiles alors qu’aujourd’hui on utilise encore les ligules afin d’obtenir un colorant jaune.

LE TOURNESOL, TOUT UN SYMBOLE !

Du fait de la fidélité solaire du tournesol, on a fait de cette plante un symbole de dévotion, de sa prolixité un symbole potentiel de fécondité et de renouveau qui s’illustre tant par la quantité de graines qu’un seul pied est susceptible de produire que par l’abondant nectar qu’il fournit aux abeilles.
L’habilité à rayonner que possède le tournesol fait de la lame 19 du Flower Speaks l’homologue du Soleil dans le Tarot de Marseille. Ainsi, les mots-clés qui lui sont associés sont les suivants : enthousiasme, individualité, sincérité, impulsion créatrice, reconnaissance, capacité de guérison, meneur confiant, figure d’autorité, force, intelligence, prospérité, fournisseur d’abondance.

The Flower Speaks - Sunflower

Mais, après qu’il ait déployé sa corolle vers le Ciel, voici qu’une fois sa vie achevée, sa tête grosse comme un ventre, se tourne vers la Terre. A l’image de ceux que l’on peut voir sur la pochette du dernier album de Dead Can Dance dont le titre – Anastasis – illustre à merveille la capacité future du tournesol de se relever grâce aux graines qui, bien qu’elles l’alourdissent, le fixent dans la torpeur, sont autant de gages de renouveau.

Anastasis

Nous avons indiqué plus haut, à travers les paroles de Léonard, la question de la présence de feuilles étagées de façon spiralée. Si l’on observe le capitule d’un tournesol, nous voyons également des spirales que dessinent les graines géométriquement disposées. Certaines tournent dans le sens des aiguilles d’une montre, d’autres à l’inverse de ce mouvement. Et elles sont construites selon ce que l’on appelle le nombre d’or, lequel s’exprime ici à travers la suite de Fibonacci. Je laisse la parole à Priya Hemenway qui évoque cela dans son ouvrage intitulé Le Code Secret.

Le tournesol en thérapie :

1. Parties utilisées : ligules, graines.

2. Principes actifs contenus dans l’huile végétale :

Une fois mûrs, les gros fruits bruns et aplatis du tournesol recèlent une graine. C’est elle qui, selon les variétés, fournit de 25 à 50 % d’huile destinée à l’alimentation (extraction à froid) et à l’industrie de la savonnerie, des vernis et peintures (extraction à chaud). Quant au tourteau, c’est-à-dire le résidu de l’extraction, il fait le bonheur du bétail qui trouve là une source non négligeable d’alimentation.
Venons-en à la composition de l’huile végétale de tournesol dont on se sert en cuisine mais également en aromathérapie entre autres usages.

  • Acides gras saturés : 10-13 %
  • Acides gras insaturés : 86-96 % dont
  • Oméga 3 : < 0,5 %
  • Oméga 6 : 60-66 %
  • Oméga 9 : 26-32 %
  • Vitamine E : 60 mg/100g

3. Propriétés médicinales : fébrifuge, cicatrisant, anti-inflammatoire, diurétique, expectorant, laxatif, préventif des maladies cardio-vasculaires.

4. Usages médicinaux : fièvre, toux, maux d’estomac, inflammation rénale, dysenterie, articulations douloureuses, blessures, peaux sèches.

5. Autres usages :

  • Il existe un élixir genre Bach à base tournesol. Il est utilisé pour aider à résoudre les conflits liés à l’image parentale, mais aussi pour équilibrer un ego prédominant ou trop effacé.
  • En cuisine, l’huile végétale de tournesol est utilisée tant pour l’assaisonnement que pour la cuisson. Du tournesol, on croque les graines, on décore une salade de ses ligules jaune d’or, on prépare les capitules non ouverts à la vapeur, à l’instar des artichauts.
  • Parmi certains usages peu connus citons les deux suivants : la moelle contenue dans la tige fut utilisée en Chine pour fabriquer du papier. On a planté des tournesols sur des sols marécageux – tout comme l’eucalyptus – afin de les éponger et de lutter ainsi contre des maladies comme la malaria.

    © Books of Dante – 2013

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Les vertus des plantes (Jean-Marie Pelt)

vertus plantes

Éditeur : Chêne
Année de parution : 2004
ISBN : 978-2-84277-984-9
184 p.
Prix TTC France : 25 €

L’AUTEUR

Jean-Marie Pelt est pharmacien agrégé mais également spécialiste en écologie et en botanique. Il a écrit plus d’une trentaine d’ouvrages, réalisé des émissions de télévision et de radio.
Ses missions nombreuses dans des pays étrangers l’ont mené à s’intéresser de plus près aux pharmacopées traditionnelles et ancestrales.

LE PHOTOGRAPHE

Peter Lippman travaille pour la presse et la publicité. C’est un spécialiste de la nature morte mais il s’intéresse également au portrait et au paysage.
Ainsi aconit, millepertuis et reine-des-près ont été croqués par Lippman ainsi qu’une trentaine d’autres plantes, de toute beauté.

Aconit napel

Aconit napel, Peter Lippman

LA FABULEUSE HISTOIRE DE LA PHARMACOPEE : dans cette première partie, l’auteur retrace les plus grands chapitres de l’histoire de la médecine par les plantes, en évoquant l’automédication animale pour en venir à la médecine moderne. Il n’oublie pas certaines périodes comme la Préhistoire et l’évocation d’événements scientifiques majeurs comme la fameuse théorie des signatures et la découverte du quinquina.

DES POUVOIRS REDOUTABLES : là, Jean-Marie Pelt se penche sur des plantes dont les propriétés thérapeutiques jonglent entre le danger et le pouvoir curatif incontournable ; ainsi, il évoque immanquablement l’aconit, la digitale et d’autres poisons végétaux tels que le curare qui démontrent à ceux qui en doutent que la nature n’est pas avare de molécules toxiques et que le règne végétal fait rarement dans la dentelle dès lors qu’il s’agit de mettre en place des systèmes de défense. La beauté d’une plante ne peut faire oublier le double pouvoir de ses charmes…
A l’issue de cette partie fort bien documentée, Jean-Marie Pelt relate certains empoisonnements célèbres pour lesquels ciguë et belladone ne sont pas étrangères…

DES BIENFAITS PAR MILLIERS : dans cette partie terminale, l’auteur s’attache à faire l’apologie des plantes à bienfaits. Sachant la tâche ardue et non-exhaustive, il présente l’arbre aux 40 écus ainsi que l’ensemble des plantes calmantes dans une synthèse toujours très agréable à la lecture et agrémentée de plus d’une centaine de riches illustrations (planches botaniques, gravures anciennes, photographies, etc.).

Enfin, ci-dessous, le dernier passage de l’ouvrage dont l’ouverture mérite d’être citée :

Nous ne ferons un bon usage des vertus des plantes qu’à la condition de respecter une éthique rigoureuse, faute de quoi nous ne serions plus de bons jardiniers de la Terre mais seulement des exploiteurs imprévoyants mettant à mal ses ressources. Les vieux chamans des forêts profondes hésitent désormais à communiquer leur savoir aux jeunes générations ; pétris de culture moderne, ces jeunes ne font pas grand cas des connaissances accumulées durant des générations par leurs aînés. Ils en sont arrivés là parce qu’ils ne peuvent plus comprendre les messages de la nature et de ceux qui y fondent leur savoir. D’où la nécessité de sauvegarder un contact intuitif, affectif, empathique avec cette nature et le monde des plantes, qui de la plus simple fleur au jardin le plus somptueux restent nos amis et nos auxiliaires les plus proches […]. Des plantes, nous ne pourrions pas nous passer du tout, car leur disparition entraînerait la nôtre dans les plus brefs délais. Les plantes n’ont pas besoin de nous, mais nous avons besoin d’elles pour respirer, nous nourrir et nous soigner. Telle est me semble-t-il l’ultime leçon de l’écologie, une leçon que nous confiait notre compatriote le chevalier de Lamarck dès 1820. Bien avant que le mot « écologie » existât, il écrivait : « En détruisant partout les grands végétaux qui protégeaient le sol […] on dirait que l’homme est destiné à s’exterminer lui-même après avoir rendu le globe inhabitable ».

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Le Coquelicot (Papaver rhoeas)

Coquelicot-7

Synonymes : pavot sauvage, pavot des champs, pavot rouge, ponceau (au Moyen-Âge surtout).

Le coquelicot si commun et banal… Enfin, pas tout à fait. Il a longtemps été considéré comme une mauvaise herbe dans les champs de céréales en particulier, mais, que voulez-vous, c’est un habitué des champs, Pline l’Ancien rapporte déjà l’affection que porte le coquelicot aux cultures céréalières : entre « les pavots domestiques et les sauvages, existe une espèce intermédiaire qui croît d’elle-même dans les terres cultivées ; nous l’appelons rhoeas ou pavot erratique ».
C’est une plante qui a presque failli disparaître en raison de l’emploi massif d’herbicides, c’est-à-dire des substances qui visent à détruire les adventices dans un champ, sans s’attaquer à l’espèce cultivée. Par exemple, Roundup est le nom commercial d’un de ces produits fabriqué par Monsanto since… 1975 ; un autre adventice célèbre des champs de céréales, le bleuet, a bien failli subir lui aussi le même sort. Ce n’est pas là une manière de reconnaître le respect que ces deux plantes méritent amplement. Si l’on a découvert des fleurs de coquelicot dans des sépultures égyptiennes datant de plus de 3 000 ans, ça n’est sans doute pas sans raison qu’on les y a placées.
Cette plante, qu’on dit originaire de Bulgarie ou de Turquie, faisait, plus qu’aujourd’hui, partie de la pharmacopée des Grecs anciens. Dioscoride en avait déjà percé les secrets, il employait tant les capsules que les graines, sans omettre les fleurs, dans diverses affections et propriétés qu’on reconnaît encore de nos jours.

Forcé de s’exiler, le coquelicot a pris possession de terrains justement dédaignés par l’agriculture. Par son adaptabilité, il a su assurer sa survie. Les points rouge sang qui constellaient naguère les champs de blé mûris au soleil s’en sont allés… ailleurs ! Le coquelicot, même s’il a eu la vie dure, a donc colonisé d’autres contrées : terrains vagues, décombres, vieilles ruines, friches, jachères, dépotoirs, bordures de chemin, etc. Ceci étant, il n’est pas rare d’en voir quelques-uns parader en plein champ, en guise de pied-de-nez ! Et cela lui réussit plutôt bien d’autant que, au contraire de certaines espèces végétales dont le territoire est limité, le coquelicot se trouve presque partout dans le monde.
Nous comprendrons un peu plus loin pour quelle raison le coquelicot, espèce messicole et emblème floral de la France aux côtés du bleuet et de la marguerite, a été harcelé de la sorte. Ce qui ne lui aura pas empêché de faire ses preuves médicinales. Dès l’Antiquité, au IV ème siècle AV. JC., Théophraste relate des usages culinaires de la plante. Plus tard, le coquelicot trouve grâce aux yeux de Dioscoride comme nous l’avons évoqué plus haut. Durant une grande partie de la Renaissance, les pétales pulvérisés entrent dans la composition d’un remède contre la pleurésie (Matthiole, Chomel) mais il tombera en désuétude au XVIII ème siècle, siècle durant lequel il fut employé comme succédané de l’opium (le coquelicot agit à sa manière bien que de façon beaucoup plus atténuée, sans en observer les inconvénients).
On ne peut évoquer le coquelicot sans parler de l’opium, cette substance extraite d’un des cousins du coquelicot, le pavot, opium dont on a tiré un antalgique qu’à ce jour aucune molécule synthétique n’est parvenue à égaler : la morphine (ainsi que la codéine). Bien sûr, lier le coquelicot au pavot n’est pas sans danger. Mais, comme souvent, le danger réside dans l’ignorance.

LE COQUELICOT, TOXIQUE OU PAS ?

Qu’on le qualifie de petit cousin du pavot pourrait le laisser penser, sans compter qu’ils sont tous les deux des Papaver. Si l’on connaît l’un rouge sang et l’autre portant des fleurs généralement blanches ou mauves, il se trouve que la fleur du coquelicot peut parfois présenter des coloris proches de celles du pavot. Cependant, entre les deux, un détail d’importance demeure : botaniquement, on ne peut que les distinguer. Mais cela ne répond pas à la question de la toxicité du coquelicot me direz-vous. Nous y venons ! ^^

La fleur du coquelicot développe, lorsqu’on la froisse, une odeur vireuse d’opium, ce qui n’est pas, d’emblée, rassurant, d’autant plus que des capsules fraîches du coquelicot exsude, quand on les incise, un suc blanc, du latex en fait, qui se concrète comme l’opium, substance dont les propriétés narcotiques, analgésique et antispasmodiques sont connues depuis 3 000 ans.
Cazin, célèbre médecin français du XIX ème siècle, employait énormément les plantes dans un but thérapeutique. Voici porté à la lecture un fait très curieux dont il a été le témoin : « un de mes enfants, âgé de trois ans, atteint de coqueluche, ayant pris le soir 16 g de sirop de coquelicot, eut pendant toute la nuit des hallucinations continuelles. La même dose, répétée 4 jours après, produisit le même effet ». On ne peut raisonnablement penser que Cazin ait commis la bourde d’employer du pavot en lieu et place du coquelicot ! Pline l’Ancien rapporte, à propos du rhoeas, que « quelques-uns le cueillent et le mangent avec le calice. Cinq têtes de rhoeas, bouillies dans trois hémines de vin, purgent et procurent le sommeil ». Rien que de très normal, le coquelicot présentant la particularité d’être un narcotique léger. La médecine arabe employait également les graines qui étaient pilées puis mêlées à du miel en cas d’insomnie.

DOIT-ON METTRE EN DOUTE LE COQUELICOT ?

Tout dépend duquel l’on parle, du rhoeas ou bien de l’un de ses confrères, Papaver dubium, qui, bien que coquelicot présenterait une toxicité que ne possède pas rhoeas. Papaver dubium, autrement dit : coquelicot douteux. Comme son nom l’indique, il est permis d’avoir un doute sur son innocuité. Ce dernier contiendrait un alcaloïde toxique dans ses pétales, l’aporéine. Aussi, le coquelicot employé par Cazin pourrait-il être celui-là ? Dans tel cas, on comprend mieux les effets hallucinatoires du sirop sur l’enfant. Ceci étant dit, rien n’est clair à ce sujet, le mot même d’aporéine étant construit sur une racine grecque – aporon – un terme qui signifie lui-même doute ! L’aporéine serait donc une substance douteuse contenue dans un coquelicot non moins douteux et faux ami…
Dès lors, l’on comprendra pourquoi le charmant coquelicot a été banni des champs de céréales. Ne rien faire, c’était courir le risque de voir des graines (dont la toxicité reste à prouver) se mêler aux céréales, et donc à la farine et au pain (qu’on se rappelle les intoxications provoquées par des graines de nielle des blés, un autre adventice des champs de céréales…).

En cas de doute, il faudra s’en remettre à la botanique qui décrit rigoureusement la morphologie de la plante. Rhoeas et dubium ont beau énormément se ressembler (forme des fleurs, aire de répartition, etc.), ils se distinguent au niveau du feuillage comme nous le constatons ci-dessous :

Feuilles-rhoeas-dubium

Papaver rhoeas à gauche, P. dubium à droite

Ainsi, en l’absence de toute preuve quant à la toxicité du coquelicot douteux qu’est Papaver dubium, je ne saurais trop vous conseiller de vous en remettre à Papaver rhoeas que vous pourrez récolter entre mai et juillet.
Quoi qu’il en soit, le cas relevé par Cazin ne doit pas faire en sorte de condamner notre rhoeas. A l’évidence, cela pose la question de la sensibilité du sujet face à une substance donnée, il me souvient bien avoir eu des hallucinations dignes du serpent cosmique il y a quelques années de cela après la prise d’un quart de comprimé d’un somnifère que l’on trouve encore en vente dans la plupart des pharmacies…

Le coquelicot préfère un sol calcaire, sec et bien ensoleillé jusqu’à une altitude de 1 800 m. C’est une espèce qui peut être très fréquente dans un lieu et totalement absente dans un autre. Mais, malgré ces irrégularités, le coquelicot est une espèce qui est bien moins menacée qu’à une époque.
C’est une plante annuelle qui assure sa reproduction par de petites graines noires (quand elles sont sèches) contenues dans une capsule que quatre pétales écarlates protègent quelques temps avant de flétrir et de tomber au sol rapidement (floraison mai à juillet). Ses fleurs, sans nectar ni parfum, sont tout de même visitées par les abeilles auxquelles elles fournissent un abondant pollen. Il atteint une taille maximale comprise entre 60 et 80 cm. Ses tiges sont simples ou bien très ramifiées et contiennent un latex blanc. Les feuilles sont poilues et profondément découpées.

Dans le langage symbolique des fleurs, le coquelicot représente la beauté éphémère… Eu égard à la fragilité de ses fleurs et à la brièveté de sa floraison. C’est, tout comme le bleuet, une plante d’amour et de poète.

Coquelicots

Le coquelicot en thérapie :

1. Parties utilisées : pétales, capsules, graines.

2. Principes actifs : alcaloïdes (papavérine, rhoéadine), mucilages, tannins, anthocyanoside (responsable de la couleur des pétales du coquelicot, rouge comme une crête de coq, d’où son nom, très probablement).

3. Propriétés médicinales : sédative, anxiolytique, narcotique léger, sudorifique, antitussive, antispasmodique, expectorante (à l’origine le coquelicot fait partie des quatre fleurs pectorales avec le bouillon-blanc, la violette et la mauve. Plus tard, on y adjoindra le tussilage, le pied de chat et la guimauve. A elles sept, elles forment désormais les sept plantes pectorales), adoucissante, émolliente.

4. Usages médicinaux : insomnie, trouble du sommeil (chez le vieillard et l’enfant), nervosité, anxiété, émotivité, troubles de la sphère respiratoire (coqueluche, asthme, bronchite, catarrhe pulmonaire, pneumonie, pleurésie, toux spasmodique, quinteuse, sèche, rebelle, irritation de la gorge, enrouement), inflammations oculaires (c’est bien un « cousin » du bleuet), colique, abcès dentaire.

5. Autres usages:

On confectionne des liqueurs, sirops, bonbons, crèmes glacées avec les pétales de coquelicot. On peut aussi les confire.
En plus des pétales, jeunes feuilles et graines sont également comestibles. Les feuilles, en salades ou bien dans des potages ; les graines, grillées et mélangées à du sel afin de confectionner un agréable condiment.

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Les rites secrets des Indiens sioux (Black Elk)

Les rites secrets_PBP-Les rites secrets

Une œuvre majeure qui décrit très bien la spiritualité des Indiens des Grandes Plaines. Un texte sans lequel je n’aurais pas été en mesure d’écrire mon troisième bouquin.
Black Elk, Hehaka Sapa de son nom lakota, livre à Joseph Epes Brown, un fervent admirateur et défenseur de la culture des Amérindiens, des paroles, qu’en temps normal, il aurait été bon de conserver secrètes. Les deux hommes se seront côtoyés un an durant. De ces échanges, il résulte cela :

«  Ce livre contient de multiples données que les Indiens, jusqu’en ces derniers temps, s’étaient gardés de divulguer parce qu’ils estimaient, et avec raison, que ces choses sont trop sacrées pour être communiquées à n’importe qui ; de nos jours, les quelques vieux sages qui vivent encore parmi eux disent qu’à l’approche de la fin d’un cycle, quand les hommes sont partout devenu inaptes à comprendre et surtout à réaliser les vérités qui leur ont été révélées à l’origine, avec, comme conséquence, le désordre et le chaos dans tous les domaines, il est alors permis et même souhaitable de porter cette connaissance au grand jour ; car la vérité se défend par sa propre nature contre sa profanation, et il est possible qu’elle atteigne ainsi ceux qui sont qualifiés pour la pénétrer profondément et capables, grâce à elle, de consolider le pont qui doit être construit pour sortir de cet âge sombre ».

Et comme nous ne sommes plus dans cet « âge sombre », je me permets de placer ici le PDF intégral des paroles du chaman sioux qu’est Black Elk.

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Le Safran

Synonyme : karcom.

Le mot safran est tiré du bas latin safranum, provenant lui-même de l’arabe zaferan et du perse zaafer

Le safran est un crocus atypique en bien des points et dont la renommée n’est plus à faire. Contrairement aux autres crocus, il est le seul pour lequel la floraison soit automnale. Il est précieux depuis la plus haute Antiquité, précieux et cher, donc. Remarquable aussi, comme nous allons maintenant le montrer.

On trouve des traces écrites qui le mentionnent depuis près de 4 000 ans. Notamment des papyrus égyptiens des XIX ème-XVIII ème AV. JC. Le Cantique des Cantiques y fait aussi référence et souligne sa préciosité. Enfin, Homère, dans son Illiade, n’omet pas de préciser le caractère particulièrement parfumé de cette plante.
Son usage est relaté depuis plus de 3 500 ans autant chez les Phrygiens que chez les Crétois, sans, bien sûr, oublier Babyloniens, Égyptiens et Romains. Mais, c’est bien plus tard, au Moyen-Âge, que le safran verra son avènement puisque l’époque médiévale est souvent surnommée âge d’or du safran.

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Consacré à Déméter et aux Euménides, il fut aussi employé dans le culte d’Apollon.

D’UN POINT DE VUE CULINAIRE

Utilisé pour sa saveur, sa flaveur et sa couleur (en particulier au Moyen-Âge où la couleur des plats est très importante), le safran est une épice de luxe qui vaut deux fois le prix de l’or, encore aujourd’hui.
La table du Moyen-Âge consomme énormément de safran, aux côtés du poivre, de la cannelle, du gingembre et du clou de girofle. Si présent que pas moins de 2/3 des recettes médiévales, tant salées que sucrées, l’utilisent. Un incontournable médiéval : la sauce cameline (ainsi nommée car sa couleur évoque celle du pelage du chameau).

Le safran entre aussi dans la composition de liqueurs, alcoolats et élixirs tels que le fameux alcoolat de Garus, macération dans l’alcool de safran, aloès, cannelle, girofle, muscade et myrrhe. En additionnant ce macérât de sucre, d’eau de fleurs d’oranger et de vanille, on obtient l’élixir de Garus, boisson jaune d’or dont les vertus sont à cheval entre art culinaire et médecine. S’il jette une passerelle vers l’usage thérapeutique, c’est parce qu’on le considère comme tonique apéritif et eupeptique. Aujourd’hui même, les amateurs de paella, bouillabaisse, bourride ou autre mourtairol rendent grâce au safran contenu dans ces recettes, ne serait-ce que pour ses vertus sur la sphère gastrique !

D’UN POINT DE VUE MEDICINAL

Comme nous venons de le voir, les usages culinaires du safran sont très étroitement liés à ses vertus médicinales, en particulier au Moyen-Âge. Ceci dit, bien avant cette époque, Dioscoride le donne comme antispasmodique, alors que la médecine arabe le préconise en tant qu’emménagogue. Le Tacuinum sanitatis indique que le safran est « de nature chaude et sèche au premier degré, [que] le crocus convient aux natures froides, aux gens âgés, en hiver et dans les régions septentrionales. »
Le safran était autrefois considéré comme un « cordial dispensateur de gaieté. » Ne disait-on pas d’un homme hilare qu’il avait dormi sur un sac de safran ? (Domivit in sacco croci).

D’UN POINT DE VUE TINCTORIAL

Ce n’est pas tout à fait un hasard si Gilbert de Horland disait du safran, au XII ème siècle, qu’il avait un rapport avec la sagesse. Jetons un œil du côté de l’Inde où il est considéré comme teinture sacrée (on doit la couleur des vêtements des moines bouddhistes au safran). Si précieux (1) donc, qu’aucune couleur synthétique n’a jamais pu égaler l’éclat jaune d’or du safran.
Au Moyen-Âge, il était réservé à la teinture des étoffes les plus précieuses. On en teignait cuirs, cheveux, tuniques des mariées médiévales, manteaux de rois, etc. Ceci dit, notons que l’usage tinctorial du safran est bien plus ancien (au moins 3 500 ans).

D’UN POINT DE VUE AGRICOLE

Ramené dit-on de Terre sainte par un croisé, le safran a connu un phénoménal essor économique au Moyen-Âge : safraniers et safranières se multiplient. En France, dès le X ème siècle, sa culture a prit racine en plusieurs régions : Angoumois, Provence, Normandie, Quercy, Albigeois, Gâtinais (ce qui reste d’actualité pour ces trois dernières). D’autres pays européens accueillirent et possèdent encore des safranières : Italie, Espagne, Suisse. Il peut s’accommoder d’un grand nombre de climats : il est également cultivé dans le sud de l’Angleterre ainsi qu’en Inde.

Pour sa culture, le safran nécessite un été chaud et sec, un sol abrité, bien drainé, ensoleillée et enrichi. La chaleur de l’été sinon la sécheresse ne l’indisposent vu que sa végétation est totalement suspendue durant cette période. A ce stade, c’est-à-dire celui de la plantation (entre juin et août), le safran se présente sous forme de bulbe enfoui en terre à une profondeur de 10 cm environ. En revanche, il redoute les hivers trop froids durant lesquels les températures atteignent les – 15° C.

Petite plante, le safran porte des feuilles semblables à des brins d’herbe et, à l’automne, des fleurs violettes ou mauves desquelles saillent les fameux stigmates vermillons, objets de toutes les convoitises. C’est alors l’heure de la récolte. Il faut faire vite, la floraison dure 1 à 3 semaines en fonction des conditions climatiques du moment. On ramasse les fleurs au fur et à mesure de leur épanouissement puis on sépare les stigmates qu’on destine ensuite à la dessiccation. Pour cela, il existe plusieurs méthodes : séchage au soleil (méthode vauclusienne), séchage au feu (méthode gâtinaise).

Stigmates

Cette rareté a donc, très tôt, dès l’époque médiévale, attisée la rapacité des faussaires. Bien qu’inégalable, le safran trafiqué fut très sévèrement réprimé. Pour l’exemple, un épicier faussaire de Nuremberg fut brûlé vif en 1444 en compagnie de ses stocks de safran falsifié. On tenta bien de fabriquer du faux safran avec de la poudre de racine de curcuma, avec des pétales de soucis, en coupant safran avec l’une ou l’autre de ces deux plantes, quand ce n’était pas avec du paprika… Bref. Rien n’y fit. Rien n’a pu détrôner le safran à ce jour.

________________________
1. Il faut compter entre 50 à 80 fleurs de crocus pour obtenir un gramme de safran sec. 50 à 80 bulbes, c’est ce qu’il est bon de planter sur un mètre carré. Cela représente environ 600 000 bulbes à l’hectare.

Le safran en thérapie

1. Parties utilisées : stigmates.

2. Principes actifs : essence aromatique, picrocrocine, crocine.

3. Propriétés médicinales : stimulant utérin, sédatif utérin, régulateur des règles, sédatif gastrique, tonique gastrique, sédatif du système nerveux central, tonique du système nerveux central, antispasmodique, analgésiant de la muqueuse gingivale, aphrodisiaque, narcotique (à haute dose), cordial, apéritif, alexitère (qui prévient les effets des poisons et venins).

4. Usages médicinaux :

En interne : règles douloureuses, dyspepsie, fièvres, crampes, toux quinteuse, spasmes bronchiques, asthme, coqueluche, nervosité.

En externe : rhumatismes, névralgies, troubles de la dentition (apaise les gencives enfantines grosses de la dent à venir), éruptions cutanées, brûlures.

5. Remarques :

* Attention aux imitations dont nous avons parlé plus haut. Il est possible de trouver des produits répondants aux appellations de :

– safran d’Allemagne, safran bâtard, faux safran (en réalité, elles désignent toute le carthame),
– safran des Indes (désigne le curcuma),
– safran des près (désigne le colchique automnal).

* Il est important de distinguer le safran du colchique automnal, plante hautement toxique qui lui ressemble. Pour limiter les risques d’erreurs, il faut savoir que le safran est un hybride inconnu à l’état sauvage et que, contrairement au colchique, il porte fleurs et feuilles dans le même temps.

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Phytothérapie : modes de préparation des plantes

La vertu de ce post est de regrouper la dizaine (et des brouettes…) de façons différentes d’utiliser les plantes en phytothérapie parmi les plus connues.

L’infusion : très utilisée et très simple d’usage. Il s’agit de mettre des plantes fraîches ou sèches en contact avec de l’eau bouillante durant une dizaine de minutes dans la plupart des cas. Mais cette durée peut varier selon les plantes (de 5 à 15 mn). Par exemple, le tilleul ne devra pas être infusé plus de 5 mn, au delà il perd ses propriétés sédatives et devient excitant.

La décoction : cela ressemble beaucoup à l’infusion. Cependant, une décoction est obtenue en faisant bouillir une plante dans de l’eau pendant un laps de temps plus ou moins long (2 à 15 mn, davantage s’il s’agit de parties dures telles que racines, écorces, etc.).

Mortier+pilon

La macération : contrairement à l’infusion et à la décoction, une macération s’effectue à température ambiante. Tout simplement, on remplit un récipient d’eau froide ou de vin dans lequel on dépose les plantes choisies. L’extraction se fait alors lentement (à l’inverse de l’infusion et de la décoction) puisqu’il faut compter, au minimum, quelques heures, au maximum quelques semaines. Mélanger de temps en temps afin d’homogénéiser l’ensemble.

L’alcoolature : il s’agit du même principe que la macération. Au lieu d’eau, l’extraction des principes actifs de plantes fraîches se fait dans l’alcool et la durée d’extraction peut s’effectuer sur deux, voire trois semaines, six parfois. Il est recommandé de mélanger le tout quotidiennement et de consommer rapidement car une alcoolature se conserve assez mal. On compte un part d’alcool pour une part de plante.

La teinture alcoolique : identique à l’alcoolature. La seule chose qui change c’est la proportion de plantes par rapport à la quantité d’alcool utilisée : cinq parts d’alcool pour une part de plante.

L’alcoolat : à ne pas confondre avec l’alcoolature… Il s’agit, ni plus ni moins, que de la distillation d’une ou plusieurs plantes à l’aide d’un alambic. Difficile à faire chez soi, bien entendu, si on ne dispose pas du matériel nécessaire.

Alambic

Le jus : obtenu en pressant les feuilles, les fruits ou les racines d’une plante. La centrifugeuse est une bonne idée si vous faites souvent des jus. Sinon, il vous reste toujours l’huile de coude.

Le sirop : il a pour base le jus ou d’autres préparations de plantes qui sont cuites avec du sucre.

Les huiles (macérâts huileux) : pour cela il faut utiliser des huiles à base neutre (olive, amande douce, pépins de raisin) dans lesquelles on incorpore des plantes sèches, parfois fraîches. L’extraction des principes actifs de la plante se fait à température ambiante pendant environ trois semaines. On secouera le récipient (un bocal en verre fermé avec un couvercle) une fois par jour. Dès que l’extraction est terminée, il est recommandé de stocker l’huile ainsi obtenue (après l’avoir filtrée) dans de petites bouteilles, à l’abri de la lumière. Il est préférable de n’en confectionner que de petites quantités à la fois, eu égard à la durée de conservation. Lorsqu’on installe ce macérât au soleil, on parle de digestion.

Les poudres : il s’agit de plantes sèches broyées, à la base de beaucoup de gélules qu’on trouve en pharmacie ou parapharmacie, par exemple. Il est tout à fait possible de confectionner soi-même une poudre de plante sèche à l’aide d’un petit robot ménager.

L’inhalation : elle permet de libérer les substances actives volatiles des plantes dans un bain d’eau chaude. A usage interne (cf. inhalateur).

Aromathérapie

Le bain : même principe que l’inhalation mais se destine à un usage tant interne qu’externe. Ici, on combine l’action relaxante de la chaleur aux propriétés actives des plantes diluées dans le bain (de mains, de pieds, de siège, total).

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Récolte : principes de base

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Débuter dans la cueillette des plantes

En tout premier lieu, s’armer de bonnes connaissances botaniques, compte tenu des centaines d’espèces que représente la biodiversité végétale nationale. Un bon guide d’identification des plantes n’est pas superflu. Il est tout à fait possible de rencontrer de faux amis, voire pire, des plantes toxiques.
Dans une situation ambiguë, abstenez-vous. Si vous le pouvez, faites une photographie afin d’identifier le végétal inconnu ultérieurement.
Petit à petit, en fonction de vos pérégrinations dans la Nature, vous apprendrez à mieux reconnaître les divers végétaux et garderez en mémoire les valeurs sûres, car qui dit naturel, ne dit pas forcément anodin.

Où récolter ?

Les espaces naturels ne manquent pas : forêts, bois, haies, taillis, etc. Cependant, vous devrez proscrire certains endroits tels que :

* les abords des routes et des voies très fréquentées, les zones d’activités industrielles, d’autant plus que les plantes captent les métaux lourds (plomb, cadmium, mercure, etc.).
* les lieux propices au passage d’animaux domestiques ou sauvages (bétail, chiens, renards, etc.).
* les bordures de champs traités aux pesticides et autres engrais chimiques.
* les réserves et parcs naturels (parfois, la législation interdit toute cueillette, renseignez-vous !)

Aussi, sortez des sentiers battus !

Quand récolter ?

Un calendrier de récolte saura répondre à cette question. En général, on cueille les plantes par temps sec et non orageux, après le lever du soleil, alors que la rosée s’en est allée… N’oublions pas de prendre en compte les différences de climat qui existent d’une région à l’autre et, que, parfois, la Nature est en avance sur notre calendrier !

Que récolter ?

Il va sans dire que cueillette ne rime pas avec carnage. Il est donc de bon ton de ne pas dévaster un espace. Il est préférable de cueillir une plante en petite quantité en plusieurs endroits plutôt qu’une grosse quantité en un seul endroit. On estime qu’il faut laisser sur place au moins 1/3 de chaque « gisement » afin que la plante puisse se régénérer.
Attention aussi aux plantes rares (dont certaines sont interdites à la cueillette même en dehors des parcs et réserves) et aux plantes qui présentent un cycle végétatif plus long.

Comment récolter ?

On s’entend pour récolter les grandes feuilles une par une, alors que les petites feuilles seront ramassées en branches et triées par la suite. Il en va de même pour les fleurs et les baies. Elles peuvent être ramassées une à une ou par grappe, si on à affaire au sureau, à l’argousier ou bien aux apiacées par exemple. C’est la taille ainsi que la fragilité de la baie qui indiquera la meilleure méthode.
Si vous récolter plusieurs espèces, ne les mélangez pas. Réservez-leurs un sachet chacune, en évitant les sacs en plastique qui retiennent l’humidité dégagée par les plantes, ce qui peut compliquer la conservation ultérieure. Préférez les sacs en papier ou en tissu, afin de garnir votre panier !

Récolte-2

Comment conserver vos plantes ?

La méthode la plus fréquemment utilisée est le séchage. Pour cela, on peut adopter de multiples moyens : soleil, four, étuve, séchoir !
Le mode de séchage le plus courant est la dessiccation à l’air libre. Cependant, il est bon de prendre en compte ces quelques critères en ce qui concerne le lieu de séchage. Celui-ci doit être sec, bien aéré, chaud (température comprise entre 21 et 33° C), sombre et dépoussiéré

Un grenier est idéal dans ce cas ! Vous pourrez y suspendre à l’envers des bouquets de plantes si elles sont entières ou bien en confectionner de minces couches sur des claies, par exemple. Pensez à les brasser une ou deux fois durant la période de séchage, inutile de les secouer chaque jour ! Ensuite, on peut étaler fleurs, feuilles et graines bien espacées sur un tissu posé au sol, ce qui nécessite de la place, bien entendu.
En ce qui concerne les tiges et les feuilles plus épaisses et/ou coriaces, un séchage au soleil ou dans une pièce plus chaude (30-35° C) que celle que nous évoquions précédemment est préconisé. Dans ce cas, il faudra remuer les parties plusieurs fois par jour.
Les racines, quant à elles, méritent un mode opératoire différent. Après les avoir bien lavées, on les fait sécher à l’air libre, dans un endroit sec exempt d’humidité. S’il s’agit de racines charnues, on les découpe en rondelles, on les dispose en chapelet et on les fait sécher à l’étuve. Dans le cas de racines mucilagineuses (mauve, guimauve, etc.), le séchage s’effectuera dans un four traditionnel à base température (50° C maximum). Écorces et bois sécheront au soleil.

Quant le séchage est terminé, vient l’heure du stockage. Les récipients tels que boîtes en fer, en grès, en verre, en bois, en carton sont de bons réceptacles. On peut également utiliser des poches en tissu. Certains auteurs indiquent des sacs en papier ou en kraft, mais d’autres les bannissent du fait qu’ils seraient susceptibles d’être la source d’une micro-pollution.
Placez vos récipients dans un endroit sec à l’abri de la lumière. Étiquetez et datez-les. Associez chaque récipient à une plante, afin de ne pas mélanger les arômes. Le thym dans le sac à thym, la menthe dans la boîte à menthe, etc.
Dernier détail : quel que soit le récipient utilisé pour le stockage, il est indispensable que celui-ci ne soit pas hermétique afin que l’air ambiant puisse y circuler.

Pour finir, il existe bien d’autres modes de conservation : macération dans l’alcool (il existe en cela de nombreuses recettes), préparation au vinaigre des plantes qui s’y prêtent (boutons de mauve, de pissenlit ; feuilles de pourpier, etc.)

Enfin, n’oubliez pas de témoigner reconnaissance et respect aux plantes que vous ramasserez et conserverez. Remerciez-les pour les bienfaits ultérieurs qu’elles vous procureront. Un petit mot gentil, une caresse à la plante dont on vient de saisir la voisine, c’est ce que je fais à chaque récolte.

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Millepertuis : le chasse-diable

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Synonymes : Chasse-diable, Herbe de la Saint-Jean, Herbe aux mille trous, Herbe aux piqûres, Herbe percée.

Perforatum, millepertuis, herbe percée… L’ensemble de ces substantifs et adjectifs fait référence aux milliers de petits trous que l’on aperçoit sur les feuilles quand on regarde les rayons du soleil à travers elles.
En revanche, hypericum se décompose comme suit : hyper, du grec, ce qui signifie « au-dessus » et de eikon, « image » (qui donnera plus tard icône). Au-dessus de l’image ? Le sens s’explique du fait que les Grecs anciens en protégeaient les statues des divinités en suspendant des bouquets de millepertuis au-dessus d’elles en vue d’en éloigner les mauvais esprits et les démons, d’où le nom de chasse-diable (fuga demonium) que l’on donne parfois à la plante et qui rend bien compte de la puissance du millepertuis contre les attaques occultes, tout comme les dépressions nerveuses peuvent l’être (au Moyen-Âge, on parle volontiers de possession au lieu de dépression). Le millepertuis est considéré depuis longtemps comme capable de chasser les idées noires et d’éloigner la foudre.
Pour se venger du millepertuis, le Diable chercha à le détruire en dévorant ses feuilles, morsures qui laissèrent en vue les myriades de petits trous qui constellent l’Hypericum perforatum.

Très étrangement, au Moyen-Âge, alors que le millepertuis a fait ses preuves en tant que plante médicinale en Allemagne et en Europe du Nord contre, notamment, « les maladies de langueur », Hildegarde de Bingen n’en fait absolument pas cas. Elle précise que cette plante est juste assez bonne pour être donnée en pâture aux animaux et qu’elle ne convient pas à la médecine. Hildegarde aura fait d’autres erreurs, comme avec l’oignon, par exemple. Mais elle reste cependant une très grande phytothérapeute médiévale.
Le millepertuis ne prendra son nom d’herbe de la Saint-Jean qu’au XIV ème siècle. Alors, ses fleurs seront utilisées pour leurs vertus apéritives et vulnéraires, bien que cette capacité cicatrisante ait été vantée un peu plus tôt, au XIII ème siècle, par l’école de médecine de Montpellier qui considérait le millepertuis comme le plus puissant des vulnéraires. Cette propriété semble trouver son origine au temps des croisades (XI ème – XIII ème siècles). En effet, les chevaliers de la Saint-Jean de Jérusalem s’en servaient pour soulager les plaies et les brûlures sur les champs de bataille. Peut-on en déduire qu’ils connaissaient déjà les vertus antiseptiques et cicatrisantes de la fameuse huile rouge dont nous exposerons un peu plus loin le modus operandi d’obtention ?
Le millepertuis n’est pas l’unique herbe de la Saint-Jean. On en compte six autres : l’armoise (Artemisia vulgaris), la joubarbe (Sempervivum tectorum), le lierre terrestre (Glechoma hederaceum), la marguerite (Chrysenthemum leucanthenum), l’achillée millefeuille (Achillea millefolium) et la sauge (Salvia officinalis). Pour qu’elles conservent leurs pouvoirs, il faut les cueillir le jour de la Saint-Jean, entre l’aube et le coucher du soleil, en marchant à reculons… (bonjour les chutes !)

Hypericum perforatum

La théorie des signatures nous explique que cette plante solaire qui s’épanouit particulièrement lors du solstice d’été est une plante dont la symbolique nous renvoie directement à sa capacité à chasser les affres de la dépression et ses grisailles. Le millepertuis préserve des esprits malins qui sont autant d’exemples, à notre époque moderne, des difficultés que nous pouvons rencontrer, dès lors que notre soleil intérieur s’estompe, voire disparaît. Et, sur ce point, la théorie des signatures ne s’y est pas trompée. Le millepertuis modifie le taux de sérotonine dans le cerveau, ce qui augmente ainsi la sensation de bien-être général. Il aide à supprimer la douleur et facilite le sommeil, lutte contre l’insomnie, l’angoisse et la dépression légère à moyenne (sédatif et équilibrant du système nerveux).
Si l’usage interne du millepertuis permet de ramener en soi le soleil, il est important de mentionner que ce même usage n’autorise pas l’exposition au soleil, puisque cette plante est photosensibilisante. Pour cela, un court extrait d’un ouvrage de Jean-Marie Pelt, Les nouveaux remèdes naturels, Arthème Fayard, 2001.

« Plante étrange, en vérité, que ce millepertuis qui entretient décidément avec le soleil des liens privilégiés. En 1920, en effet, on s’aperçut que des herbivores à robe claire ayant brouté du millepertuis présentaient, lors d’une forte exposition au soleil, des œdèmes et des érythèmes sur les muqueuses et les parties dépigmentées de la peau. Dans certains cas plus sévères, les animaux étaient frappés d’une intense agitation avec diarrhées, dermatites et perturbations du rythme cardiaque. Des cas mortels furent même rapportés.
Ces signes de photosensibilisation ne se manifestaient qu’après ingestion du millepertuis par le bétail et forte exposition au soleil. Le contact externe de la plante avec la peau reste sans effet. Mais, consommée, la plante rend la peau extraordinairement sensible aux rayons solaires… »

Chez l’homme, l’exposition solaire après une prise régulière de millepertuis est susceptible de provoquer des dermatites, gonflements et autres brûlures cutanées. Cependant, l’usage du millepertuis sous forme d’infusion présente un risque négligeable, puisque l’hypericine (responsable de l’effet photosensibilisant) est très peu soluble dans l’eau. A contrario, l’usage externe du millepertuis soigne les agressions solaires ! En résumé :

Millepertuis en usage interne => pas d’exposition solaire
Après exposition solaire douloureuse => millepertuis en usage externe


Et c’est là que nous allons reparler de la fameuse huile rouge ! Elle est issue de la macération, voire de la digestion, de fleurs de millepertuis dans de l’huile d’olive pendant quatre à six semaines. Petit à petit, de par la présence d’hypericine qui joue le rôle de pigment naturel, l’huile se teinte de rouge framboise soutenu, parfois de pourpre. Cette très belle huile est applicable sur coups de soleil, brûlures légères, irritations cutanées, érythèmes, ainsi que sur plaies bénignes et petites coupures.
Ayant des propriétés anti-inflammatoires, elle s’utilise également en massage (avec ou sans huiles essentielles additionnelles) sur les douleurs rhumatismales et les lumbagos, sans oublier les entorses, les luxations, les hématomes, les crampes et les névralgies.

Hormis ces caractéristiques principes, le millepertuis intervient en interne dans un certain nombre d’affections et met en valeur d’autres de ses propriétés : tonique hépatique et biliaire, fébrifuge, tonique de la circulation sanguine. Il intervient également sur la sphère respiratoire dans des cas d’asthme et de bronchites comme le notait déjà Cazin au XIX ème siècle.

Étant un remède naturel, il n’en reste pas moins que l’usage du millepertuis (particulièrement en interne) est soumis à condition du fait des possibles interactions qui peuvent exister entre cette plante et un certain nombre de médicaments de synthèse (cardiotoniques, anti-asthmatiques, etc.), ainsi que certains contraceptifs oraux. En cas de doute, on évitera donc les prises parallèles.

Le millepertuis est une plante vivace aux tiges robustes et ligneuses dont la taille est comprise entre 20 et 60 cm la plupart du temps. Les feuilles sont ovales et comptent de nombreux petits points translucides qui sont visibles à contre-jour ; et ne sont pas autre chose que de minuscules vésicules contenant un pigment rouge pourpre.
Les fleurs, cinq pétales jaune d’or, mesurent généralement 2 cm de diamètre et sont groupées en inflorescences peu denses à l’odeur citronnée un peu forte, mais très particulière. La floraison se déroule du mois de mai au mois d’août, voire septembre. Après floraison, on voit apparaître de petits fruits coniques de couleur brune.

Hypericum perforatum-2

Cette plante est très commune. Elle peut grimper jusqu’à 2000 m d’altitude. Elle est prolifique, aime beaucoup le soleil ( !) ainsi que les sols drainés et relativement secs.
Elle affectionne particulièrement les prairies, les bordures de chemins, les bois clairs et assez lumineux, les talus et les pelouses mi-sèches.

Le millepertuis en thérapie :

1. Parties utilisées : fleurs, feuilles

2. Principes actifs : huile essentielle, flavonoïdes, tannins, hypericine, pectine, résine

3. Propriétés médicinales :
antidépresseur, sédatif, équilibrant du système nerveux, apéritif, digestif, astringent, diurétique, fébrifuge, antiseptique, anti-inflammatoire, antibiotique, antiviral, vermifuge, cicatrisant

4. Usages thérapeutiques : insomnie, angoisse, déprime, cystite/infections urinaires, hémorroïdes, varices, constipation, troubles hépatiques, coups de soleil, brûlure légère, irritations cutanées, piqûres d’insectes, ulcères cutanés, plaies bénignes, coupures, rhumatismes et lumbago, soulager les douleurs liées aux entorses, luxations, hématomes et zonas

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