La reine des prés, un précurseur de l’aspirine

Synonymes : spirée, ulmaire, herbe aux abeilles, grande potentille, vignette pied-de-bouc, barbe-de-bouc, etc…

Si certains de ces noms vernaculaires révèlent des caractéristiques propres à la reine des prés, en revanche d’autres doivent leur existence à des approximations sinon à des erreurs d’identification.

  • Ulmaire : du latin ulmus, qui signifie orme. Parce qu’on aurait constaté une ressemblance entre les feuilles de la reine des prés et celles de l’orme.
  • Spirée : en relation avec les fruits que donnent les fleurs. Ils sont composés de 5 à 9 carpelles spiralés (cf. photo ci-dessous).
  • Herbe aux abeilles : bien que la reine des prés fournisse aux abeilles un peu de pollen, elle ne secrète aucun nectar.
  • Barbe-de-bouc : par confusion avec une autre plante, Aruncus sylvester ou barbe-de-chèvre, plante qui ressemble beaucoup à la reine des prés.

reine_des_prés_graines

Aurait-on déjà remarqué le parfum de ses fleurs ainsi que ses propriétés thérapeutiques durant l’Antiquité ? Il semblerait que non. Pour trouver les traces écrites les plus récentes relatives à la reine des prés, il faut attendre le Moyen-Âge, et encore, elles n’ont pas trait à ses vertus médicinales. L’Antiquité et le Moyen-Âge ont ceci en commun qu’à ces époques on utilisait les inflorescences de couleur blanc crème de la reine des prés dans un seul but ornemental. Aussi en confectionnait-on des couronnes plus particulièrement employées durant les mariages, du fait de la symbolique virginale attribuée à ces fleurs.
A la Renaissance, il se pourrait bien que Rembert Dodoens ait employé cette plante, mais la confusion existant entre la barbe-de-bouc et la reine des près est telle qu’elle ne permet pas de bien rendre compte de l’identité exacte de la plante en question. Épisodiquement citée çà et là, il faut patienter jusqu’au XVIII ème siècle pour que la reine des prés fasse à nouveau parler d’elle (Haller, 1742 ; Gilibert, 1792, etc.). Au milieu du XIX ème siècle, un empirique (l’abbé Obriot de Trémilly en Haute-Marne) met en évidence les propriétés antirhumatismales et diurétiques de la reine des prés, à l’aide de laquelle il traite des hydropiques. Alerté par ces expérimentations, un médecin lyonnais, Tessier, expérimentera lui aussi la plante et parviendra aux mêmes conclusions que le curé haut-marnais. Un peu plus tard (1858), Cazin suivra avec succès son exemple. Parallèlement, on se préoccupe davantage d’une autre espèce végétale, le saule (Salix alba). En effet, c’est à un pharmacien français, Leroux, que l’on doit la découverte d’un principe actif contenu dans l’écorce du saule, la salicine (1829). Dans le même temps, un Suisse du nom de Pagenstecher s’appliquera à distiller les fleurs de la reine des prés. Il notera la présence d’un aldéhyde salicylique dans l’huile essentielle obtenue. Or il se trouve que ces deux composés ont des structures relativement analogues. De fait, saule et reine des prés pourraient-ils être dotés des mêmes vertus ? Écoutons ce que Jean-Marie Pelt pense de tout cela : « L’invasion d’un pré par la spirée signifie que celui-ci devient marécageux et peu propice au pâturage. La spirée signe ainsi à sa manière son aptitude à vivre […] les pieds mouillés ; dès lors, comment s’étonner, toujours selon l’énigmatique Théorie des Signatures, qu’elle contienne un corps apparenté à l’acide salicylique ? Ce que confirmèrent ses propriétés antirhumatismales, précisément celles qu’on avait de tout temps attribuées au saule » (Jean-Marie Pelt, Les nouveaux remèdes naturels, p. 17).
En toute fin de XIX ème siècle, Hoffmann élabore à partir d’acide salicylique l’acide acétylsalicylique, jugé moins caustique. Puis un grand laboratoire allemand, Bayer, commercialisera cette nouvelle molécule sous le nom bien connu d’aspirine, mot construit sur le nom que portait la reine des prés à cette époque : la spirée.

reine_des_prés_fleurs

La reine des près est une plante qui appartient – qui l’eut cru ? – à la famille des rosacées. Elle est vivace et se propage par l’intermédiaire d’un rhizome rouge-rosâtre. Elle est constituée de tiges raides et dressées qui lui permettent d’atteindre une hauteur maximale de 2 m. Elle possède des feuilles composées qui comptent de 2 à 9 paires de folioles dentées. Les fleurs s’organisent en corymbes mousseux de couleur crème. Elles ont généralement 5 pétales (parfois 6) et mesurent entre 4 et 8 mm de diamètre. Les boutons floraux non éclos sont vert pâle. La floraison se déroule de juin en août.
La reine des près pousse en colonies fréquentes jusqu’à 1 800 m d’altitude : prairies humides, bordures de ruisseaux, berges fertiles…

reine_des_prés_feuilles

La reine des prés en phytothérapie

1. Parties utilisées et principes actifs

La reine des prés contient une proportion variable de tannins, mais également de l’acide salicylique et probablement de l’acide citrique. Dans les fleurs se concentre une faible fraction (0,2 %) d’une huile essentielle plus lourde que l’eau, comme c’est le cas de l’huile essentielle de gaulthérie (Gaultheria procumbens), plante avec laquelle la reine des prés entretient bien des points communs, dont l’odeur. En outre, on note la présence de divers oligo-éléments (soufre, fer, calcium). S’il est vrai que les fleurs sont plus particulièrement employées, les racines et les feuilles présentent aussi des vertus médicinales.

2. Propriétés thérapeutiques

  • Diurétique rapide et efficace, activatrice de l’élimination des principes nocifs (acide urique, chlorures)
  • Sudorifique légère, fébrifuge
  • Anti-inflammatoire, analgésique, antirhumatismale
  • Astringente légère, détersive, cicatrisante
  • Tonique cardiaque
  • Somnifère
  • Cholérétique
  • Antispasmodique

3. Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère rénale et urinaire : lithiase rénale, lithiase urinaire, oligurie
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : pyrosis, inflammation des voies digestives, ulcères gastriques, diarrhée, dysenterie, acidité gastrique (de manière globale, la reine des prés réduit le taux d’acidité dans l’organisme. Sachant qu’elle pousse en milieu alcalin, c’est d’autant plus pertinent…)
  • Troubles articulaires et rhumatismaux : rhumatismes, rhumatismes articulaires aigus, arthrose
  • États fébriles, rhume
  • Cellulite, œdèmes et toute autre rétention liquidienne de l’organisme (hydropisie, ascite…)
  • Piqûres, brûlures, coupures, plaies atones, ulcères
  • Insuffisance biliaire
  • Artériosclérose

4. Modes d’emploi

  • Décoction : plus adaptée aux parties dures que sont les racines.
  • Infusion : les fleurs. Cependant, il faut veiller à les faire infuser dans une eau dont la température ne dépasse pas 80° C. Au-delà, le principal principe actif, le salicylate de méthyle, est détruit.
  • Cataplasme de feuilles fraîches.
  • Macération à froid de fleurs fraîches dans du vin.
  • Compresses d’infusion de feuilles fraîches

5. Contre-indications et usages alternatifs

  • Les propriétés anti-inflammatoires et analgésiques de la reine des prés s’exercent de manière progressive. Afin d’abaisser les quantités d’anti-inflammatoires et d’antalgiques classiques parfois trop agressifs pour l’organisme, on préconise la reine des prés, parfois en association avec le saule blanc et la gaulthérie. Cela s’explique par le fait que la reine des prés contient des dérivés d’acide salicylique. On retrouve des molécules similaires dans le saule et la gaulthérie. Si cette dernière renforce le potentiel anti-inflammatoire et antalgique de la reine des prés, en association avec le saule, ces deux plantes forment un bon remède antirhumatismal, fébrifuge et anti-grippe. En compagnie du cassis (Ribes nigrum), de la menthe poivrée (Mentha x piperita), du frêne (Fraxinus excelsior) et du romarin officinal (Rosmarinus officinalis), on peut concocter un apozème très puissant contre les troubles rhumatismaux et articulaires entre autres.
  • Bien que bardée de qualités thérapeutiques indéniables, la reine des prés ne s’adresse pas aux personnes hypersensibles aux salicylates. Enfin, chaque médaille ayant son revers, on se gardera de faire de la reine des prés un usage intensif, puisqu’elle est susceptible de provoquer des troubles cardiaques et de l’hématurie (présence de sang dans les urines).
  • Les fleurs de reine des prés procurent une saveur d’amande à l’hydromel. Mêlées à du vin blanc doux, elles le transforment en « muscat ». Elles sont aussi utilisées pour parfumer confitures, compotes et liqueurs. Enfin, l’huile essentielle extraite des boutons floraux fut autrefois employée en parfumerie.

© Books of Dante – 2014

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