La vanille (Vanilla planifolia)

En 1529, un missionnaire franciscain du nom de Bernardino de Sahagun (1500-1590) se trouve au Mexique. Précurseur de l’ethnologie, cet homme a beaucoup fait pour nous rendre compréhensibles la culture et la société aztèque d’alors. C’est ainsi qu’il nous apprend que le tlilxochitl – vanille en langue nahuatl – jouait un rôle d’aromatisant de boissons cacaotées. Cultivée dans les plaines bordant les côtes du golfe du Mexique, la vanille se présente sous la forme d’une liane souple, faiblement ramifiée, portant des feuilles alternes, planes, en forme d’ovale pointu, aux nœuds de laquelle naissent des racines adventives qui, s’élançant en direction du sol, sont suffisamment longues pour y puiser les éléments essentiels à son existence. Parce que, oui, la vanille est une « monte-en-l’air », juchée parfois à près de dix mètres du sol, se servant des arbres comme tuteur. Cette orchidée grimpante porte des fleurs groupées à l’aisselle des feuilles. Généralement de couleur blanches, vertes ou jaunâtres, elles possèdent la particularité de devoir faire appel à un agent extérieur pour assurer leur pollinisation, des abeilles du genre Melipona ou des oiseaux-mouches, au choix. Cela n’est qu’à cette seule condition que la vanille fructifiera, formant des capsules vertes et cylindriques de 15 à 25 cm de longueur, ce que nous appelons improprement « gousses », un terme renvoyant au nom même de la vanille, issu de l’espagnol vainilla, diminutif de vaina, « gaine », « fourreau », un mot provenant du latin vagina. Pour une plante aphrodisiaque, orchidée qui plus est, c’était bien trouvé.

Au XVI ème siècle, la vanille fit partie du contingent de plantes nouvelles, parmi lesquelles nous trouvons la tomate, la pomme de terre, le haricot, le tabac, etc., que l’on ramena en Espagne. Cependant, les Espagnols constatèrent rapidement l’impossible acclimatation de cette liane tropicale sur le sol européen. Cela ne découragea pas les botanistes, par exemple, Charles de l’Escluse en fit la première description en 1602. Un siècle plus tard, Nicolas Lémery « en donna une figure, d’ailleurs assez médiocre, évoquant plutôt l’image de vulgaires haricots grimpant à l’assaut le long d’un échalas » (1). C’est bien là l’inconvénient de représenter une plante n’ayant jamais été observée in situ. Mais, c’est encore grâce aux Espagnols que cet écueil pourra être franchi. En effet, en 1721, la réussite d’un essai de culture de la vanille à Cadix en permettra une plus juste description, d’autant qu’à cette époque, le monopole du Mexique sur la vanille reste d’actualité, la propagation de la plante à d’autres zones géographiques ne prendra effet qu’au XIX ème siècle, et encore, pas sans quelques inconvénients. L’insecte naturellement pollinisateur de la plante n’ayant pu être acclimaté à la Réunion, on fut dans l’obligation de procéder à une pollinisation artificielle selon un procédé imaginé par un jeune Réunionnais du nom d’Edmond Albius en 1841. Passée l’étape de la fécondation manuelle, le travail ne s’arrête pas là pour obtenir les gousses brun noirâtre telles que nous les connaissons, parce que, récoltées au bout de six à quatorze mois, les capsules de vanille sont encore vertes et surtout parfaitement inodores !… Une fois cueillies, les gousses subissent un traitement thermique dont l’objectif est d’en interrompre la maturation. Ensuite vient l’épreuve de la fermentation par étuvage. Enfin, une phase de séchage permet aux gousses de revenir à un taux d’humidité compris entre 25 et 35 %. Tout cela a pour conséquence d’amollir, de flétrir et de noircir les gousses, en même temps que s’opèrent des modifications biochimiques et aromatiques en leur sein. Cela n’a pas eu d’effet dissuasif sur l’homme si l’on en juge par les nombreuses zones du globe qui accueillirent la culture de la vanille : l’Amérique du Sud, l’Afrique, les Antilles, l’Asie du Sud-Est, l’océan Pacifique et l’océan Indien.

Nous ne saurions clôturer cette première partie sans évoquer l’élixir de Garus. De Garus, l’on connaît aujourd’hui encore davantage l’élixir qu’il a cédé à la postérité que l’homme lui-même. A son sujet, les informations étant pour le moins contradictoires, nous ne nous y attarderons donc pas. En revanche, des prospectus datant du XVIII ème siècle nous vantent cet élixir en des termes pour le moins dithyrambiques. Il avait pour effet de « fortifier la Nature, conserver la santé, la maintenir et la rétablir » (2). Insistant sur le caractère universel de cet élixir, la réclame de l’époque proclamait l’utilité et l’intérêt de cette originale boisson dans des affections aussi variées que la dysenterie, la rougeole, l’apoplexie, la léthargie, etc., ce qui n’est pas rien, bien que sensiblement exagéré. Mais comme rien ne se fait de rien, au-delà de la poudre aux yeux qu’on cherche à nous faire miroiter, il est aisé de savoir, si on le veut bien, que l’élixir de Garus est d’inspiration paracelsienne. C’est ainsi qu’ont en commun ces deux préparations la myrrhe, le safran et l’aloès, mais bien évidemment pas la vanille que, probablement, Paracelse ne connaissait pas. Si les pouvoirs superfétatoires qu’on a prêté à l’élixir de Garus ne font plus autant d’émules qu’autrefois, il peut faire, comme le relate Leclerc, « bonne figure comme liqueur de table » (3), ce que ne désapprouverait pas le regretté Jean-Marie Pelt qui ne connaissait « aucun apéritif qui puisse lui tenir tête » (4). Outre les ingrédients cités ci-dessus, cet élixir contenait aussi de la cannelle, des clous de girofle, de la muscade, de l’eau de fleur d’oranger, du sucre et, donc, un soupçon de vanille dont on peut douter que l’usage fut simplement thérapeutique.

La vanille en phytothérapie

Il va de soi que la sur-représentation de la vanille dans les domaines de l’industrie de la parfumerie et de la gastronomie n’a laissé que peu de place à la phytothérapie. Cependant, nous pouvons tout de même en dire quelques mots.
Tout d’abord, évoquons un aldéhyde aromatique plus connu sous le nom de vanilline. C’est lui qui, parfois cristallisé, forme à la surface des gousses ce que l’on appelle le « givre de la vanille ». On a longtemps cru que la vanille devait son parfum à un dérivé benzoïque ou à la coumarine avant que soit mise en évidence la vanilline dans le courant du XIX ème siècle, ainsi qu’un autre aldéhyde aromatique, le pipéronal à parfum d’héliotrope.

Propriétés thérapeutiques

  • Stimulante, aphrodisiaque
  • Antiseptique
  • Modificatrice des sécrétions bronchiques, expectorante

Usages thérapeutiques

  • Bronchite chronique, catarrhe bronchique, trachéite, toux du fumeur
  • Dyspepsie, flatulence
  • Asthénie physique et psychique, convalescence

Modes d’emploi

  • Alcoolat
  • Teinture
  • Extrait pur (sous forme liquide, tel que proposé par la gamme Valnet, l’extrait mou, sorte d’absolu, étant réservé à la parfumerie)

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • La vanille, en excès, peut provoquer des maux de tête. C’est d’ailleurs à ce type de désagrément que sont exposées les personnes restant longtemps en contact avec la plante, en particulier les cueilleurs. Cette affection connue sous le nom de vanillisme peut également provoquer des troubles gastro-intestinaux ainsi que de l’urticaire, en raison de moisissures se développant sur les gousses de vanille, lesquelles attirent un petit acarien agissant comme le sarcopte de la gale. Mais cela reste avant tout une maladie professionnelle.
  • Parfumerie : Guerlain, Cartier, Calvin Klein sont quelques-uns des parfumeurs qui font entrer la vanille dans la composition de certains de leurs parfums.
  • Alimentation : confiserie, liquoristerie, pâtisserie, etc. Nombreuses sont les branches de l’art culinaire qui font appel à la vanille.
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    1. Henri Leclerc, Les épices, p. 40.
    2. Henri Leclerc, En marge du codex, p. 92.
    3. Ibidem, p. 93.
    4. Jean-Marie Pelt, Les vertus des plantes, p. 135.

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Les radis : commun (Raphanus sativus) et noir (Raphanus sativus var. niger)

Dans le monde souterrain des racines, rien n’est vraiment très simple, et ça l’est d’autant plus avec le radis dont l’origine demeure encore incertaine, même si l’on a bien voulu voir dans le sud de l’Asie sa terre natale.
Il existe une expression latine dont les auteurs anciens étaient fort friands. Elle supposait que, le lecteur sachant de quoi parle l’auteur, ce dernier n’avait pas le soin de s’étendre en de longues descriptions, c’est pourquoi bien des végétaux pâtirent de ce qui nous apparaît comme une négligence. Aussi, la grand-mère de notre radis moderne est-elle la ravenelle, Raphanus raphanistrum ? Ou bien une autre plante ? En tous les cas, raphanus en latin et raphanos en grec furent des noms génériques appliqués à diverses espèces de la famille botanique des Brassicacées. Ces deux termes sont apparentés à la rapa, la rave, qui est, elle aussi, un nom vernaculaire qui cultive l’ambiguïté, ainsi qu’au mot latin radix, autrement dit la « racine ». Imaginez un peu qu’on utilise le seul mot « feuille » pour désigner toutes sortes de salades !…
Ce que l’on sait en revanche, c’est que dans le plus ancien traité chinois portant sur la matière médicale, le Shennong bencao jing ou Classique de la matière médicale du laboureur céleste, le radis est bel et bien présent, et tout porte à croire que différentes sortes de radis étaient cultivées en Chine environ 3000 ans avant notre ère. Lors de la dynastie Tang (618-907), le radis est usité comme stimulant de la digestion, et son importance pour les peuples orientaux est telle que l’on fait fermenter des radis avec d’autres plantes dans des pots en terre ou en porcelaine pour des durées qui oscillent entre quelques années et plus de quarante !
A une époque aussi ancienne que les prémices de culture du radis chinois, l’Égypte se fait fort d’en assurer la production à l’identique. Durant la construction de la pyramide de Khéops, l’on sait que les ouvriers attelés à son érection étaient nourris d’ail, d’oignon et de radis, ce qui semble signifier que, il y a déjà plus de 4500 ans, ce légume était largement entré dans les mœurs égyptiennes. Le noun, tel qu’on l’appelait alors, était tant un aliment qu’un remède, des variétés rondes et longues sont figurées, bien visibles, dans le temple de Karnak (18 ème dynastie) et la nécropole de Kahoum (12 ème dynastie), comme le rapporte l’historien grec Hérodote au V ème siècle avant J.-C. Cultivé pour sa racine et sa graine oléagineuse par les Égyptiens, cette pratique sera rapportée par Pline au I er siècle comme étant encore d’actualité. Mais les petits radis roses étant d’obtention récente, il ne faut pas s’imaginer un Égyptien ou même un homme vivant au temps de Louis le Germanique en croquer un au sel.
Ce qui se déroule en Égypte se retrouve en Grèce, les Grecs ayant largement puisé à la source féconde du Nil. C’est ainsi que la culture du radis est consignée par Théophraste en Grèce, où diverses variétés sont connues : le cléonien, le béotien, le corinthien, le léothalasse. Bien sûr, la médecine s’empare de lui : Hippocrate en fait un remède contre l’hydropisie et l’érysipèle, tandis que pour Dioscoride c’est un médicament apéritif, stomachique, antitussif et emménagogue. Il aurait même la possibilité d’aiguiser la vue. Un autre médecin grec bien connu, Galien, remettra en cause l’opinion de Dioscoride selon laquelle les radis se doivent d’être consommés après les repas. Il indique tout le contraire, car pris en début de repas, il ouvre l’appétit. Force est de constater que Galien, une fois de plus, a raison, un avis qui sera secondé par celui d’Horace qui exprime l’efficacité du radis pour lutter contre l’atonie de l’estomac. Quant à Pline, il indique le radis contre l’hémoptysie et l’insuffisance lactée, mais par-dessus tout, contre une affection – la lithiase – pour laquelle le radis est un remède de prédilection.

Le Moyen-Âge, aussi peu ordonné que l’Antiquité sur la question du classement taxinomique, affuble le radis de divers substantifs : raffane, rafle, ravenet, raïz, refort, raifort… Si cela entretient une part de confusion, cela indique aussi le grand et large usage qu’on fit du radis. Inscrit au Capitulaire de Villis, c’est un bon indice de l’intérêt qu’on portait à celui qu’on nommait alors radice. Sa vertu antitussive se rencontre chez Walafrid Strabo – « cette racine délivre les viscères de la toux qui les ébranle » (1) – et dans le Livre des simples médecines de Platearius : « mangé cuit, il est efficace contre les toux provoquées par de grosses humeurs ». Ce dernier auteur ajoute, de même que l’école de Salerne à laquelle il appartient, que le radis se recommande « à ceux qui ne puent plus pisser ». Quant à Hildegarde, le radis vaut comme dépuratif général, car, dit-elle, il « purge […] les viscères de leurs humeurs malignes ».

L’homme, qu’il soit ou non médecin, n’échappe pas aux jugements de valeur, c’est-à-dire des appréciations portées sur telle ou telle chose. Il est donc avéré que le goût subjectif de chacun – qui offre pléthore d’exemples depuis des milliers d’années – érige au pinacle telle plante, voue aux gémonies telle autre. Cela explique pourquoi la réputation des radis vacille un tantinet et que La Bruyère Champier, lui étant hostile, en fait un « aliment grossier » et que le Portugais Amatus Lusitanus le considère comme « légume indigeste », car responsable de flatuosités. Bien sûr, de nombreuses questions peuvent être posées à ces deux personnages : vos radis étaient-ils frais, de bonne qualité, bien préparés, consommés avec modération dans des cas que la médecine préconisait alors ? Mais ils sont morts depuis longtemps, il n’est plus possible de leur arracher de réponses. Mais bon, face à un ou deux bougons récalcitrants, nous trouvons cinq ou six adeptes à la mine réjouie : aussi le radis est-il convié dans le traitement de la lithiase par Matthiole, Savonarole, Mizauld, tandis que Saxonia le juge de bon effet pour désopiler le foie et que Lucas Schrök en fait carrément le spécifique de la coqueluche. Puis, à la suite, plus rien ou presque, le radis semble boudé par les instances scientifiques et médicales, mais demeure un remède populaire que les campagnards utilisent soit par empirisme ou par vulgarisation scientifique, comme antiscorbutique, diurétique et expectorant dans catarrhe pulmonaire chronique et coqueluche. Que l’académie royale de médecine répugne à se pencher sur le radis est de peu d’importance quand l’humilité sait en faire ses choux gras. Malgré cela, le radis n’a pas fini de nous étonner. Dès la fin du XIX ème siècle, on revient sur ce qui dessine le profil thérapeutique du radis qui sera admirablement synthétisé par Paul-Victor Fournier, reprenant les travaux des Drs F. Eckstein et S. Flamm : en 1933 ces deux praticiens « conseillent l’emploi du radis dans toutes les affections catarrhales de l’appareil digestif, dans les divers troubles de la sécrétion biliaire, soit par inflammation soit par tendance à la formation de calculs, dans tous les cas d’épanchements de sérosité, qu’elle qu’en soit la cause, sauf dans les cas d’irritation des organes digestifs ou des reins, même dans le catarrhe sec et la toux convulsive » (2). Et, à propos de toux convulsive, laissez-moi vous en conter une bien bonne. Dans le chapitre des Légumes de France que le Dr Leclerc accorde au radis, il partage le souvenir personnel d’une manifestation psychosomatique pour laquelle sa mère prend la décision de soigner le « mal » par le « mal » après bien des échecs thérapeutiques et d’impuissants médecins. Les mathématiques n’ayant jamais été le point fort du lycéen Henri Leclerc, il était épouvanté par cette discipline qu’on tentait de lui rendre digne d’intérêt durant ses études. Cette angoisse lui procura une toux quinteuse qu’endigua un sirop de radis noir préparé par le sagesse maternelle : « c’était, dit-il, le plus affreux breuvage qu’on pût imaginer [nda : le Dr Leclerc exagère : il y a bien pire ^^], mais les résultats qu’il produisit dépassèrent toute espérance ; jugeant l’arithmétique moins amère que le sirop maternel, je cessais de tousser et Euclide compta un disciple de plus » (3).

Le radis est une plante annuelle, voire bisannuelle dans certains cas, dont la taille diffère selon la variété : un radis noir fleuri peut atteindre un mètre de hauteur alors que la plupart des radis roses conservent une taille plus modeste (10 à 30 cm). Les feuilles composées comprennent généralement un lobe proéminent par rapport aux autres. Les fleurs, que l’on voit peu sauf si l’on fait « monter » la plante (ce qui n’est pas l’objectif lorsqu’on cultive des radis pour leurs racines, mais peut le devenir pour l’obtention de graines), sont constituées de quatre pétales dont la couleur est variable (jaune, blanc, violet). Quant aux racines en pivot, elles sont sujettes aux mêmes variations chromatiques : blanc, noir, jaune, violet, rose, rouge vineux. Parmi les très nombreuses variétés, on trouve des radis longs ou ronds, certains pas plus gros que l’ongle, d’autre véritablement gigantesques.

Les radis en phytothérapie

Dans cette rubrique, nous ne distinguerons pas le radis commun du noir, tant leur profil biochimique respectif sont proches. Ces deux racines gorgées d’eau à 95 % sont assez peu pourvues d’éléments nutritifs (matières azotées, matières grasses, sucres). Sur la question des vitamines, nous y trouvons certaines du groupe B, la C, la E, la P, etc. Quant aux cendres, c’est-à-dire l’ensemble des éléments minéraux, elles ne représentent que 0,60 % du poids total d’un radis. Il s’agit en l’occurrence de soufre, d’iode, de fer, de calcium et de magnésium. Dans cette brassicacée qu’est le radis, nous rencontrons de nouveau des hétérosides sulfurés, ainsi qu’une essence aromatique de couleur jaune rougeâtre également soufrée qui donne, avec le raphanol, le piquant caractéristique dont tout radis digne de ce nom se réclame.

Propriétés thérapeutiques

Radis noir (elles sont très proches de celles du cresson et du raifort, quoi que bien moins prononcées) :

  • Tonique respiratoire, antitussif, dépuratif pulmonaire
  • Apéritif, digestif, laxatif, tonique gastrique
  • Draineur hépatique, stimulant hépatique, dépuratif hépatique et biliaire, cholérétique, cholagogue, cholécystokinétique
  • Diurétique
  • Reminéralisant, fortifiant, antiscorbutique
  • Antioxydant
  • Dépuratif cutané, rubéfiant (en particulier « l’écorce » de cette racine, ceci dit à un degré moindre que la farine de moutarde)
  • Antibiotique (4)
  • Préventif du cancer (5)

Radis commun :

  • Apéritif
  • Antirachitique, antiscorbutique
  • Antiseptique général
  • Draineur hépatique et rénal
  • Pectoral

Usages thérapeutiques

Radis noir :

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : ballonnement, constipation, flatulences, infections intestinales
  • Troubles de la sphère hépatobiliaire : insuffisance hépatique, ictère, cholécystite, colique hépatique
  • Troubles de la sphère pulmonaire + ORL : toux, toux sèche, bronchite, catarrhe bronchique, coqueluche, asthme, sinusite
  • Affections cutanées : eczéma, urticaire, érythème, coup de soleil, engelure
  • Troubles de la sphère vésico-rénale : lithiase urinaire, lithiase rénale (de nature non inflammatoire), goutte, rhumatismes, arthrite chronique
  • Rachitisme, scorbut

Radis commun :

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : inappétence, flatulences, aérophagie, atonie stomacale, fermentation intestinales
  • Troubles de la sphère hépatobiliaire : hépatisme, ictère, lithiase biliaire
  • Troubles de la sphère pulmonaire : asthme, bronchite
  • Scorbut, rachitisme, déminéralisation
  • Rhumatismes, arthrite

Modes d’emploi

  • Cru, en nature : tout simplement à la « croque au sel » en ce qui concerne les petits radis roses par exemple, ou, après avoir été épluché, en passant le radis noir sous la râpe que l’on additionne ensuite de sel, de poivre, de jus de citron ou de vinaigre selon son goût, ce qui forme un condiment très agréable. La possibilité est offerte de mêler ces râpures de radis noir à une salade composée. Il est, bien sûr, conseillé de consacrer le radis à l’entrée en matière car, en effet, il « titille fortement les papilles gustatives et communique au tube digestif l’ardeur et l’énergie indispensables aux exploits gastronomiques » (6). Au sujet du radis rose, le docteur Valnet préconisait d’en consommer également les feuilles, parce qu’elles aident à la digestibilité de cette racine.
  • Suc frais, confectionné après avoir soigneusement lavé les radis à l’aide d’une petite brosse, que l’on passe ensuite à la centrifugeuse. Il est plus intéressant de boire ce jus frais, qui ne se conserve pas au réfrigérateur au-delà de 24 heures.
  • Sirop : obtenu avec le suc mêlé de sucre et cuit.
  • Radis « dégorgé » : c’est un remède populaire largement répandu (Est et Nord de la France, Bretagne, etc.) que j’ai pris et fait prendre très souvent. Pour cela, procurez-vous un radis noir long ou rond, tranchez-le finement, déposez les tranches dans une assiette creuse et couvrez-les de sucre ou de miel. Laissez le tout durant plusieurs heures, puis recueillez le jus qui s’est dégagé lors de l’opération. Un autre mode de préparation consiste à couper un radis noir en deux, à le creuser et à verser sucre ou miel dans la cavité ainsi formée.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Les radis, qu’ils soient noirs ou communs, sont d’excellents légumes en qualité biologique. On aurait dont bien tort de s’en priver. Cependant, il est bon de respecter quelques observations : le suc des radis étant potentiellement irritant pour les muqueuses gastriques, il faut les éviter crus en cas d’ulcère gastrique, de gastrite, de dyspepsie. Les estomacs délicats peuvent éventuellement procéder à une légère cuisson et/ou absorber un peu de pain après avoir consommé des radis. De même que le chou, le radis est contre-indiqué en cas d’affections thyroïdiennes. En l’absence de toute contre-indication, on se souviendra que les radis se consomment en petites quantités et qu’une cure ne peut dépasser trois à quatre semaines d’affilée.
  • Confusion : on appelle souvent le radis noir par le nom vernaculaire de « raifort des Parisiens ». Bien évidemment, ces deux plantes n’ont rien à voir, mais jouissent, d’un point de vue condimentaire et médicinal, de propriétés analogues.
  • L’on a trop souvent tendance, lorsqu’on se procure une botte, qu’elle soit de carottes, de navets ou de radis, à négliger les fanes, c’est-à-dire les feuilles qui, fréquemment, atterrissent dans le bac à ordures, ce qui est bien dommage, puisque les feuilles de radis peuvent prendre part à une salade ou accompagner un potage. Aussi, fuyez les bottes de radis au feuillage avachi et jaunissant, c’est le signe que ces radis sont sortis de terre depuis bien trop longtemps : ils se dessèchent, se creusent intérieurement et ne sont plus guère agréables au palais, bien au contraire devenant particulièrement âcres.
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    1. Henri Leclerc, Les légumes de France, p. 190.
    2. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 805.
    3. Henri Leclerc, Les légumes de France, p. 188.
    4. Nous devons aux professeurs Esch et Gurusiddiah de l’université de Washington des études portant sur les vertus antibiotiques des radis et des principales plantes de la famille des Brassicacées.
    5. Il a été remarqué que la consommation fréquente de radis représentait une « mesure prophylactique […] dans la lutte contre le cancer », Terre de semences, p. 42.
    6. Henri Leclerc, Les légumes de France, p. 193.

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Le chou, prince du potager (Brassica oleracea)

Le Romanesco (Brassica oleracea var. botrytis)

Cette plante, dont la culture remonte à 4000 ans au moins, était alors conformée différemment de ceux que nous avons l’habitude de voir sur les marchés. Pour nous qui ne le considérons que comme aliment bien souvent, durant l’Antiquité, il avait aussi une valeur thérapeutique et ornementale. Mais, avant d’en venir là, petite page mythologique. Je ne sais trop pourquoi les anciens Grecs firent du chou une plante née de la sueur de Zeus, mais ce qui est bien plus intéressant, c’est l’autre explication que l’on donne concernant la phythogénèse de cette plante : c’est la punition infligée à Lycurge par Dionysos qui provoqua ses larmes d’où le chou serait issu. En effet, ce prince fut lié à un cep par Dionysos après avoir détruit des vignes. C’est de cette époque que date l’antagonisme entre les deux plantes qui sera rappelé par Théophraste au IV ème siècle avant J.-C. Sensible aux relations phytosociologiques, il ne manque pas de relever le caractère nuisible du chou car, dit-il, « telle est l’action du chou […] sur la vigne ». Prenez soin de noter ce lien entre vigne et chou, vous constaterez par la suite qu’il nous mènera fort loin. Chez les Grecs, si le chou est considéré comme un bon médicament, il n’a, en revanche, qu’une très faible valeur alimentaire. Pythagore en exalte les vertus, Hippocrate en fait un remède antidysentérique, Chrysippe lui consacre un livre entier, Apollodore souligne ses vertus alexipharmaques, Dioscoride lui accorde un long chapitre de sa Materia medica (Livre 2, chapitre 113). Il mentionne l’existence d’un chou dit « égyptien », mais non usité en raison de son amertume. En revanche, le chou domestique se prête à bien des remèdes. Bon pour le ventre, les tremblements des membres et la faiblesse de la vue, le suc de chou bu avec du vin était aussi efficace contre les douleurs de la goutte, les ulcères et les morsures de vipères. Quant aux feuilles, elles lui permettaient de venir à bout d’ulcères variqueux, de flux de ventre et d’inflammations cutanées.
Concernant les Romains, le chou connaît, chez eux, son apothéose, en particulier en la personne de Caton l’Ancien « qui haïssait les médecins, accordait au chou des vertus merveilleuses ; il crut que lui et sa famille avaient été préservés de la peste par l’usage de cette plante, et que les Romains lui durent l’avantage de se passer, pendant 600 ans, des médecins qu’ils avaient expulsés de leur territoire » (1). Selon Caton, cette panacée intervenait dans une foule de maux, tant internes qu’externes. Dans la première catégorie, classons les indications suivantes : favoriser la digestion, purifier la matrice, entretenir la santé générale, assurer la robustesse des enfants, guérir la surdité, prévenir l’ivresse, etc. Mais c’est par un emploi externe que le chou semble avoir été le plus couramment usité : maux de tête, ulcères, plaies, tumeurs, affections cancéreuses, blessures, impétigo, arthrite, insomnie, mélancolie… Pline, qui reprend intégralement Caton, en rajoute encore à cette liste. Très prisé des Romains, le chou, cet « olus » (c’est-à-dire le légume par excellence) ne passionne pas que les médecins (Galien, Oribase, Serenus Sammonicus…), mais également les agronomes (Columelle) et les poètes (Horace, Martial, Properce, Aemilius Macer…). C’est, comme le souligne l’un d’eux, « un médicament des plus salutaires », pour tous et pour tout, malgré son côté « bon marché ». Mais ce qui frappe avant tout, est cette croyance partagée tant par les Égyptiens, les Grecs que les Romains, selon laquelle le chou pouvait prévenir ou guérir l’ivresse. Comment en aurait-il pu être autrement, Nicandre de Colophon présentant le chou comme plante sacrée, d’autres disant que, « avec le vin et les paroles magiques, aucun remède n’inspire plus de confiance que le chou ». Et le souvenir de Lycurge et de Dionysos ne se circonscrit pas qu’à la seule Antiquité, puisque mille ans après Dioscoride, le médecin qui se fait appeler Macer Floridus et qui se réclame de l’Antiquité, puise largement chez ses auteurs (Caton, Pline, Dioscoride, Melicius…). Aussi n’est-il pas étonnant de le voir affirmer que « l’ivresse a peu de prise sur ceux qui ont la précaution de manger du chou avant boire » (2). Il se fait donc le jalon de cette tradition, de même qu’Ibn al-‘Awwâm au XIII ème siècle (3), et ajoute que le Caulis (4), tel qu’il l’appelle, s’emploie dans de nombreux cas dont le chou est, encore aujourd’hui, justiciable : il n’a donc rien d’une panacée fantasmée comme c’est arrivé si souvent avec les plantes. C’est ainsi que le Caulis de Macer est galactogène (on disait déjà cela de lui durant l’Antiquité grecque où les femmes prenaient soin de consommer du chou avant d’accoucher), emménagogue, stomachique, digestif. En outre, c’était un remède oculaire, antalgique (douleurs de la goutte, luxation, sciatique, arthrite) et cutané (tumeurs, dartres, etc.). L’hommage rendu au chou par Macer Floridus n’est en rien un cas isolé, ne serait-ce que par son inscription au Capitulaire de Villis dès la fin du VIII ème siècle. Autant dire qu’il règne en maître sur le potager médiéval, à l’image du Tacuinum sanitatis qui nous montre, sur l’une de ses enluminures, un de ses représentants, le chou fourrager. Non seulement les animaux s’en régalent, mais c’est aussi le cas de l’homme : l’auteur du Mesnagier de Paris (fin XIV ème siècle) distingue quatre choux, chacun délivrant ses bienfaits à différentes périodes de l’année : le chou pascal, le cabus blanc (août), le pommé (septembre), le romain (hiver). L’homme du Moyen-Âge fut si friand de choux que pas une des quatre saisons ne fut oubliée. Un aliment disponible toute l’année a encore plus de valeur lorsqu’on peut en faire un médicament qui prodigue ses vertus dans le même temps : « Les choux sont astringents, leur jus est laxatif. Un bon potage aux choux est un doux purgatif », disait l’école de Salerne, dont on peut imaginer que l’auteur de ces lignes dispose, tout à côté de lui, d’un bol du-dit potage fumant. Mais, ombre au tableau, car sans ombre pas de lumière, du côté d’Hildegarde de Bingen, l’heure n’est pas aux réjouissances concernant celui qu’elle appelle Kole (aujourd’hui kohl en allemand), tant rouge, frisé que pommé. Elle ne lui accorde que peu d’intérêt du fait des nuisances qu’il occasionne tant aux malades qu’aux bien portants. Hildegarde doit bien être la seule à ignorer dédaigneusement un légume dont la place fut exceptionnelle au Moyen-Âge. Tout cela n’empêchera pas Barthélémy l’Anglais – soit le plus important encyclopédiste du XIII ème siècle, de mentionner le chou dans son De proprietatibus rerum, évoquant la choucroute, faisant l’éloge du chou cabus (5).
Fort de cet héritage, le chou ne s’arrête pas en si bon chemin et conquiert la Renaissance. Béchique et pectoral, nous savons qu’il l’est ; hydragogue également ; détersif, astringent et cicatrisant des blessures, plaies, tumeurs et ulcères de même ; diurétique et antigoutteux sont aussi deux propriétés qui relèvent de son usage, etc. Bien entendu, dans ce portrait presque parfait se glissent ce que l’on pourrait appeler des anomalies : est, de nouveau, mentionnée la propriété laxative du chou que l’on devait, initialement, à Dioscoride, une propriété fébrifuge (Riedlin), une capacité à résorber les verrues (Simon Paulli, Geoffroy), et, par-dessus tout, cette vertu vieille de près de 2000 ans, la propension du chou à endiguer l’ivresse. Fournier note qu’il « est très curieux de retrouver dans Matthiole la croyance à l’efficacité du chou contre l’ivresse. Il ajoute que les Allemands [nda : ainsi que les Flamands] en mangent quotidiennement pour enlever au vin toute nocivité » (6). Qu’à cela ne tienne, il ne fut pas le seul, puisque, en 1578, Antoine Mizauld y fait référence : « l’action du chou contre l’ivresse fut expérimentée en présence de Gratarolus [nda : un médecin et alchimiste italien, 1516-1568] par un docte personnage qui ‘estant à table beut sorbonifiquement (7) sans jamais refuser pas un de ceux qui le convioient à boire, seulement pour avoir mangé une petite feuille de chou rouge toute crue’ » (8).

Durant l’ensemble du XVIII ème siècle, le chou semble connaître peu d’émules. Jean-Baptiste Chomel en recommande cependant l’usage pour les « pulmoniques », les goutteux et les rhumatisants en 1782. A la même époque, lors de son premier périple long de trois ans (1768-1771), le capitaine James Cook prendra soin de distribuer, deux à trois fois par semaine, aux 118 hommes de son équipage, de la choucroute afin de leur éviter le scorbut. Malgré le mépris dont le chou a été l’objet durant ce siècle, Joseph Roques rappelle, en 1832, que pas un seul des hommes de Cook n’est mort de maladie durant cette première expédition. Le XIX ème siècle naissant reprend les choses là où le précédent les a laissées, époque à laquelle « le chou était depuis longtemps oublié des thérapeutes, tombé de l’officine dans la marmite », regrette le docteur Leclerc (9). Que de doctes savants aient ignoré ce légume, qu’importe, osons espérer que d’autres s’en sont régalés. Bref, en 1802, on croise le chou dans le Dictionnaire botanique (un ouvrage collectif), puis, plus tard, en 1829, dans le Dictionnaire universel de matière médicale. Cazin, en 1858, dans la réédition de son Traité pratique et raisonné, n’est guère prolixe en ce qui concerne le chou. Travaillant alors auprès des plus faibles et des plus démunis, qui plus est à la campagne, cette « absence » est étonnante, contrairement à la place qu’accorderont des médecins de « ville » au chou durant le XX ème siècle. Au sujet de l’ébriété, Cazin note que « personne […] n’a encore constaté, par des expériences, la vérité ou la fausseté d’une opinion aussi remarquable et qu’on retrouve encore de nos jours parmi le peuple » (10).
Moins d’un siècle avant la parution d’un film dans lequel les rôles titres sont joués par Louis de Funès et Jacques Villeret, le docteur Blanc fait paraître une Notice sur les propriétés médicinales de la feuille de chou dans laquelle il écrit ceci : « Que l’incrédule expérimente, rien de plus facile. L’application du végétal est externe, elle est facile. L’action en est prompte, d’une parfaite innocuité. On peut la constater et la suivre à l’œil. Ainsi, les raisons de mettre la plante à l’épreuve sont nombreuses et je défie d’en produire une seule qui en dissuade » (11). Leclerc qui, bien évidemment a pris connaissance du compte-rendu du docteur Blanc, reconnaît que les médecins de campagne « peuvent glaner dans son mémoire quelques indications utiles » (12), ce à quoi le docteur Valnet lui répond, en 1967, qu’un « traitement qui, pendant des siècles, subit victorieusement l’épreuve du temps ne saurait être une simple vue de l’esprit » (13).

En quelques pages, nous venons de parcourir bien des siècles, des millénaires même. Nous avons exposé en quoi et comment le chou avait été considéré comme une manne par bien des hommes. Aussi, comment expliquer que, symboliquement, la tendance s’inverse en direction du vil et du mal ? D’où peut bien provenir la symbolique funéraire accordée au chou ? Son odeur légèrement soufrée, ses relents insupportables lorsqu’il se putréfie, peuvent-ils signer son accointance avec l’Hadès ? Par exemple, comme nous l’apprend Angelo de Gubernatis, « dans une représentation funéraire sur le couvercle d’une urne au Capitole, où est figuré le cours de la vie humaine, on voit un enfant qui tient à la main une tête de chou » (14). Il est dit que les petits garçons naissent dans les choux (principe génésique), mais le chou, à travers les expressions italiennes « andare tra cavoli » (aller parmi les choux) et « andare a rincalzare i cavoli » (aller renchausser les choux) signifient tout bonnement mourir. Outre la mort, le chou représenterait-il le malheur ? Le légendaire chrétien nous rappelle que saint Étienne fut lapidé dans un champ de choux, que les bourreaux d’Hérode placèrent sous la tête de saint Jean-Baptiste un chou en guise de billot (hypothèse fort peu vraisemblable). A tout malheur, bonheur est bon. C’est ainsi que, en guise de protection, « en Languedoc, un chou volé dans le jardin du voisin guérit les fièvres [nda : un bien grand risque pour une plante qui n’est pas fébrifuge]. En Lozère, pour empêcher les sorciers de tarir par des maléfices le lait des vaches et des chèvres, il faut voler quelques choux et les donner à manger au bétail à l’étable… » (15). Tout ceci est peu reluisant, le chou, dans ces histoires, n’y est pour rien, au contraire de cet homme un peu naïf et « bête comme chou », une expression qui exprime le comble de la balourdise. De l’ignorance, nous passons au caractère quelque peu désinvolte et sans importance d’une chose ou d’une situation : les expressions « feuille de chou » et « arrive qui plante, ce ne sont que des choux » en sont les témoins. En revanche, l’on dit de quelqu’un qui « plante ses choux », qu’il est entré dans une vie simple et pacifique.

Un peu de botanique pour finir, parce qu’un mauvais botaniste fait un piètre phytothérapeute.
L’on peut dire aujourd’hui que l’ensemble des représentants de l’espèce Brassica oleracea (16) sont les descendants d’un chou sauvage dont la présence est observée sur les littoraux de l’Europe de l’Ouest et du Sud, où il se plaît dans les terrains arides, les déblais et les falaises côtières, tous sols bien drainés.
Plantes annuelles ou vivaces, les choux se distinguent par une taille parfois fort élevée, puisqu’elle peut atteindre 2,50 m chez certaines variétés géantes, et c’est lors de la première année que les choux forment un ou plusieurs bourgeons qui donneront les « têtes de chou ». Mais selon les choux, la morphologie de chacun est fort dissemblable :

  • Par l’hypertrophie des feuilles, l’on a obtenu les choux cabus aux feuilles serrées en variétés vert et rouge, les choux pommés, les choux pommés et frisés (chou de Milan ou romain), les choux frisés aux feuilles amples et détachées.
  • L’hypertrophie des bourgeons situés aux aisselles des feuilles a formé le chou de Bruxelles, celle de la racine a donné naissance au rutabaga, celle de l’inflorescence au chou-fleur, au brocoli et au romanesco, enfin celle de la tige au chou-rave et au chou moellier.
  • Le chou perpétuel de Daubenton est un chou à feuilles, de même que les choux kale, qu’ils soient verts, violets ou noirs.
  • Enfin, faisons mention de quelques choux extraordinaires par leur taille : le chou normand de Saint-Saëns et le chou auvergnat de Magnat l’Estrange, qui sont tous les deux des choux cabus dont les dimensions ont bien failli les faire disparaître, puisqu’ils peuvent, l’un et l’autre, atteindre un poids de 20 kg, ce qui est très loin d’en faire des choux « standardisés » que l’on place facilement au réfrigérateur.

Le Kale noir (Brassica oleracea var. palmifolia)

Le chou en phytothérapie

Afin de ne pas surcharger notre propos de données diverses et variées, nous donnerons, du chou, des valeurs moyennes. De l’eau, bien sûr. Le chou en contient jusqu’à 90 %, des glucides (6 %), des protides (3 %), une très faible fraction de matières lipidiques (jusqu’à 0,90 %), du mucilage, une kyrielle de sels minéraux et oligo-éléments (phosphore, calcium, iode, arsenic, fer, manganèse, potassium, magnésium, cuivre, soufre), ainsi que de vitamines (A, B1, B2, B3, B6, B9, C, K). Point commun à de nombreuses plantes appartenant aux Brassicacées, le chou contient des hétérosides sulfurés, ainsi que de la myrosine, responsable de la formation de l’essence de moutarde. En plus de cela, des acides aminés dont celui qu’on surnommait autrefois vitamine U, la S-méthylméthionine. Enfin, notons la présence d’acide lactique dans la choucroute.

Propriétés thérapeutiques

  • Reconstituant, anti-anémique, favorise l’augmentation du taux d’hémoglobine, reminéralisant, antiscorbutique, régénérateur et nutritif tissulaire
  • Antiseptique du tube digestif, tonique digestif, régulateur du transit intestinal, antidysentérique, cicatrisant des muqueuses gastro-intestinales, vermifuge
  • Diurétique, dépuratif, détoxiquant
  • Pectoral, antitussif
  • Cicatrisant, révulsif doux
  • Antibactérien sur germes Gram –
  • Anti-oxydant, favorise la respiration cellulaire

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : colite, colite ulcéreuse, entérite, digestion pénible, gastrite, gastralgie, ulcère gastrique, ulcère duodénal, indigestion, diarrhée, dysenterie, nausée, atonie gastrique, dyspepsie hépatobiliaire, vers intestinaux (ascaris, oxyures)
  • Troubles de la sphère vésico-rénale : lithiase urinaire et rénale, oligurie, rétention d’urine, néphrite chronique, catarrhe vésical, colique néphrétique, cystite, rhumatisme, goutte, arthrite
  • Troubles de la sphère pulmonaire + ORL : bronchite aiguë et chronique, catarrhe chronique, toux, laryngite, sinusite, coqueluche, angine, extinction de voix, enrouement, asthme, rhume
  • Affections cutanées : plaie, ulcère, ulcère variqueux, ulcère crevassé et/ou nécrosé, abcès, furoncle, brûlure, piqûre d’insecte, morsures d’animaux, bouton infecté, acné, zona, panaris, croûte de lait, tumeur, gangrène, nécrose, eczéma sec, gerçure, engelure, contusion, dartre, hygroma, séborrhée
  • Troubles locomoteurs : entorse, lombalgie, lumbago, traumatisme musculaire, point de côté, névralgie
  • Troubles circulatoires : varice, phlébite, artérite, hémorroïdes, lymphangite, capillarite
  • Troubles gynécologiques : règles douloureuses, métrite, inflammation et engorgement des seins
  • Troubles hépatiques : congestion hépatique, colique hépatique
  • Affections oculaires : conjonctivite, blépharite
  • Œdème, ascite
  • Anémie, asthénie, convalescence, rachitisme
  • Diabète
  • Alcoolisme (cf. les travaux du Dr Shive par l’utilisation de la glutamine du chou dans le traitement de l’alcoolisme)

« Si toutes les indications citées sont réelles, cela ne veut pas dire que le chou sera, à lui seul et toujours suffisant », écrivait Jean Valnet avec sagesse (17).

Modes d’emploi

  • Jus frais
  • Cru, en nature (en début de repas ; il s’agit là d’un des meilleurs modes d’absorption si aucune contre-indication n’y contrevient)
  • Sirop
  • Cataplasme (le chou agit à la manière d’une argile végétale)
  • Choucroute (chou cabus blanc ayant subi une lactofermentation dans de l’eau fortement salée)

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Le chou, à l’odeur assez fade, à la saveur herbacée et douceâtre, piquante et épicée selon les variétés, doit, dans tous les cas, être fraîchement cueilli et rapidement utilisé.
  • « De chou cru ne fait pas abus », disait-on autrefois. En l’état, le chou cru finement ciselé est privilégié. Cependant, malgré le fait que la cuisson en détruise en partie les principes actifs, il sera préférable de le cuire à l’étouffée pour les estomacs délicats ou à l’eau pour ceux que l’odeur de sa décoction ne repousse pas. De plus, la surconsommation de chou cru présente l’inconvénient de perturber la thyroïde par ses thiocyanates, ce qui, à terme, peut mener à la formation de goitres. De fait, l’homéopathie a tiré du chou un remède contre le dysfonctionnement de cette glande endocrine.
  • Il y a chou et chou. Pour Leclerc, Lieutaghi, Valnet et d’autres, le must reste encore le chou rouge, puis le vert, enfin le bruxellois. En revanche, deux de ces auteurs vouent aux gémonies le chou-fleur. Si je leur abandonne sans regret le chou rouge, je suis bien d’accord avec Lieutaghi lorsqu’il affirme que « le chou-fleur n’a qu’une faible valeur alimentaire et médicinale » (18), qu’il est, pour Leclerc, une « piètre nourriture ».
  • En application cutanée, la feuille de chou est susceptible de faire naître des cloques sur la peau.
    _______________
    1. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 280.
    2. Macer Floridus, De viribus herbarum, p. 130.
    3. « Si un homme à jeun mange des feuilles de chou, et qu’ensuite il se mette à boire du vin immédiatement, il ne s’enivrera point, même s’il buvait beaucoup ».
    4. Caulis est le nom latin du chou. Ce mot signifie « tige » et deviendra, en français, le mot chou au XII ème siècle.
    5. Le terme cabus, déjà rencontré plus haut, est d’origine celtique selon Fournier : kap, cab signifient « tête ». De là est peut-être née l’expression « tête de chou »…
    6. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 269.
    7. Sorbonifiquement ! Oui, vous avez bien lu ! La Sorbonne, célèbre université parisienne, doit son nom à Robert de Sorbon, homme d’église au style plat et assez grossier, connu pour sa grande piété. Peut-on trouver dans ces caractéristiques le sens de cet adverbe ?
    8. Henri Leclerc, Les légumes de France, p. 197.
    9. Ibidem, p. 200.
    10. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 280.
    11. Cité par Jean Valnet, Se soigner par les légumes, les fruits et les céréales, p. 245.
    12. Henri Leclerc, Les légumes de France, p. 201.
    13. Jean Valnet, Se soigner par les légumes, les fruits et les céréales, p. 246.
    14. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, tome 2, p. 93.
    15. Michel Lis, Les miscellanées illustrées des plantes et des fleurs, p. 46.
    16. Brassica, qui a donné son nom à la famille botanique à laquelle les choux appartiennent, les Brassicacées (en remplacement de son ancienne appellation, les Crucifères) est un mot qui tire son origine du celte brassic et bresic.
    17. Jean Valnet, Se soigner par les légumes, les fruits et les céréales, p. 270.
    18. Pierre Lieutaghi, Le livre des bonnes herbes, p. 196.

© Books of Dante – 2017

Le Chou-rave (Brassica oleracea var. gongylodes)

L’aubergine (Solanum melongena)

Synonymes : plante à œufs, œuf végétal, pondeuse.

Au sujet de l’aubergine, la linguistique va nous expliquer quel fut l’itinéraire que les hommes lui ont fait emprunter. Avant de porter couramment son nom vulgaire français, elle fut alberengena en Espagne, albadingen chez les Arabes, badinger en persan, vatin gana en sanskrit. Il n’est pas possible de remonter plus avant puisque l’Inde est bel est bien la patrie d’origine de l’aubergine, où elle y est cultivée, ainsi que dans les pays limitrophes, depuis l’Antiquité comme plante alimentaire.

Ce sont les médecins arabes qui, les premiers, font état de l’aubergine, et pas franchement pour en dire du bien : Rhazès, Avicenne et d’autres l’accusent de terribles méfaits comme ceux de provoquer des hémorroïdes, voire pire, la lèpre. Pour pallier à ces « inconvénients », Ibn Massouih en donne le mode de préparation : « il fallait l’éplucher, la fendre, la remplir de sel et la faire macérer longtemps dans de l’eau froide qu’on renouvelait à plusieurs reprises » (1). La faire dégorger en somme. Encore fut-il y penser plutôt que de vouloir lui faire rendre gorge.

En Occident, c’est, nous dit-on, au XII ème siècle que l’on mentionne l’aubergine sous le nom de melonge ; ainsi est-elle orthographiée dans l’œuvre de Platearius, Le livre des simples médecines. Il apparaît guère étonnant que ce médecin de l’école de Salerne ait connu l’aubergine compte tenu de l’influence arabe au sud de l’Italie à cette époque. En revanche, l’on comprend moins ce que l’aubergine vient faire dans l’œuvre d’Hildegarde de Bingen datant du même siècle. Il y a, au chapitre 159 du Premier livre du Physica une plante difficilement identifiable du nom de Meygelena, dans laquelle le docteur Leclerc a bien voulu voir l’aubergine, sans doute par proximité orthographique avec le mot melengena dont on affubla l’aubergine. Cela demeure un mystère, d’autant que les informations fournies par la docte abbesse (cette Meygelena était un remède contre les scrofules, les ulcères et l’épilepsie) ne permettent pas de trancher en faveur de l’aubergine. L’on a même pensé que cette Meygelena pouvait, peut-être, correspondre au muguet !… Un siècle plus tard, Albert le Grand fait simplement mention du triple caractère de l’aubergine – amertume, acidité, astringence – dans son De vegetabilibus et plantis (qui n’est toujours pas traduit en français…), mais tout ceci reste fort maigre, même si, timidement, la culture de l’aubergine se développe dans différentes régions italiennes au XIV ème siècle. Mais rien n’y fait, à la fin du XV ème siècle, l’aubergine se trouve être dans les mêmes draps que ceux qui allaient accueillir la tomate quelques dizaines d’années plus tard, autant dire pas très propres. Cette mauvaise presse s’illustre à travers le surnom qu’on lui attribue : mala insana. En Allemagne, Fuchsius lui accorde une valeur ornementale et alimentaire, assaisonnée de sel, de poivre et d’huile : « C’est un aliment pour les raffinés qui veulent goûter de tout ; mais son nom seul doit effrayer ceux qui ont le souci de leur santé ». A la même époque, soit dans la première moitié du XVI ème siècle, l’aubergine parvient en Angleterre, où sa taille pas plus grosse que celle d’un œuf de poule et sa couleur blanche, lui valurent le nom d’eggplant. En 1615, Daléchamp, un peu moins rude et critique que ses prédécesseurs avec l’aubergine, explique que sa qualité alimentaire, qui lui semble évidente, occasionne de « dure digestion ». Quant au nom de pomme d’amour qu’il lui attribue, il provient du fait qu’« aucuns en mangent pour se rendre plus vaillants champions avec les femmes ». L’attraction de ce fruit pour lequel on a forgé une fausse propriété aphrodisiaque ne parviendra pas à faire bien d’émules, car la mauvaise réputation de l’aubergine se perpétue avec Geoffroy qui l’accuse, en 1750, de provoquer flatulences, indigestions et fièvres, ce qui n’est pas une invitation à la faire entrer de plein-pied dans la cuisine, déjà qu’elle traîne la patte question thérapeutique, où son emploi se cantonne simplement à un usage externe, comme le fait remarquer Valmont de Bomare en 1776. Tout juste intervient-elle sous forme de cataplasme résolutif sur hémorroïdes, brûlures et inflammations. Tout comme la tomate, il faut attendre les dernières années du XVIII ème siècle pour que commence à cesser l’ostracisme dont est victime l’aubergine, si bien qu’aux environs de 1825, on commence à l’apercevoir de plus en plus régulièrement sur les marchés parisiens.

Plante vivace dans ses territoires d’origine, sous nos climats tempérés l’aubergine est dans l’obligation de « s’annualiser ». Buissonnante au port dressé, à hauteur variable (0,50 à 2 m), l’aubergine porte de grandes feuilles longuement pétiolées et pelucheuses, dont la nervure centrale est ponctuée d’épines. Ses fleurs blanches ou violettes, composées de cinq à sept pétales et d’anthères jaune vif proéminentes, apparaissent en solitaires ou groupées par trois à cinq.

L’aubergine, que l’on classe dans les légumes, par le fait qu’elle produit des baies, devrait être rangée parmi les fruits. De très nombreuses variétés (plus de 300) arborent des formes très diverses (ovoïde, en forme de poire, ovale, ronde, en forme de concombre, côtelée…) et des couleurs allant du blanc au noir en passant par le jaune, le vert, le rose, le mauve, le violet. Certaines se paient même le luxe de panacher leur robe comme la Listada de Gandia (cf. photo ci-dessous).

L’aubergine en phytothérapie

L’amateur de moussaka s’en étonnera sans doute, mais l’aubergine a bel et bien un rôle médicinal à jouer. Ce sont aux fruits et aux feuilles (dans une mesure moindre) que l’on a reconnu des vertus thérapeutiques. Le fruit, plus connu et beaucoup plus étudié, offre par ses tissus une aussi grande proportion d’eau que la tomate : 90 à 93 %. Qui l’eut cru ? Peu nutritive en l’état (2), on remarque environ 5 % de glucides, 1 % de protides et 0,20 à 0,40 % de lipides. Semblable à la tomate sur la question des sels minéraux et des oligo-éléments présents à hauteur de 2 % (phosphore, magnésium, calcium, potassium, soufre, sodium, chlore, fer, manganèse, zinc, cuivre, iode…), on trouve dans l’aubergine à peu près les mêmes vitamines que dans la tomate (A, B1, B2, B3, C).

Propriétés thérapeutiques

  • Stimulante hépatopancréatique
  • Laxative
  • Diurétique
  • Hypocholestérolémiante, régulatrice de la tension artérielle
  • Anti-anémique
  • Résolutive (feuilles)

Usages thérapeutiques

  • Le fruit : anémie, déminéralisation, constipation, oligurie, scrofulose, éréthisme cardiaque, hémorroïdes
  • Les feuilles : brûlure, abcès, dartre, herpès, hémorroïdes

Modes d’emploi

  • En nature, crue ou cuite
  • Cataplasme de feuilles ou de chair d’aubergine

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : elle se réalise à parfaite maturité des fruits, selon les variétés de l’été à l’automne.
  • Toxicité : les feuilles étant toxiques, on en bannira l’usage interne. Quant aux fruits incomplètement mûrs, ils recèlent, eux aussi, de la solanine.
  • Variétés : elles sont fort nombreuses. Listons-en quelques-unes : Early black egg, Imperial black beauty, Italian pink bicolor, Œuf blanc, Black pekin, Large early purple, etc.
  • Autre espèce : l’aubergine africaine ou gilo (Solanum aethiopicum).
    _______________
    1. Henri Leclerc, Les légumes de France, pp. 147-148.
    2. 29 calories aux 100 grammes seulement ! C’est la manière dont elle est apprêtée qui donne une impression de faux-semblant : « la facilité avec laquelle elle s’imprègne des matières grasses qu’on emploie à sa préparation, la consistance de sa chair, contribuent à donner à ceux qui en mangent l’illusion d’une nourriture robuste et réparatrice », Henri Leclerc, Les légumes de France, p. 151.

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La tomate (Lycopersicum esculentum)

Variété Purple smaragd.

Synonymes : pomme d’or, pomme d’amour, pomme du Pérou.

Bien avant que nous nous régalions d’une salade de tomates agrémentées d’olives noires, de basilic frais finement ciselé et d’huile d’olive (suggestion de recette ^^), il faut savoir que sa lointaine contrée d’origine se situe dans les Andes, en Amérique du Sud. Sur cette terre natale qui a également vu naître piment, pomme de terre et haricot, la tomate fut très tôt cultivée et améliorée par les Incas. Les fruits de la tomatl (en langue nahuatl) étaient alors petits et de couleur jaune, d’où le nom de pomodora que lui attribuèrent plus tard les Européens qui la firent parvenir sur le Vieux Continent au début du XVI ème siècle. En 1554, Matthiole indique qu’à cette date, l’apparition de la tomate en Italie était classée dans les faits récents. Il en mentionne le caractère comestible, de même que celui de l’aubergine implantée beaucoup plus tôt, mais note sa propension à causer nausées et vomissements. Et cela initie la vie dure qu’on va mener à la tomate. Plante suspecte, elle est dite « dangereuse » (Dodoens), « mauvaise et corrompue » (Daléchamp), « d’odeur fétide » (Bauhin), « mala insana » (Césalpin), etc. C’est sa parenté avec jusquiame, belladone, mandragore et datura stramoine qui fut responsable de la méfiance dont la tomate fut l’objet, et c’est pourquoi elle fut reléguée au rang de plante ornementale jusqu’aux années 1760, et glissa enfin dans la catégorie potagère une vingtaine d’années plus tard. « Ce ne fut qu’à la fin du XVIII ème siècle [que les botanistes] ajoutèrent l’épithète rassurante d’esculentum (comestible) (1) » au nom latin de la tomate, Lycopersicum, soit « pêche de loup ». « La tomate, cessant d’être un stupéfiant rival de la mandragore, eut droit de cité dans le royaume des légumes » (2). La pomme de terre ne mit pas moins de temps pour s’imposer pareillement. En ce qui concerne la tomate, cela ne se fera pas sans quelques langueurs aux dires de l’abbé Rozier qui écrit en 1789 que « cette plante n’est pas connue par les jardiniers dans les provinces du Nord, et s’ils la cultivent c’est plus par curiosité que pas intérêt ; mais en Italie, en Espagne, en Provence et en Languedoc, ce fruit est très recherché » (3). La lenteur de la diffusion de ce fruit issu du Nouveau Monde fera qu’aux alentours des années 1850, une seule variété de tomate sera connue en France, la tomate grosse rouge. Mais aujourd’hui, il en va tout autrement. Arborant des couleurs variées (rouge, rose, jaune, orange, violette, noirâtre, verte, blanche, panachée), la tomate sait aussi diversifier ses formes (ronde, oblongue, plate, en œuf, en piment, côtelée…) et son poids (de quelques dizaines de grammes à plusieurs kilogrammes), et s’adapte au calendrier et au climat (très précoce, précoce, mi-saison, tardive), d’où les centaines de variétés répertoriées à l’heure actuelle, parmi lesquelles on distingue certaines tomates qui peuvent devenir vivaces dans des conditions climatiques extrêmement favorables, vivre plusieurs années et atteindre cinq à sept mètres. Dans la plupart des cas, la tomate demeure annuelle et se présente sous la forme d’une tige robuste, rugueuse et poilue, retombante aux extrémités, portant des feuilles pétiolées au parfum très particulier. Quant aux fleurs, jaunes et à cinq pétales, elles sont typiques de la famille des Solanacées.

Après toutes ces pérégrinations, il est notable que la tomate n’a pas été oubliée par sa patrie originelle, puisqu’elle est toujours présente au sein de la pharmacopée des descendants du peuple inca.

Variété Whide wonder.

La tomate en phytothérapie

La tomate, que tout le monde connaît en général, on la connaît bien peu en particulier. Cela n’est pas qu’un bête « légume » à ranger dans la catégorie étriquée des plantes potagères car, rappelons-le, tout ce que l’on mange est médecine.
En dehors des 90 à 93 % d’eau qu’elle contient, la tomate, peu riche en éléments nutritifs (sucres : 3,60 % ; matières azotées : 1 % ; lipides : 0,30 %), affiche seulement 22 calories aux 100 grammes. En revanche, elle est bien pourvue en sels minéraux et en oligo-éléments (calcium, phosphore, magnésium, potassium, soufre, zinc, cuivre, fer, bore, iode), ainsi qu’en vitamines (A, B1, B2, B3, B6, C, E, K). Notons que la teneur en vitamine C varie selon les variétés. Par exemple, la tomate Double rich prodigue deux fois plus de cette vitamine que la plupart des tomates. Certaines, de couleur orange, apportent bien plus de bêta-carotène que toutes autres. La variété influence donc le profil biochimique.
De plus, la tomate apporte 15 à 17 des principaux acides aminés indispensables, dont la thréonine, la lysine (qui favorise la formation des anticorps), l’arginine (impliquée dans l’immunité, la fertilité, la sécrétion des hormones de croissance, la cicatrisation…), etc. Acides malique, pectique, citrique (0,60 %) complètent le tableau auquel il faut ajouter le fameux GABA, l’acide gamma-aminobutyrique, aux propriétés sédatives. Enfin, ce tour d’horizon serait incomplet si nous omettions le carotène connu sous le nom de lycopène, aux évidents effets anti-oxydants.

Propriétés thérapeutiques

  • Revitalisante, reminéralisante
  • Apéritive, excitante des sécrétions gastriques, laxative, facilitatrice de la digestion des féculents et des amidons (4)
  • Dépurative, diurétique éliminatrice de l’urée
  • Alcalinisante du sang trop acide
  • Anti-infectieuse
  • Antiscorbutique
  • Rafraîchissante

Note : les feuilles ont des vertus antimycosiques, anti-inflammatoires et insecticides (cf. présence d’un alcaloïde du nom de tomatine).

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : inappétence, atonie gastrique, constipation, états inflammatoires du tractus intestinal, entérite
  • Troubles de la sphère vésico-rénale : lithiase urinaire, azotémie, rhumatisme, arthritisme, goutte
  • Trouble de la sphère cardiaque et circulatoire : hyperviscosité du sang, artériosclérose, affections vasculaires
  • Asthénie
  • Affections cutanées : acné, piqûre d’insecte (guêpes), adoucir et désincruster les peaux grasses, éclaircir les teints brouillés

Note : autrefois on suspendait des bouquets de feuilles de tomate fraîches dans les maisons afin d’en éloigner les mouches.

Modes d’emploi

  • En nature (salade de tomates ; à éviter de préparer trop longtemps à l’avance)
  • En jus
  • Lotion
  • Application locale (tranche de tomate, feuille froissée)

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Compte tenu du passé « sulfureux » de la tomate qui ne tient qu’à l’imagination trop fertile et craintive de certains, l’épithète « toxique » a bien évidemment été accolée à la tomate. Parlons-en et mettons en évidence sa parfaite innocuité. Appartenant au clan des Solanacées, se profile une substance dont nous avons déjà parlé sur le blog, la solanine (cf. les articles sur l’alkékenge, la morelle noire, la morelle douce-amère et la pomme de terre). Cet alcaloïde, s’il est présent à hauteur de 0,42 % dans la tomate non mûre, n’existe plus qu’à l’état de traces (0,0006 %) dans une tomate presque mûre, et disparaît complètement à parfaite maturité. Celui qui aurait l’idée saugrenue de se repaître de tomates encore vertes s’en tirera avec colique, diarrhée et mydriase. Par ailleurs, la tomate n’est nullement cancérigène comme on a pu sottement l’affirmer, c’est bien plutôt le contraire. Ensuite, l’accusation selon laquelle sa proportion d’oxalates la rendrait dangereuse est parfaitement infondée, puisqu’on en trouve la dose infime de 0,001 à 0,003 mg ! En vertu de cette ancienne croyance, la tomate fut interdite tout comme l’oseille aux rhumatisants, lithiasiques et goutteux. Tout au contraire, c’est cette très faible fraction d’oxalates qui rend la tomate profitable aux rhumatisants et arthritiques, ainsi que sa faible teneur en substances azotées. De plus, la tomate se recommande aux diabétiques en raison de son indice glycémique bas, aux cardiaques et hypertendus du fait qu’elle contient peu de sel, enfin aux obèse de par sa faible valeur nutritive. Pour finir, nous ne saurions que trop recommander aux estomacs délicats de se méfier de la tomate dont la digestibilité peut leur être parfois fort pénible.
  • Maintenant, expliquons en quoi la tomate cultivée selon les préceptes de l’agriculture conventionnelle est un produit de qualité médiocre à rejeter. « Lorsque les fruits sont cueillis verts et qu’ils mûrissent artificiellement [grâce à l’éthylène], ils sont dépourvus d’une grande partie de [leur] parfum et de [leur] saveur car les sucres et la vitamine C ne peuvent s’élaborer de la même façon. C’est pour cela que les tomates fraîchement cueillies dans le jardin sont de loin supérieures sur le plan de la nutrition et de la saveur, aux tomates distribuées généralement dans le commerce » (5), dont on sait que 90 % d’entre elles sont issues de cultures hors-sol, nourries au goutte-à-goutte, comme j’ai pu le constater, ébahi, à la Cité des sciences de la Villette il y a une trentaine d’années. Il semblerait, cependant, que le refus de ce mode de culture – qui produit des tomates insipides, fades et aux qualités organoleptiques pratiquement nulles – par un certain nombre de consommateurs fasse qu’on en revienne à une culture qui tienne moins de la science-fiction. C’est pourquoi, aujourd’hui, sur les marchés, les vendeurs font apparaître sur leurs pancartes la mention « tomates de terre », aussi incroyable que cela puisse paraître !
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    1. Henri Leclerc, Les légumes de France, p. 142.
    2. Ibidem.
    3. Cité par Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 901.
    4. D’où la sauce bolognaise avec les pâtes, la garniture à la tomate sur la pizza, etc.
    5. Catalogue Terre de semences 1999, p. 55.

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Variété Black prince.

Le framboisier (Rubus idaeus)

Synonymes : ronce framboisier, ronce du Mont Ida, ambre.

Une belle légende mythologique raconte qu’en Crète, à proximité du Mont Ida, les framboises étaient, initialement, parfaitement immaculées. Zeus, alors enfant, était particulièrement turbulent et « faisait retentir les échos de la montagne de cris furieux à rendre sourds les Corybantes eux-mêmes » (1). Les Corybantes, prêtres de Cybèle, célébraient le culte de la déesse à grand fracas, au son tonitruant des tambours, en frappant violemment leurs boucliers de leurs lances ; bref, autant dire que c’était quelque chose d’extrêmement bruyant. La fille du roi de Crète Mélissos, la nymphe Ida, « voulut, pour l’apaiser, lui cueillir une framboise ; elle s’égratigna le sein aux épines de l’arbuste dont son sang teignit à jamais les fruits d’un rouge éclatant » (2).
Pour charmante que soit cette anecdote, elle est pourtant complètement fausse, quand bien même Pline affirmera péremptoirement que la ronce du Mont Ida – Rubus idaeus – ne pousse qu’en Crète et nulle part ailleurs. Mais ce Rubus idaeus, que l’on connaît aujourd’hui sous le nom vulgaire de framboisier, en était-il bien un ? Rien n’est moins sûr. Le Batos idaïos, comme on l’appelait également, n’était très certainement pas le framboisier dont le peu de cas qu’il fait du climat méditerranéen explique, bien mieux, sa présence dans des zones plus fraîches. Fournier explique que ce Batos idaïos était probablement « un arbrisseau non ou peu épineux indéterminé » (3), ce qui est un peu maigre pour y voir un framboisier, dont le nom même est inconnu des Grecs et des Latins, puisque, comme le groseillier, il est d’origine germanique : Amberen hesse, ayant donné Hinbeere en allemand, et ce qui explique que l’on surnomme parfois du nom d’Ambre le framboisier en langue française, framboise n’étant lui-même qu’une contraction de « fraise des bois ». Tout cela tend à montrer l’indigénat de la framboise en Europe centrale, et c’est aussi l’occasion de rappeler qu’il est peu prudent, voire même grossier, d’imaginer, sur la base de quelques informations difficilement exploitables, que l’environnement végétal de tel ou tel peut s’appliquer à toute zone du globe, en particulier quand celles-ci sont inconnues de ceux qui voudraient faire rentrer des ronds dans des carrés. Par exemple, Pline n’a certainement jamais mis les pieds en Crète.

L’on sait que l’homme du Néolithique était friand de framboises sauvages, un engouement qui ne sera remis au goût du jour que bien plus tard, puisque la culture du framboisier dans un but alimentaire ne prend effet qu’au Haut Moyen-Âge. L’aspect médicinal semble totalement occulté et je m’explique difficilement où certains auteurs sont allés chercher qu’Hildegarde conseillait la « framboise » contre les fièvres. Enfin, passons… Comme de nombreuses plantes qui n’ont pas marqué ni retenu l’esprit des Anciens, la carrière médicinale du framboisier débute sur le tard. C’est sans doute au médecin et botaniste allemand Valerius Cordus que l’on doit la première mention faite à propos d’un sirop de framboise, et encore que cette information sera différée dans le temps. En effet, Cordus meurt relativement jeune, terrassé par la malaria à l’âge de 29 ans (1515-1544). C’est Conrad Gessner, contemporain de Cordus, qui fera paraître son œuvre après sa mort, dans laquelle il apparaît que la framboise était non seulement un reconstituant mais également un tonique stomacal.
Au XVII ème siècle, Thomas Bartholin n’hésite pas à ériger la framboise comme médicament cardiaque rival de la confection alkermès, c’est-à-dire une ancienne composition magistrale connue sous les noms de kermès animal et rouge de kermès, du nom de l’insecte parasite du chêne kermès, « dont la femelle se recouvre, pour protéger ses œufs, d’une pellicule dure ayant la forme d’une graine qui, appelée graine d’écarlate, servait à fabriquer une teinture rouge » (4). La confection alkermès, dans laquelle on trouve d’autres ingrédients (cannelle, bois d’aloès…), était réputée comme étant une médication favorable au muscle cardiaque, aussi l’affirmation de Bartholin était-elle osée.
Par ailleurs, « au temps de Molière, ne croyait-on pas, entre autres multiples vertus, que [les] feuilles [de framboisier] écrasées sur l’épigastre suffisaient à guérir les maux d’estomac ? », interrogent les auteurs du Petit Larousse des plantes médicinales (5). C’est, du moins, ce que préconisait Bauhin contre les vomissements incoercibles. Cela put paraître bien aventureux à certains esprits qui réservaient la framboise à la distillation afin d’en obtenir une eau de framboise dont l’unique qualité était de faire resplendir la beauté des dames.
A propos de ce que nous avons dit plus haut au sujet de l’application de feuilles de framboisier sur l’épigastre, peut-être bien que Bauhin a eu une sorte d’intuition, car l’on s’aperçoit que dès le début du XVIII ème siècle, le framboisier va jouer le rôle de cordial, la région cardiaque se situant non loin de l’épigastre. Outre Bartholin, mentionnons que l’herboriste irlandais K’Eogh écrivait en 1735 que « l’application de miel et de fleurs écrasées traite les inflammations de l’œil, les fièvres et les furoncles. Le fruit est bon pour le cœur et les infections buccales ». De même, Geoffroy, dans son Traité de matière médicale (1757), réaffirme-t-il les vertus cordiales du framboisier : « les framboises sont humectantes, rafraîchissantes et cordiales », une propriété qui perdurera puisque, au début du XX ème siècle, Johann Künzle (1857-1945), curé herboriste, recommandait encore les feuilles de framboisier contre la faiblesse cardiaque. Bien sûr, le framboisier ne se cantonnait pas qu’à cette unique prescription : les framboises « fortifient l’estomac, donne bonne bouche, purifient le sang, sont apéritives et antiscorbutiques, ajoute Geoffroy. Elles conviennent aux gens bilieux, à ceux dont les humeurs sont trop âcres et trop agitées » (6). A cette liste ajoutons les fièvres, l’asthénie, etc., durant lesquelles l’on conviait limonades, suc et marmelades de framboises.

Le framboisier est un petit arbrisseau à souche drageonnante armée de stolons souterrains dont la hauteur, à l’état sauvage, peut atteindre deux mètres. De rudes tiges drues émergent du sol et possèdent la particularité d’être épineuses uniquement dans les parties inférieures couvertes d’aiguillons rougeâtres. Dans les parties hautes, les rameaux se recourbent et deviennent moins piquants, seulement velus voire glabres. Les feuilles, composées de trois à sept folioles d’aspect gaufré et aux bordures dentées, sont d’un beau vert franc sur le dessus, et couvertes d’un léger duvet blanchâtre au-dessous. Au bout des rameaux, des grappes lâches de fleurs blanches se déploient durant plusieurs mois (mai-août). Plus tard, les fruits apparaissent : chaque framboise est, en réalité, un agglomérat de drupéoles duveteuses réunies autour d’un réceptacle conique. Généralement rouge rose, les framboises peuvent aussi être de couleur dorée, pourprée, voire parfois noirâtre, tout cela en fonction des très nombreuses variétés existantes.
Son aire de répartition occupe l’Europe, le nord de l’Asie et le Japon. Il nécessite des sols humides, fertiles et riches en azote : ainsi, clairières, bois clairs et zones buissonneuses lui conviennent-il jusqu’à 2000 m d’altitude.

Le framboisier en phytothérapie

Tout comme sa cousine la ronce (Rubus fruticosus), l’on utilise du framboisier ses feuilles et ses fruits. Les feuilles se composent de tanin, de flavonoïdes, d’une intéressante proportion de vitamine C, de quelques traces d’essence aromatique, enfin d’un alcaloïde du nom de fragarine. La framboise, constituée d’eau à hauteur de 85 %, est un fruit relativement peu nutritif comme le montrent les données suivantes : sucres (fructose et lévulose : 4,4 à 5 %), matières grasses (1 %), matières azotées (1 %), acides (malique, citrique, salicylique : 1,5 %), un peu de mucilage et de pectine. En revanche, les sels minéraux sont bien représentés : fer, calcium, cuivre, manganèse, potassium, magnésium, ainsi que les vitamines : provitamine A, vitamines B1 et B9, vitamine C (35 mg aux 100 g de fruits frais). Quant aux pépins logés dans les drupéoles, ils recèlent de la vitamine E, ainsi qu’un polyphénol antioxydant, l’acide ellagique. Par expression, ces pépins produisent de 15 à 20 % d’huile végétale limpide, de couleur jaune verdâtre.

Propriétés thérapeutiques

  • Vitalisant, tonique, renforce les défenses de l’organisme
  • Apéritif, digestif, laxatif, stomachique, astringent intestinal
  • Diurétique, dépuratif, sudorifique
  • Emménagogue, tonique utérin, fortifiant du myomètre utérin
  • Détersif, cicatrisant
  • Rafraîchissant

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère vésico-rénale : cystite, énurésie
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : constipation, diarrhée, dysenterie, dyspepsie, embarras gastro-intestinal
  • Affections de la bouche et de la gorge : angine, maux de gorge, aphte, stomatite
  • Affections oculaires : yeux irrités, conjonctivite
  • Affections cutanées : plaie, ulcère, peau fragile tendant à rougir
  • Anémie, asthénie
  • Troubles de la sphère gynécologique : leucorrhée, règles douloureuses

Note 1 : sans pour autant être le remède d’un certain nombre de maux, la framboise saura être profitable aux rhumatisants, aux goutteux, aux azotémiques, aux diabétiques (la framboise contient une très faible fraction de saccharose, aussi les diabétiques peuvent-ils ne pas s’en priver). De même, la framboise constitue un agréable et efficace adjuvant lors de fièvre inflammatoire, de maladies infectieuses (rougeole, scarlatine), etc.

Note 2 : le framboisier est d’une aide particulièrement précieuse à la femme enceinte, tant par ses feuilles que par ses fruits. Les premières, en tonifiant les muscles utérins, rendent plus efficaces les contractions et amenuisent les douleurs du travail jusqu’à délivrance. Les seconds sont remarquables par l’acide folique, c’est-à-dire la vitamine B9, qu’ils contiennent. « L’acide folique participe au métabolisme des acides aminés et joue un rôle capital dans le développement de l’embryon, particulièrement au niveau de la croissance du cerveau. Toutes les études biochimiques montrent un lien entre déficience mentale et carence en folates » (7), et c’est d’autant plus vrai que si la dose quotidienne de vitamine B9 pour un adulte se situe entre 200 et 400 gamma, cette quantité peut monter jusqu’à 1000 gamma chez la femme enceinte, d’où la nécessité de la supplémenter en vitamine B9, en particulier en début de grossesse (8), alors que les feuilles du framboisier ne s’emploieront, elles, qu’en fin de grossesse, à partir du septième mois environ. C’est un usage qui ne date pas d’hier, puisque ainsi procédait-on en Grande-Bretagne au XVIII ème siècle. Ainsi, l’envie de fraises (entre autres) de la femme enceinte n’est-elle pas qu’un inexplicable caprice… ;)

Modes d’emploi

  • Fruits en nature (quand c’est la saison ; au pire, on peut en congeler pour plus tard, mais ça n’est plus vraiment pareil).
  • Sirop, vin, vinaigre de framboises sont des préparations qui permettent de retrouver tous les bienfaits de la framboise en dehors de sa période de fructification.
  • Infusion de feuilles : comptez 40 à 50 g de feuilles par litre d’eau à infuser durant 10 mn. A raison de 3 à 4 tasses par jour. C’est, de plus, tout comme le thé de ronce, une boisson fort agréable.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • L’infusion de feuilles de framboisier réclame la même précaution que celle de ronce : il est préférable de la filtrer avant de l’avaler, en raison de la possible présence de petits aiguillons dans la préparation.
  • Récolte : les feuilles au début de l’été, parfois plus tôt selon les régions (avril) ; les fruits à totale maturité (juillet-août).
  • Les usages culinaires sont innombrables. Tant fraîche que cuite, la framboise est utilisée dans la confection de sirops, jus, gelées, confitures, glaces, sorbets, gâteaux, tartes, crumbles. Elle est également à la base d’alcools, de vins et de liqueurs ainsi que de sauces et garnitures de viandes telles que gibiers, etc.
  • L’huile de pépins de framboises, riche en vitamine E, est utilisée dans la confection de crèmes (solaires, antirides, etc.), d’huiles de bain, de dentifrices, de shampooings, etc.
  • On ne compte plus les variétés horticoles. Si la plupart des framboises sont rouges (Homet, Pilate, Belle de Fontenay, Perpétuelle de Billiard, Merveille des quatre saisons rouge), d’autres possèdent une belle couleur ambrée (Sucrée de Metz, Surprise d’automne) ou pourprée (Dundee).
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    1. Henri Leclerc, Les fruits de France, p. 34.
    2. Ibidem.
    3. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 834.
    4. cntrl.fr.
    5. Petit Larousse des plantes médicinales, p. 164.
    6. Cité par Henri Leclerc, Les fruits de France, p. 35.
    7. Jean Valnet, Se soigner par les légumes, les fruits et les céréales, p. 82.
    8. A l’absence de toute framboise disponible sur les marchés, il est possible de jeter son dévolu sur les fruits et légumes suivants particulièrement riches en vitamine B9 : asperge, lentille, fenouil, chou, persil, avocat, banane, citron… Mentionnons aussi la levure de bière qui, à ce niveau, bat tous les records, puisque seulement 10 g couvrent la totalité des besoins quotidiens.

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Le cerisier (Cerasus vulgaris) et le merisier (Cerasus avium)

Une légende tenace veut que le cerisier serait originaire d’une ville du Pont, en bordure de la mer Noire, Cérasonte, aujourd’hui Giresum en Turquie, et que cette origine a valu au cerisier son nom latin de Cerasus. Et tout cela, on le doit à Pline : « Auparavant que Lucullus [nda : homme d’état et général romain] eut défait le roi Mithridate, on ne trouvait pas de cerisiers en Italie : mais après cette défaite qui fut l’an 680 après la fondation de Rome [nda : environ – 73 avant J.-C.], il fit rapporter des cerisiers de Ponte et en peupla si bien l’Italie qu’en moins de 120 ans toutes les régions y eurent part jusqu’aux Anglais qui sont outre l’Océan ». A la suite de Pline, nombreux seront ceux qui le reprendront à ce sujet, perpétuant le mythe, à tel point que ces informations fournies par le naturaliste sont si vivaces, qu’on les rencontre encore dans certains ouvrages dédiés aux plantes. C’est très difficilement qu’elle fut déconstruite, malgré le fait que Pline ne soit pas particulièrement connu pour son exactitude. Pourtant, lorsqu’on gratte au-delà des premières apparences, on se rend compte que ce qu’affirme Pline ne tient pas et doit, du moins, être fortement nuancé. L’on sait que 400 ans avant J.-C, le cerisier était cultivé en Grèce, Théophraste en donne une assez bonne description pour qu’il puisse persister un doute à ce sujet ; au III ème siècle avant J.-C., Diphile de Siphnos mentionne même qu’il produit un fruit agréable à l’estomac. Ce qui prouve bien que le cerisier était bel et bien présent en Europe avant même sa soi-disant introduction par Lucullus : « Peut-être, Lucullus n’apporta-t-il de Cérasonte que des greffes ou des arbres dont la qualité du fruit était supérieure à celle des cerisiers sauvages, qui ne fixaient pas l’attention des Romains. Il paraît que le type de presque toutes les espèces de cerisiers aujourd’hui connues existaient dans les Gaules, et ce type est le merisier » (1), mais pas seulement en Gaule, puisque indigène en Europe, des restes fossilisés de merisier furent découverts dans le Tyrol autrichien, ainsi que des dépôts de noyaux abondants dans diverses stations néolithiques. Il n’en reste pas moins que cette adoption du cerisier par les Romains donna lieu à diverses variétés (Aproniennes, Lutatiennes, Juniennes, etc.), et se retrouve encore à l’heure actuelle, ne serait-ce qu’à Pompéi où fresques et mosaïques s’ornent de fleurs et de feuilles de cerisiers.
Tout cela nous ferait presque oublier quelles sont les vertus que l’on accordait aux cerises durant l’Antiquité : « Les cerises mangées fraîches sont utiles pour lâcher le ventre, et les sèches le restreignent. La gomme de l’arbre bue avec du vin et de l’eau, aide à la toux ancienne, donne bon teint, aiguise la vue et provoque l’appétit. Prise en breuvage dans du vin, vaut au mal de la pierre » (2). Tout cela démontre qu’au temps de Dioscoride, soit au Ier siècle après J.-C., l’on connaissait très bien cet arbre. Deux siècles plus tard, Serenus Sammonicus ajoutera que « des cerises cuites et presque desséchées [sont bonnes] contre la diarrhée » (3).

Au Moyen-Âge, le Capitulaire de Villis mentionne l’existence du Ceresarios dans les vergers des biens impériaux. De même, en Suisse, le monastère de Saint-Gall note sa présence.
La cerise, au contraire d’autres fruits, possède un intérêt nutritif certain à l’époque médiévale, comme le confirme le Grand Albert lorsqu’il aborde la question du régime de vie : « pour ce qui est des fruits, ils ne sont pas bons, ni sains, excepté la cerise, le damas [= la prune], etc. » (4). Tout cela me semble encore fort influencé par Galien qui détestait à peu près tous les fruits. Pour Salerne, « la cerise a pour la santé plus d’une bonne qualité. C’est un des meilleurs fruits que produise la terre ; il purge l’estomac, il forme un sang nouveau : et l’amande qu’on trouve en cassant son noyau, délivre les reins de la pierre », ce que Galien avait déjà remarqué, puis, plus tard, Mésué, insistant davantage sur la valeur de l’huile qu’elle contient sur les lithiases tant urinaires que rénales, les douleurs arthritiques, etc. Du côté d’Hildegarde, l’on nous dit le peu d’utilité que l’on accorde à la sève et aux feuilles du Ceraso, mais toute l’importance qu’on attribue à la gomme de cet arbre (maux oculaires et auriculaires), ainsi qu’à l’amande du fruit encore vert dont Hildegarde élaborait un onguent contre les ulcères, et à laquelle elle donnait une vertu vermifuge. En revanche, la cerise ne fait guère d’émules. Selon Hildegarde, elle représente une nourriture sans grand intérêt pour le bien-portant, voire nocive pour le malade qui en mangerait trop. En toute fin du XV ème siècle, l’on croise encore le chemin du cerisier dans deux ouvrages, De l’honnête volupté de Baptiste Platine (environ 1470) et l’Arbolayre (1498) qui, tous deux, reconnaissent au seul noyau des propriétés sur la sphère urinaire. C’est ainsi qu’il est dit lithontriptique, apte à guérir la strangurie et la dysurie…

Siècle après siècle, l’on complète le portrait thérapeutique du cerisier. Au XVI ème siècle, La Bruyère Champier remarque que les cerises ont des effets désaltérants et rafraîchissants, et qu’elles sont ainsi profitables pour apaiser la soif lors des épisodes fébriles. Nicolas Lémery les déclare « cordiales, stomacales, apéritives et propres à adoucir l’âcreté des humeurs ». Au XVII ème siècle, l’on élabore une potion calmante et antispasmodique, « l’eau de cerises noires », particulièrement sédative chez l’enfant en bas âge. Plus tard, « Fernel cite plusieurs exemples de mélancoliques guéris par la décoction de cerises desséchées, et Van Swieten rapporte que des maniaques ont été rendus à la raison après avoir mangé des quantités considérables de ce fruit. On sait que ces affections sont souvent produites ou entretenues sympathiquement par des lésions abdominales et un état de constipation que la propriété laxative et rafraîchissante des fruits rouges peut dissiper », expliquait Cazin au milieu du XIX ème siècle (5).
Jusque là, on a beaucoup parlé de cerises fraîches ou sèches, et il faut attendre la seconde moitié du XVIII ème siècle avant que le médecin suisse Samuel Auguste Tissot ne conseille pour la première fois une recette désormais célèbre : l’infusion de « queues » de cerises.

Il serait bien étonnant qu’un arbre ayant accordé aux hommes autant de bienfaits n’ait pas laissé de traces dans le registre des légendes et des croyances européennes. Mais, qu’on se rassure, c’est bien le cas. Par exemple, dans les pays slaves et germaniques, le cerisier est assez souvent lié à une dimension pour le moins sinistre. En Lituanie, on attribue au cerisier un gardien démoniaque du nom de Kirnis, en Allemagne et au Danemark, d’autres démons font des cerisiers des cachettes dans lesquelles ils restent tapis, attendant de pouvoir jouer de mauvais tours aux promeneurs gourmands ou égarés. Mais le cerisier n’a pas pour seule vertu celle d’effrayer le passant. Il a aussi une valeur protectrice : en France, des rameaux de cerisier étaient suspendus dans les maisons afin d’en éloigner la fièvre. Des pratiques bien singulières investissaient le cerisier de pouvoirs particuliers : aux environs de Noël, à l’aide d’une cordelette de paille tressée, l’on ceinturait le tronc des cerisiers. C’était, nous dit Michel Lis, une manière de « mettre en garde l’arbre, car s’il ne fructifiait pas, il serait abattu ! » (6). C’est, généralement, ce qui arrive aux cerisiers dans ce cas, cordelette de paille ou pas. Mais là n’était pas qu’une bête superstition, puisque cette paille permet à la vermine d’y passer l’hiver. Au printemps suivant, en y mettant le feu, on s’en débarrasse. En Albanie, l’on procédait différemment, pour d’autres buts. Dans les nuits des 23 décembre, 1er et 6 janvier, l’on faisait brûler des rameaux de cerisiers, puis l’on conservait précieusement les cendres issues de cette combustion, afin d’en « féconder la vigne » plus tard. Cela n’avait pas pour but de protéger la vigne contre le phylloxéra comme on a pu parfois le croire, les résultats obtenus avec la cendre pour lutter contre cette maladie ayant été loin d’être encourageants…
Si dans le symbolisme chrétien la cerise représente la récompense de la vertu (7), le calendrier liturgique est ponctué de dates où l’on édicte des interdictions (il n’est pas permis de monter dans un cerisier à la Saint-Jean d’été, 24 juin, et à la Sainte-Marie-Madeleine, 22 juillet), l’on doit se méfier du 23 avril (« Pluie de Saint-Georges coupe aux cerises la gorge ») et du 24 mai (« Saint-Eutrope mouillé fait la cerise estropiée »), dictons à travers lesquels ne sont pas toujours dites des bêtises.
Il y a, au moins, encore deux domaines dans lesquels entre le cerisier : l’amour et la prédiction oraculaire.
Dans la nuit précédant le 1er mai, dans le Nivernais (8), les galants déposaient un rameau de cerisier devant la porte de leur belle, tandis que ceux « désireux de renouveler leur serment [allaient] chaque année suspendre une mèche de cheveux de l’être aimé à un cerisier en fleurs » (9).
Un rituel, qui rappelle assez celui que l’on opérait à l’aide de feuilles de lierre terrestre, mettait en œuvre des copeaux de bois de cerisier au nombre de 81, que l’on jetait à l’eau : s’ils coulaient, cela signifiait que la personne pour laquelle on exécutait ce rituel était encore parasitée par des vers intestinaux, dans le cas contraire qu’elle en était délivrée. C’était, tout de même, un rituel un peu « bidon », sachant que – naturellement – le bois de cerisier flotte à la surface de l’eau, ce qui devait faire du prestidigitateur un devin que l’on ne pouvait contredire.

Tout attendrissantes que puissent être les anecdotes que nous avons passées en revue, le fin du fin doit irrémédiablement nous mener au pays du soleil levant, où le cerisier, à lui seul, est une sorte de religion. Là-bas, le sakura présente une floraison extraordinaire au point qu’elle est devenue un des spectacles naturels des plus prisés, en particulier les 30000 arbres étagés le long du Mont Yoshino, vers lesquels les Japonais se déplacent en masse chaque année afin d’assister au déploiement des fleurs de ces cerisiers. C’est, comme on me l’a récemment appris, un cérémonial qui porte le nom d’Hanami, « regarder les fleurs ». Mais il ne s’agit pas seulement d’agapes frugales au pied de ces arbres, puisque la prodigalité de la floraison des sakuras est un signe propitiatoire de la récolte d’un aliment de base incontournable, le riz. Prosaïquement, beaucoup de fleurs équivaut à une abondance de riz. Il est, là, question de félicité et de prospérité, et, surtout, d’assister à ce qui en préfigure le bon dénouement.
Il ne s’agit pas là que de folklore local, loin s’en faut. Un proverbe japonais dit ceci : « la fleur des fleurs est le bourgeon de la fleur du cerisier, le samouraï est l’homme parmi les hommes ». La cerise est le symbole de la vocation guerrière du samouraï comme l’explique le Dictionnaire des symboles de Jean Chevalier et d’Alain Gheerbrant. En rompant la chair juteuse de la cerise, on en vient au noyau dur et lisse. Autrement dit, cela signifie faire le sacrifice du sang et de la chair afin d’atteindre la pierre centrale présente en chacun des êtres humains. La fleur du sakura est symbole de pureté, elle évoque la mort idéale, l’idéal chevaleresque (le Bushi), et le détachement – par le biais d’une béatitude intemporelle – des contingences terrestres, du fait de son caractère fragile et éphémère. C’est pourquoi les samouraïs optèrent pour cette fleur comme symbole de leur dévotion, ce qui fait que, parfois, certains katanas possèdent une garde ornée de fleurs de sakura ou bien de cerises. « Certaines fleurs font gloire de leur mort ; les fleurs du cerisier japonais, par exemple, qui librement s’abandonnent aux vents. Quiconque a vu les avalanches odorantes de Yoshino ou d’Arashimaya a pu s’en rendre compte. Un moment, elles voltigent comme des nuées de pierres précieuses et dansent sur les eaux de cristal ; puis, en voguant sur l’onde souriante, elles semblent dire : « Adieu, Printemps ! Nous nous en allons vers l’éternité ! » Cela devrait suffire à faire comprendre quel lien profond unit à ces hommes de fer la tendre fleur livrée au vent, la fleur au joyeux sacrifice et si bien imbue de lumière qu’elle ne projette pas d’ombre » (10).

Botaniquement, le cerisier présente un tronc droit et cylindrique dont la circonférence peut parfois dépasser le mètre. Son écorce, lisse et brillante, est striée horizontalement, alors que son bois de couleur rosée fait le régal des ébénistes. Du tronc démarrent 3 à 5 branches qui se couvrent de rameaux, donnant à la silhouette de l’arbre une tête sphérique qui peut culminer entre 6 et 8 m de hauteur. Au printemps, avant même l’apparition des feuilles, le cerisier se pare de fleurs blanches à cinq pétales, groupées en bouquets de 3 à 10, chacune d’elles étant sertie au bout d’un long pédoncule. Alors que se fanent les fleurs, les premières feuilles apparaissent, ovales et présentant une bordure en dents de scie. Quelques mois plus tard, le cerisier donne des fruits – des drupes – sphériques ou allongés, à noyau lisse, et dont la chair, juteuse et aromatique, est, la plupart du temps sucrée.
On trouve le cerisier sur terrain léger. Un peu de calcaire ne lui fait pas de mal. En revanche, il ne supporte pas les terres trop humides et/ou argileuses.

Au tour du merisier maintenant, Cerasus avium. Avium comme oiseau, puisque sa propagation dépend essentiellement des habitudes alimentaires de certains oiseaux qui, en avalant ses fruits, rejettent plus loin les noyaux. Bien plus grand que n’importe quel cerisier, le merisier peut facilement atteindre 30 m de hauteur. Il a une croissance rapide et une vie courte, une centaine d’années, tout au plus. Extrêmement prolifique à l’époque médiévale – source nutritive alors – il devint si abondant en France qu’une ordonnance royale de 1669 décréta son abattage massif. Sa destruction, comme celle de l’if, faillit être quasi complète. Dévastée, l’espèce s’est pourtant bien remise de ses coups de hache et de scie. A l’heure actuelle, on le trouve en forêt, à proximité des chênes et des hêtres mais ne vit qu’à découvert. Il se situe donc à l’orée de ces mêmes forêts, mais aussi dans les taillis et les clairières, en basse altitude généralement.
Le merisier possède une vaste couronne étalée portée par des branches lisses, de couleur grise quand l’arbre est jeune, puis brun rougeâtre avec le temps. Ses feuilles ressemblent beaucoup à celles du cerisier et, comme elles, présentent des franges finement dentées, mais, autre point commun avec le cerisier, elles n’apparaissent qu’après les fleurs, également blanches et parfumées, en ombelles. La fructification donne lieu aux merises, petits fruits à la chair rouge à noire ornés d’un très long pédoncule, généralement acides et amers.
Il apprécie les sols fertiles assez frais, les sols forestiers calcaires, ainsi que, parfois, des terrains plus acides. En revanche, il lui faut de l’eau.

Précisons que le bigarreautier (Cerasus avium duracina) et le guignier (Cerasus avium juliana) ne sont autres que des variétés horticoles du merisier. Le bigarreau est un fruit à chair blanche ou rouge, croquante, à l’épiderme ivoire tiqueté de rouge. La guigne, elle, est un fruit en forme de cœur à chair rouge, parfois presque noire, très sucrée. Le griottier quant à lui est une variété de cerisier (Cerasus vulgaris var. amara) qui porte de gros fruits aigres et acides, à chair noirâtre et au court pédoncule.
Enfin, derniers caractères particuliers propres à ces deux arbres, cerisiers et merisiers drageonnent, et dans le cas de ce dernier, parfois à plus de 80 m de l’arbre souche ! De vieux cerisiers peuvent parfois présenter une croissance hélicoïdale de leur tronc, singularité que l’on peine encore aujourd’hui à expliquer.

Le cerisier en phytothérapie

Si l’on a dit que toutes les parties du cerisier ont été employées en thérapie, cela est quelque peu exagéré. Par exemple, l’on n’a jamais considéré les fleurs et les feuilles de ces arbres, et assez rarement son écorce, dont on a fait un faux succédané du quinquina, et que l’on vendait mêlée à l’écorce péruvienne dans les officines sous Napoléon Ier. « On trompait à la fois la religion du médecin, s’insurge Cazin, et l’on se jouait de la vie des braves, pour étancher la soif de l’or » (11).
Non, le cerisier est surtout connu pour ses fruits, qui ne sont pas qu’un agréable aliment, et pour ses pédoncules, c’est-à-dire les fameuses « queues » de cerises. Ces pédoncules contiennent du tanin et des phénols tels l’acide salicylique. Quant aux fruits, gorgés d’eau à hauteur de 80 %, ils se remarquent par leur forte teneur en sucre, du lévulose pour la plus grande part (10 à 15 %), un peu de tanin et d’acide salicylique, des acides organiques (1 %), des sels minéraux (0,6 %), enfin des vitamines A, B1 et C. A l’intérieur du noyau de la cerise se trouve une amande contenant de l’amygdaline, un hétéroside cyanhydrique qui, par hydrolyse, libère de l’acide cyanhydrique, une substance particulièrement toxique. Pour finir, rappelons que la gomme résineuse qui sourd du tronc de cet arbre fut autrefois utilisée comme matière médicale.

Propriétés thérapeutiques

  • Le fruit : dépuratif, diurétique, antirhumatismal, anti-arthritique, régulateur hépatique et gastrique, laxatif léger, énergétique (nerfs, muscles), reminéralisant, rajeunissant tissulaire, tonifiant des téguments fatigués, immunostimulant, sédatif nerveux, rafraîchissant, désaltérant
  • Le pédoncule : diurétique, sédatif des voies urinaires
  • L’écorce : astringente, antigoutteuse, fébrifuge légère

Usages thérapeutiques

  • Le fruit : maladies de pléthore (obésité (12), artériosclérose), troubles gastro-intestinaux (constipation, fermentation intestinale, inflammation), troubles hépatobiliaires (ictère, hépatisme, lithiase biliaire), troubles vésico-rénaux (néphrite chronique, lithiase urinaire, goutte, rhumatisme, arthritisme), diabète, états fébriles, retard de croissance, déminéralisation, prévention du vieillissement
  • Le pédoncule : troubles vésico-rénaux (inflammation des voies urinaires, cystite, lithiase urinaire, rétention d’urine, œdème, insuffisance rénale, néphrite, colique néphrétique, arthritisme, goutte), troubles respiratoires (bronchite chronique, toux opiniâtre), diarrhée

Note : après pressage des amandes contenues dans les noyaux, l’on obtient une huile végétale fort utile en cas de dartre, de verrue, de tache cutanée et d’algie rhumatismale.

Note 2 : n’oublions pas les coussins aux noyaux de cerises qui, une fois réchauffés, s’appliquent en cas de douleurs cervicales, de maux de ventre, voire même de colique du nourrisson.

Modes d’emploi

  • Cure de cerises en nature : remplacez chaque repas par ½ kg de cerises fraîches pendant quelques jours. Pour des cas d’obésité et d’arthritisme.
  • Sirop de cerises : comptez 600 g de sucre pour ½ litre de jus de cerises et portez le tout à ébullition. Filtrez. Conservez en bouteille, au frais. Coupée d’eau, il s’agit là d’une boisson particulièrement recommandée en cas de grosses chaleurs, ainsi que pour étancher la soif des malades en proie à la fièvre.
  • Infusion de pédoncules : comptez une poignée par litre d’eau en décoction pendant 10 minutes, à raison d’½ litre par jour. Si vous ne disposez pas de pédoncules frais, vous pouvez toujours utiliser des pédoncules secs après les avoir fait tremper dans de l’eau froide pendant une douzaine d’heures. Remarquons que les pédoncules frais se prêtent mieux à l’infusion, les secs à la décoction.
  • Emplâtre de cerises fraîches (en cas de migraine, pour les soins de la peau).

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Les cerises sont déconseillées aux personnes souffrant d’entérite. Mieux vaut opter pour le fruit cuit en ce cas, ainsi que chez les dyspeptiques, les enfants, les personnes âgées et toutes celles dont l’estomac est délicat. Quant aux diabétiques, ils pourront en consommer de façon raisonnable.
  • Au Japon, la fleur de cerisier entre dans la composition de nombreux mets : bonbons, beignets, gâteaux (sakura mochi, par exemple), thés, sirops, condiment au vinaigre, etc. Plus près de nous, la cerise, tant crue que cuite, trouve de multiples usages : soupes, tartes, vins, alcools (Kirsch, Marasquin).
  • Il existe un élixir type Bach aux fleurs de cerisier qui se destine aux tempéraments trop pessimistes et maussades, ces personnes qui voient un peu trop le mauvais côté des choses. Aussi peut-on dire que cet élixir redonne le sourire :)
  • Cerisier et merisier surtout sont appréciés pour leur bois de couleur jaune orangé à brun rougeâtre. On en fabrique des meubles, des instruments de musique, de petits objets comme des pipes, etc.
    _______________
    1. Chaumeton, cité par François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 248.
    2. Dioscoride, Materia medica, Livre I, chap. 128.
    3. Serenus Sammonicus, Préceptes médicaux, p. 38.
    4. Grand Albert, p. 248.
    5. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 249.
    6. Michel Lis, Les miscellanées illustrées des plantes et des fleurs, p. 41.
    7. L’on voit souvent, comme sur le tableau de Sano di Pietro, La vierge à la cerise (1445), l’enfant Jésus tenir à la main quelques cerises.
    8. Vieille province française correspondant peu ou prou à l’actuel département de la Nièvre.
    9. Michel Lis, Les miscellanées illustrées des plantes et des fleurs, p. 40.
    10. Kakuzô Okakura, Le livre du thé, cité par Anne Osmont, Plantes médicinales et magiques, pp. 145-146.
    11. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 249.
    12. « C’est un ‘trompe la faim’ aussi salutaire qu’agréable pour les gros mangeurs que leur adiposité et l’état défectueux de leurs artères et de leurs reins, condamnent à obéir, en rechignant, aux lois de la frugalité », Henri Leclerc, Les fruits de France, p. 21.

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La bugle (Ajuga reptans)

Synonymes : moyenne consoude, petite consoude, consyre moyen, herbe au charpentier, herbe à la coupasse, herbe à maout, herbe de saint Laurent, dorve.

Cette petite plante cousine des menthes, marjolaines et autres lavandes, vous l’aurez sans doute davantage rencontrée au détour d’un chemin que dans les pages d’un livre de phytothérapie, tant la science moderne l’a peu créditée de propriétés pharmacodynamiques. En effet, le docteur Leclerc ne disait-il pas que « la bugle est la plus résolument inerte des herbes » ? (1). Et Cazin, un siècle plus tôt, n’a pas été non plus très tendre avec elle : « ce vulnéraire si vanté guérit uniquement les plaies que la nature seule conduirait très bien à cicatrice » (2). De là à dire que la bugle ne vaut pas mieux que cautère sur jambe de bois… C’est rude, âpre dirais-je même. Il est vrai que ses divers surnoms font explicitement référence à cette parenté qu’on a dessinée entre la bugle et la grande consoude. Si cette dernière « consolide », la première « chasse » : Ajuga, le nom latin de la bugle, n’étant qu’une transformation du mot abiga, de abigere, un verbe latin signifiant « délivrer ». Et si l’on en croit la littérature, cette réputation ne date pas d’hier. Au XV ème siècle, un herboriste italien du nom de Benedetto Rinio écrivait que « Gilbert l’Anglais et surtout les Allemands font grand éloge de la bugle et déclarent qu’elle l’emporte, pour soigner les plaies, sur toutes les autres plantes, et c’est pourquoi ils lui ont donné le nom de wundkraut » (3). Ainsi, les plaies, mais aussi les plaies atones, les dartres, les fractures relevaient-elles de l’emploi de la bugle qui, accompagnée de scabieuse et de sanicle, puis mêlée à de l’axonge, s’appliquait généreusement comme une panacée digne de la grande consoude, de l’arnica et du dictame de Crète réunis ! Si l’on connaît tous les deux premiers vers du petit poème que l’école de Salerne a réservé à la sauge, qui sait que « qui a du bugle et du sanicle fait au chirurgien la nicle » ?

Tout cela valut que la Renaissance s’empare, elle aussi, de la bugle, mais pas seulement pour ses uniques propriétés vulnéraires. Ainsi Camerarius (1500-1574) et Dodoens (1517-1585) valorisèrent-ils la bugle comme désopilant hépatique. Plus tard, Lazare Rivière (1589-1655), puis Michel Ettmuller (1644-1683) lui accordèrent valeur contre l’angine et, plus grave, contre la phtisie pulmonaire (= la tuberculose). Mais la bugle reste avant tout la panacée vulnéraire du médecin de campagne, censée agir tant sur les plaies, coupures, blessures, ulcères que sur des hémorragies plus sérieuses telles que l’hémoptysie. Le médecin britannique Culpeper se rangeait à ces avis. Ainsi, il écrit que « la décoction de feuilles et de fleurs, en vin, liquéfie le sang coagulé chez les personnes souffrant de contusions internes dues à une chute ou à d’autres chocs. Elle est très efficace contre toutes les plaies », ajoute-t-il. Non seulement la bugle serait vulnéraire et cicatrisante, mais également fibrinolytique comme savent l’être l’huile essentielle d’hélichryse d’Italie et celle de laurier noble dans une moindre mesure. Mieux, trois siècles après Culpeper, l’herboriste britannique Maud Grieve affirme dans son ouvrage intitulé Modern Herbal (1931), que la bugle régularise la circulation à une époque où, en France, Leclerc la disait inefficace.

Petite lamiacée vivace, la bugle se propage par stolons, d’où l’adjectif « rampant » qu’on lui octroie fréquemment. Ses tiges quadrangulaires velues portent à leur base des feuilles pétiolées en rosette, puis des feuilles non pétiolées, opposées deux à deux, de forme oblongue ou ovale. A l’aisselle de ces feuilles supérieures, l’on trouve des verticilles de six à dix fleurs de couleur bleu vif à bleu violacé. A pleine floraison, la bugle rampante atteint une taille maximale de 30 cm.
Assez fréquente, elle est présente sur trois continents : l’Europe, l’Afrique (du Nord), l’Asie (occidentale). Elle affectionne particulièrement les lieux humides et ombragés tels que bois frais, prés, pelouses, parcs et jardins.

La bugle en phytothérapie

Les sommités fleuries de la bugle, de saveur amère et épicée, présentent à l’analyse un certain nombre de substances qui peuvent faire tout dire, mais certainement pas que cette plante est tout à fait dénuée d’effets : des principes amers dont on n’ignore plus l’action sur la sphère hépatobiliaire, du tanin, quelques traces d’essence aromatique, une phytoecdysone (hormone stéroïdienne), enfin des iridoïdes dont l’harpagoside anti-inflammatoire et antalgique.

Propriétés thérapeutiques

  • Astringente, résolutive, vulnéraire, cicatrisante
  • Laxative douce
  • Anti-inflammatoire, antalgique
  • Fébrifuge
  • Tonique

Usages thérapeutiques

  • Maux de gorge, angine, inflammations bucco-laryngées
  • Ulcère gastro-intestinal, diarrhée
  • Insuffisance biliaire
  • Hémorragies : hémoptysie, plaies
  • Douleurs rhumatismales légères
  • Asthénie (?)

Modes d’emploi

  • Infusion de sommités fleuries
  • Décoction de sommités fleuries
  • Cataplasme de feuilles fraîches et contuses
  • Teinture-mère

Note : la teinture-mère de bugle offre un beau remède contre les affections de l’arbre respiratoire : pneumopathies (aiguës et chroniques), asthme, toux rebelle, etc.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Comme nous l’avons vu, nos devanciers se sont plus attachés à faire la démonstration de l’inefficacité de la bugle que d’en répertorier les éventuels méfaits, c’est pourquoi aujourd’hui il est difficile d’affirmer que cette plante peut représenter un quelconque danger à travers un emploi en phytothérapie.
  • Récolte : elle peut se réaliser dès le début de la floraison de la plante, soit au mois d’avril et se poursuivre autant de temps que la plante fleurira.
  • Autres espèces : bugle pyramidale (A. pyramidalis), bugle genevoise (A. genevensis), ivette commune (A. chamaepytis), ivette musquée (A. iva), etc.
    _______________
    1. Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 283
    2. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 209
    3. Cité par Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 188

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Le néflier (Mespilus germanica)

Concernant l’origine et l’étymologie du néflier, force est de constater qu’on s’est longuement perdu en conjectures les plus diverses. Cet arbre doit tantôt son nom à l’apparence de boule tronquée de son fruit, tantôt à la contexture d’immondice de sa pulpe. Dans l’œuvre du philosophe grec Xénophon (IV ème siècle avant. J.-C.), le nom de Mespila est donné à l’actuelle ville irakienne de Mossoul, et Mespilus (1) était déjà le nom par lequel on le désignait durant l’Antiquité. C’est ce qui a fait dire à certains que le néflier proviendrait du sud-est de l’Europe (Balkans) et d’Asie occidentale (Turquie, Caucase, Iran…). Capté par les Romains, il aurait été importé par Jules César en Gaule et ne serait donc pas issu d’Allemagne comme le laisse entendre son adjectif germanica, vision à laquelle s’oppose celle de Leclerc qui affirme que le néflier était déjà présent dans les forêts de Gaule et de Germanie avant même l’invasion des Romains qui en furent, non pas les importateurs, mais les exportateurs, car si tel n’a pas été le cas, on s’étonne de ce que Pline en donne des informations pour le moins nébuleuses. Le naturaliste « distingue » trois Mespilus, mais « on peut discuter à perte de vue sur leur identité, d’autant qu’il n’en avait pas sans doute lui-même une notion bien nette » (2). Du côté des Grecs, l’on donne l’impression de moins cafouiller, mais gardons en tête que le genre Mespilus ne s’arrête pas qu’au seul néflier. Par exemple, l’azerolier (ex Mespilus azarolus) est bien distingué du néflier par Théophraste au IV ème siècle avant J.-C., et fort heureusement puisque l’azerolier tient davantage de l’aubépine que du néflier. La vertu astringente accordée à ce néflier par Théophraste fait écho aux écrits de Dioscoride : « Le néflier est tardif à mûrir, et mangé, il restreint. Il est agréable à l’estomac, et restreint le corps » (3). Outre ce qu’en dira précédemment Hippocrate, qui conseillait la nèfle en cas de fièvre, de ventre échauffé et de selles brûlantes, l’ensemble des médecins grecs et romains, à la suite de Dioscoride, s’entendront pour conserver au néflier cette précieuse propriété astringente.

Présent parmi la liste des seize arbres recommandés par le Capitulaire de Villis sous le nom de Mespilarios, le néflier a également fait bonne figure du côté de l’abbaye de Saint-Gall où l’on sait qu’il fut cultivé au IX ème siècle et probablement auparavant. Dans l’ensemble, la culture du néflier durant toute l’époque médiévale fut fort fréquente, car il avait l’avantage de fournir durant une partie de l’hiver une manne inespérée. En Italie, l’école de Salerne versifie à son sujet : « A bien vider les eaux la nèfle est diligente. Pour le ventre elle est astringente. Encore ferme, elle plaît ; mais pour votre santé, elle est toujours meilleure en sa maturité. » L’agronome italien Pierre de Crescens affirmera à son tour que les nèfles, par « leur nature, […] confortent l’estomac ». Curieusement, chez Hildegarde de Bingen, la propriété astringente de la nèfle est absente du petit texte qu’elle accorde au Nespelbaum. Essence chaude emprunte de douceur, le néflier, par ses racines, chasse les fièvres intermittentes, et par son fruit nutritif « purge le sang ».

Dès la Renaissance et durant l’ensemble du XVII ème siècle, une frénésie s’empare d’un grand nombre de médecins au sujet de la nèfle. C’est ainsi que nous voyons Jean Bauhin (1541-1612) conseiller la nèfle dans les abcès de la gorge et des gencives, pour modérer le flux menstruel (4). Selon Prosper Alpini (1553-1617), elle permet d’endiguer les flux intestinaux, en particulier d’origine dysentérique (Petrus Forestus, 1522-1597). Nombreux seront également ceux qui, sensibles à la théorie des signatures, virent dans la nèfle une possible propriété lithontriptique, en raison de la dureté des noyaux de ce fruit que l’on a apparentés à des lithiases. Ainsi furent-ils employés pour guérir tant la pierre que la gravelle durant un siècle où les observations d’expérimentations fructueuses abondèrent dans ce sens.

Malgré ces éloges dithyrambiques, le néflier, tombé dans l’oubli, restera inusité en médecine au temps de Cazin qui ne lui accorde qu’une dizaine de lignes, une négligence qu’explique Leclerc en ces termes : « Le fruit du néflier est resté le symbole des choses dont l’inconsistance voisine avec le néant, ainsi qu’en témoigne la réponse populaire qu’on oppose à une requête importune : ‘Vous n’aurez que des nèfles !’ » (5). Son surnom de « cul-de-chien » ne l’a sans doute pas aidé non plus, de même que la comparaison qui fut faite entre la forme de ce fruit et celle des bonnets à pointes dont on coiffait le chef des fols au Moyen-Âge.

Le néflier est un petit arbre d’une hauteur maximale de six mètres au tronc tortueux qui porte des feuilles caduques, simples et de grande taille. Vertes au-dessus, cotonneuses sur la face inférieure, elles prennent une belle teinte de bronze mêlée de rose à l’automne. Il fleurit tardivement au printemps (mai/juin) et porte alors des fleurs blanches ou lavées de rose d’environ 3 cm de diamètre. Plus tard, entre septembre et octobre, des fruits charnus, les nèfles, apparaissent : des espèces de petites poires brunes dont la taille n’excède pas 2 à 3 cm, voire 4 à 6 cm pour les espèces à grands fruits. Mais contrairement aux poires les sépales proéminents restent visibles sur le fruit.

Le néflier en phytothérapie

La disgrâce dans laquelle la nèfle est tombée depuis des lustres peut difficilement expliquer sa présence au sein de cette rubrique, car « depuis que l’arboriculture moderne a acquis tant de fruits infiniment supérieurs en saveur comme en beauté à la modeste et quelque peu ridicule nèfle, elle s’est cultivée de moins en moins. Quant au néflier lui-même, quel citadin le reconnaîtrait ? », constatait Fournier il y a de cela 70 ans (6). En effet, aujourd’hui encore la nèfle ne court pas les rues, et qui aurait la chance d’en croiser quelques-unes sur les étals du marché ?
Si l’écorce, les feuilles et les fruits non mûrs nous offrent belle part de tanin, c’est davantage la nèfle parvenue au seuil du blettissement qui fait l’objet d’un usage thérapeutique. En moyenne, une telle nèfle contient jusqu’à 75 % d’eau, des sucres (glucose, fructose : 10 %), de la cellulose (7 à 13 %), du mucilage, des acides (malique, tartrique, lorique, citrique), des vitamines (C, groupe B), du magnésium, etc.

Propriétés thérapeutiques

  • Tonique astringente des muqueuses intestinales, régularisatrice intestinale, antidiarrhéique, déconstipante
  • Diurétique
  • Astringente cutanée

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère digestive : entérite, dysenterie, diarrhée, diarrhée infantile, diarrhée rebelle
  • Affections buccales : aphte, ulcération buccale, inflammation et irritation de la gorge
  • Affections cutanées : irritation, inflammation, coupure, écorchure, etc.
  • Goutte (?)

Modes d’emploi

  • Nèfles blettes en nature
  • Conserve de nèfles
  • Infusion à froid de poudre de semences dans du vin blanc
  • Décoction des feuilles pour gargarisme

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Alimentation : comestibles, mais immangeables en automne en raison de leur saveur austère et acerbe peu agréable, il faut attendre le début de l’hiver et leur blettissement par le gel (fermentation interne) afin de pouvoir les consommer. Elles deviennent alors molles et sucrées et constituent un fruit apprécié et très nutritif. Cependant, il est tout à fait possible de procéder à un blettissement artificiel en ramassant les nèfles à l’automne, avant les premières gelées. En stockant les fruits dans une pièce aérée et en les mettant au congélateur assez longtemps, on accélère le blettissement. On obtient donc des nèfles consommables de cette manière. Dès lors, elles peuvent être cuites en compote, marmelade, confiture. Il est même possible d’en fabriquer des pâtes (comme celle de coings), du vin après fermentation du jus des fruits, etc.
  • Le néflier possède un bois au grain très fin qui ne fend pas ou peu, et avec lequel, au Pays Basque, on fabrique le manche des splendides makhila, les bâtons de marche basques (la plus importante fabrique de makhila se trouve à Larressorre.)
  • Autres espèces : Mespilus germanica var. apyrena, Mespilus macrocarpa.
    _______________
    1. De mespilus, on a obtenu diverses appellations locales du néflier comme en témoignent les termes qui suivent : mespoulo, mesplo, mesplier, nesplier, neslier, mesle, meille, mêlier, etc.
    2. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 671.
    3. Dioscoride, Materia medica, Livre 1, Chapitre 132.
    4. Dans la culture populaire, le port d’un morceau de bois de néflier suspendu au cou comme amulette était un bon moyen d’écarter les éventuelles complications liées à la grossesse et à l’accouchement. Cette pratique avait même la réputation de conjurer l’avortement.
    5. Henri Leclerc, Les fruits de France, p. 168.
    6. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 671.

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Le ricin (Ricinus communis)

Synonymes : ricin commun, bois de carapat, palma christi.

Il y a environ quatre mille ans, le ricin faisait déjà partie de la pharmacopée babylonienne. Il était également présent chez les anciens Égyptiens comme l’attestent avec évidence la découverte de graines de ricin contenant encore des traces d’huile dans des tombeaux datant de cette époque reculée, ainsi que la mention qui est faite de cette plante au sein du papyrus Ebers. D’ailleurs, le Grec Hérodote témoignera de la culture du ricin sur les rives des rivières et des lacs égyptiens au V ème siècle avant J.-C. Les vertus purgatives, cicatrisantes et capillaires du ricin n’échappèrent pas à ces deux peuples. En Égypte, le ricin portait le nom de Kiki, un terme que reprendra Dioscoride pour faire de cette plante une assez belle description : « C’est un petit arbre de la taille d’un figuier, les feuilles sont semblables à celles du platane, mais plus grandes, plus lisses et plus foncées […] Les fruits, qui se présentent sous la forme de grappes de raisins, lorsqu’on les dépouille de leur écorce, laissent entrevoir des graines semblables à cet animal qu’on nomme ricinus [nda : l’ixode, espèce de tique]. De cette graine, on en tire de l’huile, qu’on appelle huile de ricin […] Trente grains [nda : environ 1,5 g] de cette graine bien mondifiée et bien pilée, bus, purgent par le bas la colère et les humeurs aiguës. Mais à la vérité c’est une médecine fâcheuse et ennuyeuse, parce qu’elle subvertit grandement l’estomac. La graine pilée et appliquée enlève les taches du visage et les marques de la vérole. Les feuilles broyées mitigent les inflammations oculaires, et pareillement les tumeurs […] Emplâtrées avec du vinaigre, elles soulagent le feu saint-Antoine » (1). Bizarrement, hormis les mots « fâcheux » et « subvertit », rien ne laisse penser dans ce passage que Dioscoride ait pu remarquer le caractère toxique du ricin.

Le ricin apparaît tardivement en Europe médiévale. Tout au plus en est-il fait mention par Albert le Grand au XIII ème siècle sous le nom d’Arbor mirabilis, tandis qu’en toute fin de XV ème siècle, l’Hortus sanitatis lui accorde celui de Palma christi, en relation avec l’histoire biblique du ricin (2). A la Renaissance, le ricin, bien connu des Italiens dont Matthiole, offre son huile végétale comme seul agent externe. Ce n’est qu’au XVIII ème siècle qu’on osera à nouveau « redécouvrir » les propriétés du ricin par voie interne et qu’il rentrera à ce titre progressivement dans la pratique courante.

Espèce végétale tropicale, les foyers de naissance du ricin semblent être le sous-continent indien ainsi que les sols drainés et humides des régions d’Afrique du Nord-Est. Là-bas, c’est une plante vivace vivant en pleine nature et qui peut devenir un véritable arbuste dont la taille oscille assez souvent entre six et douze mètres. Sous nos latitudes, le ricin, qui s’est bien acclimaté aux départements méridionaux surtout, n’atteint qu’une taille modeste, deux à quatre mètres au grand maximum. De plus, le climat n’en fait qu’une plante annuelle lorsqu’elle pousse en pleine terre, mais peut parfois atteindre trois ans lorsqu’elle vit sous serre. De très longs pétioles portent des feuilles gigantesques de près d’un mètre d’envergure parfois. D’apparence palmée, elles se composent de sept à dix lobes aigus partant tous d’un même point. Ses fleurs monoïques et sans corolle s’épanouissent à l’été, se conforment en épis allongés et terminaux. Au sommet, l’on trouve les fleurs femelles, au-dessous d’elles les fleurs mâles garnies d’une multitude d’étamines. Après la floraison, l’ovaire à trois loges des fleurs femelles va fructifier et former un fruit tantôt lisse, tantôt hérissé d’aiguillons, qui donnera naissance à trois graines ovoïdes, marbrées de brun, parfois de rouge, pas plus grandes qu’un haricot et dont la forme à évoqué aux Anciens celle d’une tique qu’ils appelaient ricinus. De là, le nom est passé à la plante.

Le ricin en phytothérapie

Les grandes feuilles du ricin, dont on a pu penser qu’elles possédaient quelques éléments à même d’en rendre répréhensible l’usage, sont quelquefois employées dans la thérapeutique. Mais la palme revient sans conteste aux graines de ricin. Comme beaucoup d’oléagineuses, ces graines sont pressées à froid, vu qu’elles contiennent entre 45 et 70 % d’huile végétale qui se retire facilement. Principalement composée de glycérides, cette huile a l’apparence d’un liquide visqueux, limpide, incolore à jaune très pâle, pratiquement inodore, de saveur tout d’abord douceâtre avant de laisser place à une sensation assez désagréable, voire nauséeuse. Dans le tourteau, c’est-à-dire ce qu’il reste de la graine après expression, on trouve environ 20 % de matières albuminoïdes, 5 à 7 % d’eau, du sucre (2,5 %), de la gomme, de la résine, de la lécithine, de l’acide succinique et surtout deux toxines : tout d’abord un alcaloïde du nom de ricinine isolé en 1864, et enfin une toxalbumine nommée ricine, bien plus toxique que la strychnine, présente parfois à hauteur de 3 % dans les graines. Par chance, l’expression de l’huile n’emporte pas ces deux toxines avec elle. L’on comprendra donc que seule l’huile végétale de ricin puisse faire l’objet d’un usage en thérapie, et que l’on passera outre le désir d’envisager une décoction de ces semences.

Propriétés thérapeutiques

  • Laxative puissante (l’huile végétale de ricin déclenche des spasmes intestinaux trois à cinq heures après ingestion), purgative douce à doses plus élevées (cette huile végétale peut même devenir drastique si prise à des doses encore plus importantes, voire même éméto-cathartique, c’est-à-dire qu’elle est susceptible de provoquer le vomissement incoercible)
  • Émolliente (de même que les feuilles)
  • Régénératrice cutanée, régénératrice des ongles et des cheveux, tonique capillaire, tonique du cuir chevelu
  • Vermifuge (plus ou moins efficace)
  • Galactogène (feuilles)

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : constipation, constipation opiniâtre, occlusion intestinale, hernie, colique, colique de plomb, dysenterie, inflammation intestinale, ascarides
  • Troubles de la sphère respiratoire : asthme, bronchite aiguë, fin de pneumonie
  • Accouchement : fièvre puerpérale, suppression des lochies (cette huile végétale est « un purgatif de choix au cours des grossesses », souligne Fournier, (4)). Chez le nouveau-né, elle s’emploie également en cas de rétention du méconium
  • Hémorroïdes
  • Affections cutanées : ulcère et ulcère variqueux, plaie, coupure, blessure, cicatrisation difficile, peau sèche, solidification des ongles, prévention des callosités aux pieds, chute capillaire, pellicules
  • Auto-intoxication

Modes d’emploi

  • Huile végétale en interne (il est possible de l’émulsionner avec un jaune d’œuf, un bouillon aux herbes afin d’en mieux supporter le goût)
  • Huile végétale en massage et application locale. Il est bien évidemment possible d’y ajouter d’autres huiles végétales : avocat (pour les ongles), sésame (pour les soins des pieds. Ou bien des huiles essentielles telles que bay saint-Thomas, pamplemousse, romarin officinal, etc. pour les soins capillaires
  • Cataplasme de feuilles fraîches ou légèrement fanées
  • Macération vineuse de feuilles fraîches

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • En tant que laxatif naturel, durant un traitement à l’huile de ricin, il est recommandé de rester chez soi autant que faire se peut. Simple raison pratique ^_^. Le respect de la posologie est lui aussi essentiel : même à doses correctes, cette huile végétale, si l’on en répète trop longtemps l’emploi peut mener à la disparition de l’appétit, ainsi qu’à des états fébriles.
  • Avec le temps, l’huile végétale de ricin peut souffrir comme n’importe quelle autre huile. Quand elle est périmée, elle devient rance, c’est un indice prouvant qu’elle est dès lors inutilisable, puisque susceptible d’être également irritante et drastique.
  • Le ricin ne se cantonne pas qu’à la thérapeutique. Son huile intéresse aussi l’industrie : lubrifiants, savons, travail du cuir, fabrication de laques et peintures, huile d’éclairage, etc. Des feuilles l’on a extrait un biocide agro-industriel.
  • Toxicité : bien que les accidents liés à l’ingestion de graines de ricin sont devenus relativement rares, il me semble important de souligner la toxicité de cette plante qui ne se concentre – rappelons-le – presque exclusivement qu’aux seules semences. Encore vertes, elles sont déjà toxiques et le deviennent encore davantage en mûrissant. On estime que deux à cinq graines sont mortelles chez l’enfant et l’adulte, mais à la seule condition de les mâcher, car si elles sont simplement avalées, la testa gastro-résistante, autrement dit l’enveloppe la plus extérieure de la graine, leur assure de ne pas être attaquées par les processus digestifs. La ricine, dont nous avons parlé plus haut, ne cause donc aucun dommage. De même, si un oiseau venait à avaler une de ces graines sans la croquer, il participerait sans inconvénient pour lui à la dispersion de la plante. En effet, le ricin ne court pas le risque d’exposer directement un oiseau à son poison, car comment pourrait-il tirer parti de ce transporteur s’il s’amusait à prendre la posture du terroriste dans l’avion ? D’ailleurs, puisque nous évoquons cela, rappelons qu’on a fait jouer au ricin un rôle peu recommandable, ni plus ni moins que celui de barbouze. Il est bien possible que la ricine – contre laquelle n’existent ni moyen de prévention ni antidote – ait été exploitée durant la Première Guerre mondiale par les États-Unis, puis par les Britanniques aux environs des années 1940. La ricine a-t-elle été utilisée comme arme de guerre ? Difficile à dire. Il n’en reste pas moins qu’elle a été impliquée dans un sordide épisode de la Guerre froide que je vais maintenant vous narrer. Georgi Markov, romancier et auteur de pièces de théâtre bulgare, s’il s’accoutume assez bien avec le gouvernement communiste de la Bulgarie dans les années 1960, va, dans la décennie plus tard, entrer dans une forme de résistance qui consistera à dénoncer la corruption de l’élite politique de son pays. Devenu dissident, il s’expatrie en Europe de l’Ouest, jusqu’à parvenir à Londres. Considéré comme un traître par sa nation, il reçoit de multiples menaces de mort, échappe à deux tentatives d’assassinat. Le 7 septembre 1978, Markov attend son bus quelque part dans la cité londonienne. Soudain, il éprouve une vive douleur au niveau d’une cuisse et voit près de lui un homme faisant mine de ramasser son parapluie en bredouillant des excuses avant de disparaître. Le soir venu, alors que la cuisse de Markov a gonflé comme sous l’effet d’une morsure d’araignée, le romancier bulgare est pris de fortes fièvres. Hospitalisé le lendemain, il décède le 11 septembre au matin d’un arrêt cardiaque. Une autopsie est effectuée. Elle met en évidence de multiples hémorragies internes (intestins, cœur, nodules lymphatiques). Le taux de globules blancs s’est anormalement envolé. Sur la cuisse de Markov, on décèle une minuscule perforation, puis l’on découvre l’objet qui l’a provoquée : une bille métallique percée de deux trous, dont on apprendra par la suite qu’ils servirent à loger le poison – de la ricine, environ 450 microgrammes – puis recouverte de cire afin que la ricine ne s’en échappe. En attendant, l’autopsie ne révèle la trace d’aucune toxine. Malgré tout, un médecin légiste de la CIA imagine que les résultats de l’autopsie auraient très bien pu être provoqués par la ricine, car ce qu’a révélé cette autopsie correspond parfaitement au mode opératoire de cette toxine lorsqu’elle est administrée par injection. La ricine est composée de deux protéines. La première ouvre une brèche dans la paroi cellulaire, la seconde s’y engouffre, perturbe la production protéinique de la cellule et cause son apoptose.
    Dans cette histoire, connue sous le nom de « l’affaire du parapluie bulgare », on a cherché à imaginer l’arme du crime : probablement un pistolet à air comprimé dissimulé dans le manche du parapluie.
    L’intoxication par la ricine fonctionne aussi par ingestion et inhalation. Dans le premier cas, l’hémorragie se porte sur le tube digestif, dans le second sur les voies respiratoires. Le décès intervient au bout de trois à cinq jours.
    A la lecture de tout cela, vous allez peut-être regarder d’un autre œil les pieds de ricin qu’on utilise comme plantes ornementales et dont on constate la présence gracieuse dans bien des massifs floraux. Déjà, il est interdit de piétiner les plantes, donc, pas touche ! Secundo, la graine de ricin est particulièrement dure sous la dent et je doute fort qu’un enfant puisse en venir facilement à bout. Cependant, en fouillant ici et là, j’ai constaté que l’huile végétale de ricin pourrait peut-être intervenir en cas d’intoxication par ces mêmes graines. Cela ne reste bien sûr qu’hypothèse, je n’ai trouvé nulle part d’informations me permettant d’asseoir la véracité de ce qui va suivre. En cas d’ingestion d’une graine de ricin qui serait éventuellement mâchée, pourquoi ne pas utiliser l’huile végétale de ricin dont on sait qu’elle est éméto-cathartique à haute dose et émolliente ? Faisant violemment vomir, elle pourrait agir comme agent de purification de l’organisme. D’ailleurs ne l’utilise-t-on pas dans ce but en cas d’empoisonnement aux Renonculacées et à certains champignons ? Car, comme l’écrit Fournier, « les soins à donner doivent consister d’abord à vider l’estomac en activant les vomissements, puis à administrer des émollients du tube digestif » (4), ce qui est tout à fait dans les cordes de l’huile végétale de ricin qui, alors, pourrait limiter l’irritation et l’inflammation du tube digestif provoquées par la ricine.
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    1. Dioscoride, Materia medica, Livre 4, Chapitre 145
    2. « Le ricin représente l’aspect inintelligible de l’expérience, […] des alternances apparentes de décisions, de contrordres et de changements […] Ainsi tout est imprévisible, et l’homme souffre de cette insécurité, de cette absence de logique ou plutôt d’une logique dont il ne découvre pas les secrets […] [Le] ricin invite l’homme à ne pas se fier à sa seule dialectique : il en existe une qui lui est supérieure », Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 817
    3. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 828
    4. Ibidem.

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