Le fusain (Euonymus europaeus)

Synonymes : bonnet de prêtre, bonnet de cardinal, bonnet carré, bois carré, bois de fer, bois puant, bois punais, garais, cherme, chermine, bourse de prêtre, couillon de prêtre, brioche, brioché, cochonnet, bois à lardoires, etc.

Il est possible, je pense, de poursuivre cette liste des noms vernaculaires du fusain dont certains empruntent au domaine des jeux enfantins (cochonnet, brioche, brioché), d’autres à une caractéristique proprement botanique (bois puant, bois punais), enfin d’autres encore à des raisons domestiques (bois à lardoires). Certains interrogent forcément : comment comprendre qu’on passe du couvre-chef du prêtre à ce qui se passe sous son froc ? Cela demeurera le mystère de la soutane face auquel nous ne lèverons pas le voile, merci bien !… Ceci dit, nous ne sommes pas mieux lotis avec le nom latin du fusain, cet euonymus provenant du grec euônymon : « Le nom grec Euônymon […], arbre glorieux ou de bon augure s’appliquait déjà au fusain ; d’après les commentateurs de Dioscoride, il aurait été attribué ironiquement à cet arbrisseau en raison de ses effets délétères » (1). Euonymus, qu’on associe aussi au laurier-rose, ce afin de bien marquer le caractère violemment toxique de ces deux végétaux. D’ailleurs, chez Théophraste, c’est ainsi – euônymos – que l’on croise non pas le fusain mais ce laurier qui n’en est pas un, au contraire de Pline qui, dit-on, applique au fusain le nom d’evonymus non sans avoir copié sur Théophraste… Qu’importe. Retenons, au moins, un mot important : augure. Nous en aurons besoin dans la suite de cet article.

Le Moyen-Âge, pas plus que l’Antiquité, ne semble avoir connu le fusain. Hildegarde de Bingen a-t-elle écrit au sujet du fusain lorsqu’elle aborde cet arbre qu’elle appelle Spinelbaum (aujourd’hui, en allemand, spindelstrauch désigne le fusain) et pour lequel elle donne quelques prescriptions thérapeutiques ? « Celui qui est accablé par la goutte ou les fièvres réduira des baies [de laurier] en poudre et y ajoutera de la poudre du fruit qui pousse sur le fusain » (2). Elle conseille aussi ce spinelbaum contre l’hydropisie et les vers intestinaux, les douleurs de la rate et celles de l’estomac. Mais, curieusement, rien de ce que l’on prétendait guérir à l’aide du fusain dans les siècles qui suivirent… où « les auteurs sont loin d’être d’accord sur les effets [malfaisants] de ce végétal » (3). Le temps qu’on démêle le vrai du faux au sujet de la toxicité du fusain, un certain nombre d’années s’était écoulé. Par exemple, Matthiole, reprend, à la suite de Théophraste (soit près de 1800 ans plus tard !), la question de la toxicité virulente du fusain sur des animaux comme les chèvres (rappelons, au passage, que l’on ne sait pas vraiment si l’euônymos de Théophraste était bien un fusain ou plutôt un laurier-rose, tout aussi toxique que le fusain, du reste). D’autres auteurs furent du même avis, alors que quelques-uns (citons, entre autres, Linné et Charles de l’Escluse qui, chacun, ne sont pas pourtant la moitié d’un imbécile) restèrent persuadés de l’innocuité du feuillage du fusain brouté par les animaux. Pourtant, depuis le temps de Dodoens, au moins, il est avéré que les fruits du fusain sont émétiques et purgatifs, et donc non exactement dénués d’effets. Ah, mais c’est qu’il s’agit des baies et non des feuilles, excusez-moi du peu, ça fait toute la différence. N’est-ce pas ? Non, pas vraiment. Il se trouve que les fruits du fusain sont donnés comme la partie végétale de ce petit arbuste comme étant la plus toxique, à l’identique avec la digitale pourpre, ce qui ne place pas le fusain dans la cour des enfants sages, mais bien plutôt de ce qui, bouillonnant d’énergie, fait partie du groupe des plus batailleurs. Une énergie qu’il fallait bien juguler si on voulait se concilier les bonnes grâces du fusain. L’usage populaire des fruits du fusain dans les campagnes comme purgatif était, tout de même, accompagné d’émollients comme la tisane de mauve ou de graines de lin. C’est donc bien qu’on avait parfaitement conscience de la propriété irritante de ces fruits sur le tube digestif (de la bouche à l’anus), et parfois sans évacuation. Cette toxicité prenait, lorsque des doses trop fortes avaient été administrées, la forme de coliques, de diarrhées, de vomissements. Syncope et convulsions pouvaient aussi frapper l’infortuné, quand il n’était pas tout bonnement question d’une superpurgation accompagnée, non pas d’une simple irritation, mais d’une violente inflammation du même tube digestif.

Bien que le fusain ne produise pas un important volume de bois, il a été utilisé dans la fabrication de petits objets usuels : cure-dents et lardoires, bobines et aiguilles à tricoter, vis et chevilles de cordonnier, petites cuillères et tuyaux de pipe (passons sur le manque de jugement évident de certaines de ces pratiques eu égard à la toxicité du fusain). « La poudre du bois, soulevée pendant le travail du tour, suffit, dit-on, à provoquer des vomissements chez les ouvriers tourneurs » (4). On n’en attend pas moins de la part de cet arbuste dont le bois n’a pas la réputation de sentir la rose.
Durant tout ce temps où l’on pinailla au sujet de la toxicité du fusain, l’on mit en évidence la présence de principes âcres dans toutes les parties de cette plante, et plus précisément que la biochimie du fusain n’est pas égale tout au long de l’année et que sa virulence est plus marquée au printemps que durant les autres saisons. Selon la partie de la plante considérée, le mode de préparation et d’absorption, elle peut se montrer plus ou moins active, et donc toxique pour l’organisme. Cela établissait enfin ce qui avait été empiriquement constaté des siècles auparavant, pendant lesquels on n’a tout de même pas chômé concernant les propriétés thérapeutiques, bien qu’elles aient été noyées dans la masse de ces prises de bec. C’est, synthétiquement, que nous nous pencherons dessus un peu plus loin. Ce qui est regrettable, c’est la part bien plus importante accordée à ces diatribes (toxique ? pas toxique ? etc. On peut filer jusqu’à la Saint-glinglin comme ça…). Or, le fusain s’est avéré particulièrement actif sur certaines pathologies de la sphère cardiovasculaire, ce qui le rapproche davantage de la digitale. Au temps de Fournier et même avant, on n’aborde pas encore le rôle cardiotonique du fusain (qu’on ignorait de toute manière). On attendra tant et si bien que, de toute façon, la réputation toxique du fusain l’avait déjà emporté depuis longtemps. Trop occupé qu’on était de savoir si le fruit du fusain ressemblait à un bonnet de cardinal ou à des couilles d’ecclésiastique, l’on n’a pas remarqué que, vu sous un certain angle, ce fruit ressemble à un petit cœur stylisé, qui plus est en adopte la couleur… Un détail. Last but not least.

Augure. Cela n’augure rien de bon, dit-on, comme si l’augure était forcément mauvais. Mais, de même qu’il existe de sinistres présages, il en est de bons. Comme les surprises, diraient certains (beaucoup même), bien que dans le sens premier, elles n’aient rien de très agréable, et qu’il serait convenable de désigner par le terme de pléonasme toute mauvaise surprise. Bref. Ne nous égarons pas et gardons bien en tête ce pense-bête qu’est le mot augure. A ce dernier, adjoignons-lui celui-ci : fuseau. Si fusée est de sa famille, fuser ne l’est pas. L’étymologie nous explique que fusain et fuseau seraient apparentés, parce que non seulement on taillait des cure-dents dans du bois de fusain, mais aussi de ces beaucoup plus gros qu’on appelle fuseaux et dont se servirent des générations et des générations de fileuses. Malgré son caractère étranger à la famille du fuseau et du cure-dent (par sa forme, un petit fuseau), gardons non loin de nous le verbe fuser qui nous sera bien utile le temps venu. Ajoutons, en guise d’élément de compréhension que fusain dérive du bas latin fusellus et du latin fusus, qui renvoient, tous les deux, à notre bien nommé fuseau qu’on n’a pas toujours sculpté dans du bois de fusain tant s’en faut, mais qui a conservé le souvenir de cette essence particulière dans son nom. Le fuseau, antérieur au rouet qui le remplace, nous ramène en des temps fort anciens, plus difficiles à appréhender sur l’échelle des temps peut-être aussi… En effet, le fuseau, outil multimillénaire, nous transporte dans l’Antiquité grecque, où la mythologie en fit l’attribut d’une des trois Moires (= les Parques romaines), en l’occurrence Clotho (Lachésis mesure, Atropos coupe). De ces trois figures que sont les Moires, filles de la nécessité irréductible, l’on a dit qu’elles étaient un symbole de mort, ce qui est bien inexact si l’on prend correctement en compte la place symbolique du fuseau qui « est un bâton qui tourne, auquel la fileuse imprime un mouvement uniforme correspondant à la rotation cosmique, et en effet il engendre une nouvelle destinée » (5). Ce premier mouvement, celui de Clotho armée de son fuseau, n’a rien de sinistre : c’est le fil de la vie qu’elle défile, ce qui advient à la suite ne lui appartient pas. Mais avoir taillé des fuseaux dans le bois d’un arbuste toxique doit, bien évidemment, nous interroger. Symbole dual malgré lui, le fuseau rappelle assez bien le keraunos du dieu Zeus, autrement dit le foudre duquel fusent et jaillissent des éclairs qui, selon les perspectives, offrent deux possibilités : illuminer ou carboniser, blanchir ou noircir. Qu’à cela ne tienne, le fusain s’y connaît en charbon : « Le bois de fusain, mis dans un petit canon de fer bien bouché et exposé au feu, donne un charbon tendre qui sert aux dessinateurs de crayon noir pour les esquisses. On fait aussi avec ce même bois du charbon pour la poudre à canon » (6). En quelques lignes, le docteur Cazin synthétise parfaitement ce que sont les statuts symboliques du fusain : un bois qui subit l’épreuve du feu et de très hautes températures pour former des bâtonnets noirs, brûlés et carbonisés, permettant l’esquisse, c’est-à-dire l’ébauche à grands traits vifs et rapides, parfois marquée par un soudain sentiment d’urgence : l’essentiel est là, il pourra grandir par après. Ou pas. Combien d’esquisses sont sacrifiées avant d’atteindre au chef d’œuvre ? C’est pourquoi l’on voit dans le fusain autant la vie que la mort. Après ce caractère nocivement toxique que nous avons bien été obligé de concéder au fusain, parler de ce qu’il peut représenter de vivace pourrait surprendre. Mais rappelons-nous qu’à une chose donnée il n’est jamais qu’une seule lecture possible. C’est comme cette foudre, selon comment on la considère, elle apporte la mort, certes, interprétée comme une volonté divine de destruction. Mais l’on sait aussi qu’avec la foudre peut surgir le tonnerre ainsi que l’orage, porteur, peut-être, de pluies fécondes et salvatrices. La vie dépend nécessairement de la foudre, pas la vie factice de la créature de Frankenstein qu’animent davantage de mauvais penchants que l’éclat censément révélateur. Et ce qui révèle illumine, et vice-versa.
La foudre, nous l’avons dit, est l’apanage du dieu Zeus, romanisé en Jupiter, lequel dernier porte parfois l’épiclèse Taranuco, qui est une annexion d’une divinité celte connue sous le nom de Taranis dont le rapport à l’orage et au tonnerre est très clairement établie (taran en gallois et en breton, toirneach en irlandais, tarann en vieil irlandais, donar en germano-scandinave, tonare en latin, etc.). Taranis est, avec Sucellos, de ces dieux armés qui frappent (ne dit-on pas que la foudre frappe ?), de même que Zeus/Jupiter, d’où l’association entre Jupiter et Taranis, comme nous l’avons vu à travers ce Jovi Taranuco. C’est pourquoi on leur voit assez souvent porter maillet, marteau ou massue. Entre le marteau et l’enclume… c’est être dans une position bien délicate, voire dangereuse. Mais c’est précisément là que jaillissent les étincelles rappelant, miniatures qu’elles sont, les éclairs émanant des sphères célestes, traits zigzaguant jusqu’à frapper la terre. Il doit bien falloir être d’essence divine pour résister à un coup de marteau, et à ceux, humains, qui entraperçoivent ses éclairs, les nerfs bien accrochés. Et en cela, les Celtes furent bien inspirés de tailler dans du bois de fusain l’ogham qui porte justement le nom du tonnerre : Tharan (on l’appelle également Oir). Compte tenu de toute l’eau que nous avons précédemment apportée à notre moulin, nous pouvons affirmer que l’ogham Tharan implique plusieurs axes significatifs :

  • Des événements marqués par leur soudaineté, laquelle peut parfois être violente ; il peut s’agir d’une remise en question, d’une perturbation nécessaire, d’un impérieux changement d’itinéraire dans le cours d’une existence. Tout cela interroge le destin.
  • Mais ces faits inattendus peuvent aussi faire référence à des accidents, des difficultés, des catastrophes, un désastre, c’est-à-dire toute la violence du feu divin qui s’abat sur les êtres et les choses de ce monde-ci. Cette colère, cette agressivité active et martiale, doivent nous alerter : il faut, de façon imminente, s’attendre à devoir combattre ou subir le résultat d’un choc sans précédent contre lequel on ne peut rien, contre lequel il serait bien vain de résister.
  • De cet apparent chaos peuvent néanmoins surgir, de même que l’éclair, l’illumination, la compréhension soudaine, l’ouverture spirituelle, l’intuition affinée, la prise de conscience, un choc dans l’existence, toutes choses qui placent l’individu face à une nouvelle perspective plus conforme à la nécessité d’un changement radical.
    Voilà, peu ou prou, ce que cet ogham taillé dans du bois de fusain a à nous dire lors d’un tirage. On l’associe aisément aux planètes Mars et Uranus et, du côté du tarot de Marseille aux arcanes que sont la roue de fortune, le pendu et la maison-dieu.

L’ogham Tharan tout à fait à droite.

Le fusain, que nous connaissons tous, a bien mérité son adjectif d’europaeus, puisque c’est une espèce propre à l’Europe, même si à quelques occasions il déborde un peu sur l’occident de l’Asie, chose qui lui arrive quand il pousse en plaine, alors que lorsqu’il s’aventure entre 500 et 1500 m d’altitude, on note sa présence dans les seules zones montagneuses européennes.
D’allure malingre et chétive, le fusain, malgré ses six mètres de hauteur parfois, ne peut avoir la prétention d’être un arbre, il est ce que, en botanique, on appelle un arbuste (à bien différencier de l’arbrisseau qui, lui, ne possède pas de tronc).
Selon qu’il prospère à la montagne ou en plaine, le fusain ne se conforme pas de la même manière en ce qui concerne ses rameaux : de section presque quadrangulaire et d’aspect lisse à basse altitude, ils s’arrondissent et arborent une teinte grisâtre en zone montueuse. Dans les deux cas, les feuilles ovales à lancéolées, à pointe courte, restent pétiolées, alternes et finement dentées, abritant au milieu du printemps des inflorescences pédonculées aux fleurs blanchâtres ou verdâtres, portant 4 à 5 pétales, 4 à 5 sépales, 4 à 5 étamines, et dont le désagréable parfum n’est pas, loin de là, l’orgueil du fusain, contrairement à ce qui se déroule une fois l’automne venu où « le fusain se signale à l’attention par la riche parure de ses fruits écarlates qui frappent le regard à grand distance » (7). Lorsqu’on les observe de plus près, ces fruits forment des capsules de 3 à 5 angles, charnues, d’un beau rose, abritant des graines ovoïdes de couleur beige serties dans une pulpe orangée, palette colorée qui tranche résolument avec la floraison mièvre du fusain, spectacle d’autant plus marqué et haut en couleurs si l’on a affaire à la variété « red cascade » (cf. photo ci-dessous).
Commun, le fusain se plaît surtout dans les bois clairs, en lisières de forêts, dans les haies buissonneuses, aux abords des cours d’eau parfois et des pâturages, sur les rocailles, etc., en particulier sur sols profonds et calcaires.

Le fusain en phytothérapie

Afin d’étoffer notre propos, nous inviterons un autre fusain, originaire de la côte est de l’Amérique du Nord, le fusain noir (Euonymus atropurpureus) dont les Amérindiens se servirent en cas d’affections gynécologiques, de plaies, etc. Ce fusain, ainsi que celui qui est dit européen, ne se distinguent qu’à peine sur la question des composants biochimiques qui en constituent l’efficacité thérapeutique.
Toutes les parties de ces fusains se signalent par une odeur nauséeuse. Comme la phytothérapie s’est intéressée aux fruits et semences du fusain, nous pouvons en dire quelques mots : bien appétissants au premier regard, ces fruits contiennent quelques substances aptes à restaurer sinon entretenir la santé comme des sucres (dextrose), de l’albumine, un peu de cire et de résine, une huile végétale (28 à 44 % dans les semences), etc. Mais, malheureusement, cette dernière n’a rien d’alimentaire puisqu’elle provoque nausée, diarrhée et hypertension. Dans les semences, un principe amer côtoie une essence aromatique spéciale rendant effectivement ces graines impropres à la consommation, de même que l’enveloppe charnue qui les protège, puisqu’on y décèle la présence de ce principe âcre qu’est l’évonymine. Ces fruits n’ont donc rien de l’aimable friandise inoffensive. Moins attractive, l’écorce des fusains, que ce soit celle des rameaux ou des racines, affiche elle aussi de cette évonymine, mais également des substances plus anodines (lipides, tanin, sucre, etc.).

Propriétés thérapeutiques

  • Laxatif, purgatif, vomitif, tonique des muscles intestinaux, vermifuge
  • Diurétique, dépuratif (?)
  • Cholagogue
  • Détersif
  • Insecticide
  • Sialagogue

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : constipation, constipation chronique, constipation chronique des insuffisants biliaires, parasitose intestinale (ténia)
  • Troubles de la sphère hépatobiliaire : affections de la vésicule biliaire, affections hépatiques, insuffisance et engorgement hépatique
  • Affections cutanées : eczéma, impétigo, ulcère (sordide, atonique, scorbutique, gangreneux), parasitose cutanée (poux, gale)

Modes d’emploi

  • Infusion des feuilles ou des fruits.
  • Décoction des fruits.
  • Teinture-mère homéopathique élaborée à partir de l’écorce de la racine.
  • Pommade (semences pulvérisées mêlées à de l’axonge).
  • Extrait hydro-alcoolique (= évonymine officinale).

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : l’écorce des rameaux se cueille à l’automne.
  • Toxicité : nous l’avons assez soulignée. Il va sans dire que l’emploi du fusain doit se dérouler sous strict contrôle médical et qu’il est proscrit chez la femme enceinte et celle qui allaite.
  • Le fusain, par ses couleurs automnales chatoyantes trahit l’existence de pigments dans ses tissus : certains d’entre eux furent utilisés pour teindre en rouge carminé les cuirs dit « maroquins ».
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    1. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 427.
    2. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 169.
    3. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 427.
    4. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 429.
    5. Jacques Brosse, Mythologie des arbres, p. 292.
    6. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 427.
    7. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 427.

© Books of Dante – 2018

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L’essence de cédrat (Citrus medica)

Le cédrat est sans doute aucun le plus ancien agrume connu en Europe. Les textes de l’Antiquité grecque relatent l’existence d’un mèlon citrion faisant très probablement référence au citron. L’on croise aussi le mèlon mêdicon, un terme correspondant au cédrat ou pomme de Médie, la Médie étant le territoire des Mèdes situé entre le bassin du fleuve Tigre et la mer Caspienne (soit à l’emplacement de l’actuelle frontière entre l’Iran et l’Irak). L’on pense que cette zone proche-orientale n’aurait été qu’un lieu de transition et non d’origine, le cédrat provenant, très plausiblement, des contreforts himalayens, donc beaucoup plus à l’ouest, comme la plupart des agrumes en réalité, avant de stabuler suffisamment longtemps à partir du VI ème siècle avant J.-C. en Médie pour porter le nom de mèlon mêdicon (façon dont les Grecs appelaient ce fruit, non les Mèdes eux-mêmes). En tous les cas, il est décrit par Théophraste (-377 à -281 avant J.-C.) dans son Histoire des plantes. L’introduction du cédrat est donc contemporaine de ce philosophe ou quelque peu antérieure. Il est plus tardif à parvenir dans le monde romain : si Pline en parle au premier siècle de notre ère dans l’Histoire naturelle, c’est tout juste parce qu’il vient de parvenir en Italie (Calabre, Sicile, Sardaigne, Ligurie) et en Corse. Ce qu’en dit Pline (c’est un fruit antispasmodique et insectifuge) prouve qu’il n’est pas d’introduction toute récente.

Je vous ferai grâce de l’hypothèse (à mon sens farfelue) qui place un cédrat dans le jardin des Hespérides ainsi que dans la main d’Eve dans celui d’Éden (j’ai largement objecté à ce sujet pour qu’il ne soit pas nécessaire d’y revenir). En revanche, on lui voit jouer un grand rôle dans la religion des juifs qui connurent (vraisemblablement au II siècle avant J.-C.) une variété de cédrat particulière qui fut nommée ethrog (c’est le cédrat de Jéricho, fréquemment cultivé à Corfou par exemple). L’on peut dire, sans douter, que c’est l’un des fruits sacrés du judaïsme où « il est utilisé comme offrande à la place du cône de cèdre traditionnel » (1). Sacré au point que certains ont émis une opinion personnelle au sujet du hadar dont on parle dans le Lévitique (XXIII, 40) : il s’agirait du cédrat. En attendant, et afin de poursuivre, appuyons-nous sur des faits tangibles : l’importance du cédrat lors de Souccot (= fête des cabanes, des tentes ou des tabernacles). Quoi d’étonnant alors que, nous l’avons dit, le cédratier est, pour les juifs, un arbre sacré dont le fruit est porté à la main en entrant dans le temple. Mais pour cela, il doit présenter une excroissance (le pittom) à son extrémité : par la présence de cette protubérance sur le fruit, celui-ci est préféré, d’autant que sa charge symbolique s’en trouve grandie, un tel cédrat étant source de fécondité. Souccot, fête des récoltes et des vendanges, de la joie qui marque ce moment également, enjoint à chacun des fidèles de tenir un cédrat dans la main gauche, de le presser au niveau du cœur durant la bénédiction, tandis que de la main droite l’on tient un bouquet (le loulav) « composé d’un rameau de palmier, de myrte et de saule [nda : ou d’olivier]. Ces trois rameaux sont attachés par un lien de coton brun, non traité. Chacune des qualités de ces végétaux sont complémentaires des autres afin de symboliser non seulement la diversité des produits de la terre, mais encore la richesse et l’harmonie qui peuvent précisément naître de la diversité » (2).

Le rôle rituel sacré du cédrat n’est pourtant pas né en Palestine. La racine indo-européenne ak (ayant formé le latin acrumen, « âcre, acerbe, aigre, piquant »… ce que le cédrat, à bon droit, peut se targuer d’être) nous rappelle qu’en ces lointaines terres d’où il provient, il était déjà instrument liturgique et symbolique. Dans l’iconographie indienne, le cédrat apparaît comme un attribut spécifique de Sada-Shiva, afin d’en souligner la puissance créatrice, de même que cet étrange cédrat, celui qu’en Chine on appelle foshou ou « main de Bouddha », figurant le geste de la main de Bouddha (Bhumisparsha mudra). Remarquons qu’en chinois, les sons qui composent le mot foshou signifient longévité (« fo ») et bonheur (« shou ») : c’est ce que souligne la rotondité du cédrat qui, perclus de nombreuses graines, s’apparente à la fertilité du ventre maternel. Enfin, en Chine toujours, le cédrat forme, avec la grenade et la pêche, la triade des trois abondances (ou des trois bénédictions) que sont prospérité, longévité et abondance des descendants.

Chez les Grecs et les Romains, le cédrat ne semble pas avoir été usité dans les mêmes termes. Il est cependant employé par les médecins et par celui à qui l’on voue un culte pour cela, Asclépios, qui, dit-on, dictait lui-même ses prescriptions : « Ainsi, par exemple, un malade du nom d’Apellos, qui souffrait de terribles indigestions, rapporte que le dieu lui prescrivit de manger du pain, du fromage, du céleri et de la laitue, de se baigner sans l’aide d’un serviteur, de prendre de l’exercice au gymnase, de boire du jus de cédrat et de se promener (3). On peut croire que « de se baigner sans l’aide d’un serviteur » est une bien étrange ordonnance. Cependant, l’on trouve ailleurs, comme par exemple dans l’œuvre de Gargilius (Les remèdes tirés des légumes et des fruits, III ème siècle après J.-C.), de bien précieuses informations sur le rôle que jouait le cédrat parmi la matière médicale durant l’Antiquité romaine : « Il n’y a pas une seule et même vertu dans toutes les parties du cédrat. En effet il est évident qu’il y a dans les pépins un pouvoir acide et, à cause de cela, un pouvoir styptique ; par suite, le cédrat, donné à manger à des femmes enceintes souffrant de dégoût de la nourriture, délivre l’estomac de la nausée. Broyé et donné avec du vin, il guérit la rate et s’oppose aux affections du foie ; broyé avec de l’eau, on en répand sur les blessures humides. Il s’ensuit que cette eau procure une protection exceptionnelle contre les engelures aux pieds. On a accordé une matière plus aigre au zeste, qui atteste, par son odeur, combien il est fort. Pris modérément ou plongé assez longtemps dans une boisson chaude, le cédrat assure une bonne digestion. Son jus, mélangé à des médicaments préparés pour purger le ventre, prévient un dérangement ». Ainsi parle Gargilius. C’est bien écrit, limpide dirais-je même, et c’est plaisant. On aimerait trouver, aujourd’hui encore, d’aussi belles lignes au sujet du cédrat dans un livre de phytothérapie. Et profitons-en, parce que du cédrat, point n’en sera fait mention pendant des siècles et des siècles, le citron s’étant immiscé pour finir par occuper toute la place, ne laissant au cédrat que la portion congrue.

Il est prétendu qu’au Moyen-Âge des « opérations magiques » faisaient intervenir le cédrat. Bien que je n’en ai découvert aucune trace, c’est bien possible, et je reste persuadé que le cédrat est d’essence magique. C’est, du moins, tel que je le considère dans un conte de Giambattista Basile intitulé Les trois cédrats (Le tre cetra) : dans le royaume de Tourlongue, un roi se désespère de ce que son fils n’ait cure des intentions placées en lui, à savoir perpétuer une lignée de sang royal. Par ce refus tout net, le fils du roi s’oppose à la volonté paternelle de lui voir prendre femme… « Ce fils indigne, avec un entêtement de vieille mule, une opiniâtreté de tête de bois, une dureté de cuir de chameau de Tartarie, avait figé son corps, bouché ses oreilles, soudé son cœur, et tout le monde battait le rappel en vain car il ne répondait pas » (4). Pourtant, un jour, touché par une sorte de grâce, d’éblouissement même pourrait-on dire, rappelant l’attitude de Perceval qui contemple la fraîcheur rouge du sang d’une oie sur une neige immaculée, le prince se met martel en tête. C’est avec un engagement enragé semblable à celui du Julien du conte de Flaubert que le fils du roi va se jeter à la recherche de la femme qui soit pareille à la vision qu’il a eue d’elle. Mais le prince reste tout autant imperméable aux suppliques de son père qui, face à cette si soudaine marotte, s’effraie des dangers qu’une telle entreprise ne manquera pas de lui faire courir. Ainsi, celui-ci part-il à la découverte du vaste monde, espérant en rapporter l’objet de ses désirs. C’est très, très loin de chez lui que sa quête l’amène à rencontrer successivement trois très vieilles et très laides femmes. Sous les bénédictions des deux premières, encouragé mais un tantinet effrayé cependant, malgré sa peur, il parvient dans l’antre tout aussi terrible de la troisième qui, après avoir attentivement écouté son histoire, lui remet un couteau et trois cédrats, tout en lui enjoignant la marche à suivre : découper un cédrat à l’aide du couteau en fera sortir, conforme en tout point au vœu du prince, la femme qui emplit ses pensées. Cette dernière lui demandera à boire. Aussitôt, le prince devra lui offrir un peu d’eau. Ainsi sont stipulées les recommandations de la vieille. Le prince s’exécute. Peu dégourdi, il ne parvient pas à pourvoir à ce besoin élémentaire une fois, puis une deuxième… A chaque fois, se mouvant avec la lenteur et la grâce d’un rocher, il échoue, à chaque fois la dame-fée du cédrat s’évanouit comme zéphyr de plume… Mais, au bout de la dernière tentative, il est victorieux dans cette délicate entreprise : « Le prince se demandait ce qui lui arrivait en contemplant ce bel accouchement de cédrat, cette belle graine de femme qui avait germé dans un fruit et disait : ‘Comment une chose si blanche a-t-elle pu sortir d’une écorce aussi jaune ? Comment une pâte aussi douce peut-elle être le produit de l’acidité d’un cédrat, comment cette belle plante peut-elle jaillir d’une si petite graine ?’ » (5).
A la dernière interrogation du prince, tout au plus pouvons-nous lui répondre qu’il n’existe pas plus petite plante que la graine qui la génère. A propos de la deuxième interrogation, si Basile avait été Corse et non Napolitain, il n’aurait pu placer telle exclamation dans la bouche du prince, puisque la pulpe du cédrat corse, loin d’être acide, est tout à fait douce. Enfin, au sujet de cette première interrogation – « Comment une chose aussi blanche a-t-elle pu sortir d’une écorce aussi jaune ? » –, il faut, peut-être, lorgner du côté de l’alchimie pour en comprendre quelque peu la teneur. L’on entend plus fréquemment parler d’œuvres au noir (nigredo), au rouge (rubedo) et au blanc (albedo), mais beaucoup moins de l’œuvre au jaune, le flavedo (du latin flavus, « jaune »). Le flavedo, dans un citron ou un cédrat, c’est aussi la couche la plus extérieure du mésocarpe, alors que l’albedo est celle qui est le plus à l’intérieur de ce même mésocarpe. Or, dans l’œuvre alchimique, les quatre étapes sont ainsi fixées : noir > blanc > jaune > rouge. En découpant le zeste jaune du cédrat, le prince découvre un albedo blanchâtre, mais c’est comme s’il effectuait les étapes à rebours. C’est d’autant plus marquant que, dans la suite du conte, on peut distinguer un « nigredo », marqué par les maîtres mots de « mort et dissolution » : en effet, la jeune femme issue du cédrat, qui se trouve en danger de mort, finit par périr non sans avoir été métamorphosée en colombe, avant de renaître de ses cendres, sinon de ses plumes. Quant au rubedo, peut-être se dissimule-t-il dans le sang frais qui anime celui du prince au presque tout début de l’histoire…

Par ailleurs, en dehors de toute considération alchimique, le cédrat serait-il marqué du sceau de Vénus ? (La déesse ne figure-t-elle pas aussi à travers cette colombe ?) C’est ce que le conte de Basile semble suggérer. S’il apparaît moins érotique que génésique, le cédrat, dans ce conte, se rapproche du myrte, plante éminemment vénusienne et bien établie comme tel, qu’utilise Basile dans un autre conte afin d’en faire émerger la plus belle fille que toute mère, en la mettant au monde, chérirait comme les précieuses prunelles de ses yeux.

Si le cédrat a un message à délivrer, ce peut être celui-ci : ne pas, comme le prince, conserver trop longtemps son cœur « soudé » sur  un « amour muet qui ne mène jamais à rien », pour emprunter à Andersen. Tout au contraire, je pense que le cédrat, sous sa forme éthérée, cherche à nous apprendre « qu’il faut hardiment exprimer sa pensée », en particulier dans le domaine amoureux (6).

D’apparence frêle, de modeste stature (4 à 5 m au grand maximum), le cédratier possède un feuillage peu dense qui laisse apercevoir des rameaux assez souvent réclinés, portant d’épaisses épines acérées, ainsi qu’un coloris tirant sur le pourpre lorsqu’ils sont encore jeunes. Les feuilles du cédratier sont aisément reconnaissables : de forme plus ou moins ovale, et possédant un bref pétiole, elles sont, en revanche, ni articulées ni ailées comme celles du citronnier. Quant aux fleurs, groupées par paquets à l’extrémité des rameaux, lorsqu’elles sont encore à l’état de boutons, elles sont lavées de pourpre, couleur qu’elles abandonnent la plupart du temps lorsque les pétales se déploient. Mais il arrive que ces fleurs, même épanouies, demeurent intégralement purpurines. Quant au cédrat, monstrueux citron, il peut atteindre une longueur de 25 cm pour un poids de 4 kg. Malgré ce gigantisme, il est peu abondant en pulpe ainsi qu’en jus, son « écorce » très épaisse, rugueuse et grumeleuse, occupant la plus grande part de son volume.

L’essence de cédrat en aromathérapie

Pour être précis, indiquons que le cédrat qui fait l’objet d’un emploi dans cette pratique qu’est l’aromathérapie est Citrus medica var. medica (il existe d’autres variétés de cédrats qui se distinguent nettement de celui dont il est ici question). L’essence de cédrat est loin d’être aussi connue que celle de son homologue également tout jaune qu’est le citron. Il faut dire que le cédratier est un arbre sensible aussi bien aux trop grands froids comme aux excessives chaleurs, ce qui minimise, du moins en Europe, son aire de culture qui se réserve à la Grèce (Crète, Péloponnèse), à l’Italie méridionale ainsi qu’à la Corse. Le citron, lui, hormis offrir l’essence contenue dans ses poches schizolygènes, se prête à l’extraction d’un jus abondant, et des emplois très étendus dans le domaine gastro-alimentaire. Ce qui n’est pas le cas du cédrat dont la pulpe est avare en jus, non comestible à l’état cru, seule sa « peau » (le péricarpe) s’utilise en cuisine (zeste) ou plus largement dans l’industrie du fruit confit, mais cela reste, à côté du citron, très limité, anecdotique pourrions-nous dire. De plus, d’autres raisons désobligeantes expliquent cette désaffection du cédrat au large profit du citron : « Les difficultés d’extraction mécanique de l’huile essentielle dues au relief tourmenté de l’écorce du fruit. Le rendement en huile essentielle plutôt faible [nda : 0,3 à 0,5 %], lié à la grande taille des fruits. En effet, la teneur en huile essentielle est fonction de la surface du fruit et le rapport surface/poids diminue avec le poids. [Enfin], il ne se prête pas à des exploitations industrielles » (7).
Quoi qu’il en soit, l’on trouve sur le marché, bien que rarement, de l’essence de cédrat obtenue par expression mécanique, puis centrifugation. De couleur jaune pâle (comme celle de citron), cette essence peut également verdir. Son parfum, qui se rapproche de celui du citron, est beaucoup moins abrupt, plus fin, plus chaleureux, différence nettement marquée que l’on doit au fait que l’essence de cédrat se distingue de celle de citron d’un point de vue moléculaire. Alors qu’en général l’essence de citron se compose facilement de 95 % de monoterpènes (dont 75 % de limonène, mais aussi α-pinène, α-bergamotène, γ-terpinène, etc.), dans l’essence de cédrat, ces molécules sont moins massivement nombreuses (isolimonène + limonène = 60 %). Notons au passage que les essences de cédrat en provenance du Brésil sont beaucoup plus riches en limonène, en contenant 90 % et parfois davantage.
La distinction s’observe au niveau des aldéhydes, et précisément les mêmes qui caractérisent l’huile essentielle de petit grain combava, c’est-à-dire les citrals (= néral et géranial), présents à hauteur de 20 à 25 % dans l’essence de cédrat. Grosso modo, on peut établir l’équation suivante : essence de citron + huile essentielle de petit grain combava = essence de cédrat. A une communauté olfactive et biochimique, il faut ajouter un dernier petit zeste : la présence de furocoumarines dans l’essence de cédrat, rutacée oblige !

Propriétés thérapeutiques

Elles sont très proches de celles des deux produits qu’offrent le citron et le combava, à savoir :

  • Apéritive, digestive, stomachique, antinauséeuse, antivomitive, régulatrice de l’appétit
  • Anti-infectieuse : antibactérienne à large spectre d’action, antifongique, antiseptique atmosphérique
  • Sédative du système nerveux central, hypnotique légère, antispasmodique
  • Expectorante, décongestionnante pulmonaire
  • Insectifuge

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : inappétence, digestion lente et/ou difficile, dyspepsie, flatulences, vomissement, nausée, mal des transports
  • Troubles de la sphère respiratoire + ORL : congestion nasale, congestion pulmonaire, bronchite, angine, maux de gorge
  • Troubles locomoteurs : arthrite, rhumatismes
  • Troubles du système nerveux : insomnie, difficulté d’endormissement, stress, nervosité, anxiété, déprime, asthénie intellectuelle et nerveuse
  • Repousser les insectes (mouches, moustiques)

Note : cette essence aromatique possède probablement des vertus intéressantes sur des affections circulatoires, hépatobiliaires et bucco-dentaires, qui exigent cependant d’être confirmées par l’expérience.

Modes d’emploi

  • Diffusion atmosphérique.
  • Olfaction, inhalation.
  • Voie orale.
  • Voie cutanée diluée.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Phototoxicité : les furocoumarines présentes dans l’essence de cédrat obligent aux mêmes précautions qu’avec toutes les autres essences : pas d’exposition au soleil immédiate après ingestion et/ou application cutanée.
  • Alimentation : une variété du cédrat (Citrus medica var. limonum) est utilisée pour son écorce parfumée en cuisine. Elle aromatise agréablement le thé à la menthe comme c’est le cas au Maroc : on frotte le sucre à l’aide d’une écorce de cédrat fraîche. Il peut être confit (l’écorce seule ou le cédrat dans son entier), être utilisé pour fabriquer une pâte de cédrat, des confitures, des eaux-de-vie, des liqueurs (cf. la cédratine corse), etc.
  • Autres variétés : Citrus medica var. ethrog, Citrus medica var. sarcodactylis. Nous avons évoqué l’une et l’autre plus haut : la première, c’est le cédrat de la religion hébraïque, la seconde n’est autre que cette curieuse main de Bouddha.
    _______________
    1. Michel Faucon, Traité d’aromathérapie scientifique et médicale, p. 460.
    2. Claudine Brelet, Médecines du monde, p. 234.
    3. Guy Ducourthial, Flore magique et astrologique de l’Antiquité, p. 68.
    4. Giambattista Basile, Le conte des contes, pp. 109-110.
    5. Ibidem, p. 114.
    6. Hans Christian Andersen, Contes – Sous le saule, p. 193 et p. 208.
    7. Extrait issu de cet article internet : Le cédrat méditerranéen et le cédrat de Corse.

© Books of Dante – 2018

L’huile essentielle de cataire (Nepeta cataria)

Synonymes : chataire, herbe aux chats, menthe des chats.

Assez souvent, dans l’histoire de la phytothérapie, dès lors qu’il s’agit de comparer l’action de tel ou tel simple d’un pays à l’autre, on jette un coup d’œil par-dessus la frontière et, parfois, n’en croyant pas ses yeux, on s’efforce de les frotter afin de s’assurer qu’on voit bien ce que l’on voit, qu’on ne rêve pas : et là, soit on éclate de rire ou bien l’on dénigre ce voisin avec tous le fiel dont on est capable, ce voisin, qui, décidément, a tout du barbare. L’histoire regorge d’exemples de ce type : prenez ce truculent feuilleton historique au sujet du mal français, alias mal de Naples, etc. Qu’une université de médecine tire à boulets rouges sur sa voisine n’a rien d’exceptionnel : l’on se rappelle de la manière dont l’école de médecine de Montpellier se gaussa ouvertement de celle de Salerne. Tout cela favorise l’émergence de panoramas thérapeutiques qui, si l’on sait qu’ils évoluent d’une période à la suivante, peuvent aussi, dans le même temps, s’opposer rigoureusement d’une sphère d’influence géographique/politique/culturelle/etc. à une autre, comme si un simple donné fonctionnait dans tel pays mais devenait totalement inopérant dans tel autre pourtant distant de quelques kilomètres seulement. Vous imaginez bien qu’une plante médicinale x ou y ne s’arrête pas d’agir une fois passée telle ou telle frontière, mais la manière dont on la traite alors dit toute l’étendue de la façon dont les hommes se considèrent les uns les autres, se toisent, s’agonissent de tel ou tel nom d’oiseau de part et d’autre. Avec la cataire, rien de tout cela n’a eu lieu, puisque si l’on considère ses divers noms vernaculaires, on prend conscience de l’amplitude de l’unanimité qui a concerné cette plante :

  • en allemand : katzenminze = menthe de chat,
  • en anglais : catmint = menthe de chat,
  • en italien : gattoiala = chatière,
  • en français : menthe de chat, chataire (déformation de chatière ?)

Tout cela pour bien marquer que le chat (en général) en pince (pincer = to nip en anglais, qu’on retrouve dans un autre nom vernaculaire anglais : catnip) pour la cataire, alias Nepeta cataria, « chat » expliquant donc cet adjectif latin qu’est cataria, mais ne disant bien évidemment rien du tout au sujet de ce nepeta qui « était, chez les anciens Latins, le nom de diverses labiées odorantes ; il semble dériver de Nepet, ville d’Étrurie, aujourd’hui Nepi, à quelque 40 km au nord de Rome » (1). Nepi. Cette petite ville de 10000 habitants, anciennement Nepet ou Nepetum, semble devoir son nom aux cultures qu’y menèrent les Romains de l’Antiquité : l’histoire nous dit qu’en ces lieux les Romains cultivaient la plante qu’ils nommaient nepeta, un mot qui n’est malheureusement pas propre qu’à une seule plante mais à plusieurs. Nepeta est, hélas, un nom fourre-tout, Grecs et Romains ne parvinrent pas à établir le distinguo entre les diverses espèces de menthes et de calaments, produisant une salade russe qui perdura longtemps, puisqu’au Moyen-Âge, la cataire était encore indifféremment confondue avec mélisse, menthe(s) et calament(s), sans doute en raison de la proximité thérapeutique qui existe entre ces différentes plantes (affections communes commandées par des vertus vulnéraires, digestives et calmantes). C’est pourquoi, lorsqu’on voit le mot nepeta dans les textes antiques il ne faut pas s’alarmer : il peut aussi bien s’agir de la cataire (je suis très moyennement convaincu…) que du calament, alias Calamintha nepeta (beaucoup plus probable). Ce « nepeta », qui est chez l’un le nom, devient l’adjectif chez l’autre ! Mais chez Pline, il n’existe aucune de ces distinctions. Tout ce que l’on nous dit c’est qu’un « nepeta » était placé sous soi avant de dormir afin d’éloigner les serpents puisqu’ils fuient devant sa fumée et son odeur. Même chose du côté de Dioscoride qui présente trois sortes de kalaminthê dont une est dite « nepeta ». Insérée entre la menthe et le thym, pas de doute qu’il s’agit là d’une plante de la famille des Lamiacées. Mais ce qu’en dit Dioscoride suffit-il pour faire de cette plante la cataire, qui « est semblable au pouliot, plus grande toutefois, et pour cela d’aucuns l’ont appelée pouliot sauvage, pour lui ressembler en odeur. Les Latins appellent ce calament nepeta » (2). Semblable au pouliot, en possédant une odeur proche… On n’est quand même pas dans le même domaine qu’avec la cataire, où alors peut-être avec celle qu’on dit de parfum mentholé et fétide… Ce qui complique très nettement nos affaires : on peut penser qu’avec les Apiacées ex. Ombellifères c’est compliqué, avec les Lamiacées, c’est bien pis : quand on n’en sait rien, hormis affirmer que « ça » sent le citron ou la menthe, on n’est pas plus avancé. Quand Serenus Sammonicus explique que la cataire permet de faire venir les règles, que croire : sa vertu emménagogue (qui est bien réelle) ou bien que cette cataire n’en soit pas une ?… De même, plus récemment (enfin, ça remonte tout de même aux VIII-IX ème siècles) : du fait de la présence d’une plante nommée Nepta dans le Capitulaire de Villis, on en conclut qu’il s’agit là de l’herbe aux chats, ce qui fait que, de facto, on l’imagine être largement cultivée dans les jardins de l’empire carolingien d’alors. Voilà. Après avoir élaboré en son esprit une vision de la plante non loin de Rome, la voilà-t-elle pas à proximité d’Aix-la-Chapelle maintenant !… Avec Walahfrid Strabo, il ne nous est guère davantage autorisé à visualiser une cataire avec ce qu’il nous dit de la plante qu’il décrit et à qui il attribue ce nom : cette plante qui « dispense au loin une fort suave odeur » est surtout vulnéraire et cicatrisante. « Elle redonne à la peau son originelle blancheur, et sur les plaies même récentes, elle fait repousser les poils qu’arrachèrent les crevasses du mal, que dévorèrent le pus et l’infection » (3). De la poésie qui, par souci d’esthétisme, condamne certaines informations plus cruciales, botaniques et morphologiques, par exemple. Au XVI ème siècle, bien que la médecine européenne biberonne encore à des prescriptions vieilles de plus de 1500 ans, il se trouve quand même quelques praticiens comme Tabernaemontanus pour prétendre que la cataire agirait sur le foie (ictère) et sur la toux, même opiniâtre. Après quoi l’on voit, au XVIII ème siècle, le Dictionnaire de Trévoux se fendre de quelques lignes au sujet de l’herbe aux chats : cette plante apéritive est aussi apte à abattre les vapeurs, comme ils disaient dans ces anciens temps. Qu’est-ce que cela veut dire qu’abattre les vapeurs ? Cela fait référence au fait de réduire à néant une émanation : on connaît l’expression « avoir ses vapeurs ». Cela concernait les personnes sujettes aux malaises, vertiges et évanouissements, manifestations que l’on plaçait, à l’origine, dans les bouffées de chaleur qui affligeaient les représentantes du beau sexe souffrant de névropathie, de « névrose hypocondriaque », voire même d’« hystérie ». Voilà, le vilain mot est lâché. Dans le langage courant, l’hystérique, une femme le plus souvent, est une personne en proie au délire, à la folie. Ainsi, de cet unique point de vue, l’hystérique est celui qui fait une crise de nerfs, et une hystérique a forcément ses chaleurs, ses vapeurs. L’hystérie semble donc bien être un mal typiquement féminin, en particulier parce que ce mot est forgé sur la base du grec ancien, hysteros, hystera, autrement dit la « matrice », voire de l’indo-européen udero, « ventre ». Ce lien entre l’utérus et l’hystérie ayant été établi, l’on en déduisit qu’en calmant l’utérus, l’on assagirait cette manifestation qu’est l’hystérie. Cela a parfaitement fonctionné avec la cataire qui, par ses propriétés sédatives et calmantes, apaise l’anxiété, ce que d’aucuns parmi les Anciens appelèrent nervosisme : la cataire abat donc les vapeurs puisqu’elle les refoule au sein de l’organisme qui les suscite, c’est-à-dire l’utérus. Pur fantasme, bien évidemment, de même que celui qui prévalut durant fort longtemps, à savoir que l’utérus était un organe mobile pouvant se déplacer au sein du corps de la femme selon son bon plaisir et presque indépendamment d’elle. L’action de la cataire portée sur « l’hystérie » féminine a permis de prendre conscience de l’action stimulante de cette plante sur l’appareil génital féminin (Gilibert 1796, Chaumeton 1814), et même de lui voir jouer un rôle propice sur la fécondité (dernier point à vérifier).
La cataire est donc une plante qui étouffe les vapeurs féminines dans l’œuf, nous dit-on. Du moins est-ce l’écho qui émane des siècles qui nous précèdent. Ici elle calme, là elle excite : il n’est qu’à considérer la manière dont la plupart des chats se comportent à son contact pour bien prendre conscience qu’elle n’a pas usurpé son nom de cataire ainsi que son parentage avec la valériane officinale, autre excitant félin bien connu, alors que la cataire a aussi un pouvoir répulsif sur le rat. Cazin expliquait qu’on utilisait de son temps la cataire pour détourner des ruches les rats qui sont très friands de miel. « Les chats, au contraire, la recherchent avec passion ; ils se vautrent dessus, la dévorent, l’arrosent de leur urine : elle est pour eux très aphrodisiaque et leur cause l’hystérie » (4). Encore ce bon vieux lien entre appareil génital féminin et hystérie, bien sûr. A la différence que la cataire agit tant sur les femelles que sur les mâles dont certains n’aspergent pas seulement la plante de leur urine mais aussi de leur sperme. C’est l’un des constituants aromatiques de la cataire qui jouerait le même rôle que les phéromones.
Résumons : la cataire calme la femme frénétique, rend frénétique le chat, que ce soit madame ou monsieur. Et qu’en est-il de l’homme dans tout cela ? Quel effet spécial la cataire peut-elle bien avoir sur lui ? Eh bien, j’ai déniché un truc allant dans le sens qui nous intéresse. Le voici, in extenso : on « rapporte une très curieuse anecdote qui serait de nature à faire supposer d’autres propriétés très singulières à la cataire. Un médecin suisse du XVII ème siècle, dans un livre sur les eaux minérales, dit avoir connu un bourreau, dont la notoriété était très étendue, qui par suite d’un sentiment naturel de pitié ou par « faiblesse de cœur », n’aurait pu exécuter un malfaiteur sans avoir au préalable un peu mâché et gardé sous la langue de la racine de cataire, grâce à quoi, instantanément, il était saisi de fureur et devenait sanguinaire. Il semble donc […] que la racine de cataire possède une action analogue à celle de la fausse oronge et de sa muscarine, encore actuellement [en 1947] employée en Sibérie de façon analogue et utilisée jadis dans les pays nordiques pour faire naître la « fureur brutale et guerrière » (mot à mot la rage d’ours) » (5). Eh ben… C’est nettement moins rigolo que de regarder un chat devenir tout fou-fou en boulottant cette plante… ^_^

Mais quel est donc la plante qui est capable d’autant de prodiges ? La cataire est peu difficile, inutile, donc, de l’aller chercher dans des endroits farfelus comme si l’on partait en quête de l’ultime edelweiss. Parce qu’elle est dite rudérale et compagnon, on la croise de préférence non loin des activités humaines, récentes comme plus anciennes : on la rencontre assez massivement en Haute-Provence, dans l’Aveyron, en Normandie ainsi qu’en Limagne, en des lieux qui apparaissent être les vestiges d’anciennes cultures à destination du marché des plantes médicinales. C’est cela qui explique, en partie, son existence dans tous ces lieux fréquentés par l’homme, à un moment ou à un autre : lieux incultes, le long des chemins, fossés, haies et clôtures, sur sols secs, sablonneux, pierreux et ensoleillés. A cela, ajoutons les décombres, les ruines et les cimetières (autres lieux de décombres), les friches, le pied des vieux murs, etc., et le tour complet sera joué. Cela, partout en France, sauf si vous êtes montagnard(e) (1500 m et plus), méditerranéen(ne) ou solognot(e).
La cataire, lamiacée vivace aux tiges quadrangulaires, atteint parfois la respectable hauteur d’un mètre. D’aspect poilu – pubescent disent les dictionnaires distingués, la cataire est effectivement velue à plus d’un titre : des tiges rameuses portent des feuilles dont la forme rappelle assez celles de l’ortie : oui, elles sont pétiolées, dentées, plus ou moins ovales, d’une longueur comprise entre 3 et 7 cm et, chose absente chez l’ortie, le feuillage de la cataire semble comme poussiéreux, surtout sur la face inférieure. Bref. Au milieu de tout cela, au sommet de la tige ou presque, entre juin et septembre, l’on voit, verticillées par paquets de quelques-unes, de petites fleurs blanches ponctuées de rouge framboise foncé (vous voyez, là ?), mêlées à de plus petites feuilles, ce qui est complètement fou, ça ! Comment tu l’expliques ? Eh bien, si jamais tu places de très grosses et grandes feuilles au niveau des verticilles floraux, tu emmerdes plus ou moins les gros bourdons, les tites nabeilles et consorts qui, de fait, ne peuvent plus accéder au cœur central de la fleur. Alors que si tu dégarnis le bas de la tige de ses feuilles les plus longues qui chatouillent généralement la truffe de l’un des 600000 renards qui ne se fait pas flinguer annuellement dans ce « magnifique » pays qu’est la France (respirez !), eh bien tu affaiblis les défenses de la plante qui, bien qu’elle ressemble par certains de ses aspects à une ortie, n’en est pas une pour autant.

La cataire en phyto-aromathérapie

Les qualificatifs ne manquent pas pour décrire fidèlement le parfum de la cataire : citronné, mentholé, fétide, etc. Cette odeur forte, qui s’additionne à une saveur peu agréable, dite âcre et amère, s’explique bien évidemment par la présence d’une petite fraction d’une huile volatile (environ 0,3 %) dans cette plante. Si les avis sont si différents au sujet de l’odeur que propage cette plante, c’est parce qu’elle se présente sous deux spécificités biochimiques qui font douter qu’elle soit bien la seule et même plante à les produire. Le premier de ces chémotypes s’oriente en direction des monoterpénols (environ 75 % : géraniol, nérol, citronnellol), auxquels s’ajoutent des aldéhydes terpéniques (5 à 10 % : géranial, citral, irodial), des sesquiterpènes (8 % : β-caryophyllène), des esters (acétate de linalyle). De l’autre bord, on a affaire à une huile essentielle assez étrange dans laquelle on trouve essentiellement une molécule du nom de népétalactone, qu’accompagnent vraisemblablement du menthol et de l’acétate de menthyle. Ce qui explique que, d’une part l’on trouve à cette huile essentielle un parfum citronné, d’autre part mentholé. Ce sont donc bien deux produits différents comme l’atteste la densité de chacun : 0,89 pour l’huile essentielle CT monoterpénols contre 1,03 pour l’huile essentielle CT lactone. Il est donc bien évident que l’action de ces deux huiles essentielles (on trouve plus fréquemment la première dans le commerce) va être fort différente. Ce que nous ne manquerons pas de préciser, tout autant que les propriétés de la cataire en phytothérapie (dont on utilise les sommités fleuries).

Propriétés thérapeutiques

  • En phytothérapie :
    – digestive, stomachique, carminative
    – expectorante, anticatarrhale, pectorale
    – antispasmodique, sédative
    – sudorifique, fébrifuge
    – analgésique
    – emménagogue
    – sialagogue
  • En aromathérapie :
    – HE CT monoterpénols : calmante, sédative, anxiolytique, immunostimulante puissante, antivirale, antalgique, anti-inflammatoire
    – HE CT lactone : mucolytique, hépatostimulante, immunostimulante, insectifuge

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère respiratoire : toux, toux quinteuse, toux coquelucheuse, coqueluche, catarrhe bronchique chronique, en général tous les autres spasmes des voies respiratoires, hoquet, hoquet persistant, bronchite chronique, rhume
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : spasmes des voies digestives, gastralgie, atonie gastrique, dyspepsie non inflammatoire, colique, dysenterie, indigestion, maux de tête d’origine digestive, flatulences
  • Troubles locomoteurs : rhumatismes, arthrite, faiblesse musculaire
  • Troubles de la sphère gynécologique : aménorrhée spasmodique, aménorrhée asthénique
  • Troubles de la sphère hépatobiliaire : ictère, lithiase biliaire
  • Hémorroïdes
  • Névralgie dentaire
  • Affections cutanées d’origine virale (zona, herpès) et fongique (mycoses cutanées)
  • Repousser la dépression, la nervosité, l’anxiété, éteindre l’insomnie
  • Repousser… le cafard et les moustiques

Modes d’emploi

  • Infusion aqueuse ou vineuse des sommités fleuries.
  • Macération vineuse de sommités fleuries.
  • Alcoolature de sommités fleuries.
  • Teinture-mère.
  • Huiles essentielles : on peut réserver l’usage de ces deux huiles essentielles pour la diffusion atmosphérique, l’olfaction, l’inhalation et la voie cutanée. Seule l’huile essentielle de cataire à monoterpénols peut faire l’objet d’un emploi par voie interne.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : dès l’apparition des fleurs, il est possible de procéder à la cueillette des sommités fleuries de cataire, généralement au mois de juillet. Séchage et conservation requièrent les même soins que pour la mélisse officinale.
  • Association : ses propriétés, qu’on dit équivalentes à celles de la valériane officinale, peuvent s’allier avec d’autres plantes qui combattent sur le même terrain que la cataire : l’hysope officinale, le lierre terrestre, le marrube blanc, la ballote fétide. Cela vaut surtout pour les affections des voies respiratoires et digestives.
  • Autres espèces : Nepeta racemosa, Nepeta sibirica, etc.
    _______________
    1. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 224.
    2. Dioscoride, Materia medica, Livre III, chapitre 35.
    3. Walahfrid Strabo, Hortulus, p. 46.
    4. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 243.
    5. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 225.

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L’huile essentielle de buplèvre ligneux (Bupleurum fruticosum)

Synonymes : seseli d’Éthiopie, lou cabrinu (Sardaigne), lengo de catt (Hérault), cachebugade (Narbonnais), baladre, matabou (Catalogne), albitru muntanacciu (Corse).

Cet étrange nom de buplèvre, nous le devons à Pitton de Tournefort qui établit en 1694 son nom latin – bupleurum – pour désigner cette plante, terme issu du grec boupleuron dans lequel la première syllabe fait référence au bœuf, et les deux dernières à la forme des feuilles de certaines espèces qui prennent l’aspect d’une côte. Bupleurum équivaut, littéralement, à « côte de bœuf ».

Hippocrate, dit-on, évoque un « bupreste », mais le seul bupreste que je connais est un insecte parasite qui s’attaque à des arbres comme le chêne et le thuya. En revanche, il semble avéré que le buplèvre qu’évoque Théophraste est le buplèvre à feuilles rondes (B. rotundifolium), une bien étrange créature. Bien plus tard, Pline fait mention de divers usages de buplèvres médicinaux, avant que ces plantes soient complètement oubliées durant des centaines d’années, jusqu’à ce que Jean Camerarius remette la main dessus au XVI ème siècle : à nouveau, l’on lève le voile sur le buplèvre. Nous sommes à la Re-naissance, faut-il dire. On s’empara donc un peu des buplèvres, en particulier de celui à feuilles rondes et celui dit « en faux » (B. falcatum). Le condensé de ce que dirent différents auteurs au sujet de ces deux plantes permet d’établir, qu’en terme de propriétés, ils étaient astringents, vulnéraires, analgésiques, anti-inflammatoires, sudorifiques et fébrifuges. Cazin, de même que Botan, évoque ces deux plantes. Son constat est sans appel : « Les éloges prodigués au buplèvre sont réduits à bien peu de choses au creuset de l’expérience. Linné l’avait déjà jugée infidèle et superflue ». Un peu plus loin, il assomme le second buplèvre, B. falcatum : « Ses vertus sont tout aussi illusoires que celles du B. rotundifolium. » (1).
Pourtant, bien avant lui, il est question du caractère thérapeutique affirmé des buplèvres : l’odeur forte du feuillage en détourne le bétail et la racine est jugée « narcotique » pour les poissons. Face à une telle activité, il est difficile d’estimer les buplèvres sans action. Aujourd’hui, force est de reconnaître que le « creuset de l’expérience » a permis d’allouer au B. falcatum des propriétés propres à faire pâlir Cazin lui-même : anti-inflammatoire, antinévralgique, détoxifiant, antibactérien, anti-ulcéreux, inducteur d’apoptose. Ce que l’on appelle une plante « inactive »… (Nous verrons, qu’avec le buplèvre ligneux et son huile essentielle, il en va de même, partageant avec le buplèvre en faux bien des vertus médicinales intéressantes et précieuses.)

Comment ne pas reconnaître le buplèvre ligneux ? En France, c’est le seul représentant de la famille des Apiacées possédant un port arbustif. Il est plus convenable de le qualifier d’arbrisseau, atteignant facilement 2 à 2,5 m de hauteur au maximum. Il se distingue par deux autres caractéristiques morphologiques : ses feuilles et ses fleurs.
Dense, semper virens, dégageant une forte odeur aromatique au froissement, le feuillage du buplèvre ligneux se compose de feuilles alternes de 3 à 7 cm de longueur, aux faces supérieures brillantes et inférieures vert terne. Coriaces, lancéolées, à la nervure centrale bien prononcée, les feuilles du buplèvre ligneux s’apparentent assez à celles du laurier noble : eh oui, le feuillage des Apiacées est généralement denté, découpé, lobé ; ici, les limbes entiers du buplèvre séparent cette espèce de la plupart des autres figurants de cette famille botanique. De plus, alors que la très grande majorité des Apiacées possède des feuilles nettement pétiolées, les feuilles du buplèvre ligneux sont sessiles ou embrassantes : tout pour bien se faire remarquer. Des ombelles surmontent cette architecture végétale. 5 à 25 rayons assez courts exposent du mois de mai à celui de septembre des fleurs jaunes, mais surtout jaune verdâtre sans pétales. Pour seule possession, on leur voit porter cinq sépales rikiki. Cela n’empêche pas le buplèvre ligneux de former de doubles akènes « à cinq côtes ailées » de 7 ou 8 mm de longueur, semences rivalisant avec celles du fenouil ou du cumin sur les tables sardes.
Ce sont les sols calcaires qui abritent essentiellement le buplèvre ligneux, qu’il se situe en France (Provence, Aquitaine, Corse) ou ailleurs (Portugal, Espagne, Italie, etc.), tant qu’il trouve un terrain à sa mesure : garrigue, maquis, coteaux secs et arides, etc.

Le buplèvre ligneux en aromathérapie

Certains prétendent que de cette huile essentielle l’on parle peu parce qu’elle est rare (et donc chère par voie de conséquence). Depuis qu’en Provence (par exemple), les boulangers ne se servent (presque) plus de ses rameaux comme bois d’allumage des fours à pain, la population des buplèvres méridionaux a fortement augmenté, ce qui fait de cette plante une espèce commune et fréquente aujourd’hui. Or, comme le buplèvre n’est pas rare, son huile essentielle ne devrait pas afficher des tarifs prohibitifs. Eh bien… Hum… Pour avoir relevé les prix affichés sur une dizaine de sites internet qui vendent cette huile essentielle (sites français et suisses), on tourne, en moyenne, à une trentaine d’euros pour un flacon de 10 ml, ce qui est parfaitement aberrant !
Non, le buplèvre est peu connu parce qu’une foultitude de sites – qui s’octroient le droit de procéder au copier-coller – proposent à la lecture du visiteur des informations émaillées d’approximations souvent, d’inepties parfois. On comprend dès lors pourquoi et comment le buplèvre se cantonne à l’anonymat. Mais grâce aux informations qui vont maintenant suivre, j’espère qu’il ne se maintiendra pas trop longtemps dans cette posture.
Au buplèvre, l’on fait subir une distillation à la vapeur d’eau et à basse pression. Dans l’alambic, l’on entrepose différentes fractions végétales (semences, feuilles ou sommités fleuries) qui produisent chacune une huile essentielle spécifique. Nous nous attarderons uniquement sur la dernière des trois, produit transparent, clair, très fluide, à la composition biochimique fort variable selon la localisation géographique où pousse tel ou tel buplèvre ligneux. Ces quelques données permettent de bien mettre en évidence des chémotypes évidents :

Dans tous les cas, on remarque de fortes proportions de monoterpènes (de 56 à 85 %). Deux chémotypes se distinguent :

  • huile essentielle portugaise : CT pinènes
  • huiles essentielles italienne, sarde et corse : CT β-phellandrène

C’est sur l’huile essentielle provenant de Corse que nous avons jeter notre dévolu. Elle contient jusqu’à 87,50 % de monoterpènes et un peu de cétones (cryptone : 2 %).

Propriétés thérapeutiques

  • Anti-infectieuse : antifongique majeure, antivirale (on doit ces deux activités au β-phellandrène)
  • Expectorante, mucolytique, anti-asthmatique
  • Digestive, détoxifiante intestinale
  • Tonique, stimulante, positivante
  • Anti-inflammatoire, antirhumatismale
  • Antispasmodique
  • Diurétique
  • Emménagogue

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère respiratoire : toux, toux opiniâtre, gêne respiratoire, bronchite, pneumonie, asthme
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : inappétence, indigestion, diarrhée, constipation, ulcère gastrique et/ou intestinal, infection des voies digestives
  • Troubles de la sphère gynécologique : aménorrhée, dysménorrhée, candidose vaginale
  • Troubles locomoteurs : crampe, courbature, élongation, contractures et spasmes musculaires, tétanie musculaire, hypertonie musculaire, foulure, entorse, tendinite, sciatique, arthrite, coxalgie, coup, séquelle de choc (pour bon nombre de ces raisons, l’huile essentielle de buplèvre ligneux peut s’employer pour l’échauffement ainsi qu’en traumatologie sportive)
  • Rétention urinaire
  • Fatigue physique et intellectuelle, insomnie, déprime
  • Maux de tête
  • Grippe, fièvre

Modes d’emploi

  • Diffusion atmosphérique.
  • Inhalation, olfaction.
  • Voie cutanée (massage, friction).
  • Voie orale (avec mesure).

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • L’huile essentielle de buplèvre ligneux contient quelques substances potentiellement allergisantes (limonène, pinènes, etc.). Assurez-vous que votre peau n’y est pas sensible avant toute application. Par ailleurs, elle est contre-indiquée en cas de grossesse et d’allaitement, chez l’enfant de moins de sept ans, enfin en cas d’insuffisance rénale (elle peut causer une inflammation rénale).
  • Autres espèces : buplèvre du mont Baldo (B. baldense), buplèvre de Toulon (B. ranunculoides), buplèvre rigide (B. rigidum), buplèvre en faux (B. falcatum), buplèvre étoilé (B. stellatum), etc.
    _______________
    1. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p.212.

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L’huile essentielle d’épicéa (Picea abies)

Synonymes : pesse, épinette de Norvège.

L’épicéa est un géant des forêts tempérées de l’hémisphère nord : 50 m de hauteur en moyenne, mais un spécimen isolé (et qui ne souffre pas de la présence intempestive de ses congénères) peut grimper dix mètres au-dessus dans certaines régions européennes.
Bien qu’il soit particulièrement équipé pour résister au froid (1), l’épicéa n’en apprécie pas moins le soleil, les sols acides surtout et parfois calcaires, ce qui lui facilite la vie à haute altitude : aujourd’hui, le fait d’avoir été massivement planté un peu partout en Europe nous fait oublier que l’épicéa est avant tout une essence montagnarde. Malgré ses atouts, il craint par-dessus tout ce que l’on appelle le chablis, c’est-à-dire les arbres tombés au sol, cassés ou déracinés, et l’ensemble des perturbations créées par la chute de ces arbres sur les arbres alentours. De même que l’on ne peut longuement titiller involontairement un arbre aux branches chargées de paquets de neige sans que l’un deux vous tombe sur le râble : c’est ce qu’apprend à ses dépens le personnage principal d’une nouvelle de Jack London intitulée Construire un feu (1902).

Bon an mal an, l’épicéa fait son chemin pendant généralement trois ou quatre siècles, bien que le record de longévité de cet arbre se situe autour du demi millénaire. Mais il y a bien pire comme danger que le chablis pour un épicéa : ses propres congénères ! En effet, l’épicéa est une espèce au sein de laquelle prévaut un phénomène de compétition intraspécifique : les plus frêles spécimens ne font pas le poids très longtemps face à l’ombre portée des dominants. Ils finissent par mourir, leur parure passant du vert au roux. L’on peut donc dire qu’en ce qui concerne l’épicéa, le plus faible n’a que peu de chances de survie et que son salut – loin de cette loi de la jungle sévissant au septentrion – serait de rester, si possible, à l’écart de ses grands frères, ce qui est arrivé à certains, pour leur malheur, hélas. Mais il faut dire qu’ils ont été grandement aidés par ce grand dadais d’homme qui pense toujours bien faire mais qui, assez souvent, ne fait pas autre chose que semer la zizanie quand ça n’est pas tout bonnement la m*rde. Depuis quelques années, je vois passer des informations qui relatent des actions soutenues par une bonne volonté évidente mais menées en dépit du bon sens : je veux parler des bombes à graines et du reboisement à la sauvage. Premier constat : on ne peut pas introduire volontairement ou non une espèce végétale quelle qu’elle soit dans un lieu donné sans courir, tôt ou tard, à la catastrophe. C’est pourquoi les bombes à graines, c’est la plupart du temps idiot, car elles contiennent des semences qu’on fait atterrir dans des lieux où elles n’ont rien à y faire. C’est un truc de fluffy bunny en somme. De même, d’aucuns s’imaginent que planter un arbre est à la portée du premier venu. Que nenni mon brave. C’est affaire de spécialiste. Il faut tout d’abord une solide connaissance du terrain sur lequel on veut réintroduire une espèce ou seulement la multiplier, une question, qu’à l’évidence, l’on ne s’est pas posée à propos de l’épicéa. Comme beaucoup d’autres espèces d’arbres, l’épicéa est très sensible à la symbiose mycorhizienne. Chaque épicéa, s’il peut tuer l’un de son clan que des dispositions fragiles vouent à une mort certaine, ne peut, lui, vivre, sans le champignon souterrain avec lequel ses racines entrent en relation d’échange mutuel : la première tentative d’implantation de l’épicéa en Australie tourna au désastre car il manquait au sol australien le champignon nécessaire à l’épicéa. C’est là qu’on peut dire que l’expression de « terre natale » prend tout son sens : ces épicéas ne purent que dépérir. Bien qu’enracinés, ils demeurèrent déracinés et moururent effectivement d’un mal du pays, ce vague à l’âme qui peut assombrir jusqu’aux plus puissants colosses de la Nature. Ce sont là des données fort intéressantes qui permettent de mieux cerner la personnalité de cet arbre, ce géant au cœur tendre quand les circonstances l’y obligent, sinon il demeure fier et altier : j’en veux pour preuve que, originellement, l’arbre de Noël, ça n’est pas le sapin mais l’épicéa, ce qui est une chose assez étonnante, car nous avons dit que le sapin est le plus frileux des deux, il résiste donc mieux à l’intérieur d’une maison durant la période des fêtes, perdant plus lentement ses aiguilles que l’épicéa. Je vous renvoie à l’occasion à deux articles déjà présents sur le blog depuis quelques années : celui sur le sapin en général et cet autre sur le rôle symbolique de l’arbre de lumière à l’approche du solstice d’hiver.

Arbre festif, l’épicéa est aussi une essence liée d’une manière bien particulière au monde des arts : il est utilisé en lutherie dans la fabrication de la table d’harmonie des violons. Pour cela, on ne s’y prend pas au hasard. Les épicéas faisant l’objet d’un tel traitement sont issus d’une pousse lente à assez haute altitude (environ 1000 m). Souvent, le luthier est présent lors de l’abattage durant lequel on tient compte des phases de la Lune (le volume d’un tronc d’arbre, et donc sa densité, changent selon les phases lunaires, mais également en fonction de l’activité solaire…), et du signe zodiacal dans lequel pérégrine l’astre lunaire au moment précis où l’arbre s’abat, ce qui doit occasionner une autre musique que celle d’un stradivarius, vu que le colosse de 50 m de hauteur possède, au grand maximum, un tronc d’un diamètre de 150 cm à la base : le « timber » du lumberjack prend ici toute son importance : c’est un jeu de mikado puissance 10000 qui s’abat tout autour, çà et là à grand fracas, l’écorce volant en tout sens sous la violence du choc, une écorce que l’épicéa possède lisse et brune dans son jeune âge, puis qui s’écaille, se ride et se fendille une fois que l’arbre repose sur quelques siècles.
L’altitude, encore elle, influe sur la conformation des rameaux : c’est grâce à elle qu’on peut reconnaître un épicéa de basse altitude (les rameaux sont longs et pendants, dit « en draperie » ; cf. image ci-dessus), alors qu’en plus haute altitude, ces mêmes rameaux, plus rigides, ne font pas dans la dentelle et sont de fait beaucoup plus courts. Dans un cas comme dans l’autre, ils portent de brèves aiguilles (1 à 2 cm), vertes et foncées sous toutes leurs faces, ainsi que des chatons dont on distingue ceux qui sont mâles (de couleur rouge puis jaunâtre) des femelles (de couleur rouge carminé ; cf. image ci-dessous). Plus tard, des cônes pendants de 10 à 15 cm de longueur apparaissent. Dès qu’ils parviennent à maturité, ils tombent à terre, bombes à graines naturelles, restants entiers, composés de solides écailles losangiques qui abritent des semences dont se régalent les écureuils.

L’épicéa en aromathérapie

L’épicéa, du latin Picea, ne dira peut-être rien aux personnes qui s’intéressent un tant soit peu à l’univers des huiles essentielles, bien qu’en France, l’on connaisse assez bien, depuis quelques décennies, l’un de ces Picea que l’on dit mariana, autrement dit l’épinette noire qui est, effectivement, une espèce d’épicéa, de même que l’épicéa commun, c’est-à-dire notre Picea abies, est parfois désigné par le surnom d’épinette de Norvège. Outre que ces deux espèces partagent bien des points communs d’un point de vue de la botanique, l’on peut en dire autant concernant l’aspect thérapeutique. De même que pour l’épinette noire (et la blanche, la bleue, la rouge…), ici on distille les aiguilles de l’épicéa par l’intermédiaire d’une distillation à la vapeur d’eau et à basse pression, laquelle permet d’obtenir un liquide léger, très fluide, presque incolore, où dominent essentiellement des molécules appartenant à la famille des monoterpènes : alpha-pinène, bêta-pinène, delta-3-carène, limonène, camphène. On y trouve également un ester que l’on croise dans la plupart des résineux, l’acétate de bornyle.

Propriétés thérapeutiques

  • Anti-infectieuse : antibactérienne, antifongique, antiseptique atmosphérique
  • Immunostimulante
  • Tonique respiratoire, expectorante, mucolytique, balsamique
  • Tonique lymphatique
  • Antispasmodique, sédative, relaxante, inductrice du sommeil
  • Anti-inflammatoire
  • Répulsive insecte

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère respiratoire : toux, bronchite, rhume, asthme
  • Troubles circulatoires : rétention d’eau
  • Troubles locomoteurs : muscles enflammés et/ou douloureux, arthrite, articulations (genoux, hanche, épaules) enflammées et/ou douloureuses
  • Troubles du système nerveux : difficultés d’endormissement, agitation, nervosité, stress
  • Piqûres d’insectes (volants surtout)
  • Suite de convalescence, fatigue après maladie infectieuse, épuisement, asthénie physique et intellectuelle
  • Pour méditer (en fait, on peut méditer avec toutes les huiles essentielles…)

Modes d’emploi

  • Diffusion atmosphérique.
  • Inhalation, olfaction.
  • Usage externe (bain, massage, friction).
  • Voie orale mesurée.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • En ce qui concerne les deux premiers points, on se référera à ce que nous avons naguère énoncé à propos de l’huile essentielle d’épinette noire.
  • Il existe un élixir floral à base d’épicéa qui est destiné aux personnes qui présentent un tempérament rigoureux et austère, qui n’acceptent ni compromis ni remise en cause. Pour qui (re)cherche souplesse.
  • Autres espèces : l’épinette blanche (P. glauca), l’épinette bleue (P. pungens), l’épinette rouge (P. rubens), etc.
    _______________
    1. Jusqu’à – 40° C, contrairement au sapin, bien plus frileux et fragile. Cette capacité permet la présence de l’épicéa aux abords du cercle polaire.

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Le thuya (Thuja occidentalis)

Synonymes : thuya du Canada, thuya de Virginie, cèdre blanc, balai, arbre de vie.

Dans l’Odyssée, Homère place Ulysse aux prises avec Calypso qui souhaite coûte que coûte le tenir captif dans ses filets. On se rappelle comment le héros homérique finira par s’échapper de cette emprise avant de se diriger à la rencontre de maints autres périls. C’est dans ce même repère qu’Hermès vient trouver Ulysse, « chez elle, auprès de son foyer où flambait un grand feu. On sentait du plus loin le cèdre pétillant et le thuya, dont les fumées embaumaient l’île » (1). Victor Bérard, le traducteur d’Homère, plaçait, rappelons-le nous, l’antre de Calypso aux environs de cette petite pointe marocaine qui fait face à l’Espagne, étroite langue de mer qui sépare les terres par les colonnes d’Hercule, alias le détroit de Gibraltar. Le cèdre qu’évoque cet extrait, cela pourrait bien être le cèdre de l’Atlas (Cedrus atlantica), du nom de ce massif montagneux du Maghreb, s’étendant de l’Ouest à l’Est, du Maroc à la Tunisie. Quant à ce thuya… Précisons tout d’abord que ce mot tire son origine du grec. Durant l’Antiquité, on nommait thyia, thya ou thyon un arbre nord-africain au bois parfumé (du grec thyêeis, « odorant »). Peut-être bien qu’il s’agit du même dont parle Apulée dans L’âne d’or. Par trois fois, l’on croise le mot thuya dans le texte. Aujourd’hui, en Afrique du Nord, l’on connaît, au même titre que le cèdre de l’Atlas, un autre conifère que l’on nomme cyprès de l’Atlas ou, plus intéressant encore, thuya de Berbérie (Tetraclinis articulata). C’est séduisant dans le sens où Apulée est originaire de Madaure, une ville située non loin de la frontière qui sépare l’Algérie et la Tunisie : autant dire qu’à Madaure on est en plein Atlas. Ce Romain d’origine berbère qu’était Apulée, homme à la vaste érudition, connaissait-il ce thuya berbère ? Difficile à dire. Si jamais c’est le cas, il associe cet arbre par deux fois à l’ivoire (livres 2 et 5), avec lequel il compose, comme matériau de construction, du mobilier (table, caisson de plafond), et, plus loin (livre 11), une coque de navire à lui tout seul.

Celui qui parque dans l’anonymat le moindre pavillon de banlieue, fut, de même que le laurier-cerise à qui il dispute parfois le titre de meilleur camouflage péri-urbain, un arbre en provenance d’ailleurs : l’adjectif occidentalis nous donne un gros indice : ce thuya (contrairement à l’orientalis) est originaire de cette zone qui, pour nous, représente ce lieu lointain, cet ouest où le soleil, après déclin, se couche, avant d’aller illuminer d’autres cieux, nous forçant à reposer nos yeux émerveillés devant tant de beauté accumulée.
Il y a cinq siècles, alors que les vagues atlantiques poussèrent l’homme aventureux cherchant à se mesurer à l’élément liquide peuplé d’inquiétantes créatures, cet homme, à la recherche des merveilleuses Indes, rencontra ce que l’on appelle aujourd’hui les Amériques. Le navigateur français Jacques Cartier (1491-1557) fit la rencontre d’un thuya lors de son deuxième voyage (1535-1536). Bernard Assiniwi, l’auteur de La médecine des Indiens d’Amérique, en témoigne : « Le cèdre blanc [nda : aka le thuya occidental] est le véritable Annedda des Hurons de la rivière Saint-Charles, près de Québec, et l’arbre avec lequel Domagaya [nda : un des fils du chef iroquois Donnacona] soigna l’équipage de Jacques Cartier » (2). Les hommes de Cartier souffraient effectivement de scorbut, chose qui fut réparée grâce au thuya antiscorbutique que d’autres tribus amérindiennes mettaient à profit dans bien des affections (fièvre, toux, maux de tête, douleurs rhumatismales), soit pour des raisons assez identiques à celles qui firent qu’on employa cet arbre en Europe occidentale, où Samuel Hahnemann s’en empara et le vulgarisa comme remède, le disant capable de provoquer plus de 300 symptômes : ce qui lui fit remarquer que cet arbre pouvait trouver une utilité « dans le traitement de quelques maladies graves contre lesquelles on n’a pas encore trouvé de remède ». Au-delà d’un strict usage homéopathique, le thuya fit ses armes en thérapeutique traditionnelle, reconnu, tant en Allemagne, en Grande-Bretagne qu’en Pologne, comme un excellent remède des affections respiratoires (bronchite), rhumatismales (rhumatismes chroniques) et goutteuses. Il s’illustra aussi comme diurétique et sudorifique, et on le disait particulièrement actif sur les cancers génitaux d’origine vénériennes.

Conifère de taille modeste (10 à 15 m) et de stature pyramidale, le thuya occidental est une essence bien connue comme arbre d’ornement. Il est, tout comme le laurier-cerise, aujourd’hui considéré comme un arbre indigène : c’est du moins ce que prétendait Cazin il y a environ un siècle et demi, même s’il est vrai – et cela s’applique aussi à l’épinette bleue – que le cantonnement de ces espèces à des buts strictement ornementaux ne nous les fait pas imaginer en pleine nature à côté d’essences autochtones comme le sont le chêne et le hêtre par exemple.
Originaire du sud-est canadien, le thuya est naturellement très résistant au froid ainsi qu’à l’humidité : les terrains situés en bordure de cours d’eau, les lieux frais et ombragés, voire même marécageux, ne l’effraient pas, ayant tout au contraire pour habitude de s’y complaire.
Arbre – faut-il le préciser ? – semper virens, le thuya occidental est assez proche des cyprès, étant inclus dans la famille botanique s’inspirant du nom de ces derniers, les Cupressacées. La parenté s’explique par des feuilles qui sont formées d’écailles aplaties imbriquées les unes dans les autres, et dont la couleur vert blond (qui tend à jaunir durant l’hiver) affuble ce thuya d’une parure qui lui donne l’allure d’un arbre artificiel. Les rameaux aplatis, disposés de façon étalée, presque à angle droit par rapport au tronc, renforcent cette ressemblance avec un faux arbre articulé de Noël. Mais, contrairement à celui-ci, feuillage vert bouteille engainant des tiges métalliques, le thuya ne sent pas le plastique, son feuillage dispersant une agréable odeur balsamique, au contraire de son bois dont le parfum n’est pas des plus avenants : mais on dit que c’est de cela que ce conifère tire son caractère imputrescible, comme, du reste, la plupart des autres thuyas ou arbres qui lui sont apparentés : par exemple, en Chine, le thuya dit « orientalis » était vu comme un des symboles de l’immortalité. C’est pourquoi sa résine et ses graines étaient absorbées par les « Immortels », parce que, comme le souligne Serge Hernicot, le thuya procure une « sensation de fraîcheur et de légèreté » (3). Même chose pour le thuya géant de Californie (West red cedarThuja plicata) dont on explique l’immortelle longévité par le fait que « lorsque cet arbre est isolé, ses branches basses se marcottent » (4), pérennisant ainsi l’arbre-mère auquel on attribue, comme de juste, le surnom d’arbre de vie : aux États-Unis, il faut demander de l’huile essentielle d’arbre de vie (arbor vitae) pour être bien servi. Cependant, malgré cette réputation d’invincibilité, il est arrivé au thuya une fâcheuse mésaventure : Jean-Marie Pelt explique dans un de ses ouvrages comment une haie de ces arbres plantée par son père fut complètement décimée par un autre hôte, lui aussi venu d’ailleurs : la renouée du Japon. Face à l’agressivité de cette dernière (et sans doute par toxicité allélopathique), les thuyas finirent par « vieillir prématurément » avant de dépérir.
La floraison discrète du thuya occidental se déroule en mai ; sa fructification laisse place à de petits fruits lisses, verts puis bruns, oblongs, ne dépassant pas les 2 cm de longueur. Ils se distinguent par là des galbules ligneuses de la plupart des cyprès.

Le thuya en phyto-aromathérapie

Contrairement aux feuilles de Thuja orientalis, celles du Thuja occidentalis présentent chacune « une vésicule de résine liquide sur le dos », explique Cazin (5). Ce sont ces glandes à essence qui se déchirent lors de l’hydrodistillation des ramules fraîches de thuya, permettant d’obtenir « une sorte d’essence de térébenthine transparente, légère, de couleur jaune [nda : parfois jaune verdâtre, un peu à l’image du feuillage de ce conifère], couleur qui se perd par une seconde distillation ; elle offre une odeur forte, qui se rapproche de celle de la tanaisie ; sa saveur est un peu camphrée, légèrement âcre » (6) et légèrement amère. La distillation à la vapeur d’eau permet généralement d’offrir 0,4 à 1 % de cette huile essentielle au frais parfum, pétillant pourrait-on dire, qui ne peut cependant pas complètement dissimuler une solidité en arrière-plan, de même que la prime fraîcheur d’une huile essentielle de sauge officinale s’estompe assez vite devant la densité massive d’une molécule aromatique que sauge officinale et Thuja occidentalis ont en commun : la thuyone (parfois orthographiée « thujone » : il s’agit là de sa dénomination anglaise). Voici qui nous mène à établir un tableau de données concernant la composition biochimique de l’huile essentielle de thuya occidental :

  • Cétones : 70 % (dont cis-thuyone 45 % ; trans-thuyone 9 % ; camphre 2 % ; fenchone 14 %)
  • Monoterpènes : 15 %
  • Esters : 5 %

Au-delà, les feuilles de ce thuya partagent avec celles du pin sylvestre un principe amer du nom de pinipicrine. On y trouve aussi de la cire, du mucilage, du tanin et des flavonoïdes.
En thérapeutique traditionnelle, on a surtout utilisé les feuilles et les rameaux, plus rarement l’écorce et le bois de ce thuya.

Propriétés thérapeutiques

L’on a dit du Thuja occidentalis qu’il était un polychreste végétal. La preuve :

  • Antalgique, décontractant musculaire, antirhumatismal, anti-inflammatoire
  • Diurétique léger, sédatif urinaire
  • Expectorant
  • Sudorifique, fébrifuge
  • Antiscorbutique
  • Antiviral
  • Astringent, émollient
  • Vermifuge
  • Emménagogue, antisyphilitique

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère vésico-rénale : cystite, incontinence urinaire, énurésie, hypertrophie de la prostate, prostatite, congestion et névralgie pelviennes
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : constipation, parasites intestinaux
  • Troubles de la sphère respiratoire : toux, bronchite aiguë, catarrhe pulmonaire, ozène
  • Troubles locomoteurs : rhumatismes, algies musculaires et articulaires, névralgie, douleur vertébrale
  • Troubles de la sphère gynécologique : métrite, leucorrhée, vaginisme
  • Troubles de la sphère génitale (masculine comme féminine) : « prophylaxie des maladies vénériennes » : « Le thuya entre dans la composition du savon prophylactique de Pfeiffer qu’on utilise en lotion sur les parties génitales aussitôt après un rapport douteux » (7), blennorragie, blennorrhée, balanite, condylome, condylome rebelle (= verrue génitale)
  • Affections cutanées : angiome, verrue, végétations, œil de perdrix, psoriasis, ulcère, scrofulose
  • Affections oculaires : conjonctivite, iritis
  • Affections cancéreuses : papillome, polype, néoplasme, épithélioma

Note : à cela, ajoutons certains grains de beauté par trop proéminents ainsi que les hémorroïdes, et l’on comprendra que, dans l’ensemble, le thuya est une espèce de rabot qui cherche à araser tout ce qui dépasse, ou presque, en particulier lorsque ces excroissances sont d’origine vénérienne : le thuya était employé dans « le traitement des excroissances […] rebelles, même de celles qui avaient résisté à l’action du mercure, des cautérisations et de l’excision […] : les excroissances […], après peu de jours, pâlissent, diminuent de volume et se flétrissent d’une manière remarquable » (8).

Modes d’emploi

  • Décoction de feuilles fraîches (voire, mais c’est plus rare, décoction d’écorce des jeunes ramules).
  • Extrait hydro-alcoolique.
  • Teinture-mère homéopathique.
  • Macération vineuse des feuilles fraîches.
  • Macération acétique des feuilles fraîches.
  • Huile essentielle : inhalation, olfaction, usage externe ; dans tous les autres cas, cette huile essentielle relève strictement des recommandations d’un médecin aromathérapeute.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : en vue d’un usage phytothérapeutique, les feuilles du thuya occidental se cueillent à la belle saison, c’est-à-dire durant tout l’été.
  • Toxicité : pour avoir fait intervenir plus haut la sauge officinale sous sa forme d’huile essentielle afin de la comparer à celle de ce thuya, pas de doute, du côté de l’huile essentielle de Thuja occidentalis : c’est, si je puis m’exprimer ainsi, du « lourd », dont on ne s’encombrera pas avec les enfants (jeunes à très jeunes), la femme enceinte (huile essentielle potentiellement abortive) ou celle qui allaite ; de plus, précisons qu’elle est neurotoxique, convulsivante, capable de provoquer des crises d’épilepsie. Par le JO n° 182 du 8 août 2007, cette huile essentielle a été placée sous le monopole pharmaceutique, de même que les huiles essentielles de deux autres thuyas : le cèdre de Corée (T. koraenensis nakai) et le thuya géant de Californie (T. plicata). Outre les phénomènes convulsifs, la toxicité par le biais de l’huile essentielle de Thuja occidentalis s’exprime par des atteintes vésico-rénales (néphrite, albuminurie, anurie) et gastro-intestinales (douleurs abdominales, irritations gastriques, vomissement, diarrhée, gastro-entérite), avant de parvenir, éventuellement, à un état comateux parfois suivi du décès.
    _______________
    1. Homère, Odyssée, p. 108.
    2. Bernard Assiniwi, La médecine des Indiens d’Amérique, p. 263.
    3. Serge Hernicot, Les huiles essentielles énergétiques, p. 56.
    4. Francis Hallé, Plaidoyer pour l’arbre, p. 47.
    5. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 951.
    6. Ibidem.
    7. Jean Valnet, L’aromathérapie, p. 353.
    8. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, pp. 951-952.

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Le silène enflé (Silene vulgaris)

Cette plante vivace commune d’une cinquantaine de centimètres maximum possède un feuillage glabre, des feuilles opposées, assez petites, pointues, assez proches de celles de la mâche, mais c’est la couleur vert glauque des feuilles de silène qui le distingue de cette dernière.
Les tiges portent des inflorescences groupées dont les fleurs périphériques possèdent un plus long pédoncule que les fleurs internes. Les unes comme les autres sont profondément découpées (elles ressemblent en cela à certains œillets), comptent cinq pétales blancs qui exhalent une douce odeur et ont la particularité de ne s’ouvrir que le soir. La floraison se déroule entre mai et septembre. Les calices dans lesquels s’insèrent les fleurs sont ovoïdes, également glabres, nervurés et veinés, teintés de jaune-verdâtre ou de rose-violacé.

Bien qu’il préfère les sols calcaires et drainés de préférence, on trouve le silène assez facilement, aussi bien en plaine qu’en montagne (jusqu’à 1800 m) : jardins, pelouses, prairies, haies, sous-bois très clairs, terrains vagues, bordures des routes, dunes, rochers, éboulis, friches, landes, fourrés forment l’ensemble de son aire de répartition.

Les feuilles et les jeunes pousses sont comestibles et se consomment en salade ou comme légume. Au-delà de cette prime verdeur, elles deviennent dures et amères. Dans certaines régions d’Italie (Vénétie et Frioul), le silène est considéré comme aromate : haché menu, il aromatise les plats de fruits de mer et de crustacés, par exemple. Une confusion est possible avec d’autres silènes tels que le silène penché (Silene nutans) ou le silène blanc (Silene alba), mais ces deux espèces sont également comestibles, aussi, pas de souci à se faire.

Quand le calice est sec, il est utilisé comme un petit sifflet. En revanche, quand il est encore vert, il joue le rôle de pétard si on le fait claquer sur la main, d’où ses surnoms de claquet et de claquot.
Lorsqu’un garçon fait claquer un silène sur le front d’une jeune fille, il lui signifie là son amour, ce qui n’est ni gracieux ni délicat (rien n’empêche la demoiselle de l’envoyer sur les roses le cas échéant…). La relation du silène à l’amour reste, au demeurant, fort étrange, Silène étant ce satyre mythologique qui passe le plus clair de son temps en état d’ivresse (qui n’a pas grand-chose à voir avec celle que peut parfois susciter l’ardeur amoureuse). Cependant, notons la ressemblance entre le silène enflé et le ventre proéminent de ces créatures aux mœurs bien particulières que sont les silènes. Dans ce cadre, nous sommes fort éloignés de la dimension symbolique que le Moyen-Âge attribua au silène, une fleur simple et gracile représentant une certaine idée de la mélancolie, cette disposition à la tristesse qu’il est difficile d’entrevoir à travers sa réputation de claquet. Tout au contraire, il fait figure d’ornement : il apparaît sur les enluminures (c’est ainsi qu’on le croise dans les pages des Grandes heures d’Anne de Bretagne ; cf. illustration ci-dessous), les ouvriers du textile l’insèrent dans les tissus qu’ils confectionnent, on décèle encore sa présence comme motif floral sur certains tapis mille-fleurs. Il est tant apprécié en fin de Moyen-Âge, qu’on en vient même à le surnommer « compagnon blanc ».

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La carline acaule (Carlina acaulis)

Synonymes : chardon argenté, chardon doré, chardonnette, chardousse, carline noire, caméléon blanc, artichaut sauvage, loque, baromètre, etc.

Au chapitre 8 du troisième livre de la Materia medica, Dioscoride expose l’étendue de ses connaissances au sujet de la carline, plante dont suinte des racines une sorte de glu, dont on se sert comme de mastic, dit-il. Ses feuilles sont comparées à celles du sylibon et de l’artichaut. Ce sylibon est-il bien « notre » chardon-marie (Sylibum marianum) ? C’est-à-dire l’image exacte qu’on en a et qui saute de notre mémoire quand nous nous disons : « chardon-marie » ? De même avec l’artichaut… Son seul nom est beaucoup plus vaste que n’était l’envergure de cette plante durant l’Antiquité : les artichauts actuels, produits transformés par la main de l’homme depuis au moins la Renaissance, n’ont rien de commun avec l’artichaut de Dioscoride, quel qu’il soit. Ensuite, ce dernier ne fait pas autre chose que de comparer telle ou telle partie de la plante qu’il décrit avec telle ou telle autre plante. C’est toujours la bonne vieille antienne que de comparer un objet qu’on a sous les yeux avec d’autres qui ne le sont pas : le problème, en lisant la monographie que Dioscoride consacre à cette « carline », c’est que nous autres, deux mille ans plus tard, nous n’avons aucune de ces plantes sous les yeux. Il faut donc fouiller chez Dioscoride et chez d’autres encore, parmi la masse d’informations (si elle existe) pour y dénicher les détails qui permettent d’attester que telle plante décrite est bien celle à laquelle on pense. Mais c’est un travail très fastidieux, de nombreuses erreurs sont commises et rendent la tâche particulièrement ardue, ce qui ne facilite pas l’élaboration d’un fond commun et pérenne des savoirs, pour reprendre une formulation de Pierre Lieutaghi.
Comment expliquer à quelqu’un qui n’a jamais vu une fleur ce que c’est ? Les superlatifs et autres comparatifs ne sont parfois d’aucun secours, le vocabulaire, incomplet et imparfait, vient à manquer… Ainsi, Dioscoride se sert-il de connaissances déjà acquises, bien installées, sur lesquelles il s’appuie, pour aborder l’inconnue, cette carline, donc. Il fait appel à la « chardonnette », au « hérisson marin » et à la « carchiophe » afin d’aiguiser l’imagination du lecteur en lui indiquant que les feuilles sont comme ceci, les fleurs comme cela, etc. Et, justement, comme il est question de fleurs, nous rencontrons un hic, puisque Dioscoride attribue à « sa » carline des fleurs « rouges et moussues ». Qui a déjà vu une carline acaule ou à feuilles d’acanthe sait pertinemment que le capitule floral de ces plantes n’est en aucun cas rougeoyant. Mais nous interprétons le monde en fonction de ce que nous savons de lui. Qui me dit, à moi, qui suis arrêté sur une certaine image de la carline (image exacte au demeurant), qu’il n’existe pas, quelque part, sur des terres foulées par Dioscoride il y a 2000 ans et sur lesquelles je n’ai jamais mis les pieds, une carline dont les inflorescences partageraient la teinte de celles du chardon-marie ?

La botanique est de rigueur en phytothérapie ; c’est une chose que je souligne assez régulièrement. Si les descriptions morphologiques faites par les auteurs anciens laissent le plus souvent à désirer, il est permis, souhaitable même, de s’adresser aux lignes concernant les aspects purement thérapeutiques afin d’y déceler, éventuellement, une porte d’entrée, pourquoi pas un sésame ? Or, si nous prenons connaissance des quelques informations apportées par Dioscoride à propos de la « carline », nous nous rendons compte que, bien qu’elles se concentrent uniquement sur la seule racine, elles correspondent à des emplois plus récents : vermifuge et diurétique sont deux propriétés données par Dioscoride, et qui s’appliquent encore à la carline actuelle. Par contre, la fin du paragraphe s’attarde sur des « vertus » qui ne s’appliquent pas (plus ?) à la carline acaule : « la racine bue avec du vin, est très bonne face au venin des serpents [!!!]. Mêlée avec du gruau sec, ou avec de l’eau, et avec de l’huile, elle tue les chiens, les porcs et les rats » (1). En plus de cela, la carline était un « antidote de la peste et des maladies contagieuses, elle conférait […] une force inouïe et produisait différents effets magiques » (2), comme semble le souligner le surnom de chardon angélique que lui donne Paracelse, reprenant par là une vieille légende selon laquelle Charlemagne (ou plus tardivement Charles Quint) reçut de la part d’un ange la carline comme remède contre la peste qui affligeait une bonne portion de son armée. Fort vantée autrefois, la racine de carline participait à l’élaboration de préparations magistrales aujourd’hui complètement oubliées, si ce ne sont leurs noms dont la force antique résonne encore jusqu’à nous : citons, pour l’exemple, l’orviétan et la thériaque, ainsi que l’essence de Stahl, toutes compositions qui cherchèrent à mettre en évidence les soi-disant propriétés alexipharmaques de la carline, dont le renom impérial brilla par le biais des deux Carolus dont nous avons parlés plus haut, ayant cru qu’il existait une filiation avec le nom latin de la carline : carlina. Chose que ne partage pas Césalpin qui vécut au même siècle que Charles Quint : « leur nom latin reproduit […] un nom vulgaire italien du XVI ème siècle qui semble une corruption de cardina, diminutif de l’italien cardo, ‘chardon’ » (3). Tout cela semble de suite moins prestigieux, mais ne doit pas nous faire oublier que la carline est une plante résolument magique, manifestant par rapport à l’humidité une sainte phobie qui s’exprime par la réaction de la plante par rapport à l’hygrométrie : les « bractées se redressent et se rapprochent en forme de toit conique, protégeant comme d’une tente les fleurs du capitule » (4). Ainsi fait la carline par temps pluvieux et lorsque l’obscurité l’y oblige. La carline joue donc le rôle de baromètre que l’on placarde sur les portes… en guise de décoration diront certains qui ne savent pas : « Puissent les montagnes du Sud héberger toujours la grande carline à feuilles d’acanthe, la plus menacée, ce soleil des herbes que les anciens paysans clouaient sur la porte des granges où, parfois encore, il darde son œil lumineux, terreur des créatures de l’ombre et des forces néfastes » (5).

Acaule. Littéralement : « sans queue ». « A quoi servirait l’aide insignifiante d’une tige quand on s’est agrandi à la dimension même de l’astre vénéré ? », interroge Pierre Lieutaghi ? (6). Et il est vrai que ce que la carline acaule n’a pas en hauteur, elle l’a en largeur, même si parfois elle adopte une allure ascendante, perchant ses gros capitules à plus de 50 cm du sol, où ses feuilles pennatilobées très découpées, peu poilues mais où les poils se sont transformés en épines durcies, forment alors des rosettes aériennes que, par ailleurs, l’on trouve étalées à même le sol en une structure de pas loin de 60 cm de diamètre. Les capitules sont quant à eux formés des bractées périphériques, longues, pointues et argentées, qui enserrent des fleurs tubuleuses blanchâtres ou brunâtres fleurissant de juin à septembre, produisant de nombreux akènes à aigrette jaune. Cet ensemble floral forme des soleils de 5 à 10 cm de diamètre, parfois jusqu’à 15 cm, un gigantisme qui a été pour beaucoup dans la récolte inconsidérée et massive de la carline acaule, plante vivace que l’on trouve jusqu’à 2500 m d’altitude sur les terrains secs et calcaires des Alpes, des Pyrénées, du Jura, de la Provence et du Languedoc.

La carline acaule en phytothérapie

Ni les feuilles de la carline acaule, ni son capitule ne préoccupent le phytothérapeute puisque c’est essentiellement à sa racine épaisse, brun jaunâtre à l’intérieur, rousse à l’extérieur, au suc laiteux que revient l’honneur d’entrer dans les faveurs de l’herboriste : d’« odeur forte et désagréable, séchée elle devient aromatique, d’abord douce, puis amère et forte » (7). Ici, le mot « aromatique » concerne essentiellement une essence (1 à 2 %) qu’on dit « pesante », voire « narcotique », dans laquelle on a détecté la présence de sesquiterpènes. Cette racine contient également de cette inuline de réserve (18 à 22 %), du tanin, de la résine, un principe amer, enfin un ferment de type présure que nous avons abordé à l’époque où nous traitions du gaillet jaune.

Propriétés thérapeutiques

  • Tonique gastrique, cholagogue, stomachique, vermifuge légère
  • Diurétique, dépurative, diaphorétique, sudorifique
  • Fébrifuge
  • Cicatrisante, détersive

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : faiblesse et atonie stomacales, inappétence, flatulences (le docteur Leclerc avait remarqué que chez les patients atteints de la grippe espagnole de 1918 l’on constatait le retour de l’appétit et le bon fonctionnement des voies digestives grâce à l’extrait fluide de carline)
  • Troubles de la sphère vésico-rénale : affections rénales, difficultés urinaires, hydropisie, rhumatismes
  • Affections cutanées : plaie, blessure, ulcère, escarre, urticaire, dartre, teigne, acné ; en général, toute autre éruption cutanée chronique
  • Grippe
  • Maux de gorge
  • Aménorrhée

Note : « Les phytothérapeutes allemands ajoutent à ces indications […] les vers intestinaux, le ténia, les points de côté, la paralysie de la langue, les états fébriles de l’appareil digestif, les typhoïdes, les maux de dents, etc. » (8).

Modes d’emploi

  • Décoction de racine (pour gargarisme, bain de bouche, lotion, compresse).
  • Teinture-mère.
  • Extrait fluide de racine.
  • Macération vineuse (vin blanc, vin rouge).
  • Macération acétique.
  • Cataplasme de racine broyée.
  • Poudre de racine sèche.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : elle est difficile vue l’extrême longueur de la racine de la carline qui, tout comme le pissenlit, abandonne une grande fraction de ses parties souterraines dans le sol si on lui tire un peu trop fort sur la tête. Avant que la carline ne se raréfie au point qu’on en a interdit la récolte dans certains départements, on avait coutume d’arracher la racine surtout à l’automne. La conservation de cette racine en vue de la sécher est hasardeuse : rappelons l’hydrophobie de cette plante dont la racine peut alors facilement moisir. Ainsi, mieux vaut s’abstenir de récolter une plante comme la carline si c’est pour voir sa partie vive terminer dans un état malheureux : ce serait alors un acte anti-écologique.
  • A hautes doses, la carline occasionne nausée et vomissement.
  • Alimentation : la carline alimentaire est tombée en désuétude. Compte tenu de sa rareté très relative, il est préférable de laisser cette plante tranquille. Précisons simplement que ce sont surtout les capitules de la carline à feuilles d’acanthe que l’on faisait bouillir à l’eau salée, en particulier à l’état immature. De même que l’on déguste encore le « cul » de l’artichaut, l’on consommait celui de la carline, comme cela se faisait dans les Cévennes où les paysans pauvres en faisaient un de leurs aliments. Ce met « savoureux et fondant » d’après Henri Leclerc, entrait dans la composition d’une confiture de carline, élaborée avec du sucre ou du miel, approchant peut-être de la cramaillotte. Rappelons enfin le rôle fromager que jouèrent les feuilles (sèches ou fraîches) de la carline afin de cailler le lait : c’est ainsi, aux dires de Matthiole, que les paysans toscans procédaient au XVI ème siècle.
  • Autres espèce : la carline commune (Carlina vulgaris), la carline à feuilles d’acanthe (Carlina acanthifolia), la carline à grosse tête (Carlina macrocephala), etc.
    ________________
    1. Dioscoride, Materia medica, Livre III, chapitre 8.
    2. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 217.
    3. Ibidem, p. 216.
    4. Ibidem.
    5. Pierre Lieutaghi, Le livre des bonnes herbes, p. 155.
    6. Ibidem, p. 153.
    7. Ute Kunkële & Till R. Lohmeyer, Plantes médicinales, p. 63.
    8. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 217.

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La cardère (Dipsacus sylvestris)

Synonymes : cabaret des oiseaux, fontaine des oiseaux, baignoire de Vénus, cuvette de Vénus, lavoir de Vénus, bain de Notre-Dame, cardère sauvage, cardère des bois, bonnetier sauvage, laitue aux ânes, peigne de loup, peignerolle.

Il aurait été étonnant que cette grande plante passe complètement inaperçue des Anciens, parmi lesquels nous pouvons citer Pline et Dioscoride. C’est pourtant ce que certains commentateurs, plus récents parce qu’ils appartiennent à l’époque moderne, ont soutenu. Dioscoride présente, au troisième livre (chapitre 11) de la Materia medica, une plante qu’il désigne sous le nom latin de dipsacum et dont il dit, au final, bien peu de chose, hormis le fait que la décoction vineuse de la racine de cette plante intervient dans certaines affections du fondement (fistule, fissure anale), et d’autres de nature cutanée (verrue, poireau). Par ailleurs, l’on appelle gallidraga une plante qui ressemble beaucoup à une cardère et dont parle Pline, rapportant, à peu de choses, les propos d’un médecin grec du même siècle que lui, Xénocrate d’Aphrodisios : « celui-ci nomme gallidraga une plante ressemblant au leucacanthos ; elle pousse dans les marais, épineuse, à haute tige férulacée, au sommet de laquelle adhère une boule semblable à un œuf. Dans cette boule, à mesure que l’été s’avance, naissent, selon Xénocrate, des petits vers qui mis dans une boîte avec du pain et portés au bras en amulette du côté où on a mal aux dents, enlèvent immédiatement la douleur ». Au XIX ème siècle, Cazin, pour en avoir fait lui-même à plusieurs reprises l’expérience, ne dit pas autre chose au sein de la très brève monographie qu’il accorde à la cardère, à la différence près qu’il écrase ces vers directement sur les dents souffrantes. La douleur s’estompe quasiment instantanément, disparaissant pour dix à vingt minutes. Dioscoride ne disait pas moins que Pline, mais, toujours, en rapportant les propos d’un autre, que l’on débute de manière appropriée ainsi : « L’on dit [nda : en usant de cette formulation, on s’implique moins soi-même] que les vers du capitule liés dans un sac de cuir et pendus au cou, ou au bras, guérissent les fièvres quartes » (1). Il ne dit, en revanche, rien du tout au sujet de ces vers analgésiques sur les affections dentaires, mais annonce qu’on appelle aussi cette plante de la manière suivante : labrum veneris, autrement dit « lavoir de Vénus », une désignation qui peut sensiblement s’expliquer en précisant que l’autre nom de cette plante, dipsacos en grec, dipsacus en latin, est tiré d’un mot grec – dipsa – qui veut dire « soif ». Un lavoir n’est pas forcément un lieu où l’on s’abreuve. Dipsa se rattache davantage aux deux autres noms vernaculaires donnés à la cardère : baignoire et cuvette de Vénus. Tout deux, plus encore que lavoir, renvoient aux soins apportés à la peau du visage et du corps ; le lavoir, s’il est impliqué dans la propreté, l’est moins dans la beauté (des vêtements, certes, mais pas dans celle du corps tout entier). En tous les cas, Vénus est forcément de la partie, en déesse de la beauté qu’elle est. « En raison de l’eau que l’on pouvait recueillir dans les godets que formaient ses feuilles » (2), il était normal d’y associer la déesse de Paphos, d’autant que la cardère peut, en effet, se revendiquer comme plante vénusienne puisque des préparations permettent de faire disparaître certains détails disgracieux du visage. Et si l’on est déjà très belle ou qu’on ignore cette propriété, la cardère offre tout de même une aide bienvenue aux petits oiseaux qui viennent s’agripper à ses tiges afin de puiser dans ces réceptacles naturels de quoi étancher et restaurer leur soif. C’est pourquoi cette plante qui propose son eau aux oiseaux de passage est parfois surnommée cabaret des oiseaux.

En 1493, le peintre allemand Albrecht Dürer, alors âgé de 22 ans, s’expose à travers une toile qu’il est convenu aujourd’hui de désigner comme L’autoportrait au chardon. Ce dernier est suffisamment détaillé pour qu’on le reconnaisse aisément : il s’agit d’une espèce de panicaut (probablement le panicaut des champs, Eryngium campestre). Cela n’est évidemment pas une plante choisie tout à fait par hasard par le peintre, le chardon, en général, signalant l’initié. Bien qu’étant d’un abord austère, revêche et désagréable, le chardon, parce qu’il expose une défense périphérique, permet de protéger le cœur des assauts du dehors, ce que, probablement, Dürer savait, le chardon qu’il tient à la main se nommant feld-mannstreu en allemand, et signifie un gage d’amour de la part du futur mari envers sa fiancée. A moins qu’il ne faille voir là un symbole plus élevé, en relation avec la passion christique, ou un respect envers sa Muse. Dans un cas comme dans l’autre, ce symbole est lumineux, s’inscrivant dans le rayonnement capitulaire que l’on retrouve aussi dans la cardère laquelle, bien qu’elle y ressemble beaucoup, n’est cependant pas un chardon. De même, le cardo présenté au chapitre 228 du Physica ne peut être la cardère, bien qu’Hildegarde donne ce cardo efficace contre les éruptions cutanées dont l’érysipèle.

Il est un domaine où a excellé la cardère et sur lequel il n’est point permis de douter : il s’agit de son implication dans l’industrie textile. Dans ce but, celle qui porte le nom de cardère à foulon (Dipsacus fullonum) a été très tôt cultivée, plante dont on utilisait les capitules épineux qui étaient fixés sur des planches ou des tambours, le tout formant des brosses bien particulières dont le but était de carder (de carde, du latin carduus, « chardon ») les lainages fins et légers ainsi que la filasse. Ainsi fait-on depuis le Moyen-Âge, la cardère constituant pendant fort longtemps un des indispensables instruments de la manufacture drapière, avant, bien sûr, de tomber dans la désuétude, l’homme de l’ère industrielle, âpre au gain, ayant préféré remplacer la cardère naturelle par un homologue métallique. Mais l’homme, imparfait, parvient toujours, imparfaitement, à imiter la Nature : la cardère, encore cultivée en grand en Normandie et dans le Vaucluse au XIX ème siècle, trouva un nouveau souffle au siècle suivant. En 1947, Fournier écrivait ceci : « L’emploi des capitules du chardon à foulon comme cardes s’est de nouveau développé récemment, spécialement pour la fabrication des lodens et draps analogues. En effet, les cardes d’acier manquent de la souplesse nécessaire et y produisent souvent de grosses détériorations » (3).

Plante fréquente en Europe et en Asie occidentale, la cardère adopte des terres argileuses, pas ou peu acides. Sauvage par certains de ses lieux de vie (lisières de forêts, ripisylves, prairies, fossés humides, talus), elle est aussi tournée en direction des hommes, ne dédaignant pas ces lieux où l’activité humaine est nettement visible : jardins, friches, terrains vagues, décombres, bordures de chemins, ballasts, ruines, etc.
Cette grande plante (jusqu’à deux mètres) bisannuelle est formée d’une tige bien droite et cannelée, d’une couleur verte assez terne mais réveillée d’épines dressées et nombreuses.
De même que chez les Astéracées, l’on voit au pied de la plante une couronne de feuilles en rosette, tandis que les feuilles supérieures, lancéolées, portent une forte nervure centrale proéminente sur le dessous, qui s’orne, ainsi que les bordures, d’aiguillons acérés. Opposées une à une, ces feuilles sont soudées sur la tige de telle manière qu’elles forment ces creux où l’eau de pluie s’amasse.
La seconde année de la vie de la plante est marquée par sa floraison : un capitule principal de forme ovoïde se développe, cerné de capitules secondaires ainsi que de bractées plus hautes que les inflorescences, le tout doté de crochets extrêmement épineux. Autant dire qu’on n’attrape pas cette plante à pleines mains. De juillet à août, chaque capitule se trouve ceinturé d’un ou plusieurs anneaux de petites fleurs lilas, mauves, violettes ou plus rarement blanches.

La cardère en phytothérapie

Bien que cette plante ne soit pas issue de la famille des Astéracées, ses racines n’en contiennent pas moins de l’inuline, c’est-à-dire un polysaccharide formant les réserves de la plante. Elle possède néanmoins un point commun avec d’autres plantes de sa propre famille (les Dipsacacées), scabieuses et knauties, par le biais d’une substance nommée scabioside (saponine ?). Cette racine médicinale compte, en outre, un principe amer, de l’acide silicique et des sels minéraux dont du potassium. Il est dommage qu’on n’en sache pas davantage au sujet de la composition biochimique des cardères pour lesquelles il n’existe aucune information (d’après moi) à propos des parties aériennes de cette belle et grande plante, hormis ceci : dans la plante entière (sauf la racine), on trouve un chromogène du nom de dipsacan. Entre 35 et 100° C, il produit un colorant bleu égal à l’indigo, la dipsacotine…

Propriétés thérapeutiques

  • Stimulante des sécrétions : diurétique, sudorifique, dépurative
  • Apéritive, digestive, stomachique
  • Tonique hépatique (?)
  • Anti-ophtalmique

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère hépatobiliaire : jaunisse, affections de la vésicule biliaire
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : diarrhée, « maux d’estomac »
  • Affections cutanées : eczéma, psoriasis, acné, dartre, impétigo, dermatose prurigineuse, verrue, taches de rousseur
  • Ophtalmie légère

Note : on évoque depuis quelques années le rôle non négligeable mais, semblerait-il, mal défini de la cardère dans le traitement de la maladie de Lyme. C’est une donnée qu’il serait bon de faire grandir grâce à des recherches conséquentes.

Modes d’emploi

  • Extrait fluide de racine.
  • Décoction de racine sèche.
  • « Eau de nuit » : il s’agit de l’eau de pluie accumulée dans ces godets naturels formés par les feuilles de la cardère. Cependant, des auteurs (Fournier, Lieutaghi) alertent sur la pratique consistant à utiliser ce liquide comme lotion ophtalmique : « Ces emplois sont condamnables car une multitude d’impuretés, de cadavres d’insectes, font souvent du ‘lavoir de Vénus’ une flaque stagnante » (4). A chacun de voir, ai-je envie de dire… On écrasait bien ces fameux vers de cardère sur les dents, pourquoi ne pas s’avaler une infusion à froid des insectes venus se noyer là ?…

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : on peut extraire la racine de cardère du sol en fin d’été, ou au printemps de la seconde année (rappelons que la cardère est une plante bisannuelle).
  • Association : dans une visée cutanée, l’on peut joindre à la cardère la bardane et/ou la pensée sauvage.
  • Autres espèces : la cardère laciniée (D. laciniatus), la cardère poilue (D. pilosus).
    _______________
    1. Dioscoride, Materia medica, Livre III, chapitre 11.
    2. Larousse des plantes médicinales, p. 202.
    3. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 216.
    4. Pierre Lieutaghi, Le livre des bonnes herbes, p. 151.

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Les boucages (Pimpinella saxifraga et Pimpinella major)

Les fleurs du petit boucage.

Synonymes : boucage, boucage saxifrage, petite pimprenelle pour le petit ; pied-de-chèvre, faux saxifrage, boucage à grandes feuilles, boucage à feuilles de berle, grande pimprenelle pour le grand ; pimprenelle blanche, persil de bouc, bouquetine en commun.

Avant de nous aventurer au sein de méandres où notre frêle esquif aura toutes les chances de s’embourber, débutons bien plutôt cet article par ce qui nous apparaît de plus certain : si l’on en croit Fournier, petit et grand boucages « n’existant pas en Grèce, les anciens ne les ont pas mentionnés [nda : attention, attention, les « Anciens » ne peuvent et ne doivent, en aucun cas, être réduits à la seule Grèce !]. On ne sait pas par ailleurs, continue-t-il, s’ils ont connu les boucages méditerranéens qui, eux, n’y sont pas rares » (1). On pense, en l’occurrence, au boucage rupestre, autrement dit (en latin), Pimpinella tragium. « Rappelons que le nom de Pimpinella a été retenu par les botanistes pour désigner les boucages, dans les textes latins le mot pimpinella désigne les différentes espèces de pimprenelles », précise Guy Ducourthial (2). C’est donc plus postérieurement qu’on a attribué aux différents boucages le nom générique de pimpinella qui apparaît fort parlant, au regard d’une certaine caractéristique de ces plantes : la racine forte et âcre peut évoquer la morsure du poivre, piper en latin, que d’aucuns pensent retrouver dans le mot pimpinella. Autre chose : si l’on explique que le mot tragium, tiré du grec tragion, fait référence à cet animal qu’on appelle le bouc (tragos), on y voit un peu plus clair : les boucages dégagent une forte odeur. Dans l’œuvre de Dioscoride, l’on croise deux plantes, le Tragion et le Tragos (Materia medica, Livre IV, chapitres 40 et 41), qu’il serait bien tentant d’associer à nos plantes à odeur de bouc que sont les boucages. Mais je sens qu’on s’égare sur cette question. Il y a peu de chance pour que ces tragion et tragos aient un quelconque rapport avec nos boucages, petit et grand. Les choses se compliquent encore davantage lorsqu’on compulse quelques traités d’astrologie botanique dans lesquels on décèle la trace d’un tragion. C’est le cas d’un manuscrit grec qui expose les fabuleuses capacités de ce tragion que, bien entendu, l’on a voulu raccorder à un autre boucage que le petit et le grand, c’est-à-dire celui dont on a déjà parlé, Pimpinella tragium, le plus puant de tous si l’on en croit l’adjectif tragium (cela ne signifie pas pour autant que les autres sentent la rose, loin de là…) : « le tragion avait la réputation d’émettre une odeur forte et repoussante, proche de celle du bouc, à la fin de l’automne. L’observation de cette particularité avait conduit à donner à la plante la réputation de faire fuir ceux qui s’en approchaient. L’imaginaire collectif avait suffisamment amplifié cette réputation pour que l’on ait fini par croire que la plante possédait un pouvoir général de protection dont pouvait bénéficier ceux qui la portaient sur eux : ils n’avaient rien à craindre des animaux dangereux, ni même des lions qui symbolisent […] les plus redoutables d’entre eux et sans doute aussi tous les dangers de quelque nature qu’ils soient » (3). Mettre les mots bouc et astrologie dans le même panier devait nécessairement conduire à évoquer une des constellations du zodiaque, celle du Capricorne. S’il n’est pas évident de savoir si le tragion astrologique est bien plante de cette constellation, il est en revanche tout à fait possible de passer au crible les boucages afin de vérifier si eux le sont bien. Si tel est le cas, le boucage serait non seulement une plante « capricornienne », mais aussi saturnienne, puisque Saturne gouverne les natifs du Capricorne (22 décembre – 20 janvier). En tant que planète, Saturne joue « un rôle calcifiant, durcissant, coagulant. Elle rigidifie et participe aux processus de scléroses, d’obstructions, de fabrication de pierres » (4). Bien. En ce cas, il est nécessaire que les boucages soient des plantes aux vertus lithontriptiques, autrement dit antilithiasiques, ce qu’on a parfois dit d’elles, bien que cela ait été très souvent battu en brèche, en particulier au XIX ème siècle comme l’attestent ces deux extraits :
* « On a exagéré ses vertus au point de lui attribuer le pouvoir de dissoudre les calculs » (5).
* C’est une plante « dont la racine, allongée, blanche, d’odeur de bouc, de saveur âcre et aromatique, a été regardée, bien à tort, comme pouvant dissoudre les calculs » (6).
Bon, voilà qui n’arrange pas nos affaires. En revanche, sur la question des durcissements et des affections osseuses, telles que rhumatisme articulaire et arthrite, l’on est un peu plus proche de la réalité, ce terrain, propre au Capricorne, pouvant, en partie, intéresser les boucages. Saturne, qui se caractérise aussi par des insuffisances d’élimination, permet aux boucages de briller d’un point de vue phytothérapeutique, puisqu’ils sont considérés comme des plantes évacuantes. C’est pourquoi le Capricorne a besoin de plantes dépuratives pour s’affranchir d’affections comme les rhumatismes, la goutte, ce en quoi les boucages réussissent bien. Il n’a pas le choix, le Capricorne, il est assujetti à cette unique planète, contrairement au Verseau qui dépend à la fois de Saturne et d’Uranus. Dernier point que l’on peut évoquer pour souligner, une fois de plus, les propriétés évacuantes des boucages, leur implication dans ces phénomènes de restriction propre à Saturne. Les plantes liées à cette planète agissent généralement sur les flux intestinaux en luttant, par exemple, contre la constipation, correspondant à une solidification et à une densification, tout le contraire des boucages qui interviennent sur les mouvements inverses que sont les diarrhées et autres catarrhes intestinaux. En définitive, l’on ne peut pas affirmer que les boucages soient des plantes maîtresses de la constellation du Capricorne. Mais cela n’empêchera en rien qu’on prête à ces plantes un intérêt certain, en particulier à partir du XVI ème siècle : de cette époque date un engouement (sans pareille mesure depuis) pour les boucages. Fournier écrit qu’on « leur attribue tant de si puissantes vertus qu’on en ferait tout un volume » (7) dans lequel on ferait entrer ces plantes comme remède du choléra et de la peste entre autres. Ce qui paraît être une exagération parmi tant d’autres, en Allemagne les boucages intervenant d’un point de vue magique pour lutter contre ces épidémies. Tout ceci est bien compréhensible et rappelle l’obsession des Anciens de l’Antiquité gréco-romaine face aux bêtes venimeuses, qu’elles soient serpent, scorpion ou encore araignée phalange. Au Moyen-Âge et même après, l’épidémie « miasmatique » est ce que l’on redoute sans doute le plus. Il est donc aisé de comprendre que l’homme se soit adressé à une foule de végétaux dans l’espoir d’y découvrir la plante qui viendrait alors à son secours. Et cette attitude n’est pas propre qu’à ces anciens temps, de nos jours on fait encore de même : avant que le taxol de l’if réponde favorablement face à certains types de leucémie, plus de 35000 substances végétales furent testées… Autre chose concernant les boucages mériterait de l’être : « Schroeder et Bossechius l’ont préconisée comme sudorifique et comme propre à expulser les restes du mercure répandus dans les humeurs après un traitement anti-vénérien. Cette propriété n’a pas été suffisamment confirmée par l’expérience », concluait Cazin dans les années 1850 (8). Si jamais les boucages sont des plantes chélatrices des métaux lourds, cela vaudrait quand même la peine que ça se sache, non ?

Un petit, un grand, deux boucages. La moitié d’un mètre pour l’un, le mètre entier pour l’autre. Cela est le premier critère distinctif de ces deux plantes vivaces, assez fréquentes à largement répandues en France, de la plaine à une altitude maximale de 2000-2300 m, principalement sur des sols non acides tels que coteaux, pâturages, lisières de bois et de forêts, bordures de chemins, pelouses, rocailles, haies, à la différence que le petit boucage marque une préférence pour les lieux secs, humides pour le grand.
Outre cette dissemblance de gabarit, l’on peut facilement distinguer ces deux boucages par leurs tiges : le grand les a glabres, creuses, profondément sillonnées, alors que celles du petit boucage sont poilues dans leur partie inférieure, pleines, peu profondément sillonnées. Sur ces tiges, l’on trouve des feuilles de deux natures :
– Les inférieures, plus grandes, plus ou moins longuement pétiolées, composées de folioles en nombre impair (sept, neuf…).
– Les supérieures, petites, souvent trifoliées, parfois réduites à l’état du seul pétiole.
Chez l’un ou l’autre boucage, les fleurs sont réunies en ombelles peu rayonnantes (6 à 15 chez le grand boucage, 10 à 12 chez le petit). Généralement blanches, ces fleurs peuvent piquer un fard léger, ou carrément jaunir (comme c’est le cas du petit boucage). Honorant l’été et une bonne partie de l’automne, ces bouquets fleuris déploient des couronnes de petits fruits oblongues et côtelés, peu ridés, de quelques millimètres de longueur.

Les boucages en phytothérapie

Ce qui ressort majoritairement de l’ensemble des pratiques qui ont concerné les boucages jusqu’à ce jour, c’est que la phytothérapie n’a considéré comme seule matière médicale que la seule racine de ces deux plantes. « Principalement » serait plus juste, puisque les semences entrèrent quelquefois dans la composition de remèdes. A peu de choses près, les propriétés et usages de nos deux boucages se valent, caractéristique que l’on doit à des constituants biochimiques quasiment identiques. Présentons-les : de la résine, du tanin, de l’amidon, du mucilage, une saponine, des matières de nature pectique, etc. De plus, « cette racine possède en même temps une saveur âcre, brûlante, qui peut être à l’origine de son nom pimpinella. (Au Moyen-Âge, pibinella, pour pipernella, de piper, « poivre »). Odeur et saveur s’atténuent graduellement par la dessiccation » (9). Ces quelques mots de Fournier sont bien utiles : la racine des boucages, venant à sécher, perd de son parfum dont le responsable n’est autre qu’une essence aromatique (0,3 à 0,5 %) de couleur jaune d’or chez le petit boucage, contrairement au grand qui « contient une huile essentielle très forte, de couleur bleue », explique Cazin, ajoutant que, selon lui, la substance qui donne sa couleur à cette essence est aussi cause de l’âcreté de la racine du grand boucage, de même que cette coumarine du nom de pimpinelline qui apporte son amertume aux parties aériennes des deux boucages. Ce bleu se retrouve encore dans un autre boucage, Pimpinella nigra, comme le raconte Fournier : « la racine fraîche bleuit à l’air lorsqu’on la coupe (comme certains champignons) et certains fabricants de liqueur ont utilisé cette propriété pour donner à leurs produits une belle teinte bleue » (10). C’est, ma foi, fort intéressant et aussi très intrigant…

Propriétés thérapeutiques

  • Stimulants, toniques
  • Apéritifs, stomachiques, cholagogues, vermifuges légers
  • Diurétiques, dépuratifs, sudorifiques = « évacuants »
  • Expectorants, pectoraux
  • Vulnéraires, détersifs
  • Antispasmodiques
  • Emménagogues
  • Fébrifuges (?)

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère respiratoire : maux de gorge, angine atonique, infection de la gorge, toux, pharyngite, enrouement, trachéite, bronchite, catarrhe pulmonaire bronchique
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : digestion difficile, diarrhée, crampe d’estomac, pyrosis, catarrhe intestinal
  • Troubles de la sphère vésico-rénale : infection urinaire, lithiase vésicale, lithiase rénale, irritation rénale, hydropisie, rhumatismes, goutte
  • Troubles de la sphère hépatobiliaire : engorgement hépatique, lithiase biliaire
  • Affections bucco-dentaires : stomatite, maux de dents
  • Règles douloureuses

Usages homéopathiques : ils concernent exclusivement des affections touchant la tête à partir du cou : douleurs de la nuque et des vertèbres supérieures, torticolis, acouphènes, saignement de nez, maux de tête…

Modes d’emploi

  • Infusion de racine fraîche.
  • Décoction de racine fraîche (pour lotion, gargarisme, bain de bouche, bain d’yeux).
  • Décoction de semences.
  • Poudre de racine sèche.
  • Teinture-mère de racine.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Boucages = Apiacées = coumarines = phototoxicité. Je pense que c’est clair ainsi, non ?
  • Récolte : les semences à maturité parfaite (fin septembre – début octobre, par là). Les racines se déchaussent au printemps mais généralement c’est à l’automne qu’on se livre à la récolte des racines de boucage, petit ou grand.
  • Alimentation : ce sont surtout les feuilles récoltées à l’état jeune (au mois de mai) que l’on utilise à travers une pratique culinaire : on peut les incorporer à diverses préparations : salades, soupes, sauces, beurre d’herbes, etc.
  • Autres espèces : le boucage rupestre (P. tragium), le boucage voyageur (P. perigrina), le boucage noir (P. nigra), l’anis (eh oui ! P. anisum), etc.
    _______________
    1. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 171.
    2. Guy Ducourthial, Flore magique et astrologique de l’Antiquité, p. 579.
    3. Ibidem, p. 451.
    4. Sylvie Chermet-Carroy, L’astrologie médicale, p. 110.
    5. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, pp. 190-191.
    6. M. Reclu, Manuel de l’herboriste, pp. 71-72.
    7. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 171.
    8. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, pp. 190-191.
    9. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 171.
    10. Ibidem.

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Les feuilles du petit boucage.