La guirlande d’Aphrodite

Je crois que, au départ, ça n’est pas un Big Bang qui a eu lieu, bien plutôt un Big Hug : de l’eau. De l’amour en naquit, ou bien était-elle déjà là, cette Aphrodite, dont on dit que le vert chapel incarne le commencement de la vie. Eau tout d’abord débordante de tout, de vie, etc., qu’il fallut bien raisonner et arraisonner, canaliser, afin de la mener à bon port, et qu’elle se déverse, plus ou moins tumultueuse selon les saisons, dans un premier bassin où elle s’ébrouait en compagnie de turbulents gammares d’eau douce, puis dans un second où, défrangée de son écume, elle se calmait et s’assoupissait sans déranger le sommeil somnambulesque de bucoliques têtards…

Que j’admire l’opiniâtre patience de mes devanciers qui, après avoir repéré une source, ont cherché à l’exploiter, à en conduire le contenu vif et bouillonnant plusieurs centaines de mètres en contrebas, dans la combe, vers cette ferme qui, sans eau, se serait destinée à mourir. Les tuyaux qui se bouchent, ceux qui éclatent sous l’éclair mordant du gel hivernal, l’eau souterraine qui emprunte parfois une direction qu’aucune carte géographique ne peut recenser… Quel courage et quels tracas aussi cela dût être face aux mystères de l’eau. Et n’est-ce pas, justement, la vie qui veut rester en vie, qui agit ainsi ? Car sans eau, nous le savons, pas de vie. Et sans vie, pas d’amour. Et inversement. Cet amour serait alors une négation de la mort. Du moins un sursis qu’on s’accorde face à elle.

Il y a de cela maintenant bien des années, quand ma grand-mère, désireuse de m’inculquer quelques éléments d’autonomie, plaça une bonne brosse de chiendent dans mes mains, ainsi qu’un savon de Marseille si gros qu’il s’en échappait sans cesse, et qu’elle m’enjoignit de lessiver mes propres nippes dans le grand bassin destiné à cet effet, je ne savais pas alors que, bien plus tard, je serais de nouveau face à ce même bassin. De même que j’ignorais que, à défaut des miens, il me faudrait, un jour, me préoccuper des dessous de la déesse Aphrodite.

Dans La magie des plantes, Paul Sédir écrit que « pour que le règne végétal puisse se manifester sur une planète, il faut que celle-ci soit assez évoluée pour, après avoir cristallisé ses atomes de façon à former une terre solide, produise des eaux et une atmosphère, ainsi que l’indique le récit de Moyse. Alors une vague de vie nouvelle descend, qui est le véhicule de la première animation sur la planète ; elle est donc le symbole de la beauté, et voilà pourquoi le règne végétal correspond à Vénus […] La verdure des végétaux, c’est la mer verte d’où est sortie Aphrodite, fixée à la surface de la terre » (1). En effet, la déesse Aphrodite est attachée par bien des manières à bon nombre d’espèces végétales. Par exemple, la mythologie grecque nous explique que la rose serait née d’une blessure que la déesse se serait faite au pied (quelques gouttes de sang en perlèrent et, tout d’abord blanche, la fleur rougit de ce sang versé), et que le myrte fut le buisson qui lui permit de dissimuler sa nudité. Prenant conscience de la honte que lui suscitait son plus simple appareil, Aphrodite trouva refuge derrière un buisson de myrte qui devint dès lors l’un de ses nombreux attributs. Pour marquer davantage la relation de la déesse à certains végétaux, il est remarquable que dans bien des noms de plantes, on retrouve l’équivalence d’Aphrodite, à savoir la romaine Vénus. Ainsi peut-on croiser le sourcil de Vénus (= l’achillée millefeuille, Achillea millefolium), le nombril de Vénus (= l’ombilic, Umbilicus rupestris), les cheveux de Vénus (= le capillaire de Montpellier, Adiantum capillus-veneris), la cuvette de Vénus (= la cardère, Dipsacus sylvestris), la couronne de Vénus (= corona veneris, la menthe (2)), le sabot de Vénus (3), toutes plantes qu’on a considérées, pour une raison ou pour une autre, comme étant placées sous le patronage de la déesse.

Aphrodite suggère la beauté, tant à travers l’art (le chant et la danse) que l’amour. Elle inspire plaisir, joie, sensualité, grâce et volupté. C’est pourquoi on lui a souvent attribué des plantes produisant de savoureux fruits, blonds nectars plus doux encore que le vin : le pommier, le grenadier, le poirier, le cognassier, le figuier, l’abricotier, l’oranger, le fraisier… Outre la suavité de ces fruits, certains expliquent leur présence dans cette liste pour des raisons supplémentaires. La grenade, par exemple. En raison de ses très nombreuses graines, de la rotondité de sa forme et de la couleur de sa pulpe, elle a été associée à Aphrodite. C’est également le cas des plantes aux belles fleurs odorantes comme le lis blanc, la violette, la rose, l’iris, le narcisse, la jacinthe, l’asphodèle… Ce qui la caractérise donc, c’est ce qui sent bon, ce qui est doux et agréable olfactivement et gustativement (au passage, signalons la proximité étymologique entre le mot suave et l’affection amoureuse, suavis, en latin, se traduisant par « bien-aimée »). La bonne odeur, autant dire le parfum : Aphrodite est inconcevable sans cela, le parfum étant, pour la déesse, un puissant auxiliaire : cela explique pourquoi les recettaires astrologiques et magiques regorgent de matières parfumées (tant d’origine animale, minérale que végétale), dès lors qu’il est question d’honorer et de louer la déesse par le biais de prières, d’offrandes ou encore de libations. Par exemple, dans Henri Corneille Agrippa, on lit cette recette destinée à l’élaboration d’un parfum pour Vénus : « Il faut préparer un parfum avec de l’ambre, du bois d’aloès, des roses rouges, du corail rouge, et délayer le tout avec du sang de passereau ou du sang de colombe » (4). Dans cette préparation, le pouvoir du parfum est renforcé par la présence d’un animal-attribut d’Aphrodite, la colombe qui, avec la tourterelle, l’hirondelle et le cygne, est fréquemment cité (5). Cet oiseau était parfois élevé dans certains sanctuaires dédiés à la déesse, comme, par exemple, en Sicile, à Aphrodisias. Faire appel à toutes ces substances rouges (les roses, le corail, le sang), c’est aussi chercher à accroître la puissance du charme magique par le biais des couleurs. Si le jaune doré (les cheveux d’Aphrodite), le glauque, sorte de vert bleuté (ses yeux), et le rose (ses lèvres) sont couramment proposés comme couleurs vénusiennes, il reste que le rouge et le pourpre-sang d’Adonis sont indissociables de la déesse Aphrodite qui règne aussi sur les fluides vitaux dont le sang. Pour la meilleure réalisation du but, on n’hésitait donc pas à élaborer de véritables synergies dont les matières empruntent souvent aux trois règnes, c’est-à-dire toutes ces substances dans lesquelles, croit-on, est logé plus d’Aphrodite que nulle part ailleurs. C’est le cas des résines, parfumées de surcroît : le labdanum, issu du ciste, par exemple.

Cependant, tout n’est pas si rose dans le monde d’Aphrodite, le parfum possédant « la singulière capacité de déclencher des rapprochements anti-sociaux, de séparer femme et mari, amant et maîtresse, d’attirer par une force irrésistible vers le compagnon inattendu, celui d’une heure ou de quelques nuits » (6). Parce que, oui, Vénus/Aphrodite, maîtresse des transports en commun, ça n’est pas que luxe, calme et volupté. Il y a, dans ses attributions et pouvoirs, la vengeance sur la tromperie amoureuse, la revanche, la discorde encore, dont un fragment mythologique très célèbre fait figurer ensemble Aphrodite et le pommier, un autre de ses attributs : « Au mariage de la déesse grecque Thétis, Éris (la Discorde) suggéra qu’une pomme d’or soit remise à la plus belle des femmes présentes. Les déesses Héra, Athéna et Aphrodite revendiquèrent toutes les trois ce titre. Zeus demanda à Pâris, le fils du roi de Troie Priam, de départager les concurrentes. Pâris offrit la pomme à Aphrodite, qui lui promit qu’il serait aimé de toute femme qu’il choisirait et lui décrivit les charmes d’Hélène, l’épouse du roi de Sparte Ménélas. Pâris séduisit Hélène et l’enleva, ce qui provoqua la guerre de Troie » (7). L’on entrevoit dès lors le caractère ambivalent de la pomme qui n’évoque pas ici l’amour chaste (Athéna), ni l’amour conjugal (Héra), mais l’amour érotique et l’adultère, la convoitise et la concupiscence, à travers la figure d’Aphrodite, déesse des unions clandestines et du désir passionné et aveugle. C’est de cet épisode mythologique qu’est née l’expression « pomme de la discorde ».
Il en va de même du lis blanc : sa symbolique glissa du couple Héra/Junon à celui d’Aphrodite/Vénus. De l’amour conjugal et marial, on passa à l’érotisme, voire à une forme certaine de lubricité. Le lis, qu’on figurait souvent avec les déesses Pudicita (la Pudeur) et Spes (l’Espérance), devint le sceptre des satyres.

« Les amours d’Aphrodite, de même que celles qu’elle suscite chez les mortels et même chez les dieux, sont toujours irrégulières et coupables, destructrices des couples légitimes et perturbatrices de l’ordre social », puis-je lire dans un intéressant ouvrage qu’on doit à Jacques Brosse (8). Avec Aphrodite, il y a un piège qui consiste à tomber dans l’excès. Et il importe de ne pas rester au niveau des pâquerettes. Car que considérons-nous ? Aphrodite Ourania, déesse des amours éthérées ou bien Aphrodite Pandemos, maîtresse du désir brutal ? Selon qu’il est céleste ou terrestre, le visage d’Aphrodite change. Dans le premier cas, il est question des « forces irrépressibles de la fécondité », pilotées par le dieu Amour, le dieu premier, « qui assure non seulement la continuité des espèces, mais la cohésion du cosmos » (9). Et on ne peut aller contre : ce serait folie que d’aller contre ce que des âmes chagrines appellent folie… Cette Aphrodite-là, principe générateur qui est toujours en action sans quoi tout s’arrête (il n’est qu’à considérer la manière dont elle houspille de manière harassante Psyché dans L’âne d’or d’Apulée !), est bien différente de sa version terrestre qui véhicule l’amour, le désir d’amour, la pulsion que d’aucuns imaginèrent par trop bestiale, ce qui fut là une belle occasion de la rejeter, d’où cette soi-disant perversion dont on a accusé la déesse. Ne sont-ce pas plutôt son héritage et ses fonctions qui ont été pervertis par certains hommes sentencieux ? Expliquons. Il y aurait eu « perversion de la joie de vivre et des forces vitales, non pas parce que la volonté de transmettre la vie serait absente de l’acte d’amour mais parce que l’amour lui-même ne serait pas humanisé : il resterait au niveau animal, digne de ces fauves qui composent le cortège de la déesse. Au terme d’une telle évolution, cependant Aphrodite pourrait apparaître comme une déesse qui sublime l’amour sauvage, en l’intégrant à une vie vraiment humaine » (10). Que faut-il donc envisager ? Dépasser le stade de la coquille, ce pecten dont on peut faire un peigne qui viendra augmenter la beauté ? Dépasser celui du bouc pour accéder à celui de la chèvre, dont le lait adoucira les traits du visage, qu’ainsi on illuminera d’un teint qui modèlera les perceptions ?
Bien au contraire, ce sont d’autres aspects qu’on attribue à la déesse Aphrodite et qu’on retient par conséquent, en particulier si l’on reste très terre-à-terre. Considérons l’épisode qui place la jeune Myrrha en proie à la fureur d’Aphrodite qui se prend à la détester d’une haine farouche, parce qu’elle néglige de lui rendre hommage, c’est-à-dire que Myrrha s’enquiert davantage de chasteté qu’autre chose. Brutale, Aphrodite fait en sorte d’instiller dans le cœur de la jeune fille une terrible pulsion. Les divinités peuvent bel et bien fasciner (Athéna et Hermès en sont de bons exemples), agir sur tel ou telle, et faire commettre des actes impensables autrement : attiser la concupiscence chez le plus sage, favoriser les unions clandestines comme l’adultère, allumer l’insatiable désir passionné et aveugle qui ne recherche, sans raison aucune, que son unique assouvissement (nymphomanie et satyriasis sont quelques-uns de ces désordres pathologiques). Enfin, l’inceste. C’est cela qu’Aphrodite fait germer dans l’esprit de Myrrha, une passion dévoratrice qui s’empare d’elle. Dès lors, la jeune fille n’a plus d’yeux que pour son père. Son sang bouillonne et le nécessaire est fait, par le biais des divinités à l’œuvre, pour que Myrrha puisse assouvir l’inextinguible désir qu’Aphrodite a logé dans ses entrailles. De cette union non consacrée naît Adonis, que la déesse s’empresse de dissimuler dans un coffret pour en éviter l’évaporation, parce que, issu de sa mère Myrrha, transfigurée en arbre à myrrhe, Adonis, donc, est… parfum !… Celui-là même qui est censé faire tourner bien des têtes dans le sillage d’une empreinte parfumée. (Le choix de l’arbre à myrrhe m’a toujours semblé malheureux dans cette légende mythologique, du fait que la myrrhe – enfin, celle que je connais – est strictement anaphrodisiaque.)

Aphrodite, bien que réprouvée, n’est pas celle qui a donné lieu au plus grand nombre d’expressions dans la langue française : hormis les mots aphrodisiaque et anaphrodisiaque (dont nous évoquerons un peu plus loin les fonctions), il n’est pas grand-chose d’autre dont ait accouché la déesse. En revanche, concernant Vénus, il en va bien autrement : si l’on sait peu que le verbe vénérer provient d’elle, on se rappelle davantage de l’adjectif vénérien qu’on associe, forcément, à une maladie sexuellement transmissible. Autrefois, les médecins, qui étaient plus poètes que de nos jours, employaient l’expression « coup de pied de Vénus » pour qualifier ces affections, la syphilis généralement, qui s’attrapaient (nous sommes bien dans la matière, là) lorsque Priape accostait aux abords du mont de Vénus (chez la femme, cette expression désigne le pénil) pour, peut-être, y déposer un de ses châtiments, c’est-à-dire une maladie de son cru – vénérienne, donc. Ce châtiment, infligé en raison de l’excès qu’on peut faire des pouvoirs de Vénus, s’exprima lors de « l’épouvantable débauche de tous genres, dans la fange desquelles se vautrait la société romaine, sous le règne des empereurs, [qui] ne pouvait manquer de corrompre la santé publique » (11). Inutile d’aller plus loin que la phrase d’introduction de ce petit ouvrage, immonde compilation de contre-vérités et d’hypothèses absurdes. Tout cela ne m’étonne que guère, Vénus étant la transposition de la belle hellène Aphrodite, elle-même issue d’une divinité plus orientale encore, véhiculant, dans l’imaginaire, la séduction et les dangers aussi qu’on peut déceler à travers cette lointaine origine, un « exotisme » peut-être lisible dans ces autres façons qu’on avait d’appeler la déesse, Cythérée et Kypris le plus souvent, tours et détours de la langue, lacs et entrelacs de la pensée, que l’esprit veule redoute. Peut-être à raison : la couronne qu’on associe à Vénus est bel et bien un insigne céleste : elle renseigne sur l’origine divine de la déesse. La forme circulaire de la couronne, on la retrouve aussi dans un autre objet, la ceinture : quand elle est conservée sur soi, elle est de chasteté, mais lorsque la jeune fille la dénoue, on passe tout de suite dans une autre dimension, celle où l’homme et la femme vont s’épouser. Et encore, son symbolisme est-il trouble : « Reliant, elle rassure, conforte, donne force et pouvoir ; liant, elle entraîne en échange soumission, dépendance et donc restriction, choisie et imposée, de la liberté » (12). Et que dire de la guirlande ? Il y a, dans un petit livre d’Anne Osmont que j’aime beaucoup, la description d’un rituel dans lequel une guirlande, emblème de bonheur et de beauté d’une femme, est détournée de sa fonction première en vue de nuire à sa propriétaire.

Ce n’est pas tout. Il importe de faire appel à l’astrologie afin de compléter au mieux la guirlande fleurie d’Aphrodite. Si l’on se contente de seulement prendre en compte l’avis des poètes de l’Antiquité gréco-romaine sur ce sujet, on constate que, en totalisant un certain nombre d’informations, les parties du corps humain sur lesquelles siégerait Aphrodite vont des pieds à la tête, en passant par les cuisses. Mais c’est loin d’être une généralité : en réalité, prédominent surtout le visage (le front, les yeux, les sourcils et les cils, armes d’amour, les cheveux – longs et souples, noirs ou blonds dorés), les seins, la taille, et surtout les épaules et les bras sans lesquels il n’y aurait pas d’embrassades possibles.

Adressons-nous maintenant directement auprès de la planète Vénus qui gouverne la peau, le système veineux et lymphatique, la gorge, les poumons et les organes génitaux féminins. Au contraire de la planète Mars, les natifs vénusiens rencontrent souvent des troubles en hypo-, ce qui fait qu’ils n’ont ni grande force ni grande résistance, qu’ils sont sujets à un hypofonctionnement glandulaire, à de l’asthénie, de l’hypotension, etc. Bien sûr, selon qu’on est Balance ou Taureau les choses diffèrent quelque peu. Le Taureau est concerné par la gorge, l’œsophage, le cou, la mâchoire inférieure et la peau. Les principaux troubles qui l’affectent sont les suivants : problèmes d’assimilation, déminéralisation, douleurs cervicales, perturbation thyroïdienne, affections touchant la sphère ORL comme les angines, par exemple. La Balance souffre, quant à elle, généralement au niveau des reins (vertèbres lombaires, glandes surrénales). La sphère génito-urinaire est chez elle défaillante, ainsi que la circulation veineuse et lymphatique.
Les personnes placées sous l’influence de Vénus devront principalement s’adresser à plusieurs types de plantes :

  • Celles qui assurent à la peau une bonne santé : l’iris, le lis blanc, la rose, la fleur d’oranger, la violette.
  • Celles qui stimulent l’activité des glandes. Thyroïde : le myrte vert. Surrénales : la sarriette des montagnes. Ovaires : la verveine citronnée.
  • Celles qui augmentent la circulation veineuse et lymphatique : le cassis, le marronnier d’Inde.
  • Celles qui purifient l’organisme : le tilleul, le citron, le cresson.
  • Celles qui prodiguent quantité suffisante de substances minéralisantes : l’ortie, la prêle.
  • Enfin, celles qui accroissent la résistance à l’effort et entretiennent un tonus suffisant : l’épinette noire, le thym vulgaire, la menthe poivrée, etc.

Un peu de pragmatisme pour achever cet article. Nous avons vu plus haut qu’outre les mots aphrodisiaque et anaphrodisiaque, notre Kypris (a)dorée n’avait pas donné naissance à d’autres termes que ceux-là. Et pour ce qui va suivre, ils sont bien suffisants. Dans l’un on lit un accroissement (l’attraction), dans l’autre une diminution (la répulsion). On ne retrouve pas cette opposition avec le mot vénérien. Existe-t-il des plantes dites vénériennes, d’autres antivénériennes ? A l’intérieur de ce mot, il y a bien quelque chose, mais ce quelque chose confine au sale, au morbide, au virus, à la souillure, et celle-ci ne peut être à la fois bonne et mauvaise. Dans la maladie vénérienne, on lit le péché, la faute commise en dehors d’un cadre social pré-établi : l’homme qui s’est rendu au bordel et qui en est revenu avec la chaude-pisse ; les soldats de la guerre de 1914-1918 que guettaient des hordes de filles syphilitiques, etc. Il n’existe rien de tel avec le couple aphrodisiaque/anaphrodisiaque, parce que derrière lui, ne se profile pas (plus ?) un spectre mortifère : par les substances dites aphrodisiaques et anaphrodisiaques, on cherche à rétablir un certain équilibre qui confine, de nos jours, plus souvent au plaisir qu’au pathologique. L’empirisme, c’est-à-dire l’expérience, que la science est parfois venue confirmer, a établi, au fur et à mesure de l’histoire qu’entretient l’homme avec les plantes depuis des millénaires, des données sur lesquelles on peut confortablement s’asseoir. Il existe donc des plantes aphrodisiaques qu’il est permis de lister : la grande berce, le gingembre, l’ortie, la vanille, le clou de girofle, le ginseng, la grande capucine, l’amande douce, le poivre noir, le petit galanga, la roquette, l’oignon, le safran, la noix de kola, le catuaba. A cela, ajoutons quelques huiles essentielles et absolus : la sarriette des montagnes, la rose de Damas, le santal blanc, le patchouli, le néroli, la maniguette, le jasmin, la cannelle de Ceylan « écorce », le thym à feuilles de sarriette, le bay Saint-Thomas. Tout au contraire, d’autres plantes sont résolument anaphrodisiaques. De façon très étonnante, un grand nombre d’entre elles vivent dans ou près de l’eau, ou bien leurs tissus en sont fort riches (eau bienvenue pour calmer les ardeurs d’un feu érotique trop grand) : nénuphar, nymphéa, lotus, saule blanc, grande ciguë, pourpier, laitue, chicorée, etc. D’un point de vue aromatique, signalons les huiles essentielles de myrrhe, de marjolaine à coquilles, de petit grain bigarade et de gattilier. Criante disproportion des substances aptes à favoriser et entretenir l’Amour dans son acception la plus large. Si nous étions fous, nous l’augmenterions d’autres plantes dont la réputation aphrodisiaque, bien qu’elle ait eu cours pendant un temps plus ou moins long, s’est finalement avérée fausse. Permettons-nous d’évoquer quelques-uns de ces cas :

  • La jusquiame, parce qu’elle passait pour rendre avenant, se place non loin de la bryone que, pour une raison assez semblable, on surnommait « navet galant ».
  • Le poireau, la joubarbe des toits, l’asperge, le chervis, l’arum, le panais, en vertu de leur forme éminemment phallique. Ajoutons-y la carotte : dans La magie naturelle, Jean-Baptiste Porta recommande cette racine pour « vaillamment combattre dans le camp de Vénus ». Cette réputation s’est perpétuée à travers un rite nuptial, la soupe aux mariés, dans laquelle « carotte et oignons prennent des formes phalliques pour bien marquer ce rituel de passage » (13).
  • La fève et le haricot sec : l’on a vu, dans la forme testiculaire de ces graines, une signature qu’on a longtemps considérée comme l’évidence même. A tort.
  • Le pois chiche : il doit sa présence dans cette liste en raison de la forme de sa graine. Parce qu’on croît y voir, stylisée, une tête de bélier, animal lubrique, on a fait rallier à cette humble plante le camp de Vénus.

Enfin, il est tout un contingent de plantes pour lesquelles il est difficile de trancher, puisque pour beaucoup, soit on les a considérées aphrodisiaques, soit l’inverse. Avec elles, nous nageons donc entre deux eaux, glauques, en conformité avec la déesse : il s’agit du céleri, de la benoîte, de la rue fétide, de la mauve sylvestre, de l’aurone mâle, des pignons de pin, de la camomille, etc.


  1. Paul Sédir, La magie des plantes, p. 16.
  2. Parfois, des couronnes étaient tressées à l’aide de rameaux de menthe. Les jeunes époux portaient de telles couronnes. De même, on parsemait aussi les chambres nuptiales de feuilles de menthe afin d’encourager les époux dans leurs ardeurs amoureuses.
  3. Le sabot de Vénus, soit la plus grosse orchidée d’Europe, tire son nom d’un récit légendaire durant lequel Vénus fut surprise à l’aurore en train de danser au sein d’un essaim de nymphes : « Lorsqu’un pâtre des environs, s’étant hissé avec témérité le long du rocher abrupt, avait jeté un regard sacrilège sur l’incomparable déesse, celle-ci avait donné un coup de talon sur le sol pour prendre son essor vers d’autres édens. Et juste à l’endroit touché par son pied avait fleuri l’admirable  »Cypripedium calceolus » » (Séverine Baumier, Entre le buis et la lavande, p. 130), Cypripedium étant, littéralement, la traduction de « pied de Kypris ». Cette explication fonctionne si l’on prend le sens de sabot comme celui de soulier. Mais, un sabot, c’est également une petite baignoire, instrument de beauté, qui plus est à destination d’une déesse telle qu’Aphrodite. Le sabot de Vénus devrait alors son nom à la forme du labelle, jaune et proéminent, qu’en botanique l’on appelle bel et bien un « sabot » qui, s’il n’accueille point d’eau, sert néanmoins à piéger les insectes de passage.
  4. Henri Corneille Agrippa, La magie naturelle, p. 130.
  5. Figuration de l’âme, la colombe « représente l’accomplissement amoureux que l’amant offre à l’objet de son désir. » (Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 269).
  6. Tobie Nathan, Psychanalyse païenne, p. 174.
  7. David Fontana, Le langage secret des symboles, p. 127.
  8. Jacques Brosse, Mythologie des arbres, p. 356.
  9. Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 36.
  10. Ibidem, p. 55.
  11. Paul Lacroix Jacob, Recherches historiques sur les maladies de Vénus, p. 1.
  12. Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 185.
  13. Christophe Auray, Remèdes traditionnels de paysans, p. 32.

© Books of Dante – 2019

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La centaurée chausse-trape (Centaurea calcitrapa)

Synonymes : chausse-trape (ou chausse-trappe), calcitrape, centaurée étoilée, chardon étoilé (= le « star thistle » des Anglais), pignerolle.

Que voilà encore un succédané, celui du chardon béni exactement, cette plante que nous avons traitée sur le blog il y a quelques semaines, lequel chardon béni s’avère être, lui aussi, le succédané d’une plante exotique, la quinine de Cayenne (Quassia amara) que, donc, l’on substituait par temps de vaches maigres ou bien parce que, irréductibles comme certains « Gaulois », un nombre conséquent de praticiens eurent la préférence pour les espèces indigènes (ici, chardon béni et surtout centaurée chausse-trape), non par chauvinisme et ostracisme, mais par simple mesure d’économie. C’est ce dont on prend connaissance lorsqu’on lit Cazin et, avant lui, Joseph Roques, par exemple. Ce dernier, après avoir été consulté par un malade, lui montra « au bord des champs le remède qui devait le guérir. Il s’empressa d’en faire une ample provision » (1). Puis il procéda par décoction édulcorée plusieurs fois répétées des feuilles et des capitules floraux de chausse-trape, ce qui, précise in fine Roques, parvint à le guérir entièrement. Faire bénéficier le pauvre et l’indigent d’une ressource thérapeutique locale et (presque) gratuite, tel était le credo des Roques et Cazin entre autres, plutôt que d’obérer ces populations déjà si miséreuses au XIX ème siècle, en particulier dans les campagnes et les faubourgs. Ils préférèrent de loin cela plutôt que de prescrire la dernière pilule exotique à la mode qu’on acquiert en officine à la condition impérieuse de payer à l’aide d’un argent sonnant et trébuchant de préférence. C’est tout un débat de société qui s’exprime ici, entre les médecins à la riche clientèle urbaine et bourgeoise, et ces médecins dits de campagne, à force ou à raison, et donc l’opposition manifeste entre les drogues exotiques lointaines et les remèdes locaux peu onéreux. La centaurée chausse-trape et l’un d’entre eux et « en raison de son abondance, elle a été beaucoup plus expérimentée que les précédentes [c’est-à-dire les quelques autres centaurées listées plus bas] et son action est beaucoup mieux connue » (2). Une chance ! Repérée du temps des Dodoens, Tabernaemontanus, Bauhin et autres Charles de l’Escluse pour ses qualités fébrifuges (sur diverses sortes de fièvres : la quotidienne, la tierce, la quarte, l’intermittente), il est arrivé à la chausse-trape de se rendre plus efficace encore que cet autre antipaludéen qu’est le quinquina (sous forme de sulfate de quinine, pour être exact), et d’être victorieuse là où l’écorce péruvienne avait rendu depuis longtemps les armes. Il faut dire que la chausse-trape est une batailleuse, comme l’illustre assez aisément son nom qu’on croit tiré du latin calcitrapa, alors que non : chausse-trape n’est pas autre chose que la transformation d’un mot d’ancien français, chauchetrepe, lui-même émanation et contraction des verbes chauchier et treper, signifiant, l’un et l’autre, « marcher sur quelque chose ». Les chausse-trapes sont ces objets métalliques aux quatre pointes acérées, qu’on jetait pour que s’y enferrent hommes et chevaux, l’ancêtre de la mine antipersonnelle en quelque sorte. Qu’une de ces pointes, parfois barbouillée de poison ou d’excrément, pénètre la chair, et c’était, à plus ou moins long terme, la mort assurée. Cette appellation de chausse-trape, donc, est relativement curieuse, puisque dans sa finalité guerrière et meurtrière, elle s’oppose de façon diamétrale au nom même de la chausse-trape, c’est-à-dire, en tout premier lieu, centaurée, pour lequel Fournier nous fournit quelques précieuses explications : « Les noms de Centaurée, Centaurea, Centaurium, sont la transcription du grec Kentaurion qui désignait diverses plantes médicinales dont la vertu était rapportée au centaure Chiron » (3). Ah oui, quand même ! Malgré le fait que la chausse-trape ait été investie d’une telle charge divine, « ce remède n’en fut pas moins abandonné, malgré les résultats ultérieurement obtenus par d’autres praticiens » (4), c’est-à-dire ceux du XVIII ème siècle, dont le docteur Clouet qui administra cette plante dans un très large cadre : en 1787, il en éprouva les vertus fébrifuges sur plus de 2000 soldats de la garnison de Verdun. Mais devant une telle audience, rien n’y fit. L’irruption du quinquina en Europe au XVII ème siècle, puis de la Quassia amara au siècle suivant, sonna le glas des fébrifuges indigènes, qu’on connaissait bien malgré ce que certains semblent insinuer : le quinquina a été vu comme un sauveur lors de son arrivée sur le marché européen, parce que, jusque là, on était, soi-disant, bien incapables, avec les seuls moyens du bord (notez l’élégance de la formule), de soigner un patient de fièvre intermittente. Oh, eh, à d’autres, hein !? Mais « nous n’estimons point ce qui croît chez nous, nous n’estimons que ce qui s’achète, ce qui coûte et s’apporte du dehors », professait déjà il y a plus de quatre siècles le théologien parisien Pierre Charron (1541-1603). Si ce brave homme voyait ce qu’on fait aujourd’hui, son sang ferait plus que trois tours dans sa tombe !…

Contrairement au chardon béni, le chardon étoilé, c’est-à-dire notre chausse-trape, est présent dans la France entière, de préférence sur des sols presque exclusivement calcaires (c’est presque à se demander si ce n’est pas aussi cela qu’il faut lire dans ce nom latin de la chausse-trape, calci-trapa…). Tout au contraire, elle est beaucoup plus rarissime sur les terrains granitiques et siliceux. Ainsi est-elle accueillie, durant deux ans ou davantage, sur les prés secs et caillouteux, les friches, à proximité des habitations de village, en bordure des chemins sur lesquels on se promène, près des édifices religieux aussi (voir l’image ci-dessous).
Et quelle architecture ! Au-dessus de longues racines charnues, se déploie tout un ensemble de tiges rameuses et anguleuses qui forme une sorte de buisson tout en boule. Ses feuilles !… oh, alternes et pubescentes, changent de nom selon l’étage où elles se situent. Non seulement : elles changent aussi de forme. Ainsi, les basses (radicales et pinnatifides) sont-elles surmontées par celles qu’on appelle du beau nom de caulinaires : celles-ci sont sessiles. Enfin, les supérieures sont suffisamment petites pour ne pas faire d’ombre à celles qu’elles chaperonnent, là, juste au-dessous. Mais, vu ce qui les surplombe, ces dernières « pitites » feuilles n’ont pas véritablement le besoin de darder des épines protectrices que, de toute façon, les involucres se chargent d’aiguiser : de leurs écailles ovales l’on voit émerger de longs et forts dards de couleur jaune paille, divariqués en étoile. Quelle puissance dans ce dernier mot, divariqués !… Face au temple, pour le mieux comprendre, le champ lexical architectural est toujours fort utile pour décrire, plus aisément, l’édifice que nous avons sous les yeux. La botanique, avec toute la richesse qui la caractérise, sait pourvoir à ce besoin pour désigner, grâce à des mots compliqués, une réalité végétale qui ne l’est pas moins.
Enfin, au-dessus de cette ligne de défense, la chausse-trape s’orne de capitules ovoïdes ou oblongues (rappelant, par leur forme, une sorte de bulbe), surmontés de fleurs – des fleurons centraux (on n’y voit aucune fleur ligulée) – de couleur pourpre.

La chausse-trape, gardienne du temple.

La centaurée chausse-trape en phytothérapie

Plante à peu près inodore, la chausse-trape, si elle possède des racines et des semences de saveur douce, change de ton avec ses feuilles et ses capitules floraux, qu’elle a très amers et styptiques, caractéristique que la centaurée chausse-trape doit à plusieurs principes amers (calcitrapine, cnicine, acide calcitrapique). Dénuée d’alcaloïde, la chausse-trape contient, en revanche des matières gommeuses et résineuses, de l’acide acétique, un pigment et, enfin, quelques sels minéraux et oligo-éléments (potassium, calcium, silice, fer, soufre).
Heureusement que Fournier nous a dit qu’on la connaissait bien mieux que les autres centaurées, hein ! Bon, trêve de sarcasme. Nous pouvons mentionner que plusieurs parties de ce végétal peuvent entrer en ligne de compte dans une pratique phytothérapeutique. Et qu’on n’emploiera pas les unes pour les autres. Rappelons que la racine et les semences de la chausse-trape ne sont en aucun cas amères, alors que les feuilles et les capitules floraux, si. C’est donc que toutes ces fractions détiennent des propriétés bien différentes que nous allons signaler ci-après.

Propriétés thérapeutiques

Les racines et surtout les semences :

  • Diurétique

Les feuilles et les capitules floraux :

  • Tonique amère
  • Apéritive, stomachique
  • Fébrifuge, sudorifique
  • Astringente, vulnéraire, détersive
  • Anti-ophtalmique

Note : comme c’est de coutume pour tous les succédanés, rappelons que les sommités fleuries de la chausse-trape s’emploient dans les mêmes conditions que la grande gentiane jaune (Gentiana lutea) et la petite centaurée (Centaurium erythraea).

Usages thérapeutiques

  • Fièvres de diverses natures : fièvre paludéenne, fièvre non pernicieuse, fièvre intermittente, fièvre intervenant aux équinoxes (comme, par exemple, la fièvre automnale cachectique)
  • Affections vésico-rénales : gravelle, hydropisie
  • Leucorrhée atonique

Modes d’emploi

  • A partir des feuilles et des capitules floraux : infusion, décoction, macération vineuse, poudre, suc frais, extrait alcoolique.
  • A partir des semences : décoction, macération des semences réduites en poudre dans du vin blanc.

Note : les semences étant beaucoup plus actives que les racines, il n’y a pas d’intérêt à utiliser ces dernières, plus utiles à la plante qu’à une pratique phytothérapeutique.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : elle doit se réaliser alors que les fleurs ne sont pas encore épanouies. Ensuite, la plante se dessèche et il est alors plus difficile d’en tirer avantage.
  • Association dans une visée fébrifuge : saule blanc (Salix alba), reine-des-prés (Filipendula ulmaria), absinthe (Artemisia abinthium).
  • Autres espèces : le bleuet (Centaurea cyanus), la centaurée du solstice (Centaurea solstitialis), la croix de Malte (Centaurea melitensis), la jacée (Centaurea jacea), etc.
    _______________
    1. Joseph Roques, Nouveau traité des plantes usuelles, tome II, p. 331.
    2. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 229.
    3. Ibidem, p. 228.
    4. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 259.

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Feuilleton estival : Histoires d’eau, épisode 2

Dans l’épisode précédent (si vous ne l’avez pas encore vu, c’est par ici), j’achevais ma diatribe (j’ai hésité avec compendium, mais diatribe c’est bien aussi) en indiquant qu’outre le pH, il existe d’autres critères qui permettent de qualifier telle ou telle eau de médiocre, mauvaise, passable, assez bonne, excellente. C’est ce qui nous amène aujourd’hui au point suivant : l’étude de la minéralisation des eaux.

C’est un sujet qui est à la portée de tous, ou presque. Encore faut-il aller chercher l’information là où elle se trouve, en comprendre le sens, afin d’en tirer les conclusions qui s’imposent, ce qui, vous allez le voir, n’a rien de bien sorcier.

Nous n’évoquerons pas pour le moment la minéralisation de l’eau du robinet (qui n’est pas uniforme : elle n’est bien évidemment pas la même partout). A ce titre, intuitivement, de la minéralisation de l’eau du robinet, qu’en savons-nous, nous autres quidams ? Pas grand-chose, en réalité. Nos expériences se bornent à la petite pellicule poudreuse qui blanchit le fond de la casserole dans laquelle on fait bouillir de l’eau, ou à celle qui s’accumule, croûteuse, sur la semelle métallique de la bouilloire électrique (qu’il faut nécessairement nettoyer au vinaigre régulièrement, ça rallonge la durée de vie de l’appareil et consomme moins d’énergie pour chauffer le même volume d’eau). Ou bien quoi encore ? Tenez, les cheveux qui crissent quand on les rince avec une eau trop calcaire après le shampooing, ou ce même calcaire qui entartre les tuyaux au point de les faire ressembler à des artères engluées de cholestérol. Il ne s’agit là que d’une simple approche empirique qui nous apprend que, oui, dans l’eau, il n’y a pas que de l’eau. C’est pourquoi, dans le fer à repasser, on n’y instille pas d’eau du robinet, mais de l’eau déminéralisée, c’est-à-dire une eau ne contenant pas d’ions : elle est donc purifiée. Précaution bien utile sans quoi le fer peut s’encrasser, mot qui prend ici le sens synonyme d’entartrer. Et l’on sait tous qu’il n’y a rien de bien valeureux à l’encrassement et à l’entartrage. Et le tartre, il faut bien le dire, n’a pas bonne presse. C’est par ce terme que le médecin et pharmacologue allemand Johann Schröder (1600-1664), qui se réclamait de Paracelse, désigne l’ensemble des substances qui se déposent dans l’organisme, et qui sont responsables de la plupart des maladies. On le voit à notre simple niveau : le tartre est souvent associé à la notion de méfait (je n’ai jamais rien entendu de contraire). Autrefois, bien conscient de ce que le tartre pouvait engendrer, on avait bien raison de partir à la recherche de matières médicales – des plantes, par exemple – à même de dissoudre et d’évacuer ce tartre hors du corps, action d’expulsion garantissant le retour de la santé. Or, nous le savons, l’eau du robinet contient du tartre. Par ce seul fait, elle ne peut être bonne pour la santé. Pourtant, on a tendance à l’oublier. Aussi, que faire ? Derechef, adressons-nous aux eaux vendues dans des bouteilles. Mais là, gros hic : beaucoup de ces eaux sont dites minérales. Voilà que ça commence bien. Qu’est-ce que c’est qu’une eau minérale, d’abord ? En France, on lui accorde le statut suivant : « Eau d’origine souterraine, protégée de toute pollution. Ses caractéristiques chimiques doivent être stables. Elle doit être de nature à apporter, dans certains cas, ses propriétés favorables à la santé. »
« Naturelle », « minérale », « protégée de toute pollution », « santé », « stable ». Go, allons-y, qu’attendons-nous donc ? Qu’es-tu fish marin d’eau douce, on te dit que c’est bon, on peut la boire sans risque, cette eau-de-là, et…
Ata-ta-ta-ta, mon cousin. Prends ta tête à deux mains. Posons-nous un moment. Posons-nous surtout les bonnes questions. « Elle doit être de nature à apporter, dans certains cas, ses propriétés favorables à la santé. » C’est ce que l’on souhaite, en effet. Cela explique pourquoi sur la plupart des étiquettes d’eau en bouteille, aussi bien celles qu’on trouve dans la grande distribution que celles qui se dénichent dans des circuits alternatifs, la plupart – que dis-je ? – toutes, oui, toutes ces eaux portent une étiquette sur laquelle on peut clairement lire le pH ainsi que la minéralisation globale, c’est-à-dire ce que l’on appelle le résidu sec. Le résidu sec, c’est ce qui reste dans la casserole après qu’un litre d’eau bouillie à 180° C s’en soit évaporé ; la pellicule blanche et poudreuse, quoi, que nous autres ne pouvons pas peser avec une balance de ménage, ni même avec un pèse-lettre. Non, là, c’est affaire de spécialistes, on entre dans le monde de l’infiniment petit, puisque le résidu sec est exprimé commodément en milligrammes par litre d’eau. Par exemple, pour Volvic : résidu sec à 180° C : 130 mg/L. Après, sans doute histoire d’en mettre plein la vue à la bande de nouilles que nous sommes, les firmes (Évian, Contrex, Hépar et compagnie) affichent carrément dans le détail les substances minérales, nous faisant regretter de ne pas avoir été plus attentif durant les cours de physique/chimie de Madame La Burette. Soit c’est pour gagner de la place, soit c’est pour faire son intéressant, mais on a toujours l’impression d’avoir affaire à un micro tableau de Mendeleïev avec ces Mg, K, Ca, Na. Hg, aussi (nan, j’déconne). Et là, c’est fatalement le drame : une telle contient plus de magnésium que telle autre qui, elle, contient moins de sodium et presque autant de magnésium qu’une troisième ; et la quatrième, là, tiens, qu’est-ce qu’elle raconte, hum ? Comme l’impression de se faire balader. D’façon, il est passé 20h00, ta marmaille hurle à pleins poumons qu’elle a faim, t’es garé en double file, t’a pas le temps pour toutes ces conneries, j’en passe et des meilleures. Bref. On prend la première qui passe ou la moins chère, ce qui s’avère être souvent la même chose. C’est ainsi que se targue de l’être celle qui a l’audace de s’appeler « eau préférée des Français » (merci de ne pas m’inclure dans le lot). Vous ne voyez pas de quelle eau je parle ? Siii ! Allez, ça commence par un c. C comme communelle. Non, toujours pas ? Bon. (Chut alors).

Le griffon de Dax (Landes)

Puis l’habitude de boire de telles eaux devient aussi courante que l’eau du robinet. On se fait donc un devoir de se trimballer à bout de chaque bras un gros pack de neuf litres, on s’esquinte le dos à grimper tout cela dans les étages, pour se farcir, au final, une eau aussi médiocre que celle du robinet que, sans un égard pour eux, on abandonne au poisson rouge dans son bocal ou à la serpillière. On se sent fier du sacrifice accordé, de l’effort consenti, contre cette eau du robinet qui possède néanmoins un avantage sur sa consœur embouteillée : tu ouvres le robinet, elle monte toute seule !
L’habitude, donc. L’on croit bien faire, on imagine préserver sa santé parce qu’on a compris que l’eau du robinet, ça pue et pis c’est nul ; on s’enorgueillit donc de faire consommation courante d’eau en bouteille parce que – pH, minéralisation, slogan – tout y est. Confiansss… Je n’irai pas jusqu’à dire que ceux qui vendent la plupart de ces eaux seraient capables d’aller fourguer une sorbetière à un Inuit, non, je ne franchirai pas cette délicate ligne rouge. Mais nous ne sommes jamais qu’à quelques encablures de l’arnaque qui procède d’un abus de langage et d’un défaut d’interprétation des informations apportées au consommateur. Les eaux richement minéralisées, c’est comme la lessive, « on doit en manger, parce qu’ils nous en vendent », pour reprendre le bon mot de Coluche à l’encontre de la publicité.
Une approximation s’étant juchée et établie au niveau d’une vérité scientifique indéboulonnable, il y en a plus d’une. Comme, par exemple celle-ci demeurée célèbre : l’épinard et son formidable taux de fer, qui s’est avéré n’être, finalement, qu’une erreur due à un mauvais placement d’une virgule. Le pire est que, même après qu’un correctif ait été apporté, on s’est ingénié à perpétuer la croyance – Popeye avait déjà frappé – que l’épinard était un végétal bourré de fer. On vole ici au même niveau que la rengaine des « produits laitiers qui sont vos amis pour la vie », un truc de ouf dont l’objectif semble consister à gaver des bambins de machins trop gras pour qu’ils aient droit – ces malheureux – à leur quota de calcium. Ce qui ressemble encore fort à cette autre entourloupe : « Si tu ne veux pas manger tes légumes, OK, mais mange au moins ta viande », attendu que si elle ne l’est pas, c’est du gaspillage, alors que si on balance des brocolis à peine mâchouillés par des dents de lait à la poubelle, c’est moins grave, n’est-ce pas ? Faire l’inverse, cela contreviendrait à un ordonnancement artificiel (et surtout inepte des choses) : l’argument voulant que la viande est plus nutritive que les légumes. Faux, faux, archi-faux ! On sait depuis plus d’un siècle que 100 grammes de lentilles fournissent 2,5 fois plus de calories que la même quantité de viande, on sait aussi que, à poids égal, on trouve 18 % de protéines dans la viande de bœuf contre 45 % dans les graines de soja !
Pour que le chafouin puisse vendre et l’alouette acheter, en voici donc quelques-uns, des mensonges et des à-peu-près. Pourtant, dans ces aliments (viande de bœuf, soja, produits laitiers, épinards), on en trouve bien, des « sels minéraux », non ? Alors, pourquoi il nous casse la tête avec les mêmes minéraux dissous dans l’eau, qu’elle soit robinesque ou minérale ? La raison en est bien simple, mes bons : l’homme est une espèce hétérotrophe, au contraire des plantes qui sont autotrophes. C’est là une différence abyssale : une plante se contente d’une eau minérale, y puise les éléments minéraux. Pas nous, puisque notre nature hétérotrophe nous incite à partir en quête d’aliments organiques. Les seuls minéraux qui nous sont donc accessibles, ce sont ceux contenus dans d’autres organismes vivants. Sucer un caillou, ça ne nous nourrira pas. C’est pour cela que ces eaux – minérales ou du robinet – sont inacceptables pour un organisme humain, quand bien même elles contiendraient 500, 1000, 2000, voire 10000 mg/L de substances minérales dissoutes. L’organisme ne sait pas quoi en faire, ne sait pas s’en servir (ou si peu), puisque ces substances sont inorganiques, et donc non biodisponibles. Tu dois donc aller chercher le calcium, le silicium, le fer, le sodium, etc. là où ils se trouvent bons pour toi, c’est-à-dire dans les végétaux et les animaux, parce que si tu t’en remets aux sels minéraux et oligo-éléments contenus dans l’eau quelle qu’elle soit, en pensant faire une bonne action, je suis au regret de te dire que tu es, hélas, dans l’erreur : tu ne te soignes pas, tu t’encrasses. Rappelle-toi Schröder et le tartre. Ici, les valeurs thérapeutiques de l’ensemble des éléments dissous n’ont plus cours.
Que les bouteilles portent des étiquettes comportant les valeurs minéralogiques des eaux qu’elles contiennent, pourquoi pas. Mais le choix, si besoin, doit impérativement se porter en direction des eaux dont le résidu sec, exprimé en mg/L, n’excède pas un nombre comptant plus de deux chiffres (si 80 mg/L représente un taux moyen à ne pas dépasser pour un usage quotidien, certaines sources annoncent un nombre à trois chiffres : 120 mg/L maximum). Et, à ce niveau, force est de remarquer, qu’il existe, plusieurs catégories, plusieurs tailles, comme pour les vêtements :

  • Small : TDS inférieur à 50 mg/L : Lauretana (14), Mont Roucous (22), Rosée de la reine (26,8), Montcalm (32), Volcania (43,6).
  • Medium : TDS compris entre 50 et 500 mg/L : Celtic (50), Mont-Blanc (105), Cristaline (300), Thonon (342), Évian (342), Perrier (456).
  • Large : TDS supérieur à 500 mg/L. Se subdivisant en :
    – XL : TDS compris entre 500 et 1000 mg/L : Salvetat (520), Arcens (773), San Pellegrino (854), Quézac (980).
    – XXL : TDS compris entre 1000 et 5000 mg/L : Badoit (1100), Velleminfroy (2010), Contrex (2078), Hépar (2513), Vichy Célestins (3325), Vichy Saint-Yorre (4774).
    – XXXL : TDS supérieur à 5000 mg/L et plus : Hydroxydose (9050).

Note : on parle aussi de TDS : total dissolved solids, c’est-à-dire le total des solides dissous dans l’eau, équivalent au résidu sec.
Note 2 : les eaux peu minéralisées proviennent de massifs granitiques ou volcaniques, tandis que celles qui comptent les plus forts taux de matières minérales dissoutes émanent de zones calcaires. Celles qu’on disait autrefois miraculeuses ont toujours appartenu à la première catégorie.

On imagine ce qu’une eau contenant 1000 mg/L (soit un gramme tout de même), continuellement bue, peut causer, à la longue, sur la santé d’un organisme. La seule raison qui peut expliquer et légitimer qu’on boive une eau hautement minéralisée, c’est en cas de cure, ce qui justifie ce passage que je place de nouveau sous nos yeux : « Elle doit être de nature à apporter, dans certains cas, ses propriétés favorables à la santé ». Dans certains cas. S’agissant d’une cure, médicalement ordonnée et suivie, elle consiste donc en l’absorption d’une eau x ou y durant un laps de temps donné, jamais de manière pérenne, et de préférence sur place, parce que « cette eau, que l’on peut boire au griffon dans une station thermale, est thérapeutique » (1). Mais il n’est pas toujours possible de se déplacer auprès de la source salvatrice. Qu’à cela ne tienne, c’est l’eau qui vient auprès du patient, s’il le faut. Seulement « la mise en bouteille fait perdre à l’eau ses propriétés initiales. L’eau s’oxyde, s’alcalinise et se minéralise. L’eau a perdu sa structure, elle est devenue une eau morte » (2), moribonde à tout le moins. C’est là l’apanage d’une eau chargée en substances minérales inassimilables, alors qu’une eau pure (du moins, la plus pure possible) est vectrice de santé, donc de vie. Il est impératif de se départir de l’idée que des eaux riches en sels minéraux et autres oligo-éléments apportent de multiples bienfaits. Parce que l’eau n’est pas censée apporter, ajouter, accumuler, nourrir. Au contraire, la véritable fonction de l’eau dans l’organisme, c’est d’épurer, d’éliminer, de nettoyer, de retrancher, d’emporter, c’est-à-dire l’inverse même de l’entartrage et de l’encrassement. On n’aurait pas sérieusement l’idée de laver ses sols avec une eau boueuse, n’est-ce pas ? Eh bien, là, il en va de même. Une eau peu minéralisée possède véritablement des fonctions essentielles pour l’organisme : elle favorise l’élimination des toxines et la dépuration du sang, elle déterge les organes tels que les reins, la vessie et les intestins, elle protège l’organisme de la suroxydation, etc.

Pour en terminer là sur cette question de la minéralisation des eaux, il est temps pour moi de vous faire part des résultats obtenus à l’aide de mon appareil de mesure du TDS qui établit pour chaque eau analysée le nombre de ppm qu’elle contient. Par ppm, on entend partie par million ; 1 ppm = 1 mg/L). Voici :

  • « Mon » eau du robinet : 342 ppm. Résultat médiocre.
  • La même, filtrée par mon appareil au charbon : 277 ppm. On observe une baisse de 19 % par rapport à ce qui précède. Le résultat reste néanmoins médiocre.
  • Eau de pluie : il a beaucoup plus sur la région lyonnaise le 6 août dernier, j’en ai donc profité pour disposer un récipient en verre afin qu’il s’emplisse suffisamment d’eau du ciel. Après analyse, il s’avère qu’elle ne compte que 49,9 ppm d’éléments minéraux dissous, ce qui en fait une eau de boisson de valeur très largement supérieure à l’eau du robinet, sans compter que son pH est aussi excellent : 6,66 contre 7,63 pour l’eau du robinet qui coule chez moi.

Voilà. Avant de clôturer, je me permets de préciser que ces lignes seront suivies d’autres qui exploiteront, sur la base de la minéralisation, les notions de conductivité et de résistivité de l’eau, propriétés intrinsèquement liées à la présence ou à l’absence de matières minérales dissoutes dans les eaux de boisson.


  1. Roger Castell, La bioélectronique Vincent, p. 65.
  2. Ibidem, p. 73.

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La lampourde (Xanthium strumarium)

Synonymes : glouteron, petit glouteron, petit gletteron, gratteron, grapelle, grosse pagode, petite bardane, fausse bardane, herbe aux écrouelles.

Lampourde. Rigolo, comme nom ^^. Il provient de l’occitan lamporda, issu lui-même du latin lappa qui servait à désigner autrefois la bardane (la grande bardane, à travers son actuel nom scientifique latin en conserve le souvenir : Arctium lappa). Et cet étrange nom latin – xanthium – dont on s’est servi au XVIII ème siècle (Linné, 1753) pour fixer la lampourde dans le marbre de la taxinomie binominale. Xanthium, donc. Il provient du grec xanthios, mot faisant référence à la couleur jaune, et ce même mot servait, durant l’Antiquité gréco-romaine, à identifier une plante tinctoriale dont l’intérêt consistait à fournir une teinture capillaire blonde. On s’est posé la question de savoir si ce xanthion correspondait à la lampourde, mais sur ce point, les avis divergent. Certains disent que non, puisque, selon eux, les lampourdes sont originaires d’Amérique du Sud, on expliquerait donc difficilement ce qu’elles seraient venues faire en pleine Antiquité, il y a 2000 de cela. D’autres comme Fournier, même s’ils n’associent pas forcément lampourde et xanthion antique, signalent que la lampourde commune n’est en rien américaine, puisqu’elle existe à l’état spontané dans l’ancien monde. En attendant, en France, la lampourde est présente, surtout au sud d’une ligne Nantes-Strasbourg, s’épanouissant tant à basse altitude que sur les massifs légèrement montueux (j’ai récemment eu la chance d’en voir quelques petites colonies le long de la Saône au niveau de Rochetaillée), prêtant une affection non dissimulée aux sols humides en suffisance (berges sableuses des cours d’eau, proximité des mares, fossés frais, haies), mais également dans des lieux sur lesquels on rencontre aussi d’autres végétaux qui marquent une similarité avec la lampourde, c’est-à-dire ces chénopodes, amarantes ou encore arroches, appréciant donc particulièrement ces lieux incultes que sont les bordures de chemins et surtout les décombres.

La lampourde, astéracée annuelle qui n’excède pas un mètre de hauteur, est constituée d’une tige simple (ou un peu rameuse), rude et épaisse (qui rappelle assez celle du chénopode blanc le plus vigoureux par sa robustesse). Au registre des ressemblances, il est possible de comparer les feuilles triangulaires, longuement pétiolées et grossièrement dentées de la lampourde avec celle du bouleau. En revanche, quand elles prennent l’allure cordiforme à trois lobes obtus, c’est là qu’elles ressemblent assez aux feuilles de bardane, même s’il est vrai que leur aspect pubescent et rugueux au toucher (style papier émeri) renforce cette comparaison.
La lampourde porte des « fleurs d’un blanc verdâtre, axillaires, disposées en petites grappes et occupées supérieurement par les fleurs mâles réunies en tête, et inférieurement par les fleurs femelles, moins nombreuses, mais plus apparentes » (François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 518), parce que pistillées. C’est assez bien souvent le cas : fleurs mâles petites et nombreuses, fleurs femelles grosses et moins fréquentes. Ainsi peut-on les voir chez la lampourde de juillet en octobre, surtout les femelles, sans corolle, groupées par deux au maximum, sous la forme d’un involucre épineux, akène épizoochore, qui formera le fruit par la suite, lequel contient deux semences. Ovoïde et épineux, au premier coup d’œil, c’est au datura stramoine auquel j’ai pensé quand j’ai été pour la première fois confronté à la lampourde, bien qu’elles se rapprochent davantage des teignes de la bardane.

La lampourde en phytothérapie

La lampourde appartient à cette famille de plantes médicinales dont on dit succinctement qu’elles possèdent les mêmes propriétés thérapeutiques que telle ou telle autre plus connue, plus illustre, plus etc., la réputation de cette consœur de renom devant assurer à ses succédanées une relative protection et notoriété. Ainsi, la lampourde est-elle un succédané des deux principales bardanes médicinales, la grande (Arctium lappa) et la petite (Arctium minus), comme s’il s’agissait là d’un évident sauf-conduit, laissez-passer à tout le moins. Pourquoi donc se casser la nénette à établir des valeurs biochimiques rigoureuses dans ce cas ?
Première évidence aisément vérifiable : les feuilles de lampourde possèdent une saveur astringente et amère. Fournier communique néanmoins quelques données chiffrées : matières protéiques (36 %), sucre (saccharose : 3 %), matières grasses (38 %), résine et essence aromatique. Ce qui donne un aperçu bien léger quant à la composition biochimique de la lampourde. Dans les semences ont été isolées deux substances apparemment propres à la plante du jour : tout d’abord de la xanthostrumine, d’autre part un carboxyatractyloside du nom de xanthostrumarine.

Propriétés thérapeutiques

  • Diurétique, dépurative
  • Sudorifique
  • Antiscrofuleuse
  • Résolutive

Usages thérapeutiques

  • Troubles du système circulatoire lymphatique : adénopathie cervicale tuberculeuse chronique ou écrouelles (= scrofules)
  • Troubles de la sphère vésico-rénale : catarrhe vésical, gravelle
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : diarrhée
  • Affections cutanées chroniques (dartre), « lèpre »
  • Goitre
  • Fièvre intermittente

Modes d’emploi

  • Infusion vineuse de feuilles fraîches.
  • Macération vineuse de feuilles fraîches.
  • Décoction de feuilles fraîches.
  • Extrait de feuilles fraîches.
  • Suc frais de la plante entière (sauf parties souterraines).

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • La lampourde n’est pas cataloguée parmi les plantes toxiques pour l’homme, mais pour les animaux, oui : c’est du moins le cas chez la vache et le mouton pour lesquels elle détermine divers troubles dont vomissements, faiblesse et ataxie, convulsions, paralysie cardiaque, enfin coma.
  • Autres espèces : la lampourde à gros fruits (Xanthium orientale), la lampourde épineuse (Xanthium spinosum), la lampourde blanche (Xanthium albinum), etc.

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Le Manuel de l’Eau par Onésime Reclus

Très récemment, m’a pris l’envie soudaine de descendre à la cave pour en extirper un carton empli de livres, contenant très justement LE livre dont j’avais besoin pile-poil en ce moment. Il est des lubies qui ne s’expliquent pas toujours.
Ce livre, dont nous voyons ci-dessus la couverture, c’est un livre de famille si je puis dire, puisqu’il a appartenu au grand frère de mon arrière grand-père maternel, acquis pour ses bons résultats obtenus au collège en l’an 1911, ce qui est également la date du-dit bouquin.
Vieillerie et poussières, vous allez peut-être me dire… Nan ! J’avais surtout le désir d’en réitérer la lecture, la première remontant au moins à 25 ans. Entre mes mains, ce livre fatigué, je le feuillette doucement ; lecture diagonale glissant sur la douceur du papier. Et là – paf ! – un écueil écorche mes yeux et me fiche une bonne claque dans la figure. Que lisais-je donc sur telle page, qui provoqua en moi un tel émoi ? « La Terre ne vit que de l’Eau, comme l’Eau vit de l’Arbre, et l’Arbre de l’Eau. Ce sont là deux époux dont le divorce est la calamité suprême. » Je rétropédale. Vite, une autre page ! Peut-être n’y verra-t-on pas quelque chose qui rappelle de trop la brûlante actualité, mais non, c’est pis encore : « Dès que l’homme attente à la selve [nda : la forêt], la nature se trouble, le climat s’affole, l’eau s’en va, l’homme disparaît. » Tiens, prends ça dans la tronche ! Mais le clou, celui qui crucifie, tient en ceci, un paragraphe entier que je vous dévoile :

Le statut de la nature, impérieux comme tous les décrets, se lit ainsi : « Obéis ou meurs ! »
« J’ai décidé, dit-elle, que du moindre des lichens au chêne indéracinable, de la mousse invisible au sapin géant de Californie, toutes les plantes tireront de la roche inerte les sucs qui seront le sang de leur vie : ainsi, de ce qui semblait à jamais immobile, jailliront les feuilles, les fleurs et les fruits.
« J’ai décrété que de la vie inférieure des plantes naîtrait la vie supérieure des bestioles et des bêtes : si bien que de la plus méprisable des radicelles cramponnées à la pierre la chaîne des êtres arrive aux animaux qui bondissent.
« J’ai résolu d’élever l’un des moindres de ces animaux, l’homme, à la compréhension de quelques-unes de mes lois ; il parlera d’un bout du monde à l’autre bout avec la vitesse de la pensée ; il dominera la Terre et la Mer ; il montera dans les airs plus haut que le condor et il y voguera dans des aéroplanes conquérants de l’azur.
« Mais, ayant compris mes lois, il lui faudra les respecter sous peine de mort. Qu’il ne viole jamais la sainte harmonie que j’ai disposée entre les existences, de la roche à lui ! Qu’il n’oublie jamais que la forêt unit la vie sourde, confuse, immobile des pierres à la vie mobile des animaux et qu’à la détruire, cette forêt, il se détruirait lui-même parce que, ce faisant, il abaisserait la montagne et transformerait en ennemie l’eau qui crée tout, qui peut tout, qui règle tout ! »
Or, l’homme ayant méprisé la selve, s’est attiré l’inimitié de l’eau. Haine partout visible, dans la maladie ou la mort des sources, l’appauvrissement des rivières, la croissante caducité des fleuves.

L’ironie grinçante de l’affaire veut que ce livre, que l’on doit à l’un des frères du clan Reclus, Onésime (1837-1916), a été édité par le Touring-Club de France, association aujourd’hui dissoute, dont l’objectif principal consistait en la promotion du tourisme partout en France. A l’époque de cette publication, son président, Abel Ballif, rédige quelques lignes en guise de préface. En voici quelques-unes : « Œuvre d’une science profonde, où l’élévation de la pensée le dispute à l’originalité de la forme, le Manuel de l’Eau instruit et passionne. De chaque chapitre, on peut tirer tout à la fois un haut enseignement, une leçon de style, un sujet de méditation. Le maître et l’élève y trouveront également leur profit. Aux hommes de bien, qui ont accueilli avec un si vif empressement le premier de ces travaux [nda : Le Manuel de l’Arbre d’Émile Cardot paru en 1907], devenu en leurs mains une arme de salut public, un moyen de combat contre des erreurs, des ignorances, des préjugés invétérés, nous demandons le même généreux accueil pour ce dernier. » Dispendieuse de ses bienfaits, l’association qu’Abel Ballif présida jusqu’en 1919, adressa gracieusement 50000 exemplaires du Manuel de l’Arbre aux écoles de la République, et « nous en donnerons autant du Manuel de l’Eau et nous continuerons tant qu’il faudra cette œuvre de propagande » en direction de l’enseignement sylvo-pastoral dans les écoles. En voilà une de propagande qu’elle est douce (mot qui prend ici son sens le plus noble : celui de propagation et de diffusion du savoir), et dont la devise, très claire, et toujours d’actualité, était la suivante : « Pas d’arbres, pas d’eau ! »

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Les polygalas (Polygala sp.)

Polygala vulgaire (Polygala vulgaris)

Synonymes : herbe bleue, herbe au lait, laitier, polygalon.

Les commentateurs de Dioscoride ne s’y sont pas trompés : le « polygala » dont il parle au chapitre 125 du quatrième Livre de la Materia medica n’a pas retenu l’attention, et si tel avait été le cas, Matthiole n’aurait pas manqué de faire un parallèle évident avec le polygala – quel drôle de nom (la citation de Dioscoride ci-après va l’expliquer) – dont nous allons aujourd’hui nous préoccuper. Que dit Dioscoride à ce sujet ? Peu de chose, en réalité : « Le polygala croît à la hauteur d’une palme, avec des feuilles semblables aux lentilles, astringentes au goût. Cette herbe bue fait abonder le lait ». Littéralement, polygala signifie : plusieurs (poly) lait (gala). C’est donc une plante que l’on dit galactogène. Le hic, c’est que notre polygala a beau s’appeler ainsi, il n’est absolument pas propre à augmenter la sécrétion lactée chez la femme. On ne sait donc trop comment cette désignation s’est transférée au polygala qui, s’il est vrai qu’il stimule un certain nombre de sécrétions, ne passe pas pour galactagogue.
Après ce bond dans un lointain passé, effectuons-en un autre, géographique celui-ci, puisqu’il nous porte en Amérique du Nord, où il existe un autre polygala, le polygala de Virginie (Polygala senega), qui s’est taillé depuis longtemps une belle réputation tant auprès des autochtones que des colons. Il tire d’ailleurs son nom de celui d’une des Cinq-Nations, les Sénécas, localisées aux Grands Lacs américains. Cette plante, qu’on appelle snake-root en anglais, rappelle l’usage alexitère qu’en firent les Amérindiens appartenant à cette tribu, bien qu’on ne se soit pas arrêté à ce strict usage. En effet, pour le docteur Alexander Garden de Charleston, « le polygala de Virginie est le médicament galénique le plus puissant et le plus efficace pour atténuer fièvres et inflammations ». Ainsi disait-il en 1768, alors que, à peu près à la même époque, de l’autre côté de l’océan Atlantique, en Europe précisément, on argumentait en faveur du polygala indigène. C’est le cas de Van Swieten, par exemple, qui place le polygala vulgaire sur le même plan que le polygala américain, d’où le fait que le polygala vulgaire fut, durant le XVIII ème siècle, considéré comme succédané du virginien, ce qu’expliquaient d’autres praticiens comme Coste et Wilmet qui en usèrent dans la « phtisie » (que je place volontairement entre de gros guillemets) ou encore Gmelin, considérant cette plante de quelque utilité dans la syphilis. D’autres, tout à l’inverse, objectèrent qu’il était impossible qu’une si humble fleurette puisse se rendre responsable d’autant de prodiges (quand bien même il est plus que certain qu’elle joue un seul rôle d’adjuvant dans les deux affections – pathologiquement « lourdes » – sus-citées, ce qui n’est, évidemment, pas rien). Plus mesuré, le Dictionnaire de Trévoux soulignait fin XVIII ème qu’« un verre de vin dans lequel on fait infuser une poignée de cette plante purge fort doucement et sans aucun accident fâcheux ».

Petite plante vivace presque ligneuse par sa souche, le polygala vulgaire se conforme selon une tige, le plus souvent simple, qui est, selon les cas, dressée, rampante ou semi-ascendante (verticale, horizontale, en diagonale, pour dire les choses plus simplement). A ce titre, elle ressemble fort au lierre terrestre. Ses feuilles, toutes alternes, lancéolées et linéaires, sont surmontées dès le mois de mai (et jusqu’en août) par des grappes assez lâches de fleurs bleues le plus souvent (il leur arrive d’être légèrement rosées ou blanches). Ces fleurs, si on ne s’y arrête pas, l’on n’en remarque pas la singulière disposition : chacune possède plus de sépales que de pétales : ces derniers, jamais plus longs que cinq à huit millimètres, sont soudés entre eux et sont accompagnés de cinq sépales dont trois sont verts et assez petites, alors que les deux autres, plus grands, colorés comme les pétales, donnent l’impression fausse que la fleur du polygala vulgaire dispose de cinq pétales alors que c’est inexact. De plus, les deux plus grands sépales sont plus longs que les pétales et en possèdent l’identique texture. Et pourtant, ce ne sont pas des pétales. Fou, non ? Malgré ces simagrées, les fleurs du polygala vulgaire produisent des semences dont il est impossible de douter sur la question de la forme : toutes plates, on dirait des cœurs.
Le polygala vulgaire se plaît sur les sols à tendance plutôt sèche, de la plaine à la moyenne montagne (2000 m) : landes et autres sols sableux, prairies, friches, pelouses, pâturages, bordures de chemins, etc.

Le polygala amer, très semblable au précédent de par son allure générale, possède néanmoins une floraison au bleu plus soutenue et un goût qui explique l’adjectif amara. Lui qu’on dit plus rare que le commun (normal !) élit, de préférence, domicile sur des sols calcaires et, au contraire du polygala vulgaire, à tendance humide et fraîche : prés et pâturages, proximité des marécages et des tourbières.

Les fruits en forme de cœur du polygala vulgaire :)

Les polygalas en phytothérapie

Autrefois, les racines de ces divers polygalas (ainsi que celles du polygala « exotique » qu’est le polygala de Virginie, Polygala senega) étaient fréquemment mélangées dans les commerces qui détaillaient les plantes médicinales, comme les herboristeries. Cela valait au temps de l’intérêt qu’on attribuait encore à ces plantes, et ce pour au moins deux raisons diamétralement opposées : primo, considérant qu’elles ont toutes la même valeur thérapeutique, pourquoi s’enquiquiner à les distinguer ? Secundo, comme l’on a accusé le polygala vulgaire d’être pratiquement inerte, on a cru voir dans ce mélange de racines diverses une tentative de fraude. C’est pourquoi, le docteur Reclu, dans son Manuel à l’attention des herboristes, apportait les détails nécessaires à une bonne identification : la racine « du polygala de Virginie est grise, tortueuse, marquée d’une côte saillante, de saveur d’abord fade, puis âcre et piquante. Celle du polygala vulgaire est moins contournée, plus foncée, de saveur faiblement aromatique, puis un peu âcre ; la dernière est rameuse, blanchâtre, et très amère » (M. Reclu, Manuel de l’herboriste, p. 62). Il semble surtout que la confusion, la mauvaise identification botanique, etc., aient été à l’origine de dissemblances si criantes parmi les thérapeutes : par exemple, si pour le docteur Henri Leclerc le polygala vulgaire vaut largement le polygala américain, pour Hegi le polygala indigène est parfaitement inactif, alors que ce dernier, pour n’être pas totalement dénué d’action, passe pour une plante moins énergique que le polygala amer, voire même du polygala petit-buis (Polygala chamaebuxus).
Le polygala de Virginie emprunte des saponosides triterpéniques (sénégrines) au polygala vulgaire et de l’éther méthylique d’acide salicylique au polygala amer, c’est donc bien qu’entre ces diverses espèces il y a plus qu’une filiation purement botanique. Autres points communs aux trois espèces : tanin, matières résineuses, gomme, essence aromatique, mucilage. Ajoutons encore des sucres, des acides phénoliques, des phytostérols (surtout chez le polygala américain), de la gaulthérine (également présente dans la reine-des-prés, le bouleau flexible et, donc, la gaulthérie couchée). Enfin, le polygala amer doit son amertume à un principe particulier, la polygalamarine, surtout concentrée dans l’écorce de la racine de cette plante. Si ce sont les racines des polygalas qui emportent largement les suffrages, la matière médicale sait aussi se satisfaire des parties aériennes fleuries du polygala vulgaire.

Propriétés thérapeutiques

  • Expectorant, pectoral puissant, stimulant des muqueuses bronchiques, fluidifiant des sécrétions bronchiques, mucolytique, tonique respiratoire
  • Diurétique, diaphorétique, sudorifique, dépuratif
  • Tonique gastrique, sialagogue, purgatif
  • Tonique nerveux
  • Emménagogue

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère respiratoire : catarrhe bronchique aigu, bronchite chronique, bronchite post-grippale, atonie et congestion des mucosités bronchiques, pneumonie, pleurésie, hydrothorax, asthme humide, tuberculose pulmonaire (en prévention), toux sèche, toux quinteuse, coqueluche, croup
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : atonie digestive, inappétence, diarrhée, diarrhée chronique
  • Troubles de la sphère vésico-rénale : affections rénales, goutte, rhumatismes, hydropisie
  • Faiblesse générale, anémie, convalescence

Modes d’emploi

  • Infusion de la plante entière sans ses racines (Polygala vulgaris).
  • Décoction de racines (2 à 5 %).
  • Décoction concentrée de racines (10 %).
  • Extrait aqueux de racines.
  • Poudre de racines sèches.
  • Teinture-mère homéopathique (de préférence avec le polygala de Virginie).

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : celle du polygala de Virginie ne nous concerne pas, étant inexistant sur le territoire national. Le polygala amer, qui semble plus précoce que le vulgaire, fait l’objet de cueillettes printanières alors que son cousin se récolte davantage à l’été, en pleine floraison.
  • Le polygala de Virginie, assez virulent, est inemployable durant la grossesse, même à doses idoines. A fortes doses, il détermine diverses perturbations gastro-intestinales (brûlure d’estomac, nausée, colique, diarrhée), raisons qui expliquent qu’on veuille plus souvent utiliser le polygala amer qui, lui aussi, peut amener des sensations nauséeuses, et devenir émétique à fortes doses. Bien que moins violent, on prendra soin d’user de ce polygala avec circonspection. De même, on se gardera de faire usage des polygalas en phytothérapie dans des cas de lésions du tube digestif et d’hémoptysie.
  • Associations :
    – pour renforcer l’action « pulmonaire » du polygala vulgaire : lichen d’Islande, hysope officinale, lierre terrestre, millepertuis ;
    – pour minimiser l’action « énergique » du polygala amer sur les muqueuses gastro-intestinales : guimauve, mauve, tussilage, violette, bouillon-blanc.
  • Autres espèces : il en existe une douzaine environ en France, parmi lesquelles nous trouvons le polygala chevelu (P. comosa), le polygala du calcaire (P. calcarea), le polygala alpestre (P. alpestris), etc.

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Polygala de Virginie (Polygala senega)