L’huile essentielle de pin sylvestre (Pinus sylvestris)

Synonymes : pin sauvage, pin commun, pin d’Auvergne, pin des Vosges, pin de Hagueneau, pin de Genève, pin de Russie, pin d’Écosse (= scots pine en anglais), pinéastre, pinastre.

Le pin sylvestre est un arbre de taille et de forme variables en fonction du climat et de la nature du sol dans lequel s’enfonce sa racine pivotante. Au grand maximum, il culmine à près de 35 m et porte généralement une couronne arrondie ou aplatie que l’on appelle le houppier. De loin, le tronc paraît rougeâtre, les aiguilles bleuâtres. Approchons-nous. Du bout des doigts, touchons l’écorce. Rugueuse et écailleuse, elle présente en effet une jolie couleur brun rougeâtre caractéristique. Levons les yeux. Là-haut, le tronc est bien plus orangé. Les rameaux, dont l’écorce est verte quand l’arbre est tout jeune, passent au rouille puis au gris lorsque nous avons affaire à un vieux sujet. Et, partout, torsadées et piquantes, une myriade de paires de courtes aiguilles (4 à 8 cm) migrant du bleu vert au vert sombre avec l’âge.
Si nous sommes à la fin du printemps, nous aurons l’opportunité de voir réunis sur le même arbre des chatons mâles de couleur jaune « ramassés en grappes terminales, dont le pollen est si abondant qu’il se répand parfois au loin, porté par les vents, ce qui fait croire à des pluies de soufre » (1) et des petits cônes femelles, futures pommes de pin, de couleur rougeâtre. Bien plus tard, si nous revenons auprès du même arbre, outre le sol forestier jonché d’aiguilles brunies et de cônes écartelés, parfois en phase de pourriture, secrètement dévorés par les invisibles animaux de la terre, il est fort probable que nous recevions une pomme de pin détachée de l’arbre sur la tête. Ploc ! Alors, si elle nous apparaît brune et écailleuse, d’assez modeste format, sur l’arbre, elle aura d’abord été verte aux écailles serrées, de forme conique.

Le pin sylvestre est un arbre très répandu. Face à l’un de ses sujets, nous pouvons nous situer aussi bien en Europe qu’en Asie septentrionale, tant en plaine qu’en région montagneuse (2300 m d’altitude maximum), sur des sols rudes et sablonneux, généralement peu irrigués, tels que landes et rochers, alluvions et pelouses sèches. Il s’adapte et s’enracine particulièrement bien, c’est pourquoi « il vient dans tous les plus mauvais terrains, et on peut le cultiver dans les lieux qui semblaient être condamnés à une aridité éternelle » (2). Malgré tout, les sols trop compacts, trop denses, trop étouffants, ne lui conviennent pas et, si d’aventure il venait à germer dans des substrats de ce type, il resterait plus ou moins rabougri. Bien qu’il ne lui faille que très peu d’eau et de matières premières, il est un aspect indispensable qui réside dans la luminosité. Comme l’avait déjà fait remarquer Théophraste au IV ème siècle avant J.-C., « le pin, qui vient particulièrement beau et grand aux endroits bien exposés, ne vient pas du tout à l’ombre ». Entre autres prouesses, le pin sylvestre est tout à fait capable de jouer le rôle de pionnier sur les terrains incendiés – traumatisés pourrait-on dire – terrains sur lesquels d’autres essences (pensons aux hêtres, aux chênes et aux épicéas) renâcleraient à l’idée de s’y installer. De plus, son statut d’ancêtre au regard d’arbres apparus plus tardivement, ainsi que sa longévité non négligeable, bien qu’elle ne soit en rien comparable à celle de Mathusalem (3), font du pin sylvestre un arbre costaud et solide qui, malgré cela, ne repousse jamais quand on le coupe, ne produisant ni rejet ni drageon, talon d’Achille qui trouvera toute sa valeur au sein de la mythologie grecque et qu’il nous faudra nécessairement aborder à travers au moins un de ses épisodes.

En tous les cas, nous pouvons assurer qu’une observation minutieuse du pin sylvestre au fil du temps aura fait que l’homme lui a accordé différentes symboliques, dont les principales résident dans l’immortalité et la longévité, deux aspects entremêlés qui s’expliquent bien davantage que par le seul caractère semper virens de cet arbre.
Qu’en Grèce antique l’on ait expressément interdit de toucher à la moindre aiguille des pins sacrés en dit long sur le pieu respect qu’avaient les contemporains d’Hippocrate au sujet de ces créatures végétales qu’au Japon l’on croit habités par des divinités, les kami, qui investissent, lors des festivités du nouvel an, les pins que l’on place de part et d’autre de la porte d’entrée des habitations. Ainsi, ces pins abritant les kamis sont-ils censés prodiguer leurs bienfaits durant l’année à venir, appréciant, dit-on, le vert feuillage de ces conifères. C’est d’ailleurs en raison de ces symboliques de puissance vitale et de bon augure qu’au Japon les temples shintoïstes et les instruments rituels sont fabriqués en bois de pin. Outre son feuillage constamment vert, le pin se distingue par sa « sueur », c’est-à-dire sa résine qui possède la particularité d’être imputrescible, d’où la valeur d’immortalité qu’on a concédée au pin : les taoïstes en mangeaient les graines, les aiguilles et la résine afin de rendre plus légère leur enveloppe charnelle, ce qui est d’une remarquable pertinence sachant l’accointance du pin avec l’élément aérien. En Chine, le pin s’organise en triades, d’une part avec le bambou et le prunier, d’autre part avec la grue et le champignon, témoignant chacune de cette puissance vitale, manifestée encore davantage par le champignon merveilleux naissant de la sève d’un pin s’étant écoulée jusque dans le sol.
Lorsqu’ils vont par paires, comme c’est le cas des pins japonais qui encadrent les portes d’entrée, sont impliquées également des symboles de fidélité et d’amour, ce qui fait que le pin apparaît souvent dans les rites matrimoniaux, ornant le front des divinités de la Nature telles que les faunes et les sylvains, sans oublier le dieu Pan. Ce sont aussi des symboliques que l’on retrouve à travers la pomme de pin qui exprime la fécondité puisqu’elle est portée par un arbre issu de la métamorphose d’une nymphe aimée du dieu Pan (et qu’il tente de violer par la même occasion… Le masculin qui tente de l’emporter sur le féminin ne date pas d’hier).
Afin de nuancer la vision qu’eurent certains chrétiens au sujet de la pomme de pin, l’on tenta, sans grande efficacité, de faire de la pomme de pin non ouverte, c’est-à-dire encore verte et conique, un symbole de la Vierge Marie. Et là, j’ai envie de demander : pourquoi ? Est-ce tout à fait judicieux et pertinent ? Celui qui a inventé un truc pareil n’est-il pas tout bonnement à côté de la plaque ? N’eut-il pas été plus intelligent de considérer, en la pomme de pin bien mûre, une image de la Vierge, ouvrant ses écailles comme autant de mains tendues, distribuant comme un don de Dieu les riches pignons du pin ? Voyez, moi qui ne suis pas même chrétien, je parviens à sortir un truc qui tient la route. Mais non, pourra-t-on me répondre, parce que les pignons sont par trop sulfureux pour ne s’approcher de la Vierge ne serait-ce que d’un seul centimètre. De plus, outre leur valeur « testiculo-aphrodisiaque » dont la réputation n’a pas été scientifiquement établie, les pignons demeurent avant tout un avatar de la Déesse-Mère antérieure au christianisme, Cybèle. « Fille du ciel, épouse de Saturne, mère de Jupiter (4), de Junon, de Neptune, de Pluton, Cybèle symbolise l’énergie enfermée dans la terre » (5). Ainsi, les pignons ne peuvent s’appliquer, en la circonstance, au culte marial, parce qu’en effaçant les pignons, on arase l’ancien culte païen dédié à Cybèle, la volonté de destruction du paganisme par le christianisme passant par l’éradication du symbole et de ce qui le véhicule. C’est cela qui mena saint Martin de Tours (316-397), évangélisateur de la Gaule au IV ème siècle, à l’abattage d’un pin sacré adoré par les païens, près d’Autun en Bourgogne. Au même siècle, l’empereur romain Constantin (272-337) érigea sur le mont Vatican une toute première basilique consacrée à saint Pierre en lieu et place des fêtes données en l’honneur de Cybèle et d’Attis, dont nous allons bientôt discuter. Bien évidemment, pour Martin le Miséricordieux, le pin était d’essence diabolique puisque n’appartenant pas à son propre camp. Pourtant, partout où il l’a pu, le christianisme a cherché à faire sien le pin, avec une réussite certaine si l’on en juge par les quelques éléments que j’ai pu glaner et qui vont dans ce sens : tout d’abord, au Vatican, l’on croise une curieuse statue qui évoque beaucoup, d’un point de vue formel, une pomme de pin lorsqu’elle est encore verte : la Pigne. Haute de quatre mètres, cette statue de bronze, découverte au Moyen-Âge, a été installée en 1608 à son emplacement actuel. La ville bavaroise d’Augsbourg, placée sous le patronage de sainte Afre, possède comme enseigne une pomme de pin toujours visible sur les armoiries de la cité. Mentionnons aussi la légende du clocher de l’église d’Ahorn qu’une vilaine sorcière cherchait à faire plier afin de le jeter à bas : un héros, ici forcément solaire, tend une corde entre le clocher et un pin, et évite qu’il ne s’écroule, non sans avoir accompagné son geste d’incantations magiques. Qu’avons-nous donc encore ? A Krain, vers l’an 1300, une statue de la Vierge Marie, nichée dans le tronc d’un pin, un des nombreux exemples typiques de christianisation de lieux de culte païens, se fit entendre. Peut-être est-ce encore elle que relate un chant populaire serbe où le héros découvre sous l’écorce d’un pin l’image d’une jeune fille qui brille comme un soleil, chose qui a été comprise dans ce sens même de l’autre côté de l’océan Atlantique par certaines tribus amérindiennes pour qui le pin est clairement une image du soleil. Lui qui, comme nous l’avons souligné beaucoup plus haut, n’apprécie pas l’obscurité et le trop plein d’ombre qui le rendent chétif et malingre, est indubitablement un arbre solaire, tout conifère qu’il soit. C’est donc, nous l’avons dit, un arbre, non seulement lumineux, mais heureux, nuptial et anthropogonique. Après moult ellipses, c’est vers ce dernier aspect que nous nous dirigeons désormais ; pour ce faire, rappelons donc auprès de nous la divine Cybèle, cette chthonienne que d’aucuns ont voulu faire passer pour un caillou, ce qui n’est pas tout à fait exact, faisant partie des divinités évhémérisées. Cybèle, donc, est présentée comme la mère d’Attis, une figure mythologique qui rappelle beaucoup Adonis (mais n’asseyons pas trop de monde sur la même banquette, sans quoi on va finir par ne plus s’en sortir). Nous ne gloserons pas pendant 107 ans pour savoir si le pin d’Attis était le pin parasol ou un autre. Alors, Pitys ou Peuké, qu’importe ! C’est du détail, du chipotage d’académiciens. Nous le savons, la mythologie, quelle qu’elle soit, est souvent peu claire parce que l’on brode sur le même motif durant des siècles ; au passage, des éléments se perdent, d’autres sont ajoutés, une valeur initiale se retrouve diamétralement opposée en vertu des siècles qui passent et de la personnalité de l’auteur qui s’attelle à la tâche ardue de réécrire l’œuvre en question, etc. Tout ceci explique, entre autres, cette sensation de fouillis que l’on peut avoir, nous faisant reconnaître à coup sûr qu’une chatte n’y retrouverait pas ses petits. Ceci dit, après quelques maux de tête bien carabinés, je pense que nous pouvons y aller : je suis votre nautonier, vous n’avez donc rien à craindre. C’est avec Cybèle évhémérisée que tout débute. Plus phrygienne que grecque au départ, Cybèle donne naissance à Attis. Mais la relation est trouble entre eux. L’on parle d’inceste, du moins d’une tentative dans ce sens. Ce qui expliquerait que Cybèle se soit réfugiée dans un pin comme demeure. Mais dans cette fraction du mythe, ce n’est pas exactement cela qu’on retient, bien que d’Attis à Cybèle l’on ait souvent évoqué l’inceste. A quel point Cybèle se confond-elle en Attis quand il a été dit que ce dernier était hermaphrodite, qu’en quelque sorte Cybèle se serait sanctuarisée au sein du corps d’Attis ? Or, pour éviter cet inceste, Attis est castré/émasculé, son sang s’échappe tant de ses blessures qu’il en meurt. Pour mieux renaître il devient pin. Parfois l’on dit que c’est le cas de Cybèle, mais ils s’entortillent tant tous les deux qu’on est tenté de penser qu’Attis/Cybèle sont deux faces d’un même objet divin. Du sang écoulé de la verge d’Attis naissent des violettes, fleurs du mois de mars toutes drapées de pruderie, bien timides et non choisies au hasard. Selon certains commentateurs, tout cela se déroule auprès d’un pin ; l’émasculation d’Attis m’apparaît clairement dans le sens où il ne faut pas que son membre repousse, sinon il acquiert, de nouveau, son hermaphrodisme. Et, souvenez-vous en, lorsqu’on coupe un pin, il ne rejette pas contrairement à d’autres arbres comme le robinier par exemple. L’observation précise de la Nature a été profitable aux Anciens qui ont exploité cette particularité pour mieux l’appliquer à Attis et à en faire « parler » le mythe.
Un culte dédié à Cybèle et à Attis fut donc instauré en Rome antique, à travers les fêtes du pin sacré qui prenaient place durant le mois où éclosent les violettes et où les pins semblent habités d’une sorte de torpeur alors que, partout autour d’eux, les autres arbres bruissent de bourgeons et de feuilles. Englobant l’équinoxe printanier, ces festivités s’étalaient du 15 au 27 mars. Parmi elles, distinguons la procession d’un pin enveloppé de bandelettes et orné de violettes, figurant Attis mort. « Le lendemain était un jour de tristesse où les fidèles jeûnaient et se lamentaient auprès du corps du dieu… Veillée mystérieuse… résurrection attendue… On passait alors brusquement des cris de désespoir à une jubilation délirante… Avec le renouveau de la nature, Attis s’éveillait de son long sommeil de mort et, en des réjouissances déréglées, des mascarades pétulantes, des banquets plantureux, on donnait libre court à la joie provoquée par son retour à la vie » (6). Pour en savoir davantage sur les fêtes du pin sacré, se référer à l’ouvrage de Jacques Brosse, Mythologie des arbres, en particulier les pages 169-179.
Ces cérémonies prennent donc place au sein d’une cosmogonie sensée et pensée, et réaffirment le rôle solaire du pin s’il était besoin. Ajoutons néanmoins que le pin, en Suède, intervenait à l’époque du solstice d’été sous la forme d’un mât de mai, prenant le plus souvent l’apparence d’une branche de pin ornée de rubans et décorée d’objets divers.

S’il est une autre figure mythologique à laquelle le pin est associé, c’est, avec évidence, Dionysos, qu’on dit, tout comme Attis d’ailleurs, également issu d’une origine phrygienne. Les hommes, voyageant, emportent dans leurs besaces des divinités qui se modifient nécessairement à travers le temps et l’espace. On trouve, par exemple, à Delphes, le culte d’un pin consacré à Dionysos. Mais plus que le pin, c’est surtout la pomme de pin qu’on met plus régulièrement en relation avec Dionysos, celle-là même qui ponctue le thyrse qu’il tient en main, autrement dit cette longue tige de férule commune, une plante de la famille des Apiacées assez proche du fenouil, au bout de laquelle était enchâssée une pomme de pin, thyrse attribut d’autres divinités telles que Thor, Adonis, Danu, Osiris et, bien entendu, également présent chez le pendant romain du dieu Dionysos : Bacchus. Si l’on explore davantage ce domaine, l’on peut remarquer que la pomme de pin contient en elle-même des symboliques très semblables au pin : fécondité, puissance vitale, permanence de la vie végétative et animale. Elle fait donc de Dionysos une divinité très proche d’Attis : « les orphiques vouaient à Dionysos un culte à mystère, selon lequel le dieu mourait dévoré par les Titans, puis ressuscitait : symbole de l’éternel retour de la végétation, et en général de la vie » (7). Et d’ailleurs, des végétaux communément présentés comme des emblèmes de Dionysos sont assez fréquemment mêlés au pin. Citons pour l’exemple un chant populaire roumain qui « nous apprend que deux amoureux morts d’amour et ensevelis dans le même cimetière furent changés l’un en pin, l’autre en vigne » (8). Le lierre est, lui aussi, concerné par cette jonction avec le pin car, au printemps, il projette une incommensurable quantité de pollen, soulignant le mouvement de la vie qui s’éparpille et s’immisce partout. L’on retrouve encore une fois l’association pin/vigne à travers une pratique relayée par François Lenormant que cite Angelo de Gubernatis : il est possible que l’attribution de la pomme de pin à Dionysos est « venue simplement […] de l’usage conservé par les Grecs modernes de faire infuser des pommes de pin dans les cuvées pour conserver le vin par le moyen de la résine » (9). Hypothèse intéressante mais qui ne doit pas nous amener à réduire Dionysos au seul univers bacchique, il est bien davantage que cela, car la pomme de pin « ajoute cette nuance : une sorte de supériorité du dieu sur la nature considérée dans ses forces élémentaires et enivrantes » (10). Enivrantes. Le mot est bien choisi, non seulement parce qu’il fait référence, sans allusion aucune, à Dionysos, mais parce qu’il souligne un fait évident : considérons une pomme de pin, brune et toutes écailles écartelées. Retournons-la de telle manière qu’elle nous montre sa queue (tout est sexuel dans le pin et sa pomme). Observons la manière dont s’agencent les écailles. Que voyons-nous se dessiner ? Une spirale. Un symbole de développement cyclique. En effet, en elle, il y a émanation, évolution, rotation créationnelle. Comme au sein d’un labyrinthe, la spirale évolue à partir d’un centre, l’involution étant, elle, marquée par le retour au centre, sans doute parce que le parallélisme pomme de pin/spirale évoque la cyclicité du rythme vie/mort à l’infini et met en exergue l’impermanence dans la permanence, l’équilibre dans le déséquilibre. Ce qui assoie encore davantage la puissance symbolique génésique du pin, c’est le pignon (ou pigne). L’on connaît l’expression « avoir pignon sur rue » qui, si elle évoque un autre style de pignon, signale néanmoins l’aisance et la prodigalité. Pline, il y a 2000 ans, faisait déjà remarquer à quel point le pin était avide de se prodiguer lui-même par le biais de ses pignons, signalant qu’à l’instar de la pistache il était apte à conjurer l’action du venin des serpents. Incarnant la vie profuse, le pignon se devait d’être un antidote des plus sûrs. Pline ajoute encore que l’importance du pignon était telle qu’en Piémont on les faisait cuire dans du miel afin d’en assurer la conservation, alors qu’ailleurs, après que la récolte ait été entourée de grands soins, on conservait les pignons dans des vases d’argile emplis de terre. Signalons au passage que le pignon représente une provende non négligeable depuis les temps préhistoriques et que, lorsqu’elle est bien assurée, sa conservation vernale permet de voir venir d’une année à l’autre, chose toujours agréable lorsque, sur les territoires qu’on occupe, ne vient pas le noisetier dont le fruit s’approche quelque peu du pignon par son goût.
Comme nous l’avons dit plus haut, le pignon, de par sa qualité échauffante, est repéré comme tel dans L’art d’aimer d’Ovide. Puisque nous parlons d’amour, rendons-nous auprès de Viviane et de Merlin, non loin du pin de la fontaine de Barenton : semblable à un chaman sibérien qui procède à l’ascension des bouleaux, Merlin escalade un pin jusqu’à sa cime. Il « atteint la connaissance suprême, et c’est là que désormais il réside, car la ‘Maison de Verre’ n’est autre que le sommet de l’arbre vert » (11). Dans ce houppier, Merlin acquiert la totalité des pouvoirs (voyance, métamorphose animale, compréhension des langages animaux et végétaux, médecine, ubiquité, etc.). « Tous ces pouvoirs, ajoute Jacques Brosse, ce sont ceux que la tradition littéraire irlandaise et galloise attribue aux druides, ceux aussi que s’attribuent les chamans sibériens » (12). Et c’est probablement ici que nous arrivons à l’étape la plus savoureuse de cet article, résidant dans l’articulation entre le pin et le bouleau, justifiant une métaphore, celle dite du pin et du bouleau, dont je me sers assez souvent pour faire comprendre à mon auditoire ce qui anime les rapports humains. Dans la nature, il existe une interdépendance entre le pin et le bouleau. Ce dernier, ayant une vie végétative plus exubérante à la belle saison, seconde le pin qui, au même moment, est un peu à la peine. Et le phénomène s’inverse durant la morne saison, c’est le pin qui vient au secours du bouleau, pourvoyant à une partie de ses besoins par des échanges interacinaires. Et il en va de même des êtres humains : nous sommes tour à tour pin ou bouleau, aidants et aidés, ce qui est acceptable puisque nous pouvons occuper ces deux statuts dans le même temps. Le risque, parfois, consiste à vouloir s’enfermer dans l’une ou l’autre catégorie, ce qui mène à bien des névroses…

En 1534, l’explorateur Jacques Cartier apprend de la bouche des tribus autochtones canadiennes la valeur antiscorbutique des aiguilles de pin, chose qui ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd, tout navigateur du XVI ème siècle ayant été, à un moment ou à un autre, confronté à cette carence en vitamine C. L’importance des aiguilles pour les populations septentrionales, par un apport conséquent d’acide ascorbique, se rencontre également en Sibérie, où les chamans usaient tant des aiguilles que des pommes de pin en infusion et décoction édulcorées avec du miel.
Du côté de l’Antiquité gréco-romaine, l’on n’est pas en reste non plus, l’on reconnaît à des territoires lointains comme l’Arabie et la Perse la qualité des résines qui en proviennent. C’est ce qu’indiquaient Diodore de Sicile et Athénée dans leurs écrits, tandis que Théophraste avait parfaitement connaissance des larmes que forme le pin avec sa résine, évoquant aussi l’incision des écorces de pin en vue d’en obtenir l’écoulement artificiel du flux térébenthiné qu’elles dissimulent. Et il s’agit non seulement de se procurer de la résine de pin pour en faire un usage en guise de parfum, mais c’est aussi l’occasion d’envisager la résine de pin comme substance médicinale, et à cela, on ne s’est pas trompé : il y a environ 2500 ans, cette résine s’employait déjà pour lutter contre un certain nombre d’affections respiratoires (pneumonie, maux de gorge, etc.). C’était encore en ces temps où la magie s’entremêlait à la médecine, et Gubernatis rapporte une information intéressante en ce sens : « Une inscription votive trouvée dans le temple de ce dieu [nda : il parle d’Esculape] nous apprend qu’un certain Julien, qui souffrait d’une maladie des poumons, en mangeant trois jours de suite, avec du miel, des pignons déposés sur l’autel d’Esculape, fut sauvé et en remercia le dieu devant tout le monde » (13). Cet usage des pignons se perpétuera longtemps puisqu’il était toujours d’actualité au XVIII ème siècle, mais c’est surtout la résine qui tiendra le haut du pavé durant des siècles : ainsi, au III ème siècle après J.-C., Serenus Sammonicus recommande de broyer de la poix et du soufre afin d’en emplâtrer les ulcères, chose que réitérera la médecine arabe (avec Avicenne entre autres) mais pour l’appliquer aux ulcères pulmonaires. Puis c’est au tour d’Hildegarde de Bingen d’aborder le pin que l’on croise au chapitre 23 du Livre des arbres et à qui elle donne le nom suivant : De ariete. Mais il ne s’agit pas là du pin sylvestre qui, lui, est traité quelques pages plus loin, au chapitre 33 (De fornhaff) : « Il représente le chagrin, et il n’y a pas de bonheur dans sa nature » (14). Cette opinion est peut-être motivée par le fait qu’on plaçait des rameaux de pin sur les tombes dans les pays germaniques. Cependant, Hildegarde accorde beaucoup d’importance à sa sève, autrement dit, sa résine, à la condition qu’elle se trouve un compagnon, voire plusieurs, car « tout seul il ne vaut rien pour la médecine, car sa sève serait trop forte, si elle n’était pas adoucie par d’autres condiments » (15). C’est ce que l’on retrouve dans les conseils de certains aromathérapeutes qui préconisent d’éviter l’utilisation de l’huile essentielle de pin sylvestre en solo. Bien sûr, parlant de la résine de pin, l’on ne peut manquer d’aborder le produit de sa distillation, la térébenthine dont l’Allemand Cartheuser disait ceci : « la térébenthine doit être mise au nombre des traumatiques et des diurétiques les plus forts ; on la prescrit néanmoins pour l’usage interne, plus rarement et simplement en forme d’émulsion ou mêlée avec un jaune d’œuf, contre la toux invétérée, l’asthme pituiteuse (16), la néphrétique muqueuse-sablonneuse, la gonorrhée virulente et les flueurs blanches. Elle entre dans la plupart des emplâtres résolutifs, dissipants, maturatifs, consolidants, nervins ». Un siècle plus tard, le perspicace abbé Sébastien Kneipp se disait favorable à la consommation de résine de pin fraîche durant des promenades en forêt, abordant là ce que l’on nommera plus tard sylvothérapie.

Le pin sylvestre en phyto-aromathérapie

Je vois d’ici ce qui m’attend maintenant : le pin sylvestre en thérapie ! Il ne se résume hélas pas à la seule huile essentielle de pin sylvestre ainsi qu’aux bourgeons de pin que l’on rencontre habituellement en sachet de papier kraft. Mais cette seconde partie sera l’occasion de montrer l’étendue des pouvoirs du pin non seulement en thérapeutique, mais son implication dans de nombreux autres domaines.
Débutons par les bourgeons puisqu’ils ont été évoqués. On les récolte de préférence au début du printemps, lorsqu’ils sont encore de petite taille et non pollinisés, soit au mois d’avril. En général, ils contiennent environ 1/5 de leur poids en résine, de la vitamine C, une essence aromatique présente également dans les aiguilles et dont la qualité est supérieure à celle que contient le bois. Il est évident que ce « portrait » souffre de quelques lacunes. Allons donc nous rattraper avec celui de l’huile essentielle de pin sylvestre, issue des aiguilles, produit à bien distinguer de l’huile essentielle de térébenthine dont nous parlerons également.
La distillation par la vapeur d’eau entraîne les composés aromatiques contenus dans les aiguilles du pin sylvestre. Elle permet d’obtenir une huile essentielle claire et extrêmement mobile, à forte odeur balsamique et résineuse (mais sans excès). De rendement assez faible (0,4 à 1 %), elle est essentiellement constituée de monoterpènes, alpha-pinène en tête (45 %), suivi de son corollaire, le bêta-pinène (25 %). Autres monoterpènes : limonène (10 %), myrcène (4 %), camphène (3 %). Côté esters, on trouve de l’acétate de bornyle assez courant chez les conifères (cf. les huiles essentielles d’épinette noire, de sapin de Sibérie, etc.), à hauteur de 1 à 10 %, et enfin quelques sesquiterpènes comme le bêta-caryophyllène (3 % maximum).

Propriétés thérapeutiques

  • Anti-infectieux : antibactérien (actif sur Escherichia coli, Staphylococcus aureus, Klebsellia pneumonia, Proteus mirabilis, etc.), antiviral, antifongique, antiparasitaire, pédiculicide, antiseptique des voies respiratoires, hépatiques et urinaires, antiseptique atmosphérique
  • Pectoral, balsamique, assainissant des muqueuses pulmonaires, expectorant, fluidifiant des sécrétions bronchiques, décongestionnant pulmonaire
  • Anti-inflammatoire, analgésique percutané, antirhumatismale articulaire et musculaire
  • Tonique, stimulant (« cortison like »), stimulant pancréatique, stimulant sexuel, décongestionnant ovarien, neurotonique
  • Dépuratif, diurétique, diaphorétique
  • Activateur de la microcirculation cutanée et lymphatique, hypertensif, décongestionnant lymphatique
  • Détersif, rubéfiant, cicatrisant et régénérateur cutané, révulsif local, dérivatif

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère respiratoire + ORL : bronchite (chronique, aiguë, fétide), catarrhe bronchique, pneumonie, rhume, rhume rebelle, rhinite, coryza, laryngite, trachéite, toux, asthme, sinusite, tuberculose pulmonaire (résultats plus ou moins encourageants), otorrhée chronique (écoulement témoin d’une infection auriculaire), pleurésie, angine, crachement de sang
  • Troubles de la sphère vésico-rénale : catarrhe vésical, paralysie de la vessie, cystite, cystite chronique, pyélite, urétrite, hématurie
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : diarrhée muqueuse, atonie digestive, spasmes stomacaux, parasites intestinaux (oxyures), flatulences, gastralgie
  • Troubles locomoteurs : rhumatismes articulaires et/ou musculaires, goutte, arthrose, arthrite, névralgie (sciatique), douleur, atrophie et fatigue musculaires, polyarthrite rhumatoïde, lumbago, crampe, autres inflammations ostéo-articulaires
  • Troubles de la sphère hépatobiliaire : lithiase biliaire, cholécystite, colique hépatique, obstruction hépatique
  • Affections cutanées : affections cutanées chroniques, ulcère (sordide, atonique, gangreneux), engelure, crevasse, dartre rebelle, psoriasis, eczéma, hyperhydrose plantaire
  • Troubles de la sphère sexuelle : congestion du petit bassin et de la prostate, prostatite, métrorragie, gonorrhée, blennorrhée, leucorrhée, asthénie sexuelle, impuissance
  • Troubles du système nerveux : fatigue, fatigue nerveuse, neurasthénie, asthénie physique profonde, épuisement, épuisement suite à une maladie infectieuse, surmenage, coup de pompe, léthargie, somnolence, anémie, déprime, dépression, anxiété, trouble du sommeil, baisse de la concentration, baisse de moral

Médecine traditionnelle chinoise et propriétés psycho-émotionnelles

La composition biochimique de l’huile essentielle de pin sylvestre fait la part belle aux monoterpènes : 80 à 90 % en moyenne. Ces molécules sont placées sous le domaine aérien, ce sont des fractions très volatiles, presque toujours en tête lorsqu’on procède à une analyse chromatographique en phase gazeuse. Les monoterpènes sont des molécules parmi les plus légères contrairement aux cétones et aux coumarines pour ne citer que quelques exemples comparatifs.
De par sa relation à l’élément Air, l’huile essentielle de pin sylvestre peut s’utiliser dans plusieurs cadres : purifier les habitations, faciliter la connexion avec l’élément Air, échapper à une sensation d’étouffement et d’oppression, clarifier le mental, redonner du tonus au psychisme, affiner la concentration…
Du côté de la médecine traditionnelle chinoise, l’huile essentielle de pin sylvestre n’est pas placée en relation avec l’élément Air qui n’existe pas puisque le système de la médecine traditionnelle chinoise ne comprend que les cinq éléments suivants : le Feu, la Terre, l’Eau, le Bois et le Métal. C’est avec ce dernier que cette huile essentielle trouve le plus d’affinités, d’autant que les deux méridiens principaux liés au Métal sont concernés, à savoir : le méridien du Poumon et celui du Gros intestin. Vu ce que nous avons dit plus haut, la place du méridien du Poumon se comprend on ne peut mieux. Au sujet du méridien du Gros intestin, l’on pourrait tiquer un moment, mais « s’il fonctionne mal, nous disent Michel Odoul et Elske Miles, il y a alors des troubles d’évacuation dans tout le corps (poumon, peau, intestins, reins, vessie) » (17). Son action sur les voies respiratoires et urinaires, ainsi que sur l’interface cutanée, en fait donc une parfaite huile du méridien « métallique » du Gros intestin. Elle est donc fort appropriée en cas de tristesse, de chagrin, de doute et d’arrogance.
Enfin, nous ne saurions clore ce paragraphe sans évoquer l’élixir floral que concocta le docteur Bach à base de fleurs de pin sylvestre. Sobrement intitulé Pine, cet élixir s’inscrit dans le groupe du découragement. Il s’adresse surtout aux personnes qui se sentent accablées par le sens du devoir et par leurs obligations, s’adressant de perpétuels reproches parce qu’ils s’imaginent toujours pouvoir mieux faire. Cette auto-critique permanente, et parfois délirante, est usante pour l’entourage de ces personnes dont la partie la plus perspicace finit par les fuir.

Modes d’emploi

  • Huile essentielle : diffusion atmosphérique, olfaction, inhalation, bain, massage, voie orale.
  • Infusion d’aiguilles ou de bourgeons de pin.
  • Macération à froid de bourgeons de pin dans la bière, le vin blanc, etc. (bien que réalisable, ce mode d’emploi, ainsi que le précédent, n’est pas pour autant le plus efficace, ayant bien du mal à correctement entraîner les principes actifs contenus dans les bourgeons de pin. Mieux vaut privilégier le mode opératoire qui suit).
  • Décoction de bourgeons de pin (pour usage externe et bain). Variante : bourgeons de pin (¼) + feuilles de noyer (¼) + écorce de chêne (¼) + écorce de saule (¼).
  • Sirop de bourgeons de pin.
  • Macération huileuse d’aiguilles fraîches et/ou de jeunes rameaux.
  • Fumigation de bourgeons de pin.
  • Teinture-mère.
  • Coussin aux aiguilles de pin.

Note : il existe bien d’autres modes d’emploi dont beaucoup sont tombés en désuétude comme, par exemple, le bain de vapeur résineuse pour rhumatisants et catarrheux, qui connut une certaine vogue au XIX ème siècle.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : les bourgeons se cueillent, nous l’avons dit, à la fin du printemps, les aiguilles de préférence en été.
  • L’huile essentielle de pin sylvestre contient un certain nombre de molécules aromatiques potentiellement allergisantes (limonène, alpha-pinène). Elle peut ainsi être irritante pour certaines peaux sensibles, ainsi que pour les muqueuses (oculaires, buccales, respiratoires, etc.). Dans ce cas, on peut voir apparaître un érythème à la surface de l’épiderme, accompagné d’une sensation de chaleur. C’est pourquoi il est conseillé de diluer préalablement cette huile essentielle dans une huile végétale avant tout usage externe. Par ailleurs, cette huile essentielle est peu compatible en cas d’asthme, d’épilepsie, d’insuffisance rénale (huile essentielle néphrotoxique à hautes doses). Elle sera interdite chez l’enfant de moins de six à sept ans et durant les trois premiers mois de grossesse.
  • Il faudrait être fou pour penser que le pin sylvestre ne fournit que les bourgeons ou l’huile essentielle du même nom : le considérer ainsi, ce serait regarder par le petit bout de la lorgnette. Le pin sylvestre peut aussi produire une autre huile essentielle portant un nom qui fait qu’on peut se demander si l’on a affaire à une substance concernant l’aromathérapie ou à quelque chose qu’on découvre le plus souvent dans un rayon de bricolage : la térébenthine. L’huile essentielle de térébenthine est obtenue après distillation de la résine de pin maritime surtout, de pin sylvestre dans une moindre mesure. C’est ce que l’on appelle la térébenthine de Bordeaux. Parce qu’il y a aussi celles d’Alsace, de Strasbourg, des Vosges, de Briançon, etc., qui sont toutes issues d’oléorésines extraites de conifères, produits contenant de la résine composée d’acides (sylvique, pinique, pimarique, etc.), de l’huile et une ou plusieurs essences aromatiques, à bien distinguer du baume (exsudat résineux, essences, acides aromatiques ; exemple : benjoin, baume de Tolu, baume du Pérou) et de la gomme-résine, constituée, comme son nom l’indique, de gomme et de résine (exemple : myrrhe, encens). Cette essence de térébenthine est un « liquide incolore, limpide, très fluide, à odeur forte caractéristique, qui dissout les corps gras, la cire, le caoutchouc, le phosphore, le soufre, l’iode et nombre de substances organiques. Par l’action de l’air, elle fixe l’oxygène, devient acide, jaune, puis brunâtre, s’épaissit et devient visqueuse » (18). Devant une telle manifestation « contrariante », on comprend qu’il ait fallu amadouer l’essence de térébenthine pour en faire un produit convenable pour l’aromathérapie. Bien entendu, l’huile essentielle obtenue après distillation de la résine des pins maritime et sylvestre est rectifiée lorsqu’elle se destine à un emploi thérapeutique. Le résidu de cette distillation s’appelle :
    – la colophane, qui est, en gros, la résine débarrassée de son essence aromatique. Outre ses quelques emplois thérapeutiques résiduels, on l’utilise dans des domaines très variés : la danse, la musique, la papeterie, le sport (handball, escalade), les arts plastiques (gravure à l’eau-forte), etc.
    – le goudron : il est extrait d’un bois épuisé de sa résine, passé au four en fosse, le temps d’une très lente combustion. De ce procédé, l’on obtient d’une part le charbon de bois, d’autre part le goudron, également appelé poix liquide, dont les vertus toniques, stimulantes et diurétiques recouvrent les mêmes sphères que le pin sylvestre en général, à savoir : affections pulmonaires, vésicales et cutanées.
    – la poix blanche : il s’agit de térébenthine devenue solide après évaporation d’une partie de son essence aromatique ; elle se réserve essentiellement à un usage externe.
    – l’huile de pin : on l’obtient en exprimant à chaud l’huile contenue dans les jeunes strobiles du pin sylvestre, c’est-à-dire ses cônes.
    – enfin, la créosote, issue de la distillation du goudron et dont nous avons déjà parlé dans l’article consacré au hêtre, une substance hautement inflammable à l’âcre odeur de fumée.
  • Précautions au sujet de la résine : à hautes doses (et en interne), elle peut provoquer divers désordres dont nausée, vomissement, purgation, vertige, trouble nerveux, ralentissement de la respiration. Parfois, l’on observe le coma, ainsi que le décès. Quant à l’essence de térébenthine, un excès est susceptible de provoquer des désagréments au niveau des voies urinaires (urines sanglantes, strangurie, douleurs plus ou moins vives, etc.) et ne devrait pas être utilisée quand préexiste un état inflammatoire (rappelons qu’en externe sur la peau elle est irritante et rubéfiante…).
  • Autres usages : nous ne saurions les énumérer tous, mentionnons simplement que le bois entre dans une large part dans la fabrication de charpentes et de bateau, ainsi que dans la menuiserie, que la résine est employée tant dans la savonnerie que dans la parfumerie. N’oublions pas les pignons alimentaires produits par au moins une vingtaine d’espèces de pins (ceux du commerce émanent surtout du pin parasol, Pinus pinea). Riches en lipides (45 %), le pignon contient aussi beaucoup de matières albuminoïdes (32 %), autant de sucres que d’eau (6 %). Source de vitamines du groupe B (B1, B3) et de sels minéraux (potassium, magnésium, fer), le pignon est parfois difficilement toléré par des estomacs qu’il a tendance à irriter. Très nutritif, le pignon était autrefois regardé, à l’instar des aiguilles et de la résine, comme un remède des affections respiratoires telles que la tuberculose. L’histoire thérapeutique du pignon a aussi inscrit son rôle d’aphrodisiaque masculin, un héritage provenant de la médecine arabe, repris par Oswald Crollius (1560-1609) et Jean-Baptiste Porta (1535-1615), qui le considéraient comme un excitant et un reconstituant testiculaire, d’où son rôle en cas d’impuissance (la théorie des signatures nous explique qu’il y a une ressemblance entre la forme du pignon et celle des testicules). Le seul inconvénient du pignon, c’est qu’il rancit très vite. Mais comme il s’agit d’une très agréable friandise, il n’en a généralement pas trop le temps ^_^
  • Autres espèces :
    – le pin noir d’Autriche (Pinus nigra),
    – le pin laricio (Pinus nigra var. corsicana),
    – le pin maritime (Pinus pinaster),
    – le pin de Patagonie (Pinus ponderosa),
    – le pin blanc (Pinus strobus),
    – le pin des Alpes (Pinus cembra),
    – le pin des montagnes (Pinus mugo),
    – le pin nain de Sibérie (Pinus pumila),
    – le pin parasol (Pinus pinea).
    Toutes ces espèces fournissent chacune au moins une huile essentielle.
    _______________
    1. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 760.
    2. Ibidem, p. 761.
    3. L’arbre « Mathusalem », c’est ainsi que l’on surnomme le pin bristelcone (Pinus longaeva), en référence au Mathusalem biblique mort à l’âge avancé de 969 ans. Cet arbre, qui se trouve dans les White Mountains californiennes à plus de 3000 m d’altitude, est âgé de pas loin de 4800 ans, ce qui en fait un colosse à côté du pin sylvestre dont l’espérance de vie ne dépasse pas 600 ans dans le meilleur des cas.
    4. Selon Henri Corneille Agrippa, le pin est régi par Saturne, ses pignons par Jupiter.
    5. Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 330.
    6. Ibidem, p. 761.
    7. Ibidem.
    8. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, pp. 290-291.
    9. Ibidem, p. 290.
    10. Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 760.
    11. Jacques Brosse, Mythologie des arbres, p. 234.
    12. Ibidem, p. 235.
    13. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, pp. 289-290.
    14. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 177.
    15. Ibidem, pp. 177-178.
    16. Le mot asthme est neutre en allemand. C’est ici le féminin qui a été choisi par le traducteur.
    17. Michel Odoul & Elske Miles, La phyto-énergétique, p. 76.
    18. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 763.

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L’huile essentielle de néroli (Citrus aurantium var. amara)

Quelle huile essentielle peut se targuer de porter, par le truchement d’une personne de chair et de sang, le nom d’un lieu ? Grâce à cette unicité, l’huile essentielle de néroli brille au sein de l’aromathérapie, de même que le département du Morbihan sur une carte de France dont le nom est le seul, parmi tous les départements français, à ne pas être inspiré par celui d’un cours d’eau. Eh oui, néroli, ça n’est pas le nom d’une plante, même s’il fait référence à la partie d’une plante, à savoir les fleurs de l’oranger amer. Pour peu que vous lisiez la littérature aromathérapeutique et qu’elle fasse mention de l’huile essentielle de néroli, il n’est pas possible qu’elle laisse sous silence le mystère qui se dissimule derrière ce nom à nul autre pareil. Tout d’abord, sachons que néroli est la transformation du nom d’une petite bourgade italienne située à 50 km au nord-est de Rome : Nerola. Cette cité d’à peine 2000 âmes comptait un prince, Don Flavio Ier (1620-1698), premier prince de Nerola qui prit pour épouse en février 1675 la Française Anne-Marie de la Trémoille (1642-1722), dont parfois, allez savoir pourquoi, l’on « italianise » le nom en Anna-Maria, qu’on fait naître au XV ème siècle et, qu’enfin, l’on dit duchesse, alors qu’elle est, de fait, princesse. Princesse des Ursins, très exactement, « ursins » qui est, lui, une véritable francisation du nom de son mari, Orsini. Donc, l’on peut aussi dire que Anne-Marie de la Trémoille était princesse de Nerola et non princesse de Néroli comme je l’ai vu écrit !!!, bien qu’elle ait tenu en grande estime le néroli, c’est-à-dire l’huile essentielle issue de la distillation des fleurs de l’oranger amer qu’en Italie, au XVII ème siècle, l’on connaissait très bien, implanté en Sicile aux alentours de l’an 1000. Ainsi, oui, fin XVII ème, l’oranger fait largement partie du paysage italien, du moins dans sa moitié méridionale, où il n’est pas impossible que la présence des Arabes durant de longs siècles dans cette partie sud de la botte ait été l’occasion des premiers essais de distillation de cette fleur d’oranger dont les pages de Jean Boccace (1313-1375), l’auteur du Décaméron, sont imprégnées, de même que, plus tard, celles du Pentamerone que l’on doit au magnifique Jean-Baptiste Basile, Napolitain qui en appelle un autre, Jean-Baptiste Porta, contemporain de Basile, et dont on dit que se trouve au sein de sa Magie naturelle la description de la distillation des fleurs d’oranger (j’ai beau l’avoir lu de long en large et en travers, je ne conserve aucun souvenir de cela…). Et attendant, et puisque j’y suis, je ne puis que vous recommander chaudement la lecture du Décaméron ainsi que du plus tardif Pentamerone dont trois contes de ce dernier recueil ont inspiré à Matteo Garrone un film résolument sublime en 2015 : Tale of Tales, avec la non moins sublime Salma Hayek qui joue le rôle de la reine de Selvascura. Ce qui nous fait revenir à notre princesse de Nerola. L’on dit de cette dernière qu’elle aurait pris l’habitude, vers 1680, de parfumer ses gants avec de l’essence de néroli, mais aussi, si l’on en croit certaines bribes « historiques », ses vêtements, les tentures du palais, jusqu’à son bain même, etc. Se parfumant à profusion dit-on, elle mit à la mode cette huile essentielle qui n’était, à l’époque, pas moins rare et onéreuse qu’aujourd’hui, allant jusqu’à la rendre indissociable de la petite ville de Nerola. Cependant, on ne m’a toujours pas expliqué de manière convaincante le passage de Nerola à Néroli… De deux choses l’une : soit on nous raconte des âneries (ce qui est bien possible), soit on nous ment de façon effrontée (ce que je crois bien plausible également). En 1698, Flavio Orsini, bien qu’issu de cette puissante famille italienne, a la bonne idée de mourir en croulant sous les dettes. Les mauvaises langues diraient que ce fut à cause de la manière inconsidérée dont sa femme usait d’essence de néroli à tort et à travers (rappelons-nous qu’elle coûte un bras, rappelons aussi qu’en ces temps, même le fruit de l’oranger reste un luxe, alors l’essence de ses fleurs !…) Non. Las de mesquinerie. Il est bien possible que cette histoire d’extrême prodigalité de la part de la princesse de Nerola ne soit qu’une pure invention, que par volonté de propagande politique on en ait fait des tonnes à ce sujet, ce qui me rappelle deux autres faits plus anciens : le premier des deux se rapporte à Cléopâtre (la septième du nom ; parce qu’il y en a eu plein des Cléopâtre, de même que des Pierre, Paul, Jacques). Donc, Cléopâtre VII est celle dont l’histoire nous dit qu’elle « serait allée à la rencontre de Marc-Antoine dans un navire dont les voiles étaient enduites d’essence de jasmin. Autant dire qu’on a dû la sentir arriver de loin, tant le jasmin possède un parfum capiteux, chaud et envoûtant ». Le second concerne l’empereur romain Néron qui fit brûler lors des funérailles de sa seconde épouse, Poppée, autant d’encens que l’Arabie pouvait en produire en une seule année. Dans les deux cas, j’ai bien la sensation qu’on en fait volontiers beaucoup afin de donner une fausse idée de la réalité et de grandir encore davantage les deux personnages que sont Cléopâtre et Néron. Mais, sur la question d’Anne-Marie de la Trémoille, j’ai un gros doute : je me demande si on n’a pas cherché à lui faire porter le chapeau en l’accusant d’être, soi-disant, trop dispendieuse. Voilà. Il faut ce qu’il faut. Ce sera toujours mieux qu’un demi entrefilet stérile sur la dame de Nerola : c’est qu’il faut parfois bien peu de chose pour salir l’honneur d’une dame (qui tombera en disgrâce pour de toutes autres raisons de toute façon).
Ne nous endormons pas sur ce sujet, même si, comme le faisait si justement remarquer Brillat-Savarin, la fleur d’oranger induit un sommeil que je qualifie de doux et paisible, à la limite du miraculeux, comme l’avait déjà signalé en son temps Lazare Rivière. Bizarrement, alors que notre princesse de Nerola s’imbibe littéralement d’essence de néroli, les praticiens évoquent non pas l’huile essentielle des fleurs d’oranger mais son eau distillée, les hydrolats ayant été regardés pendant des siècles comme de bien meilleurs alliés thérapeutiques que les huiles essentielles. Cette fleur, dont on fait aussi des liqueurs de table et des conserves, s’exprime à de multiples occurrences à travers son hydrolat, et lorsqu’on survole l’œuvre des Anciens, l’on constate bien qu’il n’est nulle part question d’huile essentielle mais d’eau aromatique : outre qu’on l’ajoute aux tisanes, l’on trouve l’eau de fleurs d’oranger dans bien des compositions magistrales telles que le looch blanc, la pâte de jujubes, l’électuaire ténifuge de Serres, l’élixir de Garus, la potion de Chopart, laquelle mérite qu’on s’y arrête. François Chopart (1743-1795), chirurgien français, élabore une potion qu’il qualifie lui-même de « dégoûtante ». Où l’on voit que l’hydrolat de fleurs d’oranger n’est pas que l’aromatique adjuvant qui permet de faire avaler la pilule. Sauf si l’on s’appelle Sulpice Debauve (1757-1836), tout d’abord pharmacien sous Louis XVI, avant de devenir… chocolatier. C’est pourquoi, « en suivant les lumières d’une saine doctrine, Monsieur Debauve a cherché, en outre, à offrir à ses nombreux clients des médicaments agréables contre quelques tendances maladives. Ainsi, aux personnes […] qui ont les nerfs délicats, [il offre] le chocolat antispasmodique à la fleur d’oranger » (1). La chocolaterie créée par Debauve et Gallais en 1800 existe toujours. Elle se situe au 30 rue des Saints-Pères dans le septième arrondissement de Paris. Chocolaterie de luxe, il ne m’étonne que peu que ce brave Brillat-Savarin y ait traîné ses guêtres.
Mais redescendons un peu sur terre et beaucoup plus au sud. Revenons en Italie où le passage des Arabes a laissé des traces non seulement olfactives mais linguistiques. Au XVI ème siècle, l’on ne parle pas d’hydrolat de fleurs d’oranger, non, on est plus rapide, l’on utilise deux mots latins – aqua naphae – eau de naphe (ou de naffe), ce naphae étant issu de l’arabe nafha, « odeur agréable ». Voici ce que Matthiole indique au sujet de cet arbre dont on tire une eau au nom de rêve : « les parfumiers s’en servent en leurs parfums… On en tire de l’eau, laquelle, outre ce qu’elle est précieuse pour son odeur à toutes les autres, est fort profitable mise en médicaments qui se font contre les fièvres pestilentielles qui remplissent le visage de varioles et morbilles. Car, donnée en breuvage au poids de six onces, elle fera tellement suer le patient, qu’elle fera sortir toutes les méchantes humeurs de la peau. Outre qu’elle fait suer, elle est fort cordiale ». Cordiale. Un mot à retenir pour plus tard. Qui n’a ici aucun rapport avec les « cordialement » dont on use à profusion, bien pis encore que la dame de Nerola ne le faisait avec l’essence de néroli. Cordialement = avec cœur. Nous verrons, effectivement, en quoi l’huile essentielle de néroli possède une implication sur la sphère cardiaque, qu’elle soit physique comme psycho-émotionnelle. Cordialement. Bien cordialement. La plupart du temps, la personne qui utilise ces formules creuses et toutes faites n’y pense pas une seconde et n’aura aucune intention d’être chaleureuse avec vous. C’est juste une formule de politesse qui montre à quel niveau l’on a ramené le cœur dans ce pays au bord de l’angor.
Est-ce un hasard, ai-je osé écrire sur l’un de mes nombreux galore il y a peu, si le mot orange débute par or- ? Ce même or-, on le trouve bien dans cordialement, ça n’en fait pas pour autant un mot empli de classe, plutôt vulgaire toc plaqué or par les temps qui courent. Mais l’envoûtement que réalise l’huile essentielle de néroli sans que vous vous en rendiez compte n’est pas un mirage, sans quoi les moines de l’abbaye des îles de Lérins n’auraient sans doute pas décidé sa culture il y a des siècles, avant qu’elle ne s’organise dans l’arrière-pays entre les XVI ème et XX ème siècles, aboutissant à la fondation de la coopérative du Nérolium à Vallauris en 1904.
Il y a chez l’écrivain Francis Ponge un passage fort éclairant que je me permets de placer ci-après (bien qu’il n’aborde pas la fleur de l’oranger mais son fruit) : « Comme dans l’éponge, il y a dans l’orange une aspiration à reprendre contenance après avoir subi l’épreuve de l’expression. Mais là où l’éponge réussit toujours, l’orange jamais : car ses cellules ont éclaté, ses tissus se sont déchirés » (2) « Ce n’est donc pas pour rien si […] l’orange parut si souvent un fruit taciturne et mélancolique », ajoute Jean-Luc Hennig. On peut ne pas être d’accord avec le mot taciturne, qui confine au mutisme qui ne laisse rien exprimer. Pourtant, force est de reconnaître qu’on exprime de l’orange le zeste par pression mécanique et que de sa peau s’échappent des geysers d’essence incandescente à l’approche d’une flamme. De même, l’on peut rester dubitatif face à l’inclination de l’orange pour la mélancolie. L’on pourrait mieux dire que l’orange suscite une forme de nostalgie. Il peut y en avoir à l’évocation de ces nombreuses préparations culinaires où l’eau de fleurs d’oranger entre pour une petite part, celle des anges : les massepains à la cannelle, la nulle verte à la pistache, les pains de fleurs d’oranger des sœurs de Château-Thierry que regrettait tant Brillat-Savarin, etc. Bien loin de la mélancolie de Ponge, prenons connaissance de ce qu’écrit le docteur Leclerc, à l’aide de sa plume suave, au sujet de l’orange, ce fruit né de la fleur d’oranger qui est, parmi toutes les fleurs, la reine : « Par les crépuscules d’hiver, lorsque le brouillard s’abat lentement sur les faubourgs, à l’heure où les réverbères s’allument, noyant les êtres et les choses d’une lueur blafarde qui miroite en reflets lugubres dans les flaques boueuses, les voitures des marchandes d’oranges apparaissent le long des rues populeuses comme de mouvantes taches éclatantes où rayonne un peu de la lumière et de la chaleur des pays ensoleillés : l’atmosphère maussade et glacée en est tout égayée et des beaux fruits embrasés semble se dégager une flamme qui met aux joues de la marchande et de ses clientes, filles anémiques du faubourg, midinettes pâlies dans les ateliers, une pointe de l’incarnat des héroïnes de Mistral. L’arbre dont le produit est capable d’opérer un tel mirage est de ceux que la Nature a le plus généreusement comblés de ses dons : l’élégance de son feuillage éternellement jeune, la blancheur immaculée de sa fleur, le vif éclat de son fruit sont, pour les yeux, un enchantement qui n’a d’égal que l’ivresse qu’on éprouve à respirer les senteurs exquises dont il est imprégné » (3).
Voilà. Après cela, l’on peut comprendre la place de choix qu’occupe l’huile essentielle de néroli dans le domaine de l’olfactothérapie (pour lequel je me passerais du bla-bla habituel, merci bien), n’empruntant que deux citations. La première, nous la devons à Michel Faucon, décrivant l’huile essentielle de néroli comme luttant « contre la désadaptation aux situations, par hypersensibilité ». Elle concerne, poursuit-il, « les personnes que tout atteint : on n’ose plus rien leur dire car elles sont hyperréactives, hyperstressées » (4). Elles sont donc les parfaits candidats aux situations de crise, de chocs (qu’ils soient physiques comme psychologiques), de deuils, etc., que l’on vit le plus souvent seul : face à ces situations impliquant solitude et isolement, il est évident que l’emploi de l’huile essentielle de néroli est tout à fait pertinent, dans le sens où, en effet, cette huile essentielle prend de la place et comble les espaces habités de vacuité, se faufilant au cœur même, à la source si je puis dire, et au chakra du même nom, Anahata, qu’elle renforce, consolide et répare, afin qu’en jaillissent de nouveau les flots d’amour qui y étaient maintenus captifs, chose bien nécessaire car « se maintenir dans une attitude ouverte est, paradoxalement, source de sécurité et de protection » (5).

Il est maintenant aisé de comprendre, en opérant un raccordement à près de cinq siècles de distance, pourquoi Henri Corneille Agrippa écrivait que l’oranger était régi par Vénus. S’il y a une divinité que l’on peut facilement associer au chakra du cœur, c’est bien elle, de même que la liaison entre Hermès/Mercure et le chakra de la gorge est évidente. Ce « cœur » d’amour, de feu et de chaleur fait également référence à quelque chose que nous avons évoqué naguère : l’association de l’huile essentielle de néroli avec le méridien du Triple Foyer (auquel participe aussi l’huile essentielle de petit grain bigarade). Ce mot – foyer – issu du feu lui-même, rappelant l’âtre qui l’abrite, cœur même d’un foyer plus vaste encore, la maison, elle-même, à son tour, abri des futurs jeunes époux. Quoi d’étonnant à ce qu’on ait convié l’eau de fleurs d’oranger lors des rites nuptiaux ? L’aspersion ainsi que le port de couronnes composées de rameaux d’oranger en fleurs marquent le symbole de virginité et de pureté propre à la jeune mariée « parce que son parfum symbolisait la pureté et l’innocence supposée de la jeune fille ; et également parce qu’elle promettait pour l’avenir riche prospérité, l’orange opulente étant par la présence de ses nombreux pépins considérée comme un symbole de fécondité » (6).

L’huile essentielle de néroli en aromathérapie

Cette huile essentielle est, après celle de petit grain bigarade et l’essence d’orange amère, le troisième produit qu’offre l’oranger amer à l’aromathérapie. Ce qui n’est pas rien. Après les feuilles et le zeste, voici venu le temps de nous consacrer à la fleur de cet oranger qui, bien que plus parfumée que celle de l’oranger doux, n’en est pas moins amère par sa saveur, en raison de l’essence aromatique contenue dans des glandes à essence criblant ses pétales blancs, épais et à la texture un peu grasse.
En d’autres lieux que la France, la récolte des fleurs peut s’opérer toute l’année ; dans le Midi, elle débute au mois d’avril, doit se dérouler au matin, après que la rosée se soit dissipée. Délicate, la fleur de l’oranger amer doit être manipulée avec précaution, ne souffrant pas la brutalité. Ceci fait, l’on distille pendant une à deux heures les fleurs d’oranger à la vapeur d’eau. A la sortie de l’alambic, l’on obtient un liquide de couleur jaune ambré aux pâles reflets bleutés et à la caractéristique odeur fine et fleurie, qui surnage sur ce que l’on appelle communément « eau de fleur d’oranger » (mieux vaut parler d’hydrolat, toutes les eaux n’étant pas forcément florales).
Biochimiquement, cette huile essentielle s’équilibre entre les monoterpénols (40 % dont linalol, géraniol) et les monoterpènes (40 % dont limonène, bêta-pinène, ocimène, etc.). Les esters (10 %) sont représentés par les acétates de linalyle, de géranyle et de néryle, et les sesquiterpénols (5 %) par le nérolidol et le farnésol.
Cette huile exige un nombre impressionnant de fleurs pour en obtenir qu’une toute petite quantité : en effet, une tonne de ces fleurs est nécessaire pour obtenir 0,7 à 1,2 kg d’huile essentielle de néroli. Ce très faible rendement explique le prix très élevé de cette huile essentielle ainsi que les nombreuses tentatives de falsification dont elle est l’objet.
N’achevons pas de suite cette rubrique, la fleur de l’oranger amer ne se résumant pas qu’à la seule huile essentielle qu’elle fournit. En effet, un certain contingent de ces fleurs se destine à une pratique phytothérapeutique et ne demande pas moins de soin, en particulier en ce qui concerne la dessiccation qui doit être prompte et soignée, réalisée à l’abri de la lumière. De blanches, les fleurs dont on aura pris soin d’ôter le calice, virent assez étonnamment à une couleur roussâtre, tandis qu’elles perdent une grande partie de leur parfum mais nullement leur amertume. Dans ces fleurs, l’on trouve des matières pectiques et résineuses, du sucre (glucose), de la gomme, de l’albumine, de l’acide acétique et enfin deux flavonoïdes, le naringoside et le néo-ériocitroside.

Propriétés thérapeutiques

« L’essence de fleurs d’oranger, ce n’est point un médicament, mais un produit de parfumerie », écrivait Fournier dans les années 1940 (7). L’un n’exclut pas l’autre, même si, bien sûr, dans les deux cas, la cherté du produit en impose un strict usage. La parfumerie faisant de plus en plus appel à un néroli synthétique (8), l’aromathérapie redécouvre cette huile essentielle dont les nombreuses propriétés ne peuvent que donner tort à Paul-Victor Fournier.

  • Anti-infectieuse (antibactérienne à large spectre, antivirale), antiparasitaire
  • Sédative, calmante, apaisante, déstressante, hypnotique légère, inductrice du sommeil, antidépressive, ré-équilibrante et tonique nerveuse
  • Antispasmodique, diminue l’amplitude des contractions cardiaques, hypotensive
  • Veinotonique
  • Stimulante hépatopancréatique
  • Anti-inflammatoire
  • Aphrodisiaque, stimulante de la libido
  • Astringente, antiseptique, tonique et régénératrice cutanée

Note : les fleurs en phytothérapie, outre qu’elles exercent une action favorable sur l’appétit et la digestion, sont fébrifuges et diaphorétiques.

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère cardiaque et circulatoire : palpitations, tachycardie, hypertension, varice, hémorroïdes, couperose
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : flatulence, dyspepsie, diarrhée chronique, colite spasmodique, entérocolite bactérienne et virale, maladie de Crohn
  • Troubles de la sphère respiratoire + ORL : infection des voies aériennes, bronchite, otite, otite du nourrisson
  • Insuffisance hépatopancréatique, hépatisme
  • Spasmes musculaires, crampe, contracture
  • Affections cutanées : peaux rougies, irritées et/ou sensibles, prurit, acné, cicatrice, ride, vergeture
  • Asthénie sexuelle
  • Troubles du système nerveux : nervosité (y compris chez l’enfant en bas âge), stress, anxiété, angoisse, crise d’angoisse, trac, peurs, hyperactivité, fatigue nerveuse, épuisement psychique, insomnie, agitation nocturne, autres troubles du sommeil, déprime, dépression

Modes d’emploi

  • Huile essentielle : voie orale, voie cutanée diluée, olfaction, diffusion atmosphérique.
  • Teinture alcoolique de fleurs fraîches.
  • Sirop de fleurs fraîches.
  • Infusion de fleurs sèches, seules ou accompagnées :
    – fleurs d’oranger (½) + tilleul (½) ;
    – fleurs d’oranger (¾) + camomille romaine (¼).
  • Hydrolat aromatique de fleurs d’oranger : voie orale, vaporisation cutanée. Seul ou accompagné :
    – trio aromatique tranquillisant du docteur Leclerc : hydrolat de fleurs d’oranger (½) + hydrolat de tilleul (¼) + hydrolat de laitue (¼). Ce dernier ne courant plus les rues, vous pourrez avantageusement le remplacer par ceux de verveine citronnée ou de mélisse officinale.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Il est parfois conseillé de diluer l’huile essentielle de néroli dans de la cire liquide de jojoba à raison d’¼ d’huile essentielle pour ¾ de cire liquide, laquelle n’est pas sujette au rancissement, ce qui assure une conservation optimale de cette huile essentielle qui, même diluée ainsi, reste également puissante, ce qui autorise un large champ d’application. Après, vous pouvez faire comme moi et la laisser tranquillement dans son flacon, c’est vraiment au choix, quand bien même son flacon est fréquemment en verre non teinté, ce qui est assez bizarre en soi.
  • Compte tenu de sa cherté, l’huile essentielle de néroli reste peu usitée et doit l’être avec parcimonie. De la même manière qu’avec l’huile essentielle de rose de Damas, il est toujours possible d’utiliser l’hydrolat de fleurs d’oranger en aromathérapie qui contient encore un gramme d’huile essentielle au litre. Cela en fait un produit pas tout à fait dénué d’effets, au contraire de la remarque qu’adressait Cazin au XIX ème siècle qui préférait l’eau d’oranger à laquelle on ne retirait pas l’essence contrairement à celle qui s’en voyait privée. En attendant, cet hydrolat possède les propriétés suivantes :
    – Il est anti-infectieux : il permet de laver et d’apaiser les muqueuses (yeux, fosses nasales, plaies…), ainsi que la peau et le cuir chevelu ;
    – Il est anti-inflammatoire, tonique et apaisant cutané : très utile pour tout ce qui est démangeaisons, irritations de la peau et du cuir chevelu. De plus on pourra en faire usage en cas d’hypersensibilité propre aux peaux sèches ainsi que pour le soin des peaux matures et/ou grasses ;
    – Il est antispasmodique, calmant et sédatif du système nerveux : il permet de mieux gérer les émotions, en particulier le stress, l’anxiété, la nervosité et l’insomnie d’origine nerveuse (chez l’enfant comme chez l’adulte). Son pouvoir calmant s’applique aussi sur la sphère gastro-intestinale (spasmes digestifs, digestion difficile et douloureuse, « maux d’estomac ») ainsi que cardiovasculaire et circulatoire (éréthisme cardiovasculaire, angiospasme, palpitations).
  • A hautes doses, l’hydrolat de fleurs d’oranger peut devenir stupéfiant.
  • Au-delà du strict usage thérapeutique, l’on peut faire intervenir cet hydrolat en cuisine afin d’aromatiser nombre de préparations (sauces, crèmes, desserts, salades de fruits…).
    _______________
    1. Anthelme Brillat-Savarin, La physiologie du goût, pp. 122-123.
    2. Cité par Jean-Luc Hennig, Dictionnaire littéraire et érotique des fruits et légumes, p. 439.
    3. Henri Leclerc, Les fruits de France, pp. 234-235.
    4. Michel Faucon, Traité d’aromathérapie scientifique et médicale, p. 453.
    5. Alain Faniel, L’olfactothérapie, p. 182.
    6. Jacques Brosse, La magie des plantes, p. 253.
    7. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 290.
    8. Sachons que les fleurs d’oranger amer subissent aussi l’extraction par solvant, formant concrète et absolu, produits de grand luxe exclusivement réservés à la parfumerie.

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Anne-Marie de la Trémoille (1642-1722)

Huile essentielle de santal (Santalum album)

 

Synonymes : santal blanc, santal des Indes, santal citrin, santal de Mysore.

Alors bon. Par où commencer ? J’avais une entame ce matin au réveil, mais elle s’est évanouie depuis le temps. Démarrons à l’aide d’un point de repère chronologique : le Nirukta (et non pas le Nirkuta comme on peut lire ici et là, erreur copiée et collée, et recopiée, et cætera). Il s’agit d’un très ancien texte védique datant probablement du V ème siècle avant J.-C. Son rôle de glossaire avait pour but d’expliquer des termes obscurs contenus dans d’autres textes sanskrits afin d’en améliorer la compréhension et, par conséquent, la transmission. Une sorte de bréviaire étymologique en somme. Eh bien, dans ce Nirukta, l’on parle du santal, ce qui est bien une preuve qui confirme son statut de caviar de l’aromathérapie : c’est une essence végétale que l’on n’approche pas aussi aisément que cela, comme on le ferait d’un brin d’herbe : « sur la terre, il y a beaucoup d’arbrisseaux, peu de santals qui s’élèvent » (1). Cette métaphore qui souligne l’exceptionnel caractère du santal ne peut que nous inviter à ré-affirmer la puissance sacrée qui l’habite depuis bien plus longtemps que le plus ancien texte védique n’y a fait référence. Santal, transformation de l’arabe sandal, provient d’un mot sanskrit, cay-huynd-dan, plus fréquemment orthographié candana : il s’agit du parfum d’Indra qui, s’en frottant la poitrine et la guirlande qu’il porte au cou, devient doré, de même que le santal, rappelant l’accointance de cet arbre avec le soleil, ce qui fit écrire à l’auteur du Hi-Shai Sûtra que le chariot du soleil est fait d’or et de bois de santal. Véritable bois de senteur, à tel point qu’il parfume la hache qui le coupe, le candana est un bienfaiteur car même une fois abattu, il perpétue ses bienfaits par le truchement de son parfum persistant, tant et si bien qu’on le dit capable de parfumer les autres arbres, allant même jusqu’à les envelopper de sa propre chaleur.
Tout d’abord placé sous sphère d’influence brahmanique, le santal n’est pas resté cantonné qu’à la seule Inde, s’étant rendu auprès des bouddhistes pour ensuite élargir sa renommée à des territoires beaucoup plus vastes et pour lesquels il a une importance capitale dans la vie religieuse des Chinois qui brûlent son bois en hommage à Bouddha, attendu que le santal fait partie des arbres du paradis bouddhique.
En Inde et sur l’ancienne île de Ceylan, son bois a été utilisé pour fabriquer des statuettes, des objets de culte (et d’autres objets manufacturés), ainsi que pour charpenter des temples hindouistes (on dit aussi qu’il forme, avec le cèdre et le cyprès, le trio des arbres sacrés du temple de Salomon). Non seulement son parfum est une excellente raison à cela, mais il s’avère également que le bois de santal n’est en aucun cas attaqué par les insectes, les vers, la moisissure… Ce qui explique pourquoi le santal a partie liée avec différentes pratiques religieuses en Asie, qu’elles concernent le mariage ou les funérailles. Par exemple, au IX ème siècle après J.-C., on utilisait déjà son essence en vu d’embaumer le corps des monarques. Plus communément, il est de coutume de faire brûler du bois de santal lors des enterrements (lors du décès d’un haut dignitaire, 400 kg de bois de santal étaient parfois nécessaires lors de sa crémation), le santal ayant vertu protectrice, il permet d’éloigner les mauvais esprits, ce que relate le bouddhisme qui désigne le santal comme un chasseur d’entités démoniaques, de même qu’en Afrique où il permet de chasser les zars comme l’explique bien Tobie Nathan : « Pour diagnostiquer la famille de l’esprit qui a investi la malade, la guérisseuse se livre nécessairement au fatih el ‘ulba – « l’ouverture de la boîte ». Dans chaque boîte, en effet, est enfermé un encens, l’odeur-devise – en quelque sorte le blason odorant – d’un groupe de zars. Cependant, ces empreintes d’esprits sont elles-mêmes des combinaisons d’essences élémentaires. On dit que les maîtres du zar en connaissent près d’un millier qu’ils combinent à volonté : al mistika, sorte de résine parfumée (peut-être la myrrhe ?), mur el higazi, l’eolocynth, sandal, le bois de santal, al kafur, le camphre, ‘irk as sus, la branche de licorice, al gawi, parfum provenant de l’île de Java, etc. » (2).
Au-delà de son rôle de protecteur et de gardien, il est entendu par le tantrisme que le santal permet de favoriser le réveil de la Kundalini, c’est-à-dire le serpent lové au creux de Muladhara, autrement nommé chakra de la racine. Tout comme l’oliban, les fumées apaisantes du bois de santal qui brûle favorisent la méditation, la prière ainsi que le retour réflexif sur soi-même. D’aucuns parleraient de recentrage… Bref, Muladhara n’est pas loin, l’une des couleurs de l’aura de l’huile essentielle de santal étant le rouge. Si l’on considère les deux autres couleurs de cette aura, l’on note la présence de orange et de magenta. La couleur orange évoque sans difficulté le chakra sacré, Svadhisthana, prosaïquement nommé chakra du sexe parfois. Selon le tantrisme, l’hindouisme et le bouddhisme tibétain, spiritualité et sexualité, recueillement et sensualité ne sont pas des couples antinomiques et incompatibles, ils vont même de paire. Quant au magenta, synthèse chromatique du rouge et du violet, il passe des basses vibrations du rouge à celles très élevées du violet, on file de la racine à la couronne comme est censé le faire la reptilienne Kundalini. Ce n’est donc pas pour rien – au-delà du seul fait d’être considéré comme aphrodisiaque – qu’il est un gage d’éveil spirituel. Si chez les hindouistes on applique une pâte de bois de santal au niveau du troisième œil (ce que l’on appelle le tilak), cela n’a-t-il point pour objectif de développer davantage de clairvoyance et de conscience éclairée ?
Si l’on creuse davantage, l’on peut prendre conscience que le santal convoque bien plus qu’un élément : le chakra sacré se réfère à l’Eau, l’énergie de feu doux du santal, bien soulignée par cette grosse proportion de sesquiterpénols contenue dans son huile essentielle (un Feu qui convient bien à Mars, mais surtout au Soleil) ; enfin, astrologiquement associé au signe de la Vierge, le parfum du santal, par cette relation zodiacale, fait intervenir la Terre. Quant à l’Air, je vous laisse le soin de chercher en quoi le santal peut bien le contenir… ;)

Le santal a beau n’intéresser l’industrie de la parfumerie que depuis le XIX ème siècle, la menace qui pèse sur lui est pourtant bien réelle. Le célèbre santal de Mysore, extrêmement réputé, devenu rare, a obligé la culture de cet arbre dans la plupart des états du sud de l’Inde (Kerala, Andhra Pradesh, Tamil Nadu, Karnalaka). Mais l’on ne peut mettre la raréfaction du santal sur le seul compte de la parfumerie : de la fin du XVIII ème siècle jusqu’à l’orée de la Seconde Guerre mondiale, on assiste à une forte demande de bois de santal, en particulier pour la confection d’encens, ce qui provoque un déboisement progressif et inexorable, l’homme du XIX ème siècle étant peu au fait de la question agro-écologique. Pour son malheur, le santal croît très lentement et laborieusement, ce qui n’a pas été sans problème. Sa durée de vie limitée à un siècle en conditionne nécessairement la hauteur qui ne dépasse par dix à douze mètres. Au-dessus du sol, le tronc trapu du santal et ses feuilles semper virens ne laissent en rien présager de ce qui se passe sous la surface de la terre : les racines du santal, équipées de suçoirs, s’enfoncent dans celles d’autres arbres environnants et d’herbes géantes (bambous, palmiers), dans lesquels ils puisent les substances nutritives (phosphore, azote…) indispensables à la croissance du santal qui se trouve être largement dépendant de son environnement naturel. Le caractère hémiparasite qui singularise le santal lui permet, lors de sa prime jeunesse, de planter ses suçoirs sur plus d’une centaine d’espèces végétales différentes (parfois jusqu’à 300, y compris ses propres congénères) qui jouent le rôle d’hôtes, mais sans grand danger pour eux. Ce n’est qu’une fois devenu un arbre plus âgé qu’il perd cette habitude de se cramponner au premier venu et qu’il affiche fièrement son autonomie. Et c’est aussi avec l’âge qu’il acquiert la maturité nécessaire pour devenir productif, un santal pouvant patienter 25 à 50 ans avant de former dans son bois une essence digne d’intérêt pour le distillateur. Ce qui, au regard de son espérance de vie, n’en permet l’exploitation que pour un temps assez court, laquelle est délicate, sinon dangereuse pour sa survie, puisque, outre l’aromathérapie, c’est le cœur de son bois qui attire la convoitise de l’homme depuis des lustres : il n’est donc guère possible de l’exploiter sans le détruire, ce qui est le sort réservé à d’autres bois à parfum tels que le cèdre de l’Atlas et le bois de rose. Tout cela rend son existence fort hasardeuse, sans compter que sa culture est très complexe puisqu’il faut envisager la présence des espèces végétales hôtes indispensables au santal, lesquelles ne se choisissent pas au hasard. De plus, à force de tremper sa nouille un peu partout, le santal peut attraper une maladie d’origine bactérienne, détail rappelant que l’huile essentielle de santal est utilisée pour combattre les gonocoques responsables de la blennorragie, MST autrefois connue sous le nom de chaude-pisse. Bref, tout cela aurait pu peser lourd dans la balance avant que l’on ne mette en place un plan de contrôle et d’exportation, à l’identique de celui qui concerne le bois de rose en certains régions.

Botaniquement, nous pouvons dire en quelques mots que le santal porte des feuilles opposées, de forme ovale et effilée, dont la longueur est comprise entre 4 et 8 cm. Les faces supérieures vert sombre présentent une surface un peu rêche, alors que le revers est beaucoup plus pâle. Lors de la floraison du santal apparaissent des panicules de petites fleurs dont la couleur peut varier du jaune pâle au pourpre. Par la suite, l’arbre se couvre de grappes de drupes noires, rondes comme des pois et pas plus grosses que des cerises, à l’intérieur desquelles se trouve une graine unique.

Le santal en aromathérapie

Pour nous autres Occidentaux, du santal nous ne connaissons guère qu’un parfum, si captivant à vrai dire qu’il ferait presque oublier quelle est l’espèce végétale qui le produit, générant, çà et là, dans divers ouvrages d’aromathérapie, des sottises qui montrent à l’évidence que leurs auteurs sont mal renseignés au sujet du santal. Bref…. Ce parfum, s’incarnant sous forme d’huile essentielle, ne doit pas faire oublier que cet arbre qu’est le santal fait, tout comme le giroflier et le cannelier, l’objet d’une pratique phytothérapeutique, cependant circonscrite aux seules régions d’Asie : les informations à ce sujet étant faméliques, nous laisserons donc ce volet de côté pour nous concentrer exclusivement sur l’huile essentielle de santal en aromathérapie.
Le bois dur et odorant du santal, ainsi que ses racines, sont les parties végétales de cet arbre pour lesquelles le distillateur porte un intérêt certain. Mais sur la question du bois, il ne s’agit pas des parties nobles que l’on soumet à la distillation (celles-ci se réservent à l’ameublement et à la statuaire), mais des copeaux, des résidus de bois, des déchets, fractionnés en plus petites unités avant d’être accueillies par l’alambic. Et c’est conseillé puisque l’hydrodistillation à la vapeur d’eau, si elle est une bonne technique pour extraire l’huile essentielle de santal de son bois, est, dans ce cas précis, un véritable défi que doit relever le distillateur : il ne s’agit pas là de lavande pour laquelle la distillation est bouclée en quelques heures. Le santal – c’est ainsi – prend son temps. Nous avons remarqué plus haut qu’il croît lentement. Il en va de même de sa distillation, n’ayant nulle intention de délivrer son précieux trésor aussi rapidement. Prendre son temps se chiffre en dizaines d’heures : 48 à 72 heures sont parfois nécessaires, une centaine dans certains cas, tout cela dépendant surtout de la qualité du bois : dense, de couleur brun jaunâtre, il est parcouru de stries plus foncées par endroit, un indice de sa plus grande richesse en essence. Or comme le rendement est d’importance, puisqu’il avoisine les 4 à 8 %, plus du double – 8 à 13 % – lorsque le bois employé est de qualité supérieure (3), il est bien normal et obligatoire de soumettre bois et racines à une coction au long feu continu pour en exprimer toute l’essence. Cette durée hors du commun s’explique aussi par la densité (0,98) de cette huile essentielle, pesante, épaisse, visqueuse. Très peu volatiles, ses molécules sont donc plus longues à extirper du bois (4). Huile essentielle quasiment incolore (c’est à peine si elle jaunit un peu avec l’âge), elle dégage un puissant mais délicat arôme boisé et épicé, chaud et profond. N’abusons pas des qualificatifs, l’huile essentielle de santal échappe à toute description, bien vaine litanie de mots ; ça n’est pas une expérience qui se lit – le bagage lexical des odeurs étant, à la vérité, si faible que, de toute façon, on n’irait pas bien loin. Non, c’est avant tout une expérience qui se sent, qui s’absorbe aussi longuement et lentement que cette huile essentielle a pris de temps pour s’extraire de sa gangue ligneuse.
En terme de composition biochimique, la plus large part est allouée aux sesquiterpénols (alpha-santalol, bêta-santalol, cis-lancéol, épi-p-santalol) formant près de 70 % de l’ensemble. Le reste se distribue entre les sesquiterpènes (8 %), les monoterpènes (8 %) et les acides (3 %).

Propriétés thérapeutiques

  • Anti-infectieux : antibactérien (gonocoque, staphylocoque doré), antiviral, antifongique, antiseptique pulmonaire et génito-urinaire
  • Tonique veineux et lymphatique, décongestionnant veineux et lymphatique, cardiotonique
  • Antispasmodique
  • Anti-inflammatoire
  • Expectorant, balsamique, antitussif
  • Calmant et sédatif du système nerveux central (il existe une corrélation entre la présence d’alpha-santalol dans cette huile et son activité sédative), antidépressive, inductrice du sommeil
  • Tonique général
  • Décongestionnant pelvien, stimulant testiculaire, aphrodisiaque
  • Aquarétique
  • Astringent, cicatrisant, régénérateur cutané
  • Activité antitumorale (l’un des composants de cette huile essentielle favorise l’apoptose des cellules responsables de carcinomes cutanés)
  • Sudorifique (en phytothérapie, le bois de santal forme avec le sassafras (Sassafra albidum), le gaïac (Guaiacum officinale) et la salsepareille (Smilax aspera) le groupe des quatre bois sudorifiques)

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère urinaire : cystite, infection urinaire, colibacillose, blennorragie
  • Troubles de la sphère respiratoire : bronchite chronique, catarrhe bronchique, bronchorrhée, laryngite, toux sèche et/ou irritante
  • Troubles de la sphère circulatoire : hémorroïdes, varice, jambes lourdes, œdème des membres inférieurs, ulcère variqueux, insuffisance veineuse et lymphatique, couperose
  • Troubles de la sphère génitale : congestion du petit bassin, congestion prostatique, prostatite, herpès génital, mycose vaginale (candidose), asthénie sexuelle, impuissance, frigidité, fatigue sexuelle
  • Affections cutanées : mycoses (pied d’athlète, onychomycose), dermatophytose (teigne), acné, herpès labial, eczéma, psoriasis, urticaire, gerçure, crevasse, cicatrice, soins des peaux grasses, irritées, fatiguées et dévitalisées, rides, démangeaisons du cuir chevelu, pellicules
  • Troubles du système nerveux : stress, nervosité, agressivité, anxiété, morosité, dépression légère, surmenage, épuisement nerveux, psychique et intellectuel, dispersion mentale, troubles du sommeil
  • Désaccoutumance (tabac, alcool)

Propriétés psycho-émotionnelle

  • Sédatif et calmant, il remet de l’ordre dans le chaos (insomnie, troubles du rythme cardiaque, etc.).
  • Grâce à son parfum charnel et enveloppant, l’huile essentielle de santal permet de prendre conscience de son incarnation et de se situer par rapport à son environnement en particulier lorsque le stress, la nervosité, l’impatience, la dispersion et le bavardage mental nous placent hors de nous-mêmes, en dehors de notre propre corps dont l’esprit semble désincarné.
  • Tout en souplesse, le santal blanc efface la raideur, la rigidité, la morosité, il permet une ouverture vers l’autre qui peut tout aussi bien être une personne anonyme qu’un compagnon proche. Mais là où il fait véritablement merveille, c’est à travers sa capacité sensuel à séduire : il développe un climat de confiance propre à aiguiser le plaisir en toute intimité.
  • Fort utile lors d’épisodes méditatifs, l’huile essentielle de santal permet de se connecter à son intériorité.

Modes d’emploi

  • Voie cutanée pure ou diluée.
  • Voie orale.
  • Olfaction.
  • Diffusion atmosphérique.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Toxicité : c’est là un bien grand mot à propos de l’huile essentielle de santal. L’on a beau dire qu’elle n’a pas encore été établie sûrement, l’on sait néanmoins par l’expérience qu’un usage immodéré est susceptible d’entraîner un certain nombre d’effets secondaires tels que nausée, irritation cutanée, allergie de contact, etc. Jean Valnet évoquait une sensation de chaleur épigastrique et de soif intense en cas d’excès. Mais il y a excès et excès, la DL50 de cette huile essentielle s’élève quand même à 5 g par kilogramme chez l’homme, c’est-à-dire qu’un adulte pesant 80 kg devrait absorber 400 g de cette huile (soit 40 flacons de 10 ml) avant de rencontrer quelques dommages. Ainsi, rien à voir avec le cyanure et la strychnine, des doses létales médianes comprises entre 5000 mg et 15000 mg par kilogramme concernent des substances « légèrement toxiques » à « presque pas toxiques ». Pas de quoi en faire un plat. En revanche, ce qui est plus certain, c’est de ne pas en abuser au-delà de cure de six semaines, ni durant les trois premiers mois de la grossesse (sait-on jamais : peut-être craindrait-on de voir bébé danser le nritta dès la naissance…), et, pour finir, en cas d’insuffisance rénale. Si je sens, là encore, poindre le sacro-saint principe de précaution qu’on brandit à tout-va à la première occasion, je n’en suis pas moins d’accord pour dire qu’huile essentielle de santal et enfant, ça n’est pas compatible : qu’a-t-on besoin de cette huile quand on n’est pas encore pubère ? Quand je vois qu’elle est parfois conseillée en olfactothérapie à des gamins de 4 ou 5 ans, je me dis que… Euh…?!!! Que c’est n’importe quoi. Pour ne pas être grossier ^_^
  • De même qu’il existe du lard et du cochon, sur le marché de l’aromathérapie – qui oublie parfois d’indiquer le nom latin des plantes sur les flacons d’huile essentielle ou quand ça l’est, c’est parfois imprimé à l’aide d’une encre qui s’efface à la vitesse d’un cheval lancé au grand galop (insinuerais-je que le monde de l’aromathérapie est, lui aussi, secoué par d’infâmes malversations ?), le néophyte peut, on l’en croit aisément, peiner quelque peu et se faire posséder comme un bleu dès lors qu’il s’agit d’une huile essentielle aussi peu donnée que celle de santal. Oui, il y a santal et santal. N’y a-t-il pas, du reste, verveine et verveine, un mot que de peu scrupuleux margoulins utilisent pour l’accoquiner avec l’huile essentielle de litsée citronnée. Sachant que 10 ml d’huile essentielle de verveine citronnée ça coûte (généralement) dix à douze fois plus cher que la même quantité de litsée citronnée, on peut imaginer le potentiel profit que peut réaliser le dit margoulin en appelant un produit du nom d’un autre (les sensations de faire une (trop) belle affaire et de se faire enfler sont assez souvent concomitantes). D’où l’intérêt de se procurer des huiles essentielles chez des gens sérieux (La cabane aux arômes de Pescalune, Maison Néroli, etc.). Bref. Après cette incise bien nécessaire, revenons-en à nos tendres moutons. Donc, voilà-t-il pas que, par-dessus le marché, il existe plusieurs santals : un blanc, un jaune, un rouge. Érigeons donc LA liste :
    – le santal, celui de cet article, c’est le blanc : Santalum album. Certains petits malins écrivent santal alba sur l’étiquette, sans doute pour porter à davantage de confusion. On l’appelle santal, point barre.
    – le santal d’Australie : Santalum spicatum.
    – le santal de Nouvelle-Calédonie : Santalum austrocaledonicum.
    – le quandong : Santalum acuminatum.
    A noter que si ce dernier n’est pas concerné par l’aromathérapie, c’est le cas des deux précédents, arbres hémiparasites tout comme le santal, produisant chacun une huile essentielle : à la maison, j’ai deux flacons, l’un d’huile essentielle de Santalum album, l’autre de Santalum spicatum, qui n’ont, l’une et l’autre, rien à voir, ne serait-ce que d’un seul point de vue olfactif. Je vous le dis, j’ai une très nette préférence pour le spicatum ^_^
    Ensuite, nous avons affaire à deux faux santals :
    – Le premier, que de petits malins (il y a beaucoup de petits malins autour du santal, décidément…) appellent « santal des Indes orientales », c’est l’amyris (Amyris balsamifera). C’est bien un arbre, mais non de la famille des Santalacées puisqu’il appartient à celle des Rutacées. On en tire une huile essentielle également, assez bon marché comparativement à celle de santal ou de bois de rose, ce qui lui vaut aussi d’être surnommé rosewood. Décidément ! Je le rappelle au cas où : l’aromathérapie, ça n’est pas un truc relaxant pour midinettes, c’est plutôt un truc où on s’arrache les cheveux, si, si !
    – Le second, c’est le « santal » rouge (Red sandalwool), Pterocarpus santalinus, un arbre du sud de l’Inde, de la famille des Fabacées. On n’en tire aucune huile essentielle à ma connaissance.
    _______________
    1. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, p. 332.
    2. Tobie Nathan, Psychanalyse païenne, p. 175.
    3. En général, on compte 3,5 à 4 % de rendement pour le bois, 4,5 à 6 % pour les racines.
    4. Le lieu de vie du santal semble aussi déterminer cette richesse plus ou moins étendue : il apparaît que la nature du terrain influe sur la quantité d’huile essentielle produite. Le terrain favori serait donc celui qui est pauvre, sec et caillouteux, en somme tout ce que, olfactivement, le santal n’est pas.

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La sauge officinale (Salvia officinalis)

Crédit photo : Pescalune photography

Synonymes : grande sauge, sauge de Catalogne, herbe sacrée, thé de Grèce, thé de France, thé d’Europe, etc.

Reine des plantes médicinales, panacée, herbe sacrée, qu’a donc fait la sauge pour mériter un renom aussi élogieux ? Tout d’abord, elle figurait parmi de nombreux autres ingrédients dans le kyphi des anciens Égyptiens qui remarquèrent aussi que son suc administré aux femmes stériles les rendait fertiles et permettait à celles qui étaient enceintes de ne pas concevoir avant terme. Du temps des Ramsès, déjà bien connue, la sauge étendit son hégémonie à la Perse et à l’Europe. Cela signifie qu’il y a environ 3000 ans, la sauge avait déjà partie liée avec le médical et le spirituel, et l’Antiquité gréco-romaine ne lui dénigrera pas ces deux prérogatives. Pour la Grèce et la Rome antiques, l’herba sacra est une panacée, c’est-à-dire un remède universel propre à être employé en toutes circonstances. C’est elle que l’on récoltait ablutions faites, en état de pureté que soulignait le port d’une tunique blanche, et les pieds nus, après avoir procédé à un sacrifice. Cette sauge, elle-même offerte aux divinités, faisait partie des ingrédients de base de rituels aussi bien funéraires que magiques. Il est même accordé à la sauge une origine surnaturelle. Selon une légende, Zeus fut élevé par la chèvre Amalthée, auprès d’un buisson de sauge qui aurait conféré au lait caprin un pouvoir divin. Dans ces circonstances, l’on ne peut guère s’étonner que l’étymologie attribue à la sauge deux sens bien distincts : le latin salvia se scinde en deux origines : de salvare, « sauver, guérir » et de salvus, « sain ». La sauge est donc une plante guérisseuse et assainissante. C’est là faire référence à ses qualités de remède médicinal d’une part, d’autre part à sa capacité à entrer en connexion avec un domaine plus spirituel. Nous verrons, au fil de cet article, que ces deux notions demeurent souvent indissociables.

Les Grecs considérèrent la sauge si tonique et stimulante, qu’elle était interdite aux athlètes sur les stades, à croire que la lutte antidopage ne date pas d’hier. A ce titre, Pline remarquera cette faculté, écrivant que « le voyageur qui porte de l’armoise et de la sauge attachées sur lui ne craint pas la fatigue ». Hippocrate et Dioscoride mentionnent une sauge dont le même Pline rapportera les usages : « nos herboristes d’aujourd’hui nomment elelisphakos en grec et salvia en latin une plante semblable à la menthe, blanchâtre et odorante ». Mais il n’est pas impossible que l’elelisphakos des Grecs ne soit pas, en définitive, la sauge officinale dont Paul-Victor Fournier nous rappelle qu’elle est assez rare en Grèce. Sans doute s’agit-il d’une espèce cousine, puisque Hippocrate l’indique dans la recette d’un breuvage destiné à soigner les affections de la matrice et la diarrhée, alors que Dioscoride, puis Galien, mentionne plusieurs de ses propriétés : tonique, stimulante, diurétique, astringente, emménagogue et abortive, toutes qualités dont la sauge officinale peut s’enorgueillir.

Les Celtes, eux non plus, n’ignorèrent pas la sauge. Ils y accordèrent même une grande importance, puisque d’un point de vue médicinal, les druides employaient cette plante contre la fièvre, la toux, les rhumatismes, les névralgies, la paralysie, l’épilepsie, ainsi que pour favoriser la fertilité des femmes et l’accouchement. Elle passait aussi pour ressusciter les morts ; fréquemment ajoutée à l’hydromel et à la cervoise, elle permettait aux druides de se placer en condition « prophétique », c’est-à-dire en état de conscience modifiée, afin de prédire l’avenir et de communiquer avec l’au-delà. Ceci est d’autant plus valable que, depuis, l’on sait l’action de la sauge officinale au niveau d’un chakra, celui du troisième œil, permettant calme et clarté, incitant à la sagesse (sage, en anglais, signifie autant sauge que sage) et donc au savoir. « Ainsi s’explique en particulier la faculté qu’on lui a prêtée de favoriser la conception, puisque c’est de l’au-delà, du royaume des morts, des ancêtres, que proviennent les âmes des enfants à naître […] Si elle ne ressuscite pas les morts, la sauge a bien le pouvoir de rendre la vitalité à ceux qui ont perdu jusqu’au goût de vivre, et aussi de faciliter la transmission de la vie » (1).

Énoncer que le Moyen-Âge est l’âge d’or de la sauge n’est pas peu dire. Naturellement inscrite au Capitulaire de Villis, elle bénéficia donc de la protection des empereurs carolingiens. Walahfrid Strabo, abbé du monastère de Reichenau, lui dédie même une place d’honneur dans son Hortulus (827), lui conservant, en le latinisant, son antique nom grec. De l’elelifagus, il dit ceci : « L’expérience la montre remédiant à plusieurs maladies des hommes, elle mérite donc la verdeur de son éternelle jeunesse » (2), paroles élégiaques édictées à une époque où les bénédictins se chargèrent d’en développer la culture dans les jardins de simples, indispensables dans tout bâtiment ecclésiastique. Et cette expérience, à laquelle Strabo fait référence, est riche et vaste. Macer Floridus en fait un remède diurétique, hépatique, antitussif et emménagogue, précisant que « broyée et appliquée sur la plaie, elle neutralise l’effet des morsures venimeuses, et cicatrise les blessures saignantes » (3). Arnaud de Villeneuve la conseille, également broyée, additionnée de sel et de poivre, comme pansement odontalgique. Platearius ajoute qu’elle « conforte, dégage et chasse les humeurs », ce que ne désapprouve pas le Grand Albert, affirmant que la fumigation de l’alentour des maisons en temps de peste est profitable, conseil qui sera repris plus tard dans le Petit Albert présentant la recette d’un « baume excellent pour se garantir » de cette maladie extrêmement contagieuse et mortelle. La sauge, c’est aussi l’un des ingrédients du vinaigre des quatre voleurs dont la légende veut qu’il leur servait de préservatif contre la peste, afin de plus sûrement dévaliser les maisons abandonnées des pestiférés. Quant à Hildegarde et sa Selba, c’est plus qu’une histoire d’amour tant la sauge est présente dans les écrits de l’abbesse, comme remède du corps bien entendu (inappétence, diarrhée, mauvaise haleine, douleurs gastriques, toux, fièvre, hémorroïdes, douleur goutteuse, céphalée d’origine digestive, léthargie, insomnie, paralysie, contusion, etc.), mais aussi comme soulagement de l’esprit : non seulement la sauge « dessèche » la mélancolie, mais elle apaise la colère, « la chaleur sèche de la sauge redonne force aux humeurs que la colère a détruites » (4).
Dès qu’il est question de la sauge médiévale, il est impossible de passer sous silence le très célèbre aphorisme de l’école de Salerne qu’aucun livre portant sur les plantes médicinales n’omet de mentionner : Cur moriatur homo cui salvia crescit in horto ? Oui, pourquoi mourrait-il, celui qui cultive de la sauge dans son jardin ?, s’interroge-t-on du côté de cette cité de Campanie. Très souvent, dans les livres et sur Internet, on ne trouve que ce premier vers, celui que Cazin, comme tant d’autres, se contente de citer, avant d’ajouter « qu’il n’y a de meilleur remède contre la mort » (5), ce qui est une lecture complètement fausse de cet aphorisme, puisque le deuxième vers nuance très fortement le premier : Contra vim mortes non est medicamem in hortis (Contre la force de la mort, il n’existe aucun médicament dans les jardins). Et la suite, que nous donnons, est d’une limpidité à toute épreuve. Par sa seule lecture, l’on ne risque guère de se tromper : « Oui, nos jours sont bornés ; aux regrets, insensible, la mort doit, tôt ou tard, en terminer le cours. Vouloir l’éterniser, c’est vouloir l’impossible ; n’y songez point. A cela près l’usage de la sauge a d’excellents effets. Pour raffermir la main tremblante, pour conforter les nerfs, la sauge est excellente ; et d’une fièvre aiguë elle arrête l’accès […] L’usage de la sauge est si grand, qu’il est bon d’en avoir en toute maison. Aussi dans la langue latine, son nom du mot sauver tire son origine ». L’erreur commise par Cazin (il n’est pas le seul à l’avoir faite, on la rencontre encore dans des ouvrages bien actuels) sur le sens réel des paroles salernitaines lui fera écrire que « pour faire tomber les meilleures choses dans le discrédit, il suffit d’en faire un éloge outré. Ainsi la sauge, grâce à la sentence de l’école de Salerne, fut condamnée par le scepticisme à un oubli non mérité » (6). Où l’on constate qu’une lecture liminaire et superficielle de l’aphorisme que Salerne consacre à la sauge ne peut que donner naissance à des conclusions pour le moins erronées. Si, comme le pense Cazin, la sauge a été, pendant un temps, écartée du rang des plantes médicinales, ça n’est pas tant à l’école de Salerne qu’on le doit, mais à ceux qui ont compris de travers son message. Dont ce même Cazin ! Incroyable, n’est-ce pas ? Donc, une paire de lunettes et un peu de bon sens permettent d’éviter de faire l’erreur consistant à lire le contraire de ce que l’école de Salerne affirmait au sujet de la sauge, qui, non, n’est pas un remède contre la mort. La valeur de la sauge, tout au contraire, est plus proche de ce qu’en dit le docteur Bernard Vial : elle « réconcilie l’homme avec sa propre nature : elle lui permet de retrouver la mesure, c’est-à-dire de se souvenir qu’il n’est pas un dieu et possède des limitations » (7). N’est pas Zeus qui veut.

A la Renaissance, l’éloge dithyrambique de la sauge, loin de s’essouffler, se perpétue. Mais c’est surtout au XVII ème siècle que la sauge jouit d’une excellente réputation, tout d’abord à la cour du roi Louis XIV qui prenait chaque soir, d’après Saint-Simon, une infusion de sauge et de véronique, ainsi qu’auprès de Christian-François Paullini (1643-1712), médecin allemand qui consacra à la sauge une monographie de plus de 400 pages en 1688. Puis vinrent Lémery et Van Swieten. Le premier des deux dira des sauges qu’elles « sont céphaliques, nervales, hystériques, stomacales, résolutives, apéritives. On s’en sert pour la paralysie, pour la léthargie, pour l’apoplexie ». Quant au second, il sera le premier à faire de la sauge une utilisation systématique au regard de ses propriétés antisudorifiques. En effet, le vin de sauge dont il se servait supprimait les sueurs nocturnes des malades et des convalescents, action d’un grand secours car elle est rapide, se manifestant seulement deux heures après ingestion et se poursuivant plusieurs jours après l’arrêt des prises. Van Swieten remarqua également l’efficacité de la sauge pour tarir la lactation. Et, comme le soulignait déjà Hildegarde, la sauge assèche. Très « Terre », elle s’oppose à bien des écoulements (hémorragies, pertes utérines, catarrhe, leucorrhée, sécrétion lactée, sueur, etc.). Ce n’est que bien plus tard, au XX ème siècle, que la sauge retrouvera un regain de verdeur au sujet de l’une de ses antiques prescriptions : la sauge est une plante de la femme, de la sage-femme également, une femme pleine de sagesse. C’est le docteur Leclerc qui en fera la remarque à une époque où l’on mit en évidence que la sauge contenait des hormones végétales : des phyto-œstrogènes. Ainsi, des milliers d’années d’usages gynécologiques de la sauge furent confirmés scientifiquement. C’est réellement une plante féminine, tant elle accompagne tous les âges de la vie d’une femme : puberté, conception, accouchement, préménopause, ménopause. N’est-ce pas la sauge que Pte San Win, la Femme Bison Blanc, apporte aux femmes des tribus lakota ? Cette sauge, qui n’est pas l’officinale mais la blanche (Salvia apiana), constituait, avec le tabac, le cèdre et le foin d’odeur le quadrige sacré de bien des tribus amérindiennes. Généralement, les sauges (sclarée, officinale, blanche) possèdent des vertus purificatrices très puissantes. Chez les Amérindiens, la plante brûlée permettait d’écarter les démons, les entités du bas astral et autres « ondes négatives ». Elle était aussi couramment employée lors de la cérémonie de l’Inipi qui se déroulait sous une hutte de sudation : « Il fait très chaud dans la loge, explique Black Elk, mais il est bon de ressentir les qualités purifiantes du feu, de l’air et de l’eau, et de sentir l’odeur de la sauge sacrée » (8).

Protectrice et purificatrice, la sauge n’a rien à envier à l’armoise et au millepertuis à ce sujet. « Je porte la verveine et la sauge pourprée qui brisent les enchantements », déclamait-on dans Sigurd, opéra en quatre actes d’Ernest Reyer créé en 1884. C’est elle encore dont on croise le chemin à travers le légendaire chrétien, lors de l’angoissant épisode de la fuite de la Vierge Marie devant les atroces bourreaux d’Hérode. Demandant asile à la rose afin qu’elle dissimule l’enfant Jésus, cette fière refusa. Identique refus de la part du coquelicot puis de la giroflée. Mais une petite plante obtempéra et accorda une issue favorable à la requête de Marie et camoufla aux sbires d’Hérode la présence de Jésus. Depuis lors, la rose porte des épines, la robe rouge du coquelicot est toute fripée et la giroflée est dénuée de parfum agréable. Quant à la sauge, Marie lui déclara : « Les botanistes t’appelleront Salvia, ‘celle qui sauve’ et tes pouvoirs seront de guérir les douleurs des hommes » (9).
Du foudroyant dieu de l’Olympe à la Reine de la chrétienté, nul doute n’est permis : la sauge est bel et bien une plante sacrée.

La sauge officinale est un petit sous-arbrisseau ligneux et touffu dont la hauteur est généralement comprise entre 30 et 70 cm. Ses feuilles oblongues, très légèrement dentelées, laissent sous les doigts une sensation rugueuse ainsi qu’une forte odeur aromatique. Velues, de couleur blanc verdâtre, elles donnent à la sauge une allure grisâtre sur laquelle contraste le bleu teinté de violet de ses fleurs. La sauge étant initialement une plante méridionale, inutile de vous dire qu’elle adore la rocaille, les sols secs et bien drainés, et n’apprécie pas du tout, à l’instar du thym, d’avoir les pieds dans l’eau.
Particulière par son caractère semper virens, Pierre Lieutaghi avance que « ce fait a sans doute contribué autrefois à augmenter l’estime en ses vertus » (10) que nous allons maintenant présenter.

La sauge officinale en phyto-aromathérapie

Ses feuilles et ses sommités fleuries, voilà ce que la divine sauge offre au thérapeute. En terme de composition, voici la liste des différents éléments constituant la sauge officinale : du pentosane (9 %), de la résine (6 %), de la gomme (6 %), du tanin (5 %), des principes amers, une saponine, du mucilage. Ajoutons-y des acides (rosmarinique, gallique, oxalique et phosphorique) et des flavonoïdes. Malgré l’étendue de cette liste, l’on retient surtout que la sauge contient une essence aromatique (1,5 à 3,5 %) que l’on distille depuis au moins 1580 et une substance œstrogénique mise en évidence en 1938. La feuille de la sauge, de saveur astringente et amère quand elle est fraîche, possède une odeur chaude, piquante et épicée, un tantinet camphrée, autant d’adjectifs que l’on peut prêter à l’huile essentielle qu’on en tire. Celle-ci, limpide et de couleur jaune très clair, s’obtient par hydrodistillation durant deux heures des feuilles sèches, presque fanées. Comme souvent, le profil biochimique d’une huile essentielle varie selon de nombreux facteurs. Cependant, voici des données moyennes au sujet de la composition moléculaire de l’huile essentielle de sauge officinale :

  • Cétones (dont alpha-thuyone, bêta-thuyone, camphre) : 60 %
  • Monoterpènes : 15 %
  • Oxydes : 10 %
  • Sesquiterpènes : 7 %
  • Monoterpénols : 5 %
  • Esters : 2 %

Propriétés thérapeutiques

Sauge officinale en phytothérapie

  • Tonique gastro-intestinale, stomachique, apéritive, carminative
  • Diurétique, dépurative
  • Antispasmodique
  • Emménagogue, régulatrice des règles, tonique utérine, favorise la conception, antigalactogène
  • Hypertensive
  • Antisudorifique
  • Hypoglycémiante
  • Fébrifuge
  • Astringente, cicatrisante, résolutive, vulnéraire
  • Tonique du système nerveux
  • Antiseptique
  • Anti-oxydante

Sauge officinale en aromathérapie

  • Anticatarrhale, expectorante, mucolytique
  • Tonique hépatique, cholagogue, cholérétique
  • Anti-infectieuse (antibactérienne, antivirale, antifongique)
  • Emménagogue, œstrogen like, favorise la conception et la fertilité, décongestionnante pelvienne, tarit la lactation
  • Antispasmodique
  • Tonique et stimulante générale
  • Lipolytique
  • Fébrifuge
  • Antiputride
  • Antisudorifique (elle réprime les sécrétions abondantes et stimule celles qui sont insuffisantes)
  • Cicatrisante
  • Décongestionnante et tonique artérielle et veineuse
  • Hypocholestérolémiante
  • Stimulante glandulaire (hypophyse, surrénales, pancréas)

Usages thérapeutiques

Sauge officinale en phytothérapie

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : inappétence, dyspepsie, atonie gastro-intestinale, digestion lente et/ou difficile, diarrhée (du tuberculeux et du nourrisson), vomissement spasmodique, nausée, ballonnement
  • Troubles de la sphère pulmonaire + ORL : bronchite chronique ou aiguë, asthme, toux grasse, angine, maux de gorge, laryngite
  • Affections bucco-dentaires : aphte, stomatite, ulcère bucco-gingival, névralgie dentaire, maux de dents, muguet, carie, engorgement gingival
  • Troubles de la sphère gynécologique : leucorrhée, stérilité, préparation à l’accouchement (réduit les douleurs prise en infusion environ un mois avant le terme), douleurs menstruelles, congestion du petit bassin
  • Affections cutanées : plaie, plaie atone, ulcère, ulcère atone, ulcère de jambe, blessure, contusion, luxation, engelure, eczéma, dartre, piqûre d’insecte (guêpe)
  • Éphidrose nocturne des pieds, des mains et des aisselles, fétide ou non, chez le tuberculeux, le rhumatisant, le malade, le convalescent
  • Hypotension, vertiges, étourdissement
  • Neurasthénie, fatigue après convalescence, dépression psychique et physique, surmenage
  • Alopécie et soin du cuir chevelu
  • Paralysie et tremblements
  • Fièvre intermittente
  • Diurèse insuffisante, goutte, rhumatismes
  • Hydropisie, œdème, engorgement articulaire
  • Migraine, maux de tête d’origine nerveuse et digestive
  • Désinfection des locaux (par exemple, ceux dans lesquels un malade a séjourné longtemps)

Sauge officinale en aromathérapie

  • Troubles de la sphère pulmonaire + ORL : bronchite chronique, catarrhe bronchique, sinusite
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : entérite virale, fermentation intestinale
  • Troubles de la sphère gynécologique et génitale : aménorrhée, dysménorrhée, oligoménorrhée, leucorrhée, règles douloureuses, préménopause, ménopause, herpès génital
  • Affections cutanées : plaie, ulcère, escarre, lésion, mycose de la peau et des ongles, cicatrice, chéloïde
  • Affections bucco-dentaires : aphte, névralgie dentaire, herpès labial
  • Troubles de la sphère cardiovasculaire et circulatoire : hypotension, artérite, hémorroïdes, jambes lourdes, varices, couperose
  • Insuffisance hépatobiliaire
  • Alopécie d’origine hormonale
  • Œdème
  • Grippe
  • Transpiration excessive

Modes d’emploi

  • Infusion.
  • Décoction aqueuse et vineuse.
  • Macération vineuse.
  • Bain.
  • Teinture-mère.
  • Poudre dentifrice.
  • Feuille fraîche frictionnée sur la peau (en cas de piqûre d’insecte).
  • Fumigation sèche de feuilles de sauge.
  • Huile essentielle par voie cutanée diluée, par voie orale sous les conseils et la prescription d’un médecin aromathérapeute, en olfaction.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : s’il s’agit des feuilles, elles se cueillent avant la floraison, quant aux sommités fleuries, c’est au cœur de l’été qu’elles se ramassent.
  • Séchage : assez facile et rapide ; songer à retourner les feuilles de temps à autre. Les sommités fleuries peuvent être suspendues en bouquets lâches d’une dizaine de tiges. Bien conservée, la sauge, une fois sèche, nous fait bénéficier de ses bienfaits pour un long temps, ne s’altérant que très peu.
  • En phytothérapie, on évitera l’usage de la sauge en cas d’allaitement, proscription qui vaut également pour son huile essentielle, à quoi il faut ajouter les contre-indications suivantes : grossesse, enfant de moins de six ans, personnes sujettes à l’épilepsie ou présentant un terrain neurologiquement fragile. En effet, tout comme l’huile essentielle d’hysope officinale, cette huile essentielle est neurotoxique, épileptisante et convulsivante, à plus forte raison lorsque des doses inappropriées sont administrées sur le long cours. De même, de par ses propriétés hormonales, il est déconseillé d’user de cette huile essentielle en cas de pathologies cancéreuses hormono-dépendantes. Cette huile est aussi placée sous le monopole pharmaceutique, sa vente est réglementée par le JO n° 182 du 8 août 2007.
  • La sauge officinale est exposée au même « souci » que bien d’autres plantes médicinales : cultivée, elle est généralement moins active que sous sa forme sauvage. Ce qui est, en somme, tout à fait normal.
  • Par ses tanins, la sauge est incompatible avec le fer. Lors de préparation d’infusion, de décoction, etc., on évitera les casseroles non émaillées.
  • Cuisine : dans le Midi de la France l’on utilise l’expression « c’est sans sauge ni sel » pour qualifier un plat à la fadeur désolante. Comme l’on sait, au Moyen-Âge, la sauge avait la faveur du cuisinier qui, d’après Arnaud de Villeneuve, avait parfois la main lourde. Lui-même conseillait « de bourrer de sauge l’oie rôtie et le cochon de lait à la broche ; vous pouvez l’utiliser plus discrètement dans les farces », explique, parcimonieux, Pierre Lieutaghi (11). La sauge est un parfait condiment des viandes (en particulier le porc), volailles (le poulet en froide sauge est un exemple médiéval typique) et gibiers. Elle se marie bien avec les légumineuses (fèves, petits pois, lentilles, pois chiches), le riz, la graine de couscous, la pomme de terre, la tomate. Notons quelques usages assez méconnus : aromatiser les châtaignes et la confiture de pastèque, élaborer un vin chaud de sauge qui n’est pas sans évoquer le sauget de la cuisine médiévale qui mit largement à l’honneur cette plante dès le XII ème siècle. Très appréciée, elle demeure incontournable pour le Viandier de Taillevent et le Mesnagier de Paris.
  • Autres espèces : parmi les nombreuses espèces de sauges, il existe des cultivars de la sauge officinale offrant des coloris différents : S. officinalis tricolor, S. officinalis purpurascens, etc. Quant à la sauge officinale de base, elle se décline sous deux formes, à grandes feuilles ou à petites feuilles. Par ailleurs, il est bon de faire la distinction entre toutes ces sauges et d’autres sauges médicinales telles que la sauge sclarée (S. sclarea), la sauge verte (S. viridis), la sauge des prés (S. pratensis), la sauge rouge (S. miltiorrhiza), la sauge verveine (S. verbenaca), la sauge éthiopienne (S. aethiopis), la sauge blanche (S. apiana), etc.
    _______________
    1. Jacques Brosse, La magie des plantes, p. 284.
    2. Walahfrid Strabo, Hortulus, p. 21.
    3. Macer Floridus, De viribus herbarum, p. 113.
    4. Hildegarde de Bingen, Les causes et les remèdes, p. 233.
    5. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 858.
    6. Ibidem.
    7. Bernard Vial, Affectif et plantes d’Amazonie, les formules du Père Bourdoux, p. 40.
    8. Black Elk, Les rites secrets des Indiens sioux.
    9. Michel Lis, Les miscellanées illustrées des plantes et des fleurs, p. 110.
    10. Pierre Lieutaghi, Le livre des bonnes herbes, p. 411.
    11. Ibidem, p. 416.

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Les hysopes : l’officinale (Hyssopus officinalis) et la couchée (Hyssopus montana)

 

A toutes les époques, de l’Antiquité à nos jours, innombrables sont ceux qui vouèrent à l’hysope un intérêt qui trouva, selon les périodes, son apogée ou, au contraire, une désaffection oublieuse de ses vertus. Médecins, botanistes, astrologues, magiciens, cuisiniers, agronomes, etc., beaucoup trouvèrent à dire ou à redire à son sujet, parfois de façon pléthorique. Or, « quiconque rivalise avec les vertus de l’hysope en sait trop », dit un vieux dicton. Est-ce mon cas ? A vous d’en juger :)

Sans surprise, dès lors qu’il s’agit de l’hysope, nous croisons des noms très connus, comme celui d’Hippocrate par exemple, donnant cette plante contre la pleurésie, affection pulmonaire qui va sceller le destin de l’hysope en tant que remède respiratoire majeur, vertu qui s’élargira aux inflammations pulmonaires, aux toux invétérées, aux catarrhes bronchiques. Le constat est très clair : l’hysope purge les poumons de ses humeurs humides et, de plus, évacue des intestins les parasites qui y logent. C’est donc une chasseuse. Mais on peut se demander si cette hysope est bien celle que nous connaissons. « L’hysope est une herbe que tous connaissent », affirme Dioscoride (1), ce qui fera sortir de ses gonds le botaniste français Joseph Pitton de Tournefort (1656-1708) : « Hélas, s’exclame-t-il, il serait mieux de dire que l’hysope n’est peut-être connue de personne ! », critiquant vertement les lacunes descriptives des plantes dont on parlait durant l’Antiquité ou, plutôt, dont on ne parlait pas selon le principe du satis notum. Si le portrait botanique de l’hysope est absent de la Materia medica, il est cependant possible de reconnaître dans le passage qui va suivre une figure thérapeutique fidèle : « Elle a vertu de dessécher et d’échauffer. Cuite avec des figues, de l’eau, du miel et de la rue, et puis bue, elle profite aux défauts du poumon, à la toux ancienne, à l’oppression de poitrine, aux catarrhes et aux asthmatiques. Elle tue les vers du corps […] L’on en mange avec des figues fraîches broyées pour lâcher le ventre […] Elle donne bon teint […] Appliquée avec de l’eau chaude [nda : sous forme de décoction], elle enlève les meurtrissures qui proviennent de coup […] La décoction de l’hysope faite avec du vinaigre (en s’en gargarisant) ôte la douleur des dents. La vapeur de cette même décoction […] résout les ventosités des oreilles » (2). Tout cela est déjà fort admirable et pose de précieux jalons. Du côté des Latins, l’on fait aussi grand cas de l’hysope, que l’on soit médecin (Scribonius Largus), agronome (Columelle) ou gastronome (Apicius). En cuisine, l’hysope, réputée comme aromate, fait partie de la muria des Romains, mélange de persil, de safran, d’aneth, de gingembre, de livèche, de poivre et de sel.

Mais le grec hyssôpos et le latin hyssopus trahissent une origine orientale. Ces deux termes semblent s’inspirer de l’arabe azzof, « plante sacrée » et de l’hébreu esobh, plante tout aussi sacrée et guérisseuse des Nehemiah hébreux. C’est de cette esobh dont on parle dans la Bible, en particulier dans l’Exode (XII, 22). Du sacrifice d’un agneau ou d’un chevreau, l’on conserve le sang : « vous prendrez un bouquet d’hysope, vous le tremperez dans le sang qui sera dans un bassin, et vous arroserez du sang qui sera au bassin, le linteau et les deux poteaux ; nul de vous ne sortira de la porte de sa maison, jusqu’au matin ». Cela devait assurer protection face au « destructeur » et se préserver de la dixième plaie d’Égypte, c’est-à-dire le décès des nouveaux-nés. Quant à la chair de l’agneau, « ils la mangeront avec des pains sans levain, et avec des herbes amères » (3). Ces herbes amères font encore partie du repas de la Pâque juive, à travers l’un de ses plats, maror. Il s’agit, non pas d’hysope, mais de raifort entre autres. Au cours du même repas, l’on croise aussi l’hysope dans le karpas, un plat de légumes aromatisés avec cette herbe : « le karpas est trempé dans de l’eau salée en guise d’assaisonnement. Toutes les populations ont reconnu, très tôt, les propriétés antiseptiques du sel, souvent utilisé dans les exorcismes destinés à chasser les diables. Ici, l’eau salée symbolise les larmes versées en Égypte » (4). Outre la protection, l’hysope a aussi un rôle à jouer dans la purification, l’expiation, le pardon, le repentir et l’humilité, comme l’exprime bien le célèbre Psaumes 51, 9 : « Purifie-moi de mon péché avec de l’hysope, et je serai net ; lave-moi et je serai plus blanc que la neige ». Une fois de plus, l’on constate que l’hysope est une chasseuse, qu’elle expulse (5) les mauvaises humeurs et la vermine, ainsi que les émotions et les sentiment inadéquats.
Comme souvent, les emplois liturgiques, dès lors qu’ils glissent dans le monde profane, flirtent avec la magie. « On a vu dans sa petite silhouette arborescente un arbre en miniature, un résumé du monde végétal, une offrande faite à Dieu sous un petit volume de toute sa création. Aussi l’a-t-on toujours employée pour asperger d’eau lustrale les offrandes, les sacrifices et même les êtres qui ont besoin d’être purifiés. La magie s’en sert pour écarter les présences hostiles à l’œuvre qu’on veut accomplir car, si l’on en croit les traditions, elle est en horreur aux démons » (6). Ce sont des pratiques qui se sont longtemps perpétuées puisque Jean-Baptiste Porta recommandait de flairer l’hysope afin de détourner de soi les enchantements d’amour, et plus récemment, puisque cela se déroulait au XIX ème siècle, au 25 avril, dans la province de Palerme, avait lieu la récolte de l’hysope par les villageoises, « préservatif qui a la propriété d’éloigner de la maison le mauvais œil et toute autre influence magique » (7).

Au Moyen-Âge, c’est surtout pour ses emplois culinaires et médicinaux que l’hysope se distingue. Souvent citée dans le Viandier de Taillevent, l’hysope semble avoir été l’une des plantes favorites de l’auteur anonyme du Mesnagier de Paris, proposant, entre autres, une recette de héricot de mouton assaisonné de persil, de sauge, de macis et d’hysope. Quant à l’armoire à pharmacie, elle ne désemplit pas de la présence de cette plante salutaire, et on la retrouve entre les mains des plus grands : Rhazès, qui conseille sa fumigation comme antiseptique par temps de peste, Trotula, de l’école de Salerne, qui indique l’hysope : « pour froide toux, vault le vin ou ysope et figues sèches ont cuits ». « L’hysope, avec succès, purge les flegmatiques, dit-on encore dans cette célèbre école de médecine ; bouillie avec du miel, aide les pulmoniques ; et par une vive couleur d’un teint corrige la pâleur », dernière propriété reprise à Dioscoride, également véhiculée par Macer Floridus et Albert le Grand, ne négligeant pas l’hysope en tant que remède respiratoire (catarrhe, toux) et digestif (constipation, flatulences, parasites intestinaux), reprenant encore à Dioscoride l’antique indication de l’hysope sur les douleurs dentaires et auriculaires, leur échappant complètement que l’hysope est aussi un remède des yeux comme le soulignera Hildegarde de Bingen (8). Sensible au pouvoir thérapeutique de l’hysope sur les poumons, elle préférera cependant son action sur la sphère gastrique, disant que « l’hysope est plus utile pour celui qui souffre de cette maladie [nda : douleur stomacale] que pour celui qui souffre du poumon » (9). Musicienne et compositrice, Hildegarde prenait aussi grand soin des cordes vocales de son chœur de nonnes, usant de l’hysope quand elles étaient sujettes à l’enrouement. Enfin, soucieuse de pérenniser les rites d’aspersion, elle utilisait l’hysope sur une maladie considérée comme une punition divine au Moyen-Âge : la lèpre.

Les 16 ème et 17 ème siècles, avec Matthiole, Tragus, Fuchs, Lobel, Simon Paulli, Schroder et d’autres encore, perpétuèrent les prescriptions antérieures au sujet de l’hysope, son efficacité sur les affections pulmonaires étant particulièrement mise en avant. Mais certains apportent un peu de neuf, pour le meilleur, comme Paulli qui vante l’utilité de l’hysope sur les coups et les contusions très violentes (coup de sabot de cheval entre autres) et pour le pire, avec Matthiole qui soutient que « l’hysope améliore l’état des épileptiques, surtout prise sept soir de suite » ! (10).

Hysope et médecine traditionnelle chinoise

Le docteur Cazin a ainsi résumé ce que la médecine traditionnelle chinoise pourrait dire à propos de l’hysope : « L’hysope peut être utile dans tous les cas où il s’agit d’exciter les fonctions de la vie » (11). Et la médecine traditionnelle chinoise le confirme : cette plante est tonifiante de l’énergie dans la plupart des méridiens. Erika Laïs, plus précise, annonce que « l’hysope fortifie l’estomac et le tractus digestif ainsi que les poumons et l’ensemble du système respiratoire » (12). Dans cette seule phrase se dessinent trois méridiens : le couple Poumon / Gros intestin attaché à l’élément Métal, et le méridien de l’Estomac régi par la Terre. Chacun de ces méridiens est affecté de troubles d’ordre physiologique :

  • Poumon : pathologies pulmonaires (toux, bronchite, asthme, rhume, refroidissement, troubles de la voix), pathologies cutanées (eczéma, dermatose), perturbation du système immunitaire.
  • Gros intestin : pathologies intestinales (constipation, douleurs abdominales), pathologies cutanées (eczéma, dermatose).
  • Estomac : difficulté digestive, douleur gastrique, inappétence.

Maintenant, voyons quelles perturbations sur le psychisme et les émotions le mauvais fonctionnement de ces trois méridiens peut occasionner :

  • Le Gros intestin est un méridien excréteur, il élimine. En temps normal, il évite les stases, c’est-à-dire les états de stress refoulé, de tension ; dans ces cas-là, on est incapable de lâcher du lest. Or l’hysope est intéressante dans le sens où elle liquide les sentiments d’angoisse, de nervosité ; grâce à elle, on redonne à ce méridien ses deux forces majeures : la décontraction et l’indulgence.
  • Le méridien du Poumon gère les échanges entre le monde environnant et celui qui est nous est propre, notre intérieur. Jouant le rôle de sas, il ne laisse pénétrer en nous que ce dont nous avons besoin, par exemple l’air que nous respirons, filtrant pollens, poussières, microbes et compagnie. Donc, en cas de bon fonctionnement de ce méridien, on est apte à s’opposer avec fermeté à l’ingérence de gens trop curieux, en posant des limites strictes de ce que l’on veut et de ce que l’on ne veut pas par rapport à cette foule qui se ferait un plaisir de vous envahir si jamais vous baissiez la garde. Ce qui arrive. Par exemple, la perturbation du système immunitaire, c’est-à-dire notre système de défense par rapport au monde extérieur, et c’est l’infection assurée. Eh bien, il en va de même avec le manque de volonté, de courage, de souffle, l’on ne parvient plus à se défendre, à repousser les intrus, ces personnes diaboliques qui cherchent à vous sucer le sang, quand ce n’est pas votre temps et/ou votre argent entre autres choses. Les limites volent en éclats, l’on ne se sent plus « entier », c’est-à-dire intègre, et les envahisseurs, tels de vulgaires microbes néanmoins dangereux, entrent dans la place, intrus de nos territoires profonds, sacrés et symboliques. Chaque humain est sa propre église, son propre lieu de culte et son devoir est de ne point laisser un profanateur y pénétrer. Si jamais vous vous sentez vaciller sur ces différents points, ne tardez pas, utilisez l’hysope pour regonfler le méridien du Poumon, tout d’abord parce qu’elle est tonique, stimulante, immunostimulante et que ses propriétés anti-infectieuses font merveille. Et donc, si elle est anti-infectieuse, elle est aussi anti personnes infectes.
  • Le méridien du Poumon est sans doute celui pour lequel l’hysope est la plus utile. C’est beaucoup moins le cas pour celui de l’Estomac, sphère de seconde attribution seulement. Les forces de ce méridien, ce sont l’abondance et la tranquillité. Une somatisation au niveau stomacal peut être le signe que le méridien de l’Estomac subit quelques avaries. Cela peut, bien sûr, s’exprimer par des expériences, des vécus siégeant au niveau des émotions et des sentiments : dans ces cas-là, on se sent débordé, l’on ne parvient plus à terminer quelque chose qui a été entamé et qu’il faut pourtant boucler coûte que coûte, à tel point que cela en devient une obsession qui peut tourner au délire. Arrivé à ce stade, inutile de forcer, cela ne servirait de rien ; bien mieux, faire appel à l’hysope, régulatrice du système nerveux central, elle saura remettre de l’ordre dans tout cela.

Hysope et astrologie médicale

Henri Corneille Agrippa estimait que l’hysope était régie par la Lune, et dominée par Jupiter selon Anne Osmont. Voyons voir qui des deux a raison.
Le Cancer, signe d’Eau, dépendant de l’action de la Lune, peut se trouver bien de l’usage de la chaude hysope. Les couleurs associées à la Lune, le bleu très pâle et le bleu nuit, apparaissent comme un indice, mais c’est surtout

Jupiter, dont la couleur bleue se situe entre ces deux extrêmes, qui rappelle le plus la teinte des fleurs de l’hysope. Le Cancer domine la poitrine et l’estomac, rappelant deux des méridiens que nous avons abordés plus haut. Ainsi, le natif du Cancer est sujet aux troubles du tube digestif pour lesquels l’hysope est recommandée, à plus forte raison quand on sait sa faculté vermifuge et la disposition du Lunaire à se faire parasiter les voies intestinales. Côté respiratoire, on constate chez le Cancer une certaine fragilité pulmonaire (asthme, toux, mucosités excessives), ainsi qu’une sensibilité au froid. Tout cela ajoute à la valeur lunaire de l’hysope, qui intervient dans d’autres troubles affectant le natif du signe du Cancer : dépression, asthénie, neurasthénie, hypotension.

L’astre jupitérien porte son action sur deux signes zodiacaux, le Sagittaire et les Poissons. L’hysope ne peut être d’aucun recours pour le premier, signe de Feu, sujet à l’hypertension. L’hysope étant elle-même hypertensive, elle doit être ici abandonnée. En revanche, pour cet autre signe d’Eau, les Poissons, cette plante est bienfaisante. En effet, ce signe se caractérise par des voies respiratoires et intestinales fragiles. Sujet aux allergies respiratoires (l’hysope est anti-asthmatique), le défaut d’expectoration le guette, d’où il s’ensuit encombrement bronchique par élimination insuffisante des sécrétions, rhume, catarrhe, etc., toutes choses pour lesquelles l’hysope excelle. Enfin, le signe d’eau des Poissons se remarque par l’anémie, la neurasthénie, les états dépressifs, pour lesquels l’usage de l’hysope est justiciable.

En résumé, l’hysope vaut autant comme plante lunaire que jupitérienne (à l’exclusion du Sagittaire).

Botanique

Lamiacée vivace, l’hysope ressemble à un petit buisson ligneux et touffu de 60 cm de hauteur maximum, composé de tiges raides et quadrangulaires portant, beaucoup plus longues que larges, des feuilles à l’aspect lustré, de couleur vert foncé, plus ou moins lancéolées. A l’aisselle de ces feuilles, que nous dirons principales, en naissent d’autres, bien plus petites, sous forme de faisceaux. Au sommet des tiges, de jolies fleurs bleu violacé apparaissent en été, toutes tournées du même côté.
Présente à peu près sur l’ensemble du pourtour méditerranéen (Balkans, Turquie, Proche-Orient, Maroc, etc.), en France, l’hysope se cantonne surtout aux régions du Sud et du Centre. Entre le niveau de la mer et 2000 m d’altitude, elle sait où nicher : coteaux arides et pierreux, sols secs, etc.

Les hysopes en phyto-aromathérapie

D’un parfum agréable dès lorsqu’on froisse doucement leurs feuilles entre les doigts, les hysopes évoquent un parfum mielleux mêlé de poivre, particulièrement prononcé en fin de journée. Leur saveur sèche, aride, chaude, amère et piquante rappelle quelque peu les sols dont s’entichent ces plantes. Connues pour l’essence aromatique qu’elles recèlent, il est bon de ne pas omettre que ces plantes, outre cette petite fraction aromatique (0,3 à 1 % maximum), sont constituées de bien d’autres composants : du tanin (5 %, voire davantage), de la gomme, de la résine, de la choline (2 %), un principe amer que nous avons déjà abordé avec le marrube et la ballote, la marrubiine, un rhamno-glucoside du nom d’hyssopine, de l’acide malique, des composés phénoliques, des flavonoïdes, une saponine, des sels minéraux (soufre, potassium, silice).
Concernant les huiles essentielles d’hysopes, ces données chiffrés mettront en évidence l’immense disparité qui existe de l’une à l’autre :

*: dont pinocamphone, isopinocamphone, thuyone.
**: dont linalol (35 %).

Ardente, l’huile essentielle d’hysope officinale se démarque par sa couleur jaune foncé, sa saveur amère et épicée proche du parfum de la tanaisie, alors que l’huile essentielle d’hysope couchée est généralement incolore voire jaune pâle, d’odeur agréable, fraîche, un tantinet sucrée, suave mélange de lavande fine et de khella (Ammi visnaga).
Que ce soit en phytothérapie ou en aromathérapie, ce sont les sommités fleuries de ces deux plantes qui nous intéressent.

Propriétés thérapeutiques

  • Hysope officinale en phytothérapie : stimulante, tonique, expectorante, mucolytique, fluidifiante des secrétions bronchiques, pectorale, antitussive, digestive, stomachique, vermifuge, diurétique, sudorifique, antiseptique, emménagogue, cicatrisante, vulnéraire, résolutive
  • Hysope officinale en aromathérapie : anti-infectieuse (antibactérienne *, antivirale, antifongique), antiparasitaire, immunostimulante, expectorante, mucolytique, fluidifiante des secrétions bronchiques, anti-asthmatique, tonique, hypertensive, anti-inflammatoire, lipolytique
  • Hysope couchée en aromathérapie : anti-infectieuse (antibactérienne, antivirale), immunostimulante, expectorante, mucolytique, anti-asthmatique, stimulante du système nerveux central, anti-inflammatoire

*: par exemple, cette huile essentielle neutralise le bacille de Koch, responsable de la tuberculose, à la dose infime de 0,02 % !

Usages thérapeutiques

  • Hysope officinale en phytothérapie : troubles de la sphère pulmonaire + ORL (bronchite chronique, catarrhe bronchique, asthme humide, pleurésie, toux grasse, oppression pulmonaire, stase bronchique, angine, amygdalite, otite aiguë ou chronique, tintement d’oreille), troubles de la sphère gastro-intestinale (inappétence, atonie des voies digestives, indigestion, flatulence, colique, gastralgie), affections oculaires (inflammation et ecchymose des paupières), troubles de la sphère gynécologique (leucorrhée, aménorrhée), blessure, entorse, contusion violente, rhumatismes, fatigue, anémie, lymphatisme, pieds froids et endoloris
  • Hysope officinale en aromathérapie : troubles de la sphère pulmonaire + ORL (bronchite chronique ou aiguë, bronchite asthmatiforme, asthme sécrétoire, pneumonie, tuberculose, emphysème, dyspnée, rhume des foins, sinusite), troubles de la sphère gastro-intestinale (dyspepsie, ballonnement), troubles du système nerveux (angoisse, nervosité, agitation mentale), affections cutanées (dermatose, eczéma, plaie, ecchymose, cicatrice, chéloïde, herpès génital), grippe, hypotension, lithiase urinaire, rhumatismes
  • Hysope couchée en aromathérapie : troubles de la sphère pulmonaire + ORL (bronchite chronique ou aiguë, bronchite asthmatiforme, asthme sécrétoire, bronchiolite virale du nourrisson, oppression pulmonaire, rhinopharyngite, rhinite, pharyngite, laryngite, sinusite, otite), troubles du système nerveux (angoisse, nervosité, agitation mentale, difficulté de concentration, dépression nerveuse), douleurs dorsales

Modes d’emploi

  • Infusion prolongée et à couvert d’hysope officinale.
  • Décoction d’hysope officinale.
  • Macération vineuse d’hysope officinale.
  • Alcoolature d’hysope officinale.
  • Sirop d’hysope officinale.
  • Teinture-mère d’hysope officinale.
  • Huile essentielle d’hysope officinale : olfaction, diffusion atmosphérique, voie cutanée diluée, voie orale (sous les conseils et la prescription d’un médecin aromathérapeute).
  • Huile essentielle d’hysope couchée : olfaction, diffusion atmosphérique, voie cutanée diluée, voie orale.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : les sommités fleuries ou l’ensemble des tiges se cueillent à l’époque de la floraison.
  • Séchage : très facile, comme pour la plupart des Lamiacées aromatiques. Après dessiccation, et dans de bonnes conditions de conservation, l’hysope conserve assez longtemps ses vertus.
  • En phytothérapie, l’on prendra soin de ne pas employer l’hysope officinale en cas d’états irritatifs ou inflammatoires : cette plante assèche, inutile d’ajouter du sec au sec. Afin d’endiguer cette « chaleur et siccité du troisième degré », l’on peut joindre à une infusion d’hysope officinale une ou plusieurs plantes mucilagineuse et émollientes (plantain, coquelicot, violette, mauve, guimauve, bouillon-blanc, etc.). Les personnes facilement irritables et nerveuses se prémuniront des effets excitants de l’hysope officinale en en modérant les doses et les fréquences d’utilisation.
  • En aromathérapie, seule l’huile essentielle d’hysope couchée est en vente libre en France. Par précaution, l’éviter durant les trois premiers mois de grossesse, pendant l’allaitement et chez les jeunes enfants (sauf cas très particuliers). Avec l’huile essentielle d’hysope officinale, c’est tout autre chose : elle appartient au monopole pharmaceutique, sa vente est réglementée par le JO n° 182 du 8 août 2007. Déjà démontrée comme épileptisante par Cadéac et Meunier en 1891, chose confirmée par le professeur Caujolle en 1945, l’huile essentielle d’hysope officinale, par ses cétones monoterpéniques, est potentiellement neurotoxique, stupéfiante et convulsivante. Pour rappel, le docteur Valnet avait partagé l’expérience peu scrupuleuse d’un jeune homme à qui avait été prescrit cette huile essentielle et dont il fit un usage inconsidéré. S’ensuivirent de graves incidents. C’est pourquoi cette huile essentielle est très fortement déconseillée chez l’hypertendu, le nerveux, le neurologiquement fragile, le jeune enfant et, bien sûr, chez la femme enceinte (huile essentielle potentiellement abortive) et celle qui allaite. Pour bénéficier pleinement de l’hysope officinale, se tourner en direction de ses emplois phytothérapeutiques (pour l’adulte) ou de son hydrolat aromatique (pour l’enfant), la dernière alternative étant l’huile essentielle d’hysope couchée.
  • La cuisine s’enorgueillit plus fréquemment de thym que d’hysope. C’est fort dommage, parce qu’elle le vaut largement. Ses fleurs fraîches magnifient une salade, de même que ses feuilles, finement ciselées, lesquelles s’ajoutent avec bonheur aux fromages de chèvre, à une omelette, etc. Sèche, l’hysope se marie élégamment aux plats de viandes, de légumes et de céréales. On peut, en compagnie de cannelle, de clous de girofle, de feuilles de mélisse, d’écorce de citron, en constituer d’agréables liqueurs de ménage qui, si elles ne s’approchent pas gustativement de la Chartreuse ou de la Bénédictine, sauront contenter les esprits les plus chagrins.
  • Insectes : l’hysope est courtisée par les abeilles et de nombreux papillons, et repousse la piéride du chou. Utile au potager, l’hysope saura vous ravir par son élégance et sa robustesse.
    _______________
    1. Dioscoride, Materia medica, Livre III, chapitre 26.
    2. Ibidem.
    3. Exode, XII, 8.
    4. Claudine Brelet, Médecines du monde, p. 228.
    5. Expectorante, c’est ce qu’on dit d’elle : terme issu du latin expectorare, « chasser du cœur ».
    6. Anne Osmont, Plantes médicinales et magiques, p. 32.
    7. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, p. 175.
    8. L’hysope intervient surtout au niveau des paupières, mais elle est aussi efficace en bain d’œil. Hildegarde disait que l’hysope débarrassait les yeux du brouillard qui les trouble, leur rendant ainsi une clarté lumineuse. Notons le fait que l’huile essentielle d’hysope (officinale ou couchée) agit sur le chakra du troisième œil, siège de la claire-voyance et de la clarté intérieure.
    9. Hildegarde de Bingen, Les causes et les remèdes, p. 212.
    10. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 516.
    11. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 484.
    12. Erika Laïs, Le livre des simples, p. 82.

© Books of Dante – 2018

De l’usage magique des odeurs et des parfums

Né en Égypte en 1948, Tobie Nathan, chef de file de l’ethnopsychiatrie, est aussi un auteur prolifique (romans, textes scientifiques) dont j’ai récemment achevé la lecture d’un des ouvrages, Psychanalyse païenne, dans lequel j’ai été fort surpris de découvrir un court chapitre qui fait aujourd’hui l’objet de cet bref billet : De l’usage magique des odeurs et des parfums. Si, par bien des aspects, il apporte un contenu déjà connu, il véhicule aussi certaines données propres au continent africain et dont on parle assez peu. C’est pourquoi je partage avec vous aujourd’hui ce chapitre que vous trouverez au format pdf en cliquant sur ce LIEN.

© Books of Dante – 2017

L’essence de bergamote (Citrus bergamia)

Dans la tribu des agrumes, la bergamote se distingue, non seulement parce que c’est un drôle de phénomène plein de pétillant et de charme, mais aussi parce qu’on a voulu lui attribuer plusieurs lieux de naissance et des parents tout aussi nombreux. En effet, certains disent qu’elle vient de l’ouest : ils affirment que c’est Christophe Colomb qui aurait découvert le bergamotier dans les îles Canaries, puis ramené en Espagne où, une fois cultivé, il expliquerait le nom de la ville de Berga située au nord de Barcelone. Sauf que les Italiens ne l’entendent pas de cette oreille. Ils rétorquent donc qu’il n’est qu’à considéré une ville lombarde du nord de l’Italie, Bergame, pour se convaincre que la bergamote en est bien originaire. Aujourd’hui encore le plus gros de la production mondiale (95 %) se situe, certes, en Italie, mais pas au nord, le bergamotier étant particulièrement frileux, mais au sud, en Calabre, c’est-à-dire au niveau de la pointe de la « botte ». Plus à l’est, émane un écho qui nous répète que non, ça n’est ni d’Italie ni d’Espagne que provient le bergamotier. Jugez-en par vous même, la Turquie ne possède-t-elle pas une ville du nom de Pergame n’entretenant-elle pas quelques consonances phonétiques avec la bergamote, par hasard ? C’est du moins ce qu’affirment les Turcs, lesquels font remonter son origine bien avant Christophe Colomb, parce que oui, tout cela serait aussi ancien que le temps des Croisades. Là, je dis : je vois pas l’rapport. On a même fait l’hypothèse que le nom même de la bergamote serait issu du turc beg-armadê, ce qui signifie « poire du seigneur », comme sa forme semble (vaguement) l’indiquer. Comme je dis, l’étymologie, c’est bien, mais pas d’usage prolongé sans avis médical, parce que, à force, on réussirait à mettre des ronds dans des carrés ou, plus fort encore, Paris en bouteille. Bref. Trêve de palabres. Ce mot a-t-il un rapport avec la Calabre ? Si ! Non ? Pourtant, ça sonne pareil… Dire de la bergamote qu’elle rend quelque peu euphorique, ça, en revanche, ça n’est pas de la blague. Bon, donc ? Où en étions-nous ? Ah oui ! Que l’on cesse de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Plutôt que de chercher vainement à tirer la couverture à soi, soyons honnêtes et reconnaissons humblement qu’on ne sait d’où sort cet arbre qui fait couler beaucoup d’encre pour pas grand-chose. Non seulement on ne sait pas d’où il vient, mais on ignore (presque) comment il est arrivé sur terre. Il paraît qu’il ne vit pas à l’état sauvage, ce qui est ridicule si l’on considère qu’il serait naturellement né d’une hybridation entre x et y. Par ailleurs, on soutient que la bergamote serait le fruit de la greffe d’un citronnier sur un oranger sauvage, d’un bigaradier avec un limettier, etc. Bien sûr qu’il se rapproche de tous ceux-là par son caractère semper virens s’exprimant à travers des feuilles vert foncé, luisantes et coriaces, et des fleurs blanches extrêmement parfumées. L’on peut avancer que l’aspect grumeleux de l’écorce de son fruit offre quelque ressemblance avec celle du cédrat, que l’incomestibilité de ses quartiers acides et amers rappelle l’orange amère ou bigarade, que la couleur de son péricarpe fait penser à celle d’un citron anémique, etc. Tous cela fait que la bergamote, l’on sait davantage ce qu’elle n’est pas que ce qu’elle est ^_^

L’essence de bergamote en aromathérapie

La bergamote en tant que tel n’ayant jamais suscité l’adhésion de la pratique médicale que l’on nomme phytothérapie, c’est l’aromathérapie qui s’est emparée d’elle avec succès. Caractérisée par un parfum hespéridé – terme idoine dès lors qu’on évoque les essences d’agrumes – la bergamote, dont on exprime les zestes à froid, permet d’obtenir une essence de couleur vert pâle, parfois vert brunâtre quand elle n’est pas émeraude. D’odeur fraîche, autant fleurie que fruitée, un tantinet piquante et acide, poudrée comme disent les parfumeurs, l’essence de bergamote s’obtient en petites quantités : il faut compter un rendement n’excédant pas 0,5 %. Contrairement à d’autres essences (citron, orange douce), elle ne fait pas la part belle aux seuls monoterpènes, bien qu’ils restent majoritaires (50 %, dont limonène, gamma-terpinène, bêta-pinène) et s’en démarque par ses esters, dont l’acétate de linalyle (22 à 35 %) qui la rapproche de l’huile essentielle de petit grain bigarade et de lavande fine, de même que par le linalol (3 à 15 %), également présent dans les deux huiles essentielles que nous venons de citer. Point commun à toutes les essences d’agrumes, la bergamote contient des furanocoumarines (bergaptène : 0,2 à 0,4 %).

Propriétés thérapeutiques

  • Sédative du système nerveux central, équilibrante du système nerveux autonome, calmante, relaxante, anxiolytique, antispasmodique
  • Anti-infectieuse (antifongique, antibactérienne), antiparasitaire, antiseptique atmosphérique
  • Digestive, stimulante stomacale, régulatrice de l’appétit
  • Hypotensive, régulatrice cardiaque, anticoagulante
  • Hépatostimulante, cholagogue
  • Antiseptique, cicatrisante, raffermissante et régénératrice cutanée

Usages thérapeutiques

  • Troubles du système nerveux : anxiété, angoisse, agitation, irritabilité, stress, nervosité, trac, insomnie (y compris celle des enfants), déprime
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : digestion difficile, inappétence, aérophagie, ballonnement, colite infectieuse, parasites intestinaux (oxyures, ascaris)
  • Troubles de la circulation sanguine : varice, hémorroïde, hématome, couperose
  • Troubles locomoteurs : rhumatismes, arthrose, courbature
  • Affections buccales : inflammation, gingivite, herpès labial, halitose
  • Affections cutanées : peau fatiguée, vergeture, psoriasis, eczéma, vitiligo, soin des cheveux gras, séborrhée
  • Asthénie profonde
  • Mycoses : candidose, aspergillose

Propriétés psycho-émotionnelles et énergétiques

Outre les usages cités ci-dessus, l’essence de bergamote apporte un apaisement aux personnes agitées, nerveuses, inquiètes, soucieuses et tourmentées. Elle intervient, à la manière du néroli lors de chocs brutaux, qu’ils soient d’origine physique ou psychique ; de même, elle gomme les bobos occasionnés par l’existence. Elle redonne confiance et assurance. Elle offre la possibilité à des personnes qui ont honte d’elle-même de retrouver le goût de s’apprécier à nouveau. Elle commande l’affirmation de soi, que ce soit en donnant courage et désir d’entreprendre, qu’en dissolvant les peurs et les angoisses qui empêchent d’oser. Elle sera donc parfaite pour asseoir créativité et communication, lesquelles sont nécessaires aux personnes qui ont le trac à la veille d’un événement, d’une intervention en public. Elle apporte joie et bonne humeur, à l’instar de sa copine, l’orange douce. Elle aide les personnes dont les comportements sont marqués par la dépendance : tabac, alcool, nourriture.

Pour les enfants : en compagnie d’une autre de ses copines, l’huile essentielle de bois de rose, et lorsque mandarine et orange douce font défaut, on peut très bien employer l’essence de bergamote lors de la séparation du coucher, lors du passage à l’endormissement ainsi que pour les réveils nocturnes, les pleurs et les chagrins, les cauchemars. Un massage doux des pieds et des mains devrait aider bébé à retrouver toute sa quiétude :)

Enfin, cerise sur le gâteau, citons un court passage du Guide de l’olfactothérapie : « D’une sensualité veloutée, chaude et à l’odeur poudrée […], bergamote est idéale lors des moments de déprime ; cette apparente farceuse, tranquille, surprenante, est quand même une sérieuse… qui ne sait pas toujours le rester : elle s’amuse à révéler chez qui se tourne vers elle cette part d’enfance qui a encore et toujours envie de découvrir et de se découvrir. Car il y a de l’espiègle dans ce petit fruit qui ressemble tant au rejeton d’une orange qui aurait fauté avec un citron ; un pétillant que l’on retrouve dans ses fragrances et qui nous guide vers ce que nous avons de plus raisonnablement juvénile » (1).

Modes d’emploi

  • Diffusion atmosphérique
  • Inhalation sèche et humide
  • Voie interne
  • Voie cutanée avec beaucoup de précaution (cf. infra)

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • A éviter en cas de lithiases biliaires.
  • A ne jamais appliquer pure sur la peau pour au moins deux raisons :
    – D’une part, elle est photosensibilisante. L’une des molécules que l’essence de bergamote contient, le bergaptène, en s’alliant avec les UV peut provoquer une mélanogénèse ainsi qu’une carcinogénicité. Ainsi pas d’exposition au soleil après s’être appliqué de l’essence de bergamote sur la peau. Les utilisateurs d’un célèbre produit de protection solaire des années 1960 en ont été pour leurs frais : ce produit contenait de l’essence de bergamote qui a provoqué sur la peau de ses utilisateurs des tâches cutanées indélébiles.
    Il existe de l’essence de bergamote sans bergaptène. C’est plus cher et c’est moins bien, donc… ^^
    – D’autre part, elle est allergisante. Une allergie est une réaction de l’organisme qui est liée à la libération d’histamine à la suite d’un contact avec un allergène. Quand l’organisme rentre en contact avec cet allergène, ce dernier est identifié. Lors d’un second ou d’un pénultième contact avec le même allergène, ce dernier est reconnu. C’est alors qu’une réaction inflammatoire se produit le plus souvent à travers une lésion cutanée (érythème avec sensation de chaleur, prurit, urticaire, etc.).
    Ainsi donc, la bergamote est un révélateur. Elle permet d’exprimer physiquement ce qui sommeille en nous alors qu’une allergie indique une sur-activité du système immunitaire qui réagit violemment à une menace qui n’existe pas toujours. Comme l’indique si bien Jacques Martel dans son Grand dictionnaire des malaises et des maladies, « l’allergie fait référence au passé qui contrarie ou agace mon présent » (2). Tout ceci n’est pas si éloigné de ce que j’indique dans le point Propriétés psycho-émotionnelles et énergétiques. Il y a de sacrés parallèles à mettre en évidence ce me semble ^^
  • Outre l’aromathérapie, les deux autres grands domaines où excelle la bergamote sont l’industrie alimentaire et la parfumerie. Les amateurs d’Earl grey ou de confiseries nancéiennes devraient comprendre de quoi je parle, de même ceux appréciant l’eau de Cologne (dont la formule contient non seulement de la bergamote, mais aussi du néroli et de la lavande) ou bien encore un parfum comme Shalimar de Guerlain
    _______________
    1. Collectif, Le guide de l’olfactothérapie, p. 135.
    2. Jacques Martel, Le grand dictionnaire des malaises et des maladies, p. 41.

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Sur les origines du mot aromathérapie (entre autres choses…)

Porphyre, philosophe néoplatonicien du III ème siècle après J.-C., est connu pour la richesse de ses œuvres dont, hélas, bien peu ont traversé les siècles sans encombre jusqu’à nous. Parmi ce reliquat, penchons-nous sur un des traités de Porphyre, De l’abstinence, dont voici un extrait :

« Il semble, dit Théophraste, qu’un temps incalculable se soit écoulé depuis que le peuple le plus savant du monde et habitant de la terre la plus sacrée, celle qui fut fondée par le Nil, a commencé, dès les toutes premières origines, à offrir aux dieux célestes des prémices qui n’étaient pas encore de myrrhe ni d’un mélange de casse, d’encens et de safran. C’est seulement après bien des générations que ces produits furent employés ; car en ces temps-là l’homme, errant à la recherche de l’indispensable subsistance, aurait dû affronter mille peines pour consacrer aux dieux quelques gouttes de ces essences. Au début donc, on ne sacrifiait pas de tels produits, mais de petits végétaux, comme si les hommes cueillaient de leurs mains le premier duvet de la nature féconde. […] Et c’est d’après le mot thymiaisi, qui désignait la fumée dégagée par la combustion des produits de la terre, qu’on a formé le mot thymiateria, qui désigne les petits autels à parfums, ainsi que les mots thyein et thusias qui signifient « sacrifier » et « sacrifice ». […] Mais les Anciens avaient un tel souci de ne pas enfreindre la coutume qu’ils prononcèrent des malédictions contre ceux qui abandonneraient l’usage antique pour en introduire d’autres, et d’après le verbe arômai signifiant « maudire » ils appelèrent arômata les aromates qu’on fait brûler aujourd’hui. »

Non seulement arômai signifie « maudire », mais également « prier ». Les aromates seraient donc l’objet et le truchement par lequel cet objet réalise son œuvre. Plus clairement, un bois odoriférant que l’on fait brûler – des copeaux de bois de cèdre par exemple – serait à la fois la prière ou la malédiction et l’objet qui les portent.

Qu’est-ce que maudire ? C’est lancer une imprécation contre quelque chose ou quelqu’un. Qu’est-ce que prier ? C’est inviter, convier, exhorter quelque chose ou quelqu’un. Dans le premier cas, on impose, dans le second on dispose du bon vouloir (ou pas) de la chose, de l’être auquel on adresse sa supplique. Si le premier est emprunt de violence et d’agressivité, le second l’est de douceur et de détachement.

Lorsque René-Maurice Gattefossé créa le néologisme « aromathérapie » dans les années 1930, il est bien peu probable que l’œuvre de Porphyre y ait été pour quelque chose.

Bon. Pourquoi je vous bassine avec tout ça ? Eh bien, parce que la plupart du temps, lorsqu’on utilise les huiles essentielles, on opte pour une démarche mécaniciste dont on n’a pas forcément conscience. Or, est-ce pertinent d’ouvrir un flacon pour en libérer le génie, si ce n’est pour rien lui demander ? Ne peut-on pas converser avec les huiles essentielles ? Ne peut-on pas, non plus, les investir d’une charge ? Bien sûr que oui ! On peut les cajoler, accompagner leur action d’une prière (eh oui !…) et donc faire appel à leur douceur (toute relative d’une huile à l’autre) ou, au contraire, les exhorter à davantage de virulence (elle aussi toute relative) et donc en faire l’objet et le transport d’une imprécation, ce qui, dans ce dernier cas, s’apparente assez à la tentative de bannir le démon d’une maladie. Ce qui prouve, une fois de plus, que l’aromathérapie, ça n’est pas exactement jouer à la dînette.

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Le petit galanga (Alpinia officinarum) en phyto-aromathérapie

Cette plante, originaire du sud-est asiatique, offre un rhizome qui fait partie depuis bien longtemps de la pharmacopée chinoise. En Chine, le rhizome du liang-kiang (qui signifie « gingembre doux », bien qu’il en possède la même saveur piquante et poivrée, additionnée d’une légère pointe citronnée) était considéré comme un puissant protecteur et un remède à toutes les affections : on en constituait des talismans que l’on portait sur soi pour se protéger des esprits malfaisants qui pouvaient envahir le corps et le rendre malade, ce qui n’est pas tout à fait anodin compte tenu du statut de panacée qu’on attribue au galanga, à l’image du gingembre et du ginseng. Aujourd’hui encore, la médecine traditionnelle chinoise conseille le galanga quand besoin est de réchauffer le corps et les organes et que des affections causées par le froid viennent l’assaillir (douleurs abdominales, diarrhée, vomissement, etc.). L’ayurvéda sut également mettre à profit les vertus du rhizome de cette plante qu’elle considère comme tonique, anti-inflammatoire, expectorant et digestif. Pour la médecine ayurvédique, il est donc bon en cas de maux d’estomac, de dyspepsie, de hoquet, d’accès de fièvre et de rhumatismes articulaires. Les Arabes, qui furent les premiers à incorporer le galanga au sein de leur propre pharmacopée, l’introduisirent en Europe, non sans avoir fait de leur khalangian une panacée, vantée par Avicenne, Ibn Al Baytar et Constantin l’Africain. L’Europe, de même qu’elle le fit pour gingembre, poivre et cannelle, réserva un bel accueil au galanga pour des raisons condimentaires : en effet, cette épice prit place dans des recettes médiévales d’hypocras, aux côtés des graines de paradis, des clous de girofle, du zeste de citron, etc. Le Mesnagier de Paris (1393) le confirme, lui qui conseille d’utiliser des « noix muguettes » et du « garingal ». Mais la réputation du galanga ne s’arrête pas là, car il fut aussi l’un des fleurons de l’art médical de bien des thérapeutes médiévaux comme, par exemple, Macer Floridus qui, bien qu’il lui accorde peu de place, en fait cependant un très juste portrait : « Le galanga […] fortifie les personnes flegmatiques, est un bon carminatif, ranime la faculté digestive et apaise la colique. Il contribue surtout à purifier l’haleine, ranime la chaleur des reins et porte à l’amour » (1), dernière faculté qu’évoque aussi Platearius lorsqu’il parle… des panais ! Le Salernitain « indique […] un électuaire où les panais, associés au gingembre, à la muscade et au galanga, s’affirmaient doués de propriétés résolument aphrodisiaques » (2). M’est avis que, dans l’affaire, les panais n’y sont pas pour grand chose ^_^ Ceci dit, le plus grand panégyriste du galanga n’est autre que la grande Hildegarde de Bingen : non seulement le galanga apparaît à de multiples occurrences dans le Physica, mais elle en dit presque autant à son propos que du gingembre, signe qu’elle tenait ce cousin du gingembre en une estime qu’elle n’accorda pas à tous les végétaux de son temps. Peu d’entre eux remportent la palme face aux deux zingibéracées, sur la seule question de la place occupée par le texte dédié. En fait, il y en a moins que peu, car seul le fenouil bénéficie des largesse de l’abbesse. Le Galgan « est entièrement chaud, il n’y a pas de froid en lui, et il a beaucoup de vertus » (3), parmi lesquelles nous rencontrons les suivantes : faciliter la digestion, endiguer les maux d’estomac, remédier aux troubles pulmonaires comme la bronchite, redonner des forces en cas d’asthénie physique et psychique, apaiser les troubles cardiaques, chasser tant la fièvre que la mélancolie, etc. Hildegarde préconise aussi un électuaire « plus précieux que l’or, car il enlève la migraine ; il diminue la toux […] et enlève toutes les humeurs qui sont dans l’homme » (4). Par la suite, peu d’auteurs feront encore référence au galanga qui semble avoir été pour longtemps éclipsé par le gingembre. Tout au plus en trouvons-nous la trace au XVI ème siècle, à travers le baume de Fioravanti, considéré comme une « liqueur miraculeuse », contenant, entre autres, galanga, galbanum, zédoaire et une dizaine d’autres plantes.

Le petit galanga, grande plante herbacée vivace, possède des rhizomes blanchâtres et annelés, desquels s’érigent de robustes tiges calamiformes portant de longues feuilles lancéolées semi-rigides. Les fleurs, groupées en inflorescence ramifiée, sont constituées de pétales blancs veinés de rouge ; elles produisent des capsules contenant quelques graines.
Cultivé dans toute l’Asie tropicale, le galanga est récolté au bout de quatre à six ans.

Le petit galanga en phyto-aromathérapie

Bien moins fréquent que le gingembre et le curcuma, le petit galanga ne s’en démarque pas moins par la haute valeur médicinale de son rhizome charnu à odeur aromatique épicée et à saveur brûlante qui, outre les flavonoïdes qu’il recèle (galangine, etc.), se caractérise par environ 1 % d’essence aromatique extraite par distillation à la vapeur d’eau des rhizomes une fois secs. L’huile essentielle ainsi obtenue, liquide mobile dont la couleur oscille entre le jaune et le brunâtre, se distingue fortement des deux autres rhizomes cités plus haut d’un point de vue biochimique :

  • Oxydes (dont 1.8 cinéole) : 23 %
  • Monoterpènes : 27 %
  • Monoterpénols : 15 %
  • Esters : 11 %
  • Cétones (dont camphre) : 6 %
  • Sesquiterpènes : 5 %

Propriétés thérapeutiques

  • Apéritif, digestif, carminatif, stimulant hépatobiliaire
  • Cardiotonique léger
  • Anti-infectieux : antibactérien, antifongique (sur Candida albicans)
  • Anti-inflammatoire
  • Antispasmodique
  • Expectorant
  • Positivant

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : inappétence, indigestion, maux d’estomac, nausée, vomissement, mal de mer, mal des transports, colique, flatulences, candidose intestinale
  • Insuffisance hépatobiliaire
  • Troubles de la sphère respiratoire : bronchite, rhume, maux de gorge
  • Grippe, état fébrile
  • Maux de tête
  • Abcès dentaire, gingivite
  • Asthénie physique, psychique et sexuelle

Modes d’emploi

  • Décoction de rhizome frais
  • Poudre de rhizome séché
  • Teinture-mère
  • Huile essentielle : voie orale, voie cutanée diluée, olfaction, diffusion atmosphérique

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Sous forme d’huile essentielle, le petit galanga est déconseillé aux hypertendus, ainsi qu’à la femme enceinte, du moins durant les trois premiers mois de grossesse. Quant au rhizome, un trop fort emploi par voie interne peut provoquer des irritations gastro-intestinales.
  • A la poudre de galanga qui est parfois falsifiée avec de la farine, il est préférable d’acheter les rhizomes frais, de les faire sécher, de les broyer sous forme de poudre, à la manière du gingembre et du curcuma. Cependant, sec, ses qualités ont une durée de vie limitée.
  • En cuisine, le galanga s’utilise comme le gingembre. Il aromatise le thé, les curries, les conserves au vinaigre. Son utilisation aromatique a totalement disparu en Europe occidentale, bien que l’on puisse le trouver dans les épiceries asiatiques. Elle perdure en Inde et en Indonésie où il est l’une des épices indispensables à la cuisine traditionnelle. En Russie, le galanga aromatise une liqueur connue sous le nom de nastoïka.
  • Autres espèces : le grand galanga (A. galanga), le zérumbet (A. oxyphylla), le katsumadai (A. katsumadai), etc.
  • Faux ami : on trouve parfois, dans certains textes, le galanga sous le nom d’acore calame qui est bien évidemment une plante toute différente : Acorus calamus.
    _______________
    1. Macer Floridus, De viribus herbarum, p. 168.
    2. Henri Leclerc, Les légumes de France, p. 170.
    3. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 27.
    4. Ibidem, p. 161.

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Aromathérapie et élément Eau

Il y a déjà deux ans (!), nous avons posé quelques bases dans cet article. Avant de lire la suite que je ne vous donne qu’aujourd’hui (le temps que les informations montent au cerveau ^^), je vous suggère d’en (re)prendre connaissance, cela vous aidera grandement dans la compréhension de l’article du jour.

Nous allons aborder l’élément Eau, union des principes Froid et Humide, ainsi que les huiles essentielles majeures qui y sont associées. Pour cela, on portera notre attention sur le secteur II de la cartographie moléculaire que nous retrouvons ci-dessous :

Ce secteur regroupe l’ensemble des molécules apolaires et négativantes. Nous en voyons deux :

  • le grand groupe des esters (n° 3, en vert)
  • le groupe des sesquiterpènes (n° 4, en violet), coupé en deux (nous ne considérerons uniquement que les molécules situées dans la partie supérieure de ce groupe)

Commençons par les esters. Dans quelles huiles essentielles en trouve-t-on beaucoup ?

  • Gaulthérie couchée : 99 %
  • Sauge sclarée : 80 %
  • Hélichryse d’Italie 45 %
  • Lavande fine : 40 %
  • Bouleau noir : 99 %

D’une manière ou d’une autre, toutes les huiles essentielles de ces plantes entretiennent de façon majoritaire une relation avec l’élément Eau. Que pouvons-nous dire pour argumenter cette thèse ?

-Sauge sclarée, hélichryse d’Italie et lavande fine sont des plantes qui vivent sur des sols très secs et arides, elles savent ce que c’est que de manquer d’eau, c’est pour cela qu’elles ont développé des mécanismes qui empêchent les déperditions d’eau trop importantes liées à la chaleur. Comme si cela ne suffisait pas, lorsqu’on les récolte en vue de les distiller, on les fait sécher un certain temps afin de leur faire perdre l’excès d’eau qu’elles contiennent.
Par ces caractéristiques, elles sont diamétralement opposées à l’élément Feu, Chaud et Sec, chose d’autant plus étonnante que les esters sont des molécules apolaires. C’est-à-dire que, loin d’être hydrophobes, elles présentent une très forte insolubilité dans l’eau (ça l’est bien davantage encore pour les sesquiterpènes). Malgré tout, les huiles essentielles de sauge sclarée, de lavande fine et d’hélichryse d’Italie savent transmettre d’une manière qui n’appartient qu’à elles l’élément Eau pourtant très peu présent dans leur biotope.
-Quant à la gaulthérie couchée, elle ne vit pas dans un milieu aride. Au contraire, son lieu de vie est particulièrement humide et froid, de même que le bouleau noir américain.

Indiquons tout d’abord le fait que toutes ces huiles essentielles sont des anti-inflammatoires puissants. « Certains foyers inflammatoires ‘chauds’ présentent un surplus de charges ‘positives’. Ce type de molécules […] ‘négativantes’ pourront céder des charges négatives afin de compenser l’excès de charges positives et diminuer ainsi l’inflammation » (1). Elles s’opposent au feu de l’inflammation qu’elles apaisent. C’est donc ajouter de l’eau sur le feu afin de l’éteindre en quelque sorte.

  • Gaulthérie couchée et bouleau noir, à la formule biochimique identique, sont anticoagulantes et vasodilatatrices, elles permettent une meilleure circulation sanguine. Par ailleurs, elles ont une action remarquable sur les crampes musculaires dont certaines ont pour origine la déshydratation. Anti-inflammatoires comme nous l’avons dit, elles calment les « points chauds » : tendinite, rhumatisme, arthrite…
  • L’hélichryse d’Italie est fluidifiante du sang et tonique lymphatique. De plus, elle s’oppose aux rétentions hydrolipidiques et à la cellulite, preuve d’une mauvaise circulation périphérique. Elle a donc des actions diluantes et circulatoires. Mucolytique, elle favorise l’excrétion des sécrétions bronchiques trop abondantes, une fois encore en les diluant. Elle calme aussi les inflammations (rhumatisme, arthrite, polyarthrite), ainsi que les coups, chocs et traumatismes.
  • La lavande fine est bien connue pour calmer les brûlures, les coups de soleil, les piqûres d’insectes, etc. Son action anti-inflammatoire s’illustre magistralement à travers crampes et contractures musculaires par exemple, ainsi que lors d’épisodes circulatoires inflammatoires (phlébite, artérite). Tout comme la sauge sclarée que l’on va aborder ci-dessous, la lavande fine apaise les bouffées de chaleur. Enfin, l’huile essentielle de lavande fine est très utile en application cutanée quinze minutes avant séance de radiothérapie.
  • La sauge sclarée tempère la circulation de certains liquides dans le corps. Aussi l’utilise-t-on en cas de règles trop abondantes, qu’elle régule, et en cas de leucorrhée. De plus, elle améliore la circulation artérielle. On peut dire que la sauge sclarée diminue des mouvements trop tumultueux de l’organisme et qu’elle en augmente d’autres qui sont assoupis. Par exemple, elle endigue une transpiration excessive alors qu’elle lutte contre la sécheresse vaginale. De même, lipolytique, elle est une précieuse aide en cas de cellulite, son action drainante excrétant hors du corps certains excès hydrolipidiques.

Bien. Venons-en maintenant aux sesquiterpènes négativants. Selon toute vraisemblance, certaines de ces molécules n’ont pas besoin de se trouver en masse dans les huiles essentielles pour bien agir et faire d’elles des marqueurs de l’élément Eau.
Chez ces sesquiterpènes, on retrouve certaines attributions propres aux esters, à savoir que la plupart des huiles essentielles qui contiennent des sesquiterpènes favorisent la mobilité des liquides (sang, lymphe, etc.) dans le corps, et que, tout comme les esters, les sesquiterpènes apaisent ce que nous avons nommé « points chauds », c’est-à-dire l’ensemble des circonstances lors desquelles il y a brûlures, coups, chocs, douleurs inflammatoires… Enfin, chez elles, on retrouve aussi des propriétés décongestionnantes et drainantes. Nous avons sélectionné cinq de ces huiles essentielles que voici :

  • Achillée millefeuille : 20 %
  • Matricaire : 45 à 48 %
  • Cèdre de l’Atlas : 50 à 85 %
  • Cèdre de Virginie : 50 %
  • Verge d’or : 40 %-L’achillée millefeuille corrige les règles trop abondantes, ainsi que les hémorragies diverses. Par ailleurs, elle draine les œdèmes et soulage les douleurs inflammatoires liées aux entorses et aux foulures.
    -La matricaire chasse les chaleurs de la fièvre.
    -Le cèdre de l’Atlas, grande huile circulatoire au niveau artérielle s’oppose aux stases veineuses et lymphatiques. Lipolytique, elle est utile en cas de rétention hydrolipidique et de cellulite.
    -Le cèdre de Virginie ressemble assez au précédent dans ses attributions thérapeutiques. Son huile essentielle, décongestionnante veineuse et lymphatique, stimule la circulation du sang. Elle est employée en cas d’œdème, de rétention hydrolipidique et lorsqu’un drainage lymphatique s’avère nécessaire.
    -Puissante diurétique, l’huile essentielle de verge d’or porte son action sur les reins qu’elle draine et dont elle efface les inflammations comme les néphrites, ainsi qu’au niveau de la vessie, à travers les si douloureuses et cuisantes cystites.

Pour finir, une chose remarquable (sans véritablement savoir si elle est pertinente) peut être distinguée. Pour cela, parlons du point éclair : il « correspond à la température la plus basse à laquelle un corps combustible émet suffisamment de vapeurs pour former, avec l’air ambiant, un mélange gazeux qui s’enflamme sous l’effet d’une source d’énergie calorifique telle qu’une flamme pilote » (2). Parmi les dix huiles essentielles que nous avons abordées, nous pouvons mentionner qu’une sur dix possède un point éclair inférieur à 50° C, quatre entre 50 et 75° C, et cinq entre 75 et 100° C (3). Cela signifie-t-il que ces huiles essentielles résistent plus facilement que les autres à la chaleur en vertu du fait qu’elles appartiennent à l’élément Eau ? Cela reste à démontrer. Nous verrons dans un prochain article (espérons que cela ne soit pas en 2019, ah ah), où il sera question des huiles essentielles et de l’élément Air, si cette hypothèse est valide ou pas.


  1. Michel Faucon, Traité d’aromathérapie scientifique et médicale, p. 123.
  2. Wikipedia.
  3. Voici les points éclair attribués à nos dix huiles essentielles : verge d’or (38° C), achillée millefeuille (57° C), hélichryse d’Italie (58° C), sauge sclarée (62° C), lavande fine (68° C), cèdre de l’Atlas (93° C), cèdre de Virginie (93° C), gaulthérie couchée (94° C), bouleau noir (96° C), matricaire (100° C).

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