Huile essentielle de lavande aspic (Lavandula spica ou latifolia)

Synonymes : grande lavande, lavande à larges feuilles (ce qui est la traduction littérale de l’adjectif latifolia ; ce n’est pas parce que c’est écrit en latin que ça veut forcément dire quelque chose de transcendant ; très souvent, vous disais-je dernièrement, ça vole au ras des pâquerettes) , lavande en épis, lavande branchue, lavande mâle, aspic, spic, espider, espido, faux nard, badase.

Vous avez peut-être remarqué que dans chacun de mes articles je cherche avant tout à injecter des éléments qui me permettent de raconter l’histoire conjointe des hommes et des plantes à travers les âges. Ayant auparavant abordé la lavande fine dite également vraie (Lavandula angustifolia), ainsi que la lavande stoechade (Lavandula stoechas), je me suis alors bien rendu compte que nombre de contraintes s’imposaient à moi à propos de l’objectif visé. Comme vous le savez, pour l’avoir souvent répété, durant l’Antiquité on désigne assez souvent bien des plantes d’un même nom. Chez les Grecs, les lavandes portaient le nom de stochas, sans doute parce que la lavande papillon était leur préférée. Quant au Latin Pline, il parle de pseudo-nardus ou faux nard, une autre façon vernaculaire d’appeler la lavande aspic. Mais ni la stochas grecque, ni le pseudo-nardus romain ne nous permettent aujourd’hui de savoir de quelles plantes il s’agissait vraiment, ce qui est pour moi un crève-cœur, parce que j’ai alors l’impression de m’égarer et vous avec moi, qui me lisez. Aussi, l’on peut légitimement se demander si la lavande dont les quelques éléments qui vont suivre était bien l’aspic.

Au IX ème siècle, le célèbre savant Rhazès, Iranien de son état, recommande des fumigations d’hysope, de thym et de lavande contre la peste, comme en son temps Hippocrate. Mais, compte tenu de l’aire de répartition de la lavande aspic, on peut douter de sa présence au Proche-Orient. Ces fumigations furent également conseillées par le Grand Albert afin de purifier les abords des maisons ainsi que les pièces d’habitation. Mais restons un peu au sein de ce trouble Moyen-Âge. Dans son Physica, Hildegarde parle de la lavande en deux endroits. Dans le premier, elle appelle Lavendula une plante dont l’odeur « éclaircit la vue, car elle a la force des arômes les plus puissants et l’utilité des plus amers : c’est pourquoi elle arrête un certain nombre de maladies, et écarte en outre les mauvais esprits » (1). Comme Hildegarde dit cette plante bonne contre les poux, on serait tenté d’imaginer la lavande vraie. Continuons. Elle aborde une autre lavande qu’elle appelle… Spica : « La lavande est chaude et sèche, et sa chaleur est saine. Si on fait cuire de la lavande avec du vin – ou, si l’on n’a pas de vin, avec de l’eau et du miel – et qu’on en boit souvent, tiède, on apaise les douleurs du foie et du poumon, ainsi que les vapeurs de la poitrine ; on obtient aussi une connaissance pure et un esprit pur » (2). Hormis l’action pectorale de cette Spica, qui peut évoquer la lavande aspic, tout ceci reste bien maigre. Au XIV ème siècle, Jean de Gaddesden annonce la vertu diurétique d’une lavande qu’il érige comme spécifique de l’hydropisie. Si l’aromathérapie ne nous est d’aucun secours, il s’avère tout à fait exact que la lavande aspic employée en phytothérapie est très loin d’être dénuée d’effet diurétique. Mais l’identification fait encore défaut, de même que dans le Petit Albert (XVII ème siècle) quand il mentionne un spica nardi ou spicanardi, le mot spica ne pouvant en aucun cas nous autoriser à croire qu’il s’agit bien là de la lavande aspic, parce qu’à cette époque encore, les mots spic, spica, etc. étaient indifféremment associés à l’ensemble des différentes lavandes. Cela n’est qu’au milieu du XVIII ème siècle qu’on s’efforce enfin de les distinguer botaniquement. Aussi, quand Schroder, en 1665, écrit que la spica est souveraine pour guérir les maladies nerveuses d’origine psychique et qu’elle calme les spasmes, il est difficile de trancher puisque lavande vraie et lavande aspic sont toutes deux justiciables de ces emplois.
C’est ainsi que les données disponibles aux XIX-XX ème siècles à propos de la lavande aspic sont fiables. Cazin, Leclerc, etc. font très bien la distinction entre les trois types de lavandes connues en France et, grâce à eux, on est assuré de ne pas raconter d’âneries. Mais dès qu’il s’agit de plonger plus anciennement dans les sources, c’est tout de suite une autre paire de manches, chose fort regrettable que de ne pouvoir écrire plus fidèlement l’histoire d’une plante que tout le monde connaît et, paradoxalement, connaît bien peu.

Sous-arbrisseau de plus grande taille que la lavande fine parce qu’elle peut atteindre 75 cm de hauteur, la lavande aspic se compose de rameaux droits et nombreux, le plus souvent ramifiés, portant de longues feuilles spatulées, opposées, de couleur vert argenté. Ses fleurs en épis terminaux de couleur bleu violacé (parfois blanches), s’épanouissent de juin à septembre. Sensible au froid, la lavande aspic se maintient à une altitude modérée (300 à 700 m). A l’état naturel, on la rencontre dans la garrigue, sur sols secs et pierreux du Midi de la France et du sud de l’Europe.

La lavande aspic en phyto-aromathérapie

Aujourd’hui, l’usage des sommités fleuries de la grande aspic est quelque peu tombé en désuétude, concernant ses usages phytothérapeutiques. Mais il n’en a pas toujours été de la sorte, ne serait-ce qu’il y a un siècle, on s’intéressait peu à son huile essentielle, dont on disait qu’elle ne servait guère qu’à falsifier celle de lavande fine ou à un usage vétérinaire. Bien qu’étant beaucoup moins employée que l’huile essentielle de lavande fine, au XIX ème siècle, la lavande aspic aura joui d’une respectueuse réputation, étant davantage mise à l’honneur que la lavande fine. Les choses se sont depuis inversées et le regain d’intérêt qu’a rencontré la lavande aspic démontre bien qu’elle a su redorer son blason.
Qu’on fasse dans la phytothérapie ou dans l’aromathérapie, l’on se doit de récolter les fleurs juste avant leur complet épanouissement. Dans le premier cas, on les fait sécher pour un usage ultérieur, dans le second on distille la plante à l’état frais pendant environ 90 mn. Le rendement, peu élevé, se situe entre 0,5 et 0,7 %. L’huile essentielle obtenue, limpide, mobile, est généralement de couleur jaune pâle. Ses notes balsamiques, fraîches et prononcées évoquent le parfum de l’huile essentielle de romarin officinal en raison de la présence de molécules que nous retrouvons dans les données chiffrées suivantes :

  • Monoterpénols (dont linalol) : 30 à 45 %
  • Oxydes (dont 1.8 cinéole) : 30 à 40 %
  • Cétones (dont camphre) : 10 à 15 %
  • Monoterpènes : 8 %
  • Sesquiterpènes : 1 à 4 %
  • Coumarine : traces

Propriétés thérapeutiques

  • Anti-infectieuse : antibactérienne, antifongique, antivirale
  • Immunostimulante, positivante, neurotonique, neurotrope
  • Antalgique percutanée, analgésique, anti-inflammatoire
  • Antispasmodique, apaisante, sédative, calmante de l’excitabilité cérébro-spinale, anxiolytique
  • Expectorante, mucolytique, anticatarrhale
  • Astringente, tonique et régénératrice cutanée, cicatrisante
  • Emménagogue légère
  • Antitoxique
  • Insectifuge, insecticide

Ajoutons à cela que la lavande aspic se révèle stimulante, stomachique, cholagogue, décontractante, vermifuge et diurétique par le biais d’un emploi phytothérapeutique.

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère pulmonaire + ORL : bronchite, catarrhe bronchique chronique, bronchiolite virale chez l’enfant, laryngite, pharyngite, rhinite, rhume, toux grasse, toux quinteuse, enrouement, aphonie, angine, amygdalite, otite, sinusite, asthme humide
  • Troubles locomoteurs : arthrose, rhumatisme articulaire aigu, douleur musculaire, crampe
  • Affections cutanées : brûlure sévère (deuxième degré), plaie, plaie atone, blessure, contusion, coupure, ulcère, escarre, psoriasis, eczéma sec, zona, acné, panaris, impétigo, gerçure, coup de soleil, candidose, herpès labial, piqûre et morsure (guêpe, frelon, moustique, moustique tigre, scorpion, serpent (3), méduse, vive, ortie…)
  • Candidose gynécologique, herpès génital
  • Névralgie dentaire et migraineuse, névrite
  • Asthénie nerveuse et physique, déprime, dépression, insomnie
  • Autres infections : grippe, candidose buccale et digestive, cystite

Autres usages phytothérapeutiques : colique, flatulences, coqueluche, vertiges, vapeurs, congestion, torticolis, tendinite.

Propriétés psycho-émotionnelles et énergétiques

S’il est légitime que la première partie de cet article vous a sans doute laissé sur votre faim, dans cette ci-présente rubrique, il y a énormément de choses à dire. Je vais donc m’employer à les synthétiser de la plus simple des manières.

Si nous jetons un œil sur la médecine traditionnelle chinoise, avec évidence, nous constatons que l’huile essentielle de lavande aspic résonne très fortement avec les deux méridiens relevant de l’élément Métal, c’est-à-dire ceux du Poumon et du Gros intestin.

Dans le paragraphe ci-dessus, nous avons pris connaissance des actions multiples portées par l’huile essentielle de lavande aspic sur la sphère pulmonaire et ORL, ainsi que sur l’interface cutanée qui fait, rappelons-le, partie du système respiratoire. Le méridien du Poumon gère un sas entre notre monde intérieur et l’extérieur environnant. C’est à lui que revient la prérogative de prendre ce qui est bon pour nous et de laisser dehors ce dont nous n’avons pas besoin. Vous comprenez bien que dans la vie de tous les jours, des impondérables nous guettent sans que nous le sachions. Cela peut être, au choix, un voisin vampire chronophage qui vous bloque dans l’escalier pour des broutilles alors que vous devez urgemment vous rendre à un important rendez-vous, ou bien le camelot de rue expert dans l’art du pied-dans-la-porte, ou encore, vilain serpent à sornettes, le démarcheur téléphonique qui babille dans son combiné. Toutes ces situations reflètent une intrusion, une invasion, un envahissement de votre propre monde, non seulement physique, mais symbolique et sacré. Il peut ressortir que ces événements importuns laissent sur vous leur marque. Nous laissant sans voix, le souffle coupé, etc., il est bien évidemment permis de penser qu’ils auront une incidence sur la perturbation du méridien du Poumon. D’où les bronchites, rhinites, otites et autres sinusites qui indiquent bien un dysfonctionnement du méridien du Poumon, que l’huile essentielle de lavande aspic peut corriger en en tonifiant l’énergie. De ces rencontres non désirées avec l’extérieur peuvent naître d’autres affections, cutanées celles-là, dont les démangeaisons (je pense, en l’occurrence à celles provoquées par eczéma, psoriasis, etc.) disent tout l’agacement dans lequel ces vécus psycho-émotionnels nous font plonger. Observons même que certaines formes de psoriasis construisent comme une cuirasse qui, à l’instar de celle de la langouste, cherche à nous protéger en épaississant la peau, bien qu’il ne s’agisse là que d’un leurre, la marque de l’affection cutanée montrant de manière visible et explicite l’effet que la cause (l’intrusion, l’invasion, etc.) a provoqué. Là encore, l’huile essentielle de lavande aspic peut être particulièrement utile, non seulement pour agir localement sur un eczéma ou un psoriasis par exemple, mais aussi pour tonifier l’énergie du méridien du Poumon, ce qui permettra d’endiguer l’affection, parfois même l’infection. Bien sûr, nombre d’affections cutanées que nous avons listées plus haut sont la conséquence d’une rencontre toute différente : piqûre de guêpe, morsure de scorpion, etc. Quand le mal est fait, il n’est pas question de lésiner sur les moyens à employer. De même qu’un doigt coincé dans la porte est justiciable d’un usage immédiat d’huile essentielle de menthe poivrée pure ! Ce qui est intéressant, c’est que l’huile essentielle de lavande aspic repousse tout un tas de bestioles qui piquent, qui mordent, qui inoculent leur venin, qui parasitent, et, très franchement, à bien considérer certains de mes voisins, je me dis qu’ils incarnent à merveille ces parasites venimeux.

Venons-en maintenant au méridien du Gros intestin. Première remarque : parmi la liste de troubles et d’affections communiquée au paragraphe précédent (cf. Usages thérapeutiques), il n’en est aucun qui correspond à ce second méridien. Par exemple, nous ne lisons nulle part que l’huile essentielle de lavande aspic est bénéfique contre une diarrhée ou un ulcère intestinal. Cependant, tout comme le méridien du Poumon, un dysfonctionnement de celui du Gros intestin peut se traduire par des désagréments cutanés identiques. Ce méridien étant un transporteur, il est nécessaire que son débit soit bien réglé, afin de situer le transit entre la constipation d’une part et la diarrhée aqueuse d’autre part. Entre stase et extrême mobilité, il importe de trouver un équilibre qui, bien sûr, peut être rompu pour des raisons similaires à celles qui viennent perturber le méridien du Poumon. Des événements pénibles, désagréables, stressants, peuvent avoir chez certaines personnes des répercussions sur le colon. Un vécu psycho-émotionnel qu’on ne parvient pas à digérer pourra avoir pour conséquence une diarrhée, moyen violent et rapide mis en place par l’organisme afin de se débarrasser au plus vite de quelque chose qui nous apparaît comme indésirable, toxique, etc. Donc, l’intérêt de l’huile essentielle de lavande aspic sur le méridien du Gros intestin est de retrouver, si vous l’avez perdu, votre calme, ainsi que de le conserver.
A l’inverse, la peur de manquer peut se cristalliser par quelques désordres digestifs comme, par exemple, la constipation, qui est, en soi, une forme de rétention. En ce cas, on fera intervenir la lavande aspic, mais non sous forme d’huile essentielle, mais en en faisant un usage phytothérapeutique, parce que par ce biais il a été remarqué que la lavande aspic avait une action profitable sur l’atonie des voies intestinales. Dans ce dernier cas, psycho-émotionnellement parlant, l’huile essentielle de lavande aspic permet de relâcher les tensions.

Modes d’emploi

  • Infusion de sommités fleuries. A l’occasion, rappelons la recette des cinq fleurs sudorifiques et diurétiques, bien utile en cas de grippe, affection durant laquelle il est souhaitable d’exonérer les voies d’excrétion des toxines qui les encombrent : lavande aspic (10 g), souci (5 g), bourrache (5 g), genêt (5 g) et pensée sauvage (5 g)
  • Teinture
  • Macération acétique
  • Bain
  • Huile essentielle : voie orale, voie cutanée, olfaction, inhalation, diffusion atmosphérique

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte et séchage : on coupe les tiges fleuries à l’été, lorsque les fleurs sont à peine écloses. Si vous possédez une faucille, servez-vous en, c’est l’instrument idéal. La dessiccation se réalise très facilement et la lavande aspic présente l’intérêt de ne rien perdre de sa vigueur une fois sèche. Cazin indique que « celle qu’on récolte dans les terrains secs, pierreux, arides, est plus active » (4), une information qui ne doit nullement nous étonner.
  • L’huile essentielle de lavande aspic doit s’employer avec prudence, en particulier durant les trois premiers mois de grossesse, le camphre étant neurotoxique et potentiellement abortif. Mais notons qu’il faut faire attention à l’origine de cette huile. Par exemple, celle qui provient du Portugal peut afficher un taux de cétones compris entre 50 et 70 % ! A ce niveau, ça n’est plus du tout la même farine, et une telle huile utilisée sans discernement pourrait poser des problèmes. De même que l’huile essentielle de romarin officinal, celle de lavande aspic est sujette à d’importantes variations biochimiques. Dans le cas d’une huile essentielle de lavande aspic comportant un raisonnable taux de camphre (10 %), on la proscrira tout de même chez l’enfant de moins de 36 mois, mais on n’en évitera pas l’usage en cas de geste d’urgence où elle peut alors, bien sûr, être employée en première intention. Il n’est pas question de pinailler lors de piqûres, morsures, brûlures. Dans tous les autres cas, cette huile essentielle gagne à être diluée dans des huiles végétales qui travaillent de concert : huile végétale de rose musquée du Chili, macérât de millepertuis (huile rouge), de souci, d’arnica, etc., ce qui explique parfaitement sa présence au sein de compositions magistrales telles que le vulnéraire du Codex ou bien le baume tranquille. Enfin, faisons remarquer que le linalol est une molécule porteuse d’un potentiel allergisant.
  • Autres usages : la parfumerie et la savonnerie se sont emparées de l’huile essentielle de lavande aspic, ainsi que, et cela depuis fort longtemps, la médecine vétérinaire (gale, ecchymose, seime, etc.).
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    1. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 37
    2. Ibidem, p. 34
    3. La lavande mâle n’a pas démérité de son surnom d’aspic qui fait bien évidemment référence au serpent du même nom, Vipera aspis. Autrefois, les campagnards frottaient de lavande aspic les animaux mordus par cette vipère. Notons qu’aspis, en grec, signifie « bouclier ». La lavande aspic en est un contre ce serpent.
    4. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 528

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La verge d’or (Solidago virga aurea)

Synonymes : solidago, solidage, gerbe d’or, herbe des juifs, baguette d’Aaron, bâton d’Aaron.

Bien qu’étant originaire d’Europe et d’Asie, la verge d’or est passée complètement inaperçue des Anciens. Le premier à l’évoquer comme simple médicinal sera le médecin catalan Arnaud de Villeneuve (1240-1311) qui, si l’on en croit ce qu’on dit de lui, aura employé à bon escient cette plante qu’il devait bien connaître, en consignant les effets les plus évidents : « Arnault de Villeneuve dit qu’un gros [environ 4 g] de poudre de verge d’or, infusé du soir au matin dans un petit verre de vin blanc, continué 12 ou 15 jours, brise la pierre dans la vessie !… », raconte Cazin en 1858, une prouesse qui le laisse pour le moins dubitatif, s’empressant d’ajouter que « l’oubli dans lequel est tombée cette plante s’explique par de telles exagérations » (1). Pourtant, Joseph Roques que Cazin cite dans sa monographie consacrée à la verge d’or n’en disait pas moins qu’Arnaud de Villeneuve. Par ailleurs, ce même médecin catalan employait la verge d’or en cataplasme sur les ulcères de jambe. Perspicace, il a mis en évidence les deux principales propriétés de la verge d’or : ses actions vulnéraires, astringentes et cicatrisantes d’une part, et celle diurétique d’autre part. C’est dire si elle ne porte pas le nom de solidage par hasard. Ce mot est issu du verbe latin solidare, autrement dit : affermir, consolider. En raison de ses propriétés vulnéraires, elle consolide, elle rend entier. C’est une référence explicite à son pouvoir de guérison des plaies. Solidago, terme forgé par Otto Brunfels au XVI ème siècle se destina un temps à la pâquerette avant d’échoir à la verge d’or. Avec raison !
Aux XV ème et XVI ème siècles, les médecins allemands prisèrent fort la verge d’or et ne tarirent pas d’éloges sur la capacité de cette plante à refermer les plaies mêmes internes, ainsi que son pouvoir lithontriptique (= « briseur de pierre »). Alors qu’en 1554 Matthiole ne la décrit que brièvement, en 1546 Jérôme Bock place la verge d’or et la sanicle (qui était alors une panacée) sur le même pied d’égalité. La sanicle, très réputée dans les contrées germaniques bien avant Jérôme Bock, présente, en effet, un portrait thérapeutique presque identique à celui de la verge d’or, à l’exception de ses actions curatives sur la sphère vésicale et rénale. En France, au tout début du XVII ème siècle, Olivier de Serres fait de la verge d’or une jolie description dans son Théâtre d’agriculture. Au XVIII ème siècle, le Dictionnaire de Trévoux n’oublie pas la verge d’or, « tout à la fois vulnéraire et diurétique, propre pour le calcul et pour la dysenterie », non plus que les illustres Carl von Linné et Pierre-Jean-Baptiste Chomel qui la décrivent comme l’un des plus utiles végétaux. En 1731, le médecin allemand Johann Christoph Lischwitz fait valoir la valeur hémostyptique de la verge d’or sur l’hémoptysie et l’ulcère de l’urètre. Puis, peu à peu, on se désintéresse de cette plante « presque inusitée aujourd’hui, bien qu’elle ne soit pas dépourvue de propriétés », écrira Cazin en 1858 (2). C’est une longue traversée du désert qui attend la verge d’or, malgré son indéniable réputation d’astringente, de vulnéraire et de diurétique qui mena les hommes à l’utiliser à travers une foule de maux (hémorragie utérine, néphrite, hydropisie, catarrhe vésical, gravelle (= lithiase), etc.). Pourtant, elle n’est pas entrée dans la composition du faltrank (ou vulnéraire suisse) pour rien, mais bon, non, la verge d’or ne déchaîne plus les passions, enfin, jusqu’à ce que… « Beaucoup de choses renaîtront, qui étaient depuis longtemps oubliées », proclamait le poète Horace… jusqu’à ce que Duché, en 1886, la prescrive dans l’anurie et la dysurie, et surtout Leclerc qui rapprochait la verge d’or de la bruyère, ce qui n’est pas rien !

La verge d’or est une plante herbacée vivace possédant un rhizome pivotant, parfois profond (jusqu’à un mètre), duquel s’érige une forte et épaisse tige rougeâtre, voire violacée, dont la taille oscille entre 30 et 100 cm. Ses feuilles basales, larges et ovales, sont dotées d’un pétiole dentelé, alors que les feuilles supérieures, plus étroites, n’en possèdent pratiquement pas et se mêlent à l’épi floral, une grappe de capitules jaune d’or qui apparaît entre juillet et octobre, faisant le régal des abeilles durant une bonne partie de l’automne. Étant une astéracée, la verge d’or présente des « fleurs » composées : des fleurs centrales à cinq pétales cernées par une douzaine de fleurs ligulées tout au plus.
C’est une plante commune, tant en plaine qu’en montagne. On la trouve au soleil ou à mi-ombre sur sols secs et sablonneux, rocailles, rochers, landes, clairières, bois secs, terrains vagues, etc.

La verge d’or en phytothérapie

La racine de la verge d’or contient essentiellement de l’inuline (comme de nombreuses autres Astéracées), ainsi que des saponines. Mais, quoi qu’en disent certains, la partie souterraine de la verge d’or n’est pas celle qui a, de tous temps, fait le plus d’émules. Pour s’en convaincre, un coup d’œil jeté aux recettaires nous renseigne : ce sont les sommités fleuries qui représentent le gros des troupes, quelquefois les feuilles seules. Les parties aériennes fleuries de cette plante nous offrent grande quantité de tanin, du mucilage, des flavonoïdes, des acides (acétique, salicylique), des hétérosides phénoliques (virgauréoside A, leiocarposide), enfin quelques trace d’une essence aromatique dont la composition biochimique me semble assez proche de celle d’une autre verge d’or, Solidago canadensis. Voici quelques chiffres concernant l’huile essentielle extraite de cette dernière plante :

  • Monoterpènes (dont alpha-pinène : 13 % ; limonène : 11 % ; béta-myrcène : 10 %) : 50 %
  • Sesquiterpènes (dont germacrène D : 30 %) : 40 %
  • Esters : 3 %

Si l’on considère que le Solidago virga aurea et le Solidago canadensis possèdent des propriétés phytothérapeutiques assez équivalentes, nous verrons que l’huile essentielle de Solidago canadensis s’en distingue nettement.

Propriétés thérapeutiques (S. virga aurea)

  • Draineuse rénale, diurétique éliminatrice de l’acide urique, antiseptique et sédative des voies urinaires
  • Draineuse hépatique, cholérétique
  • Digestive, carminative, antidiarrhéique
  • Astringente, vulnéraire, cicatrisante, adoucissante
  • Antifongique
  • Anti-allergique

Usages thérapeutiques (S. virga aurea)

  • Troubles de la sphère vésico-rénale : néphrite, néphrite chronique, colique néphrétique, mal de Bright, lithiase (rénale et urinaire), urine sédimentaire, oligurie, dysurie, albuminurie, phosphaturie, hématurie, cystite, colibacillose, incontinence urinaire, urétrite, goutte, rhumatisme, arthrite
  • Troubles de la sphère hépatobiliaire : insuffisance hépatique, ictère, lithiase biliaire, diabète
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : entérite (y compris chez le nourrisson), entérocolite, entéralgie, dysenterie, diarrhée (y compris celle des tuberculeux et des jeunes enfants), gastro-entérite (chez l’enfant)
  • Affections cutanées : plaie, ulcère, ulcère de jambe, brûlure, piqûre d’insecte, eczéma chronique
  • Affections bucco-dentaires : ulcère buccal, stomatite, relâchement gingival, gencives saignantes
  • Affections ORL : maux de gorge, toux, sécrétions nasales chroniques, rhinite allergique
  • Hydropisie, obésité, cellulite
  • Mycose vaginale (candidose)

Propriétés thérapeutiques (HE S. canadensis)

  • Antispasmodique cardiovasculaire, hypotensive
  • Régulatrice du système nerveux autonome
  • Anti-inflammatoire (petit bassin, reins)
  • Draineuse hépatique et rénale
  • Apaisante

Usages thérapeutiques (HE S. canadensis)

  • Troubles de la sphère cardiovasculaire et circulatoire : hypertension, artérite, endocardite, péricardite
  • Dystonie neurovégétative
  • Douleurs articulaires
  • Nervosisme

Modes d’emploi

  • Infusion de sommités fleuries
  • Décoction de sommités fleuries
  • Alcoolature
  • Teinture-mère
  • Sirop
  • Cataplasme de feuilles fraîches
  • Huile essentielle : voie interne, voie externe, inhalation, olfaction, diffusion atmosphérique

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : elle se déroule lors de la floraison, laquelle est fonction du climat et de l’altitude. La verge d’or poussant jusqu’à 2800 m d’altitude, on comprend que la floraison des spécimens montagnards est plus tardive. En règle générale, la verge d’or se cueille entre juillet et octobre. Son séchage ne demande pas de soins particuliers.
  • Autres espèces : elles sont nombreuses. Seul le S. virga aurea est indigène, mais aujourd’hui on rencontre sur le territoire française d’autres espèces. C’est le cas du S. canadensis dont nous avons parlé plus haut. Comme son nom l’indique, il provient d’Amérique septentrionale et a été introduit en France en 1648. Autre solidage américain : S. gigantea. Arrivé en France en 1758, il s’est rapidement implanté comme espèce potentiellement invasive.
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    1. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 977
    2. Ibidem, p. 976

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La matricaire (Matricaria recutita)

Synonymes : petite camomille, camomille commune, camomille sauvage, camomille matricaire.

D’autorité, le docteur Cazin nous informe qu’on « doit rapporter à cette plante tout ce qu’on trouve dans les anciens sur la camomille » (1) que je ne qualifierai pas d’allemande tant cet adjectif est par trop réducteur. Appelons un chat un chat. Ici, il sera question de matricaire, une plante qui tire son nom du latin matrix, faisant bien évidemment référence à la matrice féminine. La matricaire est donc une autre plante de la femme (et pas seulement de la mater, la mère). D’ailleurs, le Dictionnaire botanique et pharmaceutique de 1716 n’écrit-il pas que « son principal usage est pour les maladies froides et venteuses de la matrice » ? Simon Paulli (1603-1680) n’indique-t-il pas la matricaire, associée à la camomille romaine et à l’armoise vulgaire, pour les femmes sujettes aux vapeurs ? Bien avant cela, Dioscoride évoquait les propriétés emménagogues d’une plante s’apparentant à la matricaire. Mais le parthenion de Dioscoride ne s’attache pas qu’à la sphère gynécologique, loin s’en faut. En relation avec ses propriétés vésico-rénales, il est diurétique, élimine les calculs. Cholagogue, il intervient sur certaines affections du foie. Un siècle plus tard, Galien met à profit la matricaire dans les algies et les fièvres. Il faut dire que cette plante est fébrifuge, et c’est avec raison qu’elle est nommée febrifuga dans le Capitulaire de Villis. Febrifuga, ça veut dire qu’elle chasse la fièvre. Et la matricaire s’y connaît pour repousser tout type de choses, un aspect que les anciens Égyptiens n’omirent pas de lui concéder, consacrant cette plante au dieu Soleil. Ce qu’écarte la matricaire, c’est essentiellement la vermine, les poux, les mites, ainsi que d’autres insectes encore. Elle éloigne aussi les miasmes de la mort, à tel point qu’une chair avancée dans la putréfaction en perd l’odeur à son contact, une chose qui m’a profondément perturbé quand je l’ai apprise, car si j’ai toujours été admiratif du parfum de l’huile essentielle de camomille romaine, celui de l’huile essentielle de matricaire m’a, durant longtemps, rebuté par les relents nauséeux de fruits en décomposition, pourrissant, que je reniflais à même le flacon, le seul que j’ai jamais possédé et que je tiens tout près de moi alors que je rédige cet article. Pourtant, elle avait tout pour me séduire : une couleur qu’on ne voit pas tous les jours, une composition biochimique à l’avenant. Aujourd’hui, je peux ouvrir ce flacon sans rechigner. Je ne l’ai pas bêtement jeté (T’es fou ? T’as vu le prix ?) ou donné à quelqu’un. C’est moi qui me le suis procuré un jour, pour une raison qui sans doute m’a échappé. C’est pourquoi je suis assez peu d’accord avec certains olfactothérapeutes ou bien des personnes qui ne le sont pas et n’y connaissent pas grand-chose : ces personnes conseillent de ne prendre en considération que les odeurs aimées, de rejeter les autres, attitude stupide et contre-productive s’il en est. J’ai haï l’huile essentielle de niaouli que je trouvais puante il y a 10 ans. Aujourd’hui, je la trouve tout juste supportable olfactivement parlant. Et un problème bien plus complexe s’impose à moi avec l’huile essentielle d’arbre à thé que je ne puis toujours pas digérer ; mais je reviens à elle de temps à autre et, chose remarquable, c’est l’une des rares huiles essentielles que je n’ai pas abordée sur le blog. C’est un signe. Je ne rejette rien. Je n’appartiens pas à cette tribu de personnes qui se gargarisent chaque jour d’un verre de « lâcher-prise ». La devise du blog est là pour rappeler que je suis des sentiers peu fréquentés mais dans lesquels, néanmoins, je recherche l’équilibre. Ainsi, repousser ce qui déplaît, c’est annoncer à la Lune qu’elle ne possède pas une face non visible de nous depuis la Terre. Si l’on devait mettre un joli petit mouchoir sur toute chose déplaisante, où irions-nous, je vous le demande ? Aussi, et pour le dire très clairement, à l’ouverture et à l’olfaction d’un flacon d’huile essentielle quel qu’il soit, s’il y a rejet, ça n’est pas la faute de l’huile essentielle en question. Si problème il y a, il est de notre côté, chose que ne veulent surtout pas comprendre les béni oui-oui de l’aromathérapie, lesquels vous dirons doctement (la blague !) : « Cette huile essentielle n’est pas pour toi », plutôt que d’aider à apprendre la raison de ce rejet. Et ainsi perpétuer l’idée ridicule selon laquelle l’aromathérapie serait une « médecine douce ». Si l’on fait comme ces pleutres, douce, elle peut l’être. Mais, en ce qui me concerne, j’ai pour habitude de plonger dans la merde, et plutôt deux fois qu’une. Bref. Fin de l’incise.

Au Moyen-Âge, on croit retrouver la matricaire dans les écrits d’Hildegarde de Bingen. Ce n’est probablement pas de là qu’on a appelé la matricaire « camomille allemande ». Le capitulaire carolingien y est peut-être pour quelque chose, mais vue l’étendue de l’empire de Charlemagne aux VIII ème – IX ème siècles, il est permis d’en douter : il est bien plus vaste que l’Allemagne actuelle. La matricaire, très cultivée en Allemagne et en Europe de l’Est, l’est aussi dans les Balkans et en Égypte. Alors pourquoi pas « camomille grecque » ou « camomille égyptienne » ? Peut-être sont-ce les regards que firent peser Jérôme Bock et Tabernaemontanus, deux « Germains », sur la matricaire qui donna à cette plante son surnom de camomille allemande. En tous les cas, les deux hommes, bien que distants d’un siècle, s’entendirent pour lui accorder des vertus digestives et vulnéraires et, Lazare Rivière, un Français, remit au goût du jour ses qualités fébrifuges. Ajoutons à cela que le Petit Albert propose une recette « pour se préserver de la goutte : Ce mal est causé par Saturne. Prenez à l’heure de Mars, ou de Vénus, l’herbe nommée matricaria, que vous pilerez et mêlerez avec le jaune d’un œuf cuit, en façon d’omelette, et mangez-en à jeun, cela vous préservera tout à fait de la goutte » (2), une observation fort docte puisque les affections par rétention relèvent essentiellement de la planète Saturne et l’on accorde à la matricaire de pouvoir parfois dissiper les points douloureux de la goutte, mais, comme le souligne le docteur Leclerc, « si elle ne sidère pas complètement la douleur, elle l’émousse dans de fortes proportions » (3).

Si la matricaire s’y entend pour chasser, elle attire aussi sur ceux qui en ont besoin des bénéfices certains. Aussi n’est-ce pas un hasard si cette plante voisine des habitations était régulièrement semée aux abords des maisons. Protectrice, son infusion permettait la lustration des propriétés. Attractive et répulsive, la matricaire « macérée dans du vin donne une boisson qui neutralise l’effet de la piqûre des serpents » (4), elle constitue, en outre, une excellente « consolation des hypocondriaques » (5), une recommandation que l’on retrouve quelque peu dans l’élixir floral de matricaire qui apaise les tempéraments agités, les enfants à l’humeur changeante, ceux qui pleurent et se vexent facilement.

La matricaire que, bizarrement, l’on surnomme « petite camomille » est bien plus haute que la camomille romaine, puisqu’elle atteint sans peine une taille de 50 cm. En revanche, elle est annuelle. Ses tiges rondes et dressées, particulièrement rameuses, portent des feuilles découpées en forme de filaments. Ses caractéristiques fleurs capitulaires se distinguent de celles de la camomille romaine, en cela que le cône de fleurs tubulées jaunes est beaucoup plus bombé que chez la romaine où il est davantage aplati. Autre critère de distinction : les ligules blanches et stériles de la matricaire s’arquent vers le bas en cours de floraison, laquelle a généralement lieu entre mai et août, répandant un parfum fort et marqué.
Très commune en Europe, la matricaire est également présente sur d’autres continents (Asie, Afrique, Amérique du Nord). En France, l’on aura toutes les chances de la découvrir sur des sols pauvres en calcaire. Parmi ses divers domiciles, elle compte les lieux incultes (terrains vagues, pierreux et rocailleux, décharges), les abords des champs cultivés (quand elle ne pénètre pas à l’intérieur), les prés et les clairières, les bordures de chemins. Il lui arrive même de s’aventurer le long des ruelles de villages.

La matricaire en phyto-aromathérapie

Pour le phytothérapeute, seuls comptent les capitules de la matricaire. On y trouve des substances courantes : tanin, résine, mucilage, lévulose, acide salicylique, flavonoïdes (apigénine, rutine, lutéoline, anthémidine), acides (oléique, palmitique, stéarique, cérotinique). D’autres qui le sont moins dans ces pages : triacontane, choline, acide anthémique. Une coumarine du nom d’ombelliférone rapproche la matricaire de la piloselle épervière.
Pour l’aromathérapeute, le capitule a aussi son importance car c’est de lui qu’on extrait l’huile essentielle de matricaire au rendement un peu plus élevé que celui de camomille romaine (0,8 à 1 %). Assez épaisse, cette huile est tout d’abord bleu foncé, puis elle verdit et brunit à la lumière et par l’influence de l’oxydation de l’air. Sa composition biochimique l’éloigne de beaucoup de la camomille romaine, quand bien même on confond fréquemment ces deux plantes :

  • Oxydes sesquiterpéniques (dont oxyde de bisabolol A, oxyde de bisabolol B, oxyde de bisabolone) : 50 %
  • Sesquiterpènes (dont béta-farnesène et chamazulène, responsable de la couleur bleue de cette huile essentielle) : 40 %
  • Sesquiterpénols : 6 %
  • Monoterpènes : 1 %

Propriétés thérapeutiques

  • Anti-inflammatoire puissante, antalgique, analgésique, antispasmodique (sur ces deux dernières propriétés, on a remarqué que la matricaire agit plus rapidement et constamment que la camomille romaine), antirhumatismale
  • Anti-infectieuse : antivirale (herpès génital), antifongique (Candida sp.), antibactérienne, bactériostatique (à la dose de 0,0005 % sur Helicobacter pilori, Staphylococcus aureus, Proteus vulgaris), antiparasitaire (pédiculicide)
  • Apéritive légère, digestive, carminative, stomachique, cholagogue, désobstruante hépatique
  • Sédative et calmante de la tension nerveuse, relaxante, inductrice du sommeil
  • Fébrifuge, sudorifique
  • Diurétique
  • Emménagogue
  • Cicatrisante, vulnéraire

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : dyspepsie, digestion lente et difficile, gastrite, ulcère gastrique, infection de la muqueuse gastrique (Helicobacter pilori), colite, crampe gastrique, ballonnement, spasmes digestifs, colique et colique du nouveau-né, nausée, nausée matinale de la femme enceinte, acidité gastrique, gastralgie, hernie hiatale, parasites intestinaux (oxyures, ascaris)
  • Troubles gynécologiques : aménorrhée, dysménorrhée, spasmes utérins, règles douloureuses, prurit vulvaire, métrorragie, seins et mamelons douloureux
  • Affections bucco-dentaires : douleurs dentaires, gingivite, stomatite, inflammation buccale
  • Troubles locomoteurs : douleurs rhumatismales, élongation, crampe et contracture musculaire, hernie discale
  • Troubles de la sphère respiratoire + ORL : asthme allergique, rhume des foins, rhinite allergique, otite
  • Affections cutanées : plaie infectée, plaie variqueuse, ulcère, ulcère de jambe, eczéma (sec, ancien, atopique), coupure, morsure, piqûre, écorchure, brûlure, gerçure, crevasse, furoncle, urticaire, acné, psoriasis, pityriasis, démangeaison, irritation du cuir chevelu, teigne, poux
  • Migraine et maux de tête d’origine nerveuse, stress, irritabilité, asthénie nerveuse, surmenage intellectuel
  • Cystite, spasmes vésicaux
  • Hémorroïdes, fissure anale
  • Fièvre intermittente, grippe

Modes d’emploi

  • Infusion de capitules
  • Décoction de capitules (pour un bain, par exemple)
  • Poudre de capitules secs mêlée à du sucre
  • Cataplasme de capitules frais
  • Teinture-mère
  • Huile essentielle : voie interne, voie externe, olfaction, inhalation, diffusion atmosphérique
  • Hydrolat aromatique : il constitue une bonne alternative à l’huile essentielle qui est relativement onéreuse. On lui prête les propriétés suivantes :
    – Antispasmodique : stress, émotivité, troubles du sommeil, digestion difficile, spasmes digestifs
    – Anti-inflammatoire : démangeaisons et irritations cutanées, acné, psoriasis, eczéma, irritations oculaires, conjonctivite, nettoyage des yeux et des paupières
    – Antifongique : candidose buccale
    – Astringent, adoucissant : hypersensibilité des peaux sèches, feu du rasoir, irritation du cuir chevelu, coup de soleil

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : elle se déroule à l’été (juin-juillet) par temps sec. On cueille les capitules à peine éclos.
  • Séchage : les capitules doivent être séchés rapidement. On prendra soin de bien les étaler et non de les entasser en couche épaisse, sans quoi cette proximité les fait fermenter. Une fois bien secs, on les conserve dans des boîtes hermétiques afin de les garder de la lumière et de l’humidité.
  • L’huile essentielle de matricaire ne présente pas d’inconvénient aux doses physiologiques normales. Seules les personnes potentiellement allergiques prendront l’initiative de faire un test cutané avant tout emploi étendu. On l’évitera aussi durant les trois premiers mois de grossesse. Enfin, attention à la matricaire (en usage phytothérapeutique) chez les sujets nerveux et sensibles : elle peut provoquer une excitation générale et de l’insomnie.
  • Associations : souhaite-t-on renforcer l’effet sudorifique de la matricaire lors d’une grippe, par exemple ? On fera intervenir tilleul, bouillon-blanc, sauge officinale, sureau. Recherche-t-on des effets stomachiques et carminatifs ? Menthe verte, menthe poivrée, carvi, anis, fenouil seront les parfaits alliés de la matricaire.
  • Soins capillaires : la décoction de capitules comme eau de rinçage sur les cheveux blonds permet d’obtenir des reflets dorés.
  • Insectifuge : les capitules de matricaire, placés dans de petits sachets de tissu comme on le fait de la lavande, font fuir les mites loin des placards et du linge de maison.
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    1. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 569
    2. Petit Albert, p. 405
    3. Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 212
    4. Macer Floridus, De viribus herbarum, p. 100
    5. Pierre Lieutaghi, Le livre des bonnes herbes, p. 141

© Books of Dante – 2017

La camomille romaine (Chamaemelum nobile ou Anthemis nobilis)

Camomille romaine à l'état sauvage

Camomille romaine à l’état sauvage

Synonymes : camomille officinale, camomille noble, camomille odorante.

Imaginez un peu qu’aujourd’hui encore on fait la confusion entre la camomille romaine et celle que l’on désigne par l’épithète d’ « allemande », autrement dit la matricaire (Matricaria recutita). Cette erreur fut commise par des thérapeutes et non des moindres, ce qui rappelle l’imbroglio plus récent concernant ravintsara et ravensare. Aussi comprendrons-nous à quel point il est difficile de se dépêtrer d’informations relatives à ces deux camomilles quand elles nous imposent une distance de plusieurs siècles ou, plus ardu, de plusieurs millénaires. On dit que la camomille romaine était connue des Grecs (Dioscoride évoque le cas d’un parthenion apte à soigner jaunisse, calculs, accès fébriles et troubles oculaires) et, qui plus est, des Romains. Avec un nom pareil, quoi de plus naturel ? Aussi, quand il est écrit que Galien la préconisait au II ème siècle de notre ère contre les maux de tête, les migraines, les névralgies et les coliques, personne ne bronche car ces indications sont toutes du ressort de la romaine. Quand ce même Galien assure que les anciens Égyptiens l’auraient dédiée au dieu Soleil de par son efficacité à lutter contre les fièvres et les accès de chaleur, là encore, personne ne bouge une oreille. Pensez donc, Galien, l’un des plus grands médecins après Hippocrate ! De même, lorsqu’on lit chez Macer Floridus que l’Anthemis était vantée par Esculape (l’équivalent romain d’Asclépios), plus aucun doute n’est permis : la camomille dont on parle est bien la camomille romaine ! Euh… en fait, non. Celle qu’on croit être, à tort, la romaine dans les textes antiques, ne l’est pas, l’Anthemis nobilis étant inconnue de l’Antiquité gréco-romaine, et cette assertion n’est pas avancée à l’absence de toute preuve, bien au contraire. Pour cela, invitons la camomille dite allemande afin de donner davantage de contraste à nos propos. Par camomille allemande, on pourrait s’attendre à une plante relativement septentrionale, et par camomille romaine à une plante méridionale. Or, c’est l’exact inverse qui est vrai ! Aujourd’hui courante un peu partout en Europe, la camomille allemande, la matricaire donc, originaire des régions méditerranéennes, « est si abondante en Grèce qu’en mars-avril, l’atmosphère, aux environs de l’Acropole, en est toute parfumée » (1). A l’inverse, la camomille romaine est une plante qui, en France, est présente surtout à l’Ouest et au Centre, puis qui se raréfie ou devient inexistante au fur et à mesure que l’on progresse plus avant dans les terres. Au-delà de l’Auvergne, il est rare de rencontrer la camomille romaine au naturel. La romaine est atlantique (largement répandue en Espagne, au Portugal, en Grande-Bretagne), alors que l’allemande est méditerranéenne ! L’une s’est déployée en suivant la course du soleil, l’autre en allant à rebours ! Tout les opposerait donc ? Si l’on estime que la romaine est poilue, l’autre glabre, oui. Si l’on considère que l’allemande est annuelle et l’autre vivace, deux fois oui. Et si la romaine porte cet épithète, c’est parce que, implantée plus à l’est, échappée des jardins, « c’est dans ces dernières conditions que Joachim Camerarius la rencontra dans la campagne romaine et lui donna le nom de camomille romaine » (2) en 1588, un nom qui lui est finalement resté. Si l’on pense difficile de distinguer les deux espèces dans les textes antiques, cette appréhension n’a pas lieu d’être. La camomille romaine n’étant pas une plante originaire du midi, il est somme toute normal que les anciens Grecs et Romains ne l’aient pas connue et qu’ils ne nous aient, par conséquent, rien transmis à son sujet. Si l’Antiquité égyptienne consacre une camomille au Soleil, si l’Antiquité gréco-romaine fait référence à une camomille, il ne peut en aucun cas s’agir de la romaine qui, même ignorée au Moyen-Âge, n’apparaît clairement dans les textes qu’à partir du XVI ème siècle. Par exemple, la febrifuga du Capitulaire de Villis (fin VIII ème – début IX ème siècle) ne peut être la camomille romaine. Sans doute s’agit-il de la matricaire, mais rien n’est bien certain à ce sujet.
Ainsi, quand l’auteur anonyme du Carmen de viribus herbarum conseille de récolter « sa » camomille au mois de juillet, il est permis de s’interroger à propos de son identité. Si je dis « lavande », on peut tous avoir en tête une image mentale qui différera d’une personne à l’autre. L’une pensera à l’aspic, l’autre à la stoechade, etc. Même constat chez Macer Floridus lorsqu’il parle de Chamomilla. Le bas latin Chamomilla émane du grec Khamaimêlon, terme forme de khamai (« qui vit près du sol », « qui est petit ») et mêlon, terme générique ne désignant pas que la pomme mais l’ensemble des fruits. C’est pourquoi on s’est hasardé à qualifier cette plante du nom littéral de « pomme de terre » (aucun rapport avec la patate ^_^), simplement du fait que la camomille est une petite plante portant des fruits, en fait des capitules floraux, à l’odeur de pomme. Ce que Macer dit de sa Chamomilla donne néanmoins des indices : il s’agit d’une petite herbe odorante, emménagogue et fébrifuge, ce qui correspond à la camomille romaine, mais il la dit aussi diurétique et antilithiasique, ce qu’elle n’est pas vraiment. Du côté d’Hildegarde de Bingen, on a affaire à une Metra. Anagramme de Mater, la « mère » en latin ? Ce qui nous propulse, au choix, du côté de la matricaire ou bien de la mutterkraut, « l’herbe à la mère » qui se trouve être la grande camomille, Chrysanthemum parthenium. Mais tout ceci n’est qu’un égarement de mon esprit fébrile face à l’insolubilité d’une telle question. Las. Selon Hildegarde, cette « camomille est chaude, elle a un suc agréable qui constitue un suave onguent pour les intestins » (3). Et, tout comme camomille romaine, matricaire et grande camomille, la Metra hildegardienne est emménagogue. De plus, elle intervient en cas de colique, d’affections cutanées, d’hémorragie et de douleur goutteuse, toutes affections, ou presque, relevant du domaine thérapeutique de la camomille romaine.

Loin de ces considérations, l’implantation de la camomille romaine sur la façade atlantique explique bien pourquoi elle fut une plante privilégiée par les Celtes, bien que le monde celte ne se réduise pas à ses extrémités océaniques, puisque, à l’apogée de son expansion (au II ème siècle avant J.-C.), il s’étendait de l’Ouest (Portugal, Irlande) jusqu’à l’Est, en bordure de Mer noire. Ce fut donc un remède druidique dont le souvenir s’est perpétué puisqu’elle fait partie des plantes sacrées du solstice d’été, très usitée par les Anglo-saxons lors de la Saint-Jean d’été, alors qu’ailleurs, où cette plante est inconnue, on accorde tout son intérêt à certaines de ses cousines telles que pâquerette et grande marguerite.

Soit qu’on lui préfère la variété « double » ou bien qu’on la confonde avec la matricaire, la camomille romaine est tombée dans une sorte de déshérence. De plus, « l’invasion » de substances extraites de pharmacopées lointaines a mis à mal la réputation de la camomille romaine. Mais tous les praticiens ne tombèrent pas dans le panneau qui consiste à croire que l’herbe est forcément plus verte chez le voisin. Ainsi, Lieutaud, sans chauvinisme, se penche sur le cas de la camomille romaine dans les années 1760 et met en évidence des propriétés qui ont toujours cours à l’heure actuelle : carminative, antispasmodique, fébrifuge, propre à soulager les douleurs goutteuses. Puis, au siècle suivant, Cazin la préconise comme tonique, calmante, digestive, fébrifuge également, insistant sur le fait qu’elle fut très employée comme fébrifuge indigène dont l’action est proche, selon maints auteurs, de celle du quinquina et, bien souvent, supérieure à l’écorce péruvienne.

La camomille romaine est une petite plante vivace dont la taille n’excède pas 30 cm, parfois moins, habituée à étaler et coucher ses tiges dès la base, ce qui fait qu’elles sont rarement dressées d’un seul tenant. Son feuillage, composé de feuilles divisées et très découpées, donne à cette plante une allure vaporeuse, un effet visuel en cela renforcé par la multitude de petits poils qui couvrent son feuillage, lui donnant une teinte vert blanchâtre. Solitaires, les fleurs se perchent sur de longs pédoncules. Mais, caractéristique propre aux Astéracées, elles n’en sont pas vraiment. Auparavant, l’on ne parlait pas d’Astéracées mais de Composées : les « fleurs » de la camomille romaine sont, en fait, des capitules constitués de deux types de fleurs : celles jaunes, tubulées et hermaphrodites formant un cône bombé au centre, le tout cerné par des fleurs ligulées blanches et femelles sur le pourtour.
Comme nous l’avons dit, la camomille romaine élit domicile à l’Ouest de la France (Indre, Mayenne, Maine-et-Loire, etc.), mais également au Centre (Île-de-France, Cher, etc.). Elle apprécie les sols sablonneux, salés parfois, ce qui explique sa présence sur le littoral océanique. On la cultive dans divers endroits du monde : Afrique du Nord, États-Unis, Argentine. En France, se concentre la majeure partie de la production hexagonale dans le Maine-et-Loire, près de Chemillé-Melay. Mais il s’agit bien évidemment là de la variété annuelle à « fleurs doubles », qu’il faut donc semer chaque année, alors que la camomille romaine sauvage se propage par marcottage : ses tiges couchées s’enracinent de loin en loin et forment alors de nouveaux plans (pour conquérir la planète, ah ! ah !).

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La camomille romaine en phyto-aromathérapie

Tout tient dans le capitule. Le reste de la plante est le plus souvent négligé. Le capitule, donc. Selon que la plante est sauvage ou cultivée, il se montre sous deux aspects : une simple couronne de ligules blanches dans le premier cas, une double couronne et une quasi absence de fleurons jaunes au centre dans le second. Le hic, c’est que la camomille romaine sauvage est suffisamment rare pour qu’on ne puisse en faire un emploi de grande envergure. Ainsi, c’est sous sa forme cultivée qu’on la rencontre le plus souvent en herboristerie et commerces apparentés, au dépend de ses propriétés, la version cultivée étant bien moins puissante que la sauvage. Il y a également tout lieu de penser que l’huile essentielle – qui est extraite de la plante cultivée – l’est beaucoup moins que celle que l’on obtiendrait si l’on distillait la camomille romaine sauvage.
Les capitules de camomille romaine développent un très agréable parfum. En revanche, leur saveur chaude et balsamique est particulièrement amère, chose qui tient à la présence de germacranolides (des lactones sesquiterpéniques). Mais la camomille romaine ne contient pas que cela : des flavonoïdes, de la résine, de la gomme, des phytostérols, un camphre du nom d’anthémol, des coumarines, divers sels minéraux (soufre, calcium), enfin une très faible fraction d’essence aromatique dont la distillation des capitules secs par la vapeur d’eau ne permet d’obtenir qu’un rendement de 0,4 à 1 %. Vous comprenez pourquoi l’huile essentielle de camomille romaine est si onéreuse. De pH acide (3,7), cette huile est tout d’abord de couleur bleu céleste à la sortie de l’alambic, mais air et lumière la rendent verte, puis jaune brunâtre. C’est ainsi qu’on la trouve dans les flacons de verre teinté vendus dans les commerces spécialisés. Dommage pour le bleu !… Si la couleur de cette huile essentielle évolue, son parfum se renforce : doux, fleuri, fruité, à l’évident arôme de pomme.
En terme de profil biochimique, cette huile essentielle est composée d’esters à hauteur de 75 % (angélates et isobutyrates), puis on y rencontre quelques cétones (5 %), des monoterpénols (5 %), enfin un peu de monoterpènes (3 %).

Propriétés thérapeutiques

  • Puissante sédative du système nerveux central, relaxante, anxiolytique, négativante, inhibitrice des surrénales, inductrice du sommeil
  • Anti-inflammatoire, antalgique, analgésique, pré-anesthésiante, antinévralgique, antirhumatismale
  • Stimulante de la production des leucocytes, tonique, anti-anémique
  • Apéritive, digestive, stimulante hépatobiliaire, carminative, cholagogue, stomachique, antiparasitaire intestinale
  • Désinfectante cutanée, cicatrisante, vulnéraire, régénératrice cutanée (derme, épiderme), antiprurigineuse
  • Antispasmodique puissante
  • Fébrifuge, sudorifique
  • Bactériostatique
  • Anti-allergique
  • Emménagogue
  • Anti-ophtalmique
  • Inhibitrice thyroïdienne

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : indigestion, nausée, vomissement, embarras gastrique, crampes d’estomac et d’intestins, colique (et colique du nouveau né), diarrhée, lourdeur digestive, ballonnement, manque d’appétit, flatulence, entérite, colite, maladie de Crohn, ulcère gastro-intestinal, parasitose intestinale (lamblias, oxyures, ascaris, ankylostomes)
  • Troubles de la sphère respiratoire + ORL : prémisse de rhume, bronchite, sinusite, trachéite, pharyngite, laryngite, otite, toux sèche
  • Affections cutanées : urticaire, eczéma, psoriasis, prurit, acné, furoncle, dartre, panaris, démangeaison, irritation et inflammation cutanées, engelure, gerçure, brûlure, coup de soleil, coupure, plaie, plaie infectée, ulcère, ulcère de jambe
  • Affections oculaires : conjonctivite, blépharite, paupières gonflées, orgelet
  • Troubles locomoteurs : rhumatisme, douleur goutteuse, douleur articulaire, crampes et contractures musculaires, sciatique, lumbago, entorse, foulure, courbature
  • Autres douleurs : maux de tête, migraine (d’origine digestive, infectieuse, gynécologique), névrite, névralgie faciale, douleurs et poussées dentaires
  • Troubles de la sphère cardio-circulatoire : couperose, arythmie cardiaque, palpitations
  • Troubles de la sphère gynécologique : aménorrhée, dysménorrhée, fatigue sexuelle féminine, frigidité
  • Asthénie, anémie, fatigue générale
  • Hygiène buccale, aphte
  • Syndrome des jambes sans repos (impatience)
  • Vertiges
  • Acouphènes
  • Préparation à une intervention chirurgicale

Propriétés psycho-émotionnelles et énergétiques

Si j’ai tendance à associer les esters à l’élément Eau, le référentiel électronique me rappelle que, en (petite) partie, ils relèvent aussi de l’élément Terre. Ces deux éléments nous dirigent droit vers deux méridiens : le premier, celui de la Rate/Pancréas, lié à la Terre, le second, celui de la Vessie, lié à l’Eau. Selon Michel Odoul et Elske Miles, l’huile essentielle de camomille romaine est bénéfique au méridien de la Vessie. Par ailleurs, Philippe Maslo et Marie Borrel indiquent que la camomille, sans préciser laquelle (tss), agirait comme tonifiante de l’énergie du méridien de la Rate/Pancréas. Voyons voir ce qu’il en est.

  • La faiblesse du méridien de la Rate/Pancréas s’exprime par une tendance à la rumination, à la contrariété et à la mauvaise humeur. Son action corporelle s’applique aux ovaires et à l’ensemble du tube digestif. Sommes-nous des vaches pour ruminer, alors que nous ne sommes garnis, contrairement à ces paisibles bovidés, que d’une seule panse ? Nous avons vu dans quelle mesure la camomille romaine était efficace sur un très grand nombre d’affections gastro-intestinales, ainsi que son implication sur les troubles gynécologiques, aménorrhée et dysménorrhée relevant d’une perturbation du méridien de la Rate/Pancréas. Par ailleurs, l’élément Terre qui régit ce méridien implique un rapport à la « matière » (le « tangible », le « réel ») : sa maîtrise, sa possession, sa domination, son pouvoir sur elle. Ou le contraire si jamais ce méridien ne fonctionne pas comme il le devrait. Dans ce cas, la propension à agir sur la gestion de la vie quotidienne s’en trouve réduite, les difficultés financières et professionnelles (autrement dit, ce qui permet d’asseoir son existence sur une base essentielle) augmentées. Tout cela peut occasionner inquiétude, stress, angoisse, toutes choses que l’huile essentielle de camomille romaine est capable d’endiguer afin de faire retrouver le calme nécessaire pour qu’une réflexion raisonnable s’instaure face aux problèmes rencontrés. De plus, la camomille romaine aide à lutter contre le sentiment d’abandon de soi-même, lequel peut prendre la forme de « blues », de mélancolie et de déprime, voire même de dépression légère.
  • Le second méridien, celui de la Vessie, est intimement lié à des émotions telles que peur, phobie et angoisse. Chocs nerveux et émotionnels, trauma affectif et hypersensibilité sont aussi de la partie. Quand il défaille, courage et sérénité cèdent le pas à l’inquiétude et à la panique. C’est alors l’immersion dans les énergies profondes et aqueuses qui peut déclencher un ensemble de troubles liés aux peurs nocturnes, viscérales et secrètes : cauchemars, insomnie et autres troubles du sommeil sont alors au rendez-vous. Ici, la camomille romaine a davantage une influence sur les vécus psycho-émotionnels et prend très peu en charge les troubles physiologiques imputables à une perturbation du méridien de la Vessie. En réalité, c’est l’autre méridien lié à l’élément Eau, celui des Reins, qui entre le plus fortement en résonance avec l’huile essentielle de camomille romaine.
  • Enfin, pour faire bonne figure, indiquons que les chakras de prédilection de l’huile essentielle de camomille romaine sont ceux du cœur et du plexus solaire, et ceux de la couronne et de la racine dans une moindre mesure.

Modes d’emploi

  • Infusion de capitules
  • Décoction de capitules ou de la plante entière fleurie (usage interne comme externe)
  • Poudre de capitules additionnée de sucre
  • Sirop
  • Macération vineuse (vin rouge de préférence), huileuse, acétique de capitules
  • Teinture-mère
  • Huile essentielle : diffusion atmosphérique, olfaction, inhalation, voie orale, voie cutanée
  • Hydrolat aromatique : gargarisme, vaporisation cutanée, voie orale

Sur la question de l’infusion : bien des auteurs mentionnent qu’elle doit être prise après les repas, ce en quoi s’élèvent des voix face à cette habitude : «  Il est déconseillé de boire cette infusion après les repas, comme le font tant de personnes âgées : la plante, par son action sur les muqueuses internes dont elle active les sécrétions et calme les spasmes, doit en effet trouver le champ libre pour le préparer à l’invasion alimentaire » (4). Cette prise doit avoir lieu 30 à 45 mn avant chaque repas. Maintenant que nous avons résolu la question du « quand ? », interrogeons-nous sur celle du « combien ? ». Pour la valeur d’une tasse d’eau (15 cl), la plupart des auteurs sont unanimes pour compter, en moyenne, quatre à six capitules, sauf Henri Leclerc qui considère cette quantité comme insatisfaisante. En réalité, le nombre de capitules par tasse d’eau dépend de l’usage que l’on souhaite en faire : 4 à 5 têtes pour une infusion apéritive, 10 à 12 pour une boisson fébrifuge. Ce qui justifie la prudence de beaucoup, c’est que, à haute dose, la camomille romaine est vomitive. Notons enfin que les effets de la camomille romaine diffèrent selon le mode de préparation : ainsi la décoction et la teinture sont toniques, alors qu’infusion et sirop procurent des effets excitants et antispasmodiques.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : les capitules se cueillent durant l’été par temps sec (une rosée résiduelle les noircirait lors du séchage), alors qu’ils ne sont ouvert qu’au ¾.
  • Séchage : il est délicat, doit s’opérer rapidement en un lieu sec et aéré.
  • Associations : afin de renforcer l’action fébrifuge de la camomille romaine, on peut la mêler à d’autres plantes qui visent le même objectif : petite centaurée, saule blanc, absinthe, quintefeuille, marrube blanc, benoîte, grande gentiane jaune. Le mieux étant, comme le soulignait Cazin, d’associer tant les principes amers, les astringents que les aromatiques. En revanche, la camomille romaine est incompatible avec le noyer, le quinquina et la plupart des drogues à tanin.
  • Par la grande fraction d’esters contenue dans l’huile essentielle de camomille romaine, celle-ci peut donc s’employer sans risque dans la limite des doses thérapeutiques et physiologiques, et ce quelle que soit la voie envisagée. Cependant, en cas d’usage au long cours et sur les peaux fines et fragiles, il est recommandé de diluer cette huile dans un support adapté. Les personnes allergiques à l’un des constituants de cette huile essentielle devront procéder par le test du pli du coude avant toute utilisation par voie cutanée. Dans tous les autres cas, rappelons que toute substance est susceptible, un jour ou l’autre, de poser problème si on en fait un usage inconsidéré. Il n’existe pas d’huiles essentielles sans risque d’un côté, et d’autres « dangereuses » de l’autre, comme on a assez souvent tendance à le lire çà et là, ce que je déplore. Durant la grossesse, l’huile essentielle de camomille romaine s’utilisera avec parcimonie à partir du quatrième mois.
  • La camomille romaine est une plante « soin » pour les autres plantes environnantes. Ce qui veut dire qu’elle leur rend vigueur. Ce qui explique sa présence au sein des engrais anthroposophiques.
  • Soins capillaires : la camomille romaine renforce la brillance des cheveux blonds et en avive la blondeur. Voici une recette simple de vinaigre de fleurs de camomille romaine qui peut parfaitement jouer le rôle de lotion capillaire : placez une poignée de fleurs dans un récipient hermétique pouvant contenir ½ litre de vinaigre de cidre. Laissez macérer trois semaines dans un lieu chaud ou pourquoi pas en plein soleil. A l’issue, filtrer et conservez en bouteille.
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    1. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 609
    2. Ibidem, p. 203
    3. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 73
    4. Pierre Lieutaghi, Le livre des bonnes herbes, p. 141

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Camomille romaine à l'état cultivé

Camomille romaine à l’état cultivé

Le bleuet des champs (Centaurea cyanus)

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Synonymes : bluet, blanéole, blavéole, blavette, barbeau, aubifoin, casse-lunettes, herbe au centaure, herbe de saint Zacharie.

Le bleuet, fleur des poètes dit-on… La mythologie nous raconte que Cyanos, l’enfant poète, chantait si bien les louanges de la Nature, qu’il fut métamorphosé en bleuet par la déesse Flore afin que l’on se souvienne de lui chaque année. En Russie, on retrouve un motif assez semblable. Un vieux conte nous explique qu’un homme fut séduit par une nymphe dans les épis d’un champ de blé. Afin de ne plus séduire, de ne plus être séduit, la nymphe changea cet homme en bleuet.
Chez les Celtes, le bleuet passait pour une plante protectrice, assurant la sécurité des habitations, des réserves de nourriture et des animaux pour une année entière, un usage qui s’est perpétué car bien plus tard, les bergères tressaient des couronnes de bleuet qui, une fois portées, assuraient la tranquillité de leurs troupeaux.
Le bleuet fut pour longtemps le seul apanage des poètes et des faiseurs de légendes, et ne fut convié au sein des officines que très tardivement, du temps d’Hildegarde affirment certains, mais je n’ai trouvé aucune trace d’un emploi de cette fleur bleue dans les écrits de l’abbesse. Si le bleuet apparaît clairement dans les Grandes Heures d’Anne de Bretagne, c’est à seul titre ornemental. Il faudra véritablement attendre le XVI ème siècle pour qu’on penche le premier regard médicinal sur le bleuet. Matthiole, sensible à la théorie des signatures, associa la couleur bleue de ses fleurs à une vision cristalline telle qu’elle peut l’être lors d’un ciel sans nuée : « Le bleuet qui représente avec son cœur sombre un œil bleu avec une pupille noire, est excellent pour la vue » (1).
Cazin écrivait qu’autrefois « on employait le bleuet contre une foule de maladies plus ou moins graves » (2), mais devant la faiblesse des données écrites à ce sujet, l’on peut en déduire que le bleuet était surtout un simple de la médecine populaire des empiriques, comme semble le suggérer l’auteur qui signe Botan : « Quelques rebouteux avisés s’en servent dans l’inflammation des reins et dans le rhumatisme et la goutte » (3). On rencontre aussi quelque incursion du bleuet chez les apothicaires qui proposaient, au XVII ème siècle, une eau de bleuet, dite « eau de casse-lunettes », sédative et fortifiante des yeux. On l’obtenait « en faisant macérer des fleurs pilées dans de la rosée ou de la neige fondue, que l’on distillait ensuite à la douce chaleur du bain-marie » (4).

Originaire du Proche-Orient, le bleuet s’est répandu en Europe car il a accompagné les céréales sur les chemins que l’homme leur a fait emprunter. Associé au coquelicot des champs de blé, le bleuet est une espèce végétale annuelle à germination hivernale qui répond encore aux doux noms de « mauvaise herbe » et d’adventice. Mais il est bien plus que cela, c’est aussi une messicole, un terme construit sur le latin messio, « moisson ». Après un usage massif et continu d’herbicides par l’agriculture intensive moderne, le bleuet a bien failli disparaître. Malgré cela, il reste relativement fréquent (je dis bien : relativement) dans les zones tempérées de l’hémisphère nord où il affectionne les terres incultes, les prés rocailleux, les cultures de céréales, bien sûr, de préférence sur sol acide et jusqu’à une altitude maximale de 1700 m. La survie du bleuet lui a été possible de par l’énorme quantité de graines qu’un seul pied est capable de produire : environ 300000 ! Il s’agit de petits akènes surmontés de petites arêtes, issus d’une floraison qui s’étend généralement entre le mois de mai et celui de septembre. Tubuleuse au début, la fleur de bleuet est alors violacée, rarement blanchâtre ou rosâtre. Puis, lors de l’éclosion, elle prend sa caractéristique couleur bleue et forme un capitule dont le diamètre varie de 15 à 25 mm. Léger et aérien, le bleuet est une plante assez ramifiée, aux longues feuilles très étroites, de couleur gris vert, duveteuses et dont l’odeur est désagréable quand elles sont froissées.

Les graines du bleuet des champs. Ne dirait-on pas de petits blaireaux à barbe ? :)

Les graines du bleuet des champs. Ne dirait-on pas de petits blaireaux à barbe ? :)

Le bleuet des champs en phytothérapie

On a toujours accordé la primauté aux fleurs du bleuet, ses feuilles et ses graines ayant été, au cours de son histoire thérapeutique, relégué au rang d’usages anecdotiques. La cyanine, c’est-à-dire le pigment qui donne sa belle couleur aux pétales du bleuet, peut-elle à elle seule justifier le fait qu’on ait occulté bien d’autres substances contenues, pour certaines d’entre elles, dans d’autres parties de cette plante ? Ne considérer du bleuet uniquement ses pétales d’un bleu azur explique-t-il qu’un personnage comme Cazin a dit de lui qu’il était presque inerte ? Il accorde à cette plante moins de dix lignes, c’est tout dire ! Pourtant, le bleuet n’est pas réductible qu’à un seul pigment végétal, puisqu’il recèle dans ses tissus du tanin, un principe amer du nom de centaurine (ou cnicine), du mucilage, des flavonoïdes, des composés acétyléniques, des anthocyanosides, mais ce sont surtout de grandes proportions de sels minéraux et d’oligo-éléments qui sautent aux yeux : 50 % de potassium, 9 % d’acide phosphorique, 6 % de magnésium et une quantité non négligeable de manganèse. « Il est vraisemblable qu’elle n’est pas si ‘inerte’ qu’on l’a prétendue », souffle Fournier dans les années 1940 (5). Et j’accorde à rejoindre l’avis du chanoine, en prenant uniquement compte du potassium et du manganèse que nous venons de citer. Le potassium, cardiotonique, est également un tonique musculaire dont l’implication dans le péristaltisme intestinal ne fait plus aucun doute. Il intervient aussi dans la régulation des glandes surrénales. Quant au magnésium, dont l’administration « renforce l’action des autres médications » (6), non seulement il favorise les fonctions hépatiques et rénales, mais il contribue également à la fixation des minéraux, du fer, des vitamines, etc. dans l’organisme. Toutes ces propriétés sont très loin d’être anodines, n’est-ce pas ? Ceci explique sans doute pourquoi, à l’exposé de ces quelques faits, le bleuet n’est pas que l’anti-inflammatoire oculaire qu’on le croit être toujours, bien qu’il me soit arrivé, à la lecture de certains ouvrages récents, de constater qu’on lui reniait même cette propriété ophtalmique qui a fait sa gloire !

Propriétés thérapeutiques

  • Anti-ophtalmique, anti-inflammatoire, décongestionnant oculaire
  • Diurétique léger, dépuratif
  • Digestif, laxatif léger (graines), cholagogue léger, renforce l’activité hépatique
  • Adoucissant cutané, astringent léger (resserre les pores des peaux grasses), tonique du cuir chevelu, rafraîchissant (épidermes sensibles), résolutif
  • Tonique, renforce la résistance aux infections
  • Fébrifuge
  • Antirhumatismal
  • Pectoral léger

Usages thérapeutiques

  • Troubles oculaires : conjonctivite, blépharite, inflammation et gonflement des paupières, orgelet, yeux fatigués, poches, cernes
  • Troubles bucco-dentaires : aphte, gingivite
  • Troubles cutanés : couperose, écorchure, ulcération, pellicules
  • Troubles locomoteurs : rhumatisme, arthrose
  • Troubles de la sphère hépatique : ictère, atonie hépatique
  • Troubles de la sphère respiratoire : toux, affections bronchiques
  • Digestion difficile
  • Ascite, hydropisie
  • Fièvre
  • Atonie rénale
  • Sénilité

Si l’on considère les précieux pouvoirs que procurent potassium et manganèse, on verra que n’apparaissent pas dans cette liste bon nombre d’affections qui en sont justiciables. Ce qui est fort dommage, j’en conviens. Mais la rigueur, sinon la prudence, est de mise. En tous les cas, il est permis d’affirmer que le bleuet a quitté le champ médical aussi promptement que celui de céréales…

Modes d’emploi

Certains auteurs conseillent de ne se livrer, avec le bleuet, qu’à un strict usage externe. Pensez donc, cette plante qui, d’aucuns disent, frôle l’inertie la plus totale, ne saurait faire de mal à une mouche si jamais elle était employée en interne, non ? Or, elle n’est pas si inactive que ça et il est tout à fait possible d’en faire un usage par voie orale.

  • Infusion et décoction (pétales ou plante entière) : pour absorption, lavage, bain de bouche, bain d’œil.
  • Macération : dans la bière, (si, si : on utilise l’excipient qu’on a sous la main ; ainsi faisait-on dans le nord de la France où, à une époque, l’activité vinicole était inconnue), dans le vin. J’ajoute qu’il est même possible de procéder à une macération dans l’huile (grasse ou sèche selon les besoins) et dans le vinaigre.
  • Alcoolature : en faisant macérer des pétales de bleuet dans de l’alcool, ne vous attendez pas à voir surgir la grande bleue de la bouteille : le pigment colorant – cette fameuse cyanine – est insoluble dans l’alcool. Cela ne ressemblera donc jamais à du curaçao, ah, ah ! En revanche, la cyanine est parfaitement soluble dans l’eau et s’altère très rapidement une fois que les pétales secs sont mal conditionnés. Je crois que le bleuet est photophobe.
  • Bon, sachons qu’il est aussi possible de faire macérer le bleuet dans l’eau. Voici une recette d’eau de beauté que j’ai découverte dans La pharmacie du bon dieu de Fabrice Bardeau
    – Fleurs de bleuet : 10 g
    – Pétales de rose : 10 g
    – Pétales de coquelicot : 5 g
    – Fleurs de bouton d’or : 5 g
    – Chélidoine : 5 g
    Monsieur Bardeau préconisait de faire macérer tout cela pendant quarante-huit heures à douce chaleur dans un litre d’eau de pluie (ça se trouve, mais dans quel état ?…) ou de rosée (amusez-vous bien !). Alors, comment faire ? La plupart des eaux d’adduction en France, quoi qu’on en dise, sont loin d’être propres (c’est le cas de le dire !) à la consommation courante, alors pour la confection d’un remède !… Et puis quoi ? L’eau avec laquelle je me lave les mains devrait-elle être de moins bonne qualité que celle que je destine à mes tisanes ? Mais avec toutes ces pollutions, celle de l’air, celle de l’eau, celle de la terre (merci beaucoup les herbicides débiles qui ont bouté hors des champs l’aimable bleuet et avec lui le coquelicot, lesquels forment avec le champ de blé doré au soleil, l’emblème de la France !) Je m’égare, et pas qu’un peu. Quoi que… Il est inadmissible de ne plus pouvoir compter sur l’intégrité des matières premières qu’une pratique classique de la phytothérapie suggère. « Mon eau d’adduction est nulle ! ». Je sais, la mienne aussi. Et chère, et alcaline, et calcaire, et dure, et elle pue le chlore et d’autres choses encore. Et l’eau en bouteille ? Ah oui, cela permet d’amener à nous une eau de bien meilleure qualité, au pH idéal, à la minéralisation la plus minime qui soit (faut bien choisir). Mais, il y a ce plastique, ce PET entre autres, dont les solvants migrent dans l’eau elle-même. Ah non, notre bonne eau n’est plus tellement bonne après un tel traitement. Je m’égare ? Je ne crois pas. Il était bien plus facile de « faire » de la phytothérapie au temps d’Hildegarde qu’aujourd’hui. Aujourd’hui, il y a toujours un truc qui cloche, et qui peut donner une impression d’approximation. C’est violence. Et cette violence, imaginez-vous un peu qu’elle a été le quotidien de notre humble bleuet dont il faudrait se demander pourquoi il aime tant folâtrer au beau milieu des champs de blé ou autres céréales avant de l’en chasser. Maintenant, je dois bien avouer que la recette donnée par Bardeau, il n’est pas forcément aisé de la réaliser, tant le bleuet accuse le coup de la raréfaction. Je crois que ça fait bien plus de 20 ans que je n’ai pas croisé la route d’un de ses représentants.
  • Ensuite, nous avons la non moins célèbre eau florale de bleuet, vendue sous bouteille en verre, d’un bleu aussi profond que celui qui contenait l’éther autrefois. Quoique je tique sur cette dénomination d’eau florale en général, comme si toutes ces eaux étaient florales. Non, c’est un terme impropre, appelons un chat un chat et parlons d’hydrolat. Mais qui dit hydrolat suppose huile essentielle, n’est-ce pas ? Nous connaissons divers hydrolats : tilleul, cassis, rose de Damas, fleur d’oranger, lavande fine, etc. Toutes ces plantes produisent, lors de la distillation en alambic, un hydrolat et une huile essentielle. Mais qu’en est-il du bleuet ? Cette humble fleurette contient-elle dans ses tissus une infime fraction aromatique qui échapperait au vulgaire ? Rare, très chère, destinée à d’autres sphères que la phyto-aromathérapie, l’huile essentielle de bleuet… Stop ! Existe-t-elle seulement ? A cette question, je n’ai aucune réponse quand bien même je puis affirmer que lorsqu’on ouvre un flacon d’hydrolat de bleuet, ça « sent » quelque chose. Il y a donc forcément des molécules aromatiques à l’intérieur. Huile essentielle ? Là, j’avoue que je botte en touche et ajoute cela à ma déjà longue liste de frustrations. Pourtant, certains disent que le bleuet contient bien une petite proportion d’essence aromatique…

Autres informations

  • Plante tinctoriale : le pigment bleu des fleurs de bleuet est utilisé pour colorer encres, peintures, cosmétiques et médicaments. Et pourquoi pas le ciel quand il est trop pâlot ?
  • Récolte : en ce qui concerne les pétales, au fur et à mesure de vos besoins, à condition d’avoir un gisement à proximité. Selon les régions, cela va de mai (bien précoce tout de même) à août. Les mois estivaux sont préférables. Vous pouvez cueillir la plante entière en la coupant juste au-dessus du sol, puis séparer les capitules des tiges, après quoi vous ferez sécher chaque partie de part et d’autre. A moins d’utiliser l’une ou l’autre (ou inversement) à l’état frais.
  • Autres espèces : il existe un bleuet montagnard, C. montana, particulièrement robuste, ce qui est tout à fait normal, compte tenu des altitudes auxquelles il pousse. Par ailleurs, il existe moult cultivars du bleuet des champs : fleurs simples, doubles, triples, diversement nuancées de bleu ; d’autres sont roses, blanches, etc. Ces variétés horticoles n’ont aucune commune mesure avec les propriétés thérapeutiques du bleuet que, après l’avoir banni des champs, l’on a invité au jardin. L’homme, espèce très souvent imprévisible et étrange, fait grandir le beau et minimise le bon. Allez comprendre…
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    1. Anne Osmont, Plantes médicinales et magiques, p. 81
    2. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 188
    3. Botan, Dictionnaire des plantes médicinales les plus actives et les plus usuelles et de leurs applications thérapeutiques, pp. 38-39
    4. Fabrice Bardeau, La pharmacie du bon dieu, p. 60
    5. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 228
    6. Jean Valnet, Se soigner avec les légumes, les fruits et les céréales, p. 133

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Centaurea cyanus

Le serpolet (Thymus serpyllum)

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Synonymes : thym sauvage, thym bâtard, thym rouge, thym serpolet, serpoule, poleur, pouilleux, poujeu, poulliot, pouliet, poliet, piolet, pilolet, fringueulette, bouquet, sent-il bon…

J’ignore quel avis vous portez sur la question que je me pose, mais à considérer le surnom de « thym bâtard » attribué au serpolet, j’ai comme la nette sensation qu’on n’a pas voulu hausser le serpolet au niveau du rang magistral occupé par le thym depuis des siècles. Or, il est tout à fait exact que le « déni » dont est victime cette attachante petite plante gazonnante s’exprime à travers au moins deux évidences : on trouve beaucoup plus fréquemment du thym dans les pots à condiments des cuisines que du serpolet ; et, d’aventure, si vous souhaitez acquérir du serpolet à l’état de feuilles sèches en sachet kraft, vous constaterez que les commerces spécialisés, qu’ils soient en dur ou en ligne, proposent presque toujours du thym mais jamais de serpolet, ou si rarement. Et c’est encore plus manifeste au sujet de son huile essentielle. Cette invisibilité relative ne doit pas chercher à nous faire comprendre que le serpolet a été répudié de la matière médicale, mais, parfois, une autre plante prend toute la place et n’en laisse que peu à ses cousines, à l’image du thym avec le serpolet. Aussi, attachons-nous à réhabiliter le serpolet !

Le serpolet n’est pas un sous-fifre du thym. Durant l’Antiquité, on savait très bien différencier ces deux plantes. Ainsi faisait-on du temps de Dioscoride et, bien plus tôt encore, de Théophraste. Même Pline est d’accord, c’est pour dire ! Bien sûr, selon les localités, il n’est pas certain qu’il s’agisse exactement de Thymus serpyllum. Fournier indique qu’il est très rare en Grèce alors que d’autres serpolets n’y manquent pas. Dioscoride et Théophraste distinguaient des formes sauvages et d’autres cultivées localement, et même des espèces importées : « la transplantation de végétaux sauvages dans les jardins et les essais d’acclimatation d’espèces exotiques étaient déjà pratiqués à l’époque. Selon Théophraste, on allait chercher un serpolet sauvage (herpullos) de l’Hymette [nda : massif montagneux au sud-est d’Athènes] pour le planter à Athènes » (1). Herpullos (ou herpillos) est un mot grec provenant du verbe herpeïn, qui veut dire « ramper » ; il donnera le latin serpyllum (qui, je le précise, n’a aucun rapport avec la serpillière qui est, elle aussi, une autre chose qui rampe ^^). Quant à thymus, du grec thymos, c’est la manière dont on appelait diverses petites Lamiacées (thyms, sarriettes…) durant l’Antiquité. Selon Fournier, ce mot proviendrait de l’égyptien Tham, « nom d’espèces voisines employées dans les embaumements » (2), ce qui reflète, bien évidemment, un rôle sacré que l’on entrevoit aussi dans le fait que thymos renvoie à la fumée, à l’esprit, sachant que ces plantes étaient brûlées par fumigation sèche…
Dioscoride fait du serpolet un fidèle portrait, ce qui est fort heureux puisque ses écrits prévaudront jusqu’au début de la Renaissance : il le dit emménagogue, diurétique, antispasmodique et efficace comme remède contre les animaux venimeux, une chose bien intéressante si l’on en croit Macer Floridus qui, au XI ème siècle, écrit que « les moissonneurs ont soin d’en mêler à leurs aliments, afin de pouvoir s’endormir sans crainte des insectes nuisibles » (3). D’ailleurs, ce dernier précise que le serpolet – Serpillum – porte son nom du verbe serpare, qui veut dire… ramper. Or quelle autre espèce est également rampante et partage la même étymologie (non, non, pas la serpillière ^
^ ) ? Nulle autre que le serpent !, « du latin serpens, participe passé du verbe serpere (« ramper, se traîner par terre ») (4). Cette analogie entre serpent et serpolet peut-elle expliquer que le second est réputé lutter contre le venin du premier ? Mais souvenons-nous que Thymos s’applique à plusieurs plantes différentes. S’agit-il alors d’une sarriette antitoxique, d’un dictame antivenimeux ? Difficile à assurer avec certitude. Quoi qu’il en soit, le Serpillum de Macer Floridus, chaud et sec, diurétique et emménagogue, intervient en cas de colique et d’hémoptysie, de douleurs de la rate et du foie, enfin lorsque de violentes douleurs céphaliques se font sentir, une attribution qui ne quittera plus le serpolet. De son côté, Hildegarde recommande le Quenula (serpolet se dit Quendel en allemand aujourd’hui) sur les démangeaisons cutanées, y compris celles occasionnées par la gale. Elle en fait aussi un remède de l’asthénie psychique et intellectuelle.

Au XVII ème siècle, on s’évertue à compléter le portrait thérapeutique du serpolet. Le Danois Simon Paulli l’érige au rang de dépuratif contre l’érysipèle, une inflammation cutanée liée à une infection par streptocoque, ce qui permet de souligner les pouvoirs anti-infectieux du serpolet. C’est, d’ailleurs, ce que réaffirmera Cazin deux siècles après Paulli : le serpolet « convient dans tous les cas où il y a relâchement, débilité, nécessité de solliciter l’action de la peau » (5). L’Anglais Nicholas Culpeper conseille l’emploi du serpolet en cas de toux, de vomissements et d’hémorragies internes. Il propose aussi un vinaigre médicinal qui n’est autre qu’une macération acétique de serpolet, qui plus est bête comme chou dans sa réalisation : dans un pot en verre muni d’un couvercle, on entrepose des sommités fleuries et fraîches, on couvre de vinaigre, on ferme et on expose au soleil pendant quarante jours. Culpeper le réservait aux maux de tête, ce qui est tout à fait valable, sachant l’action rafraîchissante et décongestionnante du vinaigre, alliée à l’essence de serpolet qui est l’un des spécifiques des maux de tête et autres migraines. Un siècle plus tard, le Suédois Linné n’en dit pas moins. Il ira même jusqu’à préciser que le serpolet aurait la capacité de dissiper l’ivresse et les maux de tête subséquents.

Le serpolet est, parmi les Lamiacées, l’un des plus petits représentants. Mais ce qu’il n’offre pas dans la hauteur, il le concède dans la largeur, poussant en colonies tapissantes s’étendant parfois sur des m², d’autant que le serpolet, par télétoxie, conquiert du terrain en éradiquant les autres plantes susceptibles de lui faire de l’ombre, ce qui ne serait pas difficile, ce bout d’chou faisait office de rase-moquette. D’ailleurs, il est rare qu’on puisse planter quoi que ce soit sur un terrain ayant auparavant porté du serpolet. Il est comme Attila, là où il passe, l’herbe ne repousse pas, ça en dit long sur son caractère guerrier. Mais il fait mieux encore : possédant des racines traçantes, il est aussi doté de tiges gazonnantes, couchées, radicantes et donc enracinées de loin en loin, comme des stolons. A lui les grands espaces, ce qui est d’autant plus aisé que l’espèce est vivace.
Comme de nombreuses autres Lamiacées, le serpolet possède des tiges à section quadrangulaire, portant une multitude de petites feuilles ovales, coriaces, parsemées de glandes à essence aromatique. Chaque tige se voit ornée d’une tête globuleuse de petites fleurs violacées, roses ou violet pâle dont les étamines dépassent la corolle. Tout ceci ne rend pas exactement compte de ce que sont les serpolets dans la nature, présentant des caractères beaucoup plus vastes. Ainsi, n’étant pas botaniste, je laisse parler quelqu’un qui l’était : « cette plante, commune partout, se présente à y regarder de plus près, sous les formes les plus diverses, à tiges arrondies ou quadrangulaires, avec ou sans stolons, diversement velues, à feuilles étroites, ovales, oblongues ou arrondies, glabres ou plus ou moins velues, à fleurs roses, mauves ou violacées, en têtes ovoïdes ou cylindracées » (6). Oui, bon, navré des redondances, mais il le fallait, afin de montrer le caractère polymorphe du serpolet. Contrairement au thym qui préfère les stations assez méridionales, le serpolet est présent beaucoup plus haut en latitude (et en altitude aussi : il peut grimper jusqu’à 2000 m). J’en ai rencontré dans le département du Rhône, dans celui de l’Ain, etc. Cependant, il nécessite des sols légers et drainés. Les pattes dans l’eau, tout comme le thym, ça n’est pas pour lui. De même, les terrains de pousse se doivent d’être calcaires et surtout pas acides. C’est ainsi qu’on rencontre le serpolet en des lieux plutôt arides, des prés secs, des pâturages (à tendance « pelouse rase »), des friches, des clairières, des talus, en bordure de chemin, sur les plateaux rocailleux, parfois même dans les éboulis.
La floraison du serpolet, printanière et estivale, fait la joie des abeilles.

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Le serpolet en phyto-aromathérapie

Du serpolet, on utilise la plante entière à l’exclusion des racines. Cette plante contient du tanin (5 %), un principe amer, des flavonoïdes, des acides (malique, caféique), des matières grasses, de la résine, des sels minéraux et oligo-éléments (potassium, calcium, manganèse) et enfin, après hydrodistillation, une huile essentielle au faible rendement (0,15 à 0,6 %), incolore à jaune pâle, aux parfums variés, herbacés, épicés, proches du thym ou, au contraire, de la mélisse. Mais déjà, avant même distillation, « la plante dégage une odeur variable et plus ou moins agréable, allant du parfum très frais de citron ou d’eau de Cologne, à la fois suave et puissant, à l’odeur de beurre rance, pas très engageante, en passant par celle de l’origan ou du champignon » (7) ; cela tient au fait d’une diversité biochimique complexe et changeante. Ainsi, des disparités moléculaires formeront différentes fragrances. Voici un exemple de chémotype :

  • Phénols (dont thymol et carvacrol) : 30 %
  • Monoterpènes (dont paracymène, alpha-pinène et gamma-terpinène) : 40 %
  • Monoterpénols (dont linalol, géraniol, bornéol, alpha-terpinéol et terpinène-1-0l-4) : 20 %
  • Esters (dont acétate de géranyle) : 3 %

Propriétés thérapeutiques

  • Tonique général, stimulant, excitant, neurotonique, musculotrope, positivant
  • Anti-infectieux (antibactérien, antifongique, antiviral), antiparasitaire
  • Relève les fonctions digestives (atoniques, nerveux), apéritif, digestif, antiseptique intestinal, stomachique, carminatif
  • Antiseptique urinaire, diurétique léger
  • Fluidifiant des sécrétions bronchiques, expectorant
  • Antispasmodique, anti-inflammatoire, antalgique
  • Emménagogue
  • Astringent

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : dyspepsie, gastralgie, flatulences, indigestion, crampe d’estomac, ballonnement, entérocolite, parasites intestinaux (ascarides, oxyures), météorisme, colique
  • Troubles de la sphère pulmonaire et ORL : coqueluche, toux grasse, toux spasmodique, catarrhe pulmonaire chronique, asthme humide, bronchite, laryngite, rhume, hémoptysie, rhinite, sinusite
  • Troubles gynécologiques : aménorrhée par atonie, anémie des jeunes filles pubères, pertes blanches, hémorragie utérine, douleur utérine, règles douloureuses, inflammation du mamelon
  • Affections cutanées : irritation et inflammation cutanée, plaie infectée, mycose, panaris, ulcère, gale, contusion, ecchymose
  • Troubles locomoteurs : douleur rhumatismale, arthrose, goutte, douleur sciatique et névralgique, arthrite, foulure, gonflement articulaire (dans lequel « se trouve hâtée la dissolution et la résorption des dépôts morbides grâce à l’action de l’essence sur la circulation », 8)
  • Faiblesse et fatigue générales, apathie, asthénie physique et nerveuse, épuisement nerveux
  • Maux de tête, migraine
  • Cystite
  • Hémorragie nasale
  • Gingivite
  • Grippe

Chez le bébé et l’enfant, le serpolet en phytothérapie peut s’avérer d’un précieux secours : parasitose intestinale, constipation, spasmes œsophagiens et intestinaux, agitation nerveuse, insomnie, contractions de la prédentition, inflammation oculaire.

Modes d’emploi

  • Infusion et infusion concentrée de sommités fleuries (la première est dite « thé des bergères »)
  • Décoction de sommités fleuries
  • Macération (vinaigre, huile, alcool)
  • Teinture-mère
  • Poudre de sommités fleuries sèches
  • Huile essentielle (en interne, en massage)

Contre-indications, précautions d’emploi, autres informations

  • Dermocausticité : elle concerne uniquement l’huile essentielle, et encore seulement celle dont une importante proportion de phénols conseille la prudence. Employée pure, une telle huile provoque rougeurs et sensation de brûlure sur la peau et les muqueuses. Il faut donc impérativement la diluer dans une huile végétale avant application cutanée.
  • Récolte : elle aura lieu dans des stations sèches et ensoleillées. En effet, ce type d’exposition renforce le parfum du serpolet. On peut cueillir le serpolet en début de floraison, quand les corolles sont encore sous forme de boutons floraux.
  • Usage condimentaire : le serpolet est très proche du thym, comme ce dernier, on en fait un usage condimentaire. On utilise ses feuilles pour assaisonner des plats de salades ou de crudités, mais aussi dans des plats de viandes et gibiers. Il se marie bien avec un fromage blanc additionné d’un filet d’huile d’olive. Enfin, il conclue à merveille un repas trop copieux sous forme d’infusion. Il est parfois utilisé en liquoristerie.
  • Usage vétérinaire : « répandu en litière dans les poulaillers, il délivrerait les volailles de leurs parasites » (9).
  • Autres espèces : le thym serpolet couché (T. praecox), le thym sylvestre (T. sylvestris). Il existe aussi des variétés de Thymus serpyllum : var. citriodorus, aux feuilles sentant le citron (présence de citrals et de citronnellal), var. aureus, aux feuilles qui pâlissent si faiblit l’ensoleillement, etc.
    ________________
    1. Guy Ducourthial, Flore magique et astrologique de l’Antiquité, p. 57
    2. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 929
    3. Macer Floridus, De viribus herbarum, p. 133
    4. Wiktionnaire
    5. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 908
    6. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 929
    7. Petit Larousse des plantes médicinales, p. 196
    8. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 930
    9. Ibidem, p. 931

© Books of Dante – 2017

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Aromathérapie, problèmes cardiovasculaires et circulatoires

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Quand on jette un œil sur la cartographie moléculaire, on se rend compte qu’aucune des grandes familles de molécules aromatiques ne détient à elle seule le pouvoir d’intervenir sur le domaine qui nous occupe aujourd’hui. Les troubles cardiovasculaires et circulatoires ne sont donc la chasse-gardée d’aucune famille exclusive. Voyons. Les phénols et les monoterpénols sont hypertenseurs, alors qu’il revient aux acides et aux aldéhydes une propriété hypotensive. Les vertus décongestionnantes veineuses et lymphatiques sont accordables tant aux sesquiterpènes qu’aux sesquiterpénols, de même, aldéhydes et coumarines sont également vasodilatatrices, etc.

Cet article va donc se concentrer sur les propriétés principales offertes par les huiles essentielles sur un certain nombre d’affections cardiovasculaires et circulatoires les plus courantes. Nous les listerons une à une, en les définissant et en annexant à chacune les huiles essentielles correspondantes.

I. Les propriétés

Cardiotonique (qui soutient le cœur et en augmente la force de contraction) : fenouil, inule, lavande aspic, lavande fine, lavandin super, marjolaine sylvestre, menthe poivrée, menthe sylvestre, palmarosa, romarin officinal à camphre, santal blanc, thym vulgaire à géraniol

Coronodilatatrice (qui permet la dilatation des artères coronaires) : hélichryse angustifolium, hélichryse d’Italie, khella, laurier noble

Décongestionnante et tonique artérielle (qui permet d’abaisser la congestion au sein des artères et d’y améliorer la circulation) : cèdre de l’Atlas, hélichryse angustifolium, hélichryse d’Italie, lemongrass, petit grain bigarade, romarin officinal à 1.8 cinéole, sauge officinale, vétiver

Décongestionnante et tonique lymphatique (qui permet d’abaisser la congestion au sein du système lymphatique et d’y améliorer la circulation) : amyris, arbre à thé, bois de rose, cèdre de l’Atlas, cèdre de Virginie, citron, cyprès eucalyptus phellandra, eucalyptus smithii, famonty, gaïac, gingembre, issa, lentisque, myrte rouge, myrte vert, néroli, niaouli, orange douce, palmarosa, palo santo, patchouli, pin de Patagonie, pin sylvestre, santal blanc, santal jaune, tanaisie annuelle

Décongestionnante et tonique veineuse (qui permet d’abaisser la congestion au sein du système veineux et d’y améliorer la circulation) : amyris, arbre à thé, cajeput, cèdre de l’Atlas, cèdre de Virginie, céleri, citron, cyprès, eucalyptus phellandra, eucalyptus smithii, famonty, issa, gaïac, genévrier commun, gingembre, lentisque, myrte rouge, myrte vert, nard, néroli, niaouli, palo santo, patchouli, pin de Patagonie, romarin officinal à camphre, romarin officinal à 1.8 cinéole, santal blanc, sauge officinale, tanaisie annuelle, vétiver

Fluidifiante sanguine (qui permet de corriger l’hyperviscosité sanguine dont les causes sont multiples) : ail, aneth, cannelle de Ceylan « écorce », cannelle de Chine « écorce », citron, citron vert, gaïac, hélichryse angustifolium, khella

Hypertensive (qui permet d’augmenter la pression sanguine dans les artères) : carotte, menthe des champs, menthe poivrée, nard, pin sylvestre, sarriette des montagnes

Hypocholestérolémiante (apte à faire baisser le taux de cholestérol sanguin) : aneth, hélichryse d’Italie, pamplemousse, romarin officinal à camphre, sauge officinale, sauge sclarée

Hypotensive (qui permet d’abaisser la pression sanguine dans les artères) : ail, bouleau jaune, eucalyptus citronné, gaulthérie couchée, gaulthérie odorante, inule, lavande fine, marjolaine à coquilles, mélisse, myrte vert, nard, néroli, romarin officinal à camphre, tanaisie annuelle, verge d’or, verveine citronnée, ylang-ylang

Phlébotonique : synonyme de tonique veineuse.

Protectrice capillaire (propriété que possède une substance de protéger les capillaires sanguins d’une trop grande fragilité de leur paroi) : citron, citron vert, cyprès, famonty, gingembre, hélichryse d’Italie, issa, menthe poivrée

Vasoconstrictrice (se dit d’une substance capable de réduire le diamètre des vaisseaux sanguins) : baie rose, céleri, cyprès, genévrier commun, menthe des champs, menthe poivrée, pruche

Vasodilatatrice (se dit d’une substance capable d’augmenter le diamètre des vaisseaux sanguins) : ail, copahier, gaulthérie couchée, gaulthérie odorante, hélichryse angustifolium, hélichryse d’Italie, laurier noble, lavande fine, marjolaine à coquilles, vétiver

II. Les affections

Artériosclérose (il s’agit d’un durcissement et d’un épaississement des artères) : ail, carotte, cèdre de l’Atlas, céleri, citron, gaulthérie couchée, genévrier commun, hélichryse d’Italie, khella, laurier noble, oignon, romarin officinal à verbénone

Artérite (inflammation de la paroi des artères) : céleri, ciste, hélichryse angustifolium, hélichryse d’Italie, lavande fin, sauge officinale, verge d’or

Arythmie cardiaque (battements cardiaques irréguliers) : camomille romaine, fenouil, houblon, marjolaine à coquilles, mélisse, nard, petit grain bigarade, santal jaune, ylang-ylang

Cholestérol (précurseur de l’artériosclérose, le cholestérol en excès est néfaste à la bonne circulation artérielle) : ail, aneth, carotte, céleri, citron, hélichryse d’Italie, lédon du Groenland, oignon, pamplemousse, romarin officinal à camphre, romarin officinal à verbénone, sauge sclarée, thym vulgaire à thymol

Coronarite (inflammation des artères coronaires) : eucalyptus citronné, gaulthérie couchée, gaulthérie odorante, verveine citronnée, vétiver

Couperose (dilatation des petits vaisseaux, en particulier sur nez et pommettes) : bergamote, camomille romaine, carotte, ciste, cyprès, géranium, hélichryse angustifolium, hélichryse d’Italie, lavande fine, menthe poivrée, néroli, romarin officinal à verbénone, rose de Damas, santal blanc, sauge officinale

Endocardite (inflammation de la structure et de l’enveloppe interne du cœur) : verge d’or

Extrasystole (contraction prématurée du myocarde) : inule, lavande fine, lavandin super, mandarine, marjolaine à coquilles, romarin officinal à verbénone, santal jaune, verveine citronnée, ylang-ylang

Fragilité capillaire (diminution de la résistance des parois des capillaires sanguins) : cèdre de l’Atlas, citron, cyprès, famonty, hélichryse angustifolium, hélichryse d’Italie, lavande fine, niaouli

Hémorroïde (varice résultant d’une dilatation d’une veine rectale ou anale) : amyris, arbre à thé, bergamote, cajeput, cèdre de Virginie, céleri, ciste, cyprès, gaulthérie couchée, genévrier commun, genévrier des montagnes, géranium, hélichryse d’Italie, lavande stoechade, lavandin abrial, lentisque, myrte rouge, myrte vert, nard, néroli, niaouli, palo santo, patchouli, pin de Patagonie, pruche, santal blanc, sauge officinale, sauge sclarée

Hypertension (tension artérielle au repos anormalement haute) : ail, basilic, carotte, citron, cyprès, eucalyptus citronné, gaulthérie couchée, géranium, inule, lavande fine, lavandin super, mandarine, marjolaine à coquilles, mélisse, myrte vert, néroli, petit grain bigarade, romarin officinal à camphre, rose de Damas, verge d’or, verveine citronnée, ylang-ylang

Hypotension (tension artérielle au repos anormalement basse) : bay saint-Thomas, clou de girofle, épinette noire, hysope officinale, lentisque, menthe verte, menthe poivrée, nard, pin sylvestre, romarin officinal à camphre, romarin officinal à verbénone, sapin argenté, sauge officinale

Insuffisance lymphatique (mauvaise qualité du retour circulatoire lymphatique) : carotte, cèdre de l’Atlas, cèdre de Virginie, cyprès, géranium, hélichryse d’Italie, lentisque, myrte vert, niaouli, palmarosa, patchouli, ravintsara

Insuffisance veineuse (mauvaise qualité du retour sanguin par les veines vers le cœur) : carotte, cèdre de l’Atlas, cèdre de virginie, cyprès, hélichryse d’Italie, lentisque, patchouli, santal blanc

Jambes lourdes (phénomène en relation avec une mauvaise circulation du sang) : arbre à thé, cannelle de Chine « écorce », cèdre de Virginie, céleri, citron, cyprès, eucalyptus citronné, géranium, hélichryse d’Italie, issa, lavande fine, lavandin abrial, laurier noble, lentisque, manuka, menthe poivrée, myrte vert, niaouli, patchouli, pin de Patagonie, ravintsara, romarin officinal à 1.8 cinéole, santal blanc, sauge officinale, sauge sclarée, vétiver

Palpitations (trouble du rythme cardiaque : battements plus rapides et/ou moins réguliers) : anis vert, basilic, camomille romaine, fenouil, lavande fine, lavandin abrial, lavandin super, mandarine, manuka, marjolaine à coquilles, mélisse, menthe bergamote, menthe poivrée, néroli, petit grain bigarade, rose de Damas, verveine citronnée, ylang-ylang

Péricardite (inflammation de la membrane enveloppant le cœur) : eucalyptus citronné, gaulthérie couchée, verge d’or

Phlébite (caillot sanguin à l’intérieur d’une veine) : carotte, citron, cyprès, eucalyptus citronné, gaulthérie couchée, hélichryse angustifolium, hélichryse d’Italie, lentisque, manuka, romarin officinal à camphre, romarin officinal à 1.8 cinéole, vétiver

Remarque : ces huiles essentielles ne concernent qu’un traitement préventif ou applicable en cas de séquelle de phlébite. Il est conseillé de ne pas appliquer d’huiles essentielles sur une phlébite encore présente.

Syndrome de Raynaud (trouble de la circulation aux extrémités : doigts, orteils, oreilles, nez…) : estragon, hélichryse angustifolium, hélichryse d’Italie, lentisque, mandarine, romarin officinal à camphre, thym vulgaire à thujanol

Tachycardie (rythme cardiaque plus élevé que la normale) : houblon, inule, lavande fine, marjolaine à coquilles, menthe bergamote, nard, néroli, petit grain bigarade, rose de Damas, santal jaune, verveine citronnée, ylang-ylang

Varice (dilatation permanente d’une veine généralement localisée sur les membres inférieurs) : amyris, arbre à thé, bergamote, cajeput, carotte, cèdre de l’Atlas, cèdre de Virginie, céleri, ciste, citron, cyprès, famonty, genévrier, géranium, gingembre, hélichryse angustifolium, hélichryse d’Italie, issa, lavandin abrial, lentisque, myrte rouge, myrte vert, nard, néroli, niaouli, palo santo, patchouli, pin de Patagonie, romarin officinal à camphre, romarin officinal à 1.8 cinéole, santal blanc, sauge officinale, sauge sclarée, tanaisie annuelle, vétiver

Pour finir, rappelons que l’emploi des huiles essentielles pour l’ensemble des pathologies concernées reste soumis aux précautions d’emploi et contre-indications propres à chacune. De plus, mentionnons qu’un traitement aromathérapeutique peut rester relativement inefficace lorsque ne sont pas pris en compte certains facteurs. Par exemple, artériosclérose, hémorroïdes et hypertension requièrent une alimentation végétarienne ; l’alcool et le tabac sont préjudiciables en cas d’artériosclérose, de palpitations et de couperose. De même, la sédentarité, tant de fois impliquée dans les affections que nous avons abordées, devrait laisser place à une activité physique régulière pratiquée au grand air. Ensuite, d’autres problématiques nécessitent du repos (hypertension), de se prémunir de la chaleur (varice, insuffisance veineuse), d’autres encore auront toutes les chances d’être résorbées si on accompagne un traitement à base d’huiles essentielles par un drainage hépatique (hémorroïde, varice, cholestérol, etc.).

© Books of Dante – 2016

Huile essentielle d’élémi (Canarium luzonicum)

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Le genre Canarium regroupe un ensemble d’arbres de la famille des Burséracées. Semper virens et à forte stature la plupart du temps, on en rencontre les différentes espèces tant en Afrique qu’en Asie. Parmi eux, il en est dont les fruits sont comestibles et participent à l’économie locale, tel l’élémier d’Afrique (Canarium schweinfurthii), également connu sous le nom vernaculaire d’élémi d’Ouganda. Or, nous, celui qui nous intéresse ici en aromathérapie, c’est l’élémi de Manille (Philippines), dont on trouve, contradictoirement, très peu d’informations dans la littérature spécialisée moderne. Pourtant, il n’en a pas été toujours ainsi, puisque la gomme oléorésine de l’élémi est connue de l’Europe depuis le XVI ème siècle, ayant fait l’objet d’une importation. Cette « resina elemnia », telle qu’on la nommait alors, entrait comme cicatrisante et vulnéraire dans de nombreuses compositions magistrales : le baume de Fioraventi, l’emplâtre diachylon, etc. Ils se destinaient à un usage externe et permettaient de guérir plaies, ulcères et blessures. Nous verrons, à la lecture de ce qui va suivre, que le choix de l’élémi de Manille comme ingrédient était tout à fait éclairé.

L’huile essentielle d’élémi en aromathérapie

La gomme oléorésine d’élémi se présente sous la forme d’une masse épaisse et blanchâtre, contenant des inclusions d’écorce et de bois. En séchant, elle prend alors une teinte jaune d’ambre d’aspect laiteux et perd son parfum balsamique. Très productif, le canarium offre une généreuse résine que l’on récolte après avoir incisé l’écorce de l’arbre. Puis, elle est soumise à une distillation à la vapeur d’eau permettant d’obtenir une huile essentielle liquide et limpide, incolore à jaune pâle, et dont le rendement, très élevé, se situe entre 15 et 30 %.

Que dire du parfum de cette huile essentielle sinon qu’il est frais, légèrement acidulé et épicé ? C’est un suave « mélange » de poivre noir, d’oliban et de citron. A ce titre, on remarque que les monoterpènes sont dominants dans cette huile essentielle, de même que dans les huiles essentielles des trois plantes sus-citées :

  • Monoterpènes (dont limonène, alpha-phellandrène, bêta-phellandrène, sabinène) : 70 %
  • Sesquiterpénols (dont élémol) : 10 %
  • Phénylpropènes (dont élémicine) : 5 %
  • Sesquiterpènes : 5 %

Propriétés thérapeutiques

  • Harmonisante du système nerveux central, tonifiante, immunostimulante, positivante
  • Digestive, anti-infectieuse intestinale
  • Décongestionnante veineuse et lymphatique, activatrice de la circulation collatérale
  • Anti-inflammatoire musculaire
  • Astringente, cicatrisante, anti-inflammatoire cutanée

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : dyspepsie, diarrhée, colite, entérocolite, crampes intestinales, amibiase, fermentation intestinale
  • Troubles locomoteurs : dystonie musculaire, gonarthrose, dos voûté, douleur cervicale, douleur à la nuque et aux trapèzes (cette huile essentielle « redresse la colonne vertébrale, corrige la posture, crée de l’espace entre vertèbres et viscères », Michel Faucon, Traité d’aromathérapie scientifique et médicale, p. 394)
  • Troubles de la sphère respiratoire : infections respiratoires, bronchite, toux
  • Affections cutanées : plaie, plaie atone, abcès, ulcère, ulcère variqueux, escarres, brûlure
  • Bourdonnements d’oreilles
  • Stress, nervosité, agitation, excitation, impulsivité

Modes d’emploi

  • Voie orale
  • Voie cutanée
  • Diffusion atmosphérique, olfaction, inhalation
  • Bain

Précautions d’usage

  • Hormis la dilution dans une huile végétale avant application cutanée, rien de fâcheux n’a été recensé en ce qui concerne l’huile essentielle d’élémi.

© Books of Dante – 2016

Huile essentielle de lentisque pistachier

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Du temps de l’Antiquité, le lentisque est connu de tous tout autour du bassin méditerranéen, en particulier la résine qui s’écoule parfois naturellement de cet arbre, comme c’est le cas en Turquie ou en Grèce (sur l’île de Chios, par exemple, le lentisque sécrète du mastic en larmes). En Égypte, on en distingue de trois types : le blanc, le noir et le rouge. C’est d’ailleurs dans l’une des plus fameuses recettes égyptiennes de l’Antiquité que l’on retrouve le lentisque parmi une foule d’ingrédients : le kyphi. Cet « encens » sous forme solide était brûlé par fumigation en guise d’offrande. Mais le lentisque pouvait aussi se rencontrer sous forme de pastille, mêlé à d’autres végétaux, comme la lavande et l’oliban, ou bien simplement sous sa forme brute, c’est-à-dire de résine obtenue en incisant l’écorce du lentisque, dont le nom latin lentiscus semble provenir du mot lentus, « mou », eu égard à la texture de cette résine avant qu’elle ne sèche à l’air libre, comme c’est aussi le cas de la myrrhe, de l’oliban, etc. Déjà mentionnée par Théophraste (qui distinguait un lentisque mâle et l’autre femelle, ce qui n’est pas le cas puisque l’espèce est dioïque), Dioscoride, Pline, Columelle, Scribonius Largus, etc., cette résine est connue des Romains sous le nom de mastixchia (autrement dit, mastic de Chios, en référence à l’île grecque où cet arbre pousse en abondance), alors que lentiscus désignait par ce nom les feuilles du pistachier (pistacia pour les Latins, pistakia pour les Grecs). Beaucoup utilisé par Alexandre de Tralles (originaire de Lydie), le mastic fut largement mis à contribution par la médecine arabe (Avicenne, Ibn el Baithar, etc.). A cette époque, autour de l’an mille, on l’utilisait de multiples manières, pour des affections tant internes qu’externes : angine, maladies pulmonaires, palpitations, hydropisie, hématurie, colique hépatique, troubles stomacaux, plaies… Mais, plus communément, on mâche le mastic depuis l’Antiquité pour conserver à la bouche une hygiène irréprochable et pour corriger l’acidité gastrique. Ainsi procédait-on encore au XIX ème siècle sur l’île de Chios. C’est pourquoi le lentisque est symbole de pureté et de virginité. Il n’y a donc rien d’étonnant que de retrouver le lentisque parmi les attributs d’Artémis et, avant elle, chez une divinité crétoise du nom de Britomartis (autrement dit : « la bonne vierge »), qu’Artémis a rapidement supplantée, sans pour autant que la mythologie grecque l’ait oubliée, puisqu’elle deviendra nymphe d’Artémis, connue sous le nom de Dictynna. Cela explique aussi pourquoi les vierges helléniques se paraient de lentisque.

Le lentisque est, à l’état sauvage, un arbuste de 1 à 3 m de hauteur, et il peut atteindre le double quand il est cultivé comme ornemental au jardin. Dans les deux cas, il est une espèce typique des sols secs et rocailleux, tels le maquis par exemple, une espèce que l’on peut rencontrer dans les coteaux et les collines au sud de la France, en Corse, au Maroc, en Grèce, en Turquie, en Bulgarie, etc. Les feuilles du lentisque sont composées de quatre à dix paires de folioles vert foncé, luisantes, allongées, non dentées et qui se teintent légèrement de pourpre l’hiver venu. Les fleurs, d’abord verdâtres, virent, elles aussi, vers une teinte plus rougeâtre avec le temps. Les fruits, gros comme des pois, plus ou moins rouges, parfois presque noirâtres, apparaissent en octobre et en novembre.
Notons qu’en France, le lentisque n’est pas le seul spécimen de Pistacia, puisqu’on dénombre le pistachier vrai (Pistacia vera), c’est-à-dire celui qui produit les gourmandes pistaches et le térébinthe (Pistacia terebinthus) qui, contrairement au lentisque, perd ses feuilles à la morte saison.

lentisque_fleurs

Le lentisque pistachier en aromathérapie

Lorsqu’on froisse une feuille de lentisque, celle-ci exhale un fort parfum : c’est elle qui contient l’essence aromatique. Ainsi distille-t-on à la vapeur d’eau les rameaux feuillés du lentisque pendant environ trois heures. Le rendement est très faible (0,15 à 0,25 %), ce qui explique la cherté de cette huile essentielle. De fluide à légèrement visqueuse, sa couleur passe du jaune pâle au brun verdâtre. Son parfum est, lui aussi, variable, évoquant une touche verte un peu amère et tannique, une odeur balsamique, poivrée, etc.
Dans tous les cas, ce sont les monoterpènes qui dominent la composition de cette huile essentielle. En effet, alpha-pinène, bêta-pinène, limonène, myrcène, camphène et sabinène représentent environ 75 % du totum. Pour compléter tout cela, quelques sesquiterpènes (6 %), monoterpénols (6 %) et esters (2 %).

Propriétés thérapeutiques

  • Positivante, tonique, stimulante
  • Décongestionnante veineuse, décongestionnante lymphatique, lymphotonique, drainante lymphatique, phlébotonique
  • Anti-œdémateuse, désinfiltrante, anticellulitique, décongestionnante tissulaire
  • Anti-inflammatoire
  • Décongestionnante respiratoire, expectorante
  • Antiseptique atmosphérique
  • Décongestionnante prostatique
  • Cicatrisante, antiseptique cutanée

Usages thérapeutiques

  • Troubles veineux et lymphatiques : insuffisance veineuse et lymphatique, mauvaise circulation veineuse et lymphatique, jambes lourdes, varice, ulcère variqueux, prévention des phlébites, phlébite superficielle, hémorroïdes, hématome
  • Troubles gynécologiques : règles douloureuses ou tardives, congestion du petit bassin, prévention des troubles liés à la ménopause
  • Troubles de la sphère respiratoire + ORL : bronchite, sinusite, otite, bourdonnement d’oreilles
  • Œdème, rétention d’eau, cellulite, épanchement de synovie
  • Prostatite, hypertrophie bénigne de la prostate
  • Engelure, ecchymose

Modes d’emploi

  • Voie externe
  • Olfaction
  • Diffusion atmosphérique

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Aux doses physiologiques correctes, l’huile essentielle de lentisque ne présente aucun inconvénient. Certains auteurs recommandent cependant d’en éviter l’usage durant les trois premiers mois de grossesse. A diluer dans une huile végétale avant application cutanée.
  • En synergie, l’huile essentielle de lentisque s’associe particulièrement bien à d’autres huiles essentielles à visée circulatoire : myrte vert, cyprès toujours vert, patchouli, ciste ladanifère, cèdre de l’Atlas, hélichryse d’Italie, etc. Toutes ces huiles essentielles ont été traitées sur le blog.
  • La résine du lentisque pistachier, le mastic donc, fait elle aussi l’objet d’une distillation à la vapeur d’eau, à l’image de la myrrhe, de l’oliban, etc. Le rendement est un peu plus élevé (2 à 3 %), mais cela reste un produit rare.
  • L’huile essentielle de lentisque ne doit pas faire oublier que d’autres parties du lentisque furent employées en phytothérapie. C’est le cas du bois, de l’écorce, des racines, des fruits, des feuilles et des galles. Tous plus ou moins astringents, ils soignaient les diarrhées, la dysenterie et la blennorragie. La décoction du bois permettait d’obtenir ce que l’on appelait « l’or potable », recommandé en cas de calculs et de douleurs goutteuses. Quant au mastic en lui-même, il joua le rôle de résine masticatoire (d’où son nom) afin de raffermir les gencives, d’entretenir l’hygiène bucco-dentaire et de parfumer l’haleine. Mais le mastic est aussi stomachique, astringent, hémostatique, sudorifique et expectorant. On l’utilise autant pour des affections pulmonaires (hémoptysie, catarrhe chronique), que pour les flux intestinaux, vaginaux et utérins. On lui trouve aussi quelque utilité en cas de rhumatisme et de goutte, sans oublier, bien sûr, les maux dentaires. En Occident, on s’est même servi de la résine de lentisque comme de mastic dentaire.
  • Les feuilles du lentisque contiennent un colorant jaune qui fut autrefois employé en teinturerie, en particulier dans la région lyonnaise.
  • Les fruits, comestibles, recèlent une huile destinée à divers usages : huile de table, éclairage, savonnerie, etc.
  • En Grèce, il existe une boisson alcoolisée du nom de mastika de Chios, liqueur anisée parfois encore additionnée de mastic. Ailleurs, il s’agit d’une mastika proche de l’ouzo et du raki, mais dont le mastic est absent.

© Pour le texte : Books of Dante. Pour les images : Pescalune photography – 2016

lentisque_fruits

Ache et céleri

L'ache

L’ache

Avant toute chose, et ce afin d’apporter davantage de clarté aux propos qui vont suivre, l’ache désigne la variété sauvage et le céleri la variété cultivée. Nous utiliserons chacun de ces deux noms à chaque fois que cela sera nécessaire, histoire d’éviter les confusions et de bien distinguer ces deux plantes pour lesquelles les noms vernaculaires sont parfois trompeurs ! (1)

Du temps des Anciens de l’Antiquité, première évidence : on ne parle pas de céleri, qui n’existe pas encore, mais seulement d’ache, connue des pharmacopées égyptienne, grecque, romaine et celte (laquelle dernière l’appelle « herbe puante »). Le nom actuel de la famille botanique à laquelle ache et céleri appartiennent fait directement référence à ces deux plantes : les Apiacées (qui a remplacé l’ex Ombellifères, on se demande bien pourquoi…). Selon Paul-Victor Fournier, Apium est le nom de différentes plantes recherchées des abeilles (Apis ; il est vrai que l’ache est parfois surnommée « herbe aux abeilles »). Mais le mot ache pourrait provenir du sanskrit apya qui signifie « qui croît dans les lieux humides », ce qui est bien le cas de l’ache, qu’on appelle, en grec et en latin, selinon, assez proche d’un autre terme sanskrit, sala, « eau ». Par ailleurs, selinon se retrouve dans l’actuel nom latin du persil, Petroselinum, et c’est sous cette forme qu’il apparaît dans Homère, où l’on voit Achille (qui aurait, dit-on, donné le mot ache…) utiliser cette plante afin de soigner ses chevaux.
Au VII ème siècle avant J.-C. (vers – 628), des Grecs fondèrent la ville sicilienne de Sélinonte et frappèrent des drachmes à l’image de feuille d’ache. Selinon préfigure déjà ce que deviendra le céleri des siècles plus tard.

Drachme_Sélinonte

Bien qu’Achille soit nettement inscrit au sein de la mythologie grecque, il n’est pas pour autant un dieu. En revanche, celles d’entre les divinités dont le céleri est, en quelque sorte, l’emblème, méritent d’être listées : Hadès, dont l’un des attributs est la corne d’abondance, Linos, ayant eu l’audace de défier Apollon au chant, enfin pas moins qu’Asclépios lui-même qui, selon les mythes, recommandait déjà l’ache en cas d’indigestion. A ce titre, indiquons que des offrandes de semences d’ache étaient déposées dans le temple d’Asclépios de Cos, une île grecque ayant vu la naissance d’un grand médecin : Hippocrate.
En Grèce, au-delà de la mythologie, l’ache intervient dans les jeux isthmiques (jeux publics organisés à l’isthme de Corinthe). Selon Pindare, « les vertes tiges de l’ache couronnent le front » des vainqueurs (2). L’ache « symbolise une jeunesse triomphante et joyeuse. Si elle jouait un rôle important dans les cérémonies funèbres, c’était pour indiquer l’état d’éternelle jeunesse, auquel le défunt venait d’accéder » (3). En effet, les coronae sepulcrales étaient déposées sur les tombeaux. D’autres que les Grecs se couronnaient d’ache, mais pas pour les mêmes raisons : les Romains, lors de leurs banquets orgiaques, ce qui peut paraître étonnant au prime abord, sachant ce que dit Pline au sujet de l’ache. Selon lui, cette plante rend stérile autant les hommes que les femmes, ce qui, disons-le, est contraire à l’idée que l’on se fait de ces orgies en général.

Et toujours pas de céleri à l’horizon… En attendant, on retrouve l’ache dans la petite œuvre de Strabo, Hortulus (827), ce qui peut surprendre puisque l’ache est considérée comme une plante des côtes et des marais littoraux. Or la Suisse de Strabo en est quelque peu éloignée. Mais l’on sait aussi que l’ache pousse particulièrement bien sur des sols contenant du sel (et il n’y a pas que dans les paluds côtiers qu’on en trouve) et que la Suisse ne manque pas de mines de sel. Bref, Strabo indique les propriétés diurétique et digestives de l’ache. Hildegarde mentionne plus tard que l’Apium est recommandé « si l’estomac est refroidi par un écoulement de pituite » (4). L’abbesse a beau employer l’ache en cas de paralysie, de contractures musculaires et de troubles oculaires, elle la préfère cuite plutôt que crue dans l’alimentation, et encore : « Sous quelque forme qu’on la mange, il donne à l’homme du vague à l’âme, car sa verdeur tantôt fait du mal, tantôt plonge dans la tristesse » (5). On est bien loin du triomphe joyeux des jeux isthmiques. Mais seulement pour Hildegarde, puisque Pierre de Crescences dira que « l’ache sauvage est appelée ache de ris pour ce qu’elle purge les humeurs mélancoliques dont est engendrée tristesse ». Au Moyen-Âge, le célèbre sirop des cinq racines (ache, asperge, persil, fenouil et fragon) avait cette même réputation de chasser les idées noires. Très présente dans les herbiers médiévaux, comme dans, par exemple, Le livre des simples médecines de Platearius, l’ache ne donnera naissance au céleri que bien plus tard. Tout d’abord cultivée en Italie, où elle remplace le maceron alors exploité en grand, l’ache est « travaillée » de telle sorte qu’apparaît le céleri domestique dit à rave (6) au XVI ème siècle, puis le céleri-branche (7) au siècle suivant. En France, le céleri n’est pas cité comme plante potagère avant 1562. Les variétés maraîchères que sont ces deux céleris ne partagent pas l’odeur un peu nauséeuse et la saveur âcre de l’ache, ayant été, bien évidemment, améliorés pour en favoriser la consommation alimentaire.
L’ache est une espèce bisannuelle. D’une racine épaisse, filandreuse et pivotante, une tige de 30 à 80 cm de hauteur, parfois ramifiée, se forme. Creuse, glabre et fortement cannelée, elle porte des feuilles lobées et dentées, de couleur jaune vert. La floraison est constituée d’une ombelle terminale peu fournie en rayons, portant de petites fleurs verdâtres à cinq pétales. Parfois, ces ombelles naissent à l’aisselle des feuilles.
Comme nous l’avons dit, l’ache est coutumière des lieux humides, des marais et eaux saumâtres du littoral, mais aussi des abords de sources salées (Alsace-Lorraine, Savoie, Suisse, etc.).

Le céleri-branche

Le céleri-branche

L’ache et le céleri en phyto-aromathérapie

Bien que fort dissemblables dans leur structure botanique respective, l’ache et le céleri s’utilisent tant par leur racine, leurs feuilles que leurs semences.
Ces deux plantes contiennent de nombreuses vitamines (A, B, C, E et P) et sels minéraux (magnésium, manganèse, fer, iode, cuivre, sodium, potassium, calcium, phosphore), ainsi qu’une essence aromatique. Dans l’ache, on trouve de l’asparagine et de l’apiine, tandis que le céleri recèle de la choline, de la tyrosine, ainsi que de l’acide glutamique.

Propriétés thérapeutiques

  • Ache : diurétique déchlorurante, apéritive, digestive, stomachique, carminative, cholagogue, stimulante, tonique, expectorante, anti-asthmatique, antiscorbutique, fébrifuge, résolutive, détersive
  • Céleri : diurétique, apéritif, digestif, stomachique, carminatif, stimulant surrénalien, tonique général et nerveux, antiscorbutique, résolutif, cicatrisant, reminéralisant, rafraîchissant, dépuratif, drainant hépatique, rénal et pulmonaire, hypoglycémiant, hypocholestérolémiant, régénérateur sanguin et hépatique, veinotonique, vasoconstricteur, antirhumatismal, antiseptique urinaire, sédatif, anxiolytique

Usages thérapeutiques

  • Ache : insuffisance hépatique, engorgement hépatique, ictère, catarrhe pulmonaire chronique, bronchite, asthme humide, extinction de voix, oligurie, albuminurie, lithiase rénale, rhumatisme, goutte, œdème, ascite, fièvre intermittente, inappétence, adénite, contusion, ulcère, cancer ulcéré, plaie atone, engelure, engorgement laiteux
  • Céleri : inappétence, digestion lente, lithiase urinaire, colique néphrétique, insuffisance rénale, hépatisme, congestion du foie, ictère, diabète, toux, asthme, bronchite, asthénie, fatigue, insuffisance surrénalienne, surmenage, déminéralisation, convalescence, stress, anxiété, arthrite, rhumatisme, goutte, fièvre, angine, hypertension, obésité, hémorroïdes, scrofule, plaie, ulcère, engelure, taches brunes (dites taches de vieillesse), excès de cholestérol

Huile essentielle de céleri

Il existe plusieurs huiles essentielles de céleri en réalité : racine, parties aériennes fleuries et semences. Les deux premières sont peu productives et la littérature est très succincte à leur sujet. La plus connue reste encore l’huile essentielle extraite des semences du céleri cultivé. D’un rendement compris entre 2 et 3 %, c’est une huile essentielle de couleur jaune pâle, à l’odeur chaude, citronnée, épicée, bien charpentée.

  • Monoterpènes (dont limonène) : 50 à 70 %
  • Sesquiterpènes (dont bêta-sélinène) : 15 à 30 %
  • Phtalides (dont sédanolide) : 15 %
  • Coumarines (dont célerine, apigravine et ombelliprénine) : traces

Voici ses propriétés : diurétique, drainante hépatocytaire, rénale et cutanée, apéritive, digestive, hépatoprotectrice, décongestionnante veineuse, antiseptique urinaire, antibactérienne, tonique, neurotonique, sédative.

Le céleri est-il, oui ou non, aphrodisiaque ?

Selon les sources, les thèses varient : « Depuis fort longtemps, la médecine populaire lui a fait la (fausse) réputation d’être aphrodisiaque » (8). Par ailleurs, Jean Valnet la conseille contre l’impuissance et Guy Fuinel en fait un aphrodisiaque de premier plan, arguant que « toutes les civilisations qui ont utilisé le céleri comme aliment l’ont considéré comme aphrodisiaque, de l’Europe à l’Afrique, en passant par l’Asie et l’Amérique » (9). Il est vrai que bien des dictons et proverbes attestent ce fait : « Si les femmes savaient ce que le céleri fait aux hommes, elles courraient en chercher jusqu’à Rome » ; « Qui mange du céleri le dimanche, du lundi au samedi jouira » ; « Si l’homme savait tous les effets du céleri, il en mettrait plein son courtil » (un mot désignant la couette dont on recouvre un lit…). Selon ce que rapporte Henri Leclerc, le céleri était même utilisé comme oracle permettant de déterminer le sexe de l’enfant d’une femme enceinte…
La sagesse populaire n’est pas toujours très sage. Qu’importe, Guy Fuinel ne lâche pas le morceau : le céleri contient de l’apigénine « qui agit favorablement sur la production de sperme et la vasodilatation des petits vaisseaux, d’où un gonflement de la verge » (10).

Modes d’emploi

  • Dans l’alimentation, cru ou cuit (céleri-branche et céleri-rave)
  • Infusion de feuilles et/ou de semences
  • Décoction de racines
  • Suc frais
  • Alcoolature
  • Teinture-mère
  • Huile essentielle (voie interne, voix externe, inhalation, olfaction, diffusion atmosphérique)
  • Cataplasme de feuilles fraîches

Mais aussi : liqueur, vin, sirop…

Contre-indications, précautions d’emploi, autres usages

  • Récolte (ache) : les feuilles en juillet/août, les graines en septembre, la racine au mois d’octobre de la seconde année. Toutes les parties de l’ache se prêtent à la dessiccation.
  • Cuisine : les céleris cultivés se préparent de multiples manières, crus comme cuits. Les feuilles hachées aromatisent, fraîches comme cuites, certains plats. Les graines aromatiques sont très parfumées. Moulues, elles remplacent le sel.
  • Photosensibilité : l’huile essentielle de céleri, comme toutes les huiles essentielles issues d’Apiacées, est photosensibilisante. Pas d’exposition au soleil après application cutanée et ingestion.
  • Potentiel allergique : l’ache et le céleri sont potentiellement allergisants (cf. présence de limonène).
  • L’emploi de l’ache et du céleri est déconseillé aux dyspeptiques et aux personnes sujettes aux irritations rénales.
  • Grossesse : on pense l’huile essentielle de céleri oestrogen like. Dans le doute, mieux vaut s’abstenir d’en faire l’usage durant la grossesse.
  • Il existe un élixir floral à base de fleurs de céleri. A utiliser lorsqu’on sort d’une maladie longue et/ou grave et qu’on a puisé dans ses ressources. Ce qui rappelle la vertu reconstituante du céleri.
  • Le suc vert contenu dans les feuilles de céleri peut faire office de colorant alimentaire.
    _______________
    1. On appelle parfois l’ache céleri sauvage et le céleri ache douce !
    2. Il est aussi question de guirlandes de pin comme trophée.
    3. Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 6
    4. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 29
    5. Ibidem, p. 54
    6. Apium sativum var. rapaceum
    7. Apium sativum var. dulce
    8. Petit Larousse des plantes médicinales, p. 239
    9. Guy Fuinel, L’amour et les plantes, p. 56
    10. Ibidem

© Books of Dante – 2016

Le céleri-rave

Le céleri-rave