L’essence de bergamote (Citrus bergamia)

Dans la tribu des agrumes, la bergamote se distingue, non seulement parce que c’est un drôle de phénomène plein de pétillant et de charme, mais aussi parce qu’on a voulu lui attribuer plusieurs lieux de naissance et des parents tout aussi nombreux. En effet, certains disent qu’elle vient de l’ouest : ils affirment que c’est Christophe Colomb qui aurait découvert le bergamotier dans les îles Canaries, puis ramené en Espagne où, une fois cultivé, il expliquerait le nom de la ville de Berga située au nord de Barcelone. Sauf que les Italiens ne l’entendent pas de cette oreille. Ils rétorquent donc qu’il n’est qu’à considéré une ville lombarde du nord de l’Italie, Bergame, pour se convaincre que la bergamote en est bien originaire. Aujourd’hui encore le plus gros de la production mondiale (95 %) se situe, certes, en Italie, mais pas au nord, le bergamotier étant particulièrement frileux, mais au sud, en Calabre, c’est-à-dire au niveau de la pointe de la « botte ». Plus à l’est, émane un écho qui nous répète que non, ça n’est ni d’Italie ni d’Espagne que provient le bergamotier. Jugez-en par vous même, la Turquie ne possède-t-elle pas une ville du nom de Pergame n’entretenant-elle pas quelques consonances phonétiques avec la bergamote, par hasard ? C’est du moins ce qu’affirment les Turcs, lesquels font remonter son origine bien avant Christophe Colomb, parce que oui, tout cela serait aussi ancien que le temps des Croisades. Là, je dis : je vois pas l’rapport. On a même fait l’hypothèse que le nom même de la bergamote serait issu du turc beg-armadê, ce qui signifie « poire du seigneur », comme sa forme semble (vaguement) l’indiquer. Comme je dis, l’étymologie, c’est bien, mais pas d’usage prolongé sans avis médical, parce que, à force, on réussirait à mettre des ronds dans des carrés ou, plus fort encore, Paris en bouteille. Bref. Trêve de palabres. Ce mot a-t-il un rapport avec la Calabre ? Si ! Non ? Pourtant, ça sonne pareil… Dire de la bergamote qu’elle rend quelque peu euphorique, ça, en revanche, ça n’est pas de la blague. Bon, donc ? Où en étions-nous ? Ah oui ! Que l’on cesse de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Plutôt que de chercher vainement à tirer la couverture à soi, soyons honnêtes et reconnaissons humblement qu’on ne sait d’où sort cet arbre qui fait couler beaucoup d’encre pour pas grand-chose. Non seulement on ne sait pas d’où il vient, mais on ignore (presque) comment il est arrivé sur terre. Il paraît qu’il ne vit pas à l’état sauvage, ce qui est ridicule si l’on considère qu’il serait naturellement né d’une hybridation entre x et y. Par ailleurs, on soutient que la bergamote serait le fruit de la greffe d’un citronnier sur un oranger sauvage, d’un bigaradier avec un limettier, etc. Bien sûr qu’il se rapproche de tous ceux-là par son caractère semper virens s’exprimant à travers des feuilles vert foncé, luisantes et coriaces, et des fleurs blanches extrêmement parfumées. L’on peut avancer que l’aspect grumeleux de l’écorce de son fruit offre quelque ressemblance avec celle du cédrat, que l’incomestibilité de ses quartiers acides et amers rappelle l’orange amère ou bigarade, que la couleur de son péricarpe fait penser à celle d’un citron anémique, etc. Tous cela fait que la bergamote, l’on sait davantage ce qu’elle n’est pas que ce qu’elle est ^_^

L’essence de bergamote en aromathérapie

La bergamote en tant que tel n’ayant jamais suscité l’adhésion de la pratique médicale que l’on nomme phytothérapie, c’est l’aromathérapie qui s’est emparée d’elle avec succès. Caractérisée par un parfum hespéridé – terme idoine dès lors qu’on évoque les essences d’agrumes – la bergamote, dont on exprime les zestes à froid, permet d’obtenir une essence de couleur vert pâle, parfois vert brunâtre quand elle n’est pas émeraude. D’odeur fraîche, autant fleurie que fruitée, un tantinet piquante et acide, poudrée comme disent les parfumeurs, l’essence de bergamote s’obtient en petites quantités : il faut compter un rendement n’excédant pas 0,5 %. Contrairement à d’autres essences (citron, orange douce), elle ne fait pas la part belle aux seuls monoterpènes, bien qu’ils restent majoritaires (50 %, dont limonène, gamma-terpinène, bêta-pinène) et s’en démarque par ses esters, dont l’acétate de linalyle (22 à 35 %) qui la rapproche de l’huile essentielle de petit grain bigarade et de lavande fine, de même que par le linalol (3 à 15 %), également présent dans les deux huiles essentielles que nous venons de citer. Point commun à toutes les essences d’agrumes, la bergamote contient des furanocoumarines (bergaptène : 0,2 à 0,4 %).

Propriétés thérapeutiques

  • Sédative du système nerveux central, équilibrante du système nerveux autonome, calmante, relaxante, anxiolytique, antispasmodique
  • Anti-infectieuse (antifongique, antibactérienne), antiparasitaire, antiseptique atmosphérique
  • Digestive, stimulante stomacale, régulatrice de l’appétit
  • Hypotensive, régulatrice cardiaque, anticoagulante
  • Hépatostimulante, cholagogue
  • Antiseptique, cicatrisante, raffermissante et régénératrice cutanée

Usages thérapeutiques

  • Troubles du système nerveux : anxiété, angoisse, agitation, irritabilité, stress, nervosité, trac, insomnie (y compris celle des enfants), déprime
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : digestion difficile, inappétence, aérophagie, ballonnement, colite infectieuse, parasites intestinaux (oxyures, ascaris)
  • Troubles de la circulation sanguine : varice, hémorroïde, hématome, couperose
  • Troubles locomoteurs : rhumatismes, arthrose, courbature
  • Affections buccales : inflammation, gingivite, herpès labial, halitose
  • Affections cutanées : peau fatiguée, vergeture, psoriasis, eczéma, vitiligo, soin des cheveux gras, séborrhée
  • Asthénie profonde
  • Mycoses : candidose, aspergillose

Propriétés psycho-émotionnelles et énergétiques

Outre les usages cités ci-dessus, l’essence de bergamote apporte un apaisement aux personnes agitées, nerveuses, inquiètes, soucieuses et tourmentées. Elle intervient, à la manière du néroli lors de chocs brutaux, qu’ils soient d’origine physique ou psychique ; de même, elle gomme les bobos occasionnés par l’existence. Elle redonne confiance et assurance. Elle offre la possibilité à des personnes qui ont honte d’elle-même de retrouver le goût de s’apprécier à nouveau. Elle commande l’affirmation de soi, que ce soit en donnant courage et désir d’entreprendre, qu’en dissolvant les peurs et les angoisses qui empêchent d’oser. Elle sera donc parfaite pour asseoir créativité et communication, lesquelles sont nécessaires aux personnes qui ont le trac à la veille d’un événement, d’une intervention en public. Elle apporte joie et bonne humeur, à l’instar de sa copine, l’orange douce. Elle aide les personnes dont les comportements sont marqués par la dépendance : tabac, alcool, nourriture.

Pour les enfants : en compagnie d’une autre de ses copines, l’huile essentielle de bois de rose, et lorsque mandarine et orange douce font défaut, on peut très bien employer l’essence de bergamote lors de la séparation du coucher, lors du passage à l’endormissement ainsi que pour les réveils nocturnes, les pleurs et les chagrins, les cauchemars. Un massage doux des pieds et des mains devrait aider bébé à retrouver toute sa quiétude :)

Enfin, cerise sur le gâteau, citons un court passage du Guide de l’olfactothérapie : « D’une sensualité veloutée, chaude et à l’odeur poudrée […], bergamote est idéale lors des moments de déprime ; cette apparente farceuse, tranquille, surprenante, est quand même une sérieuse… qui ne sait pas toujours le rester : elle s’amuse à révéler chez qui se tourne vers elle cette part d’enfance qui a encore et toujours envie de découvrir et de se découvrir. Car il y a de l’espiègle dans ce petit fruit qui ressemble tant au rejeton d’une orange qui aurait fauté avec un citron ; un pétillant que l’on retrouve dans ses fragrances et qui nous guide vers ce que nous avons de plus raisonnablement juvénile » (1).

Modes d’emploi

  • Diffusion atmosphérique
  • Inhalation sèche et humide
  • Voie interne
  • Voie cutanée avec beaucoup de précaution (cf. infra)

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • A éviter en cas de lithiases biliaires.
  • A ne jamais appliquer pure sur la peau pour au moins deux raisons :
    – D’une part, elle est photosensibilisante. L’une des molécules que l’essence de bergamote contient, le bergaptène, en s’alliant avec les UV peut provoquer une mélanogénèse ainsi qu’une carcinogénicité. Ainsi pas d’exposition au soleil après s’être appliqué de l’essence de bergamote sur la peau. Les utilisateurs d’un célèbre produit de protection solaire des années 1960 en ont été pour leurs frais : ce produit contenait de l’essence de bergamote qui a provoqué sur la peau de ses utilisateurs des tâches cutanées indélébiles.
    Il existe de l’essence de bergamote sans bergaptène. C’est plus cher et c’est moins bien, donc… ^^
    – D’autre part, elle est allergisante. Une allergie est une réaction de l’organisme qui est liée à la libération d’histamine à la suite d’un contact avec un allergène. Quand l’organisme rentre en contact avec cet allergène, ce dernier est identifié. Lors d’un second ou d’un pénultième contact avec le même allergène, ce dernier est reconnu. C’est alors qu’une réaction inflammatoire se produit le plus souvent à travers une lésion cutanée (érythème avec sensation de chaleur, prurit, urticaire, etc.).
    Ainsi donc, la bergamote est un révélateur. Elle permet d’exprimer physiquement ce qui sommeille en nous alors qu’une allergie indique une sur-activité du système immunitaire qui réagit violemment à une menace qui n’existe pas toujours. Comme l’indique si bien Jacques Martel dans son Grand dictionnaire des malaises et des maladies, « l’allergie fait référence au passé qui contrarie ou agace mon présent » (2). Tout ceci n’est pas si éloigné de ce que j’indique dans le point Propriétés psycho-émotionnelles et énergétiques. Il y a de sacrés parallèles à mettre en évidence ce me semble ^^
  • Outre l’aromathérapie, les deux autres grands domaines où excelle la bergamote sont l’industrie alimentaire et la parfumerie. Les amateurs d’Earl grey ou de confiseries nancéiennes devraient comprendre de quoi je parle, de même ceux appréciant l’eau de Cologne (dont la formule contient non seulement de la bergamote, mais aussi du néroli et de la lavande) ou bien encore un parfum comme Shalimar de Guerlain
    _______________
    1. Collectif, Le guide de l’olfactothérapie, p. 135.
    2. Jacques Martel, Le grand dictionnaire des malaises et des maladies, p. 41.

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Sur les origines du mot aromathérapie (entre autres choses…)

Porphyre, philosophe néoplatonicien du III ème siècle après J.-C., est connu pour la richesse de ses œuvres dont, hélas, bien peu ont traversé les siècles sans encombre jusqu’à nous. Parmi ce reliquat, penchons-nous sur un des traités de Porphyre, De l’abstinence, dont voici un extrait :

« Il semble, dit Théophraste, qu’un temps incalculable se soit écoulé depuis que le peuple le plus savant du monde et habitant de la terre la plus sacrée, celle qui fut fondée par le Nil, a commencé, dès les toutes premières origines, à offrir aux dieux célestes des prémices qui n’étaient pas encore de myrrhe ni d’un mélange de casse, d’encens et de safran. C’est seulement après bien des générations que ces produits furent employés ; car en ces temps-là l’homme, errant à la recherche de l’indispensable subsistance, aurait dû affronter mille peines pour consacrer aux dieux quelques gouttes de ces essences. Au début donc, on ne sacrifiait pas de tels produits, mais de petits végétaux, comme si les hommes cueillaient de leurs mains le premier duvet de la nature féconde. […] Et c’est d’après le mot thymiaisi, qui désignait la fumée dégagée par la combustion des produits de la terre, qu’on a formé le mot thymiateria, qui désigne les petits autels à parfums, ainsi que les mots thyein et thusias qui signifient « sacrifier » et « sacrifice ». […] Mais les Anciens avaient un tel souci de ne pas enfreindre la coutume qu’ils prononcèrent des malédictions contre ceux qui abandonneraient l’usage antique pour en introduire d’autres, et d’après le verbe arômai signifiant « maudire » ils appelèrent arômata les aromates qu’on fait brûler aujourd’hui. »

Non seulement arômai signifie « maudire », mais également « prier ». Les aromates seraient donc l’objet et le truchement par lequel cet objet réalise son œuvre. Plus clairement, un bois odoriférant que l’on fait brûler – des copeaux de bois de cèdre par exemple – serait à la fois la prière ou la malédiction et l’objet qui les portent.

Qu’est-ce que maudire ? C’est lancer une imprécation contre quelque chose ou quelqu’un. Qu’est-ce que prier ? C’est inviter, convier, exhorter quelque chose ou quelqu’un. Dans le premier cas, on impose, dans le second on dispose du bon vouloir (ou pas) de la chose, de l’être auquel on adresse sa supplique. Si le premier est emprunt de violence et d’agressivité, le second l’est de douceur et de détachement.

Lorsque René-Maurice Gattefossé créa le néologisme « aromathérapie » dans les années 1930, il est bien peu probable que l’œuvre de Porphyre y ait été pour quelque chose.

Bon. Pourquoi je vous bassine avec tout ça ? Eh bien, parce que la plupart du temps, lorsqu’on utilise les huiles essentielles, on opte pour une démarche mécaniciste dont on n’a pas forcément conscience. Or, est-ce pertinent d’ouvrir un flacon pour en libérer le génie, si ce n’est pour rien lui demander ? Ne peut-on pas converser avec les huiles essentielles ? Ne peut-on pas, non plus, les investir d’une charge ? Bien sûr que oui ! On peut les cajoler, accompagner leur action d’une prière (eh oui !…) et donc faire appel à leur douceur (toute relative d’une huile à l’autre) ou, au contraire, les exhorter à davantage de virulence (elle aussi toute relative) et donc en faire l’objet et le transport d’une imprécation, ce qui, dans ce dernier cas, s’apparente assez à la tentative de bannir le démon d’une maladie. Ce qui prouve, une fois de plus, que l’aromathérapie, ça n’est pas exactement jouer à la dînette.

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Le petit galanga (Alpinia officinarum) en phyto-aromathérapie

Cette plante, originaire du sud-est asiatique, offre un rhizome qui fait partie depuis bien longtemps de la pharmacopée chinoise. En Chine, le rhizome du liang-kiang (qui signifie « gingembre doux », bien qu’il en possède la même saveur piquante et poivrée, additionnée d’une légère pointe citronnée) était considéré comme un puissant protecteur et un remède à toutes les affections : on en constituait des talismans que l’on portait sur soi pour se protéger des esprits malfaisants qui pouvaient envahir le corps et le rendre malade, ce qui n’est pas tout à fait anodin compte tenu du statut de panacée qu’on attribue au galanga, à l’image du gingembre et du ginseng. Aujourd’hui encore, la médecine traditionnelle chinoise conseille le galanga quand besoin est de réchauffer le corps et les organes et que des affections causées par le froid viennent l’assaillir (douleurs abdominales, diarrhée, vomissement, etc.). L’ayurvéda sut également mettre à profit les vertus du rhizome de cette plante qu’elle considère comme tonique, anti-inflammatoire, expectorant et digestif. Pour la médecine ayurvédique, il est donc bon en cas de maux d’estomac, de dyspepsie, de hoquet, d’accès de fièvre et de rhumatismes articulaires. Les Arabes, qui furent les premiers à incorporer le galanga au sein de leur propre pharmacopée, l’introduisirent en Europe, non sans avoir fait de leur khalangian une panacée, vantée par Avicenne, Ibn Al Baytar et Constantin l’Africain. L’Europe, de même qu’elle le fit pour gingembre, poivre et cannelle, réserva un bel accueil au galanga pour des raisons condimentaires : en effet, cette épice prit place dans des recettes médiévales d’hypocras, aux côtés des graines de paradis, des clous de girofle, du zeste de citron, etc. Le Mesnagier de Paris (1393) le confirme, lui qui conseille d’utiliser des « noix muguettes » et du « garingal ». Mais la réputation du galanga ne s’arrête pas là, car il fut aussi l’un des fleurons de l’art médical de bien des thérapeutes médiévaux comme, par exemple, Macer Floridus qui, bien qu’il lui accorde peu de place, en fait cependant un très juste portrait : « Le galanga […] fortifie les personnes flegmatiques, est un bon carminatif, ranime la faculté digestive et apaise la colique. Il contribue surtout à purifier l’haleine, ranime la chaleur des reins et porte à l’amour » (1), dernière faculté qu’évoque aussi Platearius lorsqu’il parle… des panais ! Le Salernitain « indique […] un électuaire où les panais, associés au gingembre, à la muscade et au galanga, s’affirmaient doués de propriétés résolument aphrodisiaques » (2). M’est avis que, dans l’affaire, les panais n’y sont pas pour grand chose ^_^ Ceci dit, le plus grand panégyriste du galanga n’est autre que la grande Hildegarde de Bingen : non seulement le galanga apparaît à de multiples occurrences dans le Physica, mais elle en dit presque autant à son propos que du gingembre, signe qu’elle tenait ce cousin du gingembre en une estime qu’elle n’accorda pas à tous les végétaux de son temps. Peu d’entre eux remportent la palme face aux deux zingibéracées, sur la seule question de la place occupée par le texte dédié. En fait, il y en a moins que peu, car seul le fenouil bénéficie des largesse de l’abbesse. Le Galgan « est entièrement chaud, il n’y a pas de froid en lui, et il a beaucoup de vertus » (3), parmi lesquelles nous rencontrons les suivantes : faciliter la digestion, endiguer les maux d’estomac, remédier aux troubles pulmonaires comme la bronchite, redonner des forces en cas d’asthénie physique et psychique, apaiser les troubles cardiaques, chasser tant la fièvre que la mélancolie, etc. Hildegarde préconise aussi un électuaire « plus précieux que l’or, car il enlève la migraine ; il diminue la toux […] et enlève toutes les humeurs qui sont dans l’homme » (4). Par la suite, peu d’auteurs feront encore référence au galanga qui semble avoir été pour longtemps éclipsé par le gingembre. Tout au plus en trouvons-nous la trace au XVI ème siècle, à travers le baume de Fioravanti, considéré comme une « liqueur miraculeuse », contenant, entre autres, galanga, galbanum, zédoaire et une dizaine d’autres plantes.

Le petit galanga, grande plante herbacée vivace, possède des rhizomes blanchâtres et annelés, desquels s’érigent de robustes tiges calamiformes portant de longues feuilles lancéolées semi-rigides. Les fleurs, groupées en inflorescence ramifiée, sont constituées de pétales blancs veinés de rouge ; elles produisent des capsules contenant quelques graines.
Cultivé dans toute l’Asie tropicale, le galanga est récolté au bout de quatre à six ans.

Le petit galanga en phyto-aromathérapie

Bien moins fréquent que le gingembre et le curcuma, le petit galanga ne s’en démarque pas moins par la haute valeur médicinale de son rhizome charnu à odeur aromatique épicée et à saveur brûlante qui, outre les flavonoïdes qu’il recèle (galangine, etc.), se caractérise par environ 1 % d’essence aromatique extraite par distillation à la vapeur d’eau des rhizomes une fois secs. L’huile essentielle ainsi obtenue, liquide mobile dont la couleur oscille entre le jaune et le brunâtre, se distingue fortement des deux autres rhizomes cités plus haut d’un point de vue biochimique :

  • Oxydes (dont 1.8 cinéole) : 23 %
  • Monoterpènes : 27 %
  • Monoterpénols : 15 %
  • Esters : 11 %
  • Cétones (dont camphre) : 6 %
  • Sesquiterpènes : 5 %

Propriétés thérapeutiques

  • Apéritif, digestif, carminatif, stimulant hépatobiliaire
  • Cardiotonique léger
  • Anti-infectieux : antibactérien, antifongique (sur Candida albicans)
  • Anti-inflammatoire
  • Antispasmodique
  • Expectorant
  • Positivant

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : inappétence, indigestion, maux d’estomac, nausée, vomissement, mal de mer, mal des transports, colique, flatulences, candidose intestinale
  • Insuffisance hépatobiliaire
  • Troubles de la sphère respiratoire : bronchite, rhume, maux de gorge
  • Grippe, état fébrile
  • Maux de tête
  • Abcès dentaire, gingivite
  • Asthénie physique, psychique et sexuelle

Modes d’emploi

  • Décoction de rhizome frais
  • Poudre de rhizome séché
  • Teinture-mère
  • Huile essentielle : voie orale, voie cutanée diluée, olfaction, diffusion atmosphérique

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Sous forme d’huile essentielle, le petit galanga est déconseillé aux hypertendus, ainsi qu’à la femme enceinte, du moins durant les trois premiers mois de grossesse. Quant au rhizome, un trop fort emploi par voie interne peut provoquer des irritations gastro-intestinales.
  • A la poudre de galanga qui est parfois falsifiée avec de la farine, il est préférable d’acheter les rhizomes frais, de les faire sécher, de les broyer sous forme de poudre, à la manière du gingembre et du curcuma. Cependant, sec, ses qualités ont une durée de vie limitée.
  • En cuisine, le galanga s’utilise comme le gingembre. Il aromatise le thé, les curries, les conserves au vinaigre. Son utilisation aromatique a totalement disparu en Europe occidentale, bien que l’on puisse le trouver dans les épiceries asiatiques. Elle perdure en Inde et en Indonésie où il est l’une des épices indispensables à la cuisine traditionnelle. En Russie, le galanga aromatise une liqueur connue sous le nom de nastoïka.
  • Autres espèces : le grand galanga (A. galanga), le zérumbet (A. oxyphylla), le katsumadai (A. katsumadai), etc.
  • Faux ami : on trouve parfois, dans certains textes, le galanga sous le nom d’acore calame qui est bien évidemment une plante toute différente : Acorus calamus.
    _______________
    1. Macer Floridus, De viribus herbarum, p. 168.
    2. Henri Leclerc, Les légumes de France, p. 170.
    3. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 27.
    4. Ibidem, p. 161.

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Aromathérapie et élément Eau

Il y a déjà deux ans (!), nous avons posé quelques bases dans cet article. Avant de lire la suite que je ne vous donne qu’aujourd’hui (le temps que les informations montent au cerveau ^^), je vous suggère d’en (re)prendre connaissance, cela vous aidera grandement dans la compréhension de l’article du jour.

Nous allons aborder l’élément Eau, union des principes Froid et Humide, ainsi que les huiles essentielles majeures qui y sont associées. Pour cela, on portera notre attention sur le secteur II de la cartographie moléculaire que nous retrouvons ci-dessous :

Ce secteur regroupe l’ensemble des molécules apolaires et négativantes. Nous en voyons deux :

  • le grand groupe des esters (n° 3, en vert)
  • le groupe des sesquiterpènes (n° 4, en violet), coupé en deux (nous ne considérerons uniquement que les molécules situées dans la partie supérieure de ce groupe)

Commençons par les esters. Dans quelles huiles essentielles en trouve-t-on beaucoup ?

  • Gaulthérie couchée : 99 %
  • Sauge sclarée : 80 %
  • Hélichryse d’Italie 45 %
  • Lavande fine : 40 %
  • Bouleau noir : 99 %

D’une manière ou d’une autre, toutes les huiles essentielles de ces plantes entretiennent de façon majoritaire une relation avec l’élément Eau. Que pouvons-nous dire pour argumenter cette thèse ?

-Sauge sclarée, hélichryse d’Italie et lavande fine sont des plantes qui vivent sur des sols très secs et arides, elles savent ce que c’est que de manquer d’eau, c’est pour cela qu’elles ont développé des mécanismes qui empêchent les déperditions d’eau trop importantes liées à la chaleur. Comme si cela ne suffisait pas, lorsqu’on les récolte en vue de les distiller, on les fait sécher un certain temps afin de leur faire perdre l’excès d’eau qu’elles contiennent.
Par ces caractéristiques, elles sont diamétralement opposées à l’élément Feu, Chaud et Sec, chose d’autant plus étonnante que les esters sont des molécules apolaires. C’est-à-dire que, loin d’être hydrophobes, elles présentent une très forte insolubilité dans l’eau (ça l’est bien davantage encore pour les sesquiterpènes). Malgré tout, les huiles essentielles de sauge sclarée, de lavande fine et d’hélichryse d’Italie savent transmettre d’une manière qui n’appartient qu’à elles l’élément Eau pourtant très peu présent dans leur biotope.
-Quant à la gaulthérie couchée, elle ne vit pas dans un milieu aride. Au contraire, son lieu de vie est particulièrement humide et froid, de même que le bouleau noir américain.

Indiquons tout d’abord le fait que toutes ces huiles essentielles sont des anti-inflammatoires puissants. « Certains foyers inflammatoires ‘chauds’ présentent un surplus de charges ‘positives’. Ce type de molécules […] ‘négativantes’ pourront céder des charges négatives afin de compenser l’excès de charges positives et diminuer ainsi l’inflammation » (1). Elles s’opposent au feu de l’inflammation qu’elles apaisent. C’est donc ajouter de l’eau sur le feu afin de l’éteindre en quelque sorte.

  • Gaulthérie couchée et bouleau noir, à la formule biochimique identique, sont anticoagulantes et vasodilatatrices, elles permettent une meilleure circulation sanguine. Par ailleurs, elles ont une action remarquable sur les crampes musculaires dont certaines ont pour origine la déshydratation. Anti-inflammatoires comme nous l’avons dit, elles calment les « points chauds » : tendinite, rhumatisme, arthrite…
  • L’hélichryse d’Italie est fluidifiante du sang et tonique lymphatique. De plus, elle s’oppose aux rétentions hydrolipidiques et à la cellulite, preuve d’une mauvaise circulation périphérique. Elle a donc des actions diluantes et circulatoires. Mucolytique, elle favorise l’excrétion des sécrétions bronchiques trop abondantes, une fois encore en les diluant. Elle calme aussi les inflammations (rhumatisme, arthrite, polyarthrite), ainsi que les coups, chocs et traumatismes.
  • La lavande fine est bien connue pour calmer les brûlures, les coups de soleil, les piqûres d’insectes, etc. Son action anti-inflammatoire s’illustre magistralement à travers crampes et contractures musculaires par exemple, ainsi que lors d’épisodes circulatoires inflammatoires (phlébite, artérite). Tout comme la sauge sclarée que l’on va aborder ci-dessous, la lavande fine apaise les bouffées de chaleur. Enfin, l’huile essentielle de lavande fine est très utile en application cutanée quinze minutes avant séance de radiothérapie.
  • La sauge sclarée tempère la circulation de certains liquides dans le corps. Aussi l’utilise-t-on en cas de règles trop abondantes, qu’elle régule, et en cas de leucorrhée. De plus, elle améliore la circulation artérielle. On peut dire que la sauge sclarée diminue des mouvements trop tumultueux de l’organisme et qu’elle en augmente d’autres qui sont assoupis. Par exemple, elle endigue une transpiration excessive alors qu’elle lutte contre la sécheresse vaginale. De même, lipolytique, elle est une précieuse aide en cas de cellulite, son action drainante excrétant hors du corps certains excès hydrolipidiques.

Bien. Venons-en maintenant aux sesquiterpènes négativants. Selon toute vraisemblance, certaines de ces molécules n’ont pas besoin de se trouver en masse dans les huiles essentielles pour bien agir et faire d’elles des marqueurs de l’élément Eau.
Chez ces sesquiterpènes, on retrouve certaines attributions propres aux esters, à savoir que la plupart des huiles essentielles qui contiennent des sesquiterpènes favorisent la mobilité des liquides (sang, lymphe, etc.) dans le corps, et que, tout comme les esters, les sesquiterpènes apaisent ce que nous avons nommé « points chauds », c’est-à-dire l’ensemble des circonstances lors desquelles il y a brûlures, coups, chocs, douleurs inflammatoires… Enfin, chez elles, on retrouve aussi des propriétés décongestionnantes et drainantes. Nous avons sélectionné cinq de ces huiles essentielles que voici :

  • Achillée millefeuille : 20 %
  • Matricaire : 45 à 48 %
  • Cèdre de l’Atlas : 50 à 85 %
  • Cèdre de Virginie : 50 %
  • Verge d’or : 40 %-L’achillée millefeuille corrige les règles trop abondantes, ainsi que les hémorragies diverses. Par ailleurs, elle draine les œdèmes et soulage les douleurs inflammatoires liées aux entorses et aux foulures.
    -La matricaire chasse les chaleurs de la fièvre.
    -Le cèdre de l’Atlas, grande huile circulatoire au niveau artérielle s’oppose aux stases veineuses et lymphatiques. Lipolytique, elle est utile en cas de rétention hydrolipidique et de cellulite.
    -Le cèdre de Virginie ressemble assez au précédent dans ses attributions thérapeutiques. Son huile essentielle, décongestionnante veineuse et lymphatique, stimule la circulation du sang. Elle est employée en cas d’œdème, de rétention hydrolipidique et lorsqu’un drainage lymphatique s’avère nécessaire.
    -Puissante diurétique, l’huile essentielle de verge d’or porte son action sur les reins qu’elle draine et dont elle efface les inflammations comme les néphrites, ainsi qu’au niveau de la vessie, à travers les si douloureuses et cuisantes cystites.

Pour finir, une chose remarquable (sans véritablement savoir si elle est pertinente) peut être distinguée. Pour cela, parlons du point éclair : il « correspond à la température la plus basse à laquelle un corps combustible émet suffisamment de vapeurs pour former, avec l’air ambiant, un mélange gazeux qui s’enflamme sous l’effet d’une source d’énergie calorifique telle qu’une flamme pilote » (2). Parmi les dix huiles essentielles que nous avons abordées, nous pouvons mentionner qu’une sur dix possède un point éclair inférieur à 50° C, quatre entre 50 et 75° C, et cinq entre 75 et 100° C (3). Cela signifie-t-il que ces huiles essentielles résistent plus facilement que les autres à la chaleur en vertu du fait qu’elles appartiennent à l’élément Eau ? Cela reste à démontrer. Nous verrons dans un prochain article (espérons que cela ne soit pas en 2019, ah ah), où il sera question des huiles essentielles et de l’élément Air, si cette hypothèse est valide ou pas.


  1. Michel Faucon, Traité d’aromathérapie scientifique et médicale, p. 123.
  2. Wikipedia.
  3. Voici les points éclair attribués à nos dix huiles essentielles : verge d’or (38° C), achillée millefeuille (57° C), hélichryse d’Italie (58° C), sauge sclarée (62° C), lavande fine (68° C), cèdre de l’Atlas (93° C), cèdre de Virginie (93° C), gaulthérie couchée (94° C), bouleau noir (96° C), matricaire (100° C).

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Nouveauté livre : huiles essentielles de santé et de bonheur

50 huiles essentielles triées sur le volet, de l’arbre à thé à l’ylang-ylang, en passant par le nard de l’Himalaya, avec, pour chacune, ses caractéristiques majeures, ses propriétés et usages thérapeutiques, des indications d’ordre psycho-émotionnelles, les précautions et modes d’emploi, etc, le tout précédé d’une partie concernant le b.a.-ba qu’il est nécessaire de connaître en aromathérapie, et suivi de plusieurs index qui permettent de circuler dans le livre selon diverses entrées (propriétés thérapeutiques, usages thérapeutiques, usages psycho-émotionnels). Une offre promotionnelle spécialement pour vous ! :)

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Huile essentielle de lavande aspic (Lavandula spica ou latifolia)

Synonymes : grande lavande, lavande à larges feuilles (ce qui est la traduction littérale de l’adjectif latifolia ; ce n’est pas parce que c’est écrit en latin que ça veut forcément dire quelque chose de transcendant ; très souvent, vous disais-je dernièrement, ça vole au ras des pâquerettes) , lavande en épis, lavande branchue, lavande mâle, aspic, spic, espider, espido, faux nard, badase.

Vous avez peut-être remarqué que dans chacun de mes articles je cherche avant tout à injecter des éléments qui me permettent de raconter l’histoire conjointe des hommes et des plantes à travers les âges. Ayant auparavant abordé la lavande fine dite également vraie (Lavandula angustifolia), ainsi que la lavande stoechade (Lavandula stoechas), je me suis alors bien rendu compte que nombre de contraintes s’imposaient à moi à propos de l’objectif visé. Comme vous le savez, pour l’avoir souvent répété, durant l’Antiquité on désigne assez souvent bien des plantes d’un même nom. Chez les Grecs, les lavandes portaient le nom de stochas, sans doute parce que la lavande papillon était leur préférée. Quant au Latin Pline, il parle de pseudo-nardus ou faux nard, une autre façon vernaculaire d’appeler la lavande aspic. Mais ni la stochas grecque, ni le pseudo-nardus romain ne nous permettent aujourd’hui de savoir de quelles plantes il s’agissait vraiment, ce qui est pour moi un crève-cœur, parce que j’ai alors l’impression de m’égarer et vous avec moi, qui me lisez. Aussi, l’on peut légitimement se demander si la lavande dont les quelques éléments qui vont suivre était bien l’aspic.

Au IX ème siècle, le célèbre savant Rhazès, Iranien de son état, recommande des fumigations d’hysope, de thym et de lavande contre la peste, comme en son temps Hippocrate. Mais, compte tenu de l’aire de répartition de la lavande aspic, on peut douter de sa présence au Proche-Orient. Ces fumigations furent également conseillées par le Grand Albert afin de purifier les abords des maisons ainsi que les pièces d’habitation. Mais restons un peu au sein de ce trouble Moyen-Âge. Dans son Physica, Hildegarde parle de la lavande en deux endroits. Dans le premier, elle appelle Lavendula une plante dont l’odeur « éclaircit la vue, car elle a la force des arômes les plus puissants et l’utilité des plus amers : c’est pourquoi elle arrête un certain nombre de maladies, et écarte en outre les mauvais esprits » (1). Comme Hildegarde dit cette plante bonne contre les poux, on serait tenté d’imaginer la lavande vraie. Continuons. Elle aborde une autre lavande qu’elle appelle… Spica : « La lavande est chaude et sèche, et sa chaleur est saine. Si on fait cuire de la lavande avec du vin – ou, si l’on n’a pas de vin, avec de l’eau et du miel – et qu’on en boit souvent, tiède, on apaise les douleurs du foie et du poumon, ainsi que les vapeurs de la poitrine ; on obtient aussi une connaissance pure et un esprit pur » (2). Hormis l’action pectorale de cette Spica, qui peut évoquer la lavande aspic, tout ceci reste bien maigre. Au XIV ème siècle, Jean de Gaddesden annonce la vertu diurétique d’une lavande qu’il érige comme spécifique de l’hydropisie. Si l’aromathérapie ne nous est d’aucun secours, il s’avère tout à fait exact que la lavande aspic employée en phytothérapie est très loin d’être dénuée d’effet diurétique. Mais l’identification fait encore défaut, de même que dans le Petit Albert (XVII ème siècle) quand il mentionne un spica nardi ou spicanardi, le mot spica ne pouvant en aucun cas nous autoriser à croire qu’il s’agit bien là de la lavande aspic, parce qu’à cette époque encore, les mots spic, spica, etc. étaient indifféremment associés à l’ensemble des différentes lavandes. Cela n’est qu’au milieu du XVIII ème siècle qu’on s’efforce enfin de les distinguer botaniquement. Aussi, quand Schroder, en 1665, écrit que la spica est souveraine pour guérir les maladies nerveuses d’origine psychique et qu’elle calme les spasmes, il est difficile de trancher puisque lavande vraie et lavande aspic sont toutes deux justiciables de ces emplois.
C’est ainsi que les données disponibles aux XIX-XX ème siècles à propos de la lavande aspic sont fiables. Cazin, Leclerc, etc. font très bien la distinction entre les trois types de lavandes connues en France et, grâce à eux, on est assuré de ne pas raconter d’âneries. Mais dès qu’il s’agit de plonger plus anciennement dans les sources, c’est tout de suite une autre paire de manches, chose fort regrettable que de ne pouvoir écrire plus fidèlement l’histoire d’une plante que tout le monde connaît et, paradoxalement, connaît bien peu.

Sous-arbrisseau de plus grande taille que la lavande fine parce qu’elle peut atteindre 75 cm de hauteur, la lavande aspic se compose de rameaux droits et nombreux, le plus souvent ramifiés, portant de longues feuilles spatulées, opposées, de couleur vert argenté. Ses fleurs en épis terminaux de couleur bleu violacé (parfois blanches), s’épanouissent de juin à septembre. Sensible au froid, la lavande aspic se maintient à une altitude modérée (300 à 700 m). A l’état naturel, on la rencontre dans la garrigue, sur sols secs et pierreux du Midi de la France et du sud de l’Europe.

La lavande aspic en phyto-aromathérapie

Aujourd’hui, l’usage des sommités fleuries de la grande aspic est quelque peu tombé en désuétude, concernant ses usages phytothérapeutiques. Mais il n’en a pas toujours été de la sorte, ne serait-ce qu’il y a un siècle, on s’intéressait peu à son huile essentielle, dont on disait qu’elle ne servait guère qu’à falsifier celle de lavande fine ou à un usage vétérinaire. Bien qu’étant beaucoup moins employée que l’huile essentielle de lavande fine, au XIX ème siècle, la lavande aspic aura joui d’une respectueuse réputation, étant davantage mise à l’honneur que la lavande fine. Les choses se sont depuis inversées et le regain d’intérêt qu’a rencontré la lavande aspic démontre bien qu’elle a su redorer son blason.
Qu’on fasse dans la phytothérapie ou dans l’aromathérapie, l’on se doit de récolter les fleurs juste avant leur complet épanouissement. Dans le premier cas, on les fait sécher pour un usage ultérieur, dans le second on distille la plante à l’état frais pendant environ 90 mn. Le rendement, peu élevé, se situe entre 0,5 et 0,7 %. L’huile essentielle obtenue, limpide, mobile, est généralement de couleur jaune pâle. Ses notes balsamiques, fraîches et prononcées évoquent le parfum de l’huile essentielle de romarin officinal en raison de la présence de molécules que nous retrouvons dans les données chiffrées suivantes :

  • Monoterpénols (dont linalol) : 30 à 45 %
  • Oxydes (dont 1.8 cinéole) : 30 à 40 %
  • Cétones (dont camphre) : 10 à 15 %
  • Monoterpènes : 8 %
  • Sesquiterpènes : 1 à 4 %
  • Coumarine : traces

Propriétés thérapeutiques

  • Anti-infectieuse : antibactérienne, antifongique, antivirale
  • Immunostimulante, positivante, neurotonique, neurotrope
  • Antalgique percutanée, analgésique, anti-inflammatoire
  • Antispasmodique, apaisante, sédative, calmante de l’excitabilité cérébro-spinale, anxiolytique
  • Expectorante, mucolytique, anticatarrhale
  • Astringente, tonique et régénératrice cutanée, cicatrisante
  • Emménagogue légère
  • Antitoxique
  • Insectifuge, insecticide

Ajoutons à cela que la lavande aspic se révèle stimulante, stomachique, cholagogue, décontractante, vermifuge et diurétique par le biais d’un emploi phytothérapeutique.

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère pulmonaire + ORL : bronchite, catarrhe bronchique chronique, bronchiolite virale chez l’enfant, laryngite, pharyngite, rhinite, rhume, toux grasse, toux quinteuse, enrouement, aphonie, angine, amygdalite, otite, sinusite, asthme humide
  • Troubles locomoteurs : arthrose, rhumatisme articulaire aigu, douleur musculaire, crampe
  • Affections cutanées : brûlure sévère (deuxième degré), plaie, plaie atone, blessure, contusion, coupure, ulcère, escarre, psoriasis, eczéma sec, zona, acné, panaris, impétigo, gerçure, coup de soleil, candidose, herpès labial, piqûre et morsure (guêpe, frelon, moustique, moustique tigre, scorpion, serpent (3), méduse, vive, ortie…)
  • Candidose gynécologique, herpès génital
  • Névralgie dentaire et migraineuse, névrite
  • Asthénie nerveuse et physique, déprime, dépression, insomnie
  • Autres infections : grippe, candidose buccale et digestive, cystite

Autres usages phytothérapeutiques : colique, flatulences, coqueluche, vertiges, vapeurs, congestion, torticolis, tendinite.

Propriétés psycho-émotionnelles et énergétiques

S’il est légitime que la première partie de cet article vous a sans doute laissé sur votre faim, dans cette ci-présente rubrique, il y a énormément de choses à dire. Je vais donc m’employer à les synthétiser de la plus simple des manières.

Si nous jetons un œil sur la médecine traditionnelle chinoise, avec évidence, nous constatons que l’huile essentielle de lavande aspic résonne très fortement avec les deux méridiens relevant de l’élément Métal, c’est-à-dire ceux du Poumon et du Gros intestin.

Dans le paragraphe ci-dessus, nous avons pris connaissance des actions multiples portées par l’huile essentielle de lavande aspic sur la sphère pulmonaire et ORL, ainsi que sur l’interface cutanée qui fait, rappelons-le, partie du système respiratoire. Le méridien du Poumon gère un sas entre notre monde intérieur et l’extérieur environnant. C’est à lui que revient la prérogative de prendre ce qui est bon pour nous et de laisser dehors ce dont nous n’avons pas besoin. Vous comprenez bien que dans la vie de tous les jours, des impondérables nous guettent sans que nous le sachions. Cela peut être, au choix, un voisin vampire chronophage qui vous bloque dans l’escalier pour des broutilles alors que vous devez urgemment vous rendre à un important rendez-vous, ou bien le camelot de rue expert dans l’art du pied-dans-la-porte, ou encore, vilain serpent à sornettes, le démarcheur téléphonique qui babille dans son combiné. Toutes ces situations reflètent une intrusion, une invasion, un envahissement de votre propre monde, non seulement physique, mais symbolique et sacré. Il peut ressortir que ces événements importuns laissent sur vous leur marque. Nous laissant sans voix, le souffle coupé, etc., il est bien évidemment permis de penser qu’ils auront une incidence sur la perturbation du méridien du Poumon. D’où les bronchites, rhinites, otites et autres sinusites qui indiquent bien un dysfonctionnement du méridien du Poumon, que l’huile essentielle de lavande aspic peut corriger en en tonifiant l’énergie. De ces rencontres non désirées avec l’extérieur peuvent naître d’autres affections, cutanées celles-là, dont les démangeaisons (je pense, en l’occurrence à celles provoquées par eczéma, psoriasis, etc.) disent tout l’agacement dans lequel ces vécus psycho-émotionnels nous font plonger. Observons même que certaines formes de psoriasis construisent comme une cuirasse qui, à l’instar de celle de la langouste, cherche à nous protéger en épaississant la peau, bien qu’il ne s’agisse là que d’un leurre, la marque de l’affection cutanée montrant de manière visible et explicite l’effet que la cause (l’intrusion, l’invasion, etc.) a provoqué. Là encore, l’huile essentielle de lavande aspic peut être particulièrement utile, non seulement pour agir localement sur un eczéma ou un psoriasis par exemple, mais aussi pour tonifier l’énergie du méridien du Poumon, ce qui permettra d’endiguer l’affection, parfois même l’infection. Bien sûr, nombre d’affections cutanées que nous avons listées plus haut sont la conséquence d’une rencontre toute différente : piqûre de guêpe, morsure de scorpion, etc. Quand le mal est fait, il n’est pas question de lésiner sur les moyens à employer. De même qu’un doigt coincé dans la porte est justiciable d’un usage immédiat d’huile essentielle de menthe poivrée pure ! Ce qui est intéressant, c’est que l’huile essentielle de lavande aspic repousse tout un tas de bestioles qui piquent, qui mordent, qui inoculent leur venin, qui parasitent, et, très franchement, à bien considérer certains de mes voisins, je me dis qu’ils incarnent à merveille ces parasites venimeux.

Venons-en maintenant au méridien du Gros intestin. Première remarque : parmi la liste de troubles et d’affections communiquée au paragraphe précédent (cf. Usages thérapeutiques), il n’en est aucun qui correspond à ce second méridien. Par exemple, nous ne lisons nulle part que l’huile essentielle de lavande aspic est bénéfique contre une diarrhée ou un ulcère intestinal. Cependant, tout comme le méridien du Poumon, un dysfonctionnement de celui du Gros intestin peut se traduire par des désagréments cutanés identiques. Ce méridien étant un transporteur, il est nécessaire que son débit soit bien réglé, afin de situer le transit entre la constipation d’une part et la diarrhée aqueuse d’autre part. Entre stase et extrême mobilité, il importe de trouver un équilibre qui, bien sûr, peut être rompu pour des raisons similaires à celles qui viennent perturber le méridien du Poumon. Des événements pénibles, désagréables, stressants, peuvent avoir chez certaines personnes des répercussions sur le colon. Un vécu psycho-émotionnel qu’on ne parvient pas à digérer pourra avoir pour conséquence une diarrhée, moyen violent et rapide mis en place par l’organisme afin de se débarrasser au plus vite de quelque chose qui nous apparaît comme indésirable, toxique, etc. Donc, l’intérêt de l’huile essentielle de lavande aspic sur le méridien du Gros intestin est de retrouver, si vous l’avez perdu, votre calme, ainsi que de le conserver.
A l’inverse, la peur de manquer peut se cristalliser par quelques désordres digestifs comme, par exemple, la constipation, qui est, en soi, une forme de rétention. En ce cas, on fera intervenir la lavande aspic, mais non sous forme d’huile essentielle, mais en en faisant un usage phytothérapeutique, parce que par ce biais il a été remarqué que la lavande aspic avait une action profitable sur l’atonie des voies intestinales. Dans ce dernier cas, psycho-émotionnellement parlant, l’huile essentielle de lavande aspic permet de relâcher les tensions.

Modes d’emploi

  • Infusion de sommités fleuries. A l’occasion, rappelons la recette des cinq fleurs sudorifiques et diurétiques, bien utile en cas de grippe, affection durant laquelle il est souhaitable d’exonérer les voies d’excrétion des toxines qui les encombrent : lavande aspic (10 g), souci (5 g), bourrache (5 g), genêt (5 g) et pensée sauvage (5 g)
  • Teinture
  • Macération acétique
  • Bain
  • Huile essentielle : voie orale, voie cutanée, olfaction, inhalation, diffusion atmosphérique

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte et séchage : on coupe les tiges fleuries à l’été, lorsque les fleurs sont à peine écloses. Si vous possédez une faucille, servez-vous en, c’est l’instrument idéal. La dessiccation se réalise très facilement et la lavande aspic présente l’intérêt de ne rien perdre de sa vigueur une fois sèche. Cazin indique que « celle qu’on récolte dans les terrains secs, pierreux, arides, est plus active » (4), une information qui ne doit nullement nous étonner.
  • L’huile essentielle de lavande aspic doit s’employer avec prudence, en particulier durant les trois premiers mois de grossesse, le camphre étant neurotoxique et potentiellement abortif. Mais notons qu’il faut faire attention à l’origine de cette huile. Par exemple, celle qui provient du Portugal peut afficher un taux de cétones compris entre 50 et 70 % ! A ce niveau, ça n’est plus du tout la même farine, et une telle huile utilisée sans discernement pourrait poser des problèmes. De même que l’huile essentielle de romarin officinal, celle de lavande aspic est sujette à d’importantes variations biochimiques. Dans le cas d’une huile essentielle de lavande aspic comportant un raisonnable taux de camphre (10 %), on la proscrira tout de même chez l’enfant de moins de 36 mois, mais on n’en évitera pas l’usage en cas de geste d’urgence où elle peut alors, bien sûr, être employée en première intention. Il n’est pas question de pinailler lors de piqûres, morsures, brûlures. Dans tous les autres cas, cette huile essentielle gagne à être diluée dans des huiles végétales qui travaillent de concert : huile végétale de rose musquée du Chili, macérât de millepertuis (huile rouge), de souci, d’arnica, etc., ce qui explique parfaitement sa présence au sein de compositions magistrales telles que le vulnéraire du Codex ou bien le baume tranquille. Enfin, faisons remarquer que le linalol est une molécule porteuse d’un potentiel allergisant.
  • Autres usages : la parfumerie et la savonnerie se sont emparées de l’huile essentielle de lavande aspic, ainsi que, et cela depuis fort longtemps, la médecine vétérinaire (gale, ecchymose, seime, etc.).
    _______________
    1. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 37
    2. Ibidem, p. 34
    3. La lavande mâle n’a pas démérité de son surnom d’aspic qui fait bien évidemment référence au serpent du même nom, Vipera aspis. Autrefois, les campagnards frottaient de lavande aspic les animaux mordus par cette vipère. Notons qu’aspis, en grec, signifie « bouclier ». La lavande aspic en est un contre ce serpent.
    4. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 528

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La verge d’or (Solidago virga aurea)

Synonymes : solidago, solidage, gerbe d’or, herbe des juifs, baguette d’Aaron, bâton d’Aaron.

Bien qu’étant originaire d’Europe et d’Asie, la verge d’or est passée complètement inaperçue des Anciens. Le premier à l’évoquer comme simple médicinal sera le médecin catalan Arnaud de Villeneuve (1240-1311) qui, si l’on en croit ce qu’on dit de lui, aura employé à bon escient cette plante qu’il devait bien connaître, en consignant les effets les plus évidents : « Arnault de Villeneuve dit qu’un gros [environ 4 g] de poudre de verge d’or, infusé du soir au matin dans un petit verre de vin blanc, continué 12 ou 15 jours, brise la pierre dans la vessie !… », raconte Cazin en 1858, une prouesse qui le laisse pour le moins dubitatif, s’empressant d’ajouter que « l’oubli dans lequel est tombée cette plante s’explique par de telles exagérations » (1). Pourtant, Joseph Roques que Cazin cite dans sa monographie consacrée à la verge d’or n’en disait pas moins qu’Arnaud de Villeneuve. Par ailleurs, ce même médecin catalan employait la verge d’or en cataplasme sur les ulcères de jambe. Perspicace, il a mis en évidence les deux principales propriétés de la verge d’or : ses actions vulnéraires, astringentes et cicatrisantes d’une part, et celle diurétique d’autre part. C’est dire si elle ne porte pas le nom de solidage par hasard. Ce mot est issu du verbe latin solidare, autrement dit : affermir, consolider. En raison de ses propriétés vulnéraires, elle consolide, elle rend entier. C’est une référence explicite à son pouvoir de guérison des plaies. Solidago, terme forgé par Otto Brunfels au XVI ème siècle se destina un temps à la pâquerette avant d’échoir à la verge d’or. Avec raison !
Aux XV ème et XVI ème siècles, les médecins allemands prisèrent fort la verge d’or et ne tarirent pas d’éloges sur la capacité de cette plante à refermer les plaies mêmes internes, ainsi que son pouvoir lithontriptique (= « briseur de pierre »). Alors qu’en 1554 Matthiole ne la décrit que brièvement, en 1546 Jérôme Bock place la verge d’or et la sanicle (qui était alors une panacée) sur le même pied d’égalité. La sanicle, très réputée dans les contrées germaniques bien avant Jérôme Bock, présente, en effet, un portrait thérapeutique presque identique à celui de la verge d’or, à l’exception de ses actions curatives sur la sphère vésicale et rénale. En France, au tout début du XVII ème siècle, Olivier de Serres fait de la verge d’or une jolie description dans son Théâtre d’agriculture. Au XVIII ème siècle, le Dictionnaire de Trévoux n’oublie pas la verge d’or, « tout à la fois vulnéraire et diurétique, propre pour le calcul et pour la dysenterie », non plus que les illustres Carl von Linné et Pierre-Jean-Baptiste Chomel qui la décrivent comme l’un des plus utiles végétaux. En 1731, le médecin allemand Johann Christoph Lischwitz fait valoir la valeur hémostyptique de la verge d’or sur l’hémoptysie et l’ulcère de l’urètre. Puis, peu à peu, on se désintéresse de cette plante « presque inusitée aujourd’hui, bien qu’elle ne soit pas dépourvue de propriétés », écrira Cazin en 1858 (2). C’est une longue traversée du désert qui attend la verge d’or, malgré son indéniable réputation d’astringente, de vulnéraire et de diurétique qui mena les hommes à l’utiliser à travers une foule de maux (hémorragie utérine, néphrite, hydropisie, catarrhe vésical, gravelle (= lithiase), etc.). Pourtant, elle n’est pas entrée dans la composition du faltrank (ou vulnéraire suisse) pour rien, mais bon, non, la verge d’or ne déchaîne plus les passions, enfin, jusqu’à ce que… « Beaucoup de choses renaîtront, qui étaient depuis longtemps oubliées », proclamait le poète Horace… jusqu’à ce que Duché, en 1886, la prescrive dans l’anurie et la dysurie, et surtout Leclerc qui rapprochait la verge d’or de la bruyère, ce qui n’est pas rien !

La verge d’or est une plante herbacée vivace possédant un rhizome pivotant, parfois profond (jusqu’à un mètre), duquel s’érige une forte et épaisse tige rougeâtre, voire violacée, dont la taille oscille entre 30 et 100 cm. Ses feuilles basales, larges et ovales, sont dotées d’un pétiole dentelé, alors que les feuilles supérieures, plus étroites, n’en possèdent pratiquement pas et se mêlent à l’épi floral, une grappe de capitules jaune d’or qui apparaît entre juillet et octobre, faisant le régal des abeilles durant une bonne partie de l’automne. Étant une astéracée, la verge d’or présente des « fleurs » composées : des fleurs centrales à cinq pétales cernées par une douzaine de fleurs ligulées tout au plus.
C’est une plante commune, tant en plaine qu’en montagne. On la trouve au soleil ou à mi-ombre sur sols secs et sablonneux, rocailles, rochers, landes, clairières, bois secs, terrains vagues, etc.

La verge d’or en phytothérapie

La racine de la verge d’or contient essentiellement de l’inuline (comme de nombreuses autres Astéracées), ainsi que des saponines. Mais, quoi qu’en disent certains, la partie souterraine de la verge d’or n’est pas celle qui a, de tous temps, fait le plus d’émules. Pour s’en convaincre, un coup d’œil jeté aux recettaires nous renseigne : ce sont les sommités fleuries qui représentent le gros des troupes, quelquefois les feuilles seules. Les parties aériennes fleuries de cette plante nous offrent grande quantité de tanin, du mucilage, des flavonoïdes, des acides (acétique, salicylique), des hétérosides phénoliques (virgauréoside A, leiocarposide), enfin quelques trace d’une essence aromatique dont la composition biochimique me semble assez proche de celle d’une autre verge d’or, Solidago canadensis. Voici quelques chiffres concernant l’huile essentielle extraite de cette dernière plante :

  • Monoterpènes (dont alpha-pinène : 13 % ; limonène : 11 % ; béta-myrcène : 10 %) : 50 %
  • Sesquiterpènes (dont germacrène D : 30 %) : 40 %
  • Esters : 3 %

Si l’on considère que le Solidago virga aurea et le Solidago canadensis possèdent des propriétés phytothérapeutiques assez équivalentes, nous verrons que l’huile essentielle de Solidago canadensis s’en distingue nettement.

Propriétés thérapeutiques (S. virga aurea)

  • Draineuse rénale, diurétique éliminatrice de l’acide urique, antiseptique et sédative des voies urinaires
  • Draineuse hépatique, cholérétique
  • Digestive, carminative, antidiarrhéique
  • Astringente, vulnéraire, cicatrisante, adoucissante
  • Antifongique
  • Anti-allergique

Usages thérapeutiques (S. virga aurea)

  • Troubles de la sphère vésico-rénale : néphrite, néphrite chronique, colique néphrétique, mal de Bright, lithiase (rénale et urinaire), urine sédimentaire, oligurie, dysurie, albuminurie, phosphaturie, hématurie, cystite, colibacillose, incontinence urinaire, urétrite, goutte, rhumatisme, arthrite
  • Troubles de la sphère hépatobiliaire : insuffisance hépatique, ictère, lithiase biliaire, diabète
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : entérite (y compris chez le nourrisson), entérocolite, entéralgie, dysenterie, diarrhée (y compris celle des tuberculeux et des jeunes enfants), gastro-entérite (chez l’enfant)
  • Affections cutanées : plaie, ulcère, ulcère de jambe, brûlure, piqûre d’insecte, eczéma chronique
  • Affections bucco-dentaires : ulcère buccal, stomatite, relâchement gingival, gencives saignantes
  • Affections ORL : maux de gorge, toux, sécrétions nasales chroniques, rhinite allergique
  • Hydropisie, obésité, cellulite
  • Mycose vaginale (candidose)

Propriétés thérapeutiques (HE S. canadensis)

  • Antispasmodique cardiovasculaire, hypotensive
  • Régulatrice du système nerveux autonome
  • Anti-inflammatoire (petit bassin, reins)
  • Draineuse hépatique et rénale
  • Apaisante

Usages thérapeutiques (HE S. canadensis)

  • Troubles de la sphère cardiovasculaire et circulatoire : hypertension, artérite, endocardite, péricardite
  • Dystonie neurovégétative
  • Douleurs articulaires
  • Nervosisme

Modes d’emploi

  • Infusion de sommités fleuries
  • Décoction de sommités fleuries
  • Alcoolature
  • Teinture-mère
  • Sirop
  • Cataplasme de feuilles fraîches
  • Huile essentielle : voie interne, voie externe, inhalation, olfaction, diffusion atmosphérique

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : elle se déroule lors de la floraison, laquelle est fonction du climat et de l’altitude. La verge d’or poussant jusqu’à 2800 m d’altitude, on comprend que la floraison des spécimens montagnards est plus tardive. En règle générale, la verge d’or se cueille entre juillet et octobre. Son séchage ne demande pas de soins particuliers.
  • Autres espèces : elles sont nombreuses. Seul le S. virga aurea est indigène, mais aujourd’hui on rencontre sur le territoire française d’autres espèces. C’est le cas du S. canadensis dont nous avons parlé plus haut. Comme son nom l’indique, il provient d’Amérique septentrionale et a été introduit en France en 1648. Autre solidage américain : S. gigantea. Arrivé en France en 1758, il s’est rapidement implanté comme espèce potentiellement invasive.
    _______________
    1. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 977
    2. Ibidem, p. 976

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La matricaire (Matricaria recutita)

Synonymes : petite camomille, camomille commune, camomille sauvage, camomille matricaire.

D’autorité, le docteur Cazin nous informe qu’on « doit rapporter à cette plante tout ce qu’on trouve dans les anciens sur la camomille » (1) que je ne qualifierai pas d’allemande tant cet adjectif est par trop réducteur. Appelons un chat un chat. Ici, il sera question de matricaire, une plante qui tire son nom du latin matrix, faisant bien évidemment référence à la matrice féminine. La matricaire est donc une autre plante de la femme (et pas seulement de la mater, la mère). D’ailleurs, le Dictionnaire botanique et pharmaceutique de 1716 n’écrit-il pas que « son principal usage est pour les maladies froides et venteuses de la matrice » ? Simon Paulli (1603-1680) n’indique-t-il pas la matricaire, associée à la camomille romaine et à l’armoise vulgaire, pour les femmes sujettes aux vapeurs ? Bien avant cela, Dioscoride évoquait les propriétés emménagogues d’une plante s’apparentant à la matricaire. Mais le parthenion de Dioscoride ne s’attache pas qu’à la sphère gynécologique, loin s’en faut. En relation avec ses propriétés vésico-rénales, il est diurétique, élimine les calculs. Cholagogue, il intervient sur certaines affections du foie. Un siècle plus tard, Galien met à profit la matricaire dans les algies et les fièvres. Il faut dire que cette plante est fébrifuge, et c’est avec raison qu’elle est nommée febrifuga dans le Capitulaire de Villis. Febrifuga, ça veut dire qu’elle chasse la fièvre. Et la matricaire s’y connaît pour repousser tout type de choses, un aspect que les anciens Égyptiens n’omirent pas de lui concéder, consacrant cette plante au dieu Soleil. Ce qu’écarte la matricaire, c’est essentiellement la vermine, les poux, les mites, ainsi que d’autres insectes encore. Elle éloigne aussi les miasmes de la mort, à tel point qu’une chair avancée dans la putréfaction en perd l’odeur à son contact, une chose qui m’a profondément perturbé quand je l’ai apprise, car si j’ai toujours été admiratif du parfum de l’huile essentielle de camomille romaine, celui de l’huile essentielle de matricaire m’a, durant longtemps, rebuté par les relents nauséeux de fruits en décomposition, pourrissant, que je reniflais à même le flacon, le seul que j’ai jamais possédé et que je tiens tout près de moi alors que je rédige cet article. Pourtant, elle avait tout pour me séduire : une couleur qu’on ne voit pas tous les jours, une composition biochimique à l’avenant. Aujourd’hui, je peux ouvrir ce flacon sans rechigner. Je ne l’ai pas bêtement jeté (T’es fou ? T’as vu le prix ?) ou donné à quelqu’un. C’est moi qui me le suis procuré un jour, pour une raison qui sans doute m’a échappé. C’est pourquoi je suis assez peu d’accord avec certains olfactothérapeutes ou bien des personnes qui ne le sont pas et n’y connaissent pas grand-chose : ces personnes conseillent de ne prendre en considération que les odeurs aimées, de rejeter les autres, attitude stupide et contre-productive s’il en est. J’ai haï l’huile essentielle de niaouli que je trouvais puante il y a 10 ans. Aujourd’hui, je la trouve tout juste supportable olfactivement parlant. Et un problème bien plus complexe s’impose à moi avec l’huile essentielle d’arbre à thé que je ne puis toujours pas digérer ; mais je reviens à elle de temps à autre et, chose remarquable, c’est l’une des rares huiles essentielles que je n’ai pas abordée sur le blog. C’est un signe. Je ne rejette rien. Je n’appartiens pas à cette tribu de personnes qui se gargarisent chaque jour d’un verre de « lâcher-prise ». La devise du blog est là pour rappeler que je suis des sentiers peu fréquentés mais dans lesquels, néanmoins, je recherche l’équilibre. Ainsi, repousser ce qui déplaît, c’est annoncer à la Lune qu’elle ne possède pas une face non visible de nous depuis la Terre. Si l’on devait mettre un joli petit mouchoir sur toute chose déplaisante, où irions-nous, je vous le demande ? Aussi, et pour le dire très clairement, à l’ouverture et à l’olfaction d’un flacon d’huile essentielle quel qu’il soit, s’il y a rejet, ça n’est pas la faute de l’huile essentielle en question. Si problème il y a, il est de notre côté, chose que ne veulent surtout pas comprendre les béni oui-oui de l’aromathérapie, lesquels vous dirons doctement (la blague !) : « Cette huile essentielle n’est pas pour toi », plutôt que d’aider à apprendre la raison de ce rejet. Et ainsi perpétuer l’idée ridicule selon laquelle l’aromathérapie serait une « médecine douce ». Si l’on fait comme ces pleutres, douce, elle peut l’être. Mais, en ce qui me concerne, j’ai pour habitude de plonger dans la merde, et plutôt deux fois qu’une. Bref. Fin de l’incise.

Au Moyen-Âge, on croit retrouver la matricaire dans les écrits d’Hildegarde de Bingen. Ce n’est probablement pas de là qu’on a appelé la matricaire « camomille allemande ». Le capitulaire carolingien y est peut-être pour quelque chose, mais vue l’étendue de l’empire de Charlemagne aux VIII ème – IX ème siècles, il est permis d’en douter : il est bien plus vaste que l’Allemagne actuelle. La matricaire, très cultivée en Allemagne et en Europe de l’Est, l’est aussi dans les Balkans et en Égypte. Alors pourquoi pas « camomille grecque » ou « camomille égyptienne » ? Peut-être sont-ce les regards que firent peser Jérôme Bock et Tabernaemontanus, deux « Germains », sur la matricaire qui donna à cette plante son surnom de camomille allemande. En tous les cas, les deux hommes, bien que distants d’un siècle, s’entendirent pour lui accorder des vertus digestives et vulnéraires et, Lazare Rivière, un Français, remit au goût du jour ses qualités fébrifuges. Ajoutons à cela que le Petit Albert propose une recette « pour se préserver de la goutte : Ce mal est causé par Saturne. Prenez à l’heure de Mars, ou de Vénus, l’herbe nommée matricaria, que vous pilerez et mêlerez avec le jaune d’un œuf cuit, en façon d’omelette, et mangez-en à jeun, cela vous préservera tout à fait de la goutte » (2), une observation fort docte puisque les affections par rétention relèvent essentiellement de la planète Saturne et l’on accorde à la matricaire de pouvoir parfois dissiper les points douloureux de la goutte, mais, comme le souligne le docteur Leclerc, « si elle ne sidère pas complètement la douleur, elle l’émousse dans de fortes proportions » (3).

Si la matricaire s’y entend pour chasser, elle attire aussi sur ceux qui en ont besoin des bénéfices certains. Aussi n’est-ce pas un hasard si cette plante voisine des habitations était régulièrement semée aux abords des maisons. Protectrice, son infusion permettait la lustration des propriétés. Attractive et répulsive, la matricaire « macérée dans du vin donne une boisson qui neutralise l’effet de la piqûre des serpents » (4), elle constitue, en outre, une excellente « consolation des hypocondriaques » (5), une recommandation que l’on retrouve quelque peu dans l’élixir floral de matricaire qui apaise les tempéraments agités, les enfants à l’humeur changeante, ceux qui pleurent et se vexent facilement.

La matricaire que, bizarrement, l’on surnomme « petite camomille » est bien plus haute que la camomille romaine, puisqu’elle atteint sans peine une taille de 50 cm. En revanche, elle est annuelle. Ses tiges rondes et dressées, particulièrement rameuses, portent des feuilles découpées en forme de filaments. Ses caractéristiques fleurs capitulaires se distinguent de celles de la camomille romaine, en cela que le cône de fleurs tubulées jaunes est beaucoup plus bombé que chez la romaine où il est davantage aplati. Autre critère de distinction : les ligules blanches et stériles de la matricaire s’arquent vers le bas en cours de floraison, laquelle a généralement lieu entre mai et août, répandant un parfum fort et marqué.
Très commune en Europe, la matricaire est également présente sur d’autres continents (Asie, Afrique, Amérique du Nord). En France, l’on aura toutes les chances de la découvrir sur des sols pauvres en calcaire. Parmi ses divers domiciles, elle compte les lieux incultes (terrains vagues, pierreux et rocailleux, décharges), les abords des champs cultivés (quand elle ne pénètre pas à l’intérieur), les prés et les clairières, les bordures de chemins. Il lui arrive même de s’aventurer le long des ruelles de villages.

La matricaire en phyto-aromathérapie

Pour le phytothérapeute, seuls comptent les capitules de la matricaire. On y trouve des substances courantes : tanin, résine, mucilage, lévulose, acide salicylique, flavonoïdes (apigénine, rutine, lutéoline, anthémidine), acides (oléique, palmitique, stéarique, cérotinique). D’autres qui le sont moins dans ces pages : triacontane, choline, acide anthémique. Une coumarine du nom d’ombelliférone rapproche la matricaire de la piloselle épervière.
Pour l’aromathérapeute, le capitule a aussi son importance car c’est de lui qu’on extrait l’huile essentielle de matricaire au rendement un peu plus élevé que celui de camomille romaine (0,8 à 1 %). Assez épaisse, cette huile est tout d’abord bleu foncé, puis elle verdit et brunit à la lumière et par l’influence de l’oxydation de l’air. Sa composition biochimique l’éloigne de beaucoup de la camomille romaine, quand bien même on confond fréquemment ces deux plantes :

  • Oxydes sesquiterpéniques (dont oxyde de bisabolol A, oxyde de bisabolol B, oxyde de bisabolone) : 50 %
  • Sesquiterpènes (dont béta-farnesène et chamazulène, responsable de la couleur bleue de cette huile essentielle) : 40 %
  • Sesquiterpénols : 6 %
  • Monoterpènes : 1 %

Propriétés thérapeutiques

  • Anti-inflammatoire puissante, antalgique, analgésique, antispasmodique (sur ces deux dernières propriétés, on a remarqué que la matricaire agit plus rapidement et constamment que la camomille romaine), antirhumatismale
  • Anti-infectieuse : antivirale (herpès génital), antifongique (Candida sp.), antibactérienne, bactériostatique (à la dose de 0,0005 % sur Helicobacter pilori, Staphylococcus aureus, Proteus vulgaris), antiparasitaire (pédiculicide)
  • Apéritive légère, digestive, carminative, stomachique, cholagogue, désobstruante hépatique
  • Sédative et calmante de la tension nerveuse, relaxante, inductrice du sommeil
  • Fébrifuge, sudorifique
  • Diurétique
  • Emménagogue
  • Cicatrisante, vulnéraire

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : dyspepsie, digestion lente et difficile, gastrite, ulcère gastrique, infection de la muqueuse gastrique (Helicobacter pilori), colite, crampe gastrique, ballonnement, spasmes digestifs, colique et colique du nouveau-né, nausée, nausée matinale de la femme enceinte, acidité gastrique, gastralgie, hernie hiatale, parasites intestinaux (oxyures, ascaris)
  • Troubles gynécologiques : aménorrhée, dysménorrhée, spasmes utérins, règles douloureuses, prurit vulvaire, métrorragie, seins et mamelons douloureux
  • Affections bucco-dentaires : douleurs dentaires, gingivite, stomatite, inflammation buccale
  • Troubles locomoteurs : douleurs rhumatismales, élongation, crampe et contracture musculaire, hernie discale
  • Troubles de la sphère respiratoire + ORL : asthme allergique, rhume des foins, rhinite allergique, otite
  • Affections cutanées : plaie infectée, plaie variqueuse, ulcère, ulcère de jambe, eczéma (sec, ancien, atopique), coupure, morsure, piqûre, écorchure, brûlure, gerçure, crevasse, furoncle, urticaire, acné, psoriasis, pityriasis, démangeaison, irritation du cuir chevelu, teigne, poux
  • Migraine et maux de tête d’origine nerveuse, stress, irritabilité, asthénie nerveuse, surmenage intellectuel
  • Cystite, spasmes vésicaux
  • Hémorroïdes, fissure anale
  • Fièvre intermittente, grippe

Modes d’emploi

  • Infusion de capitules
  • Décoction de capitules (pour un bain, par exemple)
  • Poudre de capitules secs mêlée à du sucre
  • Cataplasme de capitules frais
  • Teinture-mère
  • Huile essentielle : voie interne, voie externe, olfaction, inhalation, diffusion atmosphérique
  • Hydrolat aromatique : il constitue une bonne alternative à l’huile essentielle qui est relativement onéreuse. On lui prête les propriétés suivantes :
    – Antispasmodique : stress, émotivité, troubles du sommeil, digestion difficile, spasmes digestifs
    – Anti-inflammatoire : démangeaisons et irritations cutanées, acné, psoriasis, eczéma, irritations oculaires, conjonctivite, nettoyage des yeux et des paupières
    – Antifongique : candidose buccale
    – Astringent, adoucissant : hypersensibilité des peaux sèches, feu du rasoir, irritation du cuir chevelu, coup de soleil

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : elle se déroule à l’été (juin-juillet) par temps sec. On cueille les capitules à peine éclos.
  • Séchage : les capitules doivent être séchés rapidement. On prendra soin de bien les étaler et non de les entasser en couche épaisse, sans quoi cette proximité les fait fermenter. Une fois bien secs, on les conserve dans des boîtes hermétiques afin de les garder de la lumière et de l’humidité.
  • L’huile essentielle de matricaire ne présente pas d’inconvénient aux doses physiologiques normales. Seules les personnes potentiellement allergiques prendront l’initiative de faire un test cutané avant tout emploi étendu. On l’évitera aussi durant les trois premiers mois de grossesse. Enfin, attention à la matricaire (en usage phytothérapeutique) chez les sujets nerveux et sensibles : elle peut provoquer une excitation générale et de l’insomnie.
  • Associations : souhaite-t-on renforcer l’effet sudorifique de la matricaire lors d’une grippe, par exemple ? On fera intervenir tilleul, bouillon-blanc, sauge officinale, sureau. Recherche-t-on des effets stomachiques et carminatifs ? Menthe verte, menthe poivrée, carvi, anis, fenouil seront les parfaits alliés de la matricaire.
  • Soins capillaires : la décoction de capitules comme eau de rinçage sur les cheveux blonds permet d’obtenir des reflets dorés.
  • Insectifuge : les capitules de matricaire, placés dans de petits sachets de tissu comme on le fait de la lavande, font fuir les mites loin des placards et du linge de maison.
    _______________
    1. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 569
    2. Petit Albert, p. 405
    3. Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 212
    4. Macer Floridus, De viribus herbarum, p. 100
    5. Pierre Lieutaghi, Le livre des bonnes herbes, p. 141

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La camomille romaine (Chamaemelum nobile ou Anthemis nobilis)

Camomille romaine à l'état sauvage

Camomille romaine à l’état sauvage

Synonymes : camomille officinale, camomille noble, camomille odorante.

Imaginez un peu qu’aujourd’hui encore on fait la confusion entre la camomille romaine et celle que l’on désigne par l’épithète d’ « allemande », autrement dit la matricaire (Matricaria recutita). Cette erreur fut commise par des thérapeutes et non des moindres, ce qui rappelle l’imbroglio plus récent concernant ravintsara et ravensare. Aussi comprendrons-nous à quel point il est difficile de se dépêtrer d’informations relatives à ces deux camomilles quand elles nous imposent une distance de plusieurs siècles ou, plus ardu, de plusieurs millénaires. On dit que la camomille romaine était connue des Grecs (Dioscoride évoque le cas d’un parthenion apte à soigner jaunisse, calculs, accès fébriles et troubles oculaires) et, qui plus est, des Romains. Avec un nom pareil, quoi de plus naturel ? Aussi, quand il est écrit que Galien la préconisait au II ème siècle de notre ère contre les maux de tête, les migraines, les névralgies et les coliques, personne ne bronche car ces indications sont toutes du ressort de la romaine. Quand ce même Galien assure que les anciens Égyptiens l’auraient dédiée au dieu Soleil de par son efficacité à lutter contre les fièvres et les accès de chaleur, là encore, personne ne bouge une oreille. Pensez donc, Galien, l’un des plus grands médecins après Hippocrate ! De même, lorsqu’on lit chez Macer Floridus que l’Anthemis était vantée par Esculape (l’équivalent romain d’Asclépios), plus aucun doute n’est permis : la camomille dont on parle est bien la camomille romaine ! Euh… en fait, non. Celle qu’on croit être, à tort, la romaine dans les textes antiques, ne l’est pas, l’Anthemis nobilis étant inconnue de l’Antiquité gréco-romaine, et cette assertion n’est pas avancée à l’absence de toute preuve, bien au contraire. Pour cela, invitons la camomille dite allemande afin de donner davantage de contraste à nos propos. Par camomille allemande, on pourrait s’attendre à une plante relativement septentrionale, et par camomille romaine à une plante méridionale. Or, c’est l’exact inverse qui est vrai ! Aujourd’hui courante un peu partout en Europe, la camomille allemande, la matricaire donc, originaire des régions méditerranéennes, « est si abondante en Grèce qu’en mars-avril, l’atmosphère, aux environs de l’Acropole, en est toute parfumée » (1). A l’inverse, la camomille romaine est une plante qui, en France, est présente surtout à l’Ouest et au Centre, puis qui se raréfie ou devient inexistante au fur et à mesure que l’on progresse plus avant dans les terres. Au-delà de l’Auvergne, il est rare de rencontrer la camomille romaine au naturel. La romaine est atlantique (largement répandue en Espagne, au Portugal, en Grande-Bretagne), alors que l’allemande est méditerranéenne ! L’une s’est déployée en suivant la course du soleil, l’autre en allant à rebours ! Tout les opposerait donc ? Si l’on estime que la romaine est poilue, l’autre glabre, oui. Si l’on considère que l’allemande est annuelle et l’autre vivace, deux fois oui. Et si la romaine porte cet épithète, c’est parce que, implantée plus à l’est, échappée des jardins, « c’est dans ces dernières conditions que Joachim Camerarius la rencontra dans la campagne romaine et lui donna le nom de camomille romaine » (2) en 1588, un nom qui lui est finalement resté. Si l’on pense difficile de distinguer les deux espèces dans les textes antiques, cette appréhension n’a pas lieu d’être. La camomille romaine n’étant pas une plante originaire du midi, il est somme toute normal que les anciens Grecs et Romains ne l’aient pas connue et qu’ils ne nous aient, par conséquent, rien transmis à son sujet. Si l’Antiquité égyptienne consacre une camomille au Soleil, si l’Antiquité gréco-romaine fait référence à une camomille, il ne peut en aucun cas s’agir de la romaine qui, même ignorée au Moyen-Âge, n’apparaît clairement dans les textes qu’à partir du XVI ème siècle. Par exemple, la febrifuga du Capitulaire de Villis (fin VIII ème – début IX ème siècle) ne peut être la camomille romaine. Sans doute s’agit-il de la matricaire, mais rien n’est bien certain à ce sujet.
Ainsi, quand l’auteur anonyme du Carmen de viribus herbarum conseille de récolter « sa » camomille au mois de juillet, il est permis de s’interroger à propos de son identité. Si je dis « lavande », on peut tous avoir en tête une image mentale qui différera d’une personne à l’autre. L’une pensera à l’aspic, l’autre à la stoechade, etc. Même constat chez Macer Floridus lorsqu’il parle de Chamomilla. Le bas latin Chamomilla émane du grec Khamaimêlon, terme forme de khamai (« qui vit près du sol », « qui est petit ») et mêlon, terme générique ne désignant pas que la pomme mais l’ensemble des fruits. C’est pourquoi on s’est hasardé à qualifier cette plante du nom littéral de « pomme de terre » (aucun rapport avec la patate ^_^), simplement du fait que la camomille est une petite plante portant des fruits, en fait des capitules floraux, à l’odeur de pomme. Ce que Macer dit de sa Chamomilla donne néanmoins des indices : il s’agit d’une petite herbe odorante, emménagogue et fébrifuge, ce qui correspond à la camomille romaine, mais il la dit aussi diurétique et antilithiasique, ce qu’elle n’est pas vraiment. Du côté d’Hildegarde de Bingen, on a affaire à une Metra. Anagramme de Mater, la « mère » en latin ? Ce qui nous propulse, au choix, du côté de la matricaire ou bien de la mutterkraut, « l’herbe à la mère » qui se trouve être la grande camomille, Chrysanthemum parthenium. Mais tout ceci n’est qu’un égarement de mon esprit fébrile face à l’insolubilité d’une telle question. Las. Selon Hildegarde, cette « camomille est chaude, elle a un suc agréable qui constitue un suave onguent pour les intestins » (3). Et, tout comme camomille romaine, matricaire et grande camomille, la Metra hildegardienne est emménagogue. De plus, elle intervient en cas de colique, d’affections cutanées, d’hémorragie et de douleur goutteuse, toutes affections, ou presque, relevant du domaine thérapeutique de la camomille romaine.

Loin de ces considérations, l’implantation de la camomille romaine sur la façade atlantique explique bien pourquoi elle fut une plante privilégiée par les Celtes, bien que le monde celte ne se réduise pas à ses extrémités océaniques, puisque, à l’apogée de son expansion (au II ème siècle avant J.-C.), il s’étendait de l’Ouest (Portugal, Irlande) jusqu’à l’Est, en bordure de Mer noire. Ce fut donc un remède druidique dont le souvenir s’est perpétué puisqu’elle fait partie des plantes sacrées du solstice d’été, très usitée par les Anglo-saxons lors de la Saint-Jean d’été, alors qu’ailleurs, où cette plante est inconnue, on accorde tout son intérêt à certaines de ses cousines telles que pâquerette et grande marguerite.

Soit qu’on lui préfère la variété « double » ou bien qu’on la confonde avec la matricaire, la camomille romaine est tombée dans une sorte de déshérence. De plus, « l’invasion » de substances extraites de pharmacopées lointaines a mis à mal la réputation de la camomille romaine. Mais tous les praticiens ne tombèrent pas dans le panneau qui consiste à croire que l’herbe est forcément plus verte chez le voisin. Ainsi, Lieutaud, sans chauvinisme, se penche sur le cas de la camomille romaine dans les années 1760 et met en évidence des propriétés qui ont toujours cours à l’heure actuelle : carminative, antispasmodique, fébrifuge, propre à soulager les douleurs goutteuses. Puis, au siècle suivant, Cazin la préconise comme tonique, calmante, digestive, fébrifuge également, insistant sur le fait qu’elle fut très employée comme fébrifuge indigène dont l’action est proche, selon maints auteurs, de celle du quinquina et, bien souvent, supérieure à l’écorce péruvienne.

La camomille romaine est une petite plante vivace dont la taille n’excède pas 30 cm, parfois moins, habituée à étaler et coucher ses tiges dès la base, ce qui fait qu’elles sont rarement dressées d’un seul tenant. Son feuillage, composé de feuilles divisées et très découpées, donne à cette plante une allure vaporeuse, un effet visuel en cela renforcé par la multitude de petits poils qui couvrent son feuillage, lui donnant une teinte vert blanchâtre. Solitaires, les fleurs se perchent sur de longs pédoncules. Mais, caractéristique propre aux Astéracées, elles n’en sont pas vraiment. Auparavant, l’on ne parlait pas d’Astéracées mais de Composées : les « fleurs » de la camomille romaine sont, en fait, des capitules constitués de deux types de fleurs : celles jaunes, tubulées et hermaphrodites formant un cône bombé au centre, le tout cerné par des fleurs ligulées blanches et femelles sur le pourtour.
Comme nous l’avons dit, la camomille romaine élit domicile à l’Ouest de la France (Indre, Mayenne, Maine-et-Loire, etc.), mais également au Centre (Île-de-France, Cher, etc.). Elle apprécie les sols sablonneux, salés parfois, ce qui explique sa présence sur le littoral océanique. On la cultive dans divers endroits du monde : Afrique du Nord, États-Unis, Argentine. En France, se concentre la majeure partie de la production hexagonale dans le Maine-et-Loire, près de Chemillé-Melay. Mais il s’agit bien évidemment là de la variété annuelle à « fleurs doubles », qu’il faut donc semer chaque année, alors que la camomille romaine sauvage se propage par marcottage : ses tiges couchées s’enracinent de loin en loin et forment alors de nouveaux plans (pour conquérir la planète, ah ! ah !).

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La camomille romaine en phyto-aromathérapie

Tout tient dans le capitule. Le reste de la plante est le plus souvent négligé. Le capitule, donc. Selon que la plante est sauvage ou cultivée, il se montre sous deux aspects : une simple couronne de ligules blanches dans le premier cas, une double couronne et une quasi absence de fleurons jaunes au centre dans le second. Le hic, c’est que la camomille romaine sauvage est suffisamment rare pour qu’on ne puisse en faire un emploi de grande envergure. Ainsi, c’est sous sa forme cultivée qu’on la rencontre le plus souvent en herboristerie et commerces apparentés, au dépend de ses propriétés, la version cultivée étant bien moins puissante que la sauvage. Il y a également tout lieu de penser que l’huile essentielle – qui est extraite de la plante cultivée – l’est beaucoup moins que celle que l’on obtiendrait si l’on distillait la camomille romaine sauvage.
Les capitules de camomille romaine développent un très agréable parfum. En revanche, leur saveur chaude et balsamique est particulièrement amère, chose qui tient à la présence de germacranolides (des lactones sesquiterpéniques). Mais la camomille romaine ne contient pas que cela : des flavonoïdes, de la résine, de la gomme, des phytostérols, un camphre du nom d’anthémol, des coumarines, divers sels minéraux (soufre, calcium), enfin une très faible fraction d’essence aromatique dont la distillation des capitules secs par la vapeur d’eau ne permet d’obtenir qu’un rendement de 0,4 à 1 %. Vous comprenez pourquoi l’huile essentielle de camomille romaine est si onéreuse. De pH acide (3,7), cette huile est tout d’abord de couleur bleu céleste à la sortie de l’alambic, mais air et lumière la rendent verte, puis jaune brunâtre. C’est ainsi qu’on la trouve dans les flacons de verre teinté vendus dans les commerces spécialisés. Dommage pour le bleu !… Si la couleur de cette huile essentielle évolue, son parfum se renforce : doux, fleuri, fruité, à l’évident arôme de pomme.
En terme de profil biochimique, cette huile essentielle est composée d’esters à hauteur de 75 % (angélates et isobutyrates), puis on y rencontre quelques cétones (5 %), des monoterpénols (5 %), enfin un peu de monoterpènes (3 %).

Propriétés thérapeutiques

  • Puissante sédative du système nerveux central, relaxante, anxiolytique, négativante, inhibitrice des surrénales, inductrice du sommeil
  • Anti-inflammatoire, antalgique, analgésique, pré-anesthésiante, antinévralgique, antirhumatismale
  • Stimulante de la production des leucocytes, tonique, anti-anémique
  • Apéritive, digestive, stimulante hépatobiliaire, carminative, cholagogue, stomachique, antiparasitaire intestinale
  • Désinfectante cutanée, cicatrisante, vulnéraire, régénératrice cutanée (derme, épiderme), antiprurigineuse
  • Antispasmodique puissante
  • Fébrifuge, sudorifique
  • Bactériostatique
  • Anti-allergique
  • Emménagogue
  • Anti-ophtalmique
  • Inhibitrice thyroïdienne

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : indigestion, nausée, vomissement, embarras gastrique, crampes d’estomac et d’intestins, colique (et colique du nouveau né), diarrhée, lourdeur digestive, ballonnement, manque d’appétit, flatulence, entérite, colite, maladie de Crohn, ulcère gastro-intestinal, parasitose intestinale (lamblias, oxyures, ascaris, ankylostomes)
  • Troubles de la sphère respiratoire + ORL : prémisse de rhume, bronchite, sinusite, trachéite, pharyngite, laryngite, otite, toux sèche
  • Affections cutanées : urticaire, eczéma, psoriasis, prurit, acné, furoncle, dartre, panaris, démangeaison, irritation et inflammation cutanées, engelure, gerçure, brûlure, coup de soleil, coupure, plaie, plaie infectée, ulcère, ulcère de jambe
  • Affections oculaires : conjonctivite, blépharite, paupières gonflées, orgelet
  • Troubles locomoteurs : rhumatisme, douleur goutteuse, douleur articulaire, crampes et contractures musculaires, sciatique, lumbago, entorse, foulure, courbature
  • Autres douleurs : maux de tête, migraine (d’origine digestive, infectieuse, gynécologique), névrite, névralgie faciale, douleurs et poussées dentaires
  • Troubles de la sphère cardio-circulatoire : couperose, arythmie cardiaque, palpitations
  • Troubles de la sphère gynécologique : aménorrhée, dysménorrhée, fatigue sexuelle féminine, frigidité
  • Asthénie, anémie, fatigue générale
  • Hygiène buccale, aphte
  • Syndrome des jambes sans repos (impatience)
  • Vertiges
  • Acouphènes
  • Préparation à une intervention chirurgicale

Propriétés psycho-émotionnelles et énergétiques

Si j’ai tendance à associer les esters à l’élément Eau, le référentiel électronique me rappelle que, en (petite) partie, ils relèvent aussi de l’élément Terre. Ces deux éléments nous dirigent droit vers deux méridiens : le premier, celui de la Rate/Pancréas, lié à la Terre, le second, celui de la Vessie, lié à l’Eau. Selon Michel Odoul et Elske Miles, l’huile essentielle de camomille romaine est bénéfique au méridien de la Vessie. Par ailleurs, Philippe Maslo et Marie Borrel indiquent que la camomille, sans préciser laquelle (tss), agirait comme tonifiante de l’énergie du méridien de la Rate/Pancréas. Voyons voir ce qu’il en est.

  • La faiblesse du méridien de la Rate/Pancréas s’exprime par une tendance à la rumination, à la contrariété et à la mauvaise humeur. Son action corporelle s’applique aux ovaires et à l’ensemble du tube digestif. Sommes-nous des vaches pour ruminer, alors que nous ne sommes garnis, contrairement à ces paisibles bovidés, que d’une seule panse ? Nous avons vu dans quelle mesure la camomille romaine était efficace sur un très grand nombre d’affections gastro-intestinales, ainsi que son implication sur les troubles gynécologiques, aménorrhée et dysménorrhée relevant d’une perturbation du méridien de la Rate/Pancréas. Par ailleurs, l’élément Terre qui régit ce méridien implique un rapport à la « matière » (le « tangible », le « réel ») : sa maîtrise, sa possession, sa domination, son pouvoir sur elle. Ou le contraire si jamais ce méridien ne fonctionne pas comme il le devrait. Dans ce cas, la propension à agir sur la gestion de la vie quotidienne s’en trouve réduite, les difficultés financières et professionnelles (autrement dit, ce qui permet d’asseoir son existence sur une base essentielle) augmentées. Tout cela peut occasionner inquiétude, stress, angoisse, toutes choses que l’huile essentielle de camomille romaine est capable d’endiguer afin de faire retrouver le calme nécessaire pour qu’une réflexion raisonnable s’instaure face aux problèmes rencontrés. De plus, la camomille romaine aide à lutter contre le sentiment d’abandon de soi-même, lequel peut prendre la forme de « blues », de mélancolie et de déprime, voire même de dépression légère.
  • Le second méridien, celui de la Vessie, est intimement lié à des émotions telles que peur, phobie et angoisse. Chocs nerveux et émotionnels, trauma affectif et hypersensibilité sont aussi de la partie. Quand il défaille, courage et sérénité cèdent le pas à l’inquiétude et à la panique. C’est alors l’immersion dans les énergies profondes et aqueuses qui peut déclencher un ensemble de troubles liés aux peurs nocturnes, viscérales et secrètes : cauchemars, insomnie et autres troubles du sommeil sont alors au rendez-vous. Ici, la camomille romaine a davantage une influence sur les vécus psycho-émotionnels et prend très peu en charge les troubles physiologiques imputables à une perturbation du méridien de la Vessie. En réalité, c’est l’autre méridien lié à l’élément Eau, celui des Reins, qui entre le plus fortement en résonance avec l’huile essentielle de camomille romaine.
  • Enfin, pour faire bonne figure, indiquons que les chakras de prédilection de l’huile essentielle de camomille romaine sont ceux du cœur et du plexus solaire, et ceux de la couronne et de la racine dans une moindre mesure.

Modes d’emploi

  • Infusion de capitules
  • Décoction de capitules ou de la plante entière fleurie (usage interne comme externe)
  • Poudre de capitules additionnée de sucre
  • Sirop
  • Macération vineuse (vin rouge de préférence), huileuse, acétique de capitules
  • Teinture-mère
  • Huile essentielle : diffusion atmosphérique, olfaction, inhalation, voie orale, voie cutanée
  • Hydrolat aromatique : gargarisme, vaporisation cutanée, voie orale

Sur la question de l’infusion : bien des auteurs mentionnent qu’elle doit être prise après les repas, ce en quoi s’élèvent des voix face à cette habitude : «  Il est déconseillé de boire cette infusion après les repas, comme le font tant de personnes âgées : la plante, par son action sur les muqueuses internes dont elle active les sécrétions et calme les spasmes, doit en effet trouver le champ libre pour le préparer à l’invasion alimentaire » (4). Cette prise doit avoir lieu 30 à 45 mn avant chaque repas. Maintenant que nous avons résolu la question du « quand ? », interrogeons-nous sur celle du « combien ? ». Pour la valeur d’une tasse d’eau (15 cl), la plupart des auteurs sont unanimes pour compter, en moyenne, quatre à six capitules, sauf Henri Leclerc qui considère cette quantité comme insatisfaisante. En réalité, le nombre de capitules par tasse d’eau dépend de l’usage que l’on souhaite en faire : 4 à 5 têtes pour une infusion apéritive, 10 à 12 pour une boisson fébrifuge. Ce qui justifie la prudence de beaucoup, c’est que, à haute dose, la camomille romaine est vomitive. Notons enfin que les effets de la camomille romaine diffèrent selon le mode de préparation : ainsi la décoction et la teinture sont toniques, alors qu’infusion et sirop procurent des effets excitants et antispasmodiques.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : les capitules se cueillent durant l’été par temps sec (une rosée résiduelle les noircirait lors du séchage), alors qu’ils ne sont ouvert qu’au ¾.
  • Séchage : il est délicat, doit s’opérer rapidement en un lieu sec et aéré.
  • Associations : afin de renforcer l’action fébrifuge de la camomille romaine, on peut la mêler à d’autres plantes qui visent le même objectif : petite centaurée, saule blanc, absinthe, quintefeuille, marrube blanc, benoîte, grande gentiane jaune. Le mieux étant, comme le soulignait Cazin, d’associer tant les principes amers, les astringents que les aromatiques. En revanche, la camomille romaine est incompatible avec le noyer, le quinquina et la plupart des drogues à tanin.
  • Par la grande fraction d’esters contenue dans l’huile essentielle de camomille romaine, celle-ci peut donc s’employer sans risque dans la limite des doses thérapeutiques et physiologiques, et ce quelle que soit la voie envisagée. Cependant, en cas d’usage au long cours et sur les peaux fines et fragiles, il est recommandé de diluer cette huile dans un support adapté. Les personnes allergiques à l’un des constituants de cette huile essentielle devront procéder par le test du pli du coude avant toute utilisation par voie cutanée. Dans tous les autres cas, rappelons que toute substance est susceptible, un jour ou l’autre, de poser problème si on en fait un usage inconsidéré. Il n’existe pas d’huiles essentielles sans risque d’un côté, et d’autres « dangereuses » de l’autre, comme on a assez souvent tendance à le lire çà et là, ce que je déplore. Durant la grossesse, l’huile essentielle de camomille romaine s’utilisera avec parcimonie à partir du quatrième mois.
  • La camomille romaine est une plante « soin » pour les autres plantes environnantes. Ce qui veut dire qu’elle leur rend vigueur. Ce qui explique sa présence au sein des engrais anthroposophiques.
  • Soins capillaires : la camomille romaine renforce la brillance des cheveux blonds et en avive la blondeur. Voici une recette simple de vinaigre de fleurs de camomille romaine qui peut parfaitement jouer le rôle de lotion capillaire : placez une poignée de fleurs dans un récipient hermétique pouvant contenir ½ litre de vinaigre de cidre. Laissez macérer trois semaines dans un lieu chaud ou pourquoi pas en plein soleil. A l’issue, filtrer et conservez en bouteille.
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    1. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 609
    2. Ibidem, p. 203
    3. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 73
    4. Pierre Lieutaghi, Le livre des bonnes herbes, p. 141

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Camomille romaine à l'état cultivé

Camomille romaine à l’état cultivé

Le bleuet des champs (Centaurea cyanus)

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Synonymes : bluet, blanéole, blavéole, blavette, barbeau, aubifoin, casse-lunettes, herbe au centaure, herbe de saint Zacharie.

Le bleuet, fleur des poètes dit-on… La mythologie nous raconte que Cyanos, l’enfant poète, chantait si bien les louanges de la Nature, qu’il fut métamorphosé en bleuet par la déesse Flore afin que l’on se souvienne de lui chaque année. En Russie, on retrouve un motif assez semblable. Un vieux conte nous explique qu’un homme fut séduit par une nymphe dans les épis d’un champ de blé. Afin de ne plus séduire, de ne plus être séduit, la nymphe changea cet homme en bleuet.
Chez les Celtes, le bleuet passait pour une plante protectrice, assurant la sécurité des habitations, des réserves de nourriture et des animaux pour une année entière, un usage qui s’est perpétué car bien plus tard, les bergères tressaient des couronnes de bleuet qui, une fois portées, assuraient la tranquillité de leurs troupeaux.
Le bleuet fut pour longtemps le seul apanage des poètes et des faiseurs de légendes, et ne fut convié au sein des officines que très tardivement, du temps d’Hildegarde affirment certains, mais je n’ai trouvé aucune trace d’un emploi de cette fleur bleue dans les écrits de l’abbesse. Si le bleuet apparaît clairement dans les Grandes Heures d’Anne de Bretagne, c’est à seul titre ornemental. Il faudra véritablement attendre le XVI ème siècle pour qu’on penche le premier regard médicinal sur le bleuet. Matthiole, sensible à la théorie des signatures, associa la couleur bleue de ses fleurs à une vision cristalline telle qu’elle peut l’être lors d’un ciel sans nuée : « Le bleuet qui représente avec son cœur sombre un œil bleu avec une pupille noire, est excellent pour la vue » (1).
Cazin écrivait qu’autrefois « on employait le bleuet contre une foule de maladies plus ou moins graves » (2), mais devant la faiblesse des données écrites à ce sujet, l’on peut en déduire que le bleuet était surtout un simple de la médecine populaire des empiriques, comme semble le suggérer l’auteur qui signe Botan : « Quelques rebouteux avisés s’en servent dans l’inflammation des reins et dans le rhumatisme et la goutte » (3). On rencontre aussi quelque incursion du bleuet chez les apothicaires qui proposaient, au XVII ème siècle, une eau de bleuet, dite « eau de casse-lunettes », sédative et fortifiante des yeux. On l’obtenait « en faisant macérer des fleurs pilées dans de la rosée ou de la neige fondue, que l’on distillait ensuite à la douce chaleur du bain-marie » (4).

Originaire du Proche-Orient, le bleuet s’est répandu en Europe car il a accompagné les céréales sur les chemins que l’homme leur a fait emprunter. Associé au coquelicot des champs de blé, le bleuet est une espèce végétale annuelle à germination hivernale qui répond encore aux doux noms de « mauvaise herbe » et d’adventice. Mais il est bien plus que cela, c’est aussi une messicole, un terme construit sur le latin messio, « moisson ». Après un usage massif et continu d’herbicides par l’agriculture intensive moderne, le bleuet a bien failli disparaître. Malgré cela, il reste relativement fréquent (je dis bien : relativement) dans les zones tempérées de l’hémisphère nord où il affectionne les terres incultes, les prés rocailleux, les cultures de céréales, bien sûr, de préférence sur sol acide et jusqu’à une altitude maximale de 1700 m. La survie du bleuet lui a été possible de par l’énorme quantité de graines qu’un seul pied est capable de produire : environ 300000 ! Il s’agit de petits akènes surmontés de petites arêtes, issus d’une floraison qui s’étend généralement entre le mois de mai et celui de septembre. Tubuleuse au début, la fleur de bleuet est alors violacée, rarement blanchâtre ou rosâtre. Puis, lors de l’éclosion, elle prend sa caractéristique couleur bleue et forme un capitule dont le diamètre varie de 15 à 25 mm. Léger et aérien, le bleuet est une plante assez ramifiée, aux longues feuilles très étroites, de couleur gris vert, duveteuses et dont l’odeur est désagréable quand elles sont froissées.

Les graines du bleuet des champs. Ne dirait-on pas de petits blaireaux à barbe ? :)

Les graines du bleuet des champs. Ne dirait-on pas de petits blaireaux à barbe ? :)

Le bleuet des champs en phytothérapie

On a toujours accordé la primauté aux fleurs du bleuet, ses feuilles et ses graines ayant été, au cours de son histoire thérapeutique, relégué au rang d’usages anecdotiques. La cyanine, c’est-à-dire le pigment qui donne sa belle couleur aux pétales du bleuet, peut-elle à elle seule justifier le fait qu’on ait occulté bien d’autres substances contenues, pour certaines d’entre elles, dans d’autres parties de cette plante ? Ne considérer du bleuet uniquement ses pétales d’un bleu azur explique-t-il qu’un personnage comme Cazin a dit de lui qu’il était presque inerte ? Il accorde à cette plante moins de dix lignes, c’est tout dire ! Pourtant, le bleuet n’est pas réductible qu’à un seul pigment végétal, puisqu’il recèle dans ses tissus du tanin, un principe amer du nom de centaurine (ou cnicine), du mucilage, des flavonoïdes, des composés acétyléniques, des anthocyanosides, mais ce sont surtout de grandes proportions de sels minéraux et d’oligo-éléments qui sautent aux yeux : 50 % de potassium, 9 % d’acide phosphorique, 6 % de magnésium et une quantité non négligeable de manganèse. « Il est vraisemblable qu’elle n’est pas si ‘inerte’ qu’on l’a prétendue », souffle Fournier dans les années 1940 (5). Et j’accorde à rejoindre l’avis du chanoine, en prenant uniquement compte du potassium et du manganèse que nous venons de citer. Le potassium, cardiotonique, est également un tonique musculaire dont l’implication dans le péristaltisme intestinal ne fait plus aucun doute. Il intervient aussi dans la régulation des glandes surrénales. Quant au magnésium, dont l’administration « renforce l’action des autres médications » (6), non seulement il favorise les fonctions hépatiques et rénales, mais il contribue également à la fixation des minéraux, du fer, des vitamines, etc. dans l’organisme. Toutes ces propriétés sont très loin d’être anodines, n’est-ce pas ? Ceci explique sans doute pourquoi, à l’exposé de ces quelques faits, le bleuet n’est pas que l’anti-inflammatoire oculaire qu’on le croit être toujours, bien qu’il me soit arrivé, à la lecture de certains ouvrages récents, de constater qu’on lui reniait même cette propriété ophtalmique qui a fait sa gloire !

Propriétés thérapeutiques

  • Anti-ophtalmique, anti-inflammatoire, décongestionnant oculaire
  • Diurétique léger, dépuratif
  • Digestif, laxatif léger (graines), cholagogue léger, renforce l’activité hépatique
  • Adoucissant cutané, astringent léger (resserre les pores des peaux grasses), tonique du cuir chevelu, rafraîchissant (épidermes sensibles), résolutif
  • Tonique, renforce la résistance aux infections
  • Fébrifuge
  • Antirhumatismal
  • Pectoral léger

Usages thérapeutiques

  • Troubles oculaires : conjonctivite, blépharite, inflammation et gonflement des paupières, orgelet, yeux fatigués, poches, cernes
  • Troubles bucco-dentaires : aphte, gingivite
  • Troubles cutanés : couperose, écorchure, ulcération, pellicules
  • Troubles locomoteurs : rhumatisme, arthrose
  • Troubles de la sphère hépatique : ictère, atonie hépatique
  • Troubles de la sphère respiratoire : toux, affections bronchiques
  • Digestion difficile
  • Ascite, hydropisie
  • Fièvre
  • Atonie rénale
  • Sénilité

Si l’on considère les précieux pouvoirs que procurent potassium et manganèse, on verra que n’apparaissent pas dans cette liste bon nombre d’affections qui en sont justiciables. Ce qui est fort dommage, j’en conviens. Mais la rigueur, sinon la prudence, est de mise. En tous les cas, il est permis d’affirmer que le bleuet a quitté le champ médical aussi promptement que celui de céréales…

Modes d’emploi

Certains auteurs conseillent de ne se livrer, avec le bleuet, qu’à un strict usage externe. Pensez donc, cette plante qui, d’aucuns disent, frôle l’inertie la plus totale, ne saurait faire de mal à une mouche si jamais elle était employée en interne, non ? Or, elle n’est pas si inactive que ça et il est tout à fait possible d’en faire un usage par voie orale.

  • Infusion et décoction (pétales ou plante entière) : pour absorption, lavage, bain de bouche, bain d’œil.
  • Macération : dans la bière, (si, si : on utilise l’excipient qu’on a sous la main ; ainsi faisait-on dans le nord de la France où, à une époque, l’activité vinicole était inconnue), dans le vin. J’ajoute qu’il est même possible de procéder à une macération dans l’huile (grasse ou sèche selon les besoins) et dans le vinaigre.
  • Alcoolature : en faisant macérer des pétales de bleuet dans de l’alcool, ne vous attendez pas à voir surgir la grande bleue de la bouteille : le pigment colorant – cette fameuse cyanine – est insoluble dans l’alcool. Cela ne ressemblera donc jamais à du curaçao, ah, ah ! En revanche, la cyanine est parfaitement soluble dans l’eau et s’altère très rapidement une fois que les pétales secs sont mal conditionnés. Je crois que le bleuet est photophobe.
  • Bon, sachons qu’il est aussi possible de faire macérer le bleuet dans l’eau. Voici une recette d’eau de beauté que j’ai découverte dans La pharmacie du bon dieu de Fabrice Bardeau
    – Fleurs de bleuet : 10 g
    – Pétales de rose : 10 g
    – Pétales de coquelicot : 5 g
    – Fleurs de bouton d’or : 5 g
    – Chélidoine : 5 g
    Monsieur Bardeau préconisait de faire macérer tout cela pendant quarante-huit heures à douce chaleur dans un litre d’eau de pluie (ça se trouve, mais dans quel état ?…) ou de rosée (amusez-vous bien !). Alors, comment faire ? La plupart des eaux d’adduction en France, quoi qu’on en dise, sont loin d’être propres (c’est le cas de le dire !) à la consommation courante, alors pour la confection d’un remède !… Et puis quoi ? L’eau avec laquelle je me lave les mains devrait-elle être de moins bonne qualité que celle que je destine à mes tisanes ? Mais avec toutes ces pollutions, celle de l’air, celle de l’eau, celle de la terre (merci beaucoup les herbicides débiles qui ont bouté hors des champs l’aimable bleuet et avec lui le coquelicot, lesquels forment avec le champ de blé doré au soleil, l’emblème de la France !) Je m’égare, et pas qu’un peu. Quoi que… Il est inadmissible de ne plus pouvoir compter sur l’intégrité des matières premières qu’une pratique classique de la phytothérapie suggère. « Mon eau d’adduction est nulle ! ». Je sais, la mienne aussi. Et chère, et alcaline, et calcaire, et dure, et elle pue le chlore et d’autres choses encore. Et l’eau en bouteille ? Ah oui, cela permet d’amener à nous une eau de bien meilleure qualité, au pH idéal, à la minéralisation la plus minime qui soit (faut bien choisir). Mais, il y a ce plastique, ce PET entre autres, dont les solvants migrent dans l’eau elle-même. Ah non, notre bonne eau n’est plus tellement bonne après un tel traitement. Je m’égare ? Je ne crois pas. Il était bien plus facile de « faire » de la phytothérapie au temps d’Hildegarde qu’aujourd’hui. Aujourd’hui, il y a toujours un truc qui cloche, et qui peut donner une impression d’approximation. C’est violence. Et cette violence, imaginez-vous un peu qu’elle a été le quotidien de notre humble bleuet dont il faudrait se demander pourquoi il aime tant folâtrer au beau milieu des champs de blé ou autres céréales avant de l’en chasser. Maintenant, je dois bien avouer que la recette donnée par Bardeau, il n’est pas forcément aisé de la réaliser, tant le bleuet accuse le coup de la raréfaction. Je crois que ça fait bien plus de 20 ans que je n’ai pas croisé la route d’un de ses représentants.
  • Ensuite, nous avons la non moins célèbre eau florale de bleuet, vendue sous bouteille en verre, d’un bleu aussi profond que celui qui contenait l’éther autrefois. Quoique je tique sur cette dénomination d’eau florale en général, comme si toutes ces eaux étaient florales. Non, c’est un terme impropre, appelons un chat un chat et parlons d’hydrolat. Mais qui dit hydrolat suppose huile essentielle, n’est-ce pas ? Nous connaissons divers hydrolats : tilleul, cassis, rose de Damas, fleur d’oranger, lavande fine, etc. Toutes ces plantes produisent, lors de la distillation en alambic, un hydrolat et une huile essentielle. Mais qu’en est-il du bleuet ? Cette humble fleurette contient-elle dans ses tissus une infime fraction aromatique qui échapperait au vulgaire ? Rare, très chère, destinée à d’autres sphères que la phyto-aromathérapie, l’huile essentielle de bleuet… Stop ! Existe-t-elle seulement ? A cette question, je n’ai aucune réponse quand bien même je puis affirmer que lorsqu’on ouvre un flacon d’hydrolat de bleuet, ça « sent » quelque chose. Il y a donc forcément des molécules aromatiques à l’intérieur. Huile essentielle ? Là, j’avoue que je botte en touche et ajoute cela à ma déjà longue liste de frustrations. Pourtant, certains disent que le bleuet contient bien une petite proportion d’essence aromatique…

Autres informations

  • Plante tinctoriale : le pigment bleu des fleurs de bleuet est utilisé pour colorer encres, peintures, cosmétiques et médicaments. Et pourquoi pas le ciel quand il est trop pâlot ?
  • Récolte : en ce qui concerne les pétales, au fur et à mesure de vos besoins, à condition d’avoir un gisement à proximité. Selon les régions, cela va de mai (bien précoce tout de même) à août. Les mois estivaux sont préférables. Vous pouvez cueillir la plante entière en la coupant juste au-dessus du sol, puis séparer les capitules des tiges, après quoi vous ferez sécher chaque partie de part et d’autre. A moins d’utiliser l’une ou l’autre (ou inversement) à l’état frais.
  • Autres espèces : il existe un bleuet montagnard, C. montana, particulièrement robuste, ce qui est tout à fait normal, compte tenu des altitudes auxquelles il pousse. Par ailleurs, il existe moult cultivars du bleuet des champs : fleurs simples, doubles, triples, diversement nuancées de bleu ; d’autres sont roses, blanches, etc. Ces variétés horticoles n’ont aucune commune mesure avec les propriétés thérapeutiques du bleuet que, après l’avoir banni des champs, l’on a invité au jardin. L’homme, espèce très souvent imprévisible et étrange, fait grandir le beau et minimise le bon. Allez comprendre…
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    1. Anne Osmont, Plantes médicinales et magiques, p. 81
    2. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 188
    3. Botan, Dictionnaire des plantes médicinales les plus actives et les plus usuelles et de leurs applications thérapeutiques, pp. 38-39
    4. Fabrice Bardeau, La pharmacie du bon dieu, p. 60
    5. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 228
    6. Jean Valnet, Se soigner avec les légumes, les fruits et les céréales, p. 133

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