La gaulthérie, mignonne mais dure à cuire

Parente proche de la myrtille et de la bruyère, il est de plus en plus fréquent de trouver la gaulthérie chez les fleuristes et pépiniéristes, où le rouge écarlate de ses fruits le dispute au vert soutenu de son feuillage. Il est vrai que cette petite plante tapissante ne manque pas d’atouts au niveau ornemental. Petit arbrisseau rampant, d’où son qualificatif de « couchée », la gaulthérie pousse dans les bois et les zones humides, sablonneuses et acides d’Amérique du nord.
Son feuillage, vernissé et coriace, est persistant, ce qui vaut à la gaulthérie d’être surnommée wintergreen. Elle développe un fort arôme lorsque ses feuilles sont froissées. Ses fleurs en clochettes sont généralement blanches mais peuvent être parfois légèrement rosâtres. Elle peut fleurir en l’absence de lumière, ce qui donne une petite idée de la force vitale dont elle est investie.

Gaulthérie

Différentes tribus amérindiennes du Canada connaissaient bien la gaulthérie, en particulier ses propriétés anti-inflammatoires et fébrifuges (fièvres intermittentes, maladies infectieuses, migraines, blessures, sciatique…). Les Algonquins en mâchaient les feuilles comme stimulant pour effacer la fatigue. Les Inuits confectionnaient des tisanes de feuilles de gaulthérie contre les inflammations douloureuses, raison pour laquelle on appelle parfois la gaulthérie « thé du Canada ».
Au début du XIX ème siècle, un pharmacien français du nom de Boyveau commercialisa une préparation copiée sur le « swains panacea » des Iroquois sous le nom de Rob de Laffecteur, une préparation magistrale contenant de la gaulthérie et qui eut un succès retentissant.

Cette plante a aussi tenu un rôle dans la magie. On répandait ses feuilles fraîches dans les lieux d’habitation contre les ensorcellements et les malédictions. Comme on l’a fait d’autre plantes, des feuilles placées sous l’oreiller protège le dormeur puisque la gaulthérie est censée attirer les bons esprits.

La gaulthérie en aromathérapie

1. Huile essentielle : description et composition

Ce sont les petites feuilles vernissées de la gaulthérie qui intéressent le distillateur. Elles sont tout d’abord placées dans de l’eau chaude pendant une nuit entière. Durant ce laps de temps une fermentation enzymatique se produit. Enfin, elles sont distillées pendant 2 à 3 heures. Après distillation, on obtient une huile plus dense que l’eau (1,18 à 1,20), d’une couleur jaune pâle à légèrement rosâtre (certains auteurs mentionnent une couleur rouge velours foncé…???), limpide et fluide, aux notes de caramel et de cuir de Russie. Son parfum n’est pas forcément des plus agréables. Ceux qui ont déjà utilisé des bains de bouche comme Synthol ou des crèmes telles que Baume Arôma des laboratoires Mayoly Spindler devraient reconnaître son odeur puisqu’on trouve dans l’un et l’autre de ces produits la principale molécule contenue dans l’huile essentielle de gaulthérie couchée, le salicylate de méthyle. A son sujet, sachez qu’on le trouve en proportion très importante dans cette huile essentielle, jusqu’à 99,80 % parfois. Ce qui fait que cette huile essentielle est la proie des faussaires ; en effet, il est possible de « fabriquer » de la fausse huile essentielle de gaulthérie par adjonction ou substitution de salicylate de méthyle de synthèse. Les falsificateurs ne reculent donc devant rien, d’autant plus étonnant que le rendement élevé, de l’ordre de 1,5 à 2 %, fait de cette huile un produit assez courant et pas aussi cher que d’autres huiles essentielles plus rares. Par ailleurs, on trouve des traces d’une douzaine d’autres molécules aromatiques qu’on connaît en fortes proportions dans d’autres huiles essentielles (alpha-pinène, linalol, 1.8 cinéole…).

2. Propriétés thérapeutiques

  • Antalgique, analgésique, anti-inflammatoire, antirhumatismale
  • Vasodilatatrice, hypotensive
  • Anticoagulante, anti-agrégeante plaquettaire
  • Hépatoprotectrice, régénératrice hépatique
  • Astringente, vulnéraire, rubéfiante
  • Fébrifuge, antitussive
  • Stimulante puis négativante
  • Antiseptique

3. Usages thérapeutiques

  • Pathologies propres aux muscles, os, tendons et cartilages : tendinite, arthrite, arthrose, polyarthrite rhumatoïde, épicondylite, rhumatisme, crampes et contractures musculaires, courbatures, lumbago, entorse, élongation, entraînement du sportif avant et après effort
  • Troubles cutanés : hématomes, ecchymoses, contusions, blessures, plaies, prurit, eczéma
  • Troubles cardiovasculaires : artériosclérose, hypertension, péricardite, coronarite
  • Troubles hépatiques : fatigue hépatique, petite insuffisance hépatique, migraines d’origine hépatique
  • Douleurs dentaires

4. Modes d’emploi

  • Voie orale avec mesure
  • Voie cutanée diluée

5. Précautions d’emploi, contre-indications et autres remarques

  • Jamais chez les personnes sous traitement anticoagulant (le salicylate de méthyle est un précurseur de l’aspirine et peut augmenter les effets d’un traitement anticoagulant). Elle sera donc contre-indiquée chez les personnes allergiques à l’aspirine et, par voie de conséquence, proscrite chez les personnes présentant des syndromes hémorragiques, les personnes hémophiles, ainsi que celles se préparant à une intervention chirurgicale lors de laquelle des saignements importants sont toujours possibles.
  • Jamais chez les personnes présentant un ulcère gastrique ou duodénal, une gastrite, une hernie hiatale.
  • L’huile essentielle de gaulthérie est tératogène (autrement dit, elle fabrique des monstres) : elle est donc interdite durant la grossesse, augmentant le nombre de mort-nés, altérant le développement des reins chez le fœtus. Aussi, femmes enceintes, oubliez-la ! Même l’enfant en dessous de dix ans l’évitera !
  • Le salicylate de méthyle fait partie de la famille des esters monoterpéniques. Bien que ces molécules ne soient pas toxiques aux doses physiologiques, il est nécessaire de diluer cette huile essentielle car des irritations cutanées, des érythèmes et des sensations de chaleur sur la peau sont possibles.
  • A noter : l’huile essentielle de gaulthérie odorante (Gaultheria fragrantissima) possède les mêmes propriétés que la gaulthérie couchée, la seule différence portant sur son parfum. Sa sphère d’action s’étend encore davantage sur les troubles cutanés (ecthyma, pityriasis, dermatoses). Draineuse rénale et biliaire, elle aurait une action sur les lithiases ainsi que sur les coliques néphrétiques.

© Books of Dante – 2014

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