Le fucus vésiculeux (Fucus vesiculosis)

Synonymes : varech, varec, raisin de mer, laitue de mer, chêne marin.

Durant l’Antiquité romaine, tout étonnant que cela soit, on avait déjà repéré l’importance du fucus que Pline nommait quercus marina (chêne marin). Il était alors, semble-t-il, un remède permettant de soulager les douleurs articulaires, inflammatoires et goutteuses. Il brille néanmoins par son absence de la plupart des ouvrages traitants des remèdes par les plantes. Cependant, malgré la minceur des informations à son sujet, l’on peut faire la remarque suivante : elles sont toutes dans le vrai, aujourd’hui nous ne faisons pas autre chose que de répéter, après vérification, les assertions de nos devanciers. Au XVI ème siècle, on trouve trace du fucus dans l’œuvre de Matthieu de Lobel de laquelle l’illustration centrale de cet article est tirée : elle est, ma foi, fort ressemblante. Dans les années 1750, un médecin britannique du nom de Jack Russel (comme le chien ^^) recommande le fucus en friction sur les tumeurs scrofuleuses et, plus fort encore, en cas de goitre, une affection caractéristique d’une carence grave en iode, substance dont on ignorait tout de l’existence. Ce fut très probablement gouverné selon une méthode empirique, de même qu’on embarquait des citrons sur les bateaux en partance pour de longs voyages afin de prévenir le scorbut alors qu’on ne connaissait pas la vitamine C. En effet, l’iode ne sera découvert qu’au début du XIX ème siècle par un salpétrier parisien, Bernard Courtois. Une cinquantaine d’années plus tard, Cazin en sait suffisamment (rappelons qu’il a exercé longtemps en bordure de mer, dans le Calaisis) pour faire entrer le fucus dans sa pharmacie de campagne. Procédant par décoction, fomentation et cataplasme, il obtient du fucus de bons effets sur les engorgements lymphatiques glandulaires et œdémateux. Il mentionne même l’existence du fucus sous sa forme carbonisée – l’oethiops végétal – dont on usait sur les affections scrofuleuses et le goitre bien avant la découverte de l’iode dont il nous fait dire quelques mots. Cet élément assez peu commun ne se trouve pas que dans les algues, nul besoin d’habiter auprès de la mer pour en faire provision, puisqu’il est présent dans l’ail, l’oignon, le chou, le poireau, le navet, la tomate, le cresson, la poire, le raisin, les épinards, etc. L’implication thérapeutique de l’iode est bien plus vaste qu’on ne le pense au prime abord. Certes, on en connaît surtout l’importance pour réguler l’insuffisance thyroïdienne, mais l’iode intervient tant sur le système vasculaire et circulatoire (hypotenseur, protecteur des vaisseaux, hypocholestérolémiant) que respiratoire (affections pulmonaires, tuberculose). C’est, en outre, un facteur de croissance chez l’enfant, considération ô combien importante dès lors qu’on aborde ce que l’on appelle le crétinisme. Les crétins étaient des infortunés souffrant d’une grave carence en iode, laquelle est d’autant plus patente que l’on vit en altitude. S’ensuivent formation de goitre (qui marque bien le sous-fonctionnement de la thyroïde), une taille au-dessous de la moyenne et surtout ce que l’on appelait autrefois l’idiotie, ce qui explique qu’aujourd’hui les expressions « idiot du village » et « crétin des Alpes » soient passées dans le langage courant pour qualifier la crème des imbéciles qui, paradoxalement, ne manque pas forcément d’iode.

Le Fucus vesiculosis est l’une des 1500 algues dites brunes. En effet, cette algue vivace, de couleur vert olive foncé à brunâtre lorsqu’elle est humide, vire au noir violacé à l’état sec. Brune, donc. D’ailleurs, elle ne contient pas de chlorophylle, mais un pigment brunâtre du nom de fucoxanthine lui permettant d’assurer la photosynthèse. Pour preuve que ça marche : il n’est qu’à observer les longs thalles caoutchouteux découpés en lanières aplaties souvent fourchus, accrochés aux rochers par de solides crampons. Des aérocytes – des flotteurs captant la lumière – autorisent cette plante longue d’un bon mètre à se maintenir à la verticale dans les eaux.
Cette algue, qu’on a aussi appelée laitue marine, est présente sur à peu près toutes les côtes de l’Atlantique nord, et de la Manche à la mer du Nord.

Cet étrange mot qu’est varech trouve son origine dans le nord de l’Europe : il provient de l’anglais wraec et d’un ancien mot scandinave, wagrek, qui ont, tous les deux, la particularité d’avoir le même sens : épave. Et l’on sait qu’Anglo-saxons et Vikings, à défaut d’échouer sur nos côtes, les ont abordées. Quand on sait ce qu’est le varech, on comprend mieux le pourquoi de cette référence à une épave : il s’agit des algues laissées apparentes par le ressac et récoltées à marée basse sur les rochers du rivage qui se trouvent dans les zones de balancement des marées.
Les Normands et les Bretons – qui ne veulent rien faire comme les autres – l’appellent goémon.

Le fucus vésiculeux en phytothérapie

« Plongée dans l’élément marin, réservoir de vie, l’algue symbolise une vie sans limite et que rien ne peut anéantir, la vie élémentaire, la nourriture primordiale » (1). Compte tenu de la composition du fucus, l’on ne peut que donner raison à ces quelques données symboliques, cette algue étant d’une incomparable richesse. Voyez plutôt : en moyenne, les thalles séchés puis pulvérisés, de saveur salée et de saumâtre odeur marine, recèlent un mucilage visqueux contenant de l’algine, de l’acide alginique, des polyphénols, des polysaccharides et oligosaccharides (laminarine), une huile, une essence aromatique, un principe amer, du mannitol (édulcorant), plus d’une douzaine d’acides aminés, etc. Dans 100 g de fucus sec, l’on trouve 16 g de cendres ! Énorme ! Voici la longue liste des sels minéraux et oligo-éléments contenus dans cette plante : calcium, potassium, sodium, magnésium, phosphore, fer, cuivre, zinc, cobalt, nickel, manganèse, strontium, vanadium, lithium, chrome, bore, brome, titane, baryum, arsenic, silice, molybdène, iode. Ouf ! Côté vitamines, ça n’est pas mal du tout non plus : provitamine A, vitamines B1, B2, B6, B9, B12, C, D2, E…

Propriétés thérapeutiques

  • Laxatif, favorise le transit intestinal
  • Immunostimulant, reconstituant, reminéralisant, anti-asthénique
  • Diurétique
  • Favorise la résorption des tissus lipidiques
  • Cicatrisant, émollient
  • Antigoitreux
  • Antiviral (?)

Usages thérapeutiques

  • Fatigue intellectuelle et/ou physique passagère, rachitisme, sénescence
  • Rhumatismes, goutte, douleurs articulaires
  • Plaie, blessure, psoriasis, dermatose, entorse
  • Adénite, scrofulose
  • Asthme
  • Acidité gastrique
  • Goitre, hypothyroïdie
  • Cellulite, obésité (le fucus est un coupe-faim : la structure mucilagineuse des thalles s’hydrate dans l’estomac. En gonflant, cette algue entraîne un sentiment de satiété)

Modes d’emploi

  • Teinture-mère
  • Capsule de poudre
  • Décoction
  • Cataplasme
  • Extrait hydro-alcoolique
  • Bain

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Bien qu’on puisse procéder à la récolte toute l’année, Cazin indiquait que la meilleure période pour procéder à une cueillette médicinale était le mois de juillet ; Valnet précise qu’en été, il y a accumulation des sucres et disparitions des sels minéraux » (2).
  • Vu la proportion d’iode contenue dans le fucus (0,1 %), cette plante est fortement contre-indiquée en cas d’allergie manifeste à cet élément et surtout en cas d’hyperthyroïdie (seule l’homéopathie est de ce ressort). De même, la femme enceinte ou allaitante évitera l’emploi du fucus.
  • Un fucus de qualité ne peut se concevoir qu’en l’absence de toute pollution. Or comme tel n’est pas le cas, cette algue peut contenir des traces de polluants marins, entre autres des métaux lourds.
  • Incompatibilité : café, citron, farineux, bière.
  • Alimentation : le fucus est utilisé par l’industrie agro-alimentaire dans laquelle ses alginates jouent le rôle de gélifiant, d’épaississant et d’émulsifiant. Une fois dessalé, le fucus peut devenir comestible et prend la place du sel dans les pays anglo-saxons sous le nom de kelp.
  • Autre espèce proche : le carragahen (Fucus crispus).
  • Autres usages : l’avantage du fucus dans l’économie domestique et industrielle est tel qu’il permet de fertiliser les terres en guise d’engrais, de couvrir les toitures des maisons à la manière du chaume, à alimenter le bétail, à fournir par extraction potassium, soude et iode ; on en fit même un combustible.
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    1. Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 24.
    2. Jean Valnet, La phytothérapie, p. 497.

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La véronique officinale (Veronica officinalis)

Synonymes : véronique mâle, herbe de sainte Véronique, herbe de saint Pierre, herbe aux ladres, thé d’Europe, thé du Nord.

L’histoire thérapeutique de la véronique officinale est relativement récente si on devait la comparer à celle de la verveine ou de la sauge. Elle ne semble pas antérieure au XVI ème siècle, même si au XII ème, chez Hildegarde, l’on rencontre quelques lignes à propos d’une autre véronique, la véronique cressonnée qu’Hildegarde appelle Pungo (1) : « La véronique cressonnée est de nature chaude ; et celui qui s’en fait un plat, en y ajoutant de la graisse ou de l’huile, lave son ventre comme une potion. Et quand on en mange, elle guérit la léthargie » (2).
Puisque nous sommes en Allemagne, restons-y, nous n’aurions que plus de chance de toucher du doigt les babillages naissants de la véronique que, par ailleurs, on s’est fait fort d’ignorer malgré sa grande fréquence dans la nature. C’est en 1693 que le chimiste et médecin allemand Frédéric Hoffmann lance « la mode de l’infusion de véronique, selon lui supérieure au thé de Chine en goût et en vertus (3), et que toute l’Allemagne se mit à boire frénétiquement » (4). Il la recommandait notamment dans les affections respiratoires (phtisie, catarrhe pulmonaire chronique, asthme humide, engorgement bronchique). Un an plus tard, Johan Franke lui emboîte le pas et fait paraître un traité de 300 pages essentiellement consacré à la véronique, le Polychresta herba veronica, pour tenter d’en asseoir les inestimables et diverses vertus, tant et si bien, qu’outre-Rhin, l’on parla de panacée au sujet de cette plante. Ainsi, selon cet auteur, la véronique intervenait en cas de troubles respiratoires, de gravelle, de plaies, de gale, etc. ; on alla même jusqu’à dire, du moins des auteurs tels que Fuchs, Césalpin, Liébaut ou encore Matthiole le répétèrent, qu’un roi de France fut guéri de la lèpre grâce à la véronique, ce qui explique son nom d’herbe aux ladres. Mais l’histoire ayant oublié son nom, nous en resterons là et poursuivrons le panégyrique germain à propos de la véronique : Tragus et Schroder, par leurs travaux, cherchèrent à confirmer l’hégémonie thérapeutique de la véronique officinale : ils la disaient astringente, vulnéraire et sudorifique dans les affections des voies respiratoires, un domaine qui revient bien souvent. Ettmuller (1646-1683), plus sage et mesuré, ne lui accorde des vertus que sur les voies respiratoires hautes (maux de gorge, angine) et la bouche (aphte, muguet), soit des affections relativement bénignes eu égard au supposé pouvoir de la véronique de venir à bout de toute chose (colique néphrétique, diarrhée, dysenterie, hémorragie, fièvre intermittente, tuberculose, etc., et tout cela en bain, lavement, usage per os… Autant dire que la véronique fut accommodée à toutes les sauces). C’est ainsi que la véronique restera très en vogue jusqu’au XVIII ème siècle chez les médecins allemands et suisses : « pour eux, c’est un remède sûr […] ; leurs confrères français, au contraire, ne lui trouvèrent d’autre qualité que celle de l’eau chaude qui sert à en préparer l’infusion » (5). Rhoooo !… Cela doit être ça, l’amitié franco-allemande ^^. Mais il est vrai que, comme le rappelle Fabrice Bardeau empruntant à Cazin, « des éloges trop pompeux prodigués à des plantes inertes, ou dont on aura exagéré les vertus, n’ont pas peu contribué à discréditer la thérapeutique végétale » (6). Mais on n’assène pas à un médecin allemand qu’il exagère, qu’il fantasme, et cela impunément, car à ce stade-là, côté allemand, on n’a pas dit son dernier mot. Cependant, avant de poursuivre, nous pouvons nous poser certaines questions : comment se fait-il que de part et d’autre d’une frontière, dans un même temps, on conclue de manière diamétralement opposée sur les pouvoirs thérapeutiques d’une plante ? Se peut-il qu’il pousse en Allemagne une véronique particulièrement bien garnie en principes actifs ? Est-ce une approche particulière de la thérapeutique qui a fait en sorte que « cela » marche ici et pas là-bas ? Est-ce tout à fait un hasard si le concepteur de l’homéopathie était allemand et le créateur des fleurs de Bach anglais ? Était-ce, aussi, de nature purement politique, l’animosité entre Allemands et Français n’étant plus à prouver ? Bref, en France, on modère ses propos au sujet de la véronique dès le début du XIX ème siècle. Parce que faible, dira Peyrilhe en 1800, la véronique reste peu usitée, sauf par quelques irréductibles « Gaulois » dont Joseph Roques qui élaborera un « thé » dans lequel entrait la véronique, et pour lequel il constate qu’il favorisait la fonction rénale, stimulait les voies digestives, convenait bien comme sudorifique. Quant à Cazin, il écrit que « l’eau et l’alcool se chargent également de ses principes actifs. Son extrait alcoolique est beaucoup plus amer que son extrait aqueux. Cette remarque […] décèle une propriété tonique dont la médecine usuelle peut tirer parti » (7). Ces bonnes paroles dites, ne voyons-nous pas, de nouveau, les Allemands sonner la charge ? Ainsi, à la fin du XIX ème et au début du XX ème siècle, ce ne sont pas moins que Kahnt, Bohn, Schultz et les abbés Kunzle et Kneipp qui redorèrent quelque peu le blason de la véronique officinale, cette fois en lui accordant des vertus qu’elle possède vraiment.

Et maintenant, un peu de botanique ! La véronique officinale est une plante vivace qui étale ses tiges velues de loin en loin, les enracinant aux nœuds comme le fait également le lierre terrestre. Non seulement elle rampe, mais elle est capable de s’ériger à près de 50 cm du sol. Ses feuilles ovales, finement dentées et brièvement pétiolées, sont couvertes d’une sorte de duvet qui leur donne une couleur vert grisâtre. Dans ses hauteurs, la véronique offre à la vue des grappes sommitales de fleurs serrées d’un centimètre de diamètre et dont la couleur va du bleu pâle au lilas foncé. La floraison estivale de la véronique donne lieu à des capsules glanduleuses en forme de cœur.
Présente en Amérique du Nord, ainsi qu’en Europe, la véronique se cantonne à la plaine et à la moyenne montagne (2000 m), sauf en région méditerranéenne. Ses terrains d’accueil sont les sols surtout acides : landes, bruyères, bois secs, buissons, coteaux secs et maigres, clairières et lisières de forêts ensoleillées.

La véronique officinale en phytothérapie

« La légion des véroniques est plus importante par le nombre que par ses propriétés », disait Fournier (8). Nous l’avons vu, la véronique est loin d’être une panacée, mais peut néanmoins occuper la place qui est la sienne en thérapeutique. Ce qui nous intéresse chez elle, ce sont les sommités fleuries au goût amer et épicé, un peu astringentes et sans odeur, malgré quelques traces d’essence aromatique dans ses tissus (9). Du tanin, un principe amer, une saponine, des flavonoïdes (apigénine, scutellarine) ainsi qu’un hétéroside iridoïde (aucubine) ne peuvent faire de la véronique officinale un végétal tout à fait inerte.

Propriétés thérapeutiques

  • Tonique amère, apéritive, stomachique
  • Sédative de la toux, expectorante
  • Diurétique, sudorifique
  • Dépurative
  • Astringente légère, assainissante des plaies, résolutive, détersive, vulnéraire

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : inappétence, digestion lente, flatulence, dyspepsie, colique, crampe d’estomac
  • Troubles de la sphère respiratoire : toux, asthme, bronchite chronique, catarrhe bronchique chronique, rhume, trachéite, angine, irritation de la gorge
  • Affections buccales : stomatite, inflammations gingivales et buccales
  • Troubles de la sphère vésico-rénale : catarrhe vésical, hématurie, goutte, rhumatisme
  • Affections cutanées : plaie, brûlure, ulcère, dartre, démangeaisons
  • Migraine
  • Fatigue nerveuse, surmenage physique et/ou intellectuel

Modes d’emploi

  • Infusion
  • Décoction
  • Suc frais
  • Sirop
  • Macération vineuse
  • Thé de véronique : véronique officinale (1/3) + mélisse (1/3) + aspérule odorante ou germandrée botrys (1/3)

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : elle se réalise dès la fin du printemps et durant tout l’été.
  • Séchage : il ne pose pas de problèmes particuliers et préserve les propriétés de la plante.
  • Alimentation : si la véronique officinale est comestible à l’état frais et cela tant que ses fleurs sont en boutons, on lui préfère une autre véronique, le beccabonga (Veronica beccabunga), plante semi-aquatique proche du cresson par les propriétés et le goût.
  • Risque de confusion possible : avec le lierre terrestre (Glechoma hederacea).
  • Autres espèces : véronique en épis (V. spicata), véronique à longues feuilles (V. longifolia), véronique de Perse (V. persica), véronique des champs (V. arvensis), véronique à feuilles de lierre (V. hederifolia), véronique à feuilles d’ortie (V. latifolia), véronique montagnarde (V. montana), véronique germandrée (V. teucrium), véroniques alpines (V. alpina et fruticulosa), etc.
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    1. Il m’apparaît tout à fait possible que ce Pungo soit en réalité une autre véronique qu’on a affublée d’un nom pour le moins curieux : le beccabonga. Outre la consonance phonétique entre Pungo et -bonga, le beccabonga est effectivement une plante dont la nature le rapproche du cresson : plante semi-aquatique, elle possède une saveur de cresson, ainsi que des propriétés stimulantes et antiscorbutiques propres aux deux plantes.
    2. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 55.
    3. « L’infusion théiforme de véronique, un peu âpre, a pu charmer les palais allemands ; nous n’y avons pas trouvé en France cette astriction aromatique, ce parfum spécial qui, dans le thé, flatte si agréablement le goût », explique Cazin en 1858 (François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 978).
    4. Pierre Lieutaghi, Le livre des bonnes herbes, p. 440.
    5. P. P. Botan, Dictionnaire des plantes médicinales les plus actives et les plus usuelles et de leurs applications thérapeutiques, p. 196.
    6. Fabrice Bardeau, La pharmacie du bon dieu, p. 294.
    7. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 977.
    8. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 954.
    9. L’eau distillée de la plante n’est, elle, que très faiblement aromatique.

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La mercuriale (Mercurialis annua)

Mercuriale annuelle (pied mâle)

Synonymes : ortie bâtarde, rimberge, ramberge, foirole, foirotte, foirande, chiole, cagarelle, caguenlit, caquenlit.

Si l’on remonte 2500 ans en arrière, on trouve une mercuriale entre les mains d’Hippocrate qui guérissait la surdité en instillant le suc de cette plante dans les oreilles. Il en avait également remarqué les propriétés purgatives. A sa suite, les hippocratiques des V ème et IV ème siècles avant J.-C. en notèrent les vertus laxatives et diurétiques. « Ils lui attribuaient, en outre, une action quasi merveilleuse sur l’utérus, action que n’ont retrouvée aucun de leurs successeurs et qui, très vraisemblablement, ne repose que sur une confusion de nom, la mercuriale étant également nommée en grec parthenion » (1). Voilà qui commence bien ! C’est ainsi que la Collection hippocratique évoque un breuvage destiné à soigner les affections de la matrice à base de feuilles et de graines d’une mercuriale qui n’en était très certainement pas une ! Ce mot – parthenion – fait bien sûr référence au temple d’Athéna à Athènes, un parthenion qui renvoie à la jeune fille vierge plus qu’à la parturiente. Faisons remarquer que, en terme de divinités olympiennes, il existe une certaine rivalité : il n’échappe à personne que derrière le mot Mercurialis se cache le dieu Hermès qui « a été considéré comme l’inventeur […] de la Mercurialis annua, appelée aussi parthenion, bien que, sous ce nom cette plante appartienne spécialement à la déesse-vierge Athéné » (2). Inventeur, le mot est sans doute quelque peu inexact ; si l’on en croit Pline, les propriétés de cette Hermu poa (herbe d’Hermès) auraient été révélées aux hommes par le dieu. Je ne suis qu’à moitié d’accord avec ce que dit Angelo de Gubernatis : si la mercuriale peut s’associer à une vierge, c’est davantage avec la sœur d’Apollon, la chaste Artémis, en particulier dans son aspect lunaire, ce qui fait que je rejette d’idée d’Henri Corneille Agrippa selon lequel la mercuriale est une plante mercurienne, et m’en remets à un avis beaucoup plus judicieux, celui d’Anne Osmont, qui classe la mercuriale parmi les plantes lunaires. Expliquons pourquoi la mercuriale, malgré son nom, est davantage une plante de la Lune que de Mercure. Tout d’abord, c’est une plante dite froide et aqueuse, ce qui correspond bien à l’astre lunaire. D’ailleurs la mercuriale est impliquée dans la gestion de divers liquides corporels, étant diurétique et hydragogue entre autres, à quoi l’on peut ajouter que ses vertus purgatives lui permettent de dégager les intestins avec douceur, un aspect qui relève de la Lune, corroboré par l’unique signe astrologique associé à cette planète, le Cancer, dont l’un des points faibles se trouve être justement les troubles digestifs dans leur ensemble. De plus, le Cancer, aux fonctions biliaires plus ou moins paresseuses, se trouve bien d’user de la mercuriale qui est cholagogue, c’est-à-dire qu’elle stimule la sécrétion de bile. Enfin, la Lune féminine, impliquant fécondité et enfantement, peut se voir attribuer la mercuriale, non tant comme plante favorisant la fertilité comme le pensèrent les Anciens, mais en tant que simple utilisable au cours de l’accouchement.

Avec Dioscoride, on s’éloigne de beaucoup de ces considérations astrologiques, puisqu’on parle alors d’une plante portant le nom de linozôstis ou «herbe aux nœuds » (parce que la mercuriale porte sur sa tige, à intervalles réguliers, des nœuds), plus précisément de deux plantes, l’une mâle et l’autre femelle, ce qui est fort approprié puisque la mercuriale est une plante dioïque. Prenons connaissance de ce qu’en dit Dioscoride : « La mercuriale a les feuilles du basilic, semblables à celles de la pariétaire, mais en moindre nombre […] La plante femelle est très fertile d’une graine en forme de grappe de raisin : mais la graine de la plante mâle pend entre les feuilles, petite et ronde, comme deux testicules attachés ensemble. C’est une plante haute de douze doigts [environ 35 cm], ou plus grande. L’on mange l’une et l’autre avec d’autres herbes pour lâcher le ventre. Sa décoction dans l’eau puis bue lâche la colère et les humeurs aiguës. L’on croit que les feuilles […] de la femelle font engrosser d’une fille et celles de la mâle d’un garçon » (3). Bien entendu, dans cette description se trouve une monumentale erreur : depuis quand un pied mâle porte-t-il des graines ? Chez les espèces dioïques, comme c’est ici le cas, seuls les pieds femelles portent le fruit, de même que la vache porte le veau. Ainsi, si l’on inverse les données, les Anciens préconisaient la plante mâle pour engendrer une fille, la plante femelle pour concevoir un garçon. La signature repérée par les Anciens n’est donc en aucun cas efficiente. Sur la question génésique de la mercuriale, Pline explique que « ce résultat s’obtient si, aussitôt après la conception, on boit le suc dans du vin ou si on mange les feuilles bouillies avec de l’huile et du sel ou crues avec du vinaigre ». Mais comme nous ne sommes pas à une contradiction près, trois siècles plus tard, Serenus Sammonicus nous apprend qu’une « décoction de mercuriale est encore un breuvage auquel on a communément recours » (4) pour favoriser la conception, à condition de l’absorber avant (et non après). Bref. Tout ceci n’est point trop grave, sachant qu’il est possible qu’il persiste cette erreur entre la mercuriale et celle qu’on désignait sous le nom de parthenion. En revanche, Sammonicus dit vrai à propos des vertus laxatives de la mercuriale sur la constipation : « On peut y remédier avec de la mercuriale qu’on a fait bouillir dans l’eau avec un peu de miel » (5).

A l’époque médiévale, la mercuriale est cultivée tant comme légume que comme plante médicinale. On lui réserve des emplois inattendus, recommandée qu’elle est dans la tuberculose par exemple. Par ailleurs, Vigo, qui vécut dans la seconde moitié du XV ème siècle (1460-1520 environ), explique que lorsque la mercuriale « est bouillie dans du bouillon de poule ou de poulet, elle évacue le flegme et la mélancolie » (ce thérapeute aurait-il remarqué la vertu cholagogue de la mercuriale ?), alors que, à peu près à la même période, Brassavole (1534) relate l’usage qui est fait de la mercuriale par les paysans italiens comme purgatif. Elle sera d’ailleurs durant des siècles un des ingrédients de nombreux apozèmes et clystères purgatifs. Au XVI ème siècle, malgré le nombre de praticiens qui s’attachent à la mercuriale, on innove finalement peu à son sujet, on se contente de reprendre les indications de Pline et de Dioscoride. Que ce soit Fuchs, Matthiole, Bock ou Daléchamps, on n’investit par véritablement au-delà de ce que l’on sait déjà, et Jean Bauhin, pourtant botaniste, reste fidèle à la nomenclature des Anciens, c’est-à-dire qu’il conserve à la mercuriale ses caractéristiques mâles et femelles en leur attribuant à chacune un nom : Mercurialis mas et Mercurialis foemina !

La mercuriale, aux racines blanchâtres et fibreuses, porte des tiges droites de section circulaire, glabres, hautes de 30 à 40 cm. Ramifiée dès sa base, cette plante s’orne de feuilles lancéolées, opposées, assez molles, dentées en scie, qui la font effectivement ressembler au basilic, si ce n’était la clarté de la verdure de son feuillage. Plante dioïque comme l’ortie, la mercuriale possède donc des pieds mâles aux nombreuses inflorescences dressées à l’aisselle des feuilles, et des pieds femelles aux fleurs beaucoup plus rares, à deux styles. La floraison s’étale généralement entre juin et octobre (j’en ai vu en fleurs pas plus tard qu’hier). Les fruits forment des capsules à deux coques bivalves, renflées et couvertes de quelques poils raides blanchâtres. Chaque coque ne contient qu’une seule graine que les fourmis se font une joie de transporter à l’instar de celles de la violette odorante, participant ainsi à la dispersion de la plante.
Très fréquente, la mercuriale peuple la plus grande partie de l’Europe, de l’Asie occidentale et de l’Afrique du Nord. On la rencontre le plus souvent dans les jardins, les terrains vagues, à proximité des cultures, en bordures de chemins, jusqu’à une altitude maximale de 1800 m.

Mercuriale annuelle : pied femelle à gauche, pied mâle à droite

La mercuriale en phytothérapie

Cette plante est inféodée à la même obligation que la pariétaire : on en usera strictement qu’à l’état frais, car une fois sèche, elle se caractérise par une inertie dont on ne peut plus rien tirer ou presque. Cela explique qu’elle soit de moins en moins employée depuis l’urbanisation progressive de la population française, alors qu’autrefois la société beaucoup plus rurale n’avait qu’à tendre la main pour cueillir cette plante qui pousse un peu partout dans la campagne.
D’odeur fétide, de saveur amère/salée peu agréable (c’est tout de même une euphorbiacée), la mercuriale est composée de gomme, d’amidon, de chlorophylle, d’une huile volatile, de quelques éléments minéraux dont le soufre et le nitrate de potassium (ce qui rapproche la mercuriale de la pariétaire), d’un principe amer… Particularité : deux molécules à odeur de poisson, méthylamine et triméthylamine, complètent le tableau, auquel il faut ajouter un pigment analogue à l’indigo, l’hermidine. Complétons toutefois ce portrait en mentionnant que les graines de la mercuriale contiennent des saponines hémolytiques, ce qui en rend l’emploi bien délicat. Mais dans la pratique, la mercuriale usitée étant récoltée juste avant floraison, l’on n’est donc pas confronté à ce problème.

Propriétés thérapeutiques

  • Purgative douce, laxative
  • Diurétique, hydragogue
  • Cholagogue
  • Tonique
  • Antilaiteuse
  • Émolliente

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : constipation, constipation de la femme enceinte, constipation opiniâtre
  • Troubles de la sphère vésico-rénale : mal de Bright (insuffisance rénale chronique), goutte, rhumatismes
  • Troubles de la sphère gynécologique : aménorrhée, ménopause, suppression de la sécrétion lactée, favoriser l’expulsion des lochies
  • Hydropisie
  • Fièvre continue ou intermittente
  • Croûte de lait

Modes d’emploi

  • Infusion
  • Décoction, décoction émolliente (en compagnie de mauve, de bouillon-blanc, de violette, etc.), bouillon d’herbe (avec cerfeuil, laitue, bette)
  • Suc frais
  • Mellite de mercuriale (= sirop simple de suc frais et de miel)
  • Sirop de longue vie ou miel de mercuriale (= sirop composé comprenant iris, bourrache, buglosse, gentiane, vin blanc et miel)
  • Teinture-mère
  • Cataplasme de feuilles fraîches ou cuites

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : on cueille la plante entière à l’exception des racines juste avant floraison, soit en mai-juin.
  • Séchage : tout comme la pariétaire, la dessiccation amoindrit les effets de la mercuriale.
  • Toxicité : si la dessiccation et la décoction ôtent à la mercuriale beaucoup de sa virulence, les cas d’intoxication sont réels et affectent autant les animaux (vaches, porcs) qui la consommeraient fraîche que l’être humain. La mercuriale fraîche souvent utilisée dépose dans l’organisme des substances qui s’y accumulent, portant préjudice, à la longue, au tube digestif ainsi qu’à l’appareil urinaire : « On constate de l’indigestion, des douleurs intestinales, des nausées, de la diarrhée suivie quelquefois de constipation avec irritation violente de l’intestin, des mictions fréquentes et douloureuses, de l’hématurie, finalement des lésions de gastro-entérite et de néphrite, en même temps que la faiblesse générale, la précipitation et la violence des battements du cœur, de violents maux de tête et le tremblement des membres. La mort peut même s’ensuivre » (6). A la lecture de ce tableau toxicologique, reconnaissons au moins que l’on peut difficilement soustraire à la mercuriale ses propriétés purgatives, laxatives et diurétiques que, bien sûr, elle réalise à des doses idoines. Ce n’est donc pas le fait d’une lubie que d’accompagner la mercuriale de plantes émollientes telles que la mauve ou le bouillon-blanc. Résumons :
    – Mercuriale fraîche à haute dose : purgative énergique, voire drastique.
    – Mercuriale fraîche à dose correcte : purgative douce.
    – Mercuriale cuite ou sèche : laxative.
    En conclusion, entre l’évacuation normale des intestins et la sensation que l’organisme éjecte hors du corps contenu et contenant (le bébé et l’eau du bain en quelque sorte ^^), il y a une forte marge qu’il nous faut observer par le respect de l’état de la plante au moment de son usage et des doses administrées.
  • Autre espèce : la mercuriale des bois (Mercurialis perennis). Plante vivace à rhizome beaucoup plus virulente que la mercuriale annuelle.
    _______________
    1. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 631.
    2. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 1, pp. 238-239.
    3. Dioscoride, Materia medica, Livre IV, Chapitre 169.
    4. Serenus Sammonicus, Préceptes médicaux, p. 42.
    5. Ibidem, p. 37.
    6. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 631.

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Les fleurs d’une mercuriale mâle que Dioscoride comparait à des grappes de raisins

Les pariétaires (Parietaria officinalis et P. judaica)

Pariétaire de Judée

Synonymes : casse-pierre, perce-muraille, herbe des murailles, épinard des murailles, aumure, herbe au verre, vitriol, panatage, espargoule, herbe de Notre-Dame, herbe des nonnes, herbe de sainte Anne, etc.

La pariétaire, c’est déjà 2000 ans d’une histoire conjointe avec l’homme. En tout premier lieu, Dioscoride la décrit si bien qu’il est impossible d’avoir un doute à ce sujet : « La pariétaire naît sur les murailles, dans les haies et sur les masures. Elle a les feuilles semblables à celles de la mercuriale, mais velues. Les tiges sont rougeâtres autour desquelles il y a certains grains rudes qui volontiers s’attachent aux robes » (1). Le médecin grec note le caractère rafraîchissant des feuilles de la pariétaire, ainsi en conseille-t-il l’usage en emplâtre sur les plaies, les brûlures, le feu saint Antoine, les ulcères rampants, les hémorroïdes et d’autres inflammations telles que celles de la gorge par exemple. En effet, « la pariétaire, herbe très connue, a une vertu astringente et résolutive, avec une certaine humidité froidette » (2) qui lui vaut de jouer le rôle d’anti-inflammatoire. En revanche, Dioscoride ne nous dit rien de l’une des principales propriétés de cette plante (celle d’augmenter la diurèse) et semble se cantonner à un seul usage externe, ce qui s’explique difficilement, vu le nom qu’il donne à cette plante : Helxiné. Ce mot, provenant du grec helkô, signifie « faire sortir », « extraire », en relation avec ses propriétés de faciliter l’accouchement et d’expulser le fœtus. Et là non plus, Dioscoride ne fait aucune référence à un usage de la pariétaire par la parturiente.
Au Moyen-Âge, c’est surtout la médecine arabe qui s’empare de la pariétaire ; on trouve néanmoins une annotation la concernant dans le Grand Albert qui la dit propre à remédier au charbon. En revanche, Platearius la connaissait fort bien : « Quand elle est sèche, elle n’a nulle force, mais verte elle est de grande force car elle délie et est diurétique et apéritive ». Voilà, ça y est, le mot magique a enfin été lâché : diu-ré-ti-que ! C’est tout de même plus intéressant que de savoir que la pariétaire sert de nourritures aux poules et aux colombes comme le rapporte Porta pompant honteusement sur Agrippa.
Au XVI ème siècle, la pariétaire, comme la pâquerette, connaît une nouvelle heure de gloire comme vulnéraire, en particulier sur les plaies récentes selon Matthiole, lequel ajoute que « son suc exprimé et sucré bu à la dose de trois onces provoque les urines supprimées ou difficiles et nettoie les reins comme par miracle », ce qui n’est pas sans rappeler l’histoire du chien rapportée par Boerhaave : il relate qu’un jeune chien avait pour habitude d’avaler de la pariétaire fraîche. Une fois que cela ne lui fut plus possible, il tomba malade et finit par mourir. Son autopsie révéla que sa vessie était emplie de calculs urinaires. J’ignore si c’est là une fable ou non, mais ce récit met en avant une des qualités de la pariétaire face aux lithiases : leur prévention.

Autrefois, l’on distinguait deux formes de pariétaires, l’une petite, l’autre dite grande. Aujourd’hui, l’on a renommé la petite en pariétaire de Judée (Parietaria judaica) afin de la soustraire à l’hégémonie de la grande pariétaire ou pariétaire officinale (Parietaria officinalis). Ces deux plantes possèdent bien des caractéristiques communes : des racines fibreuses et blanchâtres, des tiges cassantes quelquefois rougeâtres, des feuilles alternes plus ou moins lancéolées et faiblement pétiolées, velues et rugueuses au-dessous ce qui leur permet de s’accrocher aux vêtements, des petites fleurs verdâtres à l’aisselle des feuilles fleurissant de juin à octobre, enfin des fruits contenant des graines luisantes assez pareilles à des pépins de raisin. Ajoutons à cela qu’elles vivent à l’ombre, au pied des vieux murs, fichées dans les parois des remparts (3), sur les rochers et les décombres, principalement à basse altitude.
Ces deux plantes vivaces se différencient nettement par leur stature (un mètre de hauteur pour la pariétaire officinale, 40 cm seulement pour la pariétaire de Judée), ainsi que par la longueur de leurs feuilles : 5 cm pour P. judaica et plus du double pour P. officinalis.
A elles deux, elles partagent le territoire national : l’on rencontre la pariétaire de Judée partout en France, sauf dans le Nord, l’Est et le Centre, trois zones géographiques représentant l’aire de répartition de la pariétaire officinale. Il arrive, bien sûr, que l’une ou l’autre fasse des excursions dans le territoire de sa cousine, mais cela reste sporadique, sous forme de poches disséminées çà et là.

Pariétaire officinale

Les pariétaires en phytothérapie

Ces plantes, dont on récolte les parties aériennes dès floraison, sont sans odeur et leur goût est on ne peut plus fade, ce qui ne fait pas d’elles des végétaux inutiles, même si certains leur ont dénié leur place en phytothérapie : « Les propriétés de ces plantes […] sont presque nulles. On leur a même contesté leur propriété émolliente […] Barbier les regarde […] comme ayant une action émolliente peu prononcée, et incapables d’opérer dans l’état de maladie des changements bien importants » (4). La réputation de ces plantes que l’Antiquité leur a octroyée est sans commune mesure avec le dédain affiché par les modernes, mais, comme dit Fournier, « les pariétaires ne sont certainement pas inactives » (5). A l’état frais, ces plantes contiennent du tanin, des flavonoïdes, un épais mucilage, du soufre et surtout « une forte proportion de nitre [nitrate de potassium] qu’elles empruntent, dit-on, aux vieilles murailles sur lesquelles elles vivent » (6).

Propriétés thérapeutiques

  • Résolutives, émollientes, adoucissantes et calmantes cutanées
  • Anti-inflammatoires, rafraîchissantes
  • Dépuratives sanguines
  • Diurétiques puissantes, reconstituantes rénales (globalement elles améliorent le fonctionnement des reins), préventives lithiasiques, anti-lithiasiques (7)

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère vésico-rénale : lithiase rénale, oligurie, dysurie, strangurie, néphrite, néphrite aiguë faisant suite à une maladie infectieuse, colique néphrétique, cystite, pyélite, rhumatismes
  • Adjuvant dans les affections fébriles et inflammatoires (grippe, affections pulmonaires aiguës)
  • Hydropisie, œdème
  • Hémorroïdes, fissures anales
  • Blennorragie
  • Lithiase biliaire
  • Contusion

Modes d’emploi

  • Infusion
  • Décoction
  • Sirop
  • Suc frais
  • Cataplasme de feuilles fraîches

Note : dans les trois premiers cas, on emploiera strictement la plante fraîche.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Les pariétaires exigent des cures courtes n’excédant pas une quinzaine de jours (cf. haute teneur en potassium). On en évitera l’emploi chez l’oxalurique et l’allergique en raison de leur pollen particulièrement allergisant.
  • Afin d’en renforcer et les effets diurétiques et le goût, on peut associer l’une ou l’autre pariétaire aux baies de genévrier.
  • Récolte : dès le début de l’été l’on peut s’emparer des parties aériennes tout juste fleuries de ces plantes. On a remarqué que les plants poussant au pied des murs contenaient davantage de mucilage que ceux incrustés dans les parois d’une vieille muraille, plus riches en nitrate de potassium.
  • Séchage : si besoin est, il doit s’opérer promptement, à l’étuve. Cependant, notez que les pariétaires sèches sont des produits pratiquement inopérants.
  • Alimentation : le surnom d’épinard des murailles nous renseigne sur la qualité comestible des pariétaires, tant crues que cuites. Alors, il sera nécessaire de bien les assaisonner eu égard à leur fadeur.
  • Autrefois les pariétaires étaient utilisées pour nettoyer les vitres, d’où leurs noms de vitriol et d’herbe au verre (on a aussi avancé qu’elles portaient ce dernier nom en raison de la fragilité de leurs tiges qui cassent comme du verre).
  • Les pariétaires jouèrent le rôle de répulsif face à certains insectes. Répandues sur les stocks de blé, elles en écartaient, dit-on, les charançons, en particulier le charançon du riz (Sitophilus oryzae), petite bestiole de 3 mm de long à laquelle j’ai été dernièrement confronté ^^.
    _______________
    1. Dioscoride, Materia medica, Livre IV, Chapitre 74.
    2. Ibidem.
    3. Les pariétaires tirent leur nom du latin paries, « paroi » (racine que l’on retrouve dans l’adjectif pariétal). Or, ici à Provins, les vieux remparts ne manquent pas. Je me suis donc rendu ce dernier dimanche aux remparts nord, côté ombre, où une kyrielle de pariétaires de Judée poussent entre les pierres de ces vestiges.
    4. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 679.
    5. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 725.
    6. Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 51.
    7. « Toutes les plantes qui poussent entre les rochers ont la réputation, souvent fondée, de détruire la pierre » (Anne Osmont, Plantes médicinales et magiques, p. 83). Nous l’avions constaté pour la bugrane, cette signature s’applique aussi aux pariétaires.

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Pariétaire de Judée

La bugrane (Ononis spinosa)

Synonymes : bugrave, bougrane, bougraine, bougrate, bougrande, bouverande, tenon, tendron, chaupoint, agaloussès, herbe aux ânes, arrête-bœuf.

Arrête-bœuf. Drôle de surnom, tout de même ! Il proviendrait du fait que la forte racine traçante de la bugrane est si résistante qu’elle serait capable de stopper net une charrue tirée par des bœufs. C’est un peu du même style que ce poisson – le rémora – dont les Anciens pensaient qu’il pouvait bloquer un bateau, alors que, dans la réalité, ce poisson-pilote se fixe sur la coque à l’aide d’une ventouse pour se faire transporter à l’œil.
Bugrane, duquel dérivent les bougrane, bougrate, etc., est inspiré du latin populaire boveretina, de bos, « bœuf » et de retinere, « retenir ». Remarquons aussi que dans bugrane et bougrane, il y a « âne », peut-être un clin d’œil à l’un de ses autres surnoms, herbe aux ânes, un âne qui se cache aussi dans son nom latin, ononis : en effet, onis signifie « âne » en grec. Alors, l’herbe aux ânes, comment l’expliquer ? Sans doute parce que ces animaux apprécient d’en brouter le feuillage et que, du moins c’est Cazin qui le rapporte, « ils aiment à se vautrer sur cette plante » épineuse afin d’en gratter leur dos et leurs flancs.

Connue depuis Dioscoride pour ses vertus diurétiques, la bugrane avait la réputation de dissoudre les calculs : « De la bugrane, que les Grecs appellent Anonis : la racine est blanche, chaude et dessiccative. L’écorce bue avec du vin provoque l’urine et rompt les pierres. Elle rompt aussi les lèvres des ulcères [indurations]. Bouillie dans du vinaigre mêlé d’eau, en s’en lavant la bouche, elle apaise les douleurs dentaires. L’on estime que sa décoction guérit les hémorroïdes » (1). Ces premières bases posées mèneront Galien à ériger la bugrane au premier rang des diurétiques.
Après une longue éclipse qui dure jusqu’à la fin du Moyen-Âge, nous retrouvons la bugrane dans l’œuvre de Matthiole, c’est-à-dire ses « Commentaires » sur les six livres de la Matière médicale de Dioscoride. Selon lui, « l’expérience de nombreux patients atteste qu’après avoir bu assez longtemps du vin de racine de bugrane, ils ont rejeté des calculs rénaux et retrouvé la santé. [Elle est donc apte] à rompre la pierre et à la faire sortir principalement quand les conduits par où passe l’urine sont estoupez [comme s’ils étaient bouchés avec de l’étoupe]. Je sais par expérience, ajoute Matthiole, que la décoction de la racine est très utile dans les engorgements du foie ».
L’action de la bugrane sur les systèmes urinaires et hépatiques dans une moindre mesure était bien établie. C’est pourquoi, sous la plume de Simon Paulli, l’on retrouve les mêmes recommandations, ce dernier arguant du fait que la bugrane fait partie des meilleurs remèdes antilithiasiques (tant d’un point de vue rénal qu’urinaire). L’action puissante de cette plante sur l’appareil urinaire est également réaffirmée par Acrel. Émergent aussi des propriétés que la bugrane pourrait avoir sur l’appareil génital : elle fut ainsi employée en cas d’engorgement testiculaire et de sarcocèle, une tuméfaction du testicule, ce qui, sur ce dernier point, fit dire à Cazin que « c’est pour avoir exagéré les propriétés de la bugrane qu’elle est aujourd’hui presque abandonnée, se lamente-t-il au milieu du XIX ème siècle : un éloge non mérité fait méconnaître les qualités réelles » (2). Cependant, il ignorait, bien sûr, que le docteur Leclerc allait remettre de l’ordre dans tout ça au siècle suivant : ayant obtenu de très bons résultats pour des problèmes de cystite, de néphrite calculeuse et de lithiase urinaire, il se montre néanmoins beaucoup plus nuancé sur la question de cette soi-disant propriété de la bugrane sur les sarcocèles.

Dernier point qui mérite d’être souligné. Nous savons que la constellation zodiacale du Taureau est gouvernée par la planète Vénus et que le Taureau règne sur certaines parties du corps humain, le cou et les vertèbres cervicales en sont quelques-unes. Mais, fait plus intéressant, les natifs du Taureau s’exposent davantage aux troubles génitaux, Vénus oblige. Or il se trouve que la bugrane peut intervenir en cas de gonorrhée (autrement dit : chaude-pisse), c’est-à-dire ce qu’on appelait autrefois une maladie vénérienne, MST aujourd’hui. Ce qui pourrait être un lien séduisant avec cette plante réputée arrêter les bœufs (même si je sais que c’est un chouïa délirant ^^).

Comme l’adjectif latin qu’elle arbore le suggère – spinosa, qu’on a aussi associé au prunellier et à l’arganier, la bugrane est un sous-arbrisseau aux tiges rameuses, couchées tout d’abord puis ascendantes, couvertes d’épines. Ce port semi-rampant ne lui permet guère que d’atteindre une hauteur maximale de 60 cm, mais bien souvent deux fois moins. Les tiges rougeâtres de la bugrane portent des feuilles composées de trois folioles ovales dont la centrale est pétiolée. Les fleurs, isolées, présentent un calice à deux lobes qui forment une corolle rose, plus rarement blanche ou rose vif. Elles s’épanouissent de juin en septembre. Enfin, le fruit, fabacée oblige, est une petite gousse emplie de peu de graines.
La bugrane est une coriace plante vivace poussant sur des terrains la plupart du temps « ingrats » : talus, pentes ensoleillées, champs incultes, pâturages médiocres, terrains secs, sablonneux ou caillouteux. Elle colonise ces secteurs, là où d’autres n’oseraient pas y mettre la moindre racine, ce qui ne doit pas nous faire oublier la sienne propre : grosse comme le doigt, gris foncé à l’extérieur, blanche en dedans et rayonnée à la cassure, cette longue racine rampante se caractérise par une saveur tout d’abord douceâtre puis nauséabonde et une odeur désagréable. Cela nous fera-t-il l’adopter ? ^^

La bugrane en phytothérapie

Cette plante est une coquine car elle a niché ses plus importants principes actifs dans sa racine dont l’arrachage est loin d’être une sinécure ! Et, dans cette racine, c’est son écorce qui nous intéressera plus particulièrement. N’omettons cependant pas de mentionner que feuilles et fleurs sont aussi de la partie thérapeutique.
Dans la racine de bugrane, nous rencontrons de l’amidon, des matières résineuses et minérales, de l’acide citrique, des saponosides, etc., enfin, rien que de très banal. En revanche, ce qui distingue la bugrane sont divers hétérosides isoflavoniques, une essence aromatique (selon toute vraisemblance très active), enfin un triterpène du nom d’onocérine.

Propriétés thérapeutiques

  • Diurétique puissante, sédative des voies urinaires, sudorifique, dépurative, préventive des lithiases rénales
  • Cholagogue, préventive des lithiases biliaires
  • Anti-inflammatoire
  • Astringente
  • Antiseptique

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère vésico-rénale : lithiase rénale et urinaire, catarrhe chronique de la vessie, colique néphrétique, cystite, urétrite, albuminurie chronique, goutte, rhumatisme chronique
  • Troubles de la sphère génitale masculine : prostatite, engorgement testiculaire, orchite
  • Troubles de la sphère hépatique : engorgement hépatique, congestion hépatique, lithiase hépatique, ictère
  • Hydropisie, rétention d’eau
  • Affections de la bouche et de la gorge : angine, maux de gorge, gorge irritée, ulcère gingival, ulcère buccal
  • Affections cutanées : eczéma, eczéma suintant, démangeaisons
  • Adjuvant dans la gonorrhée

Modes d’emploi

  • Poudre de racine
  • Infusion de feuilles et de fleurs
  • Décoction de racine
  • Teinture-mère

Note : afin de bénéficier des avantages diurétiques de la racine de bugrane, il est préférable de l’utiliser en infusion et non en décoction, cette dernière volatilisant l’essence aromatique contenue dans cette racine.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : la racine s’arrache au printemps (mars-avril) et à l’automne (septembre-octobre) ; feuilles et fleurs se cueillent à la belle saison.
  • Autres espèces : on en compte environ une vingtaine en France. En voici quelques-unes : la bugrane des champs (O. arvensis), la bugrane à feuilles rondes (O. rotundifolia), la coqsigrue ou bugrane jaune (O. natrix), etc.
  • Plante tinctoriale : à partir de la décoction des sommités fleuries, l’on obtient une teinture brun rougeâtre. En y ajoutant de l’alun, elle vire au jaune soufre, et au vert par adjonction de sulfate de fer.
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    1. Dioscoride, Materia medica, Livre III, chapitre 18.
    2. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 81.

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La pâquerette (Bellis perennis)

Synonymes : petite marguerite, fleur de pâturage, fleur de Pâques.

Bellis perennis : la mignonne pérenne, de par sa floraison quasi annuelle. Quant à pâquerette, autrefois pasquerette, certains disent qu’il est une évidente allusion au temps de Pâques, moment où ces fleurs sont les plus abondantes dans les prairies. « On assure que son nom lui vient d’une ancienne tradition chrétienne qui veut qu’elle soit cueillie aux environs de Pâques, en hommage au Christ et eu égard à l’époque où ses vertus médicinales semblent exaltées » (1). On a proposé une autre étymologie : pâquerette proviendrait d’un terme de vieux français, pasquier, qui signifie pâturage, mais comme l’étymologie de Pâques fait référence au fait de paître, dans un sens comme dans l’autre, on en revient toujours au ras des pâquerettes, Pâques fêtant initialement le renouveau de la végétation.
La pâquerette semble être passée à peu près inaperçu des médecins de l’Antiquité et du Moyen-Âge (2) et ne s’être fait une place en thérapeutique qu’à partir du XV ème siècle tardif, et surtout au XVI ème. Durant la Renaissance, « la pasquerette à la feuille menue » a joui d’une excellente réputation : en 1543, Léonard Fuchs écrit la valeur de la pâquerette contre les blessures et la goutte, puis, en 1554, Matthiole nous dit ceci à son sujet : « Les fleurs sont bonnes pour les scrofules, les fractures du crâne et les plaies pénétrantes du thorax ; on les emploie alors en lotion, certains les prônent contre la sciatique et la paralysie. Les feuilles en salade ou cuites dans du bouillon relâchent le ventre ; mâchées, elles guérissent les inflammations de la bouche et de la langue, contuses, elles dissipent celles des organes génitaux ». Puis Jérôme Bock (1572), Cornuti (1635) et Schroder (1665) font prévaloir son statut de précieuse vulnéraire, une propriété que l’on découvre en filigrane dans une anecdote biblique durant laquelle Joseph se blessa en construisant une charpente. L’enfant Jésus tenait un bouquet de ces fleurs qu’éclaboussèrent quelques gouttes de sang qui perlaient du doigt blessé du charpentier. Même la médecine populaire des campagnes lui a reconnu ce pouvoir sur les chutes, les coups, et les contusions et blessures qui en découlent. Mais elle ne se contentait pas que de cela : par ses effets diurétiques, elle fut employée pour résorber les œdèmes (dont l’hydropisie) et soulager les affections rhumatismales et les états lithiasiques ; laxative, pectorale, elle est aussi dépurative (les gens de la campagne ne disaient-ils pas qu’elle nettoie le sang au sortir de l’hiver ?) et permettait, par ses effets rafraîchissants, de tempérer nombre de phénomènes inflammatoires.

La pâquerette est une très petite plante de 5 à 15 cm à souche vivace, très commune dans presque toute l’Europe, en Afrique du Nord ainsi qu’en Asie occidentale. On la trouve dans les bois et les prés, les pelouses, sur les talus, dans les clairières, en bordure de chemin et dans les pâturages, jusqu’à une altitude de 2400 m.
Sa tige est simple et nue, pubescente, assez robuste et porte des feuilles toutes radicales organisées en rosettes, spatulées, souvent crénelées, nettement pétiolées. Le capitule, solitaire, terminal, mesure de 15 à 30 mm de diamètre. Les fleurs centrales (le cône) sont jaunes, tubuleuses, celles de la circonférence ligulées, oblongues, linéaires et disposées sur un seul rang. Blanches la plupart du temps, elles peuvent être légèrement teintées de pourpre sur les bords extérieurs. Bien qu’on rencontre des fleurs de pâquerette presque toute l’année (la plante supporte les gels hivernaux jusqu’à – 20° C), la floraison se concentre surtout de mars à novembre.
Par une caractéristique propre aux Astéracées, la pâquerette s’apparente au souci et à la chicorée : ses fleurs se ferment en fin de journée ou par mauvais temps, et s’ouvrent au matin avec l’apparition du soleil dont elles suivent la course d’est en ouest. « Daisy », qui désigne la plante en anglais, transcrit bien l’accointance solaire de cet autre « solsequium » qu’est la pâquerette : en effet, daisy n’est autre que la contraction de day’s eye, c’est-à-dire l’œil du jour, métaphore de l’astre diurne. Symbole d’innocence, cette plante est généralement considérée comme un porte-bonheur. Sa nature solaire explique pourquoi confectionner des guirlandes de pâquerettes était communément reconnu comme un moyen de protéger les enfants des mauvaises fées. L’humilité de cette fleur ne lui a pas toujours valu que des amis. En effet, elle « a paru si dangereuse aux yeux des autorités allemandes qu’une ordonnance de janvier 1793 a prescrit sa destruction complète » (3) sans y parvenir. Cet affolement se basait sur la croyance infondée que la pâquerette était abortive !

« La pâquerette n’est pas seulement l’ornement printanier des corbeilles et des plate-bandes, la gracieuse fleurette du printemps, l’éclatant émail des pelouses et des sentiers, elle possède une réelle valeur thérapeutique » (4). Nous y voici donc :

La pâquerette en phytothérapie

Ce sont les parties aériennes de cette humble fleurette qui nous intéressent. De saveur douce puis amère, les feuilles se caractérisent par une importante quantité de mucilage et de saponine, mais également par du tanin, des flavonoïdes, une matière résineuse, de la vitamine C, des acides (malique, vinique, oxalique, acétique). Dans les fleurs se dissimule une petite fraction d’essence aromatique. Quant à la racine, guère usitée, elle est particulièrement riche en inuline comme la plupart des Astéracées.

Propriétés thérapeutiques

  • Stimulante générale, tonique
  • Dépurative, diurétique légère
  • Fébrifuge, sudorifique
  • Expectorante, sédative de la toux
  • Anti-inflammatoire, rafraîchissante
  • Vulnéraire, résolutive, cicatrisante, anti-ecchymotique, régénératrice cutanée
  • Laxative légère
  • Hémostatique
  • Émolliente
  • Antibactérienne

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère respiratoire : bronchite, laryngite, rhume, asthme, toux, pleurésie
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : dysenterie, constipation, constipation opiniâtre
  • Troubles de la sphère vésico-rénale : insuffisance rénale, lithiase urinaire, rhumatisme, goutte
  • Affections buccales : aphte, ulcération de la bouche
  • Affections cutanées : dermatose, furonculose, eczéma prurigineux, vitiligo, plaie, ulcère, contusion, hématome, ecchymose, enflure, foulure
  • Troubles de la sphère gynécologique : règles douloureuses ou trop abondantes, mastite
  • Hydropisie
  • Hypertension
  • Insuffisance hépatique
  • Insomnie, surmenage
  • Maux de tête

Modes d’emploi

  • Infusion de fleurs et de feuilles
  • Décoction de feuilles (pour compresse et lavage)
  • Macération vineuse de fleurs et de feuilles
  • Macération huileuse de fleurs (l’huile de pâquerettes stimule la microcirculation, tonifie la peau et resserre les tissus, ce qui lui permet de raffermir les seins, de galber le buste et de lutter contre les vergetures ; elle se fabrique selon le même procédé utilisé pour la réalisation de l’huile rouge)
  • Cataplasme de fleurs fraîches pilées
  • Sirop de fleurs fraîches
  • Feuilles en nature
  • Teinture-mère homéopathique (nettoyer et guérir les plaies, luxation, courbature, panaris, furonculose, vertige, etc.)

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : elle peut se réaliser toute l’année. En revanche, l’on se méfiera des lieux passants, la pâquerette étant particulièrement sensible aux pollutions.
  • Alimentation : de la pâquerette l’on peut en consommer les feuilles en salade, de préférence sous forme de mesclun, car à force leur goût devenant âpre peut finir par irriter la gorge. Autrefois consommée comme herbe à cuire avec le pissenlit et la chicorée durant les disettes, la pâquerette peut se prêter à différents usages : racines et boutons floraux au vinaigre (comme les câpres et les cornichons), boutons confits au sucre, ligules en salade, feuilles dans les potages, etc.
  • Les agronomes ont découvert que la plante fournit de la chaux aux terrains sur lesquels elle pousse et qu’elle a une prédilection précisément pour les sols qui en manquent.
  • Il existe un élixir de fleurs de pâquerette qui permet au mental la synthèse des informations provenant de multiples horizons. Il aide à les intégrer de façon globale en cas d’éparpillement et de dispersion. Du reste, ne donne-t-on pas une infusion de pâquerettes aux enfants distraits ?
    _______________
    1. Fabrice Bardeau, La pharmacie du bon dieu, p. 205.
    2. Elle est tout d’abord rapidement évoquée par Pline, puis décrite par Platearius de Salerne au XII ème siècle.
    3. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 725.
    4. Ibidem, p. 723.

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La mâche (Valerianella locusta)

Synonymes : doucette, boursette, galinette, clairette, blanchette, pommette, oreillette, laitue d’agneau, oreille de lièvre, salade de chanoine, bouche-grasse, rampon, valérianelle, etc.

Que la mâche, l’humble mâche, fasse partie de la famille botanique de la grande valériane officinale a de quoi surprendre. C’est pourtant bien le cas, comme l’atteste son nom latin qu’elle a fait sien au Moyen-Âge, Valerianella provenant possiblement du verbe latin valere, c’est-à-dire « se bien porter ». Quant à l’adjectif locusta, il est plus tardif : en effet, les botanistes de la Renaissance affublèrent la mâche d’un nom de sauterelle, par analogie entre le vert franc des feuilles de la mâche et la verdeur de cet insecte, bien que le doute subsiste à ce sujet. Ainsi, les « locustae » dont se repaissait saint Jean-Baptiste, alors qu’il était dans le désert, n’étaient-elles pas des sauterelles, probablement de la mâche. Mais cette plante poussait-elle, du reste, dans les terres de la Palestine ? Il semble que non. Elle est, cependant, d’origine méditerranéenne, si l’on en croît Augustin de Candolle (1778-1841) qui la dit provenir de Sicile et de Sardaigne. Mais son passé semble peu glorieux, elle n’est, pendant des siècles, passée que dans la bouche des paysans plus qu’en tout autre lieu, laboratoire ou officine. Elle a dû, pendant longtemps, demeurée à l’état sauvage, faire partie de ces plantes que l’on récolte dans la Nature, sans se dire qu’un jour elles pourraient agrémenter le jardin. Pierre de Ronsard, qui appréciait beaucoup les aliments d’origine végétale, est le premier à mentionner l’existence de la mâche – qui ne s’appelait pas (encore ?) ainsi – dans ses écrits. Accompagné de son valet Jamyn, ils battaient la campagne afin de se procurer belle provende de mâches et de pâquerettes :

Tu t’en iras, Jamyn, d’autre part
Chercher soigneux la boursette toffue,
La pasquerette à la feuille menue.

Au siècle suivant, force est de constater que certains esprits éclairés daignèrent goûter à la poésie de Ronsard. C’est, par exemple, le cas du jardinier de Louis XIV, La Quintinie, qui la considérait par trop sauvage et rustique (1) pour figurer en bonne compagnie sur les tables royales. Pour contrebalancer cet affront fait à la mâche, Simon Pauli conseilla son emploi « pour apaiser l’ardeur de la fièvre et pour adoucir les douleurs de la néphrétique ».

La mâche est une petite plante annuelle qui peut atteindre 50 cm de hauteur à plein développement, c’est-à-dire lorsqu’elle est toute en fleurs que porte une tige ramifiée en Y. Mais nous la connaissons davantage sous sa forme basale : une rosette radicale de feuilles luisantes et glabres, en forme de spatule. Si nous laissons pousser la mâche, elle devient rapidement une sauvageonne dotée de minuscules fleurs, bien plus petites encore que celles du myosotis, de couleur bleu pâle, solitaires à l’aisselle des rameaux ou bien disposées en corymbes capitulaires. Elles apparaissent généralement entre avril et juillet puis donnent naissance à des akènes.
A l’état naturel, la mâche pousse aussi bien en plaine qu’en moyenne montagne (1000 m), sur sols calcaires tels que pelouses, prairies sèches, bordures de chemins, terres non cultivées, etc.
Ce légume, cultivé pour ses rosettes au goût légèrement sucré et à discrète saveur de noisette, passe très bien l’hiver et peut même se développer sous la neige !

La mâche en phytothérapie

Ne mésestimons pas la petite mâche, car sa taille modeste ne dit rien des principes qui la constituent. Source de protéines végétales et d’oméga 3 (240 mg aux 100 g de feuilles fraîches), la mâche brille par ses vitamines (provitamine A, vitamine B9, vitamine E, vitamine C ; jusqu’à 60 mg aux 100 g de feuilles fraîches pour cette dernière, soit deux fois plus que dans le citron !) et ses sels minéraux et autres oligo-éléments (fer, zinc, cuivre, phosphore, calcium, potassium, magnésium). Ses feuilles, gorgées de chlorophylle, contiennent aussi un mucilage émollient, ce qui a valu à la mâche d’être surnommée doucette !

Propriétés thérapeutiques

  • Nutritive, reminéralisante, revitalisante, stimulante
  • Digestive, laxative
  • Diurétique, dépurative
  • Pectorale
  • Sédative nerveuse
  • Émolliente
  • Anti-oxydante

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : constipation, entérite
  • Troubles de la sphère cardio-vasculaire : artériosclérose
  • Affections respiratoires
  • Anémie, déminéralisation
  • Troubles de la sphère urinaire : colibacillose, lithiase urinaire
  • Arthritisme
  • Vieillissement cutané

Modes d’emploi

  • En nature, la plus fraîche possible (cf. la détérioration progressive de la vitamine C qui, littéralement, s’évapore, mais on peut la « capturer » en usant de vinaigre ou de jus de citron : où l’on voit alors que la vulgaire vinaigrette n’est pas qu’un exhausteur de goût)

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Il n’existe aucune contre-indication connue.
  • En mesclun, la mâche, grande spécialité du pays nantais, est associable au pissenlit et à l’ortie en guise de cure de printemps. C’est un légume qui accompagne aussi bien les viandes, les coquillages, la choucroute (comme cela se fait en Russie), la charcuterie que le fromage. Elle est très polyvalente. Quelquefois on la cuit.
  • Conseil de culture : une fois la plante « montée en graines », on peut récupérer ces dernières, mais elles demeurent inutilisables dans l’immédiat : elles ne germeront pas à leur tour. Cependant, si l’on patiente un ou deux mois, cela devient possible. Comme il a été remarqué, les graines de mâche qui germent le mieux sont celles âgées de deux ans, ce qui en soi n’est pas très problématique, puisque la durée germinative d’une graine de mâche étant de cinq ans (parfois dix).
    _______________
    1. A l’époque de La Quintinie (1626-1688), la mâche n’a pas encore subi de modification maraîchère, celle-ci ne prenant effet qu’au XVIII ème siècle. Aujourd’hui, l’on compte plus de 80 variétés parmi lesquelles la mâche d’Étampes, la mâche coquille de Louvois, la mâche verte à cœur plein, la mâche d’Italie à feuilles de laitue, la mâche Dunkelgrüner vollherziger, etc.

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La germandrée petit-chêne (Teucrium chamaedrys)

Synonymes : germandrée officinale, chasse-fièvre, herbe des fièvres, quercula, quericuola, querciola (1).

En Europe, il existe plusieurs espèces de germandrées que l’on peut classer grossièrement en deux groupes distincts : les germandrées à fleurs rouges et celles à fleurs jaunes. Mais l’une d’elle, habituellement porteuse de fleurs jaunes, la germandrée pouliot (Teucrium polium), « se montre sous des aspects très variables : à fleurs blanches, jaunâtres, jaune vif, roses ou purpurines ; à feuilles et rameaux blancs, blanc grisâtre ou jaune d’or, à tiges grêles ou trapues, couchées ou dressées. On a même distingué des variétés à feuilles plus ou moins rougeâtres ou violacées », nous explique Paul-Victor Fournier (2). C’est sans doute de là que provient la cacophonie botanique autour des germandrées dont le serviteur zélé sera, à tous le moins, Pline l’Ancien. Alors que Théophraste et Dioscoride font nettement la distinction entre cette germandrée qu’ils nomment polion et celle portant le nom de chamaedrys (3), la germandrée petit-chêne, Pline s’emmêle les pinceaux et assure, loin d’être à une confusion près, que ce polion possède un feuillage blanc le matin, pourpre à midi et bleuâtre le soir !

De façon très étonnante, ces deux germandrées pourtant fort dissemblables vont connaître une carrière très similaire. Pour débuter, Théophraste et Dioscoride reconnaissent à ces deux germandrées des propriétés quasi identiques : emménagogues, diurétiques (hydropisie, dysurie, rétention d’urine), cicatrisantes des plaies et des ulcères, remèdes hépatiques, laxatives. Elles étaient aussi particulièrement réputées pour soulager l’induration de la rate (4). On les prépare en emplâtre, en onguent à base d’huile, on en fait des décoctions que l’on boit avec du vinaigre, des trochisques, etc. Selon Dioscoride, ces deux plantes seraient aptes à éloigner les animaux venimeux et à soigner les piqûres et les morsures de vipère. Sur ces dernières propriétés, peut-être s’est-il inspiré de ce que disait Hésiode huit siècles avant lui qui « recommandait à ceux qui ambitionnent l’honneur et la gloire de se frotter de polion, de le manier, de le cultiver, d’en avoir sur soi contre les poisons et contre les serpents » (5). Bref, reprenant Dioscoride et des auteurs plus anciens, Pline enjolive, donne les germandrées comme antispasmodiques, pectorales et béchiques, ce qu’elles ne sont en aucun cas. Notre brave compilateur ajoute même qu’interdiction est faite de remettre la plante au contact du sol après sa récolte et de la nouer au cou sur le champ, quand bien même il reconnaît à cette pratique le caractère superstitieux… Un siècle après Pline, Galien, célèbre médecin de l’Antiquité ayant exercé à Pergame et à Rome, « raconte qu’à la suite d’un combat les morts qui étaient couchés aux endroits où poussait cette plante se putréfiaient moins rapidement et qu’elle acquit ainsi la réputation d’un puissant antidote » (6). « Cette plante », c’est une autre germandrée, que l’on appelait skordion durant l’Antiquité. Son nom même lui vient du grec skordon qui veut dire « ail », en raison de l’odeur aillée que dégage la plante quand on en froisse les feuilles. Cette skordion est aujourd’hui appelée germandrée aquatique (Teucrium scordium) et possède des propriétés assez semblables à celles des germandrées pouliot et petit-chêne, à ceci près qu’elle guérit efficacement les ulcères et la gangrène. Si cette plante ne ramène pas les morts à la vie, elle protège contre de nombreuses maladies mortelles.

Durant la plus grande partie du Moyen-Âge on trouve peu d’informations au sujet des diverses germandrées (la principale intéressée reste la petit-chêne qu’on emploie surtout en usage externe : panaris, inflammations ganglionnaires, gale…). Macer Floridus reprenant peu ou prou ce que disait Pline mille ans avant lui ne nous est d’aucun recours. Tout au plus pouvons-nous lui accorder la finesse de son observation lorsqu’il écrit que « broyée et mêlée avec de l’huile, elle [la germandrée petit-chêne] remédie au refroidissement du corps lorsqu’on s’en frotte, et rappelle la chaleur naturelle » (7). Au sujet de la Gamandrea, Hildegarde est peu prolixe, si ce n’est pour indiquer que cette plante est parfaitement inutile par voie interne, plus nuisible que profitable en réalité. Le seul cas pour lequel elle autorise l’emploi de la petit-chêne concerne les diarrhées sanglantes.

C’est en toute fin de Moyen-Âge qu’un sursaut anime les praticiens au sujet des germandrées. Tout d’abord, l’italien Fracastor qui, grâce à ses travaux, a posé les bases de l’épidémiologie, élabore un électuaire contre la peste contenant l’une de nos trois germandrées, le Teucrium scordium. Dans le même temps, du côté de Montpellier, l’évêque Guillaume Pellicier et le médecin botaniste Guillaume Rondelet érigent au rang de spécifique de la peste la même plante. Matthiole, qui sera celui qui rappellera les indications des Anciens à propos des germandrées (puis suivi par Prosper Alpini, Lazare Rivière, Boerhaave, etc.) conforte leurs propriétés fébrifuges, cholagogues et vermifuges, ainsi que l’action que ces plantes portent sur les maux céphaliques (maux de tête, épilepsie, neurasthénie). Il rapporte également que dans la campagne toscane, on les emploie contre cette affection dévastatrice qu’est la peste. Un peu plus tard, le diplomate flamand Ogier Ghislain de Busbecq, à qui l’on doit l’introduction en Europe de la tulipe, du lilas et du marronnier d’Inde, « raconte comment son médecin appliqua le remède [le diascordium, à base de germandrée] a ses serviteurs atteints de la peste et les guérit » (8). Enfin, en toute fin du XVII ème siècle, on relate que la ville suisse de Bâle fut frappée par une nouvelle épidémie de peste, bien éloignée de la grande peste noire qui lui enleva en 1348 plus de la moitié de ses âmes. Ainsi, les années 1667-1668 voient-elles le retour de ce terrible fléau dans la cité helvète. Le remède antipesteux, ce fameux diascordium, fut employé en grand, ce qui eut pour conséquences de sauver la vie d’un grand nombre de pestiférés.

Par la suite, plus rien ou si peu à propos de cette fantastique propriété de la germandrée contre cette maladie mortelle. Tout juste trouve-t-on quelques indications de Chomel contre les fièvres intermittentes et de Vitet qui donne les germandrées comme succédané du quinquina. Cazin, qui affirme que « la germandrée a joui d’une grande réputation [mais qu’on] a beaucoup trop exalté les vertus de cette plante » (9), remarqua les propriétés fébrifuges de la germandrée petit-chêne, et ajoute qu’il « y a probablement quelque rapport entre cette propriété et ce que les auteurs grecs, puis arabes, ont toujours raconté sur son action désobstruante des viscères et surtout de la rate » (Ibidem, pp. 444-445). En effet, rappelons-nous que lorsque nous avons abordé l’épine-vinette, nous nous étions rendus compte qu’elle permettait de jouer le rôle d’adjuvant dans les fièvres d’origine palustres en agissant sur la rate.

Puis toutes ces plantes tombent dans l’oubli. Jusqu’en 1985 où on décide de réhabiliter l’une d’entre elles, la germandrée petit-chêne. C’est alors qu’on fit la découverte d’une propriété jamais mentionnée jusqu’ici : cette plante aurait un pouvoir amaigrissant. C’est ainsi qu’elle entra dans la composition de « gélules minceur » élaborées en dehors de tout bon sens thérapeutique : non respect de la posologie et de la durée du traitement, aucune contre-indication répertoriée et mentionnée par les fabricants, une autorisation de mise sur le marché accordée à la va-vite… La fulgurante carrière de ce médicament provoquera 26 cas d’hépatite aiguë par suite d’un emploi inconsidéré. On fit rapidement volte-face, l’AMM fut retiré, la germandrée « condamnée sans autre forme de procès » rappelle Bernard Bertrand, qui ne cache pas son indignation face à de telles aberrations. Une plante interdite, donc, « une plante capable de traiter les surcharges pondérales et faire gonfler les profits ne pouvait que faire recette », assène amèrement l’auteur de L’herbier toxique (11).

En conclusion il est dommage qu’une plante telle que la germandrée ait été placée sur le banc des accusés pour de ridicules raisons commerciales. Ce que cette anecdote souligne, c’est une leçon applicable en toute circonstance, dès lors qu’on aborde les plantes dans le domaine médical : la durée d’exposition d’une plante avec le corps, quel que soit le mode d’utilisation (fumigation, fomentation, décoction, infusion, emplâtre, onguent…) doit être appliquée avec bonne mesure, et sans dépasser les quantités que l’organisme dans son intégralité est susceptible de supporter. Des doses trop importantes, appliquées longtemps, deviennent nocives et, la plupart du temps, permettent d’obtenir l’exact contraire du but recherché. Nous le voyons avec la germandrée : elle soigne des insuffisances hépatiques, mais mal employée, elle détériore le foie ! De même, considérez l’inoffensif tilleul : si on l’infuse à valeur normale, soit durant trois à cinq minutes, il est calmant. Au contraire, si on l’abandonne dans une macération qui finira par tiédir, il vire au rouge et devient excitant. Aussi faut-il faire preuve de modération et de circonspection en toute chose avec les plantes, sans quoi, avec elles, le retour de bâton n’est jamais très loin.

Petite plante vivace buissonnante et ligneuse à la base, la germandrée petit-chêne est totalement poilue et possède des feuilles lobées – en forme de feuilles de chêne donc – et aromatiques. Comme d’autres Lamiacées, elles sont opposées et dentées, vert foncé et luisantes. Les fleurs, davantage parfumées, apparaissent à la fin du printemps. De couleur rose pourprée à rougeâtres, elles s’organisent par groupe de deux à six à l’aisselle des feuilles. Rarement roses pâles ou blanches, elles sont constituées d’un calice en cloche poilu et un peu bossu à la base, de cinq dents lancéolées et des pétales soudés comme une lèvre unique à cinq lobes. Un anneau nectarifère entoure l’ovaire. La floraison s’étale entre les mois de mai et septembre.
Très fréquente, on la trouve jusqu’à 1500-1800 m d’altitude, de préférence sur sols calcaires ou volcaniques. Présente de l’Europe occidentale au Caucase en passant par l’Afrique du Nord, elle affectionne les bois, les pelouses sèches, les lieux incultes et arides, les rocailles, etc.

La germandrée petit-chêne en phytothérapie

De nature sèche et chaude, dit-on à son sujet : Macer Floridus indiquait au XI ème siècle que « cette plante a une force de chaleur et de siccité du troisième degré » (12). Sèche, elle l’est de par l’astringence de ses tanins, mais plus que chaude, la germandrée petit-chêne est avant tout particulièrement amère en raison de la présence dans ses tissus d’une résine de couleur jaunâtre, la teucrio-résine. Outre cela, les feuilles de germandrée, une fois froissées, dégagent une odeur faiblement épicée, poivrée même, sans doute expliquée par une essence aromatique riche en bêta-caryophyllène, molécule que l’on rencontre aussi dans l’huile essentielle de poivre noir. Ajoutons à cela des flavonoïdes (dont la scutellarine), des acides phénols et, d’aucuns disent, des iridoïdes.

Propriétés thérapeutiques

On les rapproche de celles de l’absinthe (Artemisia absinthium).

  • Apéritive, digestive, stomachique, cholagogue
  • Tonique amère
  • Diurétique
  • Anticatarrhale, mucolytique
  • Vermifuge
  • Fébrifuge
  • Cicatrisante, antiseptique cutanée

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : inappétence, atonie digestive, diarrhée, dysenterie, dyspepsie atonique
  • Troubles de la sphère pulmonaire + ORL : bronchite chronique, catarrhe muqueux, écoulement muqueux des narines
  • Troubles de la sphère hépatique : insuffisance et atonie hépatique
  • Troubles bucco-dentaires : gingivite, aphte
  • Affections cutanées : plaie de mauvaise nature, ulcère, furoncle
  • Rhumatisme, goutte
  • Asthénie, convalescence
  • Adjuvant dans la grippe et les autres maladies infectieuses, dans les états fébriles
  • Aménorrhée atonique

Note : la teinture homéopathique a permis de résoudre polypes et fibromes, « en général avec de bons résultats » (13).

Modes d’emploi

  • Infusion et décoction des parties aériennes fraîches ou sèches (comme l’indique Cazin, la germandrée, même sèche, conserve toutes ses propriétés)
  • Alcoolature (contrairement aux deux modes cités ci-dessus, l’alcoolature n’est pas le moyen le plus efficace, l’alcool emportant plus difficilement les principes actifs de la germandrée petit-chêne que l’eau)
  • Macération vineuse
  • Teinture-mère
  • Poudre de feuilles séchées

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : il est possible d’employer la plante entière coupée à ras de terre ou les feuilles mondées avant floraison. Cazin préconisait d’opter essentiellement pour des plants aux feuilles nombreuses, que l’on devait cueillir au mois de juin. La dessiccation ne pose pas d’inconvénients particuliers. A l’état sec, la germandrée conserve sa saveur et sa belle couleur verte.
  • Autres espèces : la germandrée botrys (T. botrys), la germandrée maritime (T. marum), la germandrée sauge des bois (T. scorodonia), la germandrée luisante (T. lucidum), la germandrée jaune (T. flavum), la germandrée à fleurs en tête (T. capitatum), la germandrée montagnarde (T. montanum), la germandrée ivette (T. chamaepitis), l’ivette musquée (T. iva), etc.
  • La germandrée petit-chêne est l’un des nombreux ingrédients de liqueurs telles que la Chartreuse et le Vermouth. On en aromatisait même la bière autrefois.
    _______________
    1. On retrouve la racine quercus, le chêne, dans ces trois dernières dénominations.
    2. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 469.
    3. Polion, du grec polios, « blanc grisâtre, cendré », eu égard à l’aspect du feuillage de cette plante que nous appelons germandrée pouliot (Teucrium polium). Quant à la seconde, la germandrée petit-chêne, elle est parfois désignée sous le nom de teukrion à cause de la ressemblance qu’elle partage parfois avec la germandrée pouliot. Khamaidrus : ainsi était nommée la germandrée petit-chêne par les Grecs (chamaedrys par les Latins), un terme composé de khamai, « terre » et drus, « chêne ». Cela est en rapport avec la forme des feuilles de cette plante qui imitent, au format miniature, les feuilles du chêne pédonculé (Quercus robur). C’est la seule germandrée européenne à présenter cette morphologie foliaire. Puis l’on eut diverses altérations, dont calamandria, garmandria, etc., qui, au final, finirent par former le mot germandrée tel que nous l’utilisons. Khamaidrus, c’est ainsi que Théophraste et Dioscoride désignent la germandrée petit-chêne, Dioscoride étant, à son sujet, amplement explicite et en donne quelques éléments descriptifs qui ne trompent pas : c’est, dit-il, une petite plante aux feuilles amères semblables à celles du chêne, aux fleurs purpurines, habitant les lieux secs et pierreux.
    4. « La propriété qu’on attribuait au teucrium de faire diminuer la rate aurait été découverte par le roi troyen Teucer ; un jour qu’on avait jeté de cette herbe, après un sacrifice, sur les entrailles des victimes, il remarqua qu’elle avait consumé la rate » (Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 149). Ainsi surnomma-t-on le teucrium « herbe troyenne », « herbe de Teucer ».
    5. Guy Ducourthial, Flore magique et astrologique de l’Antiquité, p. 205.
    6. Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 149.
    7. Macer Floridus, De viribus herbarum, p. 158.
    8. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 466.
    9. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 444.
    10. Ibidem, pp. 444-445.
    11. Bertrand Bernard, L’herbier toxique, p. 114.
    12. Macer Floridus, De viribus herbarum, p. 148.
    13. P. P. Botan, Dictionnaire des plantes médicinales les plus actives et les plus usuelles et de leurs applications thérapeutiques, p. 100.

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Le tamier (Tamus communis)

Synonymes : vigne sauvage, vigne noire, raisin du diable, racine de feu, bryone noire, racine vierge, haut liseron, taminier, tam, sceau de Notre-Dame, herbe aux femmes battues.

La précédente monographie – celle sur la clématite – vous a laissé sur votre faim ? Eh bien, sachez d’ores et déjà que ce qui vous attend avec le tamier, ce sont des clopinettes. Et j’en suis moi-même fort contrit, de ne pas pouvoir vous nourrir mieux.

Il paraît, on subodore (sortez d’immenses pincettes) que Pline connaissait le tamier. En effet, ce brave naturaliste, qui n’était tout de même pas la moitié d’un imbécile, a évoqué dans ses écrits un Tamus, aussi orthographié Tamnus, c’est donc que c’est lui. Oui. Mais non. Ce Tamus était le nom d’une plante sarmenteuse à baies rouges dont l’identité fait défaut. Zutre ! Son fruit – uva taminia – était une sorte de « raisin sauvage » rangé par Pline parmi le groupe des plantes alimentaires à côté du fraisier. Hum. Il n’est pas possible que cela soit là du tamier dont on parle. L’étymologie, c’est bien, mais ne pas en abuser sans avis médical serait souhaitable. Surtout que bon nombre des synonymes inscrits au frontispice de cet article exposent explicitement le caractère peu amène de la bête. Qu’on se détrompe : les noms vernaculaires ne sont pas un truc de pouilleux créchant au fin fond de la brousse, chacun d’eux dit une vérité qu’il faut savoir comprendre et accepter. Quand on vous jette au museau des trucs comme racine de feu, raisin du diable et autres, on peut s’interroger sur le caractère virulent de cette plante, et sur celui, non moins virulent, des hommes à travers l’une des locutions les plus connues et plus souvent associées au tamier : herbe aux femmes battues. Compte tenu du fait que, selon les statistiques que j’ai récemment vues passer, une femme succombe sous les coups de son « compagnon » tous les trois jours, cela en dit long sur le passé de cette plante employée pour dissimuler les méfaits de ce mâle (mal) incorrigible, cet abrutosaure qui n’a que ses poings pour frapper, là où d’autres utilisent leurs mains pour caresser et écrire des mots d’amour. D’ailleurs, Celse, médecin de l’empereur Auguste, n’indiquait-il pas le tamier dans le but d’exterminer la vermine ? Cazin qui, pour une fois, ne fait pas comme les autres, range le tamier à la lettre S : sceau de Notre-Dame. De la part de l’humble docteur du Nord-Pas-de-Calais, qui savait très bien que la racine de tamier était employée avec succès sur ecchymoses et contusions, j’ai envie de voir là, de sa part, une forme de commisération avec les femmes battues, en faisant appel à la Vierge Marie. Mais on ne fait pas disparaître la brutalité masculine à l’aide d’une plante qui en supprime les stigmates. Et, pour finir ce chapitre, indiquons que Matthieu de l’Obel faisait du tamier une plante éminemment féminine : il lui « attribuait une action spéciale sur les appareils urinaire et utérin et la disait propre […] à favoriser les règles » (1).

Le tamier est une plante vivace à racine tubéreuse brunâtre, dont les dimensions (jusqu’à 60 cm de longueur, un diamètre maximal de 25 cm pour un poids de 10 à 13 kg) la rapproche botaniquement de l’igname. Autrefois, cette énorme racine servit d’aliment pour le bétail.
Plante grimpante, liane pourrait-on dire, le tamier développe des tiges qui peuvent atteindre une taille de plusieurs mètres, quatre à huit, c’est pour cela qu’il affectionne les broussailles et les haies afin de s’y épanouir. Il s’orne de feuilles cordiformes, vertes et luisantes, longuement pétiolées. Plante dioïque, elle porte donc ses fleurs mâles et femelles sur des pieds différents, de même que l’ortie, le houblon ou le chanvre. Les longs épis de fleurs mâles dressés se distinguent des petites inflorescences femelles composées de fleurs vertes d’un demi centimètre de diamètre. Les fruits du tamier – petites boules rouge écarlate de 10 à 12 mm – n’apparaissent qu’après la fanaison des feuilles, et ne parviennent à complet mûrissement qu’une fois passées les premières gelées. Ils forment alors de maigres guirlandes.
Endémique à l’Europe centrale et méridionale, à l’Asie occidentale, ainsi qu’à l’Afrique du Nord, le tamier reste assez fréquent sur sol calcaire ou volcanique, jusqu’à une altitude de 1000 m.

Le tamier en phytothérapie

Au même titre que la bryone de laquelle il se rapproche, le tamier est un remède oublié. Sa volumineuse racine au suc laiteux et à l’odeur nauséabonde est, pour les uns, le signe d’une grande énergie thérapeutique, pour les autres un objet de dégoût et de rejet. Eh non, les médicaments végétaux, ça n’est pas toujours aussi doux et tendre que de la guimauve. Les fruits, malgré le fait qu’ils contiennent des saponines, n’ont jamais été véritablement conviés en thérapeutique. De saveur tout d’abord agréablement acidulée, ils deviennent par la suite carrément brûlants au palais. Quant à la racine, elle est riche d’une fécule que l’on a peut-être extraite par un moyen ou par un autre, comme on a pu le faire de celle contenue dans le rhizome du gouet pied-de-veau. Mais ce par quoi elle se caractérise surtout, c’est qu’elle « renferme d’innombrables cristaux aciculés d’oxalate de potasse, aiguilles acérées aux deux extrémités capables de produire une révulsion mécanique comparée […] à une véritable acupuncture » (2).

Propriétés thérapeutiques

  • Apéritif
  • Diurétique, lymphotonique
  • Rubéfiant, caustique, révulsif, vésicant, résolutif (il se rapproche par là de la clématite)
  • Analgésique, anti-inflammatoire
  • Purgatif, vomitif
  • Hémolytique, anti-ecchymotique

Usages thérapeutiques

  • Contusion, ecchymose, hématome
  • Douleurs articulaires et rhumatismales, goutte

Modes d’emploi

  • Poudre de racine lavée à plusieurs reprises puis séchée
  • Décoction de racine fraîche
  • Cataplasme de pulpe de racine fraîche ayant subi une décoction
  • Extrait fluide
  • Pommade (le tamier aurait pu faire partie de la composition de l’homéoplasmine de chez Boiron, mais il a été coiffé au poteau par la bryone, encore elle)

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • La plante entière (racine, tiges, feuilles, fruits) est toxique : la consommation des fruits et de la racine peut engendrer des troubles respiratoires et digestifs importants (irritation des muqueuses, inflammations internes).
  • L’unique partie qui n’est pas toxique, ce sont les jeunes pousses qui apparaissent au printemps, en mars. Elles sont néanmoins cuites dans plusieurs eaux successives afin d’en ôter une amertume très prononcée. Après quoi, elles se consomment comme les pousses de houblon, de fragon petit-houx, d’asperge sauvage avec lesquelles elles se confondent : en effet, les turions de l’asperge sauvage ressemblent fort aux jeunes pousses du tamier, de par leurs feuilles en écaille plaquées le long de la tige. Cette habitude alimentaire, présente en Italie et dans cette terre que l’on appelait autrefois l’Illyrie, correspondant à peu près au territoire de l’ex-Yougoslavie, est propre au Sud-Ouest de la France, en particulier aux départements de l’Aveyron, du Lot, du Tarn et du Tarn-et-Garonne. Selon les localités, le tamier y porte les noms de reponchon, respounchous, repounchou, répountchou, etc. (cf. photo ci-dessous).
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    1. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 926.
    2. Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 274.

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Comment fabriquer du « tabac » de tussilage

Dans un récent article – celui portant sur le café – j’ai écrit que l’homme, soucieux de remplacer ce qui lui manque par un ersatz, avait jeté son dévolu, à de très nombreuses reprises, sur des plantes qui, en temps normal, n’ont pas d’autre but que celui qu’on leur assigne habituellement. Ainsi, la carence de café fut à l’occasion de faire appel à la chicorée par exemple. Et lorsqu’on observe ce pour quoi se destinent ces différents substituts, c’est sans surprise qu’on les voit jouer le rôle de remplaçants du café, du thé, de l’alcool, du sucre et du tabac.

Dans un article bien plus ancien concernant le tussilage, j’avais communiqué deux recettes permettant de fabriquer du « tabac » de tussilage. M’étant livré à l’expérience, je me permets donc d’en faire aujourd’hui le compte rendu :

1/ Tout d’abord, partons en cueillette. Une quinzaine de feuilles de tussilage, c’est largement suffisant pour un premier essai, inutile d’avoir les yeux plus gros que le ventre et de dévaster le gisement.
2/ Ceci réalisé, faites subir à vos feuilles un léger flétrissement en les déposant bien à plat sur du papier ; retournez-les de temps à autre. Compter 24 heures.
3/ Placez vos feuilles en pile dans un saladier, couvrez d’eau, arrosez de miel liquide (ni trop, ni trop peu, le mélange eau + miel doit être fluide) et laissez macérer le tout pendant 72 heures.
4/ Passé ce délai, égouttez bien les feuilles dans une passoire.
5/ Garnissez le fond de la lèchefrite de votre four de papier sulfurisé et déposez une à une les feuilles sur la plaque. Allumez votre four à 70-80° C et enfournez à mi-hauteur. En cours de séchage, retournez les feuilles. Poursuivez ainsi tant que les deux faces de chaque feuille ne sont pas complètement sèches au toucher. Ainsi vous devriez obtenir des feuilles souples et particulièrement odorantes comme celles que nous voyons sur l’image ci-dessous :

Non seulement ces feuilles, une fois ciselées, sont un parfait substitut au tabac (auxquelles on peut le mêler à 50/50), mais elles seraient en outre, d’après ce que j’ai pu lire dans une source ancienne, un moyen de se déshabituer du tabac…

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