Les lupins (Lupinus sp.)

Lupin jaune (Lupinus luteus)

De culture fort ancienne (puisqu’elle remonte au moins à 4000 ans), connu des Égyptiens, des Grecs et des Romains, le lupin est une plante dont l’usage s’est aujourd’hui quelque peu perdu, du moins dans sa dimension médicinale et alimentaire, au contraire de son rôle esthétique en tant que plante ornementale.

Au début de notre ère, soit au premier siècle après J.-C., Dioscoride fait clairement la distinction entre des lupins sauvages et d’autres domestiques, mais semble les employer indifféremment dans sa pratique médicale qui fait uniquement appel aux semences de ces plantes et à la farine qu’elles sont capables d’offrir, et dont il dit qu’elle « mondifie le cuir et réduit les lieux meurtris en leur première forme » (1). Autrement dit : cette farine est émolliente et résolutive. Quant aux semences proprement dites, il s’en sert surtout sous forme de décoction qu’il administre comme solution vermifuge face aux vers intestinaux et « à ceux qui sont travaillés de la rate » (2). En pessaire, cette même décoction « provoque le flux menstruel et l’issue du fruit » (3). Par ailleurs, diurétique et apéritif, le lupin s’emploie beaucoup en externe si l’on en juge le nombre de cas dans lesquels Dioscoride le fait intervenir : ulcère, gangrène, scrofule, anthrax, inflammations cutanées, etc., aspect dermatologique du lupin qui sera repris au III ème siècle par Serenus Sammonicus : « Contre les démangeaisons, les papules et la grattelle […] on peut aussi pétrir de la farine de lupin avec du vinaigre, et s’en frotter le corps dans un bain chaud », nous dit-il dans ses Préceptes médicaux (4). Plus loin, il aborde le cas de « l’anthrax » : « Des cataplasmes de lupins broyés ont une vertu émolliente qui, en relâchant les chairs, ouvre une issue au poison intérieur » (5). Cependant, Serenus se distingue tout de même de Dioscoride lorsqu’il propose cette recette : « prenez sept gousses d’ail et autant de lupins, que vous mettrez dans un vase de terre cuite avec des feuilles de laurier ; puis, faites bouillir le tout dans du vinaigre, et versez dans l’oreille quelques gouttes de cette décoction » (6).
Outre ces usages médicinaux, le lupin fut probablement considéré comme une plante magique durant l’Antiquité gréco-romaine, apparaissant sous le nom de thermos dans certains papyrii magiques, thermos désignant un genre de plantes très amères (et très chaudes bien entendu) comme le lupin sait l’être. Il prit également part à des entreprises moins sérieuses par le rôle « d’or de comédie » qu’on lui fit jouer. « Les comédiens et les joueurs à Rome se servaient quelquefois de lupins, au lieu d’argent ; et on y imprimait une certaine marque pour obvier aux friponneries : cette monnaie fictive courait entr’eux, pour représenter une certaine valeur qui ne passait que dans leur société. De-là vient qu’Horace dit qu’un homme sensé connaît la différence qu’il y a entre l’argent et les lupins » (7). Il s’agit en quelque sort de l’ancêtre des jetons de jeu.

Au Moyen-Âge, le lupin – inconnu du Capitulaire de Villis – n’a cependant pas abandonné la thérapeutique et demeure un fréquent remède des parasites intestinaux, des maladies hépatiques et autres douleurs abdominales. On trouve dans le Physica d’Hildegarde, au chapitre 8 bis, un lupin – Vichbona – placé tout de suite après d’autres Fabacées comme lui (pois, fève, lentille). Il est bien possible que ce soit la bonne plante dont il s’agit (je dis cela parce que plus loin, au chapitre 189, on retrouve une fois de plus le lupin, orthographié différemment cependant : Vigbona) : ce qu’en dit l’abbesse en ces deux endroits est identique, cinq courtes lignes reproduites ci-après : « Le lupin est froid. Si on souffre des entrailles au point d’être pour ainsi dire tout gonflé de l’intérieur, réduire du lupin en poudre, ajouter un peu de pain écrasé avec un peu de graine de fenouil ou de suc de livèche. Faire cuire avec de l’eau en guise d’aliment, et mangez assez chaud. Répéter souvent, et on guérira les entrailles du malade » (8).

En Europe, on distingue les lupins d’importation nord-américaine, qui sont tout d’abord objet de culture, des lupins sauvages endémiques. Les premiers, qui peuvent s’échapper des cultures, sont des plantes vivaces, c’est le cas du lupin des jardins (Lupinus polyphyllus). Quant aux seconds, bordant le pourtour de la mer Méditerranée (lupin jaune, Lupinus luteus) ou se cantonnant à sa moitié est (lupin blanc, Lupinus albus), ils sont sauvages et annuels.
Dans tous les cas, ces diverses plantes possèdent des tiges dressées dont les feuilles sont plus ou moins longuement pétiolées, comptant de nombreux folioles dont la quantité est variable selon l’espèce mais toujours organisées en éventail à partir de l’extrémité du pétiole. Les épis floraux dont la densité varie selon l’espèce, portent des fleurs à corolles bleues ou violacées (lupin des jardins), jaunes (lupin jaune) ou blanches (lupin blanc). Il existe également beaucoup d’autres cultivars aux coloris différents (rose, pourpre, bicolore, etc.). En général, la floraison est estivale, suivie de la fructification qui élabore des gousses velues contenant des graines presque rondes et plates.

Les lupins en phytothérapie

Le lupin, à l’état sauvage, est une plante qui bien qu’énergique ne sera jamais devenue une panacée, sans doute parce que ses propriétés se bornent à des emplois très secondaires, mésestime s’expliquant par le fait que parmi la vaste foule des plantes médicinales, pour la même affection donnée, il existe plus efficace et plus agréable tout de même que la décoction de semences de lupin sauvage. Mais il est vrai que tous les remèdes ne peuvent pas ressembler, par leur suavité, à des friandises pour petites filles.
Nous ne disséquerons pas, dans la masse des lupins existants, tous les profils biochimiques. Soyons cependant simples et concis. Débutons pas les lupins sauvages : ceux-ci sont bruts, non modifiés par la main de l’homme. Tels que la Nature les a forgés, leurs semences sont effectivement amères, caractéristique qui semble être, sans doute, une manière de dissuader les prédateurs du lupin d’en croquer les graines. Non seulement ils sont amers, mais ils sont habités d’une toxicité non négligeable mais fortement relative puisqu’elle est variable selon le lupin concerné, et chez un même lupin, elle est sujette à des modifications. Ce qui explique les chiffres suivants exprimant des taux d’alcaloïdes (lupinine, lupinidine, lupanine, oxylupanine) présents chez divers lupins sauvages :

  • Lupin blanc : 0,27 à 0,51 %
  • Lupin à feuilles étroites : 0,21 à 0,72 %
  • Lupin jaune : 0,4 à 1,1 %

En ce qui concerne les lupins cultivés, au taux d’alcaloïdes fortement réduits ou absents, ils se caractérisent par une proportion telle de protéines (43 %, dont légumine et conglutine) qu’ils pourraient aisément faire pâlir les graines de soja, si ce n’était cette difficulté à les améliorer comme s’y emploient les Australiens, fournissant les 4/5 de la production mondiale de lupin. Outre cela, nous trouvons dans ces semences domestiques des acides (malique, citrique), de la résine, des lipides et d’autres substances telles que galactane et vanilline.

Propriétés thérapeutiques

  • Diurétique
  • Dépuratif, vermifuge
  • Emménagogue, aphrodisiaque (médecine arabe)
  • Calmant cutané, émollient, résolutif

Usages thérapeutiques

  • Affections cutanées : eczéma, lichen plan, gale, écrouelles, furoncle, abcès, etc.
  • Parasites intestinaux

Modes d’emploi

  • Décoction de semences de lupin (3 % maximum).
  • Cataplasme de farine de semences de lupin : notons que le lupin fait partie du groupe des quatre farines résolutives avec l’ers, la fève et le fenugrec, mais y occupe une place équivalente à celle du jujube au sein des quatre fruits pectoraux : s’il y en a trois qui sont encore bien en vue, le quatrième est toujours à la traîne par rapport à eux.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Par chance, les usages du lupin ne se bornent pas qu’à quelques propriétés médicinales assez insignifiantes qui sont l’apanage des lupins sauvages, contenant des principes actifs que n’ont plus les lupins dit « améliorés ». Améliorés, non pas pour la thérapeutique, mais pour d’autres domaines parmi lesquels nous trouvons :
    – l’alimentation du bétail par le fourrage produit par les lupins domestiques ;
    – l’engraissage des terres : les annotateurs de Dioscoride rapportaient déjà que le lupin servait d’engrais vert en Toscane au XVI ème siècle. En effet, cette plante fixe l’azote atmosphérique et capte le phosphore terrestre. Les lupins blancs et jaunes sont très souvent assignés à cette tâche ;
    – l’alimentation humaine : sur les marchés, l’on trouve assez fréquemment chez le marchand d’olives, de ces grosses graines de lupin, jaune pâle, serties d’un épais tégument. Mais il s’agit là de semences de lupins domestiques qui n’ont pas grand-chose à voir avec ces lupins méridionaux dont on a cherché à diminuer l’amertume depuis au moins l’époque de Théophraste, soit au IV ème siècle avant J.-C., qui témoigne qu’en son temps était commune la manière de débarrasser les graines de lupin de ce qui ne les rendait pas affriolantes en bouche (9). Anciennement, voici comment l’on procédait pour tirer le mieux possible partie des graines des lupins méridionaux : elles « doivent subir une préparation – généralement une cuisson d’environ deux heures suivie d’une macération dans la saumure. Elles étaient parfois placées dans des sacs de toile que l’on immergeait plusieurs semaines dans un cours d’eau. Puis elle étaient séchées et moulues en une farine très appréciée » (10). Tout cela reflète un mode de vie que d’aucuns (même beaucoup !) n’imaginent pas à l’heure actuelle, occupés à perdre six heures par jour devant Facebook ou la télévision, à pousser des hauts cris qu’ils n’ont pas de temps pour eux, alors préparer des graines de lupin !… Cela doit être une plaisanterie. Il est évident que déguster le lupin comporte un coût temporel : il ne s’obtient pas aussi rapidement que ces pâtes cuites en trois minutes chrono. C’est pourquoi cette plante n’est assurément pas compatible avec le mode de vie de l’homme occidental, stressé et pressé comme un citron, le pauvre chou. Signalons à l’attention de notre potentiel préposé au burn-out (qui de toute façon ne nous lit pas) qu’après sa pause déjeuner fast-foodienne, il peut, s’il en a le temps (« rhaaa, mais non, sans quoi mon chef de service va me chauffer ! ») déguster un café de lupin, obtenu en torréfiant les graines de lupin hirsute (Lupinus hirsutus). Mais ce bougre préfère la « senséo » de la boîte. Bref, n’en parlons plus, oublions ce mécréant.
  • Faisons remarquer à toutes fins utiles que les graines de lupin sauvage ingérées en trop grande quantité sont susceptibles d’engendrer des troubles digestifs et nerveux. En « principe », leur excessive amertume interdit d’en faire un usage massif.
    _______________
    1. Dioscoride, Materia medica, Livre II, chapitre 102.
    2. Ibidem.
    3. Ibidem.
    4. Serenus Sammonicus, Préceptes médicaux, p. 16.
    5. Ibidem, p. 48.
    6. Ibidem, p. 21.
    7. L’encyclopédie de Diderot.
    8. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 28.
    9. Dioscoride réitère cette recommandation cinq siècles plus tard.
    10. Petit Larousse des plantes médicinales, p. 311.

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Graines de lupin blanc

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La sanicle (Sanicula europaea)

Synonymes : sanicle d’Europe, sanicle mâle (1), senic, herbe aux vaches, herbe au chêne, herbe au charpentier, pied d’alon, herbe de saint Laurent.

Voici une plante qui se sera tenue à l’écart de l’Antiquité gréco-romaine : de même qu’il règne, au sujet de ses noms (2) une unanimité évidente, il en va de même en ce qui concerne l’ignorance dans laquelle furent placés les auteurs antiques à propos de la sanicle. L’on ne peut tout connaître, et l’Antiquité ne se résume pas qu’aux deux seuls mondes grec et romain, à l’égal du Moyen-Âge qui n’est pas une notion s’appliquant à la seule Europe, un point que l’on a trop tendance à oublier.
La toute première à faire mention d’une utilisation thérapeutique de la sanicle n’est autre que la très grande sainte Hildegarde, qui aménage une belle place dans son Physica à cette plante que, déjà, elle appelle Sanicula, du latin sanus, « sain » et sanare, « guérir » ; autant dire qu’elle porte en elle un potentiel que ne lui dénieront pas les successeurs d’Hildegarde. Mais, pour le moment, demeurons quelques temps au XII ème siècle, siècle d’Hildegarde, où l’on apprend le bien que l’abbesse pense de la sanicle, ce qui ne gâche rien : « La sanicle est chaude, et il y a en elle beaucoup d’éléments purs » (3). Elle est bonne pour les « viscères » malades et l’estomac. Grâce à sa racine, « elle chasse les humeurs de l’estomac et guérit les entrailles malades » (4). Hildegarde, si elle fait, selon moi, clairement référence aux capacités cicatrisantes de la sanicle, me semble souligner également ses vertus hémostatiques, c’est-à-dire que, comme le dit plus clairement Fournier, « elle hâte sensiblement la cicatrisation et dissipe les collections sanguines » (5). Hormis cela, dans son texte, il y a un indice qui me donne cette sensation qu’Hildegarde tenait la sanicle en belle estime : bien qu’elle la préconise fraîche, elle en conseille aussi la dessiccation afin, très certainement, d’avoir cette plante sous la main à tout moment de l’année, et ce qu’elle dit à ce sujet est tout à fait audacieux : « Faire sécher la sanicle au soleil, lentement, pour qu’elle ne perde pas ses vertus : car les vertus des plantes ne disparaissent pas, lorsqu’elles sèchent au soleil, mais lorsque c’est le feu qui les sèche » (6).
Malgré cette première introduction, la sanicle ne s’impose qu’à partir du XV ème siècle, étant affublée de noms divers comme c’était alors de coutume, chaque auteur la désignant à sa propre façon (diapensia, consolida minor, ferraria minor, etc.). Au XVI ème siècle, on n’en finit pas de se précipiter au devant de la sanicle : les plus grands auteurs du siècle ne manquent pas d’y faire référence : Fuchs, Bock pour qui elle est une panacée à l’égal de la verge d’or (Solidago virga aurea), Tabernaemontanus, Ryffius, Lonicer, qui lui accorde le statut de « plante cicatrisante des barbiers » (qui n’étaient pas que raseurs au XVI ème siècle, mais aussi « chirurgiens »). Mais la sanicle, ça n’est pas que l’herbe aux coupures ou l’herbe au charpentier (comme on appelait l’achillée millefeuille pour des raisons similaires), c’est aussi l’herbe aux brûlures, et aux brûlures graves si l’on en croit l’hagiographie de saint Laurent qui a donné à la plante l’un de ses noms vernaculaires. Laurent, martyr chrétien du III ème siècle après J.-C., contrariant je ne sais plus quel empereur romain, fut passé au gril (au sens propre) sur les ordres de ce dernier. Narquois, le saint jeta à la face du bourreau la phrase suivante : « Retourne-moi, maintenant, que l’empereur ait de la viande bien cuite à manger ». Je pense que c’est un petit peu exagéré. En revanche, l’empereur, qui venait d’inventer le barbecue, s’empressa d’aller déposer le brevet auprès de l’INPI, parce qu’à l’INRI, ils assurent vraiment pas un clou… Un ange (tré)passe… Haem… ^_^

Bien plus grave encore attend la sanicle. Il s’avère, si l’on prend en considération les informations dernières (qui précèdent cette histoire de saint coiffé de laurier qui ne lui a pas servi à grand-chose apparemment, hormis, peut-être, à aromatiser sa viande) et que l’on remonte à sainte Hildegarde, il s’avère donc que seuls les praticiens germaniques prêtent attention à la sanicle. En France, c’est d’une toute autre farine dont on fait son pain. Les XIX ème et XX ème siècles montrent bien comment l’on accueillit la sanicle de part et d’autre de la frontière franco-allemande : versant germanique, l’abbé Sébastien Kneipp recommande chaudement la sanicle, tandis que Dinant, son continuateur, établissait il y a environ une centaine d’années une liste récapitulative de l’ensemble des vertus médicinales de la sanicle. Côté français, l’on est moins dispendieux en éloges : ce ne sont pas les trois ou quatre lignes qu’accorde le docteur Leclerc à cette plante qui prouveront le contraire. Pourtant, le Dictionnaire de Trévoux, qui est bien une production hexagonale du XVIII ème siècle, jugeait la sanicle en faveur : « cette plante est détersive et vulnéraire ; on l’emploie pour les pertes de sang, pour déboucher et fortifier les viscères. Elle est très utile dans les pertes de sang, les hémorragies, la dysenterie ». Ce qui est, il faut bien l’avouer, une belle synthèse des propriétés thérapeutiques de la sanicle. Mais en France, l’on doute (merci Descartes) lorsqu’on est homme de science, mais l’on n’en est pas moins crédule dès lors qu’on appartient à la vaste masse du peuple. C’est ce que Cazin semble lui reprocher lorsqu’il écrit ceci dans les environs de 1850 : « la confiance populaire dans les vulnéraires a pour effet, comme tous les remèdes innocents, d’empêcher de recourir à des moyens rationnellement indiqués et plus efficaces » (7). C’est dire à quel point Cazin estimait peu la sanicle qui, pourtant, en tant que vulnéraire, remplaça assez souvent la teinture d’arnica qui, douée de l’énergie qui est la sienne, est loin d’être un innocent remède !

Les botanistes ont rangé la sanicle dans la famille des Apiacées, laquelle contient des géantes (berce, angélique, fenouil) et des plantes au port plus modeste mais pas moins intéressantes : carvi, coriandre et cumin, par exemple. C’est donc dans ce second groupe que se classe la sanicle, compte tenu de sa hauteur : 25 à 40 cm, très exceptionnellement 50. Mais elle se distingue des petites et grandes Apiacées de bien des manières. De l’épaisse souche de cette vivace aux grêles racines apparaît une rosette basale de feuilles, chose assez peu courante chez les Apiacées. Longuement pétiolées, palmées, divisées en trois à cinq lobes bien découpés et dentés, de couleur vert foncé et d’aspect luisant, elles évoquent davantage une pivoine qu’une apiacée. Sur la hampe florale striée et glabre, d’allure gracile, l’on voit quelques feuilles à l’état de miniature, puis, d’avril à juillet, une maigre ombrelle de fleurs qui ne se singularise pas par sa régularité, comme aiment généralement le faire les membres de cette famille botanique. Ses fleurs, petites, blanchâtres ou rosées, portant cinq pétales, produisent des diakènes globuleux couverts d’aiguillons crochus, rapprochant par là la sanicle d’une autre apiacée célèbre, la carotte.
La sanicle, présente tant en Europe qu’en Asie, élit plus particulièrement domicile en plaine ainsi qu’en moyenne montagne, pourvu qu’il s’agisse de régions humides et non siliceuses. Ainsi, les bois de feuillus aux sols frais et humifères plaisent à la sanicle, en particulier les hêtraies, à l’instar de l’aspérule odorante. Il est aussi possible de dénicher cette plante dans les haies ombragées et les talus buissonnants.

La sanicle en phytothérapie

Cette plante, fortement recommandée par nos voisins germains au cours de toute sa carrière médicinale, n’aura que très peu, nous l’avons souligné, dépassé le cadre des frontières, comme si elle avait été bloquée par le Rhin, les Vosges et les Alpes. Peut-être s’est-elle cantonnée dans certaines de ces régions, hormis les Alpes, la sanicle n’étant en rien une plante de très haute altitude. Il est bien possible qu’une forme de suspicion à son endroit l’ait dénoncée comme suspecte et donc indigne de confiance dans ses soi-disant propriétés étalées comme autant de merveilles. Bref. Malgré ce scepticisme tout français, au moins savons-nous que la petite sanicle peut s’utiliser par le biais de toutes ses parties : racine, sommités fleuries, feuilles ou la plante dans son intégralité. Plante de saveur astringente et amère, elle nous renseigne sur quelques-uns de ses composants (une résine, un principe amer et du tanin), à quoi s’ajoute une âcreté résiduelle en bouche bien plus prononcée quand la plante est sèche, précise Cazin. Au-delà de ces quelques éléments, ajoutons tout de même une forte proportion de saponine (13 %), du mucilage, de l’allantoïne, une essence aromatique, de la vitamine C, enfin des acides : le premier d’entre eux, l’acide rosmarinique, nous l’avons déjà croisé à travers les articles dédiés à la sauge officinale et à l’origan vulgaire ; le second, c’est l’acide chlorogénique, substance également présente dans l’artichaut, la bardane, le tournesol et surtout le café, possédant d’intéressantes propriétés anti-oxydantes.

Propriétés thérapeutiques

  • Astringente, détersive, vulnéraire, résolutive, cicatrisante
  • Apéritive, stomachique
  • Dépurative
  • Anti-inflammatoire
  • Hémolytique
  • Anti-œdémateuse

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère respiratoire : rhume, toux, maux de gorge, bronchite, hémorragie pulmonaire (crachement de sang : la sanicle est un utile adjuvant dans le traitement de la phtisie), engorgement pulmonaire
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : engorgement intestinal, hémorragie gastro-intestinale, diarrhée, dysenterie
  • Troubles de la sphère vésico-rénale : hémorragie urinaire (hématurie), engorgement rénal
  • Troubles de la sphère gynécologique : leucorrhée, douleur utérine, métrite, métrorragie
  • Affections cutanées : écorchure, griffure, coupure, blessure, plaie, contusion, ecchymose, brûlure, engelure, ulcère, etc.
  • Autres hémorragies : saignement de nez, hémorroïdes
  • Inflammation gingivale et palatine
  • Scorbut

Modes d’emploi

  • Infusion de la plante fraîche.
  • Décoction de la plante fraîche.
  • Suc frais.
  • Macération alcoolique et vineuse (vin blanc).
  • Teinture-mère.
  • Cataplasme de plante fraîche broyée.
  • Poudre de plante sèche.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : les feuilles peu avant floraison, la racine au début de l’automne (septembre/octobre).
  • Risques de confusion : dans certains ouvrages, on use d’un nom vernaculaire tel que « sanicle des montagnes » pour désigner non pas une autre espèce de sanicle, mais de toutes autres plantes : la benoîte officinale (Geum urbanum), les astrances (Astrantia minor, Astrantia major), les saxifrages (Saxifraga sp.).
  • Substitution : la sanicle possède des propriétés similaires à d’autres plantes que l’on peut lui préférer : la potentille, la renouée bistorte, l’aigremoine, etc.
    _______________
    1. La sanicle femelle étant l’astrance, Astrantia minor.
    2. Sanicle en français, wundsanikel en allemand, wood sanicle en anglais.
    3. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 40.
    4. Ibidem, pp. 40-41.
    5. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 859.
    6. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 41.
    7. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 853.

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La passiflore (Passiflora incarnata)

Synonymes : passiflore purpurine, fleur de la passion, pomme grenadille, granadelle.

Lorsque les colons européens rencontrèrent pour la première fois une fleur de passiflore, il est permis de penser que – abasourdis face à tant de beauté – ils n’aient pas eu le temps ni le désir de s’enquérir de ses propriétés curatives. Personnellement, lorsque je vois une toile qui me plaît dans une galerie, je rechigne généralement à demander si c’est de l’aquarelle ou du fusain (sauf si j’ai l’impression que l’on me raconte des histoires ^^). Si tel est cas, je n’en ai découvertes nulle part, hormis le rapport des colons au sujet des emplois qu’en firent les autochtones à cette époque. Nous savons, par exemple, que la tribu des Algonquins fit accéder une passiflore au rôle de tranquillisant dans leur pharmacopée, une vertu qui, semble-t-il, n’a pas effleuré l’esprit de beaucoup avant longtemps. D’autres Amérindiens se servaient de la plante pour soulager les yeux gonflés et irrités, et la racine comme tonique général. Et, bien avant cela, cette passiflore (si ce n’est pas elle, c’est donc sa sœur) était cultivée dans les jardins à l’époque des grands souverains aztèques tels que Moctezuma. Bien qu’introduite en Europe au XVII ème siècle, la passiflore n’est pas regardée (tout comme le tabac) comme autre chose qu’une ornementale, ne nous étonnons donc pas que son histoire thérapeutique soit relativement récente sur l’ancien continent, surtout que ce n’est qu’en 1867 qu’est mentionnée pour la première fois l’action sédative de la passiflore par un médecin américain du nom de Phares (une lumière !), corroboré par Stapleton en 1904. Ces découvertes pharmacodynamiques n’ont dont rien d’européen, bien qu’elles aient été importées d’Amérique septentrionale jusque vers l’Europe, où la passiflore fut, très tôt, bien accueillie, si j’en juge par sa présence dans Leclerc et Botan (première moitié du XX ème siècle).

Vivace semper virens, la passiflore est une plante herbacée aux longues vrilles : une liane dirons-nous pour faire plus simple et dont la longueur avoisine les dix mètres. Ses tiges ligneuses, striées, grisâtres, portent des feuilles alternes et trilobées, finement dentelées, à l’aisselle desquelles de grandes fleurs (10 cm) solitaires s’épanouissent. Grimpante, la passiflore s’entortille partout grâce à ses vrilles à ressort en anneaux serrés, bien moins lâches que ceux de la vigne. Ses fruits pendants marquent un peu plus de langueur dans l’allure générale de cette plante habituée à fournir de gros efforts pour se hisser toujours plus haut : ces baies, de couleur orangée, sont en effet grosses comme des œufs !
Nécessitant des sols moyennement fertiles, ensoleillés ou à mi ombrage, la passiflore est ainsi fréquente dans la portion sud des États-Unis, de la Virginie à la Floride, mais également dans les terrains secs et buissonneux du Mexique et de l’Amérique du Sud. Partout ailleurs, elle est cultivée dès que le climat le lui permet (il y en avait une chez ma grand-mère dans le sud de la Drôme), c’est pourquoi elle est devenue habituelle dans le Midi ainsi qu’en Italie.

Cette plante grimpante est aussi connue sous le nom de fleur de la passion. Mais c’est une passion qui n’a pas grand-chose à voir avec le sentiment de vive exaltation que l’on peut éprouver pour quelque chose ou, bien plus souvent, quelqu’un. La passiflore n’a donc rien d’aphrodisiaque. Si elle a été nommée ainsi, c’est grâce à l’imagination fertile de missionnaires jésuites qui « reconnurent » dans la couronne de franges centrales de la fleur la couronne d’épines de la crucifixion, passion du Christ renforcée par des appendices végétaux évoquant les trois clous de la croix et le marteau ayant été employé pour les enfoncer. D’aucuns y virent bien davantage encore : le volumineux ovaire de la fleur fait figure d’éponge imbibée de vinaigre, les cinq étamines rouges évoquent les cinq plaies du Christ et les vrilles les lanières du fouet ; l’on a même hasardé l’hypothèse que l’union des cinq pétales et des cinq sépales de la fleur représentait les dix apôtres, une fois Judas et Pierre retirés de la liste. Mais je crois qu’on va arrêter là, je pense que ça va finir par se voir qu’il y a eu comme une assez grosse exagération, hum ^^. Bref. Tout cela fit dire à nos missionnaires que cette plante incarnait, pour eux, la passion du Christ, d’où son nom latin de Passiflora incarnata, bien pratique quand on débarque dans une zone pour l’évangéliser, une fleur pareille ne pouvait être que le signe de la présence du divin. C’est probablement d’une partie de l’ensemble de ces signatures dont on s’est inspiré pour élaborer, à la manière du docteur Bach, un élixir floral à base de fleurs de passiflore : il permet de considérer la vie avec calme et sérénité, apaisant par là les gens nerveux et inquiets. Il apporte stabilité et élimine la confusion émotionnelle, favorisant l’ouverture de l’esprit vers des niveaux supérieurs de conscience. Enfin, renforçant la compassion, il permet de supporter plus aisément les épreuves difficiles que l’existence se charge de placer sous nos pas…

La passiflore en phytothérapie

Les fleurs de cette plante ont beau être monumentales et ornementales, ça n’est pas d’elles dont on se sert en pratique phytothérapeutique, mais du feuillage et des tiges ligneuses encore fraîches. En terme de composition biochimique, la passiflore est bardée de nombreux constituants, mais, plante casse-tête comme elle l’est, elle n’a pas encore révélé l’étendue de ses secrets (parfois, je me dis que ce n’est pas plus mal que de faire la nique à ces chimistes qui veulent tout disséquer). L’on a cependant pu déterminer la présence de flavonoïdes (du lutéol et de l’apigénine anti-inflammatoire), des acides phénols, des phytostérols, une essence aromatique caractérisée par un parfum de coumarine et du maltol à l’odeur de sucre caramélisé. Achevons cette liste avec des hétérosides cyanogénétiques (gynocardine entre autres) et des alcaloïdes dits indoliques du groupe des harmanes : l’harmine et l’harmaline, caractérisant toutes les deux un autre genre de liane sud-américaine du genre Banisteriopsis dont on se sert pour confectionner le yagé, boisson plus connue sous le nom d’ayahuasca, et présents également dans l’iboga africain (Tabernanthe iboga).

Propriétés thérapeutiques

  • Calmante du système nerveux central, sédative légère, anxiolytique, hypnotique légère, inductrice du sommeil
  • Régulatrice cardiaque, sédative cardiovasculaire, hypotensive
  • Antispasmodique
  • Relaxante musculaire

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère cardiovasculaire : éréthisme cardiaque, hyper-excitation cardiaque, palpitations, hypertension
  • Troubles du système nerveux : émotivité, nervosité, stress, anxiété, angoisse, angoisse de guerre, névrose, hystérie, neurasthénie, surmenage intellectuel, excitation cérébrale (tout cela pouvant entraîner =>)
  • Troubles chroniques ou passagers du sommeil, insomnie
  • Spasmes : asthme, épilepsie, crampe musculaire, maux de tête, rage de dents, douleurs menstruelles
  • Irritation intestinale
  • Brûlure et irritation cutanée
  • Troubles de la ménopause (bouffées de chaleur, irritabilité, etc.)

Modes d’emploi

  • Infusion de plante sèche ou fraîche : compter 20 g de plante en contact pendant 15 mn avec un litre d’eau, à raison de deux tasses par jour dont une le soir une heure avant le moment prévu du coucher.
  • Alcoolature de plante fraîche.
  • Teinture-mère.
  • Macération vineuse de plante fraîche.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Éviter la consommation de passiflore durant la grossesse est parfois recommandé (ou, du moins, en continuer l’emploi en abaissant les doses). Bien que n’impliquant pas de phénomènes d’accoutumance, la passiflore, à doses inadaptées, peut causer de la somnolence et des troubles de la conscience. « On pourra utiliser avantageusement la plante pour remplacer les hypnotiques et autres barbituriques qui agissent, pour la plupart, en provoquant une forme de coma, sorte d’intoxication cérébrale, qui laisse une désagréable sensation d’hébétude » (1). Tout au contraire, comme l’expliquait Leclerc bien plus tôt, « les malades qui en ont fait usage se réveillent aussi dispos qu’ils l’étaient au moment de s’endormir, conservant toute leur lucidité, toute leur faculté de penser, de parler et d’agir » (2).
  • Il est possible de potentialiser les effets de la passiflore en l’associant avec une ou plusieurs plantes à visée identique parmi lesquelles nous nommerons : le coquelicot, la valériane, le houblon, l’aubépine, la ballote fétide, le lotier corniculé, l’aspérule odorante, la mélisse, la verveine citronnée, le tilleul, les fleurs d’oranger, etc.
  • Les fruits de la Passiflora incarnata, ovales et juteux, contiennent une pulpe blanchâtre, parfumée et comestible. Cependant, certaines espèces de passiflores sont expressément cultivées pour leurs fruits (P. ligularis, P. laurifolia, P. mollisima, etc.), alors que celle qui produit ce que nous nommons « fruits de la passion » se trouve être P. edulis.
  • Récolte : tous les praticiens ne sont pas d’accord au sujet de la période de l’année à laquelle elle doit se dérouler. Certains prétendent que les feuilles et les rameaux peuvent être cueillis l’année durant (mais il faut leur faire observer que cela n’est possible qu’en fonction d’un climat relativement clément). D’autres sont bien plus précis et avisés : en mai et en juin, ou bien à floraison dans un premier temps, puis à l’époque de la fructification.
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    1. Fabrice Bardeau, La pharmacie du bon Dieu, p. 208.
    2. Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 295.

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La méthode du Docteur Bach

Les élixirs floraux, qu’est-ce que c’est ?

Ce sont de très fortes dilutions dans l’alcool de macérations de plantes. Le docteur Edward Bach a mis au point ces remèdes qui sont aujourd’hui au nombre de 39. Ils sont, pour la plupart, fabriqués à base de fleurs mais aussi de bourgeons (Chestnut Bud) alors que d’autres ne sont pas des élixirs végétaux (Rock Water).
Il serait bon d’utiliser le terme de « leibothérapie » (du grec leibo, « goutte ») dès lors qu’on parle d’élixirs qui ne sont pas forcément floraux (il existe des élixirs animaux, marins ou autres).
Cette thérapie repose sur le fait de se soigner en déposant 2 à 3 gouttes d’élixir sous la langue ou bien diluées dans un verre d’eau et cela 3 à 4 fois par jour pendant une cure d’une durée assez longue.

Ce n’est pas un médicament et ça soigne

Conçus par un médecin, ces élixirs ne sont pas considérés comme des médicaments. De plus, l’ensemble des sensations sur lesquelles ils sont censés agir (la peur, l’incertitude, etc.) ne sont pas répertoriées comme maladies par la médecine conventionnelle. C’est une méthode fort répandue dans les pays anglo-saxons et elle se développe petit à petit dans les pays francophones. De nombreux témoignages de leur efficacité (y compris sur les enfants et sur les animaux) leur donne crédit.

Qui est le Docteur Bach ?

Il est né en 1886, a fait des études de médecine et s’est spécialisé en chirurgie et en immunologie. En 1919, il entre à l’hôpital homéopathique de Londres. Et c’est cela qui va mener Bach à l’élaboration de ses élixirs.
Ici, il est nécessaire de préciser les trois règles majeures de l’homéopathie mises en œuvre par Samuel Hahnemann :

  • Règle n° 1 : un remède est efficace si il a la capacité de reproduire efficacement la maladie sur un sujet sain.
  • Règle n° 2 : une forte dilution : les remèdes qui imitent une maladie sont hautement toxiques. Hahnemann montre que ces remèdes, s’ils sont fortement dilués, agissent avec davantage d’efficacité tout en perdant leur toxicité.
  • Règle n°3  : une dynamisation : en secouant un remède au moment de sa dilution, on le rend plus efficace et on évite les effets secondaires.

Plus tard, le Docteur Bach reprendra ces trois règles en mettant au point sa propre méthode :

  • Choisir les plantes en fonction de leur langage ou de leur signature.
  • Mettre en œuvre plusieurs niveaux de dilution.
  • Dynamiser les dilutions en les exposant aux rayons du soleil.

Bach note une chose importante : « Ce que nous nommons maladie est une manifestation ultime produite dans le corps, le résultat final des forces profondes agissant à long terme. » Une personnalité sans conflit serait immunisée contre la maladie. La peur, la lassitude, la résignation abaissent les défenses naturelles de l’organisme. Par conséquent, pour envisager une guérison, il faut reconnaître l’élément perturbant (émotion, état négatif, etc.).

A la recherche des fleurs

Bach recherche des fleurs simples en correspondance avec la « médecine des signatures » à l’origine du « similia similibus curentur » de l’homéopathie (cf. la règle n° 1). Depuis longtemps, on a remarqué que beaucoup de plantes possédaient des « particularités » qui entraient en correspondance (en écho) avec certaines parties du corps humain. Exemples :

  • La pulmonaire possède des feuilles qui ressemblent de par leur forme aux poumons humains. Elle soigne des problèmes respiratoires.
  • Le saule, qui baigne constamment ses racines dans l’eau, est préconisé en cas de rhumatismes. Étant donné que les rhumatisants craignent par-dessus tout l’humidité, quoi de mieux que de soigner les rhumatismes avec une plante qui ne craint pas l’humidité.

Cette méthode a été théorisée par Paracelse. Depuis, de nombreuses propriétés médicinales de plantes par rapport aux signatures ont été prouvées de façon scientifique.

La fabrication des élixirs

Bach abandonne rapidement sa carrière de praticien pour s’adonner à la recherche. Il veut tendre à la simplicité avant tout. Il cueille des fleurs au moment de leur floraison maximale et les fait macérer dans un bol d’eau au soleil. Ensuite, il stabilise avec de l’alcool lequel joue également le rôle de conservateur. Puis, il dilue ce mélange avec davantage d’alcool. C’est une méthode qui allie les principes de l’infusion avec ceux de la dilution et de la dynamisation homéopathiques. Bach découvre douze fleurs. Plus tard, il ajoute deux autres remèdes : Rock Water (eau de source dynamisée) et Rescue (composé de cinq fleurs et destiné aux situations d’urgence).
Le Docteur Bach n’est pas un illuminé mais un médecin reconnu par ses pairs. Son œuvre achevée, il meurt en 1936.

Pourquoi des plantes ?

Le corps humain n’a pas l’habitude des molécules de synthèse : il ne reconnaît que les éléments naturels. L’organisme est incapable d’éliminer tous les principes actifs qui pourront provoquer effets secondaires à répétition et maladies iatrogènes qu’on essayera de soigner avec de nouvelles molécules chimiques, etc. Exemple :

  • Les molécules de synthèse bloquent le foie bien souvent.
  • Les plantes sont évacuées sans difficulté et libèrent le foie bien souvent.

Le choix est vite fait.

Vers l’autonomie

Bach propose une méthode part laquelle il montre bien qu’il abandonne l’homéopathie. La grande nouveauté des fleurs de Bach, c’est d’aider à retrouver les idées claires et une capacité d’auto-analyse, ainsi qu’évacuer les tensions à l’origine des affections.

Les successeurs de Bach

A la mort de Bach, on crée le Centre Bach. Le laboratoire anglais Nelson est depuis lors chargé de fabriquer les élixirs Bach Flowers Remedies™. Aujourd’hui, il existe plus de 5000 élixirs différents et tous ne sont pas floraux. Certaines régions du monde ont utilisé des plantes endémiques pour fabriquer des élixirs : on parle maintenant d’élixirs français, américains, sud-africains, australiens, andins et aussi… marins, etc.

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Le muguet (Convallaria maialis)

Synonymes : muguet de mai, muguet des bois, lis de mai, lis des vallées, clochette des bois, grillet.

Une Antiquité muette, un Moyen-Âge balbutiant n’ont guère laissé de traces au sujet du muguet en ce qui concerne la pratique phytothérapeutique de cette plante, n’apparaissant que très tardivement au XIV ème siècle, et encore pas sous son nom actuel puisqu’on l’appelait lilium convallium, le lis des vallées. Pourtant, le mot muguet existait déjà à cette époque, depuis au moins deux siècles, mais s’appliquait aux noix muguettes, autrement dit les noix de muscade, muguet n’étant que la déformation du mot musqué, parfum particulier que l’on attribuait tant à la noix de muscade qu’à l’odeur du rhizome du muguet, semblerait-il, très proches olfactivement. L’on aurait pu l’appeler épice des bois, mais l’on a préféré le placer sous le lignage du lis, fleur royale. A ce titre, il est pâtant que le muguet disposa d’une influence aristocratique : dès le XVI ème siècle, son parfum capiteux fut très prisé des hommes de la haute société ; ces galants et élégants parfumés se livraient à une pratique qui perdura jusqu’au XIX ème siècle par l’intermédiaire d’un verbe : mugueter. L’on disait du mugueteur qu’il muguete, c’est-à-dire, dans un langage plus actuel, qu’il flirte, qu’il drague. Le mugueteur de dames était donc un courtisan. Pour stationner encore un peu dans la cour royale, mentionnons le fait que le roi de France Charles IX instaura la tradition d’offrir du muguet comme porte-bonheur en 1561. Symbolisant aussi le renouveau et l’amour, tout cela cadre fort mal avec le personnage de Charles IX, un roi violent, extravagant et débauché. A mon avis, il doit y avoir erreur sur la personne, mais il n’en reste pas moins que, même avant le XVI ème siècle, le muguet était une plante de fiançailles, les brins à treize clochettes étant particulièrement convoités, ce que, en souvenir, nous retrouvons dans les noces de muguet fêtant treize années de mariage. Plus qu’à la cour de ce monarque cruel, c’est bien plutôt auprès de la médecine populaire qu’on verra prendre place le muguet qui n’entrera dans la médecine officielle qu’au XVI ème siècle durant lequel des médecins allemands furent informés par des empiriques russes des propriétés médicinales du muguet que Matthiole relatera en ces termes en 1554 : le muguet « fortifie le cœur, le cerveau et toutes les parties nobles du corps. Pour laquelle cause il est bon aux paralytiques, à ceux qui ont le haut mal, aux spasmes, aux vertiges, aux défaillances et battements du cœur ». C’est ce qui explique qu’on a longtemps pensé que le muguet confortait le cœur, dans le sens de « fortifier ». La prescription du muguet contre la faiblesse cardiaque ne date donc pas d’hier. En 1765, le médecin allemand Johann Friedrich Cartheuser rapportait dans sa Matière médicale que le muguet valait aussi contre les palpitations, les malaises, la mélancolie et qu’il permettait de rendre la mémoire en raison de la sensation de dégagement du cerveau que procure l’inhalation de fleurs, en particulier de poudre de fleurs sèches dont on se sert comme du tabac à priser. En effet, sous cette forme, le muguet est un puissant sternutatoire agissant sur les maux de tête invétérés, les céphalées, les fluxions des yeux et des oreilles, etc. En France, c’est surtout cette propriété qui prévalut jusqu’au XIX ème siècle, la France restant rétive (comme souvent du reste) à ce qui se faisait outre-Rhin. On lui concéda aussi un rôle de purgatif et d’émétique, ainsi que d’antispasmodique, raison pour laquelle on en conseilla l’usage chez les épileptiques.

Cette plante, symbole du printemps et de son premier mai, est une petite vivace rustique vivant en colonies, signe évident de la présence de rhizomes souterrains fortement ramifiés, portant des feuilles lancéolées, légèrement plissées le long de la nervure centrale. Elles sont prioritairement groupées par deux (plus rarement par trois ou quatre), en fourreau engainant autour de la tige. Dès le mois d’avril, on voit apparaître une hampe florale décorée de grelots parfumés. Blanches, alternes, toutes dirigées du même côté, ces fleurs mesurent entre 5 et 10 mn, et portent chacune six petites dents retroussées vers l’extérieur de la corolle. Puis, la saison estivale avançant, de petites baies rouge écarlate viennent remplacer les fleurs. Notons qu’en certaines années, il peut y avoir absence complète de floraison, phénomène dû à des conditions défavorables de luminosité et d’humidité.
C’est une plante assez commune en plaine comme en montagne (2000 m), également présente en Amérique du Nord et en Asie occidentale. En France, elle est inexistante dans le Midi ainsi qu’en Corse, lieux ni assez ombragés ni assez humides pour le muguet qui requiert des sous-bois de feuillus frais, des clairières, des prairies, pour s’y établir convenablement.

Le muguet en phytothérapie

D’aucuns disent que l’usage de cette plante est comparable à celui de la digitale. C’est assez inexact : la digitale est beaucoup plus délicate à manier et se réserve aux experts. Au contraire, il est plus aisé d’employer le muguet en phytothérapie même s’il est vrai qu’il n’est pas de ces plantes que l’on utilise couramment dans ce domaine. Rappelons, avant de poursuivre, que le muguet fut tout d’abord placé sous la houlette des empiriques qui, par leurs expériences et observations, lui permirent d’entrer au sein de la médecine officielle.
Dans toutes les parties de cette plante (rhizome, feuilles, fleurs), l’on trouve de l’asparagine, des acides (malique, citrique, chélidonique), ainsi que deux substances découvertes par Walz en 1858, la convallarine et la convallamarine, dernière substance très amère. La première des deux, par son action irritante sur l’épithélium rénal, est un diurétique puissant. Quant à la seconde, fragile et peu stable, elle possède néanmoins une propriété cardiotonique, réduisant le rythme des contractions cardiaques, mais en augmentant leur énergie, tout en déterminant une légère baisse de la pression artérielle. En plus de cela, le rhizome contient divers sucres et résines, mais contrairement aux feuilles et aux fleurs, pas d’essence aromatique, fleurs dans lesquelles se cache une autre molécule mise en évidence en 1929, la convallatoxine, beaucoup plus active que la convallamarine sur le muscle cardiaque et, partant, possédant une toxicité qu’il ne faut pas négliger puisque la dose létale est atteinte avec seulement 0,077 mg par kg. La convallatoxine, peu soluble dans l’eau mais très soluble dans l’alcool, nous montre l’importance des modes de préparation, toutes les substances n’étant pas identiquement entraînées par les différents substrats dans lesquels on plonge les fractions végétales.

Propriétés thérapeutiques

  • Cardiotonique puissant qui n’élève pas la pression artérielle
  • Antispasmodique
  • Sédatif
  • Diurétique
  • Purgatif, émétique (à hautes doses)
  • Sternutatoire

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère cardiovasculaire : insuffisance cardiaque et valvulaire, asystolie, hyposystolie, arythmie, palpitations, angor, faiblesse cardiaque à la suite de maladies infectieuses (grippe, tuberculose), affections cardiaques en lien avec artériosclérose, néphrite, insuffisance thyroïdienne
  • Troubles de la sphère vésico-rénale : douleurs rénales et vésicales, oligurie, néphrite chronique, cystite, douleurs rhumatismales, goutte
  • Troubles de la sphère pulmonaire + ORL : dyspnée, sinusite
  • Maux de tête, céphalée
  • Vertige
  • Insomnie
  • Maladie de Basedow

Note : l’homéopathie emploie une teinture qui se destine à diverses affections cardiovasculaires (endocardite aiguë et chronique, arythmie, insuffisance cardiaque, ralentissement du pouls), à l’hydropisie et aux intoxications à l’iode et à la nicotine.

Modes d’emploi

  • Infusion de feuilles ou de fleurs fraîches.
  • Suc frais de feuilles.
  • Macération vineuse ou alcoolique de fleurs fraîches (dans la première catégorie, on peut ranger l’aqua aurea (eau d’or), macération dans du vin vieux de fleurs de muguet, de romarin et de lavande).
  • Teinture-mère.
  • Poudre de fleurs sèches (constituant un puissant remède dont le but est de faire éternuer).

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : les feuilles et les fleurs d’avril à mai.
  • Séchage : le muguet sera un remède efficace à la condition d’être bien séché et bien conservé. Les fleurs, si elles perdent leur parfum par la dessiccation, n’en restent pas moins sans saveur, laquelle est âcre, amère, nauséeuse, se communiquant à l’infusion aqueuse.
  • Toxicité : sans doute moins agressif que la digitale pourpre, le muguet est une plante dont il faut tout de même se méfier. Toxique dans toutes ses parties, ses effets sur l’organisme restent statistiquement bénins, observant le plus souvent diarrhée et vomissement dès lors que les doses émétiques et purgatives sont atteintes ; c’est en particulier le cas chez les enfants, sans doute captivés par les baies rouge vif du muguet. Les substances toxiques du muguet absorbées au niveau de l’intestin sont peu importantes, de l’ordre de 10 %, mais des doses particulièrement fortes ingérées par erreur ou confusion provoquent une importante diurèse, des engourdissements, des spasmes, un pouls irrégulier ayant tendance à s’accélérer, une faiblesse cardiaque, suivie d’une paralysie du muscle cardiaque, enfin le décès. Même à distance, le muguet peut causer des désordres, certes moins graves. C’est pourquoi on évitera de placer un bouquet de muguet dans une pièce, surtout si elle est fermée et qu’il s’agit d’une chambre à coucher : en effet, le parfum pénétrant des fleurs de muguet peut déclencher des céphalées, des spasmes, des convulsions, du délire, etc.
  • Aussi étrange que cela puisse paraître, l’odorante (parfois trop pour certaines personnes) fleur du muguet est qualifiée de muette par l’industrie de la parfumerie. Elle partage avec d’autres espèces (lilas, héliotrope, chèvrefeuille, buddleia, pois de senteur, tubéreuse, etc.) une caractéristique qui a fait s’arracher les cheveux aux professionnels du parfum, distillateurs en tête. Autrefois, comme on le fait encore du jasmin, on procédait à l’enfleurage du muguet, technique qui consiste à déposer une à une les fleurs sur une couche de graisse placée sur un cadre. Par contact, les molécules aromatiques sont fixées par la graisse. Ensuite, par lavage, on sépare la graisse de la fraction aromatique dénommée absolu. C’est un procédé long et coûteux qui fut abandonné au profit de la distillation par entraînement à la vapeur d’eau en alambic et de l’extraction par solvant. Mais là encore, l’opération s’avère peu fiable, la qualité de l’huile essentielle obtenue étant aléatoire, sans compter que les rendements sont plus qu’infimes. Cela n’a néanmoins pas empêché certains parfumeurs d’incorporer cette huile essentielle dans certaines de leurs compositions, qui furent rapidement délaissées vu la cherté de la matière première et, donc, sa répercussion sur le prix final du parfum. A cela s’ajoute le fait que la masse végétale de muguet disponible chaque année est limitée. L’on pourrait l’augmenter en procédant à une culture en grand, mais cette tentative s’est avérée décevante, le parfum de la fleur cultivée ayant peu à voir avec celui de la plante sauvage. Ainsi, aujourd’hui la plupart des parfumeurs faisant intervenir le muguet utilisent des produits de synthèse.
  • Confusions : il en est une physique ; le muguet ressemble assez à l’ail des ours, surtout quand ces deux plantes ne sont pas en fleurs. Le risque de se tromper est accru par un même biotope, occupé par l’une et l’autre de ces deux espèces. Mais si l’on a quelque peine à distinguer des dissemblances morphologiques à l’œil nu, sachons avoir du flair : une fois froissées entre les doigts, les feuilles de l’ail des ours dégagent un parfum aillé, alors qu’il est vireux et peu agréable chez les feuilles du muguet. L’autre risque de confusion est patronymique : les noms vernaculaires sont parfois trompeurs. Retenons que l’aspérule odorante se surnomme muguet des bois, le sceau de Salomon grand muguet et le maianthème petit muguet. C’est dans un cas comme celui-ci que la taxinomie binominale en latin est fort utile.

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Les lyciets (Lycium sp.)

Les fleurs du lyciet de Chine (Lycium chinense)

Au cœur d’un fragment littéraire qui se trouve être le plus anciennement connu (il a au moins 4000 ans), l’on apprend que le personnage principal, le héros Gilgamesh, est mis dans le secret au sujet d’une plante accordant l’immortalité. Mes souvenirs ne sont pas nets au sujet de cette plante même si je me rappelle assez bien de L’épopée de Gilgamesh dans son ensemble. Vu l’âge fort respectable de ce texte, il est bien possible que cette plante d’immortalité n’en soit pas une au sens où nous l’entendons, s’apparentant davantage à ces « plantes » mythiques que sont le soma védique, le moly homérique et l’ambroisie olympienne. Si je vous barbe avec Gilgamesh, c’est justement parce que cette soi-disant plante est nommée ainsi : Lycium. Ce qui nous rapproche du sujet du jour. On y accorda tant d’importance semblerait-il que 2000 ans plus tard environ on évoquait toujours fiévreusement quelque chose de concordant. Bien que Théophraste, Dioscoride et Pline nous honorent de descriptions d’arbustes épineux au sujet desquels l’on se perd en conjectures concernant leur exacte identité, l’on pense (pourquoi pas ?) au lyciet parce que, d’après Pline, un de ces arbustes permettait d’élaborer le médicament connu sous le nom de lycium. Mais, ô combien il est facile de « reconnaître » le lyciet dans cet antique lycium sachant que c’est de ce terme dont le nom même actuel de la plante est issu, nom latin remontant au grec comme souvent : lukion ou lykion, « nom d’un arbuste épineux à feuilles de buis qui semble avoir été un nerprun et qui était, au dire de Dioscoride, très abondant en Lycie » (1), région d’Asie mineure. Et, d’ailleurs, au premier livre de la Materia medica, au chapitre 119, l’on croise bien un lycium, mais ce qu’en dit Dioscoride nous fait forcément abandonner tout espoir d’y reconnaître le lyciet : « Il fait son fruit semblable au poivre, noir, amer » (2). Bref, si B naît de A, on se demande bien comment A pourrait être issu de B. Prenons donc garde de ne pas placer la charrue avant les bœufs, au risque de ne plus avancer. En revanche, pour dépasser et tenter de s’extraire de ce bourbier, sachons, apprenons avec la reconnaissance qui lui est due, que, selon le docteur Leclerc, le lyciet était à la base de ce lycion des Anciens, un remède réputé contre les affections oculaires. Focalisons-nous là-dessus, ça sera déjà pas mal. Oui, élargissons notre esprit tant il est vrai que les œillères, c’est comme les branches de lunettes trop serrées, à la longue ça fait mal.

A des milliers de lieues de là… au cœur d’un immense territoire qui ne s’appelle pas encore la Chine… l’on établit, dès le premier siècle après J.-C. des observations forts doctes au sujet de certaines plantes assez semblables entre elles, regroupées sous le nom générique de gouqi. C’est ainsi que le Shen’nong Bencaojing affirme que ce gouqi est amer et froid, qu’il fortifie les tendons et freine le vieillissement. Et, au dire des médecins taoïstes, c’était bien une drogue d’immortalité, un exceptionnel tonique capable de prolonger la vie au-delà de ses limites habituelles, une croyance aussi fondée que l’airain, qu’un médecin plus tardif, Li Che-tchen (1518-1593), sorte d’Hippocrate asiatique, partagera de nouveau dans le Pen-ts’ao kang-mou, disant que celui que nous pensons être le lyciet était tout à fait capable d’allonger l’espérance de vie et de confiner à l’immortalité, terrestre du moins… Plus prosaïquement, aujourd’hui, la médecine traditionnelle chinoise énonce que le lyciet est un utile « traitement pour calmer l’esprit, nourrir le sang, tonifier le Yin et fortifier le Yang, améliorer la mémoire, fortifier les tendons et les os » (3). Ailleurs, l’on apprend que ce même lyciet chinois revêt une grande importance comme remède oculaire : nous avons bien fait de les ouvrir grands, les yeux.

Alors que je venais de terminer le plus gros de cet article, ne me restant plus que la partie que j’écris présentement, au détour d’un jardiner rencontré au hasard des rues qu’empruntèrent mes pas, je tombais nez à nez avec un arbuste dont je me suis dit : « Cette plante pourrait tout à fait être un de ces lyciets sur lesquels je travaille en ce moment. » Qu’est-ce qui a bien pu me faire penser une chose pareille ? Une taille assez petite. Ici, s’agissant d’un spécimen cultivé, il est possible qu’une taille régulière le réduise à un port moins vaste qu’à l’état sauvage où ses rameaux réclinés atteignent avec facilité trois à cinq mètres de longueur. Grêles, nus et un peu épineux, ces rameaux d’apparence fragile portent des feuilles composées (mais il s’agit là d’un trompe-l’œil, ces feuilles étant en réalité fasciculées) qui m’ont donné l’impression d’avoir affaire à un jasmin, si ce n’était, ici, la forme et la couleur des fleurs déjà visibles (4). Les fleurs, solitaires, émergent de l’aisselle des feuilles : typique des Solanacées, elles forment une pièce florale unique à cinq divisions et cinq étamines et arborent une couleur que je qualifierais de violacé ou bleuâtre cendré. Fructifiant dès la fin de l’été jusqu ‘au cours de l’automne, le lyciet forme des baies charnues allongées en forme de minuscules aubergines, dont la couleur varie entre l’orange et le rouge plus ou moins foncé.
En Europe, on rencontre plusieurs lyciets dont certains sont indigènes (Lycium europaeum et barbarum), d’autres importés (Lycium chinense). C’est pourquoi l’on peut croiser des lyciets en région parisienne, bien qu’en général ces arbustes soient plus souvent endémiques aux régions du pourtour de la mer Méditerranée, de l’Europe méridionale et de l’Asie occidentale.
Le lyciet est, tout comme la morelle douce-amère, une plante appréciant de vivre dans les haies, à l’abord des jardins, au pied des vieux murs, sur les décombres, en bordures de chemins, etc.

Lyciet de Barbarie (Lycium barbarum)

Le lyciet en phytothérapie

Qui connaît le lyciet et, mieux encore, ses implications et applications dans le domaine de la phytothérapie ? C’est un végétal à l’histoire déjà fort ancienne qui a été pendant un laps de temps conséquent complètement occulté et qui partage avec l’éphédra bien des points communs quant à cette relation entretenue avec l’homme. Rappelons-nous de quelques éléments : de même qu’il existe plusieurs éphédras, on croise dans la nature différentes espèces de lyciets qui ont été, en l’occurrence, usitées tant en Europe occidentale qu’en Asie durant l’Antiquité. Inscrits dans une temporalité identique, se distinguent néanmoins des façons d’user de ces plantes fort différentes selon qu’on est Asiatique ou Européen. C’est ainsi qu’en Europe, on s’est principalement préoccupé des feuilles du lyciet qu’on avait sous la main (soit probablement Lycium europaeum et Lycium barbarum), alors que la Chine a mis avant tout à l’honneur les baies du Lycium chinense. On comprend dès lors que la mise en application de parties végétales différentes de plantes cependant fort proches puisse favoriser l’obtention d’effets thérapeutiques dissemblables, d’où la difficulté de superposer les données européennes et asiatiques : en ce cas, juxtaposons-les !
Du fait de sa parenté avec la belladone (le lyciet appartient à la famille botanique des Solanacées), l’on a cru voir dans les tissus du lyciet un alcaloïde de nature mydriatique connu sous le nom de lycine, mais en réalité, contrairement à ce qui se disait autrefois, il s’avère que non. En tous les cas, ce dont on est certain, c’est que les feuilles du lyciet utilisées en phytothérapie occidentale contiennent divers sucres, de la choline, du tanin (8 %), un hétéroside azoté. Peu étudié, comme le montre la brièveté de cette liste de quelques composants, le lyciet européen peut pâtir de ce que les baies de son cousin asiatique attirent depuis quelques décennies l’enthousiasme des chercheurs et des scientifiques en général. Ces baies, une fois bien mûres, sont constituées de : polysaccharides, flavonoïdes, caroténoïdes, acides phénoliques, physaline (principe amer), acides aminés. Si l’on se penche du côté des sels minéraux et oligo-éléments, nous trouvons du potassium, du calcium, du phosphore, du cuivre, du fer, du zinc, du sélénium et du géranium. Côté vitamines, ces baies sont bien fournies, à tel point qu’on a voulu leur attribuer un taux de vitamine C pléthorique afin de tenter d’en faire un « super aliment » qu’elles ne sont pas, n’affichant pas plus d’acide ascorbique que l’orange ou le citron. En revanche, ses vitamines B1, B2, B6 et E ne sont pas le fruit de l’imagination de quelques-uns qui cherchent à faire passer les vessies pour des lanternes. Notons enfin la présence d’acides gras (palmitique, myristique, linoléique) et d’essence aromatique dans ces baies. En Chine, l’on n’utilise pas comme en Europe les feuilles du Lycium chinense, mais sa racine dans laquelle ont été découvertes les substances suivantes : des acides (cinnamique et psyllique) et des alcaloïdes (kukoamine, lyciumine).
Pour finir, je pense qu’on sera un peu surpris d’apprendre que les baies du lyciet (tant Lycium chinense que Lycium barbarum) portent, dans le commerce, le nom de… goji.

Propriétés thérapeutiques

  • Les feuilles : antispasmodiques, modératrices du parasympathique, diurétiques, expectorantes, purgatives, abaissent la pression carotidienne
  • Les baies : toniques, toniques rénales, toniques hépatiques, hépatoprotectrices, antidiabétiques, abaissent la glycémie, les triglycérides et le taux de cholestérol, facilitent l’absorption des nutriments par les cellules, anti-oxydantes (5)
  • Les racines : fébrifuges, hypotensives, stimulantes du système nerveux parasympathique

Usages thérapeutiques

  • Les feuilles :
    -Troubles de la sphère respiratoire : toux, toux quinteuse, toux spasmodique et coquelucheuse, coqueluche, irritation laryngée (typique chez les orateurs)
    -Troubles de la sphère gastro-intestinale : hypertonie et hyperkinésie gastriques
    -Troubles de la sphère génitale : dysménorrhée, prostatisme
  • Les baies :
    -Troubles de la sphère respiratoire : toux, toux chronique
    -Affections oculaires : éblouissement, cataracte, vision floue
    -Sensation de vertige, bourdonnement d’oreilles
    -Faiblesse rénale
  • Les racines :
    -Troubles de la sphère respiratoire : toux, sifflement asthmatique
    -Hémorragies : saignement de nez, vomissement de sang
    -Permettent de « rafraîchir » le sang lors de fièvre, de soif liée à un état fébrile, d’irritabilité, de transpiration, etc.

Modes d’emploi

  • Avec les feuilles : infusion, décoction, teinture-mère.
  • Avec les baies : macération alcoolique ou vineuse, décoction.
  • Avec les racines : décoction.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Goji = lyciet = Solanacées. Aïe ! Certains expliquent la réticence qu’ils ont envers la baie de goji (mais, curieusement, pas envers l’aubergine) pour une question de solanine, cette même substance que l’on rencontre dans la tomate non mûre ou bien dans les germes de la pomme de terre. Or cette solanine concerne des baies non encore parvenues à un stade de parfaite maturité. Et donc inconsommables en l’état. De même qu’on ne mangerait pas une tomate immature, le principe d’ultra précaution dont certains semblent faire preuve apparaît bien superflu, puisque, comme l’on sait, plus une tomate mûrit et plus elle perd sa solanine. Il en va de même des baies de goji qu’un improbable serpent de mer (qui n’est, en réalité, qu’un minuscule vermisseau) éloigne d’intentions plus louables. Mais, las, autre accusation : ces baies contiendraient de l’atropine, ce qui en ferait des concurrentes sérieuses du datura stramoine et de la belladone ! Ridicule et farfelu, bien entendu, car encore faut-il en considérer les proportions qui sont plus qu’infimes. Délivrer une information est tout à fait honorable, ce qui l’est moins c’est de l’amputer d’une fraction permettant de comprendre qu’il n’y a pas autant de danger qu’on voudrait bien le faire croire concernant les baies de goji. Tenez, par exemple, ce formidable rénovateur de la phytothérapie que fut le docteur Henri Leclerc ne se préoccupait pas des baies de goji (le mot même n’existait pas encore à son époque ayant été forgé bien plus tard), mais avant tout des feuilles du lyciet européen. Il a pu observer qu’à faible dose ces feuilles ne causaient aucun incident, mais qu’à des doses bien élevées – et donc inadaptées – la plante devenait potentiellement toxique, possédant sur le muscle cardiaque une action semblable à celle de la belladone, ainsi que sur les pupilles, bien que moins énergiques que la « morelle furieuse ». C’est donc, à l’endroit des baies de goji un procès bien inutile, et cela parce qu’étiquetées « Solanacées ». En ce cas, autant partir en courant à la vue d’une tomate. Mais si l’on s’en souvient bien, les simagrées par lesquels on a fait passer la tomate il y a cinq siècles à son arrivée sur le sol européen rappellent un peu cette obsessionnelle prudence qu’ont pu observer certains face aux baies de goji. A moins qu’il ne s’agisse là d’une raison tout autre parce qu’inavouable. Allez savoir, l’homme est bizarre, souvent.
    _______________
    1. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 590.
    2. Dioscoride, Materia medica, Livre I, chapitre 119.
    3. Liu Shaohua & Marc Jouanny, Phytothérapie alimentaire chinoise, p. 114.
    4. On donne la floraison du lyciet de juin à juillet, mais selon les localités, le lyciet est plus ou moins précoce et peut même fleurir toute l’année en des zones particulièrement privilégiées comme c’est fréquemment le cas du romarin par exemple.
    5. Sans être exceptionnelles pour autant, tout au plus se placent-elles au même niveau que la pomme et le chou rouge. En guise de comparaison, les feuilles de thé possèdent un pouvoir anti-oxydant dix fois supérieur. C’est donc un jugement à nuancer, d’autant que la quantité de baies de goji à ingérer pour satisfaire un potentiel anti-oxydant correct est si dispendieuse qu’il est préférable d’opter pour des végétaux moins onéreux et beaucoup mieux garnis en principes anti-oxydants que le goji. De plus, l’aliment anti-oxydant unique n’est qu’un mythe…

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Les fameuses baies de « goji » provenant tant du lyciet de Chine (Lycium chinense) que du lyciet de Barbarie (Lycium barbarum)

Le sisymbre (Sisymbrium officinale)

Synonymes : vélar, erysimum, sinapi, moutarde des haies, julienne jaune, tortille, tortelle, barbarée, herbe au chantre.

Plante aujourd’hui assez méconnue, le sisymbre possédait autrefois une réputation bien plus étendue. Son nom grec, sisymbrion, désignait avant tout le cresson et certaines autres plantes dont probablement une menthe. C’est sous le terme d’erysimon qu’en parlent Théophraste et Dioscoride, bien qu’il soit difficile d’affirmer avec certitude que cet antique erysimon puisse être le sisymbre, quoi qu’en pense Matthiole qui, lui, en est assuré. Cela n’est sans doute pas de la même plante dont il s’agit, mais l’on ne s’est guère trompé au sujet de son renom, erysimon signifiant, justement, « estimé », un égard dont Pline nous explique que les Celtes de son temps usaient de cette plante pour les mêmes raisons qu’on le fait encore à l’heure actuelle, c’est-à-dire pour remédier aux affections des voies respiratoires telles que catarrhe pulmonaire et toux persistante. Encore que Pline ne l’appelle pas erysimon, mais vela, un mot latin qui se transformera en velarum durant le Moyen-Âge, jusqu’à donner le moderne vélar, un mot qui oblige parfois à chercher le sisymbre à la lettre V, quand ce n’est pas à la lettre E, comme erysimum ! De multiples appellations et d’hasardeuses attributions expliquent qu’on puisse pédaler un peu dans la choucroute au sujet d’une plante largement confondue avec d’autres durant le Moyen-Âge : durant ce laps de temps, rien ne permet de dire que le sisymbre alias vélar s’est distingué d’une manière ou d’une autre. Il faut dire qu’alors l’on n’a pas encore mis le doigt sur ce qui caractérise vraiment le sisymbre et qui lui a fait mériter le surnom d’herbe au chantre : même Matthiole en 1554 n’en dit rien, se contentant d’apporter peu d’informations (il indiquait les graines de cette plante contre les pertes séminales et les lithiases rénales). En tous les cas, la réponse ne proviendra pas d’Italie, mais de France, émanant tant de Matthias de l’Obel que de Jacques Daléchamps au XVI ème siècle : on fait alors l’éloge du sirop de sisymbre contre l’aphonie et l’enrouement, chose bien profitable aux orateurs, aux prédicateurs et aux chanteurs, d’où l’expression « herbe au chantre », le chantre appartenant à un chœur liturgique. Au siècle suivant, dans sa correspondance avec Nicolas Boileau, Jean Racine explique les bienfaits du sisymbre, évoquant « le cas d’un chantre de Notre-Dame à qui un rhume avait fait perdre la voix et que se tira d’affaire en trois semaines, grâce à une tisane » de sisymbre (1). Le sirop de sisymbre restera fort usité jusqu’au XVIII ème siècle, mais « on l’a abandonné dans la médecine urbaine comme tant d’autres préparations utiles, pour le remplacer par de moins efficaces et d’un prix beaucoup plus élevé. Ne vaudrait-il pas mieux, en effet, s’interroge Cazin, lui rendre sa place dans nos officines plutôt que d’y perpétuer les dépôts coûteux des sirops […] et de tant d’autres productions accréditées par les annonces de l’industrialisme, que la crédulité accueille toujours avec empressement et dont on fait ensuite usage autant par habitude que par conviction ? » (2). C’est, ma foi, fort dommage. Cependant, d’autres, bien après Cazin, surent tirer parti du sirop de sisymbre et pour des raisons autres que la volonté farouche de lutter contre la pléthore de médicaments parfaitement inutiles dont un grand nombre est encore vendu en pharmacie à l’heure où je vous parle : Henri Leclerc explique qu’il a « connu un vieil officier de santé dont c’était une des prescriptions favorites : il affirmait en obtenir des résultats merveilleux, notamment chez son épouse sujette à une laryngite qu’entretenait un inexorable bavardage : « C’est, disait-il, une méthode précieuse : pendant qu’elle déguste son sirop, ma femme se tait et j’échappe à ses discours, double action dont bénéficient également ses cordes vocales et mes tympans » (3). L’on peut dire du sisymbre qu’il est parfois un remède auriculaire indirect ! ^_^

Brassicacée vivant un à deux ans, le sisymbre est composé d’une tige rude et velue, sur laquelle s’articulent des rameaux tout aussi raides formant parfois par rapport à la tige des angles de 90°, ce qui lui donne un peu l’allure d’un écouvillon passé sous les lames d’une tondeuse : le cheveu rare et ébouriffé, le sisymbre dégingandé se reconnaît donc assez facilement, d’autant que ses feuilles pétiolées, vert sombre bleuâtre, voire glauques, sont dites « roncinées pinnatipartites ». Ah, ah ! Je vous l’accorde, la botanique, c’est comme la jungle : un enfer. En gros, cela signifie que les feuilles inférieures du sisymbre, composées et profondément découpées, sont constituées de cinq à onze lobes, dont le terminal est plus ample que les autres. Les supérieures, elles, n’en font pas tout un foin, elles sont justes hastées. C’est qu’on ne peut pas, en toute chose, faire son intéressant, sans quoi l’on s’épuise. Cette modestie, on la rencontre chez les fleurs jaunes et minuscules du sisymbre. Formant des grappes terminales au bout des rameaux perpendiculaires, ces fleurs à quatre pétales ne jouissent cependant pas de la masse d’un grand nombre, puisque la floraison, progressive, s’accompagne de la fructification des fleurs les plus anciennes. Ainsi, les petits bouquets de fleurs du sisymbre n’ont rien de comparable avec les lourdes grappes du lilas, c’est pourquoi on les remarque peu malgré une floraison qui s’étend de mai à septembre, puis une fructification élaborant des siliques trapues, assez courtes (15 à 20 mm), qui, elles, paraissent frileusement appliquées contre les rameaux, contrairement à ceux-ci qui, nous l’avons dit, s’éloignent de l’axe principal pour former chandelier.
Le sisymbre est une plante présente partout en Europe et en Asie occidentale ; en France, elle est absente des zones montueuses et méridionales. A la fin du XIX ème siècle, on la disait très commune partout, voire surabondante. Un siècle plus tard, elle était tout juste assez fréquente. Pourtant, c’est une plante qu’on croise particulièrement là où l’homme répand son activité : bordures de champs et de chemins de campagne, terrains vagues, décombres, haies, pieds des vieux murs… Mais l’on peut avoir une petite idée sur les raisons qui font reculer des plantes autrefois si fréquentes telles que le coquelicot et le bleuet, pour ne prendre que des exemples emblématiques.

Le sisymbre en phytothérapie

Très fréquent, bien connu, mais néanmoins peu étudié, le sisymbre est de ces plantes qu’on utilise sans véritablement savoir quels principes actifs les animent. Par sa saveur âcre et piquante, le sisymbre se rapproche de ses cousines, autres Brassicacées médicinales, que sont le cresson, l’alliaire, le raifort et la cochléaire. D’ailleurs, il doit cette âcreté à la présence de glucosinolates dans ses tissus et son piquant par une essence sulfo-azotée typique des Brassicacées. On lui connaît aussi une intéressante proportion de vitamine C.

Propriétés thérapeutiques

  • Expectorant, activateur des sécrétions pharyngées, laryngées et bronchiques, antispasmodique des voies respiratoires, antalgique et anti-inflammatoire des voies respiratoires supérieures
  • Diurétique
  • Antispasmodique des voies biliaires
  • Stimulant
  • Rubéfiant (par ses graines)
  • Antiscorbutique (par ses graines)

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère respiratoire : inflammation douloureuse de la gorge, sécheresse pharyngée, pharyngite, laryngite, enrouement, aphonie, extinction de voix, toux, trachéo-bronchite, bronchite chronique, catarrhe pulmonaire, amygdalite chronique
  • Troubles de la vésicule biliaire : cholécystite, lithiase biliaire (4)
  • Ulcère sordide
  • Scorbut, stomacacé (mauvaise haleine causée par une ulcération scorbutique de la bouche)

Modes d’emploi

  • Infusion de feuilles ou de la plante entière.
  • Décoction de semences.
  • Suc de feuilles fraîches.
  • Teinture-mère.
  • Sirops : le plus simple, c’est son nom, se compose de sisymbre et de réglisse ; le composé est complexe, c’était celui du Codex, on y trouvait : sisymbre, bourrache, chicorée, aunée, capillaire de Montpellier, anis vert, romarin, lavande officinale, lavande stoechade, réglisse, orge mondée, raisins secs, miel, etc.

Note : l’infusion et le sirop de sisymbre se doivent d’être avalés par petites gorgées, comme si l’on suçotait un bonbon, afin de bien étendre l’action sur la gorge, chose peu possible si l’on avale l’une ou l’autre d’un seul trait.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : la période de récolte du sisymbre s’étale de mai à septembre ; durant ces mois, l’on cueille soit les feuilles, soit la plante entière coupée au-dessus du sol.
  • Séchage : il est possible de faire sécher les feuilles ou la plante entière puis de les conserver à l’abri de la lumière. Cependant, la dessiccation fait perdre énormément de ses propriétés au sisymbre, bien que son caractère moins succulent que le cresson, par exemple, fait que, parmi les plantes médicinales de la famille des Brassicacées, le sisymbre est celui qui pâtit le moins de cette déperdition thérapeutique. Le meilleur compromis reste encore le sisymbre fructifié desséché, c’est-à-dire une plante que l’on cueille à un état de maturation avancée, aux mois d’août et de septembre.
  • Les jeunes feuilles du sisymbre sont comestibles crues comme cuites et se prêtent à bien des manières de les apprêter.
  • Autres espèces : le vélaret (Sisymbrium irio), le vélar sagesse (Sisymbrium sophia), etc.
    _______________
    1. Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 252.
    2. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 976.
    3. Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 253.
    4. Le sisymbre « supprime en effet le réflexe tendant à leur expulsion et par là entraîne la disparition du syndrome douloureux », Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 253.

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La persicaire (Polygonum persicaria) et le poivre d’eau (Polygonum hydropiper)

Fleurs de persicaire

L’histoire de la persicaire se réduit à une peau de chagrin ou mieux à l’état d’un confetti si petit qu’on peut tout juste y écrire ce signe : ? Le poivre d’eau, lui, a fait couler un peu plus d’encre. Mais pas des litres non plus. Dans Dioscoride, il est présenté comme une plante aux feuilles sans odeur et au goût semblable à celui du poivre… On les utilisait déjà comme condiment à cette époque. Médicalement, ces mêmes feuilles fraîches ainsi que les graines étaient triturées de telle sorte qu’on puisse les appliquer sous forme de cataplasme sur les ecchymoses, les enflures et les tumeurs indurées. C’est, au sujet de cette plante, tout ce que Dioscoride et Galien en disent, et dont il nous faudra nous contenter, surtout que la très longue période médiévale suivante n’en dira tout bonnement rien. On retrouve néanmoins le poivre d’eau 1500 ans après Dioscoride, sous la plume de Matthiole. Pour ce dernier, l’hydropiper de Dioscoride ne peut être que le poivre d’eau. Mais, selon toute vraisemblance, ça n’était pas si évident pour les contemporains de Matthiole. Ainsi dut-il se bagarrer comme un beau diable pour faire entendre raison et admettre l’évidence. Par chance, il n’omet pas d’en mentionner quelques usages, non pas médicinaux, mais domestiques : « On étale la plante fraîche dans les lits pour y tuer les puces ; on la jette le lendemain matin. Le lard salé entouré de poivre d’eau se trouve préservé des vers. » C’est donc une plante censée écarter la vermine au sens large et pourrait être utilisée dans ce but dans une pratique magique.

La persicaire doit son nom en raison de la similitude existant entre la forme de ses feuilles et celles du pêcher. C’est bien là le seul point commun qui puisse être signalé entre cette humble plante et cet arbre fruitier. En revanche, regrouper persicaire et poivre d’eau relève d’une proximité botanique, ces deux plantes étant toutes deux des Polygonacées, s’apparentant donc aux renouées (bistorte et des oiseaux), bien qu’annuelles, mais possédant bel et bien des tiges rameuses marquées de nœuds. Hautes de 20 à 80 cm à pleine maturité, persicaire et poivre d’eau portent des feuilles alternes, étroites et allongées, vert brillant, brièvement pétiolées. Celles de la persicaire s’ornent en leur centre d’une tache brune noirâtre en forme de croissant expliquant le nom de fer à cheval parfois accordé à cette plante. Les fleurs, de roses à rose blanchâtre, s’égrènent sous forme d’épis terminaux, petits et denses chez la persicaire, long et grêles chez le poivre d’eau, la première fleurissant au début de l’été, la seconde presque à son achèvement, étendant l’une et l’autre leur floraison très en avant dans l’automne.
Assez fréquentes à très communes, ces deux plantes manifestent une préférence très nette pour les sols humides, argileux et azotés de toutes les régions, tels que les berges de rivières et d’étangs, les fossés, les terrains vagues et tourbeux, les marais et parfois mêmes des zones semi-immergées en ce qui concerne le poivre d’eau qui, comme son nom l’indique, est davantage aquatique que la persicaire.

Poivre d’eau (à gauche)

La persicaire et le poivre d’eau en phytothérapie

Il est pertinent de regrouper sous cette même rubrique la persicaire et le poivre d’eau, bien qu’il existe de l’une à l’autre des différences notables. Que l’on considère ces deux herbes entières sans racines, on remarque, chez l’une et l’autre, l’absence de toute odeur : en revanche, côté saveur, l’on pourrait être surpris de ce que ces deux Polygonum, herbes ordinaires, puissent développer une saveur piquante chez la persicaire, qui devient âcre, poivrée, brûlante même chez le poivre d’eau. Et, en effet, l’on trouve chez ce dernier un principe âcre et amer qui fait défaut dans la première, une grosse proportion de tanin, des acides (formique, gallique, malique, acétique, mélissinique, valérianique), des sucres (fructose, glucose), des sels minéraux (fer, potassium), etc. Dans la persicaire, l’on croise aussi du tanin, mais dans une moindre mesure (1,2 %), des acides (gallique, malique, oxalique : 5 %), des sucres, de la cire (2 %), du mucilage et de la pectine. Au registre des points communs, notons la présence de phytostérine dans ces deux plantes, ainsi qu’une essence aromatique dont celle de poivre d’eau se distingue par une cétone, la polygonone.

Propriétés thérapeutiques

  • Persicaire : hémostatique, emménagogue, tonique, stimulante, pectorale, diurétique, astringente, détersive, rubéfiante
  • Poivre d’eau : hémostatique, vasoconstricteur, régulateur des règles trop abondantes, tonique, stimulant, diurétique, dépuratif, astringent, détersif, rubéfiant, vésicant, résolutif, sédatif, vermifuge

Usages thérapeutiques

  • Persicaire :
    – Troubles de la sphère vésico-rénale : catarrhe vésical, hématurie, goutte, rhumatismes
    – Troubles de la sphère gynécologique : leucorrhée, métrorragie, dysménorrhée, ménopause
    – Affections cutanées : plaie, ulcère, ulcère gangreneux
    – Diarrhée
    – Jaunisse
    – Hydropisie
    – Scorbut
    – Carie dentaire
  • Poivre d’eau :
    – Troubles de la sphère vésico-rénale : catarrhe vésical, hémorragie vésicale, lithiase urinaire, goutte, rhumatismes, dysurie
    – Troubles de la sphère respiratoire : hémorragie pulmonaire, hémoptysie, angine, pharyngite, ulcération pharyngée
    – Affections bucco-dentaires : maux de dents, odontalgie, aphte
    – Troubles de la sphère gynécologique : hémorragie utérine (liée ou non à la présence d’un fibrome utérin), endométrite chronique, métrite, métrorragie, dysménorrhée, aménorrhée, ménopause
    – Troubles de la sphère gastro-intestinale : hémorragie gastro-intestinale, vomissement de sang, colique, flatulences, diarrhée
    – Troubles de la sphère circulatoire : hémorroïdes, varices, varicocèle, distension des veines intracrâniennes
    – Affections cutanées : plaie, ulcère, ulcère atonique, ulcère sordide, escarre, gangrène, gale
    – Œdèmes et engorgements : engorgement séreux, glanduleux, lymphatique, œdème, hydropisie, anasarque

Modes d’emploi

  • Infusion.
  • Décoction aqueuse ou vineuse.
  • Suc frais.
  • Poudre de feuilles.
  • Cataplasme de feuilles fraîches : la persicaire et surtout le poivre d’eau remplacent la moutarde en externe. De par leurs propriétés rubéfiantes et vésicantes, ces deux plantes peuvent tout à fait se prêter à la pratique du sinapisme.
  • Friction de feuilles fraîches.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : persicaire et poivre d’eau se cueillent durant tout l’été et s’emploient exclusivement à l’état frais. Du poivre d’eau, l’on dit que la plante fructifiée fraîche est encore plus active.
  • Le poivre d’eau en excès peut être nuisible, irritations et inflammations internes sont toujours possibles. C’est le cas à travers son effet diurétique : celui-ci « ne peut avoir lieu qu’autant que les reins sont dans un état d’atonie : la surexcitation de ces organes, non seulement s’opposerait à cet effet, mais encore rendrait très nuisible l’action de cette plante » (1).
  • La dessiccation et la coction amoindrissent l’énergie du poivre d’eau et, donc, ses effets.
  • Alimentation : bien que la volaille se repaisse volontiers des graines de persicaire, celles du poivre d’eau semblent avoir suscité l’intérêt de l’homme depuis des temps très reculés : on a décelé de ces semences dans certaines stations préhistoriques. Il est possible que l’usage condimentaire du poivre d’eau remonte bien avant l’introduction du poivre noir (Piper nigrum) en Europe occidentale. Il n’en reste pas moins que le poivre d’eau peut allégrement jouer le rôle de substitut, comme au Japon où ses feuilles assaisonnent les sashimi.
  • Les racines de persicaire et de poivre d’eau, par leur tanin, servirent au tannage des peaux, et leur feuilles à l’obtention d’une teinture jaune à jaune rougeâtre.
  • Autre espèce : la persicaire odorante (Persicaria odorata).
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    1. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 736.

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Feuilles de persicaire portant la caractéristique marque en forme de croissant

La garance des teinturiers (Rubia tinctorum)

Les plus anciennes informations concernant la garance font déjà état de son rôle majeur comme plante tinctoriale, usitée dans ce but par les Égyptiens, les Perses et les Hindous. Les Celtes, pas moins malins, obtenaient même du violet en mêlant la garance au pastel. Chez les Grecs, si l’on en croit ce que Dioscoride écrit au chapitre 137 du troisième livre de la Materia medica, l’on fait alors clairement une distinction entre une espèce sauvage et une autre cultivée, suffisamment proches l’une de l’autre pour que Dioscoride associe gaillet gratteron et garances par certaines caractéristiques botaniques. Avec Hippocrate, Pline et Galien, une forme d’accord se dégage au sujet des propriétés thérapeutiques de cette garance : diurétique, cholagogue et emménagogue, on la dit également bonne dans la jaunisse, la sciatique et la paralysie, ainsi que l’arthrite. C’est du moins ce qui prévaut du V ème siècle avant J.-C. au III ème siècle après J.-C. Quant au Romains, ils cultivent aussi la garance dans le but de teindre la laine et le cuir en un rouge écarlate dont l’un est resté célèbre, le rouge d’Andrinople, car comme c’est le cas pour le vin, il existait alors plusieurs crus de garance plus ou moins réputés. C’est ce que l’on retiendra principalement de cette ville turque, aujourd’hui Edirne, car en 378, elle fut l’occasion de verser un autre type de rouge, l’armée romaine s’étant récoltée de la part des Goths ce que l’on peut qualifier de coup de pied au cul. En un mot comme en cent, ce fut un véritable désastre. On gardera donc en mémoire Andrinople pour son rouge garance, c’est largement suffisant. Mais vu les croyances de certains, dont Pline, au sujet de cette plante, se prendre une paire de claques de temps à autre, ça ne fait pas de mal, ça remet les idées en place. Pline qui, pour je ne sais quelle raison, appelle la garance sous le curieux nom d’alusson, affirme que cette plante portée en amulette permet de protéger son porteur des chiens enragés. Pour une fois qu’il ne s’agit pas de morsures de serpents venimeux… Par ailleurs, chose tout à fait étonnante, « on croyait aussi qu’un simple regard jeté sur une plante que l’on portait sur soi était suffisant pour prendre possession de ses vertus thérapeutiques et pouvait entraîner la guérison des maladies » (1). Cela doit bien encore exister dans certaines sphères de la charlatanerie ce style d’entourloupe. Eh bien, c’est ce qu’on pensait concernant la garance : par le simple fait de la regarder, cela avait comme pouvoir de faire sécher la sanie, c’est-à-dire le pus exsudant des plaies et des ulcères. C’est comme les Romains à Andrinople, ils ont dû toiser les Wisigoths, Ostrogoths et autres Goths, en se disant « on va gagner ! » pour, finalement, se prendre une trempe comme jamais, comparable à celle qu’infligèrent les Amérindiens menés par Sitting Bull aux hommes de Custer lors de la bataille de la Little Big Horn en 1876. Et ces Romains, à Andrinople, auraient bien eu besoin de garance pour « faire sécher la sanie » des plaies des centaines de blessés qu’occasionna cette boucherie. Mais c’est un fait : la garance apparaît, de près ou de loin, assez souvent liée aux conflits armés et à leurs conséquences délétères. Celle que le pseudo Apulée nommait herba ostriago (du grec ostreion, « pourpre »), devenue rubia par le truchement du latin, porte bien en elle le rouge. Cette couleur qu’on tire de cette plante exprima, par similarité, le sang : ainsi la garance se devait d’avoir des propriétés hémostatiques, antihémorragiques, voire emménagogues. Or, il faut bien l’avouer, elle ne possède rien de tout cela. Pour une plante qui fait voir rouge, elle a plus d’accointance avec le jaune : celui de la bile et de l’urine. C’est ce que Léonard Fuchs, Jérôme Bock et Tabernaemontanus soulignèrent au XVI ème siècle : la garance est de bon remède en cas de maladies hépatobiliaires surtout, cutanées dans une autre mesure. S’ils reprennent quelque peu les Anciens de l’Antiquité, ils en oublient heureusement certains détails comme celui concernant les propriétés soi-disant emménagogues de la racine de garance, qu’Hildegarde n’avait pas repérée comme tel, la disant simplement fébrifuge (ce qu’elle est, bien que cela ne soit pas là son principal rayon d’action) et utile dans l’inappétence (pourquoi pas, elle contient quelques principes amers qui peuvent y jouer un rôle). Porta, qui écrit au même siècle que les Fuchs, Bock et Tabernaemontanus, ne mentionne seulement que la vertu tinctoriale de la garance, un aspect économique dont le Moyen-Âge s’est largement préoccupé puisque, en France, on voit la culture en grand de la garance s’établir dès le XII ème siècle en Normandie pour s’étendre à de nombreuses régions françaises jusqu’au XVI ème siècle, jusqu’à ce que la production nationale soit battue en brèche en raison d’importations italiennes de médiocre qualité (voyez, le coup des fraises espagnoles à la suavéolence aussi faible que leur prix, ça ne date pas d’hier). Bien que la garance française ait acquis une solide réputation de par sa supériorité, sa culture ainsi que le volume de la production reculeront malgré une tentative de ré-instauration durant le XVIII ème siècle qui tournera à l’échec (une autre Andrinople). Pourtant, sans savoir vraiment pourquoi, la culture de la garance atteint son apogée en France au XIX ème siècle : on la travaille en Alsace, dans les départements méridionaux, en Normandie encore, en Vendée, aux environs de Lyon, en Artois, etc., tant et si bien qu’en 1868 la France, avec 35000 tonnes de racines de garance, arrive, à elle seule, à la moitié de la production mondiale, hégémonie qui succombera avec la réalisation, un an plus tard, de la synthèse de l’alizarine, l’un des principaux pigments tinctoriaux de la garance. De fait, les prix chutèrent, la culture de la garance, plus autant rentable qu’autrefois, fut progressivement sacrifiée. Cependant, il est une chose qui restera dans cet état d’impavidité, c’est le fantassin de l’armée française, au képi et pantalon rouge garance, une teinte exploitée durant des décennies pour l’équipement, au point que l’infanterie de 1914 avait à peu de choses près la même allure que celle de 1870. Cet uniforme qui, uni ne l’était pas trop (bleu en haut, rouge en bas), fut abandonné dès 1915 au profit de quelque chose d’un peu plus moderne que ces vieilleries du XIX ème siècle. Enfin, oui, un soupçon de modernité, qui durera jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, le Français, surpris une fois de plus par son ennemi héréditaire, n’ayant pas eu le temps de s’habiller de neuf, reprit ses frusques de 1918. Et, à cette occasion, parut complètement has been en comparaison de l’équipement du soldat allemand de 1939. Ainsi, le fantassin français de 1939, c’est à peu près le même que celui de 1918, mais il gagne cependant à être moins voyant. C’est évident qu’avec cet écarlate qu’est le rouge garance sur le dos, on est loin de passer inaperçu, contrairement à ceux qui arborent une tenue de camouflage. Certains disent que ce rouge n’eut pas tant d’implication que ça en ce qui concerne les milliers de morts qu’accusa l’armée française au début de la Grande Guerre. Il est permis d’en douter. De même que ses descendants de 1939-1945 qui ne portaient pas de garance et qui, malgré tout, se prirent une belle raclée dès 1940 à l’image des Romains d’Andrinople.

Si l’on compare morphologiquement la garance des teinturiers et la garance voyageuse, l’on peut établir les points communs suivants : plantes vivaces à tiges quadrangulaires portant des verticilles de feuilles ovales pointues à lancéolées, des panicules axillaires de petites fleurs vert jaunâtre, formant des baies charnues vertes puis noires à maturité. Sur la question des distinctions, on remarque que les feuilles coriaces et rugueuses de la voyageuse demeurent semper virens durant l’hiver, alors que la saison froide dégarnit de ses feuilles la garance des teinturiers. De plus, la garance voyageuse possède un aspect plus agressif bien que ce soit généralement une plante dont la reptation oblige à l’humilité : ses tiges sont équipées d’aiguillons recourbés pour mieux saisir les plantes environnantes et se hisser sur elles, tandis que la teinturière possède à peine de petites pointes sur ses tiges.
Côté racines, c’est bien évidemment sur celles de la garance des teinturiers que l’on a jeté son dévolu : cylindracées, rampantes, elles atteignent facilement un mètre de longueur, rouge brunâtre à l’extérieur, jaunâtres à l’intérieur.
Enfin, le dernier point commun qui peut rapprocher ces deux espèces, c’est l’aire de répartition (Europe méridionale, Asie occidentale, Afrique du Nord) et le type de sols occupés : friches, rocailles, rochers, haies broussailleuses, à basse altitude (0-500 m). Naturellement cantonnée au Sud-Ouest, la garance voyageuse, malgré son nom, s’est moins propagée que sa consœur dont la culture passée a laissé des traces çà et là. C’est ainsi que la garance des teinturiers demeure encore spontanée en Alsace, près de Montpellier, dans les environs de Lyon, etc.

Garance des teinturiers

La garance des teinturiers en phytothérapie

Bien que la botanique nous ait fait distinguer deux garances, ici nous appliquerons le singulier : seule la garance des teinturiers sera traitée ; nous laisserons donc la seconde à ses pérégrinations, possédant des propriétés thérapeutiques identiques sans toutefois égaler, dans leurs effets, celles de la garance des teinturiers.
La Riza d’Hildegarde semble donner quelques indices au sujet de la fraction végétale qu’utilise le phytothérapeute lorsqu’il s’adresse à la garance. Si le mot riza provient du grec rhiza (2), alors nous pouvons affirmer sans aucun doute qu’il s’agit de la racine dont la saveur est amère et un peu astringente, l’odeur forte et sui generis comme peuvent l’être celles des asperges ou du chou-fleur une fois ces deux légumes cuits, une odeur bien à eux en somme. Cette racine, malgré son amarescence contient 15 % de sucre, une résine, une huile grasse, des acides (citrique, ruberythrique), ainsi qu’une substance qui rappelle que la garance est cousine de l’aspérule odorante et du gaillet gratteron, l’aspéruloside. Enfin, de nombreux sels minéraux et oligo-éléments (calcium, magnésium, sodium, potassium, phosphore, chlore, silice, soufre, fer) accompagnent plusieurs matières tinctoriales dont la purpurine et – bien plus connue – l’alizarine.

Propriétés thérapeutiques

  • Laxative, eccoprotique, stimulante du péristaltisme intestinal
  • Cholagogue
  • Diurétique, antilithiasique urinaire
  • Astringente
  • Tonique légère

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : constipation, constipation opiniâtre, dysenterie, diarrhée du tuberculeux
  • Troubles de la sphère hépatobiliaire : insuffisance biliaire, lithiase biliaire, cholémie, ictère
  • Troubles de la sphère vésico-rénale : oligurie, albuminurie, lithiase urinaire (3), rétention urinaire, congestion rénale, néphrite, goutte, rhumatisme articulaire, arthritisme
  • Troubles de la sphère respiratoire : toux chronique, laryngite
  • Affections cutanées : dartre, dermite cancéreuse
  • Fièvre intermittente

Modes d’emploi

  • Infusion de racines.
  • Décoction de racines.
  • Poudre de racines.
  • Teinture-mère.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : lorsqu’on procédait à la culture en grand de la garance, on extrayait les racines à l’automne de la troisième année, mais cette plante gagne à être récoltée le plus âgée possible, comme le ginseng par exemple. Puis elles étaient séchées en plein air ou au four et prenaient alors le nom d’alizari.
  • Nous l’avons dit, la garance est une plante tinctoriale à tel point qu’un animal qui mange de cette racine voit ses os se teindre en rouge écarlate, chose qui, je suppose, doit également se produire chez l’homme. La racine tel quel, c’est-à-dire fraîche, présente plutôt une couleur jaune en son cœur. Pour que le rouge garance apparaisse, il faut faire passer les racines par des étapes de fermentation et de mise en contact avec l’eau. Sous cette forme pigmentaire, le rouge garance fut aussi utilisé dans le domaine de l’art (peinture à l’huile, aquarelle).
  • L’abandon de la culture de la garance au profit de la synthèse de l’alizarine ne doit pas faire oublier l’importance des Rubiacées en divers domaines, une famille botanique qui compte parmi ses membres le caféier, le quinquina et le gardénia.
    _______________
    1. Guy Ducourthial, Flore magique et astrologique de l’Antiquité, p. 207.
    2. En réalité, riza semble être une altération du vieil allemand rezza qui, s’il ne s’applique pas directement à la garance, fait référence à l’écarlate de sa teinture.
    3. « La garance peut désintégrer, solubiliser et éliminer les calculs des phosphates et carbonates de calcium, d’ammonium, de sodium et de magnésium […] Elle n’a aucune action sur les calculs oxaliques et uriques », Jean Valnet, La phytothérapie, p. 274.

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Garance voyageuse

Le genêt à balai (Cytisus scoparius)

Pour beaucoup, le mot « genêt » évoque à peu de chose près ceci : un arbrisseau aux rameaux grêles et aux fleurs jaunes qui pousse sur des sols secs. C’est vrai, mais c’est insuffisant pour le reconnaître dans la nature avec exactitude, d’autant que des genêts, il en existe à profusion : le genêt d’Allemagne (Genista germanica), le genêt des teinturiers (Genista tinctoria), le genêt des Canaries (Genista racemosa), etc. La confusion d’une espèce à l’autre peut être entretenue par le fait qu’on applique le mot genêt à des espèces qui n’en sont pas : c’est le cas du genêt à balai qui, à proprement parler, n’est pas un genêt mais un sarothamne, nom barbare composé du grec saros, « balai » et de thamnos, « arbrisseau ». Quant à l’adjectif scoparius, du latin scopa, « balai », il offre un redoublement de la présence de cet ustensile de ménage qu’est le balai. C’est pourquoi, l’on peut émettre quelques doutes sur l’identité du genêt évoqué à plusieurs reprises dans la Bible, ou bien celui dont le médecin arabe Mésué usait comme diurétique et dépuratif rénal, ou encore celui que Pline donnait comme purgatif et efficace contre la sciatique, comme l’on lit dans Dioscoride : « le suc exprimé des branches, premièrement trempé d’eau, puis pilées, bu à la quantité d’un cyathe à jeun, aide aux sciatiques » (1). En réalité, durant l’Antiquité, le Moyen-Âge et la Renaissance, lorsque la littérature évoque un genêt, il y a plus de chance pour qu’il s’agisse du genêt des teinturiers. Bien qu’on dise que la thérapeutique par le genêt à balai est native du Moyen-Âge, il est possible que ce genêt s’entremêle à d’autres plantes qui le rappellent, mais cela paraît peu probable sachant qu’au XVI ème siècle, Matthiole ne fait aucune distinction entre les différents genêts et les plantes que l’on nomme ainsi sans être botaniquement des genêts. C’est seulement en 1586 que Camerarius identifiera le genêt à balai et qu’il cessera de se confondre à d’autres petits buissons aux fleurs jaune d’or. Ainsi, ce qu’indiquent Serenus Sammonicus (III ème siècle), Arnaud de Villeneuve (XIV ème siècle) et Jérôme Cardan (XVI ème siècle) au sujet du pouvoir hydragogue de « leur » genêt ne s’applique très certainement pas au genêt à balai, mais a pu y faire penser compte tenu des propriétés communes à plusieurs genêts et plantes apparentées.

Bien que l’on entende fréquemment que les vertus thérapeutiques du genêt à balai furent établies au XVIII ème siècle, déjà, aux alentours des années 1700, l’on trouve chez Thomas Sydenham une indication portant sur les fleurs que ce médecin anglais préconise en cas de rétentions liquidiennes comme l’ascite. Mais il est aussi remarquable par sa présence au sein de l’ouvrage d’une empirique, madame Fouquet (dont on a déjà parlé dans l’article portant sur la momordique) qui propose un vin de cendres de genêt comme remède contre la rétention urinaire. « Il y a lieu de supposer que le genêt contient une assez grande quantité de sels de potasse, particulièrement du carbonate et du nitrate qui exercent comme on sait sur le foie et les reins une action puissamment éliminatrice » (2). En grande majorité, les cendres sont avant tout composées de sels insolubles au 4/5 ème, le cinquième restant étant constitué de sels solubles dont la potasse effectivement.

Dans un article qui date d’octobre dernier, j’avais évoqué l’opposition symbolique entre plantes dites bénéfiques et maléfiques. Le couple ajonc/genêt s’y était distingué, expliquant le caractère forcément diabolique de l’ajonc car porteur d’épines, un arbuste formant des ensembles impénétrables, épuisant les terres des éléments essentiels à la plupart des végétaux, s’embrasant facilement et favorisant ainsi la disparition d’hectares de forêt. L’on peut donc établir, à la lumière de ces quelques éléments, que l’ajonc est une espèce végétale relativement problématique. Si, symboliquement, l’on a diamétralement opposé ajonc et genêt, nous verrons qu’en ce qui concerne ce dernier, tout n’a pas toujours été rose pour lui.
Faire du genêt un symbole de propreté est assez aisé à comprendre, lui dont les tiges servent à confectionner des balais solides et rustiques. En politique, le coup de balai – du vent ! de l’air ! du balai ! – équivaut à dire : « oust ! » Mais la propreté en politique mériterait plus qu’un coup de balai : certains que l’on chasse par la porte se faufilent par les fenêtres et remettent le nez dans la place sous couvert d’une nouvelle appellation qui ne trompe personne. L’on n’est donc pas prêt d’utiliser le balai de genêt tel qu’on en fait usage en jardinerie : pour chasser des plantes les parasites. Non seulement le balai chasse, mais il nettoie et purifie : c’est ce rôle qui incombe au balai de bruyère, de buis, de houx ou de saule. Et qui dit nettoyage, pense printemps ! C’est ainsi que « pour que les marins qu’elles aiment reviennent à bon port, les jeunes filles doivent aller, couronnées de roses et armées de balais de genêt, procéder au grand nettoyage de printemps de l’église de leur paroisse » (3). C’est là qu’on peut commencer à entrevoir que le balai de genêt peut être de quelque utilité dans la paix des ménages, intervenant dès les épousailles et les rites mariaux : en certaines régions, les demoiselles d’honneur offraient à la future mariée un bouquet de genêt, sans doute pour lui signifier qu’un nouveau statut était en passe d’en chasser un ancien, de même qu’en sorcellerie, l’on se sert du genêt pour attirer ou chasser le vent. Et d’ailleurs, à propos de vent, parlons un peu des femmes volages. En quelques endroits, on lit que le genêt devient plante protectrice, car, tel le balai qu’il peut devenir, on le dit capable de refouler les tentations des femmes qui s’éprendraient de quelqu’un d’autre que leur mari. Et c’est là, fatalement, qu’on va plonger en eaux troubles. L’on disait que pour conjurer le désir qu’elle avait d’un autre homme, la femme mariée s’asseyait à cru sur le fagot de son balai tout en mastiquant des fleurs de genêt. Cela n’est pas sans rappeler le bâton ou balai que la « sorcière » enfourche… Cependant, dans le genêt à balai, il existe un alcaloïde, la spartéine, dont l’une des propriétés est de stimuler les contractions de l’utérus et de faciliter, tout comme l’ergot de seigle, l’expulsion de l’enfant. Mais si le genêt est utilisé avant terme, cela signifie qu’on a souhaité lui voir jouer un rôle abortif et que, peut-être, y a-t-il eu adultère. Cela n’est pas impossible, d’autant que, du balai au sexe, il n’y a, parfois, pas grand-chose. Nous l’avons dit plus haut, le mot latin scopa a un rapport avec le balai : en italien, un scopatore, c’est un balayeur, une scopata, un coup de balai. Mais au sens vulgaire, ces deux mots en prennent un tout différent : le scopatore, c’est celui qui vous baise, qui vous nique, et la scopata s’apparente au coït, à l’acte de forniquer. Le balai est ici comparable au phallus. D’ailleurs, ne surnomme-t-on pas le genêt du sobriquet de verge-des-ménagères ? Ainsi, enfourcher son balai (pour aller au sabbat ou ailleurs), c’est vouloir se faire plaisir, prendre son pied, laisser libre court à l’extase, alors que le balai, quand on l’a dans le cul, c’est plutôt le contraire.
Donc, oui, tout n’est pas rose, pour le cocu du moins, sa couleur étant le jaune, à l’image de celle des fleurs du genêt à balai. En d’autres temps, en d’autres lieux, on nous apprend que frapper une vache avec une branche de genêt est le plus sûr moyen de la priver de lait, que répandre des branches de genêt fleuri durant les funérailles se pratiquait fréquemment, etc., toutes pratiques ou croyances dont on a, semble-t-il, oublié les causes profondes, n’apparaissant alors plus que comme de superstitieuses anecdotes sans queue ni tête. Mais il en est une autre, autrement plus sérieuse, car, sur le genêt, pèse une malédiction proférée par le Christ lui-même. De même qu’on l’a dit du pois chiche et du genévrier, végétaux interchangeables du légendaire chrétien, le genêt serait à l’origine de l’arrestation de Jésus, car, trop bruyant, il permit à ses persécuteurs de le surprendre en pleine prière dans le jardin de Gethsémané.

Le genêt à balai est un arbuste à taille humaine, atteignant de façon exceptionnelle quatre mètres. Ses tiges principales, striées dans le sens de la longueur, comportent le plus souvent cinq angles et portent de grêles rameaux verts qui tendent à noircir par temps sec. Dans les parties basses de la plante, l’on voit des feuilles pétiolées, trifoliées, plus grandes que les supérieures qui sont sessiles, ovales à lancéolées. Dès le mois de mai jusqu’en juillet, le genêt à balai se pare de fleurs jaune d’or. Solitaires ou par paires, elles donnent néanmoins, à l’extrémité des rameaux, une impression de grappes lâches qui illuminent les bordures de chemins, les clairières, les lisières de forêts, les landes, les forêts à sol acide abritant des chênes, des bouleaux, des châtaigniers et des pins. Absent des zones élevées et méridionales, le genêt à balai est néanmoins cultivé : c’est sous cette forme qu’il apparaît le long des autoroutes et des voies de chemin de fer, son goût pour les plans inclinés pierreux et les talus secs le faisant employer pour fixer le terrain de ces aménagements artificiels. Enfin, l’or floral cède la place à une gousse noirâtre, plate, velue, contenant une dizaine de graines. Sa particularité, c’est que, à maturité, contrairement à celle du caroubier, elle est déhiscente, c’est-à-dire qu’elle s’ouvre spontanément grâce à la chaleur, provoquant, en compagnie de ses congénères, une pétarade qui fut sans doute à l’origine de la malédiction du Christ, et explique comment un mode de dispersion des graines prend part, malgré lui, à un épisode sombre de la vie de Jésus. Mais bon, il n’est même pas dit qu’il s’agissait du genêt à balai, bien que la légende a besoin d’un bouc-émissaire plus ou moins crédible afin de véhiculer sa vindicte.

Le genêt à balai en phytothérapie

Qu’on ait parfois utilisé les graines et la seconde écorce du genêt à balai est un fait indéniable mais qui demeure cependant fort satellitaire, la principale matière médicale résidant dans les fleurs, les sommités fleuries et les jeunes rameaux. Cela nous écarte de la toxicité des graines du genêt à balai, une toxicité qui pointe le bout de son nez dès lors que la floraison, bien entamée, laisse apparaître, à l’état embryonnaire, une minuscule gousse verdâtre contenant les graines en devenir. Le nom latin du genêt à balai – Cytisus – nous donne quelques indices au sujet de son maniement : s’il est loin de posséder la même virulence que le genêt d’Espagne, le genêt à balai est bel et bien actif par ses nombreux alcaloïdes (spartéine, sarothamnine, lupanine, génistérine) et par ce que l’on a qualifié d’adrénaline végétale, une amine aromatique du nom d’oxytyramine. Mais le genêt à balai ne se résume pas qu’à cela, puisque les analyses réalisées témoignent de la présence de nombreux autres corps : des flavonoïdes, un pigment jaune (la scoparine), des acides caféiques, du tanin, des principes amers, une essence aromatique et enfin une grande quantité de potassium.

Propriétés thérapeutiques

  • Diurétique puissant éliminateur des chlorures et de l’urée, dépuratif sanguin
  • Cardiotonique (par action sur les nerfs cardiaques et non sur le muscle), hypotenseur, vasoconstricteur (4)
  • Tonique utérin, ocytocique (qui provoque ou stimule les contractions utérines)
  • Antihémorragique
  • Purgatif, vomitif (à fortes doses)
  • Antitoxique, antivenimeux
  • Résolutif

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère vésico-rénale : néphrite, colique néphrétique, urémie, albuminurie, rétention d’urine, mal de Bright, oligurie, lithiase urinaire, goutte, rhumatismes
  • Troubles de la sphère respiratoire : pneumonie, bronchopneumonie
  • Troubles de la sphère hépatique : hépatite chronique, jaunisse
  • Hémorragies : alvéolaire, pulpaire et gingivale ; obstétricale et post-partum
  • Troubles de la sphère cardiaque : hypotension, bradycardie, arythmie
  • Œdème et engorgement : œdème chez le cardio-rénal, œdème des membres inférieurs, pleurésie, ascite, engorgement lymphatique, engorgement laiteux
  • Affections cutanées : dermatose, érysipèle, abcès froid, brûlure
  • Grippe, fièvre éruptive
  • Faiblesse générale
  • Morsure de vipère (5)

Modes d’emploi

  • Décoction de sommités fleuries.
  • Infusion de fleurs.
  • Teinture-mère.
  • Vin de cendres.
  • Fumigation de fleurs.
  • Cataplasme de rameaux tendres et de fleurs.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : bien que la floraison s’étale sur de nombreux mois, le genêt porte sur un seul et même pied des fleurs à différents stades de maturation. On privilégiera celles qui sont à peine ouvertes, les fleurs trop « avancées » étant susceptibles de provoquer des troubles gastriques. Quant aux rameaux, ils peuvent se cueillir de mai à juillet.
  • Séchage : s’il n’altère pas trop les rameaux, il rend rapidement inefficace les fleurs qui devront être renouvelées chaque année. Prendre soin d’écarter les fleurs qui noircissent durant la dessiccation.
  • Le genêt à balai est déconseillé chez l’enfant et la femme enceinte. Les personnes sujettes à l’hypertension et aux palpitations se passeront de ses services. Dans tous les autres cas, on veillera à ne pas entreprendre de cures trop longues à doses trop fortes. On écartera aussi soigneusement tout usage des graines, partie de la plante la plus toxique qui soit.
  • Faux amis : le cytise (Laburnum anagyroides), l’ajonc d’Europe (Ulex europaeus), le genêt d’Espagne (Spartium junceum).
  • Autres usages : aux rameaux du genêt à balai, on a fait subir le même procédé qui permet d’obtenir à partir du lin une fibre textile, c’est-à-dire le rouissage. Appliqué au genêt à balai, cette technique offre une fibre rude et peu élastique, avec laquelle on a tissé de la toile. Mais dans ce rôle, ainsi que dans celui de la fabrication du papier, c’est plutôt au genêt d’Espagne qu’on s’adresse plus qu’au genêt à balai. Au sujet des fleurs du genêt à balai, lorsqu’elles sont encore à l’état de boutons, on peut les inscrire dans la longue liste des plantes qu’il est possible de confire au vinaigre.
    _______________
    1. Dioscoride, Materia medica, Livre IV, chapitre 139.
    2. P. P. Botan, Dictionnaire des plantes médicinales les plus actives et les plus usuelles et de leurs applications thérapeutiques, p. 98.
    3. Pierre Canavaggio, Dictionnaire des superstitions et des croyances populaires, p. 112.
    4. Son action est identique à celle de l’adrénaline, toute toxicité mise à part, et supérieure à celle de l’ergot de seigle sans posséder les inconvénients de ce champignon parasite.
    5. L’on a remarqué que les moutons paissant dans une lande où poussent des genêts à balai, en croquent fréquemment les feuilles et les rameaux un peu rudes, qui, vraisemblablement, ne leur font pas peur (le mouton est une débroussailleuse naturelle). Sur ces terrains secs, ils peuvent être confrontés aux vipères qui, si on les dérange, deviennent agressives et finissent par mordre l’intrus. Cependant, le mouton brouteur de genêt n’en subit aucun dommage, cette consommation rendant totalement inactif le venin de la vipère. L’on peut donc à bon droit ériger le genêt à balai au rang des antidotes contre les morsures venimeuses tel que cela se produisait fréquemment chez les Anciens, toujours promptes, rappelons-le, à désigner toutes les plantes de la création (ou presque) efficaces en ce cas. Le professeur Léon Binet a aussi rendu compte de l’effet inhibiteur des fleurs de genêt sur le venin du cobra, chose bien utile à savoir quand on connaît l’infime DL50 du spécimen.

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