L’ambre

Ambre brut – crédit photo : gfdl (wikimedia commons)

Synonymes : succin1.

L’attraction pour l’ambre remonte à bien plus loin qu’on l’imagine généralement : il y a 30 000 ans, lors du Magdalénien, l’on fabriquait des bijoux et des amulettes dans ce matériau dont on s’était rendu compte de la facilité qu’il y avait de le tailler, outre l’intérêt de sa couleur et de son éclat. Le troc de l’ambre est, lui aussi, beaucoup plus ancien que cela : par exemple, on a découvert en Espagne (dans les grottes d’Isturitz et d’Altamira) des fragments d’ambre qui semblent attester des échanges longues distances puisqu’on ne trouve pas d’ambre natif en Espagne. Ce vif intérêt n’a pas été démenti par les périodes suivantes puisque durant une bonne partie de l’Âge du bronze (2200 à 750 av. J.-C.) et tout l’Âge du fer qui lui fait suite, les Germains troquèrent l’ambre contre des métaux, faisant même de colliers d’ambre de véritables « monnaies » d’échange. Les Scandinaves firent de même, ce qui explique que l’on ait retrouvé de l’ambre danois dans les Alpes, ainsi que les Celtes qui, dès le VIe siècle av. J.-C. commercèrent l’ambre, en particulier grâce à une route de l’ambre joignant la mer Baltique au nord, à la Méditerranée au sud. Ainsi, cela permettait aux régions pauvres en ambre d’en être plus ou moins abondamment fournies selon la richesse du commanditaire : si l’on sait que les bijoux d’ambre firent littéralement fureur en Grèce et chez les Assyro-babyloniens, la cherté de l’ambre – relative à l’éloignement des gisements – ne fit apparemment pas reculer la folle prodigalité d’un Néron qui en faisait parvenir de grandes quantités par l’une des principales routes de l’ambre, celle empruntant un itinéraire traversant l’Autriche et la Moravie. L’ambre peut rendre fou et attirer à lui les corps les plus faibles et fragiles, c’est parfaitement connu. En effet, très prisé et convoité, acquis souvent au prix d’un or (qu’on ne lui préfère pas toujours !), l’ambre demeure une substance particulièrement attractive : s’il se charge négativement au contact de la peau, une fois frotté vigoureusement avec une étoffe de laine, il perd des électrons et devient non seulement émetteur d’ions négatifs mais aussi électrostatique, propriété que découvrit Thalès de Milet au VIe siècle av. J.-C. Ainsi, en portant de l’ambre sous forme de pendentif ou de chapelet, le porteur se décharge de sa propre charge électro-magnétique. Cette propriété autorise encore l’ambre à attirer vers lui de légères et menues choses, comme des fragments de papier, des bouts de paille, etc. C’est ce qu’Aristote connaissait aussi, mais que l’on ne s’expliquait pas autrement que par une cause occulte qui fait sympathiser l’ambre avec la paille, plus qu’avec toute autre chose. Bien longtemps après nos deux savants grecs, Pierre Pomet affola l’aiguille d’une boussole avec un morceau d’ambre frotté, ce qui l’amena à se lancer dans une tentative d’explication parfaitement extravagante, mais qui eut au moins la valeur de chercher à comprendre un tel phénomène.

L’ambre attire à lui, de même que la divinité celte Ogmios qui possède elle aussi un pouvoir attractif puisque, magnétique, il électrise les foules : qu’on se souvienne des « chaînettes » d’or et d’ambre qui lient sa bouche aux oreilles de ceux qui l’écoutent. Cela n’est donc pas surprenant d’avoir lié l’ambre – par le truchement d’un collier – au chakra de la gorge, si l’on s’en réfère aux croyances entretenues au sujet de ses bonnes actions sur cette sphère, tant physiquement que psychiquement/énergétiquement au reste. On dit d’un homme doué d’une grande pénétration qu’il est fin comme l’ambre : sans doute cette vertu incita-t-elle les Anciens à opter pour l’ambre lors de la fabrication d’objets à caractère talismanique et/ou religieux. De là découlent probablement l’ensemble des pouvoirs magiques attribués à l’ambre : « L’ambre représente le fil psychique reliant l’énergie individuelle à l’énergie cosmique, l’âme individuelle à l’âme universelle »2. Tu veux participer au Grand Tout pleinement mais tu ne sais pas comment faire ? Porte donc de l’ambre ! A la seule évocation d’Ogmios, cela est parfaitement limpide. Apollon, pleurant des larmes d’ambre lorsqu’il est banni de l’Olympe, rappelle la dimension de ce lien. L’ambre, c’est encore l’attraction solaire d’essence céleste, spirituelle et divine, réunissant autant les qualités de l’argent que celles de l’or. Au premier, l’on peut rattacher la blancheur et la brillance de la lumière céleste, au second l’inépuisable et indéfectible caractère de son incorruptible pureté : l’ambre a partie liée avec l’idée même de jeunesse perpétuelle, puisque la transparence de l’ambre ne soustrait pas à notre vision les corps morts parfaitement conservés que, parfois, il abrite. « Ce n’est pas d’aujourd’hui, écrivait en 1694 Pierre Pomet, que les curieux font cas de ces morceaux, où il y a des bestioles enfermées, et qu’ils les regardent comme de grandes raretés »3. Il dit d’ailleurs toute la surprise et l’embarras incrédules dans lesquels se trouvèrent les naturalistes de son époque, à la découverte de morceaux d’ambre contenant non seulement des insectes (mouches, fourmis, etc.), mais aussi des araignées, des fragments végétaux (feuilles, pétales, grains de pollen), des bulles d’air ainsi que, plus récemment, des portions entières de « dinosaures » (aile, queue, etc.). Ce mystère était déjà chanté par Martial dans ses Épigrammes :

« Comme errait la fourmi sous l’ombrage d’un tremble,

L’insecte s’englua dans une goutte d’ambre :

Lui qui, de son vivant, fut l’objet de mépris,

Devint, après sa mort, un objet de grand prix »4

La fourmi de Horace – crédit photo : Anders L. Damgaard (wikimedia commons)
Une guêpe dans la même posture – crédit photo : Université de l’état d’Oregon (wikimedia commons)

Il est connu que l’ambre, par son formidable pouvoir de condensateur (en chapelet et en amulette, c’est ce à quoi on le destine), fait acquérir à son porteur quelque chose de plus, à l’image de cette fourmi, un jour insignifiante, le lendemain chérie autant que la prunelle de ses yeux : mais à travers ce phénomène, ce n’est pas tant la fourmi que l’on considère à sa valeur juste, que le mécanisme incompréhensible – envisager qu’un jour l’ambre fut liquide ! – qui la fait accéder à ce statut apparemment inatteignable, c’est-à-dire à son enclosement au sein même de cette matière sacrée qu’est l’ambre. Du temps de Pomet, l’explication de Martial, c’était celle qui prévalait toujours. C’est probablement ce qu’il s’est passé il y a 50 millions d’années, mais Pomet, ainsi que Martial, ramènent ça à un temps autrement moins ancien, parce qu’insoupçonné à l’époque. Ce qui pose aussi la question de sa genèse. Aussi loin que l’homme s’est posé la question, de multiples hypothèses, échos de l’histoire, nous sont parvenues. Durant l’Antiquité gréco-romaine (avec Homère, Aristote, Ovide, Pline, etc.), l’ambre n’est pas autre chose que la résine de certains arbres (aulne, pin, peuplier) dont la naissance mythologique est assurée par le truchement des entités divines : remémorons-nous la métamorphose des Héliades en peupliers noirs, contée par Ovide dans le deuxième livre des Métamorphoses : « De cette écorce, leurs larmes coulent encore, elles se distillent en perles d’ambre de leurs jeunes rameaux, et durcissent au Soleil. L’Éridan les recueille dans ses eaux limpides et les porte aux mariées du Latium qui en font leur parure »5. La solidification des rayons du soleil au bord de l’océan donna naissance à l’ambre, pour d’autres, comme les Slaves qui virent dans l’ambre les larmes pétrifiées de leurs dieux. Expliquer le monde, d’une manière ou d’une autre. Parfois de façon farfelue. Ainsi ces croyances : l’ambre proviendrait des larmes d’oiseaux habitant certaines régions de l’Inde ou bien encore de l’urine de quelque lynx !… D’autres tentatives d’explication virent le jour, cherchant à insuffler beaucoup moins de fantastique que jusqu’à présent : l’on a soutenu, par exemple, que l’ambre naîtrait au fond des océans et qu’il serait arraché des abysses sous la force des ondes pour remonter ensuite à la surface, où on le trouverait sur les plages. Certaines hypothèses furent plus alambiquées pour tenter de percer le mystère de l’ambre de la Baltique : des arbres scandinaves se couvrent de résine, que le froid hivernal surprend et durcit dans l’instant. Il suffit à un vent assez impétueux qu’il remue leurs branchages pour que la résine s’en détache et atterrisse dans la mer toute proche. Elle y coule et poursuit son durcissement par l’entremise des esprits salins de la mer. Puis le vent et les flots de la Baltique font le reste : par leurs puissants mouvements, ils repoussent l’ambre ainsi formé sur les rivages de la Prusse orientale.

Au contraire de la myrrhe d’incestueuse nature (cf. le mythe de Cinyras et de sa fille Myrrha), l’ambre demeure l’apanage de la femme mariée et de celle qui désire un enfant : « C’est pour avoir des enfants beaux et intelligents que, par magie sympathique, les femmes […] recevaient en dot des colliers de perles d’ambre – d’autant plus grosses que leur position sociale était élevée »6. Ces mêmes colliers furent tout d’abord fort prisés en France, puisque la mode voulut que les gens de bien en portassent. Mais leur extrême communauté les fit presque abandonner, sauf par les servantes qui en portaient encore et aux antipodes desquelles il existe ce que l’on appelle la Bernsteinzimmer ou chambre d’ambre, soit une pièce de 55 m² entièrement recouverte d’ambre, pour un total de six tonnes. Conçue en 1701 et installée au palais Catherine de Pouchkine, ville située près de Saint-Pétersbourg, cette chambre est l’exceptionnel cadeau que fit Frédéric Ier de Prusse à Pierre le Grand.

On attribue à l’ambre bien des prodiges – faire retrouver le sourire aux affligés (surtout quand on le mêle au chocolat, aux dires de Brillat-Savarin !), décomposer le poison et en trahir la présence dans un breuvage versé dans une coupe lorsqu’elle est d’ambre (selon Serenus Sammonicus). Parmi eux, citons encore cette fabuleuse capacité que possède l’ambre, celle d’éviter les pertes dues aux incendies et aux inondations, et de retrouver les trésors égarés. Mais l’ambre perdu semble lui-même irrécupérable : volée par les Allemands en 1941 – le pouvoir attractif de l’ambre (encore !) – la chambre d’ambre a été égarée en 1945, et l’on ignore depuis où elle peut bien se trouver (au cas où elle n’aurait pas été détruite pendant les bombardements de la Seconde Guerre mondiale). On peut néanmoins en voir une reconstitution à l’identique située dans la même ville et inaugurée en 2003. Les enfants conçus dans une telle chambre – si il y en a eu – naissent-t-ils plus beaux ? Le sait-on seulement ? Est-ce bien utile, au reste, de le savoir, sachant que l’ambre est pourvoyeur d’aussi méritoires et prodigieuses capacités, comme nous l’avons vu et comme il nous reste encore à le voir.

Caractéristiques minéralogiques

  • Composition biochimique : C12H20O (avec des inclusions fréquentes de H2S).
  • Densité : 1 à 1,1.
  • Dureté : 2 à 2,5 (fragile).
  • Morphologie : minéral amorphe ne formant pas de cristaux ; se présente en concrétions, galets, boules, billes, grains, nodules arrondis, etc.
  • Éclat : gras à cireux.
  • Couleur : en République dominicaine, l’on dit que l’ambre est présent sur la surface de la Terre en quatorze teintes différentes et que chacune d’elle se subdivise en quatorze nuances. Je n’en ai pas recensées autant, mais je puis néanmoins affirmer que les couleurs de l’ambre dépassent celles qui, dans notre imaginaire collectif, sont habituellement associées à ce minéral, à savoir le jaune miel, le jaune topaze brillant et le blanc laiteux jaunâtre, puisque en effet l’ambre se décline en orange, en rouge jacinthe, en brun, en bleu, en vert et même en noir. Ce dont Nicolas Lémery faisait déjà la remarque : « Cette matière est sujette à un plus grand nombre de variétés, lesquelles paraissent dépendre de divers accidents »7.
  • Luminescence : blanc bleuâtre en ondes longues, verte en ondes courtes.
  • Fusion : fond facilement dans la flamme d’une bougie (250 à 300° C).
  • Solubilité : dans 20 à 25 % d’alcool, 18 à 23 % d’éther, 9,8 % de benzol.
  • Nettoyage : à l’eau savonneuse.
  • Morphogenèse : l’ambre résulte de la fossilisation de la résine de divers conifères piégée dans les sédiments du Paléogène, en particulier ses plus anciennes subdivisions, le Paléocène et l’Éocène. La plupart du temps, l’on considère que l’ambre le plus commun remonte entre 40 et 60 millions d’années, mais en réalité la fourchette temporelle est bien plus large, s’élargissant de – 300 à – 30 millions d’années. Signalons que l’ambre fait partie des gemmes organiques à l’instar du copal.
  • Gisements : localement abondant. On pourrait se résoudre à signaler les célèbres gisements de la Baltique, en particulier l’ambre que l’on ramasse sur le rivage ou celui qui surnage à la surface des eaux, comme c’est le cas près de Kaliningrad, plus précisément au sud-ouest de cette ville russe, à Iantarny. La Lituanie, toute proche, apporte elle aussi son tribu de beaux morceaux d’ambre. Par ailleurs en Europe, on trouve de l’ambre dans les très nombreux pays suivants : Suède, Danemark (Jutland), Grande-Bretagne, Allemagne, Pays-Bas, Autriche, Hongrie, Pologne, Roumanie, Italie (Ombrie, Marches, Sicile), Ukraine. En France, l’on en trouve aussi un peu, en particulier dans les départements méridionaux, comme celui des Alpes de Haute Provence. – Amériques : Pérou, Caraïbes (île d’Hispaniola : la proximité de mines de cuivre confère à certains ambres dominicains une couleur vert clair à vert foncé, une autre bleue). – Asie : Inde, Chine (Himalaya), Birmanie. – Afrique : Égypte.
  • Distinction et confusion : à l’ambre brun sicilien l’on accorde le nom de simétite, au roumain celui de rümanite. Ces deux ambres, de même que l’ambre en général, doivent être distingués d’autres minéraux organiques, qui ne sont pas autre chose, eux aussi, que des résines fossilisées sans être pour autant de l’ambre. C’est le cas de la neurodorfite jaune pâle, de la muckite brune et de la valchovite (ou rétinasphalte) de République tchèque (Moravie).
  • Falsification : faire passer du copal pour de l’ambre est chose commune. Mais celui-ci diffère de l’ambre par son aspect, l’odeur qu’il répand lorsqu’il brûle, sa vertu non-électrostatique. Et quand on n’a pas de copal sous la main, on triche d’une autre manière, par exemple en faisant appel à celle des ouvriers prussiens qui « augmentent le volume du succin, en faisant chauffer les morceaux qu’ils se proposent de coller les uns contre les autres, et en les frottant avec de la potasse en liqueur »8. Plus récemment, les matières plastiques sont venues au secours des faussaires qui ont pu fabriquer des résines synthétiques du plus bel effet mais qui ne résistent heureusement pas à l’examen. Enfin, la dernière astuce que je peux confier à votre attention, consiste dans l’ambroïde, ambre obtenu à partir de déchets d’ambre pressés et/ou fondus ensemble dans le but de former de plus grands fragments, vendeurs davantage.
  • Pierre fine : l’ambre s’emploie « nature », mais peut aussi se travailler en cabochon (c’est-à-dire non facetté, se polissant très bien au tonnelet, à la silice ou à l’écume de mer), mais aussi en facettes et intailles. L’on en fait nombre de bijoux (bagues, colliers et bracelets), de bibelots, d’objets usuels (le fume-cigarette de Soljenitsyne) ou d’autres à vocation plus décorative et ornementale (vases, sculptures, etc.).
Un exemple de ce que l’on peut façonner dans l’ambre – crédit photo : S. Yu. Lomakin (wikimedia commons).

L’ambre en thérapie

De l’ambre, la médecine a su tirer très tôt les moyens d’en appliquer les salvateurs effets à l’organisme aussi bien sous sa forme de gemme que par les diverses substances qu’on a tirées de lui, à savoir : sa poudre, son sel volatil, sa teinture et jusqu’à un verni d’esprit-de-vin dont il m’est bien difficile de déterminer avec exactitude de quoi il retourne exactement. Soyons donc plus circonspect : la distillation sèche, réalisée à haute température (environ 350° C) et sous vide de l’ambre, permet d’obtenir plusieurs produits bien distincts : une huile essentielle, une huile épaisse empyreumatique, ainsi qu’une matière solide, noire, luisante dont la redistillation ne permet plus d’obtenir quoi ce que soit. Cette matière résineuse et solide n’est autre que la colophane, sorte de vernis ambré que les musiciens connaissent bien, en particulier les violonistes puisqu’elle permet d’améliorer la qualité des cordes d’un violon. Antonio Stradivari (1644-1737) procédait déjà ainsi. A cela, n’oublions pas d’ajouter le fameux acide succinique, prédominant dans l’ambre (à hauteur de 3 à 8 %), tant et si bien qu’on a utilisé l’ancien nom de l’ambre, succin, pour lui forger un nom bien à lui. Mais ce sur quoi nous allons plus longuement nous attarder, c’est sur l’oleum succini, c’est-à-dire l’huile essentielle d’ambre qui véhicule un parfum chaud et doux, portrait qui serait bien incomplet si l’on se contentait que de cela. En effet, cette espèce de mélasse visqueuse de couleur rouge brun foncé qu’est l’huile essentielle d’ambre renvoie à bien d’autres qualificatifs à même de charmer les papilles olfactives les plus endurcies : boisé, fumé, un peu musqué, résineux et goudronneux, « animal », cuiré, aux nuances d’agrume floral et acidulé. Autant dire que cette substance fait les délices de tout parfumeur, son caractère coriace et tenace conjuguant un excellent fixateur à une parfaite note de fond. Comment cela se peut-il alors qu’elle est issue d’une « pierre » qui flotte sur l’eau ? :-)

Les prochaines informations concernant cette huile essentielle vont porter sur sa composition biochimique. Et c’est là que ça se complique, car selon la provenance de l’ambre et de sa « qualité » aussi (de quel ambre use-t-on aujourd’hui en vue de la distiller ? De cet ambre dit de « basse » qualité qu’autrefois les Hollandais distillaient en grand dans des cornues ?), la composition biochimique finale de telle ou telle huile essentielle sera forcément différente. Sur ce point, je ne vous apprends rien. Les données chiffrées suivantes s’appliquent à une huile essentielle extraite d’ambre d’origine himalayenne.

Sesquiterpènes : dont trans-calaménène (26,50 %), cadalène (17,20 %), 1.6 diméthyle-naphtalène (9,60 %), α-calacorène (6,30 %), cadina-1(10),6,8-triène (3 %), 7-hydroxycadalène (2,50 %), dihydrocurcumène (1,40 %), α-muurolène (0,70 %), α-copaène (0,70 %), α-cadinène (0,30 %), β-élémène (0,30 %). Cela nous fait approcher de 70 % de sesquiterpènes ! Avec cela, on y trouve des sesquiterpénols dont le cadin-1,3,5-trien-5-ol (3,80 %), et peut-être d’autres comme le thunbergol, le fenchol ou encore l’isolongifoliol, etc.

Dans d’autres lots, on voit apparaître des sesquiterpènes non mentionnés dans cette liste conséquente déjà, dont le paracymène, le cumène, le δ-3-carène, le longipinène, l’aromadendrène, le thuyospène, le caparratriène, etc. Mais l’absence de chiffres peut difficilement rendre compte de l’allure du profil biochimique. On prétend encore que des huiles essentielles d’ambre seraient apparemment riches en monoterpènes, en éthers, en cétones (camphre ?) ou encore en monoterpénols (bornéol). Sans précisions sûres et utiles, mieux vaut s’abstenir et ne pas trop s’avancer, car dans ce domaine également, les confusions et les falsifications semblent faire long feu.

Propriétés thérapeutiques

Il y a, dans la Materia medica de Dioscoride, en façon d’addenda, un Livre sixième qui n’est absolument pas de la main de cet auteur, mais qui a été ajouté plus tardivement, peut-être à l’époque de la traduction française de ce texte (1559) et dont j’ai tiré ces quelques informations au sujet de l’ambre, ici marqué du genre féminin : « Elle fortifie, quand on la hume, le cœur et le cerveau, et profite aux personnes âgées et froides de nature […]. Elle conforte les membres fragilisés et pareillement les nerfs. Elle accroît l’entendement, profite aux mélancoliques, conforte l’estomac et ouvre les opilations de la matrice, provoque le flux menstruel, incite aux actes vénériens, aide au mal caduc, aux paralysie et aux spasmes. L’ambre mise en infusion dans du vin fait excessivement enivrer »9. C’est un portait bien complet, mais en voici encore davantage (cela concerne uniquement l’huile essentielle d’ambre) :

  • Tonique, stimulant de l’immunité, anti-infectieux (antibactérien), purifiant atmosphérique
  • Apaisant, déstressant, sédatif, relaxant, inducteur du sommeil, abaisse le niveau de cortisol, apporte équilibre et harmonie, augmente les capacités cognitives, la concentration et la mémoire
  • Analgésique, anti-inflammatoire
  • Cardioprotecteur, tonique circulatoire (micro-circulation), hypocholestérolémiant
  • Anti-oxydant, antiradicalaire
  • Régénérateur cutané, rend son élasticité à la peau, assainissant du cuir chevelu
  • Antispasmodique
  • Expectorant
  • Aphrodisiaque (l’homme qui en conserve sur lui assure, dit-on, sa virilité)
  • Fébrifuge

Usages thérapeutiques

  • Troubles locomoteurs : rhumatismes, arthrose, douleurs articulaires et musculaires, paralysie
  • Troubles de la sphère cardiovasculaire et circulatoire : prévention des palpitations cardiaques, de l’arythmie, de l’AVC et de l’angor, hypertension, inflammation des vaisseaux sanguins, hypercholestérolémie
  • Troubles de la sphère respiratoire : soulager l’asthme, infection et congestion respiratoires, bronchite, rhume, grippe
  • Affections cutanées : plaie, meurtrissure, contusion, blessure, enflure, acné, eczéma, psoriasis, cicatrice, peau sèche, rides et ridules, rougeur cutanée, troubles du cuir chevelu (alopécie, cheveux secs, abîmés et cassants, pellicules)
  • Troubles du système nerveux : stress, angoisse, tension nerveuse, fatigue et asthénie intellectuelle, insomnie, troubles du sommeil, réduction des phénomènes épileptiques (spasmes)
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : dysenterie, crachement de sang
  • Convalescence après une longue maladie

Propriétés et usages énergétiques et psycho-émotionnels

Parce qu’il est chaud et sec, l’ambre permet de lutter tout à la fois contre le froid et l’humidité, en particulier lorsqu’il se fait le gardien de la porte de Vishuddha, le chakra de la gorge : en protégeant ce centre énergétique, il préserve aussi les voies respiratoires et prévient donc tout ce qui est susceptible de les mettre à mal, c’est-à-dire un certain nombre d’affections que nous avons listées dans le paragraphe « usages thérapeutiques », à savoir : refroidissement, coup de froid, rhume, maux de gorge, grippe, épisode fébrile avec frisson, etc.

Bien que le chakra de la gorge place d’emblée l’ambre sous la houlette de la planète Mercure, c’est plutôt au Soleil auquel on convie bien plus volontiers le rôle d’incarner sa planète dominante, d’autant plus quand on accorde à cette substance le Lion comme signe astrologique. Mais comme on l’associe encore à la Vierge et au Gémeaux, deux signes mercuriens, on peut aisément faire de Mercure une planète avec laquelle faire correspondre l’ambre. Non seulement sous le rapport de ce que nous avons pu indiquer un peu plus haut, mais aussi pour rappeler le caractère magnétique de l’ambre, celui-là même qui capte et captive (Ogmios en filigrane, encore), qui méduse même, ce qui ne se peut sans une belle élocution et un organe de la voix à l’avenant, sans ce souffle qui caractérise tant celui qui veut persuader, celui encore qui souhaite communiquer l’indicible au-delà de la seule matière tangible. Eh bien, dans tous ces cas-là, l’ambre fait merveille et s’avère être un excellent compagnon. Mais s’il est Lion, il entre donc en résonance avec le chakra lié au Soleil, c’est-à-dire Manipura, alias chakra du plexus solaire. C’est bien ce que nous avons déjà abordé lorsque nous avons relevé les énergiques propriétés de l’ambre, lui permettant de lutter contre la fatigue, de réprimer l’angoisse, d’éteindre les tendances dépressives, tout simplement parce que l’ambre apporte joie et gaieté, de même qu’il attire à lui ces menus bouts de papier et autres fétus de paille. L’ambre est donc soleil auprès duquel on n’hésitera pas à se réchauffer et « à renouer notre lien énergétique avec la vie. […] L’ambre nous aide à incorporer et à intégrer les énergies spirituelles sur le plan physique et dans la réalité quotidienne »10. N’est-ce pas ce que font les suiveurs du dieu Ogmios ? Le Savoir n’est-il pas trop perturbant pour l’homme qu’il nécessite d’en passer par cet entremetteur qu’est l’ambre, le prémunissant d’un choc cognitif trop puissant ? De plus, par pure sympathie, l’ambre nous autorise à « contacter la force et la sagesse présentes en nous. Il nous permet de retrouver les trésors acquis et accumulés au fond de notre être depuis des millénaires »11, de même que cette primo-résine, sève de vie, qui a été figée par le Temps, ce qui a permis d’en augmenter prodigieusement la puissance durant les millions d’années qui se sont écoulés depuis lors. C’est pour cela que l’ambre doit être employé parcimonieusement, vu la puissance accumulée qu’il contient. On en peut faire un encens solaire par exemple, dans lequel il n’entrera pas pour la plus grande part, bien entendu. Voici une suggestion de recette :

  • Oliban : 50 %
  • Basilic : 40 %
  • Ambre : 10 %

On peut ajouter à ce mélange quelques stigmates de safran ou de la poudre de pétales de souci si l’on ne dispose pas des riches filaments d’or. Enfin, dernière recommandation avant de passer à la suite : sachez que « la fumée de l’ambre est très appréciée de toutes sortes d’entités. A brûler avec modération, si l’on ne veut pas voir son occultum envahi par des entités de toutes sortes, et non désirées »…12.

Modes d’emploi

La pharmacopée a abandonné derrière elle de nombreuses « spécialités succiniques » parmi lesquelles nous trouvons la teinture de carabé obtenue à partir d’ambre réduit en poudre et placé durant un certain temps dans l’alcool, le sirop de carabé (un scrupule d’acide succinique en dilution dans huit onces de sirop d’opium), les trochisques de succin (auxquels participent corail et oliban), l’électuaire balsamique (réputé contre la blennorragie), le diascordium antidiarrhéique (entre autres…) de Fracastor (1483-1553), l’eau de Luce mêlant essence d’ambre et ammoniaque liquide. On utilisait des boîtes fumigatoires dans lesquelles les fumées issues de la combustion de l’ambre étaient censées débarrasser le rhumatisant de ses douleurs. De toutes ces anciennes manières de mettre en valeur les qualités thérapeutiques de l’ambre, la seule qui ait été conservée durablement, c’est celle qui consiste à faire porter aux enfants des colliers d’ambre pour que cela les aide à « faire » leurs dents et à en soulager les douleurs. Mais, plus largement, aux XVIe et XVIIe siècles, de tels colliers étaient d’usage très courant en Lombardie et dans la plaine du Pô, et dans toute autre région éloignée de la mer (l’ambre a la réputation ainsi de guérir le scorbut et le goitre, et plus simplement les maux de gorge).

Enfin, d’un point de vue aromathérapeutique, on retiendra essentiellement les modes d’utilisation suivants à l’exclusion de la voie orale : inhalation, dispersion atmosphérique, bain, voie cutanée.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

Il y a sans doute dans le texte que vous venez déjà de lire certains passages qui mériteraient de trouver une juste place ici. Je pense, en l’occurrence, à la falsification et aux risques de confusion. Mais nous n’allons pas nous permettre une redite. Nous nous contenterons donc d’aligner un certain nombre de conseils relatifs à l’emploi de l’huile essentielle d’ambre :

  • A proscrire chez les femmes enceintes (huile essentielle utérotonique : risque de fausse couche), femmes allaitantes, jeunes enfants ;
  • A ne pas utiliser en cas de prise de médicaments pro-circulatoires ;
  • A diluer dans une huile végétale surtout lorsqu’on se connaît une sensibilité cutanée ; irritation et inflammation cutanées restent possibles ;
  • Enfin, à éviter par voie interne comme déjà signalé, car un certain nombre de dévoiements gastro-intestinaux peuvent éventuellement survenir (nausée, vomissement, douleur gastrique, diarrhée, etc.).

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  1. Nom archaïque de l’ambre. Ne survit plus qu’à travers l’acide succinique tiré de l’ambre et présent dans de nombreux végétaux. On l’appelle encore elektron/electrum, puisque l’ambre concentre les premières observations de phénomènes électriques, c’est-à-dire ceux concernant l’électricité statique. Enfin, il porte, bien que plus rarement, le nom de karabé (ou carabé) qui, en langue persane, signifie « tire-paille », en relation intrinsèque avec le terme qui précède. Quant à l’ambre lui-même, il provient du mot arabe anbar qui qualifie tout d’abord l’ambre gris partageant avec le jaune cette commune propriété, celle de flotter à la surface des ondes.
  2. Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 29.
  3. Pierre Pomet, Histoire générale des drogues, p. 5.
  4. Traduction de Lionel-Édouard Martin.
  5. Ovide, Les Métamorphoses, Livre II, p. 100.
  6. Claudine Brelet, Médecines du monde, pp. 102-103.
  7. Nicolas Lémery, Nouveau dictionnaire des drogues simples et composées, Tome 2, p. 469.
  8. Ibidem, p. 470.
  9. Dioscoride, Materia medica, Livre VI, p. 395.
  10. 123ambre.com
  11. Ibidem.
  12. Sorcellerie.net, Encens & senteurs, Tome 1, p. 2.

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Ambre, différentes nuances – crédit photo : PrinWest (wikimedia commons)

La couronne : ses fonctions, ses symboles

Vitrail de la cathédrale de Strasbourg, vers 1200. Musée de l’œuvre Notre-Dame.

Il y a quelques jours, l’Épiphanie nous a rappelé qu’il appartient au « hasard » de désigner une reine ou un roi de pacotille, qu’à l’occasion l’on coiffe d’une couronne de circonstance, colifichet de papier doré qui est bien loin d’incarner et de justement représenter les hautes valeurs spirituelles que les hommes accordèrent à la couronne en général, véhiculant de puissantes symboliques telles que l’élévation, l’illumination, le pouvoir, la lumière, l’honneur, la grandeur, la victoire ou encore la joie. Comme nous le verrons, le port de la couronne comme simple parure n’est pas, partout et de tout temps, accepté, son usage répondant à une codification rigoureuse. Mais, avant d’entrer dans le détail, tentons de répondre à cette première interrogation : quelles sont les principales fonctions de la couronne ?

Tout d’abord, considérons-en bien l’emplacement. Coiffant la cime du corps, elle place donc en exergue le caput, c’est-à-dire la tête, autrement dit le chef. Par cette position même, la signification sur-éminente de la couronne réside en ceci : c’est un instrument par lequel on capture les émanations provenant de la sphère céleste. Elle signale donc la spiritualité, le don et l’autorité acquise de droit divin. Certains auteurs antiques se sont posés la question de savoir depuis quand l’on considérait ainsi les choses. Répondons-leur grâce à ces quelques phrases d’Angelo de Gubernatis : « L’usage des couronnes est aussi ancien que le premier mythe solaire. Dès que le soleil apparut comme une tête de prince couronné, comme un dieu coiffé de l’auréole, la couronne devint l’attribut de tous les dieux » (1).

Le Printemps, Sandro Botticelli, 1482. A droite, nous voyons la déesse Flore, portant couronne et robe fleurie.

Le latin corona colle très près de son équivalent français, puisqu’il ne signifie pas moins que couronne et guirlande, dont la forme circulaire renvoie effectivement à l’astre diurne. Son infinie perfection est représentée figurativement à travers la forme qu’on a fait adopter à la couronne, ceinturant très adroitement la tête, et plus précisément ce chakra sommital, qu’à bon droit l’on désigne par l’expression « chakra de la couronne ». A ce titre, peut-on considérer la couronne comme un condensateur fluidique ? En tous les cas, « elle unit dans le couronné ce qui est au-dessous de lui et ce qui est au-dessus, mais en marquant les limites qui, en tout autres que lui, séparent le terrestre du céleste, l’humain du divin » (2). C’est pourquoi l’usurpation de couronne est aussi grave que celle d’identité. Étant un symbole de la lumière intérieure, témoin du degré d’élévation spirituelle le plus élevé, la couronne irradiante (comme celle des saints, par exemple), « qui éclaire l’âme de celui qui a triomphé dans un combat spirituel » (3), ne peut effectivement pas être substituée, sans quoi cela se verrait. Si l’on considère que la couronne de l’initié, de provenance céleste, est issue de l’Arbre de Vie du Paradis (selon certaines traditions), l’on peut comprendre en quoi cela ne collerait pas si jamais l’imméritant s’arrogeait par force ou par fourberie une couronne qui ne lui est pas destinée, coutume, hélas, de plus en plus répandue en ces dernières décennies où règne la médiocratie…

Quand la Ruse couronne la Sottise, le pire est à craindre… Le Roman de Renard, illustration de Simonne Baudoin, Casterman, 1957.

Enfin, venons-en maintenant à la troisième grande fonction de la couronne. Étymologiquement, le mot couronne s’adresse à des verbes comme tourner et courber, sans doute pour bien rappeler qu’il y a de la rondeur dans la couronne, et qu’elle désigne, dans un sens plus large, l’assemblée et la réunion. Ainsi, celui qui porte couronne réunit-il des adeptes et se positionne-t-il comme un symbole d’identification. Dans ce cadre, la couronne rapproche qui la porte de la divinité qu’elle consacre. Leur composition était fort variable selon les divinités dont il était question. Ces antiques couronnes, de facture fort simple, étaient confectionnées dans un ou plusieurs motifs végétaux (feuilles, fruits, fleurs) qui disent quelque chose de qui les portent et l’occasion de se prêter à un tel rite. Voici une petite liste de plantes (en relation avec une divinité et diverses fonctions) que l’on employait pour en confectionner des couronnes :

  • Le laurier d’Apollon, comme protection contre la foudre et le tonnerre.
  • Le dictame de Lucine : l’on place en relation cette déesse invoquée lors des accouchements avec une plante à réputation obstétricale durant l’Antiquité.
  • L’olivier d’Athéna et d’Eiréné pour figurer la paix.
  • Le figuier de Chronos : des couronnes de rameaux de figuier étaient accrochées aux mêmes arbres afin d’assurer le complet mûrissement de leurs fruits.

Certains végétaux s’expliquent aussi « selon l’épisode mythologique auquel ils font référence » (4) et qui ne sont pas forcément évoqués dès lors qu’apparaissent ces symboles végétaux dans les textes antiques et dont la matière « révèle en même temps quelles forces supra-terrestres ont été captées et utilisées pour réussir l’exploit récompensé » (5). Voici donc quelques autres de ces insignes végétaux dont on élaborait des couronnes :

  • La vigne (Dionysos, Bacchus, Silène, Rhéa)
  • Le myrte (Aphrodite, Vénus)
  • Le chêne (Zeus, Rhéa)
  • Le peuplier blanc (Héraclès)
  • Les épis de blé (Déméter, Cérès)
  • L’asphodèle (Perséphone, Artémis, Sémélé, Dionysos)
  • Le narcisse (Perséphone)
  • Le dattier du désert (Isis)

Note : il n’est pas rare qu’à une divinité donnée corresponde plus d’un végétal. Par exemple, dans le cas de Déméter, on lui associe également le pavot et le narcisse (parce que funéraires et chthoniens), à Héraclès, la jusquiame, plante qui rend fou et stupide, pour rappeler le meurtre de ses enfants que le héros commît sous l’emprise de la folie instillée dans son esprit par la déesse Héra, enfin, à Dionysos, la rose (lors des banquets, il était de coutume de se coiffer de couronnes de roses parce que cette fleur avait, pensait-on, le pouvoir d’effacer les effets de l’ivresse).

Parfois, l’on établissait un lien entre une plante et une fonction, sans l’expliquer par l’intercession d’une quelconque divinité. C’est, par exemple, le cas du lierre et du raifort, dont les couronnes permettaient d’identifier les sorcières par l’intermédiaire d’un don de double vue, véritable capacité divinatoire. Il n’est pas surprenant de placer, à proximité du siège de la pensée, une plante dont les émanations vont avoir des effets bénéfiques sur le cerveau. Dans cette perspective, l’on comprend mieux pourquoi la devineresse de Delphes, la célèbre Pythie, se ceignait le front d’une couronne de feuilles de laurier qui participait ainsi de l’oracle.

Reine ou sorcière ? Erlé Ferronnière, Halloween, éditions Avis de tempête, 1998.

Alors que la couronne de cinnamome apportait la paix, celle d’amarante protégeait son porteur des médisances dont il pouvait être l’objet, en particulier les poètes. Enfin, la civica corona (c’est-à-dire la couronne civique, en rameaux de chêne), était attribuée à toute personne ayant sauvé la vie d’un citoyen.

D’informations que l’on peut glaner çà et là, il ressort que bien des domaines étaient concernés par le port des couronnes. Recensons-en quelques-uns.

  • Les couronnes militaires : elles faisaient office de médaille (ou presque). On en distinguait de plusieurs espèces qui récompensaient différents actes de bravoure : la muralis corona (offerte au premier qui pénètre dans une ville assiégée), la castrensis corona (au premier qui pénètre dans le camp ennemi), la rostrata corona (à celui qui aborde le premier un navire ennemi), l’obsidionalis corona (décernée lors de la délivrance d’une ville assiégée), la triomphalis corona (qui consacrait les généraux victorieux), etc.
  • La victoire ne concerne pas que le domaine guerrier. Ainsi voit-on les couronnes être attribuées aux conquérants des jeux sportifs (une couronne d’olivier était remise aux vainqueurs des jeux d’Olympie, une autre en palmier aux Apollonies), mais également lors des concours de poésie. La couronne comme prix de la victoire pose cependant question, sachant que si le prix est ce que l’on reçoit, c’est également ce qui nous coûte…
  • Les funérailles et les repas funèbres : des couronnes – parfois de cyprès – ornaient le front des convives. L’on prenait soin de couronner aussi bien le défunt que ses parents.
  • Les rites nuptiaux et les mariages : lors du mariage d’Hélène avec Ménélas, celle-ci portait une couronne de lotus. Mais bien d’autres végétaux participaient à ces événements : l’oranger, la menthe, la marjolaine, le myrte ou encore le gattilier, dont les couronnes étaient offertes aux jeunes couples mariés, afin qu’elles leur assurent fidélité (le gattilier est placé sous la houlette de la déesse Héra, patronne du mariage et des liens fidèles entre époux).
  • Les cérémonies religieuses et les processions rituelles. Dans la première perspective, il n’était pas rare, en l’honneur de la divinité pour laquelle on ordonnait un sacrifice, que les sacrificateurs soient couronnés, de même que leurs victimes. Dans le second cas, l’on a vu, dans bien des pays (Inde, Grèce, Allemagne, pays slaves, etc.), en bien des époques, processionner des jeunes filles parées de couronnes ou de guirlandes, ce qui semble, dans la plupart des cas, procéder d’une volonté de rendre hommage à l’annuel retour de la fécondité, en particulier lorsque ces manifestations propitiatoires ont lieu aux premières amorces printanières. A l’humble niveau qu’occupe l’être humain, cela apparaît comme la réitération de l’apparition terrestre de ces couronnes tombées des cieux, semences divines qui n’ont pas d’autre but que d’accorder à l’Univers toute la vigueur nécessaire. L’on retrouve l’idée de nuptialité, consacrée par une couronne végétale adaptée, lorsque la jeune fille se lie à son futur mari. La couronne qu’on lui voit alors porter, possède à peu près le même sens que les anneaux, c’est-à-dire celui du lien librement consenti, qui est alors une acceptation, non pas une contrainte.

Bien au-delà de ces origines illustres, la couronne «  a figuré avec des matériaux divers [NdA : en or solaire et masculin, en argent lunaire et féminin, etc.] au front ou à la main […] des génies, des savants, des poètes, des allégories » (6) représentant bon nombre d’aspects que nous avons déjà abordés ci-dessus. Aujourd’hui, la couronne factice, posée de traviole sur la tête d’une quelconque miss rappelle à quel point l’humanité est tombée bien bas, bien éloignée des enseignements bibliques : « Sois fidèle jusqu’à la mort, et je te donnerai la couronne de vie » (7), c’est-à-dire l’immortalité. Quel dommage que beaucoup lui préfèrent le caractère éphémère de la petite gloriole sans foi ni loi.

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  1. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 1, p. 103.
  2. Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 303.
  3. Ibidem, p. 304.
  4. Guy Ducourthial, Petite flore mythologique, p. 53.
  5. Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 304.
  6. Ibidem, p. 306.
  7. Apocalypse, II, 10.

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Annonciation, Hans Süss von Kulmbach (1480-1522).

Les pierres de foudre

Bien avant qu’Antoine de Jussieu (1686-1758) et Nicolas Mahudel (1673-1747) ne vinssent y mettre bon ordre, une riche et très ancienne tradition s’est, en de nombreux endroits sur Terre, attachée à faire valoir les prestigieux pouvoirs des pierres de foudre qui, bien que moins connues que les bézoards, semblent, du point de vue de leurs propriétés, largement les dépasser.

Mais quelles sont-elles ces pierres qu’on dit de foudre ? Au contraire des pierres dressées (cairns, bétyles, mégalithes, etc.), les pierres de foudre sont des pierres tombées, sinon des régions divines, en tous les cas des inaccessibles hauteurs célestes. Bien qu’on les ait ramassées à même le sol et qu’il n’est même pas possible d’affirmer que d’aucuns aient pu témoigner de leur chute, les origines des pierres de foudre forcent l’imaginaire humain depuis bien longtemps. Soi-disant apportées par la foudre, le tonnerre et/ou la pluie, on les dit aussi charriées par le vent et engendrées par le choc des nuages (1). Si on les a parfois considérées comme spontanément nées du sol, il est plus spectaculaire d’affirmer qu’elles sont le résultat d’un mouvement d’humeur d’un dieu qui, tel Taranis ou Zeus, tient la foudre en main et qu’elles naissent précisément là où la foudre frappe le sol terrestre. D’ailleurs, ces pierres de foudre tirent leur autre nom, céraunie, du keraunos de Zeus, c’est-à-dire cette fourche d’éclair jouant aussi, avec ses deux bords tranchants, le rôle de la hache (cf. illustration ci-dessous). La relation de ces pierres aux divinités n’est pas anodine, ce qui tombe (ou est censé tomber) des régions célestes participe à la sacralité ouranienne. Ces pierres, bien moins que d’autres, « ne sont pas des masses inertes ; pierres vivantes tombées du ciel, elles demeurent animées après leur chute » (2).

Que déduire d’une pierre associée au tonnerre, à l’éclair et à la foudre ? Elle embrasse des symboliques puissantes qui font d’elle le canal de l’étincelle, de l’intuition et de la communication spirituelle soudaines, de la puissance illimitée de l’esprit. En tant que théophanie, la pierre de foudre témoigne de l’œuvre divine qui façonne et fertilise, symbole de l’action transformatrice du Ciel sur la Terre. Cet aérolithe, « c’est comme une étincelle du feu céleste, une graine de divinité, descendue sur la terre » (3), une « fiente d’étoile » ainsi que l’on considérait le quartz au Pays basque.

Qu’on les appelle encore brontées, glossopètres, ombries, etc., les pierres de foudre étaient pieusement conservées, adorées et vénérées. Elles se distinguaient par leurs formes (rondes, allongées, animalières…), leurs couleurs (noir, rouge, jaune d’or, bleu veiné de rouge…), leur morphogenèse : gemmes, météorites, fossiles, pierres préhistoriques taillées aux fonctions diverses : pointes de flèche, haches, marteaux, coins… Parmi ces derniers objets, le silex se distingue en tant que pierre du tonnerre, « bout d’éclair », de laquelle jaillit l’étincelle (le silex est bel et bien une pierre à fusil) possédant une valeur talismanique hors du commun, ce qui nous amène à aborder les nombreuses fonctions attribuées aux pierres de foudre au fil de leur histoire, pouvant se grouper en trois grands domaines : pierres magiques, fétichistes, thérapeutiques.

Symbole de lumière redoutée des ténèbres, la pierre de foudre valait comme protection face aux démons, aux mauvais esprits, aux actes de sorcellerie malveillante et, plus généralement, contre toute influence néfaste : « Au diable qui avait déclaré qu’il détruirait le monde en se servant du tonnerre, la sainte Vierge répliqua en créant l’éclair, annonciateur du tonnerre. Cet avertissement devait donner le temps aux hommes de se signer et de s’éloigner ainsi du maléfice du démon » (4). Et le démon peut prendre bien des formes : cauchemars, venins et morsures de serpents, armes des ennemis, etc. En sus de ce rôle défensif, la pierre de foudre, propitiatoire, intervenait en bien d’autres circonstances :

  • Pour rendre les forces et la santé (5) : protectrice et curative face aux maladies, la pierre de foudre était placée en contact avec la partie malade, immergée dans l’eau de boisson domestique, râpée et absorbée sous forme de poudre, etc. Elle permettait ainsi d’étancher la soif, de faciliter l’accouchement et l’expulsion de l’arrière-faix, de désobstruer les voies urinaires et intestinales, de procéder à des opérations chirurgicales, de clarifier la voix et d’endiguer l’enrouement, de procurer le sommeil et des songes agréables, etc.
  • Pierre d’émanation divine, la pierre de foudre est donc une pierre parlante et oraculaire dont on se servait pour pratiquer la sélénomancie entre autres.
  • Pierre de vie, la pierre de foudre accompagnait aussi les défunts, parfois présente au cours des cérémonies d’embaumement. On disait aussi qu’elle avait le pouvoir de faciliter l’agonie de celui parvenu à l’orée de sa mort.
  • Conviée dans bien des aspects de la vie sociale et économique, la pierre de foudre trouvait son utilité pour favoriser les mariages, les récoltes, pour obtenir la victoire dans les combats et les procès, en un mot d’apporter le bonheur.
  • Bien entendu, elle doit son nom de par sa qualité protectrice par rapport à la foudre (qu’elle écarte et attire également en réalité) des biens, des animaux et des personnes. Toute personne craignant la foudre pouvait invoquer sainte Barbe. Ainsi, en Bretagne, l’on disait :

« Sainte Barbe, sainte Fleur,
A la croix de mon sauveur (ou : à la couronne de notre seigneur)
Quand le tonnerre grondera (ou : tombera)
Sainte Barbe nous gardera.
Par la vertu de cette pierre
Que je sois gardé du tonnerre. »

La pierre de foudre et les hommes, c’est déjà une vieille histoire, bien qu’on ne la mentionne pas avant le IV ème siècle avant J.-C., et que l’on évoque plus en détails les pierres de foudre que tardivement, dans l’œuvre de Pline. Au Moyen-Âge, malgré la christianisation des mœurs et les interdits païens, la croyance dans les pouvoirs de ces artefacts intègre les lapidaires, dont l’un des plus célèbres, celui de l’évêque Marbode (XI ème siècle), avant d’apparaître figurées dans l’œuvre du médecin allemand Jean de Cuba, l’Hortus sanitatis (ou Jardin de santé) daté de 1485 (cf. illustration ci-dessus). Un siècle plus tard, loin d’être rejetée par les savants, la pierre de foudre perd néanmoins sa prétendue origine divine sinon céleste, et la croyance en ses pouvoirs sera longtemps véhiculée, tant par les ignorants que par les sociétés savantes, et ce jusqu’en toute fin du XVIII ème siècle, avant qu’on reconnaisse enfin à ces pierres une origine terrestre (façonnées par l’homme pour certaines d’entre elles), et non pas céleste et divine. Mais il ne suffit pas à l’homme de sagesse de jeter des traits de lumière sur des zones d’ombre pour que celles-ci disparaissent : au XIX ème siècle, çà et là, on avait encore foi en la magie de ces pierres. Et que dire de leur attrait encore aujourd’hui ?


  1. « En se heurtant les nuages provoquent la vitrification de certains de leurs éléments qui tombent sur la terre en même temps que la foudre et qu’on appelle des ‘pierres de foudre’ ».
  2. Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 751.
  3. Ibidem, p. 10.
  4. Pierre Canavaggio, Dictionnaire des superstitions et des croyances populaires, p. 188.
  5. La silice, qui compose le silex, constitue un remède homéopathique tonifiant.

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Hildegarde de Bingen et la lithothérapie

Hildegarde (1098-1179), surtout connue comme musicienne et poétesse, est également considérée comme la première phytothérapeute moderne. Nombre de ses travaux sur la question ont été aujourd’hui reconnus. Ce que l’on sait moins, c’est qu’elle avait parfois tendance à mêler aux plantes un certain nombre de pierres que la lithothérapie actuelle utilise toujours. Ce sont ces pierres ainsi que l’usage qu’en faisait Hildegarde de Bingen que je me propose de vous présenter aujourd’hui.

1. Agate : Hildegarde utilisait plus particulièrement la sardonyx qui, d’après elle, stimulerait l’ouïe : « Elle apporte toujours quelque chose aux cinq sens de l’homme. Pour chacun d’eux, elle est un remède ».

2. Aigue-marine : utilisée par Hildegarde pour ses effets protecteurs face aux empoissonnements du corps et de l’esprit, comme la colère, par exemple.

Pour les problèmes d’intoxications alimentaires et d’empoisonnement : faites tremper la pierre dans un peu d’eau de source et boire aussi sec. Répétez l’opération pendant au moins cinq jours.

3. Améthyste : pour lutter contre les cauchemars, elle favorise ainsi le sommeil. Hildegarde l’utilise en usage cutané afin d’adoucir la peau et gommer les taches.

Pour les problèmes de taches cutanées : mouillez une améthyste de salive et frottez-en la peau.

4. Calcédoine : anti-colère selon Hildegarde : « Si une personne porte sur elle une calcédoine, il faut qu’elle le fasse de sorte que la pierre soit en contact avec la peau, si possible sur une veine ».

Pour les problèmes d’élocution : tenez une calcédoine dans la main, réchauffez-la de votre haleine, léchez-la avant de parler.

5. Cristal de roche : Hildegarde dit de lui qu’il permet d’évacuer l’humidité néfaste qui noie les yeux, nuisant au sens de la vue. Elle soigne donc les affections oculaires, la baisse de la vision, mais pas seulement : elle viendrait à bout de certains soucis causés par la thyroïde, ainsi que des problèmes cardiaques. Hildegarde préconise de laisser le cristal de roche chauffer au soleil avant de l’appliquer sur la zone du corps concernée.

Pour les problèmes de thyroïdes : faites chauffer un cristal de roche dans un verre durant une matinée entière, au soleil. Vers midi, couvrez de vin blanc et laissez le tout macérer au soleil jusqu’en fin d’après-midi. En fin de journée, buvez le vin et placez la pierre sur le cou.

Pour des problèmes d’insuffisance cardiaques, maux d’estomac et/ou d’intestins : même recette que précédemment mais en remplaçant le vin par de l’eau.

6. Cuivre : Hildegarde faisait macérer de la limaille de cuivre dans du vin ou du vinaigre pour régler des problèmes de gouttes et d’arthrose, ainsi que pour des cas d’intoxications alimentaires.

7. Diamant : « Le diamant est d’une dureté qu’aucune dureté ne peut vaincre. Sa vertu et sa force sont telles qu’il étouffe le mal et la méchanceté ».

Pour les problèmes d’ictère : faites chauffer un diamant dans un verre durant une matinée entière, au soleil. Vers midi, couvrez de vin et laissez le tout macérer au soleil jusqu’en fin d’après-midi. En fin de journée, buvez le vin et gardez la pierre sur soi.

8. Émeraude : « Celui qui souffre du cœur, de l’estomac où du côté droit (le foie) conservera sur lui une émeraude ».

9. Fer : il est symbole de force et de protection pour Sainte Hildegarde : « Si quelqu’un a l’estomac froid au point d’en éprouver des douleurs, qu’il chauffe une plaque de fer et la pose sur son estomac ; qu’il l’enlève, la réchauffe et la remette ; qu’il renouvelle l’opération jusqu’à ce qu’il aille mieux ».

10. Hyacinthe : « Si quelqu’un a la vue qui s’obscurcit, les yeux qui se troublent ou s’ulcèrent, qu’il expose une hyacinthe au soleil puis l’humidifie de sa salive et la mette immédiatement sur ses yeux ».

Attention : l’hyacinthe est une pierre à utiliser avec prudence.

11. Jaspe : Très apprécie d’Hildegarde, elle l’utilise lors de problèmes de surdité, de rhume, affections cardiaques et rénales. Elle dit également de lui que le jaspe est capable d’éloigner les mauvais esprits lors d’un accouchement.

12. Onyx : Pour Hildegarde, il s’agit d’une pierre destinée à la vue qui se voile, aux problèmes de cœur, d’estomac, de poumons, à la fièvre et à la tristesse même. « L’onyx contient la chaleur de l’air : issu du soleil, il prend corps par les nuages. C’est pourquoi il est très puissant pour soigner toutes les maladies qui viennent de l’air ».

Pour les problèmes oculaires : Posez la pierre dans récipient de bronze ou de cuivre. Couvrez d’un quart de litre de vin rouge et couvrez. Laissez macérer pendant deux semaines. Au bout du compte, retirez la pierre. Humectez les yeux chaque soir à l’aide de cette lotion.

Pour les problèmes de fièvre : Pendant cinq jours, faites macérer l’onyx dans un grand verre de vinaigre de cidre et d’eau. Retirez la pierre. Buvez une cuillerée de ce vinaigre dilué dans un peu d’eau aux repas.

13. Or : Hildegarde l’utilise dans plusieurs recettes contre la goutte, les rhumatismes et certains problèmes gastriques.

14. Rubellite : Ses qualités pour lutter contre infections urinaires et cystites furent vantées par Hildegarde.

Pour les problèmes de douleurs gastriques : Faites macérer dans un verre de vin une rubellite au soleil. Buvez de cet élixir durant le repas pendant au moins cinq jours.

Pour les problèmes de prostatisme : Faites chauffer une rubellite au soleil. Puis plongez-la dans un verre de lait de vache. Laissez macérer le tout pendant une heure. Retirez la pierre et buvez le lait. Répétez l’opération pendant cinq jours.

15. Saphir : garder un saphir dans sa bouche éloignerait rhumatisme, colère et ignorance. Hildegarde l’appliquait aussi sur les yeux malades. « Le saphir est bouillonnant. Sa nature est de feu plus que d’air et d’eau. Et il représente la charité remplie de sagesse ».

16. Topaze impériale : Hildegarde la tenait en haute estime, capable, selon elle, de soigner de nombreuses affections dont lèpre, empoisonnement, fièvre, problèmes hépatiques, etc. « Grâce à sa chaleur, elle s’oppose aux poisons […]. La topaze est la plus puissante de toutes les pierres ».

© Books of Dante – 2010

La charoïte

Quelle drôle d’espèce minérale que la charoïte tout de même ! Elle est non seulement assez rare (des gisements n’existent qu’en Sibérie) mais, de plus, c’est une pierre qui a été découverte que très récemment au regard d’autres minéraux connus depuis des lustres. C’est seulement dans les années 1940 qu’elle a été mise à jour et décrite minéralogiquement parlant qu’en 1978.

Véritable sinécure que d’écrire un tel billet sur cette pierre tant les informations qui la concernent sont maigres sinon faméliques. Autant dire que dans la « littérature » spécialisée il n’y a pas grand chose à se mettre sous la dent à son sujet. Enfin, tentons tout de même l’exégèse…

Description sommaire de la bête : de couleur violet-pourpre, elle présente des inclusions blanches et noirâtres. Sa dureté oscille entre 5 et 6, sa densité est de 2,68. Bien. On n’est pas plus avancé avec ça.

Image

Que lis-je du côté de Jennie Harding ? « Amplification de l’énergie spirituelle », « accroît la conscience médiumnique ». Hum. Un peu léger tout ça. Et du côté de Boschiero ? « Intuition créative », « qualités extra-sensorielles ». Maigre et laconique, il n’est tout bonnement pas possible de se satisfaire de formules aussi lapidaires dont l’aspect « fourre-tout » n’échappe à personne.

Dictionnaire de la lithothérapie, p. 101 : « Bien que nous ne rencontrions cette pierre que depuis quelques années sur les marchés minéralogiques, nous avons trouvé des traces de traditions chamaniques qui nous font irrésistiblement penser aux cultes rendus à Dionysos par les Grecs et à Bacchus chez les Romains : exubérance, suppression des interdits, défoulement, fécondité, entendus sur un plan mystique ».

Quant à Jennie Harding (L’univers des cristaux, p. 174-175), il est indiqué que la charoïte « purifie et libère les anciens schémas, apportant une énergie nouvelle », qu’elle « dégage les anciens souvenirs, les traumatismes du passé et les éléments qui ne servent plus ». Plutôt que de dégagement et de libération, j’aurais tendance à penser en terme de transmutation. Pour aller vite, elle prend, elle transforme, elle donne. Et, afin d’illustrer mon propos, voici pour finir le récit d’une petite expérience menée par moi-même il y a quelques jours : j’ai placé une de ces pierres au creux de ma main gauche. Après plusieurs minutes, une abondante sueur y est apparue. Pas très agréable comme phénomène. Bref. J’en serai resté là si je ne m’étais aperçu à temps que ma main gauche posée sur mon bras droit n’y avait laissé une rougeur particulièrement cuisante. Mu par mon instinct (ça peut servir des fois ^^), j’ai doucement frotté la partie de peau rubéfiée à l’aide de cette même pierre. En quelques minutes, rougeur et sensation cuisante ont disparu… Je vous laisse en tirer les conclusions.

Voilà donc comment ne rien dire ou presque en 500 mots… ^^

© Books of Dante – 2013

Le lapis-lazuli

ImageSymbole cosmique de la nuit étoilée, le lapis-lazuli présente des tonalités qui vont du bleu indigo au bleu violacé soutenu. La nuit. Parfois passent des nuages de calcite, des incrustations de pyrite (du grec pyros, feu) figurent les étoiles. Pierre du firmament selon les Mésopotamiens.

Il porte donc les couleurs de l’amour désintéressé et de la compassion mais également celles de l’esprit transcendé. On le dit propice à la quête de la vérité et de la connaissance, ce à quoi la lame n°9 de l’Oracle de la Triade – La Sagesse – fait largement référence et sur laquelle on retrouve les trois couleurs du lapis-lazuli ainsi que des yeux scrutateurs tout là-haut…

ImageIl n’est donc pas étonnant que le lapis-lazuli soit associé au chakra du 3° œil. Déjà, en Chine, on lui reconnaissait une action sur le sens de la vue, sans doute la raison qui en fit un talisman contre le mauvais œil. S’il est vrai qu’il a une action sur les yeux, il est également capable de décupler l’intelligence, la finesse d’esprit et l’intuition. En un mot, il aide à se frayer un chemin au travers de la nuit noire de la mélancolie et des maléfices.

Il s’agit d’une pierre dotée d’une couleur tellement spirituelle que les anciens Égyptiens en firent la pierre des dieux, eux qui la taillèrent afin d’en façonner des bijoux, des mosaïques et d’autres scarabées.

Plus prosaïquement, elle intervient dans certaines maladies cutanées (dermites, eczéma), ainsi que sur les éruptions cutanées et les piqûres d’insecte : elle soulage donc toutes ces inflammations. Elle présente une efficacité sur les allergies, l’asthme, la toux mais également sur les fièvres, les maux de tête et les états dépressifs (nous l’avons dit, le lapis-lazuli est un chasseur de mélancolie qui devrait faire fureur couplé au millepertuis). C’est pour cette raison qu’il est recommandé aux personnes nerveuses, son action sédative ayant un effet bénéfique qui, de plus, prédispose à un sommeil réparateur.

On nettoiera le lapis-lazuli à l’eau distillée non salée et on l’exposera ensuite à la Lune quand bien même, comme l’indique Reynald Boschiero, il ne « déteste pas le soleil ».

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L’or

Après m’être penché sur le cas du cuivre et de l’argent, voilà que j’en viens à évoquer enfin l’or, ce métal précieux et parfait. Partout dans le monde et à différentes époques, il a été le métal roi. Petit tour d’horizon…

Chez les Chinois, le caractère « kin » signifie à la fois métal et or, ce qui montre assez bien l’hégémonie de ce seul métal sur l’ensemble de tous les autres qui semblent alors éclipsés par cette lumière minérale telle qu’on le qualifie en Inde. Parce qu’en effet, l’or, c’est le Soleil et l’illumination de par sa couleur chaude et lumineuse, c’est aussi un symbole d’immortalité et de longévité du fait de son incorruptibilité et de son inaltérabilité, à l’image des toits des églises orthodoxes qui brillent de mille feux depuis des siècles.

Il est donc l’expression des énergies solaires, il ne perd jamais son éclat, alors que l’argent, tel la Lune qui décroit, se couvre d’un voile noirâtre. L’or, non. Lui est pur et inoxydable. Ce qui explique pourquoi les anciens Égyptiens l’assimilèrent à la chair des dieux alors que les Aztèques virent en lui la peau neuve de la Terre, symbole du renouveau de la Nature au Printemps (Cf. Xipe Totec, divinité de la pluie printanière et également dieu des orfèvres).

ImageSingulier métal que l’or, paradoxal à bien des égards. On le dit précieux parce qu’il est rare, rare parce qu’il est précieux. Or, il est pourtant extrêmement répandu à la surface de la Terre, mais la plus grande partie échappe aux regards puisqu’elle n’est pas constituée que de pépites ou, plus modestement, de paillettes, mais se trouve à l’état de traces dans de très nombreuses roches ainsi que dans l’eau des océans. Sans doute parce que cette masse d’or à l’état infinitésimal est un symbole des mystères soustraits à la connaissance du vulgaire.

On le dit inaltérable, et c’est vrai. Seul un puissant mélange d’acide parvient à l’attaquer ne serait-ce qu’un peu. Qu’on en fabrique des clés qui ouvrent des portes ou des ponts qui mènent vers d’autres cieux, il est aussi le fardeau qui fait courber l’échine. L’on dit souvent qu’on a des semelles de plomb lorsqu’on a du mal à avancer. Or, si ces mêmes semelles d’or étaient faites, l’avancée serait bien plus difficile du fait de la densité de l’or bien supérieure à celle du plomb (densité exprimée par le nombre de grammes au centimètre cube : 19,3 pour l’or, seulement 11,35 pour le plomb).

Malléable et ductile aussi, à tel point qu’en Afrique occidentale, on dit qu’avec « un gramme d’or on peut faire un fil mince comme un cheveu pour entourer tout un village. » On en confectionne de si fines feuilles que leur épaisseur ne dépasse pas le 1/10 000 de millimètre, et que la lumière d’une bougie vue en transparence à travers une telle feuille prend une très curieuse couleur vert bleuâtre…

Très souvent natif, il peut lui arriver, bien que rarement, de passer l’alliance avec d’autres métaux. Avec l’argent, on le dit électrum, avec le platine, or platiné, etc. Ces mêmes actions d’alliage ont été répétées de façon artificielle par l’homme, inconscient de la capacité qu’a l’or de ne pas se mêler naturellement aussi facilement à d’autres métaux. Cet homme là le mélange sans vergogne à des métaux plus durs que lui !

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Alors que nombre d’alchimistes se sont échinés non pas à les unir mais des uns à tirer l’Autre, à travers la transmutation des métaux dits impurs en or, action délicate qui doit être vue comme une transition d’un état vers un autre qui lui est supérieur et non comme la bête et concrète transformation physique du plomb en or véritable comme le pense parfois – souvent – le vulgaire sinon le crédule, et encore moins comme un moyen d’accéder à l’élixir de jouvence si cher à certains médiévistes naïfs, la pierre philosophale, le Graal étant bien davantage que cette vision résolument tronquée de la transsubstantiation. Comme le dira Silesius, il s’agit de la transformation de l’Homme par Dieu en Dieu. Pas étonnant donc que l’or-lumière soit connaissance.

Mais de cet or là, « il est aussi difficile de s’en servir bien que de se le procurer ». Comme l’on dit en Afrique occidentale, « l’or est le socle du savoir, le trône de la sagesse : mais si vous confondez le socle et le savoir, il tombe sur vous et vous écrase ».

L’or est donc un trésor ambivalent. Bien que solaire et illuminateur, il est aussi symbole de pervertissement, une dégradation de l’immortel en mortel. Le revers de la médaille, en somme. Charlot, dans son Gold Rush (1925) l’a véritablement et cyniquement montré. Ô Dollar, dieu des or-fièvre, tu n’as aucune pitié pour ces pauvres orpailleurs qui ont payé de leur vie l’or dans leur cœur logé…

Après l’or qui tue, l’or qui guérit.

Hildegarde de Bingen (1098-1179), abbesse, musicienne, poétesse, médecin, etc., utilisait au côté d’un grand nombre de plantes médicinales certains minéraux dont l’or qu’elle associait parfois au cristal de roche et à la topaze impériale. Elle dit de lui « qu’il est chaud [et que] sa nature est semblable à celle du Soleil ».

Elle s’en servait afin de lutter contre des problèmes de goutte et de rhumatisme, des problèmes gastriques et de baisse de l’audition liés à des infections de la sphère ORL (les actuelles solutions colloïdales d’oligo-éléments Cu-Au-Ag ne font pas autre chose…).

D’autres usages visaient le développement des qualités morales et intellectuelles, Hildegarde ne s’étant jamais pencher sur le corps en oubliant l’esprit qui l’habite.

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La malachite

Quand j’ai commencé à récolter certaines sources sur le cuivre l’an dernier, je ne me doutais pas qu’un jour j’en viendrais, de fil en aiguille, à la malachite. Pour autant, le lien m’apparaît aujourd’hui évident. Au-delà du simple fait que la malachite est un minerai de cuivre, entre le cuivre et la malachite en devenir, je me suis penché sur un petit recueil de contes écrits par Pavel Bajov intitulé La Fleur de Malachite, dans lequel est évoqué un personnage dont je parle déjà dans ma synthèse à propos du cuivre : la Maîtresse de la Montagne de Cuivre qui vit dans un monde où tout est fait de malachite y compris sa robe ! On y évoque également le travail des maîtres tailleurs de malachite en Russie, du côté de l’Oural où cette pierre est très fréquente, ainsi que le cuivre. C’est très simple, là où il y a du cuivre, il y a de la malachite ! Au rouge clair métallique du cuivre s’allie l’émeraude profond de la malachite aux chamarrures parfois noirâtres.

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Donc… La malachite. Comment ne pas tomber fasciné dans ses yeux verts charbonneux ?

La pietra del pavone (pour qui a déjà observé des plumes de paon… ^^) est un monde féerique à elle toute seule. Tantôt on y voit un arbre nébuleux, tantôt un oiseau qui s’envole… Elle sait être très bucolique, poétique assurément. Dans les contes de Bajov, lorsque Danilouchko et Katia, les principaux protagonistes, vont chercher de la malachite sur la colline des serpents, ils y trouvent les plus merveilleuses malachites qui leurs permettent de façonner des objets encore jamais vus auparavant.

ImageC’est une pierre très ambivalente. Elle possède une capacité de protection et d’absorption sans nulle autre pareille. Elle dénoue, elle annihile, elle nettoie, elle transforme, elle libère.

Pierre Manoury la considère comme un éliminateur de toxines alors que Reynald Boschiero considère qu’elle « libère les émotions retenues et peut provoquer des crises de larmes salutaires en libérant de blocages affectifs », ce en quoi Pavel Bajov est d’accord lorsqu’il écrit dans Le Maître Tailleur de Pierre la chose suivante : «  Katia est montée sur la colline (des serpents où habite la Dame de la Montagne de Cuivre), à l’endroit même où elle avait trouvé la première pierre [de la malachite]. L’entrée de la galerie paraissait un peu plus grande, et sur le côté, on voyait une pierre semblable à la précédente. Katia la fit bouger, et elle céda. A nouveau, comme une branche, elle craqua. Katia prit la pierre et se répandit en larmes et en lamentations ».

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Ce que je n’omettrais pas de mentionner c’est que, à ce moment, Danilouchko, le fiancé de Katia, est prisonnier volontaire de la Dame de la Montagne de Cuivre. Comme le note Jennie Harding, la malachite « augmente le pouvoir personnel, la confiance en soi, vous permettant de suivre les vrais sentiments de votre cœur ». C’est cette volonté qui permet à Katia de retrouver Danilouchko. Ici, donc, inutile de dire que la malachite est une pierre du cœur, ce qui en fait une aide précieuse pour lutter contre l’égoïsme, en particulier spirituel.

Le vert étant l’antidote du rouge, il est normal que la malachite amoindrisse les inflammations (arthrite, douleurs rhumatismales, etc.).

Tout comme la labradorite, la malachite, en véritable éponge qu’elle est, absorbe et se sature donc très rapidement. Il est donc nécessaire de la purifier autant que faire se peut dans l’eau distillée et de la charger ensuite à la lumière solaire.

Quelques exemples pratiques :

-Chakra racine : la malachite véhicule l’énergie tellurique vers les chakras supérieurs.

-Chakra sacré : elle joue le rôle de régénératrice hépato-pancréatique.

-Chakra du plexus solaire : elle améliore la respiration en dénouant les tensions au niveau du diaphragme.

-Chakra de la gorge : elle permet davantage de communication, en particulier au niveau de la sphère affective.

-Chakra du 3° œil : elle accroît la visualisation.

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Le saphir

Du latin sappirus, du grec sappheiros, de l’hébreu sappir, de l’araméen sampir, tout cela emprunté sans doute à une langue indienne bien plus ancienne, autant dire que le saphir vient de loin. Ces étymologies, si elles font bien sûr référence à son nom, véhiculent un autre message : « la plus belle des choses. » Rien que ça!

Bien que relativement méconnue en lithothérapie comme l’indique M. Boschiero dans son Guide des pierres de soins, il n’en reste pas moins que le saphir a joui d’une grande réputation auprès des joailliers et des rédacteurs de lapidaires, en particulier à l’époque médiévale.

L’évêque de Rennes, Marbode, écrira dans son Lapidarius (XI ème siècle) : « Le saphir a une beauté pareille au céleste trône ; il désigne le cœur des simples, de ceux dont la vie brille par les mœurs et la vertu. » Hum. Je comprends mieux pourquoi maintenant l’émeraude était associée au Pape, surtout quand on pense à un type comme Borgia… Bref. La suite. Marbode, donc, indiquait l’emploi du saphir contre mensonges, envies et terreurs nocturnes, le saphir passant pour un puissant dissipateur de ténèbres. De par sa couleur usuelle – le bleu azur – il est symbole de la sphère céleste et donc du royaume de Dieu. C’est ainsi qu’il s’oppose à l’émeraude.

A ce bleu azur, on associe les aspects suivants : l’authenticité, le calme, la créativité, la compréhension, l’intuition, l’intelligence, l’introspection, la loyauté, la paix, la patience, les pensées élevées, la royauté, la tolérance, la vérité, etc.

Et nous verrons que ces aspects liés au bleu reviendront après Marbode, à travers les écrits laissés par un certain nombre de personnalités dont l’une, et pas des moindres, Hildegarde de Bingen dira du saphir qu’il est bouillonnant, que sa nature est davantage de feu que d’air ou d’eau et qu’il représente la charité emplie de sagesse.

Saint Louis, au XII ème siècle, indiquera que méditer sur le saphir amène l’âme vers la contemplation des cieux, sa valeur ouranienne et cosmique étant déjà bien marquée. Le Grand Albert mentionne également cette pierre précieuse : elle y est préconisée afin de retrouver la paix intérieure, la dévotion et la piété ; de même, elle permettrait de modérer l’ardeur des passions intérieures.

Dans ce Moyen-Âge, que certains considèrent comme obscur sinon obscurantiste, le saphir avait donc valeur de libérateur : il libérait la vue au sens propre (troubles oculaires) comme au sens figuré (en permettant de se libérer de prisons psychiques et émotionnelles telles que la colère et l’ignorance), tout en développant les facultés créatrices et imaginatives, l’intuition et les perceptions extra-sensorielles afin de guider l’esprit et l’aider à faire la distinction entre ce qui est favorable de ce qui ne l’est pas. Voilà pourquoi cette pierre de la vision juste a été considérée, aussi bien en Occident qu’en Orient, comme un puissant talisman contre le mauvais œil, bleu négatif véhiculant l’apitoiement sur soi, l’indifférence, la mélancolie et la tristesse, la peur et le mépris…

A la Renaissance, la mode des lapidaires est toujours fort en vogue et le saphir n’y fait pas exception. Jean de la Taille, dans son Blason des pierres précieuses, affirme que le saphir permet de garder une bonne mémoire et de viser le bon côté de chaque chose, alors qu’Anselmus Boëtius de Boodt, médecin et minéralogiste du XVII ème siècle, l’indique contre la dysenterie, les maux et affections cardiaques, les inflammations cutanées, les troubles oculaires, ainsi que – nous y revoilà! – le mauvais œil.

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Plus près de nous, M. Boschiero distingue nettement les différentes couleurs du saphir. Parce qu’il est hélas vrai que la couleur qui lui est le plus communément associée n’est autre que le bleu. Or, il peut se parer de bien d’autres couleurs comme le jaune plus ou moins nuancé de orange, le vert, le rose, le violet, le noir, etc.

Synthétisons :

* Quand il est bleu clair, le saphir s’associera aux chakras de la gorge et du 3° œil Il possède des propriétés analogues à l’aigue-marine et à la topaze bleue. Il vise la douceur et la tendresse, facilite les échanges et développe les perceptions extra-sensorielles.

* Quand il est bleu franc, il est destiné aux chakras supérieurs, 3° œil et couronne. Il permet de développer l’imagination, l’inspiration et la créativité, apporte calme et apaisement (lutte en cela contre insomnie et migraines, troubles intérieurs peu propices à la paix), vise une spiritualité élevée.

* Quand il est jaune, on l’associe aux deux chakras inférieurs que sont le plexus solaire et le sacré. Il joue alors le même rôle que la citrine.

On purifiera le saphir à l’eau distillée salée et on le chargera sur un macle de quartz ou à la lumière lunaire (là, je suis étonné qu’on ne puisse pas l’exposer au soleil… Possible déperdition de ses couleurs en ce cas?)

Sans doute confondu avec le lapis-lazuli et l’azurite durant l’Antiquité, le saphir n’en est pas moins apprécié depuis aussi longtemps. C’est une variété de corindon, tout comme le rubis en est une autre, la couleur bleue du saphir étant liée à des inclusions d’oxyde de fer et d’oxyde de titane, chaque inclusion donnant lieu à une couleur bien particulière.

Books of Dante – 2011

Le rubis

Si beaucoup d’encre a coulé à propos du rubis, cela aura été plus à tort qu’à raison. Au Moyen-Âge ainsi qu’à la Renaissance, on parle de carbunculus, de carboucle, de carboncle, de carbuncle, de charboncle, de charbuncle, d’escarboucle, etc. pour désigner le rubis mais également toute pierre brillant d’un rouge et vif éclat. Voilà pourquoi on a associé à ces termes, sans réel discernement, le grès rouge, le grenat, etc. lesquels, nous en conviendrons, n’ont que peu de rapport avec le corindon qui nous préoccupe. Ce qui n’a pas facilité l’identification aisé du rubis, c’est que ces anciens termes désignent aussi ce que l’on appelait « charbon », infection bactérienne plus connu sous le nom d’anthrax. Cependant, aura été associé à cet ensemble de termes le synonyme de lumière, plus précisément de « lanterne », le rubis n’étant pas autre chose qu’une braise rougeoyante, un brandon ^^

Bref. On ne les confondra pas avec les almandins et les pyropes qui ont chacun à voir avec les grenats et non avec le rubis (du latin médiéval rubinus, du latin classique rubeus, rouge). A travers ce flou minéralogique plus ou moins volontairement entretenu, il aura été facile de faire passer des grenats pour des rubis, tout comme l’on vend des vessies pour des lanternes.

Sans doute sont-ce les légendes associées au rubis qui auront fait de lui l’escarboucle dont on parle. Par exemple, l’évêque Marbode (XI ème siècle) estime que les dragons et les vouivres portaient un rubis en guise d’unique œil. Mais que, dans ce cas précis, on parlait alors d’escarboucle, une sorte de grenat, chère à nombre de contes et légendes médiévaux.

Enfin, bon, bref, escarboucle et rubis n’ont pas grand-chose à voir, hormis une commune couleur. En puisant dans le domaine du fantastico-magique, on aura attribué au rubis de folles propriétés. Frédéric Portal nous dit que « s’il changeait de couleur, c’était un sinistre présage, mais il reprenait sa teinte pourprée lorsque le malheur était passé ; il bannissait la tristesse et réprimait la luxure, il résistait victorieusement au venin, prévenait la peste et détournait les mauvaises pensées. » Wow !

Le fait qu’il puisse changer de couleur, même si cela semble impossible, est intéressant. La couleur rouge du rubis, fort justement associée à Mars, est la couleur de la Vie et du Sang, la couleur de l’énergie vitale donc, ainsi que de la transformation ; elle symbolise royauté, puissance et passion amoureuse. Mais dès que cette couleur vire au rouge sombre, apparaissent avarice, impulsivité, colère, despotisme, égoïsme, instinct passionnel et pulsions sexuelles dégradantes. Portal n’a pas tout à fait tort ^^

Quant à ses propriétés antivenimeuses, quelle plante, quelle pierre n’a pas été, au Moyen-Âge comme à la Renaissance, affublée d’un tel pouvoir ! Nous tombons sous le coup des bézoards (à la Harry Potter, presque ^^), ces objets tant végétaux que minéraux réputés pour être d’efficaces contre-poisons et antidotes qui, bien qu’ayant été largement employés au Moyen-Âge naquirent en des temps plus anciens, en ces temps durant lesquels l’emploi du poison était affaire quotidienne, pour un oui, pour un non, dans la Grèce et la Rome antiques.

Malgré tout, des indications plus pertinentes ont fait leur petit bonhomme de chemin jusqu’à nous. Par exemple, les propriétés liées au sang. On croit le rubis hémostatique ; chez les Russes, pierre de sang par excellence, le rubis est considéré comme bon pour le cœur et, par extension, bon pour la vigueur. Le rubis est une pierre dont la couleur varie du rouge pâle au rouge dit « sang de pigeon ». ce sont des oxydes de fer en plus ou moins grande quantité qui sont responsables de cette coloration.

De par sa couleur et ses propriétés, c’est une pierre étroitement liée au chakra racine. Les personnes chez lesquelles ce chakra est trop actif (personnes autoritaires, colériques, hypertendues, violentes), cette pierre exerce un attrait évident. Mais elle ne fait qu’accroître les tendances sus-décrites. Tout au contraire, étant symbole de pouvoir, de courage et de force, elle sera alors très bénéfique aux personnes effacées et timides, voire craintives. Elle enracine ceux qui ont la tête dans les nuages et autres rêveurs pour qui la réalité matérielle n’est qu’un lointain souvenir. D’autres propriétés lui sont associées : stimulateur et régulateur du système sanguin, anti-asthénique. De plus, elle éloigne mélancolie et tristesse et enraie les tendances suicidaires.

L’extraction des rubis remonte à des temps déjà anciens, les plus anciens documents relatant cela remontent au VI ème siècle de notre ère, il est raisonnable de penser que cette activité est plus ancienne encore. Au Moyen-Âge, le rubis est très largement utilisé aux côtés du saphir comme pierre précieuse d’ornement sous forme de cabochon (forme simple qui trouve son origine dans les limites de façonnage propres à cette époque, ainsi qu’à la volonté de perdre le moins possible de matière comme la taille peut l’occasionner).

Sur l’image ci-dessous représentant la couronne du roi de Bohème Venceslas (XIV ème siècle), nous voyons des saphirs et des rubis dont l’un, le plus gros, ne pèse pas moins de 250 carats.

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Enfin, je ne saurais trop recommander la prudence dès lors qu’on à affaire au rubis, celui-ci, de par sa rareté, a été et est encore l’objet de trafics plus ou moins douteux. Le terme même de rubis étant l’occasion d’inventer de nouvelles appellations pour les associer à des pierres déjà existantes qui n’ont aucun rapport avec le rubis. Nous pouvons donc trouver le rubis de Bohème (quartz rose), le rubis mexicain (opale de feu), le rubis spinelle (spinelle rouge), etc.

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Rhomboédriques ou tabulaires, les cristaux bruts de rubis sont parfois façonnés sous forme de cabochons, en particulier lorsqu’il s’agit d’un rubis étoilé. C’est la réflexion de la lumière sur des aiguilles de rutile qui forme cette étoile mouvante.

© Books of Dante – 2011