La rose de Damas

A l’heure actuelle, sur l’ensemble des variétés de rosiers (plusieurs dizaines de milliers), seules quelques-unes sont distillées dont, bien entendu, la rose de Damas.

Originellement, le rosier était de couleur rouge pâle, puis sa culture et les manipulations dont il a été l’objet depuis le XII ème siècle auront fait en sorte de modifier les coloris selon une large palette. De même, son parfum est en constante évolution, puisque c’est une des fleurs les plus « travaillées » par les horticulteurs.

Déjà en Égypte ainsi qu’en Chine, elle était très appréciée et traitée avec vénération. Par exemple, on aura trouvé dans la tombe de Toutankhamon des bouquets de roses sèches quasiment intactes.

Si on la considère comme la reine des fleurs, c’est à juste titre : elle a été associée à la Vierge Marie souvent représentée une rose à la main, une rose sans épine…

Dans beaucoup de civilisations, elle est symbole de pureté, de passion et bien sûr d’amour, liée à de nombreuses divinités dont Vénus, Aphrodite, Lakshmi, etc.

La rose de Damas a probablement été rapportée de Syrie et introduite en France lors de la huitième croisade. Par la suite, elle sera cultivée en Provence au XIX ème siècle. Aujourd’hui, elle est plus particulièrement cultivée en Bulgarie, en Turquie, au Maroc, mais également en Inde.

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Huile essentielle de rose de Damas (Rosa x damascena)

Extraite des pétales par distillation à la vapeur d’eau.

– Citronnellol : 32 à 34 %

– Géraniol : 18 à 20 %

– Nonadécane C19 : 7 à 13 %

– Nérol : 9 à 12 %

– Nonadécene C19 : 3 %

Huile essentielle de couleur jaune pâle pouvant offrir des reflets vert clair et une tendance à la gélification à basse température. Sa complexité biochimique ainsi qu’un faible rendement (3 800 à 5 200 kg de pétales, parfois davantage, sont nécessaires pour obtenir 1 kg d’huile essentielle de rose là où la distillation du clou de girofle ne nécessite que 7 kg de clous pour obtenir 1 kg d’huile essentielle de clou de girofle…) en font une huile essentielle précieuse.

Selon le terroir d’origine (Maroc, Turquie, Bulgarie), son parfum peut varier. Certains nez distinguent parfois une petite odeur de poire dans l’huile essentielle de rose de Damas. Une autre molécule, le damascone-alpha, est responsable d’un parfum de cognac… Mais la rose de Damas présentant un grand nombre de molécules (300 à 500), on comprend bien que le parfum final résulte de la synergie de ses divers composants.

La récolte des fleurs (aux mois de mai et juin) doit être effectuée avant 10h00 du matin, laquelle s’accompagne de multiples précautions afin d’éviter l’oxydation des pétales de rose. Les têtes, rompues selon un geste précis, sont déposées ensuite sur des toiles de jute, puis dans une chambre froide dans laquelle elles vont subir un très léger début de fermentation. La distillation est rapide, entre 75 et 90 mn, délai qu’il est hautement recommandé de respecter sans risquer d’obtenir des odeurs peu agréables en fin de distillation. Afin d’augmenter le rendement, on procède à ce que l’on appelle le cohobage : durant la distillation, on récupère l’hydrolat de rose obtenue en fin d’alambic et on le réinjecte dans l’appareil. Ainsi, on obtient de nouvelles fractions aromatiques ce qui permet d’augmenter le rendement de près de 75 %.

Il s’agit d’une huile essentielle de choix en parfumerie, mais également en cosmétique ainsi que dans l’industrie pharmaceutique mais sa cherté en limite forcément l’usage.

Propriétés thérapeutiques : anti-infectieuse (antibactérienne, antiseptique), tonique cutanée, astringente cutanée, régénératrice cutanée majeure, cicatrisante, hémostatique, antispasmodique, tonique générale, neurotonique, relaxante, apaisante, tonique sexuelle, aphrodisiaque, régulatrice des troubles du rythme cardiaque.

Usages thérapeutiques : troubles du rythme cardiaque (hypertension, tachycardie, palpitations), troubles cutanés (peaux sèches, matures, asphyxiées, rides, couperose, dermatoses, eczéma, plaies, ulcères, gerçures), fatigue sexuelle, impuissance, frigidité, infections buccales, gingivites, aphtes, hyperthyroïdie, hypothyroïdie, entorses, foulures, insomnies et autres troubles du sommeil, anxiété, stress, irritabilité, dépression (y compris post partum), déprime

Propriétés psycho-émotionnelles : contre troubles émotionnels et comportementaux, peines de cœur (deuil, rupture, choc affectif, etc.). Chasse les pensées et les sentiments négatifs, apaise la colère, l’agacement. Huile essentielle idéale avec le nard de l’Himalaya (Nardostachys jatamansi) et la pruche (Tsuga cadanensis) pour un accompagnement de fin de vie (tant pour le malade que pour son entourage).

Modes d’emploi : diffusion atmosphérique, inhalation sèche, voie cutanée, voie orale

Précautions d’emploi, contre-indications et autres remarques

– Cette huile essentielle ne présente pas de toxicité aux doses physiologiques et thérapeutiques.

– Attention de ne pas la confondre avec d’autres produits tels que l’huile essentielle de bois de rose (Aniba rosaeodora), l’huile végétale de rose musquée du Chili (Rosa mosqueta), l’absolue de rose de Damas ou l’huile essentielle de rose de mai (Rosa x centifolia).

– L’usage de l’huile essentielle de rose de Damas est onéreux. Aussi est-il possible d’utiliser l’hydrolat de rose de Damas. Ses propriétés sont essentiellement antibactériennes (antiseptique digestif, intestinal et cutané), antispasmodiques et anti-inflammatoires. Cet hydrolat de rose s’utilise tant par voie externe (compresses et bains oculaires contre conjonctivite, nettoyage des yeux et des paupières, compresses contre acné et autres dermatoses) que par voie interne bien que cela ne soit pas là une voie privilégiée. Comme l’huile essentielle de rose de Damas, l’hydrolat de rose agit très particulièrement sur la peau (astringence, régulation cutanée, etc.).

© Books of Dante – 2012

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Sagesse des Indiens d’Amérique

Sagesse

Éditeur : La Table Ronde.
ISBN : 2-7103-0654-9

Un petit recueil paru il y a un peu plus d’une quinzaine d’années déjà chez La Table Ronde. Il vous mènera de l’Est au Sud, du Sud à l’Ouest, de l’Ouest au Nord. Le Cercle.

Au-dessus de vous, le Ciel (zénithal). Au-dessous de vous, la Terre (nadirale).

Quelles que soient les directions prises, où que vous soyez, n’oubliez jamais la Place Sacrée à l’intérieur : votre cœur.

Un de mes passages préférés qui me suit depuis bientôt 20 ans :

Qu’est-ce que la Vie ?
C’est l’éclair du feu dans la nuit.
C’est le souffle du bison dans l’hiver.
C’est la petite ombre
Qui se hasarde sur l’herbe
Et se perd au coucher du Soleil.

Crowfoot (Indien Blackfeet)

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L’amour et les plantes, Guy Fuinel, Éditions Amyris, 2005.

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92 p. 11 euros.
ISBN : 2-930353-30-09

Saviez-vous qu’Hildegarde de Bingen bannissait la roquette pour lui préférer la laitue ?Que la muscade est originaire de l’île indonésienne de Banda ? Que l’absolue de jasmin donne la pêche ?

Vous trouverez tout cela dans ce petit livre sympathique sur les mystères qu’Aphrodite a dissimulé parmi les plantes. Il est digeste sans être léger. Cela n’est pas un ouvrage d’érudition ni un ouvrage de botanique ou de phytothérapie. Au risque de produire l’effet contraire : anaphrodisiaque.

L’auteur nous présente, après avoir introduit et l’amour et les plantes, une trentaine d’espèces végétales qu’il regroupe sous plusieurs parties :

  • les plantes du sentiment amoureux
  • les plantes de la cuisine amoureuse
  • les plantes qui aident l’acte amoureux

Parmi les plantes présentées, on retrouvera avec bonheur l’ylang-ylang (« la fleur des fleurs »), le gingembre et la damiana, mais on sera sans doute surpris d’y trouver l’achillée, la capucine et le bleuet.

On trouvera aussi des conseils, une bibliographie, etc.

N. B. : pour chaque plante, on retrouve des conseils de culture et de récolte ainsi que quelques petites recettes.

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La classification des plantes selon Chen Nong

Il y a environ 5 700 ans, il fut le premier à classer les plantes selon leurs usages. Il distingua trois catégories :

01/ Les plantes supérieures qui sont des drogues indispensables et non toxiques,

02/ Les plantes intermédiaires dont la toxicité dépend de la dose utilisée,

03/ Les plantes inférieures dont les effets sont très rapidement toxiques.

Ce dernier point concerne la jusquiame, par exemple. Les plantes les plus « douces » sont donc préférées aux plantes les plus « dures », ce qui est en totale opposition avec la conception occidentale. Cette dernière a trop souvent jugé bon de s’en remettre aux plantes de la troisième catégorie plutôt que d’opter pour des plantes plus douces parce que moins agressives et dont l’action se déroule sur le long terme tout en étant dénuées de toxicité.

Dans la tradition chinoise, le pouvoir préventif des plantes passe bien avant le pouvoir curatif ; elle met l’accent sur le rôle crucial occupé par l’alimentation qui se joue avant même toute médication quelle qu’elle soit !

Ainsi donc, ce que, en Occident, nous nommons plantes héroïques (belladone, jusquiame, mandragore, datura, pavot, ciguë, aconit, etc.) se trouvent être classées dans la troisième catégorie, en tant que plantes inférieures, alors que, parmi les plantes supérieures de la première catégorie, se trouvent des plantes que la pharmacopée occidentale relègue facilement aux oubliettes.

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Les lianes européennes

Quand on dit « liane », on n’associe pas d’emblée le territoire européen à ce mot qui évoque davantage les luxuriantes canopées équatoriales telles que l’Amazonie par exemple.

Or, en Europe, nous avons bien nos lianes endémiques. Oh, soit, elles n’ont ni la taille, ni le charisme, ni les couleurs éclatantes de certaines de leurs consoeurs tropicales, sans doute que leur caractère discret sinon commun les rend banales à beaucoup.

Sans confiner à l’exhaustivité, seront ici présentées brièvement quatre de ces lianes européennes sauvages.

La caractéristique première d’une liane est qu’elle a besoin d’un support, d’un tuteur afin de s’épanouir pleinement. Cela peut être autant un vieux grillage qu’un pan de mur, qu’un autre végétal comme un arbre, par exemple. Ces grimpeuses n’ont pas seulement besoin d’un support mais également des moyens leurs permettant de s’y agripper. Aussi, vrilles et crampons sont-ils des outils que ces plantes mettent en œuvre afin d’adhérer au mieux à leur support et, en cela, les moindres aspérités, les moindres anfractuosités sont exploitées, ce qui montre bien à l’évidence que ces plantes ont l’ « intelligence » de s’y adapter.

Ainsi la bryone (Bryonia dioïca), le houblon (Humulus lupulus) et la clématite (Clematis vitalba) développent-ils des vrilles spiralées qui s’enroulent et s’entortillent autour des tiges d’autres végétaux, formant ainsi de graciles linéaments. Le lierre (Hedera helix), quant à lui, s’arme de crampons qui jouent peu ou prou le rôle de pitons d’escalade.

Note : si ces deux dernières plantes sont très fréquentes en France, les deux autres sont plus localisées.

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1. « Plante toxique et dangereuse, la bryone n’est pas à conseiller dans la pratique domestique ». Ainsi s’exprimait Paul-Victor Fournier dans les années 1940. Même si avant lui, Cazin (XIX ème siècle) et Leclerc (XX ème siècle) nuancèrent davantage les propos en ce qui concerne cette plante dont les tiges souples de 2 à 4 m de longueur laissent difficilement imaginer que c’est une racine grosse comme le bras qui les produit, une racine si volumineuse à dire vrai que nombreux furent les faussaires à les tailler pour en faire de vraies fausses racines de mandragore.

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2. Tout comme la précédente, la clématite est vénéneuse et doit être employée avec de grandes précautions. Son nom latin (vitalba) signifie « vigne blanche », ce qui la rapproche encore davantage de la bryone qui porte elle aussi un tel surnom. La racine grec klêma présente dans son nom rend bien compte de son statut de liane puisque cela signifie « sarment », « bois flexible », d’autant que ses tiges peuvent atteindre la prodigieuse longueur de 20 m !Ses petites fleurs blanchâtres à quatre sépales sont inodores. Elles donnent naissance à des « boules » cotonneuses qui forment en réalité les fruits, des aigrettes plumeuses, que l’on désigne communément sous le nom de barbe de vieil homme ou cheveux de la vierge…Irritante, vésicante, rubéfiante et détersive, la clématite trouva, au Moyen-Âge, un bien curieux emploi : les mendiants s’en badigeonnaient les bras, « il en résultait des plaies semblables à des ulcères », nous indique le docteur Valnet, d’où le nom d’herbe aux gueux parfois donné à la clématite.

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3. Bien connu des amateurs de bières, le houblon n’en est pas moins une plante dont le bagage thérapeutique est intéressant même s’il est vrai qu’il est beaucoup moins présent dans les herboristeries familiales que peuvent l’être la menthe ou le thym.Ses tiges grimpantes atteignent communément 5 à 6 m mais parfois beaucoup plus. Elles ont la particularité de s’enrouler de façon sinistrogyre, c’est-à-dire de gauche à droite. Les fleurs femelles forment les fameux cônes de houblon dont on garnit parfois encore des oreillers afin d’aider à l’endormissement et au sommeil.

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4. Quatrième et dernière liane de notre quadrige, le lierre camoufle par la luxuriance de son feuillage une floraison discrète laquelle forme tardivement des baies noirâtres et pruineuses. Cette plante, si commune sous nos latitudes, partage, avec le trio qui le précède, une toxicité qui ne doit pas être ignorée. Peu utilisé en herboristerie, le lierre grimpant est une espèce végétale à visée thérapeutique dont l’usage doit s’entourer de précautions. Que les oiseaux picorent à peine ses baies fournit déjà un indice sur la nature indigeste qui leur est propre…

© Texte & images : Books of Dante – 2013

La rose, une passion française, histoire de la rose en France (1778-1914)

François Joyaux

Éditions Complexe

2001

264 pages

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Quand on est un historien aussi passionné que l’est Michel Joyaux, il est bien normal d’écrire une perle, l’ouvrage que je vous présente aujourd’hui.

Si l’on n’est ni rosiériste ni rosomane, on peut avoir de la rose une vision parcellaire, quand bien même la multiplicité des roses ne rend pas nécessairement compte du travail patient et minutieux opéré par l’homme depuis des siècles afin de cultiver et d’hybrider différentes roses entre-elles en vue d’en obtenir l’ultime beauté dont certaines sont aujourd’hui défuntes.

Bien des hommes et des femmes, à divers degrés, sont tombés dans la manie de la rose. Certains, simples collectionneurs, ont côtoyé dans le même temps ce que l’on nomme les obtenteurs, c’est-à-dire ces hommes qui, non seulement collectionnent également mais cherchent avec plus ou moins de succès et de bonheur à multiplier les hybrides.

C’est l’histoire de ces passionnés que retrace Michel Joyaux. C’est à cet engouement tout français pour les roses que nous convie cet ouvrage passionnant.

© Books of Dante – 2013

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