Le(s) basilic(s)

Basilic_tropical

Le basilic, tout comme la menthe, est une plante aromatique tellement courante dans les cuisines, qu’on pourrait en oublier ses origines asiatiques (sous-continent indien). Cultivée depuis 4 000 ans en Inde, cette plante s’est ensuite implantée en Égypte il y a trente siècles, avant de conquérir l’Europe balkanique dans un premier temps. Très probablement rapportée par Alexandre le Grand au IV ème siècle av. J.C., elle apparaît dans les Argonautiques orphiques sous le nom de basilic touffu, un plante dédiée à Hékate. De là, elle glisse vers l’empire romain qui, si l’on en croit Pline l’Ancien, connaissait bien le basilic. L’Herbarius du Pseudo-Apulée (IV ème siècle ap. J.C.) mentionne le basilic parmi plus d’une centaine de plantes. On y indique même les soins de récolte (tracer un cercle tout autour de la plante, ne pas la couper avec un instrument en fer, la ramasser lorsque le soleil se couche). « Cette herbe royale triomphe de toutes les violences et, si on la porte sur soi, on sera protégé de toutes les générations de serpents. » Ici, nous avons affaire à une interrelation entre la plante et l’animal mythique, assez proche de la gorgone, qui méduse de son regard toute personne assez folle pour lui jeter une œillade. Quelles que soient les étymologies, il est toujours question, lorsqu’on parle du basilic, de royauté : du latin basilicum tiré du grec basilikon qui signifie plante royale, en allant au basilisk, le roi des serpents, partout on retrouve cette image. Peut-être a-t-on donné à cette plante le nom de basilic parce qu’elle permettait, dit-on, de repousser les serpents, et peut-être le roi des serpents qu’est le basilic, animal hybride à l’allure de coq teigneux, aux ailes de chauve-souris et à queue de serpent (au Moyen-Âge, on trouve cette étonnante orthographe : bazeillecoq!) Comme l’oignon, le basilic est appelé bhûtagni en sanskrit, autrement dit « plante tueuse de monstres ».

Basilic

C’est peut-être en raison de cette association que le basilic porte en lui une dichotomie symbolique ; en effet, tour à tour, il apparaît extrêmement bénéfique ou carrément néfaste, comme nous allons maintenant le découvrir. Vénéré ici, méprisé là, c’est, une fois de plus, toute l’ambivalence propre à l’être humain que d’attribuer à une même plante de multiples symboles. Ainsi, chez les Grecs, le basilic était symbole de haine et de malheur, à tel point qu’on représentait la pauvreté sous les traits d’une mendiante accompagnée d’un basilic. Comme on l’aura fait du cumin, il fallait injurier le basilic lorsqu’on le sème afin qu’il pousse mieux. Aujourd’hui, l’expression « semer le basilic » indique la médisance. Le voir en songe était considéré comme de mauvais augure. Funéraire et sinistre, il est fréquemment planté sur les tombes (Iran, Malaisie…). Mais pour mieux comprendre ces dimensions, il est bon de retourner en Inde, sa patrie d’origine. Là-bas, le basilic est tout aussi sacré que la verveine le fut pour les Romains. On y élève de véritables autels en l’honneur de cette plante à laquelle on s’adresse comme s’il s’agissait d’une divinité. Cette puissance est restée si vivace qu’on appelle encore aujourd’hui l’un de ces basilics en regard de son caractère divin : basilic sacré (Ocimum sanctum) ou basilic tulsi. Ce dernier mot n’est qu’une approximation puisque le sanskrit l’appelle tulasi. Plante fécondante, liée à Lakshmî et à Vishnu, le tulasi est invoqué pour la protection de toutes les parties du corps, pour la vie et la mort. C’est une plante immortelle « qui contient en elle toutes les perfections, qui éloigne tous les maux [bâtir une maison sur un terrain où le basilic pousse bien est de bon augure], qui purifie et qui guide au paradis céleste ceux qui la cultivent » (Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, p. 363). Elle ouvre les chemins du ciel aux hommes pieux, c’est pourquoi elle doit être cueillie uniquement dans une bonne intention, car « Vishnu rendrait malheureux pour toute sa vie et pour l’éternité l’impie qui, par mauvaise volonté, voire même aussi l’imprudent qui, par mégarde, arracherait l’herbe tulasi ; point de bonheur, point de salut, point d’enfants pour lui » (Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, p. 365). Oui, le tulasi ne peut accorder ses bienfaits qu’aux méritants, vivants comme morts (il est de coutume de placer une feuille de tulasi sur la poitrine du mort et de lui laver la tête avec une eau dans laquelle on aura fait tremper des feuilles de ce basilic ainsi que des graines de lin.
Du caractère fécondant du basilic, on sera passé à une symbolique plus érotique dans la tradition populaire (Grèce, Italie). Par exemple, une jeune Sicilienne ôte le pot de basilic de sa fenêtre pour signifier à son amoureux qu’il peut entrer chez elle. Parfois, c’était au prétendant d’offrir un pied de basilic. Si la jeune fille l’acceptait et le plantait, tout était dit ! Selon la manière dont les femmes portaient le basilic, cela renseignait sur leur situation : accroché à la ceinture, il indiquait que la jeune femme était vierge ; à la tête, cela désignait une femme mariée.
On le retrouve encore dans des pratiques plus « sorcières » : une femme désirant un enfant se frottait le ventre de feuilles de basilic. Des philtres composés de céleri, de cumin, de serpentaire et de basilic étaient censés susciter l’amour. Étonnants pouvoirs quand on sait à quel point le basilic est frileux et qu’il craint le gel et les courants d’air ! ^^

Tulasi

Le basilic pénétrera tardivement en Europe occidentale. On sait que cette plante fit partie du jardin des simples d’Hildegarde de Bingen et de Plaetarius au XII ème siècle. Bernard de Gordon le signalera à Montpellier au XIII ème siècle. Il faudra attendre le début du XVI ème siècle pour qu’on parle enfin de l’essence de basilic (Traité de la distillation de Brunschwig, 1506 ; Dispensatorium noricum, 1589).

Le genre Ocimum comprend des dizaines d’espèces, annuelles ou vivaces, réparties sur plusieurs continents (Amérique du sud, Amérique centrale, Asie, Afrique, Europe). Comme on le constate sur ce schéma, la famille des basilics est vaste. Parfois, la seule et même plante donne, selon le lieu où elle est cultivée, des huiles essentielles différentes. Par exemple, le basilic tropical présente trois chémotypes différents : CT linalol (Italie, Europe de l’est), CT linalol/eugénol (Maroc, Égypte, Afrique du sud) et CT méthylchavicol (Réunion, Comores, Madagascar, Thaïlande, Vietnam, Inde, Pakistan, France). Pour des raisons pratiques, nous concentrerons notre intérêt sur seulement d’eux d’entre eux : le basilic tropical CT méthylchavicol (Ocimum basilicum ssp. basilicum) et le basilic sacré (Ocimum sanctum).

Basilics

Le basilic en aromathérapie

Description et composition

L’huile essentielle de basilic tropical est majoritairement composée d’éthers (70 à 90 % de méthylchavicol, une molécule que l’on retrouve en masse dans l’huile essentielle d’estragon) et de linalol (14 à 22 %). Cette composition n’a que peu à voir avec celle de l’huile essentielle de basilic sacré : 50 % d’eugénol (molécule prioritaire de l’HE de clou de girofle et de l’HE de cannelle de Ceylan « feuilles »), 36 à 45 % de sesquiterpènes, très peu d’éthers (moins de 2 %). Ces deux plantes ont beau être des basilics, elles n’ont pas grand chose en commun. La première a une odeur verte, fraîche et anisée rappelant l’estragon, alors que la seconde se démarque par une caractéristique odeur de clou de girofle, chaude et épicée, avec un petit quelque chose de fleuri.

Propriétés thérapeutiques communes 

  • Anti-infectieuses : antibactériennes, antifongiques, antivirales, antiparasitaires
  • Anti-oxydantes
  • Anti-inflammatoires
  • Antalgiques, analgésiques
  • Sédatives, calmantes
  • Anti-allergiques

Propriétés thérapeutiques spécifiques

HE basilic tropical : antispasmodique, tonique digestive, carminative, cholagogue, tonique hépatique, décongestionnante hépatique, décongestionnante veineuse, musculotrope, positivante, neurorégulatrice

HE basilic sacré : immunostimulante, régulatrice du système cardiovasculaire, cardioprotectrice, hypotensive, fluidifiante des sécrétions bronchiques, utérotonique, emménagogue

Usages thérapeutiques

Un tronc commun de propriétés thérapeutiques impliquerait-il des usages similaires ? C’est en partie vrai, mais tenons-nous loin des présupposés en la matière. Les domaines d’action de l’huile essentielle de basilic tropical, s’ils devaient être réduits à seulement trois, seraient les suivants : la sphère gastro-intestinale, la sphère hépatique et la sphère génito-urinaire. Le basilic sacré est plus spécifique des sphères circulatoires et cardiovasculaires, même s’il est évident que cette huile essentielle ne se borne pas qu’à cela. Décortiquons :)

– Troubles gastro-intestinaux :
*Tropical : flatulences, ballonnement, colite spasmodique, entérocolite virale, gastrite, aérogastrite, gastro-entérite, diarrhée, atonie digestive, nausées, vomissements, hoquet, mal des transports, maladie de Crohn (?)
*Sacré : entérocolite, colite spasmodique, spasmes gastro-intestinaux, douleur gastrique, ulcère gastrique, parasitose, mal des transports

– Troubles articulaires et musculaires :
*Les deux : rhumatismes, arthrite, polyarthrite rhumatoïde, tendinites, contractures musculaires, élongations musculaires, courbature, crampes

– Troubles génitaux :
*Tropical : congestion du petit bassin, troubles prémenstruels, dysménorrhée, règles douloureuses, prostatite
*Sacré : aide à l’accouchement (dernier mois de grossesse)

– Troubles circulatoires et vasculaires :
*Tropical : troubles circulatoires veineux, varices
*Sacré : stases veineuses des membres inférieurs, maladies cardiovasculaires, sucre et cholestérol sanguin

– Troubles hépatiques :
*Tropical : insuffisance pancréatique, congestion hépatique, hépatite virale

– Troubles respiratoires :
*Tropical : rhume, catarrhe bronchique
*Sacré : grippe, bronchite, toux, infection des voies respiratoires

– Troubles cutanés :
*Tropical : zona, eczéma sec, tâches de vieillesse, irritation cutanée, irritation du cuir chevelu

– Troubles psychiques :
*Tropical : anxiété, angoisse, nervosisme, fébrilité, choc, asthénie, surmenage, déprime, colère, ressentiment, incompréhension
*Sacré : stress, manque de vitalité, de dynamisme et de persévérance, fatigue mentale, indécision

Modes d’emploi

  • Interne
  • Externe (dilution dans une huile végétale nécessaire surtout pour le basilic sacré)
  • Olfaction
  • Diffusion atmosphérique (attention à la présence de phénols dans l’huile essentielle de basilic sacré qui sont irritants pour les muqueuses nasales)

Contre-indications et usages alternatifs

  • Toxicité : chez le basilic tropical, on peut rencontrer une éventuelle irritation cutanée, quant au sacré, cette huile essentielle est franchement dermocaustique. Le basilic tropical est déconseillé durant les trois premiers mois de grossesse, tandis que l’autre est interdit durant la grossesse (sauf durant le dernier mois : aide à l’accouchement) et durant l’allaitement. On évitera l’emploi de ces deux huiles essentielles chez le bébé et l’enfant.
  • Cuisine : certaines personnes, comme c’est également le cas en phytothérapie, préfèrent utiliser du basilic sec. Autant dire qu’il ne sert alors plus à grand chose, la dessiccation le vide de ses propriétés. Donc, du basilic frais, c’est beaucoup mieux. En cuisine, inutile de présenter le basilic. Il entre dans la composition de nombreux plats en tant qu’aromate. Il se marie à merveille avec ail, aubergine et tomate. On le retrouve fréquemment dans la cuisine méridionale (Italie, Grèce, France) et asiatique (Inde, Thaïlande). C’est lui qui donne son parfum si particulier à la soupe au pistou, le nom provençal du basilic, pas tellement éloigné de l’italien pesto.
  • Autres usages : liquoristerie, industries pharmaceutique et cosmétique, parfumerie.

© Books of Dante – 2014

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