Herbes & feux de Saint-Jean : introduction

Couverture_herbes_feux_saint_Jean

C’est une petite exclusivité que je vous propose là : ni plus ni moins que l’introduction de mon prochain livre, Herbes & Feux de Saint-Jean, accompagnée de l’illustration qui viendra embellir sa couverture Bonne lecture ! :)

A travers les âges, l’Homme s’est voué à plusieurs cultes. La Pierre et la Source en sont deux avatars. En ces temps anciens durant lesquels l’Homme devait faire face à différents maux (la maladie, la guerre, la famine, de mauvaises récoltes…), l’esprit humain s’est tourné vers des pratiques mêlant autant diverses formes de magies qu’un appel aux divinités. Certaines mesures médicinales plus empiriques que raisonnées furent également conviées. Toutes avaient pour but un mieux-être ainsi que la résolution de problèmes divers et variés.
Malgré la progression constante du christianisme, les rites païens surent rester vivaces. Au dogme ecclésiastique s’opposa l’héritage de pratiques multi-millénaires. Il est bien entendu que l’Église chrétienne aura cherché, par tous les moyens, à extraire les mauvaises herbes païennes de son pré carré et à séparer le bon grain de l’ivraie. Las. Une résistance plus ou moins passive s’instaura. Plutôt que d’user son prosélytisme jusqu’à la culotte, l’Église eut une idée géniale. Au lieu de vindicte et d’anathème, elle devint peu à peu relativement tolérante face à ces rites forcément idolâtres. En amadouant et en les absorbant, comme une amibe gloutonne le ferait d’un microbe, la chrétienté détourna ces rites de leurs destinations originelles. C’est alors qu’on assista à la christianisation des anciens lieux de culte. Bien des églises et des chapelles ont été érigées sur leur emplacement. On évangélisera même les menhirs dont certains sont encore surmontés d’une croix aujourd’hui. On aura conservé les mêmes lieux tout en modifiant quelque peu le décor. D’antiques divinités on aura fait des saints. Le cas de Brigitte est éloquent à cet égard.

Bien que phagocytées par la chrétienté, les anciennes croyances moururent-elles ? Pas vraiment. Malgré le travail mené en profondeur par l’Église, celle-ci ne put jamais aller au bout de sa quête. C’est pourquoi, çà et là, au cours de l’Histoire, on assista à diverses réminiscences d’anciens cultes païens L’Église n’aura donc jamais réussi à faire tabula rasa. Et c’est pour cette raison, entre autres, qu’aujourd’hui encore on célèbre la fête dédiée au solstice d’été, autrement dit les feux de la Saint-Jean, le jour de la fête de la musique. Le paganisme, malgré son grand âge, n’en reste pas moins plein de verdeur et de vivacité. il est à l’image du pissenlit : plus on cherche à l’arracher, plus il repousse. Mais aussi à celle de la renouée des oiseaux qui adore qu’on lui marche dessus sans paraître s’en offenser le moins du monde, au contraire, elle s’en trouve même ragaillardie. Le chiendent, autre figure emblématique, exprime aussi cet état de fait ; il enfonce si profondément ses racines dans le sol que le soc de la charrue ne parvient à les en extirper.

Aujourd’hui, les curés ne pourchassent plus les païens à travers champs et forêts. Cette relative liberté de culte aura-t-elle profité à ces derniers ? Très certainement. La résistance proviendrait-elle de l’oppression ? A n’en pas douter, oui. Un culte qui ne serait plus diabolisé serait-il voué à disparaître ? Pas sûr.
Les temps changent. Et c’est dans leurs prérogatives. Les temps changent les hommes mais il est aussi vrai que l’homme peut changer le temps durant lequel il déroule son existence. Des feux brûlent encore lors de la Saint-Jean. Revêtent-ils pour autant le même esprit que les feux d’antan ? Très certainement pas. Du reste, est-ce bien important de le savoir, sachant qu’une tradition quelle qu’elle soit est destinée à périr si on cherche à la reproduire à l’identique indéfiniment. Des évolutions et des mutations ont eu lieu. Elles ont remodelé peu à peu un antique phénomène qui consiste à élever un énorme brasier au solstice d’été, unique jour de l’année où le Soleil est à son apogée dans nos contrées. Chaque année, au jour où l’astre solaire est roi, de grands feux sont ainsi érigés, éclairant le ciel nocturne le plus court de notre calendrier. Des herbes y sont traditionnellement jetées. Nous chercherons à savoir pourquoi tout en exposant chacune de celles que l’on appelle les herbes de la Saint-Jean, pourvoyeuses des espoirs et des souhaits des hommes.

© Books of Dante – 2015

Noisette et noisetier

écureuil_noisette

On confond très souvent cet arbrisseau avec le coudrier. On peine parfois à les distinguer l’un de l’autre. Une simple et bonne raison à cela : le coudrier et le noisetier sont le seul et même arbre. Le mot coudrier est un terme plus ancien, supplanté par le mot noisetier, parfois anciennement orthographié « noisettier ».
Petite leçon d’étymologie : coudrier provient de l’ancien français coudre issu du bas-latin corulus et du latin classique corylus. Ah ! Et aussi du grec : korys qui signifie casque, eu égard à la forme très particulière du fruit du noisetier enchâssé dans sa bractée lacérée, j’ai nommé, la noisette. Oui, oui, j’ai bien dit un casque. Attrapez une noisette, placez la bractée vers le haut, le fruit vers le bas, dessinez-lui une bouche et deux yeux, et vous aurez la tête d’un petit lutin de la forêt. Pour peu que vous trouviez un gland pour le corps et quatre brindilles pour les bras et les pattes… ^^

Alors comme ça, il paraîtrait que le noisetier est d’essence magique ? Hum… Jugeons plutôt. Le noisetier et son fruit ont joué un grand rôle dans la symbolique des peuples nordiques, germaniques et celtes. Pour ces derniers, la noisette incarnait la connaissance (1), alors que le bois de coudrier était utilisé par les druides comme support d’incantations. On se référera en cela à la pratique de la gravure sur bois de coudrier des oghams qui eurent un rôle à caractère divinatoire. Les druides « coupent à un arbre une branche qu’ils taillent en petits bâtons auxquels ils font des marques et qu’ils dispersent sur une étoffe blanche sans ordre et au hasard » (2). Il est étonnant que l’adjectif en relation avec le verbe deviner soit divinatoire et non pas devinatoire, isn’t it ? Le divinatoire appellerait-il le divin ? Explications. Arbre de la science et de la sagesse, le noisetier, par les oghams qui en sont tirés, est l’arbre intercesseur des dieux qui apprend aux hommes quelles sont les décisions à prendre. De même que certains jettent les dés (ou l’éponge ^^), les druides jetaient les bois. Aussi, la divination est-elle une manière d’obtenir une réponse par l’entremise des dieux.
Cette caractéristique, on la retrouve à travers la fameuse baguette de coudrier des sourciers. Divinatoire, cette baguette ? En effet, puisque son rôle consiste à deviner là où se cache l’eau invisible aux regards. Il s’agit d’une branche fourchue en forme de Y, la furcelle, faite de noisetier, un arbrisseau dont on dit qu’il a une très grande affinité avec l’eau. Cette baguette est censée entrer en résonance avec les ondes émises par la concentration des eaux dans le sol, mais également avec les radiations des nœuds métallifères, ce qui en a fait la baguette des chercheurs de trésors, bien que l’eau soit elle aussi un trésor à bien des égards… et plus précieux que toutes les mines de pierres et autres gemmes vénales.
En guise de notice explicative, voici exposé par Charuel, dans son Dictionnaire des institutions, des mœurs et des coutumes, le maniement de cette baguette : « On tient de sa main l’extrémité d’une branche, en ayant soin de ne pas trop la serrer, la paume de la main doit être tournée en haut. On tient de l’autre main l’extrémité de l’autre branche, la tige commune étant parallèle à l’horizon. On avance ainsi doucement vers l’endroit où l’on soupçonne qu’il y a de l’eau. Dès qu’on y est arrivé, la baguette tourne dans la main et s’incline vers la terre comme une aiguille qu’on vient d’aimanter. »
Le coudrier à la quête de l’eau… Cela n’est pas sans évoquer l’épisode de la verge de Moïse relaté dans l’Exode (16, 1-7 et 7, 8-12).

Le noisetier a aussi valeur de fertilité. Par exemple, on peut faire référence à Iduna, déesse de la vie et de la fertilité chez les peuples germano-scandinaves : elle est emportée dans les airs sous forme de noisette par Loki transformé en faucon à l’occasion. Tout autant, un conte islandais relate l’histoire d’une princesse stérile qui se promène dans un bois de coudriers afin de consulter les dieux qui la rendront féconde. Cela explique pourquoi la noisette a souvent sa place dans les rites de mariage. Petit florilège :
– Que deux amoureux jettent deux noisettes dans le feu de l’âtre. Si elles brûlent ensemble, c’est bon signe. Sinon…
– Pour assurer la fécondité d’un mariage, il faut jeter des noisettes sur le passage des mariés à la sortie de l’église.
– La mariée distribuait des noisettes au troisième jour de ses noces, pour signifier que le mariage avait été consommé.
– Si l’on souhaite un enfant, il faut que lors du repas de noce un dessert à base de noisettes soit servi aux mariés.
– L’expression « casser des noisettes » était employée en Allemagne comme un euphémisme amoureux. De même que « in die haseln gehen » rappelant assez bien la locution finlandaise « aller aux écrevisses ».
– Enfin, on dit d’une année à noisettes qu’elle sera une année à enfants, mais aussi à femmes publiques…

Il semble donc bien que cet arbre de la fertilité soit souvent devenu l’arbre de la débauche. En certaines régions d’Allemagne des chants folkloriques opposent au coudrier le sapin, comme arbre de la constance. Alors que la noisette est assez souvent un fruit de science, un « symbole de patience et de constance dans le développement de l’expérience mystique, dont les fruits se font attendre » (3)… Ce qui nous fait revenir aux Celtes qui virent dans la noisette le fruit de la connaissance comme nous l’avons déjà mentionné. Cependant, les minutes d’un procès de sorcellerie en date de 1596 nous révèlent ceci : « Si dans la nuit de Walpurgis ladite sorcière avait battu la vache al’ec la baguette du diable, cette vache donnait du lait toute l’année. » D’autres sources mentionnent le fait qu’une vache battue avec une branche de noisetier est plus prolifique de son lait, mais sans mentionner que cette branche est forcément l’émanation du diable.

La baguette du diable ? Le coudrier ? N’y a-t-il pas là une considérable confusion ? Que peut donc être la baguette du diable sinon le balai du sorcier (et non la baguette de sourcier) ? Ces deux termes, si proches orthographiquement, ne laissent pas d’étonner… Il semble plus qu’évident de ne pas placer dans le même sabot le sourcier et le sorcier, ils n’ont pas grand-chose de commun, hormis, peut-être, le fait d’avoir été vilipendés l’un comme l’autre. Est-il donc possible de confondre la baguette divinatoire du sourcier avec le balai de la sorcière. Hum ? Là encore, l’étymologie (grands dieux ! que ferais-je sans toi ?) va éclairer cette scène d’une façon pour le moins surprenante. En latin, balai se dit scopa. Ce mot est issu du grec skêptron qui signifie… bâton et, par extension, sceptre! Comment ne pas penser au thyrse de Dionysos coiffé d’une pomme de pin ? Comment, alors, parlant de baguette de sourcier (fourchue, la baguette…), ne pas évoquer le balai que la sorcière enfourche à califourchon ? Encore un peu d’étymologie ? Allez ! Califourchon : du breton kall, testicules. Et du français fourche qui, en langage imagé signifie… diable ! Impossible de ne pas avoir en tête la fameuse image (d’Épinal diront certains) de la sorcière sur son balai, autrement dit : assise sur les testicules (et donc la verge) du diable !
Malgré tout, Angelo de Gubernatis mentionne l’existence de l’usage d’une baguette de noisetier par les sorcières, près d’Otrante (en Italie, dans le talon de la botte) et dont il nous dit qu’elle leurs permettait de découvrir des trésors. Aussi, le sorcier et le sourcier seraient-ils aussi semblables que le sont noisetier et coudrier, deux branches d’un même arbre ? A la faveur de la nuit sublunaire, cette branche, verge, baguette… permet à la sorcière de localiser l’emplacement précis où est censé se trouver le trésor. Ce en quoi Richard Ely et Véronique Barrau, dans leur très bon Plantes des fées, ne disent pas autre chose. Chaque noisetier se pare d’une branche d’or. « Celui qui la prélève durant l’intervalle précis où les douze coups de minuit résonnent [durant la nuit de Noël], détiendra un rameau aussi puissant que les baguettes de fée ! Grâce à lui, déceler un trésor enterré dans les entrailles de la Terre, une mine d’or ou de pierres précieuses se révèlent un jeu d’enfant » (4). Métaphore bien sûr, qui n’est pas sans rappeler la fameuse fleur rouge de fougère….

Ainsi le coudrier, par amalgame, est devenu peu à peu l’arbre du diable. Et la noisette n’est pas en reste, comme l’évoque ce petit conte : « Le diable souhaitait impressionner un enfant. Pour cela, il se transforma d’abord en monstre gigantesque, puis en tout petit vermisseau. A la demande de l’enfant, le diable pénétra à l’intérieur d’une noisette à travers le petit trou qui s’y trouvait. L’enfant reboucha bien vite le trou et porta la noisette au forgeron, l’homme le plus solidement bâti du village, afin qu’il écrase diable et noisette sous son énorme marteau. Ce qui fut fait. Hélas, la noisette se brisa en mille morceaux, le diable en jaillit comme une nuée d’étincelles qui se répandirent au monde entier, allant se ficher dans le cœur des hommes. Depuis lors, chaque habitant de la terre porte en son sein une petite part diabolique. »
Si l’on a dit du bâton de coudrier qu’il était un instrument de transport pour les sorcières (ou de n’importe qui ayant placé son bois entre les jambes), il en est de même de la noisette dont la coque aurait servi de nacelle à Hercule revenant du jardin des Hespérides… De Gubernatis ajoute une note très intéressante au bas de la page 240 du second tome de La mythologie des plantes : « Dans Roméo et Juliette, de Shakespeare, Mercutio nous montre la reine des fées Mab arrivant la nuit sur un carrosse qui est une noisette ». Il est bien connu que «  les bonnes fées de nos contes populaires [font tailler] leurs carrosses dans des noisettes, et tissent ou font tisser des robes si fines, qu’elles peuvent tenir aisément dans une seule noisette » (Mercutio ne vous rappelle pas le nom d’une divinité des voyageurs ?…)

noisetier_fruits

Avant de poursuivre avec les qualités botaniques et thérapeutiques du noisetier et de son fruit fécond, laissons le soin à Jacques Brosse de clore la première partie de cet exposé : « Bâton ou balai, verge ou caducée, la baguette magique n’est jamais qu’une branche d’arbre et celle-ci tient son pouvoir du seul fait qu’elle est censée provenir de l’arbre sacré, Arbre de Vie ou Arbre Cosmique. » Impossible (encore !) de ne pas évoquer les branches de bouleau utilisées pour confectionner des balais en Europe centrale, le même bouleau qui, comme l’on sait, est l’Axis Mundi des chamans sibériens…

L’usage alimentaire de la noisette ne date pas d’hier. Il remonte à près de 10 000 ans, à l’époque des chasseurs-cueilleurs de la Préhistoire. Pour preuve, on a retrouvé sur des sites archéologiques des restes de noisettes fossilisés, alors que ses premières traces de culture remontent au moins au IV ème siècle av. J.C. en Grèce.
Que la noisette ait été l’objet d’une cueillette sauvage ou domestique ne nous permet pas de déterminer avec exactitude ses usages médicinaux d’alors (usages intrinsèques à sa consommation cependant), surtout que la noisette est, si je puis dire, l’arbre qui cache la forêt puisque, du noisetier, on utilise bien davantage que les seules noisettes : les feuilles, les chatons et l’écorce des jeunes rameaux.
Par ses feuilles et son écorce, le noisetier est très proche des propriétés de l’hamamélis (arbuste parfois nommé noisetier américain, witch-hazel en anglais alors que le noisetier porte celui de hazel tree). Toniques veineuses et vasoconstrictrices, feuilles et écorce portent leurs actions sur les troubles de l’insuffisance veineuse (varices, phlébites, œdèmes des membres inférieurs, etc.)
Feuilles et écorce possèdent la commune propriété qui consiste à resserrer les tissus. On appelle cela l’astringence, laquelle trahit la présence de tannin. Elles sont également cicatrisantes, ainsi les utilise-t-on en externe sur dermatoses, plaies, ulcères variqueux, hémorroïdes, etc.
L’écorce, comme beaucoup d’autres (frêne, tilleul, etc.), est fébrifuge ; elle est applicable en cas de fièvres intermittentes.
Au contraire des chatons de noisetier qui sont amaigrissants, les noisettes sont hautement nutritives et énergétiques. On en consommera avec profit en cas de croissance (chez les enfants), de grossesse, de sénescence et d’anémie. Elle s’adapte à toutes les conditions et à tous les âges, inutile de s’en priver d’autant plus qu’elle est parmi les fruits oléagineux celui qui est le plus digeste.
Elle contient nombre de sels minéraux et d’oligo-éléments (phosphore, soufre, fer, calcium, potassium, sodium, magnésium, cuivre…), ainsi que de la vitamine E, de la vitamine A et certaines vitamines du groupe B.
Vous êtes en convalescence ? Pensez aux noisettes et à leurs copines, les amandes. Nous sommes donc très loin de ce qu’évoquait Hildegarde de Bingen à propos du noisetier au XII ème siècle : « Il ne vaut pas grand chose pour la médecine […], il est l’image de la lascivité ». Oups ! Il y a bien, dans les écrits de l’abbesse, une filiation entre le noisetier et son rôle générateur, mais c’est si confus que je vous déconseille de tenter la recette pour laquelle il faut employer les chatons mêlés à d’autres plantes ainsi qu’au « foie d’un jeune bouc déjà apte à engendrer » et à « de la chair de porc crue, et grasse » (5). Tout un poème, donc. De même, la bénédictine n’apprécie pas des masses la noisette qu’elle présente comme neutre, mais indique qu’elle est nuisible aux malades ! Est-ce la réputation sulfureuse de la noisette qui aura induit, de la part de l’abbesse, un jugement aussi dur ? A toutes fins utiles, rappelons qu’au Moyen-Âge les plantes connues pour « exciter les sens » sont assez mal vues dans les jardins monacaux…

Enfin, nous ne saurions terminer ce rapide tour d’horizon sans évoquer le précieux liquide que l’on extrait des noisettes : son huile. Au passage, profitons-en pour indiquer que la noisette est parmi les fruits oléagineux celui qui contient le plus d’huile, à hauteur de 50 à 60 %, soit bien plus que l’amande ou la noix. Dans cette huile, on trouve une très grande proportion d’acides gras insaturés (87 à 92 %) dont une partie importante d’oméga 9, alors qu’échoit aux acides gras saturés la portion congrue (7 à 10 %). Elle contient aussi de la vitamine A et de la vitamine D. Fluide, elle pénètre rapidement l’hypoderme ainsi que les muscles, elle permet dont de travailler en profondeur. Notons quelques-unes de ses principales propriétés : adoucissante, assouplissante, nourrissante, régénératrice cutanée, régulatrice du taux de sébum, relaxante, dynamisante, anti-anémique, régulatrice du taux de cholestérol sanguin, hypotensive légère, vermifuge doux pour les enfants. Mentionnons également une action positive de cette huile sur les sphères respiratoire et rénale.
Cette huile jaune ambré possède un goût exceptionnellement fin. En cuisine, il faudra la consommer exclusivement crue. Par ailleurs, elle est utilisée en parfumerie, en tant que lubrifiant, pour l’éclairage aussi !

Noisetier_chatons

Cet arbrisseau caducifolié peut atteindre facilement 5 m de hauteur une fois adulte, mais sa taille peut parfois doubler. C’est ce que l’on observe chez les très vieux spécimens, bien que la taille ne soit pas un gage de longévité chez le noisetier, en effet, les plus gros troncs ne dépasseront jamais 30 cm de diamètre chez ces sujets. En revanche, il pousse en touffes assez denses et ramifiées au pied desquelles de nombreux rejets apparaissent : les drageons.
Ses feuilles ressemblent beaucoup à celles de l’hamamélis : rondes, voire ovales, avec une pointe au sommet et brièvement pétiolées.

Les fleurs présentent des différences notables : les mâles sont des chatons jaune brunâtre de 5 cm de longueur (ils sont visibles à l’heure qu’il est sur les noisetiers que vous rencontrerez) et les femelles se présentent sous forme de boutons minuscules. Ce sont elles qui donneront naissance aux noisettes durant l’automne suivant.
La noisette est un fruit à coupelle verte enserrée par des bractées. La coque ligneuse, qui contient l’amande comestible de couleur crème pelliculée de brun, passe du vert au brun avec le temps. Elles se récoltent généralement dès la fin du mois d’août, au plus tard début septembre.

Le noisetier est un arbrisseau très robuste qui est assez indifférent au terrain qu’il occupe. Il a tendance à peupler les coulées volcaniques et les zones sablonneuses aux abords des voies de communication. Il opte aussi bien pour la plaine que pour la montagne, on aura la chance de le trouver dans les bois clairs, en lisière de forêt, dans les haies et sur les talus, le long des sentiers, etc. (Europe, ouest de l’Europe, nord de l’Afrique).


  1. Un mythe irlandais nous explique qu’un saumon ayant mangé des noisettes magiques fut capturé par Finn. Celui-ci, goûtant le poisson, fut aussi pénétré de la sagesse universelle.
  2. Guyonvarc’h & Le Roux, Les druides
  3. Chevalier & Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 675
  4. Richard Ely & Véronique Barrau, Les plantes des fées et des autres esprits de la nature, p. 110
  5. Hildegarde de Bingen, Le livre des subtilités des créatures divines, p. 32

Saumon

© Books of Dante – 2015

L’avocat, un « aliment presque parfait »

L’avocatier est un assez grand arbre originaire d’Amérique centrale. On note des espèces mexicaines, guatémaltèques et antillaises. Des deux premières, on a tiré le cultivar israélien. Mais il est aussi cultivé au Kenya, en Espagne, en Australie, etc.
Cet arbre, qui a besoin de beaucoup de soleil, ne devient mâture qu’à l’âge de 4 à 6 ans. Ses très grandes feuilles semper virens s’accompagnent de panicules de fleurs hermaphrodites. Cette floraison assez fade par ses couleurs ne laisse rien présager du fruit qui viendra ensuite. Piriforme, ce dernier est une grosse baie charnue contenant un unique pépin et dont le poids varie de 100 g à 1 kg selon les variétés : l’avocat.

avocat_fruit

Riche de lipides (15 à 20 %), d’acides aminés (cystine, tyrosine, tryptophane…), de vitamines (A, B1, B2, B3, B5, B6, C, D, E, K…), l’avocat est également bien doté en oligo-éléments (potassium, phosphore, magnésium, zinc, fer, cuivre, calcium). Il compte de 160 à 220 calories aux 100 g.
Bien qu’étant considéré comme aliment (en raison des catégorisations excessives propres à l’Occident), l’avocat est aussi une matière médicale dont les bienfaits se vérifient tout d’abord dans l’assiette. Aliment de santé quotidien, il peut également être préconisé dans le menu des malades. Bien mûr, il se digère très bien et complète les forces du convalescent sans surcharger le système digestif. Tout comme l’amande, c’est aussi un aliment de croissance, pourvoyeur des nombreuses vitamines et acides aminés indispensables à l’organisme. La femme enceinte peut largement faire appel à lui, ainsi que l’enfant, l’adolescent et le sportif.
Étant un équilibrant du système nerveux, il est conseillé en cas de surmenage et de nervosité. La tyrosine qu’il contient, un acide aminé nécessaire à la synthèse des protéines, agit sur l’anxiété et la dépression. Il porte aussi son action au niveau des sphères gastro-intestinale et hépato-biliaire.

avocat_fruit_coupé

Ce sont aux lipides contenus dans l’avocat que l’on doit l’onctuosité de sa chair. C’est l’expression à froid de l’avocat qui permet d’obtenir son huile végétale. D’odeur douce et à la saveur typique d’avocat, cette huile de couleur jaune à vert foncée est épaisse. Il faut opérer rapidement, et sur place. En effet, les avocats mûrs se destinant à cet usage peuvent voir leur chair brunir et s’acidifier autrement. Le rendement, d’environ 10 %, permet de recueillir une huile très résistante : elle ne s’oxyde pas facilement et supporte de hautes températures, jusqu’à 250° C.
La composition biochimique de cette huile végétale est très intéressante mais aussi très variable d’une production à l’autre, à l’image des huiles essentielles :

  • Acides gras saturés : 7 à 30 %
  • Acides gras insaturés (acide linoléique, acide oléique, acide alpha-linoléique, acide palmitoléique…) : 36 à 80 %
  • Insaponifiables : 2 à 12 %, dont beaucoup de stérols

Propriétés thérapeutiques

  • Hydratante, régénératrice cutanée, assouplissante, tonifiante, nourrissante, cicatrisante
  • Photoprotectrice
  • Antioxydante
  • Anti-inflammatoire
  • Hypocholestérolémiante, protectrice cardiovasculaire

Usages thérapeutiques

Bien qu’étant plus particulièrement destinée au corps, au visage (y compris le contour des yeux) et aux cheveux, cette huile végétale peut s’absorber par voie orale et ce pour des raisons thérapeutiques mais aussi culinaires. Bon, c’est parti pour vous montrer de quoi l’huile végétale d’avocat est capable ! ^_^

  • Peau : peau sèche, dévitalisée, sensible (celle du bébé y compris), vieillissement cutané (rides, peau abîmée par la rudesse du climat : soleil, vent, gel), irritations, démangeaisons, eczéma, psoriasis, vergetures, cicatrices, crevasses, gerçures
  • Cheveux : redonne brillance et vitalité aux cheveux secs, cassants et ternes, active la repousse capillaire (également transposable aux ongles ; c’est la cystine et la vitamine B6 qui sont responsables de l’action de cette huile végétale sur les ongles et les cheveux)

Mais, comme je l’ai dit, ça n’est pas qu’une huile végétale cosmétique, hein, il serait dommage de s’arrêter en si bon chemin, n’est-ce pas ?

  • Système cardiovasculaire et circulatoire : on a constaté un double effet de cette huile végétale sur le cholestérol. Elle fait chuter le « mauvais » cholestérol (LDL) et augmente le « bon » (HDL). Elle abaisse aussi les taux de triglycérides sanguins. Elle prend soin des artères et du cœur, et prévient donc les pathologies associées (la consommation d’avocat va également dans ce sens).
  • Arthrose, douleurs musculaires
  • Asthénie, anxiété, déprime

Usages alternatifs

En cuisine, on ne présente plus l’avocat. De multiples recettes lui ont rendu grâce, même si son usage a tardé en Europe. Importé par les Espagnols au XVII ème siècle, il est considéré comme un aliment de luxe alors que dans sa terre d’origine on le surnomme beurre du pauvre.
Sachez que l’huile végétale d’avocat peut s’utiliser en assaisonnement comme nombre d’huiles végétales (carthame, sésame, noisette, chanvre…). Bien plus, sa résistance à la chaleur lui permet d’être employée en tant qu’huile de cuisson, comme l’huile d’olive.

Remarques

En raison de son statut de fruit climactérique, la dureté des avocats que l’on trouve sur les marchés n’indique pas un défaut de maturation ou une cueillette hâtive sur l’arbre. En effet, l’avocat est de ces fruits qui ne mûrissent qu’après avoir été cueillis. Pour en activer la maturation à la maison, il faut placer les avocats auprès de fruits dispersant de l’éthylène, comme les bananes par exemple :-)

© Books of Dante – 2015

L’amande douce

amandier_fleurs

A peine un siècle après son implantation au sein de l’empire romain (II ème siècle av. J.C.), on pensait déjà que l’amandier était une espèce locale. L’amandier, comme toutes ces plantes qui ont beaucoup voyagé (1), peut donner l’impression qu’il a toujours été là, alors que non. Le « problème » demeure toujours le même : d’où vient-il ? Il est permis de penser que sa terre natale est la même que celle du pêcher, un de ses cousins, lui aussi membre de la vaste famille de Rosacées, comprenant tant le minuscule fraisier des bois que le gigantesque merisier, et dont le signe distinctif réside dans le nombre de pétales – cinq – composant leurs fleurs. L’amandier trouverait sa source en Asie, plus précisément dans une zone géographique proche du Caucase et de l’Afghanistan. Cela semble raisonnable, même si une thèse avance que cet arbre proviendrait d’Inde ou des Philippines. L’histoire nous a légué des traces attestant de sa culture en Égypte il y a 3 000 ans, en Perse, en Syrie, en Palestine… Puis il gagne l’ouest (Asie mineure, Grèce) au V ème siècle av. J.C. Fera-t-il le tour de la Méditerranée ? Voyons voir… ^_^ Avec l’expansion de l’empire romain au nord, l’amandier se déplace dans différentes vallées des Alpes. Au V ème siècle ap. J.C., on le trouve dans le sud de la France, en Provence. Et si on le rencontre encore aujourd’hui en Espagne et au Maroc, c’est que quelqu’un l’y a bien amené !
L’introduction de l’amandier en France septentrionale semble plus tardive que son apparition provençale. Au début du VIII ème siècle selon Fournier, au siècle suivant en Allemagne, ce qu’atteste le Livre des subtilités des créatures divines de l’abbesse de Bingen. Quand on lit Hildegarde, on ne doute pas un instant qu’elle connaissait bien l’amandier, et qu’il était présent sur son sol natal depuis un temps certain. Selon elle, les amandes redonnent bon teint, apaisent les fatigues mentales en renforçant le psychisme et soignent affections pulmonaires et hépatiques.
Toujours plus à l’ouest, l’amandier a été acclimaté en Californie qui jouit d’un climat pseudo méditerranéen. Si cet état américain est aujourd’hui le plus gros producteur mondial d’amandes (80 % de la production mondiale), je vous en déconseille l’achat pour d’évidentes raisons élémentaires : monoculture intensive et agressive, pas ou peu de label biologique, programme de pollinisation rendant esclaves les abeilles parfois véhiculées sur de longues distance et dont une grande partie meurt en cours de voyage, etc. En revanche, l’amande de Malaga, en Espagne, est très réputée.

L’amandier est un arbre qui ne dépasse pas la douzaine de mètres. Son tronc, couvert d’une belle et sombre écorce, porte des branches tortueuses. Ses feuilles, longues et étroites, s’apparentent à celles du pêcher. Effilées et finement dentelées, elles donnent à l’arbre une silhouette gracile et élégante. Les fleurs, rose très pâle, voire blanchâtres, sont les premières à apparaître (une jolie légende étiologique grecque nous expliquera plus loin pourquoi). Ce sont elles que Vincent Van Gogh a immortalisé sur certaines de ses toiles lors de son fulgurant passage dans le sud de la France (1888-1890). Par ce tableau, sobrement intitulé Amandier en fleurs (février 1890), le peintre, passionné par l’empire du soleil levant, nous offre un magnifique ikebana.

Amandier en fleurs

Les fleurs, une fois fécondées, donnent naissance à des drupes duveteuses dont la couleur, un vert mêlé de gris, est connue sous le nom de « vert amande ». Elle révèle une coque ligneuses, piquetée et épaisse. Lorsqu’on la casse, elle découvre son « fruit » (en réalité une graine) : l’amande.
Qui veut percer un mystère n’est pas au bout de ses peines. L’amande est à cette image. Ce n’est qu’après avoir ôté cette peau vert amande et brisé la coque, que l’on parvient au cœur même de la plante. Rien ne procédant de rien, c’est au bout de certains efforts qu’on parvient enfin à… Combien d’étals sur les marchés nous proposent des amandes fraîches ? Bien peu. Aujourd’hui, elles sont industriellement décortiquées pour nous, blanchies ou non, mondées, grillées… Prenons cette « peine ». Même si nous n’avons pas forcément d’amandier dans les parages. Cette sublime peau veloutée ne saurait vous laisser insensible ? Si ? Elle s’enlève assez facilement et découvre la coque couleur de blé qu’un casse-noix bien maîtrisé brise aisément. Au cœur, une graine émerge, l’amande à la peau brune, blanche à l’intérieur. C’est tout cela que mérite l’amande. Il n’en va pas autrement d’une quête spirituelle : ça demande des efforts et de la persévérance. Puis, il faudra en ôter le tégument, enfin la broyer ou en exprimer l’huile. Gigogne, l’amande !

amandier_fruits

Découvrons l’amande ! Pas au sens de « connaissons », mais de celui qui consiste à l’extirper de sa coque, c’est-à-dire : participer à un secret.
Si le Dictionnaire des symboles de Chevalier et Gheerbrant indique que l’amande est symbole de l’essentiel caché dans l’accessoire, ça n’est pas pour rien ! Ce « caché » est une source, un trésor, une vérité. Il en va de même de la noix et de la noisette : les décortiquer peut mener à un mystère. Peut-être à celui des origines, aussi multiples qu’elles puissent être ! L’amande a un secret. Voulez-vous le connaître ?

Si l’amande est un principe femelle, le reste de l’arbre qui la porte est d’essence masculine. Je m’en vais vous narrer la légende de Phyllis, la « feuillue ». Il est dit que cette jeune fille, abandonnée par son amoureux Démophoon, est allée se pendre à un arbre, un amandier qui en aurait perdu ses feuilles. Lourd de remords, Démophoon rebrousse chemin mais il est déjà trop tard. Il découvre cet arbre dont il embrasse doucement l’écorce. De là jaillissent des fleurs. Démophoon, grâce printanière, redonne vie à Phyllis l’hivernale. L’amandier est donc un signe avant-coureur de la renaissance de la Nature, une annonce du Printemps tout proche, lorsque ses fleurs nombreuses mais fragiles apparaissent.
L’amandier est fortement connoté par un symbolisme créateur et anthropogonique. Au cours d’un rêve, Zeus perdit de sa semence qui tomba à terre. Il en émergea un être hermaphrodite, Adgestis, que les dieux, jaloux de sa beauté, firent émasculer. Du sang qu’Adgestis répandit poussa un amandier. Il ressort que l’amandier remonte à Zeus et que son fruit peut féconder une vierge. Son symbolisme phallique se nuance du fait que le pouvoir fécondant de l’amandier s’exerce indépendamment de l’union sexuelle et amoureuse. Immaculée conception ? Le Dictionnaire des symboles mentionne un rapport étroit entre l’amande et la Vierge Marie, particulièrement dans la figure de la mandorle souvent utilisée dans l’iconographie chrétienne. « L ‘amande qui, dans l’ornementation médiévale, auréole les figures de la Vierge ou du Christ en majesté, participe d’une autre manière au mystère de la lumière : c’est la lumière céleste » (p. 27). La mandorle, comme celle que nous voyons ci-dessous, est « le noyau indestructible de l’être, contenant tous les éléments potentiels de sa restauration ». C’est une figure géométrique que l’on retrouve représentée sur un des arcanes majeurs du tarot de Marseille, le Monde, au centre duquel un personnage rappelle très fortement l’hermaphrodite Adgestis… Accompagné des figures symbolisant les quatre évangélistes, donc les éléments et les directions cardinales, il pourrait représenter la quinte essence chère à Paracelse. Pour aller plus loin, on peut même observer certains parallèles troublants entre l’arcane XXI et la roue-médecine amérindienne telle que je la décris dans mon deuxième ouvrage, Animaux-totems & Roue-médecine.

mandorle_monde

Un arcane est un mystère. Que dire alors de cette poudre d’amande dont on se sert pour confectionner les galettes des rois en début d’année ? Ronde comme un soleil, la galette, nappée de poudre d’amande, recèle un trésor : la fève ! Or, la fève, tout comme l’amande, est symbole d’immortalité, comme je l’ai, je pense, assez bien démontré dans l’article consacré à cette légumineuse. Quels aléas hasardeux auraient placé la fève et l’amande en osmose au sein de la galette, hum ? Cela ne peut être le fruit du hasard, ça l’est d’autant moins lorsqu’on sait ce que signifie le mot épiphanie : c’est la manifestation d’une réalité cachée ! Elle fait voir, elle montre, elle révèle ! Assurément, vous ne regarderez peut-être plus jamais une galette du même œil…

L’amande en thérapie

Si on a pu employer les coques fraîches, les feuilles et les fleurs, nous attacherons notre intérêt à la graine, l’amande, et à l’huile végétale qui en est extraite, l’huile d’amande douce.

L’amande est riche de vitamines (A, B1, B2, D, E) et d’oligo-éléments (calcium, magnésium, phosphore, soufre, potassium…). Contenant 50 à 60 % d’huile, celle-ci est extraite à froid quand les amandes sont encore tendres. De couleur jaune pâle, cette huile est pratiquement dénuée d’odeur, mais présente un goût très doux et très agréable en bouche. Le délai de garde est compris entre deux et quatre mois, au-delà elle a tendance à rancir. Elle prend alors une odeur peu agréable.
Principalement constituée d’acides gras insaturés (acide oléique : 65 à 70 % ; acide linoléique : 21 à 25 %), elle contient donc peu d’acides gras saturés (8 à 9 %)

Propriétés thérapeutiques

  • Amande : émolliente, calmante, diurétique, fébrifuge, antiseptique et anti-inflammatoire intestinale, tonique, nutritive, énergétique (600 calories pour 100 g), reminéralisante, rééquilibrante nerveuse, aphrodisiaque (la vitamine E alimente l’hypophyse responsable du système hormonal, et donc du bon fonctionnement des glandes sexuelles par voie de conséquence).

  • Huile végétale : adoucissante, assouplissante, protectrice cutanée, restauratrice du film hydrolipidique, cicatrisante, antioxydante, laxative, purgative, vermifuge, anti-inflammatoire intestinale, équilibrante du système nerveux, hypocholestérolémiante, expectorante, démaquillante.

Usages thérapeutiques

  • Amande : broncho-pneumonie, toux quinteuse, accès fébriles, inflammations et spasmes gastro-intestinaux et urinaires, palpitations nerveuses, néphrites, déminéralisation, anémie, convalescence, grossesse, allaitement, asthénie physique et intellectuelle, croissance (enfant, adolescent). L’amande est fortement recommandée aux malades depuis le Moyen-Âge.

  • Huile végétale :

-Sphère pulmonaire : toux sèche et quinteuse, sécrétions bronchiques importantes, encombrement bronchique
-Sphère gastro-intestinale : états inflammatoires du gros intestin, colique des enfants, vers intestinaux, putréfaction intestinale, volvulus
-Sphère rénale et urinaire : rétention urinaire, hématuries, lithiase urinaire, lithiase rénale, colique néphrétique
-Interface cutané : eczéma sec, prurit, érysipèle, démangeaisons, irritations, crevasse, gerçure, vergetures, peau sèche, coup de soleil, petite brûlure, érythème fessier du nourrisson, rougeurs, peau sensible (la peau des bébés étant cinq fois plus fine que celle des adultes, l’huile d’amande douce est parfaite pour eux)
-Impuissance, stérilité
-Otalgie
-Affections cardio-vasculaires (les Crétois, réputés comme étant de gros mangeurs d’olives et d’amandes, sont relativement épargnés par les cardiopathies)

Usages alternatifs

On n’enlèvera pas à l’amande ses pouvoirs alimentaires et aromatiques. L’amande se croque fraîche, sèche ou grillée. Entière, broyée, mondée, elle est indissociable de la cuisine méridionale et, avant ça, de la cuisine médiévale : elle épaissit les sauces, parfume les plats de viande, poisson et légumes. On la retrouve dans nombre de desserts : massepains, tailliz, croquants, pralines, macarons, nougats, tartes, blancs-mangers, dragées…
Employée dans la confection du sirop d’orgeat et de l’amaretto italien (il s’agit d’amandes amères dans ces deux cas), l’amande produit le lait du même nom. Au Moyen-Âge, il était indispensable car il remplaçait le lait de vache que l’on proscrivait lors du carême et des autres jours « maigres ».
Enfin, sachez que l’amande, avec les figues, les noix et les raisins secs, fait partie des « quatre mendiants », en relation avec les quatre ordres – dominicains, carmes, franciscains et augustins – bien connus pour leur humilité.


  1. A quoi ressemblerait la Côte-d’Azur sans les eucalyptus (Océanie), les figuiers de Barbarie (Mexique), les orangers (Asie), les bougainvilliers (Brésil), etc. ?

© Books of Dante – 2015

Hypocras : suggestion de recette !

épices

Pour confectionner un chouette hypocras dans la joie et la bonne humeur, il nous faut les ingrédients suivants :

  • 1 bouteille de vin rouge d’une contenance de 75 cl. Inutile de choisir un vin hors de prix, un bon vin rouge bien charpenté (Merlot, Cabernet-Sauvignon…) est amplement satisfaisant.
  • 250 g de miel liquide : acacia, fleurs d’oranger, tilleul… Vous avez l’embarras du choix.
  • Du gingembre frais : la valeur du bout du pouce, épluché et tranché en fines lamelles
  • Un ou deux bâtons de cannelle selon la taille
  • 5 ou 6 clous de girofle
  • ½ cuillerée à café de grains de coriandre
  • 4 à 5 grains de poivre noir
  • Une gousse de cardamome verte
  • ½ cuillerée à café d’anis vert, fenouil et badiane
  • Un peu de muscade râpée par vos soins
  • Quelques feuilles sèches de cassis, frêne, etc.
  • Des pétales de fleurs (rose, jasmin…)

Il est possible de préférer des épices en poudre. Dans ce cas, il faudra simplement veiller à réduire les doses si vous décidez de leurs faire subir l’épreuve du pilon. Broyées, elles développent davantage d’arômes, raison pour laquelle la réduction des quantités permet de ne pas trop corser notre affaire, au risque de rendre imbuvable notre hypocras. A contrario, si l’on opte pour de la poudre de gingembre en lieu et place de gingembre frais, il faudra en utiliser en plus grande quantité. En ce qui me concerne, je me passe du mortier, sachant que le mode d’élaboration de l’hypocras relève de la décoction et de la macération.

préparation de l'hypocras

Avant de débuter, je me dois d’indiquer que la liste d’ingrédients ci-dessus n’est ni exclusive et encore moins exhaustive. Par exemple, on peut utiliser des baies roses ou de la maniguette à la place du poivre noir, du cumin ou du carvi à la place de la coriandre… Il faut savoir laisser parler ses affinités sélectives, ce qui est une bonne chose puisque cela permet de concocter un hypocras à son image. Il est donc tout à fait autorisé de penser (le contraire m’étonnerait) que chaque hypocras sera bien différent d’une personne à l’autre, d’une année sur l’autre, mais également en raison des ingrédients et ustensiles utilisés, ainsi que votre propre état du moment. Le modus operandi a donc son importance.
Comme vous le voyez, de multiples facteurs entrent en ligne de compte. Tout cela va concourir à l’obtention d’un hypocras unique, donc non standardisé et introuvable en supermarché, chacun y imprimant sa propre griffe. Créativité, imagination et sensibilité sont donc au rendez-vous pour l’élaboration de cet hypocras. Venons-en maintenant au fait.

  1. Dans un récipient adéquat et passant au feu, versez le contenu de la bouteille de vin. Allumez un feu vif.
  2. Ajoutez une à une les différentes parties végétales en commençant par les plus coriaces (cannelle, girofle, gingembre…) pour finir par les plus fragiles (feuilles, pétales…).
  3. Le mélange va commencer à frémir, puis à bouillir. Vous êtes toujours là ? Les vapeurs d’alcool peuvent induire quelque absence… !?
  4. Vous constatez l’apparition de gros bouillons dans votre marmite, cocotte ou que sais-je ? Coupez le feu et couvrez, non sans avoir, au préalable, doucement mélangé votre mixture.
  5. Le temps de la macération débute. Placez votre gamelle couverte dans un lieu sec et pas trop frais. Vous l’y laisserez pendant 24 heures.
  6. Une fois ce délai écoulé, allez récupérer votre récipient. Il s’agit maintenant d’ajouter le miel. On va devoir doucement réactiver la cuisson. Dès qu’un peu de vapeur se dégage, éteignez le feu et versez le miel en tournicotant votre spatule magique dans le mélange. C’est une étape obligatoire, le miel n’appréciant pas les très hautes températures.
  7. C’est alors que le chinois intervient. Pour le filtrage, hein ! J’ai tenté le coup avec un entonnoir et un filtre à café, c’est l’enfer. Donc, le chinois, c’est mieux.
  8. Vous voici donc avec environ 0,6 l d’hypocras. Comment ça, 0,6 l ??? Avec une bouteille de 75 cl ??? Bah oui, l’évaporation aidant, on a donc moins de volume. Sans compter tous ces fragments de plantes qui auront bien absorbé une partie du liquide durant les 24 heures qu’aura duré la macération. Et sans oublier la part de l’Invisible… :-)
  9. Votre hypocras est filtré ? Bien. Embouteillez-le dans la bouteille d’origine du vin employé ou dans tout autre réceptacle pouvant être hermétiquement fermé.
  10. Arrivé là, vos efforts sont (presque) récompensés. Vous avez le choix de placer cette bouteille dans votre réfrigérateur ou à l’air ambiant, pour une dégustation ultérieure.

Voilà ! :-)

Hypocras-1

© Books of Dante – 2015