Le soja (Glycine max)

Pensez à l’Asie : quelle est la première plante alimentaire de ce vaste continent qui vous traverse l’esprit ? Le riz ? Probablement. Sans doute pas le soja : « Pour bien marquer l’importance divine du riz, l’empereur lui-même procédait à son ensemencement, alors que les quatre autres graines [nda : le blé, le sorgho, le millet et le soja] étaient semées par les seigneurs » (1). Ainsi procédait-on en Chine d’où, dit-on, le soja est originaire.

Le soja est une grande plante (jusqu’à deux mètres), annuelle et buissonnante, sur laquelle tout est velu : les tiges, les feuilles et les gousses. Les feuilles, assez grandes (6 à 15 cm de longueur sur 3 à 8 cm de largeur), sont composées de trois folioles généralement ovales et achevées par une pointe. Elles se rapprochent assez de celles du haricot sur ce point. Les fleurs blanches ou purpurines, typiques des Fabacées, donnent naissance à des gousses aplaties contenant deux à quatre graines, rarement davantage, dont la couleur, une fois qu’elles sont sèches, s’apparente à celle des pois chiches ou des pois cassés.

Le soja est une plante qui s’est acclimatée à presque tous les continents, du moins aux régions assez chaudes des zones tempérées. Aujourd’hui, on en croise la culture aux Amériques et en Océanie. En Europe, il a été implanté par Engelbert Kaempfer (1651-1716) au début du XVIII ème siècle, avant de parvenir plus tardivement en France (1739) où sa culture en grand n’a été réalisée que bien plus tard (1932).

Le soja en phytothérapie

Plante alimentaire de premier ordre pour des millions de personnes du continent asiatique, le soja n’en est pas moins dépourvu de propriétés thérapeutiques qui s’expliquent par la composition biochimique de cette plante qui n’a rien d’anodin : que le soja soit une importante source de protéines, de lécithine et d’acides gras essentiels ne peut nous faire oublier que la santé passe en partie par l’assiette, qu’elle s’y entretient et peut s’y restaurer.
Concernant essentiellement la fève de soja, on y décèle la présence d’une importante proportion de protéines qui se décompose selon qu’elles sont constituées d’acides aminés essentiels ou non. Dans la première catégorie, nous trouvons huit des neufs acides aminés essentiels dans le soja : leucine, valine, lysine, phénylaline, tryptophane, thréonine, isoleucine, méthionine (17 %). Dans la seconde, les acides aminés dit non essentiels forment près de 30 % de la masse du soja. Ainsi, en tout et pour tout, le soja contient donc environ 45 % de protéines (contre seulement 18 % dans la viande de bœuf : un argument à rétorquer à ceux qui veulent absolument vous faire manger de la viande au détriment du végétal).
Puis vient une huile végétale (taux variable de 12 à 25 %), dont 85 à 90 % du total sont représentés par des acides gras non saturés parmi lesquels on distingue 25 à 35 % d’acides gras mono-insaturés (acide oléique) et 45 à 60 % d’acides gras poly-insaturés (acide linoléique, acide linolénique, acide arachidonique…). A cela s’ajoutent 10 à 15 % d’acides gras saturés (acides stéarique, palmitique, arachidique, lignocérique…) et environ 2 % de lécithine.
Le soja contient aussi de la cire, des saponines et de la résine, ainsi que divers sels minéraux et oligo-éléments (calcium, fer, magnésium, phosphore, sodium, soufre, zinc…) et vitamines (A, B1, B9, D, E, F…). Nous ne saurions achever cette liste sans y mentionner des composants présents dans le soja et qui ont été l’objet de très nombreuses études : des phytostérols, ainsi que des isoflavones et du coumestrol, dernières substances dont on a mis en évidence la valeur œstrogénique. Classés parmi les phyto-œstrogènes, ils possèdent des activités similaires aux œstrogènes humains et « semblent réduire le taux d’œstrogènes dans le corps quand il est trop élevé (comme lors des troubles menstruels) et le compenser quand il est trop faible (comme durant la ménopause) » (2).

Propriétés thérapeutiques

  • Aliment très complet et très digestible (3)
  • Constructeur organique au niveau des os, des muscles, des nerfs, équilibrant cellulaire, reminéralisant, énergétique

Note : pour la médecine traditionnelle chinoise, le heidadou (= soja « noir ») « fortifie les muscles et contribue à la beauté du corps » (4). C’est à ce titre qu’on le qualifie de « plante miraculeuse ». Nous voici prévenus.

  • Préventif des maladies cardiovasculaires, hypocholestérolémiant, tonique circulatoire
  • Fébrifuge
  • Antibactérien
  • Régulateur œstrogénique
  • Action préventive face au cancer du sein entre autres (5)

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère vésico-rénale : miction difficile et/ou douloureuse, hématurie
  • Troubles de la sphère gynécologique : ménopause (et troubles associés : bouffées de chaleur, ostéoporose…), règles douloureuses
  • Troubles locomoteurs : crampes musculaires, rhumatismes, douleurs dorsales
  • Affections cutanées : dermatose, érythème, brûlure (du premier et du deuxième degré), infection cutanée
  • Surmenage, déminéralisation, fatigue, asthénie
  • Œdème
  • Sueur excessive
  • Diabète

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • L’action œstrogénique du soja peut être secondée par celle de la sauge officinale par exemple. Comme pour elle, il est préférable d’éviter les prises de soja durant la grossesse (dans ce cas, il y a un risque de perturbation de la lactation en raison de la présence des phyto-œstrogènes dans le soja).
  • Le soja est contre-indiqué avec la prise de certains médicaments anticancéreux comme le tamoxifène par exemple.
  • Lorsque la graine est consommée crue, elle peut provoquer des allergies chez certains sujets fragiles.
  • Les autres emplois du soja, outre médicinaux, sont multiples. Nous en citerons au moins trois :
    – C’est un agrocarburant : cependant, la place allouée à cette culture est largement contestée du fait de son empiétement sur l’ensemble des terres arables présentes au monde et dont on est en droit de dire qu’elles pourraient être destinées plutôt à l’alimentaire.
    – Deuxièmement, c’est un bon fourrage pour les animaux, ainsi qu’un engrais vert. Le tourteau de soja représente aussi une base pour l’alimentation animale.
    – Concernant l’être humain, le soja est un aliment depuis au moins 5000 ans en Chine. Il se décline sous plusieurs formes, plus ou moins élaborées : huile, farine, tonyu (lait de soja), tofu, sauce soja (tamari-shoyu), miso (rouge, jaune), etc.
    Note : il faut savoir qu’environ la moitié de la production mondiale de soja est d’origine OGM. Ce qui veut dire qu’il peut se retrouver dans l’alimentation des animaux et/ou dans la nôtre, dans un cas comme dans l’autre, dans notre assiette, ce qui ne serait pas si problématique si le soja n’était pas l’un des aliments les plus consommés au monde. De plus, un excès de CO2 atmosphérique est, en général, néfaste pour cette fabacée. Ce qui, bien entendu, est inquiétant, de par l’augmentation des gaz à effet de serre et une forte demande de la part des consommateurs de soja, qui fait dire à certains observateurs que les perturbations climatiques pourraient, dans les années à venir, provoquer une crise alimentaire.
  • On croise parfois des informations qui concernent un soja « rouge » et un autre « vert » : il ne s’agit pas d’autres espèces de soja, mais de deux sortes de « haricots » : Phaseolus radiatus et Vigna umbellata (anciennement Phaseolus calcaratus).
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    1. Michèle Bilimoff, Les plantes, les hommes et les dieux, p. 67.
    2. Larousse des plantes médicinales, p. 217.
    3. La farine de soja contient quatre fois plus d’azote que celle de blé, vingt fois plus de matières grasses, et trois à cinq fois moins d’hydrates de carbone : cela concourt à faire de la farine de soja un produit plus équilibré que celle de blé.
    4. Liu Shaoshua, Phytothérapie alimentaire chinoise, p. 182.
    5. La consommation régulière de soja est corrélée par un bas taux de cancer dans les pays où, par tradition, on consomme régulièrement du soja.

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Le colatier (Cola nitida, acuminata, etc.)

Synonymes : kolatier, noix du Soudan.

Arbre semper virens au feuillage dense, le colatier est endémique à une zone d’Afrique occidentale que baigne le Golfe de Guinée. Sur cette zone côtière, on trouve de nombreuses plantations, cultures qui se sont étendues depuis lors à d’autres zones géographiques : le Brésil, l’Indonésie, les Antilles, etc. possèdent, eux aussi, leurs propres exploitations de colatiers.
Cet arbre d’une vingtaine de mètres de hauteur, garni de feuilles oblongues et coriaces, porte à floraison des fleurs sans pétales, dont le calice est formé de cinq sépales de couleur blanc crème plus ou moins soutenue, veinés de pourpre au départ du centre. Ces fleurs forment à la suite un fruit typique de la famille des Sterculiacées : une cabosse, de même que chez le cacao. Cette cabosse est formée de follicules réunis en étoile qui, une fois mûrs, s’ouvrent, libérant chacun cinq à dix graines comprimées les unes contre les autres, de la taille d’un œuf de pigeon, aussi bien rouge rosâtre que blanc beige. Ce sont ces « noix » qui, traditionnellement, sont mâchées par les populations locales : cet aliment d’épargne, parce que stimulant, permet de combattre la fatigue, d’étouffer la faim et la soif. Connu en Europe depuis le XVI ème siècle environ, ce n’est véritablement qu’à partir du XIX ème siècle que furent exploitées ses propriétés digestives et aphrodisiaques, mais surtout stimulantes et toniques. Ainsi, plusieurs compositions magistrales virent-elles le jour durant ce siècle en particulier à destination des personnes surmenées, fatiguées physiquement et psychiquement, convalescentes, etc.
Voici l’histoire d’un de ces anciens médicaments. Pour cela, tournons-nous en direction du pharmacien d’origine corse Angelo Mariani (1838-1914) qui a l’idée d’élaborer une préparation à base de vin rouge dans lequel se mêle des extraits de feuilles de coca (Erythroxylum coca) : ce « vin Mariani » trouve assez rapidement ses aficionados. L’histoire d’Angelo Mariani va se lier à celle d’un autre pharmacien, d’Atlanta celui-là : John Styth Pemberton. Ce dernier, qui souffre de douleurs d’estomac (d’un cancer en réalité), a vent du vin corse, qu’il décide d’éprouver sur lui-même. En 1885, il élabore à son tour un « french wine coca », breuvage qui se distingue néanmoins de la boisson française en ce qu’il contient des noix de cola dont Pemberton n’ignore pas qu’elles sont riches de caféine. Il explique lui-même de quoi il retourne : cette boisson « est composée d’un extrait de feuilles péruviennes de coca, du plus pur des vins et de noix de cola. C’est le meilleur des toniques, aidant à la digestion, apportant de l’énergie aux organes de la respiration et rendant plus fort les systèmes musculaires et nerveux ». S’ensuit une mise sur le marché et une commercialisation qui sera entravée au bout de six mois : en effet, à la fin de l’année 1885, le maire d’Atlanta prohibe la vente d’alcool. Ainsi le vin de Pemberton tombe-t-il sous le coup de cette interdiction. Forcé de changer son fusil d’épaule, il s’attelle à la confection d’une nouvelle boisson, puisque seules celles qui sont non alcoolisées (quand bien même seraient-elles médicaments) sont autorisées à la vente. S’inspirant des fontaines à sodas présentes dans la plupart des drugstores de l’époque, Pemberton s’attache à travailler et établir la formule qui permettra de retrouver le parfum de son vin en utilisant divers extraits végétaux : du jus de citron, de l’acide citrique, des extraits naturels de citron, d’orange, de cannelle, de noix de muscade, de coriandre, de néroli, de lavande, de la vanille, des extraits de feuilles de coca et de noix de cola, sans oublier bonne dose de sucre pour camoufler autant que possible l’amertume du sirop aromatique qui, une fois mélangé à l’eau gazeuse des fontaines à sodas, sera vendu au public sous le nom de baptême de Coca-Cola en 1886. Aujourd’hui, reste le nom d’une boisson dans laquelle il y a belle lurette qu’on ne trouve plus de cocaïne : sous la pression de plusieurs sociétés hygiénistes américaines attachées aux bonnes mœurs, en 1903, la fabrication du Coca-Cola se déroule en utilisant exclusivement des feuilles décocaïnisées, ce qui enleva, de fait, tout attrait thérapeutique pour cette boisson qui « rend joyeux le mélancolique, et fort le faible ». De même pour les noix de cola. Il y a bien longtemps que cette boisson a quitté les étagères de l’apothicaire pour rejoindre celles de l’épicier, et que de médicinale elle est devenue boisson d’usage courant, parfois même trop, au point qu’elle provoque plus de maux dans sa formule actuelle (diabète, obésité, etc.) qu’elle n’en répare, ce qui n’était, au départ, ni l’intention de Pemberton ni, avant lui, de Mariani, bien que chez ces deux hommes et la firme au logo rouge et blanc, le nerf de l’affaire soit, avant tout, l’argent…

Mais avant que la noix de cola ne tombe entre les griffes du monde profane, elle était, en Afrique, l’objet des plus pieuses attentions, raison expliquant sans doute que les colatiers étaient cérémonieusement plantés à proximité des villages. La noix de cola, outre le fait qu’elle constituait une offrande aux personnalités, était aussi sacrifiée à certaines divinités. Elle entre aussi, en partie, dans la pratique divinatoire de l’Ifa. Des demi noix de cola deviennent juju sous forme de chaîne divinatoire, laquelle « est jetée de la main droite. Une figure est dessinée sur la sciure de bois recouvrant le plateau de divination selon que les juju sont tombés sur la face convexe ou concave, constituant ainsi un système d’information binaire » (1).

De par sa saveur amère (présence de caféine), en Afrique noire, la noix de cola symbolise avant tout les épreuves de la vie, sa difficulté aussi. Mais elle est également symbole d’amitié solide et de fidélité. Deux futurs époux qui mangent ensemble une noix de cola démontrent par ce geste leur intention d’une vie commune et d’engagement fidèle.

Le colatier en phytothérapie

C’est donc dans les noix de cola que Pemberton alla puiser la caféine nécessaire à son french wine : bien lui en prit, puisque, en moyenne, on en trouve de 1,5 à 3,5 %, c’est-à-dire largement plus que dans le café. Ces proportions pourraient paraître rédhibitoires s’il n’y avait pas également dans la noix de cola de la kolatéine, qui évite l’action brutale de la caféine sur l’organisme et lui permet de libérer de façon progressive ses effets. Outre cela, nous y croisons une xanthine bien connue du cacao, la théobromine, ainsi qu’une autre, propre au colatier, la kolatine, auxquelles s’additionnent 5 à 10 % de tanins.

Propriétés thérapeutiques

  • Stimulant et excitant nerveux, cérébrale et musculaire
  • Reconstituant
  • Cardiotonique
  • Digestif
  • Diurétique
  • Antidépresseur
  • Aphrodisiaque
  • Astringent

Usages thérapeutiques

  • Asthénie physique, manque de tonus, convalescence après maladie infectieuse, effort musculaire prolongé, entraînement du sportif
  • Asthénie psychique, neurasthénie, état dépressif
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : diarrhée, diarrhée rebelle, dysenterie
  • Grippe
  • Maux de tête, migraine

Modes d’emploi

  • Graine concassée ou pulvérisée en infusion.
  • Macération vineuse de noix de cola (dans du vin rouge).
  • Teinture-mère.
  • Extrait fluide.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Les personnes sensibles à la caféine éviteront de prendre cette plante le soir. Cette attention devra particulièrement être portée auprès des personnes souffrant d’hypertension et de palpitations, ainsi qu’à celles sujettes aux ulcères gastriques.
  • En cure, la noix de cola est associable au ginseng ou à l’éleuthérocoque par exemple.
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    1. Claudine Brelet, Médecines du monde, pp. 46-47.

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Le guarana (Paullinia cupana)

Le guarana est originaire de basse Amazonie, du Brésil plus exactement, où il croît en abondance. Cultivée dans quelques localités du continent sud-américain, cette plante n’est connue en Europe que depuis 1817. C’est une plante grimpante à tige cannelée, une liane autrement dit, qui pousse facilement le long des cours d’eau ; elle peut atteindre 15 m de longueur. Ses feuilles composées sont grandes, alternes et isolées. Ses fleurs apparaissent en juillet et août. Elles sont petites, verdâtres ou jaunes, et disposées en grappes. Le fruit, qui mûrit en novembre ou décembre, est une capsule sphérique de couleur rouge vif. Il s’ouvre partiellement à maturité pour laisser entrevoir une ou deux graines volumineuses qui ont la forme d’un petit marron lustré de la taille d’une noisette (un centimètre de diamètre environ.) Un seul pied de guarana peut fournir jusqu’à 10 kg de ces graines et vivre une quarantaine d’années.

On utilise les graines légèrement torréfiées et fermentées. La pâte préparée en Amazonie depuis des temps très anciens, par trituration de l’amande avec de l’eau, appelée guarana, est présentée sous forme de bâtons ou de tortue, symbole de résistance. Ces formes sont ensuite séchées au soleil ou au four et ensuite consommées. Dans cette région du Brésil, la pâte sert à préparer des boissons rafraîchissantes et toniques et la coque du fruit est une source industrielle peu coûteuse de caféine. Traditionnellement, dans une calebasse, on râpe un bâton de guarana à l’aide de la langue séchée d’un poisson géant, le pirarucu, qui peuple le bassin amazonien. On fait ainsi chaque matin, de manière à obtenir l’équivalent d’une cuillerée à café de poudre de guarana, à laquelle on ajoute quantité suffisante d’eau. Après avoir veillé à ce que toute la poudre ait été correctement dissoute, on absorbe ce breuvage à jeun.

Guarana est un nom brésilien qui dérive du nom de la tribu des Guaranis, indigènes d’Amazonie. Les Guaranis prêtent à cette plante des origines divines : la première d’entre elles ne serait pas née d’une graine mais des yeux d’un enfant divin tué par un serpent. Là, il est bon de remarquer que les graines de guarana sont insérées dans un arille blanc qui rappelle l’œil humain. Peut-être y a-t-il un rapport avec le fait que cet arbre ait été divinisé. La divinité aurait ainsi voulu perpétuer au bénéfice des hommes la force vitale détruite. Bien avant que les botanistes européens n’aient étudié cette plante, le guarana était une boisson que la tribu des Manès préparait en secret et de laquelle ils tiraient leur force et leur longévité, continuant à lui attribuer des origines et des pouvoirs divins.

Le guarana en phytothérapie

La graine de guarana est surtout connue pour ses dérivés xantiques, ce qui, pour beaucoup ne veut rien dire. Précisons, pour clarifier le propos, que le guarana compte trois de ces dérivés principalement : la guaranine, que l’on appelle aussi… caféine (notons que le guarana est la substance végétale qui en contient le plus, bien davantage que le café lui-même, mais étant mieux universellement connu, le mot caféine l’a emporté). Puis vient la théophylline, présente dans le thé, enfin la théobromine, que l’on trouve aussi dans le cacao. En plus de ces trois principes actifs qu’il est plus judicieux d’appeler alcaloïdes, le guarana renferme des saponines et de mucilage, ainsi que des sels minéraux et oligo-éléments (calcium, sodium, fer, etc.).

Propriétés thérapeutiques

  • Stimulant, fortifiant (augmente la résistance à la fatigue = adaptogène), tonique (nerveux, entre autres), stimule la libération de l’adrénaline, favorise l’activité cérébrale
  • Augmente le nombre de calories brûlées au repos, active la combustion des graisses
  • Diurétique
  • Antiseptique intestinal, carminatif
  • Vasodilatateur

Usages thérapeutiques

  • Asthénie physique et psychique, relever le tonus physique comme psychique, dépression légère
  • Cure d’amaigrissement
  • Problème de fermentation intestinale et de gaz, diarrhée chronique
  • Artériosclérose
  • Maux de tête, migraine d’origine nerveuse

Précautions d’emploi, contre-indications et autres informations

  • Vu les quantités de caféine que le guarana contient, il est bon d’éviter les prises après 16h00. Cette caféine sera à la disposition de votre corps et de votre cerveau la journée durant, inutile dans ce cas de prendre du café, d’autant que guarana et café, en excès, mènent aux mêmes troubles. De plus, « ces deux plantes agissent comme stimulant à court terme, mais tendent à entraver le processus naturel de récupération. Étant donné la haute teneur en tanins du guarana, il est déconseillé d’en faire un usage prolongé, car les tanins diminuent les capacités d’absorption des éléments nutritifs de l’intestin » (1). C’est pour toutes ces raisons qu’il faut compter des périodes d’abstinence entre chaque cure.
  • Le guarana est déconseillé en cas d’hypertension et de maladies cardiovasculaires en général. On se gardera d’en faire usage durant la grossesse et l’allaitement.
  • Association : avec le thé vert (Camellia sinensis) et la noix de cola (Cola nitida).
  • Autre espèce : Paullinia yoco, plante également stimulante, utilisée comme fébrifuge.
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    1. Larousse des plantes médicinales, p. 244.

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Le saule blanc (Salix alba)

Synonymes : saulx blanc, saux blanc, saule argenté, saule commun, osier blanc, aubier, etc.

Comme nous l’indique sa racine celte sa-lis (ou salik) qui signifie « près de l’eau », le saule affectionne particulièrement les lieux tempérés de l’ensemble de l’hémisphère nord, en bordure de rivières et de ruisseaux, sur terrains frais et humides, voire même marécageux, mais surtout c’est un « arbre vert et bénéfique des eaux vives » et ripisylves. Si l’écorce du tronc est épaisse, rugueuse et crevassée, elle contraste très fortement avec la souplesse des rameaux de couleur jaune orangé. Dès le mois de mars, ils se couvrent de fleurs, des chatons qui peuvent être mâles ou femelles sur le même pied. Les premiers, très velus, sont généralement blanchâtres, ornés de longues anthères jaunes, alors que les seconds, petits et râblés, sont de couleur verte. Ce n’est qu’ensuite que viennent les feuilles. Pointues et lancéolées, légèrement dentées, elles présentent une face vert brillant au-dessus et une autre, velue et argentée, au-dessous, d’où le nom de saule argenté que porte parfois cet arbre, dont la croissance rapide lui permet d’atteindre naturellement 15 à 20 m de hauteur, beaucoup moins lorsqu’il est rabattu, prenant alors la forme « têtard » caractéristique.

La réputation du saule blanc n’est plus à faire. Assyriens et Babyloniens virent déjà dans cet arbre un moyen de lutter contre les fièvres intermittentes. En compagnie du cyprès, le saule dominait la pharmacopée d’alors. C’est du moins ce qu’expliquent des tablettes portant des caractères cunéiformes.
Mentionné dans l’Iliade, le saule apparaît aussi dans l’Odyssée : une parole de la déesse magicienne Circé rappelle l’existence d’un bois sacré dédié à Perséphone composé de peupliers noirs et de saules, ce que reprendra Pausanias à l’identique un millier d’années plus tard. L’on a aussi placé des saules dans la prairie qui mène jusqu’à la demeure de Circé. Au-delà de la mythologie, les premiers Grecs à faire état du saule d’un point de vue médical sont Hippocrate (qui conseillera ses feuilles contre les affections rhumatismales et fébriles) et Théophraste, quand bien même il est dit que le centaure Chiron explique à Asclépios les propriétés thérapeutiques des feuilles de saule. Au tout début de notre ère, il est repéré par Dioscoride pour ses vertus astringentes, cicatrisantes et antalgiques. Usant tant des semences, de l’écorce que de la sève, Dioscoride emploie le saule pour certaines affections cutanées (cals, poireaux), en cas d’hémoptysie et de douleurs auriculaires. Pline, reprenant ouvertement Dioscoride, signale dans son Histoire naturelle que « les feuilles pilées et prises en boisson modèrent les excès amoureux et un usage répété les éteints complètement. » Cette propriété anaphrodisiaque du saule blanc, que d’aucuns, encore récemment, prirent pour une aimable plaisanterie, fait parler d’elle depuis plus de deux millénaires. Par exemple, les athlètes grecs dormaient sur des couches qu’on avait pris soin de parsemer de feuilles de saule, afin de renforcer leur régime qui leur imposait la chasteté un temps assez long avant compétition. Il en allait de même pour les femmes « afin de rafraîchir leur désir de luxure », selon une formule que l’on doit à Jean-Baptiste Porta : c’est ainsi qu’en l’honneur de Déméter, que l’on fêtait et honorait lors des Thesmophories, les femmes pratiquaient une abstinence complète. Lors, le saule faisait partie des végétaux conviés pour cette propriété bien réelle, s’appliquant tant à l’homme qu’à la femme, chose remarquée plus tardivement tant par Albert le Grand que par le médecin français du XVI ème siècle qu’était Jacques Daléchamps qui disait : « Les feuilles pilées et prises en breuvage refroidissent ceux qui sont trop échauffés en cas d’amour et même qui continuerait d’en prendre, elles rendraient la personne tout à fait inhabile à ce métier » (on allait même jusqu’à assurer qu’un emploi du saule au long cours était susceptible de mener à la stérilité).

Au Moyen-Âge, Hildegarde de Bingen indique que le saule suscite mélancolie et amertume (1). Pour l’abbesse, le saule n’a pas bonne presse si l’on en croit ce qu’elle écrit dans Le livre des subtilités des créatures divines : « Le saule est froid ; il est image des vices, parce qu’il semble beau ; il n’est pas très utile pour les hommes, si ce n’est qu’il les accompagne dans certaines choses extérieures [Lesquelles ?], et il ne vaut rien pour les médicaments, car son fruit et sa sève sont amers et ne valent rien pour l’homme ; si celui-ci en mangeait, il ferait naître et augmenter en lui la mélancolie, mettrait en lui de l’amertume et y diminuerait la santé et la joie » (2). En disant cela, elle semble préparer le terrain au docteur Bach qui mettra au point, huit siècles plus tard, l’un de ses fameux élixirs, Willow, dont il dit ceci dans son principal ouvrage : « Pour ceux qui ont souffert de l’adversité et de l’infortune et ne peuvent s’y résigner sans plainte ni ressentiment, car ils jugent surtout la vie en fonction de sa réussite. Ils ont le sentiment de n’avoir pas mérité une si grande épreuve, trouvent cela injuste et s’aigrissent. Il arrive souvent qu’ils prennent moins d’intérêt et s’occupent moins activement des choses auxquelles ils trouvaient auparavant plaisir » (3). Même si elle n’est pas mentionnée explicitement par Bach, l’amertume apparaît néanmoins en filigrane, et ses paroles semblent faire étrangement écho à celles d’Hildegarde… Avec elle, nous avons quelque peu effleuré la théorie des signatures. De l’observation du saule dans son biotope, on peut tirer plusieurs hypothèses :

A : Puisque le saule pousse les pieds dans l’eau des marécages infestés par le paludisme, c’est qu’il doit être capable de lutter contre cette maladie.
B : Du fait que ses racines baignent dans l’eau, c’est qu’il doit être efficace contre les maladies « aux pieds mouillés ».
C : Si l’on considère la souplesse de ses rameaux (qui constituent l’osier), on peut prétendre que l’écorce de ces mêmes rameaux est susceptible de lutter contre les douleurs articulaires et rhumatismales.

En réalité, ces trois signatures se vérifient d’un point de vue thérapeutique :

A’ : Le saule est fébrifuge, bien que son action soit moins puissante que celle du quinquina ; son écorce partage néanmoins son amertume.
B’ : Le saule lutte contre le rhume et la grippe.
C’ : Enfin, il possède des propriétés anti-inflammatoires, antirhumatismales et antalgiques qui viennent à bout de rhumatismes, arthritismes et autres algies rhumatismales.

Comme nous le constatons, à l’inverse d’Hildegarde, certains auteurs ont vu dans l’amertume du saule de bons présages. Si l’on date la réputation fébrifuge du saule au XVII ème siècle (avec Etner en 1694 précisément), il est bon de ne pas oublier qu’Hippocrate connaissait déjà cette propriété propre au saule, de même que Matthiole qui, contrairement à Léonard Fuchs qui se contente de reprendre Dioscoride, innove en 1554, en établissant des propriétés exploitables en cas de fièvre et d’insomnie. Peut-être est-ce l’ensemble de ces observations « empiriques » qui permirent l’étude scientifique du saule. Quoi qu’il en soit, au cours du XVIII ème siècle, on ne compte plus les praticiens qui en font l’éloge. Par exemple, en 1763, l’on voit le Britannique Edmund Stone présenter son Compte-rendu des succès de l’écorce de saule dans le traitement de la fièvre. Si le siècle des Lumières sonne la reconnaissance des vertus curatives du saule, c’est le XIX ème siècle qui va les mettre scientifiquement en évidence. Tout d’abord en 1829, Pierre Leroux, un pharmacien français de Vitry-le-François dans la Marne, isole de l’écorce du saule l’un de ses principes actifs, la salicine. A cette même époque, un autre pharmacien, suisse celui-là, Pagenstecher, obtient par distillation de fleurs de reine-des-prés l’aldéhyde salicylique. On se rend alors compte que salicine et aldéhyde salicylique possèdent la même structure de base. Par oxydation de cet aldéhyde, l’Allemand Lönig parvient à la formation de l’acide salicylique dont Guerland procède à la synthèse dans les années 1850-1860. Ce n’est qu’en toute fin de XIX ème siècle (1897) que Félix Hoffmann, alors chimiste chez Bayer, mène la fabrication à l’échelle industrielle de l’acide acétylsalicylique, autrement dit l’aspirine, un médicament qui a été utilisé de manière massive avant même qu’on en ait compris l’exact mode de fonctionnement et l’ensemble des applications. Plus d’un siècle après sa naissance, l’aspirine fait encore parler d’elle et n’a, semblerait-il, pas encore épuisé la sagacité des chercheurs et autres scientifiques. Cette dernière empruntera une voie fort différente et fera oublier les usages phytothérapeutiques du saule pendant un bon laps de temps. Or, le revers de la médaille, c’est que l’aspirine s’oppose à la coagulation normale du sang et peut présenter des risques d’irritation de la muqueuse gastrique, avec hématémèse à la clé à hautes doses (ce que m’a confirmé une amie médecin gastro-entérologue de ma connaissance). Ainsi, on a longtemps indiqué aux femmes durant leurs règles et aux hémophiles d’éviter le saule en usage interne. Seulement, plusieurs études ont montré que, d’une part, le saule n’augmente pas le flux sanguin et que, d’autre part, il n’irrite pas l’estomac, bien au contraire il est préconisé pour corriger l’acidité gastrique et le pyrosis. Cependant, on déconseillera le saule aux personnes allergiques à l’aspirine et à ses nombreux dérivés.

Dans un conte bouleversant de tristesse et d’amour non partagé, Andersen place sous la houlette d’un saule, présent du début à la fin du récit, le personnage de Knud qui cherche à apprendre qu’avouer son amour « c’est ce qu’il faut faire quand cela doit donner quelque chose » et non pas rester comme deux ronds de flan face à celle qui… Or, il ne dit rien de celui qu’il porte à son amie d’enfance, Johanne. Pourtant, il sait bien que « l’amour muet, ça ne mène à rien ». Mais que peut Knud, qui aime tendrement, face à Johanne qui l’aime seulement bien ? « Je t’aime bien ». Est-il véritablement question d’amour dans une phrase pareille ? « Mais à personne il ne parla de son chagrin, personne n’eût pu croire qu’il avait des peines de cœur, les plus profondes qui soient, elles ne sont pas pour ce monde, elles n’ont rien d’amusant, elles ne sont même pas pour les amis » (4). Et le conte se termine sous le saule, là où il avait commencé, mais dans la solitude et la mort.
Les latitudes septentrionales – ce Jutland danois – où naquit Andersen expliquent-elles à elles seules la tristesse et le désarroi qui envahissent ce conte à grandes eaux ? Il parle aussi, de manière à peine voilée, d’Andersen lui-même, dont les rapport avec la gente féminine furent à l’avenant. Le choix du saule pour accompagner la finitude du héros, Knud, par les symboles de mort et de disparition qui lui collent à l’écorce, feraient donc du saule une essence maléfique. Pourtant, Andersen ne nous dit pas si ce saule est précisément « pleureur » : je n’imagine pas, lisant Sous le saule, Salix babylonica, dont la morphologie lui vaut la particularité, par cet aspect tombant, de n’être jamais bien loin de la chute, à se mirer, comme il sait si bien le faire, dans le miroir des eaux tristes, qui lui répondent en murmurant à travers sa longue chevelure de veuve éplorée. Non, ce n’est pas un saule dit pleureur que j’ai en tête lorsque je lis Andersen, bien que cette propension à s’épancher pourrait sertir à merveille le bijou ciselé patiemment par la grâce du Danois, ce « sous le saule » qui charrie de gros cailloux dans mon cœur qui chavire à chaque fois que je le lis. Comme l’explicite bien son nom latin, Salix babylonica n’est pas un arbre d’ici, c’est un importé, un migrant. Est-ce pour cela – le mal du pays – qu’il est triste ? Je ne sais. En revanche, dans ses terres natales, qui n’ont – contrairement à ce que peut laisser penser son nom – rien de mésopotamien (puisque l’arbre est chinois), ce saule laisse exsuder, à l’instar de l’orne (Fraxinus ornus), une espèce de « manne », qui est peut-être la « manne de Perse » dont l’existence a été relevée par plusieurs auteurs antiques. Le saule pleureur pleure-t-il de manne sous nos latitudes ? Il n’est pas reconnu pour cela, et si tel était le cas, cela renverrait, non pas à l’amertume et à la mélancolie, la manne étant ni plus ni moins qu’une bénédiction céleste dont il serait malséant de s’attrister. Méprisant une fois de plus l’histoire de la botanique, le légendaire chrétien reprend à son compte le saule pleureur qui aurait été, dit-on, l’un des nombreux végétaux derrière lesquels la Vierge Marie et l’enfant Jésus se seraient dissimulés durant la fuite en Égypte. Ce qui inverse quelque peu le symbolisme du saule.
Malgré tout, la dimension funeste du saule demeure vivace dans bien des régions du monde. En Russie (5), un proverbe veut que « qui plante un saule dans son jardin prépare une bêche pour creuser sa tombe », alors qu’en Angleterre, on va jusqu’à s’interdire de faire brûler du saule dans les maisons et d’en fabriquer des badines pour guider le bétail, parce que cet arbre porterait malheur. Pour l’expliquer, on évoque sa connexion avec la profondeur des abysses infernaux : n’est-ce pas une baguette de saule que tient à la main cet étrange et mystérieux voyageur des enfers qu’est Orphée ? N’est-il pas l’arbre saturnien qui lie et empêche ? Certains arbres-fées ne comptent-ils pas quelques spécimens de saule ? Ceux-là qu’on dit habités par des fées ont le pouvoir de déterrer leurs racines nuitamment et de suivre les malheureux voyageurs égarés qu’ils effraient de leurs sourds murmures (à propos de murmures, il est recommandé de ne jamais confier de secret à un saule, celui-ci s’empresserait de le répéter à la moindre brise qui viendrait caresser ses feuilles…). Ce n’est, en revanche, pas ce qui ressort du conte nippon qui narre avec quelle grâce et quelle élégance une nymphe habitait un bouquet de saules. Par ailleurs, le saule incarne une dimension bien différente : ainsi joue-t-il le rôle d’arbre de vie au Tibet, comme peuvent le rappeler les saules plantés devant le sanctuaire de Lhassa. En Chine, sa résistance et sa souplesse seraient un gage de protection, puisque d’un rameau de saule il serait possible de chasser les mauvais esprits, les « miasmes empoisonnés et les pestilences ». Symbole de vitalité, le saule exprime merveilleusement cela à travers son aptitude à « repartir ». En effet, des rameaux de saule coupés et fichés en terre s’enracinent et reverdissent sans peine. Le chaman lakota John Fire Lame Deer indique dans son ouvrage De mémoire indienne que certaines huttes de sudation (destinées à la cérémonie de l’Inipi), fabriquées avec des rameaux de saule, se couvraient par la suite d’un feuillage luxuriant, même après avoir été abandonnées. La nature n’attend pas, et souvent n’a pas besoin de l’homme. De même, lorsqu’un saule est décapité par la foudre, à sa base rayonne tout un faisceau de jeunes rameaux. Ce qui explique la symbolique d’immortalité que le saule se trimballe d’est en ouest, assez souvent associé à un oiseau, comme la grue en Suède, où des rameaux de saule mêlés à des plumes soulignent le caractère de fécondité renouvelée d’une telle association. En Chine, on le considère comme si vigoureux qu’il est, dit-on, capable de supporter ce qui ne manquerait pas de faire périr n’importe quel autre arbre. Bien que funéraire, on l’apparente au soleil et, afin de souligner l’indestructibilité de l’astre solaire, on lui fait des offrandes de saule à l’approche de l’été, le saule devenant alors l’arbre solaire et solsticial des portes. Ainsi, cela explique peut-être la coutume qui voulait qu’on couvre les cercueils de branches de saule, « comme une consolation pour les survivants sur la destinée ultérieure du défunt » (6).
Ni bon, ni mauvais dans l’absolu, le saule est sans doute, à l’instar de toutes les autres créatures, les deux à la fois. Il est tout autant la rondeur et la souplesse du panier qui porte l’opulence des fruits de la terre que le fouet cinglant qui écorche ou la batte de cricket qui fracasse.

Oui, le saule, ou osier comme on le surnomme parfois, est bien connu pour se plier avec bonne grâce sous les doigts du vanneur. Et ces objets ainsi fabriqués, corbeilles, paniers et corbillons, empruntent, par leur forme, celle du ventre féminin à son apogée. Rien d’étonnant à ce que le saule et son ogham Saille soient placés sous le patronage de divinités féminines telles qu’Ana, Dana, Brigit, Déméter, Héra, Épona, etc., qui, toutes, qu’on se trouve en Grèce ou en territoire celte, impliquent des considérations de féminité, de fécondité et de fertilité (7).
Avec Saille, s’agit-il d’une naissance à venir (quelle qu’elle soit), d’une figure maternelle pour laquelle il est bon de prendre en considération les doctes et sages conseils ou, plus largement, une référence faite à la lignée maternelle dans ce qu’elle comporte de sensibilité et de réceptivité, Saille étant placé sous le couvert de la Lune, un astre qui implique une forte accointance avec le domaine de l’intuition, des choses cachées et mystérieuses dont on prend connaissance par un médium tel que l’onirisme par exemple. Il peut aussi s’agir d’une révélation qui concerne le passé proche ou mémoriel, portant sur le foyer au sein duquel on siège, ou bien la famille qui, par ses membres plus ou moins éloignés dans le temps, nous a précédé, et parmi lesquels, peut-être, y a-t-il une noueuse d’osier dont l’excès peut pousser à la passivité, voire à la soumission, quand bien même il est d’autres figures qui peuvent lier, la sorcière par exemple, de même que la nymphe, comme celle qui anime le bouquet de saules, tel que rapporté par ce conte d’origine japonaise dont j’ai souligné l’apport plus haut. On peut, dès lors, sombrer dans des zones plus profondes et inquiétantes, parce que d’essence plutonienne : rappelons l’Orphée transitant par les territoires d’Hadès et de celle qui est son épouse, Perséphone, deux divinités qui peuvent être mal comprises si on les extrémise, alors que si l’on prend en compte le signe astrologique que gouverne Pluton, le Scorpion, on comprend mieux la relation du saule à ces régions prétendument infernales. C’est cela que rappelle l’ogham Saille quand il survient lors d’un tirage.

Le saule blanc en phytothérapie

Du saule, on utilise l’écorce des jeunes rameaux de deux à quatre ans, ainsi que les feuilles et les chatons qui, selon s’ils sont mâles ou femelles, ne possèdent pas les mêmes destinations : les mâles contiennent une hormone proche de la testostérone, les femelles un principe œstrogène, l’œstriol.
Dans l’écorce, on trouve des tanins (6 à 20 %), des flavonoïdes ainsi que ce fameux glucoside qu’est la salicine (2 à 7 %), substance cristalline, blanche et nacrée, très amère, peu soluble dans l’eau froide, extrêmement soluble dans l’eau chaude. En plus de cela, la composition biochimique de la jeune écorce du saule blanc affiche de la cire, de la résine, de la gomme et de l’oxalate de calcium. Du côté des feuilles, on remarque des sucres, plusieurs acides (gallique, tannique) et de la catéchine, flavonoïde commun au saule blanc et au thé vert.
A sujet de la salicine, on a remarqué que son action fébrifuge était moins efficace que celle de l’écorce brute. On prend conscience (si besoin est) que le tout est bien évidemment supérieur en efficacité à l’un des éléments issus de ce tout, car sinon comment comprendre que la Nature se casse le bonnet à agencer, de manière fort complexe parfois, tel composant avec tel autre ? Il en va de même avec les molécules que l’on croise dans la littérature aromathérapique telles que le menthol, le thymol, l’eucalyptol (ou 1.8 cinéole), etc. Toutes ces molécules agissent mieux en synergie avec celles qui naturellement les accompagnent plutôt que seules, constat que, déjà au XIX ème siècle, Cazin avait établi.

Propriétés thérapeutiques

  • Analgésique, antalgique, antinévralgique, anti-inflammatoire, antirhumatismal
  • Apéritif, digestif, tonique puissant des voies digestives, stomachique, astringent intestinal
  • Antispasmodique, calmant, sédatif nerveux et génital
  • Fébrifuge
  • Vulnéraire, cicatrisant, astringent
  • Antiseptique

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère digestive : atonie des voies digestives, dyspepsie, dyspepsie hyperchlorhydrique et lientérique, oligotrophie stomacale, gastralgie d’origine nerveuse, diarrhée chronique, manque d’appétit, aigreur d’estomac, hyperacidité gastrique, pyrosis, vers intestinaux (ascarides)
  • Troubles locomoteurs : rhumatismes aigus ou chroniques, musculaires et/ou articulaires, des genoux, des hanches et du dos, arthrose, arthritisme, polyarthrite, sciatique, goutte
  • Troubles de la sphère génitale masculine et féminine : douleurs menstruelles, douleurs utérines et ovariennes, dysménorrhée, leucorrhée, spermatorrhée, aphrodisie maladive (nymphomanie chez la femme, satyriasis chez l’homme), priapisme, éréthisme génital
  • Affections cutanées : plaie, ulcère, ulcère atone, ulcère fongueux, cors, gangrène, « pourriture » d’hôpital (= gangrène nosocomiale)
  • Troubles de la sphère respiratoire + ORL : rhume, grippe, soutien des malades qui relèvent d’affections broncho-pulmonaires
  • Fièvre, fièvre intermittente
  • Maux de tête, migraine
  • Troubles du système nerveux : insomnie d’origine nerveuse, anxiété, angoisse, angoisse de guerre, nervosité, neurasthénie

Modes d’emploi

  • Infusion à froid de feuilles.
  • Infusion à chaud de feuilles.
  • Infusion à chaud de chatons.
  • Extrait fluide de chatons.
  • Décoction d’écorce.
  • Macération vineuse d’écorce (dans du vin rouge ou blanc).
  • Teinture-mère d’écorce.
  • Poudre d’écorce.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Contrairement à l’aspirine, l’acide salicylique ne cause aucune fluidification du sang, ni irritation de la muqueuse gastrique. En revanche, une trop grande consommation d’écorce de saule blanc peut, éventuellement, provoquer un léger effet constipant.
  • Récolte : l’écorce se prélève sur de jeunes rameaux (2 à 4 ans maximum) à la fin de l’hiver (février), avant l’apparition des feuilles. Puis elle est séchée rapidement à l’étuve, conservée à l’abri de l’air et de la lumière.
  • Autres espèces : saule marsault (S. capraea), saule-amandier (S. triandra), saule-laurier (S. pentandra), saule cassant (S. fragilis), osier blanc (S. viminalis), osier rouge (S. purpurea), etc.
    _______________
    1. En réalité, elle distingue deux saules : celui qu’elle appelle De wida et l’autre De salivera qu’on croit être le saule marsault : c’est là la seule distinction qu’elle fait. Selon elle l’un et l’autre se valent.
    2. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 179.
    3. Edward Bach, La guérison par les fleurs, p. 107.
    4. Hans Christian Andersen, Contes – Sous le saule, pp. 207-208.
    5. En Russie, des brins de saule sont utilisés à l’instar de ceux de buis lors du dimanche des Rameaux, ainsi que dans d’autres contrées du nord de l’Europe comme l’Allemagne.
    6. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, p. 339.
    7. L’ogham Saille, par son nom, est assez proche du mot français seille : il s’agit d’un seau dont on se sert pour recueillir le lait issu de la traite des vaches et des chèvres. Ainsi était-ce la manière dont ma grand-mère appelait cet objet. Avec le lait, l’on n’est jamais bien loin de la féminité.

© Books of Dante – 2019

Le bouleau (Betula pendula)

Synonymes : bouleau commun, bouleau blanc, bouleau à papier, bouleau pleureur, bouleau verruqueux, bois à balais, boule, boulard, bouillard, biole, brele, bech, arbre de la sagesse, sceptre des maîtres d’école, arbre néphrétique d’Europe, etc.

Le bouleau blanc (adjectif que l’on doit à l’éclat argenté de son écorce papyracée) ou bouleau verruqueux (en raison des multiples « pustules » qui constellent ses rameaux) est un arbre particulièrement typique de l’Eurasie : il y a 10000 à 15000 ans, on a vu, en Europe, se développer des forêts majoritairement constituées de pins et de bouleaux (1). Bien que souvent cultivé comme arbre d’ornement (et reconnu comme tel), il n’en reste pas moins qu’il est l’hôte des bois jeunes, des sols pentus et acides, pierreux et sableux, comme on peut le voir en forêt de Fontainebleau par exemple. C’est un arbre qui nécessite beaucoup d’espace, c’est pourquoi il est capable de coloniser les sols vides qui ne sont pas propices au développement d’autres essences telles que le chêne. Le feuillage du bouleau est relativement abondant, formé de petites feuilles losangiques ou triangulaires, doublement dentées, qui ont la particularité de ne présenter que leur tranche au soleil afin de laisser pénétrer un maximum de lumière à l’intérieur de la silhouette de l’arbre. Longuement pétiolées, elles sont suspendues tout au long de rameaux réclinés : cela explique pourquoi l’on dit parfois du bouleau qu’il est pleureur, chose accentuée par sa floraison, laquelle a lieu entre avril et mai. On distingue deux types de fleurs : les chatons mâles en longues inflorescences souples et pendantes (d’où l’adjectif pendula associé à ce bouleau) et les fleurs femelles en petits épis dressés. Les graines sont capables de germer sur les sols vides dont nous parlions. Une fois devenues arbres, elles sauront rendre ces sols viables pour d’autres essences – le chêne, nous l’évoquions, mais aussi le hêtre – qui n’éliraient jamais domicile sur un terrain privé d’humus. En cela, le bouleau se rapproche du frêne : c’est un préparateur de terrain, il est à l’initiative de la vie et en précède la naissance. Puis, le bouleau formera une litière de feuilles capable de fabriquer une importante quantité de sucres qui enrichiront au fur et à mesure l’humus. C’est à ce moment favorable que les chênes et les hêtres pourront poser leurs valises, germer et grandir sur ce sol. Ils feront de l’ombre au bouleau qui ne s’en remettra pas : mais il faut aussi compter sur le cycle de vie court du bouleau (un siècle maximum pour trente mètres de haut) et sur sa croissance rapide (quinze mètres à 20 ans). Le temps que la croissance plus lente du chêne ou du hêtre fasse de l’ombre au bouleau, celui-ci, du fait de sa longévité plus brève, aura déjà disparu, non sans avoir essaimé de nouveaux fruits vers des territoires plus propices, y compris des terres incendiées. Ces akènes, bordés d’une aile deux fois plus larges que la graine, ce qui leur permet de « planer » quand même un peu, ne sont pas exemptes d’un potentiel pouvoir allergisant, puisqu’ils sont porteurs d’une vie qui ne demande qu’à éclore, fleurir et polliniser.

Le tronc svelte et presque lisse du bouleau s’orne d’une écorce pelliculée dont la blancheur est due à la présence de bétuline qui la rend, en même temps, imperméable et imputrescible. Elle pèle en se détachant du tronc en fines bandelettes horizontales (de même que merisier et cerisier). L’écorce s’épaissit avec l’âge, en particulier à la base du tronc, où elle se crevasse et noircit, ce qui est le plus sûr moyen de reconnaître un sujet à l’âge vénérable.
On peut dire que tout, chez lui, tend à la légèreté et à la grâce aérienne. Ce qui n’est pas tout à fait exact : à la gracilité et à la souplesse de la ramure du bouleau s’oppose la dureté de son écorce. Cette plasticité et cette robustesse sont, en quelque sorte, ses signatures. L’écorce condense la majeure partie des sels minéraux apportés par la sève brute (ou ascendante) qui provient de l’extraction par les racines de l’arbre de l’eau du sol et des nutriments qu’il contient. Les feuilles connaissent au début du printemps une intense activité cellulaire. Au niveau foliaire, la sève ascendante va se charger des principes actifs synthétisés par les feuilles, lesquelles formeront, en retour, la sève élaborée (ou descendante).

On voit sur ce schéma deux courants : celui, ascendant, de la sève brute, celui, descendant, de la sève élaborée. Le premier est le courant de l’eau et de la terre (tellurique), le second, le courant de la lumière du soleil (cosmique) : « Le bouleau symbolise la voie par où descend l’énergie du ciel et par où remonte l’aspiration humaine vers le haut » (2). L’arbre lui-même est donc de la lumière solaire matérialisée en quelque sorte. A ce titre, rien d’étonnant – parce qu’un certain nombre de ses caractéristiques le prédisposent à cette fonction – à ce que le bouleau ait joué, à l’instar du frêne, le rôle d’Axis mundi chez les populations sibériennes. Il est le lieu de la rencontre des énergies cosmiques et telluriques, il en est la symbiose, les racines étant le parfait reflet de la ramure, le tronc, le trait d’union entre les mondes céleste et terrestre. Lors des cérémonies d’initiation chamanique, le bouleau est planté au centre de la yourte de l’impétrant, et aboutit au trou du sommet qui correspond à la porte du Ciel (ou du Soleil, essence masculine), même si cet arbre est parfois associé à la Lune (essence féminine ; du reste, jusqu’au XVI ème siècle, le mot bouleau demeura féminin). Double, il est père et mère, mâle et femelle. Cependant, il apparaît davantage marqué femelle que mâle, étant considéré en Russie comme l’emblème de la jeune fille, plus précisément comme emblème printanier de la jeune fille, car « ce bouleau vert, ce printemps […] est […] un appel à cette vie joyeuse de la nature, de laquelle le dur hiver nous avait exilés » (3). Et lorsque le printemps est bel et bien là, les paysans russes fichent dans le sol, à l’entrée des isbas, des rameaux de bouleaux à la Pentecôte (symbolique masculine), alors que, à la même date, les jeunes filles russes enfilent des couronnes sur les branches de bouleau (symbolique féminine). Il arrive même à certaines d’entre elles de trouver, au matin, en guise de mai, un rameau de bouleau, cela pour leur faire savoir que, parmi les garçons, bien d’entre eux les trouvent charmantes.

L’histoire thérapeutique écrite du bouleau n’est pas si ancienne qu’on pourrait le croire : étant un arbre relativement septentrional, il n’a bien évidemment pas été remarqué par les Anciens de l’Antiquité grecque comme romaine, hormis peut-être de Pline, qui le croyait originaire de Gaule. Les premières références thérapeutiques ayant trait au bouleau, c’est à une dame « septentrionale » qu’on les doit : Hildegarde de Bingen. Au XII ème siècle, elle dit du Bircka (birke aujourd’hui en langue allemande) qu’elle en utilise la sève (contre les rétentions liquidiennes et les troubles urinaires), ainsi que les bourgeons : chauffés au soleil ou près d’un feu, puis appliqués sur la peau, ils soignent certaines affections dermatologiques (pustules, rougeurs, etc.). Hildegarde sera aussi la première à remarquer l’emploi des fleurs à travers leur vertu cicatrisante. Deux siècles après elle, c’est à un autre Allemand, Konrad de Megenberg (1309-1374), de livrer des informations complémentaires en ce qui concerne le bouleau. Dans un ouvrage intitulé Buch von den natürlichen Dingen (probablement écrit en 1349 ou 1350), le chanoine de Ratisbonne vantera « l’eau » de bouleau, c’est-à-dire sa sève, comme diurétique et antilithiasique urinaire. Il préconise cette même sève contre les ulcères de la bouche et les éphélides (taches de rousseur). Matthiole, étrangement, prend part à ce panégyrique : lui qui vit trop au sud, connaît pourtant celui qu’il appelle « arbre néphrétique », sans doute par l’intermédiaire de la lecture de quelques livres allemands sur la question, ce qui s’avère tout à fait possible, sachant que ce qu’il écrit rappelle ce que disait Konrad de Megenberg : « Si on perce le tronc du bouleau avec une tarière, il en sort une grande quantité d’eau laquelle a grande propriété et vertu à rompre la pierre (lithiase) tant aux reins qu’en la vessie si on continue d’en user. Cette eau ôte les taches du visage et rend la peau et charnure belle. Si on s’en lave la bouche, elle guérit les ulcères qui sont dedans ». Soit c’est l’information qui vient à nous, comme c’est le cas ici avec Matthiole, soit c’est nous qui nous rendons auprès d’elle. C’est ce que fit Pierre-François Percy, chirurgien-chef des armées de Napoléon Ier. Il notera l’utilisation populaire de la sève de bouleau, très répandue dans tout le nord de l’Europe, à l’occasion des campagnes de Russie. Il retiendra surtout que cet usage permet de lutter contre les affections rhumatismales, les embarras vésicaux et les reliquats de goutte. Il est bien vrai que la médecine populaire russe ainsi que les guérisseurs sibériens recommandaient depuis longtemps non seulement la sève mais également les feuilles et les bourgeons de bouleau pour soulager les douleurs rhumatismales. Mais il serait incomplet de s’arrêter uniquement à ça, la thérapie par le bouleau étant beaucoup plus sophistiquée : « Les populations occupant le nord de l’Eurasie ont pour tradition de se fouetter de branches de bouleau tout en alternant des bains de vapeur et de chaleur sèche, avant de se frotter de neige » (4). Cela préfigure le bouleau comme grand nettoyeur dans l’élimination des toxines. Ce que confirme d’ailleurs la sagesse proverbiale russe pour laquelle le bouleau est un nettoyeur via le sauna, et un guérisseur – ce dont nous ne doutons pas. Outre qu’il donne la lumière par les torches qu’il fournit, on dit aussi de lui, en Russie, qu’il étouffe les cris, ce que ne saurait se comprendre sans quelques détails explicatifs : par l’écorce de cet arbre, on obtient une sorte d’huile résinoïde goudronneuse dont on oint les roues de chariot pour leur éviter de frotter et de « couiner », ce qui est assez rigolo puisque le bouleau nous évite de faire de même avec nos propres articulations quand elles sont sujettes à l’arthrose par exemple.
Au XIX ème siècle, le médecin autrichien Wilhelm Winderwitz met expérimentalement en évidence les indéniables et puissants effets diurétiques des feuilles de bouleau en traitant des patients souffrant d’œdème. Il observera une considérable augmentation du volume des urines émises et une baisse du taux d’albumine, sans aucune irritation rénale. Un siècle plus tard, Henri Leclerc précise encore davantage les contours du profil thérapeutique du bouleau, qu’il utilise chez les patients atteints de cellulite et présentant d’excessifs taux d’acide urique et de cholestérol dans le sang. A terme, les toxines sont résorbées, les nodules fibro-congestifs fondent.
Le bouleau est donc un sublime purificateur, un incomparable nettoyeur (en Europe centrale, ne confectionne-t-on pas à l’aide des rameaux de bouleau d’excellents balais ?) et il a l’avantage de faire ce grand ménage tout en douceur, bien qu’on en évitera l’usage en cas de maladies cardiaques ou rénales graves.

A propos de la sève de bouleau que nous avons plusieurs fois ponctuellement abordée dans cet article, nous pouvons dire qu’elle est depuis longtemps récoltée au début du printemps, on la buvait comme eau de jouvence. Elle décrasse l’organisme des impuretés et toxines accumulées durant l’hiver. Étonnant régénérant, elle peut être utilisée par chacun d’entre nous (sauf contre-indications). Ce liquide vital – la sève – apporte souplesse tant au niveau physique que psychologique. C’est la force vive de l’arbre chargée des éléments terrestres et célestes qui apporte vitalité au sortir hivernal.
A l’inverse, la dure écorce du bouleau est utilisée pour l’extraction d’une résine, le goudron de bouleau dont on se servait déjà au Néolithique (et même auparavant) pour réparer les récipients présentant des fissures et autres fêlures. Aujourd’hui, il est encore utilisé pour apprêter, parfumer et protéger les cuirs de Russie. On retrouve bien là la dimension protectrice et imputrescible de l’écorce de bouleau qui permet aussi de fabriquer des ustensiles et des canoës, de couvrir les huttes (5). Elle constitue aussi un excellent allume-feu dont l’efficacité s’avère réelle même lorsqu’elle est mouillée : cela s’explique par sa haute teneur en résine (j’ai appris cette astuce pour la première fois dans une bande dessinée de Yakari le petit Indien où l’ingénieuse Arc-en-ciel explique à ses deux compagnons, Yakari et Graine-de-bison, l’emploi de l’écorce de bouleau pour allumer du feu).

Des fleurs du bouleau, l’on tire un élixir floral que le docteur Bach n’aurait pas renié : il a néanmoins été établi selon sa méthode. Parce qu’on a fait « parler » l’arbre sur son caractère, l’on a pu en déduire les domaines d’action : aussi, ne soyons pas étonnés d’apprendre que cet élixir se destine aux personnes qui font exagérément preuve de comportements sclérosants, rigides qu’ils sont comme de l’écorce de bouleau, solides dans leurs prises de position, parfois trop comme le « papier » que l’on tire de cette écorce et dont la résistance s’explique par les goudrons qu’elle contient. Ce qui paraît, chez certaines personnes, un défaut, peut s’avérer, par ailleurs, fort utile, parce que, dans d’autres cas, sans cette écorce goudronneuse, de vastes pans de l’histoire nous seraient parfaitement inaccessibles. Nous avons vu, abordant Hildegarde, qu’elle appelait le bouleau bircka. L’allemand actuel birke ainsi que l’anglais birch rappellent, bien évidemment, cet ancien nom attribué au bouleau qui, selon l’étymologie, provient d’une racine beaucoup plus ancienne et lointaine : en sanskrit, le mot bhurga (6) qui désigne le bouleau, signifie aussi précisément « arbre dont l’écorce est utilisée comme support d’écriture » (7). Aussi, rendons grâce au goudron de l’écorce du bouleau, puisqu’un événement majeur a permis d’asseoir l’étymologie liée à cet arbre : sa « résistance à la pourriture a permis aux archéologues russes des découvertes historiques de première importance dans le sous-sol de Novgorod, ville située à 400 km à l’est de Moscou. Des centaines de documents intacts en écorce de bouleau furent récupérés à partir de 1951 à plusieurs mètres de profondeur, dans des couches archéologiques allant du X ème au XIV ème siècle. Les textes sont gravés au stylet sur la face intérieure de l’écorce. Écrits en vieux russe, ces textes ont considérablement contribué à la connaissance de cette époque. Le bouleau a ainsi joué dans les pays nordiques un rôle de support de communication comme le papyrus ou le palmier dans les pays chauds » (8). Témoin de signes gravés sur son écorce, le bouleau apparaît aussi chez les Celtes non pas comme support mais comme contenu.

« Le bouleau, qu’on appelait autrefois Arbre de la Sagesse (« Arbor sapientiae »), par allusion aux arguments frappants que fournissaient ses branches aux pédagogues pour inculquer les saines doctrines à leurs élèves »… (9). Fournier, plus prosaïque, explique : pour châtier les enfants turbulents. A la baguette ! Nous eussions apprécié qu’il s’agirait là d’un autre type de sagesse. Mais tout n’est pas perdu, il nous faut œuvrer pour la découvrir, ôter du corps de cet arbre à la fascinante beauté, cette première impression qui n’est qu’une illusion. Oui, le bouleau est bien un arbre de sagesse, mais pas seulement au sens où l’entendait – en le soulignant simplement – Henri Leclerc. Mais encore faut-il savoir dépasser l’odeur de fagot que suscitent certains épisodes de l’histoire du bouleau, en particulier s’ils sont considérés à travers les yeux d’un homme qui n’a rien de païen et que des pratiques éloignées des siennes peuvent surprendre. C’est ce qui apparaît très clairement dans Leclerc, faisant la lecture du médecin alchimiste Jean-Baptiste Van Helmont (1579-1644) : le bouleau « ne se montre pas moins puissant pour conjurer les incantations, notamment pour ‘dénouer l’aiguillette’ : il cite très sérieusement le cas de Karichterus [?] qui, victime d’un maléfice, s’exorcisa en expulsant le superflu de la boisson sur des balais de bouleau » (10). Ce qui, ma foi, m’apparaît fort intéressant. Comment douter, en effet, qu’on puisse faire intervenir un arbre comme le bouleau dans pareil cas ? Lui, le balayeur, comment ne pas croire qu’il est capable d’expulser ?

Selon l’alphabet celte des arbres, le bouleau débute l’année solaire par la lettre B, à cheval sur décembre et janvier (du 24 décembre au 21 janvier exactement ; l’année est découpée selon treize consonnes auxquelles on attribue 28 jours chacune). A cette position initiale, l’on fait écho par l’ogham Beith, c’est-à-dire celui qui concerne le bouleau et qui débute la séquence oghamique (laquelle s’achève par Ioho, l’if).
Le bouleau, qui entame ce premier cycle de 28 jours, soit une lunaison, prend donc place quelques jours après le solstice d’hiver : il ouvre donc, en quelque sorte, la porte solsticiale ascendante, cette étape temporelle où nous voyons, de nouveau, la durée du jour s’allonger progressivement. A cette renaissance du feu solaire, l’on a donc décidé d’associer, chez les Celtes du moins, le bouleau, dont l’immaculée blancheur n’a sans doute pas été étrangère à ce choix, d’autant plus pertinent si l’on considère un bouleau assez âgé : à la base noircie et charbonneuse de son tronc succède ces bandelettes d’horizon argenté : en levant le regard de bas en haut, l’on passe de l’obscurité à la lumière, selon un mouvement identique à ce qui se déroule lors du solstice d’hiver. Ainsi, le bouleau marque une étape, une naissance, un commencement (qui ne sont en fait que re-naissance et re-commencement, s’agissant de renouveau éternel et cyclique). Le bouleau initie donc ce mouvement, de même qu’il participe à l’initiation de l’apprenti chaman sibérien.
Parce qu’il est l’arbre de la lumière renaissante et grandissante, on a fait du bouleau un arbre patronné surtout pas des figures féminines : c’est le cas de Frigga, l’épouse d’Odin, mais ça l’est encore bien davantage avec la triple déesse hyperboréenne qu’est Brigit, et dont le nom provient d’une racine indo-européenne que nous avons déjà croisée : bhirg. Cette déesse porte donc en elle le nom même du bouleau, mais aussi des symboliques similaires : renaissance du feu solaire et de la végétation. Brigit, fille du Dagda, maternelle et tellurique, préside également aux accouchements (ce qui explique, entre autres, les berceaux fabriqués en bois de bouleau). Elle est donc porteuse de fécondité et de fertilité, et rappelle quelque peu le symbole juvénile et printanier qu’on associe au bouleau dans les contrées du nord de l’Europe. Si Beith, l’ogham du bouleau, appelle, tout comme Brigit, la féminité et l’aspect maternant, il ne s’applique pas qu’aux seules femmes, mais s’adresse à tous, qu’on soit homme ou femme (par exemple : excès de virilisation chez la femme, peu de place accordée au cerveau droit chez l’homme, etc.). Il s’agit, grâce à Beith, de faire naître quelque chose, au sens propre comme au sens figuré, quelle que soit sa forme, du reste : elle peut prendre celle d’un projet, d’une nouvelle activité, d’un intérêt quelconque. Cela peut être d’entrer dans une relation particulière avec quelqu’un ou une structure dépassant le cadre de l’individu (faire du bénévolat, participer activement à des projets collaboratifs et participatifs, etc.), afin de, peut-être, recréer, dans des circonstances bien différentes, une autre idée du foyer et de la famille, au sein desquels on se sent protégé, en sécurité : c’est faire croître ce genre d’idées que cherche à favoriser Beith. Bien entendu, si Beith exige de nous faire parvenir à tel ou tel échelon, à l’image du chaman apprenti gravissant son bouleau, il peut également nous interroger sur ce qu’il est bon de laisser en chemin, d’abandonner : les entraves et les influences néfastes issues de notre propre lignée familiale, par exemple. De faire le ménage, en définitive. Purifier, n’est-ce pas enlever quelque chose (ou quelqu’un) ? Beith invite donc à une purification qui peut être physique, psychique, énergétique, ou bien tous ces aspects à la fois. L’on sait que la purification passe par une mise en fuite. Cela s’exprime très bien avec le bouleau dont nous avons dit qu’il portait le nom de birch en anglais, s’approchant une fois de plus de la verge et du fouet, puisque, en anglais toujours, to birch signifie… fouetter !… Cela explique pourquoi autrefois on flagellait les condamnés, afin d’éloigner d’eux les sournoises influences tentatrices, de même pour les malades mentaux : ils étaient fustigés pour écarter d’eux les esprits mauvais qui, pensait-on, les jetaient dans cet état. Il n’est donc pas très surprenant de considérer le bouleau comme un arbre permettant l’exorcisme, comme nous l’avons vu précédemment : la tradition veut que l’on balaie avec un balai composé de rameaux de bouleau qui permet d’expulser, non seulement les poussières et autres balayures, mais aussi les miasmes et reliquats énergétiques qui traînent çà et là dans les coins : faire place nette afin de la laisser propre et dispos au renouveau qui pointe le bout de son nez.
Nous avons souligné un peu plus haut que l’if achevait le cycle oghamique entamé par le bouleau. Funéraire, l’if l’est sans hésitation. Mais il porte, semper virens, la vie éternelle. Au contraire, le bouleau, qu’on associe au recommencement, apparaît sous une vêture qui peut paraître plus funeste qu’elle ne l’est en réalité. La mythologie celte abrite un texte – le Kat Godeu ou Combat des arbres – dans lequel il est fait référence au bouleau. On y trouve ces deux vers : Le sommet du bouleau nous a couverts de feuilles/Il transforme et change notre dépérissement (autre traduction : Alors le faîte du bouleau nous couvrit de ses feuilles/Et métamorphosa notre aspect flétri). D’aucuns y ont vu une symbolique funéraire. Si tel est le cas, on peut se demander où elle peut bien se dissimuler. « Il transforme et change notre dépérissement »… C’est tout de même très énigmatique : est-ce une allusion au fait que le bouleau, par sa sève, permet de véritables cures de jouvence ? Les seules références claires et précises que l’on peut croiser à propos de l’utilisation du bouleau lors de rites funéraires se comptent sur les doigts d’une seule main : il est parfois arrivé de couvrir les dépouilles mortelles de rameaux de bouleau et de confectionner des bûchers funéraires de son bois. C’est à peu près tout, pas de quoi marteler l’aspect funéraire du bouleau avec insistance. Tout au plus est-il « l’artisan des transformations qui préparent le défunt à une vie nouvelle », comme on peut lire dans le Dictionnaire des symboles de Chevalier et Gheerbrant.
Résister et s’adapter. C’est ce qu’ont fait les bouleaux (ainsi que d’autres arbres à feuilles caduques comme l’érable et le chêne) qui se trouvent à proximité de la centrale nucléaire de Tchernobyl en Ukraine, site possédant l’histoire tragique que l’on sait. Contrairement au pin, le bouleau est beaucoup mieux loti face aux rayonnements car son génome est plus compact que celui du pin qui, lui, est voué à mutation : il voit sa croissance être ralentie, ses formes devenir de douloureuses arabesques. Même une fois mort, il ne peut pas trouver le repos, les radiations ayant drastiquement ralenti le processus de pourrissement de ses troncs, ce qui expose la zone alentour à de fréquents feux de forêt.

Les abords de la centrale de Tchernobyl, 32 ans après la catastrophe.

 

Le bouleau en phytothérapie

A l’image du frêne, le bouleau est un arbre dont on a tout fait ou presque. Il appert qu’en phytothérapie il en va de même puisqu’on utilise de cet arbre à peu près toutes les parties :
-Les feuilles quand elles sont jeunes : légèrement amères, d’odeur agréable (fraction aromatique : environ 0,05 % d’essence), elles contiennent une teneur variable de tanin (4 à 15 %), une saponine, des acides phénols, de la vitamine C, ainsi qu’un flavonoïde connu sous le nom de rutine : s’inspirant de celui de la rue (Ruta graveolens), on le rencontre aussi dans le sarrasin et dans… le frêne (ce qui renforce davantage le « cousinage » entre ces deux arbres).
-L’écorce (superficielle ; autrement dit le « papier blanc » qui couvre le tronc du bouleau horizontalement) se caractérise par une forte proportion (12 à 14 %) d’un glycol triterpénique, la bétuline, un corps résineux, la bétulalbine, enfin un triterpène, l’acide bétulinique. De cette écorce, l’on tire, par distillation sèche (pyrogénation), un « goudron », sorte d’huile résinoïde empyreumatique de couleur noire, au parfum de cuir et de fumée très prononcé. Puis on distille ce produit et l’on obtient une huile essentielle liquide, généralement de couleur jaunâtre, et dont la densité est supérieure à celle de l’eau (1,19 environ). Dans le commerce de détail de produits d’aromathérapie, on trouve essentiellement les huiles essentielles de bouleau noir (Betula nigra) et de bouleau jaune (Betula alleghaniensis), deux huiles majoritairement composées d’esters, de salicylate de méthyle principalement (99 %), ce qui les rapproche de l’huile essentielle de gaulthérie couchée.
-La sève : seule la sève ascendante est utilisée à des fins thérapeutiques. En effet, la sève descendante est dénuée de vertus diurétiques et dépuratives. La sève ascendante expurge, élimine, évacue, en un mot : éloigne. Plaisante au goût, acidulée, légèrement sucrée (11), elle contient des acides aminés et des sels minéraux (potassium, calcium, sodium, phosphore…).

Propriétés thérapeutiques

  • Diurétique puissant non irritant éliminateur des chlorures, de l’urée et de l’acide urique, dépuratif, régénérateur des tissus rénaux sans inflammation, antilithiasique
  • Antirhumatismal
  • Digestif, cholérétique, vermifuge
  • Détersif, vulnéraire, antidartreux, éclaircissant du teint
  • Fébrifuge, sudorifique
  • Stimulant
  • Désinfectant
  • Favorise la croissance des cheveux

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère vésico-rénale : inflammation et infection des voies urinaires, lithiase (rénale, urinaire), sable urinaire, colique néphrétique, urétrite, oligurie, embarras et catarrhe vésical (même opiniâtre), albuminurie, rhumatisme (musculaire, goutteux), goutte, arthrose, arthritisme
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : parasites intestinaux, lithiase biliaire
  • Troubles de la sphère circulatoire : varices, artériosclérose, hypertension
  • Troubles de la sphère respiratoire : inflammation des voies respiratoires, dyspnée
  • Affections cutanées : dartre, eczéma, éruption psorique, vieil ulcère, croûte de lait, dermatose, plaie, furoncle, érythème, transpiration excessive des pieds
  • Purification de l’organisme et excrétion : diminuer le volume des tissus dans les jambes, le ventre, les seins, anasarque (œdème généralisé), œdème, œdème des cardio-rénaux (avec troubles associés : vertige, céphalée, « mouches volantes »), rétention d’eau, hydropisie, hypercholestérolémie, azotémie et hyperazotémie (rétention de l’urée dans le sang), abcès, adénite
  • Fièvre intermittente

Modes d’emploi

  • Infusion longue de feuilles (il est possible d’en faire le même usage courant que le thé des centenaires).
  • Décoction concentrée de bourgeons.
  • Décoction concentrée d’écorce.
  • Macération vineuse (vin rouge) d’écorce des jeunes rameaux.
  • Macération huileuse de bourgeons.
  • Bain de feuilles de bouleau : compter quatre poignées de feuilles en décoction dans un litre d’eau jusqu’à ébullition. Baisser le feu, laisser frémir pendant dix minutes. Filtrer. Verser le tout dans une baignoire adéquate. On peut procéder de même avec les bourgeons.
  • Teinture-mère.
  • Sève en cure.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : bourgeons, sève et écorce se prélèvent dès la fin de l’hiver, en février-mars environ, soit avant l’apparition des feuilles qui, elles, se ramassent un peu plus tardivement, en mai et en juin, en considérant, lors de la cueillette, uniquement les feuilles les plus jeunes. Au sujet de la sève, délivrons la manière d’opérer telle que décrite par Pierre-François Percy en 1826 : « Dès les premiers jours de mars, on va dans la forêt voisine choisir un bouleau de moyenne taille, on y fait avec une vrille grosse comme une plume à écrire, un trou horizontal à la hauteur de trois ou quatre pieds du sol ; dans ce trou, un peu profond, on place un tuyau de paille qui sort de trois ou quatre travers de doigt, pour servir de conducteur à l’eau qui va s’écouler au-dessous et à terre ; on dispose un récipient quelconque que l’on couvre d’un linge clair et propre, afin d’arrêter les petits insectes ou les ordures qui pourraient y tomber. Ce récipient se remplit bientôt ; on ne fait cette perforation qu’une ou deux fois sur le même arbre, et, au bout de peu de jours, on passe à un autre, afin de ne pas trop le fatiguer. On a soin, quand on a fait ce changement, de boucher le trou avec un fosset, sans quoi le bouleau, continuant à donner plus ou moins d’eau, souffrirait, sans toutefois en périr, tant cet arbre est dur et vivace » (12).
  • Du bouleau, selon comment il est apprêté, on tire quantité de couleurs tinctoriales : brun, jaune, noisette, fauve, mordoré, vert, etc.
  • Les petits feuilles très tendres du bouleau peuvent s’ajouter en petite quantité à une salade ; les bourgeons, que la cuisson rend croustillants, sont, paraît-il, un véritable régal. Cependant, le bouleau est mieux connu pour sa sève dont on forme, en Suède, une sorte de « miel », ainsi que le « vin » et le « champagne » de sève de bouleau, comme cela se faisait encore autrefois dans le Nord de la France. Quant à l’écorce blanche du bouleau, elle entrait dans la composition d’une boisson fermentée assez proche de la bière. Il y a donc plus à boire qu’à manger dans le bouleau.
  • Autres espèces : le bouleau flexible ou merisier rouge (B. lenta), le bouleau à papier (B. papyrifera), le bouleau pubescent (B. pubescens), le bouleau nain (B. nana), le bouleau blanc de l’Himalaya (B. utilis), etc.
    _______________
    1. L’histoire de leur interrelation ne date pas d’hier. En effet, dans la nature, ont été mises en évidence des interdépendances d’arbre à arbre. C’est le cas entre le pin douglas (Pseudotsuga menziesii) et le bouleau en Amérique du Nord. Lorsqu’on a commencé a étudié ce phénomène, on a temporairement conclu que l’échange n’était pas équivalent du pin au bouleau, que ce dernier donnait plus qu’il ne recevait durant la belle saison. En approfondissant, on s’est rendu compte que ce phénomène s’inversait durant l’hiver, que c’était le pin qui prenait le relais. Ainsi, à tour de rôle, chaque arbre pourvoie aux besoins de celui qui est le plus faible par le biais d’échanges interacinaires renforcés par mycorhization, c’est-à-dire grâce aux mycéliums invisibles, parce que souterrains, de certains champignons qui tracent des lignes de communication de racine à racine. Parfois, explique Jean-Marie Pelt, « la belle symbiose frôle le parasitisme » ou, ajoutons-nous, le devient. Il en va de même chez l’être humain du reste.
    2. Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 145.
    3. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, p. 47.
    4. Claudine Brelet, Médecines du monde, p. 100.
    5. Très présente dans l’économie domestique dans le nord de l’Europe, l’écorce de bouleau permet la confection ingénieuse de multiples objets : corbeilles et corbillons, souliers, cordes, filets, ustensiles de cuisine, conduites d’eau, « bougies ». Quant au bois de bouleau, outre les balais et verges bien connus, on l’emploie pour fabriquer des jantes de roue, des arceaux, des sabots.
    6. De là proviennent également les beto et betul de langue celte, le latin betula, etc.
    7. Larousse des plantes médicinales, p. 178.
    8. Michel Faucon, Traité d’aromathérapie scientifique et médicale, p. 374.
    9. Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 52.
    10. Ibidem, pp. 52-53.
    11. Ce goût sucré provient de la présence d’une petite quantité de sucre (0,5 à 2 %) qu’autrefois l’on s’est parfois échiné à extraire de cette sève, sans succès, ce sucre n’étant pas cristallisable.
    12. Pierre-François Percy, Opuscule de médecine et de chirurgie, pp. 111-112.

© Books of Dante – 2019

L’olivier (Olea europaea)

Les oliviers, Vincent Van Gogh (1889)

Petit par sa taille mais grand par ses pouvoirs symboliques, l’olivier est un arbre qui a fait montre de ses multiples talents, tant en thérapie qu’en cuisine, et cela depuis l’époque fort reculée déjà où l’homme a compris qu’il y avait en lui une véritable manne à saisir.
Originaire d’Asie mineure, on le rencontre sur l’ensemble du bassin méditerranéen, ainsi qu’au Proche-Orient. Mais il ne s’agit là que d’un olivier d’importation, cultivé. Or, avant cela, des fouilles archéologiques ont montré que l’olivier, à l’état sauvage, faisait déjà l’objet d’une récolte il y a quelques 20000 ans, avant qu’on ne procède à sa culture durant l’âge du bronze, il y a 4000 ans, date à partir de laquelle l’olivier est diffusé par le truchement des Phéniciens, puis, plus tard, des Grecs et enfin des Romains, lesquels en développent la propagation sur l’ensemble des zones méditerranéennes. C’est pour cette raison, qu’aujourd’hui en France on rencontre l’olivier aussi bien en Languedoc qu’en Provence, témoignant de l’arrivée, de l’installation ou du passage de peuples pour qui l’olivier était si capital qu’il aurait été impensable de ne pas l’emporter avec armes et bagages. Sur le territoire français, on trouve des traces vivantes de cette présence des civilisations gréco-romaines dans le Sud de la France, à Roquebrune-Cap-Martin par exemple, petite ville des Alpes maritimes qui accueille encore ce que l’on considère comme le plus ancien arbre de France, un olivier vieux de 2500 à 2800 ans : il « doit son âge vénérable à son aptitude à avoir plusieurs fois ‘rejeté’ à partir de sa souche, formant une sorte d’individu coloniaire » (1). Ce qui explique – par cette exceptionnelle longévité – son omniprésence depuis 4 à 5000 ans, non seulement d’un point de vue agricole, alimentaire et civilisationnel, mais aussi linguistique : les mots olive et olivier émanent tous les deux du crétois élaia dont on a tiré élaion, « huile », latinisée en oleum. Quand on entend le mot huile, on peut penser à celles de colza, de tournesol, de noix, tout autant que d’olives. Pas à l’époque hellénique à laquelle on procédait à la culture de l’olivier dans la péninsule balkanique. En ce temps, l’huile est forcément d’olive, le préciser serait presque un pléonasme, puisque cette huile porte le nom même de l’olive dans ses lettres. « Cette dénomination unique a subsisté, même quand on a utilisé des huiles provenant d’autres plantes, non seulement dans les langues issues du latin, huile en français, olio en italien, oleo en espagnol, mais aussi dans les langues germaniques : oil en anglais, öl en allemand » (2). Il en va de même du mot drupe qui, au départ, ne désigne pas la totalité des fruits à noyau, mais s’applique uniquement à l’olive (en latin : drupa). Autant dire que l’olivier et son fruit ont pris toute la place, d’un point de vue botanique également, puisque l’olivier a donné son nom à la famille qu’il représente – les Oléacées – laquelle regroupe des arbres aussi divers que le frêne ou le lilas. Malgré cette prééminence, ce fruit civilisationnel qu’a été l’olive pour les Grecs, n’est pourtant pas originaire de la péninsule balkanique, quoi qu’on en pense et quoi qu’on en dise : c’est le cas d’Élien, par exemple, qui soutenait que « c’est à Athènes […] que l’on trouva d’abord l’olivier et le figuier ». Plus que de l’ignorance, je crois qu’il s’agit davantage de propagande, les Hellènes ayant fait fort pour imposer dans cette terre conquise qu’était la Grèce des croyances qui devaient être jugées comme indubitables.

L’olivier millénaire de Roquebrune-Cap-Martin (Alpes maritimes).

L’Antiquité grecque, il est impossible de la concevoir sans son symbole qu’est l’olivier porteur de l’olive pourvoyeuse d’huile, dont la préciosité imposait d’élaborer les meilleurs modes de conservation et d’imaginer, après culture et récolte, la mise en œuvre de procédés qui existent encore de nos jours : la conservation des olives par la saumure, le pressage à froid et l’extraction à chaud étaient déjà connus en ce temps de l’époque égéenne préhellénique.
Il est aisé de comprendre qu’à cette splendeur qu’est l’olive on ait voulu attribuer telle origine plutôt que telle autre, que les uns et les autres aient voulu tirer la couverture à eux. On l’a cru d’origine égyptienne, étant associé à Thot et à Isis. De là (c’est-à-dire de Basse Égypte, région de la ville de Saïs), il aurait été importé en Grèce par Cécrops en 1582 avant J.-C. A d’autres occasions, on le fait provenir du pays des Sumériens (plus probable) ou de Libye (très improbable). A ces origines géographiques (dûment justifiées ou non), s’additionnent celles de nature mythologique : Héraclès, dont la massue était en bois d’olivier, forma le premier de ces arbres après qu’il en frappa le sol… ce qui demeure, somme toute, très curieux. A celui qu’on a romanisé en Hercule, il existe un fragment mythologique beaucoup plus connu : je rappelle, au passage, ce que j’ai écrit dans l’article consacré au palmier dattier : « On a beau dire qu’Héraclès rapporta l’olivier et le dattier en Grèce à son retour des enfers, ça n’est pas tant deux plantes que les Hellènes importèrent, bien plutôt un récit portant sur elles : bien avant Létô, existait une divinité orientale beaucoup plus ancienne, Lat, déesse de la fertilité, de l’olivier et du palmier. Un transfert de Lat à Létô marque, comme nous l’explique Jacques Brosse, ‘une annexion politique et religieuse par les Hellènes’ (3) d’un thème archaïque. » De là son installation à Olympie, soit à plus de 200 km de cette ville à laquelle on associe, de facto, l’olivier, parce que la légende qui lie cette ville à cet arbre est la plus célèbre. Les mythographes racontent la querelle qui opposa Poséidon à Athéna. Le dieu au trident revendiquait davantage de royaumes terrestres dont l’Attique, c’est-à-dire cette région grecque dont Athènes est la capitale. Afin de les départager, un défi leur est lancé : fournir à la cité la chose la plus utile, valeureuse et précieuse. Poséidon fiche son trident dans le sol : il en naît un puits d’eau salée (dans certains textes antiques, il est parfois question d’un cheval fougueux). Athéna, que cet exploit ne désarme pas, déjà équipée de sa lance, fait de même, et au point d’impact un olivier surgit, déployant ses branches. Les dieux soutinrent Poséidon, les déesses Athéna, mais Cécrops se rangea en faveur d’Athéna, alors que, bizarrement, Zeus s’abstint, décidé à ne pas émettre d’avis sur cette question. Ainsi, Pallas Athéna l’emporta sur Poséidon, et l’olivier devint le symbole de cette ville qui tira son nom de celui de la déesse. De cette altercation divine, on dit que l’olivier aurait été conservé derrière l’Érechtéion, autre temple que porte l’Acropole avec le Parthénon. On va même plus loin, en soutenant que certains oliviers situés à proximité de l’Acropole descendraient de cet olivier primordial… Ce qui est intéressant, c’est que l’Acropole est formée d’une colline qui avait anciennement pour nom glaucôpion, un mot provenant de glaux, « chouette », cette colline étant effectivement dédiée à une archaïque divinité chouette.

Tétradrachme grec figurant Athéna et deux de ses symboles : l’olivier et la chouette.

Les Hellènes, qui prirent la place, firent en sorte de confondre cette colline avec le culte de leur Athéna, d’où la fusion avec la chouette, et les yeux pers, autrement dit de couleur glauque (4), dont on affuble assez souvent la déesse, tant et si bien qu’en l’absence de toute indication nominale, quand on rencontre « la déesse aux yeux pers » dans les textes antiques, c’est exclusivement d’Athéna dont il s’agit. Bref. Malgré la mauvaise foi évidente du dieu marin, indiquons, à sa décharge, que l’eau salée, c’est toujours bien pratique pour les conserver dans la saumure, les olives. Ah, non mais !… Non, sérieusement. De cette escarmouche divine, il ressort que l’olivier est consacré à Athéna (et par suite à Minerve, ainsi qu’à l’équivalent de Zeus, Jupiter, dont les prêtres portaient un bonnet surmonté d’un brin d’olivier) et, comme tout arbre sacré, il était l’objet d’un culte pieu, comme à Athènes, où ce culte s’accompagnait de celui d’un pilier, rappelant les très archaïques pierres sacrées, dans lesquelles, peut-être, on a investi petit à petit la divinité Athéna émergente, bien avant que sa tête soit coiffée d’un casque étincelant, portant un bouclier (l’égide) et brandissant une lance : cela, c’est la description d’une Athéna davantage aboutie. Objet de culte, certes, l’olivier est particulièrement respecté : bien qu’il poussât en abondance dans la plaine d’Éleusis, il était protégé au point que ceux qui s’attaquaient à lui étaient justiciables. En réalité, ennemis ou pas, on se gardait bien d’endommager le moindre olivier, arbre dont on employait le bois pour une unique raison : la fabrication de statues représentant les divinités, et rien d’autre, sans quoi l’on encourrait le plus terrible des châtiments divins. A ce bois, s’ajoute l’huile qu’on tire des fruits de l’olivier, non moins sacrée. Elle n’était pas tant qu’alimentaire, mais surtout de première nécessité pour l’éclairage, dont la lumière fournie rappelait celle du soleil et du divin : ainsi, « l’olivier devient l’arbre de la vie par excellence […] : l’huile qui allume les lampes, maintient la lumière dans le monde, et par la lumière, la vie » (5). Certains se targuèrent même de faire une plus forte consommation d’huile que de vin ! Bref, « on pouvait encore admirer du temps de Pausanias une lampe d’or consacrée à la déesse [Athéna] : ‘On la remplit d’huile et on attend le même jour de l’année suivante, bien que la lampe soit allumée de jour comme de nuit’. Même si l’auteur de la Périégèse ne le dit pas, il est clair que cette huile merveilleuse provenait des fruits de l’olivier sacré » (6), ce qui rappelle la grandeur de celle qui devait illuminer le monde, et dont on accroissait la ferveur par l’onction d’huile d’olive qu’on réservait, dans un but bien évidemment sacré, aux statues des divinités, afin de les illuminer elles aussi, d’en perpétuer pour toujours l’étincelante ardeur (7). La lampe qui brille continuellement est un fréquent motif : ce prodige ne tient vraiment que seulement si le divin est à l’œuvre. Il s’agit d’une lumière éternelle qui ne meurt jamais, de même que l’olivier symbole d’Athéna qui fut, dit-on, brûlé par Xerxès en même temps que le temple dédié à la déesse : cet olivier, croit-on, survécut à ce blasphème, de même que ce ginkgo, à Hiroshima… Après l’incendie, une pousse naquit au pied de cet olivier calciné. Plante de victoire, au même titre que le laurier, l’olivier, par le biais de cet épisode, nous fait comprendre quelle ténacité l’anime. Associé à la force de par sa longévité, la dureté de son bois et son caractère toujours vert, il représente la réussite et le succès dans les entreprises, qu’elles soient civiles, militaires ou sportives : rappelons que ce furent les oliviers du bois sacré de Pantheion à Olympie qui fournirent des rameaux dont on confectionnait les couronnes destinées aux vainqueurs des jeux. De là, il n’est pas très compliqué de comprendre qu’il implique prospérité, abondance, fécondité. A son sujet, on parle de pureté et de chasteté également : c’est, du moins, ce qui transparaît à travers le fait que la culture et la cueillette devaient être assurées par des personnes tout aussi pures et chastes : maris fidèles, jeunes filles vierges, etc. Ce rituel sacré s’accompagnait de crainte et de tabou : il exista très tôt cette croyance selon laquelle les prostituées ne pouvaient s’en mêler sous peine de faire périr l’arbre, du moins de le rendre stérile. De même pour celles qu’on disait « sorcières » : on trouve trace de cette antique superstition dans le Malleus Maleficarum de Sprenger et Institoris, « marteau des sorcières » datant tout de même de 1486 (ou 1487). Mais bon, la bêtise ne s’affecte pas du nombre des années…

Pallas Athéna, Gustav Klimt (1898)

Loin du monde grec, on trouve trace de l’olivier dans la Bible, ce qui n’a rien de bien étonnant, étant très fréquent au Proche-Orient (Liban, Palestine, Israël, etc.). Ce qui est bien plus captivant, c’est que l’olivier est associé à bien des épisodes bibliques, dès l’entrée de Jésus à Jérusalem pour commencer, jusqu’à composer en partie, avec le cyprès, le cèdre et le palmier, la croix christique, en passant par sa présence aux abords des jardins de Gethsémani : rappelons le mont des oliviers, cette colline proche de Jérusalem sur laquelle Jésus pria la nuit qui précéda son arrestation. Cela ferait de l’olivier un arbre présent à tous les âges de la vie, de même que lorsque la mort survient (en Grèce, lors des cérémonies funèbres, les bûchers étaient abondamment arrosés d’huile d’olive). L’olivier s’illustre aussi à travers un épisode de la Genèse demeuré célèbre : pour signifier son divin pardon, Dieu annonce la fin du déluge en envoyant à Noé la colombe porteuse du rameau d’olivier (8) qui prend ici le signal de la paix, un aspect qui apparaît brièvement dans la littérature grecque, chez Aristophane du moins, où il fait dire à l’un de ses personnages (dans Les Grenouilles) : « Ne t’emporte pas loin des oliviers », autrement dit : reste en paix (si possible). Histoire de marquer sa prééminence grandissante, les mythographes chrétiens osèrent affirmer que la Sainte Ampoule fut apportée à Clovis par une (autre) colombe, afin de tracer un parallèle osé avec l’histoire du Noé diluvien, et surtout l’empreinte très chrétienne du baptême de ce premier roi franc… libre mais pas vraiment paisible : peut-être aurait-il fallu lui ajouter, comme à la salade, davantage d’huile pour éviter de gripper… ^^. Il existe au sujet de l’huile d’olive, une vertu apaisante qu’on ne rapporte pas souvent (car probablement trop anecdotique : faut savoir la caser, celle-là !), mais que je trouve parlante au regard de ce que nous évoquons présentement. J’ai découvert ça dans l’œuvre de Cazin : « Jetée sur un liquide, elle [l’huile d’olive] en unit la surface, ce qui l’a fait proposer pour calmer les flots de la mer autour d’un vaisseau dans une tempête » (9). Ce qui l’a fait abandonner : merci bien les marées jaunes ! Mais, plus rigolo, ça aurait, pour sûr, bouché un coin à ce bougon de Poséidon, et peut-être donné naissance à l’expression « calme comme une mer d’huile »…

N’étant pas réservé qu’aux seuls dieux, l’olivier s’est, bien évidemment, répandu au sein même de cette vie dite profane, enfin, celle des gens de tous les jours, comme vous ou moi, qui ne faisons pas autant de chichis. Et là encore – comment en douter ? – l’olivier apparaît à tous les moments marquants de l’existence. Son implication démarre bien avant les rites de nuptialité : les précédant même, il les favorise. Par exemple, « les jeunes filles qui veulent apprendre si pendant l’année elles se marieront vont toutes nues […] cueillir une branche d’olivier vert. Elles en détachent une feuille, l’humecte avec de la salive et la jettent dans la cheminée en prononçant ces mots : ‘Si tu me veux du bien, saute, si tu me veux du mal, reste immobile’ » (10). Puis l’on attend que l’oracle soit prononcé : si la feuille se consume sans bouger, la demande de la jeune fille restera caduque. Toujours en Italie, dans la petite cité d’Arpino, située à 120 km de Rome, un code de couleurs permettait aux jeunes filles de savoir à quel degré se perchait l’amour que leur portaient leurs amoureux. C’est en observant la couleur du ruban qui ceinturait la branche d’olivier qu’ils portent en sortant de l’église le dimanche des Rameaux que les jeunes filles savent si, d’aventure, elles arpentent une piste verte ou une noire !… Trouver un amoureux, savoir le garder, c’est déjà une belle chose. Encore fallait-il passer l’écueil que représentait autrefois la belle-mère. Quand la jeune fille parvenait à se la concilier, on pouvait assister à cela : « Dans un chant populaire de l’Ombrie [nda : région d’Italie centrale dont la capitale est Pérouse], la belle-mère donne la bénédiction nuptiale à sa belle-fille au moyen d’une branche d’olivier : ‘Je te bénis avec la branche d’olivier, puisses-tu apporter la paix dans ma maison’ » (11), espérant par là ajouter de la paix à la paix et bannir autant que faire se peut les épisodes orageux que la littérature populaire imagine assez souvent entre la belle-mère et sa bru, tout occupées à se crêper le chignon. Par bonheur, alors que l’huile d’olive « a le don de capter avec force les radiations et les influences » (12), l’olivier en tant que tel est un répulsif qui s’exprime en expulsant les esprits des maisons, en interdisant les « sorcières » d’y entrer, conjurant autant la foudre que la grêle durant les orages (on plante alors des rameaux d’olivier dans les champs, on les tient près des cheminées, etc.). Et si jamais l’on a un quelconque doute sur un possible sortilège, l’on peut toujours en passer par l’oléomancie, lecture divinatoire de gouttes d’huile que l’on déposait dans l’eau « pour savoir si le mauvais œil a pris ou non », nous explique Angelo de Gubernatis (13). Par l’espoir de fertilité et de fécondité qu’il implique, l’olivier est, en effet, très souvent, par ses rameaux, fiché dans les champs, et pas seulement en Italie, puisque j’ai découvert récemment que dans certains pays slaves l’on se prêtait à un rituel qui a pour nom le badnjak : de Noël à l’Épiphanie, soit durant les douze nuits sacrées, l’on fait brûler, plusieurs jours d’affilée, une assez grosse branche (du chêne très souvent) additionnée parfois d’encens, de myrrhe et d’huile d’olive. Une fois le tout brûlé, on en disperse les cendres dans les champs afin d’en accroître la fertilité, ce qui rappelle, immanquablement, les libations d’huile d’olive avec la bûche de Noël, qu’ainsi l’on « baptise » pour, surtout, le meilleur à venir, ce qui me remémore – cette histoire de baptême – la manière dont on procédait en Provence lors des accouchements : la sage-femme employait de l’huile d’olive pour aider le bébé à mieux sortir par les voies naturelles, puis il était baigné au vin : « né à l’huile et rougi au vin, il était assuré d’une vie qui resterait vivace en toute saison » (14), ce qui évoque, limpidement, un épisode plus ancien rapporté par Cazin : « L’empereur Auguste demandait au centenaire Romulus Pollion comment il avait fait pour conserver jusque dans un âge avancé la vigueur de corps et d’esprit qu’il montrait : ‘C’est, dit le vieillard, en usant habituellement de vin miellé à l’intérieur et d’huile à l’extérieur’ » (15).

Et nous voilà rendus à la place médicinale occupée par l’olivier, sur laquelle nous ne nous étendrons pas trop ici, sachant que l’intégralité de la seconde partie lui est dévolue. C’est à cette occasion que nous discuterons un peu du régime crétois, que l’on a élargi au bassin méditerranéen, ce qui est heureux puisqu’il n’a pas lieu qu’en Crète, en Grèce également (et dans bien d’autres pays) où, durant l’Antiquité, un oignon, une galette et une poignée d’olives formaient assez souvent le repas du citoyen lambda, l’olive composant avec le froment et la vigne une triade sacrée. Ces mêmes olives que suçotent le poète Horace, tout en broutant sa chicorée et sa « mauve légère », sont les mêmes que préfère Martial à la pintade et à je ne sais plus quel autre gallinacé. Il faut les comprendre, cent grammes d’olives valent bien un steak. D’olives noires, s’entend. Ce qui n’est pas évident quand on lit les vieux textes et que cela n’est pas notifié. Ce qui n’est pas le cas chez Dioscoride, puisqu’il signale tant les vertes que les noires. C’est ce que l’on peut saisir à travers ces deux extraits :
– « L’huile d’olive qui est singulière pour la santé est celle qui se tire des olives qui ne sont pas mûres » (16) ;
– Les olives « qui sont noires et bien mûres se corrompent plus facilement et nuisent à l’estomac. Elles offensent la vue et provoquent des douleurs de tête » (17).
A se demander si l’on parle bien d’olives noires ici, ou bien ?… (on n’est jamais à l’abri d’une surprise). Pour résumer la masse d’informations ayant trait à l’usage thérapeutique de l’olivier, disons qu’on ne s’arrêta pas qu’aux olives et à leur huile, les feuilles ayant été préconisées depuis au moins le temps de Dioscoride, puisqu’elles furent considérées comme astringentes, résolutives et « mondicatives » : elles faisaient donc merveille dans les affections bucco-dentaires (aphtes, resserrer les gencives et raffermir les dents branlantes), et s’adressaient aussi bien à d’autres douleurs, oculaires et auriculaires entre autres, lombaires et cutanées surtout (plaie, ulcère, escarre, brûlure). Quant à l’huile, elle servait déjà pour soigner des affections pour lesquelles elle est reconnue utile aujourd’hui : troubles de la sphère hépatique et biliaire, coliques néphrétiques, etc.
Au Moyen-Âge, alors que le Grand Albert se fend d’une recette d’huile rouge (très) améliorée, du moins sophistiquée, nous voyons siéger, dans l’œuvre d’Hildegarde de Bingen, l’Oleybaum, à l’image de miséricorde, dit-elle, ce qui peut se bien comprendre, et dont elle utilise l’écorce et les feuilles comme remèdes digestifs, fébrifuges, antigoutteux, cicatrisants, rénaux et cardiaques, ce qui, ma foi, lorsqu’on prend connaissance du tableau thérapeutique de l’olivier (feuilles, écorce, huile) est plus que parfait, c’est plus qu’un bon point qu’on peut accorder à l’abbesse qui, toutefois, devait connaître une huile d’olive un peu différente de celle qui fait notre quotidien : « si on en mange, elle provoque des nausées et rend les autres aliments désagréables à manger » (18). Peut-être avait-elle affaire à une huile d’olive extraite à chaud, qui sait…

Avant de parvenir à l’étape conclusive de cette première partie, je tiens à partager ici même un autre truc que j’ai repéré à la lecture de Cazin et qui, vu ce que j’ai écrit jusque là, m’a forcément fait sourire : sans ciller, le docteur Cazin rapporte les propos d’un médecin ayant efficacement employé l’écorce d’olivier dans les fièvres intermittentes. Le nom de ce médecin, plus qu’un indice, est un joli clin d’œil : Pallas. Qui est, nous l’avons vu, ni plus ni moins que l’épiclèse de la déesse Athéna.

Un peu de botanique avant de passer à la suite ? Zou ! Arbre au tronc noueux et à l’écorce gris clair couvrant un bois au grain très fin, l’olivier résiste particulièrement à la chaleur, d’où son acclimatation dans la plupart des zones de type méditerranéen du globe. Ses feuilles persistantes n’y sont pas étrangères : vernissées, elles limitent l’évaporation de l’arbre. Opposées et lancéolées, elles présentent une face supérieure vert bleu cendré (glauque, donc), alors que l’autre est argentée. Au printemps, vers avril et mai, on voit surgir à l’aisselle de ces feuilles des grappes de petites fleurs à quatre pétales de couleur blanc crème, très odorantes, à parfum de réséda dit-on. Ce sont donc elles qui donnent naissance à ces drupes qu’on appelle des olives qui sont vertes dans un premier temps, puis plus ou moins rosâtres, avant de bleuir dans le violet ou de violacer dans le bleu, pour finir par forcer jusqu’au noir presque complet, du moins ténébreux. Nous autres, bêtes que nous sommes parfois, et qui n’avons jamais vu d’olivier, nous ignorons peut-être qu’il n’existe pas un olivier qui fournit les olives vertes et un autre les noires : non, c’est bien le même arbre qui est capable d’un tel prodige. Ces deux types d’olives sont simplement cueillis à deux stades de maturité différents. L’olive verte, qui se récolte donc non mûre, aux environs du mois de septembre, est lessivée, baignée avant d’être passée à la saumure. Quant à la noire, on laisse faire la Nature : cueillie plus tardivement durant l’hiver, à l’état blet, ce fruit ridé par le gel est ensuite séché au soleil ou par le moyen du gros sel, puis conservé dans l’huile mais pas obligatoirement. L’olive, jamais avare comme nous l’avons vu, se décline en bien des variétés parmi lesquelles nous pouvons citer la picholine, la triparde, l’olive de Lucques, l’amellau, etc.

De même que nous faisons une distinction entre l’olive verte et la noire, il est bon de séparer l’olivier sauvage du cultivé (le second étant une sous-espèce du premier). L’olivier sauvage possède un petit gabarit, ses rameaux épineux se couvrent de petits fruits peu huileux, alors que, tout au contraire, l’olive cultivée a tendance à « faire du gras ». Présent dans les maquis des régions méditerranéennes, il forme de si vastes ensembles qu’on peut parler à leur endroit, non pas d’oliveraies, mais de véritables forêts d’oliviers, telles qu’on peut les voir en Espagne, au Maghreb, en Turquie. L’olivier cultivé est beaucoup plus grand : il peut atteindre 20 m, bien que souvent plus petit parce que taillé pour en faciliter la récolte, il a perdu ses épines, ses feuilles se sont allongées (5 à 8 cm), de même que ses drupes, devenues plus volumineuses (jusqu’à 3,5 cm).
Soulignons, pour en terminer là, la fragilité de l’olivier face au froid : il résiste jusqu’à – 8° C, mais jamais au-delà. Or, en février 1956, après un mois de janvier particulièrement doux, une vague de froid brutale s’abat sur toute la France, les températures chutent tant et si bien (- 20° C à Aix-en-Provence tout de même, alors que la température minimale de cette ville en février et de 1,3° C) que 75 % des oliviers français (environ cinq millions) sont décimés. Avant cet hiver qui a marqué la mémoire de nos aïeuls, il y en eut bien d’autres qui saccagèrent des oliveraies entières : 1880, 1870, 1829, 1788, 1770, 1768, 1767, 1766, 1709, 1665, 1664, 1621, 1608, 1564, 1507, etc.

L’olivier en phytothérapie

Voilà que nous entamons un vaste chapitre, tant la place de l’olivier en thérapie est majeure, au point de pouvoir remplir l’intégralité d’un volume (un très gros). Et encore, nous concentrerons-nous exclusivement sur ce volet, car évoquer l’olive en cuisine ou son huile comme matériau d’éclairage à travers les âges nous forcerait à compiler bien des informations qui ne tiendraient pas au sein de ces maigres pages.
Avant de parvenir tout de suite à l’huile d’olive pour laquelle nous réserverons un encart spécial (j’emploierai alors une couleur de texte différente), attardons-nous tout d’abord sur les fractions végétales non alimentaires qu’offre l’olivier, à savoir ses feuilles et son écorce qui sont, en considérant exclusivement l’olivier sauvage, des produits issus de la terre que nous ne pouvons pas passer sous silence. Les feuilles et l’écorce de cet olivier ni cultivé ni greffé sont sans odeur, de saveur âpre et amère. Des deux, c’est sans doute l’écorce qui est la moins connue et, partant, la moins utilisée (je crois que l’inverse est aussi vrai). Elle a, en commun avec les feuilles, des tanins et de l’oleuropéine. Les feuilles, quant à elles, outre leur grande richesse en sels minéraux et oligo-éléments (5 % : calcium, phosphore, magnésium, silice, soufre, sodium, potassium, fer, chlore…), contiennent divers acides (malique, gallique, tartrique, lactique, glycolique), des saponines, un principe amer portant le nom d’oléoropine, du mannitol, des matières plus anodines comme cire, résine et gomme, enfin plusieurs flavonoïdes dont le rutoside, et quelques traces d’une essence aromatique spéciale.
Les fruits – ces drupes qu’on appelle olives – présentent un profil biochimique assez variable selon qu’elles sont encore juvéniles ou bien carrément noirâtres : en gros, l’olive noire perd en eau ce qu’elle gagne en lipides (lesquels sont multipliés par quatre dans le laps de temps qui sépare une olive verte d’une noire). Diversement localisés, ces lipides se trouvent dans une proportion de 10 à 35 % dans la pulpe, davantage dans le noyau (qui contient une amande), de l’ordre de 25 à 50 %.
Ce fruit, avant qu’il ne passe à la presse, contient aussi stérols et tocophérols, des pigments, ainsi que ce principe amer dont on a décelé la trace dans feuilles et écorce, l’oléoropine. Très nutritive, l’olive affiche, en moyenne, 224 calories aux 100 g.

Propriétés thérapeutiques

  • Écorce : astringente, tonique amère, fébrifuge
  • Feuilles : astringentes, toniques amères, fébrifuges, stimulantes des fonctions hépatiques, diurétiques légères, hypotensives par vasodilatation périphérique, hypnotiques légères, antidiabétiques, hypoglycémiantes

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère cardiovasculaire et circulatoire : hypertension (et troubles associés parmi les plus communs), insuffisance cardiaque, artériosclérose
  • Troubles de la sphère vésico-rénale : insuffisance rénale, cystite, lithiase urinaire, excès d’urée sanguine, œdème
  • Troubles locomoteurs : algies rhumatismales et goutteuses, polyarthrite rhumatoïde, ostéoporose (en prévention par amélioration de l’assimilation de la vitamine D)
  • Insuffisance hépatique
  • Fièvre, fièvre intermittente
  • Affections cutanées : plaie, plaie putride ou gangreneuse

Au sujet de l’huile d’olive

Au cours de sa maturation, l’huile s’élabore au sein de l’olive : on appelle cela la lipogenèse (les teneurs en huile dépendent de la saison mais, entre autres, du climat). Après récolte, les olives sont triées, lavées, broyées (noyaux y compris) et malaxées. Lors de cette dernière étape, une pâte est obtenue. Elle sera par la suite centrifugée mécaniquement, action qui permettra la séparation de l’huile d’avec le résidu (= le tourteau). En moyenne, il faut compter 5 kg d’olives pour produire un litre d’huile. Ceci fait, vient ensuite le temps du stockage à l’abri de l’air, de la lumière et de la chaleur. Ce mode d’extraction est dit « à froid », en opposition à celui qui fait intervenir la chaleur. C’est l’un ou l’autre mode d’extraction qui détermine la qualités des huiles. L’extraction « à froid » permet d’obtenir une huile végétale uniquement à l’aide de procédés mécaniques (pression par vis, centrifugation, etc.). Une huile d’olive obtenue par ce type de procédés est qualifiée d’huile vierge si elle contient moins de 2 % d’acides gras libres, d’huile extra vierge si ce taux tombe au-dessous du pourcent. Quant à l’extraction « à chaud », il s’agit là de traitements chimiques et surtout thermiques que l’on met en œuvre. Les huiles qu’on en retire ne peuvent être désignées comme vierges. Ainsi, lorsqu’on lit une étiquette sur une bouteille d’huile, on peut savoir quel mode d’extraction a été employé (la dénomination des huiles végétales en France a été établie par le décret du 11 mars 1908, elle est donc obligatoire). Bien évidemment, c’est d’une importance capitale, pour la bonne et simple raison qu’une huile vierge est de bien meilleure qualité qu’une huile standard, et qu’on ne saurait préférer cette dernière en phyto-aromathérapie ainsi qu’en cuisine. Actuellement, en France, l’intitulé suivant est le plus courant : huile d’olive vierge extra (dont l’acidité ne peut être supérieure à 0,80 g d’acides gras libres pour 100 g d’huile). Quant à l’huile d’olive non vierge – la raffinée, donc –, elle se fait de plus en plus rare en France, et c’est heureux. Cette huile-là est loin d’être bienfaisante pour la santé : elle ne sent pas bon (dire qu’elle pue est plus exacte), est indigeste, etc., tout le contraire de l’huile d’olive vierge qui présente des vertus multiples.

De l’huile d’olive vierge, l’on peut établir quelques données chiffrées qui restent, rappelons-le, des moyennes. Les divers constituants qui la composent se répartissent comme suit :

  • Acides gras saturés (palmitiques et stéariques surtout) : 14 à 15 %
  • Acides gras poly-insaturés : 8 à 10 %
  • Acides gras mono-insaturés : 75 à 78 %
  • Vitamine E : 10 à 15 mg au litre
  • Vitamines A, K, D
  • Vitamines B, C : traces

L’huile d’olive est particulièrement riche en acide oléique ou, mieux connu, en oméga 9 (72 à 76 %) : c’est cela qui lui permet de lutter efficacement contre les taux de cholestérol trop élevés et, par conséquent, contre les affections cardiovasculaires. De plus, elle est très digeste et cholagogue, elle joue un rôle non négligeable sur le transit intestinal. Hormis ces quelques qualités médicinales, on peut dire au sujet de l’huile d’olive qu’elle est utilisée par voie externe, en massage surtout. Elle revitalise et protège l’épiderme : étant de nature épaisse, elle se destine surtout à la couche cornée de la peau. Listons plus précisément propriétés et usages thérapeutiques de l’huile d’olive vierge :

Propriétés thérapeutiques

  • Très nutritive (900 calories aux 100 g), protectrice de l’appareil digestif dans son entier, draineuse hépatique et biliaire, cholérétique, préventive des coliques hépatiques et des lithiases biliaires, laxative, purgative, vermifuge
  • Adoucissante, émolliente, cicatrisante, protectrice solaire, résolutive
  • Diurétique
  • Préventive du durcissement des artères et de l’artériosclérose
  • Anticancéreuse : au niveau du tube digestif ; chez la femme, cancer du sein (des études ont montré qu’à raison d’une cuillerée à soupe d’huile d’olive par jour, les risques étaient diminués de 45 %)
  • Anti-oxydante
  • Rôle prépondérant dans la constitution des membranes cellulaires, de la matière cérébrale, des hormones

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : occlusion intestinale, constipation, constipation spasmodique, irritation des voies digestives, colique après accouchement, dyspepsie, hyperacidité gastrique, vers intestinaux (y compris ténia)
  • Troubles de la sphère vésico-rénale : prévention des coliques néphrétiques, douleurs néphrétiques, strangurie, hydropisie
  • Troubles de la sphère hépatobiliaire : insuffisance hépatique, lithiase et « boue » biliaires
  • Affections cutanées : irritations, démangeaisons, brûlure, coup de soleil, peau sèche, déshydratée, crevassée, gercée, plaie (même profonde), ulcère, abcès, furoncle, dartre, eczéma
  • Affections bucco-dentaires : déchaussement dentaire, pyorrhée
  • Troubles locomoteurs : algie rhumatismale, névrite, entorse
  • Rachitisme, anémie
  • Crise migraineuse
  • Toux sèche irritative
  • Chute capillaire

Modes d’emploi

  • Décoction de feuilles.
  • Décoction d’écorce.
  • Teinture alcoolique (feuilles ou écorce).
  • Poudre de feuilles ou d’écorce.
  • Cataplasme de feuilles bouillies dans du vin rouge.
  • Macération huileuse de fleurs de millepertuis dans l’huile d’olive (« huile rouge »).
  • Macération huileuse de pétales de lis blanc dans l’huile d’olive.
  • Émulsion d’huile d’olive dans du vin rouge.
  • Huile d’olive en nature dans l’alimentation.
  • Huile d’olive en cure (voie interne).
  • Huile d’olive en externe (par massage) ; s’associe bien avec de nombreuses huiles essentielles.
  • Olives vertes ou noires en nature.
  • Cataplasme d’olives noires écrasées.

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • D’un point de vue culinaire, sachons parler de l’huile d’olive sans dire d’âneries : oui, elle résiste très bien à la cuisson, ainsi qu’à la friture. En effet, son « point de fumée » est l’un des plus élevés parmi toutes les huiles végétales se destinant à l’art culinaire (210° C), parce que sa très faible teneur en iode la protège de l’oxydation. Sa stabilité lors de la cuisson est donc supérieure à celle de l’huile vierge de tournesol, par exemple, ou de celle des beurres ou autres margarines qui doivent impitoyablement être bannis hors des fourneaux, sauf si ce n’est pour un usage alimentaire sur les tartines du matin. Et encore… Ainsi, que les mauvaises langues, qui répètent l’antienne selon laquelle l’huile d’olive ne doit en aucun cas être chauffée, se taisent : elles ne savent manifestement pas de quoi elles parlent.
    L’huile d’olive vierge se prête admirablement à une consommation en tant qu’aliment cru : assaisonnement des salades, des crudités, des fromages frais et, pourquoi pas, de la glace à la vanille (si vous ne connaissez pas, c’est à tenter, cela permet de découvrir l’huile d’olive sous une autre facette). Il est tout à fait possible de l’aromatiser (en particulier l’huile d’olive vierge courante, pas celle à 35 € la bouteille !…) à l’aide d’un ou de plusieurs aromates/condiments : ail, oignon, piment, basilic, estragon, laurier, romarin, thym, muscade, cannelle, clou de girofle, etc., sous forme de plantes sèches ou fraîches, ou bien, pourquoi s’en priver, d’huiles essentielles, lesquelles permettent aux huiles végétales une meilleure conservation.
    L’huile d’olive vierge de haute qualité se goûte comme le vin. Si vous avez l’occasion de visiter un moulin, prenez part à une séance de dégustation. Dans un premier temps, appliquez une toute petite goutte à l’intérieur de votre poignet, comme vous le feriez d’un parfum ou d’une huile essentielle, massez légèrement et, enfin, humez. Dans un second temps, trempez un petit morceau de pain dans un peu d’huile et dégustez.
    Il en va de l’huile comme du vin : il existe, pour chacun de ces deux produits, d’excellents crus comme d’ignobles piquettes. A ce titre, il est bon de noter que depuis 1992 un ensemble de termes a été défini en ce qui concerne la dégustation de l’huile d’olive vierge : fruité, amer, piquant s’appliquent aux qualités, alors que moisi, grossier, rance, chôme, vineux, s’attachent à souligner les défauts.
  • Après ces dernières lignes et les précédentes, dans lesquelles se sont succédé les bénéfices thérapeutiques et culinaires de l’huile d’olive vierge, il est impossible de passer sous silence ce que l’on appelle le régime crétois, harmonieuse synthèse de ces deux aspects. La Crète baigne dans la mer Méditerranée, au large de la Turquie. Sur cette île poussent des oliviers. Bref. Le régime crétois, en observant la pyramide suivante, se comprend aisément :Dans les années 1980, l’Inserm de Lyon s’est intéressé aux relations entre régime alimentaire et propension à l’infarctus. Un échantillon de 600 personnes s’est prêté à l’expérience. Deux groupes furent constitués : le groupe n° 1 (régime alimentaire crétois) et le groupe n° 2 (régime habituellement préconisé par la plupart des cardiologues). Cette étude, qui aura duré 5 ans, montre que l’ensemble des personnes du groupe n° 1 a vu une réduction de près de 70 % des cas de crises cardiaques, une étonnante prévention des cas de rechutes après un premier infarctus. L’alimentation seule n’explique pas tout mais contribue à éclairer une partie de ce tout. Le régime crétois n’est pas une fontaine de jouvence à lui seul. Bien d’autres critères entrent en compte. Moi-même qui prends autant que possible en considération la dimension holistique applicable à chaque être humain, je ne me permets pas de dire que le régime crétois est la solution miracle. Il n’en est qu’un élément. Comme le peuvent dire certains : la santé passe absolument par l’assiette. L’assiette y contribue mais n’est pas suffisante pour expliquer certains maux. Autrement dit : il ne suffit pas d’absorber sa dose quotidienne d’acides gras essentiels pour espérer un miracle si, dans le même temps, on s’adonne au tabac, à l’alcool et/ou à des substances de synthèse dites illicites. Soyons réalistes.
    Si jamais vous désirez en venir à ce que l’on appelle la diète méditerranéenne, histoire de ménager votre cœur et vos artères, et votre vie, tournez-vous sans plus attendre vers l’huile d’olive vierge. Elle vous le rendra bien.
  • Oui, elle vous le rendra bien, pas comme l’huile d’olive extraite à chaud, indigeste et lourde sur l’estomac, à tel point que cette huile-là est, entre autres, destinée à la savonnerie, à l’éclairage, à la lubrification, à des usages industriels sans commune mesure avec ce qui nous intéresse ici.
  • Autrefois, j’aurais conseillé d’associer les feuilles d’olivier à celles de gui pour la raison commune qu’elles ont d’être hypotensives. Le gui étant d’un emploi délicat, l’olivier y parvenant très bien sans lui, oublions donc cette ancienne recommandation.
  • Il existe, dans la gamme des fleurs de Bach, un élixir à base de fleurs d’olivier, sobrement intitulé Olive. Inscrit dans le groupe de l’indifférence tel qu’établit par le docteur Bach, Olive est destiné à apaiser l’esprit tout en fortifiant le corps. Il peut donc s’avérer utile aux personnes épuisées par les soucis et le surmenage. Il peut également recouvrir bien des thématiques symboliques que nous avons abordées dans la première partie de cet article.
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    1. Jean-Marie Pelt, La loi de la jungle, p. 67.
    2. Jacques Brosse, Mythologie des arbres, p. 326.
    3. Ibidem, p. 199.
    4. Une couleur qui peut aussi rappeler celle des eaux dont émerge Poséidon… Plus précisément, le glauque est une sorte de vert cendré (ou grisé) tirant vers le bleu, à l’image des feuilles de l’olivier en quelque sorte.
    5. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, p. 265.
    6. Jacques Brosse, Mythologie des arbres, pp. 334-335.
    7. Plus prosaïquement, notons qu’en certaines régions, on démarre la cueillette des olives à la Sainte-Lucie, soit le 13 décembre, relation qui s’illustre clairement, Lucie ayant un évident rapport à la lumière.
    8. On a dit, par volonté d’araser le paganisme, qu’un olivier poussa du tombeau d’Adam ; c’est de cet olivier-là que provient, dit-on, le rameau du déluge, mais aussi le bois qui permit de confectionner la croix de la passion.
    9. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 652.
    10. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, p. 263.
    11. Ibidem.
    12. Anne Osmont, Plantes médicinales et magiques, p. 49.
    13. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, p. 264.
    14. Jean-Luc Hennig, Dictionnaire littéraire et érotique des fruits et légumes, p. 437.
    15. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 653.
    16. Dioscoride, Materia medica, Livre I, chapitre 27.
    17. Ibidem, Livre I, chapitre 117.
    18. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 170.

© Books of Dante – 2019