La clématite (Clematis vitalba)

Synonymes : vigne blanche (1), barbe à dieu, herbe aux gueux, viorne, lierne, clématite des haies, berceau de la Vierge, vigne de Salomon, aubervigne, crainquillier, etc.

Comme vous allez pouvoir le constater dans quelques instants, le tour d’horizon historique au sujet de la clématite va être vite brossé. Sachons tout d’abord que les Anciens (Dioscoride, Pline et Galien) employaient la clématite (ou, devrions-nous dire, « une » clématite) comme antipsorique, c’est-à-dire dont la propriété la rend efficace dans certaines affections cutanées comme la « lèpre » et la gale, singularité dont mettront à profit certains énergumènes au Moyen-Âge, non pour guérir, mais pour attirer à eux la commisération des braves gens : l’on raconte souvent cette anecdote à propos de ces faux malades qui s’enduisaient autant de suc d’angélique que de clématite « sur diverses parties du corps : il en résultait des plaies semblables à des ulcères » (2). D’où le nom d’herbe aux gueux parfois donné à la clématite. Ce « maquillage » aura au moins eu l’avantage de démontrer une des vertus homéopathiques de la clématite sur les ulcères. Ce procédé ne s’est pas perdu en chemin, même loin des diverses « cours des miracles » qui pullulèrent à Paris et dans la plupart des grandes villes de France, puisque le docteur Leclerc a rencontré un cas similaire : « J’ai relaté comment un soldat qui, pour simuler un zona, s’était appliqué sur la région fessière un hachis de ses feuilles, ne provoqua pas l’exanthème que – comme les gueux de la Cour des Miracles – il désirait obtenir mais se vit débarrassé d’une sciatique dont il souffrait depuis longtemps » (3).

Alors que Tragus conseillait la clématite contre l’hydropisie et Matthiole contre la fièvre quarte, quelques siècles plus tard, le docteur Cazin, regrettant le peu de cas qui est fait de la clématite par la médecine, écrivait que « son administration demande beaucoup de prudence. On doit commencer par des doses très légères, et observer soigneusement son action sur le tube digestif » (4). Afin de parer à tout inconvénient, le docteur Cazin employait les feuilles sèches et les jeunes bourgeons, bien moins virulents que les feuilles mâtures à l’état frais. Et puisque nous avons évoqué l’homéopathie un peu plus haut, nous ne saurions passer sous silence le docteur Bach qui, rappelons-le, était lui aussi homéopathe. La clématite, très fréquente dans la campagne anglaise, lui a inspiré l’un des élixirs floraux appartenant au groupe de l’indifférence, Clematis. Voici ce qu’il en dit : « pour les rêveurs, les endormis, pour ceux qui ne sont jamais complètement éveillés, sans grand intérêt pour la vie. Des gens tranquilles qui ne sont pas vraiment heureux dans leur situation actuelle et vivent plutôt dans le futur que dans le présent. Ils vivent dans l’espoir de temps plus heureux où leur idéal pourra se réaliser » (5). Cet élixir permet donc de développer davantage d’intérêt pour le présent et de déclencher la créativité chez ces êtres assez fréquemment dans la lune. Si Henri Corneille Agrippa attribuait au Soleil une clématite dite d’Égypte, chez Anne Osmont, elle est classée parmi les plantes… lunaires. Analysons en quoi le choix d’Anne Osmont est judicieux. La Lune règne sur les tempéraments lymphatiques, sur des affections caractérisées par une tendance aux infiltrations aqueuses, des maladies relatives à l’excès de sécrétion, en gros sur tout ce qui concerne les liquides corporels (ou presque : par exemple, la Lune n’entre pas en relation avec le sang ou les urines). La pâleur du teint qui caractérise le lunaire, le fait d’être dans ses pensées, ses rêves, de se retirer ou de vivre dans un monde fantasmatique, tout cela représente quelques attributs du lunaire. Lorsqu’on observe le profil thérapeutique de la clématite (que nous trouverons un peu plus bas), nombreux sont les éléments qui corroborent ce que dit Anne Osmont. Citons-en quelques-uns. Par exemple, l’action diurétique de la clématite lui permet de résorber les œdèmes, de dissoudre les engorgements (lymphatiques, entre autres), sa propriété détersive de nettoyer la peau et d’en faire disparaître les affections suppurantes, ainsi que celles parasitaires. La Lune, dominant le signe zodiacal du Cancer, est intimement liée à la poitrine dans son ensemble : la clématite peut intervenir en cas d’engorgement mammaire, ce qui renforce son aspect lunaire, ce qui est d’autant plus pertinent que Peter Damian associe l’élixir Clematis au signe du Cancer… et donc à la Lune par voie de conséquence.

Avec le lierre, le houblon et quelques autres, la clématite fait partie des rares lianes européennes. Ce qui au départ n’est qu’un simple rameau feuillé va rapidement se transformer en tiges semi-ligneuses qui vont aller s’épaississant au fur et à mesure de la croissance de la plante qui peut atteindre une durée de vie de 25 ans et une longueur maximale de 30 m : à ce stade, le modeste rameau originel peut être aussi large qu’un poignet d’enfant à sa base. Enchevêtrant ses longues tiges au moindre support, l’on peut comprendre que leur poids accumulé va représenter un fardeau pour les arbres, et surtout les arbustes, élus comme béquille de son ascension.
La clématite porte des feuilles constituées de folioles arquées et ovales, légèrement dentelées, en nombre impair. Sa floraison estivale surcharge la plante de denses panicules de fleurs blanches ou crèmes, composées de quatre à six sépales (la clématite ne possède pas de pétale) et d’une vingtaine d’étamines. Enfin, la floraison achevée, l’on voit apparaître des groupes de fruits – des akènes à aigrette plumeuse persistant tout l’hiver et se dispersant au printemps, que l’on désigne communément sous les noms de barbe de vieil homme (Old man’s beard en anglais), cheveux de la Vierge, etc. Malgré la pesanteur, la soif de territoires vierges (ou pas), l’ingérence, le côté suffocant même de la clématite, il n’est qu’à observer ses graines au long style plumeux et aérien que le vent se chargera de disperser parfois sur plusieurs kilomètres, pour constater qu’il y a en elle quelque légèreté.
Assez fréquente (dans certains cas, trop fréquente), la clématite affectionne particulièrement les sols non acides, jusqu’à 1000 m d’altitude. On la trouvera partout ou presque : dans les bois et forêts, les broussailles, les bordures de rivières, au pied des murs, le long des grillages, etc.

La clématite en phytothérapie

C’est osé, je vous l’accorde. En effet, la clématite a été écartée de bien des manuels de phytothérapie car on la jugeait par trop vénéneuse, ce qu’elle est, n’en doutons pas : un alcaloïde (clématine), des saponines, de la proto-anémonine (une substance proche du camphre d’anémone), ainsi qu’une essence aromatique âcre et brûlante sauront vous dissuader de faire des feuilles de la clématite une salade, d’autant que leur saveur astringente et légèrement acide n’invite pas aux agapes. Seules la dessiccation et l’ébullition amoindrissent la toxicité de la clématite, sans toutefois la supprimer intégralement.

Propriétés thérapeutiques

  • Analgésique, antalgique, anti-inflammatoire
  • Diurétique, hydragogue
  • Rubéfiante, révulsive, vésicante, caustique, détersive
  • Antipsorique
  • Antibactérienne, antifongique

Note : en interne, les feuilles sont, selon la dose, purgatives et violemment drastiques.

Usages thérapeutiques

  • Troubles locomoteurs : rhumatisme, douleur rhumatismale, goutte, arthrite, douleur articulaire
  • Algies : douleur intercostale, névrite, névralgie (sciatique), cellulalgie, maux de tête, migraine
  • Affections cutanées : ulcère atone, sordide, scrofuleux, dartre, gale, autres maladies chroniques de la peau

Note : on se trouvera bien de faire appel à l’homéopathie afin d’assurer un emploi sans risque. La technique hahnemanienne utilise non pas Clematis vitalba mais Clematis erecta dont voici les principales indications :

  • Troubles de la sphère urinaire : cystite, urétrite chronique
  • Troubles de la sphère génitale : orchite, engorgement testiculaire, métrite, engorgement mammaire
  • Affections cutanées : ampoule, écorchure, eczéma, impétigo, herpès, urticaire
  • Troubles circulatoires : engorgement lymphatique, varice, ulcère variqueux

Modes d’emploi

  • Décoction de feuilles fraîches
  • Macération huileuse de feuilles fraîches
  • Alcoolature
  • Teinture-mère homéopathique
  • Pommade
  • Cataplasme de feuilles fraîches contuses

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Toxicité : nous l’avons dit, elle est réelle. Pour en diminuer les effets, on peut remplacer la décoction de feuilles fraîches par l’infusion de feuilles sèches, ou bien opter pour les fleurs et/ou les jeunes bourgeons un peu moins agressifs que les feuilles, car « les principes irritants sont si énergiques que pendant le simple broyage des feuilles, leur exhalation produit parfois un fort gonflement du visage, très lent à disparaître » (6).
  • Récolte : les feuilles avant floraison.
  • On a fait des tiges ligneuses de la clématite de multiples usages (vannerie, cordage…), de son « bois » un ersatz de tabac ; quant à ses jeunes pousses, elles sont parfois consommées comme les asperges, confites au vinaigre, etc.
  • Autres espèces : la clématite dressée (C. erecta), la clématite bleue (C. viticella), la clématite des Alpes (C. alpina), la clématite flamette (C. flammula), etc.
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    1. Le mot clématite provient du latin clematitis, du grec klêma, « sarment », « bois flexible », d’où l’un des noms vernaculaires de cette plante, vigne blanche (rendu par vitalba, de vitis, « vigne » et alba, « blanche »), alors que clématite et vigne n’appartiennent pas à la même famille botanique.
    2. Jean Valnet, La phytothérapie : se soigner par les plantes, p. 229.
    3. Henri Leclerc, Précis de phytothérapie, p. 284.
    4. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 307.
    5. Edward Bach, La guérison par les fleurs, p. 97.
    6. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 296.

© Books of Dante – 2017

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