Le petit galanga (Alpinia officinarum) en phyto-aromathérapie

Cette plante, originaire du sud-est asiatique, offre un rhizome qui fait partie depuis bien longtemps de la pharmacopée chinoise. En Chine, le rhizome du liang-kiang (qui signifie « gingembre doux », bien qu’il en possède la même saveur piquante et poivrée, additionnée d’une légère pointe citronnée) était considéré comme un puissant protecteur et un remède à toutes les affections : on en constituait des talismans que l’on portait sur soi pour se protéger des esprits malfaisants qui pouvaient envahir le corps et le rendre malade, ce qui n’est pas tout à fait anodin compte tenu du statut de panacée qu’on attribue au galanga, à l’image du gingembre et du ginseng. Aujourd’hui encore, la médecine traditionnelle chinoise conseille le galanga quand besoin est de réchauffer le corps et les organes et que des affections causées par le froid viennent l’assaillir (douleurs abdominales, diarrhée, vomissement, etc.). L’ayurvéda sut également mettre à profit les vertus du rhizome de cette plante qu’elle considère comme tonique, anti-inflammatoire, expectorant et digestif. Pour la médecine ayurvédique, il est donc bon en cas de maux d’estomac, de dyspepsie, de hoquet, d’accès de fièvre et de rhumatismes articulaires. Les Arabes, qui furent les premiers à incorporer le galanga au sein de leur propre pharmacopée, l’introduisirent en Europe, non sans avoir fait de leur khalangian une panacée, vantée par Avicenne, Ibn Al Baytar et Constantin l’Africain. L’Europe, de même qu’elle le fit pour gingembre, poivre et cannelle, réserva un bel accueil au galanga pour des raisons condimentaires : en effet, cette épice prit place dans des recettes médiévales d’hypocras, aux côtés des graines de paradis, des clous de girofle, du zeste de citron, etc. Le Mesnagier de Paris (1393) le confirme, lui qui conseille d’utiliser des « noix muguettes » et du « garingal ». Mais la réputation du galanga ne s’arrête pas là, car il fut aussi l’un des fleurons de l’art médical de bien des thérapeutes médiévaux comme, par exemple, Macer Floridus qui, bien qu’il lui accorde peu de place, en fait cependant un très juste portrait : « Le galanga […] fortifie les personnes flegmatiques, est un bon carminatif, ranime la faculté digestive et apaise la colique. Il contribue surtout à purifier l’haleine, ranime la chaleur des reins et porte à l’amour » (1), dernière faculté qu’évoque aussi Platearius lorsqu’il parle… des panais ! Le Salernitain « indique […] un électuaire où les panais, associés au gingembre, à la muscade et au galanga, s’affirmaient doués de propriétés résolument aphrodisiaques » (2). M’est avis que, dans l’affaire, les panais n’y sont pas pour grand chose ^_^ Ceci dit, le plus grand panégyriste du galanga n’est autre que la grande Hildegarde de Bingen : non seulement le galanga apparaît à de multiples occurrences dans le Physica, mais elle en dit presque autant à son propos que du gingembre, signe qu’elle tenait ce cousin du gingembre en une estime qu’elle n’accorda pas à tous les végétaux de son temps. Peu d’entre eux remportent la palme face aux deux zingibéracées, sur la seule question de la place occupée par le texte dédié. En fait, il y en a moins que peu, car seul le fenouil bénéficie des largesse de l’abbesse. Le Galgan « est entièrement chaud, il n’y a pas de froid en lui, et il a beaucoup de vertus » (3), parmi lesquelles nous rencontrons les suivantes : faciliter la digestion, endiguer les maux d’estomac, remédier aux troubles pulmonaires comme la bronchite, redonner des forces en cas d’asthénie physique et psychique, apaiser les troubles cardiaques, chasser tant la fièvre que la mélancolie, etc. Hildegarde préconise aussi un électuaire « plus précieux que l’or, car il enlève la migraine ; il diminue la toux […] et enlève toutes les humeurs qui sont dans l’homme » (4). Par la suite, peu d’auteurs feront encore référence au galanga qui semble avoir été pour longtemps éclipsé par le gingembre. Tout au plus en trouvons-nous la trace au XVI ème siècle, à travers le baume de Fioravanti, considéré comme une « liqueur miraculeuse », contenant, entre autres, galanga, galbanum, zédoaire et une dizaine d’autres plantes.

Le petit galanga, grande plante herbacée vivace, possède des rhizomes blanchâtres et annelés, desquels s’érigent de robustes tiges calamiformes portant de longues feuilles lancéolées semi-rigides. Les fleurs, groupées en inflorescence ramifiée, sont constituées de pétales blancs veinés de rouge ; elles produisent des capsules contenant quelques graines.
Cultivé dans toute l’Asie tropicale, le galanga est récolté au bout de quatre à six ans.

Le petit galanga en phyto-aromathérapie

Bien moins fréquent que le gingembre et le curcuma, le petit galanga ne s’en démarque pas moins par la haute valeur médicinale de son rhizome charnu à odeur aromatique épicée et à saveur brûlante qui, outre les flavonoïdes qu’il recèle (galangine, etc.), se caractérise par environ 1 % d’essence aromatique extraite par distillation à la vapeur d’eau des rhizomes une fois secs. L’huile essentielle ainsi obtenue, liquide mobile dont la couleur oscille entre le jaune et le brunâtre, se distingue fortement des deux autres rhizomes cités plus haut d’un point de vue biochimique :

  • Oxydes (dont 1.8 cinéole) : 23 %
  • Monoterpènes : 27 %
  • Monoterpénols : 15 %
  • Esters : 11 %
  • Cétones (dont camphre) : 6 %
  • Sesquiterpènes : 5 %

Propriétés thérapeutiques

  • Apéritif, digestif, carminatif, stimulant hépatobiliaire
  • Cardiotonique léger
  • Anti-infectieux : antibactérien, antifongique (sur Candida albicans)
  • Anti-inflammatoire
  • Antispasmodique
  • Expectorant
  • Positivant

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : inappétence, indigestion, maux d’estomac, nausée, vomissement, mal de mer, mal des transports, colique, flatulences, candidose intestinale
  • Insuffisance hépatobiliaire
  • Troubles de la sphère respiratoire : bronchite, rhume, maux de gorge
  • Grippe, état fébrile
  • Maux de tête
  • Abcès dentaire, gingivite
  • Asthénie physique, psychique et sexuelle

Modes d’emploi

  • Décoction de rhizome frais
  • Poudre de rhizome séché
  • Teinture-mère
  • Huile essentielle : voie orale, voie cutanée diluée, olfaction, diffusion atmosphérique

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Sous forme d’huile essentielle, le petit galanga est déconseillé aux hypertendus, ainsi qu’à la femme enceinte, du moins durant les trois premiers mois de grossesse. Quant au rhizome, un trop fort emploi par voie interne peut provoquer des irritations gastro-intestinales.
  • A la poudre de galanga qui est parfois falsifiée avec de la farine, il est préférable d’acheter les rhizomes frais, de les faire sécher, de les broyer sous forme de poudre, à la manière du gingembre et du curcuma. Cependant, sec, ses qualités ont une durée de vie limitée.
  • En cuisine, le galanga s’utilise comme le gingembre. Il aromatise le thé, les curries, les conserves au vinaigre. Son utilisation aromatique a totalement disparu en Europe occidentale, bien que l’on puisse le trouver dans les épiceries asiatiques. Elle perdure en Inde et en Indonésie où il est l’une des épices indispensables à la cuisine traditionnelle. En Russie, le galanga aromatise une liqueur connue sous le nom de nastoïka.
  • Autres espèces : le grand galanga (A. galanga), le zérumbet (A. oxyphylla), le katsumadai (A. katsumadai), etc.
  • Faux ami : on trouve parfois, dans certains textes, le galanga sous le nom d’acore calame qui est bien évidemment une plante toute différente : Acorus calamus.
    _______________
    1. Macer Floridus, De viribus herbarum, p. 168.
    2. Henri Leclerc, Les légumes de France, p. 170.
    3. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 27.
    4. Ibidem, p. 161.

© Books of Dante – 2017

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