Une invitée du Printemps, la violette de Mars

Violette odorante

L’une des premières fleurs à se disputer le Printemps avec la primevère… Aussi l’appelle-t-on, parfois, fleur de Mars ou viole de carême.
On ne peut pas dire qu’elle manque d’atouts ni d’atours, bien que dans le langage symbolique des fleurs, la violette incarne l’amour timide, la modestie et l’humilité. Ce qui est, à la fois, vrai et faux. Cela se mesure, par exemple, à la manière qu’elle a d’envahir ou non l’espace en fonction des circonstances.

Démonstration.

La violette se développe à l’aide de ses racines rampantes qui produisent des stolons à la manière des fraisiers. Elle peut donc rapidement coloniser un territoire donné. Pour aider à sa propagation, la violette peut également faire appel aux fourmis (la violette est une espèce myrmécophile). Elle produit des graines qui sont enrobées d’une huile (élaïosone) dont sont très friandes les fourmis. Quand celles-ci transportent les graines de violette, elles se délectent de cette huile chemin faisant. Elles finissent par abandonner les graines, leur pique-nique achevé, parfois à plus d’un mètre du plan de violette d’origine. Ainsi ces graines germent et étendent davantage le territoire occupé. La violette est une colonisatrice et n’a donc rien de la modestie et de l’humilité qu’on lui prête à travers cette pratique d’extension territoriale.
De plus, si les laboureurs en vinrent à la surnommer « gâte-blé » cela ne doit rien au hasard. L’on sait qu’une graine de violette inhibe les capacités germinatrices d’un grain de blé se trouvant à proximité. Vous avez dit modeste ?
En revanche, en fonction de circonstances particulières, il est possible que la violette se cantonne à des zones plus réduites. C’est le cas de certains spécimens qui vivent très à l’ombre et qui modifient leur mode de pollinisation habituellement effectué par les insectes : ces dernières se fécondent par leur propre pollen. Snobs, en plus !

Bon. Il est vrai qu’avant ça, la violette a été largement chargée symboliquement. Depuis l’Antiquité. Les Romains, qui l’associèrent à Vénus, en firent une fleur d’amour et les Grecs celle de la virginité. Fleur de chagrin, on dit même qu’elle symbolise les larmes que versa Adam lors de son expulsion du jardin d’Éden.
Au Moyen-Âge, bien que connue du Mésnagier de Paris (traité culinaire), ce sont surtout les vertus médicinales de ses différentes parties qui sont vantées : résolutive et émolliente (feuilles), pectorale (fleurs), purgative (rhizome et graines).
A la Renaissance, Thibault Lespleigney indiquera, dans son Dispensiarum medicinarum, les trois fleurs cordiales que sont la bourrache, la buglosse et la violette. Cette dernière fera aussi partie des quatre fleurs pectorales (aujourd’hui au nombre de sept avec coquelicot, mauve, guimauve, bouillon-blanc, tussilage et pied-de-chat) dont les vertus adoucissantes et expectorantes permettent de traiter différentes affections bronchiques. Les vertus pectorales de la violette seront à nouveau soulignées par Laënnec. Pour interrompre une bronchite, il préconisait une eau-de-vie allongée d’une infusion bouillante de fleurs de violette.

Hormis cela, on reconnaît aujourd’hui à la violette bien d’autres propriétés : elle stimule le système circulatoire ainsi que le système immunitaire. Comme sa cousine la pensée tricolore, c’est un draineur cutané fort utile en cas d’acné, elle est fébrifuge également de part l’acide salicylique qu’elle contient (ne dit-on pas que pour se préserver de la fièvre durant toute une année, il faut manger la première violette qui se présente à soi au Printemps ?)

De la violette, on utilise toutes les parties. Si l’infusion de fleurs reste la préparation la plus connue, on pourra confectionner, à l’aide des feuilles, d’utiles cataplasmes pour des problèmes d’escarres, d’ulcères cutanés, de plaies, de gerçure des seins, etc. Quant aux rhizomes et aux graines, d’emploi plus délicat puisque purgatifs et vomitifs à haute dose, ils interviennent dans des problèmes d’indigestion et d’intoxication alimentaire.

Outre l’usage médicinal, la violette odorante est utilisée depuis longtemps en parfumerie. En cuisine, on utilisera autant les fleurs que les feuilles : les premières fraîches (décoration), cristallisées (confiserie, cf. les violettes de Toulouse) ou bien en sirops et liqueurs ; les secondes avec une salade ou bien dans une soupe.

Le genre Viola compte près de 500 espèces dont 91 en Europe et 19 en France. Parmi elles, la seule violette européenne qui soit odorante est donc Viola odorata.
Très commune, on la trouve aussi bien en plaine qu’en moyenne montagne sans qu’elle dépasse jamais les 1 000 m d’altitude. Elle affectionne les sols riches, on la trouvera très souvent près des habitations mais aussi dans les bois, les prairies, etc.

Vivace rustique d’une quinzaine de centimètres de hauteur, la violette odorante ne possède pas de tige mais seulement de longs pétioles et de longs pédoncules. Les premiers se terminent généralement par des feuilles cordiformes légèrement velues et/ou crénelées, les seconds par des fleurs violet foncé de 10 à 15 mm qui apparaissent au printemps (d’où son surnom de fleur de mars) entre mars et mai.
Les pièces florales sont blanchâtres à la base, parfois entièrement blanches (variété albinos), mais si elles perdent en couleur, elles conservent toutefois leur parfum délicat.

Violette odorante blanche

La violette en thérapie :

1. Parties utilisées : fleurs, feuilles, rhizome.

2. Propriétés médicinales : émolliente, expectorante, sudorifique, diurétique, dépurative, draineuse cutanée, stimulante du système immunitaire, stimulante du système circulatoire, antiseptique, veinotonique, laxative, vomitive, anti-inflammatoire, fébrifuge.

3. Usages thérapeutiques : bronchite, coqueluche, toux, angine, fièvre éruptive, inflammation du tube digestif et des voies urinaires, ulcère gastrique et/ou duodénal, maux de tête, insomnie, gerçures des seins.

© Books of Dante – 2014

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