Le myrte (Myrtus communis)

Myrte commun

Lors de l’Antiquité, le myrte tient une place d’égale valeur à celles du laurier et de l’olivier, même si depuis il a perdu de son lustre d’antan. Il a eu une importance pour l’ensemble des peuples méridionaux puisqu’il pousse à l’état sauvage en Corse, au Maghreb, dans les Balkans… Il a donc été en relation symbiotique avec les territoires ayant abrité les peuples perses, égyptiens et grecs entre autres. Chez ces derniers, la mythologie nous explique que le myrte serait né de la punition qu’infligea Athéna à la nymphe Myrsiné pour une sombre histoire de jalousie. Mais ce qu’on retient surtout, c’est l’étroite connivence qui existe entre cet arbrisseau et la déesse Aphrodite. Prenant conscience de la honte que lui suscitait sa nudité, Aphrodite trouva refuge derrière un buisson de myrte qui devint dès lors l’un de ses nombreux attributs avec le coing et la rose. C’est pourquoi on retrouve encore aujourd’hui associées au myrte les qualités de la déesse grecque que sont la jeunesse, la beauté, la virginité et l’amour. Également lié à Erato et à Hyménée (dont les noms rendent bien compte des symboliques que nous avons listées), le myrte était convié lors des fêtes d’Eleusis. Les prêtresses et les prêtes se couronnaient d’if et de myrte dans les temples dédiés aux déesses Déméter et Perséphone.
Du côté de Rome, qu’on ne s’en étonne pas, le myrte était associé à Vénus, avec, plus ou moins, la même symbolique, tant et si bien qu’au 23 avril avait lieu la fête des filles de joie qui, comme Vénus, se paraient alors de roses et de myrte (1).
Le myrte est tellement associé au domaine amoureux qu’il est devenu l’objet d’un jeu en Italie, le jeu de la petite branche verte (giuco del verde) : « C’est pendant le Carême que les amoureux toscans jouent avec les petites branches de myrte, qu’ils ont rompues en deux parties, et qu’ils doivent garder sur eux jusqu’à Pâques, comme gage réciproque de leur fidélité »(2).
Bien avant cela, Pline l’ancien mentionne, dans son Histoire naturelle, des usages médico-magiques du myrte. Les rameaux de myrte se devaient de ne pas être coupés avec un instrument en fer. Autre précaution : une fois sectionnés, il ne fallait leur faire toucher la terre sous aucun prétexte au risque de voir leurs pouvoirs y retourner. Pline préconisait le contact direct des rameaux sur le corps afin qu’ils agissent par contagion. Il disait la baguette de myrte utile à celui qui voyage longtemps, et un anneau composé de fins rameaux de myrte était considéré comme un heureux viatique.
D’un point de vue strictement médicinal, Pline indiquait le myrte comme digestif et astringent énergique – ce qu’il est – dans des cas de diarrhées, de leucorrhée et d’hémorragie. Pas fous, les Anciens. Pline devait savoir que le myrte arrête le sang, entre autres. Est-ce d’ailleurs un hasard si des Anciens plus proches de nous dans le temps faisaient macérer des rameaux de myrte dans du vin blanc, médecine fort utile en cas de contusions et d’hématomes ?

Il est dit que « l’indifférence pour […] le myrte est un signe d’impuissance et de mort. » C’est pourquoi il était déconseillé de « passer près du myrte odorant, sans en cueillir une touffe parfumée » (3). C’est vrai que pour les Romains, le myrte était image de puissance. Si les Grecs couronnaient d’olivier les vainqueurs, c’était des couronnes de myrte qui garnissaient les têtes chez les Romains.
Mentionné dans l’Ancien Testament, le myrte a aussi son importance pour les juifs. Il est notamment présent avec le saule, le cédratier et le dattier lors de Souccot, la fête hébraïque des récoltes.

Le myrte, passé quasiment inaperçu durant toute la période médiévale, doit attendre le XVI ème siècle pour qu’il soit évoqué par le médecin toscan Matthiole. Il distingue nettement le myrte du fragon et de la myrtille, deux plantes pour lesquelles des confusions ont été entretenues, surtout, semble-t-il, par des apothicaires allemands (le myrte de Hildegarde en est-il bien ?)

Petit arbrisseau (2 à 3 m) densément feuillé et semper virens, le myrte est, comme l’olivier ou le laurier, une espèce indigène du pourtour méditerranéen. Ses feuilles coriaces et vernissées sont criblées de petits points translucides, comme on les observe chez le millepertuis. Il s’agit des glandes aromatiques contenant l’essence du myrte. Entre juin et octobre, de petites fleurs solitaires apparaissent. Composées de cinq pétales blancs et d’une touffe d’étamines centrales, elle sont très semblables aux fleurs d’aubépine. Elles donnent naissance à des baies dont la couleur oscille du bleuâtre au noir pourpré profond. Et il est vrai qu’elles s’apparentent fort à des myrtilles, avec lesquelles le myrte partage une similarité orthographique.

Myrte_feuilles_baies

Le myrte en aromathérapie

Huile essentielle : description et composition

Ce sont les rameaux feuillés du myrte que l’on distille. Auparavant, on se préoccupait des baies, comme on a pu le faire de celles du laurier. Bien que rapide, la distillation ne permet d’obtenir qu’une toute petite fraction (0,3 à 0,6 %) d’une huile essentielle de couleur jaune orangé, à l’odeur fraîche et légèrement résineuse.
On dit que le myrte vert se distingue du myrte rouge par la couleur de son huile essentielle, ce qui est pour le moins faux, ces deux huiles sont de couleur semblable. Il ne faut donc pas s’attendre à ce que l’huile essentielle de myrte vert soit verte, et l’autre rouge. Ces deux myrtes ne sont pas des espèces botaniques distinctes. La seule chose qui les distingue nettement, c’est la forte concentration d’acétate de myrtényle que contient le myrte rouge par rapport au vert. Comme on le rencontre fréquemment, en ce qui concerne le thym vulgaire et le romarin officinal, nous avons ici affaire à deux chémotypes issus de la même plante. C’est le « terroir » dans lequel pousse le myrte qui détermine cette composition biochimique (myrte vert : France, Corse ; myrte rouge : Tunisie, Maroc).

Myrte vert : monoterpènes (50 à 60 %), oxydes (30 %), esters (3 %)
Myrte rouge : monoterpènes (30 %), oxydes (30 %), esters (15 à 20 %)

Propriétés thérapeutiques

  • Anti-infectieuse : antibactérienne, antivirale, antifongique, antiseptique atmosphérique
  • Immunomodulante
  • Expectorante, mucolytique, antitussive, décongestionnante pulmonaire
  • Antispasmodique
  • Anti-inflammatoire
  • Décongestionnante veineuse, lymphatique et prostatique
  • Digestive
  • Astringente, tonique cutanée, hémostatique
  • Hormon like (thyroïde, ovaires)
  • Sédative, calmante, inductrice du sommeil

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère respiratoire : encombrement bronchique, bronchite aiguë ou chronique, mucoviscidose, emphysème, tuberculose, toux (grasse, sèche, spasmodique, coquelucheuse), toux rebelle du fumeur, angine, rhinite, rhino-pharyngite, laryngite, sinusite
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : crampes d’estomac, diarrhées, entérocolite spasmodique et colibacillaire
  • Troubles circulatoires : varices, jambes lourdes, hémorroïdes
  • Troubles des voies génito-urinaires : prostatite inflammatoire, cystite, règles douloureuses, aménorrhée, leucorrhée
  • Troubles cutanés : peux asphyxiées, grisâtres, parcheminées, dévitalisées, irritées, enflammées, acné, psoriasis, pityriasis, rides, vergetures, plaies, contusions, hématomes, blessures, ecchymoses
  • Troubles bucco-dentaires : aphtose, gingivite
  • Troubles du sommeil, insomnie, difficultés d’endormissement
  • Hypothyroïdie

Modes d’emploi

  • Voie orale
  • Voie cutanée
  • Inhalation, olfaction
  • Diffusion atmosphérique

Contre-indications

  • Parfois utilisée en parfumerie, l’huile essentielle de myrte présente une bonne tolérance cutanée, même si la présence d’alpha-pinène et de 1.8 cinéole peut faire craindre des allergies ou des irritations si elle est employée pure sur l’épiderme.
  • Pas chez la femme enceinte durant les trois premiers mois de grossesse, ni chez l’enfant de moins de six ans.

Usages alternatifs

  • Cuisine : les feuilles aromatiques du myrte sont employées comme condiment, alors qu’avec les baies, on confectionne confitures et liqueurs (Sicile, Corse, Sardaigne).
  • Parfumerie : avec feuilles et fleurs, on a élaboré un tonique astringent très prisé des Grecques et des Italiennes, l’eau d’Ange.

  1. Au Moyen-Âge, on condamnait les filles publiques à porter du myrte ou une rose en guise de signe distinctif. Il ne fallait pas les confondre avec la vierge Marie ^^
  2. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 1, p. 226
  3. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, p. 233

© Books of Dante – 2015

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