Un must have en aromathérapie : la menthe poivrée

Mentha x piperita

Avant toute chose, se rappeler des paroles du moine poète Strabon : « Mais si quelqu’un peut énumérer au complet, les vertus, les espèces et les noms de la menthe, qu’il sache, c’est nécessaire, ou combien nagent de poissons dans la mer Rouge, ou combien Vulcain fait voler dans les airs d’étincelles jaillies des vastes fournaises de l’Etna [N.D.A. : j’allais écrire « enfer », mais nous allons vite y venir ^^]. »

En effet, existe-t-il plante moins méconnue que la menthe ? Plus une plante est connue, et plus on parle d’elle pour, parfois, raconter des âneries à son sujet. C’est, sans doute, parce qu’elle paraît si insaisissable…

Des traces de la culture, du moins de l’emploi de la menthe, remontent à près de 4000 ans. En Égypte, à Edfou, la découverte de caractères hiéroglyphique sur les murs d’un temple nous a permis de savoir que les Égyptiens employaient la menthe dans la fabrication d’un certain nombre de parfums liturgiques. Alors consacrée à Horus, on l’a également retrouvée sous forme de débris dans différents tombeaux. Vous dire s’il s’agissait de la menthe poivrée m’est impossible. Présente chez les Assyriens et les Babyloniens, c’est sans surprise qu’on la rencontre chez les Grecs où elle soignait angines et maux de ventre. Si Hippocrate et Aristote la déclarent anaphrodisiaque, Dioscoride affirme, lui, le contraire : elle est échauffante et incite aux plaisirs de l’amour. Les trois hommes parlent-ils de la même plante ? Cette différence dans l’opinion qu’ils en ont peut-elle s’expliquer par des propriétés spécifiques à plusieurs végétaux ? Notons, au passage, le peu de distinctions botaniques faites par les Anciens. On parle de menthe cultivée (menta), de menthe sauvage (mentastrum) et de pouliot (pulegium, lequel a le mieux résister aux sévices du temps car n’ayant alors pas été classé parmi les menthes, mais désigné comme une espèce à part). Ce sont elles que l’on retrouve presque à l’identique dans le Capitulaire de Villis : menta, mentastrum, sisymbrium. Ici, même interrogation que précédemment : on ignore si, parmi ces noms, se cache la menthe poivrée.
Pour comprendre d’où provient l’apparente dichotomie relatée par les Anciens à propos des qualités aphrodisiaques ou non de la menthe il faut plonger au cœur de la mythologie. Quand on évoque les divinités des panthéons grecs et romains, une structure de base se dégage assez souvent dès lors qu’on aborde le monde végétal : un dieu batifole avec une nymphe, son épouse la punie. C’est ce qui est arrivé à Myntha/Mynthe/Menta, une nymphe aimée/courtisée/surprise dans les bras de Hadès par Perséphone, son épouse. Cette dernière, de jalousie, transforma la jeune nymphe en pied de menthe, une plante sans graine, afin qu’elle ne puisse pas se reproduire. Parfois, il est dit que la menthe aurait été le produit de l’union charnelle d’Hadès et de Myntha que, de rage, Perséphone piétina. Haut en couleur, comme toujours. En revanche, si l’on s’arrête bêtement au niveau du récit mythologique sans creuser au-delà, on rate trois points d’importance :
– Le piétinement de Perséphone attire l’attention sur l’indestructibilité de la menthe ;
– transformer Myntha en plante sans graine c’est lui accorder la stérilité ;
– bien que stérile, la menthe est au cœur d’une passion amoureuse qui rappelle le couple antinomique abordé plus haut.

Il est intéressant de constater que le conte mythologique affuble de stérilité la menthe. Cela est d’autant plus pertinent quand on sait que la menthe poivrée est un hybride issu du croisement de la menthe aquatique (Mentha aquatica) et de la menthe verte (Mentha spicata). C’est ce qui explique le x que l’on trouve dans son nom latin, Mentha x piperita. Si la menthe mythologique ne se reproduit pas grâce à ses graines, elle s’hybride très facilement dans la nature (c’est ce qui rend, à juste titre, la botanique des menthes si complexe). Aussi, ce que la menthe ne peut faire par la voie des airs, elle en bénéficie par voie souterraine à l’aide d’un astucieux système racinaire constitué de rhizomes traçants. C’est ainsi qu’elle se propage, à tel point parfois qu’il est très difficile de la déloger des endroits où elle élit domicile. Très invasive, la menthe. Nous verrons au fil de cet article dans quelle mesure cela est vrai. D’où sa force et son invulnérabilité, caractéristiques soulignées par les piétinements vains de Perséphone.
La menthe poivrée condense la fraîcheur de Myntha et le côté poivré et masculin de Hadès qui, dit-on, trouva réconfort dans cette plante dont le parfum lui rappelait la nymphe dont il s’était épris. D’aucuns affirment que Perséphone opéra cette métamorphose afin que le parfum de la menthe dissimule l’odeur de brûlé que portait continuellement son mari… En cela, il est vrai qu’on a souvent qualifié la menthe du nom d’herbe à la mort, car on la faisait brûler dans les maisons mortuaires pour en chasser l’odeur des cadavres. Il est donc aussi question de persistance. Par exemple, dans certaines régions d’Italie, on fit de la menthe un gage de souvenir, sans doute par proximité entre menta et rammentare. Voici un rapprochement orthographique qui n’est pas pour me déplaire, même si, dans l’ensemble, je me méfie de ces raccourcis dont je vais maintenant vous narrer un exemple. On a vu une similitude entre les mots menta et mentula. Ce dernier, dans le langage italien courant, désigne la verge de l’homme. Ah, ah ! On en revient donc à la qualité génésique de la menthe. Alors, cette menthe, elle est aphrodisiaque ou pas ? Nous l’avons dit, Hippocrate et Aristote pensaient que non, alors que Dioscoride qualifiait son hêduosmos d’aphrodisiaque. Pline l’ancien nous explique que, la menthe faisant cailler le lait, elle est à même, par analogie, de figer le sperme de l’homme dans ses conduits, et d’empêcher ainsi toute procréation. Mieux, pour Pline, qui rapportait davantage les propos des autres qu’il ne les expérimentait, s’enduire la verge de suc de menthe était un bon préservatif. Mon cher Pline, je te propose de faire de même avec l’huile essentielle de menthe poivrée, tu m’en diras des nouvelles ! ^^ Le brave homme n’était peut-être pas informé des usages de son temps en ce qui concerne la menthe. Qu’elle fut plante de Vénus aurait dû le renseigner. En Rome impériale, on confectionnait des corona veneris (couronnes ou diadèmes de Vénus) composées de menthe. La tête de la mariée se devait d’en porter. On plaçait aussi des feuilles de menthe sur le sol de la chambre nuptiale afin d’encourager les époux dans leurs ardeurs amoureuses.
Venons-en maintenant, à propos de la menthe, à une équivoque de langage que je trouve fort déplaisante. Je ne sais pour quelle hideuse raison la proximité entre les termes menta et mentula a pu faire dire que la menthe entretenait un rapport avec le verbe mentir. Menteuse comme la menthe, est-il dit. Comme il l’a fait avec tant de bassesse avec les animaux, il n’y a guère que l’homme pour projeter sur une plante l’ombre d’une caractéristique que n’appartient qu’à lui… Faire de la menthe une plante du mensonge, par simplicité orthographique, c’est osé et c’est, en soi, assez déraisonnable. Il est, selon toute apparence, aisé de faire une relation entre menthe et mentir. Ce dernier mot tire son origine de racines gréco-latines, alors que le mot menthe (minthô en grec, à ne pas confondre avec mito… ^^), provient d’une langue non indo-européenne. Aussi, raccorder cette charrette-ci avec ce cheval-là me semble quelque peu spécieux. Il n’empêche, c’est une « thèse » soutenue et relayée par certains aromathérapeutes de ce début de XXI ème siècle. Le pire étant que, parmi eux, des olfactothérapeutes tissent un cadre conceptuel sur la base de cette erreur monumentale…

Le Moyen-Âge, qu’on se rassure, n’aura pas retenu les pires indications de l’Antiquité à propos de la menthe. Dans son Physica, Hildegarde de Bingen mentionne quatre menthes différentes : la petite menthe, la grande menthe, la menthe d’eau et la menthe romaine. Difficile de savoir si, parmi ces quatre dénominations, se cache la menthe poivrée. Existe-t-elle déjà, du reste ? Cependant, dans l’ensemble, Hildegarde note des qualités antitussives, expectorantes, mucolytiques et digestives. La menthe aurait aussi un pouvoir contre la folie. Bref, on a vite fait d’elle une panacée médiévale, comme la sauge, propre à faciliter le travail du cerveau et à éveiller l’esprit. Un peu plus tard, Matthiole affirmera à nouveau les qualités aphrodisiaques de la menthe, tandis que Lémery, fin observateur, indiquera que les menthes sont aptes à « fortifier le cerveau, le cœur, l’estomac ; elles chassent les vents, elles excitent l’appétit, elles aident à la respiration, elles tuent les vers… ».

En toute fin de XVII ème siècle, un Anglais du nom de John Ray est alerté à propos d’un spécimen particulier apparu au beau milieu d’un champ de menthe verte, près de Mitcham. Cette découverte ayant suscité sa curiosité, il entreprend de décrire cette « nouvelle » plante en 1696. Bien qu’estampillée Mentha x piperita par Linné en 1753, Ray lui donne, dès 1704, le nom de Mentha palustris afin de la différencier de ses consœurs. Il la considère comme bien supérieure par ses propriétés et effets que la plupart des autres menthes connues pour le traitement des troubles digestifs. Au milieu des années 1700, la culture de celle que l’on qualifiera désormais de menthe anglaise ou de peppermint se développe en Angleterre, mais aussi en Hollande et en Allemagne. Cet individu est donc à l’origine des menthes poivrées que l’on cultive encore aujourd’hui en Angleterre (la variété rubescens Mitcham qui, comme son nom l’indique, possède des tiges rougeâtres et des inflorescences de couleur quasiment semblable) et en France (la variété pallescens aux fleurs blanchâtres). On la cultive aussi dans bien d’autres pays tels que la Chine, l’Égypte, l’Inde, l’Italie, les États-Unis, la Russie, le Japon… Et gageons d’avoir affaire, ici ou là, à des huiles essentielles de menthe poivrée assez dissemblables mais rappelant, les unes et les autres, l’antique conte mythologique.

Comme celles de toutes les Lamiacées, les tiges de la menthe poivrée sont quadrangulaires et ligneuses. Ses feuilles, toujours beaucoup plus longues qu’étroites, sont légèrement gaufrées et délicatement dentelées. Quant à ses fleurs, elles se condensent en longs épis terminaux de couleurs diverses (rose, mauve, blanc…).

La menthe poivrée en aromathérapie

Huile essentielle : composition et description

A l’instar de bien d’autres plantes, on peut dire de la menthe poivrée qu’elle offre des crus dont la qualité et la composition sont fonction de facteurs internes comme externes. En effet, la température, le vent, l’humidité, l’ensoleillement… pèsent sur cette composition biochimique finale, à plus forte raison chez la menthe poivrée puisque les zones de stockage des molécules aromatiques, c’est-à-dire les glandes sécrétrices, se situent en surface des feuilles et non à l’intérieur, comme on peut le voir sur ce cliché macroscopique.

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La teneur en huile essentielle contenue dans la plante augmente jusqu’à la floraison, puis diminue par la suite. On récolte la menthe poivrée destinée à la distillation à la fin du mois de juillet, voire au mois d’août (la période de récolte change en fonction de la localisation géographique de la zone de culture). Il paraîtrait que la menthe cultivée sous climat océanique froid, comme c’est le cas de l’Angleterre, offre des huiles essentielles parmi les plus fines et les plus réputées. C’est le cas de la variété Mitcham, du nom de la ville anglaise dont nous avons déjà parlé. Cependant, d’autres pays, comme l’Italie, offrent des huiles essentielles de menthe poivrée tout à fait fabuleuses.
Cette huile essentielle incolore, parfois jaune très pâle, à l’odeur puissante, poivrée, plus ou moins anisée, est principalement composée de :

  • Monoterpénols, dont le célèbre menthol : 42 à 50 %
  • Cétones, dont la menthone et la pulégone (déjà abordée par ailleurs) : 20 à 30 %
  • Esters : 7 à 11 %
  • Sesquiterpènes : 5 %
  • Monoterpènes : 2 à 5 %

Le rendement reste assez faible et n’excède pas 1 %.

Propriétés thérapeutiques

  • Anti-infectieuse : antibactérienne, antivirale, antifongique, antiparasitaire
  • Immunomodulante
  • Antispasmodique puissante (au niveau gastro-intestinale surtout)
  • Anti-inflammatoire gastro-intestinale et urinaire, antalgique, anesthésiante locale, décongestionnante prostatique, décontractante musculaire
  • Apéritive, digestive, carminative, cholagogue, cholérétique, anti-émétique
  • Cardiotonique, hypertensive, vasoconstrictrice
  • Expectorante, mucolytique, fluidifiante des sécrétions bronchiques
  • Emménagogue, utérotonique, aphrodisiaque
  • Cicatrisante, antiprurigineuse
  • Antiradicalaire, dépurative
  • Tonique, stimulante du système nerveux central, neurotrope, musculotrope
  • Répulsive, insectifuge (puces, mouches, moustiques)
  • Positivante
  • Anti-oxydante

Par ailleurs, elle favorise, comme la plupart des menthes, la respiration cellulaire et potentialise les effets des autres huiles essentielles qu’on pourra lui associer.

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère respiratoire + ORL : toux, rhinite, sinusite, laryngite, rhume, bronchite chronique, asthme, coryza, otalgie
  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : spasmes, colite spasmodique, colite infectieuse (shigellose), gastrite, gastralgie, entéralgie, atonie digestive, indigestion, crampe d’estomac, acidité gastrique, reflux gastro-oesophagien, gastro-entérite, diarrhée, ballonnement, flatulences, côlon irritable, nausée (y compris post-opératoire), vomissement, halitose
  • Troubles de la sphère hépatopancréatique : insuffisance hépatopancréatique, hépatite virale, congestion hépatique
  • Troubles de la sphère génito-urinaire : cystite, prostatite, colique néphrétique, goutte
  • Troubles locomoteurs : rhumatismes, arthrite, tendinite, sciatique, douleurs musculaires (on trouve le menthol dans le baume du tigre)
  • Troubles de la sphère bucco-dentaire : maux de dents, abcès dentaire, gingivite, herpès labial
  • Troubles cutanés d’étiologies diverses : ecchymose, furoncle, ulcère, abcès, gale, coup de soleil, piqûre d’insecte, démangeaisons, irritations, prurit, eczéma, acné, zona
  • Coup, choc, chute, doigt dans la porte et orteil dans le pied de table, céphalée, migraine, mal de tête chronique
  • Hypotension

D’un point de vue psycho-émotionnel… Si l’on revient à rebours, consignons des mots comme force, persévérance, opiniâtreté et, pourquoi pas, calme et courage, afin de mieux comprendre les différents champs d’application de la menthe poivrée.
Par son effet de froid, la menthe poivrée dissipe la chaleur, à condition de ne pas en abuser, auquel cas elle produit l’effet contraire. Elle apaise les tempéraments sanguins et peut être utilisée pour tonifier l’énergie du méridien du cœur, mais jamais si tout va bien de ce côté-là (cf. hypertensivité de la menthe poivrée).
Rafraîchissante, la menthe poivrée aide à conserver la tête froide en de multiples circonstances telles que confusion mentale, irritabilité, agressivité, colère, hyperémotivité. S’il existe bien une huile essentielle qui peut faire voir une route comme une ligne bien droite, c’est bien elle. Mais elle n’est jamais cassante, ni bourrée d’angles droits (contrairement à ses tiges ^^). Il y a quelques années de cela, j’ai été amené à déménager. Je devais parcourir 500 km en peu de temps, menant seul mon camion ampli de diverses parties de moi. Je n’ai eu alors comme seule compagne de route que ma petite bouteille de menthe poivrée. J’ai parcouru cette distance en cinq heures. La menthe poivrée augmente la capacité de concentration, tient en éveil, stimule l’attention. En l’occurrence, c’était bienvenu. Avant ce voyage, je n’avais lu cela que dans les livres. Il m’a été permis d’en vérifier en situation réelle l’efficiente efficacité. En fait, il faut savoir (je l’ignorais à l’époque) que l’huile essentielle de menthe poivrée stimule l’intellect et le sens analytique, en agissant au niveau de l’hémisphère gauche du cerveau. Elle est donc particulièrement adaptée lors de périodes d’examens, de préparations aux compétitions sportives et, donc, de déménagements, c’est-à-dire un ensemble de tâches longues, pénibles et répétitives.

Modes d’emploi

  • Voie orale avec mesure
  • Diffusion atmosphérique à vos risques et périls : ne pas l’employer seule dans un diffuseur, elle peut devenir rapidement entêtante, piquer les yeux, etc. Minimiser les proportions et accompagner l’huile essentielle de menthe poivrée d’autres huiles moins agressives, et sur un laps de temps limité (15 mn)
  • Olfaction, inhalation : caustique pour les muqueuses (oculaires, nasales, buccales, pulmonaires)
  • Voie cutanée : diluée à hauteur de 5 à 15 %. En éviter l’application massive sur la poitrine.

Contre-indications

Elles sont assez nombreuses, presque autant que les propriétés de cette huile essentielle.

  • Pas chez la femme enceinte ou allaitante
  • Pas en cas de règles abondantes, de mastose, de cancer hormono-dépendant, de pathologie liée à un excès d’œstrogènes
  • Pas chez l’hypertendu
  • Pas chez les personnes sujettes à des pathologies hépatobiliaires (lithiase, inflammation de la vésicule biliaire, trouble hépatique grave)
  • Pas en cas d’ulcère gastrique
  • Pas chez l’enfant de moins de sept ans
  • Pas en bain (risque de choc thermique)

A hautes doses, l’huile essentielle de menthe poivrée est neurotoxique (cétones), excito-stupéfiante, enfin elle entrave le sommeil (mais elle est parfaite pour ceux qui doivent veiller). Elle peut aussi provoquer des aigreurs d’estomac alors qu’à faibles doses, nous l’avons vu, c’est une amie du ventre. De même, elle peut provoquer des céphalées, alors que quelques gouttes en viennent à bout.

© Books of Dante – 2015

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