L’iris des marais (Iris pseudacorus), une fleur héraldique

Iris des marais (Iris pseudacorus), Yellow Iris (3)

Les Latins que sont Pline et Galien ont tous les deux évoqué une plante nommée acorus il y a 2 000 ans environ. Peut-être s’agit-il de l’acore calame que nous avons récemment présenté. Ou bien d’une autre plante, l’iris des marais ? C’est très peu probable. Quoi qu’il en soit, afin de distinguer la seconde de la première, on a attribué à l’iris des marais l’adjectif latin suivant : pseudacorus, ce qui signifie « faux-acore ».

Le « glaïeul qui porte fleurs jaunes » des Anciens se distingue très nettement de l’acore, ne serait-ce que par ses inflorescences flamboyantes qui lui ont valu les surnoms de flambe (ou flamme) d’eau. Curieusement, il porte aussi le nom de lis des marais. Expliquons pourquoi.
« Clovis, assiégé par une bande de Goths [en bordure du Rhin] ne dut son salut qu’à des iris jaunes poussant dans l’eau. Ils lui indiquèrent le gué pour s’échapper » (Michel Lis, Les miscellanées illustrées des plantes et des fleurs, p. 80). De fait, on a pensé qu’en guise de reconnaissance, Clovis en a fait la fleur symbole de la puissance royale. Ses surnoms de flambe d’eau et de lis des marais ont entretenu la confusion avec une autres espèce végétale, le lis blanc (Lilium candidium) dont on n’est pas certain qu’il ait été présent sous ces latitudes au temps de Clovis (mais que l’on retrouve en tête du Capitulaire de Villis trois siècles plus tard). Du point de vue des caractères purement morphologiques et botaniques, il suffit de comparer un lis blanc et un iris jaune pour se rendre compte qu’ils sont bien différents. Aussi, le meuble héraldique suivant, communément désigné par l’expression « fleur de lis », bien que stylisé, porte la couleur de l’iris. Il est vrai qu’une fleur d’iris porte non pas trois mais six pétales. C’est une architecture florale unique dans le monde végétal.

fleur_de_lis

« Du XII ème au XIX ème siècle, la fleur de lis est présente partout et pose des problèmes multiples […] La plupart des auteurs qui ont disserté sur les origines graphiques de la fleur de lis s’accordent pour reconnaître qu’elle n’a que peu de rapport avec le lis véritable, mais ils divergent quant à savoir si elle dérive de l’iris, du genêt, du lotus ou de l’ajonc, ou bien – hypothèses plus extravagantes encore – si elle représente un trident, une pointe de flèche, une hache, voire une colombe » (Michel Pastoureau, Le roi aux fleurs de lis, 1995). Le léopard anglais est bien un léopard, l’aigle allemand bien un aigle, mais la fleur de lis française serait une colombe ?
Cependant, il est à noter que la fleur de lis stylisée telle qu’on la retrouve dans l’héraldique médiévale est déjà présente sur des bas-reliefs assyriens datant du troisième millénaire av. J.-C. On lui attribuait alors déjà un pouvoir royal, compte tenu qu’elle décorait tiares, sceptres et colliers. Plus tard, en Europe, on aura fait de ses trois plus grands pétales un symbole de la Sainte Trinité et de sa tige un sceptre. Se peut-il que la fleur de lis stylisée ait été connue de Clovis, d’une manière ou d’une autre, et qu’il aurait reconnu en elle l’iris si prolifique, sachant qu’on voit aussi apparaître cette figure sur des pièces de monnaie gauloises, géographiquement et historiquement moins distantes que les bas-reliefs assyriens.
Mais, histoire de nous faire encore plus pédaler dans la semoule, Angelo de Gubernatis indique que le lis est associé à Vénus et aux satyres en raison de la proéminence de son pistil. Il est donc symbole de (re) génération et aurait ainsi été choisi par les rois francs comme symbole de prospérité et de fécondité. Hélas, l’iris des marais est également connu sous le nom d’herba veneria, l’herbe de Vénus…

Alors, l’iris des marais représente-t-il la fleur de lis ? Pour peu qu’on fasse pivoter une image de fleur d’iris à 180°, on obtient ceci. Comparez donc cette vision inversée avec la fleur de lis stylisée qui l’accompagne. Bluffant, non ?

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S’il a fait coulé beaucoup d’encre chez les Historiens, l’iris des marais n’a que peu été évoqué par les phytothérapeutes. Avec lui, nous n’avons pas droit à une racine finement parfumée, non. Si elle est tonique, diurétique et vermifuge, elle est aussi énergiquement purgative et vomitive. De plus, la plante est si astringente qu’elle a été employée pour le tannage du cuir. Quant à ses graines, elles servirent d’ersatz de café dont elles partagent l’arôme.

© Books of Dante – 2014

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