L’hélichryse, symbole d’une victoire sur la violence

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Coutumière du bassin méditerranéen (Corse, Sicile, Sardaigne, Croatie, France…), l’hélichryse pousse sur des sols incultes et ingrats, arides, rocailleux et caillouteux. Autant dire que sous ses pieds la terre est sèche et que, au-dessus d’elle, éclatant le soleil. Vivace, d’une taille comprise entre 40 et 50 cm de hauteur, l’hélichryse est formée de tiges portant des feuilles étroites et grisâtres se ponctuant de corymbes de petites fleurs jaunes. La structure morphologique qu’est le corymbe fait que toutes les fleurs se situent dans le même plan. Le pédoncule de chacune s’attache à la tige selon des points qui décrivent une spirale. C’est une caractéristique que l’on retrouve dans le nom latin de l’hélichryse. En effet, helix signifie spirale, on retrouve ce mot dans le nom latin du lierre, Hedera helix. Helios, le soleil, semble lui aussi inscrit dans son nom. Quant à la seconde fraction du nom de l’hélichryse, elle provient d’un mot grec – chrysos – qui signifie doré et sacré. Aussi, notre plante serait-elle une spirale et/ou un soleil d’or sacré. Quand on sait que cette plante fut l’un des nombreux attributs d’un dieu solaire traversant les cieux juché sur un char flamboyant, on comprend mieux à quelle dimension renvoie le nom de l’hélichryse. En effet, Apollon portait une tiare de ces fleurs que l’on surnomme parfois immortelles quand il rendait ses oracles, mais également pour affirmer et rappeler son statut d’être immortel. Il est bien connu que sur la tête des dieux les fleurs jamais ne flétrissent. Aussi, quoi de mieux que l’immortelle pour assurer cette fonction ? Mais cela est d’autant plus pertinent du fait que l’hélichryse s’appelle immortelle parce que, une fois coupée, elle semble encore douée de ses forces vives. C’est pour cette raison qu’on aura confectionné des couronnes de fleurs d’hélichryse pour les déposer sur la tête des statues figurant les divinités. Un usage relaté par Pline et Dioscoride et, bien avant, par Théophraste. Selon lui, la couronne d’hélichryse apportait gloire et bonne renommée. Et si l’hélichryse renvoie à l’or, il est alors question de richesse spirituelle et de fécondité, une symbolique que souligne encore celle de la spirale.
Il est également permis de voir un parallélisme marquant entre le corymbe qui est une cime, un sommet, et la couronne qui coiffe le chef. La forme circulaire de l’un et de l’autre indique perfection et participation à la nature céleste. Ces deux structures « captent les vertus du ciel, à quoi elles ressemblent par la forme, et du dieu, à qui leur matière les assimile » (1). Enfin, l’hélichryse semble entretenir une relation symbiotique avec le sol sur lequel elle pousse, siliceux, autrement dit formé de sable. « Purificateur, [il] est liquide comme l’eau, abrasif comme le feu » (2).

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L’hélichryse d’Italie en aromathérapie

Huile essentielle : description et composition

L’obtention de l’huile essentielle d’hélichryse d’Italie est loin d’être une sinécure. Tout d’abord, sa cueillette est difficile en raison de la chaleur estivale, de la pénibilité des positions que l’on doit prendre pour la récolter à la main, etc. Une fois celle-ci achevée, les tiges d’hélichryse sont séchées pendant quelques jours avant d’être distillées pendant deux heures maximum. Et, à la sortie de l’alambic, surprise ! Avec elle, il est difficile de prévoir les trois caractéristiques suivantes :

  • Le rendement : 0,2 à 1 %
  • La couleur : jaune clair, jaune d’or, jaune orangé, jaune verdâtre…
  • Le parfum : floral (rappelant tantôt la rose, tantôt la camomille), épicé (on l’appelle curry plant en anglais, nous verrons à l’analyse des données moléculaires que c’est tout à fait mérité), nuance de café, de sucre candi…

La composition biochimique nous révèle les proportions suivantes :

  • Esters : 45 %
  • Sesquiterpènes : 15 %
  • Monoterpènes : 13 %
  • Cétones : 10 %
  • Sesquiterpénols : 8 %
  • Monoterpénols : 7 %

Parmi les sesquiterpènes, nous trouvons alpha, béta et gamma-curcumène, des molécules présentes dans l’huile essentielle de curcuma, une plante fournissant une épice dont on sait qu’elle rentre dans la composition du curry.

Propriétés thérapeutiques

  • Anti-infectieuse (antibactérienne, antivirale), immunomodulante
  • Tonique veineuse et lymphatique, anticoagulante, fluidifiante du sang, antiphlébitique, protectrice capillaire, fibrinolytique (favorise la résorption des hématomes et détruit les caillots par action enzymatique)
  • Mucolytique, fluidifiante des sécrétions bronchiques, expectorante, anticatarrhale
  • Anti-inflammatoire, antalgique
  • Antispasmodique
  • Stimulante hépatobiliaire, antidiabétique, hypocholestérolémiante
  • Stimulante du SNC, neurotonique
  • Négativante

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère circulatoire : insuffisance veineuse et lymphatique, jambes lourdes, mauvaise circulation, phlébite, paraphlébite, artérite, varicosités, fragilité capillaire, hémorroïdes, couperose, érythrose, engelure, syndrome de Raynaud, cellulite
  • Hématomes (internes/externes ; anciens/récents)
  • Troubles locomoteurs : rhumatisme, arthrite, polyarthrite rhumatoïde, algodystrophie de la cheville, inflammation des fascia plantaires, inflammation du canal carpien, maladie de Dupuytrens, entorse, contusion, traumatisme, coup, choc
  • Troubles de la sphère respiratoire + ORL : encombrement nasal, bronchite, rhinopharyngite, rhinite, coqueluche, toux spasmodique, sinusite, otite aiguë, otite séreuse
  • Affections cutanées : acné, acné sévère, psoriasis, coup de soleil, herpès labial, ecchymose, plaie, ulcère, inflammation cutanée
  • Troubles de la sphère intestinale : maladie de Crohn, colite virale
  • Troubles de la sphère hépatique : déficience hépatocytaire, hépatite, cirrhose, petite insuffisance hépatique, céphalée d’origine hépatique
  • Hypercholestérolémie
  • Bartholinite
  • Léthargie, fatigue
  • Stress, nervosité

D’un point de vue psycho-émotionnel…

  • L’hélichryse, tout comme Apollon, est le symbole d’une victoire sur la violence. Elle accompagne les passages obligés qui ne dépendent pas nécessairement de nous (choc, deuil, départ…), en un mot comme en cent, toutes formes de traumatismes.
  • Nous l’avons dit, l’hélichryse, via le sable sur lequel elle pousse, entretient un rapport étroit avec l’eau et le feu. L’Eau, en médecine traditionnelle chinoise, c’est l’élément qui régit les méridiens de la vessie et du rein. C’est à ce dernier que Odoul/Miles (La phyto-énergétique) associent l’huile essentielle d’hélichryse d’Italie (bien que je ne comprends pas les raisons d’un tel choix). Étant une huile essentielle majeure de la sphère circulatoire et donc du feu sanguin, il me semble plus judicieux de placer cette huile essentielle au niveau des deux méridiens suivants : maître cœur (problèmes circulatoires) et triple foyer (problèmes lymphatiques, œdèmes, problèmes auriculaires). En revanche, s’il y a une huile essentielle d’hélichryse qui peut largement convenir à l’un des méridiens liés à l’élément Eau (vessie), c’est celle d’hélichryse faradifani.

Modes d’emploi

  • Voie cutanée : diluée, pure en geste d’urgence
  • Voie orale raisonnée
  • Diffusion atmosphérique, olfaction

Précautions d’emploi, contre-indications

  • Les quelques cétones contenues dans cette huile essentielle ne font pas d’elle un produit aussi dangereusement neurotoxique que certaines autres huiles essentielles. Cependant, on évitera de l’utiliser dans les cas suivants : femme enceinte, femme qui allaite, nourrisson, traitement aux anticoagulants. Dans l’ensemble, on évitera d’en faire un usage prolongé.
  • L’hélichryse italienne est la grande amie du ciste, du cyprès toujours vert et du lentisque pistachier, en particulier en raison de leurs propriétés communes actives sur la sphère circulatoire.

Autres

Les hélichryses sont nombreuses. On en compte plus de 500 différentes dont cent pour la seule Madagascar. Cette île nous offre quelques huiles essentielles aujourd’hui un petit peu connues en France :

L’hélichryse mâle (Helichrysum bracteiferum) et l’hélichryse femelle (Helichrysum gymnocephalum). Ce sont toutes deux de petits arbustes de 2 à 3 m de hauteur, assez riches en 1.8 cinéole. La première se destine aux sphères ORL et circulatoire, alors que la seconde est efficace au niveau de la sphère respiratoire.
L’hélichryse faradifani (Helichrysum faradifani) : assez proche par la taille des hélichryses européennes, celle-ci est un topique de la sphère génito-urinaire.

Plus près de nous, on rencontre sur le littoral français (Corse, Var, Bouches-du-Rhône) l’hélichryse de Provence (Helichrysum stoechas), ainsi que l’hélichryse des Balkans (Helichrysum angustifolium).


  1. Jean Chevalier & Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 304
  2. Ibid., p. 838

© Books of Dante – 2015

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