Le cyprès, secret de la résurrection

Cyprès

Le cyprès tire ses racines d’Asie mineure, comme l’atteste l’emploi déjà fort ancien qu’en firent les Assyriens et les Babyloniens. Un très vieux texte assyrien (1 500 ans av. J.-C.) préconisait le cyprès contre « les douleurs et démangeaisons du fondement ». Et oui, les anciens étaient déjà affublés d’hémorroïdes ! A Babylone, des tablettes portant des caractères cunéiformes relatent la présence du cyprès qui fut, avec le saule, l’une des principales plantes de la pharmacopée.
Très anciennement naturalisé, on le retrouve sur deux îles méditerranéennes, la Crète et Chypre. Il essaimera par la suite en Grèce et sur l’ensemble du pourtour méditerranéen (Italie, Égypte, France, Maroc) où on le trouve encore aujourd’hui, et plus à l’est (Inde, Chine).

En Grèce, Hippocrate utilisait du bois de cyprès contre les affections utérines et les hémorroïdes. On avait aussi constater les qualités pectorales du cyprès, c’est pourquoi on envoyait les personnes affligées de maladies poitrinaires dans des bois de cyprès, afin qu’elles bénéficient de leurs saines exhalaisons (ce qui ressemble assez à la démarche d’une personne qui place un diffuseur d’huiles essentielles dans une pièce). En Égypte, la poudre de graines de cyprès était un cicatrisant astringent, tandis qu’en Rome impériale, Galien employait les galbules du cyprès contre la diarrhée (ces galbules étant des drogues à tannin, l’indication est tout à fait heureuse).

Ces indications médicinales ne sauraient faire oublier le caractère sacré qu’eut le cyprès pour ces différents peuples. On comptait un certain nombre de bois sacrés composés de cyprès en Grèce antique, à proximité de temples dédiés à différentes divinités (Hermès, Apollon, Rhéa, Bellérophon, Asclépios). Mais c’est tout particulièrement en tant que symbole des divinités infernales que le cyprès est connu. Hadès pour les Grecs, Pluton chez les Romains (les prêtes de Pluton se couronnaient de cyprès), Beroth, une déesse chthonienne, à Chypre. En Perse, où l’on considérait le cyprès comme l’arbre primitif du paradis des anciens Iraniens, il est plutôt attribué à une divinité solaire, Ormuzd. Ces derniers « voyaient, dans la forme du cyprès, dont la pointe se dresse vers le ciel, le représentant végétale du feu générateur […]. C’est pourquoi on le trouvait devant les temples consacrés au feu, dans la cour du palais royal, et au centre même des jardins de plaisance qui étaient censés représenter, quoique faiblement, le souvenir du paradis perdu » (1).
Dès lors qu’on évoque le monde infernal, on ne peut passer à côté de la mort (et de la tristesse qu’elle occasionne parfois), une symbolique que porte le cyprès funéraire (mais pas forcément funeste, comme nous allons bientôt le découvrir) depuis des temps très anciens. Ne s’attacher qu’à ces seuls aspects (comme l’ont fait les poètes Virgile, Ovide, Horace et, plus tard, Shakespeare), c’est se fourvoyer sur l’identité du cyprès et n’en considérer qu’une face. Lui faire injure en somme.
C’est ce que l’on constate à travers le mythe de Cyparissos. Ce jeune Crétois vivait avec un cerf apprivoisé que, par mégarde, il blessa avec un javelot. Inconsolable face à la mort de l’animal, désirant lui-même mourir à son tour, il fut métamorphosé en cyprès. Apollon s’adressa à l’arbre en ces termes : « Moi, je te pleurerai toujours, toi, tu pleureras les autres et tu t’associeras à leur douleur. »
Si l’on s’arrête là…
Mort, perte, tristesse. Voilà pourquoi le cyprès est, avec le lierre et l’if, un arbre funéraire poussant dans les cimetières et qu’il est symbole de deuil et du chagrin qui lui est associé.
Si l’on va plus loin…
Cyparissos était très certainement un dieu-arbre dont l’animal sacré, le cerf, est symbole de renaissance perpétuelle de la vie. Associer, dans un mythe deux symboles, l’un végétal, l’autre animal, possédant tout deux un sens identique, c’est rendre compte du fait que si le cyprès incarne l’idée de mortalité et de finitude, il est aussi porteur d’une symbolique d’immortalité (Platon souhaitait voir les lois inscrites sur des tablettes en bois de cyprès car, pour lui, cet arbre est beaucoup plus durable que le bronze).
Avec cette capacité qu’il a de traverser les âges, c’est avec évidence qu’on l’a désigné comme arbre propre à incarner le cycle nécessaire et incontournable de la mort et de la résurrection (de la transcendance, même). Ce qui explique pourquoi de nombreux peuples sacrifièrent cet arbre de vie car, « comme tous les arbres phalliques, le cyprès est, tout à la fois, un symbole de génération, de la mort et de l’âme immortelle » (2). Cette dimension phallique est indissociable des aspects symboliques déjà abordés. A Rome, où le cyprès était souvent considéré comme un triste sir, on plantait à chaque naissance d’une fille un cyprès, autre manière allégorique de lui souhaiter un mari (la flèche d’Éros était en bois de cyprès, de même que le sceptre de Jupiter), lequel était souvent figuré par un cyprès en Crète et en Orient.
Protecteur, le cyprès était sculpté par les Romains qui plaçaient des statues à l’effigie de Priape tout autour de leurs champs et de leurs jardins. De cette manière, le cyprès écartait les indésirables. Il joue le même rôle tout autour des cimetières, il protège des âmes errantes et des démons, comme le rapporte Hildegarde de Bingen, dans son Physica : « Si quelqu’un est envoûté par le diable ou par la magie, prends de ce bois qui est au centre du cyprès, creuse-le avec une tarière et recueille dans un vase de terre l’eau d’une source vive, en la faisant passer par ce trou du bois […]. Que cette eau lui soit donnée à boire, quand il est à jeun, neuf jours de suite, parce qu’il est tourmenté ou envoûté par le diable, par des fantômes ou par la magie, et il ira mieux » (3). Le bois de cyprès était donc considéré comme un talisman contre les entités démoniaques.

Cyprès_galbules

Du cyprès, on connaît surtout le port fastigié qui monte au ciel comme une prière, à une hauteur comprise entre 25 et 40 m. Cela est la caractéristique de la forme cultivée, la sauvage possède des branches plus horizontales. Dans un cas comme dans l’autre, le cyprès est très ramifié et chacun de ses rameaux porte de minuscules feuilles écailleuses imbriquées les unes dans les autres. Ce ne sont pas des aiguilles.

Cyprès_feuilles

La floraison donne lieu à deux types de fleurs : des cônes mâles jaunâtres et des cônes femelles verdâtres qui deviennent bruns par la suite. Il s’agit des fameuses galbules pavées de polyèdres. A maturité, les écailles pentagonales des galbules s’écartent les unes des autres et laissent échapper leurs graines.
Beaucoup planté pour former des haies abritant du vent et du sable dans certaines régions du midi de la France, cette surpopulation a donné lieu à des phénomènes d’allergie au pollen du cyprès, comme on le rencontre à propos du thuya et du peuplier par ailleurs, et ce pour une raison similaire.

Le cyprès en aromathérapie

Huile essentielle : description et composition

Généralement incolore, l’huile essentielle de cyprès peut parfois être jaune très pâle. Son odeur boisée, balsamique, résineuse et ambrée lui vaut d’être utilisée en parfumerie depuis le XIX ème siècle, afin d’entrer dans la composition de parfums aux notes de chypre et de fougère. Fraîche, forte et tenace, cette huile essentielle est également employée en savonnerie.
On distille les rameaux selon un mode opératoire précis : deux à trois heures de distillation, huit heures de repos, trois nouvelles heures de distillation. Le rendement reste assez faible (0,6 à 1 %) ; cela ne fait pas, pour autant, de cette huile un produit aussi précieux que certains voudraient bien le faire croire. En effet, la matière première qui permet de l’obtenir n’est pas rare.
Prioritairement constituée de monoterpènes (alpha-pinène : 40 à 60 % ; delta-3-carène : 15 à 20 %), on trouve aussi dans cette huile essentielle une petite fraction de cédrol (1 à 1,5 %).

Propriétés thérapeutiques

En bon arbre de vie qu’il est, le cyprès n’apprécie pas trop quand la circulation se fait difficile et stagnante. D’ailleurs, on notera avec délice et bonheur le parallèle que l’on peut faire entre l’arbre et l’homme : ils possèdent chacun deux circuits circulatoires (sève montante et sève descendante pour l’arbre, système veineux et système artériel pour l’homme). En effet, le cyprès aime quand ça bouge et que ça circule. Ce n’est pas pour rien si le cyprès est un tonique circulatoire, un décongestionnant veineux et un vasoconstricteur. Il porte son action sur les troubles de l’insuffisance veineuse. Il a donc un rapport avec le sang qu’il canalise et qu’il évite de stagner, mais qu’il bloque également dans ses épanchements accidentels (bien des propriétés psycho-émotionnelles sont inspirées de ces caractéristiques).

  • Anti-infectieuse : antifongique, antibactérienne, antivirale, antiseptique atmosphérique
  • Immunostimulante
  • Positivante
  • Décongestionnante veineuse et lymphatique, tonique circulatoire veineuse, phlébotonique, vasoconstrictrice
  • Mucolytique, expectorante, antispasmodique bronchique, antitussive
  • Astringente, cicatrisante
  • Rééquilibrante du système nerveux, neurotonique
  • Emménagogue, oestrogen like, régulatrice du système hormonal féminin, décongestionnante prostatique
  • Anti-oxydante, antiradicalaire
  • Antisudorifique

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère circulatoire : hémorroïdes, varices, phlébite, fragilité capillaire, couperose, œdème des membres inférieurs, jambes lourdes et fatiguées, insuffisance veineuse, drainage lymphatique, cellulite
  • Troubles de la sphère respiratoire + ORL : rhume, bronchite, encombrement bronchique, trachéite, laryngite, pharyngite, tuberculose pulmonaire, toux (spasmodique, quinteuse, sèche, coquelucheuse), aphonie, acouphènes
  • Troubles de la sphère génito-urinaire : congestion et adénome prostatiques, prostatite, cystite, énurésie infantile, incontinence, vessie hyperactive, aménorrhée, dysménorrhée, règles tardives et/ou abondantes, métrorragie, troubles liés à la ménopause (transpiration excessive…)
  • Affections cutanées : herpès labial, eczéma, peaux grasses, coup, bleu, hématome
  • Insuffisance pancréatique, paresse intestinale
  • Rhumatismes, crampe musculaire
  • Syndrome des jambes sans repos (impatiences)
  • Irritabilité, stress, asthénie, fatigue nerveuse, psychique, affective, deuil

D’un point de vue émotionnel, l’huile essentielle de cyprès aide à aller à l’essentiel, elle structure la pensée et permet l’action concrète, elle consolide la force de caractère et le sentiment de certitude. Ainsi lutte-t-elle contre la dispersion, le laisser-aller, le gaspillage d’énergie…

Modes d’emploi

  • Voie orale
  • Voie cutanée
  • Diffusion atmosphérique, inhalation, olfaction

Contre-indications et remarques

  • Du fait de sa propriété oestrogen like (c’est-à-dire à même de mimer les œstrogènes), l’huile essentielle de cyprès est potentiellement tératogène. On ne l’emploiera ni chez la femme enceinte ni chez celle qui allaite. De même, on ne l’utilisera pas dans les cas suivants : pathologies cancéreuses hormono-dépendantes, hyperoestrogénie, mastose, fibrome…
  • L’alpha-pinène est possiblement allergisant, aussi veillera-t-on à diluer l’huile essentielle de cyprès dans une huile végétale avant toute application cutanée.
  • Attention de ne pas faire de confusion entre le cyprès toujours vert (Cupressus sempervirens) et le cyprès bleu (Cupressus arizonica), extrêmement toxique.
  • Soyez attentif dans vos choix. Il est conseillé de se tourner vers une huile essentielle bio, 100 % pure et naturelle. Parfois, cette huile essentielle est coupée avec de l’huile essentielle de térébenthine, peu onéreuse à produire. On comprend aisément le motif des falsificateurs.
  • En associant cette huile essentielle à des plantes comme le fragon, l’hamamélis, le marronnier et la vigne rouge, on peut grandement améliorer la circulation sanguine. Pour la favoriser encore davantage, il faut privilégier dans l’alimentation ce qui contient des flavonoïdes (thé, vin, pomme…).

__________
1. Angelo de Gubernatis, La mythologie des plantes, Tome 2, p. 117
2. Ibid. p. 115
3. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 171-172

© Books of Dante – 2015

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2 réflexions sur “Le cyprès, secret de la résurrection

  1. Merci pour cet article très intéressant . Peut être savez vous qu’en Provence, le cyprès parle ?!
    Placer dans l’entrée de votre jardin:
    Un cyprès:  » passez votre chemin »
    Deux cyprès:  » ici, on vous offre à boire et à manger  »
    Trois cyprès :  » ici, vous pouvez avoir le gite et le coucher » .

    Aimé par 1 personne

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