Le Gattilier, une huile essentielle rare à découvrir !

Gattilier

(Vitex agnus-castus)

S’il est peu plébiscité en France à l’heure actuelle, on trouve de très nombreuses sources antiques qui le concernent, ce qui va en faciliter la présentation. En revanche, sachez que j’ai fouillé et traduit en partie le web anglophone pour vous, tant sont similaires (bonjour le copier-coller !), lacunaires et incomplètes les sources françaises à son sujet. Mais elles sont à l’aune du peu d’intérêt qu’accorde la France à l’huile essentielle de gattilier.

Petit arbuste buissonnant du bassin méditerranéen (Balkans, Turquie, Crète…), le gattilier était bien connu des anciens Grecs : Hippocrate (contre blessures, tumeurs et inflammations ; en cataplasmes), mais surtout Dioscoride, qui est l’un des premiers à mentionner les propriétés emménagogues et galactogènes du gattilier, mais également ses pouvoirs anaphrodisiaques, de par son statut de plante humide et froide ; des propriétés qui sont le reflet des usages cultuels que l’on a pu faire du gattilier au temps des Grecs. Il permettait de protéger les lieux sacrés des plaisirs charnels. Ce qui ne voudrait pas dire grand chose si l’on omettait d’indiquer que le gattilier était placé sous le patronage de la déesse Héra, qui « apparaît aux yeux des Grecs comme la déesse du mariage légitime, la protectrice de la fécondité du couple et […] de la femme en couches » (1). Associer cette plante à cette déesse, cela en dit long sur le niveau de connaissance des anciens à son sujet. A l’automne, lors des Thesmophories, les jeunes filles s’ornaient de fleurs de gattilier pour conserver intactes leur pureté et leur virginité. De même, « les Athéniennes s’en faisaient une couche pour obtenir à son simple contact de rester chastes durant la fête des Thesmophories » (2), pour lesquelles continence absolue et jeûne rituel étaient de mise. Pour être plus précis, c’était surtout les prêtresses de Déméter qui officiaient de la sorte à cette période de l’année, bien qu’à travers cette pratique liturgique il ne s’agissait pas d’assurer à la femme l’infertilité (Déméter, voyons ! ^^), une nécessaire abstinence étant vue comme une phase préparatoire à la fertilité dont on écartait symboliquement les hommes par les pouvoirs anaphrodisiaques du gattilier.
Les idées de chasteté et de pureté sont indissociables du gattilier puisqu’elles sont inscrites dans une portion de son nom latin même : agnus-castus. Déjà, Dioscoride surnommait cette plante agnos, un mot grec qui signifie chaste. En latin, castus rend compte de la chasteté, mais il y a eu une grosse confusion entre agnos et agnus (agneau en latin), d’où le nom vernaculaire d’agneau-chaste que porte parfois le gattilier, ce qui, bien évidemment, ne veut rien dire mais reste cocasse.
Agnus-castus exprime donc assez bien le pouvoir anaphrodisiaque de la plante. Mais cela serait oublier le mot vitex, provenant d’un autre mot grec, vieo, qui veut dire tresser, en raison de la souplesse des rameaux que porte la plante et dont on tirait bénéfice dans la vannerie, mais aussi dans la fabrication de liens (ce qui s’explique par un autre mot grec désignant la plante, lugizô, qui veut dire lier), une propriété que la mythologie grecque évoque depuis le temps d’Homère au moins ! Rappelons-nous de l’épisode durant lequel Ulysse attacha ses compagnons sous le ventre des moutons du cyclope Polyphème avec des rameaux de gattilier ! C’est avec ces mêmes rameaux qu’Achille ligota les fils de Priam dans les forêts du mont Ida.
Il n’est pas ridicule de dire que le gattilier représente une entrave pour l’homme. Lugos, « qui fait référence aux liens est peut-être à mettre en relation avec les propriétés anaphrodisiaques attribuées à la plante » (3). Le gattilier serait donc un « noueur d’aiguillette » en quelque sorte, une pratique déjà réalisée par les Grecs anciens. Pour dire les choses simplement, le gattilier s’oppose au pouvoir génésique de l’homme mais favorise celui de la femme.

La propriété anaphrodisiaque du gattilier pour l’homme ne quittera plus la réputation de la plante. Au Moyen-Âge, il prend les sobriquets d’herbe au poivre et de poivre de moine. Les substances échauffantes, comme la roquette et le poivre, étaient bannies des monastères. Les fruits du gattilier, à l’arôme épicé et poivré, se substituèrent ainsi au poivre et permettaient aux moines de jouir d’une certaine innocuité charnelle… (Si le terme de poivre est ici utilisé, c’est surtout en rapport avec la saveur épicée et poivrée des fruits du gattilier, non pour des propriétés réservées au Piper nigrum, connu comme étant un tonique sexuel, comme le souligne, par exemple, l’expression « avoir du poivre entre les jambes »). Le gattilier est donc régulièrement cultivé dans les cloîtres médiévaux, les moines s’en faisant des ceintures (de chasteté ?) afin de s’ôter du désir de Vénus (la pratique de telles ceintures perdurera longtemps, puisqu’elle avait encore cours au XIX ème siècle !)
Au XIII ème siècle, Arnaud de Villeneuve disait que porter un couteau au manche façonné dans du bois de gattilier permettait de chasser les idées lascives et voluptueuses, alors que porter des amulettes faites de ce bois pour des raisons identiques, qu’on soit homme ou femme, existait encore au temps de Matthiole.

Le gattilier porte des feuilles digitées aux étroites folioles elliptiques dont la face inférieure est argentée. Les fleurs, couleur lilas, s’organisent en panicules lâches très parfumés. Les fruits sont des drupes grisâtres au parfum épicé. A la fois animal et floral, il est proche de l’odeur du cuir, du poivre et du citron. En France, on le rencontre surtout comme espèce ornementale dans parcs et jardins.

Gattilier_fruits

Le gattilier en aromathérapie

Huile essentielle : description et composition

Si la phytothérapie emploie tantôt les feuilles du gattilier, tantôt ses fruits, ce sont surtout les rameaux fructifiés qui intéressent le distillateur. Mais la matière distillable est si rare, la culture à grande échelle tellement peu rentable, la distillation si longue (24 heures), le rendement si faible, que cela fait de cette huile essentielle un précieux produit aussi cher que l’huile essentielle de rose de Damas (il faut compter 100 € les 10 ml).
Cette huile essentielle se compose majoritairement de monoterpènes (40 %, dont 25 % de sabinène, une molécule que l’on retrouve rarement en de telles quantités dans une huile essentielle). Puis des oxydes (20 %), des sesquiterpènes (12 %), enfin quelques esters (4 %) et monoterpénols (3 %).

Propriétés thérapeutiques

  • Anti-infectieuse : antibactérienne, antifongique
  • Expectorante, décongestionnante respiratoire, mucolytique
  • Antispasmodique
  • Sédative générale
  • Positivante
  • Équilibrante de la production des hormones féminines (progestérone, œstrogène), hormon like indirecte (en liaison avec la dopamine), galactogène, emménagogue, sédative génitale masculine

Le gattilier permet « de réduire les troubles prémenstruels et de régulariser le cycle par une action sur l’hypophyse […], ce qui équilibre la production des hormones féminines […]. En revanche, il bloquerait l’action des hormones androgènes. Cet effet régularisant de la balance hormonale et stimulant de la sécrétion de progestérone en phase lutéale du cycle [après ovulation et jusqu’au dernier jour du cycle ovarien], contribue à augmenter la fertilité » (4), et sans doute à entraver de nombreuses maladies féminines contemporaines, dont beaucoup sont issues d’un déséquilibre entre progestérone et œstrogènes dominantes…

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère génitale : modération des ardeurs sexuelles chez l’homme, éréthisme génital
  • Troubles menstruels : syndrome prémenstruel, règles irrégulières, douloureuses, abondantes
  • Ménopause (bouffées de chaleur, irritabilité, maux de tête, douleurs des seins…)
  • Mastalgie, mastose
  • Spasmes intestinaux, douleur du plexus solaire
  • Palpitations
  • Insomnie d’origine nerveuse, anxiété, angoisse, dépression
  • Acné pubertaire, troubles chroniques de la peau liés à une perturbation hormonale

Modes d’emploi

  • Voie cutanée diluée (2 %)
  • Voie orale raisonnée en traitement chronique (une goutte par jour pendant trois mois)
  • Olfaction

Contre-indications

  • C’est une huile essentielle rare et chère, la plante sèche n’est pas autorisée à la vente libre en France, les teintures-mère sont de plus en plus mises sur la sellette…
  • Comme le rapporte non sans humour un petit producteur libyen d’huile essentielle de gattilier, le seul effet secondaire observable chez une femme, c’est que celle-ci tombe enceinte ! :) En revanche, son utilisation est contre-indiquée en cas de grossesse (à l’image de la sauge officinale), mais il peut être employé en cas d’insuffisance lactée.

  1. Joël Schmidt, Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, p. 90
  2. Jean Ducourthial, Flore magique et astrologique de l’antiquité, p. 182
  3. Ibid., p. 524
  4. Gérard Debuigne & François Couplan, Petit Larousse des plantes médicinales, p. 220

© Books of Dante – 2015

Vitex

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