L’argousier (Hippophae rhamnoides)

Synonymes : argousier faux nerprun, argousier argenté, argasse, épine luisante, saule épineux, olivier épineux, olivier de Sibérie, bourdaine marine, griset, grisset, hippophaë.

Qui ne connaît pas l’argousier pourrait en déduire, à l’aide des surnoms qu’on lui a octroyés, qu’il s’agit d’une espèce d’olivier maritime portant des feuilles semblables à celles du saule ainsi que des épines. Étrange créature, n’est-ce pas ? Mieux vaut le considérer de visu pour prendre conscience qu’il n’emprunte à l’olivier qu’une très lointaine ressemblance. Tout d’abord, l’argousier n’est pas un arbre mais un arbuste dont la taille moyenne avoisine les trois mètres de hauteur dans la plupart des cas, bien que des conditions extrêmement favorables lui permettent aisément d’atteindre le double. Ses branches drues et serrées, porteuses d’épines, donnent à la silhouette de l’argousier un aspect touffu, qui peut rapidement devenir envahissant grâce à ses racines traçantes à nombreux rejets. Les feuilles, qui n’apparaissent qu’après les fleurs (lesquelles bien que dioïques sont réduites à leur plus simple expression, s’épanouissant de mars à mai), sont celles qui font mériter à l’argousier son épithète d’argenté (d’ailleurs, argousier et argent possède une identique racine grecque, argos, qui signifie : « d’un blanc éclatant comme l’argent »). Longues de 5 à 6 cm sur un de large, elles portent sur leur face inférieure des écailles argentées qui virent par la suite au roux. A l’automne, de denses grappes de baies rouge orangé, rarement jaunes, tachetées de brun, font leur apparition. Ovoïdes, de modeste dimension (6 à 8 mm), elles passent l’hiver sur les rameaux dénudés de même que l’églantier défeuillé se pare de lampions rouge vif à l’approche d’Halloween.

Présent autant en Asie qu’en Europe, l’argousier est une espèce qui pousse localement : côtes tempérées de l’Europe (littorale de la Manche par exemple), Europe centrale (en bordure du Rhin), Alpes (Tessin, Valais, Grisons en Suisse ; Savoie ; vallée du Rhône et de ses affluents alpins comme la Durance où, pour la première fois, il m’a été donné de croiser la route de l’argousier en novembre 1983 sur les rives du lac de Serre-Ponçon).

L’argousier possède de très longues racines qui lui permettent de résister aux tempêtes, comme l’on sait qu’elles peuvent être violentes au large de la Manche, et stabilisent le sol dans le même temps. C’est pour cette raison qu’il est régulièrement planté comme coupe-vent, afin de fixer les dunes littorales qui forment un de ses lieux de vie naturels, appréciant particulièrement les zones sablonneuses et caillouteuses. C’est pourquoi on le rencontre sur éboulis, pentes pierreuses et graviers, favorisant la solidité de structures artificielles telles que les abords d’autoroutes et de voies de chemin de fer. En plus de cela, sachons que l’argousier vit en symbiose avec une bactérie du genre Frankia dont on s’est rendu compte qu’elle avait la capacité de fixer l’azote de l’air, contribuant ainsi à rénover les sols dégradés.

L’argousier en phytothérapie

En raison de la quantité pléthorique de vitamine C contenue dans les baies de l’argousier, cet arbre cultivé en grand en Allemagne, fit dire à Fournier dans les années 1940 qu’il « y aurait intérêt à répandre également sa culture en France » (1). De l’acide ascorbique, en effet : les drupes de l’argousier en contiennent proportionnellement plus que le cynorrhodon, déjà champion en la matière, et donc bien davantage que dans le citron qui fait pâle figure devant cet arbuste dont beaucoup ignorent l’existence. Ses baies, forcément très acidulées, ne se contentent pas d’afficher leur haute teneur en vitamine C, question acides elles s’y connaissent : malique, vinique, butyrique. Mais n’en restons pas là. Puisqu’on évoque les vitamines, voici celles qui accompagnent l’inestimable vitamine C : la provitamine A, les vitamines B1, B2, E, F, K, P. A cela ajoutons des sels minéraux triés sur le volet : cuivre, soufre, zinc, mais surtout, sélénium (si, si !), des caroténoïdes (ça donne bon teint : vous avez vu la couleur des baies de l’argousier ?), des acides aminés en veux-tu en voilà, des flavonoïdes, de la quercétine (présente aussi dans les feuilles et les rameaux), enfin des acides gras insaturés comme l’acide alpha-linolénique que les baies d’argousier se paient le luxe de ficher dans leurs graines. Face à une telle débauche de moyens, l’on peut se demander comment il est possible que l’argousier n’ait pas damé le pion à ces envahissantes baies de goji qui n’ont absolument rien à envier, because sea buckthorn is better tant them !

Propriétés thérapeutiques

  • Immunostimulant, tonique général, revitalisant, reminéralisant, anti-asthénique
  • Anti-oxydant, antiscorbutique puissant
  • Anti-infectieux
  • Anti-inflammatoire, protecteur face aux UV
  • Hémostatique
  • Apéritif, vermifuge
  • Cicatrisant, astringent léger

Note : tout cela ne concerne que les seuls fruits. L’écorce des rameaux et les feuilles sont données comme toniques et astringentes, les graines légèrement laxatives et plausiblement purgatives.

Usages thérapeutiques

  • Renforcer l’organisme durant l’hiver afin de prévenir les refroidissements et les infections (grippe, rhume), déficience immunitaire, asthénie physique comme psychique faisant suite à une grossesse, à une infection (convalescence), surmenage, épuisement, anémie, dévitalisation, déminéralisation, scorbut, sénescence
  • Stress, insomnie d’origine nerveuse
  • Inappétence, diarrhée, dysenterie, vers intestinaux
  • Peau sèche et irritée, éruptions cutanées, brûlure, blessure, pellicules
  • Troubles circulatoires : artériosclérose (?)

Note : fleurs et feuilles interviennent comme anti-inflammatoire sur rhumatismes et goutte, rhume et éruptions cutanées.

Modes d’emploi

  • Jus, sirop
  • Confiture, compote
  • Teinture-mère

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • A l’automne, bien après que soient tombées les feuilles, les baies qui peuvent naturellement rester en place durant l’hiver, imposent la délicatesse au cueilleur : en effet, celles-ci s’esquichent facilement entre les doigts. Cette fragilité demande à ce que les rameaux porteurs soient coupés au sécateur. Puis, en les secouant au-dessus d’un linge, on les y fait délicatement tomber.
  • Alimentation : l’argousier, répandu bien au-delà de nos seules frontières, est un produit de consommation courante pour qui veut bien se donner la peine d’en cueillir les baies dont, traditionnellement, l’on fait des gelées, confitures et liqueurs. En Sibérie et en Tartarie, on les accompagne de lait et de fromage, l’on en fait (surtout en Sibérie) l’ingrédient de la « vodka sibérienne ». En d’autres pays d’Europe du Nord (Angleterre, Finlande), la marmelade qu’on en tire joue le rôle de condiment ; c’est ainsi qu’on en aromatise les sauces destinées aux plats de poissons. Au Népal, les baies sont préparées en confiture et au vinaigre, alors que dans une bonne partie du continent asiatique, on ne compte plus les préparations tant culinaires que médicinales dans lesquelles elles interviennent.
  • L’argousier est souvent planté – comme en Allemagne – pour ses fruits riches en vitamine C. De nombreux cultivars présentant des caractéristiques particulières sont exploités pour leurs baies : rameaux peu épineux, fruits moins acides bien que dotés de fortes teneurs en vitamine C (jusqu’à 700 mg aux 100 g de fruits frais pour certains cultivars), plantes résistantes au froid et à la sécheresse, etc.
  • Autre espèce : le chalef ou olivier de Bohème (Eleagnus angustifolia). Arbuste particulièrement ornemental portant des feuilles plus larges, des rameaux argentés et des fruits caractérisés par davantage de douceur.
    _______________
    1. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 95.

© Books of Dante – 2017

4 réflexions sur “L’argousier (Hippophae rhamnoides)

  1. Il doit y avoir là une question de préférence et/ou tolérance personnelle(s), de même que certains aliments nous rebutent et d’autres nous attirent, parce qu’ils entrent davantage en correspondance avec ce que nous sommes fondamentalement.

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