La véronique officinale (Veronica officinalis)

Synonymes : véronique mâle, herbe de sainte Véronique, herbe de saint Pierre, herbe aux ladres, thé d’Europe, thé du Nord.

L’histoire thérapeutique de la véronique officinale est relativement récente si on devait la comparer à celle de la verveine ou de la sauge. Elle ne semble pas antérieure au XVI ème siècle, même si au XII ème, chez Hildegarde, l’on rencontre quelques lignes à propos d’une autre véronique, la véronique cressonnée qu’Hildegarde appelle Pungo (1) : « La véronique cressonnée est de nature chaude ; et celui qui s’en fait un plat, en y ajoutant de la graisse ou de l’huile, lave son ventre comme une potion. Et quand on en mange, elle guérit la léthargie » (2).
Puisque nous sommes en Allemagne, restons-y, nous n’aurions que plus de chance de toucher du doigt les babillages naissants de la véronique que, par ailleurs, on s’est fait fort d’ignorer malgré sa grande fréquence dans la nature. C’est en 1693 que le chimiste et médecin allemand Frédéric Hoffmann lance « la mode de l’infusion de véronique, selon lui supérieure au thé de Chine en goût et en vertus (3), et que toute l’Allemagne se mit à boire frénétiquement » (4). Il la recommandait notamment dans les affections respiratoires (phtisie, catarrhe pulmonaire chronique, asthme humide, engorgement bronchique). Un an plus tard, Johan Franke lui emboîte le pas et fait paraître un traité de 300 pages essentiellement consacré à la véronique, le Polychresta herba veronica, pour tenter d’en asseoir les inestimables et diverses vertus, tant et si bien, qu’outre-Rhin, l’on parla de panacée au sujet de cette plante. Ainsi, selon cet auteur, la véronique intervenait en cas de troubles respiratoires, de gravelle, de plaies, de gale, etc. ; on alla même jusqu’à dire, du moins des auteurs tels que Fuchs, Césalpin, Liébaut ou encore Matthiole le répétèrent, qu’un roi de France fut guéri de la lèpre grâce à la véronique, ce qui explique son nom d’herbe aux ladres. Mais l’histoire ayant oublié son nom, nous en resterons là et poursuivrons le panégyrique germain à propos de la véronique : Tragus et Schroder, par leurs travaux, cherchèrent à confirmer l’hégémonie thérapeutique de la véronique officinale : ils la disaient astringente, vulnéraire et sudorifique dans les affections des voies respiratoires, un domaine qui revient bien souvent. Ettmuller (1646-1683), plus sage et mesuré, ne lui accorde des vertus que sur les voies respiratoires hautes (maux de gorge, angine) et la bouche (aphte, muguet), soit des affections relativement bénignes eu égard au supposé pouvoir de la véronique de venir à bout de toute chose (colique néphrétique, diarrhée, dysenterie, hémorragie, fièvre intermittente, tuberculose, etc., et tout cela en bain, lavement, usage per os… Autant dire que la véronique fut accommodée à toutes les sauces). C’est ainsi que la véronique restera très en vogue jusqu’au XVIII ème siècle chez les médecins allemands et suisses : « pour eux, c’est un remède sûr […] ; leurs confrères français, au contraire, ne lui trouvèrent d’autre qualité que celle de l’eau chaude qui sert à en préparer l’infusion » (5). Rhoooo !… Cela doit être ça, l’amitié franco-allemande ^^. Mais il est vrai que, comme le rappelle Fabrice Bardeau empruntant à Cazin, « des éloges trop pompeux prodigués à des plantes inertes, ou dont on aura exagéré les vertus, n’ont pas peu contribué à discréditer la thérapeutique végétale » (6). Mais on n’assène pas à un médecin allemand qu’il exagère, qu’il fantasme, et cela impunément, car à ce stade-là, côté allemand, on n’a pas dit son dernier mot. Cependant, avant de poursuivre, nous pouvons nous poser certaines questions : comment se fait-il que de part et d’autre d’une frontière, dans un même temps, on conclue de manière diamétralement opposée sur les pouvoirs thérapeutiques d’une plante ? Se peut-il qu’il pousse en Allemagne une véronique particulièrement bien garnie en principes actifs ? Est-ce une approche particulière de la thérapeutique qui a fait en sorte que « cela » marche ici et pas là-bas ? Est-ce tout à fait un hasard si le concepteur de l’homéopathie était allemand et le créateur des fleurs de Bach anglais ? Était-ce, aussi, de nature purement politique, l’animosité entre Allemands et Français n’étant plus à prouver ? Bref, en France, on modère ses propos au sujet de la véronique dès le début du XIX ème siècle. Parce que faible, dira Peyrilhe en 1800, la véronique reste peu usitée, sauf par quelques irréductibles « Gaulois » dont Joseph Roques qui élaborera un « thé » dans lequel entrait la véronique, et pour lequel il constate qu’il favorisait la fonction rénale, stimulait les voies digestives, convenait bien comme sudorifique. Quant à Cazin, il écrit que « l’eau et l’alcool se chargent également de ses principes actifs. Son extrait alcoolique est beaucoup plus amer que son extrait aqueux. Cette remarque […] décèle une propriété tonique dont la médecine usuelle peut tirer parti » (7). Ces bonnes paroles dites, ne voyons-nous pas, de nouveau, les Allemands sonner la charge ? Ainsi, à la fin du XIX ème et au début du XX ème siècle, ce ne sont pas moins que Kahnt, Bohn, Schultz et les abbés Kunzle et Kneipp qui redorèrent quelque peu le blason de la véronique officinale, cette fois en lui accordant des vertus qu’elle possède vraiment.

Et maintenant, un peu de botanique ! La véronique officinale est une plante vivace qui étale ses tiges velues de loin en loin, les enracinant aux nœuds comme le fait également le lierre terrestre. Non seulement elle rampe, mais elle est capable de s’ériger à près de 50 cm du sol. Ses feuilles ovales, finement dentées et brièvement pétiolées, sont couvertes d’une sorte de duvet qui leur donne une couleur vert grisâtre. Dans ses hauteurs, la véronique offre à la vue des grappes sommitales de fleurs serrées d’un centimètre de diamètre et dont la couleur va du bleu pâle au lilas foncé. La floraison estivale de la véronique donne lieu à des capsules glanduleuses en forme de cœur.
Présente en Amérique du Nord, ainsi qu’en Europe, la véronique se cantonne à la plaine et à la moyenne montagne (2000 m), sauf en région méditerranéenne. Ses terrains d’accueil sont les sols surtout acides : landes, bruyères, bois secs, buissons, coteaux secs et maigres, clairières et lisières de forêts ensoleillées.

La véronique officinale en phytothérapie

« La légion des véroniques est plus importante par le nombre que par ses propriétés », disait Fournier (8). Nous l’avons vu, la véronique est loin d’être une panacée, mais peut néanmoins occuper la place qui est la sienne en thérapeutique. Ce qui nous intéresse chez elle, ce sont les sommités fleuries au goût amer et épicé, un peu astringentes et sans odeur, malgré quelques traces d’essence aromatique dans ses tissus (9). Du tanin, un principe amer, une saponine, des flavonoïdes (apigénine, scutellarine) ainsi qu’un hétéroside iridoïde (aucubine) ne peuvent faire de la véronique officinale un végétal tout à fait inerte.

Propriétés thérapeutiques

  • Tonique amère, apéritive, stomachique
  • Sédative de la toux, expectorante
  • Diurétique, sudorifique
  • Dépurative
  • Astringente légère, assainissante des plaies, résolutive, détersive, vulnéraire

Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : inappétence, digestion lente, flatulence, dyspepsie, colique, crampe d’estomac
  • Troubles de la sphère respiratoire : toux, asthme, bronchite chronique, catarrhe bronchique chronique, rhume, trachéite, angine, irritation de la gorge
  • Affections buccales : stomatite, inflammations gingivales et buccales
  • Troubles de la sphère vésico-rénale : catarrhe vésical, hématurie, goutte, rhumatisme
  • Affections cutanées : plaie, brûlure, ulcère, dartre, démangeaisons
  • Migraine
  • Fatigue nerveuse, surmenage physique et/ou intellectuel

Modes d’emploi

  • Infusion
  • Décoction
  • Suc frais
  • Sirop
  • Macération vineuse
  • Thé de véronique : véronique officinale (1/3) + mélisse (1/3) + aspérule odorante ou germandrée botrys (1/3)

Précautions d’emploi, contre-indications, autres informations

  • Récolte : elle se réalise dès la fin du printemps et durant tout l’été.
  • Séchage : il ne pose pas de problèmes particuliers et préserve les propriétés de la plante.
  • Alimentation : si la véronique officinale est comestible à l’état frais et cela tant que ses fleurs sont en boutons, on lui préfère une autre véronique, le beccabonga (Veronica beccabunga), plante semi-aquatique proche du cresson par les propriétés et le goût.
  • Risque de confusion possible : avec le lierre terrestre (Glechoma hederacea).
  • Autres espèces : véronique en épis (V. spicata), véronique à longues feuilles (V. longifolia), véronique de Perse (V. persica), véronique des champs (V. arvensis), véronique à feuilles de lierre (V. hederifolia), véronique à feuilles d’ortie (V. latifolia), véronique montagnarde (V. montana), véronique germandrée (V. teucrium), véroniques alpines (V. alpina et fruticulosa), etc.
    _______________
    1. Il m’apparaît tout à fait possible que ce Pungo soit en réalité une autre véronique qu’on a affublée d’un nom pour le moins curieux : le beccabonga. Outre la consonance phonétique entre Pungo et -bonga, le beccabonga est effectivement une plante dont la nature le rapproche du cresson : plante semi-aquatique, elle possède une saveur de cresson, ainsi que des propriétés stimulantes et antiscorbutiques propres aux deux plantes.
    2. Hildegarde de Bingen, Physica, p. 55.
    3. « L’infusion théiforme de véronique, un peu âpre, a pu charmer les palais allemands ; nous n’y avons pas trouvé en France cette astriction aromatique, ce parfum spécial qui, dans le thé, flatte si agréablement le goût », explique Cazin en 1858 (François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 978).
    4. Pierre Lieutaghi, Le livre des bonnes herbes, p. 440.
    5. P. P. Botan, Dictionnaire des plantes médicinales les plus actives et les plus usuelles et de leurs applications thérapeutiques, p. 196.
    6. Fabrice Bardeau, La pharmacie du bon dieu, p. 294.
    7. François-Joseph Cazin, Traité pratique et raisonné des plantes médicinales indigènes, p. 977.
    8. Paul-Victor Fournier, Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France, p. 954.
    9. L’eau distillée de la plante n’est, elle, que très faiblement aromatique.

© Books of Dante – 2017

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