L’aneth, tout en fluidité

Anethum graveolens… Autrement dit, « plante à forte odeur qui pousse vite ». Bien intérêt à pousser rapidement, étant une plante annuelle (autrement dit, toute graine germée doit faire de la graine dans la même année) qui possède bien des points communs avec ses proches cousins que sont fenouil et anis. A tel point qu’on aura souvent affublé l’aneth des sobriquets de fenouil puant, fenouil bâtard et autre faux anis.

Aneth_feuilles

Probablement issu du Proche Orient (Perse ?), l’aneth s’est propagé (et oui, c’est un mot masculin) autant au Caucase qu’à l’Égypte dans un premier temps. Les Égyptiens de l’Antiquité l’inscrivirent même dans le fameux papyrus Ebers (1500 ans av. JC). Plus tard, le papyrus magique de Leyde, rédigé en grec, mentionne l’aneth sous le surnom de « semence d’Hermès ». Plus largement, au-delà d’une seule considération d’ordre purement magique, l’aneth est relaté par Hippocrate, Dioscoride et Galien, ce qui est certainement la preuve que l’aneth a posé le pied sur le sol européen bien avant le début de notre ère. Les Grecs anciens composèrent un remède à base d’aneth, de fenouil et de racine de verveine afin de combattre la stérilité féminine. Du côté des Romains, Pline et Virgile y font référence au tout début de l’ère chrétienne, l’un dans son Histoire naturelle, l’autre dans ses Bucoliques. Bien qu’endémique à l’Europe méridionale, des restes d’aneth ont été découverts parmi les ruines de maisons romaines en Grande-Bretagne, ce qui atteste de la percée septentrionale de l’aneth au cours des siècles encadrant la naissance du Christ.

Au Moyen-Âge, ce ne sont pas moins que l’école de Salerne et Hildegarde qui l’emploient comme remède. La célèbre école de médecine italienne se fendra même de bons mots à son sujet : « l’aneth chasse les vents, amoindrit les humeurs et d’un ventre replet dissipe les grosseurs » (1). Quant à l’abbesse de Bingen, elle préconise l’aneth en cas de saignement de nez, de maladies pectorales, de douleurs de la rate et de goutte.
Matthiole indique que l’aneth était cultivé dans tous les jardins de son temps et qu’il comptait au nombre des ingrédients constituants des thériaques, tandis que ses graines formaient avec la camomille, le mélilot et la matricaire le club des quatre plantes carminatives des apothicaires de l’époque.
L’aneth avait si bonne presse qu’à la Renaissance il était invité à la table du roi Louis XIV sous la forme de rossolis, une liqueur à base de fenouil, d’aneth et de cannelle, entre autres. Eupeptique, elle permettait au roi de faciliter les digestions pénibles que ses excès de table occasionnaient régulièrement.
Puis, progressivement, l’aneth glissera vers l’Europe du Nord où il est encore abondamment utilisé. Au XVIII ème siècle, une mariée scandinave assurait son bonheur conjugal en ornant son corsage de fleurs d’aneth.

Bien plus petit que le fenouil auquel il ressemble beaucoup, l’aneth est constitué d’une tige creuse, lisse et vert glauque. Haut d’une centaine de centimètres en moyenne, il est bon de noter que les sujets sauvages sont plus petits que les domestiques. Comme très souvent chez les Apiacées, on distingue des feuilles inférieures aux pétioles engainants et des feuilles supérieures linaires et filiformes que surplombent des ombelles de petites fleurs jaunes pauvres en nectar mais qui produiront à profusion des graines brunâtres, plates et striées, au goût frais et légèrement amer.


(1). Les vers salernitains évoquent plusieurs propriétés de l’aneth : ses effets carminatifs et digestifs, ainsi que son action sur le sang et la bile.

Aneth_graines

1. Huile essentielle d’aneth : composition et description

Extraite des graines sèches et pulvérisées par distillation à la vapeur d’eau, cette huile essentielle est incolore à jaune très pâle. Mobile et liquide, elle présente une touche anisée, fraîche et herbeuse.

  • Cétones : carvone, molécule également présente dans l’huile essentielle de carvi (30 à 40 %)
  • Monoterpènes : limonène, alpha-phéllandrène (25 à 45 %)
  • Dillether (3 à 10 %)
  • Coumarines (traces)

2. Propriétés thérapeutiques

Comme nous allons le voir, l’aneth dégage les obstructions, assouplit et fluidifie. Elle a la vitesse du lièvre et la pugnacité de la tortue. Elle agit sur bien des liquides du corps (urine, sang, salive, sucs gastriques, bile, lait maternel, mucus pulmonaire).

  • Stimulante des glandes salivaires et gastriques, digestive, stomachique, antispasmodique des voies digestives, carminative
  • Stimulante hépatique, hypocholestérolémiante, cholagogue, cholérétique
  • Décongestionnante bronchique, fluidifiante des sécrétions bronchiques, expectorante, anticatarrhale, mucolytique
  • Anticoagulante, fluidifiante du sang
  • Emménagogue, galactogène
  • Diurétique
  • Anti-infectieuse : antifongique, antibactérienne
  • Stimulante du SNC, neurotrope

3. Usages thérapeutiques

  • Troubles de la sphère gastro-intestinale : digestion lente, dyspepsie, aérophagie, ballonnement, flatulence, manque d’appétit, colite spasmodique, vomissement, hoquet
  • Troubles de la sphère hépato-biliaire : insuffisance hépatique et biliaire, drainage hépatique
  • Troubles de la sphère respiratoire : encombrement bronchique, rhume, catarrhe, bronchite, ronflements
  • Hémogliase (épaississement du sang)
  • Règles douloureuses
  • Sciatique

Propriétés et usages relativement proches de ceux des huiles essentielles de fenouil et d’anis vert.

4. Modes d’emploi

  • Voie cutanée diluée
  • Voie orale avec précaution
  • Inhalation
  • Diffusion atmosphérique

5. Contre-indications et autres usages

  • Contenant une forte proportion de carvone, une cétone monoterpénique, cela implique que l’huile essentielle d’aneth est neurotoxique et abortive. On ne l’utilisera donc pas en cas de grossesse et d’allaitement, encore moins chez le bébé, l’enfant et la personne neurologiquement fragile. De même, les personnes soumises à un traitement aux anticoagulants l’éviteront. Le carvone, contrairement au turmérone contenu dans l’huile essentielle de curcuma, est une cétone « lourde », à l’instar de la thujone, du camphre et de la pinocamphone.
  • Non seulement matière médicale depuis des lustres, l’aneth est aussi un légume et un condiment. Les graines sont employées comme assaisonnement dans les pays scandinaves mais également en Allemagne, en Inde, en Grand-Bretagne, en Russie… Quant aux feuilles vaporeuses et aériennes qu’on trouve fréquemment sur les marchés, elles se lient bien avec les poissons, les crustacés ainsi que certains coquillages. Par exemple, la sauce Dill, mélange de jus de citron, de crème fraîche et de feuilles d’aneth finement ciselées, accompagne traditionnellement le saumon fumé. A noter que le mot dill, mot anglais désignant la plante, signifie « calmer » en ancien anglais, en relation avec les qualités antispasmodiques de l’aneth.

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La coriandre, une plante aux qualités doubles

Synonymes : persil arabe, persil chinois, cerfeuil chinois, punaise mâle.

Une partie de ces surnoms vernaculaires évoque deux aspects propres à la coriandre : l’un d’eux renvoie aux aires de culture et d’usage, l’autre à la famille botanique à laquelle appartiennent persil, cerfeuil et coriandre, les Apiacées, ex Ombellifères. Apiacées à ne pas confondre avec les Opiacées. Bien que nous verrons que la coriandre, loin d’être aussi narcotique et hypnotique que le pavot, présente pour le moins des propriétés assez similaires.
Quant à la punaise… Ce surnom fait référence à l’étymologie même du mot coriandre. Du grec koris qui signifie punaise et, toujours du grec, de andros qui veut dire homme. L’origine du mot coriandre est lié au fait que le fruit vert et frais de la coriandre évoque l’odeur de la punaise qui, lorsqu’on l’écrase, est loin de sentir la rose. A Lyon, il existe une ruelle punaise qui, dans des temps anciens, était, si je me souviens bien, un égout à ciel ouvert.

Coriandre fruits

Qu’à cela ne tienne ! Les anciens Égyptiens, il y a de cela 3 500 ans, tinrent en haute estime la coriandre. Quoi ! Me direz-vous, des Parfumés appréciant une odeur fétide ? Que non. Tout comme nous, je pense qu’ils avaient déjà perçu l’odeur peu agréable de la coriandre fraîche mais également celle, subtilement balsamique, des fruits secs. Sans quoi, quelle mystérieuse raison les aurait poussé à entreposer des fruits de coriandre dans bien des tombeaux égyptiens de l’Antiquité ? D’une part, les Égyptiens antiques avaient compris certaines vertus médicinales de la coriandre comme nous l’indique le fameux papyrus Ebers (3 500 ans). D’autre part, cette même graine de punaise était employée pour rendre les vins plus enivrants. Tant et si bien que les Égyptiens furent à l’origine de l’introduction de la coriandre en Europe occidentale. De là, ce ne sont pas moins que Théophraste, Galien, Hippocrate, Pline, Dioscoride, Columelle, etc. qui en parlent. Même la Bible y fait référence ! (Exode 16 : 31).
Plus tard, à travers ce qu’il est communément acceptable d’appeler le Moyen-Âge, on retrouve la coriandre. Elle est mentionnée dans Les contes des mille et une nuits (VIII ème siècle ap. jc.), œuvre littéraire qui vaudra à la coriandre d’être (faussement) qualifiée d’aphrodisiaque. A quelques décennies de là, les Capitulaires de 795 ainsi que l’Inventaire de 812 indiquent la coriandre comme plante incontournable. Au Moyen-Âge donc, je ne sais vous dire à quelle période exacte (c’est long, le Moyen-Âge), la coriandre était utilisée pour ses feuilles comme condiment afin de « verdir » les plats en cuisine. Quant à la graine, certaines traités culinaires médiévaux en mentionnent l’usage (Viandier de Taillevent, Mesnagier de Paris, etc.).

L’odeur de punaise de la coriandre, on l’a dit, a fait en sorte qu’une vilaine étiquette de plante toxique lui a collé au train. Cependant, aux XV ème et XVI ème siècle, sa culture s’est relativement répandue en Europe, à tel point qu’elle sera cultivée en masse dans les environs de Paris au XVIII ème siècle. Un siècle plus tard, sa présence est mentionnée dans les Bouches-du-Rhône, dans la Loire, le Gers, le Tarn…

Coriandre feuilles

La coriandre est une plante annuelle fortement (punaise !) aromatique, dont la hauteur varie de 30 à 60 cm. Comme beaucoup d’autres plantes de sa famille, elle présente des feuilles inférieures lobées et incisées alors que ses feuilles supérieures sont très finement découpées comme celles de l’aneth. Sa nature double, une fois de plus. En été, ses fleurs s’exposent sous deux formes ; on distingue celles du centre de l’ombelle et celles de sa périphérie. Blanches ou rosâtres, elles restent discrètes. Enfin, quand l’époque de la fructification parvient à son terme, de petits fruits ronds se forment. De vert, ils virent au beige avec l’âge. La coriandre pousse davantage sur les sols fertiles et bien drainés (elle n’aime pas l’humidité stagnante dans les racines encore moins les sols argileux qui retiennent l’eau), en plein soleil car elle aime beaucoup la chaleur.

1. Huile essentielle de coriandre : description et composition

Étant donné que la coriandre fait tout en double, c’est sans surprise que l’on apprendra qu’il existe deux huiles essentielles de coriandre puisqu’on distille autant les feuilles que les fruits (mûrs, secs et pulvérisés). Celle issue des feuilles contient essentiellement des aldéhydes non terpéniques (95 %). Quant à l’autre, elle est composée majoritairement de linalol (70 %), molécule à laquelle s’ajoute un peu de camphre (3 %) et de coumarines (traces). Dans l’un et l’autre cas, le rendement avoisine 1 %.

2. Propriétés thérapeutiques

HE feuilles : sédative, anxiolytique, anti-inflammatoire.
HE fruits : apéritive, digestive, stomachique, carminative, anti-infectieuse, antiparasitaire, antalgique, positivante, stimulante, tonique, neurotonique, euphorisante.

3. Usages thérapeutiques

HE feuilles : stress, anxiété, insomnie, gastrite.
HE fruits :
– Troubles de la sphère gastro-intestinale : spasmes intestinaux, dyspepsie, digestion pénible, aérophagie, flatulence, colites, entérocolites
– Douleurs articulaires et musculaires, arthrose, rhumatisme, crampes
– Fatigue physique et nerveuse, asthénie
– Cystite
– Grippe
– Ulcération cutanée

Note : l’huile essentielle de coriandre fruits présente peu ou prou les mêmes propriétés et se destine aux mêmes usages que les trois autres « semences chaudes » que sont anis, fenouil et carvi.

4. Modes d’emploi

  • Voie orale
  • Voie cutanée
  • Inhalation
  • Diffusion atmosphérique

5. Contre-indications et autres usages

  • La coriandre est largement utilisée dans les cuisines asiatiques et orientales, mais aussi en Amérique latine. C’est une plante dont les multiples parties sont cuisinées : feuilles (hachées comme du persil, elles parsèment tous les plats en Asie ; on en confectionne aussi des currys verts), fruits (aromatisent les ratatouilles, les tajines, les terrines, les currys, en poudre avec d’autres épices telles que le poivre, les pickles, etc.), racine (à consommer fraîche et hachée ; piquante, elle entre dans la composition de currys), tiges (dans les plats de haricots, les soupes…).
  • On utilise l’huile essentielle de coriandre fruits pour aromatiser certains médicaments et dentifrices, mais également des liqueurs (Izzara, ratafia), des savons, des parfums…
  • L’huile essentielle de coriandre fruits est susceptible de devenir excitante à haute dose. Des quantités importantes provoquent une ivresse (ce que recherchaient les Égyptiens) et une agitation souvent suivies de prostration et de dépression des centres nerveux. C’est là encore que la coriandre est double. En effet, l’huile essentielle de coriandre feuilles calme les agités et les anxieux. Cependant, la dose toxique de cette huile essentielle est beaucoup trop élevée pour qu’il y ait convulsion en cas d’abus. On observe généralement des phénomènes de somnolence, de profond sommeil et d’hébétude.

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Angelica archangelica

UNE GÉANTE VENUE DU NORD

Derrière ce joli nom se cache une Ombellifère (aujourd’hui, on dirait Apiacée, j’explique ici pourquoi) de grande taille employée pour ses qualités tant aromatiques que médicinales. Si l’on ne doit pas confondre la berce et l’angélique, il est bon de prendre en compte la réalité suivante : il existe une angélique domestique (Angelica archangelica) et une angélique sauvage (Angelica sylvestris). On observe entre elles quelques différences morphologiques. Par exemple, l’angélique sauvage est plus petite. Par ailleurs, l’angélique des bois développe un parfum moins prononcé que sa sœur domestique. Concernant leurs vertus médicinales, elles sont similaires quoi que plus appuyées chez Angelica archangelica.

Herbe aux anges venue du Nord (Scandinavie) aux environs du XII ème siècle, elle était donc inconnue des anciens Grecs. Aujourd’hui encore, impossible de trouver de l’angélique sauvage sur le pourtour méditerranéen car, « pieds dans l’eau et tête au soleil », elle n’y survivrait pas. L’Europe du Nord présente un climat plus adapté. En France, il est possible de la rencontrer à l’état sauvage en Île-de-France par exemple.

Angélique 2

PANACÉE MÉDIÉVALE ET BIEN PLUS ENCORE !

On trouve des traces de sa présence dans la pharmacopée médiévale puisque l’on sait que Hildegarde de Bingen (1098-1179) en faisait usage sans qu’on sache cependant s’il s’agissait de la domestique ou de la sauvage. Au XIV ème siècle, la culture de l’angélique domestique se déploie dans les monastères d’Europe centrale puis plus largement au XVI ème siècle. Par exemple, elle fut cultivée au monastère de la Grande Chartreuse près de Grenoble (à ce titre, elle entre toujours dans la composition de la liqueur du même nom).
L’histoire nous conte qu’elle fut utilisée comme préventif de la peste comme ce fut le cas à Milan en 1510. En raison des pouvoirs magiques qu’on lui octroyait, il était coutume d’en croquer les graines pour se protéger du « mauvais air » et était employée à l’instar de la rue (Ruta graveolens) contre les morsures de chiens enragés. Elle fut l’une des plantes favorites de Paracelse et très réputée au milieu du deuxième millénaire lors des diverses épidémies en raison de son pouvoir de protection. Ce n’est donc pas pour rien qu’elle porte le nom d’herbe aux anges ou de racine du Saint-Esprit. Aussi lui donna-t-on le nom d’angelica, c’est-à-dire « ange gardien ». Quant à l’adjectif archangelica, il fait référence à l’archange Raphaël qui aurait révélé à un ermite son usage contre la peste. Plus tard, au tout début du XVII ème siècle, Olivier de Serres dira d’elle ceci : « l’angélique, tel nom a été donné à cette plante à cause de cette vertu qu’elle a contre les venins ».
Peste, morsures de chien ou de serpent, etc. Précisons qu’en ces temps anciens, ce sont de véritables phobies qui trouvent leur raison d’être à travers les morts nombreux qu’elles occasionnent. Nul doute qu’on ait voulu attribuer à l’angélique un pouvoir quasi divin.

EN CUISINE !

Après bien des emplois médico-magiques (au Moyen-Âge surtout), l’angélique abandonnera le versant magique pour se consacrer davantage au seul aspect médicinal. Cela perdurera jusqu’au XVIII ème siècle, où les usages étaient davantage thérapeutiques qu’alimentaires. Parce que oui, l’angélique, à l’instar de nombreux autres végétaux curatifs (un exemple ? le persil) se mange. C’est aux environs de Niort, durant ce même XVIII ème siècle, qu’on eut pour la première fois l’idée de confire l’angélique. Au siècle suivant, on confectionnait même des formes animales et végétales en moulant des tiges d’angélique confite, c’est dire l’engouement ! Ceci étant dit, cette pratique francophone ne saurait faire oublier les usages culinaires de l’angélique propres à d’autres contrées. Très présente dans les cuisines en Chine et en Scandinavie, la plante y est utilisée des graines à la racine. Au Groenland, elle est demeurée longtemps l’unique légume disponible. Les Lapons en consomment les feuilles cuites dans du lait de renne et conservent le poisson dans ces mêmes feuilles. En Sibérie, on mange les tiges en compagnie de pain et de beurre. Par ailleurs, les usages sont multiples. On utilise la plante entière : feuilles (en compote avec des fruits acides), jeunes pousses (en salade), racines (en légume, cuites à la vapeur), graines (en liquoristerie : Chartreuse, Bénédictine, etc., en pâtisserie, en parfumerie), fleurs (pour aromatiser les pâtisseries, les salades de fruits, les crèmes, etc.). D’autres usages encore, j’en suis certain, sont possibles.

Petit focus en ce qui concerne la liquoristerie. Avant même que de devenir une boisson que l’on prend en fin de repas, une liqueur est avant tout un élixir médicinal. Ainsi, il en va de la Chartreuse et de la Bénédictine qui sont deux élixirs qui s’invitent davantage sur nos tables que dans l’armoire à pharmacie. L’angélique est un ingrédient que l’on retrouve dans d’autres compositions médicinales (orviétan, eau de mélisse des Carmes, baume du commandeur, élixir de Crollius…).

Angélique 3

L’ANGÉLIQUE, PLANTE DÉCHUE

Racine de longue vie : nom vernaculaire attribué à l’angélique en raison du cas d’Annibal Camoux, un Niçois mort à l’âge de 121 ans et dont l’exceptionnelle longévité tiendrait au fait qu’il avait l’habitude de mâcher régulièrement de la racine d’angélique. Sans en faire une panacée, plus prosaïquement, en mâcher la tige fraîche abolit la mauvaise haleine. C’est déjà ça.

Comment se fait-il qu’une plante pareille vantée contre la peste et dont on a fait un antidote contre belladone, ciguë et colchique – excusez du peu ! – se fasse aussi rare dans les jardins aujourd’hui ?
Tentons une explication. Il y a plus de deux siècles, Bodart disait ceci à propos de l’angélique : « si cette plante avait le mérite d’être étrangère, elle serait aussi précieuse pour nous que le ginseng l’est chez les Chinois ; elle se vendrait au poids de l’or ». La comparaison avec le ginseng, autre racine de longue vie, est intéressante et fort pertinente. Le ginseng, dont le nom latin Panax ginseng contient en lui-même la haute idée que l’on se fait de lui : une panacée. Autrement dit, une substance propre à guérir tout les maux. Est-ce le caractère exagérément prétentieux avec lequel on a alloué mille vertus à l’angélique qui fait qu’aujourd’hui elle a sombré dans un relatif anonymat ? Ça n’est pas impossible. D’autres plantes ont subi un sort identique, la sauge par exemple, bien que dans une moindre mesure. Cette mésestime semble être le corollaire d’une extranéité magico-thérapeutique abusive. Ayant été naturalisée, l’angélique a quelque peu perdu de son lustre d’antan. Tout comme les palmiers de la Côte d’Azur qui n’étonnent plus personne ou presque, elle ne présente plus rien d’exotique contrairement au ginseng qui, lui, aurait bien du mal à s’acclimater par chez nous et qui, du reste, se vend toujours à prix d’or : 10 000 € pour une racine de 25 à 35 ans.

Tout est à portée de main, où qu’on soit. Mère Nature a si bien fait le Monde qu’elle a placé ici et là différentes plantes aux pouvoirs identiques. Pourquoi s’émoustiller devant les baies de goji alors que nous avons ce brave cynorhodon que nous offre notre bon vieux rustique Rosa canina ? Inutile d’aller envahir des pays lointains à la recherche d’un précieux Graal végétal. Cela, les géants de l’industrie pharmaceutique ne l’ont que trop bien compris depuis au moins 15 ans, pour d’évidentes raisons financières entre autres. Pas si mal me direz-vous. Ainsi, plus besoin d’essorer la planète bien que cela n’empêche en rien la biopiraterie qui sévit encore malheureusement, plus particulièrement en Afrique.

Ainsi donc, pourquoi ne pas réhabiliter l’angélique dont Paul-Victor Fournier rapportait en 1947 son utilisation contre le cancer de l’estomac ? Aujourd’hui, l’angélique est muette. Quand on sait ce qu’en firent les Amérindiens, c’est doucement ironique. Une décoction de tiges d’angélique était couramment utilisée en gargarisme afin de permettre aux chanteurs de tenir leur voix durant les cérémonies et autres célébrations…

ARCHANGELICA BOTANICA

Elle porte d’épaisses tiges fistuleuses, creuses, vertes parfois teintées de rouge, solidement fichées sur une forte racine en pivot. Sur les tiges, on observe trois rangs de feuilles largement découpées.
L’angélique est une plante qui vit entre 2 et 4 ans. Ce n’est que lors de sa dernière année qu’elle fleurit et produit des graines, avant de mourir. Ses fleurs, blanchâtres ou rosées, portées en larges ombelles de 15 à 20 cm de diamètre apparaissent entre juin et août. Ses fruits, des diakènes, figurent deux petites ailes, d’où le nom d’herbe aux anges que l’on prête à l’angélique. Ce qui est également la cas de l’anis vert, du fenouil, etc.
C’est une plante peu exigeante, elle apprécie à ses côtés la présence de l’ortie laquelle a la faculté d’augmenter la production d’huile essentielle contenue dans l’angélique.

Anis

A propos de l’angélique sylvestre, on la trouve de façon abondante sur les talus, aux abords des haies, dans les chemins, les prairies ombragées, les bords de ruisseaux, les endroits marécageux…
Géographiquement, elle est présente en Europe occidentale (au nord et à l’est surtout) et absente des zones méditerranéennes.

L’angélique en thérapie :

l. Parties employées : toute la plante. Aussi bien la racine, que les feuilles, les tiges, les fleurs ou les semences.
En fonction du but recherché, on emploiera différentes parties qui contiennent en leur sein des principes actifs qui diffèrent en proportion. Par exemple, les semences contiennent davantage d’essence aromatiques que la racine (1,1 % contre 0,25 %). Par ailleurs, si la racine supporte relativement bien la dessiccation, il n’en va pas de même pour les tiges et les feuilles. A l’instar du basilic, une fois sèches, ces parties de l’angélique perdent très rapidement beaucoup de leurs propriétés.

2. Propriétés majeures : apéritive, digestive, carminative, tonique, stimulante, sédative, antispasmodique, expectorante, sudorifique, dépurative, emménagogue, reconstituante générale (sujets nerveux, personnes âgées, affaiblies, convalescentes).

On lui concède également des propriétés antirhumatismales.

3. Emplois thérapeutiques :

Il est évident qu’il est plus simple de ramasser des fleurs de coquelicot que d’extraire du sol une racine d’angélique ! Et dans ce cas, mieux vaut prendre des gants avec elle. En effet, de par un certain nombre de ses principes actifs, au simple contact de la racine fraîche avec la peau, celle-ci peut être facilement irritée. Concernant les feuilles, ces dernières devront être récoltées avant floraison puis séchées à l’ombre.
On comprend que l’ensemble de ces rigoureux protocoles puissent être dissuasifs pour qui souhaiterait employer l’angélique, qu’on ne trouve plus guère dans les jardins du reste, l’angélique sylvestre étant, quant à elle, beaucoup plus fréquente mais dotée de propriétés moindres.

  • Troubles de la sphère digestive : digestion difficile, acidité gastrique, aérophagie, ballonnement, spasmes gastro-intestinaux, entérites, dysenterie, crampes intestinales.
  • Troubles de la sphère respiratoire : bronchite, pneumonie, pleurésie, asthme.
  • Troubles de la sphère génitale féminine : règles douloureuses, insuffisantes ou absentes, leucorrhée.
  • Troubles d’origine nerveuse : angoisse, anxiété, stress, insomnie d’origine nerveuse, asthénie intellectuelle, baisse de la libido chez l’homme et la femme.
  • Migraine (d’origine nerveuse).
  • Vertiges, syncopes.

Quant à l’huile essentielle de semences d’angélique, rare et chère, elle est reconnue comme tonique, excitante et carminative à faibles doses. A doses plus élevées, elle devient sédative. Elle peut intervenir en cas de dyspepsie, de colite, d’anxiété, etc.
Elle contient des substances photosensibilisante plus connues sous le nom de furanocoumarines dont l’une, le bergaptène, se retrouve dans l’essence de bergamote, elle-même photosensibilisante. Il serait possible de la « débergapténiser », comme cela se pratique déjà pour l’essence de bergamote. Mais, d’une, c’est plus cher, et de deux, ces fameuses furanocoumarines sont responsables des effets sédatifs et calmants. Il s’agirait alors d’une huile essentielle amputée de certaines de ses propriétés.
Quoi qu’il en soit, en cas d’utilisation de plantes aux vertus photosensibilisantes (millepertuis, les essences d’agrumes, les huiles essentielles d’apiacées, etc.) et que cela soit par usage interne ou externe, pas d’exposition solaire massive car :

FURANOCOUMARINES + UV = AÏE !

Donc, pas d’exposition solaire prolongée et si tel doit être le cas, une protection solaire est nécessaire. Indice 50 au moins.
J’évoque plus précisément le principe dans l’article suivant : La photosensibilisation, c’est quoi ? Besoin d’être plus explicite ? Taper berce+brûlure sur Google images donnera davantage de précision.

Enfin, à hautes doses (2 grammes), cette huile essentielle provoque maux de tête, stupeur, dépression cérébrale, hématurie, néphrite et éventuellement décès.

4. Usages alternatifs :

L’élixir floral d’angélique officinale est destiné aux personnes proches de la mort, tant par leur état de santé que des personnes qui les entourent. Cela peut être des personnes gravement malades ou mourantes, par exemple. Il renforce la confiance en la vie et apporte force et vigueur morale quand l’avenir semble incertain.

Une curieuse façon de d’utiliser cette plante avait lieu au sein de la Cour des Miracles, à Paris. Le suc de l’angélique est très irritant et les mendiants, le sachant, s’en badigeonnaient les membres afin de volontairement provoquer des ulcères et de se rendre ainsi encore plus pitoyables.

© Texte et photos – Books of Dante – 2013

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Berce Vs Angélique

Quelle surprise que de rencontrer côte à côte, cet après-midi même, en humide bordure d’un chemin de campagne ces deux grandes dames que sont la berce (Heracleum sphondylium) et l’angélique (Angelica sylvestris) !
La berce, déjà évoquée ici-même où elle rencontre un succès aussi grand que sa taille, offre bien des caractéristiques communes avec son angélique cousine. En voici quelques-uns.

Angélique Vs Berce 2

La taille, nous l’avons déjà évoquée. Comprise entre 2 et 2,50 m pour les sujets mâtures. De larges feuilles très découpées formant une gaine qui embrasse la tige, c’est là un deuxième point commun. L’appartenance botanique : ces deux ex-Ombellifères regroupent leurs fleurs sous la forme d’ombelles. Au bout de la tige florale se déploie une vingtaine de faisceaux porteurs de petites fleurs blanches à verdâtres. Le caractère vésicant et irritant de leur suc en est un autre. Enfin, photosensibilisantes toutes les deux.

Angélique 5

Avant d’en passer aux différences, quelques mots à propos de mon « ex-Ombellifères ». Il fut un temps où c’est par ce joli nom qu’on qualifiait la famille botanique regroupant la berce et l’angélique. Aujourd’hui, la dénomination a changé, berce et angélique font partie d’une famille qui a pour nom Apiacées. Pour en comprendre le sens, un peu d’étymologie sera souhaitable. Ce mot a été fabriqué sur le mot latin apium qui désigne le céleri, une plante appartenant également à l’actuel groupe botanique des Apiacées, lequel compte parmi ses membres la livèche, le fenouil et l’aneth entre autres.

Angélique 1

De visu, les différences sautent aux yeux. Ce sont elles qui permettent la distinction entre les deux plantes. La tige est cannelée, verte et velue chez la berce alors qu’elle est lisse, glabre et rougeâtre chez l’angélique. Les ombelles, quasiment plates chez la berce, sont davantage bombées chez l’angélique.
S’il existe véritablement des critères permettant de faire le distinguo entre berce et angélique, c’est bien de ceux-ci dont il s’agit.

© Books of Dante – 2013